Archive pour le Tag 'sobriété'

Energie -Plan de sobriété du gouvernement : « C’est dérisoire » (Laignel, de l’Association des maires de France)

Energie -Plan de sobriété du gouvernement : « C’est dérisoire » (Laignel, de l’Association des maires de France)


« C’est dérisoire par rapport à la situation dans laquelle nous nous trouvons », fustige mercredi 5 octobre sur franceinfo, André Laignel, maire d’Issoudun et premier vice-président délégué de l’Association des maires de France, alors que le gouvernement dévoilera jeudi son plan de sobriété. Selon les informations de franceinfo, il prévoit de couper l’eau chaude dans les toilettes des administrations, inciter au télétravail ou encore baisser le chauffage à 18° dans les bâtiments administratifs alors qu’il est déjà théoriquement limité à 19. Ces mesures ne sont « pas suffisantes », pour André Laignel.

franceinfo : Pensez-vous que ces mesures annoncées par le gouvernement sont suffisantes ?
André Laignel : Suffisantes, certainement pas. Nous sommes toujours preneurs de conseils mais nous n’avons pas attendu ceux du gouvernement dans la plupart des domaines dans lesquels il les profère. C’est dérisoire par rapport à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Le gouvernement parle de 10% d’économie mais tous les contrats que nous sommes en train de passer pour les énergies sont entre 200 et 500% d’augmentation.
Vous auriez préféré des mécanismes pour réduire les coûts plutôt que des conseils d’économie ?
Évidemment et ça fait des mois et des mois que nous faisons des propositions au gouvernement. Nous sommes devant un mur financier que nous ne serons pas capables de franchir. Il y a des centaines de communes qui ne seront pas en capacité de faire face aux nouveaux tarifs qui nous sont proposés chaque fois que nous sommes obligés de changer de contrat. Ce que nous demandons c’est qu’il y ait un bouclier énergétique comme il en existe un pour les entreprises et les particuliers, les communes n’ont aucun bouclier aujourd’hui. La ville de Mulhouse a passé des appels d’offres et elle doit faire face à des augmentations de 478%, en Bretagne c’est 225% d’augmentation. Nous proposons que l’Etat, les collectivités, les syndicats d’énergie soient réunis d’urgence, à l’initiative du gouvernement.
Baisser la température dans les gymnases, dans les piscines municipales c’est utile ?
On n’a pas attendu ces recommandations pour prendre ces mesures. A Issoudun dans ma ville, c’est le cas depuis de très nombreuses semaines, nous avons prévu au moment du passage à l’heure d’hiver d’éteindre un certain nombre d’éclairages publics. Le catalogue qui est présenté c’est en définitive des suggestions avancées par les maires eux-mêmes. Nous n’avons pas de désaccord avec le gouvernement sur tout cela parce que c’est du bon sens mais ce n’est pas à la hauteur de la situation que nous rencontrons aujourd’hui. Il faut des engagements financiers. Faire de la communication sur un certain nombre de mesures et de mesurettes, ne correspond pas à l’ampleur du sujet.

Un plan sobriété bidon

Un plan « sobriété » trop optimiste ?

Le gouvernement va annoncer aujourd’hui sa nouvelle stratégie pour la sobriété énergétique dont il espère une économie de 3 % de la consommation. Un véritable plan bidon car il y a longtemps que ménages et entreprises attentives aux dépenses d’énergie pratiquent la sobriété. Le véritable problème et celui de la mise à l’arrêt de 27 réacteurs nucléaires qui contraint la France a importé de l’électricité alors qu’elle était précédemment largement exportatrice. On a même fermé la centrale nucléaire de Fessenheim. Tout cela avec l’illusion que quelques éoliennes pourraient masquer cet étonnant gâchis.

Le package gouvernemental est vaste dans son affichage. Chacun se voit fixer des objectifs, selon les informations publiées par « Politico » ce mercredi matin et par « Le Parisien » : L’Etat (disparition de l’eau chaude dans les administrations ; télétravail ; chauffage à 18° C en cas d’urgence etc.), les ménages et les collectivités locales (incitation à rester à 19° C dans les logements ; baisse de la température des piscines ; enseignes lumineuses régulées etc.) et les entreprises .

Et sans oublier le col roule obligatoire des ministres au moins devant les caméras. À quand un ministère du tricotage de vêtements en laine pour remplacer les centrales nucléaires indûment immobilisées et fermées ( Tout cela pour récupérer quelques voix, les écolos).

Sobriété énergétique : un slogan de bobo

Sobriété énergétique : un slogan de bobo/strong>
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Aujourd’hui l’ actualité va encore faire état de discours interminables du gouvernement sur la nécessité de la sobriété énergétique et cela jusqu’au ridicule avec par exemple des responsables politiques en col roulé juste le temps de passer devant les caméras. Dans les couches sociales défavorisées et même les couches moyennes, il y a longtemps que l’objectif de 19° comme température moyenne a été adoptée.

Au lieu d;en faire un slogan, le pouvoir aurait été bien inspiré de faire une enquête approfondie des pratiques dans ce domaine en fonction des catégories sociologiques. Il est clair qu’on ne se conduit pas de la même manière dans ce domaine selon qu’on réside dans un appartement de 80 m² ou 250 et plus. Les revenus sont différents, les pratiques aussi.

En moyenne jusque-là les Français dépensaient autour de 1500 € pour le chauffage avec beaucoup de dispersion autour de cette moyenne. L’;augmentation sera salée notamment pour ceux qui se chauffent au gaz ou au fioul et même électricité après les différentes augmentations qui interviendront.

Comme dans le même temps les revenus seront amputés par l’inflation, on voit mal comment les ménages évoqués pourraient s’affranchir d’une sobriété qui est entrée dans les mœurs.Quand Macron déclare que des Français doivent considérer que nous entrons dans une période de fin d’abondance c’est moins pour des questions écologiques que pour tenter de s’excuser sur les erreurs stratégiques en matière de politique énergétique ( faut-il encore rappeler qu’il y a à peine quelques semaines ou quelques mois Macron a fermé la centrale de Fessenheim est préconisé la suppression de 14 réacteurs ! Maintenant il envisage de créer six centrales EPR, suivi de six autres ! Conséquence la France qui exportait de l’électricité en apporte désormais.Heureusement les particuliers bénéficient d’une certaine protection avec le bouclier tarifaire ( Très coûteux mais pour les entreprises c’est un véritable massacre qui aura des conséquences sur la croissance)

Chauffage: La sobriété surtout pour les pauvres

Chauffage: La sobriété surtout pour les pauvres

 Selon un projet de recherche, ceux qui déclarent préférer le confort thermique plutôt que de réaliser des économies d’énergie gagnent 7 965 euros de plus par an que la moyenne des ménages. Par Dorothée Charlier, Université Savoie Mont Blanc

 

Canicule, feux de forêt, guerre en Ukraine… Après un été 2022 marqué par une actualité énergétique intense, il est temps de s’interroger sur la conduite à tenir pour faire face au changement climatique. À ce sujet, le Laboratoire sur les inégalités mondiales souligne que :

« 10 % des plus fortunés sont responsables de 48 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre mondiales, tandis que les 50 % les plus pauvres ne sont responsables que de 12 % au total. »

Face à ce constat et à l’hiver qui se rapproche, on peut donc s’interroger sur les comportements de consommation des ménages les plus aisés, alors qu’une polémique a déjà éclaté ces dernières semaines au sujet de l’utilisation des jets privés.

Si on se base sur une abondante littérature en économie, on a tendance à trouver une relation positive entre le niveau de revenu et la consommation d’énergie. Cette relation positive peut être associée à plusieurs phénomènes, qui va d’une augmentation de la température de confort en hiver à l’achat de nouveaux équipements consommateurs d’électricité.

Par exemple, des études ont montré qu’une préférence déclarée pour le confort thermique pouvait se traduire par une hausse de la consommation d’énergie entre 8 % et 10 % selon les différentes estimations. Le niveau de revenu pourrait ainsi être perçu comme un indicateur pour évaluer un niveau spécifique de confort et de taux d’équipement.

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De plus, les ménages les plus aisés, qui vivent souvent dans des maisons individuelles récentes et qui peuvent ajuster leur température de chauffage, ont tendance à consommer plus que ce que leur diagnostic de performance énergétique indique, comme nous l’avons relevé dans un article de recherche publié en 2021.

En approfondissant cette relation entre niveau de revenu et poids de la consommation énergétique (en se basant sur des données françaises récentes récoltées dans le cadre du projet de recherche PEPSI), nous obtenons que ceux qui déclarent préférer le confort thermique plutôt que de réaliser des économies d’énergie gagnent 7 965 euros de plus par an que la moyenne des ménages.

Si on regarde plus en détail, le lien entre la température moyenne de chauffage en hiver dans les pièces à vivre et le niveau de revenu ), on constate que les ménages qui se chauffent en dessous de 19 °C gagnent relativement moins que les ménages qui peuvent maintenir une température adéquate.

Il en va de même pour ceux qui se chauffent à plus de 25 °C, mais ces derniers sont parfois dans l’incapacité de pouvoir ajuster leur température (en général, les ménages qui ne sont pas en mesure de pouvoir régler leur température de chauffage vivent dans des logements plus anciens et gagnent 4016 euros de moins par an).

En outre, parmi les ménages qui se chauffent à moins de 19 °C en hiver, ils sont plus des trois quarts à déclarer se restreindre.

Par ailleurs, si on considère que les ménages vivant dans les logements dotés de la meilleure étiquette énergétique (et qui ont donc moins besoin d’énergie pour se chauffer), notés A, ont un revenu moyen supérieur de 13 000 euros par rapport à ceux qui vivent dans des logements notés G, on remarque également que les ménages les plus aisés dépensent nettement plus en facture d’électricité et de chauffage, ce qui semble réaffirmer une préférence avérée pour le confort thermique et l’utilisation d’appareils électroménagers

Après « le deuxième été le plus chaud observé en France depuis au moins 1900 avec un écart de +2,3 °C par rapport à la moyenne 1991-2020 » en 2022 selon Météo France, on peut donc s’interroger sur l’évolution des dépenses d’électricité des ménages français dans les années à venir.

En effet, d’une façon générale, le taux d’équipement des ménages en système de rafraichissement augmente depuis 2020. Ce sont particulièrement les ménages propriétaires (75 % des détenteurs de système de refroidissement en 2020), souvent chef d’entreprise, indépendant ou cadre et résidants en maison individuelle qui entretiennent cette hausse (60 %).

Cette tendance risque désormais de s’accentuer si l’on veut pouvoir assurer le confort thermique et le bien-être de chacun. Il va donc être plus que nécessaire de trouver des solutions pérennes pour assurer le confort thermique d’hiver et d’été en veillant à ne pas creuser les inégalités.

Si les innovations technologiques permettront probablement de limiter le poids des consommations sur le climat, une solution consiste également à poursuivre les efforts dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments tout en veillant à informer les ménages les plus aisés du poids de leur consommation sur le climat.

________

Par Dorothée Charlier, Maîtresse de conférences en économie de l’énergie et de l’environnement, Université Savoie Mont Blanc.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Sobriété énergétique: Les économies possibles

Sobriété énergétique: Les économies possibles 

 La mise en œuvre de la sobriété énergétique, indispensable à divers égards, implique de combiner changements de comportements individuels et investissement dans des infrastructures adaptées. Par Patrick Criqui, Université Grenoble Alpes (UGA) et Carine Sebi, Grenoble École de Management (GEM)

 

 

La crise énergétique, singulièrement accentuée par la guerre en Ukraine, pousse les États membres de l’UEdont la France à prendre des engagements forts pour conserver les bases du fonctionnement de leurs économies, tout en réduisant les importations énergétiques en provenance de Russie.

À l’horizon du prochain hiver, il leur faut donc baisser drastiquement la consommation d’énergie, jusqu’à -15% au niveau de l’UE pour le gaz naturel, et en France entre 5 % et 15 % la consommation d’électricité en fonction de la rigueur de l’hiver.

Mais la sécheresse extrême de l’été rappelle aussi l’urgence climatique et la nécessité de diminuer les consommations d’énergies fossiles de manière vigoureuse et surtout durable. Sur ces deux horizons, le court terme de la guerre en Ukraine et le long terme de la lutte contre le changement climatique, il faut à la fois réduire et décarboner notre consommation énergétique.

Dans l’immédiat, les dirigeants font appel à la sobriété « en solidarité » avec l’Ukraine (et pour passer l’hiver), et demain pour sauver le climat. Mais parle-t-on des mêmes actions ? Et comment inscrire la sobriété dans le temps de façon à ce qu’elle soit durable

La sobriété énergétique, dont il est tant question aujourd’hui, n’est pas un concept nouveau. Au XIIIe siècle, Saint Thomas d’Aquin la référait déjà à notre capacité d’autolimitation.

Si l’on remplace dans la citation du philosophe et théologien le vin par l’énergie, sa définition indiquait que « l’usage de [l'énergie] est affaire de modération. La sobriété n’est pas une abstinence, c’est la mesure de [cet usage] ». Plus tard, à l’époque des chocs pétroliers, on parle de « chasse au gaspi ».

Pourtant, la référence à la sobriété (« sufficiency » en anglais) n’est décrite comme un pilier incontournable des politiques climatiques que dans le dernier rapport du GIEC, en 2022. Et elle n’apparaît que très récemment dans le discours officiel français.

La sobriété peut s’entendre au niveau des comportements et des choix individuels, mais aussi au niveau de la société dans son ensemble. On parle alors de sobriété collective et celle-ci se joue à travers les politiques d’aménagement, les infrastructures, les systèmes techniques, mais également les normes de comportement et l’imaginaire social.

Dans la mesure où les choix individuels sont en partie contraints, il s’agit de considérer la sobriété individuelle comme « encastrée » dans des structures collectives, matérielles ou immatérielles.

À cette articulation entre l’individuel et le collectif, il faut aussi associer le caractère réversible ou non de l’effort de sobriété : acheter un véhicule consommant 5 l/100km plutôt que 10 l/100km est une décision qui engage, au moins pour le temps de détention du véhicule ; en revanche, adopter la conduite économe au moment d’une hausse des prix de l’essence ne garantit pas le maintien de cette conduite sur le long terme…

Le logement et le transport routier de passagers (voitures et véhicules utilitaires légers) représentent chacun environ 21 % de la consommation finale en 2019, mais aussi des dépenses énergétiques similaires et chiffrées par ménage à 1 600 euros/an chacune en 2019. Les ménages disposent de marges de manœuvre pour limiter leur consommation. En appliquant à court terme les 10 % d’économies d’énergie escomptés par le gouvernement pour ces gestes, cela représenterait a minima, c’est-à-dire au prix de 2019, un gain annuel de l’ordre de 320 euros pour le logement et le transport.

Les trois leviers de la sobriété

Pour les deux secteurs, on peut distinguer trois leviers principaux :

À un 1er niveau, on trouve la quantité de service énergétique demandée : dans le logement, il s’agit d’assurer le confort de vie pour un nombre de m2 correspondant à la taille du logement ; dans les transports, il s’agit du kilométrage parcouru en automobile chaque année par le ménage. On pourra alors parler de sobriété « dimensionnelle ».

Au 2e niveau, on identifie la consommation spécifique de l’équipement, respectivement la consommation annuelle par m2 de logement, telle que mesurée par le DPE (diagnostic de performance énergétique), et pour les transports la consommation normalisée de carburant du véhicule (en l/100km). Ces indicateurs font référence à l’efficacité énergétique.

Enfin, le 3e niveau renvoie strictement au comportement du consommateur et à l’intensité d’usage de l’équipement ; dans le logement, la consommation dépendra bien sûr de la consigne de température, à 19 ou à 22 °C ; tout comme dans les transports de la vitesse de déplacement, 130 ou 110 km/h sur autoroute, 90 ou 80km/h sur route.

Les courbes d’isoconsommation mettent en évidence des arbitrages possibles entre les deux premiers leviers : un petit logement très mal isolé peut consommer autant qu’un grand logement BBC ; inversement pour les transports, on peut consommer peu en roulant beaucoup, si l’équipement automobile est très performant.

 

Les objectifs français et européen

La « feuille de route » pour la neutralité carbone en France est explicitée dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), dont la dernière version de 2020 est en cours d’actualisation.

Cette feuille de route s’inscrit dans la perspective de la neutralité carbone et est donc a priori compatible avec le paquet « Fit for 55 » de l’Union européenne. Elle pointe la nécessité de diminuer les consommations finales d’au moins 20 % en 2030 (par rapport à 2015), tant pour le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) que pour celui des transports (routier et autres), il s’agit bien ici des consommations et non des émissions de gaz à effet de serre.

Cet objectif est par ailleurs cohérent avec la réduction d’au minimum 40 % de la consommation totale en 2050 intégrée dans la SNBC.

À l’horizon des prochains mois, les premiers gestes renvoient à une « sobriété de comportement ». Ils consisteraient à réduire de 1 à 2 °C la température de chauffage et à chauffer uniquement les pièces occupées. Si cette mesure était appliquée de manière générale, elle permettrait de réduire de près de 10 % la consommation de chauffage des logements.

Pour le transport automobile, la généralisation d’une réduction de la vitesse de 10 à 20 km/h et de l’écoconduite permettraient de gagner environ 15 % de la consommation de carburants.

Mais pour atteindre les objectifs intermédiaires de 2030, il faudra passer à la « sobriété par l’investissement », un investissement dans des équipements et des infrastructures permettant de limiter les besoins. Pour les logements il faudra accélérer encore les actions de rénovation globale : celle-ci consiste à rénover au minimum trois postes (par exemple, l’isolation toiture, le remplacement des ouvertures et le chauffage) – pour un quart du parc (soit 7,3 millions) : l’économie additionnelle serait de 15 %.

Pour le transport, en plus de la généralisation de la conduite douce, il conviendrait de convertir 10 % du parc de véhicule à l’électrique (contre 1 % aujourd’hui), ce qui ajouterait 6 % d’économie d’énergie (le rendement d’un véhicule électrique est de 90 % contre moins de 40 % pour un véhicule thermique).

Pour réduire de 40 à 50 % la consommation d’énergie finale en 2050, la sobriété collective sera essentielle. Elle nécessitera à la fois des actes réglementaires forts – limitant par exemple les vitesses de circulation par décret ou bannissant les véhicules thermiques – et des efforts massifs d’investissements dans de nouvelles infrastructures. Cela pour amplifier le transfert modal dans le transport (convertir un trajet en voiture en bus/train permet une économie d’énergie de 40 %) et pour garantir le niveau de consommation BBC à tous les logements.

Une sobriété énergétique forte et durable doit donc impérativement combiner la mobilisation générale des comportements écoresponsables et un investissement massif. Cela suppose aussi, à court et plus long terme, la mise en œuvre de politiques cohérentes en matière de prix de l’énergie et de normes légales de comportement et de performance.

Celles-ci devront cibler en priorité les institutions publiques et les organisations privées (à l’instar des mesures d’urgence proposées en Allemagne ou en Espagne). Une condition pour que les ménages ne soient pas les seuls à porter l’effort de sobriété et qu’ils soient ainsi embarqués de manière durable.

__________

Par Patrick Criqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, Université Grenoble Alpes (UGA) et Carine Sebi, Professeure associée et coordinatrice de la chaire « Energy for Society », Grenoble École de Management (GEM).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Sobriété : Les économies possibles

Sobriété : Les économies possibles 

 La mise en œuvre de la sobriété énergétique, indispensable à divers égards, implique de combiner changements de comportements individuels et investissement dans des infrastructures adaptées. Par Patrick Criqui, Université Grenoble Alpes (UGA) et Carine Sebi, Grenoble École de Management (GEM)

 

 

La crise énergétique, singulièrement accentuée par la guerre en Ukraine, pousse les États membres de l’UEdont la France à prendre des engagements forts pour conserver les bases du fonctionnement de leurs économies, tout en réduisant les importations énergétiques en provenance de Russie.

À l’horizon du prochain hiver, il leur faut donc baisser drastiquement la consommation d’énergie, jusqu’à -15% au niveau de l’UE pour le gaz naturel, et en France entre 5 % et 15 % la consommation d’électricité en fonction de la rigueur de l’hiver.

Mais la sécheresse extrême de l’été rappelle aussi l’urgence climatique et la nécessité de diminuer les consommations d’énergies fossiles de manière vigoureuse et surtout durable. Sur ces deux horizons, le court terme de la guerre en Ukraine et le long terme de la lutte contre le changement climatique, il faut à la fois réduire et décarboner notre consommation énergétique.

Dans l’immédiat, les dirigeants font appel à la sobriété « en solidarité » avec l’Ukraine (et pour passer l’hiver), et demain pour sauver le climat. Mais parle-t-on des mêmes actions ? Et comment inscrire la sobriété dans le temps de façon à ce qu’elle soit durable

La sobriété énergétique, dont il est tant question aujourd’hui, n’est pas un concept nouveau. Au XIIIe siècle, Saint Thomas d’Aquin la référait déjà à notre capacité d’autolimitation.

Si l’on remplace dans la citation du philosophe et théologien le vin par l’énergie, sa définition indiquait que « l’usage de [l'énergie] est affaire de modération. La sobriété n’est pas une abstinence, c’est la mesure de [cet usage] ». Plus tard, à l’époque des chocs pétroliers, on parle de « chasse au gaspi ».

Pourtant, la référence à la sobriété (« sufficiency » en anglais) n’est décrite comme un pilier incontournable des politiques climatiques que dans le dernier rapport du GIEC, en 2022. Et elle n’apparaît que très récemment dans le discours officiel français.

La sobriété peut s’entendre au niveau des comportements et des choix individuels, mais aussi au niveau de la société dans son ensemble. On parle alors de sobriété collective et celle-ci se joue à travers les politiques d’aménagement, les infrastructures, les systèmes techniques, mais également les normes de comportement et l’imaginaire social.

Dans la mesure où les choix individuels sont en partie contraints, il s’agit de considérer la sobriété individuelle comme « encastrée » dans des structures collectives, matérielles ou immatérielles.

À cette articulation entre l’individuel et le collectif, il faut aussi associer le caractère réversible ou non de l’effort de sobriété : acheter un véhicule consommant 5 l/100km plutôt que 10 l/100km est une décision qui engage, au moins pour le temps de détention du véhicule ; en revanche, adopter la conduite économe au moment d’une hausse des prix de l’essence ne garantit pas le maintien de cette conduite sur le long terme…

Le logement et le transport routier de passagers (voitures et véhicules utilitaires légers) représentent chacun environ 21 % de la consommation finale en 2019, mais aussi des dépenses énergétiques similaires et chiffrées par ménage à 1 600 euros/an chacune en 2019. Les ménages disposent de marges de manœuvre pour limiter leur consommation. En appliquant à court terme les 10 % d’économies d’énergie escomptés par le gouvernement pour ces gestes, cela représenterait a minima, c’est-à-dire au prix de 2019, un gain annuel de l’ordre de 320 euros pour le logement et le transport.

Les trois leviers de la sobriété

Pour les deux secteurs, on peut distinguer trois leviers principaux :

À un 1er niveau, on trouve la quantité de service énergétique demandée : dans le logement, il s’agit d’assurer le confort de vie pour un nombre de m2 correspondant à la taille du logement ; dans les transports, il s’agit du kilométrage parcouru en automobile chaque année par le ménage. On pourra alors parler de sobriété « dimensionnelle ».

Au 2e niveau, on identifie la consommation spécifique de l’équipement, respectivement la consommation annuelle par m2 de logement, telle que mesurée par le DPE (diagnostic de performance énergétique), et pour les transports la consommation normalisée de carburant du véhicule (en l/100km). Ces indicateurs font référence à l’efficacité énergétique.

Enfin, le 3e niveau renvoie strictement au comportement du consommateur et à l’intensité d’usage de l’équipement ; dans le logement, la consommation dépendra bien sûr de la consigne de température, à 19 ou à 22 °C ; tout comme dans les transports de la vitesse de déplacement, 130 ou 110 km/h sur autoroute, 90 ou 80km/h sur route.

Les courbes d’isoconsommation mettent en évidence des arbitrages possibles entre les deux premiers leviers : un petit logement très mal isolé peut consommer autant qu’un grand logement BBC ; inversement pour les transports, on peut consommer peu en roulant beaucoup, si l’équipement automobile est très performant.

 

Les objectifs français et européen

La « feuille de route » pour la neutralité carbone en France est explicitée dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), dont la dernière version de 2020 est en cours d’actualisation.

Cette feuille de route s’inscrit dans la perspective de la neutralité carbone et est donc a priori compatible avec le paquet « Fit for 55 » de l’Union européenne. Elle pointe la nécessité de diminuer les consommations finales d’au moins 20 % en 2030 (par rapport à 2015), tant pour le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) que pour celui des transports (routier et autres), il s’agit bien ici des consommations et non des émissions de gaz à effet de serre.

Cet objectif est par ailleurs cohérent avec la réduction d’au minimum 40 % de la consommation totale en 2050 intégrée dans la SNBC.

À l’horizon des prochains mois, les premiers gestes renvoient à une « sobriété de comportement ». Ils consisteraient à réduire de 1 à 2 °C la température de chauffage et à chauffer uniquement les pièces occupées. Si cette mesure était appliquée de manière générale, elle permettrait de réduire de près de 10 % la consommation de chauffage des logements.

Pour le transport automobile, la généralisation d’une réduction de la vitesse de 10 à 20 km/h et de l’écoconduite permettraient de gagner environ 15 % de la consommation de carburants.

Mais pour atteindre les objectifs intermédiaires de 2030, il faudra passer à la « sobriété par l’investissement », un investissement dans des équipements et des infrastructures permettant de limiter les besoins. Pour les logements il faudra accélérer encore les actions de rénovation globale : celle-ci consiste à rénover au minimum trois postes (par exemple, l’isolation toiture, le remplacement des ouvertures et le chauffage) – pour un quart du parc (soit 7,3 millions) : l’économie additionnelle serait de 15 %.

Pour le transport, en plus de la généralisation de la conduite douce, il conviendrait de convertir 10 % du parc de véhicule à l’électrique (contre 1 % aujourd’hui), ce qui ajouterait 6 % d’économie d’énergie (le rendement d’un véhicule électrique est de 90 % contre moins de 40 % pour un véhicule thermique).

Pour réduire de 40 à 50 % la consommation d’énergie finale en 2050, la sobriété collective sera essentielle. Elle nécessitera à la fois des actes réglementaires forts – limitant par exemple les vitesses de circulation par décret ou bannissant les véhicules thermiques – et des efforts massifs d’investissements dans de nouvelles infrastructures. Cela pour amplifier le transfert modal dans le transport (convertir un trajet en voiture en bus/train permet une économie d’énergie de 40 %) et pour garantir le niveau de consommation BBC à tous les logements.

Une sobriété énergétique forte et durable doit donc impérativement combiner la mobilisation générale des comportements écoresponsables et un investissement massif. Cela suppose aussi, à court et plus long terme, la mise en œuvre de politiques cohérentes en matière de prix de l’énergie et de normes légales de comportement et de performance.

Celles-ci devront cibler en priorité les institutions publiques et les organisations privées (à l’instar des mesures d’urgence proposées en Allemagne ou en Espagne). Une condition pour que les ménages ne soient pas les seuls à porter l’effort de sobriété et qu’ils soient ainsi embarqués de manière durable.

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Par Patrick Criqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, Université Grenoble Alpes (UGA) et Carine Sebi, Professeure associée et coordinatrice de la chaire « Energy for Society », Grenoble École de Management (GEM).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Sobriété énergétique: Limiter aussi le ralentissement de la croissance.

 Sobriété énergétique: Limiter aussi le ralentissement de la croissance.

 

Gérer en même temps la sobriété énergétique mais sans limiter le ralentissement de la croissance c’estpossible pour Alain Di Crescenzo est président de CCI France. ( dans l’Opinion)

 

Face à l’augmentation inédite depuis 1973 des prix de l’énergie, le virage de la sobriété énergétique est pris. Le gouvernement nous engage à réduire de 10 % nos consommations d’énergie. La mobilisation générale est décrétée et les entreprises sont en première ligne.

La crise énergétique durable que subissent notre société et notre économie laisse planer sur nos entreprises de toutes tailles un risque majeur, au-delà des difficultés d’approvisionnement de l’électricité ou du gaz. L’horizon noir de l’hiver qui vient, c’est la baisse, voire l’arrêt de certaines activités, sachant cette période correspond à un pic d’activité où de très nombreuses entreprises réalisent entre 30 % et 40 % de leur chiffre d’affaires.

Déjà voilà quelques mois, la spirale tant redoutée a été enclenchée avec les entreprises électro-intensives. A titre d’exemple, les verriers sont contraints aux ralentissements d’activité, voire à la mise en veille de leurs fours pour plusieurs mois. Selon les premières analyses, ce sont 2 300 à 5 000 entreprises grosses consommatrices de gaz et d’électricité (notamment des secteurs de la chimie, de l’agroalimentaire et de la métallurgie) qui sont dans l’œil du cyclone. Mais la hausse des prix de l’énergie est tellement forte que c’est l’ensemble du tissu entrepreneurial et commerçant qui est concerné par la nécessité de réduire sa consommation.

 

Tout doit être fait pour limiter le ralentissement de l’activité économique, et l’hypothèse même d’avoir des coupures d’énergie est insupportable. C’est dans ce contexte que les chambres de commerce et d’industrie de France se sont mobilisées pour éviter l’inacceptable et pour, à plus long terme, accompagner des entreprises dans un processus durable d’économie d’énergie.

Ainsi, le réseau des CCI, dans le prolongement d’une campagne ciblée sur l’efficacité énergétique des entreprises qui avait permis, il y a deux ans, de diminuer les factures d’électricité de 5% à 10%, lance un plan d’action d’envergure articulant temps court et temps long, afin d’apporter la boussole dont les chefs d’entreprise ont besoin en temps de crise aiguë.

Ce plan comprend une campagne de communication nationale pour engager massivement les entreprises dans une démarche concrète de sobriété énergétique. Communication à laquelle s’ajoute une dynamique de sensibilisation et d’accompagnement avec des webinaires, des témoignages de bonnes pratiques, des diagnostics énergétiques digitaux, des coachings personnalisés et un dispositif de mentorat « sobriété énergétique » pour un accompagnement « pair à pair » sur les secteurs à forts besoins énergétiques (commerce, hôtellerie, restauration, services aux entreprises, établissements de formation…). En parallèle, un benchmark international viendra consolider le plan d’actions en s’inspirant des meilleures pratiques, notamment européennes.

Suite à la catastrophe de Fukushima, les Japonais ont réussi à diminuer de 20 % la consommation d’électricité sans que leur industrie ne s’effondre. Dix pourcent, c’est donc possible ! Alors soyons donc tous des acteurs engagés de l’économie… d’énergie.

Alain Di Crescenzo est président de CCI France.

Sobriété énergétique : les moyens pour y parvenir

 Sobriété énergétique : les moyens pour y parvenir

La mise en œuvre de la sobriété énergétique, indispensable à divers égards, implique de combiner changements de comportements individuels et investissement dans des infrastructures adaptées. Par Patrick Criqui, Université Grenoble Alpes (UGA) et Carine Sebi, Grenoble École de Management (GEM)

 

 

 

À l’horizon du prochain hiver, il leur faut donc baisser drastiquement la consommation d’énergie, jusqu’à -15% Sobriété énergétique : les moyens pour y parvenirau niveau de l’UE pour le gaz naturel, et en France entre 5 % et 15 % la consommation d’électricité en fonction de la rigueur de l’hiver.

Mais la sécheresse extrême de l’été rappelle aussi l’urgence climatique et la nécessité de diminuer les consommations d’énergies fossiles de manière vigoureuse et surtout durable. Sur ces deux horizons, le court terme de la guerre en Ukraine et le long terme de la lutte contre le changement climatique, il faut à la fois réduire et décarboner notre consommation énergétique.

Dans l’immédiat, les dirigeants font appel à la sobriété « en solidarité » avec l’Ukraine (et pour passer l’hiver), et demain pour sauver le climat. Mais parle-t-on des mêmes actions ? Et comment inscrire la sobriété dans le temps de façon à ce qu’elle soit durable ?

Pour répondre à ces problématiques, nous illustrons notre analyse sur les principaux usages énergétiques d’un ménage français à partir des données de la base Odyssee/Mure, qui permet une description fine des consommations d’énergie. Ces usages représentent déjà plus de 40 % de la consommation finale. Pour être exhaustif, l’exercice devrait être étendu au secteur tertiaire (public et privé), au transport de marchandises et à l’industrie.

Sobriété énergétique : de quoi parle-t-on ?

La sobriété énergétique, dont il est tant question aujourd’hui, n’est pas un concept nouveau. Au XIIIe siècle, Saint Thomas d’Aquin la référait déjà à notre capacité d’autolimitation.

Si l’on remplace dans la citation du philosophe et théologien le vin par l’énergie, sa définition indiquait que « l’usage de [l'énergie] est affaire de modération. La sobriété n’est pas une abstinence, c’est la mesure de [cet usage] ». Plus tard, à l’époque des chocs pétroliers, on parle de « chasse au gaspi ».

Pourtant, la référence à la sobriété (« sufficiency » en anglais) n’est décrite comme un pilier incontournable des politiques climatiques que dans le dernier rapport du GIEC, en 2022. Et elle n’apparaît que très récemment dans le discours officiel français.

Un enjeu individuel et collectif

La sobriété peut s’entendre au niveau des comportements et des choix individuels, mais aussi au niveau de la société dans son ensemble. On parle alors de sobriété collective et celle-ci se joue à travers les politiques d’aménagement, les infrastructures, les systèmes techniques, mais également les normes de comportement et l’imaginaire social.

Dans la mesure où les choix individuels sont en partie contraints, il s’agit de considérer la sobriété individuelle comme « encastrée » dans des structures collectives, matérielles ou immatérielles.

À cette articulation entre l’individuel et le collectif, il faut aussi associer le caractère réversible ou non de l’effort de sobriété : acheter un véhicule consommant 5 l/100km plutôt que 10 l/100km est une décision qui engage, au moins pour le temps de détention du véhicule ; en revanche, adopter la conduite économe au moment d’une hausse des prix de l’essence ne garantit pas le maintien de cette conduite sur le long terme…

Le logement et le transport routier de passagers (voitures et véhicules utilitaires légers) représentent chacun environ 21 % de la consommation finale en 2019, mais aussi des dépenses énergétiques similaires et chiffrées par ménage à 1 600 euros/an chacune en 2019. Les ménages disposent de marges de manœuvre pour limiter leur consommation. En appliquant à court terme les 10 % d’économies d’énergie escomptés par le gouvernement pour ces gestes, cela représenterait a minima, c’est-à-dire au prix de 2019, un gain annuel de l’ordre de 320 euros pour le logement et le transport.

Les trois leviers de la sobriété

Pour les deux secteurs, on peut distinguer trois leviers principaux :

À un 1er niveau, on trouve la quantité de service énergétique demandée : dans le logement, il s’agit d’assurer le confort de vie pour un nombre de m2 correspondant à la taille du logement ; dans les transports, il s’agit du kilométrage parcouru en automobile chaque année par le ménage. On pourra alors parler de sobriété « dimensionnelle ».

Au 2e niveau, on identifie la consommation spécifique de l’équipement, respectivement la consommation annuelle par m2 de logement, telle que mesurée par le DPE (diagnostic de performance énergétique), et pour les transports la consommation normalisée de carburant du véhicule (en l/100km). Ces indicateurs font référence à l’efficacité énergétique.

Enfin, le 3e niveau renvoie strictement au comportement du consommateur et à l’intensité d’usage de l’équipement ; dans le logement, la consommation dépendra bien sûr de la consigne de température, à 19 ou à 22 °C ; tout comme dans les transports de la vitesse de déplacement, 130 ou 110 km/h sur autoroute, 90 ou 80km/h sur route.

Les courbes d’isoconsommation mettent en évidence des arbitrages possibles entre les deux premiers leviers : un petit logement très mal isolé peut consommer autant qu’un grand logement BBC ; inversement pour les transports, on peut consommer peu en roulant beaucoup, si l’équipement automobile est très performant.

 

Les objectifs français et européen

La « feuille de route » pour la neutralité carbone en France est explicitée dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), dont la dernière version de 2020 est en cours d’actualisation.

Cette feuille de route s’inscrit dans la perspective de la neutralité carbone et est donc a priori compatible avec le paquet « Fit for 55 » de l’Union européenne. Elle pointe la nécessité de diminuer les consommations finales d’au moins 20 % en 2030 (par rapport à 2015), tant pour le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) que pour celui des transports (routier et autres), il s’agit bien ici des consommations et non des émissions de gaz à effet de serre.

Cet objectif est par ailleurs cohérent avec la réduction d’au minimum 40 % de la consommation totale en 2050 intégrée dans la SNBC.

Sobriété de comportement

À l’horizon des prochains mois, les premiers gestes renvoient à une « sobriété de comportement ». Ils consisteraient à réduire de 1 à 2 °C la température de chauffage et à chauffer uniquement les pièces occupées. Si cette mesure était appliquée de manière générale, elle permettrait de réduire de près de 10 % la consommation de chauffage des logements.

Pour le transport automobile, la généralisation d’une réduction de la vitesse de 10 à 20 km/h et de l’écoconduite permettraient de gagner environ 15 % de la consommation de carburants.

 

Sobriété par l’investissement

Mais pour atteindre les objectifs intermédiaires de 2030, il faudra passer à la « sobriété par l’investissement », un investissement dans des équipements et des infrastructures permettant de limiter les besoins. Pour les logements il faudra accélérer encore les actions de rénovation globale : celle-ci consiste à rénover au minimum trois postes (par exemple, l’isolation toiture, le remplacement des ouvertures et le chauffage) – pour un quart du parc (soit 7,3 millions) : l’économie additionnelle serait de 15 %.

Pour le transport, en plus de la généralisation de la conduite douce, il conviendrait de convertir 10 % du parc de véhicule à l’électrique (contre 1 % aujourd’hui), ce qui ajouterait 6 % d’économie d’énergie (le rendement d’un véhicule électrique est de 90 % contre moins de 40 % pour un véhicule thermique).

Combiner petits gestes et gros investissements

Pour réduire de 40 à 50 % la consommation d’énergie finale en 2050, la sobriété collective sera essentielle. Elle nécessitera à la fois des actes réglementaires forts – limitant par exemple les vitesses de circulation par décret ou bannissant les véhicules thermiques – et des efforts massifs d’investissements dans de nouvelles infrastructures. Cela pour amplifier le transfert modal dans le transport (convertir un trajet en voiture en bus/train permet une économie d’énergie de 40 %) et pour garantir le niveau de consommation BBC à tous les logements.

Une sobriété énergétique forte et durable doit donc impérativement combiner la mobilisation générale des comportements écoresponsables et un investissement massif. Cela suppose aussi, à court et plus long terme, la mise en œuvre de politiques cohérentes en matière de prix de l’énergie et de normes légales de comportement et de performance.

Celles-ci devront cibler en priorité les institutions publiques et les organisations privées (à l’instar des mesures d’urgence proposées en Allemagne ou en Espagne). Une condition pour que les ménages ne soient pas les seuls à porter l’effort de sobriété et qu’ils soient ainsi embarqués de manière durable.

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Par Patrick Criqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, Université Grenoble Alpes (UGA) et Carine Sebi, Professeure associée et coordinatrice de la chaire « Energy for Society », Grenoble École de Management (GEM).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Sobriété : aussi une question de gestion du temps

Sobriété : aussi une question de gestion du temps

 

Pratiquer la sobriété autrement nécessiterait de modifier son emploi du temps et de réorienter ses achats, constate l’économiste François Lévêque, dans une tribune au « Monde », mais cela ne va pas forcément de soi.

 

Consommer réclame du temps. Pensez par exemple à celui qu’il faut passer pour choisir un livre, se le procurer et surtout le lire. Ce constat ouvre un autre chemin vers la sobriété. Y parvenir ne s’assimile pas forcément à une restriction comme le fait de moins prendre l’avion.

Consommer prend du temps, beaucoup parfois même. C’est évident pour l’abonnement à une salle de sport ou pour la prise des repas. Ce temps d’usage est, en plus, précédé d’au moins quelques minutes à choisir ce que l’on va acheter. Quelquefois même plusieurs heures de recherche d’informations doivent y être consacrées. Sans oublier que pour consommer, il faut de l’argent et donc des journées de labeur pour le gagner.

L’économiste américain Gary Becker (1930-2014) [Prix Nobel d’économie en 1992] a le premier conçu et modélisé cette association en additionnant le coût du bien et le coût du temps et montré que notre satisfaction dépend de cette combinaison. Pas de plaisir retiré de l’achat d’un billet de concert ou de théâtre sans y assister. Pas de contentement à déguster des navets ou des poireaux sans cuisson et préparation.

Pour Gary Becker, il n’y a pas d’un côté l’économie du travail et d’un autre l’économie domestique ou des loisirs. Il y a en revanche des biens intensifs en temps de consommation (meubles à monter ou à réparer soi-même, aliments non transformés, etc.) et d’autres non : par exemple, pour le même prix que coûtent un Livre de poche ou un menu chez McDonald’s, il faut ajouter la valeur d’un temps de consommation de quelques heures pour l’un et de quinze minutes pour l’autre.

Il y a aussi du temps d’activité faiblement intensif en biens nécessaires à acheter : éduquer ses jeunes enfants ou s’occuper de ses vieux parents, passer des moments entre amis, agir dans une association, ou plus prosaïquement jouer aux boules, à la belote, au basket ou du cornet à pistons. Bref se consacrer aux « valeurs authentiques » de la vie comme l’espérait John Maynard Keynes (1883-1946) pour ses petits-enfants, enfin débarrassés grâce au progrès technique des soucis matériels pour se loger, se nourrir, se chauffer et se vêtir. Quelques heures de travail par semaine suffisant à chacun pour satisfaire ses besoins fondamentaux, tous, envisageait-il, pourraient alors s’adonner à l’art de vivre.

Ce lien indéfectible entre le temps et la consommation permet ainsi d’envisager de gagner en sobriété de deux façons. D’une part en modifiant notre emploi du temps vers des activités de faible consommation. D’autre part en réorientant notre consommation vers des biens « temps-intensifs », car c’est autant de temps restant en moins pour consommer.

Société–abondance et sobriété pour qui ?

L’économiste Eloi Laurent relève  dans le Monde que le concept de sobriété a connu différentes acceptions. Face à l’indéniable réalité du réchauffement climatique, il faut maintenant adopter l’idée d’une sobriété-partage, fondée sur le principe de justice.

 

Nous y sommes. En cet été 2022, la France, comme avant elle l’Australie ou les Etats-Unis, a compris que toute sa richesse ne la préserverait pas de la crise écologique tandis que sa dépendance aux énergies fossiles devient une insupportable vulnérabilité sociale. C’est le moment de revenir aux fondamentaux du raisonnement économique. Très loin de la folle gabegie de la croissance, l’analyse économique fut conçue par Aristote il y a deux millénaires et demi comme une discipline de la sobriété, cherchant à satisfaire les besoins humains essentiels dans un environnement contraint en assurant la correspondance entre des besoins raisonnés et des ressources limitées. Mais cette première sobriété, la « sobriété-frugalité », se déploie dans l’espace du foyer qui est par nature inégalitaire : les membres de la famille sont placés dans un rapport hiérarchique et ne doivent pas devenir des semblables. Il n’y a donc aucune raison pour que la satisfaction des besoins essentiels, qui procède d’un principe de nécessité, aboutisse à une situation juste. C’est dans l’espace de la cité que le nécessaire peut ou non être jugé comme suffisant.

Le deuxième âge de la sobriété, prenant acte de l’accélération fulgurante du développement économique au lendemain de la seconde guerre mondiale, entendait ralentir la surconsommation des ressources naturelles qu’il engendre, à commencer par l’approvisionnement en énergie. Il revient à l’association négaWatt d’avoir introduit ce concept de « sobriété-modération » au début des années 2000 pour le distinguer de la logique d’efficacité énergétique. Autant l’efficacité énergétique vise à réduire la quantité d’énergie (et/ou de carbone) par unité de production, autant la sobriété énergétique vise à réduire le volume d’énergie consommée et donc à garantir que les politiques mises en œuvre se traduisent effectivement par des économies d’énergie en évitant un « effet rebond » de la consommation.

A cet égard, l’article 2 de la loi sur la transition énergétique votée en 2015 en France entretient un contresens fatal en prétendant soutenir « la croissance verte par le développement et le déploiement de processus sobres ». Les travaux visionnaires de négaWatt ont notamment permis de distinguer différentes politiques de sobriété : structurelle (rapprocher les lieux de travail et de résidence), dimensionnelle (réduire la taille des voitures), d’usage (prendre les transports en commun) et collaborative (favoriser l’autopartage).

 

Le mot sobriété à toutes les sauces

Le mot sobriété à toutes les sauces

 

 

Audrey Tonnelier du « Monde » note l’évolution du discours et les incantations à la sobriété tant pour les particuliers que pour les entreprises. Reste pendant que les moyens concrets de cette sobriété demeurent à préciser et à mettre en œuvre. Sinon ce concept de sobriété demeurera un slogan ( (Ou un moyen de justifier de très fortes hausses). NDLR

 

 

 

C’est une petite phrase qui est passée inaperçue, prononcée lundi 29 août en fin de journée. « La sobriété vise certes à passer l’hiver, mais c’est surtout la condition sine qua non de la réduction de notre empreinte carbone à l’horizon 2050 », a lancé Agnès Pannier-Runacher devant un parterre de chefs d’entreprise réunis pour l’université d’été du Medef à l’hippodrome de Longchamp. Un vocable loin d’être anodin de la part de la nouvelle ministre de la transition énergétique, qui vient de passer quatre années à Bercy.

« Sobriété » : le mot est lâché. Et il est désormais sur toutes les lèvres, de la première ministre, Elisabeth Borne, qui a exhorté les entreprises à mettre en place des plans d’économie d’énergie, sous peine de pâtir de « rationnement », jusqu’au patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui s’est ouvertement dit partisan d’une « croissance sobre ». En passant par le ministre de l’économie Bruno Le Maire, mardi, qui a lancé un vibrant appel à « toutes et tous, pas uniquement les entreprises », afin de « faire preuve de plus de sobriété ».

Le même Bruno Le Maire pourtant, début mars, assurait : « Le ministre de l’économie n’est pas là pour dire : vous devez faire ceci ou vous devez faire cela. » Une position en ligne avec les principes qui furent longtemps ceux d’Emmanuel Macron, partisan de la libre entreprise et du libre choix, désireux de proposer à ses concitoyens des « jours heureux » et d’incarner une forme d’espoir face aux extrêmes, le chef de l’Etat ayant longtemps assimilé sobriété et décroissance. Il raillait le « modèle amish » des opposants à la 5G, en septembre 2020. S’il a prononcé le mot « sobriété » pour la première fois en février, dans son discours de Belfort, il s’est empressé d’ajouter qu’il ne fallait en aucun cas le relier à l’« austérité énergétique. »

Six mois plus tard, le ton a changé. Les répercussions de la guerre en Ukraine, la crise énergétique et l’urgence toujours plus grande de la transition climatique ont radicalement modifié la donne : c’est en annonçant « la fin de l’abondance » que le chef de l’Etat a lancé sa rentrée. Entre-temps, même les grandes entreprises s’y sont mises : le 26 juin, les patrons des trois énergéticiens français (TotalEnergies, EDF, Engie) signaient dans le JDD une tribune commune pour appeler à une « prise de conscience ». Ils prônaient « une action collective et individuelle pour que chacun d’entre nous – chaque consommateur, chaque entreprise – change ses comportements et limite immédiatement ses consommations énergétiques ». Un moyen, aussi, de s’acheter une image en responsabilité, et de pousser les pouvoirs publics à prendre leur part.

Concept de sobriété : Moins mais mieux ?

 Concept de sobriété : Moins mais mieux  ?

OPINION. Parfois mal comprise, la sobriété ne vise pas à remettre en cause le confort ou le bien-être, mais à les intégrer à un modèle économique fondé sur une croissance en valeur et non plus en volume. Par Pierre Galio, Ademe (Agence de la transition écologique).

 

Un article qui  tente d’éclairer le concept de sobriété reposant sur « moins mais mieux ».Un papier qui conteste la mode consumériste et la croissance. Une réflexion qui  s’inscrit dans la pensée très écolo de l’ADEME mais qui néglige un peu les questions économiques, de justice sociale et d’emploi.NDLR

 

Changement climatique, déclin rapide et massif des espèces, recul continu du jour du dépassement, accroissement des inégalités… À mesure que les signaux d’alerte sociaux et environnementaux se multiplient, nos modes de développement apparaissent de plus en plus incompatibles avec un avenir positif et durable.

Dans ce contexte, le modèle économique « en volume », universellement partagé, n’est plus tenable. Il induit une création de valeur via l’augmentation du chiffre d’affaires – et des bénéfices – qui passe nécessairement par une hausse des flux (vente de biens et de services) et par conséquent par des consommations de ressources.

Il s’agit donc de penser à de nouveaux modèles de production et de consommation à la hauteur de ces enjeux. Par la vision de société qu’elle porte, la sobriété peut constituer une réponse intéressante à explorer. Encore faut-il savoir ce qui se cache derrière cette notion parfois floue.

Assimilée à la modération ou à la frugalité, la notion de sobriété trouve ses racines dans des traditions philosophiques et religieuses anciennes. Le sujet suscite un regain d’intérêt au XXe siècle, en lien avec des questionnements sur les modes de vie modernes, les systèmes productifs et consuméristes actuels et leurs conséquences sur l’environnement, le lien social et le bien-vivre.

La sobriété, dans notre vie quotidienne, renvoie généralement au « moins mais mieux », en reliant consommation, bien-être, santé, environnement et qualité de vie (et non pas niveau de vie).

Le « moins » peut être rattaché à la notion de limite planétaire ; il peut s’illustrer, par exemple, par la réduction du nombre de produits ou équipements dont nous nous entourons (textiles, électroniques…) ou la limitation des distances ou des kilomètres réalisés (tourisme)…

Le « mieux », qui vise à développer une consommation de biens et services plus « responsables » (production et acquisition de produits à moindres impacts sur l’environnement) soulève également des questionnements au regard de son accessibilité pour les publics plus défavorisés.

Par ailleurs, la définition du « moins » et du « mieux » est rendue difficile par les distinctions complexes entre « besoins » et « désirs », « essentiel » et « non essentiel ».

En dehors des démarches pionnières de sobriété émergent à l’échelle individuelle et de petits collectifs, les enquêtes menées par l’Ademe et ses partenaires depuis quelques années révèlent un désir croissant pour une consommation plus responsable et une aspiration à repenser nos modèles économiques.

Les Français expriment avec constance une forte sensibilité aux enjeux environnementaux et ils sont aujourd’hui 58% à penser qu’il faudra modifier nos modes de vie pour faire face au changement climatique. Par ailleurs, 88% des Français considèrent que l’on vit dans une société qui nous pousse à acheter sans cesse et 83% des Français souhaiteraient que la consommation y prenne moins de place.

Selon eux, il s’agirait de la réduire, plus globalement, et de supprimer le superflu pour consommer de manière responsable. Plus de la moitié d’entre eux (52%) pensent aussi qu’il faut sortir du mythe de la croissance infinie et revoir complètement notre modèle économique.

Toutefois, malgré une sensibilité à la sobriété de plus en plus prégnante, une majorité de Français reste très attachée à la consommation et aspire même ce qu’elle augmente : 60% des Français souhaitent « pouvoir se payer plus souvent des choses qui leur font envie » et 35% déclarent céder à la tentation n lors de leurs achats.

On relève ainsi un paradoxe fort entre des aspirations croissantes à un autre modèle de société remettant en cause le système économique actuel et des pratiques qui demeurent largement ancrées dans un modèle consumériste.

Trois difficultés peuvent être ici relevées.

Nos sociétés dites développées se sont structurées autour de l’accès à la consommation de masse, puissant vecteur d’inclusion sociale, et nombre de nos concitoyens aspirent légitimement à l’augmentation de leur niveau de vie.

Il est difficile pour un individu d’adopter un mode de vie sobre appliqué à l’ensemble de nos besoins essentiels (s’alimenter, s’équiper, se déplacer…) : certaines marges de manœuvre sont directement liées aux offres ainsi qu’aux infrastructures existantes, ce qui renvoie au rôle des entreprises (metteurs sur le marché des biens et services), aux collectivités territoriales et à l’État.

Par ailleurs, l’omniprésence des messages publicitaires dans notre environnement quotidien complexifie toute approche visant à se détacher d’une consommation effrénée.

Il existe en outre le risque qu’apparaissent au sein de notre société des clivages entre plusieurs populations : les plus défavorisés qui ne peuvent pas accéder à la consommation comme ils le souhaiteraient versus les plus riches qui ont souvent un mode de vie ostentatoire. Les plus désireux de changer qui peuvent se le permettre versus celles et ceux qui aspirent à consommer plus, quel que soit leur niveau de revenus.

Le lien entre sobriété et qualité de vie, santé, convivialité et épanouissement personnel reste donc à mettre en évidence pour une partie de la population, tout comme les enjeux d’inégalités qui ne peuvent être écartés.

La sobriété dans le monde économique est déjà intégrée par certains acteurs, voire incluse dans des stratégies à moyen ou long terme : le Conseil national de l’industrie évoque l’objectif de « frugalité » dans ses axes structurants d’action.

L’interprétation mise en avant porte toutefois souvent sur la progression de l’efficience (consommer moins de ressources pour la production d’un même produit) via l’amélioration des procédés, en restant dans un modèle dit « en volume » (qui vise à écouler un maximum de produits).

Cette amélioration apporte souvent des solutions techniques et technologiques permettant certes de consommer moins (matières, énergie…), mais à aucun moment ne remet en cause le modèle économique en soi.

Cela entraîne parfois des effets rebonds. L’efficacité est certes meilleure, mais les transformations techniques, comportementales ou sociales entraînent en parallèle des phénomènes de compensation qui peuvent altérer le bilan des gains réalisés.

Prenons l’exemple de la réglementation thermique des bâtiments. À mesure que leur efficacité énergétique a augmenté, la taille des maisons s’est agrandie, et l’évolution des modèles familiaux a provoqué une hausse des surfaces à chauffer.

De la même manière, le poids des véhicules a peut-être baissé (avant une nouvelle augmentation ces dernières années) grâce à une amélioration des performances des moteurs, mais l’entrée dans la société du tourisme et des loisirs a multiplié les distances parcourues par les Français. Les gains de l’efficacité sont alors annulés par les effets de ces évolutions sociétales.

D’autres remettent en cause ce modèle économique « en volume » en proposant leur propre modèle – par exemple en assurant un juste dimensionnement de leur offre – ou via de nouvelles approches comme l’économie de la fonctionnalité, qui vise à répondre à une fonction (se déplacer, s’éclairer, avoir un confort thermique…) plutôt qu’à la seule vente du produit.

Cette dernière a un rôle certainement majeur à jouer. Elle établit une nouvelle relation entre l’offre et la demande qui n’est plus uniquement basée sur la simple commercialisation de biens ou de services. La contractualisation repose sur les effets utiles (les bénéfices).

On vise par exemple à garantir un confort thermique optimisé plutôt que de vendre uniquement de l’énergie, à fournir des solutions de mobilité durable au lieu de vendre des voitures, à proposer des aides pédagogiques pour la réussite des élèves plutôt que de simples manuels scolaires, etc. C’est une économie orientée vers l’usage, l’offre s’adapte aux besoins réels des personnes, des entreprises et des collectivités. Cela implique des transformations profondes dans la façon de produire.

Elle permet donc d’envisager une création de valeur avec moins de ressources, mais c’est aussi une économie du « plus » car elle vise à générer de la valeur sociale et environnementale, à augmenter la satisfaction et la fidélité des clients, à développer les compétences et la créativité des salariés, à accroître la confiance et la coopération entre les acteurs d’un territoire ou d’une filière industrielle…

Plusieurs collectivités « pionnières » (avec un rôle essentiel des élus) se sont déjà lancées dans la mise en œuvre de plans d’action « sobriété », même si la définition et le périmètre de cette dernière restent mal identifiés.

Une des spécificités porte sur le nombre important d’acteurs présents sur leur territoire et de thématiques potentiellement couvertes par ces évolutions : foncier, immobilier, éclairage public, tourisme…

Une mise en lumière de ces actions et de leurs résultats est indispensable pour développer les bonnes pratiques. L’Ademe vient de publier une étude présentant plusieurs retours d’expériences en France et en Europe qui témoignent de la richesse et de l’apprentissage face à de telles démarches.

Dans la mesure où elle passe par une réévaluation des besoins et une distinction entre le superflu et le nécessaire, la sobriété interroge la construction de notre identité et de nos représentations, et donc le rôle de la publicité.

L’accès à un certain niveau de consommation garantissant un standing de vie reste cependant une préoccupation largement partagée par nos compatriotes, qui expriment année après année, depuis bientôt 40 ans, une préférence pour l’augmentation du pouvoir d’achat plutôt que du temps libre.

Aussi, les discours sur la sobriété font courir le risque de divisions au sein de la population. Il est donc essentiel de documenter les impacts et co-bénéfices des démarches de sobriété ainsi que les transformations nécessaires pour construire d’autres formes de scénarios de « vie future » et d’imaginaires collectifs.

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Par Pierre Galio, Chef du service « Consommation et prévention », Ademe (Agence de la transition écologique). Anaïs Rocci, Patrick Jolivet, Dominique Traineau, Marianne Bloquel et Stéphanie Guignard, qui travaillent à l’Ademe ont contribué à la rédaction de cet article.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Abondance et sobriété pour qui ?

Abondance et sobriété

 

L’économiste Eloi Laurent relève  dans le Monde que le concept de sobriété a connu différentes acceptions. Face à l’indéniable réalité du réchauffement climatique, il faut maintenant adopter l’idée d’une sobriété-partage, fondée sur le principe de justice.

 

Nous y sommes. En cet été 2022, la France, comme avant elle l’Australie ou les Etats-Unis, a compris que toute sa richesse ne la préserverait pas de la crise écologique tandis que sa dépendance aux énergies fossiles devient une insupportable vulnérabilité sociale. C’est le moment de revenir aux fondamentaux du raisonnement économique. Très loin de la folle gabegie de la croissance, l’analyse économique fut conçue par Aristote il y a deux millénaires et demi comme une discipline de la sobriété, cherchant à satisfaire les besoins humains essentiels dans un environnement contraint en assurant la correspondance entre des besoins raisonnés et des ressources limitées. Mais cette première sobriété, la « sobriété-frugalité », se déploie dans l’espace du foyer qui est par nature inégalitaire : les membres de la famille sont placés dans un rapport hiérarchique et ne doivent pas devenir des semblables. Il n’y a donc aucune raison pour que la satisfaction des besoins essentiels, qui procède d’un principe de nécessité, aboutisse à une situation juste. C’est dans l’espace de la cité que le nécessaire peut ou non être jugé comme suffisant.

Le deuxième âge de la sobriété, prenant acte de l’accélération fulgurante du développement économique au lendemain de la seconde guerre mondiale, entendait ralentir la surconsommation des ressources naturelles qu’il engendre, à commencer par l’approvisionnement en énergie. Il revient à l’association négaWatt d’avoir introduit ce concept de « sobriété-modération » au début des années 2000 pour le distinguer de la logique d’efficacité énergétique. Autant l’efficacité énergétique vise à réduire la quantité d’énergie (et/ou de carbone) par unité de production, autant la sobriété énergétique vise à réduire le volume d’énergie consommée et donc à garantir que les politiques mises en œuvre se traduisent effectivement par des économies d’énergie en évitant un « effet rebond » de la consommation.

A cet égard, l’article 2 de la loi sur la transition énergétique votée en 2015 en France entretient un contresens fatal en prétendant soutenir « la croissance verte par le développement et le déploiement de processus sobres ». Les travaux visionnaires de négaWatt ont notamment permis de distinguer différentes politiques de sobriété : structurelle (rapprocher les lieux de travail et de résidence), dimensionnelle (réduire la taille des voitures), d’usage (prendre les transports en commun) et collaborative (favoriser l’autopartage).

La sobriété va servir la santé ?

La sobriété va servir la santé ?

Dix dirigeants d’entreprises et organisations du monde de la santé proposent de sortir des réponses court-termistes sur les enjeux sanitaires et écologiques pour les repenser ensemble, en faisant de la sobriété un accélérateur de transformation au service du bien-être de tous.( la Tribune)

Collectif (*)

A l’heure où la sobriété s’impose comme une priorité nationale, il est naturel de mettre en lien cet enjeu avec une composante essentielle de nos vies : la santé. Ce secteur en lui-même génère une empreinte carbone importante (1), et il paraît pertinent de s’interroger sur la manière de réduire l’impact écologique de nos pratiques. Acteurs des secteurs du soin et du prendre soin, nous pensons même que notre système de santé aujourd’hui à bout de souffle pourrait utilement intégrer une démarche globale de sobriété, faisant de cette contrainte un socle pour se réinventer en s’appuyant plus sur une façon de prendre soin et d’accompagner la fragilité que sur le décompte du nombre d’actes et de médicaments.

Deux modèles distincts sont souvent opposés : un premier, qui entrevoit la santé à travers des actes, traduisant un système centré sur le « quoi ». Un second dans lequel prévaut la question du « comment », passant plus par la prévention et l’accompagnement, et qui suppose de suivre de nouveaux indicateurs souvent oubliés comme l’espérance de vie en bonne santéL’objectif n’est pas d’apporter une réponse dogmatique mais bien d’intégrer l’enjeu de la sobriété pour mieux prendre en compte la singularité de chaque personne avec une Santé centrée sur la préservation du bien-être tout au long de la vie, et ce autour de trois enjeux clés.

En premier lieu, notre santé n’est pas uniquement dépendante de notre patrimoine génétique : elle est étroitement liée à des facteurs environnementaux qui peuvent entraîner de nombreuses maladies chroniques. Il est donc judicieux d’intégrer de nouvelles façons de nous déplacer, nous nourrir, de travailler, consommer plus ‘sobre’ pour améliorer notre bien-être à long terme Mais modifier nos conditions de vie ne peut relever que de la seule responsabilité individuelle et nécessite une action conjointe des pouvoirs publics, acteurs associatifs et mutualistes, pour imaginer comment répondre au plus près aux besoins de chacun.

Cette question de sobriété enjoint ensuite à un rapprochement entre le secteur sanitaire, celui du soin, et le secteur de l’aide et de l’accompagnement, celui du prendre soin. Au pays de Descartes, c’est historiquement le secteur sanitaire qui est tout puissant car c’est celui qui agit, qui soigne, qui guérit. Le secteur du prendre soin, constitué de métiers moins qualifiés, y est à ce jour encore largement subordonné. Pourtant, pour continuer à améliorer la Santé de tous dans un monde aux ressources contraintes, le prendre soin et le soin doivent être désormais indissociables, pensés ensemble, à travers ce que le care apporte au cure et inversement.

Enfin, incarner cette dimension de sobriété au quotidien permettra également de redonner du sens à nos métiers : faire preuve de sobriété, c’est faire évoluer ses pratiques en s’appuyant sur la qualité du lien, du soin, pour sortir de la surconsommation et réduire l’empreinte de nos actions. Cela ne pourra se faire sans une autonomie retrouvée des professionnels face aux développement des normes et procédures, sans une responsabilisation nouvelle car ce sont bien eux, sur le terrain, qui vont s’adapter, optimiser, sans des formations  afin qu’ils puissent toujours améliorer l’impact positif de leurs actions.

La sobriété au secours de la santé ? Nous en débattrons avec tous les entrepreneurs et dirigeants engagés du secteur sanitaire et social qui souhaitent construire avec nous cette vision d’avenir, lors des Universités d’été de l’économie de demain, le 30 août à la Cité Internationale Universitaire de Paris. Cet échange qui permettra de croiser les regards de Antoine Prioux – Shift Project, Yann Bubien – Directeur du CHU de Bordeaux, et Emmanuelle Gaudemer – Aia - avec de nombreux acteurs du secteur, sera la première pierre d’une démarche de réflexion continue sur la manière dont la sobriété peut nous permettre de vivre en meilleure santé.

(*) Signataires :

  • Thibault de Saint Blancard, Co-fondateur Alenvi
  • Yann Bubien, Directeur CHU Bordeaux
  • Abdelaali El Badaoui, Fondateur Banlieues Santé
  • Myriam El Khomri, Auteure du rapport sur l’attractivité des métiers du grand âge et de l’autonomie, ancienne Ministre et directrice du conseil Diot SIACI
  • Philippe El Saïr, Directeur CHU Nantes
  • Lionel Fournier, Directeur Santé & Écologie Harmonie Mutuelle – Vyv
  • Nicolas Froissard, Porte-Parole Groupe SOS
  • Edouard de Hennezel, Fondateur Cercle Vulnérabilités et société
  • Professeur Samir Henni, Chef de Pôle CHU d’Angers
  • Christine Jeandel, Présidente Colisée
  • Dominique Monneron, Directeur Général Fondation Partage et vie
  • Dafna Mouchenik, Directrice Générale Logivitae
  • Caroline Neyron, Directrice Générale Mouvement Impact France
  • Antoine Perrin, Directeur Général FEHAP
  • Thomas Roux, DRH CHU La Martinique

________

(1) Selon le PTEF Santé du Shift project, les émissions de gaz à effet de serre dans la santé représentent près de 8 % du total national

Collectif (*)

Sobriété salariale: aussi pour les grands patrons ?

Sobriété salariale:  aussi pour les grands patrons ? 

 

Les deux responsables patronaux Jean Moreau et Eva Sadoun, Coprésidents du Mouvement Impact France,  veulent promouvoir, dans une tribune au « Monde », une vision sociale et écologique de la vie des entreprises. Ce qui passe, selon eux, par l’acception d’un salaire maximal de décence, au moment où le gouvernement entend déplafonner le salaire du futur président d’EDF.

 

l’heure où les Français sont appelés à la sobriété, le gouvernement envisagerait de modifier la réglementation en vigueur sur les salaires des patrons des entreprises publiques, pour trouver un remplaçant ou une remplaçante au patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy. L’Etat manquerait de candidats pour piloter ce chantier exceptionnel que sont la transition énergétique de notre pays et sa capacité à s’adapter à un monde aux ressources finies, si la rémunération de ce poste majeur ne pouvait pas dépasser vingt-cinq fois le smic par mois.

Mais où sont donc passés tous ces talents de nos grandes écoles parmi les meilleurs du monde, notamment les X-Mines, qui ont, par ailleurs, été rémunérés par la nation pendant des années, y compris pendant leurs études, et qui maintenant refuseraient d’occuper ce poste « au service de la nation » pour 450 000 euros par an ?

A l’heure où une nouvelle génération se dit prête à baisser ses exigences salariales en fonction de l’engagement des entreprises, voire à quitter les grandes entreprises pour se concentrer sur des organisations et des emplois ayant un impact positif sur les enjeux écologiques et sociaux, un tel retournement interroge. Il nous paraîtrait incompréhensible qu’une telle décision soit prise si rapidement, sans réflexion sur une nouvelle méthodologie de recrutement, plus ouverte, plus rigoureuse, plus transparente pour trouver des candidats compétents, industriels exceptionnels, mettant l’intérêt général plus haut que leur intérêt particulier.

Par ailleurs, la période inflationniste et de sobriété forcée – particulièrement aiguë pour les énergéticiens – nécessite aussi de partager les efforts et de freiner la hausse des prix en partageant mieux la richesse pour que cela ne se répercute pas sur les salariés et les consommateurs les plus précaires.

C’est le cas des profits exceptionnels de Total, qui pourraient amener à une taxation exceptionnelle pour accélérer la transition écologique, comme cela a été le cas pour les mutuelles avec la « taxe Covid ». C’est le cas avec la nécessaire sobriété salariale, surtout dans les entreprises publiques, mais aussi dans toutes celles qui s’engagent dans une dynamique de sobriété.

Le plafonnement du salaire des dirigeants d’entreprises publiques nous paraît donc un acquis essentiel, une boussole salutaire en temps de crise, qu’il serait incompréhensible de remettre en question aujourd’hui.

Au-delà du cas d’EDF, nous proposons que cette question de la sobriété salariale et de la juste répartition de la valeur soit même étendue à l’ensemble des entreprises, en mettant en place des mesures-clés comme l’obligation de transparence des écarts de rémunérations entre le plus bas et le plus haut salaire, une incitation fiscale claire à baisser les écarts de rémunérations qui ont explosé depuis 2008, un conditionnement de 50 % de la part variable de rémunération des dirigeants à leur performance écologique et sociale validée par un Impact Score, et une extension du plafonnement des rémunérations des dirigeants appliqué aux entreprises publiques pour l’ensemble des entreprises de l’économie sociale et solidaire, alors qu’une partie d’entre elles respectent déjà un plafonnement plus strict (1 à 10).

La sobriété salariale aussi pour les grands patrons

La sobriété salariale aussi pour les grands patrons

 

Les deux responsables patronaux Jean Moreau et Eva Sadoun, Coprésidents du Mouvement Impact France,  veulent promouvoir, dans une tribune au « Monde », une vision sociale et écologique de la vie des entreprises. Ce qui passe, selon eux, par l’acception d’un salaire maximal de décence, au moment où le gouvernement entend déplafonner le salaire du futur président d’EDF.

 

l’heure où les Français sont appelés à la sobriété, le gouvernement envisagerait de modifier la réglementation en vigueur sur les salaires des patrons des entreprises publiques, pour trouver un remplaçant ou une remplaçante au patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy. L’Etat manquerait de candidats pour piloter ce chantier exceptionnel que sont la transition énergétique de notre pays et sa capacité à s’adapter à un monde aux ressources finies, si la rémunération de ce poste majeur ne pouvait pas dépasser vingt-cinq fois le smic par mois.

Mais où sont donc passés tous ces talents de nos grandes écoles parmi les meilleurs du monde, notamment les X-Mines, qui ont, par ailleurs, été rémunérés par la nation pendant des années, y compris pendant leurs études, et qui maintenant refuseraient d’occuper ce poste « au service de la nation » pour 450 000 euros par an ?

A l’heure où une nouvelle génération se dit prête à baisser ses exigences salariales en fonction de l’engagement des entreprises, voire à quitter les grandes entreprises pour se concentrer sur des organisations et des emplois ayant un impact positif sur les enjeux écologiques et sociaux, un tel retournement interroge. Il nous paraîtrait incompréhensible qu’une telle décision soit prise si rapidement, sans réflexion sur une nouvelle méthodologie de recrutement, plus ouverte, plus rigoureuse, plus transparente pour trouver des candidats compétents, industriels exceptionnels, mettant l’intérêt général plus haut que leur intérêt particulier.

Par ailleurs, la période inflationniste et de sobriété forcée – particulièrement aiguë pour les énergéticiens – nécessite aussi de partager les efforts et de freiner la hausse des prix en partageant mieux la richesse pour que cela ne se répercute pas sur les salariés et les consommateurs les plus précaires.

C’est le cas des profits exceptionnels de Total, qui pourraient amener à une taxation exceptionnelle pour accélérer la transition écologique, comme cela a été le cas pour les mutuelles avec la « taxe Covid ». C’est le cas avec la nécessaire sobriété salariale, surtout dans les entreprises publiques, mais aussi dans toutes celles qui s’engagent dans une dynamique de sobriété.

Le plafonnement du salaire des dirigeants d’entreprises publiques nous paraît donc un acquis essentiel, une boussole salutaire en temps de crise, qu’il serait incompréhensible de remettre en question aujourd’hui.

Au-delà du cas d’EDF, nous proposons que cette question de la sobriété salariale et de la juste répartition de la valeur soit même étendue à l’ensemble des entreprises, en mettant en place des mesures-clés comme l’obligation de transparence des écarts de rémunérations entre le plus bas et le plus haut salaire, une incitation fiscale claire à baisser les écarts de rémunérations qui ont explosé depuis 2008, un conditionnement de 50 % de la part variable de rémunération des dirigeants à leur performance écologique et sociale validée par un Impact Score, et une extension du plafonnement des rémunérations des dirigeants appliqué aux entreprises publiques pour l’ensemble des entreprises de l’économie sociale et solidaire, alors qu’une partie d’entre elles respectent déjà un plafonnement plus strict (1 à 10).

La sobriété énergétique passe par des investissements et l’IA

La sobriété énergétique passe par des investissements et l’IA

Il  faudra  d’importants investissements et recourir aux outils de pilotage basés sur l’intelligence artificielle pour que cette sobriété soit réellement efficiente estimenet dans La Tribune José Iván García, PDG de Substrate AI, et Christopher Dembik, économiste et membre du conseil d’administration de Substrate AI.

 

Quelles sont les dépenses les plus énergivores pour un ménage et pour une entreprise ? En haut de la liste, on retrouve en général le triptyque chauffage, ventilation et climatisation (ou CVC, dans le jargon).

Prenons le cas des salles de cinéma. La France en compte environ plus de 2.000 réparties sur tout le territoire. Selon un rapport du Centre national du cinéma et de l’image animée rendu public le 8 juin dernier, le chauffage, la ventilation et la climatisation comptent pour 69 % des dépenses énergétiques. C’est énorme. L’ampleur est tout aussi importante dans de nombreux autres secteurs d’activité. Au moment où les prix énergétiques ne cessent de grimper (la semaine dernière, le prix de l’électricité en France a atteint un niveau record à 495 euros le MWh pour une livraison dans un an), beaucoup d’entreprises sont dans l’urgence de réduire leur facture énergétique.

S’ajoutent à cela les impératifs de la transition énergétique. Plusieurs décrets ces dernières années incitent les entreprises à adopter une trajectoire de réduction de la consommation énergétique. Par exemple, le décret « tertiaire » de 2019 oblige les bâtiments à usage tertiaire et dont la surface d’exploitation est supérieure ou égale à 1.000 m2 à atteindre 40 % d’économies d’énergie d’ici 2030. C’est demain. Une grande partie du parc français de salles de cinéma est concernée. Mais d’autres activités aussi.

Comment faire des économies d’énergie ? La sobriété énergétique est la réponse immédiate. Vous allez entendre cette expression quasiment quotidiennement dans les médias dans les mois à venir. Cela consiste à consommer moins, consommer autrement, comme l’indique en toutes lettres le plan sobriété énergétique du gouvernement présenté le 8 juillet dernier. Concrètement, cela implique trois types d’actions :

1° Travailler sur le regroupement des besoins. Il s’agit, par exemple, de travailler avec les municipalités et les associations pour qu’elles aient des créneaux horaires qui soient regroupés sur des périodes plus restreintes afin de ne pas distiller le chauffage ou encore travailler avec les entreprises du tertiaire afin que le télétravail se massifie et ainsi réduire les températures de consignes ces jours-là (c’est ce que prévoit le plan d’efficience énergétique espagnol présenté en mai dernier pour les administrations publiques)

2° Les écogestes. Les possibilités sont presque infinies : baisser d’un degré la température dans les bâtiments, réduire les horaires d’ouverture des piscines municipales, ne pas recharger son ordinateur portable pendant les heures de pointe sur le réseau électrique mais la nuit (les performances des nouvelles puces M1 et M2 d’Apple sont extraordinaires en termes de consommation), ne plus porter de cravate comme le préconise le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, ou encore demander à son fournisseur d’énergie un double tarif avec heure pleine/heure creuse afin de consommer intelligemment. Il faudra parfois mettre en concurrence les fournisseurs pour y parvenir. Tout cela suppose, au préalable, une campagne de sensibilisation du gouvernement à destination du grand public.

3° Prévoir des équipements et/ou des travaux afin d’économiser l’énergie. Plusieurs options sont possibles : installer des capteurs et objets connectés qui permettent de réguler l’énergie des sites en prenant en compte les périodes où il n’y a personne ou encore opter pour le relamping qui consiste à remplacer l’éclairage ancien par des luminaires LED. Simple mais efficace.

Les deux premiers types d’action n’ont un effet positif réel sur la consommation énergétique qu’à condition qu’il y ait une prise de conscience collective. C’est incertain. En revanche, certaines actions peuvent entraîner des conséquences positives immédiates et impressionnantes, comme le relamping qui peut diminuer la consommation électrique parfois jusqu’à 80 % ! Ce sont des actions rapides et impactantes. Elles peuvent être mises en œuvre dès aujourd’hui. Mais il faut aussi prévoir de s’inscrire dans le temps long, afin de baisser encore plus et durablement la consommation.

L’intelligence artificielle (IA) est une des solutions possibles. Cela peut induire d’opter pour des sources d’énergies renouvelables (comme la récupération de chaleur) couplées avec des outils de pilotage se basant sur l’IA. C’est ce que propose Dalkia, spécialiste français de la transition énergétique des industriels, avec Dalkia Analytics, par exemple. En Espagne, le groupe d’ingénierie SENER (un géant local) a révolutionné l’énergivore segment du CVC grâce à une technologie adossée à de l’IA. Sa technologie Respira s’intègre dans une couche supérieure du système SCADA (Système de contrôle et d’acquisitions de données en temps réel) en utilisant tous les systèmes d’infrastructure existant sans investissements importants (système Plug & Play). C’est un point important. Beaucoup d’entreprises sont disposées à fournir des efforts dans le domaine de la transition énergétique mais le contexte est peu favorable à des investissements immédiats coûteux. A ce système s’ajoute une brique technologique IA qui, par exemple, s’assure d’un niveau minimal de qualité de l’air ou détermine automatiquement et en temps réel le degré de confort des utilisateurs à l’intérieur des installations. Il n’y a plus besoin d’intervention humaine. Un système de maintenance prédictive permet également de détecter de manière précoce les pannes éventuelles. Les résultats sont impressionnants. Dans le métro de Barcelone (128 stations souterraines, 324 ventilateurs, plus d’un million d’usagers par jour), cela a permis de réduire de 25,1% la consommation énergétique moyenne, de diminuer la température de 1,3°C en moyenne et d’augmenter la satisfaction des usagers de plus de 10%.

Si la Russie décide de couper définitivement l’approvisionnement en gaz à l’Europe (ce qui n’est pas exclu), il faudra s’attendre à un rationnement de l’énergie cet hiver (voire dans certains cas à un blackout – c’est lorsque la puissance appelé par les consommateurs ne peut plus être produite par les usines d’électricité, incapables de fournir toute la puissance demandée). La sobriété énergétique est une priorité de politique publique. Les écogestes sont une solution de court terme. Il n’est pas certain pour autant que cela permette d’éviter un rationnement. En revanche, nous pouvons éviter dès à présent de mettre en péril les objectifs de réduction de la consommation dans le cadre de la transition énergétique. Cela suppose d’investir dès maintenant dans les nouvelles technologies qui vont permettre de réduire significativement et sur le très long terme la consommation. C’est en particulier l’IA.

La sobriété au service de la santé

La sobriété au service de la santé

Par Pierre Vladimir Ennezat, Médecin des hôpitaux, Groupes hospitaliers universitaires Henri Mondor AP-HP, Créteil ( La Tribune)

 « Notre confort de vie basé sur une utilisation massive de l’énergie fait le lit des maladies de notre civilisation ».

 

 

La prestigieuse revue américaine d’épidémiologie American Journal of Epidemiology publiait, en 2007 les bénéfices du blocus économique imposé par les Etats-Unis sur la santé des Cubains (doi: 10.1093/aje/kwm226). La conséquence la plus visible de l’embargo contre Cuba était la quasi-disparition des automobiles dans les rues de La Havane tout comme celle des bouteilles de Coca-Cola !

Entre 1980 et 2005, la proportion de sujets physiquement actifs augmentait de 30 à près de 70%, la prévalence de l’obésité déclinait de moitié. Les décès attribuables au diabète, à la maladie coronaire et aux AVC diminuaient de 51, 35 et 20% respectivement. La mortalité toute cause était réduite de près de 20%. Cette étude est passée inaperçue alors que ces gains thérapeutiques pourraient être enviés par de nombreux fabricants de médicaments. D’ailleurs l’accès aux médicaments était également restreint durant cette période de restriction imposée à Cuba.

Notre confort de vie basé sur une utilisation massive de l’énergie fait donc le lit des maladies de notre civilisation. Ces pathologies chroniques effectivement inondent notre système de soins. Les multiples solutions détaillées par Fred Vargas dans son ouvrage L’Humanité en péril, virons de bord, toute ! pourraient être enfin expérimentées afin d’anticiper les prochaines crises qui pourraient s’avérer durables et largement plus douloureuses. Des chercheurs du département d’épidémiologie et de nutrition de l’université d’Havard (doi: 10.1001/jama.292.12.1490) estiment par exemple que la correction de l’inactivité physique combinée à la lutte contre la malbouffe et à l’arrêt du tabac est capable de réduire la survenue de maladies coronaires, de cancers du colon et de diabète de plus de 70%. La pollution atmosphérique est également un puissant facteur de risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Par conséquent, la crise de l’approvisionnement énergétique, pourrait être une opportunité pour une utilisation accrue de la marche ou de la bicyclette et ce, au mieux, sans assistance électrique pour les courtes distances. Le stress très pathogène lié aux embouteillages serait ainsi supprimé. Les pouvoirs publics doivent bien sûr investir massivement dans les transports publics pour desservir les lieux d’habitation de façon régulière, fréquente et sécurisée sur tout le territoire.

Cette réduction de la consommation d’énergie pourrait également être imposée au secteur du tourisme afin de réduire les conséquences écologiques dévastatrices des paquebots de croisières, véritables villes flottantes, pouvant rejeter dans l’atmosphère et ce, en propulsion ou même dans les ports, l’équivalent de plusieurs centaines de milliers de véhicules pour répondre aux besoins de la climatisation, des casinos, cuisines, ascenseurs ou piscines.

On peut évoquer également l’énergie utilisée pour séjourner dans des hôtels-clubs dans lesquels l’eau potable coule en abondance dans des régions affectées par le stress hydrique et où les deux tiers de la nourriture passent dans les ordures alors que le tiers de l’humanité risque de revivre des famines. C’est aussi un effort de réflexion qui devrait être imposé aux stations de sport d’hiver devenues des usines d’altitude utilisant notamment des dizaines de dameuses de 9 à 12 tonnes, puissantes de 600 chevaux, sillonnant chaque nuit les domaines skiables afin de satisfaire les désirs des touristes.

Pour atteindre ces usines de montagne, c’est aussi des centaines de milliers de véhicules particuliers qui s’agglutinent chaque week-end d’hiver dans les vallées devenues inhabitables en raison des pics de pollution et des nuisances sonores. De même, les villes parfois récompensées avec les labels « fleuries », « vertes» ou « propres » n’améliorent probablement pas la santé des riverains et surtout de leurs employés équipés comme des fantassins de casques et de moteurs bruyants et polluants pour pousser nos feuilles d’automne ou divers déchets alors que le balai d’antan le faisait silencieusement et plus sainement.

L’État doit également remettre sur la table le problème des marchandises transportées par les millions de poids lourds qui embouteillent nos routes chaque année, qui souvent ne font que traverser l’Hexagone et consomment plus de 30 litres de gazole aux 100 kilomètres. Ou encore, il est affligeant de constater toujours l’existence de réfrigérateurs ou congélateurs sans portes dans les commerces. C’est donc un profond remaniement de nos habitudes énergivores aussi bien au niveau individuel que collectif jusqu’à l’échelle des décisions politiques nationales et locales qui est nécessaire pour affronter les restrictions futures et éviter de remettre en service les centrales à charbon qui aggraveront la pollution aux particules fines.

A l’instar de l’exemple cubain bien involontaire, la sobriété énergétique associée à une augmentation de l’activité physique et à une réduction de la pollution, pourrait améliorer l’état de santé psychique et physique de la population, et de facto, celui des services d’urgences et des soignants.

Concept de » Sobriété énergétique »: Un slogan pour éviter des changements structurels

Concept de » Sobriété énergétique »: Un slogan pour éviter des changements structurels 

 

Yamina Saheb membre du GIEC, Experte des politiques d’atténuation du changement climatique estime dans le Monde  que  la mise en place de politiques de sobriété nécessite une métamorphose de l’économie qui va bien au-delà du plan annoncé par Emmanuel Macron. 

On ne peut que se féliciter de l’émergence de la sobriété dans le débat public comme solution à la crise énergétique. Le concept de sobriété n’est pas nouveau, il remonte à la Grèce antique. La Thaïlande a été le premier pays à en faire la colonne vertébrale de sa politique de développement, alors que la France est le seul pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques à avoir inscrit la sobriété dans sa loi sur la transition énergétique.

Malheureusement, la vision française de la sobriété se limite à sa dimension énergétique et ignore les autres composantes de la sobriété identifiées dans le rapport III du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En effet, ce rapport définit les politiques de sobriété comme étant « un ensemble de mesures et de pratiques du quotidien qui évitent la demande en énergie, matériaux, sol et eau tout en assurant le bien-être pour tous dans les limites planétaires ».

La sobriété n’est pas l’austérité ! Bien au contraire, les politiques de sobriété préservent l’accès pour tous aux services essentiels en éliminant les consommations superflues des plus aisés. Et contrairement aux idées reçues, les citoyens ne pourront avoir des comportements sobres que si, et seulement si, les politiques publiques mettent d’abord en place les solutions nécessaires pour que les activités essentielles au bien-être de tous se déroulent dans le respect des limites planétaires.

Les politiques de sobriété nécessitent de considérer à la fois les aspects dimensionnels, coopératifs et l’usage des biens et services mis à la disposition des citoyens. La sobriété dimensionnelle consiste à mettre sur le marché des produits (voitures, logements, électroménager) qui correspondent aux besoins des citoyens. La sobriété coopérative revient, elle, à mettre en œuvre une organisation collective de l’espace de façon à permettre une mutualisation importante des services essentiels – ainsi pour la mobilité grâce aux transports en commun. La sobriété d’usage vise à éliminer l’obsolescence programmée des appareils et équipements et à mieux les utiliser. Il est clair que les citoyens ne pourront agir que sur l’utilisation des appareils dont ils disposent. Par conséquent, réduire la sobriété aux changements de comportement des individus serait une erreur fatale car les citoyens sont en vérité enfermés dans les solutions autorisées par les politiques publiques.

Sans surprise, la vision de la sobriété par les patrons d’Engie, EDF et TotalEnergies se limite aux changements de comportement. Les énergéticiens français s’inscrivent dans la continuité de la stratégie bien rodée de désinformation, développée par les pétroliers américains pour détourner l’attention des pouvoirs publics des changements structurels nécessaires pour éliminer l’utilisation des énergies fossiles. La sobriété telle que préconisée par les énergéticiens français déclencherait, si les pouvoirs publics la mettaient en œuvre, une crise sociale sans précédent.

 

 

 » Sobriété énergétique »: Un slogan pour éviter des changements structurels

 » Sobriété énergétique »: Un slogan pour éviter des changements structurels 

 

Yamina Saheb membre du GIEC, Experte des politiques d’atténuation du changement climatique estime dans le Monde  que  la mise en place de politiques de sobriété nécessite une métamorphose de l’économie qui va bien au-delà du plan annoncé par Emmanuel Macron. 

On ne peut que se féliciter de l’émergence de la sobriété dans le débat public comme solution à la crise énergétique. Le concept de sobriété n’est pas nouveau, il remonte à la Grèce antique. La Thaïlande a été le premier pays à en faire la colonne vertébrale de sa politique de développement, alors que la France est le seul pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques à avoir inscrit la sobriété dans sa loi sur la transition énergétique.

Malheureusement, la vision française de la sobriété se limite à sa dimension énergétique et ignore les autres composantes de la sobriété identifiées dans le rapport III du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En effet, ce rapport définit les politiques de sobriété comme étant « un ensemble de mesures et de pratiques du quotidien qui évitent la demande en énergie, matériaux, sol et eau tout en assurant le bien-être pour tous dans les limites planétaires ».

La sobriété n’est pas l’austérité ! Bien au contraire, les politiques de sobriété préservent l’accès pour tous aux services essentiels en éliminant les consommations superflues des plus aisés. Et contrairement aux idées reçues, les citoyens ne pourront avoir des comportements sobres que si, et seulement si, les politiques publiques mettent d’abord en place les solutions nécessaires pour que les activités essentielles au bien-être de tous se déroulent dans le respect des limites planétaires.

Les politiques de sobriété nécessitent de considérer à la fois les aspects dimensionnels, coopératifs et l’usage des biens et services mis à la disposition des citoyens. La sobriété dimensionnelle consiste à mettre sur le marché des produits (voitures, logements, électroménager) qui correspondent aux besoins des citoyens. La sobriété coopérative revient, elle, à mettre en œuvre une organisation collective de l’espace de façon à permettre une mutualisation importante des services essentiels – ainsi pour la mobilité grâce aux transports en commun. La sobriété d’usage vise à éliminer l’obsolescence programmée des appareils et équipements et à mieux les utiliser. Il est clair que les citoyens ne pourront agir que sur l’utilisation des appareils dont ils disposent. Par conséquent, réduire la sobriété aux changements de comportement des individus serait une erreur fatale car les citoyens sont en vérité enfermés dans les solutions autorisées par les politiques publiques.

Sans surprise, la vision de la sobriété par les patrons d’Engie, EDF et TotalEnergies se limite aux changements de comportement. Les énergéticiens français s’inscrivent dans la continuité de la stratégie bien rodée de désinformation, développée par les pétroliers américains pour détourner l’attention des pouvoirs publics des changements structurels nécessaires pour éliminer l’utilisation des énergies fossiles. La sobriété telle que préconisée par les énergéticiens français déclencherait, si les pouvoirs publics la mettaient en œuvre, une crise sociale sans précédent.

 

 

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