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Sébastien Lecornu constesté sur le terrain perd ses nerfs face à des «gilets jaunes»

Sébastien Lecornu constesté sur le terrain perd ses nerfs face à des «gilets jaunes»

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On peut se demander si certains dans le gouvernement ne manifestent pas trop souvent une tendance à perdre leurs nerfs. On l’a vu d’abord avec le président de la république qui en plusieurs circonstances a utilisé des expressions inadéquates, provocatrices voire injurieuses. C’est vrai aussi du ministre de l’intérieur Castaner, coutumier du fait et qui vient de traiter les gilets jaunes d’imbéciles leur attribuant la neutralisation des radars. C’est vrai aussi de Griveaux,  le porte-parole du gouvernement, lui aussi habitué d’utiliser des formules à l’emporte-pièce, méprisantes et également injurieuses (se souvenir notamment de la peste brune pour  qualifier les gilets jaunes) cette fois c’est le jeune ministre Sébastien Lecornu,   chargé des Collectivités territoriales, qui perd les pédales et son sang-froid.il    a été interpellé dans les rues de L’Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes) par une quinzaine de manifestants. Le ton est rapidement monté. Pas étonnant ce jeune ministre qui n’a pratiquement jamais travaillé en dehors de la politique   qui fera sans doute une très longue carrière avant de finir au Sénat le moment venu car il entretient  avec les réalités sociales q des relations approximatives. Il est vrai que les propos des gilets jaunes n’étaient pas forcément très pertinents pour autant un ministre doit savoir montrer une certaine maîtrise face à des excès de langage qui se nourrissent surtout de l’injustice sociale. Une «gilet jaune» dénonçait face à lui la présence de «CRS matraqueurs, gazeurs, frappeurs, tueurs» «embauchés par le président». «Je suis désolé madame, je ne vous laisserai pas dire que les CRS sont des tueurs», l’a rapidement coupé le ministre. Agacé, Sébastien Lecornu rappelle qu’il s’agissait «de la même police et des mêmes gendarmes de la République» qui étaient «applaudis après les attentats», citant notamment le colonel Beltrame tué lors des attentats de Trèbes en mars 2018. Sébastien le cornu procède par un amalgame assez douteux car si on peut se féliciter de l’action des forces de l’ordre contre les terroristes cela n’interdit pas de critiquer ces mêmes forces de l’ordre vis-à-vis de la répression de certaines manifestations, étant entendu que des gilets jaunes sont aussi manipulés par des extrémistes pour rendre le climat très tendu avec parfois des violences.

Enjeux et mythes de la Blockchain (Sébastien Meunier)

Enjeux et mythes de la Blockchain (Sébastien Meunier

Sébastien Meunier, directeur au cabinet de conseil en management Chappuis Halder & Cie démonte le fantasme de la  Blockchain et recentre le débat sur ses véritables bénéfices et enjeux dans un article de la Tribune

« La Blockchain est un système distribué s’appuyant sur la cryptographie pour fournir à des acteurs indépendants un contrôle décentralisé de l’accès, en lecture et écriture, à un registre partagé de données. Ce concept comprend deux catégories : les blockchains publiques basées sur une validation par « preuve de travail » (toute personne peut joindre le réseau et participer au consensus) et les pseudo-blockchains (systèmes publics à gouvernance centrale, systèmes privés ou toute autre variante).

Les discours à propos de la Blockchain restent souvent confinés au stéréotype « la Blockchain va révolutionner le monde ». Or, cet idéal éthéré ne résiste pas aux assauts de la réalité. La plupart des exemples cités dans l’article se réfèrent à l’industrie de la finance mais peuvent être généralisés à d’autres industries.

Réalité 1 : la Blockchain ne supprime pas les intermédiaires

Des intermédiaires sont nécessaires pour organiser les marchés dès qu’ils dépassent une taille de quelques dizaines d’individus. Cette réalité humaine reste vraie dans le monde de la Blockchain : remplacer l’opérateur de paiements internationaux Swift par une version décentralisée basée sur une blockchain ne ferait que remplacer une
équipe de développement et de maintenance par une autre équipe de développement et de maintenance, un logiciel par un autre logiciel, et des frais de service par d’autres frais de service.

Le véritable paramètre de la désintermédiation est le degré de décentralisation de la gouvernance des intermédiaires. Une blockchain dont la gouvernance est véritablement décentralisée limite le pouvoir des intermédiaires en transférant certaines responsabilités aux utilisateurs finaux. Par exemple, Bitcoin offre la possibilité aux utilisateurs de conserver leurs propres bitcoins. Mais toute responsabilité vient avec des risques. Beaucoup d’utilisateurs, par confort (pour la même raison que l’on ne garde pas son argent sous son matelas), préfèrent déléguer la garde de leurs cryptomonnaies à des plateformes en ligne, recréant des intermédiaires similaires à des banques.

Réalité 2 : la Blockchain ne supprime pas le besoin de confiance

Tout système, y compris la plus décentralisée des blockchains, nécessite la confiance humaine basée sur la réputation pour fonctionner. En effet, l’utilisateur moyen n’est pas en mesure d’auditer le code d’Amazon ou de la blockchain Ethereum, son seul choix est « d’espérer » que le système se comporte comme attendu.

D’un point de vue technique, une blockchain publique ne fait que déplacer le besoin de confiance du cœur du système vers ses extrémités. Ainsi, le système Bitcoin lui-même n’a jamais été piraté, mais des plateformes et portefeuilles permettant d’échanger et de stocker des bitcoins ont été piratés. Quant aux pseudo-blockchains, elles offrent de simples fonctions de responsabilisation tels que des signatures et un horodatage numériques, en complément de mécanismes de confiance externes au système (confiance institutionnelle « contractuelle » liée à une entreprise ou un consortium d’entreprises).

Réalité 3 : le monde physique détruit les propriétés de la Blockchain

La confiance que l’on peut avoir dans une blockchain est brisée dès que l’on y interface le monde physique. En effet, si une blockchain garantit l’intégrité des données une fois stockées, elle ne peut garantir que la donnée numérique saisie corresponde réellement à la donnée physique externe. Un intermédiaire de confiance est nécessaire pour certifier son authenticité, neutralisant le principal intérêt de la Blockchain. Stocker un appartement, un poulet ou une feuille de salade sur une blockchain n’a pas de sens. Un opérateur centralisé ferait mieux l’affaire.

Réalité 4 : la Blockchain ne permet pas de réduire les coûts

Une erreur répandue est de penser que la Blockchain peut améliorer l’efficacité des processus métiers. Cela ne fait pas de sens car par nature, les systèmes distribués sont plus complexes et plus coûteux en ressources que les systèmes centralisés. Même dans l’utopie de la comptabilité universelle fondée sur la Blockchain, on ne pourra
jamais se débarrasser de tous les contrôles et rapprochements. Les organisations devront toujours faire face à la mauvaise qualité des données et aux humains, qui comme on le sait trichent, mentent ou simplement font des erreurs.

Certaines activités de rapprochement bancaires sont inévitables, en particulier en interne, où les visions « front » (office), « back » (office) et comptables sont différentes par nature. Par ailleurs les produits financiers sont tellement différents qu’il faudrait interfacer plusieurs blockchains.

Réalité 5 : les contrats intelligents portent très mal leur nom

Les contrats intelligents (« smart contracts ») ne sont pas des contrats au sens légal du terme, mais simplement des programmes informatiques. Ils ne sont pas intelligents car ils ne font qu’exécuter mécaniquement leur programme. Ils doivent être très simples, car s’ils contenaient une anomalie, elle continuerait d’être exécutée froidement comme cela est arrivé avec « Le DAO » par le passé.

Réalité 6 : la blockchain d’entreprise ou pseudo-blockchain est une innovation incrémentale, pas une révolution

La blockchain d’entreprise est un oxymore, car toute entreprise est créée dans un but de centraliser du savoir et du capital pour « contrôler » la distribution de produits ou de services afin d’en extraire une rente. Dans un cadre institutionnel, la pseudo-blockchain n’est pas une technologie révolutionnaire, mais une innovation incrémentale dont l’utilité reste limitée par rapport aux technologies digitales traditionnelles. Les bases de données distribuées, les signatures et l’horodatage électroniques sont des technologies certes utiles, mais qui datent de plusieurs décennies.

Un paradoxe est que, pour implémenter une pseudo-blockchain, des entreprises rassemblées en consortium doivent d’abord se mettre d’accord sur une gouvernance et des standards, mais lorsque c’est fait, une pseudo-blockchain n’est plus nécessaire car un opérateur centralisé ferait mieux l’affaire. Finalement, la recherche montre que les pseudo-blockchains jouent dans la même catégorie que les systèmes centralisés. En essayant de combiner le meilleur de deux mondes, la pseudo-blockchain renonce à la puissance de chacun des deux mondes.

 

Conclusion : quand la Blockchain a du sens

La Blockchain n’est pas une nouvelle technologie mais une nouvelle « conception ». Les deux apports de la Blockchain sont la résistance à la censure et le transfert de responsabilité aux utilisateurs, permettant la gestion des ressources numériques rares entre des acteurs indépendants. Cela vient avec des désavantages : une complexité et des coûts supérieurs, et un nouveau risque porté par les utilisateurs.

D’une manière générale, lorsque des mécanismes de confiance existent sur un marché, la Blockchain n’a pas de sens, sauf si le but est précisément de contourner ces mécanismes (ex : le but de Bitcoin était précisément de s’affranchir des institutions financières, mais son adoption reste limitée car le public ne craint pas la « censure » des banques traditionnelles).

Dans un marché sans tiers de confiance, une blockchain a du sens si cinq autres conditions sont respectées :

  • Les transactions sont simples
  • La quantité de données à stocker est limitée
  • La performance n’a pas d’importance
  • L’ensemble du processus est numérique
  • La gouvernance du système est décentralisée

Ainsi les contrats intelligents ne remplaceront pas les avocats, mais ils pourraient servir dans des domaines du droit désertés par les avocats. Les cryptomonnaies ne remplaceront pas la monnaie fiduciaire, mais elles pourraient permettre aux personnes non bancarisées d’accéder aux services financiers. La Blockchain n’est pas une
solution universelle à tous les problèmes humains, mais elle reste une solution fascinante. »

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Sébastien Meunier est directeur au cabinet de conseil en management Chappuis Halder & Cie. Il conseille les institutions financières sur leur stratégie d’innovation et de cyber-sécurité.

Marchés financiers : « La frilosité des Français a des raisons » (Sébastien d’Ornano)»

Marchés financiers : « La frilosité des Français a des raisons » (Sébastien d’Ornano)»

Ce qu’explique  dans une tribune au « Monde » Sébastien d’Ornano, dirigeant d’un site de placement en ligne. (Extraits)

« Les Français n’aiment pas la Bourse ! Ce constat n’est pas nouveau et les statisticiens de l’INSEE le confirment : fin 2016, les « actions et parts de fonds d’investissement » ne représentaient que 12 % des quelque 11 000 milliards d’euros de patrimoine des Français, alors que l’immobilier s’y taille la part du lion (61 %). De nombreux acteurs du secteur financier n’ont de cesse d’interroger les Français sur leurs comportements d’épargne et leur problématique aversion au risque. La dernière étude Investor Pulse de Blackrock mettait ainsi en exergue le fait que 42 % des Français confessaient avoir du mal à comprendre comment planifier leur retraite, et que 24 % associaient le sentiment d’inquiétude à l’investissement. Une autre étude conduite fin 2017 par Schroders révélait même une distorsion entre les attentes élevées des Français concernant leur épargne – ils souhaitent en moyenne obtenir une performance annuelle de 8,9 % – et leur comportement, puisqu’ils préfèrent le dépôt sur un compte d’épargne à l’investissement financier, plus risqué mais indispensable pour viser une telle rentabilité.La communauté financière a tendance à déduire un peu rapidement de ces données que le nœud du problème est le manque de culture financière des Français, et qu’il faut donc les aider à progresser. Les acteurs du secteur se retrouvent d’ailleurs volontiers pour financer des initiatives comme La Finance Pour Tous, site à vocation pédagogique sur l’argent et la finance. Tout cela semble fort logique et louable, mais on peut se demander si les professionnels de l’épargne n’agissent pas de la même manière que les industriels du secteur des boissons, récemment pointés du doigt par l’émission d’enquête Cash Investigation pour leur comportement concernant le plastique. Les investisseurs français voient en moyenne 31,9 % de la performance brute de leurs fonds s’envoler en frais (et en inflation),… ».

En clair, pour amortir les frais de placement il faut un minimum d’épargne de 150 000 euros, ce qui permet un suivi assez personnalisé et continu du portefeuille. En dessous, les placements sont souvent gérés de manière mécanique, voire approximative  d’où l’appétence de beaucoup de français pour des placements de père de famille voire des placements qui ne rapportent rien comme les livrets d’épargne, sans parler de ce qui dort sur les compte courant précisément du fait de la rémunération négative du livret.

Quelle régulation face à l’énorme enjeu du numérique (Sébastien Soriano)

Quelle  régulation face à l’énorme enjeu du numérique (Sébastien Soriano)

Sébastien Soriano,) Président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), le régulateur des télécoms, propose de renforcer la régulation face à l’énorme enjeu des télécoms. Dans une interview de la Tribune.

 

Outre les télécoms, vos déclarations concernent très souvent la puissance et l’essor des géants du Net. Est-ce parce que les enjeux du numérique sont devenus beaucoup plus essentiels et posent des questions de souveraineté ?

SÉBASTIEN SORIANO - Effectivement. L’Arcep étant de plus en plus immergée dans le bain du numérique - notamment à travers son nouveau rôle de gardien de la neutralité du Net -, elle voit ce qui se passe. Elle voit intimement l’évolution des marchés et la montée en puissance des géants du Net. Or, cela relativise quelque peu le pouvoir des opérateurs que nous régulons. D’où la nécessité d’avoir une vision beaucoup plus large et moins centrée sur les télécoms. Autrement dit, je me sentirais mal à l’aise d’être le gardien de la neutralité du Net, qui impose aux opérateurs des contraintes et garantit à tous les acteurs du Net un accès à leurs infrastructures, sans évoquer, en parallèle, le problème de la domination des « big tech ». Il y a, à ce sujet, de nouvelles régulations à inventer.

La domination des Gafa en Europe doit-elle vous conduire à vous montrer plus agressif envers eux ? Ou, en d’autres termes, à aider les grands opérateurs à davantage tirer leur épingle du jeu ?

Je n’irai pas jusque-là. D’ailleurs, la neutralité du Net tend à limiter la capacité de négociation des opérateurs vis-à-vis des géants du Net. Elle leur retire un pouvoir de chantage, du type : « Si vous me traitez mal, j’abîme vos services sur le réseau. »Mon rôle n’est pas de donner un coup de main aux opérateurs. En revanche, j’estime que nous devons réfléchir à la manière dont on peut challenger ces acteurs du Net. Aujourd’hui, ils ont un pouvoir immense et sont soumis à un contrôle extrêmement limité. Il manque, à mes yeux, une régulation de type infrastructure, un peu comme dans les télécoms, le rail ou l’énergie, mais en prenant en compte les particularités nouvelles. Voilà pourquoi je me félicite que Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État au Numérique, ait récemment lancé des états généraux pour réfléchir aux nouvelles régulations à l’heure du digital. C’est peut être le signe d’une prise de conscience qu’il y a un problème systémique avec les géants du Net. Aujourd’hui, ils écrasent tout sur leur passage.

À l’issue de ces états généraux, l’Arcep pourrait-elle se voir investir de nouveaux pouvoirs ?

Nous faisons à l’Arcep une proposition ciblée, issue d’un travail approfondi : réguler les terminaux, qu’il s’agisse des smartphones et autres objets connectés (les enceintes, les téléviseurs ou les voitures). Nous proposons une extension de la régulation des télécoms, qui se situe dans le prolongement de notre rôle de gardien de la neutralité du Net. Pourquoi ? Parce que c’est que c’est bien beau d’avoir la neutralité des tuyaux, mais à quoi sert-elle si on ne s’intéresse pas aux robinets que sont les terminaux en bout de ligne ? Or, à ce niveau, de nouveaux intermédiaires, très puissants, ont pris le pouvoir et imposent de nombreuses restrictions aux consommateurs [c'est le cas, par exemple, d'Apple, qui décide, à travers son Apple Store, quelles applications ses clients peuvent - ou non - utiliser, ndlr]. J’ai présenté le problème au gouvernement. C’est maintenant au politique de se l’approprier, et de prendre une décision.

Beaucoup s’interrogent sur la viabilité d’un marché français à quatre opérateurs et se demandent si une consolidation n’est pas nécessaire. Après les difficultés de Bouygues Telecom il y a deux ans, celles de SFR l’an dernier, c’est maintenant Free qui perd des clients. En d’autres termes, depuis l’arrivée de Free Mobile en 2012, il y a toujours un « homme malade » sur le marché français des télécoms. Qu’en pensez-vous ?

Je voudrais commencer par rebondir sur les propos de Stéphane Richard, le Pdg d’Orange, qui a récemment jugé « inéluctable » [« inévitable », en fait] une consolidation sur le marché français. Je ne suis pas d’accord avec lui. Structurellement, le secteur peut fonctionner à quatre. Il n’y a aucune impossibilité. Ce qui tend le marché aujourd’hui, c’est une guerre des prix. Mais cette bataille, c’est bien les opérateurs qui l’ont choisie… C’est leur décision. Et c’est cette situation qui leur fait dire, maintenant, que les investissements que le gouvernement et l’Arcep les poussent à faire ne sont plus soutenables ! Or, depuis mon arrivée, nous ne leur avons jamais dit que leurs prix étaient trop élevés.

Mais c’est pourtant bien pour faire baisser les prix que le gouvernement a permis l’arrivée de Free, en 2012, en tant que quatrième opérateur…

Oui, mais il y a une différence entre faire baisser les prix pour réduire une rente et une guerre de prix qui peut casser le marché. On peut, en outre, s’interroger : est-ce que cette guerre des prix ne vise pas à faire trébucher un maillon faible pour pousser à une consolidation ? Il y a un aspect potentiellement stratégique dans ce que nous observons sur ce marché, avec un effet possiblement autoréalisateur. Et je partage l’opinion des secrétaires d’État Delphine Gény-Stephann et Mounir Mahjoubi, qui estiment que les pouvoirs publics n’ont pas à désirer une consolidation.

Vous avez pourtant, lors d’une conférence de presse au mois de mai, jugé que l’Arcep n’était plus opposée à un retour à trois opérateurs…

Si j’ai entrouvert la porte à une consolidation, c’est parce que je ne peux pas, vis-à-vis du secteur, exiger le beurre et l’argent du beurre. Quand j’ai pris la présidence de l’Arcep, j’ai demandé aux opérateurs d’investir massivement dans la fibre, dans la 4G. À mes yeux, il était temps qu’ils se recentrent sur leur métier plutôt que de se regarder le nombril pour savoir qui va croquer qui. Ils ont répondu de manière très forte à mon appel, puisque leurs investissements ont augmenté de 37% en trois ans. Dans ce contexte, je ne pouvais plus être fermé, par principe, à une consolidation. Pour autant, cela ne veut certainement pas dire que j’y suis favorable, et encore moins demandeur. Ne comptez pas sur moi pour applaudir n’importe quel projet de consolidation qui pourrait surgir… Une réduction du nombre d’acteurs, cela peut être néfaste. C’est pourquoi une telle opération nécessite toujours l’aval de l’Autorité de la concurrence. L’Arcep, en tant que régulateur du secteur, entend jouer un rôle d’autorité morale pour apprécier ce qui pourrait se passer. Mais nous n’apporterons notre caution qu’à un projet qui serait gagnant pour le pays et pour les Français. Nous ne voulons pas d’un simple partage de gâteau entre milliardaires.

Certains jugent que la fin de votre opposition à une consolidation vise, en réalité, à sauver Free, qui est le « bébé » de l’Arcep. Qu’en dites-vous ?

Je me suis exprimé indépendamment de la situation de cet opérateur. Je rappelle que cette conférence de presse, qui intervient chaque année à la même date, vise d’abord à dévoiler le montant annuel des investissements du secteur, qui sont un peu le totem de mon action dans les télécoms. Un autre élément : j’estime avoir prouvé que l’Arcep savait être ferme avec tous les acteurs, et qu’elle n’hésitait pas, au besoin, à les contrarier. Souvenez-vous de notre action pour mettre progressivement un terme au contrat d’itinérance entre Free et Orange [qui permet au premier d'utiliser le réseau mobile du second]… Je me souviens aussi d’un « ça suffit, l’Arcep ! » de Martin Bouygues après une mise en demeure sur la couverture 4G de Bouygues Telecom. Ou encore d’un « c’est complètement débile ! » de Stéphane Richard, en réaction à ma volonté de s’attaquer aux derniers bastions de monopole d’Orange. Michel Combes [l'ancien patron de SFR] n’était pas non plus particulièrement content et élogieux vis-à-vis de l’Arcep quand il a été sommé d’arrêter de vendre du câble en utilisant le mot « fibre ». Je revendique haut et fort que l’Arcep est un arbitre neutre qui agit dans l’intérêt des Français de manière constante. À chacun de se faire son opinion.

Aujourd’hui, vous présentez un rapport du Berec, l’organe des régulateurs européens, qui a passé au crible des consolidations en Allemagne, en Autriche et en Irlande. Quelles sont ses conclusions ?

En premier lieu, je tiens à préciser ce qui a motivé cette étude. Depuis le début des années 2010, nous entendons une petite musique à Bruxelles. Certains affirment que si le secteur des télécoms européennes est faible, c’est parce qu’il est trop éclaté. Il y aurait beaucoup trop d’acteurs, ce qui pèserait, in fine, sur les investissements. Pour relancer le marché, il n’y aurait ainsi d’autre choix que de le consolider. Ceux qui défendent cette ligne brandissent le cas des États-Unis. Ils arguent qu’il n’y aurait que trois ou quatre opérateurs - ce qui est faux car il y a de très nombreux acteurs locaux -, et que l’on y consacre plus d’argent aux infrastructures. Mais s’il est vrai que le Vieux Continent dépense moins d’argent pour déployer les réseaux, beaucoup d’études montrent que l’investissement américain est inefficace parce qu’il y a des duplications d’infrastructures de manière massive. Alors qu’a contrario le modèle européen pousse les opérateurs à partager les investissements et les infrastructures quand c’est possible. Au Berec, que je présidais l’an dernier, nous étions un peu échaudés par ces raisonnements simplistes. Voilà pourquoi, nous avons voulu étudier, de manière sérieuse et objective, l’impact de différentes fusions.

Qu’en est-il ?

Ce rapport démontre qu’à court terme les fusions ont généralement des effets négatifs. Les prix montent et la qualité de service se dégrade souvent. Pourquoi ? Parce qu’au moment de la fusion il peut y avoir un peu de flottement dans la conduite des entreprises. En France, c’est ce qu’on a connu lors de la vente de SFR en 2014 [l'opérateur au carré rouge a un temps cessé d'investir, ce qui a dégradé le réseau]. En revanche, à moyen terme, les situations sont plus contrastées. Nous constatons parfois des baisses de prix. Et dans certains cas, les augmentations de prix initiales peuvent disparaître, notamment avec des remèdes de type MVNO [c'est-à-dire le lancement d'opérateurs qui ne disposent pas de leurs propres réseaux]. L’investissement peut aussi gagner en efficience et doper la qualité de service : comme il y a moins d’acteurs, chaque euro dépensé a plus d’effet car il y a moins de redondance. Mais en clair, il n’y a pas de recette miracle : tout dépend de la situation de marché et des contreparties consenties par les acteurs concernés… C’est du cas par cas !

En France, quel serait le projet gagnant ? Ces derniers mois, le marché évoque souvent la possibilité d’un rapprochement entre SFR et Bouygues…

Je ne veux pas me prononcer à ce sujet. Surtout, je pense que les opérateurs français pourraient avoir une responsabilité plus forte dans l’écosystème numérique national. Il existe de nombreux modèles d’engagement. Il y a, par exemple, le modèle de Softbank, le géant japonais des télécoms et des nouvelles technologies. Son objectif est de maîtriser, grâce à des investissements ciblés (dans les microprocesseurs, des processeurs graphiques ou encore des constellations de satellites), l’ensemble des briques de la révolution numérique. Un autre modèle, qu’on voit se dessiner aux États-Unis, est lié à l’arrivée de la 5G, la prochaine génération de communication mobile. De fait, la 5G va accoucher d’un changement de business model chez les opérateurs. Il ne s’agira plus seulement de vendre des forfaits aux particuliers, mais d’apporter aussi des briques de connectivité sur mesure aux acteurs de la ville intelligente, de l’industrie 4.0 ou de la voiture autonome. C’est ce type d’immersion, plus profonde, des opérateurs dans l’écosystème numérique qui peut nécessiter, pour aller plus vite, la recherche d’une masse critique.

Ces derniers mois, pour sortir des difficultés, Free n’a pas hésité à augmenter ses prix. Ne craignez-vous pas que le « maverick » se normalise et devienne un opérateur comme les autres ?

Il m’est difficile d’entrer dans le commentaire de la stratégie d’un acteur. On peut penser qu’Iliad a plutôt apporté une correction à une situation particulière que remis en cause son modèle.

Est-il nécessaire d’avoir toujours un acteur qui joue ce rôle de « maverick » ?

Je ne veux pas être déterministe là-dessus. Mais il y a une étude intéressante de l’Ofcom, le régulateur britannique, à ce sujet. Elle montre qu’il y a un bénéfice évident pour le marché à avoir un acteur un peu franc-tireur.

La France et l’Europe ont longtemps pâti d’un retard dans la 4G. En matière de 5G, sommes-nous, une fois encore, en retard ?

Il est trop tôt pour le dire. Aujourd’hui, il n’y a pas de service qui tourne en 5G autrement que de manière expérimentale. Mais on peut se demander si l’Europe est bien préparée pour la lancer lorsque la technologie sera disponible. Je dois dire que, à ce sujet, je suis impressionné par la mobilisation très forte de la Chine et des États-Unis, qui misent sur la 5G pour entraîner une numérisation massive de leurs pays. Dans l’Union européenne, il y a eu une vraie prise de conscience politique par le commissaire [à l'économie et à la société numérique] Günther Oettinger au début de son mandat, en 2015. Ensuite, nous sommes un peu retombés dans les travers de l’Union européenne. Au bout du compte, le code européen des télécoms, cette grande réforme qui a été adoptée l’année dernière, est un texte de compromis. S’il pose les échéances du développement de la 5G, le consensus européen n’a pas voulu entamer la souveraineté des États pour organiser les attributions des nouvelles fréquences [essentielles pour le déploiement de toute technologie mobile]. Résultat, les approches sont très contrastées au sein de l’Union européenne. Il est regrettable qu’il n’y ait pas de front uni sur la 5G.

N’y a-t-il pas, alors, une contradiction entre la volonté de Bruxelles de rattraper les États-Unis dans le numérique et son manque d’efforts pour faire l’Europe de la 5G ?

L’avenir le dira. La 5G sera un saut technologique. Il est certain que ce sera un facteur de compétitivité essentiel pour l’attractivité des capitaux, des talents… Pour l’Europe, il y a donc, à mes yeux, un risque évident de déclassement.

En France, serons-nous au rendez-vous ?

Je me félicite d’abord que le gouvernement ait adopté récemment, avec l’Arcep, une feuille de route sur la 5G. Cela nous permet de nous inscrire dans le calendrier européen. De notre côté, nous allons lancer une consultation au mois d’octobre pour définir les modalités d’attribution des fréquences 5G aux opérateurs. L’appel d’offres pourrait avoir lieu dans environ un an, à la mi-2019. La France, de ce point de vue-là, se situerait dans un calendrier proche de celui de ses voisins européens.

Cherchez-vous, en nous précisant cette échéance de mi-2019, à mettre la pression sur les opérateurs ?

Ce qui m’importe, c’est d’abord de donner de la visibilité aux acteurs. Ce n’est pas le calendrier des opérateurs qui s’imposera aux pouvoirs publics. Peut-être que certains d’entre eux ne sont pas très pressés de lancer la 5G… Mais ça, c’est leur problème, c’est leur stratégie. Le pays, lui, doit se doter d’infrastructures car il y a des enjeux de compétitivité majeurs. J’invite donc les opérateurs à se mobiliser pour être au rendez-vous de la 5G. Aujourd’hui, certains n’ont d’yeux que pour la consolidation… Or le bon chiffre dont il faut discuter, ce n’est pas trois ou quatre, mais cinq, comme 5G !

Il y a peu, vous avez indirectement relancé le débat sur une possible fusion entre l’Arcep et le Conseil supérieur de l’audiovisuel [le CSA, qui régule les contenus] en pointant l’essor de la télévision par IP, à travers les box des opérateurs, aux dépens de la TNT…

Mon intervention ne visait certainement pas à critiquer le modèle de régulation de l’audiovisuel. Sur le fond, je pose une question : comment faire en sorte que le modèle français de l’exception culturelle puisse perdurer dans le grand bain du numérique  ? Sous ce prisme, j’ai alerté sur les limites d’une vision qui serait uniquement centrée sur la TNT, en perte de vitesse et qui pourrait ne plus être utilisée à horizon de quinze ans. Il faut trouver de nouvelles voies. C’est pourquoi, cette semaine, j’ai fait part à Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, de la proposition de l’Arcep d’étendre sa régulation aux écrans connectés pour garantir la diffusion numérique des chaînes. Voilà tout. Mais je sais qu’à partir du moment où je parle certains imaginent que c’est le grand ogre des télécoms qui veut manger l’audiovisuel… Ce n’est pas mon propos.

Mais êtes-vous pour ou contre une fusion entre l’Arcep et le CSA ?

À l’heure où la révolution numérique rebat les cartes dans tous les domaines, il ne faut évidemment pas être fermé. Je ne dis donc pas qu’il faut impérativement garder les institutions telles qu’elles sont, et que toute fusion n’a pas de sens. Je ne serai pas dans cette position conservatrice. Maintenant, c’est au politique de définir les objectifs poursuivis. S’il y a un projet, je m’exprimerai en tant que président de l’Arcep. Je dirai si cela me semble une bonne ou une mauvaise idée, et comment procéder au mieux le cas échéant. Mais, j’insiste, ce n’est pas à moi de promouvoir un modèle, et de plaider pour une fusion des régulateurs des télécoms et des contenus.

 

Attention aux risques de taux de change (Sébastien Oum)

Attention aux risques de taux de change (Sébastien Oum)

Dans la Tribune, Sébastien Oum, Président-fondateur d’Ambriva, services et solutions de change attire l’attention sur les risques de taux de change. Un point de vue intéressant dans une période ou les devises sont un peu bousculées.

Un ne entreprise engagée dans des transactions en devises étrangères, est exposée à un risque dont ses dirigeants n’ont pas pleinement conscience : le risque de change. Lors de l’émission ou de la réception d’un paiement en devises étrangères, une opération de conversion est nécessaire : l’opération de change. Or, tout comme les actions d’entreprise cotées en bourse, les monnaies ont leur propre marché : le marché des changes. Le taux de change retenu pour une opération de conversion dépend donc du  »prix » (i.e. de la cotation) proposé sur le marché des changes. Ce marché des changes étant soumis à la loi de l’offre et de la demande, ses variations peuvent être particulièrement soudaines et extrêmement fortes. Dans certains cas, la cotation obtenue sera meilleure qu’anticipée et favorable à l’entreprise, dans d’autres cas en revanche, elle sera nettement défavorable. Le risque de change, c’est l’éventualité qu’une variation des taux de change affecte négativement l’entreprise. D’ailleurs, pour être tout à fait précis, il n’existe pas un mais plusieurs risques de change que nous allons passer en revue. D’après les données d’une étude Deloitte, 56% des entreprises manquent de visibilité sur leur exposition aux risques de change…

 Le risque de change transactionnel concerne l’entreprise si elle vend ou achète, dans une devise étrangère. Dans ce cas, le taux de change retenu lors de l’opération de change (cours effectif) peut être différent du cours comptabilisé lors de l’émission ou de la réception de la facture (cours comptable).

.Le risque de change consolidation Groupe concerne l’entreprise si elle regroupe les bilans de filiales étrangères en un bilan national consolidé. Cette fois-ci ce sont les revenus réalisés par les filiales qui peuvent être affectés par les mouvements du marché des changes lors de leur rapatriement vers la maison-mère.

.Enfin, le risque de change économique concerne l’entreprise si les variations du marché des changes affectent le pouvoir d’achat des clients (secteur touristique par exemple), ou si elles ont un impact sur sa compétitivité vis-à-vis de ses concurrents.

De bonnes pratiques permettent de se prémunir de ces trois risques de change, le plus souvent en ayant recours à des produits financiers capables de vous protéger des variations du marché des changes sans tomber dans la spéculation. Appelées politiques de change, ces bonnes pratiques permettent aux entreprises d’éviter simplement des risques méconnus bien que potentiellement mortels.

Par Sébastien Oum, Président-fondateur d’Ambriva, services et solutions de change

Démondialisation : un coût immense (Sébastien Jean)

Démondialisation : un coût immense (Sébastien Jean)

 

Sébastien Jean, directeur du centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) Sébastien Jean, revient sur les enjeux de la mondialisation dans uen interview à la Tribune

Dans le cadre de la mondialisation, nous avons pu constater quelques métamorphoses importantes avec la montée en puissance des mesures protectionnistes notamment et un repli des puissances occidentales. Pourtant, vous dites que la démondialisation n’aura pas lieu. Comment expliquez-vous cela sur le plan économique et commercial ?

SÉBASTIEN JEAN - On constate une transformation profonde de la mondialisation depuis la crise financière de 2008-2009. Le commerce a ralenti, le rythme des interactions financières a baissé. Mais ce n’est pas un retour en arrière. C’est plutôt la fin d’une phase qui correspondait à une intensification des relations économiques internationales aussi bien sur le plan commercial que financier. On a assisté à une croissance très rapide des flux financiers internationaux, du commerce international, de l’investissement direct international. À l’échelle historique, c’était d’une ampleur hors-norme.

Depuis la crise, cette intensification forte et soudaine des relations économiques internationales a été stoppée. Il s’agit d’une véritable rupture dans la mesure où, dans le même temps, le commerce a ralenti et les interactions financières internationales sont devenues moins intenses. La vision politique de la mondialisation a beaucoup changé. Il y a plus de scepticisme, de défiance, voire de méfiance par rapport à la mondialisation. Ce phénomène n’est plus vu seulement comme une source de croissance potentielle comme c’était le cas au début des années 2000. Il peut être perçu comme une source de tensions. Pour autant, je ne pense pas qu’il faille parler de démondialisation. On change de régime mais je ne pense pas que ni les structures de production et d’échange, ni même les niveaux d’interdépendance économique, vont revenir à ce qu’elles étaient avant le début des années 90. Le commerce a ralenti mais il continue de progresser peu ou prou au même rythme que la richesse au niveau mondial. Le taux d’ouverture du commerce mondial a régressé mais cette baisse reste relativement modérée. L’investissement direct à l’étranger augmente moins vite que précédemment mais son stock croît toujours en proportion du PIB mondial.

Du côté des relations financières internationales, certaines ont régressé mais c’est sur l’activité internationale des banques européennes. Les banques ont nettoyé leur bilan en supprimant une bonne partie de leurs engagements internationaux, particulièrement en Europe, mais il n’y a pas eu réellement de démondialisation financière. Dans le même temps, l’endettement international continue à augmenter, notamment l’endettement en dollars dans les pays émergents.

Pourtant, les États-Unis sont capables de déstabiliser grandement les relations internationales.

Je pense qu’il y aura des résistances très fortes à une démondialisation brutale, même si les États-Unis sont capables de désorganiser les relations internationales. On va rester avec un niveau d’interactions et d’interdépendance internationale relativement élevé même s’il peut baisser. Il y a des intérêts économiques trop importants et le progrès technique ne va pas revenir en arrière. Le développement des technologies de l’information et de la communication a énormément accru les possibilités de coordination existantes de transmission de l’information. Il y a beaucoup d’incertitudes liées aux tensions internationales et aux aspects géopolitiques qui menacent les relations économiques internationales. Il peut y avoir un affaiblissement de l’intensité de la relation. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de relations internationales plus tendues dans le cadre d’un monde multipolaire. La domination des États-Unis est clairement contestée notamment par la Chine. Au delà de duopole, il y a même une multipolarité. Cela va énormément compliquer la gestion des relations économiques internationales dans les années à venir.

Quels sont les principaux changements qui sont intervenus dans le cadre de la mondialisation récemment ?

La nouveauté cette année est la montée de tensions extrêmement fortes dans les relations économiques internationales. On en vient à se demander si le cadre dans lequel sont organisées nos relations économiques internationales n’est pas en train de craquer, voire de s’effondrer sous nos yeux. Cette situation crée énormément d’incertitudes. Le coût d’une démondialisation serait immense pour énormément d’acteurs. Aujourd’hui, on a une politique américaine qui déstabilise l’économie mondiale et les relations économiques internationales. Cela crée beaucoup d’incertitudes sur l’avenir mais de nombreux acteurs ont intérêt à préserver au moins une grande partie des relations économiques internationales et un cadre stable. D’ailleurs, on voit qu’il y a un certain nombre d’accords commerciaux qui continuent d’être signés. L’investissement international a ralenti mais il ne s’est pas arrêté. Tous ces éléments peuvent changer significativement la forme que prend la mondialisation. On pourrait par exemple aller vers une forme plus régionalisée du phénomène.

Le dollar pourrait-il conserver son rôle de monnaie de réserve mondiale ?

Le rôle du dollar pourrait être remis en cause à moyen terme. Est-ce que l’on va continuer à avoir une devise internationale qui soit un tel point de référence pour les transactions internationales ? Le caractère non-coopératif, imprévisible et incohérent de la politique américaine est en train de saper à grande vitesse le capital de confiance et le « soft power » qu’avaient accumulé les Américains. À terme, cela risque de créer les conditions d’un doute de plus en plus grand par rapport à l’opportunité de considérer le dollar comme la monnaie de réserve internationale. Or le système financier international a besoin d’une monnaie de réserve et, actuellement et pour de nombreuses années encore, aucune autre monnaie n’est capable de prendre le relais.

Face à la guerre commerciale qui s’annonce, quelle pourrait être la stratégie de l’Europe ?

Trump est en train de remettre de la politique et de la géopolitique dans les relations économiques internationales. Or, l’Europe est une construction basée sur des règles qui forment un cadre pour les États membres. De ce fait, l’Europe n’a pas intérêt à ce que les règles soient abandonnées ou bafouées au profit d’un rapport de force politique. Je pense que la stratégie de l’Europe doit être d’abord de préserver un ordre multilatéral fondé sur des règles. Le défi de l’Europe est que l’on est face à une Amérique agressive, très difficile à gérer parce que leurs demandes sont imprévisibles et souvent incohérentes. Dans le même temps, l’Europe a un défi extraordinaire à relever avec la Chine qui a acquis une puissance financière et technologique de premier plan et qui a un fonctionnement qui est difficilement compatible avec une concurrence loyale dans le cadre du système actuel. L’urgence est de renégocier des règles pour s’assurer que l’on peut avoir une concurrence internationale loyale.

Quel rôle peut jouer l’économie numérique dans ces transformations ?

L’économie numérique joue un rôle très important en termes de progrès technique et de stratégie y compris pour la défense et le renseignement. Par ailleurs, c’est un domaine dans lequel les coûts fixes sont très élevés et les coûts marginaux très faibles. Il peut y avoir une influence très grande de la taille des entreprises et des subventions allouées. Il y a un défi extraordinaire pour l’Europe à réussir à trouver sa place face aux géants chinois et américains. Pour faire sa place, l’Europe doit imposer le respect de ces principes. En particulier, le principe du respect de la confidentialité des données personnelles et d’une politique de la concurrence pour éviter d’être la victime d’abus de position dominante.

Outre la montée des mesures protectionnistes, quels sont les autres principaux risques qui pèsent sur l’économie mondiale selon vous ?

L’une des menaces les plus importantes est le retournement brutal du cycle économique aux États-Unis, en particulier dans un contexte d’endettement en dollars au niveau international qui pourrait avoir des conséquences graves. Le climat des affaires dans de nombreux pays pourrait être affecté par les tensions commerciales. Si jamais ces tensions prenaient de l’ampleur, une surprise d’inflation pourrait être déstabilisante.

2017 : Les déserts médicaux, le casse-tête (Sébastien Bourdin)

2017 : Les déserts médicaux, le casse-tête (Sébastien Bourdin)

Sébastien Bourdin, enseignant-chercheur à l’École de Management de Normandie pose dans une  tribune du JDD la problématique des déserts médicaux et interroge certaines solutions pour y remédier. Une réflexion intéressante mais qu’on devrait élargir à la question de l’aménagement du territoire. D’une certaine façon en effet, les déserts médicaux sont une des conséquences du processus de désertification économique en cours non seulement dans les zones rurales mais aussi dans des petites villes éloignées des grands centres d’attraction. Il en est des déserts médicaux comme des déserts industriels, commerciaux et de services. La mode est à la super concentration urbaine même si du fait du coût du logement ce sont surtout les communes périphériques des grandes métropoles qui progressent en nombre d’habitants. Nombre de villes moyennes, de petites villes et encore davantage de milieux ruraux se vident progressivement de toute activité économique, et d’emploi. Du coup les services suivent ou plus exactement il y a une interaction entre l’affaiblissement quantitatif et qualitatif des services et l’activité économique. Or l’aménagement du territoire n’est pratiquement pas abordé par les grands candidats à l’élection présidentielle de 201

.

« La question des déserts médicaux s’invite dans la campagne de l’élection présidentielle, et elle s’invite tôt. Après les candidats à la primaire de la droite, c’est au tour de ceux de la primaire de la gauche d’avancer leurs propositions pour réduire les inégalités entre les Français dans l’accès aux soins selon leur lieu d’habitation. En effet, les différences ne cessent de s’accentuer. Les campagnes sont confrontées au non renouvellement des médecins exerçant en cabinet et au désengagement des services publics de santé. Les aides à l’installation pour les jeunes médecins et l’ouverture de maisons médicales en zone rurale ne résolvent qu’en partie le problème. Lequel touche désormais aussi des petites villes et des communes de banlieue. La France compte 285 840 médecins en exercice au 1er janvier 2016, selon le Conseil national de l’Ordre des médecins. L’étude de la démographie médicale sur tout le territoire fait apparaître une géographie très caractéristique du manque de médecins libéraux. La carte la plus récente de la densité médicale dessine une France mouchetée de taches blanches, les désormais célèbres « déserts médicaux ». Les territoires ruraux, qui souffrent de leur manque d’attractivité par rapport aux villes, sont les moins bien dotés. Dès lors, on comprend l’inquiétude de nombreux maires confrontés, en milieu rural, aux difficultés du remplacement d’un médecin partant à la retraite. Mise à disposition d’un local, recherche d’un emploi pour le conjoint : les maires doivent multiplier les initiatives, sous peine de ne trouver personne pour reprendre le cabinet. Aussi, la création de maisons de santé – financées sur fonds publics – hébergeant en un même lieu médecins, infirmiers ou kinésithérapeutes, constitue une solution plus confortable, qui séduit dans les campagnes. Reste que ces équipements sont très coûteux pour des communes qui doivent déjà se serrer la ceinture, dans un contexte de baisse des dotations générales de fonctionnement. Si les campagnes sont durement touchées par la pénurie de médecins, des petites villes et des banlieues de grandes villes sont aussi concernées. Par exemple, dans le quartier toulousain de Borderouge situé à seulement 10 kilomètres du Capitole et comptant pas moins de 35 000 habitants, on ne compte qu’un seul médecin généraliste! Notons que l’Assurance-maladie estime qu’il n’est plus possible pour un médecin d’accepter de nouveaux patients au-delà de 1 200 personnes déjà suivies… Parmi les solutions avancées ces dernières années, l’idée de réduire la possibilité pour les médecins de s’installer où bon leur semble est sans doute celle qui suscite le plus de débat. Le cadre de vie des praticiens joue un rôle important dans leur choix. Aucune surprise donc à ce que ce soit sur les côtes françaises que l’on retrouve les plus fortes densités. C’est dans cette perspective que Jean-Luc Fichet, sénateur-maire PS de Lanmeur (Finistère) et Hervé Maurey, sénateur-maire UDI de Bernay (Eure), recommandaient en 2013 d’encadrer la liberté d’installation des médecins. La mesure proposée consiste à exclure du conventionnement avec l’Assurance-maladie les médecins qui souhaiteraient s’installer dans les zones à forte densité médicale. Dans ce cas, leurs patients ne seraient pas remboursés de leurs consultations. En présentant devant le Sénat son rapport d’information sur la lutte contre les déserts médicaux, Hervé Maurey avait même déclaré qu’il faudrait procéder comme pour la répartition des pharmacies – une officine ouverte pour un nombre donné d’habitants. La profession médicale s’est insurgée contre cette remise en cause du principe de liberté d’installation. Elle a suggéré d’inverser la question en s’interrogeant plutôt sur les raisons pour lesquelles les praticiens ne s’installent pas dans certains endroits. Aujourd’hui, les jeunes médecins souhaitent préserver leur vie sociale et familiale, ce qui semble difficilement conciliable avec une activité dépassant les 70 heures de travail par semaine dans les zones sous dotées. Cette aspiration est plus forte encore chez les femmes, dont la proportion chez les nouveaux diplômés en médecine atteint désormais 60 %. Elles se tournent plus volontiers vers le salariat, avec des horaires fixes facilitant la vie de famille. Quelles solutions alternatives proposer, alors, pour voir disparaître les déserts médicaux ? En cette période pré-électorale, les prises de position sur cet enjeu important aux yeux des Français se multiplient. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, en a fait son cheval de bataille. Parmi les idées développées, on retrouve l’augmentation du numerus clausus, éternel sujet de débat. La ministre a annoncé le 24 novembre 2016, devant l’Assemblée nationale, un relèvement de 11 % du nombre de places au concours d’entrée en médecine de 2017. Elle a déclaré à cette occasion que toute « coercition à l’installation » était écartée. Le nouveau Premier ministre, Bernard Cazeneuve a néanmoins laissé entendre le 13 décembre dernier, dans son discours de politique générale, que de nouvelles mesures seraient prises début 2017 « pour assurer l’accès des patients aux soins dans les territoires, pour lutter contre les déserts médicaux et inciter les professionnels de santé à y exercer ». Sans plus de précisions depuis. L’ex-premier ministre PS Manuels Valls a choisi d’aller plus loin. Dans le programme présenté dans le cadre de sa candidature aux primaires à gauche, il propose la suppression pure et simple du numerus clausus. Pour sa part, le député PS des Yvelines Benoît Hamon, également candidat aux primaires de gauche, a fait grand bruit le 12 décembre 2016 en inscrivant à son programme le non conventionnement aux médecins qui s’installent dans des zones surdotées. La même mesure, présentée sous le nom de « conventionnement sélectif », est soutenue par le président PS de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau. Fin décembre 2016, il a encouragé les départements de sa région à se porter volontaire pour d’éventuelles expérimentations en la matière. En réponse, l’Union Régionale des Professionnels de Santé a fait part de son inquiétude quant à une possible diminution des installations de confrères que cela pourrait entraîner. Parmi les solutions aux déserts médicaux, on trouve également le développement de la télémédecine. Les consultations à distance, la prise en charge des patients via les ressources numériques et les pré-diagnostics en ligne suscitent beaucoup d’attentes. Mais leur mise en place reste encore, pour une grande part, à l’état de promesse. Dès lors, tous les espoirs se concentrent, aujourd’hui, sur les maisons médicales. C’est le dispositif qui recueille le plus de soutien chez les candidats à l’élection présidentielle, notamment celui de la droite, François Fillon qui souhaite voir ce type d’établissement se multiplier. Une étude scientifique récente montre que dans les espaces à dominante rurale, où près des ¾ des maisons de santé sont implantées, une logique de rééquilibrage et de maintien de l’offre de soins de premiers recours se dessine. Par ailleurs, les résultats concluent à une évolution favorable de la densité de médecins généralistes dans les espaces avec des maisons de santé. Devant cette mutation rapide du paysage médical, l’Ordre des médecins a lancé une enquête de terrain pour savoir si les maisons de santé constituent vraiment la panacée. Les résultats seront rendus publics d’ici la fin du mois de janvier. Quelque soit le niveau de service réellement rendu par ces établissements de santé pluriprofessionnels, la question de leur financement reste posée. Certains maires sont prêts à mettre la main à la poche parce qu’ils accueillent ces équipements, mais ceux des communes limitrophes y voient un intérêt bien moindre… Par ailleurs, la multiplicité de financeurs (Assurance-maladie, département, intercommunalité, ville) qui peuvent se retirer d’une année sur l’autre interroge la viabilité de ces projets, dont le coût est estimé à 800 000 euros en moyenne selon l’Ordre des médecins. Nul doute que les inégalités territoriales d’accès aux soins vont, jusqu’à l’issue du scrutin du 7 mai prochain, cristalliser toutes les passions. Un processus qui verra, peut-être, émerger des solutions efficaces, à défaut d’être consensuelles. »

Patrick Sébastien à l’académie française ?

Patrick Sébastien à l’académie française ?

 

Dans un grand média Patrick Sébastien dénonce ceux qui ne le considèrent  que comme un amuseur public et revendique un statut d’homme de culture. «  C’est plus facile décrire un bouquin de 500 pages que sa chanson  Le petit bonhomme en mousse »;  Paroles :
« Le petit bonhomme en mousse

Qui s’élance et rate le plongeoir

{Refrain:}
Le petit bonhomme en mousse
Qui s’élance et rate le plongeoir
C’est comme la chanson douce
Que chantait ta maman le soir
La petite, petite marionnette
Qui s’étale et qui s’entête
C’est l’enfance qui revient
Le soir où tu as du chagrin

Quand ta vie se traîne
Quand t’as de la peine
Quand personne t’aime
Que t’as des problèmes
Quand la vie est dure
Plus d’une aventure
Rien que des blessures
Vilaine figure
Ne pleure pas
Ne t’en fais pas
Regarde-moi
Et n’oublie pas

{au Refrain}
la la la la la ……… »

Ah ça vaut quand même pas  sa chanson « une  petite pipe le soir ! »  mais ça doit suffire pour entrer à l’’académie française où il est vrai on entre parfois comme dans un moulin.




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