Archive pour le Tag 'science'

La science économique: une grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf

La science économique: une grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf

 

 

Il est indéniable que la science économique est indispensable à la compréhension puis à l’évolution de nos sociétés. Ceci étant  vouloir en faire une discipline quasi universelle qui couvre pratiquement toutes les autres relève d’une prétention un peu ridicule et d’une approche assez corporatiste. Témoin cette tribune -intéressante mais très corpo dans l’Opinion de Bertrand Jacquillat , vice-président du Cercle des économistes. Il est sans doute un peu prétentieux de considérer que la formation économique d’aujourd’hui est susceptible d’embrasser les dimensions non seulement économiques bien sûr mais notamment aussi sociales, environnementales, sociétales voire politiques. Et c’est bien de drame et les limites de l’analyse de trop d’études économiques. Une défense un peu corporatiste de l’expertise économique ne confère aucune légitimité et pertinence à cette discipline nécessaire mais souvent trop réductrice ( que l’approche soit théorique ou empirique). Ce qui est e cause, c’est sans doute la formation ( et l’expérience) des économistes.

 

  »…… Cette discipline ( économie)  est la seule à avoir fait le lien entre les sciences dites « dures » et les sciences sociales. L’approche que constituent l’expérimentation, l’analyse d’expériences, l’étude en laboratoire, la modélisation relève des sciences physiques, mais le but ultime de l’économie est de mieux comprendre les interactions sociales. D’aucuns disent d’elle que sa grille de lecture est trop simpliste ou trop réductrice. Mais c’est la réduire à la seule macroéconomie et aux quelques variables macroéconomiques connues du grand public.

Elle couvre en réalité bien des sujets et renoue avec la sociologie, la psychologie, la géographie ou l’histoire dans la lignée d’un Gary Becker ou d’un Daniel Kahneman, auxquels fut décerné le prix Nobel pour leurs travaux qui débordaient le champ de l’économie stricto sensu. Ce qui fait dire à l’un des auteurs, en conclusion de sa contribution, que l’avenir de l’économie se situait en dehors de l’économie… Une évolution salutaire qui lui permet de dépasser le simple Homo economicus abstrait de la théorie traditionnelle.

Loin de se montrer impérialiste, l’économie témoigne d’une certaine humilité en étant aujourd’hui au plus près des faits et des individus, avec une dimension empirique croissante. Sur la quantité de recherches publiées il y a une trentaine d’années, le ratio entre la théorie et l’empirique était de 50/50. Il est devenu aujourd’hui de 20/80. Une fois le cadre théorique défini, l’abondance toujours plus grande de données très granulaires, aussi fines que désagrégées et souvent à haute fréquence, permet d’observer, comme le ferait un biologiste avec son microscope, le comportement des individus et des organisations, en matière de production, d’achat, etc.

« Certains chercheurs s’attellent à refonder la macroéconomie à partir de la microéconomie, ce dont ont rêvé les générations d’économistes qui les ont précédées sans même tenter de s’y coller, tant la tâche leur semblait impossible »

Facilitateurs « d’honnêteté ». Cela ne veut pas dire pour autant que toute formalisation mathématique est abandonnée. Car comme le rappelle l’un des contributeurs, si la mathématisation et l’analyse statistique rigoureuse sont parfois perçues de l’extérieur comme artificielles, comme une manière de se retrouver entre experts, elles sont avant tout des facilitateurs « d’honnêteté » selon sa jolie formule. Elles obligent le chercheur à s’exposer à la contradiction, à aller au-delà de la simple intuition, à ne pas tomber dans les sophismes ou les incantations, nombreux sur les questions de société.

Même s’ils font preuve d’humilité, ces chercheurs n’en sont pas moins ambitieux. Certains d’entre eux s’attellent à refonder la macroéconomie à partir de la microéconomie, ce dont ont rêvé les générations d’économistes qui les ont précédées sans même tenter de s’y coller, tant la tâche leur semblait impossible. C’est devenu aujourd’hui envisageable pour la raison évoquée plus haut, le cloud ; les données microéconomiques qui faisaient cruellement défaut pour effectuer en pratique cette grande agrégation sont désormais disponibles.

L’un de ses promoteurs illustre comment la microéconomie peut « informer » la macroéconomie. Au cours des dernières années on observe, surtout aux Etats-Unis, une concentration accrue dans tous les secteurs qui s’accompagne d’une augmentation des profits agrégés, ce qui fait craindre l’émergence de nouveaux monopoles. Mais cette augmentation des profits agrégés ne résulte pas de la hausse des profits des entreprises individuelles, mais de l’augmentation de la taille des entreprises les plus rentables. Il s’agit d’un simple effet de pondération, qui conduirait à la mise en œuvre d’une politique industrielle et de la concurrence autre que celle qui serait entreprise sur la base de l’observation des seules données macroéconomiques.

Par la diversité des thèmes qu’ils abordent, le pragmatisme et la diversité de leurs approches, sans pour autant sacrifier à la rigueur, ces économistes français, devenus par ailleurs très influents dans leur milieu naturel universitaire, ouvrent la voie au retour de l’expertise économique dans le débat public. »

Bertrand Jacquillat est vice-président du Cercle des économistes et senior advisor de J. de Demandolx Gestion.

La science face à la complexité du vivant

La science est balbutiante face à la complexité du vivant

La philosophe, Isabelle Stengers ,  considère, dans un entretien au « Monde », que la crise sanitaire a révélé l’incapacité du pouvoir politique et des « experts » à sortir de l’idéalisme de la croissance et à penser la réalité qui nous attend.

Isabelle Stengers est professeure de philosophie des sciences, retraitée de l’Université libre de Bruxelles. Après avoir longtemps étudié la construction des discours et des concepts scientifiques et les relations entre sciences et pouvoirs (L’Invention des sciences modernes, La Découverte, 1993), elle analyse les risques que l’idéal scientifico-capitaliste fait courir au vivant (Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2008) et s’engage dans un combat intellectuel pour une refondation des rapports sociaux et biologiques (Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle, La Découverte, 208 pages, 18 euros) à partir de la pensée du mathématicien britannique Alfred North Whitehead (1861-1947).

Que nous montre le coup d’arrêt provoqué par le virus sur la fragilité du système global de croissance ?

Le premier trait de l’événement pandémique est le rapport étonnant qu’il établit entre le local et le global. Bien qu’il ait partie liée avec les désordres écologiques que provoque l’exploitation tous azimuts du vivant et de son milieu, cet événement a pour point de départ une affaire hyper-locale : un être, qui n’existe que pour cette éventualité rare, rencontre un hôte accueillant, avec lequel, grâce auquel, il pourra participer à l’aventure de la vie.

Une telle rencontre est parfaitement contingente, même si les virus ne cessent de muter, c’est-à-dire d’en augmenter la probabilité. Mais elle a ouvert à celui-ci un destin étonnant, bien différent de celui de ses cousins, qui participent de manière plus ou moins pacifique à la vie de chauve-souris ou de pangolins. Ce qui, pour le virus, est l’accomplissement de sa vocation première et dernière, a réussi à susciter ce qu’a été incapable de provoquer une menace qui, elle, est globale et prévisible : celle du désastre climatique dont les signes avant-coureurs se multiplient aujourd’hui. Certes, des catastrophes se succèdent désormais, imposant le fait qu’il y a « comme un problème », mais il semble entendu que celui-ci devra se résoudre dans le respect de l’impératif de croissance. Quoi que ce soit d’autre est inconcevable. La réussite virale a pourtant provoqué l’inconcevable.

Il y a un contraste assez sidérant entre le désordre climatique, explicable, implacable et indifférent à ses conséquences, et le virus, prince de l’opportunisme, qui n’existe que grâce aux conséquences qu’il provoque, mais sans les expliquer. Car le virus n’explique pas les effets de la rencontre, et encore moins l’« arrêt » sinon du monde, en tout cas de tout ce que ce monde fait circuler. C’est bien plutôt ce monde qui s’est bloqué à son épreuve. Panique générale, sauf en Afrique, où les épidémies, on connaît.

 

La science est balbutiante face à la complexité du vivant

La science est balbutiante face à la complexité du vivant

La philosophe, Isabelle Stengers ,  considère, dans un entretien au « Monde », que la crise sanitaire a révélé l’incapacité du pouvoir politique et des « experts » à sortir de l’idéalisme de la croissance et à penser la réalité qui nous attend.

Isabelle Stengers est professeure de philosophie des sciences, retraitée de l’Université libre de Bruxelles. Après avoir longtemps étudié la construction des discours et des concepts scientifiques et les relations entre sciences et pouvoirs (L’Invention des sciences modernes, La Découverte, 1993), elle analyse les risques que l’idéal scientifico-capitaliste fait courir au vivant (Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2008) et s’engage dans un combat intellectuel pour une refondation des rapports sociaux et biologiques (Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle, La Découverte, 208 pages, 18 euros) à partir de la pensée du mathématicien britannique Alfred North Whitehead (1861-1947).

Que nous montre le coup d’arrêt provoqué par le virus sur la fragilité du système global de croissance ?

Le premier trait de l’événement pandémique est le rapport étonnant qu’il établit entre le local et le global. Bien qu’il ait partie liée avec les désordres écologiques que provoque l’exploitation tous azimuts du vivant et de son milieu, cet événement a pour point de départ une affaire hyper-locale : un être, qui n’existe que pour cette éventualité rare, rencontre un hôte accueillant, avec lequel, grâce auquel, il pourra participer à l’aventure de la vie.

Une telle rencontre est parfaitement contingente, même si les virus ne cessent de muter, c’est-à-dire d’en augmenter la probabilité. Mais elle a ouvert à celui-ci un destin étonnant, bien différent de celui de ses cousins, qui participent de manière plus ou moins pacifique à la vie de chauve-souris ou de pangolins. Ce qui, pour le virus, est l’accomplissement de sa vocation première et dernière, a réussi à susciter ce qu’a été incapable de provoquer une menace qui, elle, est globale et prévisible : celle du désastre climatique dont les signes avant-coureurs se multiplient aujourd’hui. Certes, des catastrophes se succèdent désormais, imposant le fait qu’il y a « comme un problème », mais il semble entendu que celui-ci devra se résoudre dans le respect de l’impératif de croissance. Quoi que ce soit d’autre est inconcevable. La réussite virale a pourtant provoqué l’inconcevable.

Il y a un contraste assez sidérant entre le désordre climatique, explicable, implacable et indifférent à ses conséquences, et le virus, prince de l’opportunisme, qui n’existe que grâce aux conséquences qu’il provoque, mais sans les expliquer. Car le virus n’explique pas les effets de la rencontre, et encore moins l’« arrêt » sinon du monde, en tout cas de tout ce que ce monde fait circuler. C’est bien plutôt ce monde qui s’est bloqué à son épreuve. Panique générale, sauf en Afrique, où les épidémies, on connaît.

 

Coronavirus :  » La science doit servir le pouvoir et non être instrumentalisée »

Coronavirus :  » La science doit servir le pouvoir et non être instrumentalisée »

 

Le professeur de droit public Alexandre Viala analyse, dans une tribune au « Monde », les liens entre scientifiques et politiques .

Tribune. Si la « guerre » sanitaire contre la pandémie de coronavirus met en première ligne le personnel soignant auquel il faut rendre hommage, elle confère également beaucoup de visibilité aux scientifiques, qui occupent soudainement le rôle de conseillers du prince. Depuis le 10 mars, un conseil scientifique installé par le ministre de la santé et présidé par l’immunologue Jean-François Delfraissy éclaire le président de la République pour l’aider à prendre les décisions qui s’imposent au pays afin de lutter contre la propagation du virus.

Le 24 mars, le pouvoir exécutif a décidé de renforcer le dispositif en l’assortissant d’un Comité analyse recherche et expertise (CARE) dirigé par la virologiste Françoise Barré-Sinoussi. Une batterie d’experts issus du monde médical intervient désormais au sein des plus hautes sphères de l’Etat. Est-ce à dire que la science a pris le pouvoir au risque d’infléchir nos institutions démocratiques et de les faire évoluer, à la faveur de cette crise, vers une forme de despotisme éclairé que les Anglo-Saxons appellent l’épistocratie (étymologiquement : « pouvoir des savants ») ?

Depuis quelques jours, la publication des avis du conseil scientifique, qui précèdent les décisions du président de la République sur le déclenchement, la durée et les modalités d’un confinement national lourd de conséquences sur notre vie quotidienne, révèle un processus institutionnel érigeant la science au rang de source normative. Il est vrai que la science n’est pas exclusivement spéculative et peut avoir une portée pragmatique, à l’instar de la médecine dont la fonction est de comprendre le corps humain dans le but de le soigner. Mais le rôle qui lui est assigné à l’heure actuelle contredit ce à quoi elle est habituellement destinée : décrire le monde et non prescrire des normes.

 

Ce cas de figure dans lequel un pouvoir (cratos) serait exercé par les détenteurs du savoir scientifique (épistémè), n’est pas mentionné dans la typologie classique des régimes politiques qui distingue, depuis Montesquieu, la république (démocratique ou aristocratique), la monarchie et le despotisme. Et aucune Constitution, dans le monde, ne confère explicitement le pouvoir à des savants.

 

 

« La meilleure science économique est celle qui fait le moins de bruit »

« La meilleure science économique est celle qui fait le moins de bruit »

Prix Nobel d’économie en 2019, les deux professeurs au Massachusetts Institute of Technology publient « Economie utile pour des temps difficiles » (Seuil), dans lequel ils montrent comment les économistes peuvent apporter des réponses aux questions du moment : réchauffement climatique, inégalités, immigration… En avant-première, « Le Monde » publie des extraits du premier chapitre, intitulé « MEGA : Make Economics Great Again ».

Bonnes feuilles. Nous vivons une époque de polarisation croissante. De l’Inde à la Hongrie, des Philippines aux Etats-Unis, du Brésil au Royaume-Uni, de l’Italie à l’Indonésie, le débat public entre droite et gauche se réduit de plus en plus à des affrontements bruyants, où l’invective laisse peu de place à la nuance et à la réflexion. Aux Etats-Unis, où nous vivons et travaillons, le nombre d’électeurs qui votent pour un parti différent aux diverses élections est à son plus bas niveau historique. Parmi les Américains qui s’identifient à l’un des deux grands partis, 81 % ont une opinion négative du parti adverse ; 61 % des démocrates jugent les républicains racistes, sexistes et sectaires, et 54 % des républicains jugent les démocrates malveillants. Un tiers des Américains seraient profondément déçus si un membre de leur famille proche épousait une personne de l’autre camp.

En France et en Inde, deux autres pays où nous passons beaucoup de temps, la montée de la droite dure est commentée, au sein de l’élite progressiste « éclairée » à laquelle nous appartenons, en des termes toujours plus apocalyptiques. La peur ne cesse de grandir : la civilisation telle que nous la connaissons, fondée sur le débat et la démocratie, serait désormais menacée.

 

Nous sommes des économistes, c’est-à-dire des chercheurs en sciences sociales. Notre métier consiste à présenter des faits et une interprétation des faits qui seront susceptibles, nous l’espérons, de réduire ces divisions et d’aider chaque camp à mieux comprendre l’autre, afin de parvenir, sinon à un consensus, du moins à une sorte de désaccord raisonnable. La démocratie ne peut certes pas vivre sans conflit, mais à condition qu’il y ait du respect de part et d’autre ; et le respect suppose la compréhension mutuelle.

Ce qui rend la situation actuelle particulièrement inquiétante, c’est que l’espace permettant un débat de ce type semble se réduire chaque jour un peu plus. On observe une « tribalisation » des opinions, non seulement dans le domaine strictement politique, mais aussi en ce qui concerne les principaux problèmes de société et les solutions qu’il conviendrait de leur apporter. (…)

Cela est d’autant plus regrettable que nous rentrons dans des temps difficiles. Les folles années de forte croissance mondiale, alimentée par l’expansion du commerce international et l’incroyable réussite économique de la Chine, sont sans doute terminées : la croissance chinoise ralentit et des guerres commerciales éclatent ici et là. Les pays qui ont prospéré sur cette déferlante – en Asie, en Afrique, en Amérique latine – commencent à s’inquiéter de ce qui les attend. Bien sûr, dans la plupart des pays riches, en Occident, cette croissance lente ne date pas d’hier, mais le détricotage du tissu social qui l’accompagne la rend particulièrement préoccupante aujourd’hui. Il semble que nous soyons revenus à l’époque des Temps difficiles de Charles Dickens, les riches se dressant contre des pauvres de plus en plus aliénés et privés de perspective d’avenir.

 

 

 

Science-Dépolitisation de l’analyse économique ?

Science-Dépolitisation de l’analyse économique ?

 

C’est le souhait de Xavier Ragot, président de l’OFCE, classé plutôt à gauche en tout cas assez keynésien. Un souhait qu’on peut louer mais le problème, c’est que l’économie n’est pas tout à fait une science exacte. L’approche des économistes est intéressante voir indispensable mais laisse encore trop d’espace aux champs des incertitudes en raison notamment de la difficulté à intégrer le comportement des acteurs. Par ailleurs, l’analyse économique est rarement neutre. Pour preuve , les économistes évoluent dans un arrière plan politique qui va des keynésiens, des marxistes au libéralisme le plus débridé en passant par la social-démocratie . (Interview  dans l’Opinion)

 

 

Les économistes sont-ils acteurs du débat public plus qu’auparavant ?

Tout à fait. La première raison est la transformation profonde de nos économies. Aujourd’hui, les citoyens ne passent plus par les partis politiques, ils vont directement à l’analyse économique non filtrée pour comprendre le monde. Ensuite, les outils des économistes pour évaluer les politiques publiques se sont développés. On peut évaluer plus rigoureusement et donc être plus utile au débat public, en utilisant des données et des modèles de plus en plus précis. Enfin, il y a dix ans, les économistes étaient réticents à aller dans l’arène politique pour éviter de se faire utiliser dans des débats idéologiques. On assiste maintenant à une dépolitisation et parfois une technicisation du débat public, avec des bons et mauvais côtés.

Votre étude récente sur le budget 2020 a créé la polémique. Vous y attendiez-vous ?

Quand on évalue le budget, on sait que l’on sera pris dans le débat politique, mais je ne m’attendais pas à une réaction aussi grande. Sur la forme, l’équilibre est difficile à trouver entre la rigueur sur la partie chiffres et le fait d’être compréhensible, sans avoir l’air de prendre parti. Nous avons des débats en permanence entre nous à l’OFCE pour simplifier sans caricaturer. Sinon, il serait facile de se cacher derrière des analyses ultra-techniques. Ce type d’exercice met des centres comme le nôtre dans une position difficile car nos résultats peuvent être caricaturés. Des acteurs politiques ont critiqué notre étude comme « pas sérieuse », car des effets de certaines évolutions ne sont pas pris en compte, comme la hausse du taux de recours à la prime d’activité. Certes, nous n’avons pas pu évaluer, pour des questions de méthodes, certaines mesures positives pour les ménages modestes, mais nous avons dû aussi écarter des mesures négatives, comme tous les instituts. Notre rôle est d’être très clair sur la portée et les limites de l’exercice, en faisant confiance à l’intelligence du lecteur.

C’est-à-dire ?

J’ai lu une présentation de l’OFCE comme « un cercle de réflexion placé à gauche ». Cela me pose vraiment problème. Nous sommes un centre de recherches : nous avons une revue classée par le CNRS, nous publions dans des revues académiques, etc.. Note analyse de la situation économique nous amène à conclure que la réduction rapide de la dette publique n’est pas une priorité, ce qui ne nous place certes pas à droite de l’échiquier politique. Encore, cela pourrait se discuter avec les choix budgétaires de Donald Trump et Boris Johnson. C’est d’abord de l’analyse économique dont il faut débattre pour laisser les lecteurs se faire leur opinion. Je me bats pour une dépolitisation de l’analyse économique, pour la rendre plus utile au débat politique. Or il y a aussi des lobbies qui ont une orientation très tranchée, des centres de réflexion parfois cités comme centres de recherche, qui brouillent la frontière entre les choses sérieuses et les celles qui le sont moins. Ces points de vue sont légitimes, je le pense vraiment, mais c’est très différent du travail de recherche de l’OFCE.

Science-Dépolitisation de l’analyse économique ?

Science-Dépolitisation de l’analyse économique ?

 

C’est le souhait de Xavier Ragot, président de l’OFCE, classé plutôt à gauche en tout cas assez keynésien. Un souhait qu’on peut louer mais le problème, c’est que l’économie n’est pas tout à fait une science exacte. L’approche des économistes est intéressante voir indispensable mais laisse encore trop d’espace aux champs des incertitudes en raison notamment de la difficulté à intégrer le comportement des acteurs. Par ailleurs, l’analyse économique est rarement neutre. Pour preuve , les économistes évoluent dans un arrière plan politique qui va des keynésiens, des marxistes au libéralisme le plus débridé en passant par la social-démocratie . (Interview  dans l’Opinion)

 

 

Les économistes sont-ils acteurs du débat public plus qu’auparavant ?

Tout à fait. La première raison est la transformation profonde de nos économies. Aujourd’hui, les citoyens ne passent plus par les partis politiques, ils vont directement à l’analyse économique non filtrée pour comprendre le monde. Ensuite, les outils des économistes pour évaluer les politiques publiques se sont développés. On peut évaluer plus rigoureusement et donc être plus utile au débat public, en utilisant des données et des modèles de plus en plus précis. Enfin, il y a dix ans, les économistes étaient réticents à aller dans l’arène politique pour éviter de se faire utiliser dans des débats idéologiques. On assiste maintenant à une dépolitisation et parfois une technicisation du débat public, avec des bons et mauvais côtés.

Votre étude récente sur le budget 2020 a créé la polémique. Vous y attendiez-vous ?

Quand on évalue le budget, on sait que l’on sera pris dans le débat politique, mais je ne m’attendais pas à une réaction aussi grande. Sur la forme, l’équilibre est difficile à trouver entre la rigueur sur la partie chiffres et le fait d’être compréhensible, sans avoir l’air de prendre parti. Nous avons des débats en permanence entre nous à l’OFCE pour simplifier sans caricaturer. Sinon, il serait facile de se cacher derrière des analyses ultra-techniques. Ce type d’exercice met des centres comme le nôtre dans une position difficile car nos résultats peuvent être caricaturés. Des acteurs politiques ont critiqué notre étude comme « pas sérieuse », car des effets de certaines évolutions ne sont pas pris en compte, comme la hausse du taux de recours à la prime d’activité. Certes, nous n’avons pas pu évaluer, pour des questions de méthodes, certaines mesures positives pour les ménages modestes, mais nous avons dû aussi écarter des mesures négatives, comme tous les instituts. Notre rôle est d’être très clair sur la portée et les limites de l’exercice, en faisant confiance à l’intelligence du lecteur.

C’est-à-dire ?

J’ai lu une présentation de l’OFCE comme « un cercle de réflexion placé à gauche ». Cela me pose vraiment problème. Nous sommes un centre de recherches : nous avons une revue classée par le CNRS, nous publions dans des revues académiques, etc.. Note analyse de la situation économique nous amène à conclure que la réduction rapide de la dette publique n’est pas une priorité, ce qui ne nous place certes pas à droite de l’échiquier politique. Encore, cela pourrait se discuter avec les choix budgétaires de Donald Trump et Boris Johnson. C’est d’abord de l’analyse économique dont il faut débattre pour laisser les lecteurs se faire leur opinion. Je me bats pour une dépolitisation de l’analyse économique, pour la rendre plus utile au débat politique. Or il y a aussi des lobbies qui ont une orientation très tranchée, des centres de réflexion parfois cités comme centres de recherche, qui brouillent la frontière entre les choses sérieuses et les celles qui le sont moins. Ces points de vue sont légitimes, je le pense vraiment, mais c’est très différent du travail de recherche de l’OFCE.

Intelligence artificielle : science ou art ?

 

Intelligence artificielle : science ou art ?

Un  article intéressant de Raphael Bertholet, Vice-Président R&D de Symphony Retail AI France dans le journal la Tribune évoque les possibilités d’intégration de la sensibilité humaine dans l’intelligence artificielle au point que cette dernière pourrait être considérée comme un art. Un article qui s’attarde cependant seulement sur les problèmes méthodologiques et qui n’évoque pas les phénomènes d’aliénation et de domination de ces nouvelles technologies sur la pensée humaine, sur les comportements et pas seulement dans le domaine marchand.

 

 

Tribune

 

« Alors que l’on croyait, il y a encore peu, que l’une des limites de l’IA était la créativité – notamment artistique -, nous savons à présent qu’il n’en est rien et que l’homme peut être challengé aussi dans ce domaine. En témoigne la première exposition qui se tient en ce moment en Angleterre, rassemblant les œuvres d’AI-Da, humanoïde doté d’une intelligence artificielle. Il n’aura fallu que quelques jours pour que tous ses dessins, tableaux et sculptures se vendent, pour plus d’un million d’euros. Preuve, s’il était besoin, que l’IA est un placement d’avenir !

Au-delà de son caractère médiatique, cet évènement montre un point capital : l’IA lève le voile sur des domaines que l’on croyait hors du champ de la rationalité et des sciences, des domaines où seuls l’instinct et le talent humains pouvaient agir et apporter des réponses. L’IA montre que ce n’est pas si vrai et que les algorithmes peuvent, contre certaines certitudes, trouver des réponses à des questions qui étaient censées échapper à la science.

La prévision de la demande est, pour partie, l’un de ces domaines.

Jusqu’à récemment, l’approche en matière de prévision de la demande dans le retail a consisté à s’appuyer sur des outils statistiques et analytiques pour une grande partie des catégories de produits – et sur l’expérience et l’instinct des prévisionnistes pour ce qui sortait du cadre des modèles bien établis.

Bien que très performants, les outils statistiques classiques touchent, en effet, à leurs limites dès que l’on n’est plus dans une situation habituelle. Comment anticiper, par exemple, la demande d’un produit qui va faire l’objet d’une importante promotion le mois prochain alors que le vécu de ce même produit est vide de ce genre d’expérience ? Comment savoir à quel point le lancement d’un nouveau produit – pour lequel il n’y a pas de données existantes – va susciter la demande ?

Pour toutes ces situations inhabituelles pour lesquelles les statistiques ne peuvent plus venir en aide au travail des prévisionnistes, ces derniers se fient généralement à leur expérience. C’est l’intuition qui prend le relai. C’est le point au-delà duquel la prévision de la demande cesse d’être une science et devient un art.

Or c’est précisément ce point où l’IA est aujourd’hui en train de renverser la situation. En analysant des corrélations et des probabilités de corrélations avec d’autres articles, d’autres lieux de vente, d’autres données contextuelles, l’IA va se comporter comme l’instinct ou l’intuition du prévisionniste et permettre à la prévision de la demande de continuer à être une science, là où l’on pensait qu’elle restait un art.

Dans le retail comme ailleurs, la valeur d’une prévision se mesure à sa fiabilité et sa précision. Si la prévision de la demande pour les produits connus atteint des niveaux de précision élevés, celle des produits ou situations inhabituels fait chuter le taux de précision global, qui se heurte à une limite que l’on croyait difficile, pour ne pas dire impossible, à briser.

Parce qu’elle sait non seulement traiter des volumes de données immenses et hétérogènes, mais aussi faire les corrélations qui permettent d’expliquer l’inhabituel, l’IA gomme aujourd’hui cette limite. Elle donne aux prévisionnistes les moyens de passer une étape supérieure majeure dans leur travail, en leur fournissant les pistes et les corrélations qui leur permettent d’expliquer l’inhabituel et en industrialisant le bénéfice de l’intuition pour anticiper, avec une précision inédite, les situations pour lesquelles il n’existe pas ou peu de données directement reliées à l’évènement.

Avec l’IA, le talent des prévisionnistes peut ainsi être mis au profit de cette nouvelle marge de progression du taux de précision des prévisions. Leur intuition servira à proposer et tester de nouvelles données contextuelles aux évènements, de nouveaux attributs descriptifs pour enrichir l’IA et améliorer ses performances. Sans être encore une science exacte, la prévision de la demande s’en rapproche de plus en plus avec l’IA, et pourrait bien tendre à le devenir. »

IA : science ou art ?

 

Un  article intéressant de Raphael Bertholet, Vice-Président R&D de Symphony RetailAI France dans le journal la Tribune évoque les possibilités d’intégration de la sensibilité humaine dans l’intelligence artificielle au point que cette dernière pourrait être considérée comme un art. Un article qui toutefois n’évoque pas les phénomènes d’aliénation et de domination de ces nouvelles technologies sur la pensée humaine et pas seulement dans le domaine marchand.

 

 

Tribune

 

« Alors que l’on croyait, il y a encore peu, que l’une des limites de l’IA était la créativité – notamment artistique -, nous savons à présent qu’il n’en est rien et que l’homme peut être challengé aussi dans ce domaine. En témoigne la première exposition qui se tient en ce moment en Angleterre, rassemblant les œuvres d’AI-Da, humanoïde doté d’une intelligence artificielle. Il n’aura fallu que quelques jours pour que tous ses dessins, tableaux et sculptures se vendent, pour plus d’un million d’euros. Preuve, s’il était besoin, que l’IA est un placement d’avenir !

Au-delà de son caractère médiatique, cet évènement montre un point capital : l’IA lève le voile sur des domaines que l’on croyait hors du champ de la rationalité et des sciences, des domaines où seuls l’instinct et le talent humains pouvaient agir et apporter des réponses. L’IA montre que ce n’est pas si vrai et que les algorithmes peuvent, contre certaines certitudes, trouver des réponses à des questions qui étaient censées échapper à la science.

La prévision de la demande est, pour partie, l’un de ces domaines.

Jusqu’à récemment, l’approche en matière de prévision de la demande dans le retail a consisté à s’appuyer sur des outils statistiques et analytiques pour une grande partie des catégories de produits – et sur l’expérience et l’instinct des prévisionnistes pour ce qui sortait du cadre des modèles bien établis.

Bien que très performants, les outils statistiques classiques touchent, en effet, à leurs limites dès que l’on n’est plus dans une situation habituelle. Comment anticiper, par exemple, la demande d’un produit qui va faire l’objet d’une importante promotion le mois prochain alors que le vécu de ce même produit est vide de ce genre d’expérience ? Comment savoir à quel point le lancement d’un nouveau produit – pour lequel il n’y a pas de données existantes – va susciter la demande ?

Pour toutes ces situations inhabituelles pour lesquelles les statistiques ne peuvent plus venir en aide au travail des prévisionnistes, ces derniers se fient généralement à leur expérience. C’est l’intuition qui prend le relai. C’est le point au-delà duquel la prévision de la demande cesse d’être une science et devient un art.

Or c’est précisément ce point où l’IA est aujourd’hui en train de renverser la situation. En analysant des corrélations et des probabilités de corrélations avec d’autres articles, d’autres lieux de vente, d’autres données contextuelles, l’IA va se comporter comme l’instinct ou l’intuition du prévisionniste et permettre à la prévision de la demande de continuer à être une science, là où l’on pensait qu’elle restait un art.

Dans le retail comme ailleurs, la valeur d’une prévision se mesure à sa fiabilité et sa précision. Si la prévision de la demande pour les produits connus atteint des niveaux de précision élevés, celle des produits ou situations inhabituels fait chuter le taux de précision global, qui se heurte à une limite que l’on croyait difficile, pour ne pas dire impossible, à briser.

Parce qu’elle sait non seulement traiter des volumes de données immenses et hétérogènes, mais aussi faire les corrélations qui permettent d’expliquer l’inhabituel, l’IA gomme aujourd’hui cette limite. Elle donne aux prévisionnistes les moyens de passer une étape supérieure majeure dans leur travail, en leur fournissant les pistes et les corrélations qui leur permettent d’expliquer l’inhabituel et en industrialisant le bénéfice de l’intuition pour anticiper, avec une précision inédite, les situations pour lesquelles il n’existe pas ou peu de données directement reliées à l’évènement.

Avec l’IA, le talent des prévisionnistes peut ainsi être mis au profit de cette nouvelle marge de progression du taux de précision des prévisions. Leur intuition servira à proposer et tester de nouvelles données contextuelles aux évènements, de nouveaux attributs descriptifs pour enrichir l’IA et améliorer ses performances. Sans être encore une science exacte, la prévision de la demande s’en rapproche de plus en plus avec l’IA, et pourrait bien tendre à le devenir. »

« Rendre inopérante la production de fausse science » (Dominique Méda)

« Rendre inopérante la production de fausse science » (Dominique Méda)

 

Seuls des chercheurs indépendants et bien payés peuvent s’opposer aux « marchands de doute » qui dissimulent la nocivité de produits industriels pour la santé et l’environnement, explique la sociologue, Dominique Méda, dans sa chronique au « Monde ».

 

«  L’enquête récente consacrée par Le Monde aux méthodes employées par Coca-Cola pour s’exonérer de toute responsabilité dans la pandémie mondiale d’obésité et de diabète a pleinement confirmé ce que les sociologues de sciences ont établi de manière rigoureuse depuis plusieurs années : les procédures nécessaires pour contrôler et réguler les pratiques des grandes entreprises, mais plus généralement pour protéger les consommateurs et les citoyens d’informations fausses ou biaisées, font encore cruellement défaut.

Un livre publié en 2010 par Naomi Oreskes et Erik M. Conway, traduit en 2012 sous le titre Les Marchands de doute (éditions Le Pommier), a magistralement démontré, au terme de plusieurs années d’enquête, comment de grandes entreprises, souvent soutenues par des groupes d’intérêt et des organisations farouchement hostiles à l’idée même de régulation, étaient parvenues à mettre massivement en doute les résultats scientifiques les mieux établis, qu’il s’agisse des méfaits du tabagisme, des agents chimiques (CFC) responsables du trou d’ozone, ou du CO2. De nombreux travaux ont depuis été consacrés à la mise en évidence de ces pratiques, par exemple celle des industriels de l’amiante dans Ignorance scientifique & inaction publique (Emmanuel Henry, Les Presses de Sciences Po, 2017).

Dans tous les cas, les méthodes des semeurs de doute sont les mêmes : profiter du fait qu’il n’est scientifiquement pas toujours possible d’affirmer qu’un fait A est de manière absolument certaine, exclusivement et à 100 %, la cause d’un fait B (le soda de l’obésité, le tabac du cancer, l’activité humaine du réchauffement climatique…), c’est-à-dire profiter de ce qui caractérise précisément l’éthique scientifique pour remettre massivement en cause les résultats de la science. Il suffit alors de disposer des voix de quelques scientifiques égarés, non spécialistes de la discipline, aveuglés par une idéologie ou plus rarement corrompus, qui soutiendront des positions contraires immédiatement surmédiatisées, de requalifier l’ensemble en « controverse » au sein de laquelle les différentes positions apparaîtront pourvues de la même légitimité, puis de focaliser l’attention, grâce au financement de chercheurs embarqués dans ces croisades, sur d’autres causes probables des problèmes (l’absence d’activité physique, la teneur en goudron, le soleil…). ….»

Le racialisme nouvelle pseudo science des demeurés haineux

Le racialisme  nouvelle pseudo science des demeurés haineux

 

 

 

Un papier intéressant du Monde des idées sur le nouveau racisme.

 

« . Grand absent du Littré mais aussi du Dictionnaire de l’Académie française et du Larousse, le mot « racialisme » apparaît cependant comme un incontournable de notre époque. Cette notion est convoquée tour à tour par les détracteurs de Nadine Morano – laquelle, en 2015, emploie le terme de « race blanche » , par Bernard Maro, directeur de recherche au CNRS, pour désigner le Parti des indigènes de la République, ou encore par les professeurs Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret contre des « chercheurs en indigénisme » réunis lors d’un colloque, en septembre 2018, à Paris-VII. Une manière pour les défenseurs de l’universalisme de reprocher aux chercheurs et aux militants inspirés par la pensée postcoloniale de remettre au cœur du débat une notion, la race, qui a nourri des idéologies dangereuses et mortifères.

Mais que signifie donc, au juste, le terme de « racialisme » ? Dans son Dictionnaire historique et critique du racisme (PUF, 2013), Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, le définit comme « toute construction idéologique fondée sur l’idée de “race humaine” et faisant appel à une conceptualité supposée scientifique, d’une façon plus ou moins prononcée ». Résumé ainsi, le racialisme constitue la base théorique sur laquelle vient s’appuyer le « comportement » raciste analysé par l’historien des idées Tzvetan Todorov.

Historiquement, le terme de racialisme est d’abord utilisé pour désigner un courant de pensée qui se développe dans l’Europe du milieu du XIXe siècle. Issu de « la théorie des races » datant du siècle précédent, ce racialisme originel ambitionne d’expliquer les phénomènes sociaux à la lumière de facteurs raciaux et héréditaires : il définit, il différencie et il hiérarchise les différentes « races ». Les corps sont mesurés, les groupes sanguins comparés. C’est ainsi que naissent la phrénologie, la théorie selon laquelle la forme du crâne détermine le caractère de l’individu, ou encore la craniométrie, l’étude précise des mensurations des os du crâne et donc de la place qui serait laissée au cerveau. Cette dernière pseudo-discipline utilisée à l’origine pour déterminer de quelle « race » étaient les individus examinés constitue le foyer privilégié de bon nombre de discours racistes. …..»

L’économie n’est pas une science (Piketty)

L’économie n’est pas une science (Piketty)

 

Piketty  a au moins raison sur ce point l’économie n’est pas une science en tout cas pas une science exacte. Pour preuve il y a autant d’économistes de gauche que de droite qui proposent des analyses évidemment contradictoires. L’économie relève des sciences dites molles ou sociale dont  la rigueur ne peut s’imposer comme en physique ou en mathématiques. Tout au plus peut-on parler d’un essai de compréhension des mécanismes de  production, d’échange,  de consommation avec parfois la prise en compte des dimensions sociales, environnementales et sociétales mais pas toujours.  Cela d’autant plus que cette science traite de relations humaines dont  les inter-réactions sont difficilement prévisibles. De ce point de vue l’utilisation de mathématiques par ailleurs très utile en économétrie ne saurait cependant conférer le titre de science exacte à l’économie. Dans son livre « Aux urnes citoyens! » paru aux éditions Les Liens qui libèrent, l’économiste Thomas Piketty veut démocratiser l’Économie. Il y explique qu’il « n’existe pas de loi économique », mais « simplement une multiplicité d’expériences historiques, de trajectoires nationales et globales faites de bifurcations imprévues et de bricolage institutionnels instables et imparfaits ».  Sur France InterThomas Piketty en a remis une couche, assurant qu’il ne se considère pas comme un économiste:  »je me vois plus comme un chercheur en sciences sociales (…) parce que les frontières entre l’économie, l’histoire, la sociologie sont beaucoup moins claires que ce que certains prétendent ». Et d’ajouter:  »ceux qui prétendent que l’économie serait une science, tellement scientifique que le reste du monde ne peut pas comprendre, qu’il faudrait juste écouter des vérités venues d’en-haut, sont des charlatans ». Ces déclarations devraient nourrir la querelle qui oppose les économistes de droite et de gauche ces derniers mois. Thomas Piketty vise notamment les deux économistes néolibéraux, Pierre Cahuc et André Zylberberg, qui ont publié en septembre « Le négationnisme économique, Et comment s’en débarrasser ». Dans cet essai considéré comme une déclaration de guerre par ses détracteurs, ils affirmaient que « l’économie est une science ». Et que ceux qui nient les résultats de ses expérimentations sont des « négationnistes ». Pour Thomas Piketty, à l’inverse, la science économique, c’est simplement « un énorme ensemble d’expériences historiques dont on dispose, et dont on peut tirer des leçons modestes pour l’avenir. Après, à chacun de se faire une idée, sans se laisser impressionner, parce que c’est une matière pour tout le monde ». Un message que le chercheur formulait déjà dans son précédent livre, le best-seller « Le capital au XXIe siècle ».

 

(Avec BFM)




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