Archive pour le Tag 'sociales'

Aide à domicile : des conditions sociales souvent inadmissibles

Aide à domicile : des conditions sociales souvent inadmissibles

 

Avec le vieillissement de la population, médias, politiques et experts comptent sur le développement de l’aide à domicile pour rendre acceptable la vie des personnes âgées . Le problème ,c’est que les confusions sociales sont inadmissibles. En effet non seulement les salaires sont assez dérisoires mais les conditions de travail sont particulièrement pénibles. Des tâches souvent ingrates qui demandent beaucoup d’abnégation et même d’amour. Des horaires de travail impossibles : le matin tôt, le soir tard, les samedis dimanches et jours de fête. En outre dans beaucoup de cas des temps d’attentes qui ne sont pas rémunérés et une prise en charge trop partielle des temps et frais de déplacement. Un quart seulement des aides à domicile estiment que leur rémunération est à la hauteur de leurs efforts, contre 35% pour les autres salariées, selon une étude de la Dares publiée vendredi, alors qu’un grand nombre d’entre elles vont voir leur salaire augmenter à partir de ce vendredi.

209.000 aides à domicile du secteur associatif intervenant chez les personnes âgées et handicapées bénéficient vendredi d’une hausse salariale de 13% à 15% (mais pas les 160.000 employés du privé).

Disponibles pour les autres, les aides à domiciles ont, pour la moitié d’entre elles, l’impression de ne pas l’être pour leurs proches, avec des journées longues et des horaires atypiques, selon cette étude sur les « risques pyscho-sociaux chez les salariées de l’aide à domicile ».

Dans ce secteur féminin à 95%, les salariées ont « un temps de travail très morcelé », des temps de repos réduits. Trois-quarts d’entre elles sont à temps partiel. La moitié n’ont pas les mêmes horaires tous les jours et 15% ne connaissent pas leurs horaires une semaine à l’avance. Elles sont davantage amenées à travailler le weekend et les jours fériés, et 29% n’ont pas 48 heures de repos consécutives, selon la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques du ministère du Travail.

« Malgré un sentiment d’isolement et une absence de soutien de la part des collègues, les salariées de l’aide à domicile se sentent soutenues par la hiérarchie et reconnues dans leur travail », relève néanmoins la Dares. « Elles reçoivent plus fréquemment que les autres salariées le respect et l’estime qu’elles méritent pour leur travail et se sentent moins souvent traitées injustement ». « La satisfaction dans le métier est très liée à la qualité de la relation qui peut s’instaurer avec le personne aidée ».

Inégalités sociales et diplômes : non au concours truqué

Inégalités sociales et diplômes  : non au concours truqué

Ancien élève de l’ENS et de l’ENA, Raphaël Doan est magistrat et premier adjoint au maire du Pecq. Il est aussi l’auteur du Rêve de l’assimilation, de la Grèce antique à nos jours, Passés composés, 2021. Il dénonce dans une interview au Figaro la perspective de concours truqués qui favoriserait une plus grande égalité sociale.

- Le ministère de l’Enseignement supérieur projette d’accorder par principe des points supplémentaires aux candidats boursiers à leurs concours. Que vous inspire ce dispositif?

Raphaël DOAN. - C’est d’une condescendance extrême: l’Éducation nationale n’étant plus capable de réduire les inégalités sociales, on finit par proposer aux candidats boursiers de passer des concours truqués. Près de 30% des étudiants dans les grandes écoles sont déjà boursiers: c’est moins que dans le reste de l’enseignement supérieur (37%), mais cela n’a rien de négligeable. En accordant des points bonus aux boursiers, on jettera sur eux une suspicion d’illégitimité alors que la plupart sont parfaitement capables de réussir des concours tout seuls. D’ailleurs, la majorité des intéressés n’en veulent pas.

Prestations sociales: une fraude d’environ 300 millions

Prestations sociales:  une fraude d’environ 300 millions

En 2020, les 680 contrôleurs de l’organisme public ont détecté 39.917 fraudes pour un montant total de 255 millions d’euros. Un chiffre en recul par rapport à l’année précédente – 323,7 millions d’euros en 2019 – mais qui s’explique notamment par la suspension temporaire des contrôles sur place des allocataires. “Le préjudice moyen de la fraude est de 6.921 euros”, précise la Cnaf à l’occasion d’une présentation à la presse, ce jeudi 17 juin, de sa politique de prévention et de lutte contre la fraude. En comptabilisant ce qui relève de l’erreur, la Cnaf a, en réalité, récupéré près de 830 millions d’euros l’année dernière. Les masses financières en jeu sont donc importantes.

 

Il résulte des contrôles menés que loin devant les autres allocations sociales, c’est le revenu de solidarité active (RSA, 46% du total de la fraude en nombre) qui est le plus fraudé. Viennent ensuite la prime d’activité (20,4%) et les aides au logement (16,3%). Près de 7 fraudeurs sur 10 font une fausse déclaration à l’organisme ou mentent par omission sur leur situation personnelle ou professionnelle. Les autres techniques de fraude sont composées de la fraude à l’isolement (15%). Un allocataire déclare, par exemple, vivre seul alors qu’il vit en couple. Ainsi que le faux et usage de faux justificatifs (15%).

Gauche : se raccommoder sur les questions sociales

Gauche : se raccommoder sur les questions sociales

Face au constat d’une gauche minée par les divisions, l’essayiste Citton  invite, dans un entretien au « Monde », à bâtir des coalitions autour de luttes partagées. La priorité est pour lui de faire advenir les transformations sociales fondamentales, sur lesquelles tous sont en réalité d’accord.

(En clair, mettre de côté les divergences de fond et se raccommoder sur les questions sociales . Bref l’approche socialo bobo qui a tué le parti socialiste où comment faire de la social-démocratie sans les acteurs sociaux) .

 

 

Professeur de littérature et média à Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis, après avoir enseigné aux Etats-Unis et en Suisse, Yves Citton codirige la revue Multitudes. Il est aussi directeur de l’école universitaire de recherche EUR ArTeC (arts, technologies, numérique, médiations humaines et création). Son dernier ouvrage, Faire avec (Les Liens qui libèrent, 192 pages, 16 euros), s’intéresse à la conflictualité politique, et invite à repenser les fronts et les stratégies en « faisant avec » les ennemis, les problèmes, les limites, plutôt qu’en cherchant à les éradiquer.

Il nous faut comprendre comment agir dans les batailles culturelles pour déjouer les menaces de guerre civile « qui bouillonnent sous nos pieds », écrivez-vous. Qu’entendez-vous par là ?

J’essaie de comprendre à quoi font écran des polémiques apparemment superficielles, sur la non-mixité, le droit au blasphème, le déni du racisme systémique, dont on s’étonnera dans les décennies à venir qu’on leur ait donné autant d’importance, alors qu’on est en train de ne pas faire des choses extrêmement importantes, qui engagent les générations à venir. Nous assistons à une radicalisation de la droite, qui instrumentalise ces « guerres culturelles ».

Les clivages qui se jouent derrière les polémiques ne sont pourtant pas sans articulation avec des choses plus fondamentales. J’ai vécu dans les années 1990 aux Etats-Unis, où les guerres culturelles se jouaient autour de questions comme le droit à l’avortement, les family values, la sacralisation du drapeau national. Les républicains ont su s’emparer de ces questions pour leur donner plus de force politique. Ils en ont profité pour opérer des repositionnements politiques qui ont conduit à mettre au pouvoir des gens comme les Bush, père et fils, puis Donald Trump, ce qui a eu des conséquences directes dramatiques sur des questions essentielles comme les services publics ou les énergies fossiles. A droite, une véritable expertise s’est développée sur ce terrain, alors que la gauche les subit, en grognant ou en tombant dans le panneau de la polémique.

Oui. Le culte de la petite différence a conduit à une pathétique faiblesse des mouvements de gauche. Nous devons réapprendre à différencier nos vrais adversaires de ceux à qui l’on est peut-être allergique, mais avec qui il faudrait malgré tout nouer des coalitions tactiques, pour ne pas perdre des combats beaucoup plus importants. C’est particulièrement vrai sur les questions de woke ou de cancel culture. Plusieurs collègues universitaires se sentent aliénés par ces « extrémistes » qui bloquent des séances sur Roman Polanski ou qui comptent les temps de parole dans les assemblées générales. Mais, même dans leurs inévitables excès, il faut plutôt voir l’énergie, la vigueur, la capacité de mobilisation de ces mouvements. Au-delà des allergies de surface entre multiculturalistes et universalistes, anti-coloniaux et décoloniaux, la priorité est d’obtenir un minimum d’unité pour faire advenir les transformations sociales sur lesquelles on est en réalité d’accord.

Les sciences sociales sous dépendance politique dans certains pays

Les  sciences sociales sous dépendance politique dans certains pays

Les deux historiens Alain Blum et Juliette Cadiot rappellent, dans une tribune au « Monde », que nombre de leurs collègues en Pologne, Hongrie ou en Russie sont victimes de contrôles politiques et voient leurs recherches entravées par la censure. Une mainmise du pouvoir sur la recherche afin de contrôler le récit national.

Tribune. Le 9 février, deux universitaires polonais de réputation internationale, travaillant de longue date sur la Shoah, ont été condamnés pour diffamation par un tribunal de Varsovie. Ils auraient, en décrivant l’action d’un maire de village à l’égard des juifs durant la guerre, porté atteinte à son honneur. Cela ne fait que concrétiser des décisions prises par les autorités polonaises incitant à condamner au civil toute personne attribuant les crimes de la Shoah aux Polonais et non aux Allemands, et donc interdisant, de fait, tout travail mettant en évidence la contribution de Polonais à l’extermination des juifs. Ce serait diffamer la nation polonaise.

 

Il est vrai que les autorités polonaises ne sont pas les premières en Europe à s’attaquer ainsi au milieu universitaire en s’immisçant dans le débat scientifique. Les autorités hongroises le font régulièrement, sans parler de ce qu’on voit en Turquie. 

La Russie, depuis plusieurs années, a mis en place des lois restrictives encadrant les recherches historiques. Une commission destinée à « contrer les tentatives de falsifier l’histoire au détriment des intérêts de la Russie » avait été créée en 2009. Elle a fait long feu, mais l’intervention politique contre le milieu universitaire ne s’est pas arrêtée là. Il est par exemple interdit de mettre en cause l’honneur de la Russie durant la seconde guerre mondiale. Cela fait peser une menace sur les chercheurs qui étudient les violences de l’armée rouge ou les stratégies du haut commandement militaire soviétique. Dans ce même pays, un addendum à la loi sur l’éducation est actuellement en discussion qui vise à interdire la diffusion « d’informations illégales » et de « propagande anti-russe » dans les écoles et les universités.

Un nouveau pays se serait-il désormais joint à ce concert, la France ? Nous qui étudions l’histoire de l’est de l’Europe, voyons régulièrement nos collègues de certains de ces pays en proie au contrôle politique et à la censure de la recherche, notamment en sciences humaines et sociales. Nous sommes choqués par le parallélisme de procédés visant à remettre en cause les libertés académiques et ce qui fait le fondement des sciences sociales, une approche critique du monde dans lequel nous vivons. Les propos de la ministre de l’enseignement supérieur, et l’annonce d’une procédure d’enquête visant à la fois les opinions politiques des chercheurs et leurs catégories d’analyse, rappellent cette volonté de contrôler le récit national, que l’on croyait propre à des gouvernements autoritaires.

« Défendre la liberté en sciences humaines et sociales »

« Défendre la liberté en sciences humaines et sociales »

 

Après le licenciement de la sociologue Christine Fassert, un collectif de chercheurs dénonce, dans une tribune au « Monde », le retour de méthodes autoritaires et de censure dans les organismes nucléaires.( Notons que les méthodes autoritaires affectent aussi le privé par exemple quand l’économiste Élie Cohen est victime de pressions de la part de Veolia pour son opposition au regroupement entre cette société et Suez)

 

Tribune.

 

 Contrôler, surveiller, circonscrire ou contrebalancer toute information et toute recherche interrogeant le fonctionnement de la filière nucléaire a constitué pendant longtemps une sorte de réflexe chez les promoteurs du nucléaire, avant tout soucieux d’acceptabilité sociale de ce secteur à haut risque. Une série de réorganisations au sein des agences d’expertise et de régulation, commencées dans les années 1990 en lien avec les impacts de la catastrophe de Tchernobyl, ont donné lieu, notamment, à la création d’entités « indépendantes », l’Institut de radioprotection et sûreté nucléaire (IRSN) en 2001 et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en 2006.

Ces changements ont pu laisser penser que les principales tensions critiques entre opérateurs du nucléaire et mondes de la recherche appartenaient au passé : des travaux de sciences sociales, menés à la fois en interne et en externe, pouvaient aborder de multiples aspects de l’énergie nucléaire.

En 2012, lorsque la sociologue Christine Fassert a été recrutée par le département des sciences humaines et sociales de l’IRSN, il s’agissait pour l’institut d’ouvrir un nouvel espace de recherches rendues nécessaires par la catastrophe de Fukushima de mars 2011. L’expérience n’a visiblement pas été concluante. En effet, en juin 2020, Christine Fassert a été licenciée pour « comportement inadapté » et « insubordination récurrente avec défiance vis-à-vis de sa hiérarchie », qualifications qui masquent difficilement une reprise de contrôle sur la production des connaissances et des énoncés sur le nucléaire.

Les recherches de Christine Fassert avaient pourtant pour objet d’observer et questionner les vulnérabilités, les actions et les décisions engendrées par la catastrophe nucléaire japonaise. Dans plusieurs secteurs du nucléaire, des témoignages font part de pressions de plus en plus fortes s’exerçant non seulement sur les chercheurs liés au secteur ou les doctorants bénéficiant de financement des agences nucléaires mais également sur les unités de recherche externes liées par des contrats de recherche.

Obstructions hiérarchiques

Pendant plusieurs années, Christine Fassert a fait face à des obstructions de la part de sa hiérarchie pour engager et mener à bien ses projets, difficultés liées à ce que l’IRSN considère sous les catégories sensibles de « gouvernance des risques nucléaires » ou de « gestion post-accidentelle ». Son travail de recherche fut à maintes reprises remis en cause par des interventions directes de sa hiérarchie, laquelle a, dans les derniers temps, dressé des obstacles à la publicisation de ses résultats.

Où sont passés les milliards pour réduire les inégalités sociales

Où  sont passés les milliards pour réduire les inégalités sociales

 

Sarah E. Needleman, dans le Wall Street Journal s’interroge pour savoir où sont passés les milliards destinés à la réduction des inégalités sociales aux États-Unis.

En 2020, les entreprises américaines ont promis de dépenser des dizaines de milliards de dollars pour promouvoir l’égalité raciale. En 2021 et au-delà, le défi sera de suivre ces dollars à la trace et de voir en quoi ils ont pu changer les choses.

Au cours des six derniers mois, de grandes entreprises se sont engagées à consacrer 35 milliards de dollars au total au combat contre les inégalités raciales, selon les analyses du Wall Street JournalCes annonces ont fait suite au décès de George Floyd lors de son arrestation par la police à Minneapolis le 25 mai, et au débat national sur le racisme systémique que l’affaire a déclenché. Les entreprises concernées ont affirmé que les fonds serviraient à accroître le patrimoine des familles noires, à offrir des opportunités professionnelles aux minorités et à favoriser la diversité dans leurs propres rangs, entre autres.

L’essentiel des 35 milliards de dollars provient de JPMorgan Chase qui, en octobre, a promis d’investir 30 milliards sur les cinq prochaines années dans le financement de logements abordables ou l’ouverture d’agences dans des quartiers où les services financiers se font rares.

Les grandes banques comptent parmi les entreprises ayant pris les engagements les plus importants — avec aussi un milliard de dollars de la part de Bank of America et 1,5 milliard de la part de Citigroup visant à financer des chefs d’entreprise noirs ainsi que des ménages noirs souhaitant accéder à la propriété.

Le distributeur Walmart, pour sa part, s’est engagé à financer un centre pour l’égalité raciale qui effectuera des dons à des associations à but non lucratif d’un montant de 100 millions de dollars sur cinq ans. Google, la filiale d’Alphabet, investit 175 millions de dollars dans le soutien à des chefs d’entreprise, fondateurs de start-up, demandeurs d’emploi et développeurs noirs. Une somme qui vient s’ajouter aux 100 millions de dollars d’un fonds de YouTube dédié aux artistes et créateurs noirs.

Ces montants, qui incluent aussi la levée, annoncée ce mois-ci, de plus de 100 millions de dollars par des chefs d’entreprise en faveur d’une start-up visant à créer un million d’emplois pour les noirs américains, ont le potentiel d’améliorer la mobilité des familles noires et de corriger les inégalités qui affectent de longue date la communauté, selon des observateurs et défenseurs de l’initiative.

« Je n’ai jamais rien vu de cette envergure, et dans tous les domaines », déclare Pamela Newkirk, auteure de l’ouvrage Diversity, Inc. : The Failed Promise of a Billion-Dollar Business.

Si certaines entreprises tiennent leur promesse de transparence sur leurs actions, peu ont fait publiquement état de la manière dont elles en assureraient le suivi et l’évaluation, ou précisé quelle était la proportion de nouvelles dépenses dans les engagements pris cette année.

La plupart du temps, personne ne cherche à vérifier si les grandes annonces des entreprises en matière de philanthropie se concrétisent, souligne Mark Kramer, conférencier à la Harvard Business School et cofondateur de FSG, une société de conseil spécialisée dans l’impact social des entreprises.

Une grande majorité des vingt premières entreprises du classement Fortune se sont engagées cette année à investir en faveur de l’égalité raciale. Contactées par The Wall Street Journal, la plupart d’entre elles ont apporté des précisions sur ce qu’elles comptaient faire, et quelques-unes n’ont pas répondu aux demandes d’information ou ont refusé d’entrer dans le détail de leurs projets. Plusieurs ont indiqué qu’elles n’avaient pas pris d’engagements en lien direct avec les événements déclenchés par la mort de George Floyd, mais ont fait valoir leurs initiatives philanthropiques régulières.

« Toute la question sera de suivre ces montants et de voir ce qui se passe effectivement, note Deborah Elam, ancienne directrice en charge de la diversité chez General Electric (2002-2017) et aujourd’hui consultante. Chaque trimestre, il faudra leur demander : “Où en êtes-vous ?” Et dans six mois : “Quel est votre bilan ?” Est-ce qu’une équipe vérifie où va l’argent ? Est-ce que quelqu’un analyse l’impact dans la communauté ? »

Facebook a promis de consacrer 100 millions de dollars par an à des fournisseurs noirs à compter de 2021, soit un triplement de ces dépenses par rapport à 2019. Le groupe publie des rapports détaillant les dépenses envers ses fournisseurs selon que ces entreprises sont détenues par des minorités ethniques, des femmes, des anciens combattants, entre autres, et entend affiner encore ses données, a indiqué une porte-parole. Facebook va également consacrer 100 millions de dollars de subventions et de crédits publicitaires à des créateurs, chefs de petite entreprise et associations à but non lucratif issus de la communauté noire, a précisé la porte-parole.

Le patron de Walmart, Doug McMillon, a déclaré avoir réuni une équipe de sept personnes, dont lui-même, qui veillera à suivre et rendre publics les progrès accomplis par l’entreprise en termes d’égalité raciale et de diversité. JPMorgan Chase entend faire part régulièrement de ses avancées à l’équipe dirigeante ainsi qu’à un groupe de conseillers extérieurs.

Parmi les engagements financiers les plus importants, certains visent à financer des prêteurs en contact avec les communautés noires. Selon les cadres de ces établissements financiers, ces ressources produisent un effet ricochet car elles leur permettent de prêter davantage aux propriétaires et chefs d’entreprise noirs, ce qui contribue au développement du patrimoine des familles noires. En définitive, les résultats seront là si les communautés noires desservies par ces prêteurs constatent une augmentation du nombre de petites entreprises dynamiques, une amélioration de l’emploi et une hausse du revenu et du patrimoine des ménages.

Des initiatives très médiatisées, comme l’attribution par Netflix de 100 millions de dollars en espèces à des prêteurs communautaires — les premiers 10 millions ayant été affectés cet été à Hope Credit Union, dans le Mississipi — ont permis d’attirer d’autres engagements se chiffrant en millions de dollars, indique Bill Bynum, le patron de Hope Credit Union.

« Mis à part le très léger désagrément d’avoir des comptes dans plusieurs établissements, il n’y a vraiment aucun coût ou risque » particulier à placer son argent dans des banques appartenant à la communauté ou auprès de prêteurs communautaires, affirme M. Kramer, de la Harvard Business School.

Bank of America, qui comptait lancer un programme de 500 millions de dollars pour promouvoir l’égalité raciale et les opportunités économiques, a décidé en juin de doubler ses engagements, a fait savoir une porte-parole de la banque. La moitié de la somme sera dédiée à des investissements dans des entreprises, au travers par exemple de l’acquisition de petites participations au capital de banques détenues par des minorités et des prêteurs communautaires. Les prêts aux établissements financiers axés sur le développement communautaire atteindront « le point d’équilibre, voire une meilleure rentabilité, grâce aux excellents historiques de remboursement » de ces prêteurs, a ajouté la porte-parole.

Des investissements comme ceux de Bank of America jouent le rôle de catalyseur pour ces prêteurs communautaires, explique Darrin Williams, le patron de Southern Bancorp, dans laquelle Bank of America a pris une participation. Southern Bancorp, qui est présente essentiellement dans l’Arkansas et le delta du Mississipi, compte utiliser une partie de ces fonds propres pour se développer sur de nouveaux marchés.

D’autres types d’engagements sont plus difficiles à suivre. Souvent, les dons ou montants affectés à des initiatives internes ne sont « pas totalement nouveaux, il s’agit plutôt de récapituler ou d’annoncer des programmes déjà en cours », note Laszlo Bock, un ancien dirigeant de Google aujourd’hui patron de la start-up Humu, spécialisée dans les ressources humaines. M. Bock ajoute que les entreprises incluent parfois dans les montants « donnés » les coûts salariaux des employés participant aux initiatives.

Garantir l’impact effectif des engagements annoncés cette année nécessitera « un effort actif, dédié et appliqué », même si l’attention du public se réoriente vers d’autres sujets, estime Cyrus Mehri, avocat des droits de la personne qui a remporté certaines des plus grandes affaires de discrimination raciale aux Etats-Unis.

« Tout se résume à la question : le PDG est-il lui-même engagé, et l’entreprise a-t-elle des structures durables en place ? En d’autres termes, avez-vous des comptes à rendre ? »

Sarah E. Needleman a contribué à cet article.

Traduit par Anne Montanaro.

Traduit à partir de la version originale en anglais

La réforme territoriale à balkanisé les politiques sociales

La réforme territoriale à balkanisé les politiques sociales 

Inspecteur honoraire de l’action sanitaire et sociale, ancien directeur de la délégation territoriale du Rhône de l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne Rhône Alpes.

En application d’un décret du 9 décembre et pour la première fois depuis 1964, le ministère des solidarités et de la santé se trouve dépourvu de services déconcentrés propres en charge du « social », déplore, dans une tribune au « Monde », Jean-Marc Tourancheau, inspecteur honoraire de l’action sanitaire et sociale.

Tribune.

 

Le ministère des solidarités et de la santé – dans son versant solidarités – est une des victimes de la réforme territoriale de l’Etat, dont les principes ont été fixés par un décret du 9 décembre 2020 relatif « à l’organisation et aux missions des directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités, des directions départementales de l’emploi, du travail et des solidarités et des directions départementales de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations ».

Comme cela a été précisé le 9 décembre, en conseil des ministres, lors de la présentation de ce décret, cette organisation vise à « créer le service public de l’insertion et soutenir le tissu économique » et signe la fin de services territoriaux propres du ministère en charge des solidarités, une première depuis cinquante-six ans…

Ces services sont probablement ceux qui ont été les plus « triturés » par réduction régulière de leur champ de compétences, à travers une série d’étapes successives : la décentralisation de 1981, la création des agences régionales d’hospitalisation (ARH) en 1996, puis la réforme de l’administration territoriale de l’Etat (RéATE) en 2008 et la création des agences régionales de santé (ARS) en 2010. Auparavant, par un décret du 30 juillet 1964, les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass) avaient été créées, dont chacun à l’époque soulignait qu’elles constituaient une avancée. Il aura donc fallu cinquante-six ans pour passer de ce progrès reconnu… à son annulation.

De l’érosion des politiques sociales

Dans le domaine social, au niveau régional, est acté le regroupement des directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation et de l’emploi (Direccte) et des directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS). Au niveau du département, le regroupement se fait par la création des directions départementales de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS). Au-delà de cet aspect de « Meccano administratif », et par ailleurs de la nécessaire adaptation des services territoriaux aux exigences du terrain, cette approche appelle quelques observations.

Tout d’abord, pour la première fois depuis 1964, ce ministère se trouve dépourvu de services déconcentrés propres en charge du « social ». L’érosion des politiques sociales en a eu raison. Derrière cette faiblesse, que le secteur sanitaire n’a pas connue, se cache une absence de sens, de « souffle », que les services locaux essayaient tant bien que mal de suppléer, engoncés dans les procédures et les méandres de dispositifs administratifs empilés et, pour la plupart, éphémères.

 

« Pour un soutien économique intégrant les dimensions environnementales et sociales »

« Pour un soutien économique intégrant les dimensions environnementales et sociales »

Un collectif rassemblant des associations écologistes et des syndicats demande dans une tribune au « Monde » à ce que le soutien de l’Etat à une grande entreprise soit assorti de conditions environnementales et sociales, inscrites dans la loi.

Tribune.

 

 La crise du coronavirus, comme l’accélération des changements climatiques, démontrent l’échec de politiques basées sur le seul volontarisme des grandes entreprises. Ces dernières années, quelle firme n’a pas fait étalage de ses bonnes intentions ou promu une nouvelle initiative verte ou sociale ? Les mesures concrètes et les résultats qui auraient dû suivre, baisse des émissions de gaz à effet de serre ou réduction des inégalités, se font toujours attendre.

L’affichage de dirigeants d’entreprises conseillés par des agences de relations publiques masque mal des manœuvres aux conséquences désastreuses : jusqu’au cœur de la crise du coronavirus, les grandes entreprises polluantes, les banques qui investissent dans les énergies sales ou les groupes qui évitent soigneusement de payer leurs impôts en France, font pression sur l’Etat pour protéger leurs intérêts et saboter la transition écologique comme les acquis sociaux.

Le 3 avril dernier, le Medef réclamait ainsi au ministère de la Transition écologique et solidaire un moratoire sur certaines législations environnementales, telles que la loi sur l’économie circulaire ou la loi d’orientation des mobilités. Le 11 avril, son président déclarait qu’« il faudra se poser la question des RTT et des congés payés » pour les salariés français avant de faire – en apparence – marche arrière.

Dans le même temps, l’Association française des entreprises privées (Afep), qui regroupe 113 grands groupes français dont Total, BNP Paribas, Danone ou Airbus, recommandait par exemple un report d’au moins un an de la révision de la directive européenne sur les émissions industrielles de CO2 ou de la directive sur l’échange automatique et obligatoire d’informations financières, outil de la lutte contre l’évasion fiscale.

Le même lobbying destructeur est à l’œuvre depuis des décennies auprès des instances nationales, européennes ou internationales. Depuis la signature de l’Accord de Paris de décembre 2015, les majors pétrolières et gazières, dont la française Total, ont dépensé au moins un milliard de dollars en relations publiques et travail d’influence pour « étendre leurs opérations en matière d’énergies fossiles », alors qu’elles s’affichent toutes en soutien à la transition écologique.

Au niveau européen, les normes timides sur les émissions de CO2 des véhicules ont fait l’objet de pressions intenses des constructeurs automobiles sur les législateurs. Dans le cadre de la loi sur l’économie circulaire, LVMH a obtenu du gouvernement français de pouvoir continuer d’envoyer des invendus neufs à la broyeuse pour « recyclage », tout en se présentant comme leader de la mode durable. Comment faire encore une fois confiance à des dirigeants d’entreprises qui font le contraire de ce qu’ils prônent publiquement depuis des années ?

Après le Coronavirus: des conséquences économiques et sociales considérables

Après Coronavirus: des conséquences économiques et sociales considérables 

C e qui caractérise la compétence des politiques, c’est leur capacité à anticiper les événements et la pertinence de leurs décisions en cas de crise. De ce point de vue, le gouvernement actuel ne répond à aucun de ces deux critères.

Pour la crise sanitaire, il est clair qu’il a toujours environ trois semaines de retard. Pour preuve en est toujours dans l’incapacité dans une situation de guerre de produire et de fournir les masques nécessaires. Pour l’instant à la fin du mois de mars la France peut produire au maximum 8 000 masques  quand il en faudrait près de 40 000 par semaine. Deux mois après le début de la crise sanitaire mondiale, la France ne peut annoncer que des commandes  dont on attend désespérément la venue.

Le Premier ministre s’est  même refusé à toute réquisition. Ne parlons pas de la carence en matière d’appareils respiratoires, de médicaments de traitement et surtout de personnel. Ce que Macron a été capable d’annoncer, c’est une prime et plus tard c’est-à-dire à la saint-glinglin un plan massif pour l’hôpital sans rien préciser de son contenu.

 Sur le plan économique, l’impréparation du gouvernement est peut-être encore plus dramatique. En effet, la France va connaître une dépression inconnue depuis la seconde guerre mondiale voire depuis 1929. Nombre d’entreprises ne pourront pas résister à cette crise en dépit des prêts qu’on leur propose. On va assister à des défaillances massives surtout de PME mais pas seulement ( les dégâts seront terribles dans le transport aérien, dans le tourisme dans la restauration notamment). Les hypothèses de baisse de croissance évoquée par le gouvernement comme par des experts sont ridicules.

 Il y a encore quelques jours, Bruno Lemaire évoquait une baisse du PIB de l’ordre de 1 % annulant ainsi l’objectif de 2020. Ensuite, il a parlé d’une baisse du PIB de 1 %. Certains experts qui ne veulent pas désespérer les acteurs économiques et les ménages ont parlé de 5 %. Des hypothèses complètement fantaisistes et irresponsables car elles ne permettent pas de préparer la sortie de crise.

Sur la tendance nous perdons actuellement environ 3 % de croissance du PIB par mois. Au minimum la baisse sera de 20 % à condition de relancer la dynamique économique à la rentrée. Pour l’instant, il n’y a pas la moindre esquisse d’un plan de sortie. Comme il ne faut pas trop compter sur une reprise à l’identique du commerce international qui va mettre du temps à se restructurer et à se réveiller, il convient évidemment de relancer un plan sans précédent d’investissements en direction des équipements collectifs et des activités de la vie et de l’environnement. Parallèlement, il convient aussi de soutenir le pouvoir d’achat des ménages pour que ce dernier -qui soutient la croissance française- ne s’écoule pas brutalement .

 Pendant la crise en effet nombre de dépenses ont été reportées par les ménages mais beaucoup ont été simplement et purement annulées. La crainte de l’avenir, avec la vague de défaillance d’entreprise et la montée  du chômage, rendra ses ménages encore très prudents. Il faudra aussi prévoir une crise de l’immobilier car nombre de ménages ayant emprunté de manière excessive au regard de l’évolution des revenus ne pourront faire face à leurs charges financières. Bref si l’on veut mieux faire face à la crise économique qu’on a fait face à la crise sanitaire, il est grand temps de s’en préoccuper afin d’essayer de relancer la machine dès la rentrée voir dès l’été si le Coron virus est maîtrisé d’ici là.

Retraites: Macron équilibriste entre marqueurs de droite et concessions sociales ( Jérôme Jaffré)

Retraites: Macron équilibriste entre marqueurs de droite et concessions sociales ( Jérôme Jaffré) 

 

Lors du club de l’économie du Monde , Jérôme Jaffré, directeur du Cecop (Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique) a décrypté la problématique très politique de Macron vis-à-vis des retraites. En effet, il doit en même temps plaire aux électeurs de droite mais aussi ne pas trop déplaire à la gauche qui a contribué à son élection mais qui le lâche aujourd’hui.

 » Il faut s’arrêter sur l’affront fait à la CFDT. Au premier tour de la présidentielle de 2017, 48 % des sympathisants de ce syndicat avaient voté Emmanuel Macron. Aujourd’hui, le président de la République leur tourne le dos en instituant une mesure d’âge qui hérisse Laurent Berger. Pourquoi ? On peut émettre une hypothèse : s’il n’avait proposé qu’une réforme systémique, le président de la République se serait exposé aux vives critiques de l’électorat de droite qui lui aurait reproché de construire une usine à gaz, de distribuer des milliards, de creuser les déficits et de mal gérer le pays. Politiquement, c‘était très dangereux. Le risque était de devoir agir en urgence juste avant la présidentielle de 2022. Tant qu’à avoir un conflit, autant essayer de régler tous les problèmes en même temps.

En adoptant une telle posture, le chef de l’Etat espère conforter son image de réformateur tout en incarnant le retour de l’autorité, axe majeur pour séduire l’électorat de la droite mais il y a trois risques : le pourrissement, l’isolement, le ressentiment.

Le pourrissement fait que les grévistes devront un jour reprendre le travail, mais s’ils le font avec le sentiment qu’il y a eu un minimum de concession, la cohésion sociale du pays sera en souffrance. Or, le président de la République en est le garant.

L’isolement est la marque du macronisme : pas d’allié, pas de soutien. Au-delà des « marcheurs », qui ne sont qu’un club de supporteurs, les soutiens sont faibles dans le pays. Cela peut devenir dangereux en vue d’un éventuel second quinquennat car, si le ressentiment devient trop fort, une partie des électeurs peut considérer que le choix se fait entre la peste et le choléra. Même dans l’hypothèse d’un duel face à Marine Le Pen en 2022, Emmanuel Macron a besoin de récupérer une partie des électeurs de gauche. C’est la raison pour laquelle il a laissé dire qu’il fallait assouplir par rapport à ce que le premier ministre, Edouard Philippe, avait dit. L’assouplissement est une condition absolue pour surmonter le conflit, mais il faut en même temps garder un certain nombre de marqueurs, annoncer qu’on a réussi à mettre fin aux régimes spéciaux, même s’il faut examiner derrière les transitions. Assouplissement et marqueurs : c’est cet équilibre que recherche Emmanuel Macron. »

Aides sociales : non aux contreparties, oui à l’accompagnement (Laurent Berger)

Aides sociales : non aux contreparties, oui à l’accompagnement (Laurent Berger)

 

 

Le secrétaire général de la CFDT a sans doute raison de s’opposer à des contreparties de nature punitive en compensation des aides sociales. Il préfère qu’on consacre un accompagnement plus approfondi vis-à-vis de ces personnes notamment pour permettre la réinsertion sociale.Édouard Philippe, le Premier ministre, a osé aborder un tabou : celui des compensations de travail en contrepartie des aides sociales. Il y a deux manières de réfléchir à cette question : soit de remettre en cause le niveau de ces aides, soit d’exiger un travail. Force est de constater que pour des salaires voisins du SMIC, il est parfois plus intéressant de bénéficier des différentes aides sociales dans le RSA que de travailler. On pourrait aussi conclure que la faute revient au bas niveau du SMIC. La situation devient un peu incohérente quand certaines personnes ne touchent qu’un salaire de l’ordre de 800 € pour 25 heures. Il est clair que le salarié doit alors engager des dépenses de déplacement, de restauration, de garde des enfants alors qu’en bénéficiant des aides sociales il réduirait notablement ses dépenses pour gagner finalement davantage. On  pourrait faire le même constat vis-à-vis des personnes bénéficiant de l’allocation chômage par rapport à ceux qui travaillent. Il y a là un vrai problème à multiples facettes mais qui freine sérieusement l’embauche et par parenthèse favorise la venue  d’immigrés d’Europe ou d’ailleurs et qui sont moins délicats que les Français en matière de conditions de travail. S’ajoute à cela une perte générale de la valeur travail qui affecte non seulement les plus défavorisés mais aussi les cadres. Un sujet tabou donc quand on est responsable politique. Demander des « contreparties » au versement d’aides sociales, comme l’a évoqué vendredi le Premier ministre Édouard Philippe, ne doit pas se « faire de façon punitive », a estimé dimanche la ministre de la Santé Agnès Buzyn, pour qui « tout le monde ne peut pas retourner vers l’emploi ». Le problème est bien connu il s’agit des déficiences de nos systèmes de réinsertion qui n’incite guère à la reprise du travail. Enfin et peut-être surtout des énormes insuffisances du système de formation qui brasse 35 milliards par an mais dont une partie minime va en direction des personnes sans emploi. Cela en dépit de la récente loi qui n’a pas changé grand-chose car les institutions continuent de se partager cet énorme fromage. Manque de formation et incitation défaillante de la réinsertion explique une grande partie des les aides sociales des chômeurs mêmes s’il est clair que la solidarité doit s’exercer sans contrepartie en direction de personnes dans des situations dramatiques. Pour  Laurent Berger sur France Inter. “La bonne manière de prendre les choses, c’est l’accompagnement des personnes qui sont aujourd’hui en situation soit de précarité, soit d’exclusion.”

Des contreparties aux aides sociales ?

Des contreparties aux aides sociales ?

 

Édouard Philippe le premier ministre a osé aborder un tabou : celui des compensations de travail en contrepartie des aides sociales. Il y a deux manières de réfléchir à cette question : soit de remettre en cause le niveau de ces aides, soit d’exiger un travail. Force est de constater que pour des salaires voisins du SMIC, il est parfois plus intéressant de bénéficier des différentes aides sociales dans le RSA que de travailler. On pourrait aussi conclure que la faute revient au bas niveau du SMIC. La situation devient un peu incohérente quand certaines personnes ne touchent qu’un salaire de l’ordre de 800 € pour 25 heures. Il est clair que le salarié doit alors engager des dépenses de déplacement, de restauration, de garde des enfants alors qu’en bénéficiant des aides sociales il réduirait notablement ses dépenses pour gagner finalement davantage. On  pourrait faire le même constat vis-à-vis des personnes bénéficiant de l’allocation chômage par rapport à ceux qui travaillent. Il y a là un vrai problème à multiples facettes mais qui freine sérieusement l’embauche et par parenthèse favorise la venue  d’immigrés d’Europe ou d’ailleurs et qui sont moins délicats que les Français en matière de conditions de travail. S’ajoute à cela une perte générale de la valeur travail qui affecte non seulement les plus défavorisés mais aussi les cadres. Un sujet tabou donc quand on est responsable politique. Le problème c’est que Édouard Philippe n’a pas forcément la légitimité pour évoquer cette question puisque comme Macron, il est plutôt représentant des plus défavorisés.“Est-ce qu’on demande des choses en contrepartie des mécanismes de solidarité?”, a demandé Le premier ministre lors d’un échange avec des élus locaux et des dirigeants de PME dans le Finistère organisé dans le cadre du “grand débat national”. “C’est un débat totalement explosif.”“Moi, ma conviction, qui est une conviction personnelle, c’est que compte tenu de l’importance de nos mécanismes de solidarité, compte tenu de nos finances publiques, compte tenu de la situation d’un pays qui est en croissance mais qui reste avec un niveau de chômage élevé, il faut qu’on s’interroge sur ces contreparties”, a-t-il ajouté. “Il faut qu’on regarde ce qu’on peut réfléchir avec nos concitoyens comme contrepartie au versement obligatoire”, a-t-il poursuivi. “C’est indispensable d’avoir des mécanismes de solidarité pour ceux qui sont dans la difficulté, on est un pays où la solidarité ça compte, il ne s’agit pas de revenir en arrière, il s’agit de s’interroger sur ‘est-ce que cette solidarité, elle peut s’accompagner de contreparties, d’activités, d’activités d’intérêt général’?”

Dépenses sociales : la France championne du monde

Dépenses sociales : la France championne du monde

 

 

 

 

 

 

La France est déjà championne du monde des prélèvements globaux (autour de 48 % du PIB) et à l’intérieur de cette performance,  elle est aussi la championne du monde des dépenses sociales (31 % du PIB). Un autre titre aussi, celui de la championne du monde du niveau de dépenses publiques (57 % du PIB.)

 

Total des prélèvements obligatoires, en % du PIB, dans quelques pays de l’OCDE,

 

Allemagne 37

Canada 31,9

Danemark 46,6

Espagne 33,8

États-Unis 26,4

France 45,5 (48% pour Eurostat)

Italie 43,3

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Mexique 17,4

Royaume-Uni 32,5

Suède 43,3

Suisse 27,9

 

Moyenne OCDE 34,3

 

Pour 1000 € de dépenses publiques en France 575 € sont consacrés à la protection sociale dont 268 € pour les retraites, 191 € pour l’assurance maladie, 42 € pour les allocation familiales, 35 € pour le chômage, 17 € pour l’aide au logement et 22 € pour d’autres (par exemple RSA) viennent ensuite les dépenses sectorielles qui représentent 143 € dont 53 € pour les affaires économiques ( crédits d’impôts etc.), 43 € pour le transport et les équipements collectifs, 22 € pour la culture, 16 € pour l’environnement, 9€ comme l’éclairage public. Concernant les autres services publics régaliens le total est de 60 € dont 31 € pour la défense, 25 € pour la sécurité, 4 euros pour la justice. L’éducation compte 96 €. La recherche 23 €. Le fonctionnement (partiel)  des administrations publiques 66 €. Enfin la charge de la dette 37 €. On note évidemment que la principale dépense concerne les retraites suivie de l’assurance maladie. Ce que n’indique pas par contre la  note évoquée, c’est le rendement des dépenses. En effet les 1000 € ne sont pas entièrement redistribués et une partie disparaît dans les frais de fonctionnement qui pourraient atteindre presque 400 €. Pour les dépenses sociales, avec  31,2% du PIB, la France arrive nettement en tête du classement des pays les plus généreux établi par l’OCDE. Elle devance sur le podium la Belgique (28,9%) et la Finlande (28,7%). À l’autre bout de l’échelle, la Corée (11,1%), le Chili (10,9%) et le Mexique (7,5%) ferment la marche. Même si le taux français de dépenses sociales publiques est en recul par rapport au niveau record de 32% atteint en 2015 et 2016, il reste largement supérieur à la moyenne des 36 pays développés membres de l’OCDE, qui était de 20,1% l’an dernier. Il y a sans doute une évaluation générale à effectuer sur chaque nature de dépenses pour en diminuer le volume supportable par rapport à la richesse nationale. Mais il faudrait sans doute réduire de manière significative les coûts de fonctionnement de la gestion des dépenses qui encore une fois pourrait atteindre de l’ordre de 400 € pour 1000 € de dépenses publiques.

 

Mutations économiques et sociales de ces 50 dernières années ((Daniel Cohen)

 

Daniel Cohen est membre fondateur de l’Ecole d’économie de Paris appelle à « réinventer une nouvelle critique sociale qui ouvre une brèche dont le nouvel impératif de croissance est en train de reconfigurer nos vies. »‘intreview la Tribune)

Pourquoi avez-vous choisi de traiter des mutations économiques et sociales sur les 50 dernières années ?

DANIEL COHEN - Je voyais venir les 50 ans de mai 68. C’est toute ma vie qui est passée au cours de ces 50 dernières années. J’avais envie de me replonger dans toutes ces lectures qui avaient égrené ma jeunesse surtout dans les années 70. J’avais lu beaucoup de livres et je n’étais pas sûr de les avoir tous compris. Les grands auteurs de l’époque Lévi-Srauss, Lacan, Deleuze m’ont particulièrement marqué.

J’ai eu envie de comprendre comment une génération comme la mienne, qui a assisté à la  montée des protestations et du féminisme, de discours d’autonomie, d’émancipation, pouvait être le témoin de cette montée du populisme. Je voulais revenir sur les ouvrages écrits au fil de ma carrière, un ouvrage sur la société postindustrielle, un autre intitulé « Nos temps modernes ».

La dernière raison est que l’on est en train de finir un cycle lié à l’émergence d’Internet et des nouvelles technologies qui ont contribué à détruire l’ancien monde industriel sans vraiment en proposer un nouveau. Avec les progrès de l’intelligence artificielle, il est possible que quelque chose de nouveau soit en train de commencer. Je voulais en saisir la portée.

Vous revenez dans votre ouvrage sur l’effondrement de la société industrielle. Quelles sont les principales conséquences que vous en tirez sur le plan économique et social ?

Nous avons vécu lors de ces 50 dernières années l’effondrement de cette société industrielle. C’est un effondrement d’ordre civilisationnel. La société industrielle plonge ses racines dans des périodes qui sont bien antérieures au monde industriel. La chaîne de commandement constituée d’ingénieurs, de contremaîtres a été critiquée par mai 68. Cette chaîne avait néanmoins une vertu. Elle donnait à chacun une place et un sentiment d’inclusion. Cette société industrielle s’est délitée sous l’effet d’une poursuite consciente des marchés financiers, et ensuite des nouvelles technologies qui ont permis d’éclater ce monde en créant une société plus compétitive et beaucoup plus concurrentielle que l’ancienne période. Il y avait une grille de salaires très rigide, c’est pour cette raison que les inégalités n’augmentent quasiment pas au cours de cette période.

Ce monde post industriel a contribué au développement du statut de free-lance. Les ouvriers travaillent chez les équipementiers qui ne sont plus intégrés aux donneurs d’ordre. Quand la productivité des ingénieurs augmente, cela ne profite plus aux en gens situés en bas de l’échelle. On a une explication des raisons pour lesquelles ces sociétés sont devenues inégalitaires et en même temps, la croissance est plus faible. Les statistiques aux Etats-Unis sont très frappantes à cet égard. Les inégalités se font peu au sein des firmes. C’est surtout entre les firmes que se creusent les inégalités. On assiste à une ségrégation de plus en plus forte. La désolation sociale que l’on connaît depuis les année 80 dépend beaucoup de cette dissociation des classes sociales entre elles.

En 50 ans le système capitaliste a beaucoup changé. Quelles sont les principales mutations que l’on peut noter ?

Les mutations sont surtout d’ordre organisationnel. L’économiste Robert Gordon avait expliqué dans son ouvrage The rise and fall of american growth  que dans la société moderne, les voitures sont plus sophistiquées, les avions font moins de bruit, les équipements sont de meilleure qualité mais ce n’est plus très différent que la société qui s’est installée au cours du XXème siècle. Il n’y a pas de changement majeur au cours des 70 dernières années contrairement à la période 1880-1950. Le capitalisme s’est surtout réinventé dans la manière d’organiser la production des biens. Il n’a pas réinventé une nouvelle société de consommation.

Gordon a raison en partie. Le système Uber repose toujours sur un chauffeur qui vous emmène d’un endroit A à un endroit B au milieu des embouteillages. Aucun des rêves annoncés dans les années 50 ne s’est véritablement réalisé. Airbnb, Booking renvoient toujours vers des hôtels ou des appartements. On est plutôt dans une philosophie de réduction des coûts. On gagne de la productivité ou du pouvoir d’achat mais ce n’est pas un système durable. Ce ne sont pas des technologies qui sont au service d’une réorganisation de la société.

La nature de la société a tout de même profondément changé ?

Il faut prendre un peu de recul. Les théories de Jean Fourastié sont éclairantes quand il rappelle que l’on est passé d’une société industrielle à une société de services. C’est la grande mutation qui en train de se faire même s’il faut encore attendre peut être 50 ans avant d’en voir tous les effets. Fourastié expliquait que les hommes ont travaillé la terre pendant des millénaires puis la matière depuis 200 ans et on va travailler l’homme lui même. La société de services est centrée sur les services à la personne (coiffeur, médecins, psychanalyste).

Pour Fourastié, le potentiel de croissance n’est pas très élevé dans ce type de société. Si la valeur du bien que je produis est le temps que je passe avec les autres, le temps n’est pas extensible. Il n’y pas de croissance possible. Depuis une dizaine d’années, avec la montée des Big data, l’enjeu est de changer la nature de l’homme pour le transformer en un système d’information. Une fois que l’homme sera numérisé, il pourra être soigné et éduqué à distance.

L’enjeu est de faire rentrer l’homme dans une matrice pour que l’on retrouve de la croissance et du rendement. On en train de numériser l’homme pour lui faire accéder à une meilleure productivité. Il y a les fantasmes de l’homme augmenté mais je n’y crois pas beaucoup. L’homme sera augmenté par le fait que les technologies permettront à d’autres de s’occuper de lui à distance. C’est une promesse du retour de la croissance car si on redevient très efficace dans tous les secteurs où on bute alors on retrouvera de la croissance mais à un prix très cher payé. On pourrait renoncer à cet idéal d’humanisation qui était promis par cette société de services où on s’occupe enfin des autres. C’est la principale menace que je vois.

La société de services a-t-elle contribué au ralentissement de la croissance ?

Les sociétés de services ont moins de croissance que l’industrie parce que tous ces services sont plus difficiles à industrialiser. Le monde dans lequel on vit, c’est industrialiser la société de services.

La financiarisation à outrance de l’économie a-t-elle contribué à la perte de repères dans nos sociétés contemporaines ?

Dès les années 80, Wall-Street, avant même que toutes les technologies apparaissent, a commandé le démantèlement de l’ancien monde industriel. Avant, il y avait des grands conglomérats dans lesquels on fabriquait des parapluies ou des maillots de bain en fonction des saisons. Mais la logique de Wall-Street n’est pas la même face aux risques. Le re-engineering qui se fait dans les années 80 vise à désocialiser et désarticuler les collectifs. La finance est également responsable de la grande crise de 2008. Elle a voulu s’appliquer à  elle même ce principe de dématérialisation totale.

La crise des subprimes s’explique en partie par le fait que les entreprises qui ont vendu des crédits ne sont pas celles qui les ont collectés. Wall-Street a créé dans les années 2000 des structures ad-hoc dans lesquelles on mettait des paquets de crédits ensemble pour diversifier les risques avec un grand problème. La qualité des crédits n’était plus vraiment surveillé. Les gens qui les commercialisaient n’étaient pas les mêmes que ceux qui les avaient accorder. Wall-Street a payé ce rêve d’une société totalement dématérialisée.

La lecture de l’ouvrage donne l’impression que nous avons assisté à une suite de déceptions depuis 50 ans. Comment expliquez-vous cela ?

La marche vers le populisme est constituée par une série d’étapes où un grand nombre d’illusions ont été piétinées. La première illusion perdue a été celle de mai 68, de la contre-culture des années 60. La crise des années 70 a anéanti tout ça. La révolution conservatrice des années Reagan a voulu réenchanter le monde avec l’idée que le travail est central. Une idée que l’on retrouve dans le slogan « Travailler plus pour gagner plus » lancé par Nicolas Sarkozy.

Cette vague conservatrice a contribué à l’explosion des inégalités. La troisième désillusion réside peut être dans la société de services qui promettait une humanisation. Aujourd’hui, on a renoncé à cet idéal. Tous ces espoirs sont tombés les uns après les autres. La question est de savoir si on se dirige vers le chaos.

Pourquoi dites-vous que la critique à l’égard de la génération de mai 68 qui aurait favorisé l’ultralibéralisme n’est pas fondée ?

Je n’y crois pas absolument pas. La révolution culturelle de mai 68 et la révolution conservatrice n’ont aucun point commun. Ce sont deux camps qui se sont toujours affrontés et chacun a pris le pouvoir à tour de rôle. La révolution conservatrice a enfanté l’ultralibéralisme en réponse à mai 68 en expliquant qu’il fallait que les gens travaillent, que l’Etat Providence soit démantelé et que les protections sociales devaient être supprimées. Je crois qu’il y a une illusion partagée en réalité.

Les deux camps ont vu que la société industrielle s’effondrait mais la génération 68 s’est opposée à la société industrielle mais ce n’est pas eux qui l’ont faite tomber. La crise pétrolière des années 70 et la fin du cycle de croissance ont contribué à faire dérailler ce modèle. C’est sur les décombres de cette société industrielle que le libéralisme propose un nouveau modèle sans les syndicats. Il y a eu un effet de générations mais je ne pense pas que mai 68 a trahi ses idéaux.  Le mouvement de mai 68 n’est pas devenu ultralibéral, il est devenu pro européen. Il est passé du gauchisme à l’écologie. Ce n’est pas le signe d’un changement radical. Beaucoup de gauchistes se sont retrouvés cadres au Parti socialiste parce que François Mitterrand les a embarqué dans l’aventure. Il prend le pouvoir en 1981 sur un programme commun de nationalisations. Il y a eu tout de même un dur rappel à la réalité par la suite.

Aux Etats-Unis des personnes comme Mark Zuckerberg se réclament de cette contre-culture des années 60 mais c’est une mythologie qu’ils se sont fabriquée eux mêmes. Ils ont inventé le nouveau monde des réseaux sociaux qui reprend un certain nombre de mythes mais ce n’est pas la même chose. L’histoire de Facebook porte autre chose de très inquiétant. C’est la promesse d’une déshumanisation. D’ailleurs Cornelius Castoriadis parle  »d’une réécriture de l’histoire. » En revanche, il y a un parallèle à faire entre la révolution des Lumières et la révolution industrielle. Toutes les deux naissent du constat que le monde d’hier s’effondre mais la révolution industrielle trahit les idéaux des Lumières.

Vous abordez le thème de la vie algorithmique dans un chapitre. Comment envisagez-vous la place des algorithmes et des robots dans l’économie numérique dans les prochaines années ?

Je pense qu’il y a deux voies possibles. Dans une première voie, les robots font tout. Dans cette société les concepteurs de robots s’enrichissent puisque ce sont eux qui alimentent la planète en technologies. Eux mêmes auront des coiffeurs, des médecins. Il n’y a aucune raison pour qu’ils tombent dans le piège de la numérisation. On devrait avoir un cercle de travailleurs autour de ces gens très riches. Plus on s’éloignera du centre et moins il y aura de travail ou il sera moins rémunéré et plus il y aura des algorithmes. Les producteurs d’algorithme vont s’entourer d’humains et les consommateurs d’algorithmes, eux n’auront pas d’humains autour d’eux. Ils n’auront pas les moyens de recruter les personnes qui travaillent pour eux. C’est la société inégalitaire par excellence.

Il y a une autre voie dans laquelle une classe moyenne peut surgir. Elle pourrait se saisir de ces technologies. Les gens auront envie d’être entourés d’être humains. Ce qui coûte cher, c’est la rente foncière. C’est le fait que les gens veulent vivre en centre-ville au même endroit mais peut être que l’on peut réinventer des villes plus inclusives. C’est le grand défi écologique aussi. Le poids de la rente foncière pourrait se réduire grâce aux technologies. Il y a une demande sociale. Les gens ne veulent pas rester seuls devant leurs ordinateurs.

Quel peut être le rôle de l’intelligence artificielle dans le monde du travail ?

Je pense que l’intelligence artificielle peut aider le personnel soignant par exemple en remplissant des comptes rendus d’opération mais cela ne veut pas dire que l’on doit renoncer aux humains. Ces nouvelles technologies pourraient permettre aux humains de consacrer moins de temps aux tâches qui nous empoisonnent tous pour pouvoir passer plus de temps à s’occuper des gens. Je ne crois pas que les enseignants vont être remplacés par des machines. Les machines peuvent aider à mieux enseigner.

Comment faire pour limiter les dérives de l’uberisation de l’économie ?

Les technologies liées à l’uberisation sont utiles malgré tout car elles créent un logiciel qui permet de mettre en relation l’offre et la demande. Ce sont des modèles biphase comme disent les économistes. Il y a un progrès technique mais il est de second ordre. L’essentiel est le nouveau modèle proposé. Pour en limiter les dérives, il faut d’abord que la régulation se produise. Le débat central est de déterminer si les chauffeurs d’Uber sont autoentrepreneurs ou s’ils sont salariés. Je n’ai pas l’impression qu’ils sont entrepreneurs. Leurs conditions sont déterminées par Uber qui fixe les prix et crée un système d’astreinte. Soit Uber resalarie des gens, soit il faut que les règles du jeu évoluent.

Les jeunes qui travaillent avec la franchise Uber doivent être maîtres de leurs tarifs. Il faut un autre équilibre. Deliveroo devrait donner la possibilité à Deliveroo France de créer un salariat nouveau. Le rêve des grandes entreprises de la Silicon Valley est de mettre en place des applications tueuses qui proposent des solutions abstraites sans rapport au monde réel. C’est comme cela qu’elles s’enrichissent. Ces applications, au nom d’une d’une technologie qui améliorent le matching, permettent de passer à côté de la régulation sociale que la société industrielle a mis un siècle à établir. Uber ignore le salaire minimum, les temps de pause.
Que pensez de la politique d’Emmanuel Macron en matière de numérique ?

C’est difficile de se faire une idée très claire. Je trouve qu’il serait intéressant d’avoir une réflexion sur les techniques que l’intelligence artificielle permettraient de mettre à la disposition des enseignants, des médecins dans l’exercice de leurs métiers. Il faut que certaines professions comme les juges puissent avoir recours à ces technologies non pas pour les remplacer, mais au contraire pour les aider.

Tous ces métiers en tensions méritent des investissements. La grande promesse de tout numériser doit s’accompagner d’une aide aux personnes. Il faut prévoir une grande période de transition avec beaucoup de personnes pour accompagner les personnes âgées par exemple. En plus ces technologies permettraient de libérer des ressources dans les hôpitaux, dans les universités.

(*) Daniel Cohen « Il faut dire que les temps ont changé.. » Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète aux Editions Albin Michel.

 

Sondage promesses sociales : Macron ment pour 69%

Sondage  promesses sociales : Macron ment pour 69%

 

D’après un sondage Elabe,  57% des Français interrogés estiment qu’Emmanuel Macron n’a pas été convaincant et 60% ne croient toujours pas à sa promesse d’être plus à l’écoute du peuple.69% des sondés ne croient pas à une politique plus sociale. L’exécutif peine à regagner la confiance de ses concitoyens. Ainsi, 75% des personnes sondées estiment que le pouvoir ne sera pas plus rassembleur, 69% pensent qu’il ne mènera pas à une politique plus sociale et 60% ne croient pas à la promesse d’Emmanuel Macron d’être plus à l’écoute du peuple.

Prestations sociales : coup de rabot

Prestations sociales : coup de rabot  

Le gouvernemenet n’innove pas beaucoup par rapport aux anciennes méthodes. Comme on reconnaît le net recul de la croissance, pour compenser la baisse des recettes fiscales on va procéder comme d’habitude à un coup de rabot sur les dépenses notamment sociales.

“La prévision de croissance sur laquelle nous bâtirons ce budget (2019) sera de 1,7 %”, déclare le Premier ministre. Jusqu’ici l’exécutif tablait sur une croissance de 1,9% de l’économie française en 2019, alors que la Commission européenne, le FMI et la Banque de France avaient déjà revu en baisse leurs prévisions à 1,7% au début de l’été. Cette moindre croissance et la diminution des recettes fiscales qui en découle auront “forcément un impact” sur le déficit public, qui sera aussi affecté par la transformation du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) en baisse de charges pérenne, avec un impact d’environ 20 milliards d’euros sur les finances publiques. Conséquence: alors que le gouvernement prévoyait pour 2019 un déficit stable par rapport à celui attendu en 2018, à 2,3% du PIB (contre 2,6% en 2017), “il va y avoir, en 2019, un rebond du déficit”, prévient Edouard Philippe, sans donner de chiffre.“Mais ça ne nous empêchera pas d’être dans la ligne de nos engagements, sur la baisse des prélèvements obligatoires comme sur la maîtrise de la dépense publique et de la dette”, dit-il. Une déclaration qui est inexacte dans la mesure où déjà en 2018 le déficit annoncé devait être de 80 3 milliards pour 76 milliards en 2017. En réalité on dépassera et de loin les 2,6 % de déficit annoncé en 2018 et en 2019. À nouveau la France devrait tutoyer les 3 % de déséquilibre par rapport au PIB. Contrairement à ce qu’affirme le premier ministre il n’y a pas de maîtrise de la dépense publique, ni de la dette.

Des économies sur le « pognon de dingue » des prestations sociales

Des économies sur le « pognon de dingue » des prestations sociales

 

 

 Les prestations sociales coûtent un pognon de dingue, c’est ce qu’avait complaisamment déclaré Macron sous l’œil d’uen camera officielle de l’Elysée. Une déclaration presque spontanée ! Macron en tire les conclusions et selon les Echos va réduire certaines prestations en ne les revalorisant pas. En clair, la perte sera de l’ordre de 1.3% si l’on se fie à l’inflation sur un an calculée en juillet. . Bref on va gratter 10 euros par ci, par là à des gens qui touchent 600 à 800 euros. Tout cela parce que Macron s’est planté dans sa politique économique qui a fait chuté la croissance et mécaniquement accru les déséquilibres financiers du budget et autres comptes sociaux. Concernant le RSA (revenu de solidarité active), L’Express a évoqué jeudi une lettre de la ministre de la Santé Agnès Buzyn datant de juillet et dans laquelle elle s’oppose à un gel de cette prestation. « Je souhaite que le revenu de solidarité active soit exclu de la liste des prestations sociales dont l’évolution ne suivra pas celle des prix à la consommation », a-t-elle écrit. Ses arguments: l’ »économie modeste » que cela représenterait – « 135 millions d’euros en 2019 et 180 millions en 2020″ -, le fait que « l’intégralité de ces économies profitera(it) aux départements qui sont aujourd’hui financeurs de la prestation » et le fait que cette mesure serait « difficile à porter » en parallèle du plan pauvreté, attendu à la rentrée.

En dépit de lois sociales, le chômage persiste

En dépit de lois sociales, le chômage persiste

 

La grande erreur des politiques c’est sans doute de croire qu’on modernise l’économie et qu’on éradique le chômage avec des lois. Certes des textes réglementaires peuvent à terme modifier un peu l’environnement mais c’est sur la pratique et non sur des textes théoriques qu’il convient de s’appuyer. Pour moderniser rapidement, il conviendrait par exemple de donner des instructions rapides aux administrations de lever au moins la moitié des contraintes qu’elles imposent pour des motifs existentiels voire caractériels aux entreprises de l’industrie, de l’agriculture ou de services. Ensuite, donner des instructions pour que Pôle emploi donne la priorité aux non qualifiés, que l’éducation  nationale oriente vers l’apprentissage, qu’on soit plus attentif aux conditions de délivrance des indemnités chômage. Autant de domines où le gouvernemenet va agir par loi. Il faudra des décrets et les effets ne se feront pas sentir avant 2 ans, si effets il y a.  – L’adoption de la réforme de la formation professionnelle, de l’assurance chômage et de l’apprentissage clôt le deuxième grand chantier social d’Emmanuel Macron mais le chômage de masse résiste en France, au risque d’affaiblir le chef de l’Etat. Le texte définitivement adopté mercredi par le Parlement vise à renforcer les droits à la formation professionnelle, à faire décoller l’apprentissage et à intégrer sous certaines conditions les démissionnaires et les indépendants au régime d’assurance chômage. L’objectif est de sécuriser les travailleurs après avoir flexibilisé le Code du travail avec la réforme de septembre dernier et de s’attaquer au chômage estimé à 8,9% de la population active au sens du Bureau international du travail (BIT), selon les derniers chiffres de l’Insee publiés en mai. “Si on n’est pas capable de réduire le chômage au moment où il y a une forte croissance avec une forte demande de travail des entreprises, quand ça va redescendre, ça va être très compliqué. Il faut absolument être capable d’y répondre maintenant”, indique-t-on dans l’entourage de la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Mais le taux de chômage baisse lentement. Sur un an, il a diminué de 0,4 points en France métropolitaine au sens du BIT, alors qu’Emmanuel Macron a promis de le ramener à 7% de la population active à la fin de son quinquennat. Et les emplois créés ne sont pas toujours de qualité. Au premier trimestre de 2018, la part des CDD ou des emplois intérimaires chez les 15-64 ans était de 12,17%. Cette part était de 10% environ en 2007. Les contrats de moins d’un mois représentent par ailleurs 80% des embauches, selon l’Unedic.

78% des Français pour simplifier les aides sociales, oui mais lesquelles ?

78% des Français pour simplifier les aides sociales, oui mais lesquelles ?

 

Un sondage pour sans doute alimenter les discussions de bistrots ; C’est trop cher, trop compliqué, faut simplifier et même supprimer ! En plus autant souhaitent diminuer ou augmenter  le nombre de bénéficiaires. De toute manière cet amalgame de toutes les prestations sociales n’a aucun sens, certaines relèvent de l’assurance, d’autres de la solidarité. Les sources, l’objet, les modalités de gestion sont complètement différentes. Certes on doit pouvoir faire mieux en matière de simplification mais c’est une  illusion de penser  que ça suffira pour mieux gérer globalement le système. L’analyse doit être plus fine, par prestation, par objectif par bénéficiaire notamment.  Le problème c’est qu’on ne dit pas lesquelles doivent être simplifiées ou supprimées ! On pourrait obtenir les mêmes résultats sur les impôts ou les procédures juridiques. Plus de trois quarts des sondés (78%) jugent trop complexe le système d’aides sociales en France, 63% se disent favorables à leur regroupement au sein d’une allocation unique et près de sept sondés sur dix (68%) estiment qu’il faudrait demander davantage de contreparties aux bénéficiaires. Cependant, plus de la moitié des sondés (52%) se prononcent pour un maintien, voire une augmentation, du montant de ces aides dans les années à venir, contre 38% de sondés favorables à leur diminution. L’idée de restreindre le nombre des bénéficiaires plutôt que le montant des allocations ne suscite pas non plus l’adhésion des sondés: 45% d’entre eux souhaitent un maintien ou une augmentation de ce nombre, contre 43% qui voudraient que moins de personnes y aient droit. Le chef de l’Etat a promis mercredi de réformer le système de protection sociale pour renforcer l’accompagnement vers l’emploi, tout en assurant qu’aucune économie ne serait faite sur le dos des plus fragiles. Dans une vidéo diffusée par ses équipes, il avait estimé que les aides sociales coûtaient un “pognon de dingue” sans sortir “les gens de la pauvreté”, des propos qui lui ont valu les critiques de l’opposition, qui y a vu une nouvelle illustration de sa pensée libérale.

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