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Economie: S’attendre à une inflation encore plus forte

Economie: S’attendre à une inflation encore plus forte

Aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe, les Banques Centrales sont sur le point d’accélérer leur mouvement de normalisation. Pourtant, nous pensons que le pic inflationniste est proche d’être atteint. Par Emmanuel Auboyneau, Gérant associé d’Amplegest.

 

Le consensus table désormais sur la mise en œuvre de l’une des hausses à hauteur de 250 points de base pour les taux courts américains d’ici à la fin de l’année, ce qui implique une nette augmentation du rythme des relèvements. En Europe, la BCE qui ne devait pas agir avant 2023 pourrait désormais procéder à sa première hausse aux alentours de septembre 2022. Le contexte inflationniste justifie cet ajustement rapide, avec des rythmes de hausse des prix très supérieurs aux objectifs des Banques Centrales. L’institution monétaire chinoise qui avait déjà remonté ses taux, peut désormais se consacrer à la préservation de la croissance domestique, menacée à court terme par la résurgence de la pandémie.

Les deux incertitudes liées à la durée de la guerre en Ukraine et à l’importance de la vague de Covid en Chine rendent l’analyse aléatoire à court terme. Dans les deux cas, une amélioration rapide aurait des effets désinflationnistes immédiats (via les matières premières pour l’Ukraine et le rétablissement de la chaîne d’approvisionnement pour la Chine). Un prolongement de ces deux aléas ne ferait qu’arrimer l’inflation à des hauts niveaux.

Pourtant, il semblerait qu’un pic soit proche pour l’inflation mondiale. Tout d’abord, on remarque une augmentation récente de la production de pétrole dans le monde (notamment aux Etats-Unis avec la réouverture de puits exploitant le pétrole de schiste). Dans le même temps la demande stagne voire décroit légèrement. Un éventuel boycott du pétrole russe pourrait contrer cette tendance mais on constate que le monde finit toujours par s’adapter aux évènements, fussent-ils une guerre. Une baisse ou même une stagnation du prix des matières premières, compte tenu des effets de base, provoquerait une décrue de la partie conjoncturelle de l’inflation. C’est une hypothèse crédible à l’horizon du second semestre 2022.

La partie plus structurelle de l’inflation liée aux salaires, aux loyers ou au sous-investissement des entreprises touche surtout les Etats-Unis, même si en Europe la perception de l’inflation par les ménages provoque davantage de revendications salariales. On constate toutefois un ralentissement de la progression du salaire horaire américain, qui reste autour de +6%. Les loyers américains sont tirés par la pénurie de logements, qui mettra du temps à se résorber. L’inflation structurelle aux Etats-Unis est bien installée mais ne devrait pas s’accélérer à court-terme.

 

L’activité économique, qui était jugée trop forte par les Banques Centrales, va ralentir sous l’effet conjugué des politiques monétaires et des évènements internationaux. Mais la croissance mondiale reste solide. La valeur du PIB américain au premier trimestre (-1,4%) ne doit pas être surinterprétée car largement dépendante d’un effet commerce extérieur (-3,2%) et stocks (-0,8%). Les composantes internes de l’activité sont toujours fortes : la consommation tient à des hauts niveaux, aidée par une épargne abondante et l’investissement des entreprises accélère pour faire face au déficit d’offre par rapport à la demande. En Europe la croissance est également en léger repli mais les dernières statistiques de la consommation, des commandes de biens d’équipement ainsi que du niveau d’emploi laissent augurer d’une activité toujours solide. Une aggravation ou une extension du conflit ukrainien serait en revanche un facteur de faiblesse de l’activité.

Le contexte de hausse des taux et les évènements internationaux ont provoqué une baisse de l’ensemble des actifs risqués : les obligations ont subi des replis significatifs en avril alors que les marchés actions ont poursuivi leur déclin. La période reste compliquée et nous incite à une certaine prudence à court terme. Pourtant, la publication des bénéfices pour le premier trimestre 2022 est globalement rassurante et nous conforte dans notre volonté de conserver à moyen terme nos positions sur de belles sociétés à forte visibilité. Ces périodes de volatilité sont propices à quelques mouvements opportunistes sur les portefeuilles risqués pour tenir compte des exagérations constatées, tout en restant focalisés sur les actifs de qualité.

Emmanuel Auboyneau

S’attendre à une inflation encore plus forte

S’attendre à une inflation encore plus forte

Aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe, les Banques Centrales sont sur le point d’accélérer leur mouvement de normalisation. Pourtant, nous pensons que le pic inflationniste est proche d’être atteint. Par Emmanuel Auboyneau, Gérant associé d’Amplegest.

 

Le consensus table désormais sur la mise en œuvre de l’une des hausses à hauteur de 250 points de base pour les taux courts américains d’ici à la fin de l’année, ce qui implique une nette augmentation du rythme des relèvements. En Europe, la BCE qui ne devait pas agir avant 2023 pourrait désormais procéder à sa première hausse aux alentours de septembre 2022. Le contexte inflationniste justifie cet ajustement rapide, avec des rythmes de hausse des prix très supérieurs aux objectifs des Banques Centrales. L’institution monétaire chinoise qui avait déjà remonté ses taux, peut désormais se consacrer à la préservation de la croissance domestique, menacée à court terme par la résurgence de la pandémie.

Les deux incertitudes liées à la durée de la guerre en Ukraine et à l’importance de la vague de Covid en Chine rendent l’analyse aléatoire à court terme. Dans les deux cas, une amélioration rapide aurait des effets désinflationnistes immédiats (via les matières premières pour l’Ukraine et le rétablissement de la chaîne d’approvisionnement pour la Chine). Un prolongement de ces deux aléas ne ferait qu’arrimer l’inflation à des hauts niveaux.

Pourtant, il semblerait qu’un pic soit proche pour l’inflation mondiale. Tout d’abord, on remarque une augmentation récente de la production de pétrole dans le monde (notamment aux Etats-Unis avec la réouverture de puits exploitant le pétrole de schiste). Dans le même temps la demande stagne voire décroit légèrement. Un éventuel boycott du pétrole russe pourrait contrer cette tendance mais on constate que le monde finit toujours par s’adapter aux évènements, fussent-ils une guerre. Une baisse ou même une stagnation du prix des matières premières, compte tenu des effets de base, provoquerait une décrue de la partie conjoncturelle de l’inflation. C’est une hypothèse crédible à l’horizon du second semestre 2022.

La partie plus structurelle de l’inflation liée aux salaires, aux loyers ou au sous-investissement des entreprises touche surtout les Etats-Unis, même si en Europe la perception de l’inflation par les ménages provoque davantage de revendications salariales. On constate toutefois un ralentissement de la progression du salaire horaire américain, qui reste autour de +6%. Les loyers américains sont tirés par la pénurie de logements, qui mettra du temps à se résorber. L’inflation structurelle aux Etats-Unis est bien installée mais ne devrait pas s’accélérer à court-terme.

 

L’activité économique, qui était jugée trop forte par les Banques Centrales, va ralentir sous l’effet conjugué des politiques monétaires et des évènements internationaux. Mais la croissance mondiale reste solide. La valeur du PIB américain au premier trimestre (-1,4%) ne doit pas être surinterprétée car largement dépendante d’un effet commerce extérieur (-3,2%) et stocks (-0,8%). Les composantes internes de l’activité sont toujours fortes : la consommation tient à des hauts niveaux, aidée par une épargne abondante et l’investissement des entreprises accélère pour faire face au déficit d’offre par rapport à la demande. En Europe la croissance est également en léger repli mais les dernières statistiques de la consommation, des commandes de biens d’équipement ainsi que du niveau d’emploi laissent augurer d’une activité toujours solide. Une aggravation ou une extension du conflit ukrainien serait en revanche un facteur de faiblesse de l’activité.

Le contexte de hausse des taux et les évènements internationaux ont provoqué une baisse de l’ensemble des actifs risqués : les obligations ont subi des replis significatifs en avril alors que les marchés actions ont poursuivi leur déclin. La période reste compliquée et nous incite à une certaine prudence à court terme. Pourtant, la publication des bénéfices pour le premier trimestre 2022 est globalement rassurante et nous conforte dans notre volonté de conserver à moyen terme nos positions sur de belles sociétés à forte visibilité. Ces périodes de volatilité sont propices à quelques mouvements opportunistes sur les portefeuilles risqués pour tenir compte des exagérations constatées, tout en restant focalisés sur les actifs de qualité.

Emmanuel Auboyneau

Macron II«A quoi s’attendre?»

Macron II«A quoi s’attendre?» 

La tribune de Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po

 

Emmanuel Macron a été largement réélu, mais avec des messages de l’électorat qu’il doit entendre, s’il veut qu’on se souvienne de ses dix ans de mandat comme un tournant historique, et non comme un moment où la France d’ «archipélisation» de la société, pour reprendre le concept de Jérôme Fourquet.

Avec au premier tour des candidats « anti-système » qui rassemblent 60 % des voix, une hausse de l’abstention et des votes blancs, puis une part substantielle de voix du deuxième tour motivés uniquement par un barrage face à l’extrême-droite, la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron peut paraître étroite.

Si la politique menée, notamment depuis 2020, n’a pas été fondamentalement remise en cause par ses concurrents, c’est sur la manière de gouverner qu’Emmanuel Macron est attendu. La promesse d’une «Révolution» et l’espoir de l’entrée dans un nouveau monde, formulée en 2017, a peiné à se concrétiser. Le paysage politique à l’issue de l’élection présidentielle de 2022 est encore plus marqué qu’en 2017, par la montée des extrêmes et la désaffection des citoyens dans le «système».

Il est essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions

Une réforme des institutions peut participer à renouer un lien de confiance. Une conférence nationale, promise pendant la campagne, devrait être lancée dans les prochaines semaines, pour formuler des propositions, si possible faisant consensus.

Cette démarche semble aujourd’hui indispensable pour retrouver une autorité de la décision publique qui a été fortement mise à mal par la montée des complotistes de tous bords, qui remettent en cause, non seulement les institutions, mais également les consensus sur lesquels reposent notre démocratie. Si la verticalité du pouvoir, pratiquée pendant la crise sanitaire, a pu faire preuve d’une certaine efficacité à court terme, elle accroît la défiance politique sur le long terme. Une décision est d’autant mieux acceptée par ceux qui y sont soumis, qu’elle a été coconstruite en amont.

Il est donc essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions. Le nouveau rôle du Conseil économique, social et environnemental peut contribuer à ce travail. Il sera également nécessaire d’inventer des modalités d’association des citoyens à la chose publique, pour élargir la culture civique, et lutter contre le repli sur soi et une «archipélisation» galopante de la société française.

Alors que les Gouvernements semblent réagir naturellement par la centralisation de la décision face à la crise, la succession de crises (crises économiques, politiques, sanitaires, sécuritaires…) rend indispensable le renforcement de la démocratie et de la consultation. Après une pandémie et une guerre à nos frontières qui ont durablement perturbé l’économie mondiale, la France ne peut plus se permettre une nouvelle crise sociale, comme celle des Gilets jaunes.

La manière dont la réforme des retraites sera menée sera décisive et donnera le ton de la capacité du gouvernement et des acteurs économiques et sociaux à travailler, en confiance. L’ambiance de ce second quinquennat d’Emmanuel Macron pourrait se jouer dans les prochaines semaines, sur la façon de faire.

Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po

S’attendre à une très longue guerre en Ukraine

S’attendre à un long conflit en Ukraine

La résistance acharnée que l’Ukraine a jusqu’ici opposée à la Russie ne suffira pas à faire reculer Moscou, qui ne consentira à négocier réellement qu’en position de force estime Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po qui prévoit aussi un long conflit

 

Après le choc initial de l’offensive russe, l’espoir semble renaître en Ukraine.

Attaqué depuis tous les points cardinaux, le pays a résisté. Alors que de nombreuses villes ont été frappées et que son centre névralgique, Kiev, se trouve dans le viseur russe, les institutions se sont jusqu’à présent maintenues. Nié dans son identité nationale par Vladimir Poutine, le peuple ukrainien a enrayé la conquête éclair de son territoire.

Contre toute attente, presque une semaine après le début de la guerre, les troupes russes n’ont pas pris le contrôle du territoire ukrainien. Signe de la limite de leur action, des négociations se sont même tenues hier entre belligérants.

On doit saluer la résilience des forces ukrainiennes. Mais on ne doit surtout pas se réjouir trop tôt, à l’Ouest de l’Europe : une deuxième vague de l’offensive russe est inéluctable. Elle est en cours et elle répond à des motivations structurelles de la présidence russe.

En effet, les autorités de Moscou ne peuvent se satisfaire de leurs avancées territoriales actuelles – aussi larges soient-elles. D’une part, la Russie n’a pas atteint ses principaux objectifs stratégiques ; d’autre part, le leadership russe s’est placé dans une situation de « vaincre ou mourir » ; enfin, dans l’état actuel des choses, le Kremlin n’aborderait pas des négociations de paix dans une position suffisamment forte pour obtenir des concessions majeures de la part du camp ukrainien et des Occidentaux. Traditionnellement, les Russes négocient quand les gains militaires sur le terrain sont substantiels.

La ligne de front est loin d’être figée et la guerre, loin d’être finie. Nous allons vivre, nous vivons déjà une « deuxième guerre d’Ukraine » qui sera encore plus violente que l’offensive de la semaine dernière.

La Russie n’a pas atteint ses objectifs stratégiques en Ukraine

Les combats ne font que commencer en Ukraine car la situation actuelle ne correspond pas au fameux « état final recherché » par les autorités russes en Ukraine – autrement dit, à la vision qu’elles se font de ce que serait leur victoire.

Si l’on examine l’agenda explicite de la présidence russe, l’« opération militaire spéciale » en Ukraine obéit à plusieurs buts : éviter un « génocide » des russophones, « dénazifier » le pays et le « démilitariser ».

Aujourd’hui, les succès militaires russes sont notables au sud, à proximité de la Crimée, dans l’est dans les territoires du Bassin du Don (Donbass), dans la région de Kharkiv et surtout au nord, dans la région de Kiev. Les forces armées russes ont même fait craindre, par leur Blietzkrieg, une disparition rapide de l’État ukrainien.

Toutefois, les autorités de Moscou ne peuvent considérer leur mission (illusoire) comme accomplie : les forces ukrainiennes sont loin d’être défaites et les institutions du pays, on l’a dit, fonctionnent. La Russie n’est pas en position d’installer un gouvernement pro-russe plus ou moins fantoche à Kiev.

Si l’on analyse la situation actuelle au vu des objectifs implicites ou cachés de la Russie, on constate que, là encore, il est impossible au Kremlin de se satisfaire des gains qu’il a obtenus jusqu’ici. L’Ukraine est plus que jamais tournée vers l’Union européenne, comme en atteste la demande d’adhésion exceptionnelle déposée par le président Zelensky, qui sera examinée au plus vite par l’UE ; l’OTAN est plus que jamais engagée en Europe centrale et orientale ; et la population ukrainienne ne s’est pas divisée.

Autrement dit, la Russie n’a pas encore obtenu, les armes à la main, ce qu’elle demande depuis plus d’une décennie, à savoir un arrimage de l’Ukraine à sa propre zone d’influence politique, militaire et économique. L’invasion n’a pas annulé la révolution de Maïdan par laquelle, en 2014, l’Ukraine avait refusé de se détourner de l’UE et de retourner dans l’escarcelle de Moscou.

La Russie est aujourd’hui condamnée à continuer la guerre sous peine de graves troubles dans ses cercles de décision.

La deuxième offensive russe promet d’être d’autant plus dure que la Russie a développé et rôdé une approche particulière des négociations de cessez-le-feu, comme l’ont montré les précédents des accords dits « de Minsk » sur le Donbass et le forum d’Astana sur la Syrie.

Depuis dix ans, les autorités russes conduisent des opérations militaires pour pouvoir ensuite (et, souvent, en même temps) négocier en position de force. Pour la diplomatie russe, il n’y a pas de solution de continuité entre guerre et négociation mais, au contraire, une imbrication permanente : quand elle estime les concessions insuffisantes de la part de l’adversaire, elle n’hésite pas à relancer les combats. Diplomatie et action militaire se complètent et s’épaulent l’une l’autre.

C’est pourquoi il apparaît que les négociations lancées hier en Biélorussie sont au mieux un premier pas, au pire une diversion. En effet, Moscou n’est pas en mesure d’obtenir, au cours de ces pourparlers, ce qu’elle veut arracher à l’Ukraine par les combats.

Tant qu’elle n’occupe pas Kiev, tant qu’elle ne contrôle pas la totalité du Donbass (au-delà du territoire des deux républiques sécessionnistes de la LNR et de la DNR) ou tant qu’elle n’a pas établi une continuité territoriale entre la Crimée et le Donbass, elle ne pourra pas obtenir la réforme constitutionnelle de l’Ukraine qu’elle exige - une réforme qui garantirait la neutralité, la démilitarisation et la décentralisation du pays.

Elle ne sera sûrement pas non plus en mesure de faire annuler les sanctions diplomatiques et économiques sans précédent adoptées par les Européens. Et elle ne pourra pas forcer une éventuelle partition de l’Ukraine pour réduire le territoire contrôlé par Kiev au statut d’État-croupion. En effet, pour Moscou, l’enjeu de négociations sera non seulement l’avenir de l’Ukraine mais également le futur de ses relations avec l’UE et donc le démantèlement des sanctions ;

Autrement dit, même si la Russie veut négocier, elle ne le fera sûrement pas depuis sa position militaire actuelle. Les opérations de guerre vont continuer jusqu’à ce que Moscou puisse négocier en position de force.

Une raison supplémentaire très puissante joue en faveur d’une nouvelle offensive russe, rapide, implacable et massive : le président russe à mis sa crédibilité personnelle dans la balance. Le 21 février dernier, il a en effet impliqué tous les membres de son Conseil national de sécurité en les consultant, devant les caméras, sur la reconnaissance par la Russie des Républiques séparatistes autoproclamées.

La décision d’envahir l’Ukraine a exposé les cercles de décision qui entourent le président russe à de nombreuses sanctions. Même si le contrôle qu’il exerce sur les institutions est fort, il se doit de montrer aujourd’hui que les coûts payés par les dirigeants valent la peine d’être supportés au regard des gains stratégiques et politiques engrangés. Or, à l’heure actuelle, la disproportion est éclatante entre les résultats obtenus et les dommages économiques, financiers et politiques subis par ces dirigeants. L’option choisie par le président russe le condamne à une victoire incontestable. Il ne n’a pas encore emportée.

Pour Vladimir Poutine lui-même, la guerre en Ukraine ne peut que se poursuivre, jusqu’à la victoire qu’il espère. Aujourd’hui la Russie s’est elle-même condamnée à mener une « deuxième campagne militaire en Ukraine ». Celle-ci sera d’autant plus meurtrière que la première a rencontré une forte résistance. Les civils des grandes villes feront assurément les frais de cette spirale maximaliste russe.

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Par Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Covid:  » s’attendre à des niveaux de contamination jamais atteints »

Covid: » s’attendre à des niveaux de contamination jamais atteints »

 

C’est le pronostic Du professeur de santé publique et d’épidémiologie Mahmoud Zureik  à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines dans le JDD. 

 

 

Avec un variant aussi transmissible qu’Omicron, peut-on imaginer une société paralysée où une grande part de la population, infectée ou cas contact, reste chez elle?
C’est le souci principal actuellement. Nous allons probablement connaître des niveaux de contamination jamais atteints. En Grande-Bretagne, le nombre de cas dus à Omicron double en moins de deux jours. Le système de soins risque donc d’être sous tension extrême, et au-delà de l’hôpital, la demande en tests et en consultations de ville sera très importante. L’impact se fera d’abord sentir sur les professionnels de santé, avec un dilemme : s’ils sont contaminés et s’isolent, il n’y aura plus assez de soignants, mais s’ils restent, ils pourraient contaminer leurs collègues et leurs patients non-Covid. Ensuite, le pays pourrait être paralysé si les métiers en première ligne, comme les caissiers, ne peuvent pas être assurés.

 

Reste-t-il assez de non-vaccinés pour submerger nos hôpitaux?
Assurément, mais même les vaccinés le pourraient, car tous n’ont pas encore reçu leur troisième dose. Il est crucial de la faire le plus rapidement possible, surtout pour les personnes âgées ou immunodéprimées. Même si elles ne sont pas suffisantes, toutes les études montrent jusqu’à présent que deux doses n’offrent qu’une protection de l’ordre de 30% contre les formes symptomatiques liées à Omicron, alors qu’avec une triple dose, on arrive à 70-75%. Après le rappel vaccinal, les anticorps neutralisants sont parfois multipliés par plusieurs dizaines rapidement. Mais il reste une question importante sur laquelle on manque beaucoup d’informations : celle de la gravité. Quand bien même la sévérité d’Omicron serait deux ou trois fois moindre par rapport à Delta – ce qui est très peu probable –, si le nombre de cas double tous les deux jours, on aura beaucoup plus de cas graves qu’actuellement. Même si on est amené à être contaminé, il faut tout faire pour ne pas être infectés tous au même moment, car la prise en charge ne sera pas la même.

A-t-on une idée suffisamment précise de la situation en France?
Ce n’est pas un hasard si l’accélération de l’épidémie s’observe dans les pays qui séquencent le plus, comme le Danemark, le Royaume-Uni ou la Norvège. On ne peut pas exclure qu’il y ait aussi un décalage avec la France comme lors de précédentes vagues, mais l’exemple de ces pays souligne l’importance, pour le pilotage de la gestion de l’épidémie, de disposer de moyens de séquençage et de criblage avec des résultats rapides.

La vaccination des enfants, qui pourrait être lancée mercredi, peut-elle jouer un rôle dans la gestion de l’épidémie?
Actuellement, l’école est le moteur principal de la circulation virale dans les pays d’Europe de l’Ouest. Les enfants développent peu de formes graves, mais on est arrivé à un niveau jamais atteint d’hospitalisations pédiatriques : 210 nouvelles entrées la semaine dernière pour les 0-9 ans. Il y a donc un bénéfice individuel ­direct, en plus de leur permettre de conserver une scolarité et de limiter la transmission dans la société. Par ailleurs, aux États-Unis où des millions d’enfants ont été vaccinés, aucun signal important de sécurité n’est apparu. Il va falloir faire campagne pour cette vaccination, inciter réellement les parents et pas seulement l’ouvrir passivement aux volontaires.

Le conseil scientifique avait ­appelé le gouvernement a instaurer des restrictions significatives pour le Nouvel An. Ce qui a été décidé vendredi en conseil de défense est-il suffisant?
Les mesures annoncées vendredi sont très timides, pas de nature à pouvoir infléchir la courbe. L’exécutif n’a probablement pas voulu entraver les fêtes, car les gens sont de moins en moins enclins à faire des efforts substantiels, ce qui est normal après deux ans de restrictions. Une forme de lassitude voire de fatalité s’est installée. Mais la vague est bien là et Omicron risque de l’aggraver dangereusement. Le virus ne connaît ni le père Noël ni la Saint-Sylvestre. Les restrictions qui n’ont pas été adoptées cette ­semaine, comme le couvre-feu voulu par le conseil scientifique pour le Nouvel An ou le prolongement des vacances scolaires, risquent d’être annoncées prochainement dans l’urgence, avec des conditions sanitaires plus dégradées. Je n’exclus pas la possibilité qu’il y ait des annonces la semaine prochaine.

Comme l’a rappelé le Conseil constitutionnel, les meetings ne peuvent être soumis au passe sanitaire. Est-ce un danger sur le plan épidémiologique?
Le virus aime la foule, le contact physique, les lieux clos mal ventilés, les personnes qui crient et chantent la bouche et le nez découverts. C’est un tableau qui ressemble fortement à un meeting politique. Ce sont donc des lieux à risque – ce qui ne signifie pas qu’ils seront systématiquement des clusters, mais la contamination y est favorisée. Le Sars-CoV-2 se moque de l’agenda politique et des échéances électorales.

Ce risque est-il encore majoré avec le variant Omicron?
À l’évidence. Omicron est ­extrêmement transmissible, avec un taux de reproduction R probablement autour de 10, c’est-à-dire qu’une personne infectée en contamine dix. Mais c’est une moyenne : un super-contaminateur peut infecter 100, 1 000, 2 000 personnes ! Pour pouvoir les infecter, il faudrait être en contact avec elles, et les rassemblements présentent les meilleures occasions. En juillet, les matches de foot de la Coupe d’Europe se sont tenus avec beaucoup de monde et des conditions d’application des gestes barrière compliquées. Des études ont montré que c’était le point de départ d’un plateau haut au Royaume-Uni, qui n’a jamais vraiment baissé depuis.

Est-il plus dangereux de fréquenter un meeting que d’aller au cinéma?
Au cinéma, on parle moins, on ne chante pas : le risque existe, mais il est moindre. De plus, on va souvent à des meetings en transports en commun, où l’on parle fort et où l’on chante déjà, et les images nous montrent que le port du masque n’y est pas toujours respecté.

Avec le taux d’incidence actuel, quelles sont les chances qu’il y ait un porteur du Sars-CoV-2 dans un meeting?
Si on fait l’hypothèse d’un taux d’incidence de 500 pour 100.000 habitants – c’est le taux actuel –, dans une salle de 2.000 personnes, il y a 42% de risque qu’au moins dix d’entre elles soient porteuses du virus. Dans une salle de 5.000 personnes, cette probabilité monte à 99,9%.

Faudrait-il rendre le passe sanitaire obligatoire dans les rassemblements politiques?
La méthode de réduction du risque la plus efficace actuellement, c’est de ne pas faire ces meetings ou de réduire leur fréquence. Et si jamais on les maintient, il faut diminuer le nombre de participants, qu’ils fassent des autotests avant de venir, qu’ils portent un masque et ne crient pas… Ça en ­réduit l’intérêt. De plus, un meeting est une démonstration de force : si une jauge de 1.000 personnes est appliquée dans un endroit qui peut en accueillir 5.000, les organisateurs fermeront l’espace pour faire croire, par les images, qu’il y a beaucoup de monde. La solution pourrait être de basculer vers une autre forme d’animation politique, une campagne 2.0.

Qu’en est-il du porte-à-porte ou de la distribution de tracts sur les marchés, moments importants d’une campagne?
Le porte-à-porte est à éviter ­absolument. Quant aux tracts distribués en plein air, si on respecte les gestes barrière et qu’on porte le masque, le risque est bien moindre.

Les candidats à l’élection présidentielle ont des avis différents sur le port du masque et la vaccination. Avez-vous des médailles d’exemplarité à décerner?
On voit bien que ce n’est pas le souci des candidats. Autant les candidats qui sont contre ces mesures font du bruit, autant les candidats qui sont pro-vaccination ne font pas vraiment campagne pour, de peur de heurter la partie réticente de la population. Depuis dix jours à la radio, qui est souvent filmée, de plus en plus de politiques portent le masque : il y a eu un petit effort, mais pas de message d’exemplarité pour sensibiliser les gens. Vraiment, ça manque. C’est comme s’ils avaient peur que ce message passe pour un soutien au gouvernement, alors que ce sont des considérations de santé publique. Un candidat qui prétend à la plus haute fonction de l’Etat doit pouvoir être au-dessus de ces questions et être capable de dire : l’important, c’est de protéger les citoyens.

La probabilité qu’un(e) des deux finalistes l’attrape entre les deux tours de l’élection est de 4%

Peut-on imaginer une campagne avec des candidats régulièrement positifs et à l’isolement?
Les femmes et les hommes politiques sont au contact direct de beaucoup de gens, et quand on multiplie les contacts, la probabilité de se faire contaminer est importante. On l’a vu avec le président et le Premier ministre français, avec de nombreux dirigeants africains, par exemple, ou avec des candidats aux élections fédérales allemandes récemment. S’il y a 11 candidats déclarés, comme en 2017, avec un taux d’incidence de 500 pour 100.000 habitants et en considérant que leur risque d’exposition est doublé à cause des contacts fréquents, la probabilité qu’un de ces 11 candidats l’attrape lors d’une campagne de cent jours est de 79%. La probabilité qu’un(e) des deux finalistes l’attrape entre les deux tours de l’élection est de 4%. La gestion de ce risque sera essentielle dans la campagne.

Ces questions sont plutôt ­absentes du contenu des débats pour le moment…
Malgré la situation à l’hôpital et en ville, la santé en général et le Covid en particulier ne sont pas dans les thèmes favoris des candidats. A l’heure actuelle, aucun n’a formulé de stratégie à moyen ou long terme pour la santé et ­l’hôpital. Même les partis politiques n’ont jamais vraiment eu de vision ou de stratégie sur la gestion de crise.

Aux dernières municipales, de nombreuses personnes âgées n’avaient pas pris le risque d’aller voter. Que se passera-t-il si les prochaines élections tombent pendant un pic de contaminations?
Si la vague est très importante, le risque existe, mais il peut être relativement maîtrisé dans les bureaux de vote. Par contre, cela pourrait dissuader des électeurs de se déplacer : la vie démocratique s’en trouve affectée. A cet égard, il est dommage que le vote électronique n’ait pas été adopté en France.

Que pensez-vous du remplacement du passe sanitaire par un passe vaccinal?
C’est une bonne mesure, car les lits de réanimation sont majoritairement occupés par des personnes non vaccinées. C’est une forme de confinement des non-vaccinés, mais dont l’effet ne se fera sentir que dans les prochaines semaines. Le moment est venu d’avoir une stratégie à moyen et à long terme, en partant du constat que le virus sera parmi nous pendant des ­années voire des décennies – ce qui ne veut pas dire que la pandémie elle-même durera autant de temps. La réponse doit être mondiale et coordonnée. L’Organisation mondiale de la santé doit prendre un rôle important, pour ne pas devenir comme l’ONU, qui ne sert plus à grand-chose. Deuxièmement, la France doit établir une stratégie proactive, opérationnelle et claire, basée sur le télétravail, la ventilation et le contrôle de la qualité de l’air et une communication grand public sur ces défis. Il faut se donner les moyens de regarder loin. Nous vivons depuis deux ans des moments difficiles et nous allons affronter encore un hiver difficile, mais dans les difficultés la force se forge et l’espoir naît. L’humanité a toujours su se relever des défis majeurs qui lui ont été imposés. Les connaissances scientifiques actuelles et à venir avec l’aide des technologies sont une chance exceptionnelle pour y faire face rapidement.

Rentrée scolaire : s’attendre à une grande vague de contamination

Rentrée scolaire : s’attendre à une grande vague de contamination

 

La réanimatrice Lila Bouadma, Membre du conseil scientifique, estime qu’il faut s’attendre à une vague de réanimation lors de la rentrée scolaire estime que les conséquences de cette explosion de la contamination chez les enfants seront également visibles dans la population globale. De fait, la vaccination sera une arme encore plus importante face à cette menace.

« Aujourd’hui, la vaccination pour les plus de 60 ans n’est pas suffisante, 85% simplement, c’est pas suffisant. Il y a un demi-million de personnes fragiles, à risques de forme grave, qui ne sont pas vaccinées, il faut les pousser à le faire. Avec cette circulation, ils seront touchés et peut-être hospitalisés », insiste-t-elle.

 

Edgar Morin : S’attendre à l’inattendu !

Edgar Morin : S’attendre à l’inattendu !

« Quelle est votre plus grande peur ? » « Aimez-vous quelqu’un ? » « Qu’est-ce qui vous apaise? »… A l’occasion de son centième anniversaire, Edgar Morin se livre, pour « Le Monde », au jeu de ce questionnaire intime.

 

Dans ce questionnaire insolite, notamment emprunté à ceux de Proust ou de Max Frisch, Edgar Morin dévoile une autre partie de sa personnalité.

Quelle est votre devise ?

Attends-toi à l’inattendu.

Quel est votre démon ?

J’en ai quatre : le doute, la foi, la raison, la poésie.

Quel est votre plus grand regret ?

D’avoir perdu ma mère à 10 ans et de n’avoir pas compris mon père.

Quelle est votre plus grande espérance ?

Que l’humanité trouve une nouvelle voie.

Quelles traces aimeriez-vous laisser de vous ?

Mon apport que constitue La Méthode (Le Seuil, 1977-2004).

Quel mort aimeriez-vous revoir ?

Les aimés et les aimées.

Quel autre, par contre, non ?

Les indifférents.

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Quelles sont les fautes qui vous inspirent le plus d’indulgence ?

Les involontaires.

Avez-vous de l’humour quand vous êtes seul ?

Ce n’est pas de l’humour, c’est le goût pour la plaisanterie, la parodie, les jeux de mots.

Peut-on apprendre à mourir ?

Il est déjà très difficile d’apprendre à vivre.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Avec trop d’incompréhensions et de malveillances.

Qu’est-ce qui vous réveille ?

L’amour.

Qu’est-ce qui vous endort ?

L’amour.

Qu’est-ce qui vous met en colère ?

Parfois une grande injustice, parfois une petite, mais je considère que la colère est un moment passager de folie.

Qu’est-ce qui vous apaise ?

La musique que j’aime.

Vous sentez-vous seul, lorsque vous l’êtes ?

Je me sens surtout seul dans la multitude.

Avez-vous toujours su ce que vous vouliez faire ?

J’ai découvert bien tard que j’ai suivi ma voie toute ma vie.

 

Quel est le travail le plus étrange que vous ayez jamais fait ?

Ecrire des livres.

Quel est le geste de la vie quotidienne que vous ne pouvez pas faire ?

Refuser de serrer une main (sauf en cas de Covid-19).

Un cadeau qui vous a déconcerté ?

La vie.

Y a-t-il des expressions que vous détestez ?

« C’est un con. »

La question qui vous tourmente ?

Pourquoi le monde, la vie, l’humanité, moi ? Pourquoi pourquoi ?

Quelle est votre plus grande peur ?

Ce fut la peur d’être appréhendé par la Gestapo.

Vous souvenez-vous de l’instant où vous êtes devenu adulte ?

Quand j’ai eu des responsabilités sur la vie d’autrui dans la Résistance sous l’Occupation.

Qu’est-ce qui vous plaît chez les autres ?

La bonté et la beauté.

Y a-t-il un lieu où vous ne retournerez pas ?

J’espère l’hôpital.

Un livre lu et relu ?

Une saison en enferLes Frères Karamazov.

Croissance : s’attendre à un effet de rattrapage

Croissance : s’attendre à un effet de rattrapage

 

.Dans un entretien à La Tribune, Bertrand Thimonier, président-fondateur d’Adviso Partners, une banque d’affaires spécialisées dans les fusions et acquisitions d’ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire), analyse l’impact de la pandémie par régions, entreprises et secteurs, et l’évolution de leur activité dans les mois à venir.

 

Comment se porte le marché des fusions et acquisitions d’ETI depuis la crise Covid ?

BERTRAND THIMONIER - Ce marché a diminué globalement de 7% sur la période 2019-2021 alors qu’il avait progressé en taux de croissance annuel moyen de 15% sur la période 2015-2018. C’est finalement un très bon chiffre compte tenu de l’énorme coup de froid qui avait tout stoppé entre mars et juin 2020.

En fait, seules les entreprises qui opèrent sur des secteurs « Covid-résistants », comme le numérique et la santé, ont réalisé des transactions, soit environ un tiers des volumes. Aujourd’hui, ces secteurs connaissent une forte appétence de la part des acteurs du « private equity » qui disposent de montants importants à investir : cette année, 18,5 milliards d’euros ont été levés et 17,8 milliards d’euros ont été investis dans l’économie française. Nous vivons ainsi un phénomène de polarisation car la hausse du nombre d’acheteurs industriels et du « private equity » pour un même nombre de vendeurs entraîne une inflation des valorisations des PME-ETI.

Comment la crise a-t-elle affecté les régions ?

Sur les transactions allant de 20 à 150 millions d’euros, les régions Ouest et Sud-Ouest ont progressé respectivement de 15% et de 9%, portées par les services informatiques et les secteurs de la santé. Par ailleurs, les entreprises qui avaient des clients partout dans le monde ont été portées par la reprise de l’activité en Asie au moment où l’Europe était confinée. A l’inverse, les régions Île-de-France et Sud-Est, qui représentent respectivement un tiers et un sixième du marché, ont connu notamment une baisse plus forte des transactions, de -9% et -16%.

Mais dans les mois qui arrivent, ces deux pôles, ainsi que les secteurs de l’hôtellerie, du tourisme et des loisirs, vont retrouver une bonne dynamique car les candidats acquéreurs vont retrouver l’aptitude à se projeter dans des projets de croissance. De même, les secteurs traditionnels, les produits et services industriels poussés par le gouvernement, et tout ce qui attrait à la consommation domestique vont certainement connaître un redéploiement.

La crise a-t-elle redéfini le paysage économique français ?

Cette crise aura accéléré beaucoup de mutations, en particulier sur la consommation des produits de proximité. Par exemple, les grands distributeurs alimentaires cherchent à proposer toujours plus de marques régionales plus proches du consommateur, voire à les acquérir. Le Made in France aussi est reconnu dans le monde entier comme source de qualité et de sécurité. Pourtant, aujourd’hui nous nous sommes rendu compte de certains manquements sur des activités stratégiques pour le pays quand la production est sous-traitée à l’international. Pendant la crise, beaucoup de produits manufacturés n’ont pas pu l’être dans les délais à cause de dysfonctionnements de livraison. Le Fabless, modèle économique de référence autrefois, va certainement être remis en cause.

Après la crise, un certain nombre d’activités vont donc être réindustrialisées en Europe, notamment dans la data, les médicaments et l’électronique. Des appels d’offres européens qui étaient jusque-là ouverts aux acteurs américains et asiatiques ne le seront plus demain.

Que pensez-vous des mesures prévues dans le plan de relance pour les TPE et les PME ?

Le gouvernement a pris les bonnes mesures dans un temps très court. Même si l’endettement gonfle, elles ont permis de sauver des pans entiers de notre industrie, qui est un élément déterminant pour notre économie et pour la cohésion sociale.

L’Etat a raison d’aider les TPE et les PME qui génèrent de l’emploi sur tout le territoire : c’est elles qui font le tissu économique de nos régions. En leur apportant des fonds propres, avec les banques de financement qui sont un poumon de la relance, il les aide à surmonter les crises mais aussi à se consolider en rachetant des compétiteurs. Ensuite, les fonds propres nourrissent l’investissement qui permet d’innover et ainsi d’optimiser la rentabilité. Je suis donc extrêmement positif sur la reprise : beaucoup de secteurs vont connaître un effet de rattrapage.

Comment le gouvernement a-t-il prévu la sortie progressive des aides aux entreprises ?

Le risque pour les entreprises des secteurs « Covid-touchés », c’est qu’un arrêt trop brutal des aides de l’Etat ne compromette leur rétablissement économique, et les pousse à la défaillance.

Leur activité repart d’abord par paliers à cause des contraintes sanitaires maintenues par l’Etat (50% pour les restaurateurs, 35 % pour les cinémas etc.). Par contre, elles font face de manière immédiate à l’accroissement de leur masse salariale. Pour les accompagner, le gouvernement a choisi d’appliquer une « dégressivité progressive » des aides et donc une sortie en sifflet. Par ailleurs, de nombreuses entreprises pourraient se retrouver en difficulté face à leurs premières échéances de remboursement du PGE car elles ne disposent pas encore du chiffre d’affaires suffisant pour commencer à rembourser le « mur de dettes » accumulé pendant la crise.

« S’attendre à d’autres pandémies » (OMS)

« S’attendre à d’autres pandémies » (OMS)

 

 

«L’histoire nous dit que ce ne sera pas la dernière pandémie et les épidémies sont une réalité de la vie», a déclaré Ghebreyesus le directeur général de l’OMS.. «La pandémie a mis en évidence les liens intimes entre la santé des humains, des animaux et de la planète», a-t-il ajouté.

 

Le directeur général de l’OMS a déclaré qu’il était temps de tirer les leçons de la pandémie de Covid-19. «Pendant trop longtemps, le monde a fonctionné selon un cycle de panique et de négligences», a-t-il déclaré. «Nous jetons de l’argent sur une épidémie et quand elle est terminée, nous l’oublions et ne faisons rien pour empêcher la suivante».

 

Un appel aussi au renforcement des moyens pour la prévention sanitaire dont les investissements sont encore très insuffisants.

Marchés : S’attendre à un coup de mou sur les marchés

Marchés : S’attendre à un coup de mou sur les marchés

 

Il faut sans doute s’attendre cette semaine à un coup de mou sur les marchés financiers avec aussi des mouvements de yo-yo qui témoignent des incertitudes concernant en particulier l’année 2020. En cause, le très net tassement de la croissance mondiale illustré par le ralentissement de la croissance économique en Chine au troisième trimestre, tombée à un plus de bas de près de 30 ans, dans le contexte du conflit commercial avec les Etats-Unis qui pèse de plus en plus sur la deuxième économie du monde. En France, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) tablait sur une croissance de 1,5% en France en 2019. Elle devrait finalement s’élever à 1,3% cette année et la prévision en 2019 est aussi de 1.3 (sans doute déjà un peu optimiste compte tenu de l’environnement international).  

 

Pour l’année en cours, la croissance française devrait se maintenir mais à un bas niveau (+0.3% pour le PIB au troisième trimestre). Il y a des inquiétudes pour l’avenir de l’industrie et les carnets de commande se tassent. En clair,  il se prépare une année 2019 encore moins bonne qu’en 2018 (autour de 1.2% pour la croissance du PIB cette année).  Selon le dernier bulletin de la Banque de France publié mercredi 9 octobre, le produit intérieur brut (PIB) tricolore progresserait de 0,3% au cours du troisième trimestre. L’institution bancaire n’a pas révisé ses prévisions par rapport à sa précédente estimation et ces chiffres sont relativement conformes à ceux de l’Insee qui table sur une croissance à 1,3% pour 2019.

Les inquiétudes sur le Brexit nourrissent le pessimisme surtout après l’échec de Johnson devant la chambre des communes de samedi.

En effet, cet accord a encore de grandes chances d’être retoqué par le Parlement britannique.

Autre facteur négatif pour la tendance: les résultats d’entreprises. Plusieurs grands noms européens ont lancé des avertissements sur leurs résultats à commencer par Renault, qui a fini lors de la dernière cotation en queue de peloton du Stoxx 600 (-11,48%). Le constructeur français a annoncé que ses ventes annuelles allaient se contracter et que sa marge serait plus basse que prévu dans l’automobile en raison de difficultés sur certains marchés dans un contexte général défavorable pour le secteur.

Dans son sillage, l’indice Stoxx de l’automobile a perdu 1,71%, la plus forte baisse sectorielle en Europe. Le géant français de l’agroalimentaire Danone a lâché 8,42% après des résultats trimestriels inférieurs aux attentes et une révision des prévisions de croissance du chiffre d’affaires pour 2019. Thales a souffert aussi (-5,44%) après avoir abaissé son objectif de croissance organique 2019 et Fnac Darty a chuté de 14,02% au lendemain de la publication de résultats trimestriels inférieurs aux attentes des analystes.

Les cours pétroliers repartent à la baisse, pénalisés par les inquiétudes sur la croissance économique en Chine, le plus important pays importateur de brut. Le Brent de mer du Nord perd 0,47% à 59,63 dollars et le brut léger américain (WTI) recule sous 54 dollars.

Restitution du grand débat : s’attendre au pire !

Restitution du grand débat : s’attendre au pire !

Pourquoi faut-il s’attendre au pire. D’abord parce que la complexité et la grande confusion de ce débat ne permettront  pas de tirer des priorités claires. En gros les préoccupations tournent autour du pouvoir d’achat, de la justice fiscale et sociale. Les autres préoccupations viennent derrière assez nettement. Ensuite parce que c’est au Premier ministre Édouard Philippe qui doit conclure l’épisode du grand débat auquel il a apporté une adhésion assez timide. Enfin parce qu’en réalité les Français ne croient pas du tout dans leur énorme majorité que ce grand débat pourra apporter une solution à la crise sociale et politique. Les conclusions du grand débat risquent donc  d’aboutir à un énorme fiasco. Même les responsables du gouvernement s’y préparent en prévenant qu’il ne faut pas s’attendre à une révolution et qu’il y aura même de grandes désillusions .Normalement le grand débat devrait être terminé, on devrait d’ailleurs connaître ce qui en est sorti et commencer  à énumérer les orientations. Force est de constater que Macron continue de s’inviter ici ou là dans le cadre juridique du grand débat, histoire de continuer à gagner du temps ou plutôt à en perdre. En effet,  les français commencent à être fatigués de cette opération à laquelle ils ne croient pas beaucoup puisqu’un récent sondage Elabe monde que 70 % des Français considèrent que le grand débat ne débouchera sur aucune solution pour résoudre la crise politique. La vérité, c’est que Macron ne pourra apporter aucune solution significative et crédible au mécontentement des Français qui porte surtout sur le pouvoir d’achat, la justice sociale et la justice fiscale aussi sur la réduction des dépenses publiques. Macron ne dispose d’ailleurs d’aucune marge de manœuvre coincée qu’il est d’une part par les critères de gestion publique imposés par l’Europe,  =par une croissance anémique et par des mesures fiscales en faveur des plus favorisés sur lesquels il ne veut pas revenir. Les conclusions de Macron suite à ce grand débat seront forcément cosmétiques ne prendront pas en charge les enjeux majeurs relatifs notamment au renouvellement du projet politique. Macron a cru piéger les gilets jaunes avec un grand débat dont il pensait qu’il allait complètement étouffer ce mouvement social voir le faire oublier. Aujourd’hui c’est lui qui est prisonnier de ce piège dont il ne pourra pas sortir indemne. On peut s’attendre de sa part à un discours fleuve embrassant la totalité des facteurs explicatifs mais sans projet clair et encore moins de décisions significatives. Pourtant l’exercice n’était pas forcément inutile. Il pouvait permettre à davantage de français de s’approprier la problématique du pays sur les enjeux majeurs. Mais il ne fallait pas promettre un débouché politique concret à ce débat à la fois beaucoup trop large également trop vague dans sa problématique. La déception risque d’être immense sans parler de l’hypothèse d’un réveil social qui n’est pas à exclure. Macron pourrait bien avoir fusillé la fin de son mandat avec cette opération politique finalement réduite à une manœuvre de communication permettant au président de justifier sa politique. Mais une sorte de fuite en avant !




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