Archive pour le Tag 'Sahel'

Remise cause de la présence de la France au Sahel par Macron ?

 Remise cause de la présence de la France au Sahel par Macron ?

 

Il aura peu- être fallu 13 mœurs supplémentaire pour que Macron s’interroge sur le sens de la présence des forces françaises au Sahel. Des forces complètement inadaptées aux enjeux en particulier sous dimensionnées  et en plus de plus en plus mal supportées par des populations travaillées par l’islamisme radical. “La mission qui est la nôtre là-bas est importante, néanmoins le contexte que nous sommes en train de vivre au Sahel me conduit aujourd’hui à regarder toutes les options stratégiques”, a annoncé Emmanuel Macron, évoquant implicitement la multiplication des foyers djihadistes et la recrudescence des violences intercommunautaires.

L’enlisement  des forces française au Sahel est en effet à craindre comme l’explique  Serge Michailof, chercheur à l’Iris et enseignant à Sciences Po, ancien  directeur des opérations à l’Agence française de développement (AFD) «  L’armée française se trouve dans une impasse. Elle a brillamment arrêté le rezzou (l’attaque NDLR) inorganisé lancé en janvier 2013, par trois groupements armés qui ont alors menacé le sud du pays et en particulier Bamako; elle a alors détruit une série de bases logistiques des djihadistes au nord du Mali. L’armée française a empêché la constitution de katibas (cellule armée NDLR) structurées susceptibles de menacer les centres urbains. Mais la guerre s’est déplacée, comme on pouvait le craindre, vers le centre, puis le sud du pays, régions très peuplées. A cet égard, le terme de « terroriste » pour désigner l’ennemi est parfaitement inapproprié, puisque nous n’avons pas en face de nous des fous de Dieu exclusivement soucieux de semer le chaos, mais des hommes réfléchis qui ont arrêté une stratégie asymétrique classique assez proche de celle adoptée en Afghanistan par les Taliban.  »

Le chef de l’Etat a précisé que la question avait été abordée mercredi lors du conseil de Défense hebdomadaire à l’Elysée. “Les prochaines semaines seront consacrées à un travail en profondeur que j’ai demandé au gouvernement et à nos armées pour regarder les modalités de notre intervention.”“Je le dis, toute les options sont aujourd’hui ouvertes”, a souligné Emmanuel Macron, alors que le débat politique en France resurgit sur l’opportunité d’un retrait du Sahel.

Le député européen (LR) Arnaud Danjean, spécialiste des questions de Défense, estime jeudi dans Le Figaro que la France doit miser sur une coopération opérationnelle plutôt que sur “des annonces spectaculaires de grands renforts européens qui ne viendront pas”. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a estimé mercredi devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale que l’initiative “Takouba” voulue par la France pour agréger des forces spéciales européennes autour du pôle français verrait le jour “rapidement”.

L’enlisement de l’armée française au Sahel ?

L’enlisement de l’armée française au Sahel ?

 

La question que pose Serge Michailof, chercheur à l’Iris et enseignant à Sciences Po, ancien  directeur des opérations à l’Agence française de développement (AFD). Ce spécialiste de l’Afrique, et plus précisément du Sahel, s’ explique dans une inewiew à France info

L’armée française risque-t-elle un enlisement au Sahel ?

Serge Michailof : L’armée française se trouve dans une impasse. Elle a brillamment arrêté le rezzou (l’attaque NDLR) inorganisé lancé en janvier 2013, par trois groupements armés qui ont alors menacé le sud du pays et en particulier Bamako; elle a alors détruit une série de bases logistiques des jihadistes au nord du Mali. L’armée française a empêché la constitution de katibas (cellule armée NDLR) structurées susceptibles de menacer les centres urbains.

Mais la guerre s’est déplacée, comme on pouvait le craindre, vers le centre, puis le sud du pays, régions très peuplées. A cet égard, le terme de « terroriste » pour désigner l’ennemi est parfaitement inapproprié, puisque nous n’avons pas en face de nous des fous de Dieu exclusivement soucieux de semer le chaos, mais des hommes réfléchis qui ont arrêté une stratégie asymétrique classique assez proche de celle adoptée en Afghanistan par les Taliban. Or il suffit de regarder les cartes des incidents et actions conduites par les jihadistes de 2017 à 2019, pour constater l’expansion géographique et la multiplication de ces actions.

Nous constatons ainsi que l’ennemi déroule sa stratégie et que Barkhane, quelles que soient les victoires tactiques qu’elle remporte, n’a pas pu arrêter la dégradation de la situation sécuritaire. En outre, l’armée malienne subit défaite sur défaite. Elle a perdu 150 hommes en deux mois. Les jihadistes ont récemment fait une démonstration de leurs capacités en prenant le poste de Indelimane, à proximité de la frontière avec le Niger et en tuant 40 soldats. Défendant un pays très fragile, aux institutions gangrénées par le népotisme et la corruption, nous sommes en train de perdre la guerre même si Barkhane gagne toutes les batailles.

Comme en Afghanistan, la géographie du Sahel est-elle un obstacle au rétablissement de la sécurité ?

C’est plus l’immensité de l’espace et le mauvais état des routes qui pose problème, plutôt que la géographie par elle-même. Les pays du G5 Sahel représentent environ 6 à 7 fois la superficie de la France. Il n’y a pas de zones montagneuses comparables réellement à l’Indu Kush d’Afghanistan, même si l’Aïr, que j’ai souvent parcouru et l’Adrar des Ifoghas, sont des zones difficiles. Ceci dit maintenant que la guerre s’est aussi déplacée au Burkina et y prend une coloration ethnique : agriculteurs Mossis contre pasteurs Peuls, elle devient extrêmement difficile, car l’enjeu est le contrôle des populations dans un contexte où les deux Etats sont défaillants. La guerre se déplace donc vers les villages dans un contexte de mosaïque ethnique très complexe, de crise environnementale, de tensions et conflits anciens qui sont ravivés délibérément par les jihadistes.

Pourquoi les armées africaines ne semblent-elles pas à la hauteur du défi ?

 

Il y a de grandes différences entre les armées du G5-Sahel. La Mauritanie a découragé les jihadistes qui ont pris la peignée à chaque fois qu’ils sont intervenus dans ce pays, qui se rouvre même au tourisme (!). L’armée tchadienne a considérablement aidé Serval en 2013 et est d’ailleurs très redoutée dans la sous-région. Mais elle est au four et au moulin, combattant les jihadistes de Boko Haram repliés dans le bassin du Lac Tchad, intervenant en Centrafrique, et répondant aux menaces multiples provenant du Darfour et de Libye.

L’armée nigérienne bien commandée “fait le boulot” et tient le coup pour l’instant, mais elle manque cruellement de moyens. Il suffirait que la France ou l’Union Europénne acceptent de mettre le paquet en formation, équipement, financement etc. pour en faire une armée capable de tenir le pays, Si le Niger recevait le tiers du milliard de dollars que coûte la force des Nations unies, la Minusma, en dotation annuelle pour sa sécurité, le Niger serait fort capable de se défendre.

Le vrai problème, ce sont les armées du Mali et du Burkina. Le problème est ici avant tout politique. Vous connaissez le dicton chinois ”le poisson pourrit par la tête”. En fait, il ne sert à rien d’entraîner ces deux armées et de les équiper si en particulier une gestion des ressources humaine rénovée ne permet pas de réintroduire un système méritocratique dans les chaînes de commandement et de sortir du népotisme.

 

Comme l’Afghanistan, le Sahel est-il gangréné par les trafics en tous genres et notamment armes et drogue ?

 

De tout temps le Sahel et le Sahara ont été des zones de trafic historiquement d’esclaves, d’or, d’ivoire et de sel. Aujourd’hui c’est plutôt la cocaïne, les armes et les migrants avec aussi un peu de gasoil et de produits alimentaires pour profiter des différences de prix avec l’Algérie. Ces trafics ont eu un impact désastreux au Mali en gangrénant une partie des élites dirigeantes dès la fin des années 1990 et le début des années 2000.

Maintenant ces trafics sont pour partie entre les mains des différents groupes djihadistes et contribuent à leur financement. Les ressources financières de ces groupes viennent aussi du contrôle des mines d’or artisanales, qui sont très importantes au Mali et au Burkina et de la taxation du coton, qui est l’une des richesses de ces pays et le racket sur les marchandises et les voyageurs sur les routes qu’ils contrôlent.

Comment expliquer la montée du jihad et la force de l’islam politique dans cette région autrefois réputée pour une certaine tolérance ?

 

L’islam soufi, historiquement propre à cette région, était extrêmement tolérant. Le salafisme n’est toutefois pas arrivé hier. Son implantation méthodique est l’œuvre de l’Arabie Saoudite, qui est très active au Sahel depuis la fin des années 70 et l’enrichissement des pays pétroliers. Depuis cette époque, on a vu surgir dans tout le Sahel francophone des mosquées financées par des fondations saoudiennes et cet effort méthodique sur plus de 40 ans a entraîné une modification radicale des comportements religieux. Pour ceux qui, comme moi, suivent le Sahel depuis 50 ans, on a vu apparaître les voiles des femmes depuis la fin des années 1990.

A ceci s’est conjugué un effondrement des systèmes d’éducation publique en zone rurale, ceci pour des raisons multiples : crises budgétaires, programme économique du FMI mal construit, mais surtout le choc démographique et la focalisation des donateurs sur les constructions d’écoles, alors que la formation et l’encadrement des enseignants ont été largement oubliés. Résultat, les écoles coraniques ont fréquemment été le seul lieu d’apprentissage des enfants et ces écoles ont été tenues par des convertis au salafisme. Ce n’est pas sans rappeler le rôle des madrassas du Pakistan dans la formation du mouvement Taliban.

Pourquoi ces états n’arrivent-ils pas à répondre aux besoins sociaux, éducatifs, de leur population ?

 

Ces pays sahéliens ont une population extrêmement pauvre et le taux de fiscalisation qui est de l’ordre de 20 % du PIB ne leur laisse pas de marges budgétaires bien conséquentes. Or ils sont soumis à un double choc : un choc démographique colossal avec des taux de croissance de la population supérieurs à 3%, 4% pour le Niger dont la population est passée de 3 millions à l’indépendance à 20 millions actuellement et dépassera 60 millions en 2050. Le deuxième choc est un choc sécuritaire, car les dépenses de sécurité qui atteignent ou dépassent 6% des PIB sont en train d’évincer les dépenses de développement et les dépenses sociales. Ces pays ne peuvent pas acheter des hélicoptères de combat et apporter une éducation de qualité à leurs enfants.

 

La mort au Sahel d’un important chef djihadiste : une annonce bien tardive !

La  mort au Sahel d’un important chef djihadiste : une annonce bien tardive !

 

 

Une annonce bien tardive de la part du gouvernement français qui sans doute tente désespérément de faire écho à la déclaration tonitruante de Trump  à propos de la mort du chef de Daesh en Syrie. On sait que Macron a pris ombrage des propos du président américain indiquant  clairement que la France, pourtant membre de l’alliance théoriquement, n’avait pas été informée de l’opération visant à détruire Baghdadi. Du coup on ressort un peu tardivement une information relative à la mort d’un  supposé chef djihadiste important, le Marocain Ali Maychou qui a été tué au Sahel par l’armée française le mois dernier d’après  la ministre des Armées Florence Parly.

“Le 9 octobre, la France a éliminé le numéro deux du groupe RVIM au Sahel, rattaché à Al-Qaïda. Ali Maychou, leader religieux, recruteur et cerveau de plusieurs attentats d’ampleur était un artisan de la haine”, a écrit la ministre sur Twitter.

Selon les propos tenus à l’AFP par la ministre dans l’avion qui la ramenait d’une tournée au Sahel, Ali Maychou, de son vrai nom Abou Abderahman al Maghrebi, a été tué au Mali dans la nuit du 8 au 9 octobre lors d’une opération menée en coordination avec les forces maliennes et un soutien américain.

L’état-major des Armées a précisé que le chef djihadiste avait été tué lors d’une opération héliportée essentiellement française dans la région de Tombouctou, à la suite d’un “renseignement”.

L’identité de la victime a été confirmée à 100%, a-t-il ajouté.

Le RVIM est l’acronyme de Rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans, autre nom donné au GSIM (groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), affilié à Al Qaïda et dirigé par le chef touareg malien Iyad ag Ghali.

La France avait déjà annoncé en février avoir éliminé un précédent numéro deux du RVIM, Yahia Abou Hamman.

La ministre des Armées a réaffirmé l’engagement de la France à aider ses partenaires africains à lutter contre la recrudescence des attaques djihadistes au Sahel, mardi à Bamako, troisième étape d’une tournée qui l’a menée au Tchad, au Burkina Faso et au Mali. Une annonce sans doute aussi pour tenter d’éteindre les fortes de interrogations sur l’opportunité d’une présence française au Sahel et sur son efficacité.

Le terrible attentat perpétré par Daesh qui a fait 54 morts dans le nord-est du Mali doit évidemment nous interroger sur la situation particulièrement gangrénée au Sahel. par ailleurs au Burkina , cinq gendarmes et au moins cinq civils ont été tués lundi matin lors d’une attaque contre le détachement de gendarmerie de Oursi (province de l’Oudalan, nord). Cette fois il s’agit de victimes maliennes et burkinabaises mais régulièrement on compte aussi des victimes parmi les forces internationales et les forces françaises en particulier. Au Mali, au Burkina Faso au Niger Daesh  se montre de plus en plus agressif et présent. Les attaques contre des objectifs militaires ou civils se multiplient. Il faut bien constater une certaine impuissance des forces internationales et en particulier de la force Barkhane qui paraît actuellement bien mal adaptée pour lutter contre le terrorisme. Pire, cette force est de plus en plus critiquée par la population locale qui constate aussi l’impuissance totale des autorités publiques, leur corruption et leur irresponsabilité. La France est en train de s’enliser dans un conflit dont elle risque de porter la responsabilité pour n’avoir pas su impliquer davantage les acteurs locaux. De ce point de vue il serait temps de réexaminer une situation qui devient particulièrement dangereuse et de réadapter la stratégie.

Au moins 53 soldats et un civil ont en effet été tués lors d’une attaque contre un poste de l’armée dans le nord-est du Mali, a annoncé le gouvernement malien samedi, dans l’une des attaques les plus meurtrières de ces dernières années contre l’armée dans le pays. Le groupe djihadiste Etat islamique a revendiqué l’attaque dans la soirée, via son organe de propagande Amaq. “Des inconnus lourdement armés ont attaqué vers midi. L’attaque a commencé par des tirs d’obus… Puis ils se sont retirés vers le Niger”, a déclaré à Reuters le porte-parole du gouvernement, Yaya Sangaré.

Il a ajouté que le nombre de victimes restait encore provisoire alors que les cadavres étaient en cours d’identification. L’armée a opéré une opération de ratissage dans le secteur avec le soutien des forces internationales, notamment des troupes françaises de l’opération Barkhane et des casques bleus de l’ONU.“Les renforts dépêchés sur place ont trouvés 54 corps dont un civil, 10 survivants et trouvé des dégâts matériels considérables”, avait déclaré plus tôt dans la journée Yaya Sangaré sur Twitter. Par ailleurs, l’Elysée a de son côté annoncé dans un communiqué le décès d’un militaire français de l’opération Barkhane. Le militaire, qui appartenait au 1er régiment de Spahis de Valence, a succombé à ses blessures après le déclenchement d’un engin explosif au passage de son véhicule blindé près de la ville de Ménaka.

La mort du brigadier Ronan Pointeau nous montre que le combat contre les groupes terroristes qui sévissent au Sahel n’est pas terminé”, a souligné dans un communiqué Florence Parly, la ministre française des Armées.

 

« Le dangereux bourbier du Sahel» (Bruno Clément-Bollée)

« Le dangereux bourbier du Sahel» (Bruno Clément-Bollée)

Bruno Clément-Bollée, Ancien directeur de la coopération de sécurité et de défense au ministère des affaires étrangères plaide pour une autre implication des acteurs locaux dans le bourbier du Sahel (tribune le Monde)

 

 

« … Au Sahel, égrener les dramatiques événements qui s’enchaînent – à l’exemple de la toute dernière attaque du poste d’Indelimane, au Mali, au bilan humain effroyable –, et, parallèlement, constater le degré d’impuissance d’une communauté internationale pourtant massivement présente, est devenu, hélas, d’une désespérante banalité, tant ces malheurs sont aujourd’hui la triste réalité du quotidien sahélien.

Le constat est, il est vrai, sans appel. Sur le plan sécuritaire, la montée en force des djihadistes est une réalité qu’on ne peut plus nier. Aujourd’hui, ce sont eux qui, sur le terrain, ont l’initiative du moment, du lieu et de la forme des affrontements. Les forces nationales et internationales qui les combattent, pourtant en nombre, sont cantonnées dans une posture de réaction. Les communiqués officiels masquent mal la réalité d’une situation de terrain qui n’est plus maîtrisée. Or, perdre l’initiative est la pire chose qui soit pour une armée ; c’est le début du doute, qui s’insinue sournoisement dans les têtes.

Mais le pire est peut-être ailleurs. Le ras-le-bol des populations crève les yeux face au vide des Etats et à l’inefficacité de « l’action » internationale. Progressivement, l’incompréhension entre populations et dirigeants s’est installée. La décrédibilisation de la classe politique, jugée globalement irresponsable et corrompue, atteint des sommets. Conséquence : face à l’incurie d’un système sécuritaire censé les protéger, les communautés villageoises n’ont d’autres choix que de confier leur sort à des milices recrutées en leur sein, incontrôlées, surajoutant un problème à une situation déjà très compliquée.

 

Sur le sujet du Sahel, la France a de quoi s’inquiéter. L’opération « Barkhane » semble dans l’impasse. Sa discrétion, son silence même, étonnent. La superbe de 2013 a laissé place à une morosité surprenante. Le malaise tient surtout à la perception locale de sa présence. Aujourd’hui, chaque événement dramatique est l’occasion de conspuer « Barkhane », qu’elle soit liée ou non à l’affaire en cours. La force est taxée d’inefficacité, d’inutilité, voire, parfois, de complicité avec certains mouvements rebelles. A ce train, notre contingent ne sera-t-il pas obligé de quitter le théâtre un jour prochain sous une pression populaire, et non sécuritaire, simplement parce que l’idée même de sa présence au Sahel sera devenue insupportable ? » 

Sahel : la dérive islamiste

Sahel : la dérive  islamiste

Le chercheur, Alain Antil, analyse les dérives islamistes  au Sahel (Tribune au Monde)

 

« . Malgré les dispositions prises par les Etats sahéliens et leurs partenaires, la sécurité au Sahel se dégrade rapidement, au point que la violence risque de déborder vers certains pays du golfe de Guinée. L’aggravation de la situation peut être qualifiée de plusieurs manières.

En premier lieu, les zones touchées par les violences s’étendent. Aux deux foyers de violence de 2012 (bassin du lac Tchad et nord du Mali) sont venus s’adjoindre le centre du Mali, une partie de l’ouest du Niger et le nord puis l’est du Burkina Faso. Rien n’indique aujourd’hui qu’à court terme cette expansion soit contenue. Les récentes attaques à une centaine de kilomètres de Ouagadougou et l’assaut donné contre une garnison malienne de la Force conjointe du G5 Sahel en témoignent cruellement.

Ensuite, cette extension géographique des zones touchées par la violence s’accompagne très logiquement d’une nette augmentation, ces deux dernières années, du nombre de victimes et de déplacés. Les bases de données disponibles, comme celles de l’ONG The Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled), le confirment.

Enfin, c’est la variété des formes et des acteurs de la violence qui s’étend. Le terrorisme est évidemment toujours une menace centrale, mais il côtoie et parfois s’hybride avec d’autres phénomènes. Ainsi, dans le nord du Mali, des groupes armés s’affrontent pour le contrôle de points de passage des trafics. Au centre du pays, des milices communautaires sont, elles, entrées dans un cycle de représailles réciproques sur les communautés voisines, comme en témoigne le terrible massacre d’Ogossagou, en mars. Et les forces armées, victimes d’attaques des groupes djihadistes, se vengent parfois sur des civils issus des villages dont viennent les présumés assaillants, ajoutant une couche de violence supplémentaire.

Cette situation critique a permis la création et l’ancrage local de groupes de « coupeurs de route » et de « vigilantes » (groupes d’autodéfense villageois), comme les koglwéogo au Burkina Faso, qui pallient l’absence de l’Etat en s’érigeant en sorte de police rurale mais parfois aussi en système judiciaire et pénal parallèle. Les catégories sont bien sûr poreuses (tel groupe « djihadiste » peut aussi être protecteur d’une communauté) et les acteurs armés sont très fluctuants quant à la définition de leur « ennemi ». Ainsi, le groupe Ansarul Islam, au Burkina Faso, s’attaque-t-il d’abord aux notables peuls de la province du Soum (nord), à quelques imams et aux fonctionnaires (dont certains étaient membres du groupe avant qu’il devienne violent), puis aux forces de sécurité, puis à certaines populations mossi, puis, plus récemment encore, à des minorités chrétiennes.

Plus inquiétantes encore sont les tendances socio-économiques et démographiques, même si les pays présentent des trajectoires différentes. La zone est en forte expansion démographique, avec des populations dont l’âge médian tourne autour de 17 ans. Ce facteur n’est pas un problème en soi mais vient accentuer certaines fragilités.

Pour entrer dans des trajectoires d’émergence, ces pays ont besoin d’investir massivement dans certains secteurs comme l’éducation. Or des efforts budgétaires déjà insuffisants rencontrent une population scolaire de plus en plus importante. Autrement dit, dans des pays aux économies fragiles, les Etats devraient augmenter très substantiellement leur investissement (rapporté à chaque élève) dans le secteur éducatif pour enclencher une dynamique. Les pays sahéliens ne sont donc pas sur une trajectoire de rattrapage, mais semblent même décrocher vis-à-vis des pays émergents, voire de certains pays du golfe de Guinée.

Cette expansion démographique crée des bataillons de plus en plus importants d’entrants sur les marchés nationaux du travail. Or ceux-ci ne peuvent proposer à cette jeunesse que très peu de « bons emplois », d’ailleurs souvent préemptés par les fils et filles des bourgeoisies nationales qui ont pu échapper aux systèmes scolaires publics et qui de surcroît disposent d’un capital social bien plus important. Une partie des diplômés et les autres entrants rejoignent l’énorme secteur informel urbain. Ce goulot d’étranglement est une véritable machine à frustration de la jeunesse, qui peut constater par ailleurs quotidiennement les manifestations les plus visibles de la corruption des classes dirigeantes.

La faible capacité du marché du travail à créer de bons emplois est la conséquence des modèles économiques adoptés par ces Etats, dont le budget est souvent étroitement dépendant de l’exportation d’un bouquet limité de produits miniers ou énergétiques. Ces modèles rendent les économies fragiles aux chocs externes. A mesure qu’on s’éloigne des grandes villes et des poches d’économie modernes que représentent les entreprises du secteur extractif, la présence de l’Etat s’affaiblit. Loin de pouvoir délivrer les services de base ou même les infrastructures les plus rudimentaires, les Etats n’assurent même plus leurs fonctions régaliennes : la sécurité, la justice… D’autres acteurs ont pris la relève et exercent une sorte de gouvernance partagée.

Loin de signer une disparition des Etats, ces tendances dessinent des réagencements dans lesquels les acteurs périphériques et internationaux peuvent être instrumentalisés par les Etats centraux pour exercer des gouvernances indirectes. Tout cela n’est pas nouveau, certes, mais les rapports de forces militaires dans des pays comme le Niger, mais surtout le Mali et le Burkina Faso, sont de moins en moins favorables aux Etats centraux. Et les acteurs périphériques de la violence (ou de la sécurité) ont également des capacités d’instrumentalisation des politiques des Etats centraux. »

Alain Antil est chercheur en géographie politique, responsable du centre Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales (IFRI) et auteur d’une étude intitulée « Sahel : soubassements d’un désastre ».

G5 Sahel: un redéploiement ! De quoi ?

G5 Sahel: un  redéploiement ! De quoi ?

 

 

Face aux deniers attentats, le gouvernement est sans réponse et pour cause. Officiellement une force commune africaine et française assure la lutte contre le terrorisme mais on ne dispose que de 4500 soldats sur un territoire à peu près aussi grand que celui de l’Europe ; la vérité c’est que les forces sont insignifiantes, le financement de cette force même pas assurée par l’Europe qui se désintéresse de cette question. De manière très vague, Emmanuel Macron a évoqué lundi un possible redéploiement des forces militaires dans le Sahel, trois jours après l’attentat suicide commis contre le QG de la force régionale du G5 Sahel et au lendemain d’une attaque contre une patrouille conjointe de soldats maliens et français au Mali. “Je veux évidemment avoir une pensée pour nos amis maliens suite aux attaques lâches, odieuses, des terroristes au PC de Sévaré, puis à Gao”, a dit le chef de l’Etat français à la presse à son arrivée à Nouakchott (Mauritanie). “Plusieurs militaires français ont été blessés, ils sont en cours d’évacuation vers la France mais ce sont des civils maliens, des civils africains qui sont tués par les terroristes et qui sont les premières victimes de ces barbares que nous combattons.” L’attaque a été revendiquée lundi via SITE, un centre spécialisé dans la surveillance des groupes islamistes sur internet, par le groupe Nusrat al Islam wal Muslimin, filiale malienne d’Al Qaïda. “Nous allons cet après-midi prendre des décisions concrètes de redéploiement de nos forces et de positionnement pour les prochains mois”, a poursuivi Emmanuel Macron, qui devait participer à un déjeuner avec les chefs d’Etat de l’Union africaine et à une réunion avec ses homologues du Sahel.

Mali : la France au Sahel pour dix ans (Michel Rocard)

Mali : la France au Sahel pour dix ans (Michel Rocard)

 

Fidèle à son habitude, Michel Rocard a mis les pieds dans le plat. Au Sahel, c’est une « bagarre sur une dizaine d’années » contre le terrorisme qui est engagée. C’était avant que François Hollande rappelle que la France « n’a pas vocation à rester » au Mali au-delà du déploiement de la force africaine, attendu d’ici à dix jours.  Dix jours ou dix ans ? L’échelle n’est pas la même. Les accents de Cassandre de l’ancien Premier ministre, qui prévoit déjà pertes humaines et « contreparties effrayantes » sur le sol français, traduisent la crainte inhérente à toute intervention militaire : celui de l’enlisement et de la spirale d’un engagement croissant et prolongé.  Le chef de l’Etat en est conscient. Tout comme il sait que le consensus politique, respecté par le FN mais entaillé par les Verts, et qui s’exprimera aujourd’hui au Parlement, ne tiendra que s’il sait conclure l’opération Serval aussi rapidement et nettement qu’il a su la déclencher.  Les objectifs de guerre fixés par François Hollande – enrayer la progression des troupes terroristes, sécuriser les institutions maliennes et préparer l’entrée en lice de la force africaine – ne dépendent pas que de l’efficacité des frappes.  Si la France est en première ligne sur le plan militaire, elle ne veut pas être isolée sur le plan diplomatique. Pour ce qui dépend de François Hollande, le sans-faute est total. Le chef de l’Etat, qui est intervenu à la demande du Mali et des Etats de la région concernés, a obtenu une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu, le soutien politique et logistique de plusieurs pays, à commencer par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. A Abu Dhabi, il a reçu l’assurance d’une aide « humanitaire, matérielle, financière et éventuellement militaire » des Emirats arabes. Il a encore obtenu l’autorisation de survol des espaces aériens marocain et algérien. Berlin aussi a bougé. L’image de l’Allemagne avait pâti de son refus de s’associer à l’intervention en Libye contre Kadhafi. Cette fois, Angela Merkel envisage une aide « logistique ou humanitaire ». Reste à l’Union européenne à accélérer la mise en place de des soldats instructeurs afin que, comme le dit Alain Juppé, « cette solidarité morale se manifeste concrètement ». Mais, même aidée par d’autres, c’est la France qui, jusqu’au bout portera cette opération. Et François Hollande, seul, qui sera comptable de son issue.

 




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