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Les menaces cybernétiques russes sur l’Occident

Les menaces cybernétiques russes sur l’Occident

 Bien avant le début de l’invasion physique de l’Ukraine par la Russie, les experts en cybersécurité s’interrogeaient déjà : à quand le « gros coup » ? Par Sam Curry, Chief Security Officer de Cybereason.( la Tribune)

 

 

La Russie est en effet (tristement) célèbre pour ses capacités cybernétiques offensives, notamment suite aux attaques perpétrées telles que NotPetya et SolarWinds. Il semblait alors inévitable que toute offensive majeure menée par la Russie s’accompagne d’un recours à des attaques hybrides dévastatrices, notamment des cyber opérations contre les infrastructures critiques de l’Ukraine. Lorsque les nations occidentales, y compris les États-Unis et les membres de l’UE (parmi tant d’autres), ont apporté leur soutien à l’Ukraine, il semblait très probable qu’elles deviendraient elles aussi la cible d’une telle offensive.

Pourtant, selon toute vraisemblance, ces attaques n’ont pas eu lieu, du moins pas aux niveaux prévus. Les lumières ne se sont pas éteintes dans tout l’Occident après que la Russie a lancé des attaques contre les infrastructures critiques de ceux qui ont eu la témérité de s’allier à l’Ukraine. Il convient également de noter que l’Ukraine a bel et bien subi des attaques sur ses infrastructures critiques dans le cadre de la première salve d’attaques, notamment un assaut dévastateur sur son système de satellites Viasat.

Celui-ci n’était pas sans rappeler l’attaque NotPetya du GRU contre l’Ukraine en 2014, qui s’est propagée de manière incontrôlée au-delà de ses cibles prévues, causant des dommages collatéraux dans d’autres nations. Cette fois-ci, l’attaque n’a cependant eu que peu ou pas d’impact. Mais si diverses théories ont été avancées pour expliquer pourquoi l’Occident reste largement indemne, il convient de noter que « pas encore » ne signifie pas « jamais ».

Les pays alliés de l’Ukraine doivent continuer à se méfier d’une attaque potentielle pour de nombreuses raisons, notamment parce que le gouvernement des États-Unis, qui avait déjà été à juste titre averti de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, partage des rumeurs d’attaques potentielles. La CISA a lancé un appel urgent au secteur privé pour qu’il soit en état d’alerte et qu’il partage toute activité inhabituelle, précisément parce que ces attaques peuvent commencer n’importe où et à tout moment, et qu’il est difficile de les repérer avant qu’il ne soit trop tard.

Le problème pourrait simplement survenir plus tard que prévu, peut-être parce que les renseignements sur l’attaque en Russie n’ont été transmis qu’à un groupe très restreint.

Il est possible que la Russie ait placé ces attaques plus haut dans la progression de l’escalade et qu’elle craigne de s’exposer à une contre-attaque alors qu’elle se bat déjà sur de nombreux fronts. Il convient également de noter que la Russie ne dispose que d’un nombre limité de zero-day et d’exploits inconnus dans son arsenal, et qu’une fois ceux-ci déclenchés, les indicateurs de compromission (IOC) seront disponibles et les tactiques, techniques et procédures (TTP) deviendront rapidement obsolètes. D’où l’importance pour elle de choisir soigneusement les cibles et le moment.

La guerre elle-même est loin d’être terminée, et son issue est encore inconnue. Il est donc possible que la Russie se tourne finalement vers la cyberguerre pour renflouer ses propres coffres à mesure que le conflit et les sanctions qui l’accompagnent s’éternisent, à l’instar des activités cybercriminelles de la Corée du Nord. Même si la Russie n’opte pas pour la cybercriminalité pour faire du profit, des pirates patriotiques comme le gang des ransomwares Conti (récemment dissout et qui réapparaîtra sans doute bientôt sous un nouveau nom) se sont publiquement alignés sur les intérêts russes et tireront parti du conflit pour leurs propres bénéfices.

Même ceux qui se désintéressent complètement de la politique pourraient prendre note des secteurs mis à mal par le conflit, tels que l’énergie et l’agriculture, pour en tirer profit, sachant, grâce à leur propre suivi de l’actualité, que ces secteurs font face à une crise mondiale et seront plus prompts à payer des rançons, des vies étant en jeu.

La mauvaise nouvelle pour les industries occidentales qui s’inquiètent des attaques liées à la Russie est que le conflit a montré peu de signes d’arrêt ou même de ralentissement des activités cybercriminelles liées à la Russie, et qu’il pourrait même conduire à une accélération de ce type d’attaques. La bonne nouvelle est que la Russie elle-même ne semble pas être à l’abri de ces préoccupations.

En attendant d’en savoir plus sur l’évolution du conflit, les personnes et les organisations concernées doivent faire preuve de vigilance en renforçant leurs défenses, en appliquant des correctifs aux systèmes vulnérables le plus rapidement possible et vérifier les mises à jour. C’est aujourd’hui le minimum vital.

Répression de Poutine contre les artistes russes

Répression de Poutine contre les artistes russes

 

  • par Vera Ageeva, professeur associée de la Haute école des études économiques (Russie) et Sciences Po, 

Après le début de l’attaque contre l’Ukraine, Moscou a mis en place une censure quasi militaire qui rappelle à bien des égards la pratique soviétique. Il s’agit d’un nouveau tour de vis dans la guerre culturelle qui se déroule en Russie depuis une bonne décennie : elle met aux prises, d’un côté, de nombreux artistes russes qui réclament la liberté d’opinion et d’expression, et de l’autre côté, les fonctionnaires du monde de la culture et les idéologues du Kremlin déterminés à sanctionner durement la moindre manifestation d’opposition à la ligne du pouvoir.

Avant le début de la guerre, seule une minorité du monde artistique et culturel russe osait faire part publiquement de son désaccord avec le régime de Vladimir Poutine, devenu de plus en plus autoritaire au cours des années. La majorité avait opté pour une posture – très commode pour le pouvoir – consistant à se placer « hors de la politique », à « rester neutre » et à « se concentrer sur son art ».

Les rares artistes à critiquer ouvertement Poutine et son système se voyaient largement empêchés de travailler normalement et de rencontrer leur public. Par exemple, en 2012, Iouri Chevtchouk, l’une des plus grandes stars russes du rock depuis les années 1980, leader du groupe culte DDT, s’est vu interdire de partir comme prévu en tournée à travers le pays après participé à des manifestations à Moscou contre les fraudes survenues pendant l’élection présidentielle organisée en mai de cette année-là, qui s’est soldée par le retour au Kremlin de Vladimir Poutine après l’interlude Medvedev. C’est surtout à partir de ce moment-là que le pouvoir s’est mis à s’en prendre systématiquement aux personnalités du monde de la culture qui se permettaient de prendre publiquement position contre lui.

L’annexion de la Crimée en 2014 a tracé une nouvelle ligne de séparation entre le gouvernement russe et les artistes, spécialement les plus jeunes d’entre eux. Des rappeurs populaires comme Oxxxymiron, Noize MC, Husky, ou encore Face ont participé à des manifestations politiques, s’en sont pris en paroles au régime et ont donc eu, eux aussi, des difficultés à poursuivre leur activité professionnelle en Russie, certains ayant même connu des démêlés avec la justice du fait de leurs prises de position.

Au pays de Vladimir Poutine, la justice est en effet régulièrement mise à contribution pour ramener à la raison les personnalités de la société civile jugées suspectes. En 2017, une procédure pénale, officiellement pour motifs économiques, est lancée contre l’éminent réalisateur et metteur en scène Kirill Serebrennikov, fondateur du théâtre « Gogol Center » à Moscou, devenu l’un des lieux culturels centraux de la Russie contemporaine. En 2018, son film Leto (L’Été) a reçu plusieurs prix internationaux y compris au Festival de Cannes. En 2019, il a été fait par la France commandeur des Arts et des Lettres.

Serebrennikov était connu pour sa position critique envers le régime de Poutine. Pour la majorité de l’intelligentsia russe, les poursuites déclenchées à son encontre par le Kremlin n’ont rien à voir avec le motif officiellement invoqué et relèvent d’une nouvelle manifestation de la persécution de toute dissidence. Le metteur en scène a été placé en résidence surveillée pour presque deux ans. Lors de son procès, finalement tenu en 2020, il a été jugé coupable et condamné à une peine de prison avec sursis. Il a quitté le pays peu après l’invasion de l’Ukraine.

Le point de non-retour entre le régime de Poutine et la culture russe

Après le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, les autorités russes ont nettement accru leur contrôle sur l’espace public. L’objectif, désormais, n’est plus simplement de taper sur les doigts des contestataires, mais de purger le pays de tous les éléments insuffisamment « patriotes » : dans son fameux discours du 16 mars, Vladimir Poutine n’a-t-il pas appelé à une « purification naturelle » de la société contre « les racailles et les traîtres » ?

Depuis l’adoption d’une loi ad hoc, la moindre expression d’une opinion indépendante sur la guerre en cours est susceptible d’être qualifiée de « tentative de jeter le discrédit sur l’armée russe » et de « diffusion de fausses nouvelles » – des infractions passibles d’une peine de prison ferme pouvant aller jusqu’à 15 ans. Cette législation, similaire à celle de la loi martiale, a permis aux siloviki (les responsables des structures de sécurité et de justice de l’État) de placer sous une pression maximale ceux des artistes russes qui ont pris la décision de ne pas garder le silence. Et pourtant, certains, y compris une proportion non négligeable des représentants de la culture dite populaire, qui étaient jusqu’ici considérés comme plutôt loyaux envers le régime, n’ont pas craint de défier le pouvoir.

Les artistes de la culture pop étaient restés largement apolitiques pendant les 22 ans du régime de Poutine. Mais la guerre déclenchée par le Kremlin a révélé qu’une partie d’entre eux, y compris parmi les plus célèbres, étaient aptes à défendre une position éthique dans des circonstances périlleuses. Des idoles de la variété et de la pop, dont les Russes connaissaient les chansons par cœur (parfois depuis l’enfance) – tels que la superstar Alla Pougatcheva, mais aussi Valéry Meladze, Sergueï Lazarev, Ivan Ourgant, etc – ont osé de déclarer au grand public leur désaccord avec les bombardements du pays voisin.

Même si d’autres artistes – comme le « rappeur de cour » et businessman Timati, en passe de reprendre les cafés abandonnés par la chaîne Starbucks, ou l’acteur Vladimir Machkov – ont accepté de diffuser la propagande officielle, l’effet qu’a sur la société le courage des artistes anti-guerre (qui, en dénonçant la guerre ou en quittant la Russie, ont mis leur carrière professionnelle, voire leur liberté, en péril) ne doit pas être sous-estimé.

Les représentants des générations les plus jeunes, comme les rappeurs évoqués plus haut, n’ont pas été en reste, à commencer par le plus célèbre, Oxxxymiron, qui est parti pour l’étranger et y a organisé de nombreux concerts réunissant ses compatriotes sous le slogan sans équivoque « Russians against war », et dont les recettes sont reversées à des organisations d’aide aux réfugiés ukrainiens.

Une position partagée par les emblématiques punkettes de Pussy Riot – l’une d’entre elles, menacée de prison, a d’ailleurs fui la Russie dans circonstances particulièrement rocambolesques – et par les membres de l’un des rares groupes russes connus à l’international, Little Big, qui se sont exilés et ont publié un clip  établissant implicitement un lien entre la destruction de l’Ukraine et la « cancellation » de la culture en Russie.

Enfin, la majeure partie de l’intelligentsia culturelle russe est également hostile à la guerre. Si, là encore, certains – par conviction (comme l’écrivain Zakhar Prilépine) et le cinéaste Nikita Mikhalkov, ou par calcul – chantent les louanges du régime et saluent son « opération spéciale », une large majorité des écrivains, poètes, réalisateurs et musiciens connus internationalement se sont opposés à l’invasion du pays voisin. Quelques-uns sont même passés des paroles aux l’action et ont fondé une association baptisée « La vraie Russie » .

Parmi les plus actifs, citons les célèbres écrivains Lioudmila Oulitskaïa, Boris Akounine et Dmitri Gloukhovski ; le metteur en scène Kirill Serebriannikov, déjà cité ; le réalisateur Andreï Zviaguintsev ; la chanteuse lyrique Anna Netrebko ; la poétesse Vera Polozkova ; les vétérans du rock Boris Grebenchtchikov, Iouri Chevtchouk et Andreï Makarevitch ; les acteurs Lia Akhedkajova, l’acteur Artur Smolyaninov… liste non exhaustive).

Certains d’entre eux ont déjà été désignés par le gouvernement russe comme « agents de l’étranger » et ont dû quitter le pays. Ajoutons que plusieurs responsables d’institutions culturelles de premier plan ont démissionné pour protester contre la guerre en Ukraine.

Persécuter l’intelligentsia artistique contemporaine sera une tâche plus facile pour le Kremlin que démanteler les fondements éthiques de la culture russe classique, qui s’est toujours opposée aux horreurs de la guerre, mettant au centre de la réflexion l’individu (le problème du « petit homme » chez Pouchkine, Gogol, Tchekhov) et considérait l’âme russe comme ouverte, paisible et tournée vers le monde (l’idée de « vsemirnaïa doucha » de Fedor Dostoïevski).

Les auteurs classiques sont encore étudiés à l’école en Russie… pour le moment. Mais au rythme où vont les choses, il est permis de se demander si le plus célèbre roman de la littérature russe, Guerre et Paix, ne sera pas jugé contraire à l’esprit de l’époque, puisque le mot « guerre » lui-même a disparu de l’espace public, si bien qu’un meme populaire présente la couverture de l’ouvrage portant ironiquement pour titre « L’opération militaire spéciale et la paix »

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Ukraine : Jusqu’où iront les Russes ?

 Ukraine : Jusqu’où iront les Russes ?

 

 

Jusqu’où iront les Russes s’interroge , la chercheuse en géopolitique Christine Dugoin-Clément dans le Monde

 

L’attention des Occidentaux qui soutiennent l’Ukraine contre l’invasion russe se focalise sur la région du Donbass, à l’est, et le bassin minier. Des villes comme Severodonetsk et Lyssytchansk sont tombées, d’autres – Poltava, Krementchouk et Bakhmout – sont massivement bombardées. La région limitrophe, au sud-est, n’est pourtant guère évoquée, alors même qu’elle constitue un enjeu stratégique beaucoup plus important. Les deux camps parlent d’offensives et de futures contre-offensives où le facteur humain – c’est-à-dire les capacités de mobilisation – et le matériel joueront un rôle essentiel.

En dépit de pilonnages d’artillerie particulièrement impressionnants, les lignes de front évoluent peu dans le Donbass, et les gains territoriaux russes restent très limités. Au sud, en revanche, ils se sont emparés, dès le début de l’offensive, du port de Kherson, mais, dans cette région comme dans celle de Zaporijia, les lignes de front sont plus mobiles, et les objectifs stratégiques nombreux avec une centrale nucléaire, la plus grande du pays, occupée par les forces russes dès le début de l’intervention mais toujours encerclée par les forces ukrainiennes, et plusieurs gazoducs.

Ces territoires permettent aussi le contrôle du fleuve Dniepr, ouvrent une voie vers la mer Noire et un accès à la flotte russe qui y stationne. Un enjeu essentiel alors même que le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, clame que l’offensive russe ne vise pas à s’emparer du seul Donbass. La prise de contrôle totale par les forces russes de ces zones leur permettrait de couper l’Ukraine en deux. La ville de Dnipro, point de passage et verrou sur le fleuve, est un élément-clé pour la logistique et l’approvisionnement des troupes actives dans le bassin minier.

C’est dans cette logique que Moscou intensifie la russification des zones déjà conquises de cette région. La mise en scène de reconstructions de bâtiments, la substitution de noms russes à ceux ukrainiens des villes et quartiers, les campagnes de communication visant à montrer l’adhésion de la population à la Russie, la nomination d’officiels russes à des postes administratifs comme la délivrance de la nationalité russe aux nouveau-nés visent à montrer clairement qu’il n’y aura aucun retour de ces régions sous l’autorité de Kiev. Les autorités occupantes prennent en main les médias et imposent des programmes russes pour raviver une histoire que Moscou veut commune. Le rouble est devenu la seule monnaie dans plusieurs villes, notamment à Kherson, malgré la résistance de la population qui pendant deux mois a continué à échanger ses roubles contre la monnaie ukrainienne, la hryvnia. Les autorités locales évoquent aussi la tenue de référendums pour un rattachement à la Russie ou une indépendance.

Guerre Ukraine : les russes en recul mais la crainte d’un geste désespéré de Poutine

Guerre Ukraine : les russes en recul mais la crainte d’un geste désespéré de Poutine

 

 

Poutine accumule les échecs. D’abord il n’a pas réussi son pari de s’emparer en quelques jours de la totalité de l’Ukraine. Pire aujourd’hui les forces russes ont plutôt tendance à reculer sous la pression ukrainienne. Le risque évidemment c’est un geste désespéré de Poutine pour sauver sa place et son régime. Politiquement son opération constitue un échec retentissant puisque non seulement il n’a pas soumis la totalité de l’Ukraine mais qu’en plus il y a désormais un renforcement et une recomposition de l’OTAN avec les prochaines adhésions de la Finlande et de la Suède. Sans parler de la misère sociale qui s’installe en Russie où on commence à manquer de tout et avec une inflation de 20 à 30 %.. Or, depuis le début de la guerre, les forces militaires russesse réduisent comme une peau de chagrin. En quatre-vingt jours, elles sont d’abord passées de 600 km à un peu moins de 200 pour atteindre aujourd’hui à peine 30, autour de la ville de Sievierodonetsk.

On voit mal comment pourrait se terminer cette guerre dans le cadre d’un compromis. Politiquement, Poutine ne peut pas se permettre une défaite ; inversement les ukrainiens n’accepteront pas facilement de lâcher certaines provinces russophones de l’Est. On risque de s’installer dans une situation de longue guerre notamment près du Dombass avec aussi des manœuvres russes pour déstabiliser dans le monde certain pays en mal de démocratie notamment en Afrique voire au Moyen -orient.  Mais on ne peut non plus exclure le pire avec la menace nucléaire.

 

Ukraine : les forces russes en recul mais la crainte d’un geste désespéré de Poutine

Ukraine : les forces russes en recul mais la crainte d’un geste désespéré de Poutine

 

 

Poutine accumule les échecs. D’abord il n’a pas réussi son pari de s’emparer en quelques jours de la totalité de l’Ukraine. Pire aujourd’hui les forces russes ont plutôt tendance à reculer sous la pression ukrainienne. Le risque évidemment c’est un geste désespéré de Poutine pour sauver sa place et son régime. Politiquement son opération constitue un échec retentissant puisque non seulement il n’a pas soumis la totalité de l’Ukraine mais qu’en plus il y a désormais un renforcement et une recomposition de l’OTAN avec les prochaines adhésions de la Finlande et de la Suède. Sans parler de la misère sociale qui s’installe en Russie où on commence à manquer de tout et avec une inflation de 20 à 30 %.. Or, depuis le début de la guerre, les forces militaires russesse réduisent comme une peau de chagrin. En quatre-vingt jours, elles sont d’abord passées de 600 km à un peu moins de 200 pour atteindre aujourd’hui à peine 30, autour de la ville de Sievierodonetsk.

On voit mal comment pourrait se terminer cette guerre dans le cadre d’un compromis. Politiquement, Poutine ne peut pas se permettre une défaite ; inversement les ukrainiens n’accepteront pas facilement de lâcher certaines provinces russophones de l’Est. On risque de s’installer dans une situation de longue guerre notamment près du Dombass avec aussi des manœuvres russes pour déstabiliser dans le monde certain pays en mal de démocratie notamment en Afrique voire au Moyen -orient.  Mais on ne peut non plus exclure le pire avec la menace nucléaire.

 

 

Guerre en Ukraine: Russes et Biélorusses interdits de compétition internationale ?

Guerre en Ukraine: Russes et Biélorusses interdits de compétition internationale ?

En recommandant aux différentes fédérations de bannir les athlètes russes et biélorusses, le Comité international olympique montre enfin sa clarté.

Par Nicolas Lepeltier dans le « Monde »

 

 

Analyse.

En excluant la Russie et la Biélorussie des compétitions internationales dans une quasi-unanimité, le mouvement sportif a donné l’image d’une « famille » unie comme rarement. Le Comité international olympique (CIO), patron du sport mondial, a réagi dès le 28 février, quatre jours après l’invasion militaire russe en Ukraine.

Dans son communiqué, le CIO recommandait « aux fédérations internationales de sport et aux organisateurs d’événements sportifs de ne pas inviter ou de permettre la participation d’athlètes et d’officiels russes et biélorusses aux compétitions internationales ».

Message reçu et suivi d’effet le jour même par la Fédération internationale de football (FIFA) et par l’Union européenne de football (UEFA) : dans une décision conjointe, les deux puissantes organisations privaient l’équipe russe du Mondial de football au Qatar (du 21 novembre au 18 décembre) et les clubs russes de toute compétition européenne, dont la lucrative Ligue des champions – la finale a été délocalisée de Saint-Pétersbourg au Stade de France, à Paris.

Par un effet domino, l’écrasante majorité des fédérations sportives, sauf l’ITF notamment, qui régit le tennis – les organisateurs du tournoi de Wimbledon (Royaume-Uni) ont toutefois décidé, le 20 avril, d’exclure les joueurs russes et biélorusses du prochain tournoi en juillet – ont suivi l’appel du CIO, réduisant ainsi le sport russe à l’état de paria. Un sort jusqu’alors réservé à l’ex-Yougoslavie du début des années 1990 et à l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Rapide, historique, la prise de position de l’instance olympique, basée à Lausanne (Suisse), a surpris. « En l’espace de quelques jours, la famille du sport était presque au grand complet pour expliquer à quel point il fallait prendre des sanctions dures contre la Russie », s’étonne encore Carole Gomez, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Une position surprenante en effet quand, ces dernières années, le CIO s’était plutôt fait remarquer par sa frilosité, au nom de sa traditionnelle « neutralité politique », à s’engager sur le terrain du respect des droits humains.

Mais, à y regarder de près, le CIO ne s’est pas mué en ardent défenseur des droits humains dès les premiers coups de canon tirés sur Kiev. Dans son texte du 28 février, l’organisation, qui compte plus de comités nationaux olympiques (206) qu’il n’y a d’Etats membres aux Nations unies, ne fait que « recommander » le bannissement des athlètes russes et biélorusses ; elle ne prend pas cette décision elle-même, mais laisse le soin aux fédérations internationales d’y procéder.

Tennis Wimbledon: russes et biélorusses exclus

Tennis Wimbledon: russes et biélorusses exclus

L’ATP, association qui régit le le circuit masculin de premier plan (sauf les Grands Chelems), a critiqué la décision de Wimbledon d’exclure les athlètes russes et biélorusses du plus prestigieux tournoi sur gazon de l’année, mercredi 20 avril. La WTA, qui gère le circuit féminin, lui a emboité le pas. Cette décision a également été prise par la LTA, fédération britannique de tennis pour tous les tournois disputés outre-Manche.

L’association assure que les joueurs russes et biélorusses seront toujours autorisés à jouer les tournois ATP sous drapeau neutre, comme depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. La WTA a embrayé le pas de l’ATP par un communiqué publié plus tard dans la soirée. L’organisation souligne, elle aussi, le caractère discriminatoire d’une telle mesure et se dit « décue des annonces du jour ».

Une position que ne partage pas l’athlète ukrainienne Elina Svitolina, épouse de Gaël Monfils, très engagée depuis le début de l’invasion. Dans un tweet, la joueuse a demandé aux joueurs et joueuses concernés de prendre position contre l’invasion ukrainienne et de les suspendre en cas de réponse négative. « Il est des temps où le silence est une trahison et ce moment est venu« , affirme-t-elle.

Politique: La paranoïa de Poutine et des Russes

Politique: La paranoïa de Poutine et des Russes

 

En lançant une guerre ouverte avec l’Ukraine, Moscou semble avoir rompu avec sa stratégie de contournement de la lutte armée interétatique héritée de la fin de la guerre froide, analyse Dimitri Minic, spécialiste de la pensée stratégique russe, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

Dans son discours de célébration de l’annexion de la Crimée, le 18 mars 2014, Vladimir Poutine déclarait : « En somme, nous avons toutes les raisons de croire que la fameuse politique d’endiguement de la Russie, qui a été menée aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles, se poursuit aujourd’hui. » Loin d’être isolée, cette perception de l’histoire et du monde est largement partagée parmi les élites politico-militaires russes. Ces dernières étaient convaincues que l’Union soviétique avait été battue après la guerre froide, lors d’un conflit indirect pensé et orchestré par Washington pour détruire le pays.

Forts de cette croyance, les stratèges russes ont dès le début des années 1990 théorisé le contournement de la lutte armée interétatique comme moyen d’atteindre les objectifs politiques et stratégiques de Moscou. Cette longue réflexion a porté ses fruits lorsque le chef d’état-major général russe, Valéri Guerassimov, a exposé, en 2013, l’importance considérable prise par les moyens non militaires (notamment informationnels, cybernétiques, économiques et diplomatiques) et militaires indirects (forces spéciales et paramilitaires, ou démonstrations de force) dans la confrontation interétatique. Si Moscou a mis en œuvre cette stratégie indirecte un peu partout dans le monde, de l’Europe à l’Afrique en passant par l’« étranger proche », l’Ukraine fut, dès 2004, et plus directement depuis 2014, un véritable laboratoire de tout ce que la stratégie indirecte peut compter d’instruments d’influence, de pression et d’action sous le seuil de la lutte armée interétatique.

Pourtant, le 24 février, Vladimir Poutine a déclenché une guerre ouverte contre l’Ukraine. Plusieurs facteurs l’ont poussé à prendre cette décision qui représente, en apparence seulement, une rupture stratégique. Si les stratèges russes ont jusqu’à présent privilégié le contournement de la lutte armée interétatique pour atteindre les objectifs de l’Etat, ils n’ont ni exclu la possibilité de la mettre en œuvre ni délaissé sa conceptualisation. Il serait donc plus juste de parler d’« option extrême » que de rupture stratégique.

Pour comprendre ce choix extrême du président russe, il est nécessaire de prendre en compte la représentation qu’ont les élites politico-militaires russes de l’environnement stratégique. Cette vision est d’abord traversée par des croyances centrales : le monde est hostile à la Russie d’une part, et les Etats-Unis sont omniscients et omnipotents d’autre part. Elle est aussi marquée par un mode de pensée spécifique : à la fois une relative négation de l’autonomie de l’individu et des volontés collectives spontanées et une difficulté à concevoir que des événements puissent être le fait du hasard, et non forcément d’une manipulation.

Sanctionner la Russie mais pas les Russes ?

Sanctionner la Russie mais pas les Russes ?

Une réflexion d’ensemble s’impose sur le thème des sanctions scientifiques, non seulement pour ménager, à l’avenir, des espaces de collaboration avec la Russie, mais aussi pour anticiper d’autres crises possibles, notamment avec la Chine, affirment, dans une tribune au « Monde », la politiste Stéphanie Balme et le physicien Pierre Lemonde.

 

Un article intéressant mais qui pose les difficultés de sanctionner un pays en épargnant la science. Autrement dit comment sanctionner la Russie mais pas les Russes, demain la Chine mais pas les chinois NDLR

 

Tribune. 

 Depuis l’invasion de l’Ukraine, un train de sanctions scientifiques historique par son ampleur s’est abattu sur la Russie de Vladimir Poutine. Normalement centrée sur des actions de coopération, la diplomatie scientifique doit aujourd’hui se réinventer face à la guerre. Les sanctions mettent en avant la volonté de promouvoir une « Europe-puissance » démocratique en matière de science et d’enseignement supérieur, ce que reflète la « Déclaration de Marseille relative à la coopération internationale en matière de recherche et d’innovation », publiée le 9 mars à la suite de la conférence des ministres de l’Union européenne.

Dès le 25 février, une pétition de chercheurs et de journalistes scientifiques russes s’opposant à la guerre avait recueilli des centaines de signatures, devenues par la suite des milliers, dont celles de membres éminents de l’Académie des sciences de Russie. Constatant que la Russie s’était « condamnée à l’isolement sur la scène internationale », ce texte ajoutait : « Cela signifie que nous, les chercheurs, ne pourrons désormais plus faire nos recherches normalement, tant il est vrai que l’avancement des recherches scientifiques est impensable sans coopération approfondie avec les collègues des autres pays. »

Le 28 février, un texte du Conseil des jeunes scientifiques ukrainiens réclamait l’arrêt immédiat de toute coopération académique avec la Russie.

Cet appel a été suivi, chronologiquement, par l’Alliance des organisations scientifiques allemandes puis par l’Union européenne et de nombreux pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sous la forme d’un gel de nouvelles collaborations institutionnelles, du boycott d’événements scientifiques internationaux et de la mise en place de dispositifs d’accueil unifiés pour les étudiants comme pour les réfugiés scientifiques ukrainiens (et parfois russes).

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a aussi annoncé mettre fin à onze ans de coopération avec Skoltech, un institut de recherche privé basé à Moscou qui formait jusque-là la fine fleur de la jeune tech russe. De même, la conférence quadriennale de l’Union mathématique internationale, responsable de l’attribution de la médaille Fields et qui devait se réunir en juillet à Saint-Pétersbourg, se tiendra finalement en ligne et sans les cerveaux russes.

Le 9 avril, à la suite des révélations des atrocités perpétrées contre les civils ukrainiens, notamment à Boutcha et à Marioupol, l’Europe a décrété l’arrêt de la participation de tous les organismes publics russes à ses programmes-phares de financements de la recherche et de la mobilité que sont Horizon Europe, Euratom et Erasmus+. Seule la Chine, parmi les dix principaux pays scientifiques collaborateurs de la Fédération de Russie, a choisi de maintenir ses collaborations.

 

Mali : juger aussi les criminels de guerre russes

Mali : juger aussi les criminels de guerre russes

 

 

L’armée malienne et des miliciens russes sont accusés d’avoir tués des centaines d’habitants de Moura, fin mars. Comme en Ukraine, des forces aux ordres de Vladimir Poutine sont impliquées. La Cour pénale internationale se doit d’enquêter et de traduire en justice les dirigeants incriminés.

 

Editorial du « Monde ».

 

Certaines concomitances renforcent le caractère tragique de l’actualité. Au moment même où, dimanche 3 avril, à Boutcha, en Ukraine, étaient découverts des centaines de cadavres de civils après le départ de l’armée russe, un autre massacre était révélé : celui dont ont été victimes, entre le 27 et le 31 mars, des centaines d’habitants de Moura, un village situé au centre du Mali. Dans cette zone contrôlée par des djihadistes affiliés à Al-Qaida, les forces armées maliennes et des paramilitaires blancs identifiés comme appartenant au groupe russe Wagner ont, lors d’une opération antiterroriste, tué des centaines d’habitants.

Des soldats maliens et des miliciens russes ont rassemblé des hommes et procédé à des exécutions sommaires. Des fosses communes auraient été creusées par les villageois eux-mêmes. Ce scénario de l’horreur, recoupé par plusieurs sources, s’est soldé par la mort de « 203 combattants », selon le communiqué triomphant de l’armée malienne, qui se félicite d’avoir « procédé aux nettoyages systématiques de toute la zone ». Un bilan que l’ONG Human Rights Watch porte à « environ 300 hommes civils, dont certains soupçonnés d’être des combattants islamistes ».

La résonance entre le massacre de Boutcha et celui de Moura ne se limite pas à leur simultanéité et à une logique comparable, qui évoque clairement des crimes de guerre. Elle tient à l’implication, dans les deux cas, de forces aux ordres de Vladimir Poutine, puisque sont avérés les liens de la milice Wagner avec le président russe. Seule différence notable : alors que les événements d’Ukraine sont amplement médiatisés, images et témoignages de journalistes à l’appui, ceux du Mali se sont déroulés sans aucun témoin extérieur. La présence du millier de mercenaires russes continue même d’être niée par les militaires putschistes au pouvoir à Bamako.

Tout se passe comme si le départ programmé des troupes françaises de l’opération « Barkhane » précipitait la fuite en avant autoritaire des militaires maliens et leur collaboration avec le régime russe. Le Mali, où des médias sont bâillonnés et les voix discordantes menacées, est en proie à un inquiétant déchaînement de violence. Recrudescence de la violence djihadiste d’un côté, massacres de civils perpétrés par l’armée malienne épaulée par Wagner de l’autre, avec un niveau de brutalité jamais atteint.

L’arrivée des mercenaires russes, connus pour leurs exactions en Libye et en Centrafrique, accélère une dérive marquée par une logique de « nettoyage ». Particulièrement alarmant apparaît le déferlement de ferveur patriotique que la junte malienne parvient à susciter à chaque « succès éclatant » des forces armées, dans un pays secoué depuis plus d’une décennie par le djihadisme et menacé d’éclatement.

En Afrique comme en Ukraine, les responsables de crimes de guerre doivent être jugés. La justice internationale doit être dotée de tous les moyens pour enquêter sur les massacres qui, en suscitant haine et désir de vengeance, ne font qu’alimenter une spirale de violence destructrice. Les exemples de l’ancien président du Liberia Charles Taylor, condamné à cinquante ans de prison en 2012 pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, ou celui de l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, mort en 2006 en prison, montrent que des dirigeants impliqués dans de telles atteintes à la vie humaine peuvent être dûment traduits en justice.

Des exactions russes aussi au Mali ?

Des exactions russes aussi au Mali ?

 

 

D’après l’armée malienne, plus de 200 personnes considérées comme des terroristes auraient été tuése. En fait il pourrait aussi s’agir de civils victimes de soldats maliens mais surtout des mercenaires russes du groupe wagner. . Vendredi, l’état-major malien invitait «les populations à la retenue contre les spéculations diffamatoires à l’encontre» des forces armées maliennes. Mais les réactions internationales, de Washington à Paris en passant par l’Union européenne et les Nations unies, témoignent que cette version des faits est vivement contestée. La France s’est ainsi dite «préoccupée par les informations faisant état d’exactions massives dans le village de Moura par des éléments des forces armées maliennes accompagnées de mercenaires russes du groupe Wagner, et qui auraient causé la mort de centaines de civils», a indiqué un communiqué du Quai d’Orsay.

 

Dès samedi, la Minusma avait pour sa part indiqué être «informée des confrontations» entre l’armée malienne et des groupes extrémistes et reconnu être «très préoccupée par les allégations de violences» contre des civils. Idem du côté du département d’État américain, qui avait jugé dimanche «extrêmement dérangeantes» ces allégations, en citant elle aussi la société Wagner. «Ces informations contradictoires illustrent le besoin urgent pour les autorités de transition malienne de donner un accès libre, sûr et sans entrave aux enquêteurs dans la zone où ces événements tragiques se sont déroulés». Les violences djihadistes ont fait des dizaines de morts civils au cours des dernières semaines dans le centre-est du Mali et la région dite des trois frontières (entre Mali, Niger et Burkina Faso), selon la Minusma.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé l’armée malienne et ses «partenaires bilatéraux», dans un rapport remis récemment au Conseil de sécurité, à respecter lors des opérations antiterroristes leurs «obligations internationales».

 

La paranoïa de Poutine et des Russes

La paranoïa de Poutine et des Russes

 

En lançant une guerre ouverte avec l’Ukraine, Moscou semble avoir rompu avec sa stratégie de contournement de la lutte armée interétatique héritée de la fin de la guerre froide, analyse Dimitri Minic, spécialiste de la pensée stratégique russe, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

Dans son discours de célébration de l’annexion de la Crimée, le 18 mars 2014, Vladimir Poutine déclarait : « En somme, nous avons toutes les raisons de croire que la fameuse politique d’endiguement de la Russie, qui a été menée aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles, se poursuit aujourd’hui. » Loin d’être isolée, cette perception de l’histoire et du monde est largement partagée parmi les élites politico-militaires russes. Ces dernières étaient convaincues que l’Union soviétique avait été battue après la guerre froide, lors d’un conflit indirect pensé et orchestré par Washington pour détruire le pays.

Forts de cette croyance, les stratèges russes ont dès le début des années 1990 théorisé le contournement de la lutte armée interétatique comme moyen d’atteindre les objectifs politiques et stratégiques de Moscou. Cette longue réflexion a porté ses fruits lorsque le chef d’état-major général russe, Valéri Guerassimov, a exposé, en 2013, l’importance considérable prise par les moyens non militaires (notamment informationnels, cybernétiques, économiques et diplomatiques) et militaires indirects (forces spéciales et paramilitaires, ou démonstrations de force) dans la confrontation interétatique. Si Moscou a mis en œuvre cette stratégie indirecte un peu partout dans le monde, de l’Europe à l’Afrique en passant par l’« étranger proche », l’Ukraine fut, dès 2004, et plus directement depuis 2014, un véritable laboratoire de tout ce que la stratégie indirecte peut compter d’instruments d’influence, de pression et d’action sous le seuil de la lutte armée interétatique.

Pourtant, le 24 février, Vladimir Poutine a déclenché une guerre ouverte contre l’Ukraine. Plusieurs facteurs l’ont poussé à prendre cette décision qui représente, en apparence seulement, une rupture stratégique. Si les stratèges russes ont jusqu’à présent privilégié le contournement de la lutte armée interétatique pour atteindre les objectifs de l’Etat, ils n’ont ni exclu la possibilité de la mettre en œuvre ni délaissé sa conceptualisation. Il serait donc plus juste de parler d’« option extrême » que de rupture stratégique.

Pour comprendre ce choix extrême du président russe, il est nécessaire de prendre en compte la représentation qu’ont les élites politico-militaires russes de l’environnement stratégique. Cette vision est d’abord traversée par des croyances centrales : le monde est hostile à la Russie d’une part, et les Etats-Unis sont omniscients et omnipotents d’autre part. Elle est aussi marquée par un mode de pensée spécifique : à la fois une relative négation de l’autonomie de l’individu et des volontés collectives spontanées et une difficulté à concevoir que des événements puissent être le fait du hasard, et non forcément d’une manipulation.

Accord entre les négociateurs russes et ukrainiens

Accord entre les négociateurs russes et ukrainiens

 

La guerre continue en Ukraine puisque les négociateurs ukrainiens considèrent que les Russes sont d’accord sur leurs propositions. En réalité toutes les revendications de départ de Poutine seraient acceptées maintenant par l’Ukraine. Le seul problème–c’est de savoir ce qu’il y a réellement dans la tête de Poutine. En fait,  les propositions de départ pourraient bien cacher une volonté d’annexer purement et simplement des territoires et si cela avait été possible d’annexer la totalité de l’Ukraine. La guerre continue aussi pour satisfaire la folie d’un dictateur blessé dans son amour-propre pour avoir raté son opération ukrainienne. Il croyait être accueilli par des cris de joie à Kiev, il est contraint aujourd’hui de partir avec un coup de pied au cul en se repliant à l’est et au sud.

Le négociateur en chef ukrainien dans les pourparlers de paix avec la Russie, David Arakhamia, a confirmé samedi que Moscou avait accepté «oralement» les principales propositions ukrainiennes, ajoutant que Kiev attendait désormais une confirmation écrite.

S’exprimant dans une émission télévisée, David Arakhamia a laissé entendre que les discussions visant à mettre fin aux hostilités avaient considérablement avancé. «La Fédération de Russie a donné une réponse officielle à toutes les positions (ukrainiennes), à savoir qu’elle les accepte, sauf en ce qui concerne la question de la Crimée», annexée par Moscou en 2014, a assuré David Arakhamia.

Le négociateur a également déclaré que si une rencontre entre les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et russe Vladimir Poutine devait finalement avoir lieu, celle-ci se déroulerait «très probablement» en Turquie.

 

Guerre en Ukraine : recul des russes à Kiev

Guerre en Ukraine : recul des russes à Kiev

 

Comme annoncé il y a une semaine, les russes se relient au sud et à l’est même si les bombardements affectent encore une grande partie du territoire. Les Ukrainiens ont repris « toute la région de Kiev », a affirmé samedi soir Ganna Maliar, la vice-ministre de la Défense, en citant notamment les villes d’« Irpin, Boutcha et Hostomel ». Dans la journée, les forces russes avaient entamé, comme annoncé, un « rapide retrait » de certaines de leurs positions autour de la capitale et de Tchernihiv, dans le nord du pays

La Russie semble avoir décidé de concentrer ses forces dans l’Est et le Sud qu’elle souhaite mieux contrôler, notamment dans les régions administratives de Donetsk et de Lougansk afin de s’approprier la totalité du Donbass.

Guerre en Ukraine : nouveau recul des Russes

Guerre en Ukraine : nouveau recul des Russes

 

Sur plusieurs fronts,  la résistance ukrainienne a permis d’obtenir des reculs des Russes. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le président ukrainien Volodymyr Zelensky confirme la libération d’Irpin, ville située à une vingtaine de kilomètres de la capitale.
« Aujourd’hui, nous avons de bonnes nouvelles. Nos soldats avancent dans la région de Kiev, et reprennent le contrôle du territoire ukrainien. Nous avons libéré Irpin. Bon travail. »

Deux éléments assez fondamentaux permettent de s’interroger sur l’hypothèse d’un futur recul des Russes. L’armée russe a d’abord reconnu qu’elle avait atteint ses objectifs en Ukraine, ensuite qu’elle entendait se redéployer essentiellement sur le Donbass. Une forme de reconnaissance que l’occupation complète de l’Ukraine constitue en faite un échec. L’armée russe a d’ailleurs reconnu de nombreuses pertes y compris si les chiffres sont à relativiser.

On ne peut cependant écarter une autre hypothèse celle qui consisterait pour les Russes à obtenir une certaine pause sur le front guerrier afin de renforcer les troupes assez désorganisées, sans moral et manquant de matériel. La plupart des observateurs constatent  cependant que l’objectif d’une occupation totale et permanente de l’Ukraine s’est heurtée à une très vigoureuse résistance ukrainienne. Le Kremlin et Poutine en particulier ont sous-estimé cette résistance et doivent sans doute se rabattre sur des objectifs plus réduits pour transformer la  défaite en victoire.

Cette guerre a aussi mis en lumière la faiblesse de l’armée russe théoriquement puissante mais en réalité qui ressemble un peu à une armée mexicaine mal équipée. D’où l’utilisation de bombardements à l’aveugle de n’importe quelle cible de la part des Russes pour entretenir l’illusion de la puissance.

Il n’est pas impossible aussi qu’on plan interne la situation économique et sociale russe soit plus dégradée qu’on ne le pensait et que certains entourages de Poutine aient pesé pour  stopper cette aventure irresponsable.

Globalement si ce recul des Russes confirme le bilan aura été catastrophique. Pour l’Ukraine bien sûr mais aussi pour la Russie qui se sera aliénée évidemment les pays de l’OTAN, coupée du commerce international et  qui aura fortement porté atteinte à l’image et à la situation  même de la Russie.

Lettre aux Russes: Faire tomber Poutine !

Lettre aux Russes: Faire tomber Poutine ! 

 

Evoquant la révolution à Kiev en 2014, l’écrivain Jonathan Littell s’adresse, dans une lettre ouverte, à ses « amis d’âme et d’esprit » restés silencieux face aux agressions commises par leur pays en Tchétchénie, en Crimée et en Ukraine. Il les appelle à reprendre leur liberté en faisant tomber le régime.

 

Tribune.

 

Mes chers amis russes : certains de vieux amis, d’autres plus récents, d’autres encore que je ne connais que de loin, amis d’âme et d’esprit. Pour vous aussi, les temps sont durs. Comme celles de tous les Ukrainiens, vos vies, jamais simples, sont bouleversées. Beaucoup d’entre vous fuient la Russie. Et beaucoup d’entre vous me font part de vos sentiments de culpabilité et de honte à propos de ce que votre pays est en train de faire, en votre nom, à l’Ukraine.

Les activistes parmi vous étaient depuis longtemps en sursis, et se préparent au coup final. Le 4 mars, j’ai écrit à Alexandre Cherkasov, un très vieil ami de l’ONG Memorial. « Je te raconterai plus tard, m’a-t-il laconiquement répondu. Après la perquisition on erre au milieu des ruines. Ordinateurs éventrés. Coffres-forts forcés. » D’autres sont stupéfiés par l’effondrement soudain de leur monde fragile. Aucun de vous n’aime Poutine et son régime de voleurs et de fascistes ; la plupart d’entre vous les haïssent. Mais soyons honnêtes : à quelques rares exceptions près – les amis de Memorial, Novaïa GazetaMeduza, et une poignée d’autres –, combien d’entre vous ont levé le petit doigt pour résister à ce régime ? Se pourrait-il ainsi que vos sentiments de honte et de culpabilité ne soient pas entièrement abstraits ? Qu’ils soient dus aussi à votre longue indifférence à ce qui se passait autour de vous, à votre apathie, à votre complicité passive ?

Ça n’a pas toujours été comme ça. Il y a eu un temps, dans les années 1990, où vous avez eu la liberté et la démocratie, chaotiques, sanglantes même, mais bien réelles. Mais 1991 a fini comme 1917. Pourquoi, chaque fois que vous faites enfin votre révolution, vous prenez tellement peur du Temps des troubles que vous filez vous cacher sous les jupons d’un tsar, Staline ou Poutine ? C’est vrai, il y a eu des erreurs. Au lieu d’exposer les archives du KGB, comme les Allemands avec la Stasi, vous vous êtes laissé distraire par la statue de Dzerjinski et vous avez laissé le KGB faire le dos rond, puis se reconstruire et mettre la main sur la nation. Quand on vous a offert le choix entre le pillage du pays ou le retour des communistes, vous ne vous êtes pas battus pour imposer un troisième choix et vous avez accepté le pillage. En 1998 votre économie s’est effondrée : fini les manifestations de masse pour la justice sociale ou contre la guerre en Tchétchénie. La survie devint la principale préoccupation.

 

Puis on vous présenta Poutine. Jeune, audacieux, agressif, promettant la destruction des terroristes et le redressement de l’économie. Peu d’entre vous y ont cru, mais vous avez quand même voté pour lui, ou alors vous n’avez pas voté du tout. Et quand il se mit à raser la Tchétchénie, la plupart d’entre vous ont fermé les yeux. Je me rappelle très bien ces années-là. J’y travaillais, livrant de l’aide humanitaire aux innombrables victimes de son « opération antiterroriste », sillonnant les ruines de Grozny et de tant d’autres bourgades. Parfois, je montais à Moscou et je faisais la fête avec vous, mes amis. On buvait, on dansait, et puis j’essayais de vous raconter les horreurs de là-bas. Et vous me disiez : « Jonathan, on en a marre de ta Tchétchénie. » Je me rappelle précisément ces mots. Et j’enrageais : « Les gars, c’est pas ma Tchétchénie, c’est votre Tchétchénie. C’est votre putain de pays, pas le mien. Je ne suis qu’un imbécile d’étranger ici. C’est votre gouvernement qui bombarde une de vos villes, qui tue vos concitoyens. » Mais non, c’était trop compliqué, trop douloureux, vous ne vouliez pas savoir.

Prague :Grosse manif de Russes contre Poutine

Prague :Grosse manif de Russes contre Poutine

« Nous sommes contre Poutine », a déclaré Alexander Sibrimov, un étudiant de 19 ans venu manifester à Prague avec son père. « Nous ne sommes pas d’accord avec sa politique. C’est une façon de montrer au monde que les choses qui se passent en Ukraine ne sont pas bonnes. »

Moscou dit avoir déclenché une « opération militaire spéciale » visant à démilitariser et « dénazifier » son voisin et nie avoir pris pour cible des civils. L’Ukraine et ses alliés occidentaux dénoncent une invasion non provoquée.

La République tchèque abrite 45.000 Russes, ce qui représente la quatrième communauté étrangère de l’ancien pays communiste.

Près de 200.000 Ukrainiens vivaient en République tchèque – ce qui en fait la plus grande communauté étrangère – avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février.

Le gouvernement tchèque estime que 300.000 Ukrainiens se sont réfugiés sur son sol.

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Guerre en Ukraine : recul des Russes

Guerre en Ukraine : recul des Russes

 

Deux éléments assez fondamentaux permettent de s’interroger sur l’hypothèse d’un futur recul des Russes. L’armée russe a d’abord reconnu qu’elle avait atteint ses objectifs en Ukraine, ensuite qu’elle entendait se redéployer essentiellement sur le Donbass. Une forme de reconnaissance que l’occupation complète de l’Ukraine constitue en faite un échec. L’armée russe a d’ailleurs reconnu de nombreuses pertes y compris si les chiffres sont à relativiser.

On ne peut cependant écarter une autre hypothèse celle qui consisterait pour les Russes à obtenir une certaine pause sur le front guerrier afin de renforcer les troupes assez désorganisées, sans moral et manquant de matériel. La plupart des observateurs constatent  cependant que l’objectif d’une occupation totale et permanente de l’Ukraine s’est heurtée à une très vigoureuse résistance ukrainienne. Le Kremlin et Poutine en particulier ont sous-estimé cette résistance et doivent sans doute se rabattre sur des objectifs plus réduits pour transformer la  défaite en victoire.

Cette guerre a aussi mis en lumière la faiblesse de l’armée russe théoriquement puissante mais en réalité qui ressemble un peu à une armée mexicaine mal équipée. D’où l’utilisation de bombardements à l’aveugle de n’importe quelle cible de la part des Russes pour entretenir l’illusion de la puissance.

Il n’est pas impossible aussi qu’on plan interne la situation économique et sociale russe soit plus dégradée qu’on ne le pensait et que certains entourages de Poutine aient pesé pour  stopper cette aventure irresponsable.

Globalement si ce recul des Russes confirme le bilan aura été catastrophique. Pour l’Ukraine bien sûr mais aussi pour la Russie qui se sera aliénée évidemment les pays de l’OTAN, coupée du commerce international et  qui aura fortement porté atteinte à l’image et à la situation  même de la Russie.

Guerre en Ukraine : recul des Russes

Guerre en Ukraine : recul des Russes

 

Deux éléments assez fondamentaux permettent de s’interroger sur l’hypothèse d’un futur recul des Russes. L’armée russe a d’abord reconnu qu’elle avait atteint ses objectifs en Ukraine, ensuite qu’elle entendait se redéployer essentiellement sur le Donbass. Une forme de reconnaissance que l’occupation complète de l’Ukraine constitue en faite un échec. L’armée russe a d’ailleurs reconnu de nombreuses pertes y compris si les chiffres sont à relativiser.

On ne peut cependant écarter une autre hypothèse celle qui consisterait pour les Russes à obtenir une certaine pause sur le front guerrier afin de renforcer les troupes assez désorganisées, sans moral et manquant de matériel. La plupart des observateurs constate cependant que l’objectif d’une occupation totale et permanente de l’Ukraine s’est heurtée à une très vigoureuse résistance ukrainienne. Le Kremlin et Poutine en particulier ont sous-estimé cette résistance et doivent sans doute se rabattre sur des objectifs plus réduits pour transformer la fausse victoire en défaite.

Cette guerre a aussi mis en lumière la faiblesse de l’armée russe théoriquement puissante mais en réalité qui ressemble un peu à une armée mexicaine mal équipée. D’où l’utilisation de bombardements à l’aveugle de n’importe quelle cible de la part des Russes pour entretenir l’illusion de la puissance.

Il n’est pas impossible aussi qu’on plan interne la situation économique et sociale russe soit plus dégradée qu’on ne le pensait et que certains entourages de Poutine et peser stopper cette aventure irresponsable.

Globalement si ce recul des Russes confirme le bilan aura été catastrophique. Pour l’Ukraine bien sûr mais aussi pour la Russie qui se sera aliénée évidemment les pays de l’OTAN, coupé du commerce international est fortement porté atteinte à l’image t à la situation  même de la Russie.

UKRAINE: les Russes tirent sur une manif

 

UKRAINE: les Russes tirent sur une manif

Après des tirs sur des bâtiments publics notamment des hôpitaux, les Russes tirent  sur des manifestants pour les disperser.Une manifestation d’habitants de Kherson, ville du sud de l’Ukraine occupée par les forces russes, a été dispersée lundi par des tirs d’armes automatiques et de gaz lacrymogène, qui ont fait au moins un blessé, selon des vidéos de deux médias locaux.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba a dénoncé sur Twitter « les criminels de guerre russes (qui) ont ouvert le feu sur des gens sans armes qui manifestaient pacifiquement contre les envahisseurs ».e de la Crimée annexée par Moscou en 2014, est la première grande ville (plus de 200.000 habitants) dont se sont emparées les forces russes après leur invasion de l’Ukraine le 24 février. Elle a été depuis le théâtre de manifestations régulières de ses habitants contre l’occupant.

Un vaste rassemblement dimanche 13 mars avait fait l’objet de ce qui semblait être des tirs de sommation.

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