Archive pour le Tag 'sociale'

Une crise sociale avec la hausse des prix de l’énergie

Une crise sociale avec la hausse des prix de l’énergie

Un certain nombre d’évolutions en cours laissent penser à l’économiste Patrick Artus qu’une crise sociale pourrait se déclencher en France. Ses explications dans une tribune aux « Echos ».

 

 

Par Patrick Artus (chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis), une crise sociale en France est probable. Quatre évolutions, dans un futur proche, vont dégrader fortement la situation des ménages modestes et des salariés.

La transition énergétique rapide va d’abord faire apparaître une hausse forte du prix de l’énergie, ainsi que de certains biens. Les estimations montrent que le prix de l’énergie pourrait plus que doubler (en euros constants) dans les vingt prochaines années. Cela est dû à la hausse du prix du CO2 (qui va maintenant concerner aussi la construction, le transport, les industries grosses consommatrices d’énergie) et surtout à l’intermittence de la production d’énergie renouvelables.

Ou les conséquences du découplage intellectuel croissance environnement succédant à l’autre découplage développement sans écologie.

De quoi réveiller une planification qui permettent aux acteurs d’évoluer en tenant compte des évolutions structurelles au lieu soit de s’arc-bouter sur un copier coller du présent ou de privilégier les utopies qui ignorent les réalités socio-économiques

Sécurité sociale : encore un trou 35 milliards en 2021

Sécurité sociale : encore un trou 35 milliards en 2021

Après un quasi équilibre en 2019, les comptes de la sécurité sociale dérivent complètement et pas seulement en raison de la crise du Covid . Le déficit prévisionnel du seul régime général et du FSV atteindrait34,5 milliards d’euros. Une importante dégradation par rapport à la situation «proche de l’équilibre» en 2019 : la crise sanitaire a mis un coup d’arrêt brutal à près d’une décennie d’amélioration des comptes, entre 2010 et 2019.

 . En 2021, les recettes des régimes de base et du FSV devraient s’envoler à 529,3 milliards d’euros, en forte progression par rapport aux quelque 497,2 milliards d’euros de 2020.

Fraude sociale: impossible de la quantifier ?

Fraude sociale: impossible de la quantifier ?

 

Lors du débat avec Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour a affirmé que la fraude sociale atteignait 50 milliards par an. Des chiffres impossibles à vérifier ; par définition, la fraude s’intégre difficilement dans une démarche statistique officielle.

Ce qui est certain par contre c’est que toute la protection sociale représente bien environ 750 milliards. Restent les plus grandes incertitudes vis-à-vis des malversations concernant le chômage, la sécurité sociale, les autres aides par exemple au handicap. La Cour des Comptes avait chiffré cette fraude sociale un peu au doigt mouillé en indiquant un coup de l’ordre de 1 milliard. M

ais on peut tout aussi bien avancer le chiffre de 20 ou de 50 milliards. Les parlementaires Nathalie Goulet et Carole Grandjean ont déploré en 2019 que « si le chiffrage de la fraude aux prestations sociales est difficile à estimer, chacun s’accordera à partager qu’elle est largement sous-estimée du fait de son caractère dissimulé ». 

 

« Le débat entre Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV jeudi soir a donné lieu à un vif échange sur l’ampleur de la fraude aux prestations sociales. “Il faudrait que la solidarité nationale soit de nouveau nationale, et que nous ne donnions plus les allocations logements, les allocations familiales, le RSA aux étrangers. Il faut le limiter aux Français, ça nous réduira considérablement nos charges sociales. Sans compter la fraude sociale, qui est évaluée vous savez par le magistrat Charles Prats à 50 milliards d’euros”, a affirmé le polémiste Eric Zemmour, candidat hypothétique à l’élection présidentielle de 2022. Le problème c’est sans doute que la fraude aux prestations sociales ne concerne pas seulement certains étrangers mais une partie non négligeable de la société.

 

Yannick Jadot pour une régulation économique et sociale

Yannick Jadot pour une régulation économique et sociale

 

Yannick Jadot candidat à la candidature chez Europe écologie les Verts tentent* de gauchir un peu son discours. Certains écolos l’accusent en effet d’être un peu trop mou vis-à-vis du capitalisme. Tout en restant très mesuré et surtout très général. Yannick Jadot  Interrogé sur franceinfo estime  qu’«il faut dépasser le capitalisme bien sûr (…), ce modèle économique qui aujourd’hui détruit la planète (…), crée des inégalités inacceptables, conduit à un affaissement de la démocratie partout». Mais «il n’y aura pas de transition écologique sans les entreprises, sans les salariés», et «ce qu’attendent les Françaises et les Français, ce ne sont pas des débats théoriques».

«Qui peut prétendre aujourd’hui» que s’il est élu à la présidence de la République il s’affranchira de l’économie de marché ? a-t-il demandé. «Une boulangerie c’est une entreprise, une librairie c’est une entreprise, un paysan bio a des aides publiques, il y a un cadre réglementaire, mais à un moment donné il vend sur un marché, il ne vend pas à un kolkhoze. Je suis pour une économie régulée, régulée écologiquement et socialement», a fait valoir l’eurodéputé

Justice ,sociale- Les, patrons ,modèles ,Jeff Bezos, et ,Elon ,Musk ,(et ,autres), ne, payent, pas, d’impôts

Justice sociale

Les patrons modèles Jeff Bezos et Elon Musk (et autres)  ne payent pas d’impôts

 

Les milliardaires les plus célèbres du monde comme Jeff Bezos et Elon Musk  ( et bien dautres)éussissent à ne pas payer d’impôts personnels aux États-Unis Le patron d’Amazon Jeff Bezos n’a payé aucun impôt fédéral en 2007 et 2011, et Elon Musk, à la tête de Tesla, y a échappé en 2018. Jeff Bezos et Elon Musk sont sur le podium des trois hommes les plus riches du monde. Ils ne sont pas les seuls biens d’autres milliardaires américains sont aussi concernés. Pas étonnant que ces exemptés fiscaux se montrent aussi généreux avec des fondations pour aider les pauvres ! Le pire c’est que cette exemption fiscale et légale fait en effet appel à l’ingénierie financière servie par des milliers d’experts et l’avocat. Le problème évidemment est entretenu par les liens sulfureux entre la finance et les organisations politiques au États-Unis. Ces milliardaires sont aussi ceux  qui arrosent les futurs candidats aux élections pour financer les campagnes électorales. Le retour d’ascenseur, c’est la bienveillance fiscale!

 

L’organisation ProPublica  qui dénonce cette situation affirme avoir mis la main sur des milliers de déclarations fiscales de riches Américains au fisc, l’IRS, sur plus de quinze ans. «Mises bout à bout, elles démolissent les fondations du mythe fiscal américain: que tout le monde paye sa juste part et que les plus riches payent la plus grande partie», écrivent les auteurs.

 

ProPublica a mis au point dans son enquête un «taux d’imposition véritable», à savoir le taux d’imposition payé par chaque milliardaire en comparaison avec la progression de sa richesse, le taux d’imposition officiel ne se mesurant pas de cette manière. Il en ressort un niveau dérisoire, à 0,10% par exemple pour Warren Buffett entre 2014 et 2018, sur fond d’explosion de sa richesse grâce à la hausse des cours boursiers.

Le département américain au Trésor a indiqué que la divulgation de ces documents privés était illégale, et qu’il enquêtait, avec d’autres autorités, sur ces fuites !

 

La dimension sociale se manifestait déjà il y a 400 000 années

La dimension sociale se manifestait déjà il y a 400 000 années

Deux anthropologues ont rassemblé les preuves que les sociétés « primitives » de chasseurs-cueilleurs, loin de cultiver l’entre-soi, coopéraient à grande échelle pour chasser ou faire la guerre. Un nouveau discours sur les origines qui pourrait changer notre regard sur le monde social, explique, dans sa chronique au « Monde », l’économiste Paul Seabright.

 

Chronique.

 

La pertinence de l’expérience de sociétés de chasseurs-cueilleurs pour notre compréhension de la société moderne est célébrée depuis longtemps. La connaissance de cette expérience a, certes, été souvent superficielle ; personne aujourd’hui ne partagerait la description par Jean-Jacques Rousseau des habitants du Caraïbe dans le Discours sur les origines de l’inégalité « Tel est encore aujourd’hui le degré de prévoyance du Caraïbe : il vend le matin son lit de coton, et vient pleurer le soir pour le racheter, faute d’avoir prévu qu’il en aurait besoin pour la nuit. »

Mais l’idée reste courante que la vie des chasseurs-cueilleurs les a formés pour des interactions à petite échelle, et que nous, leurs descendants, avons hérité de talents peu adaptés à la gestion de populations nombreuses, nous contraignant à bricoler les outils qu’exige la coopération moderne.

 

D’autres métaphores abondent : les grandes villes dans lesquelles vit la moitié de l’humanité sont comme des « zoos » enfermant notre espèce qui ne serait pas faite pour y vivre, selon le zoologiste Desmond Morris, par exemple. Ou « comme un voyage au large pour des gens n’ayant jamais eu à s’adapter à un environnement autre que la terre ferme » , comme je l’ai moi-même écrit ! (La Société des inconnus : histoire naturelle de la collectivité humaine, éd. Markus Haller, 2011).

Mais voilà que cette représentation est bousculée par deux anthropologues renommés qui ont rassemblé sur plusieurs continents des preuves de coopération à grande échelle entre des populations nombreuses de chasseurs-cueilleurs pour chasser, faire la guerre ou construire des infrastructures de gestion de l’environnement (« Large-Scale Cooperation in Small-Scale Foraging Societies », par Robert Boyd et Peter Richerson, EcoEvoRxiv, 17 mai 2021).

Si la majorité des cas étudiés remontent à des époques récentes, il existe des traces archéologiques de plus longue date. Dans la grotte Gran Dolina de la Sierra de Atapuerca en Espagne, les fouilles ont découvert une grande masse d’os de bisons tués en grand nombre lors d’épisodes de chasse collective à deux dates distinctes il y a quatre cent mille ans. Des chasses rassemblant jusqu’à plusieurs centaines de chasseurs sont attestées sur des sites en Allemagne (il y a cinquante-quatre mille ans), plus récemment en France et, de manière moins certaine, au Kenya.

 

Si la coopération à relativement grande échelle (entre centaines d’individus plutôt qu’entre dizaines) était plus courante que nous ne le pensions jusqu’ici, il semble probable que notre psychologie et nos habitudes sociales ont évolué pour en tenir compte. Le bricolage du début serait devenu au fil du temps un talent peaufiné par l’expérience d’interactions avec des gens inconnus : chacun aurait progressivement appris à avoir moins peur de l’autre.

Sommet alimentaire : Le contraire d’une évolution sociale et écologique

Sommet  alimentaire : Le contraire d’une évolution sociale et écologique

A quatre mois du prochain sommet des Nations unies, six syndicats et organisations de la société civile française dénoncent dans une tribune au « Monde » une rencontre qui fait fi du multilatéralisme et de l’environnement, et demandent officiellement au gouvernement français de se retirer.

 

Tribune.

 

 Le nouveau Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires qui se tiendra en septembre 2021 aurait pu être porteur d’avancées cruciales et grandement nécessaires dans le contexte sanitaire, économique et environnemental actuel. Pourtant, de nombreuses et profondes inquiétudes assombrissent cette initiative.

Annoncé en 2019, ce sommet est le fruit d’une nouvelle collaboration entre le Forum économique mondial et le secrétaire général des Nations unies. Les Etats membres des Nations unies, traditionnels garants de ce type d’initiative, n’ont jamais vraiment été consultés et l’Assemblée générale de l’ONU n’a même pas eu à se prononcer sur le sujet. C’est pourtant son rôle : c’est elle qui a validé par le passé la tenue des sommets alimentaires mondiaux de 1996 et de 2009.

 

Dès son annonce, ce sommet a donc fait fi d’un multilatéralisme pourtant indispensable et a progressivement marginalisé l’ensemble des acteurs souhaitant une réelle transformation sociale et écologique des systèmes agricoles et alimentaires. Un grand nombre d’Etats, de chercheurs et d’organisations de la société civile se sont ainsi retrouvés exclus des mécanismes de gouvernance du sommet ou n’ont été impliqués qu’a minima dans un faux-semblant de consultation.

En parallèle, les organisateurs ont déroulé le tapis rouge aux principaux promoteurs d’une « révolution verte agricole » – OGM, digitalisation de l’agriculture, utilisation massive de pesticides et d’engrais de synthèse – dont on connaît les impacts dévastateurs partout dans le monde. Ces « solutions technologiques » seules capables, selon les organisateurs du sommet, de « changer la donne », renforcent toutes le système agro-industriel dominant et se font au détriment d’une vraie transformation agroécologique.

Pourtant, l’impératif d’assurer la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation des populations, et l’urgence de répondre aux crises climatiques environnementales nécessitent au contraire de repenser nos pratiques agricoles et alimentaires, de renforcer un tissu dense de fermes à dimension humaine, et de permettre aux agricultrices et aux agriculteurs de vivre dignement, partout dans le monde.

Remboursement de la dette sociale des entreprises: un nouveau délai de trois ans

Remboursement de la dette sociale des entreprises: un nouveau délai de trois ans

« La dette sociale pourra être étalée pour ceux qui sont le plus en difficulté jusqu’à trois ans », a déclaré mercredi Bruno Le Maire sur CNews.

Cette dette sociale représente 12 milliards d’euros. Le ministre de l’économie prévoit un étalement qui pourra aller de 24 à 36 mois », a-t-il ajouté.

Pour les secteurs les plus affectés par la crise (tourisme, sport, culture, évènementiel), le fonds de solidarité compensera 40 % de la perte de chiffre d’affaires en juin, 30 % en juillet et 20 % en août, dans la limite d’un plafond de 20 % du chiffre d’affaires réalisé avant la crise.

Pour une transition énergétique et une justice sociale

Pour une  transition énergétique et une justice sociale 

 

Faut-il autoriser l’Allemagne à indemniser à coups de milliards d’euros les industriels du charbon ? Plus que les grandes entreprises elles-mêmes, ce sont les travailleurs et les habitants des régions touchées par la transition qui doivent être soutenus, estime Mounir Satouri, député européen (EELV) dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

Le débat fait rage dans les couloirs de Berlin et de Bruxelles. Faut-il autoriser l’Allemagne à indemniser à coups de milliards d’euros les industriels du charbon ? Ce pays a en effet décidé, en 2020, de créer un fonds d’indemnisation de 40 milliards d’euros pour accompagner la fermeture de ses 120 centrales à charbon à l’horizon 2038.

Mais ce n’est pas tout. Plus de 4 milliards d’euros supplémentaires pourraient être versés aux énergéticiens pour compenser cette sortie du charbon, comme le géant RWE, qui a affiché un résultat net de 1,21 milliard d’euros en 2020. La Commission européenne vient d’ouvrir une enquête sur ces indemnisations, faisant part de ses doutes quant à leur justification.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Climat : l’ambition européenne revue à la hausse

L’enjeu d’une sortie des énergies fossiles est indiscutable. Mais plus que les grandes entreprises elles-mêmes, ce sont les travailleurs et les habitants des régions impactées par cette transition que les budgets nationaux et européens doivent soutenir dès à présent. Pour les écologistes, la sortie des énergies fossiles doit s’accompagner d’une transformation en profondeur alliant transition énergétique et justice sociale.

Aides passéistes

Si de grosses enveloppes servent simplement à indemniser des industriels aveuglés pendant des décennies par la rentabilité des énergies polluantes, et à les renflouer pour leur permettre de retourner dans la grande lessive du capitalisme sauvage, nous aurons raté le coche.

Une transition accaparée par les grands industriels ne servirait qu’à reculer pour mieux sauter, en blanchissant les responsables d’un siècle de pollution et de gaspillage énergétique

Ces aides d’Etats passéistes ne peuvent se targuer d’être les politiques de transformation. Socialement, celles-ci sont cosmétiques. Plus qu’un accompagnement, c’est bien d’un changement de modèle économique et social que nous avons besoin, bénéficiant aux territoires et à leurs habitants plus qu’aux actionnaires des grands groupes énergétiques polluants.

C’est ce principe de « transformation juste » que je défends aux côtés des grandes ONG environnementales et sociales au Parlement dans le cadre des travaux sur le Green Deal européen. La mise en place du fonds de transition juste, permettant d’accompagner les territoires marqués par une histoire industrielle forte, doit ouvrir la voie vers davantage de politiques publiques sociales et redistributives, comme l’a souhaité la commission des affaires sociales du Parlement européen.

« L’insertion Sociale et sociétale par le travail »

« L’insertion Sociale et sociétale par le travail »

 

Spécialistes du travail et des ressources humaines, Bruno Dupuis et Franck Morel donnent dans l’Opinion l’exemple de déficients cognitifs salariés en usine, et suggèrent son extension aux décrocheurs scolaires ou aux accidentés de la vie.

 

La crise sanitaire met en évidence la vulnérabilité professionnelle des personnes fragiles mais aussi l’importance d’investir dans les compétences et de soutenir le travail. Plus que jamais, nous avons besoin d’alimenter le « journal des bonnes nouvelles ». Nous souhaitons témoigner d’une expérience dans laquelle nous nous sommes investis alors que nous étions conseillers ministériels et qui mérite d’être valorisée.

Reconnue d’utilité publique pour ses travaux scientifiques sur le travail manuel dans le développement des personnes, la Fondation Amipi- Bernard Vendre forme et emploie en continu 750 personnes atteintes de déficiences cognitives dans ses six usines de production apprenantes et inclusives (UPAI) de câblage électrique. Celles-ci ont embauché 600 personnes depuis 2014, et évité ainsi 34 millions de dépenses publiques certaines – d’autres estimations indiquent 65 millions d’euros.

Il s’agit de développer, par le travail manuel et des apprentissages adaptés, les capacités de personnes souffrant de déficiences cognitives mais pouvant travailler dans cette activité précise. Des recherches ont montré que ces activités de fabrication industrielles stimulaient la plasticité du cerveau. La raison d’être de la Fondation est de développer, à l’aide de programmes fondés sur les neurosciences, les compétences des personnes considérées comme éloignées de l’emploi afin de leur permettre de s’insérer dans une entreprise dite normale et, dans la vie, d’acquérir une véritable autonomie.

Cette activité dépend du soutien public et des clients, usines françaises du secteur automobile qui ont fait le choix de s’engager dans une politique de responsabilité sociétale et environnementale et acceptent raisonnablement de payer plus cher une partie de la production confiée, au lieu de la délocaliser dans des pays à bas coûts. Cet approvisionnement local a aussi pour avantage de répondre au défi d’une économie moins carbonée.

Lien social. Le neuropsychiatre Jean-Michel Oughourlian, qui a relaté son expérience d’immersion dans ces usines (Le travail qui guérit l’individu, l’entreprise, la société, Plon, 2018), explique que la quasi-totalité des collaborateurs handicapés concernés a répondu choisir le travail plutôt que de rester chez soi avec un revenu identique de 120% du smic. Le travail ne se limite pas à l’obtention d’un salaire mais constitue ce lien social irremplaçable qui permet de sortir de l’isolement, d’avoir un rôle dans la société, de se valoriser et d’être valorisé.

Le travail « guérit » l’individu mais aussi la société. Le non-travail représente un coût significatif pour la collectivité, y compris par les répercussions médicales observées sur une large partie des personnes inactives, notamment la perte de l’estime de soi, et par les répercussions sur le plan sociétal, avec un risque de désocialisation.

Ce modèle vertueux soutient la réindustrialisation, la redynamisation de nos territoires et forme des personnes en capacité de travailler. Il pourrait utilement être étendu à d’autres publics éloignés de l’emploi – décrocheurs, accidentés de la vie…

Pour cela, il est nécessaire d’encourager la politique RSE des entreprises en leur donnant les moyens et les conditions d’accroître leur compétitivité sans délocaliser. C’est une politique d’avenir que celle du choix du travail et du sens.

Bruno Dupuis est consultant RH et en stratégie sociale, ancien conseiller du ministre du Travail. Franck Morel est avocat (Flichy Grangé), ancien conseiller social du Premier ministre et de plusieurs ministres.

Responsabilité sociale des entreprises : une valeur juridique de gestion montante

 Responsabilité sociale des entreprises : une valeur juridique de gestion montante
L’avocat Jean-Philippe Robé décrypte, dans une tribune au « Monde », un jugement du tribunal de Nanterre qui, au sujet de l’entreprise Total, livre pour la première fois une interprétation juridique des effets concrets de la responsabilité des entreprises vis-à-vis de la société.

Tribune.

 

 Depuis une loi du 27 mars 2017, les très grandes entreprises françaises ont un « devoir de vigilance ». Elles ont une obligation de prévenir les risques sociaux, environnementaux et de gouvernance liés à leurs opérations, où qu’elles se situent dans le monde. Pour ce faire, elles doivent mettre en place un « plan de vigilance » comprenant des procédures d’évaluation et de prévention des risques dans leurs relations avec leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs.

La société Total SE, à la tête du groupe Total (1 191 sociétés actives dans 130 pays), a publié son plan de vigilance le 15 mars 2018. Un ensemble disparate de communes et de régions françaises et d’associations de droit privé a considéré ce plan comme insuffisant et a décidé d’attaquer la société Total SE en justice pour qu’elle l’améliore. La société Total SE a contesté la compétence du tribunal judiciaire, préférant être jugée par le tribunal de commerce. Par une ordonnance rendue le 11 février 2021, le tribunal judiciaire de Nanterre s’est cependant déclaré compétent.

 

Ce qui retient l’attention ici, c’est le raisonnement du juge sur le sens des dispositions nouvelles et ce qu’elles imposent concrètement aux grandes entreprises. Il combine en effet le devoir de vigilance avec la modification apportée à l’article 1833 du code civil par la loi Pacte du 22 mai 2019. Depuis cette date, toute société française doit en effet « être gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité »

Certains se demandaient si ces dispositions pouvaient avoir un impact réel ou si elles n’étaient qu’un vœu pieux. Or, selon le juge de Nanterre, par l’effet combiné de ces deux textes, « les choix stratégiques de Total SE (…) ne peuvent plus être opérés dans une stricte logique économique mais en intégrant des éléments antérieurement conçus comme exogènes : désormais gérée, en application de l’article 1833 du code civil, “dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité” (…), elle doit intégrer dans ses orientations stratégiques des risques d’atteintes aux droits humains et à l’environnement et, de fait, au regard de la nature de son activité, procéder à des abandons ou des réorientations substantielles ».

Le juge donne donc toute leur force aux textes nouveaux : prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux peut conduire à des abandons d’activités ou à des ajustements majeurs.

États-Unis. La bourse doit aussi prendre en compte la responsabilité sociale environnementale

États-Unis. La bourse doit aussi prendre en compte la responsabilité sociale environnementale

 

C’est en tout cas ce qu’affirme l’autorité de régulation des marchés boursiers.

 

La présidente en exercice de l’autorité de régulation des marchés boursiers américains, la SEC, a loué ce lundi les vertus des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), réfutant l’idée que ces derniers étaient un frein à la bonne santé financière des entreprises.

Parmi les initiatives visant à faire pression sur les compagnies récalcitrantes, la SEC a créé début mars un groupe de travail chargé de «détecter des comportements fautifs liés à la politique climatique et aux normes ESG» ((environnementaux, sociaux et de gouvernance),), a rappelé Allison Herren Lee.

La SEC a multiplié ces derniers mois les annonces soulignant son engagement en faveur d’une finance responsable.

Cette ligne devrait être poursuivie par Garry Gensler, le candidat de la Maison Blanche pour prendre les rênes de cette agence fédérale et dont la nomination doit être approuvée par le Sénat.

Reste que les républicains sont très sceptiques sur ces annonces de l’autorité des marchés boursiers qu’il considèrent davantage comme médiatiques que comme opérationnels.

Banque centrale : changer de modèle pour éviter la catastrophe environnementale et sociale

Banque centrale : changer de modèle pour éviter la catastrophe environnementale et sociale

 

L’économiste Barry Eichengreen affirme, dans sa chronique au Monde , que lutter contre le réchauffement et les inégalités pourrait entrer dans le mandat des banques centrales sans menacer leur indépendance.

Chronique.

 

Nous avons l’habitude de penser que la mission des banques centrales est de veiller à la stabilité des prix et au plus de cibler l’inflation en veillant à la fluidité du système de paiements. Mais avec la crise financière de 2008 et aujourd’hui celle du Covid-19, nous les avons vues intervenir pour soutenir un éventail de plus en plus large de marchés et d’activités, par exemple le système de prêts aux institutions financières venant en aide aux PME fragilisées par la pandémie, le Paycheck Protection Program Liquidity Facility, mis en place par la Réserve fédérale (Fed) des Etats-Unis. Cela n’a plus grand-chose à voir avec la banque centrale qu’a connue la génération de nos parents.

 

Aujourd’hui, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), et Lael Brainard, qui siège au conseil des gouverneurs de la Fed, ont exhorté les banquiers centraux à l’action face au changement climatique. Dans le contexte du mouvement Black Lives Matter, Maxine Waters, députée de Californie à la Chambre des représentants des Etats-Unis, a incité le président de la Fed, Jerome Powell, à être plus actif concernant les inégalités, et plus encore les inégalités raciales.

Ces appels font pousser des hauts cris aux puristes, qui préviennent que, en chargeant de ces nouvelles responsabilités les banques centrales, on risque de les détourner de leur objectif premier, le contrôle de l’inflation. Surtout, ils craignent que cela ne compromette leur indépendance. L’idée selon laquelle leurs objectifs statutaires sont mieux servis par des mains qui ne dépendent pas d’un mandat électif fait consensus. Mais les banquiers centraux doivent justifier leurs actions et expliquer pourquoi les mesures qu’ils décident servent les objectifs fixés. Avec un mandat beaucoup plus étendu, la justification des mesures prises est plus difficile à communiquer, les succès ou les échecs, plus délicats à juger. Et, dans la mesure où la politique monétaire n’a qu’une influence limitée sur le changement climatique ou les inégalités, intégrer ces variables à leurs cibles, c’est condamner les banques centrales à l’échec, et leur indépendance opérationnelle pourrait alors être reconsidérée par des politiques que ces fiascos laisseraient insatisfaits.

Ces arguments ne sont pas sans pertinence. En même temps, les banquiers centraux ne peuvent s’abandonner à l’inaction alors que l’urgence demande que tout le monde soit à la manœuvre. Le changement climatique et le creusement des inégalités ouvrent des crises proprement existentielles. Si les banquiers centraux les ignoraient, cela apparaîtrait comme une démonstration hautaine et dangereuse de leur indifférence. Et leur indépendance serait dès lors réellement en danger.

Ingénierie sociale et société

Ingénierie sociale et  société 

 

L’historien Pierre-Cyrille Hautcœur, Directeur d’études à l’EHESS, regrette, dans sa chronique, l’incapacité répétée des élites expertes à prendre en compte la vie réelle et l’avis des « gens ordinaires », comme l’a montré une fois de plus l’épilogue de la convention citoyenne sur le climat.

 

Chronique.

 

Les membres de la convention citoyenne sur le climat, qui a terminé ses travaux le 28 février, ont exprimé leur mécontentement face à la faible prise en compte de leurs conclusions par le gouvernement. Tirés au sort et donc très divers par leurs expériences sociales, ces citoyens et citoyennes ont écouté nombre d’experts et soutenu des propositions qui, quoique parfois assez radicales, leur semblaient apporter des solutions à l’urgence climatique compatibles avec la poursuite de leurs modes de vie au prix de changements acceptables.

 

La limitation du changement climatique peut donner lieu au projet d’ingénierie sociale le plus vaste jamais conçu puisqu’elle requiert des actions puissantes à l’échelle de la planète. Un tel projet aurait un côté paradoxal puisqu’il s’agirait de contrecarrer les conséquences d’actions humaines sur la nature menées durant des décennies par de grandes organisations publiques ou privées pourtant puissamment rationnelles, des champs pétroliers aux plantations de palmiers à huile.

James Scott, professeur de sciences politiques à Yale (Connecticut), connu pour ses travaux critiques sur les grands projets de développement, propose dans son ouvrage majeur enfin traduit en français (L’Œil de l’Etat. Moderniser, uniformiser, détruire, La Découverte, 540 pages, 28 euros) une relecture beaucoup plus générale et historicisée selon laquelle les Etats se construisent, au moins depuis l’époque justement dite « moderne », en uniformisant, standardisant et détruisant au nom de la « modernisation ». Les exemples qu’il prend incluent l’imposition des systèmes de poids et mesures, l’attribution de noms de famille ou l’urbanisme ; les terrains vont de la Chine des Qin à la Tanzanie des années 1970, la collectivisation soviétique et la Révolution française.

Significativement, le premier exemple étudié porte sur la sylviculture scientifique prussienne du XVIIIsiècle qui, pour obtenir une rentabilité maximale, réduit la forêt à une monoactivité de production de bois d’œuvre tiré de la monoculture de la « meilleure » espèce de pin. Ce faisant, elle élimine la diversité végétale et animale, et détruit des conditions essentielles de la vie des habitants (ramassage de fruits et champignons, collecte de petit bois ou d’écorces curatives, chasse, glandée des porcs…). A terme, la qualité des sols, et donc la productivité en bois elle-même, se détériore…….

Responsabilité sociale: ne pas limiter à l’intention

Responsabilité sociale:  ne pas limiter à l’intention

 

Sandra Bernard-Colinet, membre de la Société française des analystes financiers, et Mathilde Lemoine, économiste évoque dans le JDD la problématique de la responsabilité sociale à propos de Danone.

 

Tribune

 

 

 Le cas de Danone est emblématique. La responsabilité sociale et environnementale mise en avant par les dirigeants ne convainc pas certains actionnaires. D’un côté, la sous-performance boursière du groupe agroalimentaire depuis un an résulte d’éléments monétisables comme le recul des ventes et les doutes sur la création de valeur économique de ses dernières acquisitions. De l’autre côté, les dirigeants s’affichent exemplaires en ayant adopté le statut d’entreprise à mission, une première pour une entreprise cotée. Face à eux, des investisseurs qui se disent responsables.

Doit-on en conclure que les critères « extra-financiers » et le statut d’entreprise à mission ne sont que des éléments de valorisation boursière secondaires, ou que l’entreprise n’est pas capable de prouver son engagement?

L’enjeu est de comprendre la logique du modèle économique mis en place par l’entreprise pour atteindre l’objectif affiché, de mesurer son efficacité et d’évaluer sa robustesse

En adoptant ce statut, Danone s’est mis en situation de rendre compte de sa contribution réelle aux objectifs de développement durable. La société aurait pu y parvenir en utilisant les outils issus du monde de l’économie à impact. Cela consiste à répondre aux deux questions suivantes : mon action a-t-elle généré un changement pour les bénéficiaires? Et ce changement est-il lié à mon action? Dans le cas de Danone, dont l’un des objectifs est d’améliorer la santé, il aurait fallu définir des indicateurs d’impact permettant d’établir le lien de causalité entre l’amélioration de la santé sur une population donnée et la vente de ses produits. Indiquer le pourcentage de ceux qui appartiennent à des catégories saines ou sans sucre ajouté, comme c’est le cas actuellement, ne permet pas de répondre aux deux questions.

L’enjeu est de comprendre la logique du modèle économique mis en place par l’entreprise pour atteindre l’objectif affiché, de mesurer son efficacité et d’évaluer sa robustesse. L’idéal aurait été de disposer d’un système de comptabilité intégrant les critères sociaux et environnementaux à la logique financière.

La pression citoyenne est forte pour faire évoluer la responsabilité des entreprises à l’égard des biens communs que sont le social et l’environnement. La loi Pacte oblige les actionnaires et le management à en tenir compte. Mais encore faut-il réduire les risques de conflit entre les parties prenantes au sujet de la réalité de l’engagement en mesurant la contribution réelle à la transformation durable. »

Idéologie–Islamo-gauchisme: une réalité sociale et politique

Idéologie–Islamo-gauchisme: une réalité sociale et politique

 

Une chronique  de Gilles Savary, Ancien député PS* dans l’Opinion

L’islamo-gauchisme n’est sans doute pas un concept de sciences politiques subtilement académique, mais il a le mérite de nommer les choses par leur nom. N’en déplaise à ceux qui affectent de l’ignorer, ce n’est pas non plus un fantasme. En tout cas, si de prudes âmes ne l’ont jamais rencontré, l’Unef s’est chargée de l’incarner le 17 septembre 2020 en dépêchant à une audition de l’Assemblée nationale une convertie en hijab. La députée de Paris Anne-Christine Lang a marqué son indignation de cette provocation manifeste en y apportant la réponse symbolique de quitter la séance.

Il est indubitable que ces dernières années, la gauche radicale a montré plus de zèle à manifester aux côtés d’activistes de l’islam politique qu’à participer aux hommages rendus aux victimes du terrorisme islamiste ou des odieux assassinats de Français de confession israélite qui ont eu lieu sur le sol de France.

La complaisance de l’extrême gauche avec tout ce qui peut déstabiliser nos démocraties libérales n’est pas nouvelle. Jadis canalisée par des corpus politiques ou idéologiques structurés, dans la filiation des expériences révolutionnaires du XXe siècle, cette mouvance politique épouse aujourd’hui l’air du temps, qui se traduit par une multiplication de revendications sociétales. Certaines de ses composantes participent de la fermentation des culpabilités et des haines qui caractérisent l’époque et associent vaille que vaille des radicalités nouvelles, féministes, indigénistes, post-coloniales, religieuses, à de vieux fonds de sauce de lutte des classes, voire d’antisémitisme larvé.

L’islamo-gauchisme est le plus souvent la manifestation d’une « alliance objective » plus qu’affinitaire au service d’une cause commune, anti-libérale, anti-capitaliste, anti-occidentale et anti-sioniste

Dans ce contexte, l’islamo-gauchisme est le plus souvent la manifestation d’une « alliance objective ​» plus qu’affinitaire au service d’une cause commune, anti-libérale, anti-capitaliste, anti-occidentale et anti-sioniste, entre un activisme révolutionnaire et un activisme religieux fondamentaliste. Il constitue aussi pour « ​la gauche de la gauche ​» le creuset politique d’un clientélisme électoral.

Diversion. Pour autant, une démocratie fondée sur la liberté d’opinion et le droit ne peut se lancer dans l’aventure hasardeuse d’une chasse aux sorcières au sein d’administrations civiles sans suggérer, dans le contexte actuel, un amalgame abusif entre complaisance tactique et complicité terroriste.

Il est légitime que la République ne soit pas indifférente à ce qui se passe dans nos universités, dont le statut d’autonomie ne dispense pas du respect de ses valeurs fondamentales. Elle dispose pour cela de tous les attributs de puissance publique lui permettant d’exercer sa vigilance. S’il est normal que le gouvernement s’inquiète des pressions et des menaces intolérables qui s’exercent sur des chercheurs ou éditorialistes qui s’intéressent de trop près à l’islam politique, ce doit être précisément au nom de la défense de la liberté académique plutôt que de son contrôle.

Au-delà de l’influence islamo-gauchiste, il est particulièrement choquant que des personnalités comme Sylviane Agacinsky et François Hollande aient dû renoncer à s’exprimer dans des enceintes universitaires sous pression d’activistes d’autres horizons et que des intellectuels comme Alain Finkielkraut ou Elisabeth Badinter en soient systématiquement menacés. Ces réalités traduisent une dégradation détestable de la liberté intellectuelle au sein de certaines de nos universités.

Il est préoccupant que les vénérables pétitionnaires qui réclament la démission de la ministre affectent de l’ignorer et esquivent le débat par une diversion misérabiliste hors sujet.

Gilles Savary est ancien député PS de la Gironde, délégué général de Territoires de progrès.

Islamo-gauchisme: une réalité sociale et politique

Islamo-gauchisme: une réalité sociale et politique

 

Une chronique  de Gilles Savary*dans l’opinion

 

L’islamo-gauchisme n’est sans doute pas un concept de sciences politiques subtilement académique, mais il a le mérite de nommer les choses par leur nom. N’en déplaise à ceux qui affectent de l’ignorer, ce n’est pas non plus un fantasme. En tout cas, si de prudes âmes ne l’ont jamais rencontré, l’Unef s’est chargée de l’incarner le 17 septembre 2020 en dépêchant à une audition de l’Assemblée nationale une convertie en hijab. La députée de Paris Anne-Christine Lang a marqué son indignation de cette provocation manifeste en y apportant la réponse symbolique de quitter la séance.

Il est indubitable que ces dernières années, la gauche radicale a montré plus de zèle à manifester aux côtés d’activistes de l’islam politique qu’à participer aux hommages rendus aux victimes du terrorisme islamiste ou des odieux assassinats de Français de confession israélite qui ont eu lieu sur le sol de France.

La complaisance de l’extrême gauche avec tout ce qui peut déstabiliser nos démocraties libérales n’est pas nouvelle. Jadis canalisée par des corpus politiques ou idéologiques structurés, dans la filiation des expériences révolutionnaires du XXe siècle, cette mouvance politique épouse aujourd’hui l’air du temps, qui se traduit par une multiplication de revendications sociétales. Certaines de ses composantes participent de la fermentation des culpabilités et des haines qui caractérisent l’époque et associent vaille que vaille des radicalités nouvelles, féministes, indigénistes, post-coloniales, religieuses, à de vieux fonds de sauce de lutte des classes, voire d’antisémitisme larvé.

L’islamo-gauchisme est le plus souvent la manifestation d’une « alliance objective » plus qu’affinitaire au service d’une cause commune, anti-libérale, anti-capitaliste, anti-occidentale et anti-sioniste

Dans ce contexte, l’islamo-gauchisme est le plus souvent la manifestation d’une « alliance objective ​» plus qu’affinitaire au service d’une cause commune, anti-libérale, anti-capitaliste, anti-occidentale et anti-sioniste, entre un activisme révolutionnaire et un activisme religieux fondamentaliste. Il constitue aussi pour « ​la gauche de la gauche ​» le creuset politique d’un clientélisme électoral.

Diversion. Pour autant, une démocratie fondée sur la liberté d’opinion et le droit ne peut se lancer dans l’aventure hasardeuse d’une chasse aux sorcières au sein d’administrations civiles sans suggérer, dans le contexte actuel, un amalgame abusif entre complaisance tactique et complicité terroriste.

Il est légitime que la République ne soit pas indifférente à ce qui se passe dans nos universités, dont le statut d’autonomie ne dispense pas du respect de ses valeurs fondamentales. Elle dispose pour cela de tous les attributs de puissance publique lui permettant d’exercer sa vigilance. S’il est normal que le gouvernement s’inquiète des pressions et des menaces intolérables qui s’exercent sur des chercheurs ou éditorialistes qui s’intéressent de trop près à l’islam politique, ce doit être précisément au nom de la défense de la liberté académique plutôt que de son contrôle.

Au-delà de l’influence islamo-gauchiste, il est particulièrement choquant que des personnalités comme Sylviane Agacinsky et François Hollande aient dû renoncer à s’exprimer dans des enceintes universitaires sous pression d’activistes d’autres horizons et que des intellectuels comme Alain Finkielkraut ou Elisabeth Badinter en soient systématiquement menacés. Ces réalités traduisent une dégradation détestable de la liberté intellectuelle au sein de certaines de nos universités.

Il est préoccupant que les vénérables pétitionnaires qui réclament la démission de la ministre affectent de l’ignorer et esquivent le débat par une diversion misérabiliste hors sujet.

Gilles Savary est ancien député PS de la Gironde, délégué général de Territoires de progrès.

Environnement-Pour une finance durable et sociale

Environnement-Pour une finance durable et sociale

 

Philippe Zaouati ,directeur général de la société de gestion Mirova ,milite pour une finance durable et sociale dans une tribune à l’Opinion.

 

 

Tribune

 

Après une année 2020 marquée par une crise sanitaire aussi inattendue que violente, il est assez aisé de comprendre l’adhésion croissante à la philosophie et aux sujets de la finance durable.

Pourtant, en se concentrant au cours des dernières années sur le thème de la préservation de l’environnement et de la biodiversité, la finance durable n’a-t-elle pas mis au second plan le rôle des entreprises sur la question des fractures sociales, fiscales et probablement des fractures politiques et démocratiques ? Je suis convaincu que le traitement des inégalités sera dans les prochaines années un déterminant essentiel de la finance durable.

La crise sanitaire a montré que l’entreprise n’était pas une île, à distance du tumulte ambiant. Les questions sociales sont évidemment de son ressort. Loin de l’insularité, l’entreprise se trouve au cœur de la mêlée sociale. C’est d’ailleurs sur les actions des entreprises, autant que sur celles des gouvernements, que se concentrent les débats : précarisation des employés, voire recours à des indépendants non-salariés, creusement des écarts de revenus, inégalités entre les femmes et les hommes, discriminations raciales et sociales, évasion ou optimisation fiscales… Il est clair que la société en attend davantage des entreprises, et à raison.

Dans un contexte où les entreprises bénéficient d’un pouvoir plus important que jamais, face à des Etats limités dans leur capacité d’action, elles doivent prendre leur part de responsabilité. D’autant plus que l’accentuation des inégalités dans les pays développés est directement liée à une concentration de la valeur boursière aux mains d’un très petit nombre d’entreprises. Faut-il rappeler qu’à la fin de l’année 2020, cinq entreprises américaines représentaient à elles seules un quart de la capitalisation du S&P500 ?

Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective

Pacte démocratique. Cette polarisation sociale est un sujet que la finance durable ne peut plus mettre au second plan. La pandémie que nous traversons a permis une prise de conscience sur des problématiques portées depuis longtemps par les acteurs de l’investissement durable : lien entre économie et santé publique, gestion des infrastructures et des services publics, maîtrise des chaînes d’approvisionnement et risques induits par leur fragmentation, dégradation rapide de la biodiversité et déforestation… L’accroissement des inégalités, les fractures sociales et territoriales, les ruptures du pacte démocratique qui s’ensuivent, restent quant à elles, pour le moment, insuffisamment prises en compte. Pourtant, la crise sanitaire de 2020 n’a fait qu’aggraver une situation déjà explosive.

Cette fracture sociale peut sembler loin des questions économiques. C’est tout l’inverse. La baisse tendancielle de la taxation des grandes entreprises est, je crois, au cœur de cette problématique. Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective.

C’est un enjeu difficile pour la finance durable qui doit se préoccuper de la question sociale, la lutte contre les inégalités et l’évasion fiscale. Pour reconnecter création de valeur financière et traitement de ces fractures, il faudra « convaincre » les marchés que les entreprises performantes sont celles qui contribuent à l’intérêt général.

Philippe Zaouati est directeur général de Mirova.

Pour une finance durable et sociale

Pour une finance durable et sociale

 

Philippe Zaouati ,directeur général de la société de gestion Mirova ,milite pour une finance durable et sociale dans une tribune à l’Opinion.

 

 

Tribune

 

Après une année 2020 marquée par une crise sanitaire aussi inattendue que violente, il est assez aisé de comprendre l’adhésion croissante à la philosophie et aux sujets de la finance durable.

Pourtant, en se concentrant au cours des dernières années sur le thème de la préservation de l’environnement et de la biodiversité, la finance durable n’a-t-elle pas mis au second plan le rôle des entreprises sur la question des fractures sociales, fiscales et probablement des fractures politiques et démocratiques ? Je suis convaincu que le traitement des inégalités sera dans les prochaines années un déterminant essentiel de la finance durable.

La crise sanitaire a montré que l’entreprise n’était pas une île, à distance du tumulte ambiant. Les questions sociales sont évidemment de son ressort. Loin de l’insularité, l’entreprise se trouve au cœur de la mêlée sociale. C’est d’ailleurs sur les actions des entreprises, autant que sur celles des gouvernements, que se concentrent les débats : précarisation des employés, voire recours à des indépendants non-salariés, creusement des écarts de revenus, inégalités entre les femmes et les hommes, discriminations raciales et sociales, évasion ou optimisation fiscales… Il est clair que la société en attend davantage des entreprises, et à raison.

Dans un contexte où les entreprises bénéficient d’un pouvoir plus important que jamais, face à des Etats limités dans leur capacité d’action, elles doivent prendre leur part de responsabilité. D’autant plus que l’accentuation des inégalités dans les pays développés est directement liée à une concentration de la valeur boursière aux mains d’un très petit nombre d’entreprises. Faut-il rappeler qu’à la fin de l’année 2020, cinq entreprises américaines représentaient à elles seules un quart de la capitalisation du S&P500 ?

Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective

Pacte démocratique. Cette polarisation sociale est un sujet que la finance durable ne peut plus mettre au second plan. La pandémie que nous traversons a permis une prise de conscience sur des problématiques portées depuis longtemps par les acteurs de l’investissement durable : lien entre économie et santé publique, gestion des infrastructures et des services publics, maîtrise des chaînes d’approvisionnement et risques induits par leur fragmentation, dégradation rapide de la biodiversité et déforestation… L’accroissement des inégalités, les fractures sociales et territoriales, les ruptures du pacte démocratique qui s’ensuivent, restent quant à elles, pour le moment, insuffisamment prises en compte. Pourtant, la crise sanitaire de 2020 n’a fait qu’aggraver une situation déjà explosive.

Cette fracture sociale peut sembler loin des questions économiques. C’est tout l’inverse. La baisse tendancielle de la taxation des grandes entreprises est, je crois, au cœur de cette problématique. Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective.

C’est un enjeu difficile pour la finance durable qui doit se préoccuper de la question sociale, la lutte contre les inégalités et l’évasion fiscale. Pour reconnecter création de valeur financière et traitement de ces fractures, il faudra « convaincre » les marchés que les entreprises performantes sont celles qui contribuent à l’intérêt général.

Philippe Zaouati est directeur général de Mirova.

En Russie, la dictature et surtout la misère sociale

 En Russie, la dictature et surtout la misère sociale

 

 

Les Russes ne sont pas complètement indifférents aux questions démocratiques et notamment aux violations délibérées par Poutine des libertés individuelles et collectives notamment suite à l’emprisonnement et à la condamnation de l’opposant Navallny. Pour autant , cette question est sans doute moins prégnante pour l’ensemble des Russes que la détérioration de la situation économique et sociale. Le pays est en effet en plein marasme économique et les Russes ont vu leur pouvoir d’achat de l’ordre de 15 à 20 % en peu de temps. Entre les sanctions occidentales et l’embargo imposé en retour par le Kremlin sur les importations de denrées alimentaires européennes, la pandémie, la chute du rouble et une économie depuis longtemps anémique, nombreux sont les Russes qui voient leur portefeuille maigrir.

 

Un motif de mécontentement croissant, alors que les partisans de l’opposant incarcéré Alexeï Navalny veulent mobiliser la rue à l’approche d’élections législatives en septembre.

« Avant la pandémie, nous recevions 30-40 personnes par jour, c’est désormais 50-60 personnes » qui viennent chercher des vivres, constate Elena Timochouk, employée de l’association d’aides sociales »

 

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