Archive pour le Tag 'rupture'

Il faut une rupture avec les Insoumis ( Lamia El Aaraje, PS)

Il faut une rupture avec les Insoumis ( Lamia El Aaraje, PS)

Pour la cheffe du Parti socialiste parisien, il est impossible de cohabiter plus longtemps avec La France insoumise au sein d’une coalition de gauche. Après l’attaque du Hamas en Israël, cette proche d’Anne Hidalgo exige « une clarification » qui passe, selon elle, par la fin de la Nupes Tribune dans l’Opinion.

Les polémiques hallucinantes qui traversent la gauche depuis les ignobles attaques terroristes du Hamas contre des civils israéliens dénotent, à tout le moins, une divergence idéologique, voire un socle de valeurs profondément, viscéralement, incompatibles. Lorsqu’un pan de l’extrême gauche se refuse aujourd’hui à qualifier le Hamas d’organisation terroriste, comment continuer de faire croire qu’il existe un front commun électoral qui puisse nous rassembler ?

Ce que nombre d’entre nous avaient dénoncé dès les législatives de 2022, quand Jeremy Corbyn a été invité par deux candidates LFI, se matérialise aujourd’hui d’une façon qui ne permet à aucun responsable politique de se détourner. Ce déracinement ne peut perdurer. Le Parti socialiste porte des valeurs humanistes, internationalistes, intellectuelles et morales qui ne souffrent aucun compromis qui serait teinté de compromission. Cette clarification politique est nécessaire et attendue. C’est une question d’honneur.

Ce que nombre d’entre nous avaient dénoncé dès les législatives de 2022, quand Jeremy Corbyn a été invité par deux candidates LFI, se matérialise aujourd’hui d’une façon qui ne permet à aucun responsable politique de se détourner.

Attachés aux structures partisanes, pas comme à des grigris incantatoires, mais plutôt comme des dispositifs de formation et de construction de réponses politiques aux bouleversements du monde, nous devons, en parallèle du travail de clarification évoqué, mener de front un travail de refondation militante. La décrue des militants au sein des appareils partisans ou l’abstention en forte hausse à chaque élection témoignent d’une crise grandissante et sévère de la démocratie représentative. Pour la renouveler, les partis doivent eux-mêmes se renouveler, d’autant plus à gauche où l’espoir et les attendus sont grands et les déceptions profondes.

Vacarme. Comment donc réinventer l’engagement politique et militant ? Voir, entendre, sentir Paris sous 50 degrés dans le vacarme et la pollution est une façon que nous avons eue, au sein de la fédération de Paris du PS, de réinventer l’évènement politique avec une soirée sensorielle et immersive à l’Atelier des lumières. Ne pas uniquement dire, ne pas discourir, mais faire ressentir grâce aux nouvelles technologies. Alors, faisons le pari d’ouvrir nos actions et nos événements partisans au plus grand nombre, à la société civile, aux associations, syndicats, amicales de locataires, clubs de sport. Cette ouverture aux différents tissus qui composent notre société est prioritaire tant ils sont acteurs et partenaires de la création de nos politiques.

Cessons de nous regarder le nombril en ne parlant qu’à nous-mêmes. Soyons capables de sortir du fatalisme qui nous empoisonne. Cette priorité doit guider la gauche si elle veut revenir aux responsabilités en France et en Europe. Pour renouveler nos partis et réenchanter la parole politique de gauche, appuyons-nous sur ceux qui sont au plus près de nos concitoyens, les élus locaux. Car notre gauche, c’est celle qui dirige des grandes villes. C’est celle qui dirige des départements, qu’ils soient ruraux, industriels ou plus urbains. C’est encore celle qui dirige les plus grandes régions de France. C’est une gauche du local, tournée vers les problématiques concrètes, les problématiques du quotidien.

Mais c’est surtout une gauche qui a réinventé notre vision des villes, des communes et des territoires. Face au désengagement de l’Etat, ces élus s’engagent au quotidien au-delà même de leurs seules prérogatives. La région Occitanie ouvre des centres médicaux pour lutter contre les déserts médicaux ; la Ville de Paris met en place l’encadrement des loyers pour limiter l’inflation des prix de l’immobilier ; Montpellier rendra bientôt ses transports en commun gratuits. Les exemples sont nombreux des actions de cette gauche qui n’a pas peur des responsabilités, œuvre pour le plus grand nombre dans la clarté et la cohérence de ses valeurs.

Cette vision, cette envie de nouveauté, elle est portée par une nouvelle génération qui veut sortir des sommes d’individualités qui se superposent pour construire un projet collectif, un projet de société, un projet de communs. Alors, servons-nous de cette énergie qui émerge pour promouvoir une nouvelle façon de faire de la politique, celle qui change concrètement la vie des gens, celle qui parle des sujets du quotidien, celle qui ne renie pas ses valeurs. L’espoir ne peut renaître qu’à ce prix : ne pas se dévoyer, ne pas se fourvoyer et, en permanence, se réinventer.

Lamia El Aaraje est la première secrétaire du Parti socialiste à Paris.

ChatGPT : technologie de rupture ou d’aliénation ?

ChatGPT : technologie de rupture ou d’aliénation ?

par Marion Trommenschlager
Chercheure en sciences de l’information-communication, laboratoire PREFics, Université Rennes 2 dans the Conversation


Alors que l’impact de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde du travail ou en matière de désinformation fait couler beaucoup d’encre, des dirigeants du secteur, dont Elon Musk, appellent à décélérer. Une intelligence artificielle ultra-médiatisée a tenu un rôle majeur dans l’ouverture de ces débats : ChatGPT. Mais a-t-elle vraiment créé une rupture ?

Il n’y a pas de réelle nouveauté technique dans ChatGPT. Son ancêtre, Eliza, date de 1966. La technique de codage, aussi sophistiquée soit-elle, s’inscrit dans une continuité des conceptions de langage de programmation. Par ailleurs, dans une approche sociologique, rappelons que nous sommes une humanité numérique, une société artefactuelle (puisque nous évoluons à travers le progrès technique), dans laquelle toute innovation s’inscrit dans une continuité.

Peut-on alors réellement parler d’innovation de rupture pour ChatGPT ?

Et s’il fallait finalement se saisir de ce raz de marée médiatique pour comprendre la fulgurance de son déploiement, et plus encore, pour comprendre où nous en sommes, nous, utilisateurs, dans nos représentations, entre fantasmes et réalités, de l’intelligence artificielle ?

Ces logiciels d’intelligence conversationnelle nous ramènent à deux grandes tendances liées à la technicisation de la société. Tout d’abord celle de la servicisation, c’est-à-dire une normalisation de l’assistance personnalisée au quotidien. Cette tendance est arrivée avec le passage d’une économie basée sur des logiques de masse, vers une autre basée sur des logiques individuelles.

Le second grand levier est la plateformisation : créés au sein d’empires numériques (entre autres GAFAM), ces logiciels sont pensés pour être infusés dans tout l’écosystème. C’est le cas par exemple de ChatGPT, amené à investir Bing, Outlook, et autres services de Microsoft.

Et pour cause, le disgracieux « GPT » dans sa version francophone, renvoie au « general purpose technologies », soit technologies à usage général. Il est donc de par sa nature, un outil conçu pour être facilement transposé et utilisé dans différents domaines. Différent d’un moteur de recherche, il répond à des questions complexes et cherche à comprendre l’intention.

Comment expliquer l’appropriation si rapide de ChatGPT par les utilisateurs ?
L’impact médiatique relève du fait de ses utilisateurs. Comme souligné par l’anthropologue Lionel Obadia, il est difficile de parler d’invention. Néanmoins, la diffusion et l’appropriation remarquablement rapide font de ChatGPT une innovation marquante. Elle peut être utilisée par n’importe qui, initié ou non, gratuitement en ligne, et entraîne de ce fait autant de nouveaux usages, de contournements, que de business potentiels.


Trois forces expliquent la rapide intégration et appropriation sociale du logiciel.

Premièrement, ChatGPT est très accessible : ce qui lui permet un passage à l’échelle, autrement dit un déploiement, très rapide. L’accessibilité de l’outil et son appropriation généralisée massifient l’usage, mais également l’intérêt pour ce qui paraît « nouveau », voire « divertissant ».

Ensuite, ChatGPT nous ressemble. Le processus de machine learning en fait un outil d’auto-enrichissement continu, comme les humains. Le dialogue lui permet par exemple d’améliorer ses réponses avec un langage naturel. Ainsi, plus il est utilisé, plus il est performant. Autrement dit, nous nous « éduquons » mutuellement.

Enfin, ChatGPT est un champ des possibles : il laisse entrevoir de nouveaux scénarios. Nous sommes, en tant qu’utilisateurs, la condition pour la réussite du déploiement de ces innovations numériques. Chose faite pour ChatGPT qui compte à présent plus de 100 millions d’utilisateurs. Nous commençons à prendre conscience de « l’après » et de l’émergence d’autres innovations issues du modèle de ce logiciel.

La philosophe Marie Robert raconte son expérience lorsque le média Brut lui propose de corriger une copie rédigée par le logiciel :

« C’est avec un certain frisson que j’ai pris mon stylo rouge pour tenter de comprendre le raisonnement élaboré par une machine. Malgré une absence de citations, un manque cruel de nuances et une structure bien trop rigide, ma première remarque fut que ce n’était « pas si mal » […] C’est donc avec un mélange de fascination et d’effroi que j’ai terminé l’exercice, me demandant sincèrement ce que nous allions faire pour le monde à venir, pour ces générations qui n’auront pas à connaître l’effort. »


Des métiers de la cognition voués à disparaître ?

Ce qui diffère vraiment avec les précédentes évolutions liées à l’innovation, c’est que ChatGPT touche les métiers de la cognition, plutôt épargnés jusqu’alors. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que l’un des logiciels les plus (technologiquement) complexes, l’Autopilot de Tesla, a été pour 85 % fabriqué par l’intelligence artificielle. La dynamique d’hybridation entre métiers et intelligence artificielle est de plus en plus forte. Cependant, il serait fantasmé de parler de « grand remplacement ».

L’autonomie de l’intelligence conversationnelle n’est pas totale. Par exemple, ChatGPT développé par Open AI a été construit à partir de 175 milliards de paramètres, il s’appuie sur un jeu de données gigantesque. Gigantesque certes, mais sélectionné, donc faillible.

Récemment, des échanges et lectures sur l’art du codage m’ont permis d’éclairer plus encore les limites du mythe d’une autonomie de l’intelligence artificielle. Cela notamment à travers la dimension de labellisation dans les réseaux de neurones. Dans ce processus, il s’agit d’étiqueter des données, c’est-à-dire d’associer un label (une valeur prédéfinie) à un contenu (image, texte, forme, etc.). L’objectif est d’apporter un modèle d’apprentissage aux machines. Cette pratique rappelle la nécessité de paramétrage et de supervision dans l’interprétation des données, une réalité a (re) découvrir dans la mini-série documentaire Les travailleurs du clic de Antonio Casilli. Open AI a d’ailleurs différents contrats avec des travailleurs au Kenya pour ce travail de modération.

Nous voyons donc les limites d’un fantasme autour d’une intelligence artificielle parfaitement autonome.

Bien que l’intelligence artificielle ne comprenne pas ce qu’elle dit, ces implications humaines dans la supervision de l’apprentissage des machines nous montrent que les données qui nourrissent cette intelligence, elles, ne sont pas neutres. Elles reproduisent et amplifient les biais de ceux qui la supervisent, chariant un lot potentiel de stéréotypes, de désinformation, de contenus aspirés aux sources invisibles, de censure, ou encore de complotisme (Meta en a fait l’expérience avec Blender bot 3).

La question centrale est donc : qui paramètre ? Le professeur de droit Lawrence Lessig le souligne dans son clairvoyant « Code is law » : la personne qui paramètre est la personne qui a la possibilité d’orienter un système de pensée. Un outil comme ChatGPT est principalement conçu par et pour une cible nord-américaine. Son déploiement rapide, renforcé par sa dimension ludique, conduit à la normalisation de son utilisation. Une normalisation non pas sans effet, puisqu’elle vient renforcer l’impression d’un objet politiquement neutre chez les utilisateurs.

Or, c’est loin d’être le cas, pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi parce que l’IA est avant tout un enjeu de domination tant entre empires du numérique, que dans la sphère géopolitique.

ChatGPT : outil de rupture ou de domination ?

ChatGPT : outil de rupture ou de domination ?

par Marion Trommenschlager
Chercheure en sciences de l’information-communication, laboratoire PREFics, Université Rennes 2 dans the Conversation


Alors que l’impact de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde du travail ou en matière de désinformation fait couler beaucoup d’encre, des dirigeants du secteur, dont Elon Musk, appellent à décélérer. Une intelligence artificielle ultra-médiatisée a tenu un rôle majeur dans l’ouverture de ces débats : ChatGPT. Mais a-t-elle vraiment créé une rupture ?

Il n’y a pas de réelle nouveauté technique dans ChatGPT. Son ancêtre, Eliza, date de 1966. La technique de codage, aussi sophistiquée soit-elle, s’inscrit dans une continuité des conceptions de langage de programmation. Par ailleurs, dans une approche sociologique, rappelons que nous sommes une humanité numérique, une société artefactuelle (puisque nous évoluons à travers le progrès technique), dans laquelle toute innovation s’inscrit dans une continuité.

Peut-on alors réellement parler d’innovation de rupture pour ChatGPT ?

Et s’il fallait finalement se saisir de ce raz de marée médiatique pour comprendre la fulgurance de son déploiement, et plus encore, pour comprendre où nous en sommes, nous, utilisateurs, dans nos représentations, entre fantasmes et réalités, de l’intelligence artificielle ?

Ces logiciels d’intelligence conversationnelle nous ramènent à deux grandes tendances liées à la technicisation de la société. Tout d’abord celle de la servicisation, c’est-à-dire une normalisation de l’assistance personnalisée au quotidien. Cette tendance est arrivée avec le passage d’une économie basée sur des logiques de masse, vers une autre basée sur des logiques individuelles.

Le second grand levier est la plateformisation : créés au sein d’empires numériques (entre autres GAFAM), ces logiciels sont pensés pour être infusés dans tout l’écosystème. C’est le cas par exemple de ChatGPT, amené à investir Bing, Outlook, et autres services de Microsoft.

Et pour cause, le disgracieux « GPT » dans sa version francophone, renvoie au « general purpose technologies », soit technologies à usage général. Il est donc de par sa nature, un outil conçu pour être facilement transposé et utilisé dans différents domaines. Différent d’un moteur de recherche, il répond à des questions complexes et cherche à comprendre l’intention.

Comment expliquer l’appropriation si rapide de ChatGPT par les utilisateurs ?
L’impact médiatique relève du fait de ses utilisateurs. Comme souligné par l’anthropologue Lionel Obadia, il est difficile de parler d’invention. Néanmoins, la diffusion et l’appropriation remarquablement rapide font de ChatGPT une innovation marquante. Elle peut être utilisée par n’importe qui, initié ou non, gratuitement en ligne, et entraîne de ce fait autant de nouveaux usages, de contournements, que de business potentiels.


Trois forces expliquent la rapide intégration et appropriation sociale du logiciel.

Premièrement, ChatGPT est très accessible : ce qui lui permet un passage à l’échelle, autrement dit un déploiement, très rapide. L’accessibilité de l’outil et son appropriation généralisée massifient l’usage, mais également l’intérêt pour ce qui paraît « nouveau », voire « divertissant ».

Ensuite, ChatGPT nous ressemble. Le processus de machine learning en fait un outil d’auto-enrichissement continu, comme les humains. Le dialogue lui permet par exemple d’améliorer ses réponses avec un langage naturel. Ainsi, plus il est utilisé, plus il est performant. Autrement dit, nous nous « éduquons » mutuellement.

Enfin, ChatGPT est un champ des possibles : il laisse entrevoir de nouveaux scénarios. Nous sommes, en tant qu’utilisateurs, la condition pour la réussite du déploiement de ces innovations numériques. Chose faite pour ChatGPT qui compte à présent plus de 100 millions d’utilisateurs. Nous commençons à prendre conscience de « l’après » et de l’émergence d’autres innovations issues du modèle de ce logiciel.

La philosophe Marie Robert raconte son expérience lorsque le média Brut lui propose de corriger une copie rédigée par le logiciel :

« C’est avec un certain frisson que j’ai pris mon stylo rouge pour tenter de comprendre le raisonnement élaboré par une machine. Malgré une absence de citations, un manque cruel de nuances et une structure bien trop rigide, ma première remarque fut que ce n’était « pas si mal » […] C’est donc avec un mélange de fascination et d’effroi que j’ai terminé l’exercice, me demandant sincèrement ce que nous allions faire pour le monde à venir, pour ces générations qui n’auront pas à connaître l’effort. »


Des métiers de la cognition voués à disparaître ?

Ce qui diffère vraiment avec les précédentes évolutions liées à l’innovation, c’est que ChatGPT touche les métiers de la cognition, plutôt épargnés jusqu’alors. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que l’un des logiciels les plus (technologiquement) complexes, l’Autopilot de Tesla, a été pour 85 % fabriqué par l’intelligence artificielle. La dynamique d’hybridation entre métiers et intelligence artificielle est de plus en plus forte. Cependant, il serait fantasmé de parler de « grand remplacement ».

L’autonomie de l’intelligence conversationnelle n’est pas totale. Par exemple, ChatGPT développé par Open AI a été construit à partir de 175 milliards de paramètres, il s’appuie sur un jeu de données gigantesque. Gigantesque certes, mais sélectionné, donc faillible.

Récemment, des échanges et lectures sur l’art du codage m’ont permis d’éclairer plus encore les limites du mythe d’une autonomie de l’intelligence artificielle. Cela notamment à travers la dimension de labellisation dans les réseaux de neurones. Dans ce processus, il s’agit d’étiqueter des données, c’est-à-dire d’associer un label (une valeur prédéfinie) à un contenu (image, texte, forme, etc.). L’objectif est d’apporter un modèle d’apprentissage aux machines. Cette pratique rappelle la nécessité de paramétrage et de supervision dans l’interprétation des données, une réalité a (re) découvrir dans la mini-série documentaire Les travailleurs du clic de Antonio Casilli. Open AI a d’ailleurs différents contrats avec des travailleurs au Kenya pour ce travail de modération.

Nous voyons donc les limites d’un fantasme autour d’une intelligence artificielle parfaitement autonome.

Bien que l’intelligence artificielle ne comprenne pas ce qu’elle dit, ces implications humaines dans la supervision de l’apprentissage des machines nous montrent que les données qui nourrissent cette intelligence, elles, ne sont pas neutres. Elles reproduisent et amplifient les biais de ceux qui la supervisent, chariant un lot potentiel de stéréotypes, de désinformation, de contenus aspirés aux sources invisibles, de censure, ou encore de complotisme (Meta en a fait l’expérience avec Blender bot 3).

La question centrale est donc : qui paramètre ? Le professeur de droit Lawrence Lessig le souligne dans son clairvoyant « Code is law » : la personne qui paramètre est la personne qui a la possibilité d’orienter un système de pensée. Un outil comme ChatGPT est principalement conçu par et pour une cible nord-américaine. Son déploiement rapide, renforcé par sa dimension ludique, conduit à la normalisation de son utilisation. Une normalisation non pas sans effet, puisqu’elle vient renforcer l’impression d’un objet politiquement neutre chez les utilisateurs.

Or, c’est loin d’être le cas, pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi parce que l’IA est avant tout un enjeu de domination tant entre empires du numérique, que dans la sphère géopolitique.

Consommation et rupture de stock: pourquoi

Consommation et rupture de stock: pourquoi ?

Les pénuries de produits sont désormais fréquentes dans les supermarchés. En faisant leurs courses, les consommateurs sont confrontés à des ruptures de stocks sur de multiples produits : papier toilette, huile de tournesol, moutarde, eau etc. Quelles sont les raisons de ce phénomène ? Explications dans un papier de Francebleue.

Il est de plus en plus fréquent que des rayons soient dégarnis, que des produits soient introuvables, en rupture d’approvisionnement. Cela a par exemple été le cas pour le papier toilette au début de l’épidémie de Covid-19 en 2020 ; et depuis le début de la guerre en Ukraine, selon un baromètre établi par le paneliste NielsenIQ, volaille, moutarde, vinaigrettes, boissons non alcoolisées, chips, huiles ont été touchées.
Même si selon NielsenIQ 96,4% des références sont restées disponibles en rayons en août en France, le pays connaît un taux de ruptures anormalement élevé. Ces ruptures durent en moyenne quatre jours. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène.

Des prévisions de ventes moins précises

L’épidémie de Covid-19 est venue enrayer la mécanique d’approvisionnement des magasins, qui jusqu’alors était bien « huilée ». Les confinements, le développement du télétravail sont venus perturber les prévisions de ventes sur lesquelles se basent les commerçants avant de passer commande. En effet, avant de passer commande, les commerçants se basent sur les ventes lors de la même période les années précédentes, en tenant compte d’événements particuliers comme par exemple les fêtes de fin d’année.

Depuis 2020, ces prévisions sont beaucoup moins précises. Et l’impact de la guerre en Ukraine est venue renforcer cette problématique.

Les achats « de précaution » en cause

Selon l’ensemble des acteurs du secteur, les ruptures d’approvisionnement sont d’abord dus aux achats dits « de précaution », autrement dit aux clients qui achètent certains produits plus que d’habitude, pour en faire des stocks chez eux, craignant que ces derniers ne viennent à manquer. Ils entendant par exemple que les récoltes de moutarde ont été mauvaises, ou ils voient que les rayons sont déjà bien dégarnis, ils sont alors tentés d’en acheter plus qu’à l’accoutumée. Par exemple, les Français ont acheté en six mois ce que les magasins E.Leclerc, leader de la grande distribution en France, pensait vendre en un an, a récemment expliqué Michel-Edouard Leclerc.

Pour les commerces, il est impossible d’intégrer cet empressement à leurs modèles prévisionnels. Du coup, quand ces achats de précaution se produisent, ils vont vouloir passer commande au même moment. Ils vont ainsi engorger la chaîne d’approvisionnement, et les fournisseurs peuvent être tentés de facturer plus cher, car les stocks disponibles sont âprement disputés.

Les professionnels en profitent-ils ?

Quand les produits reviennent dans les rayons, après une période de rupture d’approvisionnement, les consommateurs s’aperçoivent qu’ils sont parfois, voire souvent affichés à des prix plus élevés. C’est le cas par exemple de l’huile de tournesol.
Sur cette hausse, les professionnels répondent que ces approvisionnements leur coûtent, tout comme les emballages et le transport ; et les commerçants n’aiment pas laisser des rayons vides : ils voient cela comme du manque à gagner.

Des ruptures d’approvisionnement volontaires ?

Certaines ruptures d’approvisionnement de produits n’ont rien à voir avec l’épidémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, les achats de précaution. Certaines sont la conséquence de décisions des professionnels du secteur, agro-industriels ou distributeurs, suite par exemple à une alerte sanitaire.
Par exemple, dernièrement, suite à une alerte à la salmonelle dans une usine belge d’un de ses fournisseurs en chocolat, le groupe Mondelez a ordonné un « nettoyage en profondeur » d’un site de production. Les amateurs de Mikado, Petit Ecolier, Pépito ou Pim’s ont alors observé que certains de leurs produits manquaient en rayons. Avant de prendre sa décision, Mondelez s’était aussi assuré qu’aucun produit mis en vente ne contienne de chocolat contaminé.

Outre un arrêt de production, des négociations infructueuses sur le coût d’achat d’un produit entre fabricant et commerçant peuvent aussi expliquer les ruptures d’approvisionnement. C’est pour cette raison que les eaux du groupe Danone, parmi lesquelles Evian, Badoit, Volvic ne sont plus vendues dans de nombreux magasins Intermarché.

Rompre les relations avec les dictatures

Engager un processus de rupture commerciale totale avec toutes les dictatures

 

Du fait notamment de la crise économique, nombre de pays de dictature ou de régime autoritaire profitent  de la situation pour durcir encore le champ des libertés voire la répression , la torture et même le crime.

La plupart du temps, on fait jouer la corde nationaliste pour donner une légitimité au renforcement de l’autoritarisme. C’est parce qu’il est supposé être attaqué de l’extérieur que les mesures d’exception s’imposent. Au-delà des velléités territoriales qui ambitionnent de modifier la géographie politique se pose surtout le combat entre deux types de civilisation. La civilisation archaïque de type néo-andertalien qui considère que les citoyens ne sont pas compétents pour orienter  les décisions de leur pays et qui confient  à une poignée d’oligarques profiteurs (ou se font imposer) le soin de prendre toutes les décisions. Pour preuve, dans la plupart des pays à caractère autoritaire, les dirigeants ont sagement placé les ressources détournées dans les pays libres. Une sorte de confirmation du caractère illégal du détournement des ressources.

Il ne sert pas à grand-chose de prendre des sanctions très parcellaires qui en réalité sont vite détournées par les responsables des pays visés, aidés aussi par un système financier inter national plus que complaisant.

Les pays démocratiques ont les faiblesses de leurs vertus. Les décisions qui y sont prises sont plus complexes et plus longues à prendre que dans les dictatures. En outre, les pays démocratiques s’interdisent d’utiliser les actions criminelles mettant en cause notamment la vie et les droits des populations civiles.

Fondamentalement, c’est une guerre culturelle qui est en cause, celle des primitifs moyenâgeux qui utilisent la terreur pour maintenir leur pouvoir et celle des défenseurs des libertés qui ne peuvent transiger sur les droits individuels et collectifs.

Le dialogue est impossible entre ces deux types de régimes. Le développement du commerce international n’a pas permis de faire évoluer les dictatures. D’une certaine manière au contraire , il a rendu possible son renforcement et même son développement géographique.

Du coup, il conviendrait sans doute de rompre tous liens commerciaux avec les pays qui bafouent la modernité et en particulier le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes autant que les autres libertés individuelles et collectives.

En clair, cela signifie la rupture totale à terme mais programmé des échanges commerciaux de toute nature avec des régimes criminels comme la Chine, la Russie, la Turquie, le Brésil, la Corée du Nord en particulier.

Auto électrique : une nouvelle rupture sociale et territoriale

Auto électrique  : une nouvelle rupture sociale et territoriale

 

 

La fin annoncée des voitures à moteur thermique en 2035 ouvre la voie à une transition accélérée vers la voiture électrique, avec un vrai risque de fracture territoriale et sociale. Un gouffre sépare toujours et encore les grands centres urbains des zones périphériques et rurales en matière de qualité d’infrastructure. Par Matthieu Dischamps, directeur France et BeLux de Power Dot.(dans la Tribune)

Tribune

 

Le gouvernement s’était fixé pour objectif d’atteindre les 100.000 bornes pour véhicules électriques installées à fin 2021. Nous n’en sommes aujourd’hui qu’à 60.000 points de charge recensés, mais ce rendez-vous manqué a eu le mérite d’accélérer le déploiement de l’infrastructure de bornes de recharge avec une progression spectaculaire de plus de 55% en un an (*). On pourrait presque s’en féliciter si toutes les régions étaient logées à la même enseigne. L’objectif quantitatif est certes nécessaire pour fixer un cap mais il ne peut se faire au détriment de la qualité de l’infrastructure et de son adéquation avec les temps de passage sur site.

En y regardant de plus près, l’Île-de-France rassemble à elle seule près de 20% des bornes installées. Logique a priori si l’on se réfère à sa part dans la population nationale. Mais l’Île-de-France est aussi la région métropolitaine où le taux de motorisation des ménages est le plus faible (**) et qui bénéficie de l’infrastructure de transports publics la plus dense et la plus variée. À l’inverse, les régions les moins urbanisées, celles où la voiture est indispensable pour assurer les déplacements du quotidien, apparaissent nettement sous-équipées. La France rurale délaissée, après avoir subi les zones blanches de la téléphonie mobile et de l’internet haut débit, connaît maintenant celles de la recharge électrique. Le gouvernement a pourtant eu le mérite d’enclencher très tôt la dynamique d’équipement dans les communes, avec un décret de 2014, mais ces initiatives, souvent publiques, ont privilégié la recharge lente qui s’avère maintenant inadaptée aux usages.

 

Intéressons-nous maintenant aux bornes de recharge les plus puissantes, celles qui facilitent le quotidien et exploitent pleinement le potentiel des nouvelles générations de voitures électriques équipées de batteries de plus forte capacité afin de rivaliser en autonomie et en polyvalence avec les modèles essence et diesel. Avec seulement 8 % de ces bornes dites rapides (à courant continu, plus efficace que celles à courant alternatif qui alimentent nos prises domestiques), la France apparaît déjà mal lotie par rapport à certains de ses voisins européens comme l’Allemagne qui en compte 16 % ou le Portugal 18 %. Mais les nuées de points qui les localisent esquissent de manière encore plus flagrante une France à deux vitesses, concentrées dans les plus grandes agglomérations et autour des voies rapides qui les relient.

En dehors des principaux centres urbains, ces prises si recherchées par ceux qui parcourent de grandes distances, capables de fournir plusieurs centaines de kilomètres d’autonomie le temps d’une pause, sont conçues pour les électromobilistes de passage et non pour ceux qui y vivent sans alternative à la voiture pour leurs trajets quotidiens. Les insuffisances de l’infrastructure de recharge, après le prix à l’achat d’un véhicule électrifié toujours élevé malgré les aides publiques, représentent pourtant l’un des principaux freins à l’adoption de la voiture électrique. Avec la volonté européenne d’interdire les moteurs thermiques d’ici 2035, il est impératif de combler les lacunes d’un réseau français à la fois inadapté au temps de passage et mal entretenu, afin de répondre aux besoins quotidiens des automobilistes.

 

Les annonces d’implantation de bornes de recharge rapide n’ont jamais été si nombreuses, toutes plus spectaculaires les unes que les autres, par centaines dans tel grand parking parisien ou par dizaines le long d’une autoroute. Est-ce vraiment là que doit se porter l’effort ? La rentabilité d’un réseau de bornes, dont l’investissement est d’autant plus lourd que la puissance de charge est élevée, répond à des impératifs de taux d’utilisation, de facilité de maintenance et de réparation, peu compatibles avec des sites dispersés. Mais sans points de recharge visibles, les régions péri-urbaines et rurales resteront à l’écart de la transition vers la mobilité électrique. Les inégalités d’accès aux bornes rapides constituent un risque supplémentaire de fracture sociale et territoriale.

 

Les opérateurs de bornes de recharge peuvent éviter cet énième risque de fracture. À la condition de ne pas oublier les zones en déficit d’infrastructure, et surtout en se rapprochant des utilisateurs et de leurs lieux de passage quotidiens : les lieux d’activités et de consommation en particulier (supermarchés, restaurants, centres commerciaux et de loisirs…), en garantissant une qualité de service optimale pour se recharger le temps de faire ses courses, aller au cinéma ou se restaurer. Avec la recharge électrique, il existe une opportunité de simplifier la vie des Français en leur amenant l’électricité là où ils sont naturellement plutôt que leur faire faire des détours sur des stations-services. Et seul un objectif de rentabilité à long terme pourra contribuer à démocratiser la voiture électrique dans tous les territoires d’ici 2035.

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* Baromètre Avere www.avere-france.org/publications
** INSEE www.insee.fr/fr/statistiques/2012694#titre-bloc-3

Voiture électrique : une nouvelle rupture sociale et territoriale

Voiture électrique  : une nouvelle rupture sociale et territoriale

 

 

La fin annoncée des voitures à moteur thermique en 2035 ouvre la voie à une transition accélérée vers la voiture électrique, avec un vrai risque de fracture territoriale et sociale. Un gouffre sépare toujours et encore les grands centres urbains des zones périphériques et rurales en matière de qualité d’infrastructure. Par Matthieu Dischamps, directeur France et BeLux de Power Dot.(dans la Tribune)

Tribune

 

Le gouvernement s’était fixé pour objectif d’atteindre les 100.000 bornes pour véhicules électriques installées à fin 2021. Nous n’en sommes aujourd’hui qu’à 60.000 points de charge recensés, mais ce rendez-vous manqué a eu le mérite d’accélérer le déploiement de l’infrastructure de bornes de recharge avec une progression spectaculaire de plus de 55% en un an (*). On pourrait presque s’en féliciter si toutes les régions étaient logées à la même enseigne. L’objectif quantitatif est certes nécessaire pour fixer un cap mais il ne peut se faire au détriment de la qualité de l’infrastructure et de son adéquation avec les temps de passage sur site.

En y regardant de plus près, l’Île-de-France rassemble à elle seule près de 20% des bornes installées. Logique a priori si l’on se réfère à sa part dans la population nationale. Mais l’Île-de-France est aussi la région métropolitaine où le taux de motorisation des ménages est le plus faible (**) et qui bénéficie de l’infrastructure de transports publics la plus dense et la plus variée. À l’inverse, les régions les moins urbanisées, celles où la voiture est indispensable pour assurer les déplacements du quotidien, apparaissent nettement sous-équipées. La France rurale délaissée, après avoir subi les zones blanches de la téléphonie mobile et de l’internet haut débit, connaît maintenant celles de la recharge électrique. Le gouvernement a pourtant eu le mérite d’enclencher très tôt la dynamique d’équipement dans les communes, avec un décret de 2014, mais ces initiatives, souvent publiques, ont privilégié la recharge lente qui s’avère maintenant inadaptée aux usages.

 

Intéressons-nous maintenant aux bornes de recharge les plus puissantes, celles qui facilitent le quotidien et exploitent pleinement le potentiel des nouvelles générations de voitures électriques équipées de batteries de plus forte capacité afin de rivaliser en autonomie et en polyvalence avec les modèles essence et diesel. Avec seulement 8 % de ces bornes dites rapides (à courant continu, plus efficace que celles à courant alternatif qui alimentent nos prises domestiques), la France apparaît déjà mal lotie par rapport à certains de ses voisins européens comme l’Allemagne qui en compte 16 % ou le Portugal 18 %. Mais les nuées de points qui les localisent esquissent de manière encore plus flagrante une France à deux vitesses, concentrées dans les plus grandes agglomérations et autour des voies rapides qui les relient.

En dehors des principaux centres urbains, ces prises si recherchées par ceux qui parcourent de grandes distances, capables de fournir plusieurs centaines de kilomètres d’autonomie le temps d’une pause, sont conçues pour les électromobilistes de passage et non pour ceux qui y vivent sans alternative à la voiture pour leurs trajets quotidiens. Les insuffisances de l’infrastructure de recharge, après le prix à l’achat d’un véhicule électrifié toujours élevé malgré les aides publiques, représentent pourtant l’un des principaux freins à l’adoption de la voiture électrique. Avec la volonté européenne d’interdire les moteurs thermiques d’ici 2035, il est impératif de combler les lacunes d’un réseau français à la fois inadapté au temps de passage et mal entretenu, afin de répondre aux besoins quotidiens des automobilistes.

 

Les annonces d’implantation de bornes de recharge rapide n’ont jamais été si nombreuses, toutes plus spectaculaires les unes que les autres, par centaines dans tel grand parking parisien ou par dizaines le long d’une autoroute. Est-ce vraiment là que doit se porter l’effort ? La rentabilité d’un réseau de bornes, dont l’investissement est d’autant plus lourd que la puissance de charge est élevée, répond à des impératifs de taux d’utilisation, de facilité de maintenance et de réparation, peu compatibles avec des sites dispersés. Mais sans points de recharge visibles, les régions péri-urbaines et rurales resteront à l’écart de la transition vers la mobilité électrique. Les inégalités d’accès aux bornes rapides constituent un risque supplémentaire de fracture sociale et territoriale.

 

Les opérateurs de bornes de recharge peuvent éviter cet énième risque de fracture. À la condition de ne pas oublier les zones en déficit d’infrastructure, et surtout en se rapprochant des utilisateurs et de leurs lieux de passage quotidiens : les lieux d’activités et de consommation en particulier (supermarchés, restaurants, centres commerciaux et de loisirs…), en garantissant une qualité de service optimale pour se recharger le temps de faire ses courses, aller au cinéma ou se restaurer. Avec la recharge électrique, il existe une opportunité de simplifier la vie des Français en leur amenant l’électricité là où ils sont naturellement plutôt que leur faire faire des détours sur des stations-services. Et seul un objectif de rentabilité à long terme pourra contribuer à démocratiser la voiture électrique dans tous les territoires d’ici 2035.

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* Baromètre Avere www.avere-france.org/publications
** INSEE www.insee.fr/fr/statistiques/2012694#titre-bloc-3

Politique-Nouvelle rupture avec le capitalisme !

 

Politique-Nouvelle  rupture avec le capitalisme !

 

L’époque favorise sans doute le retour au manichéisme et au simplisme. Ainsi pendant que de grands économistes comme Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry proposent tout simplement de bloquer les salaires face à l’inflation, un autre économiste très à gauche propose rien que moins une  nouvelle rupture avec le capitalisme et de rappeler les propos d’un Mitterrand qui n’a jamais tenu le 10e de ses promesses.

Ce débat entre étatistes socialistes et ultralibéraux prend des allures assez surréalistes . Et le charabia des macros économistes ressemble de plus en plus à la langue les médecins de Molière NDLR 

Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social contre le marché. Mais, à l’aune des nouveaux enjeux démocratiques et écologiques, ce renouveau doit passer par les territoires, estime l’économiste Hervé Defalvard, dans une tribune au « Monde ».

 

 

 

« Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut être adhérent au Parti socialiste. » Cinquante ans après cette phrase du premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand, au Congrès d’Epinay de 1971, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale rouvre une séquence unitaire à gauche placée sous le signe de la rupture avec le capitalisme. Mais quel sens donner aujourd’hui à cette rupture ?

A lire le contenu du nouveau programme commun, ce sens est d’abord celui de la répétition. Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social(iste) contre le marché libéral. A trois niveaux. Celui, d’abord, du service public qui, au-delà de l’embauche de fonctionnaires aux rémunérations revalorisées à l’hôpital ou à l’école, s’élargit avec de nouvelles nationalisations reconstituant un pôle public aussi bien de l’énergie que bancaire. Celui, ensuite, de la Sécurité sociale, avec le retour à la retraite à 60 ans ou le revenu d’autonomie des jeunes, qui ne serait pas financé par des cotisations. Celui, enfin, des salaires et conditions de travail : si seul le salaire minimum relève de l’Etat, il y aura des soutiens à la négociation de branche car l’Etat social(iste) repose historiquement sur l’alliance avec les syndicats ouvriers sur la base de la hiérarchie des normes restaurée avec l’abrogation de la loi El Khomri.

Toutefois, si la rupture avec le capitalisme n’est assise que sur ce seul sens-là, alors nous pouvons dire qu’elle annonce un échec répété. Et que, plus grave, elle passe à côté des enjeux de l’époque, qui obligent à actualiser la rupture avec le capitalisme.

En effet, la rupture avec le capitalisme, qui suppose de réaliser une transition écologique, sociale et démocratique selon la méthode de « l’évolution révolutionnaire » chère à Jaurès, a aujourd’hui pour sujet moins l’Etat que les territoires. Car c’est au nom des territoires que les luttes et les alternatives se produisent désormais. Qu’il s’agisse de souveraineté alimentaire, d’autonomie énergétique, de mobilité douce et partagée, d’accès au logement ou à la santé, de sauvegarde de l’emploi, de reconnaissance des cultures urbaines, ce sont des collectifs qui, sur les territoires, portent le combat contre l’extractivisme du capital et son allié l’Etat néolibéral, pour lui substituer d’autres modes d’allocation des ressources et, plus largement, d’autres modes de vie, afin de garantir leur usage durable pour toutes et tous. Ces collectifs sont des communs de territoire qui agrègent citoyens, associations, coopératives, syndicats, collectivités territoriales et même entreprises classiques.

Nouvelle rupture avec le capitalisme !

Nouvelle  rupture avec le capitalisme !

 

L’époque favorise sans doute le retour au manichéisme et au simplisme. Ainsi pendant que de grands économistes comme Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry proposent tout simplement de bloquer les salaires face à l’inflation, un autre économiste très à gauche propose rien que moins une  nouvelle rupture avec le capitalisme et de rappeler les propos d’un Mitterrand qui n’a jamais tenu le 10e de ses promesses.

Ce débat entre étatistes socialistes et ultralibéraux prend des allures assez surréalistes . Et le charabia des macros économistes ressemble de plus en plus à la langue les médecins de Molière NDLR 

Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social contre le marché. Mais, à l’aune des nouveaux enjeux démocratiques et écologiques, ce renouveau doit passer par les territoires, estime l’économiste Hervé Defalvard, dans une tribune au « Monde ».

 

 

 

« Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut être adhérent au Parti socialiste. » Cinquante ans après cette phrase du premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand, au Congrès d’Epinay de 1971, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale rouvre une séquence unitaire à gauche placée sous le signe de la rupture avec le capitalisme. Mais quel sens donner aujourd’hui à cette rupture ?

A lire le contenu du nouveau programme commun, ce sens est d’abord celui de la répétition. Rompre avec le capitalisme, c’est refonder l’Etat social(iste) contre le marché libéral. A trois niveaux. Celui, d’abord, du service public qui, au-delà de l’embauche de fonctionnaires aux rémunérations revalorisées à l’hôpital ou à l’école, s’élargit avec de nouvelles nationalisations reconstituant un pôle public aussi bien de l’énergie que bancaire. Celui, ensuite, de la Sécurité sociale, avec le retour à la retraite à 60 ans ou le revenu d’autonomie des jeunes, qui ne serait pas financé par des cotisations. Celui, enfin, des salaires et conditions de travail : si seul le salaire minimum relève de l’Etat, il y aura des soutiens à la négociation de branche car l’Etat social(iste) repose historiquement sur l’alliance avec les syndicats ouvriers sur la base de la hiérarchie des normes restaurée avec l’abrogation de la loi El Khomri.

Toutefois, si la rupture avec le capitalisme n’est assise que sur ce seul sens-là, alors nous pouvons dire qu’elle annonce un échec répété. Et que, plus grave, elle passe à côté des enjeux de l’époque, qui obligent à actualiser la rupture avec le capitalisme.

En effet, la rupture avec le capitalisme, qui suppose de réaliser une transition écologique, sociale et démocratique selon la méthode de « l’évolution révolutionnaire » chère à Jaurès, a aujourd’hui pour sujet moins l’Etat que les territoires. Car c’est au nom des territoires que les luttes et les alternatives se produisent désormais. Qu’il s’agisse de souveraineté alimentaire, d’autonomie énergétique, de mobilité douce et partagée, d’accès au logement ou à la santé, de sauvegarde de l’emploi, de reconnaissance des cultures urbaines, ce sont des collectifs qui, sur les territoires, portent le combat contre l’extractivisme du capital et son allié l’Etat néolibéral, pour lui substituer d’autres modes d’allocation des ressources et, plus largement, d’autres modes de vie, afin de garantir leur usage durable pour toutes et tous. Ces collectifs sont des communs de territoire qui agrègent citoyens, associations, coopératives, syndicats, collectivités territoriales et même entreprises classiques.

Macron II» – Vers une archipélisation de la société ?

Macron II» – Vers une archipélisation de la société ?

Par Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po 

 

 

Emmanuel Macron a été largement réélu, mais avec des messages de l’électorat qu’il doit entendre, s’il veut qu’on se souvienne de ses dix ans de mandat comme un tournant historique, et non comme un moment où la France d’ «archipélisation» de la société, pour reprendre le concept de Jérôme Fourquet.

Avec au premier tour des candidats « anti-système » qui rassemblent 60 % des voix, une hausse de l’abstention et des votes blancs, puis une part substantielle de voix du deuxième tour motivés uniquement par un barrage face à l’extrême-droite, la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron peut paraître étroite.

Si la politique menée, notamment depuis 2020, n’a pas été fondamentalement remise en cause par ses concurrents, c’est sur la manière de gouverner qu’Emmanuel Macron est attendu. La promesse d’une «Révolution» et l’espoir de l’entrée dans un nouveau monde, formulée en 2017, a peiné à se concrétiser. Le paysage politique à l’issue de l’élection présidentielle de 2022 est encore plus marqué qu’en 2017, par la montée des extrêmes et la désaffection des citoyens dans le «système».

Il est essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions

Insitutions. Une réforme des institutions peut participer à renouer un lien de confiance. Une conférence nationale, promise pendant la campagne, devrait être lancée dans les prochaines semaines, pour formuler des propositions, si possible faisant consensus.

Cette démarche semble aujourd’hui indispensable pour retrouver une autorité de la décision publique qui a été fortement mise à mal par la montée des complotistes de tous bords, qui remettent en cause, non seulement les institutions, mais également les consensus sur lesquels reposent notre démocratie. Si la verticalité du pouvoir, pratiquée pendant la crise sanitaire, a pu faire preuve d’une certaine efficacité à court terme, elle accroît la défiance politique sur le long terme. Une décision est d’autant mieux acceptée par ceux qui y sont soumis, qu’elle a été coconstruite en amont.

Il est donc essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions. Le nouveau rôle du Conseil économique, social et environnemental peut contribuer à ce travail. Il sera également nécessaire d’inventer des modalités d’association des citoyens à la chose publique, pour élargir la culture civique, et lutter contre le repli sur soi et une «archipélisation» galopante de la société française.

Alors que les gGouvernements semblent réagir naturellement par la centralisation de la décision face à la crise, la succession de crises (crises économiques, politiques, sanitaires, sécuritaires…) rend indispensable le renforcement de la démocratie et de la consultation. Après une pandémie et une guerre à nos frontières qui ont durablement perturbé l’économie mondiale, la France ne peut plus se permettre une nouvelle crise sociale, comme celle des Gilets jaunes.

La manière dont la réforme des retraites sera menée sera décisive et donnera le ton de la capacité du gouvernement et des acteurs économiques et sociaux à travailler, en confiance. L’ambiance de ce second quinquennat d’Emmanuel Macron pourrait se jouer dans les prochaines semaines, sur la façon de faire.

Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po.

Guerre en Ukraine : Une rupture définitive entre Russes et ukrainiens

Guerre en Ukraine : Une rupture définitive entre Russes et ukrainiens

Dans un entretien au « Monde », le chercheur ukrainien Volodymyr Kulyk explique que la résistance dans des zones russophones comme Kherson, dans le sud du pays, était inimaginable pour Moscou ( Le « Monde) ».

Volodymyr Kulyk, membre de l’Institut d’études politiques et ethniques et de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, est chercheur à l’Institut d’études ukrainiennes de l’université Harvard. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier, non traduit, intitulé « Le discours médiatique ukrainien : identités, idéologies, relations avec le gouvernement », a été publié en 2010, à Kiev.

Depuis le début de l’invasion russe, le 24 février, la résistance des Ukrainiens, souvent présentés comme un peuple divisé, a marqué l’opinion internationale. Cette agression est-elle en train de façonner une nouvelle identité ukrainienne ?

A la racine de cette résistance, il y a la volonté d’indépendance du peuple ukrainien vis-à-vis du voisin russe. Toute identité nationale est complexe. L’Ukraine est très diverse, avec notamment des communautés russophones et ukrainophones, et il existe une proximité culturelle avec la Russie. Si l’histoire a pu contribuer à forger une expérience commune entre ces deux pays, le présent est en train de diviser Ukrainiens et Russes pour toujours. Tout le récit de Vladimir Poutine consiste à dire qu’il s’agit d’un même peuple, mais ses actions ont rendu cette assertion plus absurde que jamais. L’histoire mémorielle des Ukrainiens est d’ailleurs en train de changer : ceux qui adhéraient à l’idée selon laquelle nous avions traversé ensemble les épreuves du passé tendent maintenant à percevoir nos relations sous un angle opposant l’oppression russe à la résistance ukrainienne.

L’une des expériences les plus traumatisantes des relations entre la Russie et les Ukrainiens demeure la famine orchestrée par le régime soviétique en Ukraine en 1932 et 1933 [qui fit entre 2,5 millions et 5 millions de morts]l’Holodomor. Ce terme réapparaît aujourd’hui pour décrire la situation à Marioupol, là où les populations assiégées sont coupées de tout par les occupants, qui veulent organiser leur déplacement.

Des réseaux sociaux aux médias, en passant par les slogans entonnés dans les manifestations contre l’occupant, un autre terme revient : « fasciste ». Dans le monde post-soviétique, c’est l’étalon du mal. Alors même que Poutine utilise la mémoire de la seconde guerre mondiale et la présence de prétendus « nazis » pour justifier son agression, le terme de « fasciste » est renvoyé à la face de Moscou.

Il s’agit de l’aboutissement d’événements commencés en 2014, avec la révolution proeuropéenne en Ukraine et la première agression russe contre la Crimée et l’est de l’Ukraine. Avant cette date, ceux qui percevaient la Russie comme une puissance hostile étaient minoritaires. Depuis, ils sont devenus majoritaires. Aujourd’hui, cette perception est unanime.

 

La rupture d’un CDD sans pass sanitaire censurée par le Conseil constitutionnel

La rupture d’un CDD sans pass sanitaire censurée par le Conseil constitutionnel

Dans son avis publié ce 5 août, le conseil constitutionnel a considéré que la disposition qui envisageait la rupture de contrat d’un CDD en cas d’absence de passe sanitaire entraînait une rupture d’égalité entre les salariés en CDI et ceux en CDD.

« En prévoyant que le défaut de présentation d’un +pass sanitaire+ constitue une cause de rupture anticipée des seuls contrats à durée déterminée ou de mission, le législateur a institué une différence de traitement entre les salariés selon la nature de leurs contrats de travail qui est sans lien avec l’objectif poursuivi », indique le Conseil constitutionnel.

Curieusement ,en revanche, l’institution juge que la procédure de suspension du contrat de travail sans rémunération pour les salariés concernés par l’obligation de pass sanitaire n’est pas contraire à la Constitution.

Une décision juridiquement très contestable car la suppression du salaire constitue de fait un licenciement déguisé. Le conseil constitutionnel de ce point de vue ne se grandit pas en apportant sa caution au point sans doute le plus contestable relatif à la détention du pass sanitaire.

Soutien aux entreprises : Attention à la rupture brutale

Soutien aux entreprises : Attention à la rupture brutale

Benoît Coeuré chargé au début de la crise du Covid, via un comité regroupant des spécialistes des finances publiques, d’évaluer l’impact économique des mesures de soutien à l’économie attire l’attention sur les risques d’une rupture brutale en cas de suppression du soutien aux entreprises d’autant que la quatrième vague en cours pourrait à nouveau affecter gravement le fonctionnement économique.

Le rapport met en garde sur les incertitudes du contexte sanitaire et invite ainsi à prolonger les aides alors que leur débranchement doit être discuté en août. « Les dispositifs […] devront rester réactifs, en complément de la montée en charge de l’activité partielle de longue durée », note le comité. Il rappelle par ailleurs que, exception faite de la Grande-Bretagne, les pays européens n’ont pas prévu de stopper les aides aussi rapidement.

Innovation de rupture: l’urgence d’une agence ?

Innovation de rupture: l’urgence d’une agence ?

La pandémie et l’absence de vaccin français l’ont rappelé : la recherche et l’innovation sont indispensables à la compétitivité des Etats, à la protection sanitaire, aux transitions énergétiques ou à la conservation des écosystèmes, explique, dans sa chronique, le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel.

 

Le Royaume-Uni a annoncé la création d’une agence nationale pour l’innovation de rupture. Inspirée de l’Agence américaine de recherche pour la défense (DARPA), cette agence devrait se caractériser par une grande liberté d’action au service de projets très risqués et à fort enjeu sociétal.

Un rapport parlementaire (« A New UK Research Funding Agency », HC 778, février 2021) soutient cette initiative mais analyse aussi les questions soulevées par ce projet. Au-delà du contexte britannique, le débat a le mérite d’interroger les différents modèles d’organisation de l’innovation et de la recherche, ainsi que les connaissances disponibles dans ce domaine.

La pandémie actuelle et l’absence de vaccin français l’ont rappelé avec force : la recherche et l’innovation sont également indispensables à la compétitivité des Etats, à la protection sanitaire, aux transitions énergétiques ou à la conservation des écosystèmes. Ruse de la raison ? Plus nous affirmons de nouvelles valeurs ou de nouveaux idéaux – seraient-ils technophobes ou frugaux – et plus nous appelons à la recherche et à l’exploration de concepts novateurs.

Partout les budgets de la recherche sont invités à croître, tandis que des alertes répétées sur la place des pays asiatiques dans la recherche mondiale inquiètent l’Europe et les Etats-Unis. Mais comme en témoigne le débat public anglais, l’effort financier nécessaire s’accompagne aussi de controverses sur la bonne gestion des institutions de recherche et d’innovation.

 

On y retrouve les reproches adressés aux institutions classiques de la recherche : manque d’audace, rejet des projets risqués, faible interdisciplinarité, lourdeurs des procédures d’évaluation. Mais l’enquête anglaise remarque aussi que cet esprit conservateur se retrouve autant dans les organismes traditionnels (de type « science push), fondés sur la seule qualité scientifique et le jugement par les pairs, que dans ceux qui doivent financer des innovations tournées vers le marché. 

Dans le premier cas, la recherche « disruptive » serait freinée par le corporatisme académique et la pression sur les publications ; dans le second cas, elle se heurterait au court-termisme des industriels. D’où l’idée d’un nouveau type d’organisme qui serait autorisé à prendre des risques scientifiques élevés et qui serait doté d’une totale autonomie de gestion et d’orientation.

Ce point de vue est contesté par certains experts qui craignent qu’un tel organisme ne retombe rapidement dans les travers dénoncés et complexifie la politique scientifique. Mais le gouvernement et le Parlement soutiennent qu’une telle structure, hors normes, est vitale pour le pays.

Discrimination positive dans les grandes écoles : une grave rupture d’égalité

 

Le sociologue Jean Viard, revient sur France Info sur les mesures annoncées par Emmanuel Macron, jeudi 11 février à Nantes, pour démocratiser l’accès à la haute administration et aux écoles qui y préparent, des classes prépas dédiées, et quelques places réservées aussi dans cinq grandes écoles, dont l’ENA, à des jeunes d’origine modeste ou des quartiers défavorisés.

 

Est-ce que c’est de nature à améliorer les choses, Jean Viard ?

 

Jean Viard : C’était la politique qu’on a menée à Sciences Po. Disons, c’était un métissage homéopathique. Donc, on ne va pas dire que ça soit négatif, mais ça ne va pas au fond du sujet. J’avais longuement discuté avec le président de la République, en avril 2019, deux jours avant l’annonce de la suppression de l’ENA, il m’avait consulté sur cette question et j’avais poussé en lui disant : Il vaut mieux supprimer l’ENA que couper la tête du roi. Le roi, en l’occurrence, c’était lui. Évidemment, c’était un argument de poids.

Je connais ça depuis longtemps. Mon père était prof de khâgne en 1949 à Marseille. À l’époque, les élites parisiennes ne prenaient pas la khâgne de Marseille. C’était considéré comme un poste pourri. Il faut se rappeler que les premiers Marseillais qui sont rentrés dans les grandes écoles, c’est à la fin des années 50. Le premier provençal, c’est Philippe Séguin, à la fin des années 60. Il y a un progrès, il ne faut pas se cacher ce progrès géographique. Mais on est face à une rupture d’égalité qui est manifeste. Il faut dire les choses simplement. Un étudiant normal, ça coûte entre 8 000 et 10 000 euros à l’Etat. Un étudiant en grande école, il a 21 000 euros de budget. C’est la première chose. Deuxièmement, l’ENA, il y a un enfant d’ouvrier, c’est à peu près 20 à 25% de la population française.

En 2011, la moitié des enfants recrutés à Polytechnique ne venaient que de deux lycées, Louis le Grand et le grand lycée de Versailles. On est là face à des déséquilibres absolument inimaginables. Alors je crois qu’il faut parler de rupture d’égalité en termes de budget de l’Etat, en termes d’origine sociale et religieuse. Je pense que la gestion géographique est la plus facile à faire. En gros, il faut dire qu’il y a tant de places dans telle grande école, chaque région ou chaque département à droit à tant de places. Le meilleur élève du Vaucluse, il sera toujours assez bon pour faire l’ENA aussi. Il sera peut être un peu moins bon que celui d’Henri IV mais après tout, c’est quoi l’égalité ? Et deuxième chose, je pense qu’il y a un budget par étudiant, mettons 11 000 euros. Le reste après tout, peut être très bien remboursé par l’étudiant durant sa carrière, puisqu’on sait qu’il va faire une carrière prestigieuse.

C’est ce qu’on voit d’ailleurs aux États-Unis, en Angleterre aussi. Sur ces deux approches là, d’ailleurs, dans les annonces, on peut préciser qu’il y a une approche géographique des classes prépas, au moins deux dans chaque région, et puis 4 000 euros d’aide pour certains étudiants quand ils vont rentrer dans ces écoles.

Jean Viard, je voudrais vous faire revenir sur une déclaration d’Emmanuel Macron à des lycéens à Nantes, justement. Lors de cette visite, le président de la République qui affirme que l’ascenseur social français fonctionne moins bien qu’il y a 50 ans. Est-ce que cela vous semble justifié ? 

C’est compliqué. Si vous prenez le bac, il y a 50 ans, il y avait 20% des jeunes qui allaient au bac. Aujourd’hui, on a entre 75 et 77%. Donc, on va dire que le lycée s’est profondément démocratisé. C’est devenu un grand lieu de mélange social. C’est aussi d’ailleurs devenu un grand lieu de construction des couples. Donc ça, ça a profondément changé. Après, ce qui se passe après le bac, il y a ce que je viens de vous dire, qui est évidemment une inégalité flagrante. Je vous rappelle que cette année, les élèves de prépas sont en classe, et les étudiants sont chez eux, parce qu’on n’a pas fermé les prépas. Donc là aussi, la concurrence va s’accélérer entre l’université et les prépas.

Et la deuxième chose, c’est que le marché du travail est difficilement ouvert. On va dire les choses très simplement, aux jeunes d’origine étrangère de manière visible, aux garçons surtout. Donc là, on a un refus de la société. Et on a effectivement le coût des études. Mais après? C’est vrai que l’ascenseur social, attention, il existe toujours. Regardez tous les médecins qu’on a vus sur les plateaux télé depuis un an. On voit bien qu’ils ne sont pas tous bretons.

Il ne faut pas non plus dire que rien ne marche parce que sinon, ça casse le moral de ceux qui rament, des profs, des élus locaux et des jeunes, parce qu’une bonne partie des jeunes arrivent à se diffuser dans la société. La pression, c’est l’autre partie qui n’y arrive pas, soit parce qu’ils sont mal encadrés, soit parce qu’ils sont dans un endroit pourri, soit parce qu’ils n’ont pas envie. Donc le modèle n’est pas satisfaisant puisque tout le monde n’en profite pas. Mais ne faisons pas non plus comme si rien ne marchait.

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