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Revers russes en Ukraine: Poutine trahi par ses services secrets

Revers russes en Ukraine: Poutine trahi par ses services secrets

C’est un peu la honte pour Poutine ancien responsable du KGB d’avoir était trahi par ses propres services secrets concernant l’Ukraine. Analyse de l’historien Andreï Kozovoï (Université de Lille) sur le fiasco des services de renseignement et publiée dans « Livre noir de Vladimir Poutine » qui paraît vendredi aux éditions Robert Laffont/Perrin.

Début mars 2022, moins de deux semaines après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, plus aucun doute n’était permis : en lieu et place d’une entrée triomphale dans Kiev, sous les vivats de ses habitants, la glorieuse armée de Poutine fut mise en déroute, subissant de lourdes pertes. L’ombre de la guerre d’Afghanistan (1979-1989) commença à planer sur l’« opération militaire spéciale », les rumeurs allant bon train sur le fait que Vladimir Poutine , « intoxicateur » professionnel, avait lui-même été « intoxiqué ».

Au vu de l’humiliation, de nombreuses têtes devaient inévitablement tomber. En toute logique, Poutine aurait dû d’abord s’en prendre à Alexandre Bortnikov, le directeur du FSB, le Service fédéral de sécurité, et à Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de Sécurité qui, à en croire un ouvrage à paraître, l’auraient convaincu de privilégier la solution militaire en Ukraine. Poutine aurait dû s’en prendre au ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et au chef de l’état-major, Valeri Guerassimov, qui l’avaient rassuré en lui vantant « la grande expérience » des troupes russes.
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Les punir pour l’exemple et en public aurait cependant pu s’avérer contre-productif et constituer un aveu d’échec, alors qu’officiellement la Russie n’avait pas dévié d’un iota de son plan en Ukraine. Et puis, Bortnikov, Patrouchev, Choïgou et Guerassimov ont sans doute plaidé « non coupables » en clamant qu’eux aussi avaient été bernés par des rapports, fournis par les services secrets. Des rapports qui décrivaient l’armée ukrainienne comme non opérationnelle, Volodymyr Zelensky en bouffon sans réelle étoffe de président, et misaient sur un Occident désuni et passif, comme en 2014 après l’annexion de la Crimée.

Ces services de renseignement, rappelons-le, sont constitués de trois organisations principales : une militaire, connue sous son nom de la GRU (Direction principale du renseignement) –, placée sous le commandement du ministre de la Défense, mais en réalité de Poutine ; et deux organisations civiles dépendant directement du président de la Fédération de Russie, le SVR, Service de renseignement extérieur, et le FSB, Service fédéral de sécurité, chargé du contre-espionnage, mentionné plus haut.

Contrairement aux services occidentaux, juridiquement encadrés et contrôlés, les services secrets russes forment l’ossature du système poutinien, l’alpha et l’oméga de sa gouvernance. Leur particularité est de ne pas seulement s’occuper du renseignement, de la collecte et de l’analyse d’informations, mais aussi de remplir des fonctions de police politique, de répression (voire d’élimination) des opposants et des « traîtres », dans la pure tradition soviétique. Les empoisonnements au Novitchok de l’ancien colonel de la GRU Sergueï Skripal, en 2018, et de l’opposant Alexeï Navalny, en 2020, sont deux exemples récents d’opérations pour lesquelles l’implication des services secrets russes a été démontrée – deux exemples parmi de nombreux autres. Leurs cadres, les siloviki (du mot russe sila, « la force »), sont une « nouvelle noblesse », expression que l’on doit à Nikolaï Patrouchev, ancien directeur du FSB, désormais secrétaire du Conseil de sécurité, qui est perçu comme le plus grand « faucon » du Kremlin.

Au final, ce ne sont donc ni Choïgou, ni Guerassimov, ni Patrouchev, ni aucune autre personnalité de l’entourage de Poutine qui allait faire les frais du fiasco de la « guerre éclair » russe en Ukraine, mais des « seconds couteaux » issus des services secrets et d’abord du FSB, parmi lesquels un haut gradé, Sergueï Besseda, un général de 68 ans, [chef depuis 2008] du Cinquième Service du FSB, le Service des informations opérationnelles et des relations internationales. Accusé en mars 2022 de corruption et d’avoir « sciemment désinformé » ses supérieurs, celui-ci fut d’abord placé en résidence surveillée. Vers la mi-avril, dans le contexte du naufrage du croiseur Moskva, quand Poutine fut incapable de contenir sa colère et exigea des coupables, il fut transféré dans le plus grand secret à Lefortovo, célèbre prison moscovite réservée aux personnalités éminentes.

Besseda a-t-il « sciemment » désinformé le président russe ?
Même si la GRU et le SVR avaient leurs réseaux en Ukraine, c’est le Cinquième Service qui, de l’avis de plusieurs experts, aurait eu la plus grande influence auprès du Kremlin avant le lancement de l’« opération militaire spéciale ». De fait, l’unité ukrainienne dont il avait la charge passa de 30 personnes en 2019 à 160 à l’été 2021. Des agents envoyés en Ukraine se voyaient confier l’objectif de recruter des collaborateurs et de neutraliser des adversaires de Moscou. C’est Besseda qui aurait donc exercé une influence déterminante sur Poutine par ses analyses et l’aurait convaincu de donner son feu vert.

Mais a-t-il « sciemment » désinformé le président russe ? N’était-il pas lui-même convaincu que la conquête de l’Ukraine serait une promenade de santé ? Après tout, on sait aujourd’hui que quelques jours avant l’invasion, les hommes de Besseda avaient envoyé à leurs agents ukrainiens l’ordre de laisser les clés de leurs appartements aux « hommes de Moscou » qui seraient venus organiser l’installation d’un régime marionnette après la victoire de la Russie.

À la décharge de Besseda, il a pu exister au sein du renseignement russe une tendance sinon à désinformer, du moins à croire exagérément dans les chances de succès de cette opération, et ce pour plusieurs raisons. En effet, le renseignement militaire avait amorcé une « mue agressive » depuis 2011, avec la nomination, au poste de premier adjoint du directeur, du général Vladimir Alekseïev. Celui-ci profita du renforcement du rôle de la GRU sous la direction de Choïgou pour devenir le principal collecteur de l’information en provenance d’Ukraine.
Le président a peu à peu perdu le sens des réalités

À une certaine prudence propre au renseignement militaire aurait succédé, avec cet ancien membre des forces spéciales – les spetsnaz –, la volonté de prendre plus de risques, ce qui pourrait expliquer les opérations d’empoisonnement, dont la plus connue fut celle de Sergueï Skripal en Grande-Bretagne. Ajoutons-y les effets délétères sur l’information de la concurrence entre les renseignements militaire et civil, la GRU et le FSB, qui aurait pu pousser Besseda à vouloir « surenchérir » pour ne pas laisser son adversaire occuper le terrain.
« Personne n’aime les porteurs de mauvaises nouvelles. » Au fil des ans et des élections truquées, le président a peu à peu perdu le sens des réalités, réduisant son cercle d’amis et de confidents. Les seuls susceptibles d’avoir encore une influence sur lui étaient Alexandre Bortnikov, le directeur du FSB, et Sergueï Narychkine, le directeur du SVR, pour le renseignement civil. Or, Poutine méprise le renseignement – ainsi Narychkine fut-il publiquement humilié le 21 février 2022, trois jours avant l’invasion, en pleine réunion du Conseil de sécurité ; et l’amiral Igor Kostioukov, l’actuel patron de la GRU, serait affublé de sobriquets. Si les services secrets occupent une place centrale dans le processus décisionnel poutinien, paradoxalement, Poutine ne les tient pas en haute estime. […]
Dans ce contexte, que restait-il aux « seconds couteaux » comme Besseda, sinon de trier soigneusement l’information pour conforter le Maître dans ses illusions ? […]
Besseda [aurait été libéré et] serait revenu travailler à son bureau de la Loubianka. Il ne faut pas y voir la trace d’une quelconque volonté de le réhabiliter, et encore moins le signe d’une prise de conscience, tardive, chez le président, de ses propres erreurs de jugement, mais plutôt la volonté de limiter le risque d’une aggravation de la situation. […]
Un avertissement lancé aux services de renseignement

De fait, si l’arrestation de Besseda doit être interprétée comme un avertissement lancé aux services de renseignement, au FSB en particulier, sa libération correspond à un « repli tactique » destiné à couper court aux rumeurs sur les divisions internes et les dissensions entre les dirigeants et la « base ». Il s’agit de rassurer les « seconds couteaux » dont dépendent à bien des égards la stabilité du système et la bonne gestion du processus décisionnel.

Ce monde de l’ombre est soumis à la pression de l’exécutif, mais également aux sanctions occidentales qui ont mis à mal les réseaux de renseignement russe à l’étranger. Entre février et avril 2022, plus de 450 « diplomates » russes ont été expulsés de 27 pays et d’organisations internationales, soit trois fois plus qu’après le scandale de l’affaire Skripal. Poutine a d’autant plus intérêt à ménager ses cadres du renseignement qu’il est confronté à la présence d’un « parti de la guerre », une fraction des siloviki en désaccord avec les objectifs revus à la baisse de l’« opération militaire spéciale » – non plus la conquête de l’Ukraine, mais l’occupation et l’annexion du Donbass. Ces cadres de la base voudraient voir Poutine annoncer la mobilisation générale et utiliser des armes de destruction massive pour en finir au plus vite.

La libération de Besseda semble donc indiquer que Poutine tenterait d’apprendre de ses erreurs. L’effet de cette prise de conscience sera-t-il durable ? Cela est peu probable tant que Poutine sera aux commandes, avec sa vision paranoïde du monde et de l’Histoire, son système de valeurs anti-occidental et son obsession d’une Ukraine « dénazifiée », mais aussi tant que le principal modèle d’inspiration des services secrets russes restera le KGB d’Andropov et, de plus en plus, le NKVD stalinien.

dans The Conversation

Politique: Poutine trahi par ses services secrets

Politique: Poutine trahi par ses services secrets

C’est un peu la honte pour Poutine ancien responsable du KGB d’avoir était trahie par ses propres services secrets concernant l’UkraineAnalyse de l’historien Andreï Kozovoï (Université de Lille) sur le fiasco des services de renseignement et publiée dans « Livre noir de Vladimir Poutine » qui paraît vendredi aux éditions Robert Laffont/Perrin.

Début mars 2022, moins de deux semaines après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, plus aucun doute n’était permis : en lieu et place d’une entrée triomphale dans Kiev, sous les vivats de ses habitants, la glorieuse armée de Poutine fut mise en déroute, subissant de lourdes pertes. L’ombre de la guerre d’Afghanistan (1979-1989) commença à planer sur l’« opération militaire spéciale », les rumeurs allant bon train sur le fait que Vladimir Poutine , « intoxicateur » professionnel, avait lui-même été « intoxiqué ».

Au vu de l’humiliation, de nombreuses têtes devaient inévitablement tomber. En toute logique, Poutine aurait dû d’abord s’en prendre à Alexandre Bortnikov, le directeur du FSB, le Service fédéral de sécurité, et à Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de Sécurité qui, à en croire un ouvrage à paraître, l’auraient convaincu de privilégier la solution militaire en Ukraine. Poutine aurait dû s’en prendre au ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et au chef de l’état-major, Valeri Guerassimov, qui l’avaient rassuré en lui vantant « la grande expérience » des troupes russes.
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Les punir pour l’exemple et en public aurait cependant pu s’avérer contre-productif et constituer un aveu d’échec, alors qu’officiellement la Russie n’avait pas dévié d’un iota de son plan en Ukraine. Et puis, Bortnikov, Patrouchev, Choïgou et Guerassimov ont sans doute plaidé « non coupables » en clamant qu’eux aussi avaient été bernés par des rapports, fournis par les services secrets. Des rapports qui décrivaient l’armée ukrainienne comme non opérationnelle, Volodymyr Zelensky en bouffon sans réelle étoffe de président, et misaient sur un Occident désuni et passif, comme en 2014 après l’annexion de la Crimée.

Ces services de renseignement, rappelons-le, sont constitués de trois organisations principales : une militaire, connue sous son nom de la GRU (Direction principale du renseignement) –, placée sous le commandement du ministre de la Défense, mais en réalité de Poutine ; et deux organisations civiles dépendant directement du président de la Fédération de Russie, le SVR, Service de renseignement extérieur, et le FSB, Service fédéral de sécurité, chargé du contre-espionnage, mentionné plus haut.

Contrairement aux services occidentaux, juridiquement encadrés et contrôlés, les services secrets russes forment l’ossature du système poutinien, l’alpha et l’oméga de sa gouvernance. Leur particularité est de ne pas seulement s’occuper du renseignement, de la collecte et de l’analyse d’informations, mais aussi de remplir des fonctions de police politique, de répression (voire d’élimination) des opposants et des « traîtres », dans la pure tradition soviétique. Les empoisonnements au Novitchok de l’ancien colonel de la GRU Sergueï Skripal, en 2018, et de l’opposant Alexeï Navalny, en 2020, sont deux exemples récents d’opérations pour lesquelles l’implication des services secrets russes a été démontrée – deux exemples parmi de nombreux autres. Leurs cadres, les siloviki (du mot russe sila, « la force »), sont une « nouvelle noblesse », expression que l’on doit à Nikolaï Patrouchev, ancien directeur du FSB, désormais secrétaire du Conseil de sécurité, qui est perçu comme le plus grand « faucon » du Kremlin.

Au final, ce ne sont donc ni Choïgou, ni Guerassimov, ni Patrouchev, ni aucune autre personnalité de l’entourage de Poutine qui allait faire les frais du fiasco de la « guerre éclair » russe en Ukraine, mais des « seconds couteaux » issus des services secrets et d’abord du FSB, parmi lesquels un haut gradé, Sergueï Besseda, un général de 68 ans, [chef depuis 2008] du Cinquième Service du FSB, le Service des informations opérationnelles et des relations internationales. Accusé en mars 2022 de corruption et d’avoir « sciemment désinformé » ses supérieurs, celui-ci fut d’abord placé en résidence surveillée. Vers la mi-avril, dans le contexte du naufrage du croiseur Moskva, quand Poutine fut incapable de contenir sa colère et exigea des coupables, il fut transféré dans le plus grand secret à Lefortovo, célèbre prison moscovite réservée aux personnalités éminentes.

Besseda a-t-il « sciemment » désinformé le président russe ?
Même si la GRU et le SVR avaient leurs réseaux en Ukraine, c’est le Cinquième Service qui, de l’avis de plusieurs experts, aurait eu la plus grande influence auprès du Kremlin avant le lancement de l’« opération militaire spéciale ». De fait, l’unité ukrainienne dont il avait la charge passa de 30 personnes en 2019 à 160 à l’été 2021. Des agents envoyés en Ukraine se voyaient confier l’objectif de recruter des collaborateurs et de neutraliser des adversaires de Moscou. C’est Besseda qui aurait donc exercé une influence déterminante sur Poutine par ses analyses et l’aurait convaincu de donner son feu vert.

Mais a-t-il « sciemment » désinformé le président russe ? N’était-il pas lui-même convaincu que la conquête de l’Ukraine serait une promenade de santé ? Après tout, on sait aujourd’hui que quelques jours avant l’invasion, les hommes de Besseda avaient envoyé à leurs agents ukrainiens l’ordre de laisser les clés de leurs appartements aux « hommes de Moscou » qui seraient venus organiser l’installation d’un régime marionnette après la victoire de la Russie.

À la décharge de Besseda, il a pu exister au sein du renseignement russe une tendance sinon à désinformer, du moins à croire exagérément dans les chances de succès de cette opération, et ce pour plusieurs raisons. En effet, le renseignement militaire avait amorcé une « mue agressive » depuis 2011, avec la nomination, au poste de premier adjoint du directeur, du général Vladimir Alekseïev. Celui-ci profita du renforcement du rôle de la GRU sous la direction de Choïgou pour devenir le principal collecteur de l’information en provenance d’Ukraine.
Le président a peu à peu perdu le sens des réalités

À une certaine prudence propre au renseignement militaire aurait succédé, avec cet ancien membre des forces spéciales – les spetsnaz –, la volonté de prendre plus de risques, ce qui pourrait expliquer les opérations d’empoisonnement, dont la plus connue fut celle de Sergueï Skripal en Grande-Bretagne. Ajoutons-y les effets délétères sur l’information de la concurrence entre les renseignements militaire et civil, la GRU et le FSB, qui aurait pu pousser Besseda à vouloir « surenchérir » pour ne pas laisser son adversaire occuper le terrain.
« Personne n’aime les porteurs de mauvaises nouvelles. » Au fil des ans et des élections truquées, le président a peu à peu perdu le sens des réalités, réduisant son cercle d’amis et de confidents. Les seuls susceptibles d’avoir encore une influence sur lui étaient Alexandre Bortnikov, le directeur du FSB, et Sergueï Narychkine, le directeur du SVR, pour le renseignement civil. Or, Poutine méprise le renseignement – ainsi Narychkine fut-il publiquement humilié le 21 février 2022, trois jours avant l’invasion, en pleine réunion du Conseil de sécurité ; et l’amiral Igor Kostioukov, l’actuel patron de la GRU, serait affublé de sobriquets. Si les services secrets occupent une place centrale dans le processus décisionnel poutinien, paradoxalement, Poutine ne les tient pas en haute estime. […]
Dans ce contexte, que restait-il aux « seconds couteaux » comme Besseda, sinon de trier soigneusement l’information pour conforter le Maître dans ses illusions ? […]
Besseda [aurait été libéré et] serait revenu travailler à son bureau de la Loubianka. Il ne faut pas y voir la trace d’une quelconque volonté de le réhabiliter, et encore moins le signe d’une prise de conscience, tardive, chez le président, de ses propres erreurs de jugement, mais plutôt la volonté de limiter le risque d’une aggravation de la situation. […]
Un avertissement lancé aux services de renseignement

De fait, si l’arrestation de Besseda doit être interprétée comme un avertissement lancé aux services de renseignement, au FSB en particulier, sa libération correspond à un « repli tactique » destiné à couper court aux rumeurs sur les divisions internes et les dissensions entre les dirigeants et la « base ». Il s’agit de rassurer les « seconds couteaux » dont dépendent à bien des égards la stabilité du système et la bonne gestion du processus décisionnel.

Ce monde de l’ombre est soumis à la pression de l’exécutif, mais également aux sanctions occidentales qui ont mis à mal les réseaux de renseignement russe à l’étranger. Entre février et avril 2022, plus de 450 « diplomates » russes ont été expulsés de 27 pays et d’organisations internationales, soit trois fois plus qu’après le scandale de l’affaire Skripal. Poutine a d’autant plus intérêt à ménager ses cadres du renseignement qu’il est confronté à la présence d’un « parti de la guerre », une fraction des siloviki en désaccord avec les objectifs revus à la baisse de l’« opération militaire spéciale » – non plus la conquête de l’Ukraine, mais l’occupation et l’annexion du Donbass. Ces cadres de la base voudraient voir Poutine annoncer la mobilisation générale et utiliser des armes de destruction massive pour en finir au plus vite.

La libération de Besseda semble donc indiquer que Poutine tenterait d’apprendre de ses erreurs. L’effet de cette prise de conscience sera-t-il durable ? Cela est peu probable tant que Poutine sera aux commandes, avec sa vision paranoïde du monde et de l’Histoire, son système de valeurs anti-occidental et son obsession d’une Ukraine « dénazifiée », mais aussi tant que le principal modèle d’inspiration des services secrets russes restera le KGB d’Andropov et, de plus en plus, le NKVD stalinien.

dans The Conversation

Ukraine: Poutine trahi par ses propres services secrets

Ukraine: Poutine trahi par ses propres services secrets

Analyse de l’historien Andreï Kozovoï (Université de Lille) sur le fiasco des services de renseignement et publiée dans « Livre noir de Vladimir Poutine » qui paraît vendredi aux éditions Robert Laffont/Perrin.

Début mars 2022, moins de deux semaines après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, plus aucun doute n’était permis : en lieu et place d’une entrée triomphale dans Kiev, sous les vivats de ses habitants, la glorieuse armée de Poutine fut mise en déroute, subissant de lourdes pertes. L’ombre de la guerre d’Afghanistan (1979-1989) commença à planer sur l’« opération militaire spéciale », les rumeurs allant bon train sur le fait que Vladimir Poutine , « intoxicateur » professionnel, avait lui-même été « intoxiqué ».

Au vu de l’humiliation, de nombreuses têtes devaient inévitablement tomber. En toute logique, Poutine aurait dû d’abord s’en prendre à Alexandre Bortnikov, le directeur du FSB, le Service fédéral de sécurité, et à Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de Sécurité qui, à en croire un ouvrage à paraître, l’auraient convaincu de privilégier la solution militaire en Ukraine. Poutine aurait dû s’en prendre au ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et au chef de l’état-major, Valeri Guerassimov, qui l’avaient rassuré en lui vantant « la grande expérience » des troupes russes.
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Les punir pour l’exemple et en public aurait cependant pu s’avérer contre-productif et constituer un aveu d’échec, alors qu’officiellement la Russie n’avait pas dévié d’un iota de son plan en Ukraine. Et puis, Bortnikov, Patrouchev, Choïgou et Guerassimov ont sans doute plaidé « non coupables » en clamant qu’eux aussi avaient été bernés par des rapports, fournis par les services secrets. Des rapports qui décrivaient l’armée ukrainienne comme non opérationnelle, Volodymyr Zelensky en bouffon sans réelle étoffe de président, et misaient sur un Occident désuni et passif, comme en 2014 après l’annexion de la Crimée.

Ces services de renseignement, rappelons-le, sont constitués de trois organisations principales : une militaire, connue sous son nom de la GRU (Direction principale du renseignement) –, placée sous le commandement du ministre de la Défense, mais en réalité de Poutine ; et deux organisations civiles dépendant directement du président de la Fédération de Russie, le SVR, Service de renseignement extérieur, et le FSB, Service fédéral de sécurité, chargé du contre-espionnage, mentionné plus haut.

Contrairement aux services occidentaux, juridiquement encadrés et contrôlés, les services secrets russes forment l’ossature du système poutinien, l’alpha et l’oméga de sa gouvernance. Leur particularité est de ne pas seulement s’occuper du renseignement, de la collecte et de l’analyse d’informations, mais aussi de remplir des fonctions de police politique, de répression (voire d’élimination) des opposants et des « traîtres », dans la pure tradition soviétique. Les empoisonnements au Novitchok de l’ancien colonel de la GRU Sergueï Skripal, en 2018, et de l’opposant Alexeï Navalny, en 2020, sont deux exemples récents d’opérations pour lesquelles l’implication des services secrets russes a été démontrée – deux exemples parmi de nombreux autres. Leurs cadres, les siloviki (du mot russe sila, « la force »), sont une « nouvelle noblesse », expression que l’on doit à Nikolaï Patrouchev, ancien directeur du FSB, désormais secrétaire du Conseil de sécurité, qui est perçu comme le plus grand « faucon » du Kremlin.

Au final, ce ne sont donc ni Choïgou, ni Guerassimov, ni Patrouchev, ni aucune autre personnalité de l’entourage de Poutine qui allait faire les frais du fiasco de la « guerre éclair » russe en Ukraine, mais des « seconds couteaux » issus des services secrets et d’abord du FSB, parmi lesquels un haut gradé, Sergueï Besseda, un général de 68 ans, [chef depuis 2008] du Cinquième Service du FSB, le Service des informations opérationnelles et des relations internationales. Accusé en mars 2022 de corruption et d’avoir « sciemment désinformé » ses supérieurs, celui-ci fut d’abord placé en résidence surveillée. Vers la mi-avril, dans le contexte du naufrage du croiseur Moskva, quand Poutine fut incapable de contenir sa colère et exigea des coupables, il fut transféré dans le plus grand secret à Lefortovo, célèbre prison moscovite réservée aux personnalités éminentes.

Besseda a-t-il « sciemment » désinformé le président russe ?
Même si la GRU et le SVR avaient leurs réseaux en Ukraine, c’est le Cinquième Service qui, de l’avis de plusieurs experts, aurait eu la plus grande influence auprès du Kremlin avant le lancement de l’« opération militaire spéciale ». De fait, l’unité ukrainienne dont il avait la charge passa de 30 personnes en 2019 à 160 à l’été 2021. Des agents envoyés en Ukraine se voyaient confier l’objectif de recruter des collaborateurs et de neutraliser des adversaires de Moscou. C’est Besseda qui aurait donc exercé une influence déterminante sur Poutine par ses analyses et l’aurait convaincu de donner son feu vert.

Mais a-t-il « sciemment » désinformé le président russe ? N’était-il pas lui-même convaincu que la conquête de l’Ukraine serait une promenade de santé ? Après tout, on sait aujourd’hui que quelques jours avant l’invasion, les hommes de Besseda avaient envoyé à leurs agents ukrainiens l’ordre de laisser les clés de leurs appartements aux « hommes de Moscou » qui seraient venus organiser l’installation d’un régime marionnette après la victoire de la Russie.

À la décharge de Besseda, il a pu exister au sein du renseignement russe une tendance sinon à désinformer, du moins à croire exagérément dans les chances de succès de cette opération, et ce pour plusieurs raisons. En effet, le renseignement militaire avait amorcé une « mue agressive » depuis 2011, avec la nomination, au poste de premier adjoint du directeur, du général Vladimir Alekseïev. Celui-ci profita du renforcement du rôle de la GRU sous la direction de Choïgou pour devenir le principal collecteur de l’information en provenance d’Ukraine.
Le président a peu à peu perdu le sens des réalités

À une certaine prudence propre au renseignement militaire aurait succédé, avec cet ancien membre des forces spéciales – les spetsnaz –, la volonté de prendre plus de risques, ce qui pourrait expliquer les opérations d’empoisonnement, dont la plus connue fut celle de Sergueï Skripal en Grande-Bretagne. Ajoutons-y les effets délétères sur l’information de la concurrence entre les renseignements militaire et civil, la GRU et le FSB, qui aurait pu pousser Besseda à vouloir « surenchérir » pour ne pas laisser son adversaire occuper le terrain.
« Personne n’aime les porteurs de mauvaises nouvelles. » Au fil des ans et des élections truquées, le président a peu à peu perdu le sens des réalités, réduisant son cercle d’amis et de confidents. Les seuls susceptibles d’avoir encore une influence sur lui étaient Alexandre Bortnikov, le directeur du FSB, et Sergueï Narychkine, le directeur du SVR, pour le renseignement civil. Or, Poutine méprise le renseignement – ainsi Narychkine fut-il publiquement humilié le 21 février 2022, trois jours avant l’invasion, en pleine réunion du Conseil de sécurité ; et l’amiral Igor Kostioukov, l’actuel patron de la GRU, serait affublé de sobriquets. Si les services secrets occupent une place centrale dans le processus décisionnel poutinien, paradoxalement, Poutine ne les tient pas en haute estime. […]
Dans ce contexte, que restait-il aux « seconds couteaux » comme Besseda, sinon de trier soigneusement l’information pour conforter le Maître dans ses illusions ? […]
Besseda [aurait été libéré et] serait revenu travailler à son bureau de la Loubianka. Il ne faut pas y voir la trace d’une quelconque volonté de le réhabiliter, et encore moins le signe d’une prise de conscience, tardive, chez le président, de ses propres erreurs de jugement, mais plutôt la volonté de limiter le risque d’une aggravation de la situation. […]
Un avertissement lancé aux services de renseignement

De fait, si l’arrestation de Besseda doit être interprétée comme un avertissement lancé aux services de renseignement, au FSB en particulier, sa libération correspond à un « repli tactique » destiné à couper court aux rumeurs sur les divisions internes et les dissensions entre les dirigeants et la « base ». Il s’agit de rassurer les « seconds couteaux » dont dépendent à bien des égards la stabilité du système et la bonne gestion du processus décisionnel.

Ce monde de l’ombre est soumis à la pression de l’exécutif, mais également aux sanctions occidentales qui ont mis à mal les réseaux de renseignement russe à l’étranger. Entre février et avril 2022, plus de 450 « diplomates » russes ont été expulsés de 27 pays et d’organisations internationales, soit trois fois plus qu’après le scandale de l’affaire Skripal. Poutine a d’autant plus intérêt à ménager ses cadres du renseignement qu’il est confronté à la présence d’un « parti de la guerre », une fraction des siloviki en désaccord avec les objectifs revus à la baisse de l’« opération militaire spéciale » – non plus la conquête de l’Ukraine, mais l’occupation et l’annexion du Donbass. Ces cadres de la base voudraient voir Poutine annoncer la mobilisation générale et utiliser des armes de destruction massive pour en finir au plus vite.

La libération de Besseda semble donc indiquer que Poutine tenterait d’apprendre de ses erreurs. L’effet de cette prise de conscience sera-t-il durable ? Cela est peu probable tant que Poutine sera aux commandes, avec sa vision paranoïde du monde et de l’Histoire, son système de valeurs anti-occidental et son obsession d’une Ukraine « dénazifiée », mais aussi tant que le principal modèle d’inspiration des services secrets russes restera le KGB d’Andropov et, de plus en plus, le NKVD stalinien.

dans The Conversation

Société : Des services publics en pleine crise

Société : Des services publics en pleine crise

Les services publics en France connaissent une crise particulièrement grave sans doute liée à des questions de financement mais pas seulement. Le plus souvent il souffre aussi d’un manque d’organisation et d’efficacité. Cela vaut pour la santé mais aussi pour l’école, la justice, pôle emploi ou encore la police.

Selon un sondage Ifop pour le JDD, 61 % des Français estiment que les services publics « fonctionnent mal ». Ils sont particulièrement sévères à l’encontre de l’hôpital et de la justice.

61 % d’entre eux affirment qu’ils fonctionnent, en général, mal. Certains sont particulièrement critiques : 18 % pensent qu’ils fonctionnent « très mal », quand seuls 3 % déclarent qu’ils fonctionnent « très bien ». Les fonctionnaires eux-mêmes ne sont pas indulgents. Pour 58 % d’entre eux, les services publics sont défaillants.
Pour Frédéric Dabi, « quand on faisait des études sur l’image de la France, la réassurance dans le pays provenait de ces services publics, de la gratuité de l’école, de notre modèle social. Là, les Français se mettent à douter. »

Certains services publics obtiennent tout juste la moyenne. Ainsi, la Sécurité sociale, l’université et l’école récoltent respectivement 56, 53 et 52 % d’opinions favorables. Le jugement est plus sévère concernant la police (54 % d’opinions négatives) et Pôle emploi (64 %)

Les deux cancres sont l’hôpital et la justice : malgré les récentes augmentations de budget, 73 et 77 % des Français estiment que ces services publics fonctionnent mal. Là encore, les fonctionnaires sont les plus durs : 81 % ont une image négative de l’hôpital. « Comme si le Grenelle de la santé n’avait aucune prise », commente Frédéric Dabi.

Sondage Ifop pour le JDD, effectué du 2 au 4 novembre 2022 auprès d’un échantillon représentatif de 1 513 personnes âgées de 18 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont été réalisées par questionnaire autoadministré. La marge d’erreur est située entre 1,4 et 3,1 points.

Pour la décarbonation de tous les services publics !

Pour la décarbonation de tous les services publics !

L’administration publique doit participer à l’effort national pour le climat, affirme, dans une tribune au « Monde », un collectif d’agents de l’Etat et des collectivités territoriales, à l’initiative du Shift Project, soutenus par 3 600 citoyens. Ils proposent notamment d’augmenter la part des protéines végétales à l’hôpital et dans les écoles, de favoriser les mobilités actives des salariés et de limiter la consommation énergétique des bâtiments publics.

Une contribution sympathique d’agents des services publics pour participer à la décarbonation des services. Une contribution toutefois un peu légère avec des considérations trop générales et des mesures finalement assez anecdotiques voire discutables comme la modification des menus des malades et des écoliers.Il y aurait sûrement autre chose à dire concernant la politique de santé, d’éducation voire de gestion des services et des effectifs pour contribuer à la réduction des émissions de carbone.Bref une contribution un peu trop corpo qui manque de contenu d’intérêt général NDLR

Les enjeux soulevés par le dérèglement climatique n’ont jamais été aussi présents dans les préoccupations de nos concitoyens. La dépendance aux énergies fossiles et à un ensemble de ressources physiques épuisables, les atteintes à la biodiversité fragilisent et mettent en péril notre société et sa cohésion. Une évolution profonde et rapide de nos modes de vie, de consommation et de production est indispensable.

La déclaration de la COP26 tenue à Glasgow en novembre 2021 a encore rappelé l’urgence à agir pour limiter le changement climatique et se préparer à affronter ses impacts. Chaque rapport du GIEC décrit de manière plus précise les conséquences dramatiques de l’inaction. Nous, agents publics, avec le soutien de nombreux citoyens et usagers du service public, demandons donc une accélération urgente de la décarbonation du fonctionnement de l’Etat, des collectivités territoriales et de tous les établissements publics.

Nous voulons faire notre part dans la transition bas carbone de notre pays. Et cette part est importante. Parce que l’administration publique représente 20 % de l’emploi en France. Elle doit réduire l’impact de son fonctionnement quotidien sur le climat et ainsi apporter sa contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre de la France et à l’effort de sobriété énergétique indispensable pour pouvoir se passer des énergies fossiles.

Car nous sommes engagés pour le maintien d’un service public accessible à tous. Nous ne voulons pas que nos missions soient mises en péril par les conséquences inévitables du dérèglement climatique. Nous devons préparer dès maintenant un service public résilient et capable d’accompagner, en toutes circonstances, nos concitoyens, notamment les plus vulnérables, qui sont et seront les plus touchés par les crises climatiques et énergétiques.

Comme au travers des écoles, des services administratifs, des équipements sportifs et culturels, des établissements de santé, etc., l’administration est au cœur de la vie quotidienne de chaque citoyen et elle doit, dès lors, être exemplaire. Augmenter la part des protéines végétales dans les repas servis dans les hôpitaux ou les écoles, passer aux mobilités actives et à une flotte de véhicules plus petits et à motorisation électrique pour les déplacements professionnels, limiter la consommation énergétique des bâtiments publics, acheter des ordinateurs réparables et les changer moins souvent : autant d’actions qui peuvent montrer la voie à l’ensemble de la société.

Services publics et publique : enjeux structurels ?

Services publics et publique : enjeux structurels ?

 

Dans un contexte socio-économique difficile, il est indispensable de maintenir un niveau d’engagement fort en faveur des services publics, estime dans une tribune au « Monde » Luc Farré, secrétaire général de l’UNSA Fonction Publique.

 

 

A juste titre le syndicat une ça plaide le maintien et le renforcement du service public dans les fonctions régaliennes pour une société plus solidaire, plus écologique et plus citoyenne.

Reste que le syndicat se montre assez discret sur les conditions de fonctionnement et d’efficacité de ce service public qu’il amalgame avec la fonction publique. Une confusion classique entre l’objectif et les moyens. Pour parler clair, une vision assez corporatiste. Le service public n’est pas une affaire de statut du personnel ou de statut de l’entreprise et nombre d’activités sont epar le privé par délégation. Le statut de fonctionnaire dans de nombreux cas au contraire porte atteint au concept même de service public du fait de son inefficacité NDLR

La mondialisation et l’exploitation sans limite de ressources épuisables, l’injuste répartition des richesses et ses effets sur le climat nous exposent à des crises majeures : sanitaires, sociales, environnementales, économiques et géopolitiques. La prise de conscience est d’autant plus brutale qu’elle est tardive. L’inaction de ces dernières décennies a considérablement réduit les marges de manœuvre d’une transition écologique socialement soutenable.

Il est donc urgent d’agir avec des moyens d’action fondateurs pour une société plus solidaire, plus écologique, plus citoyenne. Dans le panel des évolutions structurelles et structurantes à accomplir face à ces nombreux défis, la France peut se prévaloir de ses services publics et de son niveau de protection sociale. L’UNSA plaide pour un réinvestissement significatif dans les services publics et la fonction publique, bien commun, ciment de notre modèle et porteur d’avenir pour notre pays et nos enfants.

Les services publics assurent des activités d’intérêt général et leur existence comme leur fonctionnement résultent de contributions socialisées. Ils participent à réduire les écarts entre les citoyens. Les règles qui leur sont propres constituent un rempart contre les conflits d’intérêts et renforcent la cohésion sociale. Cette spécificité doit perdurer et s’amplifier car, plus les incertitudes sont grandes, plus la confiance des citoyens dans les services publics doit être un point d’appui pour affronter les crises.

Face aux périls, les principes de continuité, d’égalité et de mutabilité des services publics sont de réels atouts. La crise sanitaire en est une parfaite illustration, la lutte contre les incendies également. Ce contexte implique de réactiver les fondements mêmes des services publics : la satisfaction des besoins des citoyens, de revoir leurs contours et leurs objectifs.

Gestion de l’eau, énergie, transports, information, formation, éducation, sécurité, justice, aide à la personne, santé, culture, sport, petite enfance, dépendance…, nécessitent d’importants investissements. Les services publics et les infrastructures participent aussi au développement et à la protection des activités du secteur privé.

Pour faire face au dérèglement climatique, les employeurs publics doivent donner l’exemple. La mise en œuvre concrète d’une sobriété énergétique impose des économies et l’adhésion des agents, mais surtout des investissements importants dès à présent et sur une longue période. Un plan massif pour isoler et transformer les bâtiments publics, pour substituer à une gestion au jour le jour une vision structurante à moyen et long terme est urgent.

Alerte santé Hôpital: 120 services d’urgence menacés

Alerte santé Hôpital: 120 services d’urgence menacés 

 

Généralement on considère que le thème de la réforme des retraites sera le premier obstacle que le gouvernement aura à affronter. Le problème c’est que les dangers économiques sociaux se multiplient par exemple l’envol de l’inflation et que certains sujets pourraient allors devenir la préoccupation numéro un du pays. De ce point de vue l’état de notre système sanitaire est au bord de la rupture. C’est vrai évidemment dans les zones éloignées démographiquement peu denses. Là  pour consulter un cardiologue il faut un an , pour ophtalmologue au moins six mois, pour contacter un kiné  plusieurs semaines, même chose pour obtenir une simple radiographie.

Mais la tension concerne aussi maintenant géographiques très denses et les grands hôpitaux français sont eux-mêmes dans une situation d’urgence qui pourrait rapidement déboucher sur une crise sans précédent .

Fermetures de nuit, «délestages» sur d’autres hôpitaux, accès filtrés par les Samu: faute de soignants, au moins 120 services d’urgence ont été forcés de limiter leur activité ou s’y préparent, selon une liste établie par l’association Samu-Urgences de France (SUdF) que l’AFP s’est procurée.

 

Signe supplémentaire d’une crise inédite, 14 des 32 plus gros hôpitaux français (CHU et CHR) figurent sur cette liste. Parmi les 120 établissements recensés, plus de la moitié ont dû se résoudre à une fermeture, le plus souvent partielle, de leurs urgences. Parfois la nuit, comme à Alkirch (Haut-Rhin), Auch (Gers) ou Voiron (Isère). Ailleurs, en supprimant des équipes mobiles du Smur, comme à Creil (Oise), Grenoble ou Metz.

La «solution» la plus fréquente reste cependant la «régulation d’accès» par les Samu: à Bordeaux, Cherbourg (Manche) ou encore Nevers (Nièvre), à moins d’une urgence vitale, seul un appel préalable au 15 peut permettre une admission à certaines heures. Une dizaine d’hôpitaux sont allés jusqu’au «délestage», renvoyant les malades vers d’autres sites. En clair la situation sanitaire française est explosive.

Santé Hôpital: 120 services d’urgence menacés

Santé Hôpital: 120 services d’urgence menacés 

 

Généralement on considère que le thème de la réforme des retraites sera le premier obstacle que le gouvernement aura à affronter. Le problème c’est que les dangers économiques sociaux se multiplient par exemple l’envol de l’inflation et que certains sujets pourraient allors devenir la préoccupation numéro un du pays. De ce point de vue l’état de notre système sanitaire est au bord de la rupture. C’est vrai évidemment dans les zones éloignées démographiquement peu denses. Là  pour consulter un cardiologue il faut un an , pour ophtalmologue au moins six mois, pour contacter un kiné  plusieurs semaines, même chose pour obtenir une simple radiographie.

Mais la tension concerne aussi maintenant géographiques très denses et les grands hôpitaux français sont eux-mêmes dans une situation d’urgence qui pourrait rapidement déboucher sur une crise sans précédent .

Fermetures de nuit, «délestages» sur d’autres hôpitaux, accès filtrés par les Samu: faute de soignants, au moins 120 services d’urgence ont été forcés de limiter leur activité ou s’y préparent, selon une liste établie par l’association Samu-Urgences de France (SUdF) que l’AFP s’est procurée.

 

Signe supplémentaire d’une crise inédite, 14 des 32 plus gros hôpitaux français (CHU et CHR) figurent sur cette liste. Parmi les 120 établissements recensés, plus de la moitié ont dû se résoudre à une fermeture, le plus souvent partielle, de leurs urgences. Parfois la nuit, comme à Alkirch (Haut-Rhin), Auch (Gers) ou Voiron (Isère). Ailleurs, en supprimant des équipes mobiles du Smur, comme à Creil (Oise), Grenoble ou Metz.

La «solution» la plus fréquente reste cependant la «régulation d’accès» par les Samu: à Bordeaux, Cherbourg (Manche) ou encore Nevers (Nièvre), à moins d’une urgence vitale, seul un appel préalable au 15 peut permettre une admission à certaines heures. Une dizaine d’hôpitaux sont allés jusqu’au «délestage», renvoyant les malades vers d’autres sites. En clair la situation sanitaire française est explosive.

Quelle économie de services de demain ?

Quelle économie de services de demain ?

 Laurent Gerin , président des opérations de CGI pour l’Europe de l’Ouest et du Sud décrypte la future économie de services dans l’Opinion 

 

Pôle Emploi le soulignait récemment, 85% des métiers de 2030 n’existent pas encore. Un chiffre qui, forcément, interpelle. Mais c’est un fait… Dans sa vie professionnelle, l’enfant d’aujourd’hui, devenu adulte, aura recours au quotidien à des outils de réalité virtuelle augmentée, à des vidéos holographiques ou à des représentations 3D, qu’il travaille dans une usine ou dans un bureau. A l’autre bout de la chaîne générationnelle, les seniors seront plus que jamais des utilisateurs réguliers de services digitaux pour se soigner, accomplir leurs démarches administratives, et communiquer – un mouvement largement accéléré par la crise sanitaire que nous connaissons depuis bientôt deux ans.

 Cette perspective nourrit pourtant des réflexes frileux. Ainsi, les pourfendeurs du numérique répètent à l’envi que son développement conduit inexorablement à la destruction massive d’emplois. L’histoire nous invite pourtant à prolonger le raisonnement. Au milieu du XIXe siècle en France, un actif sur deux travaillait dans l’agriculture. Aujourd’hui, les agriculteurs ne représentent plus que 3% de la population active, ce qui n’empêche pas l’agriculture française d’être l’une des plus performantes au monde. La révolution industrielle est passée par là, ouvrant la voie à une mutation profonde de notre vie économique. Certes, des activités ont disparu, mais l’intelligence humaine a fait émerger de nouvelles techniques, de nouveaux modèles, de nouvelles attentes et par conséquent, de nouveaux débouchés.

Une conclusion évidente s’impose dès lors : nous devons nous attacher à préparer les futures générations aux emplois de demain. Dire cela, c’est assumer lucidement que la « servicisation » de notre économie s’accélère et qu’elle est inéluctable. La place prépondérante de l’individu, le rapport au travail, la durabilité dessinent, au cœur de la France de demain, une société résolument tournée vers les services, promouvant une économie circulaire fondée par exemple sur la réparabilité ou le réemploi et centrée sur l’accompagnement de chacun. Ce dernier point est d’ailleurs emblématique. D’ici trente ans, le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans aura triplé dans notre pays. Enorme sera l’impact démographique, économique, mais aussi culturel de cette nouvelle donne pour notre modèle économique et social.

Près de 80 000 postes ne sont pas pourvus dans le numérique en France, faute de profils adaptés

Un profond changement de paradigme, donc, à la mesure de tout ce que nous devons anticiper. Sur le terrain, nous le constatons tous les jours : l’effort d’une formation ciblée dédiée tant aux futurs entrants sur le marché du travail qu’à ceux qui s’y trouvent, est incontournable. Mettre l’accent sur les services heurte parfois l’esprit français. Comme si nos industries d’excellence au sens large constituaient notre seule fierté nationale et notre unique planche de salut. Il faudra pourtant bien évoluer, car axée sur les services et le numérique, oui, la société qui s’annonce le sera pleinement. Cela implique de pouvoir mobiliser les cerveaux et les bras qui assureront le bon fonctionnement des portails administratifs, des sites de commerce en ligne, de l’enseignement à distance et de notre modèle de e-santé, qui va connaître un essor incroyable dans les prochaines années.

Le fait que les ressources dédiées à une telle transformation manquent à l’appel est aujourd’hui largement connu. Près de 80 000 postes ne sont pas pourvus dans le numérique en France, faute de profils adaptés. Ce que bien peu savent, en revanche, c’est que le vivier de talents numériques s’amenuise d’année en année. Ce faisant, c’est la compétitivité même de notre pays qui se trouve menacée, sa capacité à innover et à imaginer le monde de demain. Certes, nous pouvons être fiers de nos licornes. Mais elles ne font pas tout et ne représentent surtout qu’une petite part du potentiel de notre industrie numérique, qui représente aujourd’hui plus de 6% du PIB. Mais qui se saisit de ces sujets ? Les candidats et candidates à l’élection présidentielle n’ont hélas jusqu’à présent pas vraiment placé au cœur de leurs projets, ces perspectives inédites ou les outils censés servir le savoir opérationnel des travailleurs de demain. A force de laisser libre cours au déclinisme le plus démotivant, notre pays est en train de louper une marche : celle d’un futur enviable qu’il nous revient de construire en identifiant les vrais besoins, pour concevoir les justes réponses.

A l’aube du grand débat démocratique que représente le rendez-vous présidentiel, chacun est en droit d’attendre l’affirmation de diagnostics et surtout de solutions. Un peu d’audace, un peu de confiance ! La France est une terre où le génie créatif a encore tant à exprimer. Ne négligeons ni les vrais défis, ni nos vrais atouts. Et agissons avec une conviction forte en tête : les services et le numérique constituent des atouts de choix pour lutter contre le réchauffement climatique ainsi que pour la souveraineté, la réindustrialisation et la compétitivité à long terme de notre pays.

Laurent Gerin est président des opérations de CGI pour l’Europe de l’Ouest et du Sud

Services publics : pour un gel en attendant le diagnostic (collectif de hauts fonctionnaires)

Services publics : pour un gel en attendant le diagnostic (collectif de hauts fonctionnaires)

 

Un article intéressant de la part d’un collectif de hauts fonctionnaires notamment parce qu’il propose une évaluation avant de décider de modernisation ou de restructuration aussi parce qu’il envisage également une association démocratique participative à la gestion des services publics.

 

Le collectif baptisé « Sens du service public » avait été créé à l’automne dernier par une quinzaine de fonctionnaires des trois versants de la fonction publique dans la perspective de l’élection présidentielle . Son objectif : apporter sa contribution afin que la campagne ne se résume pas en la matière à des débats comptables autour des effectifs de fonctionnaires ou du coût budgétaire. Il s’apprête à rendre sa copie, avec à la clé ce vendredi un débat auquel participeront les représentants de plusieurs candidats à l’Elysée.

Le manifeste, dont « Les Echos » ont eu copie, a retenu 18 propositions au total. Avec un double impératif : ne pas travailler sur les questions purement politiques que sont par exemple « la définition des missions prioritaires ou non » ; sortir de la « logique de recherche d’optimisation des fonctionnements et des coûts directs, avec l’aide de cabinets privés », une logique dont le collectif déplore qu’elle ait dominé les stratégies de modernisation des dernières décennies « parfois au détriment des principes fondateurs des services publics ».

Les fermetures de services publics et la digitalisation sont en particulier dans le collimateur de Sens du service public, qui en dresse un constat sévère, recoupant d’ailleurs notamment celui du Défenseur des droits. « Les processus sont appréhendés […] en silo sans vision d’ensemble, sans mesure des incidences et sans s’assurer du maintien d’un accès et d’un accompagnement aux services rendus », critique le collectif, qui note que « la dématérialisation rapide et généralisée a accéléré la réduction des fonctions d’accompagnement et de médiation […] indispensables notamment pour les plus fragiles ».

Le développement du télétravail dans les administrations n’a pas aidé, ajoute-t-il. Seule solution pour Sens du service public : « un gel des fermetures de services publics, le temps de faire un diagnostic partagé de leurs impacts ».

Outre la nécessité de préserver la possibilité pour l’usager d’entrer en contact avec un agent en chair et en os à l’appui de l’e-administration, parmi les mesures « d’accompagnement » préconisées, figure notamment l’idée de développer « du transport à la demande » quand le service public est trop loin « ou encore des bus itinérants ». Ainsi que la nécessité de travailler l’ergonomie des téléservices avec y compris les usagers les plus éloignés du numérique qu’il ne faut pas oublier.

L’administration a par ailleurs un « rôle exemplaire à jouer dans la transition bas carbone », affirme le manifeste. Pour cela, il propose d’« instituer une nouvelle règle d’or des finances publiques » en ajoutant aux critères de soutenabilité budgétaire des « critères de conformité avec les objectifs politiques de l’Accord de Paris sur le climat » et des « critères de contribution aux objectifs d’inclusion sociale pour toutes et tous ».

S’y ajoutent aussi des propositions plus concrètes dont certaines relèvent de la vie quotidienne des administrations (flotte de voitures, forfait mobilité durable, équipements numériques reconditionnés de préférence) et d’autres d’investissements de plus long terme, en particulier la réduction des consommations énergétiques des bâtiments publics.Une réduction qui se ferait grâce à des investissements « sanctuarisés » « pour éviter de pénaliser d’autres actions ou les discours attendus sur la hausse des dépenses publiques ». Le collectif préconise aussi de « renforcer les critères environnementaux et sociaux dans la commande publique ».

Enfin, il juge nécessaire de revoir la construction des politiques publiques en s’appuyant sur « la participation citoyenne » qui passe par une plus grande association des corps intermédiaires que sont les « associations, collectifs, syndicats, entreprises, citoyens » dans la définition et la mise en oeuvre des services publics. Avec, pourquoi pas, la mise en place dans les territoires de « nouveaux lieux de co-élaboration de l’action publique […] de type fab lab ».

L’image des services publics renforcés par la crise sanitaire ( sondage)

L’image des services publics renforcés par la crise sanitaire ( sondage)

 

D’après lebaromètre annuel réalisé par Kantar pour l’Institut Delouvrier, publié en exclusivité par « Les Echos  75 % des sondés estiment que les services publics ont fait le nécessaire pour « assurer la continuité du service » (+13 points). Pour 69 %, ils ont su « répondre aux besoins nouveaux générés par l’épidémie et ses conséquences », contre une sur deux en 2020. Tous les services publics ont vu leur score progresser, la palme revenant aux impôts, en hausse de 11 points à 74 %, la santé publique ne progressant a contrario que d’un petit point, mais avec 75 % d’opinions positives.

A noter la montée d’une « inquiétude par rapport à la proximité et l’accessibilité », ajoute Guillaume Caline, directeur Enjeux publics et opinion chez Kantar Public, qui résonne avec l’alerte de la Défenseuse des droits sur les risques d’inégalités d’accès aux services publics avec la dématérialisation.

Attentes fortes
La hiérarchie des priorités de l’action publique pour les Français est quant à elle restée très marquée par le Covid en 2021, avec toujours la santé publique en tête de liste, citée par 48 % des personnes interrogées mais en baisse. La police et la gendarmerie ainsi que l’éducation nationale, sur laquelle l’opinion s’est dégradée en 2021 après plusieurs années d’amélioration, viennent ensuite, évoquées par 35 % des répondants.

L’emploi, lui, est relégué en cinquième place, derrière la justice, le service public qui pâtit de la plus mauvaise opinion (exprimée par près de deux tiers des Français). « Il y a un problème avec la justice », souligne Matthieu Delouvrier, qui rappelle qu’auparavant c’est la politique de l’emploi qui arrivait bonne dernière.

Si l’attachement des Français à leurs services publics et leurs attentes fortes que montre le baromètre pèseront à n’en pas douter sur le scrutin présidentiel , les Français apparaissent plus que jamais partagés sur leur avenir. 46 % des répondants au sondage Kantar pour l’Institut Paul Delouvrier se déclarent partisans de « diminuer le niveau des impôts et des prélèvements, quitte à réduire les prestations fournies par les services publics » et 49 % souhaitent « améliorer les prestations fournies par les services publics quitte à augmenter [leur] niveau ».

 

Bureaux de tabac : nouveaux centres locaux de services publics ?

Bureaux de tabac : nouveaux centres locaux de services publics ?

 

La mode de la métropolisation et de la concentration urbaine conduit à la suppression de nombre de services dans les zones peu denses. Progressivement les postes, les autres services administratifs, services privés ou publics, les banques ferment leurs portes.

Du coup, les buralistes fortement impactés par la politique antitabac diversifient  leurs activités. C’est ainsi par exemple que beaucoup peuvent désormais ouvrir des comptes bancaires. Désormais certains pourront aussi mettre à disposition de la clientèle des distributeurs de billets. Parmi la diversification des activités ,certains bureaux de tabac servent aussi de centres logistiques locales pour le commerce d’antennes de guichet SNCF.  L’avantage évidemment des bureaux de tabac au nombre de 26 000 en France, c’est d’offrir un réseau très maillé, et surtout ouvert presque tous les jours de la semaine pendant au moins 12 heures par jour. À la différence des bureaux de poste de banque aux horaires très stricts. Bref une manière de maintenir des services publics mais gérés par des acteurs privés.

Le chiffre d’affaire globale des bureaux de tabac tourne autour de 40 milliards mais le tabac proprement dit représente désormais juste 50 %.. Progressivement pourrait s’orienter vers des établissements locaux multiservices susceptibles d’apporter une solution à la désertification du territoire des services publics officiels et des services privés.

Les services publics et la droite »( Philippe Juvin)

Les  services publics et la droite: Pour une nouvelle réflexion »( Philippe Juvin)

 

« Par idéologie, la droite et la gauche se sont souvent caricaturées. La droite, en prétendant imiter un système privé idéalisé. La gauche, en définissant le bon service public comme celui qui embauche le plus sans se soucier du service final rendu » Dans l‘Opinion (extrait)

Par Philippe Juvin ,candidat à la primaire de la droite, maire LR de La Garenne-Colombes et chef des urgences de l’hôpital Pompidou (Paris).

 

Pendant la crise sanitaire, j’ai vu la paupérisation du système de santé. Cette paupérisation touche en fait tous nos services publics. Les parents d’élèves se refilent sous le manteau les noms des bons établissements et fuient les mauvais, les maires voient leurs bureaux de poste fermer, on m’appelle tous les jours au secours pour trouver un médecin, et la majorité des infractions pénales sont classées sans suite.

Mais il y a un paradoxe : les services publics se dégradent alors que notre dépense publique est la plus élevée des pays développés, et que plus d’un actif sur cinq est un agent public. C’est comme si, en matière de services publics, les Français n’en avaient plus pour leur argent. Si nous rénovons et réarmons les services publics, cela devra donc être sans creuser le déficit et la dette, et sans prélever davantage d’impôts.

Par idéologie, la droite et la gauche se sont souvent caricaturées sur les services publics. La droite, en prétendant hier supprimer 500 000 fonctionnaires et imiter un système privé idéalisé, et en faisant de la fin du statut de la fonction publique l’alpha et l’oméga de toute réflexion. La gauche, en définissant le bon service public comme celui qui embauche le plus sans se soucier du service final rendu, le mot même de « résultat » étant suspect.

Nous parlerons ici autant de services au public que de services publics. Parvenir à trouver un médecin traitant n’est pas à proprement parler un service public, mais un service au public. Ce qui compte est la qualité du service rendu. La nature juridique du prestataire (public ou privé) et de ses agents (fonctionnaires ou non) est secondaire. Dans ma commune, je parviens à proposer une place de crèche à 70 % des parents qui le demandent grâce à une collaboration public-privé. Certaines crèches municipales sont gérées par des sociétés privées que nous rémunérons et contrôlons. Un berceau y coûte 3 500 euros par an à la commune pendant que le même berceau géré en régie nous coûte 5 000 euros par an. A aucun moment les parents ne voient la différence.

Chaque chargé de service public rendra compte au citoyen de façon simple et claire. On sait par exemple que 15 % des élèves de sixième ne maîtrisent pas le français ? Les écoles publiques et privées rendront publique la proportion de leurs élèves qui maîtrisent la lecture et le calcul en fin de CM2. On sait que les sujets âgés victimes d’une fracture du col du fémur meurent plus souvent si on perd 48 heures avant de les opérer ? Les hôpitaux et cliniques publieront la proportion de leurs patients opérés après 48 heures. Et ainsi de suite avec tous les acteurs chargés d’un service public. L’idée n’est pas de sanctionner : il n’y aura aucune conséquence sur les financements et les postes. Mais la simple publication des données incitera les acteurs à s’améliorer car nul ne veut paraître moins efficace que son voisin.

Le deuxième pilier du réarmement des services publics consistera à leur redonner massivement des moyens humains. Nous ne pouvons pas faire autrement tellement manquent des postes en certains endroits. En cinq ans, nous basculerons le budget de 200 000 emplois administratifs ou de back-office vers des emplois au contact direct avec le terrain. Dans les hôpitaux publics, il y avait en 2014, 98 599 équivalents temps plein (ETP) de médecins et 96 216 ETP d’administratifs. Presque un médecin pour un administratif ! Sans compter les ministères et agences de toute nature.

En revenant au niveau moyen de l’OCDE, nous pourrions déplacer 100 000 emplois vers des postes de soignants. Dans l’Education nationale, 300 000 personnes occupent des tâches administratives et de soutien, contre 800 000 qui enseignent effectivement devant les élèves. Là encore, nous pouvons regagner des marges de manœuvre. Pendant cinq ans, toutes les créations de postes seront dédiées aux services directement au contact du public : soignants, policiers, enseignants, magistrats, militaires d’active. Les fonctionnaires qui le souhaitent pourront aussi augmenter leur temps de travail de 35 à 37 heures hebdomadaires avec augmentation de salaire en conséquence. Nous créerons ainsi l’équivalent de plusieurs dizaines de milliers de postes. Nous déplafonnerons le nombre d’heures supplémentaires volontaires qui seront défiscalisées.

Le troisième pilier de rénovation des services publics reposera sur l’autonomie, et un nouvel acte de décentralisation. A Valenciennes, l’hôpital a joué la carte de l’autonomie des services. Résultat : l’établissement est à l’équilibre financier et son offre de soins est d’une très grande qualité, tout en appliquant la loi et les statuts actuels. Plus les acteurs publics sont autonomes, plus ils sont efficaces. Pour recruter leur personnel, définir une offre nouvelle, créer des partenariats, trouver des sources de financement complémentaires, les agents publics ne devront plus en référer à des tutelles ministérielles. Cette autonomie concernera aussi les élus locaux avec un nouvel acte de décentralisation qui transférera massivement des compétences aux communes et aux régions.

Le quatrième pilier du renouveau des services publics consistera à permettre aux citoyens de s’impliquer dans tous les aspects de la vie publique de proximité. Qui contesterait que les Restos du cœur, créés par de simples individus, rendent un véritable service public ? Comme maire, tous les jours, je constate le bénéfice collectif que l’on tire de permettre aux individualités d’agir seules ou à plusieurs, via une association, un regroupement de citoyens intéressés, une entreprise ou un comité de quartier. Nous favoriserons cela. En Grande-Bretagne, parents d’élèves et enseignants sont libres de fonder des écoles jouissant de l’autonomie pédagogique et de la liberté d’embauche et de rémunération des professeurs à condition de respecter les programmes nationaux. Nous y ajouterons le respect de la laïcité et de l’égalité filles-garçons. Résultat, le niveau général a augmenté, et 84 % de ces écoles sont considérées comme « bonnes ou exceptionnelles ». Ces « free schools » ont remis l’ascenseur social en route puisque 48 % ont été ouvertes à destination de populations défavorisées.

Cinquième pilier : nous lancerons un plan de rénovation de nos équipements. Nos infrastructures se dégradent. Selon le Sénat en 2019, 25 000 ponts étaient en mauvais état structurel et posaient des problèmes de sécurité. La moitié de nos gares sont dégradées. Pendant trois ans, la totalité des crédits d’équipement de l’Etat seront fléchés vers ces travaux de rénovation, incluant la rénovation énergétique.

Sixième pilier : la simplification des administrations, de leurs organisations et de leurs procédures. La bureaucratie est la première ennemie du service public : elle absorbe des moyens au détriment des missions de terrain, elle complexifie le travail des agents et décourage l’initiative. Combien d’administrations travaillent exclusivement à la vérification d’autres administrations ? Bien trop. Nous abolirons le contrôle systématique de légalité de l’Etat sur les collectivités locales et la séparation entre ordonnateur et payeur. Nous abolirons les doublons : tout service public décentralisé verra son administration centrale supprimée. Au niveau individuel, les taches seront redéfinies avec le souci d’utiliser la bonne personne au bon endroit. Est-il normal qu’on affecte des policiers pour établir des procurations ou surveiller des sous-préfectures inutiles, et des médecins Bac +12 pour coder l’activité des hôpitaux ?

Une droite moderne doit défendre les services publics. Pas par idéologie ou démagogie. Mais à la fois parce que leur paupérisation aggrave le sentiment d’abandon de la population, et parce que l’éducation, les soins, la sécurité, les transports sont les conditions de la prospérité. Pour sauver les services publics, la droite doit cesser de les penser de façon poussiéreuse avec ses vieux schémas d’imitation du privé ou de remise en cause des statuts.  On n’attendait pas la droite sur la modernisation services publics ? Il nous suffit de décider que l’époque a changé et que le moment est venu de mettre fin à cette anomalie.

Philippe Juvin est candidat à la primaire de la droite, maire LR de La Garenne-Colombes et chef des urgences de l’hôpital Pompidou (Paris).

Finances- Risque de domination des Bigtechs sur les services financiers

Finances- Risque de  domination des Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiètent  du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiètent  du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Économie-Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Économie-Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiète du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiète du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Chine: les services soutiennent la croissance

Chine: les services soutiennent la croissance

L’indice d’activité des directeurs d’achat (PMI) pour les services, calculé par le cabinet IHS Markit et publié par le groupe de médias Caixin, s’est établi à 54,3 en mars contre 51,5 en février, qui était alors un plus bas depuis dix mois. L’indice s’était toutefois maintenu au-dessus de la barre des 50, synonyme d’expansion de l’activité.

 

L »indice composite PMI de Markit-Caixin, qui agrège services et industrie manufacturière, a atteint 53,1 points en mars contre 51,7 points en février. En Chine, «l’économie continue à se remettre de l’épidémie» mais la hausse des prix observés ces derniers mois notamment dans les services «n’est pas propice à une reprise durable», prévient pour Caixin l’économiste Wang Zhe.

 

En mars, le rythme des nouvelles commandes de services s’est accru à son rythme le plus rapide depuis trois mois, selon Caixin. La reprise a surtout été portée par la demande intérieure. Résultat, la situation sur le marché de l’emploi s’est améliorée, les entreprises embauchant davantage pour répondre à la demande. Un tableau qui contraste avec février quand le secteur avait connu une réduction de main-d’œuvre – pour la première fois depuis sept mois.

Si la Chine a largement jugulé l’épidémie de coronavirus depuis le printemps 2020, l’activité dans ses principaux marchés d’exportation continue à tourner au ralenti. En mars, les commandes étrangères de services chinois se sont ainsi inscrites en baisse, selon Caixin. Les services, vers lesquels la Chine entend rééquilibrer son modèle économique, représentent désormais plus de 50% de son PIB. Ils comprennent les transports, le marketing, l’immobilier, la finance.

Chine : une reconversion dans les services et le numérique

 

Chine : une reconversion dans les services et le numérique

 

Le consultant Jean-Dominique Séval présente, dans une tribune au « Monde », la stratégie chinoise d’investissements massifs dans les technologies numériques

 

Tribune. 

 

La session annuelle de l’Assemblée nationale populaire, le parlement chinois, qui vient de s’achever à Pékin, a réaffirmé la priorité stratégique donnée par Pékin aux « nouvelles infrastructures technologiques », à l’occasion de la présentation du 14e plan quinquennal (2021-2025).

Les grands travaux d’infrastructures, qui étaient venus appuyer ces dernières décennies la montée en puissance de l’industrie chinoise, préparent aujourd’hui le basculement de son modèle vers les services. Ce sont désormais les infrastructures numériques et virtuelles – cloud computing, Internet des objets, instituts de recherche, informatique quantique… – qui s’ajoutent aux infrastructures physiques.

Tout s’est accéléré il y a plus de douze ans, lorsque la Chine a dévoilé un plan d’incitation fiscale et d’investissements massifs pour répondre à la crise mondiale de 2008 : plus de 500 milliards d’euros ont été injectés pour soutenir la production et les grands projets d’infrastructure.

Avec des résultats impressionnants : le train le plus rapide du monde, à 430 km/h, dispose d’un réseau de près de 40 000 kilomètres (contre 12 000 kilomètres pour l’Europe qui l’a vu naître) ; à Pékin, le réseau de près de 400 kilomètres et de 14 lignes de métro (l’équivalent du métro séculaire de Londres, et le double de celui de Paris) devrait atteindre d’ici à 2022 une longueur de 1 000 km pour 31 lignes et 560 stations.

Un mouvement qui ne montre pas de signe d’essoufflement car, à cette Chine des grands projets, succède celle des méga-projets : un train à lévitation magnétique testé à 620 km/h ; un réseau de près de 50 centrales nucléaires et une dizaine en construction, dont deux EPR déjà en fonctionnement ; un parc photovoltaïque comptant pour près de 35 % du total mondial, loin devant les Etats-Unis, le Japon ou l’Allemagne ; le train autonome le plus rapide du monde qui, à l’approche des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin en 2022, doit relier les 175 kilomètres qui séparent la capitale des pistes de ski en seulement 45 minutes. Une manière de montrer au reste de la planète que le pays est plus que jamais capable de dépasser ses propres records.

Une relance aussi des services publics

Une  relance aussi des services publics 

En pleine pandémie, alors que des centaines de centres municipaux de vaccination ont été créés en quelques jours, au lieu d’encourager une dynamique qui peut encore être amplifiée, l’Etat poursuit son désengagement des secteurs essentiels au quotidien des citoyens, expliquent les maires Fabien Bazin et Bruno Piriou dans une tribune au « Monde ».

Tribune. 

 

Cela fait plusieurs années que les différents gouvernements ont démantelé petit à petit les services publics. La crise sanitaire liée au Covid-19 nous a prouvé à quel point cela avait été une erreur fondamentale, à quel point notre pays avait besoin de solidarité.

Depuis un an, les territoires ruraux et les quartiers de nos villes font preuve d’un engagement sans faille pour renforcer les services publics. Pour preuve, la création en quelques jours de centaines de centres municipaux de vaccination.

Pourtant, au lieu d’encourager et d’accompagner une dynamique qui peut encore être amplifiée, l’Etat poursuit son désengagement des secteurs essentiels au quotidien des citoyens.

La liste est longue et le cynisme à son comble. Service public de la santé, service public de l’éducation, services postaux, service public de l’emploi, etc. Ils sont les piliers de notre société. Alors pourquoi, au cœur de la pandémie, réduire encore, dans les campagnes et les quartiers, les offres de services publics ?

Comment expliquer que nos hôpitaux perdent des lits, des postes de soins, des services, et que la démographie médicale soit en crise ? Comment expliquer que nos écoles ferment, que les classes sont réduites et les enseignants rarement remplacés ?

Nous pouvons aussi citer « en vrac » la diminution de l’amplitude horaire des guichets dans les gares, les projets de fermeture des agences des opérateurs de téléphonie mobile…

Ces décisions donnent à la fois un sentiment de profonde déconnexion entre les territoires ruraux et les lieux de pouvoir et de décisions, et l’impression que les leçons des conséquences de la pandémie du Covid-19 et de son impact sur le quotidien des Français, et plus précisément des classes populaires, ne sont absolument pas tirées.

Cela alors que cette crise a indéniablement creusé les inégalités économiques et sociales qui existaient déjà dans notre pays.

L’Etat doit cesser d’être schizophrène. Il ne peut pas, d’un côté, demander aux collectivités de créer des centres de vaccination et, de l’autre, se désengager des territoires.

Nous montrons chaque jour à quel point notre engagement auprès des habitants est considérable.

Tant que notre pays sera confronté à cette crise sans précédent, l’Etat doit jouer son rôle et participer à l’effort collectif en cessant ces initiatives de « rationalisation » des services publics. L’Etat- providence doit atténuer les conséquences de la crise, pas les engendrer.

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