Archive pour le Tag 'Santé'

Santé–Vaccins covid: Des prix Nobel et des dirigeants pour une dérogation à la propriété intellectuelle

Santé–Vaccins covid: Des prix Nobel et des dirigeants pour une dérogation à la propriété intellectuelle

Au rythme actuel n’a population mondiale ne pourra pas être vaccinée totalement avant 2025 en particulier dans les pays pauvres. Du coup, des intellectuels et des politiques demandent que soit faite une entorse à la propriété intellectuelle des vaccins. Plus de 60 anciens chefs d’État plus de 100 lauréats du prix Nobel demandent donc à Joe Biden une dérogation.

Une dérogation stimulerait la fabrication de vaccins et accélérerait la réponse à la pandémie dans les pays plus pauvres qui, autrement, pourraient devoir attendre des années, ont-ils déclaré dans une lettre conjointe à Biden envoyée aux agences de presse mercredi.

« Le président Biden a déclaré que personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’est pas en sécurité, et maintenant avec le G7 à venir, il y a une occasion sans précédent de fournir le leadership que seuls les États-Unis peuvent fournir », a déclaré l’ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, faisant référence à un prochain réunion des pays les plus riches du monde.

La lettre demandait à Biden de soutenir une proposition de l’Afrique du Sud et de l’Inde à l’Organisation mondiale du commerce de déroger temporairement aux règles de propriété intellectuelle liées aux vaccins et aux traitements COVID-19.

Il a déclaré que, sur la base du rythme actuel de production de vaccins, la plupart des pays pauvres devront attendre au moins 2024 pour parvenir à une vaccination de masse contre le COVID-19.

Santé : revalorisation des salaires du personnel soignant

Santé : revalorisation des salaires du personnel soignant

 

 

Plus d’un demi-million d’infirmiers, aides-soignants et autres personnels paramédicaux des hôpitaux publics bénéficieront d’une revalorisation de leurs grilles de salaires à compter du 1er octobre, a annoncé lundi 12 avril le ministère de la Santé.

Prévue par le « Ségur de la santé » signé en juillet 2020 avec une majorité de syndicats hospitaliers (FO, CFDT, Unsa), cette mesure coûtera  »un peu plus de 200 millions d’euros » au quatrième trimestre, puis  »740 millions en année pleine dès 2022″, selon le cabinet d’Olivier Véran.

Cette somme s’ajoutera aux 7,6 milliards déjà accordés aux 1,5 millions de salariés des hôpitaux et des Ehpad, du public comme du privé, via une augmentation générale de 183 euros net par mois (160 euros dans le secteur privé à but lucratif).

Les nouvelles grilles de salaires profiteront en premier lieu aux 200 000 aides-soignants titulaires de la fonction publique hospitalière, qui toucheront 45 euros net de plus par mois après un an de carrière et jusqu’à 468 euros en fin de carrière, selon le ministère. Idem pour les 153 000 infirmiers en soins généraux, qui gagneront 107 euros net de plus avec un an d’ancienneté et jusqu’à 353 euros au dernier échelon.

La revalorisation concernera aussi les infirmiers spécialisés (Iade, Ibode, IPA), les cadres de santé, les auxiliaires de puériculture, ainsi que les professions médico-techniques (manipulateurs radio) et de rééducation (masseurs-kinés).

« Pas de pandémie »: le ministre de la santé ment

« Pas de pandémie »: le ministre de la santé ment

 

 

 

Une nouvelle fois le ministre de la santé a accumulé les contrevérités par rapport à l’ampleur de la crise sanitaire ainsi a-t-il affirmé que « Nous ne sommes pas dans une vague épidémique ». Or en quelques jours nous sommes passés de 25 à 30 000 contaminés à 45 000 hier sans parler des hôpitaux à 80 % mobilisés pour les services de réanimation par le CoronavirusLe mensonge de Véran est contredit par les affirmations mêmes de l’intéressé mais le virus circule beaucoup et un peu plus chaque semaine, « Nous sommes sur un plateau montant, qui augmente de 10% par semaine », a-t-il déclaré, faisant état d’une augmentation de la « tension sanitaire et de la pression hospitalière » au cours des deux dernières semaines.

 

« Nous ne sommes pas dans une vague épidémique mais le virus circule à un niveau élevé », explique Olivier Véran, ministre de la Santé

Le ministre a comparé la situation actuelle à celle ayant précédé le deuxième confinement à l’automne, avec 3 100 malades du Covid en réanimation aujourd’hui, contre  »3 300 ou 3 400″ en octobre. « On est presque aujourd’hui au niveau des réanimations du mois d’octobre. La grande différence aujourd’hui est que la dynamique n’est pas exponentielle c’est vrai, mais à nouveau le nombre de réanimations augmente, c’est factuel », a-t-il insisté, notant que les hôpitaux sont « presque à 60% d’occupation » des lits de réanimation par des patients Covid.

« Pas de pandémie »: le ministre de la santé ment

« Pas de pandémie »: le ministre de la santé ment

 

 

 

Une nouvelle fois le ministre de la santé a accumulé les contrevérités par rapport à l’ampleur de la crise sanitaire ainsi a-t-il affirmé que « Nous ne sommes pas dans une vague épidémique ». Or en quelques jours nous sommes passés de 25 à 30 000 contaminés à 45 000 hier sans parler des hôpitaux à 80 % mobilisés pour les services de réanimation par le Coronavirus. Le mensonge de Véran est contredit par les affirmations mêmes de l’intéressé mais le virus circule beaucoup et un peu plus chaque semaine, « Nous sommes sur un plateau montant, qui augmente de 10% par semaine », a-t-il déclaré, faisant état d’une augmentation de la « tension sanitaire et de la pression hospitalière » au cours des deux dernières semaines.

 

« Nous ne sommes pas dans une vague épidémique mais le virus circule à un niveau élevé », explique Olivier Véran, ministre de la Santé

Le ministre a comparé la situation actuelle à celle ayant précédé le deuxième confinement à l’automne, avec 3 100 malades du Covid en réanimation aujourd’hui, contre  »3 300 ou 3 400″ en octobre. « On est presque aujourd’hui au niveau des réanimations du mois d’octobre. La grande différence aujourd’hui est que la dynamique n’est pas exponentielle c’est vrai, mais à nouveau le nombre de réanimations augmente, c’est factuel », a-t-il insisté, notant que les hôpitaux sont « presque à 60% d’occupation » des lits de réanimation par des patients Covid.

La détérioration de la santé de Navalny : Poutine veut tuer l’opposant actuellement en prison

  • La détérioration de la santé de Navalny : Poutine veut tuer l’opposant actuellement en prison
  • Rien évidemment ne justifie que le principal opposant à Poutine à savoir Navalny  ne soit détenu dans l’une des prisons les plus dures de Russie sinon la volonté de le tuer. Ce qui serait une seconde tentative après l’échec de son empoisonnement. Le pire, c’est que Navalny  a été condamné à deux ans et demi de prison pour avoir dérogé à son contrôle judiciaire. Or ce contrôle judiciaire n’a pas pu être respecté puisque l’intéressé était en Allemagne et luttait  contre la mort après la tentative d’empoisonnement par les services secrets de Poutine. 
  • Jusque-là les occidentaux ont protesté mais de façon assez formelle et on sait que Poutine ne connaît que la force et la brutalité!  lui,  le produit du KGB. La mollesse de la protestation occidentale vient largement de la position ambiguë de l’Allemagne vis-à-vis de la Russie. L’Allemagne en effet attend avec impatience le gaz russe dont les infrastructures sont en phase terminale. Poutine ne pardonne pas navalny d’avoir dévoilé qu’il était propriétaire d’un immense palais aux frais d’un peuple qu’il maintient dans un état de pauvreté lamentable.  Olga Mikhaïlova, l’une des avocates du principal détracteur du Kremlin, a indiqué à l’AFP que Alexeï Navalny se plaignait depuis peu de «fortes douleurs au dos», ajoutant qu’il avait commencé à ne plus sentir l’une de ses jambes mardi. L’opposant a pu voir un neurologue mais celui-ci ne lui a pas dit son diagnostic, se contentant de lui donner des cachets d’Ibuprofen, un médicament anti-inflammatoire.
  • Militant anticorruption et principal opposant au président Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, 44 ans, a survécu l’année dernière à un empoisonnement au Novitchok, agent innervant développé à l’époque soviétique à des fins militaires, qui l’avait plongé dans le coma. Revenu en Russie en janvier dernier d’une convalescence en Allemagne, il a été immédiatement arrêté et condamné dans une affaire de fraude datant de 2014, qu’il dénonce comme politiquement motivée. Depuis son arrivée au camp de Pokrov, Alexeï Navalny a pu décrire sur les réseaux sociaux à deux reprises ses conditions de détention, affirmant que sa vie quotidienne de prisonnier est comparable à celle d’un «Stormtrooper» dans le «remake russe de La Guerre des étoiles» à cause de la rigide discipline en place. Il a comparé sa colonie pénitentiaire à un «camp de concentration».

Dépenses de santé : Améliorer le rendement des soins

Dépenses de santé : Améliorer le rendement des soins 

TRIBUNE

Samantha Jérusalmy, Partner chez Elaia et Jean-David Zeitoun Docteur en médecine, docteur en épidémiologie clinique et entrepreneur proposent un moindre gaspillage et le recours à l’intelligence artificielle dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

Les dépenses de santé suivent une loi des rendements décroissants. Les Etats dépensent toujours plus d’argent pour des gains de longévité de plus en plus imperceptibles. La tendance historique est nette. C’est vers 1750 que la santé humaine a commencé à s’améliorer, alors que l’espérance de vie en France se situait entre 25 et 30 ans. Les progrès reposaient sur le traitement public des villes et la désinfection de l’environnement, la nutrition et la vaccination. Ce sont les petits humains qui en ont surtout profité, puisque la mortalité infantile a massivement baissé.

La rentabilité de ces mesures de santé publique était majeure. Elles ont poussé l’espérance de vie pendant deux siècles. Au début des années 1950, la longévité moyenne était passée à environ 65 ans. Les enfants ne mouraient presque plus et les pays industriels se retrouvaient avec des adultes qui pouvaient tomber malades. On a commencé à atténuer les maladies cardiovasculaires, dont la mortalité a baissé de façon inattendue dès les années 1960. La moitié de l’amélioration venait de la prévention et de l’éducation, l’autre moitié du traitement des infarctus. Les coûts avaient augmenté mais restaient abordables et absorbables.

Aujourd’hui, nous dépensons plus d’argent contre les cancers et encore plus contre les maladies rares. Cet argent n’est pas perdu, car, là aussi, nous progressons, mais le rendement des dépenses devient médiocre.

Deux phénomènes expliquent cette baisse de rendement.

Premièrement, l’espérance de vie est élevée et la marge se réduit. Les gains les plus faciles ont déjà été faits. On parle d’entropie de la table de mortalité. L’entropie est une fonction qui explique que plus un système évolue et moins il est capable d’évoluer, car l’énergie se disperse. Gagner un an d’espérance de vie est plus difficile à 83 ans qu’à 80 ans.

Deuxièmement, les technologies médicales coûtent de plus en plus cher à développer. La croissance économique nous avait à peu près permis de supporter ces conditions, et ce, d’autant que d’autres industries fonctionnent à rendement croissant. En schématisant, nous payons moins cher nos ordinateurs, ce qui nous autorise à investir plus pour notre santé.

Brésil -Bolsonaro : c’est le quatrième ministre de la santé !

Brésil -Bolsonaro : c’est le quatrième ministre de la santé !

Au Brésil c’est le quatrième ministre de la Santé depuis de début de la pandémie, alors que le pays est durement frappé par une nouvelle vague de Covid-19.

Lors d’une brève rencontre avec ses soutiens au palais présidentiel, Jair Bolsonaro a déclaré : « J’ai décidé ce soir de nommer Marcelo Queiroga ministre de la Santé, en remplacement d’Eduardo Pazuello » avant d’ajouter que la transition « devrait prendre deux à trois semaines ». Le général Eduardo Pazuello, sans expérience médicale, avait été nommé par intérim à ce poste en mai 2020 après la démission de l’oncologue Nelson Teich. Moins d’un mois après sa nomination, ce dernier avait été renvoyé pour « incompatibilités » avec le chef de l’Etat.

La nomination de Marcelo Queiroga, président de la Société brésilienne de cardiologie (SBC),

Le Brésil, deuxième pays le plus endeuillé par la pandémieLe Brésil est le deuxième pays le plus endeuillé par la pandémie, avec près de 280.000 morts

 

Une division « genrée » et de la santé après Covid ?

Une division « genrée » et de la santé après Covid ?

Si l’adaptation du cadre d’emploi a pu bénéficier aux travailleurs, il existe cependant une division genrée de la santé qui n’existait pas avant la crise sanitaire, analysent dans une tribune au « Monde » les sociologues Natasia Hamarat et Jacques Wels.

Tribune. On ne peut résumer la récente crise épidémique à son seul impact sanitaire. Les multiples mesures qui ont été mises en place, à différentes échelles selon les pays, incluant notamment couvre-feu, fermeture des écoles et entreprises, soins aux proches et une modification profonde des conditions d’emploi, ont aussi impacté la santé des individus, dans des proportions encore difficiles à évaluer.

Car, si les nombres de tests positifs et de décès nous parviennent de manière journalière, les effets corollaires aux mesures visant à contenir l’épidémie ne sont que peu identifiables à l’heure actuelle. En matière d’emploi, les spéculations vont bon train. La crise actuelle a redéfini les cadres de la relation au travail.

D’une part, une partie de la population a perdu son emploi de façon permanente ou temporaire. D’autre part, une part importante des salariés a vu ses conditions de travail changer, avec des variations en termes d’horaire et un développement sans précédent du travail à domicile. Cela a suscité quelque enthousiasme de la part de certains chercheurs (This Time It’s Different : The Role of Women’s Employment in a Pandemic Recession et The Impact of Covid-19 on Gender Equality, de Titan AlonMatthias DoepkeJane Olmstead-Rumsey & Michèle Tertilt) : la crise actuelle contribuerait à redéfinir la relation d’emploi et, plus encore, elle permettrait à la fois une augmentation de l’usage de mécanismes de réduction du temps de travail ou de travail à domicile et un usage moins inégal de ces mécanismes entre les hommes et les femmes.

Les résultats de certaines études montrent que les hommes ont été obligés d’augmenter la fréquence de leur contribution à l’espace familial et au travail domestique durant le confinement (The Division of Domestic Labor Before and During the Covid-19 Pandemic in Canada, Kevin Shafer, Casey Scheibling, Melissa A. Milkie, nov. 2020)

Dans ce contexte, la crise est perçue par d’aucuns comme une occasion de réformer le travail et de remettre en question la division du travail domestique, ce qui aurait en retour des effets bénéfiques sur la santé des travailleurs tant on sait que ce type de rééquilibrage contribue à l’améliorer.

Mais qu’en est-il au juste de cette égalité entre les hommes et les femmes ? L’étude des données récentes n’invite pas à l’enthousiasme. Si l’adaptation du cadre d’emploi a pu bénéficier, dans une certaine mesure, aux travailleurs, et notamment aux femmes, il existe aujourd’hui une division genrée de la santé qui n’existait pas avant la crise.

Santé-Le rapport de l’OMS sur l’origine de la Covid-19 contesté par les scientifiques

Santé-Le rapport de l’OMS sur l’origine de la Covid-19 contesté par les scientifiques

Drew Hinshaw et Jeremy Page (Wall Street Journal)

 

 

Dans un contexte de tensions croissantes entre Pékin et Washington, la délégation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) partie enquêter en Chine sur les origines de la Covid-19 envisage d’abandonner la publication de son rapport provisoire tandis qu’un groupe de scientifiques internationaux appelle à organiser une nouvelle investigation.

Dans une lettre ouverte publiée le jeudi 4 mars, un collectif composé d’un peu moins d’une trentaine de scientifiques exhorte à l’ouverture d’une nouvelle enquête internationale. Selon ses membres, la délégation de l’OMS revenue le mois dernier de sa mission à Wuhan (la ville chinoise où les premiers cas ont été signalés) n’a pas disposé des moyens nécessaires pour enquêter sur les sources possibles du coronavirus, notamment pour déterminer s’il s’était échappé d’un laboratoire.

Leur appel intervient alors que les Etats-Unis, récemment revenus sur leur décision de quitter l’OMS, appellent à plus de transparence dans le cadre de cette enquête et affirment avoir l’intention d’examiner de près le rapport sur la mission à Wuhan. Ils pressent la Chine de communiquer toutes les données utiles, notamment sur les premières infections confirmées en décembre 2019 et d’autres potentiellement survenues avant cette date.

Pendant ce temps, Pékin demande que soient organisées le même type de missions dirigées par l’OMS dans d’autres pays, y compris les Etats-Unis, afin de déterminer si le virus aurait pu naître ailleurs qu’en Chine et s’être propagé à Wuhan par le biais d’emballages d’aliments surgelés.

Cet ajournement de la publication des découvertes et des recommandations de la délégation envoyée à Wuhan, à laquelle ont participé des scientifiques et des responsables chinois qui devront approuver tout futur rapport, s’inscrit dans un contexte de controverse politique et scientifique incessante autour de la recherche de l’origine de la pandémie

Le 12 février, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a déclaré que la délégation publierait possiblement la semaine suivante un rapport intermédiaire résumant brièvement la mission à Wuhan, et que le rapport complet serait diffusé plusieurs semaines plus tard. Mais ce résumé n’a toujours pas été publié et l’équipe de l’OMS est en train d’en abandonner l’idée, explique Peter Ben Embarek, spécialiste de la sécurité alimentaire à la tête de la délégation. L’équipe de l’OMS envisage de publier un résumé en même temps que le rapport final complet, affirme-t-il. Ce rapport final « sera publié dans les prochaines semaines et comprendra des découvertes majeures », a annoncé un porte-parole de l’OMS.

« Par définition, un rapport résumé ne contient pas tous les détails, a justifié le Dr Ben Embarek. Donc étant donné l’immense intérêt que suscite ce rapport, un simple résumé ne satisferait pas la curiosité des lecteurs. »

Cet ajournement de la publication des découvertes et des recommandations de la délégation envoyée à Wuhan, à laquelle ont participé des scientifiques et des responsables chinois qui devront approuver tout futur rapport, s’inscrit dans un contexte de controverse politique et scientifique incessante autour de la recherche de l’origine de la pandémie.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a accusé la lettre ouverte de vouloir faire « du neuf avec du vieux », de désigner des coupables et de manquer de crédibilité scientifique. Il a également déclaré que la délégation de Wuhan avait conclu qu’il était « extrêmement improbable » que le virus soit sorti d’un laboratoire, hypothèse qu’il ne valait donc plus la peine d’approfondir. Ni le ministère des Affaires étrangères, ni la Commission nationale de la santé chinoise n’ont répondu aux demandes de commentaires sur le rapport de la délégation à Wuhan.

Selon un exemplaire de prépublication de la lettre ouverte, le collectif de 26 scientifiques et autres experts dans des domaines comme la virologie, la zoologie et la microbiologie ont déclaré qu’il avait été « quasiment impossible » à l’équipe de l’OMS de conduire une investigation complète, et que tout rapport était probablement voué à des compromis politiques puisqu’il devait être approuvé par le volet chinois de la délégation.

Une enquête crédible nécessiterait, entre autres choses, des entretiens confidentiels et un accès plus complet aux dossiers médicaux des cas de coronavirus confirmés ou potentiels en Chine datant de fin 2019, lorsque l’épidémie a été identifiée pour la première fois à Wuhan, affirme la lettre signée par des experts de France, des Etats-Unis, d’Inde, d’Australie et d’autres pays.

Les enquêteurs devraient aussi se voir accorder l’accès à des registres concernant l’entretien, le personnel, les élevages d’animaux ainsi que les cahiers de laboratoire de tous les laboratoires travaillant sur le coronavirus, peut-on y lire.

« Nous ne pouvons nous permettre de conduire une enquête sur les origines de la pandémie qui ne soit pas absolument rigoureuse et crédible, poursuit la lettre. A ce jour, les démarches effectuées ne constituent pas une investigation rigoureuse, crédible et transparente. »

Cet appel a peu de chance d’être entendu, puisque toute future enquête nécessiterait la coopération de Pékin. En outre, de nombreux grands spécialistes des maladies infectieuses sont sceptiques face à l’hypothèse d’un accident de laboratoire à l’origine de la pandémie.

« Il est impératif que ce rapport soit indépendant, et que les découvertes des experts soient libres de toute intervention ou modification par les autorités gouvernementales chinoises afin de mieux comprendre cette pandémie et de se préparer pour la prochaine »

Quoi qu’il en soit, il exprime un mécontentement de plus en plus partagé, exprimé par les gouvernements britanniques et américains ainsi que par de nombreux scientifiques du monde entier, face à la pénurie d’informations et de données fournies par la Chine à l’OMS pour aider les chercheurs à déterminer l’origine du virus et la manière dont il a pu contaminer les humains.

« La manière dont les premières découvertes de l’enquête sur la Covid-19 ont été communiquées nous inquiète tout particulièrement et nous nous interrogeons sur les processus sous-jacents utilisés pour les obtenir », a déclaré le porte-parole du département d’Etat américain, Ned Price. « Il est impératif que ce rapport soit indépendant, et que les découvertes des experts soient libres de toute intervention ou modification par les autorités gouvernementales chinoises afin de mieux comprendre cette pandémie et de se préparer pour la prochaine. »

La Chine a assuré à plusieurs reprises de sa totale coopération avec l’OMS et nié les assertions, notamment des responsables de l’administration Trump, que le virus aurait pu provenir d’un centre de recherches de Wuhan, dont au moins un est spécialisé dans les coronavirus des chauves-souris.

Lors de sa mission le mois dernier, la délégation de l’OMS a déclaré que ses membres et leurs homologues chinois analysaient les principales hypothèses afin de déterminer l’orientation des futures recherches. A la fin de la mission, les chefs de la délégation ont annoncé qu’ils prôneraient la conduite d’études sur les manières dont le virus aurait pu se répandre à partir de différents petits mammifères, et ne recommanderaient pas de poursuivre les recherches sur un éventuel accident de laboratoire, théorie qu’ils estimaient « extrêmement improbable. »

Cette conclusion a été saluée par Pékin ainsi que par les scientifiques de plusieurs pays qui considèrent que le virus s’est répandu de façon naturelle — très probablement par le biais de chauves-souris, ensuite possiblement via d’autres animaux jusqu’aux humains — et écarte l’hypothèse du laboratoire, considérée comme une calomnie aux motivations politiques.

Pourtant, depuis leur retour de Chine, certains des enquêteurs de l’OMS ont nuancé leurs conclusions et expliqué ne pas avoir eu le mandat, l’expertise ou les données suffisantes pour avoir pu réaliser un audit de laboratoire exhaustif. Il manquait également à la délégation d’importantes données sur les premiers cas confirmés, ou sur les patients qui avaient été hospitalisés avec le même genre de symptômes auparavant.

La possibilité d’un l’accident de laboratoire « n’est définitivement pas écartée », a affirmé le docteur Ben Embarek au cours d’un séminaire la semaine dernière. Le docteur Tedros avait quant à lui affirmé en février, après le retour de la mission, que « toutes les hypothèses [demeuraient] ouvertes et [demandaient] des analyses plus poussées. »

Les signataires de la lettre ouverte sont principalement des membres d’un groupe plus large, conduit par des scientifiques français, qui partage des articles de recherche et d’autres informations sur la Covid-19 depuis décembre. Aucun n’est associé à l’enquête de l’OMS.

Parmi eux figurent Etienne Decroly et Bruno Canard, virologues moléculaires à l’AFMB, laboratoire sous tutelle d’Aix-Marseille Université (AMU) et du CNRS.

Le docteur Decroly explique s’être impliqué après avoir conclu qu’à partir des données disponibles, il n’était pas possible de déterminer si le SARS-CoV-2 « résultait d’une zoonose issue d’une souche virale sauvage ou une sortie accidentelle de souches expérimentales ».

La lettre a notamment été coordonnée par Gilles Demaneuf, data scientist français basé en Nouvelle-Zélande, et Jamie Metzl, membre du groupe de réflexion Atlantic Council et conseiller de l’OMS sur l’édition du génome humain.

D’éminents détracteurs de l’hypothèse de la fuite de laboratoire ont publié ces dernières semaines de nouvelles recherches sur des coronavirus de chauves-souris découverts en Asie du Sud-est et au Japon, qui selon eux montrent que le SARS-CoV-2 a très probablement évolué de façon naturelle pour infecter les humains.

Robert Garry, virologue à la Tulane University School of Medicine impliqué dans cette recherche, explique que lui et d’autres collègues avaient au départ envisagé la possibilité d’une fuite ou d’un accident de laboratoire, mais qu’ils avaient fini par conclure que c’était « pratiquement impossible. »

L’administration Biden n’a pas répété publiquement les assertions spécifiques de son prédécesseur au sujet des laboratoires de Wuhan.

Les signataires de la lettre ouverte disent ne soutenir aucune hypothèse en particulier mais affirment qu’il est prématuré d’exclure la possibilité d’une fuite ou d’un accident en relation avec un centre de recherches comme le Wuhan Institute of Virology, ou WIV, qui gère des laboratoires de haute sécurité et conduit des recherches approfondies sur les coronavirus des chauves-souris.

Les chercheurs du WIV nient que le virus vienne de chez eux et affirment n’avoir ni stocké de SARS-CoV-2, ni travaillé dessus avant la pandémie. Ils soulignent qu’aucun membre de leur personnel n’a été testé positif au virus.

Les signataires de la lettre ouverte indiquent que les enquêteurs devraient envisager plusieurs scénarios possibles, y compris l’éventuelle contamination d’un employé de laboratoire par un virus évoluant naturellement pendant des prélèvements de chauves-souris dans la nature, au cours du transport d’animaux infectés ou de l’élimination de déchets de laboratoire.

Ils signalent également que les enquêteurs devraient explorer la possibilité que le SARS-CoV-2 puisse être né d’expériences « à gain de fonction », lors desquelles des virus trouvés dans la nature sont manipulés génétiquement pour voir s’ils sont susceptibles de devenir plus contagieux ou mortels pour les humains.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Bérangère Viennot)

Santé- La multiplication des variants favorisée par la lenteur de la vaccination

Santé- La multiplication des variants favorisée par la lenteur de la vaccination

 

 

 

Paradoxalement,  la campagne de vaccination très étalée pourrait favoriser la venue de nouveaux variants et même les multiplier. En effet, le virus s’ adapte et développe de nouvelles contagiosité et sa résistance aux anticorps. En se modifiant, les variants peuvent ainsi contourner les défenses immunitaires. D’une certaine façon, la lenteur de la campagne de vaccination mondiale va constituer un accélérateur de multiplication des variants. On a trouvé le variants britanniques, puis le variant sud-africain, le variants brésilien et même maintenant le variants américain.

 

Ainsi, l’immunité croissante permise soit par les vaccins, soit par les anticorps des asymptomatiques incite le virus à muter et va toucher des cibles en contournant les défenses immunitaires.

 

 

Plus la campagne sera étalée dans le temps et plus les variants vont se multiplier. Or en l’état des vaccins disponibles et des campagnes de vaccination, il paraît exclu que l’ensemble de la population mondiale puisse être vaccinée au cours de l’année 2021. Dans les pays développés comme l’Europe par exemple on propose simplement déjà un objectif de vaccination de 70 % pour l’été. Il s’agit bien entendu d’un objectif politique que la réalité sanitaire contredit. Ainsi en France pour tenir l’objectif il faudrait 5 millions de vaccinations par mois alors qu’on a vacciné en moyenne mensuellement un peu plus d’un million de personnes depuis le début de l’année.

 

Par ailleurs, la pandémie mondiale ne peut être combattue que par une politique sanitaire mondiale. Or dans ce domaine en dépit des promesses des états de l’organisation mondiale de la santé,  nombre de pays pour devront attendre pour recevoir un nombre significatif de vaccins sachant qu’ils n’ont pas les moyens de les payer eux-mêmes.

 

En attendant l’auto immunité mondiale que permettrait un plan de vaccination à la hauteur de l’enjeu, les chercheurs sont lancés dans une suite pour repérer le plus tôt possible la nature des variants notamment par le séquençage afin d’adapter rapidement en conséquence les vaccins notamment ceux à ARN messager.

Santé–Une stratégie de vaccination illisible

 

Santé–Une stratégie de vaccination illisible

 

Généraliste à Ifs (Calvados), le docteur Jacques Battistoni, président du syndicat MG France, détaille les enjeux de l’ouverture de la vaccination aux médecins de ville.( Interview dans l’Opinion)

Cette semaine, près de 30 000 généralistes volontaires vont pouvoir vacciner dans leur cabinet médical avec le produit d’AstraZeneca. Comment cela va se passer ?

Les patients vont pouvoir se faire vacciner par leur médecin jeudi et plus probablement vendredi. Nous devions participer à la campagne vaccinale quelques jours plus tôt mais la distribution en lots des vaccins aux 11 000 pharmacies qui vont fournir les médecins de ville est complexe. Les flacons de 10 doses sont conditionnés en paquet de dix et chaque médecin a le droit, pour cette semaine, à un flacon. Or, un pharmacien va alimenter en doses trois ou quatre médecins, pas davantage. Il faut donc séparer les paquets pour éviter de perdre des vaccins en route. Tout cela prend du temps.

Le patient doit-il aller chercher son vaccin chez le pharmacien ?

C’est plutôt le médecin qui se rend chez le pharmacien auprès de qui il s’est fait connaître comme vaccinateur volontaire pour récupérer les doses. Il les ramène ensuite à son cabinet en les transportant bien droit dans un sachet ou une boîte isotherme. La plupart des confrères vont consacrer une demi-journée de travail jeudi ou vendredi à vacciner les patients qu’ils auront sélectionnés.

«Les médecins ont besoin d’un document à opposer à leurs patients, leur expliquant pourquoi une personne diabétique de 65 à 74 ans n’a droit à rien, mais pourquoi la même entre 50 et 64 ans peut être vaccinée avec l’AstraZeneca»

Un peu plus d’un médecin généraliste sur deux s’est engagé dans la démarche vaccinale. Pourquoi si peu ?

Je dirai au contraire qu’il s’agit là d’un beau succès au regard des handicaps qui sont les nôtres. Le premier est circonstanciel : ce sont les vacances et certains médecins sont en congés. Ils ont aussi des enfants. Tous ne sont pas disponibles.

Ensuite, le vaccin d’AstraZeneca a souffert d’une mauvaise réputation auprès des médecins avant que la science ne démontre une efficacité de 80 %, soit bien plus que le vaccin contre la grippe. Cette petite musique a pu avoir un effet dissuasif.

Autre souci : les effets indésirables. On sait maintenant que ce type de syndromes grippaux, pas dramatiques mais inconfortables, sont plus fréquents chez les personnes les plus jeunes. Les médecins vont pouvoir informer leurs patients sur ce point.

La vaccination est conditionnée à un dispositif de priorisation des patients avec sept profils et 16 sous-profils. Est-ce que les Français s’y retrouvent ?

En l’état, la stratégie de vaccination est illisible pour les patients. Il ne se passe pas une réunion au ministère de la Santé sans que je réclame une clarification. Les médecins ont besoin d’un document à opposer à leurs patients, leur expliquant pourquoi une personne diabétique de 65 à 74 ans n’a droit à rien mais pourquoi la même entre 50 et 65 ans peut être vaccinée avec l’AstraZeneca. Cette création d’exceptions entre différentes tranches d’âge crée des tensions dans les centres de santé et des conflits entre médecins et patients. Certains font des pieds et des mains pour se faire vacciner et ont recours au système D bien français pour arriver à leurs fins.

 

Le professeur Alain Fischer a laissé entendre que le prochain vaccin du laboratoire Janssen pourrait convenir aux 65-74 ans. Est-ce une bonne idée ?

Je n’ai pas assez d’informations pour répondre par oui ou par non. Une chose est sûre : c’est plus facile pour un médecin généraliste de s’organiser avec un vaccin monodose que multidose, de le conserver dans son frigo et de vacciner au fil de l’eau. Nous voyons 100 patients par semaine, on peut sans problème en piquer la moitié. Sans contrainte, notre puissance de vaccination peut monter à plus de deux millions de Français piqués par semaine. Aujourd’hui, notre cible vaccinale est très étroite et les doses arrivent au compte-gouttes (10 doses cette semaine par médecin volontaire, puis 20 à 30 hebdomadaires ensuite, selon la demande, N.D.L.R.). Sur trois ou quatre semaines, chaque généraliste est en mesure de vacciner entre 40 et 80 personnes. Ça ne va pas assez vite.

2,4 millions de personnes de plus de 75 ans vivent seules, certaines sont très isolées. Comment amener la vaccination à elles ?

Certains de ces patients ne peuvent pas prendre rendez-vous sur Internet. Moi, ce qui me semble le plus simple, ce serait de réserver dans chaque centre de vaccination un quota de doses que les médecins passeraient prendre avant chaque tournée à domicile. Au centre, le généraliste les inscrirait sur un registre puis une fois sur place, entrerait dans le système de traçabilité l’identité du patient et son accord, la réalisation de la consultation, de l’acte vaccinal et le numéro du lot.

« Vacciner ne réclame pas uniquement un médecin pour superviser et une infirmière pour piquer. Il faut gérer les rendez-vous, l’approvisionnement, le retour d’informations aux ARS »

En Meurthe-et-Moselle, des médecins et infirmiers libéraux ont avancé 8 000 euros de leurs poches pour faire tourner leur centre de vaccination. Est-ce un cas isolé ? Les soignants de ville sont-ils suffisamment accompagnés par les agences régionales de santé (ARS) ​?

Je connais des cas similaires et c’est aussi ma situation. Je travaille dans une maison de santé et nous ouvrons un centre la semaine prochaine. Nous n’avons pas les fonds nécessaires. Vacciner ne réclame pas uniquement un médecin pour superviser et une infirmière pour piquer. Il faut gérer les rendez-vous, les agendas, l’approvisionnement, le retour d’informations aux ARS, etc. C’est du temps de travail salarié. Et sincèrement, nous n’avons pas, sur le terrain, les moyens de travailler correctement. Les médecins retraités sont rémunérés sous forme de vacation, je ne vois pas pourquoi les gestionnaires de centre ne seraient pas eux aussi payés pour leur contribution à l’effort vaccinal.

Les pharmaciens pourront prendre part à la stratégie vaccinale en mars, a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran. Cette idée ne plaît pas à tous les médecins, loin de là. Qu’en pense MG France ?

Tant que les vaccins ne sont pas en nombre suffisant, tant qu’il reste des patients vulnérables à repérer et à vacciner en priorité, c’est logique de ne pas multiplier le nombre de vaccinateurs. Cela n’apporte rien et entraîne de la confusion.

Je ne suis pas sûr que les pharmaciens aient le temps, l’espace et la logistique nécessaires. Quand la vaccination sera accessible à l’ensemble de la population de plus de 18 ans et que les doses suivront, nous en reparlerons. Quand le moment sera venu, MG France ne s’opposera pas à la vaccination en pharmacie. Mais nous n’en sommes pas là.

Santé-Vaccin : la solution Novavax

Santé-Vaccin : la solution Novavax

S’il est autorisé, le dispositif du laboratoire jusque-là moribond pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie

 

Novavax est sur le point de voir son vaccin contre la Covid-19 autorisé aux Etats-Unis. Pour les scientifiques, s’il obtient le feu vert des autorités, le dispositif pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie et afficher des avantages non négligeables par rapport à ses concurrents.

En janvier 2020, des salariés de Novavax se sont réunis dans un bar du Maryland pour essayer de savoir comment sauver leur carrière. Depuis des décennies, la petite société de biotechnologie pour laquelle ils travaillaient essayait, sans succès, de développer un vaccin. Elle possédait tout juste assez de trésorerie pour tenir six mois et son action valait moins de 4 dollars, ce qui la valorisait à 127 millions de dollars.

Aujourd’hui, après 33 ans d’existence, Novavax est sur le point de voir son vaccin contre la Covid-19 autorisé. Pour les scientifiques, s’il obtient le feu vert des autorités, le dispositif pourrait devenir une arme redoutable contre la pandémie et afficher des avantages non négligeables par rapport à ses concurrents. En effet, des données préliminaires indiquent le vaccin Novavax pourrait être le premier à empêcher la propagation asymptomatique du coronavirus et fournirait une protection plus longue.

Si le schéma à deux injections est validé, restera à fabriquer et distribuer le vaccin en grandes quantités, un défi car, à court d’argent, la biotech a vendu une partie de son outil de production en 2019.

Les investisseurs, qui avaient alors laissé l’entreprise pour morte, misent désormais sur le fait que les régulateurs approuveront le vaccin de Novavax dans les prochains mois. Résultat : l’action a bondi de 106 % depuis le début de l’année, et vaut désormais 229 dollars. Fin janvier, Novavax a publié des données préliminaires indiquant que son vaccin était efficace pour protéger contre la Covid-19 (même s’il l’est un peu moins contre le variant sud-africain, qui semble toutefois poser problème à d’autres vaccins). Les résultats des essais cliniques aux Etats-Unis pourraient être publiés fin mars.

D’ici là, la valorisation de Novavax a atteint 15,4 milliards de dollars, loin devant des entreprises qui affichent pourtant des milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, dont le géant des médicaments génériques Teva Pharmaceutical Industries.

L’autorisation de mise sur le marché serait une nouvelle preuve des bouleversements que la pandémie a provoqués sur le marché pharmaceutique. Les vaccins les plus perfectionnés ont été développés par des petits nouveaux qui se sont appuyés sur des technologies peu usitées pour imaginer et fabriquer des dispositifs beaucoup plus vite qu’avec les méthodes traditionnelles. Alors que Merck, géant du secteur, a récemment renoncé à proposer un vaccin contre la Covid-19 après des résultats décevants, des novices ambitieux (dont Moderna et BioNTech) ont mis au point, testé et produit des vaccins à la vitesse de la lumière. Et ce sont leurs dispositifs qui sont actuellement administrés à travers le monde.

Le vaccin de Novavax « semble aussi efficace que les autres vaccins, avec une durée de protection potentiellement supérieure », résume John Moore, immunologiste au Weill Cornell Medical College de New York. D’abord sceptique vis-à-vis de l’entreprise et de son produit, le docteur Moore explique que les données préliminaires l’ont convaincu au point qu’il s’est porté volonté volontaire pour les tests et a acheté des actions Novavax, qu’il a revendues depuis.

Le succès de Novavax pourrait changer la donne. Le lancement des vaccins de Pfizer/BioNTechModerna et AstraZeneca s’est révélé plus lent que prévu et les laboratoires peinent à satisfaire une demande colossale. Novavax affirme, lui, pouvoir produire plusieurs milliards de doses sur l’année à venir si la production est lancée en avril, soit autant (voire plus) que ces concurrents. La semaine dernière, Novavax a annoncé avoir conclu un accord avec Gavi, une organisation internationale basée à Genève, pour distribuer des doses à travers le monde.

« J’admire leur ténacité, leur persévérance, leur volonté de ne jamais abandonner, déclare Roger Pomerantz spécialiste des maladies infectieuses et des vaccins qui dirige aujourd’hui la biotech ContraFect après avoir travaillé chez Merck, qui a refusé de travailler avec Novavax il y a quelques années. Mais à la fin, il faut produire un vaccin. »

Contrairement aux dispositifs Pfizer et Moderna, les deux seuls autorisés aux Etats-Unis, le vaccin Novavax n’a pas besoin d’être conservé à des températures en dessous de zéro, un point fort pour les hôpitaux, cliniques et pharmacies qui n’ont pas de réfrigérateurs.

Si Novavax a utilisé des méthodes qui lui sont propres, la démarche est la même que pour les vaccins traditionnels (notamment ceux contre le zona et l’hépatite B), un élément qui a séduit les scientifiques.

Les vaccins Pfizer et Moderna reposent sur une technologie innovante qui utilise des molécules baptisées ARN messager pour apprendre au corps à créer la protéine S du coronavirus, ce qui provoque une réponse immunitaire.

Celui d’AstraZeneca utilise une autre technologie (qui s’appuie sur un virus inoffensif du chimpanzé entraînant également une réponse immunitaire) ; il est autorisé en Europe et au Royaume-Uni.

L’histoire compliquée de Novavax éclipse ses efforts. Il y a seize ans, le produit phare du laboratoire était une crème contre les bouffées de chaleur des femmes préménopausées qui ne s’est jamais vendue. En faillite, le groupe a fait appel à Gale Smith, aujourd’hui âgé de 71 ans, biologiste moléculaire qui dirigeait une petite société de mise au point de vaccins.

Novavax a choisi une troisième option : au lieu d’expliquer au corps comment fabriquer la protéine S, le laboratoire en injecte directement une version synthétique légèrement modifiée. Pour ce faire, les scientifiques du groupe ont utilisé le baculovirus, un virus propre aux arthropodes, dans lequel ils ont inséré des instructions génétiques pour produire la protéine S, puis infecté des cellules de légionnaire d’automne (un insecte aussi appelé noctuelle américaine du maïs).

Ces cellules ont été cultivées dans des bioréacteurs contenant 6 000 litres de liquide (des cuves qui ressemblent étrangement à des fûts de brasserie). C’est là que la protéine a été produite, avant d’être isolée, purifiée et injectée sous forme de vaccin, accompagnée d’un autre élément, appelé adjuvant, qui démultiplie la réponse immunitaire et rend le vaccin plus efficace.

L’histoire compliquée de Novavax éclipse ses efforts. Il y a seize ans, le produit phare du laboratoire était une crème contre les bouffées de chaleur des femmes préménopausées qui ne s’est jamais vendue. En faillite, le groupe a fait appel à Gale Smith, aujourd’hui âgé de 71 ans, biologiste moléculaire qui dirigeait une petite société de mise au point de vaccins.

Etudiant, le docteur Smith avait participé à l’élaboration de la méthode utilisant les baculovirus pour transporter l’ADN d’un agent infectieux vers des cellules d’insectes pour créer des vaccins, une méthode aujourd’hui utilisée pour le vaccin contre la grippe et le papillomavirus.

Pendant une décennie, le laboratoire l’a utilisée pour développer des vaccins contre le VIH, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la grippe porcine, Ebola ou le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS). A chaque fois, Novavax a obtenu des premiers résultats prometteurs et obtenu le soutien d’entités publiques et à but non lucratif, dont la fondation Gates.

Mais les vaccins ont échoué lors des phases suivantes ou les épidémies ont reflué, rendant un traitement moins nécessaire.

Les dirigeants ont tout fait pour remonter le moral de leurs équipes. Stanley Erck, vétéran du Vietnam âgé de 72 ans et directeur général, invitait souvent ses collaborateurs à une soirée bowling, pizza et bières le vendredi. Gregory Glenn, pédiatre responsable de la recherche et du développement, essayait lui aussi de mobiliser les troupes.

« Où trouverez-vous une mission aussi noble, aussi intéressante et aussi rémunératrice ? », a-t-il un jour demandé aux chercheurs.

Mais des dirigeants et des salariés ont fini par partir, minant le moral du docteur Glenn. Il y a quelques années, en rentrant chez lui, il s’est mis à pleurer, raconte-t-il. « J’avais le sentiment de les laisser tomber et d’avoir péché par excès d’enthousiasme », soupire-t-il.

En 2014, Novavax a racheté une société suédoise qui produit un adjuvant dérivé de l’écorce d’un arbre chilien qui renforce la réponse immunitaire générée par un vaccin.

Avec cet adjuvant, Novavax a commencé de travailler sur des vaccins contre le virus respiratoire syncytial (VRS), qui cause chaque année l’hospitalisation d’environ 58 000 enfants aux Etats-Unis et peut s’avérer mortel. En 2015, le cours de l’action a doublé quand Stanley Erck a annoncé que le vaccin pourrait devenir « le plus vendu de l’histoire des vaccins en termes de chiffre d’affaires ».

« Je suis patron d’une biotech, je suis optimiste, je le reconnais », indique-t-il.

L’année suivante, le vaccin a échoué lors de la phase 3. En novembre 2016, le lendemain de l’élection présidentielle, un tiers des salariés ont été accueillis par un message annonçant leur licenciement en raison des déboires du vaccin contre le VRS.

« Ça a été une énorme surprise, un jour triste et lugubre, les gens étaient accablés », raconte Kwanho Roh, biologiste cellulaire qui a échappé au licenciement mais a perdu un tiers de ses équipes avant qu’il ne décide de quitter la société.

En 2019, quand un nouvel essai de vaccin contre le VRS a échoué, Novavax est officiellement devenu le petit laboratoire qui n’arrive à rien. Quand Stanley Erck prenait la parole lors de conférences, ils n’étaient parfois que trois à venir l’écouter. En mai de cette même année, au moment où l’action ne valait plus que 36 cents et risquait d’être exclue du Nasdaq, Novavax a lancé un regroupement d’actions à raison de 20 actions pour une. Le titre a fini l’année en baisse de 39 % et a été sorti de l’indice biotechnologique du Nasdaq. Mais pour le docteur Smith, aucun doute : son équipe progressait sur son vaccin.

Début 2020, Novavax réalisait les essais cliniques d’un nouveau vaccin, cette fois-ci contre la grippe. Le laboratoire étudiait également les possibilités d’amélioration de son vaccin contre le VRS, qui semblait efficace, et s’était d’ailleurs rapproché des régulateurs et de partenaires commerciaux potentiels.

Les premières données du vaccin contre la grippe étaient impressionnantes, mais les salariés s’inquiétaient du manque de trésorerie. Stanley Erck, lui, savait que c’était la dernière chance de son entreprise et que certains de ses collaborateurs avaient déjà un pied dehors.

Lorsque la pandémie a frappé, les dirigeants de Novavax ont fait le choix difficile de réorienter leurs efforts vers le vaccin contre la Covid-19, au risque de retarder celui contre la grippe. Le laboratoire avait déjà travaillé sur d’autres coronavirus et estimait donc avoir ses chances.

En janvier, Novavax a acheté le gène de la protéine S auprès d’un fournisseur de Shanghai, mais les liaisons aériennes ont été suspendues et la livraison n’est jamais arrivée. Au bout de quelques jours, le bureau américain du fournisseur, situé dans le New Jersey, a accepté de produire le gène et de le livrer à Washington chez Novavax.

Quelques semaines plus tard, le laboratoire a utilisé le baculovirus pour créer un vaccin qui devait alors être testé. Mais, à court d’argent, Novavax ne pouvait pas fabriquer de doses en grandes quantités.

En mars, Stanley Erck et d’autres responsables de laboratoires pharmaceutiques se sont réunis à la Maison Blanche pour parler du vaccin contre la Covid-19. Il n’y est pas allé par quatre chemins. « Soyons honnêtes : on a besoin d’argent », a-t-il expliqué au président Trump, selon une transcription de la conversation.

Le laboratoire a obtenu 2 milliards de dollars au titre de Warp Speed, le programme public de soutien au développement du vaccin, et de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, une organisation à but non lucratif installée en Norvège. Novavax a également levé des fonds auprès d’un hedge fund.

Pour tester son vaccin, le docteur Glenn a fait appel aux chercheurs de l’université de l’Oklahoma, qui ont proposé quinze singes élevés pour la recherche médicale. Conjugués à d’autres études sur des animaux et des tests préliminaires sur des humains, les essais qui ont eu lieu ont montré une efficacité suffisante pour faire le buzz dans le secteur.

En octobre, Novavax a repoussé la date du lancement des essais cliniques aux Etats-Unis en raison de la complexité de la fabrication des doses, prenant du retard sur ses concurrents.

Pour les analystes de Stanford C. Bernstein, si le vaccin est validé, Novavax pourrait engranger 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Mais les dirigeants du laboratoire, plus conscients que quiconque du risque d’échec lors des essais cliniques, n’ont pas encore sorti le champagne

Le 28 janvier, le laboratoire a déclaré qu’une analyse intermédiaire de la phase 3 révélait que son vaccin était efficace à 89 % pour protéger les humains du virus au Royaume-Uni, où un variant commençait de circuler et d’inquiéter les autorités. En revanche, il n’est efficace qu’à 49 % contre le variant qui sévit en Afrique du Sud, a révélé une autre étude réalisée dans le pays, même si ce chiffre monte à 60 % chez les personnes séronégatives.

A l’instar des autres fabricants de vaccins contre la Covid-19, Novavax reformule son vaccin pour qu’il soit plus efficace contre les nouvelles souches.

Larry Corey, spécialiste des maladies infectieuses au Fred Hutchinson Cancer Research Center, a participé à la mise en place des essais fédéraux des vaccins contre la Covid-19. Il raconte que le dispositif de Novavax a plusieurs avantages potentiels, à commencer par le fait le vaccin contient une dose relativement faible de produit : il sera donc plus facile de produire de grandes quantités et de faire durer les stocks.

« La faisabilité et le potentiel sont très importants », affirme le docteur Corey.

Pour les analystes de Stanford C. Bernstein, si le vaccin est validé, Novavax pourrait engranger 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Mais les dirigeants du laboratoire, plus conscients que quiconque du risque d’échec lors des essais cliniques, n’ont pas encore sorti le champagne.

Les investisseurs misent sur une baisse d’environ 10 % du titre Novavax, signe d’un certain scepticisme. A titre de comparaison, le taux de positions courtes sur le S&P 500 (qui met en perspective les positions vendeuses par rapport à l’encours total) n’est que de 2,5 %.

Les résultats des essais à grande échelle aux Etats-Unis seront dévoilés fin mars. Stanley Erck affirme qu’il est inquiet mais optimiste. Ses proches sont, eux, surtout stressés. Sa femme, le docteur Sarah Frech, a ressorti il y a peu une figurine dont elle pense qu’elle porte chance.

« Elle est plus superstitieuse que moi », plaisante-t-il.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Santé-Vaccination : pourquoi Sarkozy et Véran sont-ils prioritaires ?

Santé-Vaccination : pourquoi Sarkozy et Véran  sont-ils prioritaires ?

 

Progressivement on apprend que certaines personnalités sont vaccinées alors que visiblement elles sont loin de faire partie des populations prioritaires. Rappelons que pour l’instant la  priorité concerne les plus de 75 ans et les personnes présentant de très graves pathologies. Si l’on en juge par le reportage complaisant sur Véran  qui montre son torse, on ne peut pas dire que le ministre de la santé soit réellement physiquement déficient. Ni qu’il soit prioritaire en tant que de médecin puisqu’il y a longtemps qu’il n’a pas vu un patient. Il en est de même pour Nicolas Sarkozy qui ,lui, a 66 ans et qui a été vacciné. Pour la justifier l’entourage de Sarkozy précise que c’est sur prescription médicale. En fait la même prescription pour être faite à ces millions de Français qui sont réellement prioritaires et qui attendent en vain une date de vaccination car tous les centres ou presque sont aujourd’hui fermés et où ne répondent plus à aucune sollicitation faute de vaccin.

L’entourage de Nicolas Sarkozy n’a pas précisé les raisons de cette prescription, en soulignant que l’ancien président, « comme tout citoyen, a le droit à une vie privée et au secret médical« . Interrogé jeudi sur cette information à l’occasion de la conférence de presse hebdomadaire sur l’évolution de l’épidémie, le ministre de la Santé Olivier Véran avait invoqué « le secret médical ».

« Il en va de Nicolas Sarkozy comme de n’importe quel Français, il a le droit au secret médical, donc je n’ai pas à en connaître s’il a été vacciné avant l’heure. Nous devons tous respecter les règles, nous avons tous des droits et des devoirs. Ils s’imposent à chacun d’entre nous, y compris celui de bénéficier du secret médical. Pas de commentaire donc », a-t-il déclaré. De son côté, Nicolas Sarkozy s’agacerait des lenteurs de la stratégie vaccinale du gouvernement, jugeant qu’il faut accélérer l’arrivée de vaccins pour mettre en place des « vaccinodromes ».

Prendre en compte la santé humaine mais aussi animale et environnementale

Prendre en compte la santé humaine mais aussi animale et environnementale

Dans un entretien au « Bilan du Monde », la primatologue Sabrina Krief, qui travaille depuis plus de vingt ans auprès des grands singes en Ouganda, regrette que la crise sanitaire mondiale n’a pas permis, jusqu’à présent, de faire progresser la prise de conscience de l’urgence de préserver la nature.

Ils doivent se demander pourquoi elle a disparu : cela fait des mois que Sabrina Krief n’a pas pu aller à la rencontre des chimpanzés de la région de Sebitoli, en Ouganda, en raison de la pandémie de Covid-19. La primatologue « survit » grâce aux images envoyées par son équipe, qui lui permettent d’évaluer l’état de santé des grands singes ou d’observer l’arrivée d’un nouvel individu. Depuis 2008, elle dirige des travaux sur les effets des activités humaines sur le comportement et l’écologie des chimpanzés, au nord du parc national de Kibale.

Sabrina Krief est l’une des grandes voix du combat pour sauver de l’extinction les derniers grands singes. Les quelques milliers d’entre eux qui vivent encore à l’état sauvage, en Afrique et en Asie, pourraient avoir disparu d’ici une trentaine d’années. Et la crise sanitaire mondiale n’a pas permis, jusqu’à présent, de faire progresser la prise de conscience de l’urgence de préserver la nature, s’alarme la chercheuse.

Comment avez-vous vécu l’irruption de la pandémie qui frappe la planète ?

Sabrina Krief.- J’ai bien sûr été surprise par son ampleur, je n’aurais jamais imaginé ça. Mais la survenue d’une telle pandémie était une de mes craintes. Je suis vétérinaire de formation et mon travail de recherche porte sur les interactions humains-pathogènes-faune sauvage. Il s’agit de voir comment humains et grands singes peuvent utiliser leur environnement, de façon relativement similaire, pour prévenir les maladies ou améliorer leur santé. Je savais donc que la proximité entre les humains et les grands singes était un facteur important de passage de pathogènes et que cette proximité était accrue par l’anthropisation du milieu.

Là où je travaille avec mon équipe, en Ouganda, les zones agricoles sont très proches de l’aire protégée où vivent les grands singes. En période de maturité du maïs en particulier, qui attire les chimpanzés, ceux-ci se retrouvent dans une grande promiscuité avec les populations locales, qui vivent dans des conditions de pauvreté extrême et d’hygiène réduite. Le passage d’agents pathogènes est alors vraiment important. Mon modèle d’étude porte sur les grands singes, mais tout cela est vrai pour d’autres espèces.

Chez les grands singes, la plus forte cause de mortalité connue, en dehors des menaces directes telles que le braconnage, ce sont les maladies respiratoires. Nous mettons donc en place des moyens pour prévenir à tout prix la transmission de ces maladies. Nous avons des mécanismes de surveillance dans les villages et en cas d’épidémie respiratoire, on augmente encore les précautions. Les masques, la distanciation entre nous et les animaux, ou entre humains quand il y a la moindre crainte de maladie, c’était déjà notre quotidien au travail avant la pandémie !

Il y avait aussi déjà eu toutes ces alertes qui nous avaient fait prendre conscience de la rapidité de la propagation de maladies infectieuses émergentes et de leur amplification sous l’effet de certaines menaces. La déforestation, le maintien à un niveau élevé du commerce d’animaux sauvages vivants, on l’observe au quotidien sur le terrain.

Dès le début de cette crise, nous nous sommes dit qu’il fallait que ce soit le facteur qui permette d’enclencher un mouvement beaucoup plus général en faveur de la protection de l’environnement. Elle a peut-être permis de poser de façon encore plus claire le constat global sur les liens entre pandémies et érosion de la biodiversité.

Dans notre microcosme, chez les vétérinaires, on sent une motivation beaucoup plus importante pour mettre en œuvre l’approche « One Health » (« une seule santé »), qui permet d’intégrer les santés animale, environnementale et humaine.

Mais, à une échelle plus large, j’ai l’impression que l’économie a pris le dessus et que l’origine de la pandémie est déjà oubliée. Je ne suis pas certaine que le fait qu’il faille anticiper et prévenir d’autres crises sanitaires soit vraiment intégré par les responsables politiques et les citoyens. La notion d’urgence n’a pas été ressentie par tous.

On revient donc à l’opposition entre urgence environnementale et urgence économique…

Mais la solution aux problèmes économiques ne passe-t-elle pas aussi par une transformation de cette économie ? L’idée du « monde d’après », c’était de se dire que, pour que l’économie reparte sur des bases plus saines, il fallait accélérer la transition écologique.

« Ce qui fait défaut, c’est la volonté de renforcer l’application des lois qui existent déjà »

Ce qui fait défaut, c’est la volonté de renforcer l’application des lois qui existent déjà. Nous avons une stratégie de lutte contre la déforestation importée, un plan pour la protection de la biodiversité, des réglementations contre le trafic d’animaux sauvages, le traité international de l’accord de Paris sur le climat. Il manque une mise en œuvre efficace.

La stratégie de lutte contre la déforestation importée a été signée il y a deux ans. Est-ce qu’on arrive à faire un premier bilan ? On sait pourtant que la déforestation accroît le risque de transmission de pathogènes.

Comment observez-vous l’érosion de la biodiversité sur le terrain ?

Il y a vingt ans, il y avait encore des fragments forestiers autour du parc de Kibale, qui est une aire protégée. Ils ont depuis été grignotés par les populations locales parce que celles-ci n’ont plus accès au cœur de la forêt. En la mettant sous cloche, on a créé une rupture entre l’aire protégée et ces communautés qui ont reporté leur activité, parfois destructrice, sur les petits fragments forestiers. On se retrouve avec un îlot de forêt entouré de zones agricoles, marquées par une augmentation de la densité de population et des infrastructures. Cette promiscuité entre la population pauvre et la faune sauvage, amenée à sortir du parc parce qu’il y a des cultures attractives, est de plus en plus criante.

En parallèle, on a analysé l’eau des rivières. Au cœur des territoires des chimpanzés, on retrouve quinze pesticides en cocktail. On décèle aussi du bisphénol dans leurs poils, qui provient a priori des bouteilles en plastique jetées autour du parc. La pollution atteint le cœur de la forêt tropicale.

Comment faut-il orienter les politiques de conservation de la nature ?

L’idée de réensauvager en gardant un cloisonnement entre des aires pour les humains et des aires pour la faune sauvage, je pense que ce n’est pas la solution. En tout cas pour les zones que je connais. L’aire protégée où je travaille n’a aujourd’hui que des inconvénients pour les populations locales. Elles en ont été expulsées, la faune vient détruire en une nuit les cultures qu’elles ont mis des mois à faire pousser, on leur interdit l’accès à des ressources médicinales et à des lieux sacrés… On ne peut pas imaginer qu’elles puissent protéger ces aires dans ces conditions. Il n’y a aucune gouvernance collective, chacun défend son petit lopin de terre.


Ce sont des questions qui font débat au niveau mondial. Faut-il rester sur le modèle des parcs nationaux comme celui de Yellowstone, aux Etats-Unis, ou faut-il autoriser des activités traditionnelles qui ne soient pas destructrices ?

Plusieurs rendez-vous internationaux (la COP15 sur la biodiversité, la COP26 sur le climat, le congrès de l’Union internationale de conservation de la nature…) prévus en 2020 ont été reportés. Ces reports auront-ils des conséquences ?

L’urgence était évidemment de se poser et de réfléchir à la pandémie. On espère revenir avec des constats plus solides et des ambitions encore plus fortes en 2021. En même temps, on sent vraiment aujourd’hui le décalage entre les beaux discours et la difficulté de la mise en application, entre la réalité du terrain et ce qui se passe au niveau économique.

Des changements en profondeur du système économique, tels que le recommandent les Nations unies ou les ONG pour protéger la biodiversité, sont-ils possibles ?

La question est surtout : est-ce faisable dans les temps ? Cette question de la temporalité se pose aussi pour nous, à propos du temps de la recherche et du temps de l’action. En Ouganda, nous menons un projet visant à avoir une ceinture d’agriculture biologique autour du territoire des chimpanzés, en travaillant avec les communautés locales à une conversion vers une agriculture plus raisonnée et plus équitable.

Si on a engagé ce projet maintenant, c’est parce que l’on n’a pas le temps d’attendre le résultat des études scientifiques pour savoir si les malformations faciales que l’on observe chez les chimpanzés ont bien une même cause et quel est le pesticide précis qui en est responsable.

De toute façon, ce que l’on voit dans les rivières et autour du parc avec ces plantations mono-spécifiques et ces mélanges détonants d’intrants, ces champs de thé à perte de vue dont les consommateurs sont des Occidentaux ou des Pakistanais ou des Japonais, ça ne peut pas marcher. Il faut un changement le plus rapide possible.

Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir aujourd’hui ?

C’est la force de vie de la forêt tropicaleSi on lui laisse une toute petite chance, elle peut se régénérer ! C’est aussi, malgré cette ambiance pesante, l’engagement de beaucoup de citoyens. Une envie d’agir aussi collectivement : on se rend peut-être encore plus compte, en étant isolé et confiné, que cette solidarité est essentielle.

Sabrina Krief est spécialiste de l’écologie comportementale des chimpanzés, rattachée au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Elle dirige une équipe de recherche sur les primates dans le parc national de Kibale, en Ouganda, depuis 2008. Elle a notamment publié Chimpanzés, mes frères de la forêt (Actes Sud, 2019).

 

 

Cet article est tiré du « Bilan du Monde » 2021. La nouvelle édition est en vente dans les kiosques à partir du lundi 18 janvier ou par Internet en se rendant sur le site Boutique.lemonde.fr

 

Coronavirus: alerte pour la Haute autorité de santé

Coronavirus: alerte pour la Haute autorité de santé

les scientifiques de la Haute autorité de santé alertent les pouvoirs publics sur la gravité de la situation. Il y a bien sûr le nombre de contaminés, le nombre d’hospitalisés mais surtout le nombre de patients en réanimation, qui est l’un des principaux paramètres observés par les pouvoirs publics et qui  est passé lundi au-dessus de 3.000. C’est ce paramètre qui risque de provoquer un nouveau débordement dans les hôpitaux publics et qui témoigne que les mesures en cours sont insuffisantes par rapport aux enjeux notamment de la pénétration accélérée des variants. Les pouvoirs publics ont décidé pour l’instant de se taire et d’attendre une évaluation du couvre-feu. Mais les données sur ce point ne prouvent pas grand chose sinon qu’au mieux elles ont légèrement ralenti dans certains départements la progression du virus, au pire qu’elles n’ont rien changé. La question n’est d’ailleurs pas tellement sanitaire pour le gouvernement mais politique. Comment en effet annoncer des mesures de recours confinement sans prononcer le mot ?

“C’est un moment inquiétant. Nous sommes tous inquiets puisque nous savons que ce variant anglais va arriver et plus il arrivera sur une situation épidémique déjà élevée, une circulation du virus élevée, pires seront les conséquences”, a poursuivi la présidente de la HAS.

“Une exponentielle, une fois qu’elle est lancée, on ne peut plus l’arrêter. Aujourd’hui, grâce aux modélisations des épidémiologistes, on sait prévoir dès le début de la courbe. Donc il faut à la fois prendre des mesures assez tôt pour éviter d’être en plein dedans et limiter la hauteur du pic, et pas trop tôt non plus car un confinement vous voyez bien à quel point c’est terrible pour tout le monde.”

“On va le savoir très vite (si on est au début de la courbe exponentielle). C’est grâce à cette montée en quinze jours qu’on va pouvoir prévoir le reste”, a déclaré Dominique Le Guludec.

Société-La remise en cause totale de notre système de santé

Société-La remise en cause totale de notre système de santé

 

La pandémie du coronavirus a causé déjà des milliers de morts en France, et son pic est encore loin d’être atteint. On s’aperçoit soudain que notre système de santé recèle de graves faiblesses. Constat de Claude Sicard, économiste et consultant international.

Nos hôpitaux manquent gravement de respirateurs, nous n’avons que très peu de masques pour satisfaire les besoins des personnels exposés, et les personnels hospitaliers sont totalement débordés. Par ailleurs, notre industrie est incapable de produire ne serait ce que les tests de dépistage du virus, et nous n’avons pas de fabricant de respirateurs alors que les Allemands en ont deux et les Suisses un, qui est le plus réputé mondialement. Aussi, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique et des hôpitaux de Paris s’est-il vu obligé de lancer, le 25 mars dernier, un appel angoissé à l’aide, indiquant que la situation était alarmante : « Je n’ai plus qu’une visibilité de 3 jours seulement », a-t-il averti.

Jusqu’ici, les Français s’étaient laissés bercer par l’idée que notre système de santé était l’un des meilleurs du monde, et les enquêtes d’opinion montraient, effectivement, que le public était tout à fait satisfait de la qualité des soins dans notre pays.

Un sondage Odexa effectué en mai 2019,par exemple, indiquait que parmi les personnes ayant eu à fréquenter ces deux dernières années un hôpital, le taux de satisfaction atteignait 86 %. Et, dans la population, en général, le service de santé français, dans cette même enquête, se révélait jouir d’une très bonne image, le taux de satisfaction étant de 71 % pour le secteur public, et de 77 % pour le secteur privé.

Face donc à la crise actuelle, les faiblesses de notre système de santé apparaissent soudain au grand jour. Déjà, d’ailleurs, depuis le mois de mai 2019, avons-nous pu assister à de nombreuses grèves des personnels soignants dans les hôpitaux, et tout particulièrement dans les services d’urgence de nombreux établissements publics. Et l’on a vu, récemment, mille chefs de service ont démissionné de leur fonction d’encadrement pour protester contre l’absence de réponse à leurs revendications. La Cour des comptes, elle même, dans un rapport de février 2019, n’avait pas manqué de lancer, de son côté, un cri d’alarme disant que notre système de santé est « à bout de souffle ». Ainsi donc, Emmanuel Macron, à l’occasion de sa visite, le 25 mars à Mulhouse à l’hôpital de campagne installé en urgence par l’armée dans le parking de l’hôpital Emile Muller, s’est il vu obligé d’annoncer, pour calmer les inquiétudes, le lancement prochain d’« un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières ». Marcel Gauchet, dans un excellent article dans Le Figaro du 26 mars, nous dit : « Toute les crises ont un effet de loupe », et il s’interroge : « Sommes nous, réellement, parmi les meilleurs du monde ? Nous l’avons été, mais nous ne le sommes probablement plus ».

Il nous faut donc voir par où pèche notre système de santé, un système qui se trouve complètement débordé aujourd’hui par l’épidémie du coronavirus. Et il nous faut, pour cela, effectuer quelques comparaisons avec des pays voisins, car on ne peut pas raisonner d’une manière abstraite : nous retiendrons, pour cela, quatre pays proches de nous, deux ayant un PIB/tête sensiblement inférieur au nôtre, et deux qui se trouvent soit au même niveau, cas de la Grande-Bretagne, soit légèrement au-dessus, cas de l’ Allemagne.

Les dépenses de santé en France

Généralement, les économistes, pour caractériser les dépenses de santé des pays, retiennent le ratio « Dépenses santé/PIB », et l’on a, alors, les chiffres suivants :

Dépenses de santé/PIB

Espagne : 9,1 %

Italie : 9,0 %

France : 11,1 %

Grande-Bretagne : 9,9 %

Allemagne : 11,0 %

Il nous parait plus judicieux de corréler les dépenses de santé des pays avec les PIB/tête, et c’est ce que montre le graphique ci-dessous où les dépenses par habitant sont celles données par l’OCDE pour 2018 :

Corrélation PIB/capita-dépenses de santé/tête (US$)

 

 

Cette approche présente le mérite de pouvoir définir une norme, celle-ci étant donnée par l’équation de la droite de corrélation. On voit sur ce graphique que nos dépenses de santé par personne se trouvent nettement au dessus de la droite de régression, et son équation indique que nous avons un excès dépenses qui se monte à 8,9 % , ce qui représente au niveau national la somme de 23 milliards d’euros.

Le nombre de lits

De nombreuses statistiques existent sur le nombre de lits d’hôpitaux par pays :nous retiendrons les données de l’OCDE :

Nombre de lits/1.000 habitants

Espagne : 2,5

Italie : 3,0

France : 6,5

Grande-Bretagne : 2,3

Allemagne : 8,0

La France n’est donc pas en sous équipement à cet égard. Dans les pays pauvres, on en est à seulement 2 lits pout mille habitants. Mais dans les pays plus riches que nous les chiffres ne sont guère différents : la Suisse qui est le pays le plus riche d’Europe, en est à 4,2 seulement.

La France et l’Allemagne constituent des cas à part : ce sont des pays où les soins hospitaliers tiennent une place très importante dans leur système de soins.

La consommation de médicaments

Nous nous en référerons, ici aussi, aux données de l’OCDE :

Consommation de médicaments /personne (2017)

(En US $ )

Espagne : 403,8

Italie : 527,7

France  : 502,0

Grande-Bretagne : 403,8

Allemagne : 596,6

L’Allemagne qui est le pays le plus riche de ceux figurant sur ce tableau est à un niveau supérieur au nôtre. La France se situe, elle, sensiblement à sa place, dans cette comparaison. Dans les pays pauvres comme la Turquie ou le Chili on en est à une consommation de 200 à 230 euros par habitant, mais dans les pays plus riches que nous les consommations ne sont pas supérieures à la nôtre : la Suède en est à 484,9 dollars, et la Norvège à 501,5 dollars.

Toutefois, dans le cas de la France, il existe une particularité : la consommation d’antibiotiques est anormalement élevée, avec 30,3 g pour 1 000 habitants, contre 14,1 g pour l’Allemagne, et 19,6 g pour la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas, quant à eux, en sont à 10,4 g seulement pour 1 000 habitants.

Les personnels de santé

Les données, en ce qui concerne les personnels de santé, sont suivies régulièrement par l’OCDE. Elles sont les suivantes :

Personnel pour 10 000 habitants

Médecins                       Infirmiers                   Dentistes

Espagne                         33                                    76                                    5

Italie                               37                                     72                                    6

France                            34                                     80                                    7

Grande-Bretagne           23                                    128                                  10

Allemagne                      34                                      80                                    8

 

La France parait être tout à fait dans la norme ; en Grande-Bretagne, il y aurait donc pénurie de médecins, et cela expliquerait le ratio élevé d’infirmiers ou autres assistants médicaux. Quant aux pays pauvres, ils en sont à 12 à 15 médecins pour 10 000 habitants, et à 25 personnels infirmiers pour 10 000 habitants.

Les équipements de pointe

On dispose de peu de données dans ce domaine, et nous avons relevé les suivantes :

IRM                                    Capacité d’accueil en soins intensifs

(Année 2015)                                   (Nb de lits/100.000 hab)

Espagne                     737                                                          10,0

Italie                        1 715                                                           12,5

France                        836                                                          12,0

Grande-Bretagne       467                                                           7,0

Allemagne              2 747                                                           30,0

 

En 2018, en France, le nombre d’équipements en IRM avait certes progressé, et l’on en était arrivé à 960 appareils ; en scanners, selon les dernières statistiques connues, on en était à 1.103 appareils en France, contre 2.023 en Italie, et 2.866 en Allemagne. La France, et davantage encore la Grande-Bretagne, apparaissent donc comme des pays fortement sous-équipés ; l’Allemagne, par contre, est remarquablement dotée.

Les hôpitaux

Les statistiques en cette matière, sont très diverses, et seulement une comparaison avec l’ Allemagne parait possible :

Nombre d’hôpitaux         Nombre de lits         Nombre de lits/hôpital

France                         3 044                        450 000                        148

Allemagne                  1 400                        640 000                          457

 

Dans le cas de la France, il faut faire une séparation entre le secteur privé et le secteur public :

Capacité hospitalière

Secteur Public                                                     60 %

Secteur privé lucratif                                           20 %

Secteur privé non lucratif                                    15 %

Autres                                                                   5 %

______

Total                                   100

Dans le secteur privé la taille des hôpitaux est généralement plus faible que dans le secteur public, et en introduisant cette distinction on aboutit pour le secteur public à une moyenne de 247 lits par hôpital. Mais cette moyenne n’est pas très significative car elle est la résultante de tailles très diverses dans les hôpitaux publics : il existe, en effet, 320 petits hôpitaux publics locaux qui auraient en moyenne 70 à 80 lits seulement, avec une structure comportant, par exemple, 14 lits médicaux,23 lits en SSR (soins de suite de réadaptation) et 36 lits en ULSD (Unité de soins de longue durée).

Par comparaison avec l’Allemagne, la France se caractérise donc par un plus grand nombre d’hôpitaux, mais des hôpitaux beaucoup plus petits, avec les inconvénients que cela entraîne en matière d’équipements de pointe à multiplier, et de frais de gestion. La proximité se paye par un sous équipement, et, au plan des personnels, par des effectifs globalement excédentaires mais mal répartis, plus, pour couronner le tout, des frais de gestion élevés (23 % supérieurs à la moyenne européenne).

La difficile situation financière des hôpitaux publics

La situation financière des hôpitaux publics en France est préoccupante, mais les personnels médicaux paraissent l’ignorer. Ils réclament toujours plus de moyens et dénoncent une « gestion comptable » de la santé en France : il est vrai que les 35 heures de Martine Aubry ont causé dans les hôpitaux publics beaucoup de dégâts. Depuis 2006, les comptes d’exploitation des hôpitaux publics présentent régulièrement des résultats négatifs, et, ces dernières années, il s’est agi de pertes considérables qui ont oscillé entre 600 et 800 millions d’euros chaque année.

Déficit annuel des hôpitaux publics (millions €)

2016 : 529

2017 : 850

2018 : 650

2019 : 900

 

Aussi la dette des hôpitaux publics s’élève-t-elle maintenant à 30 milliards d’euros, et elle coûte en frais financiers 850 millions d’euros chaque année.

Les investissements ont ainsi dangereusement chuté : ils ne sont plus à présent que de 2,5 à 3 milliards par an, alors que les charges d’amortissement s’élèvent à 6 milliards d’euros. Le flux d’investissement annuel est donc totalement insuffisant pour maintenir l’ensemble du dispositif en état correct de fonctionnement, et les directeurs d’hôpitaux s’en inquiètent, à juste titre. Ils ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, estimant qu’il leur faudrait investir environ 8 % du chiffre d’affaires, soit 7 à 7,5 milliards d ’euros chaque année.

A propos de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, où il était demandé au secteur hospitalier une économie de 800 millions d’euros, Fréderic Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) a déclaré : « Dans les faits, on va vers une mort lente de l’hôpital ».

L’Etat s’est donc finalement engagé à alléger la dette colossale des hôpitaux publics en en prenant à sa charge un tiers, soit 10 milliards d’euros, ce qui va quelque peu soulager les comptes d’exploitation de ces établissements.

Un besoin urgent de remise en cause du système hospitalier français

Le président de la fédération hospitalière française a déclaré dans une interview récente sur une radio : « On est à l’os ». Il est demandé, sans cesse, aux directeurs d’hôpitaux de faire des économies, mais sans que l’on s’attaque aux problèmes de fond qui sont de trois ordres : la structure du parc des hôpitaux en France, le statut des personnels, et le système de facturation des activités. Aussi, les quelques économies qui ont été faites (7 milliards d’euros en dix ans) n’y ont rien changé.

Au plan de la structure, tout d’abord : il y a beaucoup trop d’hôpitaux, et donc bon nombre d’entre eux sont de trop petits hôpitaux. Ils seraient à fermer, mais c’est extrêmement difficile, politiquement, car la population réagit vivement dès que l’on annonce la fermeture d’un hôpital de proximité. En Allemagne, on est passé de 2 258 hôpitaux en 1997 à 1 400 actuellement, et la fondation Bertelsmann considère qu’il faudrait en fermer 600, ce qui amènerait la moyenne à 800 lits/hôpital. Et certains spécialistes voudraient aller encore plus loin. Ainsi, en Belgique, Paul Otreppe, président de la Fédération belge des directeurs d’hôpitaux, a déclaré : « Pour être efficace, un hôpital doit avoir 2 000 lits ». L’hôpital Pompidou, à Paris, en a 1 452.

Le problème de la structure du réseau est donc fondamental, mais, au niveau du gouvernement, on n’ose pas l’aborder.

Au plan du statut des personnels, on sait qu’il s’agit du statut de la « Fonction publique hospitalière », un statut donc de fonctionnaire, avec les rigidités que cela représente pour les directeurs d’hôpitaux qui sont contraints de respecter les règles très strictes qui régissent ces personnels : mutation d’un poste à un autre très difficile, interdiction de licencier, progression des salaires à l’ancienneté, etc….

Au plan de la facturation des soins, enfin : le système en vigueur est, depuis 2004, celui de la tarification à l’acte (T2A), et il s’y rajoute chaque année des dotations forfaitaires (DAC) pour tenir compte de services particuliers rendus par ces types d’hôpitaux : recherche, enseignement…. Certains professionnels proposent d’abandonner ce système pour passer à un système qu’ils appellent le « système de parcours de soins ».

La tâche est donc immense, et vouloir s’attaquer à la reforme de notre système hospitalier sera aussi difficile et perturbant que l’est, actuellement, le chantier de la reforme du système des retraites. Peut être la crise du coronavirus pourrait-elle être l’occasion à saisir pour s’attaquer aux problèmes de fond qui sont à régler pour faire fonctionner correctement notre système hospitalier public. Il s’agit de 52 % des soins dans notre pays.

On sait que les Allemands, de leur côté, sont parvenus à régler sereinement leur problème : ils ont privatisé les hôpitaux déficitaires et laissé les Länder gérer les hôpitaux, c’est à dire réalisé en douceur une réelle décentralisation. Il y eut même un CHU qui fut privatisé, en 2005, racheté par le groupe Rhön Klinikum AG. Le secteur public a été ramené ainsi de 40,7 % du marché en 1997 à 23,8 % actuellement.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

Climat, santé etc. : Biden revient sur les décisions de Trump

Climat, santé etc. : Biden revient sur les décisions de Trump  

 

Il s’agit de rompre de manière symbolique mais aussi réelle avec les orientations les plus significatives de Trump notamment sur le climat et la santé. La fameuse construction du mur avec le Mexique sera aussi abandonnée.

«Certaines des actions exécutives que je vais signer aujourd’hui vont aider à changer le cours de la crise COVID, nous allons lutter contre le changement climatique d’une manière que nous n’avons pas encore fait et faire progresser l’équité raciale et soutenir d’autres communautés mal desservies », a déclaré Biden. «Ce ne sont que des points de départ»

Biden a notamment signé un document pour entamer le processus de réintégration dans l’accord de Paris sur le climat et a publié une ordonnance de grande envergure visant à lutter contre le changement climatique, y compris la révocation du permis présidentiel accordé au litige oléoduc Keystone XL.

Parmi une série d’ordonnances concernant l’immigration, Biden a révoqué la déclaration d’urgence de Trump qui a aidé à financer la construction d’un mur frontalier et a mis fin à une interdiction de voyager dans certains pays à majorité musulmane.

Les plans du premier jour n’étaient que le début d’une vague d’actions exécutives que Biden prendrait peu après son entrée en fonction, a déclaré son attachée de presse, Jen Psaki.

« Dans les jours et les semaines à venir, nous annoncerons des actions supplémentaires de l’exécutif pour faire face à ces défis et tenir les promesses du président élu au peuple américain », a déclaré Psaki.

D’autres actions incluraient la révocation de l’interdiction du service militaire par les Américains transgenres et le renversement d’une politique qui bloque le financement américain pour les programmes à l’étranger liés à l’avortement.

Sur le plan économique, Biden a demandé aux Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis de prolonger un moratoire sur les expulsions jusqu’à la fin du mois de mars et au ministère de l’Éducation de suspendre les paiements de prêts étudiants jusqu’à la fin de septembre.

La remise en cause totale de notre système de santé

La remise en cause totale de notre système de santé

 

La pandémie du coronavirus a causé déjà des milliers de morts en France, et son pic est encore loin d’être atteint. On s’aperçoit soudain que notre système de santé recèle de graves faiblesses. Constat de Claude Sicard, économiste et consultant international.

Nos hôpitaux manquent gravement de respirateurs, nous n’avons que très peu de masques pour satisfaire les besoins des personnels exposés, et les personnels hospitaliers sont totalement débordés. Par ailleurs, notre industrie est incapable de produire ne serait ce que les tests de dépistage du virus, et nous n’avons pas de fabricant de respirateurs alors que les Allemands en ont deux et les Suisses un, qui est le plus réputé mondialement. Aussi, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique et des hôpitaux de Paris s’est-il vu obligé de lancer, le 25 mars dernier, un appel angoissé à l’aide, indiquant que la situation était alarmante : « Je n’ai plus qu’une visibilité de 3 jours seulement », a-t-il averti.

Jusqu’ici, les Français s’étaient laissés bercer par l’idée que notre système de santé était l’un des meilleurs du monde, et les enquêtes d’opinion montraient, effectivement, que le public était tout à fait satisfait de la qualité des soins dans notre pays.

Un sondage Odexa effectué en mai 2019,par exemple, indiquait que parmi les personnes ayant eu à fréquenter ces deux dernières années un hôpital, le taux de satisfaction atteignait 86 %. Et, dans la population, en général, le service de santé français, dans cette même enquête, se révélait jouir d’une très bonne image, le taux de satisfaction étant de 71 % pour le secteur public, et de 77 % pour le secteur privé.

Face donc à la crise actuelle, les faiblesses de notre système de santé apparaissent soudain au grand jour. Déjà, d’ailleurs, depuis le mois de mai 2019, avons-nous pu assister à de nombreuses grèves des personnels soignants dans les hôpitaux, et tout particulièrement dans les services d’urgence de nombreux établissements publics. Et l’on a vu, récemment, mille chefs de service ont démissionné de leur fonction d’encadrement pour protester contre l’absence de réponse à leurs revendications. La Cour des comptes, elle même, dans un rapport de février 2019, n’avait pas manqué de lancer, de son côté, un cri d’alarme disant que notre système de santé est « à bout de souffle ». Ainsi donc, Emmanuel Macron, à l’occasion de sa visite, le 25 mars à Mulhouse à l’hôpital de campagne installé en urgence par l’armée dans le parking de l’hôpital Emile Muller, s’est il vu obligé d’annoncer, pour calmer les inquiétudes, le lancement prochain d’« un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières ». Marcel Gauchet, dans un excellent article dans Le Figaro du 26 mars, nous dit : « Toute les crises ont un effet de loupe », et il s’interroge : « Sommes nous, réellement, parmi les meilleurs du monde ? Nous l’avons été, mais nous ne le sommes probablement plus ».

Il nous faut donc voir par où pèche notre système de santé, un système qui se trouve complètement débordé aujourd’hui par l’épidémie du coronavirus. Et il nous faut, pour cela, effectuer quelques comparaisons avec des pays voisins, car on ne peut pas raisonner d’une manière abstraite : nous retiendrons, pour cela, quatre pays proches de nous, deux ayant un PIB/tête sensiblement inférieur au nôtre, et deux qui se trouvent soit au même niveau, cas de la Grande-Bretagne, soit légèrement au-dessus, cas de l’ Allemagne.

Les dépenses de santé en France

Généralement, les économistes, pour caractériser les dépenses de santé des pays, retiennent le ratio « Dépenses santé/PIB », et l’on a, alors, les chiffres suivants :

Dépenses de santé/PIB

Espagne : 9,1 %

Italie : 9,0 %

France : 11,1 %

Grande-Bretagne : 9,9 %

Allemagne : 11,0 %

Il nous parait plus judicieux de corréler les dépenses de santé des pays avec les PIB/tête, et c’est ce que montre le graphique ci-dessous où les dépenses par habitant sont celles données par l’OCDE pour 2018 :

Corrélation PIB/capita-dépenses de santé/tête (US$)

 

 

Cette approche présente le mérite de pouvoir définir une norme, celle-ci étant donnée par l’équation de la droite de corrélation. On voit sur ce graphique que nos dépenses de santé par personne se trouvent nettement au dessus de la droite de régression, et son équation indique que nous avons un excès dépenses qui se monte à 8,9 % , ce qui représente au niveau national la somme de 23 milliards d’euros.

Le nombre de lits

De nombreuses statistiques existent sur le nombre de lits d’hôpitaux par pays :nous retiendrons les données de l’OCDE :

Nombre de lits/1.000 habitants

Espagne : 2,5

Italie : 3,0

France : 6,5

Grande-Bretagne : 2,3

Allemagne : 8,0

La France n’est donc pas en sous équipement à cet égard. Dans les pays pauvres, on en est à seulement 2 lits pout mille habitants. Mais dans les pays plus riches que nous les chiffres ne sont guère différents : la Suisse qui est le pays le plus riche d’Europe, en est à 4,2 seulement.

La France et l’Allemagne constituent des cas à part : ce sont des pays où les soins hospitaliers tiennent une place très importante dans leur système de soins.

La consommation de médicaments

Nous nous en référerons, ici aussi, aux données de l’OCDE :

Consommation de médicaments /personne (2017)

(En US $ )

Espagne : 403,8

Italie : 527,7

France  : 502,0

Grande-Bretagne : 403,8

Allemagne : 596,6

L’Allemagne qui est le pays le plus riche de ceux figurant sur ce tableau est à un niveau supérieur au nôtre. La France se situe, elle, sensiblement à sa place, dans cette comparaison. Dans les pays pauvres comme la Turquie ou le Chili on en est à une consommation de 200 à 230 euros par habitant, mais dans les pays plus riches que nous les consommations ne sont pas supérieures à la nôtre : la Suède en est à 484,9 dollars, et la Norvège à 501,5 dollars.

Toutefois, dans le cas de la France, il existe une particularité : la consommation d’antibiotiques est anormalement élevée, avec 30,3 g pour 1 000 habitants, contre 14,1 g pour l’Allemagne, et 19,6 g pour la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas, quant à eux, en sont à 10,4 g seulement pour 1 000 habitants.

Les personnels de santé

Les données, en ce qui concerne les personnels de santé, sont suivies régulièrement par l’OCDE. Elles sont les suivantes :

Personnel pour 10 000 habitants

Médecins                       Infirmiers                   Dentistes

Espagne                         33                                    76                                    5

Italie                               37                                     72                                    6

France                            34                                     80                                    7

Grande-Bretagne           23                                    128                                  10

Allemagne                      34                                      80                                    8

 

La France parait être tout à fait dans la norme ; en Grande-Bretagne, il y aurait donc pénurie de médecins, et cela expliquerait le ratio élevé d’infirmiers ou autres assistants médicaux. Quant aux pays pauvres, ils en sont à 12 à 15 médecins pour 10 000 habitants, et à 25 personnels infirmiers pour 10 000 habitants.

Les équipements de pointe

On dispose de peu de données dans ce domaine, et nous avons relevé les suivantes :

IRM                                    Capacité d’accueil en soins intensifs

(Année 2015)                                   (Nb de lits/100.000 hab)

Espagne                     737                                                          10,0

Italie                        1 715                                                           12,5

France                        836                                                          12,0

Grande-Bretagne       467                                                           7,0

Allemagne              2 747                                                           30,0

 

En 2018, en France, le nombre d’équipements en IRM avait certes progressé, et l’on en était arrivé à 960 appareils ; en scanners, selon les dernières statistiques connues, on en était à 1.103 appareils en France, contre 2.023 en Italie, et 2.866 en Allemagne. La France, et davantage encore la Grande-Bretagne, apparaissent donc comme des pays fortement sous-équipés ; l’Allemagne, par contre, est remarquablement dotée.

Les hôpitaux

Les statistiques en cette matière, sont très diverses, et seulement une comparaison avec l’ Allemagne parait possible :

Nombre d’hôpitaux         Nombre de lits         Nombre de lits/hôpital

France                         3 044                        450 000                        148

Allemagne                  1 400                        640 000                          457

 

Dans le cas de la France, il faut faire une séparation entre le secteur privé et le secteur public :

Capacité hospitalière

Secteur Public                                                     60 %

Secteur privé lucratif                                           20 %

Secteur privé non lucratif                                    15 %

Autres                                                                   5 %

______

Total                                   100

Dans le secteur privé la taille des hôpitaux est généralement plus faible que dans le secteur public, et en introduisant cette distinction on aboutit pour le secteur public à une moyenne de 247 lits par hôpital. Mais cette moyenne n’est pas très significative car elle est la résultante de tailles très diverses dans les hôpitaux publics : il existe, en effet, 320 petits hôpitaux publics locaux qui auraient en moyenne 70 à 80 lits seulement, avec une structure comportant, par exemple, 14 lits médicaux,23 lits en SSR (soins de suite de réadaptation) et 36 lits en ULSD (Unité de soins de longue durée).

Par comparaison avec l’Allemagne, la France se caractérise donc par un plus grand nombre d’hôpitaux, mais des hôpitaux beaucoup plus petits, avec les inconvénients que cela entraîne en matière d’équipements de pointe à multiplier, et de frais de gestion. La proximité se paye par un sous équipement, et, au plan des personnels, par des effectifs globalement excédentaires mais mal répartis, plus, pour couronner le tout, des frais de gestion élevés (23 % supérieurs à la moyenne européenne).

La difficile situation financière des hôpitaux publics

La situation financière des hôpitaux publics en France est préoccupante, mais les personnels médicaux paraissent l’ignorer. Ils réclament toujours plus de moyens et dénoncent une « gestion comptable » de la santé en France : il est vrai que les 35 heures de Martine Aubry ont causé dans les hôpitaux publics beaucoup de dégâts. Depuis 2006, les comptes d’exploitation des hôpitaux publics présentent régulièrement des résultats négatifs, et, ces dernières années, il s’est agi de pertes considérables qui ont oscillé entre 600 et 800 millions d’euros chaque année.

Déficit annuel des hôpitaux publics (millions €)

2016 : 529

2017 : 850

2018 : 650

2019 : 900

 

Aussi la dette des hôpitaux publics s’élève-t-elle maintenant à 30 milliards d’euros, et elle coûte en frais financiers 850 millions d’euros chaque année.

Les investissements ont ainsi dangereusement chuté : ils ne sont plus à présent que de 2,5 à 3 milliards par an, alors que les charges d’amortissement s’élèvent à 6 milliards d’euros. Le flux d’investissement annuel est donc totalement insuffisant pour maintenir l’ensemble du dispositif en état correct de fonctionnement, et les directeurs d’hôpitaux s’en inquiètent, à juste titre. Ils ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, estimant qu’il leur faudrait investir environ 8 % du chiffre d’affaires, soit 7 à 7,5 milliards d ’euros chaque année.

A propos de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, où il était demandé au secteur hospitalier une économie de 800 millions d’euros, Fréderic Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) a déclaré : « Dans les faits, on va vers une mort lente de l’hôpital ».

L’Etat s’est donc finalement engagé à alléger la dette colossale des hôpitaux publics en en prenant à sa charge un tiers, soit 10 milliards d’euros, ce qui va quelque peu soulager les comptes d’exploitation de ces établissements.

Un besoin urgent de remise en cause du système hospitalier français

Le président de la fédération hospitalière française a déclaré dans une interview récente sur une radio : « On est à l’os ». Il est demandé, sans cesse, aux directeurs d’hôpitaux de faire des économies, mais sans que l’on s’attaque aux problèmes de fond qui sont de trois ordres : la structure du parc des hôpitaux en France, le statut des personnels, et le système de facturation des activités. Aussi, les quelques économies qui ont été faites (7 milliards d’euros en dix ans) n’y ont rien changé.

Au plan de la structure, tout d’abord : il y a beaucoup trop d’hôpitaux, et donc bon nombre d’entre eux sont de trop petits hôpitaux. Ils seraient à fermer, mais c’est extrêmement difficile, politiquement, car la population réagit vivement dès que l’on annonce la fermeture d’un hôpital de proximité. En Allemagne, on est passé de 2 258 hôpitaux en 1997 à 1 400 actuellement, et la fondation Bertelsmann considère qu’il faudrait en fermer 600, ce qui amènerait la moyenne à 800 lits/hôpital. Et certains spécialistes voudraient aller encore plus loin. Ainsi, en Belgique, Paul Otreppe, président de la Fédération belge des directeurs d’hôpitaux, a déclaré : « Pour être efficace, un hôpital doit avoir 2 000 lits ». L’hôpital Pompidou, à Paris, en a 1 452.

Le problème de la structure du réseau est donc fondamental, mais, au niveau du gouvernement, on n’ose pas l’aborder.

Au plan du statut des personnels, on sait qu’il s’agit du statut de la « Fonction publique hospitalière », un statut donc de fonctionnaire, avec les rigidités que cela représente pour les directeurs d’hôpitaux qui sont contraints de respecter les règles très strictes qui régissent ces personnels : mutation d’un poste à un autre très difficile, interdiction de licencier, progression des salaires à l’ancienneté, etc….

Au plan de la facturation des soins, enfin : le système en vigueur est, depuis 2004, celui de la tarification à l’acte (T2A), et il s’y rajoute chaque année des dotations forfaitaires (DAC) pour tenir compte de services particuliers rendus par ces types d’hôpitaux : recherche, enseignement…. Certains professionnels proposent d’abandonner ce système pour passer à un système qu’ils appellent le « système de parcours de soins ».

La tâche est donc immense, et vouloir s’attaquer à la reforme de notre système hospitalier sera aussi difficile et perturbant que l’est, actuellement, le chantier de la reforme du système des retraites. Peut être la crise du coronavirus pourrait-elle être l’occasion à saisir pour s’attaquer aux problèmes de fond qui sont à régler pour faire fonctionner correctement notre système hospitalier public. Il s’agit de 52 % des soins dans notre pays.

On sait que les Allemands, de leur côté, sont parvenus à régler sereinement leur problème : ils ont privatisé les hôpitaux déficitaires et laissé les Länder gérer les hôpitaux, c’est à dire réalisé en douceur une réelle décentralisation. Il y eut même un CHU qui fut privatisé, en 2005, racheté par le groupe Rhön Klinikum AG. Le secteur public a été ramené ainsi de 40,7 % du marché en 1997 à 23,8 % actuellement.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

Santé et pauvreté: la même pathologie

 Santé et pauvreté: la même pathologie

 

Frédéric Gonand , professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine-PSL évoque l’interaction grandissante entre santé et pauvreté.

 

Chronique dans l’opinion

 

 

 

Un des effets inattendus de la crise de la Covid-19 est son influence probablement sensible sur le taux de pauvreté partout en Europe. Publiée dans la très fiable European Economic Review à l’automne dernier, une étude méticuleuse devrait être regardée de plus près par ceux qui se penchent sur les effets à long terme de la crise sanitaire actuelle (Wage inequality and poverty effects of lockdown and social distancing in Europe, de Palomino, Rodriguez et Sebastian).

Le constat qui émerge des données correctement traitées est que le cumul des mesures de confinement et du partage entre activités « essentielles » et activités fermées pèse relativement plus sur les bas revenus. L’équipe de chercheurs d’Oxford et de Madrid a construit un index de « capacité à continuer à travailler » (Lockdown Working Ability Index).

Cet indicateur mesure, selon les pays et les politiques sanitaires mises en œuvre, la part de la population active qui a continué son activité en télétravail et/ou dans des activités essentielles. En moyenne par pays, l’hétérogénéité est grande en Europe, de 35 % seulement pour la Bulgarie à plus de 60 % pour les Pays-Bas. A l’aune de ce critère, la France n’est pas trop mal classée (près de 55 %).

Les conséquences économiques et sociales du choc de pauvreté risquent d’être durables car l’entrée en pauvreté peut avoir des effets non réversibles pour les personnes

Compensations. Toutefois, pour les bas salaires, cet index de capacité à continuer à travailler est plus faible que la moyenne. Les tâches des personnes peu qualifiées sont relativement moins réalisables en télétravail et/ou relativement plus souvent effectuées dans des services considérés comme « non essentiels » par les pouvoirs publics. La perte de revenu occasionnée est significative pour les bas revenus (i.e. les 25 % des rémunérations les plus basses). Elle est comprise, avant mesures plus ou moins partielles de compensation des pouvoirs publics, entre 10 % à 16 % en Europe (et entre 9 % et 14 % en France) selon l’équipe de chercheurs.

La conséquence est une influence à la hausse assez forte sur le taux de pauvreté, comprise entre 5 et 9 points de pourcentage en Europe, et entre 4 et 8 en France où le taux de pauvreté monétaire est d’environ 16 %. C’est dire la pression qui s’exerce et va continuer à s’exercer sur les dépenses sociales en Europe, et le risque élevé que l’intégralité du choc ne soit pas compensée par les dispositifs mis en place (chômage partiel notamment).

Ce choc de pauvreté n’était guère anticipé, qui reflète l’effet conjoint de la pandémie et des mesures prises pour la contrer. Ses conséquences économiques et sociales risquent d’être durables car l’entrée en pauvreté peut avoir des effets non réversibles pour les personnes. Il matérialise le lent déclassement économique qui ronge aujourd’hui les pays européens. Les pays d’Asie du sud-est semblent à ce stade beaucoup plus résilients, dont les économies sont déjà en phase de redémarrage.

Le chemin vers la solution en France est connu depuis longtemps. Elle implique une baisse importante de celles des dépenses publiques qui n’ont pas d’effet favorable significatif sur la croissance, pour réduire les impôts, et une augmentation de l’âge minimum de départ à la retraite.

Frédéric Gonand est professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine-PSL.

Santé et vivant: « Evolution, écologie et pandémies « 

 Santé et vivant: « Evolution, écologie et pandémies « 

 

Le biologiste Samuel Alizon déploie ses talents de pédagogue dans son  livre pour mettre en lumière l’apport de l’évolution des populations, des hôtes comme des virus ou bactéries, dans la compréhension des épidémies.

 

Analyse du Monde (extrait)

 

Le Seuil a eu la bonne idée de ressortir en poche un livre paru en 2016, précieux en ces temps de pandémie. La parution s’accompagne d’un nouveau chapitre et surtout d’une postface incisive où l’auteur, Samuel Alizon, biologiste très impliqué dans l’analyse des génomes viraux et la modélisation de l’épidémie, livre ses pensées à chaud sur la crise en cours. Il y est notamment question des faiblesses françaises de la politique sanitaire, qui privilégierait le soin plutôt que la prévention, et de la politique de recherche, qualifiée d’« utilitariste ». A l’appui de ces critiques, l’auteur rappelle que le Covid-19 est arrivé alors qu’il y avait des protestations des personnels à l’hôpital et des manifestations de chercheurs opposés à une loi de programmation budgétaire.

Surtout, il déploie dans le cœur du livre ses talents de pédagogue sur le fonctionnement des parasites avec une approche très darwinienne, qui revendique la prise en compte de l’évolution des populations, des hôtes comme des virus ou bactéries. Le biologiste commence par rappeler les trois concepts-clé de l’évolution – la variabilité, l’héritabilité et la sélectivité –, pour expliquer les mécanismes des épidémies, l’apparition de résistance, l’origine des pandémies, leur modélisation… On saute de bactéries en virus, du sida à Ebola en passant par le cancer, la drépanocytose ou la myxomatose.

Faire dialoguer les biologies

Le premier chapitre justifie ce regard particulier car le spécialiste considère que la médecine actuelle est assez hémiplégique, tournée vers les mécanismes de biologie moléculaire individuels plutôt que vers l’étude des effets de l’évolution sur les populations. Ce serait la victoire de Pasteur sur Darwin. Mais pour l’auteur il est urgent de faire dialoguer ces deux biologies.

Les chapitres suivants apportent des preuves nombreuses de l’apport de l’évolution dans la compréhension des épidémies. Les surprises et les conclusions contre-intuitives n’y sont pas rares. Beaucoup de questions restent sans réponse, dont la principale, « pourquoi les parasites nous tuent-ils ? ». Ou plongent dans la perplexité : « Les mâles sont-ils les parasites des femelles ? »

Le chapitre sur les traitements, alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 débute lentement en France, souligne la complexité du sujet. La phagothérapie, les peptides antimicrobiens, les moustiques transgéniques ont des avantages et des inconvénients. Sur les vaccins, qui font pression sur l’environnement du virus, le biologiste prévoit que de futures souches plus virulentes émergent – le variant britannique est, lui, plus contagieux –, au risque de menacer les personnes non vaccinées.

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