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Une réforme des retraites bénéfique ? (Christian Saint-Etienne)

Une réforme des retraites bénéfique ? (Christian Saint-Etienne)

 

 « Une durée de cotisation de quarante-quatre ans et un âge légal à 64 ans permettraient de dégager une vingtaine de milliards par an, qui pourraient notamment financer une remise à niveau complète de l’école primaire », plaide l’économiste dans l’Opinion.

L’économiste libéral Christian Saint-Etienne préconise de réformer les retraites qui pèsent énormément sur l’économie, afin notamment d’ajouter deux heures de calcul par semaine aux élèves du primaire.

 

Les Français n’ont pas une idée claire du poids des retraites sur l’économie, la compétitivité des entreprises et la société. On rapporte généralement les retraites à la richesse produite, soit 14,3 % du PIB en 2019, dernière année avant la Covid-19. C’est quatre points de plus que dans les démocraties avancées et donc 100 milliards d’euros de cotisations sociales en plus qui contribuent massivement au coût du travail. Mais le PIB n’est pas le bon indicateur pour apprécier le poids exorbitant des retraites.

Si on rapporte les retraites au revenu disponible brut des ménages, on atteint 23,5 % pour 17 millions de retraités. Les actifs ne recevant que 947 milliards d’euros de salaires et traitements bruts, les retraites représentent même 36,6 % des salaires bruts d’activité. Or les 28,5 millions d’actifs devaient, en 2019, financer les 3,5 millions de chômeurs et les 18 millions de jeunes à leur charge, mais aussi les cotisations sociales santé qui bénéficient à plus de 60 % aux retraités. Le poids des retraites étouffe littéralement la population active alors que le coût du travail chargé, avec l’ensemble des cotisations sociales, en limite le nombre !

L’âge de départ à la retraite étant plus bas qu’ailleurs, le temps moyen passé à la retraite est supérieur de cinq ans au temps passé à la retraite dans les autres pays de l’OCDE. C’est donc sur la durée de cotisation et l’âge de départ à la retraite qu’il faut agir. La plupart des autres pays développés mettent progressivement en place un âge de départ à la retraite de 67 ans, qui correspond à l’allongement de l’espérance de vie. Sans aller aussi loin, dans un premier temps, il convient de porter au minimum la durée de cotisation à quarante-quatre ans et l’âge de départ à 64 ans d’ici 2027, en opérant le recul de l’âge de départ au rythme de quatre mois par an.

Enfants et pénibilité. Il faut compléter cette évolution par la mise en place d’une réduction de ces deux paramètres de six mois par enfant, mesure plafonnée à deux ans. De même, un mécanisme de pénibilité permet de réduire au maximum ces deux paramètres de dix-huit mois, le jeu conjoint des deux paramètres étant limité à 2,5 ans. Ceux qui en bénéficieraient pourraient ainsi partir à 61,5 ans avec une durée de cotisation de quarante et une années et demie.

«Dégager progressivement une vingtaine de milliards d’euros par an permettrait de financer notamment l’ajout en primaire de deux heures de calcul par semaine, tout en reformant massivement les maîtres à l’enseignement des mathématiques»

Ainsi, on limiterait l’augmentation du nombre de retraités en lien avec l’arrivée massive des baby-boomers à la retraite. On objecte souvent que l’âge effectif moyen de départ à la retraite est inférieur à l’âge légal, ce qui est faux pour la Cnav, la caisse des salariés du secteur privé (62,8 ans en 2019). On observe également que, dans l’ensemble des pays de l’OCDE, l’âge effectif de départ recule comme l’âge légal au cours des deux dernières décennies, et que l’écart entre les deux n’augmente pas.

Cette réforme permettrait de dégager progressivement une vingtaine de milliards d’euros par an dans les comptes publics, qui pourraient par exemple financer une remise à niveau complète de l’école primaire dont les performances s’effondrent dans les classements internationaux. Il faut notamment ajouter deux heures de calcul par semaine, tout en reformant massivement les maîtres du primaire à l’enseignement des mathématiques. On doit également s’assurer que tous les enfants maîtrisent la lecture, l’écriture et le calcul à la fin du CE1 avant de les envoyer en CE2, car les performances des enfants en fin de CE1 dans ces trois matières sont prédictives à plus de 80 % de leurs compétences à 18 ans. Et enfin créer une filière mixte enseignement général et professionnel pour y accueillir dès l’âge de 12 ans les enfants qui ne s’épanouissent pas dans un enseignement formel, avec passerelle pour revenir ensuite dans l’enseignement général.

Reconversions. Il faut donc investir de 5 à 7 milliards d’euros par an pour rénover complètement l’enseignement primaire, le collège et la formation professionnelle. Mais aussi 3 milliards d’euros par an pour développer des centres de formation pour adultes au sein des entreprises car, à la suite de la crise actuelle, nous serons confrontés à la nécessité de reformer en trois ans 2 millions de travailleurs qui vont devoir changer d’entreprise ou de filière de production.

«On peut encore allouer 3 milliards d’euros au rééquipement de nos armées. Il reste un solde de 5 milliards pour réduire le déficit public»

Ainsi, cette réforme conjointe des retraites et du système d’enseignement et de formation permettrait de relever fortement le niveau de compétences des élèves et des travailleurs, tout en économisant une dizaine de milliards d’euros nets (20 milliards d’économies moins 8 à 10 milliards de nouvelles dépenses). On pourrait alors allouer 4 à 5 milliards d’euros par an à la numérisation et robotisation de notre système industriel et agroalimentaire, afin de regagner en activité et compétitivité dans ces deux secteurs soumis à une forte concurrence internationale. Si l’on prend les options de 8 milliards de dépenses nouvelles pour l’éducation et 4 milliards d’euros pour la modernisation du système productif, on peut encore allouer 3 milliards d’euros au rééquipement de nos armées, dont 1 milliard par an pour doubler notre effort de R&D militaire qui est très insuffisant. Il reste un solde de 5 milliards d’euros pour réduire le déficit public.

Il existe une voie de quadruple progrès (enseignement primaire et secondaire, formation des adultes, modernisation de l’appareil de production et rénovation technologique de nos armées) pour accélérer la croissance dans un contexte de transformation rapide de l’économie mondiale, tout en réduisant le déficit public et en allégeant la charge qui pèse sur les actifs.

Enfin la réforme des retraites proposée ici encourage la natalité, prend en compte la pénibilité du travail dans certaines professions et contribue à faire remonter le taux d’emploi de la population âgée de 20 à 64 ans, un taux de 8,5 points inférieur en France à ce qu’il était en Allemagne en 2019 (72,1 % contre 80,6 %, source Eurostat).

Christian Saint-Etienne est économiste, professeur au Conservatoire national des arts et métiers et auteur du Libéralisme stratège (Editions Odile Jacob, septembre 2020).

Le maire Heller de Saint-Etienne craint la stigmatisation de l’islam

Le maire Heller de Saint-Etienne craint la stigmatisation de l’islam

Dans une tribune à l’opinion le maire de Saint-Etienne craint la stigmatisation de l’islam. Une tribune intéressante dans la mesure elle rend bien compte des hésitations et atermoiements de la classe politique depuis des années sur une problématique centrale pour l’avenir de la société. Le maire LR de Saint-Etienne estime que « le président de la République ôte toute dimension universelle au débat législatif qui va s’engager » et « prend le risque d’une stigmatisation de l’islam, appréhendé uniquement sous l’angle d’une radicalisation »

 

 

Le président de la République a souhaité préciser sa pensée concernant la future loi sur les séparatismes qui sera présentée, début décembre, en Conseil des ministres avant examen par le Parlement. Immédiatement, Emmanuel Macron a indiqué que le futur texte de loi sera entièrement destiné à combattre les dangers que fait peser l’islam radical sur notre République et sa cohésion nationale.

De nombreuses évolutions sont à attendre de ce texte concernant, notamment, la loi de 1901 qui touche à la liberté d’association ainsi que, comme le laisse entendre le ministre de l’Intérieur, la loi de 1905 portant sur la laïcité. Il est évident que ces deux lois, textes essentiels, piliers incontournables des libertés fondamentales, ne peuvent être modifiées sans qu’un certain nombre de garanties ne soient apportées par le pouvoir exécutif.

Souhaitons, à l’image de l’abbé Lemire, s’exclamant à la tribune de l’Assemblée nationale le 11 avril 1905, que cette loi « ne laisse pas derrière elle une inquiétude et une injustice ». Avouons, que depuis 2017, malheureusement, le président de la République n’a jamais donné la preuve de savoir toujours éviter les écueils de l’inquiétude et de l’injustice.

Méthode. A cet effet, la méthodologie de discussion qui sera retenue sera absolument primordiale, afin d’éviter tout risque de dérive, au moment des débats, qui pourrait conduire à rogner sur les libertés fondamentales. Il est évident aussi que les collectivités territoriales participent, dans l’esprit du président de la République, de la conception de ce texte à venir. Il reste à espérer que les associations représentatives seront largement associées afin d’apporter leurs éclairages indispensables lors des débats législatifs. Les collectivités en général, et plus spécifiquement les communes, sont au contact direct des associations, en les accompagnant tous les jours, et construisent, aussi, une « laïcité du quotidien » qui permet une déclinaison opérationnelle et pragmatique des valeurs chères à Aristide Briand. Une action bénéficiant, désormais, d’une assise juridique stable offerte par la jurisprudence du Conseil d’Etat, dont il faudra tenir compte au moment des débats.

En revanche, sur le fond, on peut regretter que la longue présentation du président de la République s’intéresse d’abord aux différences d’opinion, en l’espèce religieuses, au risque de se retrouver dans une impasse. En effet, la loi de 1905 s’attache, dans son esprit, d’abord à la question de l’exercice des libertés fondamentales reconnues au citoyen. Ce texte a servi aussi, par extension, à définir le périmètre exact de l’expression, au sein de la sphère publique, de toute opinion religieuse, philosophique ou politique.

En inversant cette logique, le président de la République ôte toute dimension universelle au débat législatif qui va s’engager mais, de surcroît, prend le risque d’une stigmatisation de l’islam, appréhendé uniquement sous l’angle d’une radicalisation, voulue par une infime minorité, dont le danger pour la République et les citoyens, à commencer par nos compatriotes de confession musulmane, est incontestable.

Risque de division. Il aurait été préférable de conserver l’esprit de la loi de 1905 faisant de l’individu d’abord un citoyen et, ensuite, un « porteur de différences ». Cela aurait permis aussi de s’interroger sur l’apport culturel de chacun à ce creuset si précieux qu’est la République. Dans une société fragmentée et en proie à des questionnements sur le vivre ensemble, cela aurait mis aussi le principe de concorde, donc de cohésion nationale, au cœur des débats sans prendre le risque de diviser nos concitoyens entre eux. Ainsi, nous aurions été en mesure de rappeler avec fermeté et sérénité, ce principe incontournable de notre Pacte républicain, à savoir que les particularismes ne peuvent primer sur la loi universelle.

La démarche présidentielle ouvre alors la voie à une négociation pérenne de la République avec tous les particularismes, quelle que soit leur nature, cherchant une reconnaissance au Panthéon des valeurs républicaines. La société française vit, depuis de trop nombreuses années, à l’heure de clivages qui la minent et l’affaiblissent, au moment même où les défis à relever exigent un effort de cohésion. Les Français s’interrogent sur le sens même du projet partagé qui doit servir de moteur à la Nation. En les opposant tour à tour sur le plan économique, social, politique ou des enjeux de société, nombreux sont ceux, parmi nos responsables politiques, qui ont pris le risque, en jouant aux apprentis sorciers, de provoquer des cassures qui pourraient, à terme, se révéler irréparables.

Il est temps que le président de la République, après avoir affronté la crise des Gilets Jaunes, prenne la mesure de ces cassures profondes et du besoin de créer les conditions mêmes d’une réconciliation à laquelle les Français, dans leur ensemble, aspirent de manière intense. Il est temps que notre réflexion politique replace, au centre du débat, le citoyen, être doué de droits et devoirs, dont la liberté ne saurait, au nom des différences qui sont les siennes, venir miner notre maison commune : la République.

Est-ce un nouveau rendez-vous manqué pour le président de la République ?

Gaël Perdriau est maire de Saint-Etienne et vice-président des Républicains.




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