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Transition énergétique : Rompre avec les expédients

Transition énergétique : Rompre avec les expédients

 

Un papier du Monde met en cause les expédients envisagés par le gouvernement pour faire face à la hausse de l’énergie notamment du carburant. Aux rustines gouvernementales , il faut substituer des mesures plus structurelles.

« Après un bouclier tarifaire pour amortir la hausse des tarifs du gaz et de l’électricité, l’exécutif tente désormais de trouver une solution pour contenir les prix des carburants, qui ont fait un bond spectaculaire depuis la fin août. La pression est forte. Il y a tout juste trois ans, le mouvement des « gilets jaunes » s’était cristallisé autour du même problème.

L’enjeu politique est d’autant plus grand que la question du pouvoir d’achat, nourrie par les tensions inflationnistes actuelles, est en train de faire passer au second plan les bonnes nouvelles économiques de cette fin de quinquennat, avec un chômage revenu à son niveau d’avant-crise et une croissance dynamique. A six mois de l’élection présidentielle, cette flambée des prix pourrait hypothéquer les chances de réélection d’Emmanuel Macron.

Acculé, le gouvernement hésite entre deux dispositifs imparfaits. Le premier consiste à distribuer un nouveau chèque énergie aux plus modestes pour couvrir une partie des frais de carburant. Pour le gaz et l’électricité, la solution est relativement simple à mettre en place. A partir du moment où tout le monde doit se chauffer et s’éclairer, il suffit d’établir un critère d’éligibilité en fonction du revenu fiscal de référence et de la composition du foyer.

Pour l’usage d’un véhicule, l’équation se complique, car il faut identifier les utilisateurs réguliers qui répondent à un certain nombre de critères sociaux. Faute d’avoir tiré les leçons de la crise des « gilets jaunes » en réfléchissant à un dispositif social adapté à la transition énergétique, le gouvernement est bien en peine aujourd’hui d’en trouver un au pied levé, sans inventer un dispositif extrêmement complexe.

La seconde solution consiste à réduire temporairement la fiscalité prélevée sur les carburants. Simple, certes, mais extrêmement coûteuse pour le budget de la France. Pour ramener le prix du gazole à son niveau d’il y a un mois, soit une baisse d’une dizaine de centimes, l’Etat devrait renoncer à 5 milliards d’euros de recettes, sans garantie que l’effort soit suffisamment perceptible par le consommateur.

Ensuite, tout retour à la fiscalité d’avant-crise risquerait de déclencher de nouvelles crispations. Sans compter que le système entraînerait un effort des finances publiques profitant autant aux ménages modestes qu’aux plus aisés. Enfin, cette baisse des taxes enverrait un mauvais signal à propos de la nécessité et de l’urgence de la transition écologique en rendant les énergies fossiles plus abordables.

Faute d’une réflexion à froid sur la façon d’accompagner cette transition, l’exécutif est obligé de réagir dans la précipitation en utilisant des rustines qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ceux-ci réclament du courage politique aussi bien de la part du gouvernement que des oppositions, pour préparer les esprits aux changements qui nous attendent. Les chocs énergétiques vont être de plus en plus fréquents. L’énergie va coûter tendanciellement de plus en plus cher. Chacun va devoir fournir des efforts à la hauteur de ses moyens, dont il importe qu’ils ne soient pas injustes, dans un cadre fiscal et social revisité à la lumière des périls climatiques. »

 

 

« Rompre avec la théorie économique dominante » (Jacques Perrin)

« Rompre avec  la théorie économique dominante » (Jacques Perrin)

Une réflexion intéressante de l’économiste Jacques Perrin dabs le Monde qui rappelle la distinction à faire entre valeurs d’échange et valeurs d’usage. Reste que pour l’instant on se limite à l’évaluation des économies à travers la valeur des biens échangées et toutes les politiques macro-économiques mais aussi sociales sont fondées sur ce concept. On voit mal comment pourrait se soustraire à la régulation par le marché qui ne prend en compte que les valeurs d’échange à moins de rééquilibrer ce marché par une régulation qui ne passe pas uniquement par les prix et la fiscalité.

« Un litre de gazole et un litre de Coca-Cola ont aujourd’hui quasiment le même prix, mais ont-ils la même valeur économique ? Après le premier étonnement suscité par la question, et sachant que les conséquences économiques et humaines d’une pénurie de pétrole ne sont pas les mêmes que celles d’une pénurie de Coca-Cola, la plupart des personnes que l’on interroge ainsi répondent assez spontanément qu’un litre de gazole n’a pas la même valeur économique qu’un litre de Coca. En revanche, pour la pensée économique dominante, qui enseigne que la valeur économique des biens et des services est donnée par leur prix, le litre de gazole et le litre de Coca ont bien la même valeur économique.

Cette affirmation théorique repose sur plusieurs croyances. La première est de croire que la valeur économique d’un bien ou d’un service peut être identifiée à sa seule valeur d’échange (son prix), gommant ainsi les aspects d’utilité et de valeur d’usage. La révolte des « gilets jaunes » témoigne avec force qu’un litre de gazole n’a pas la même valeur économique pour chacun d’entre nous : par exemple, il a plus de valeur pour une personne payée au smic et qui n’a pas d’autres moyens de transport que sa voiture que pour une personne ayant le même revenu mais pouvant utiliser des transports en commun.

La deuxième croyance est de nous considérer tous comme des Homo economicus, c’est-à-dire comme des agents cherchant à satisfaire individuellement leurs besoins en ayant à leur disposition toutes les informations pour faire des choix rationnels.

Dans un monde de plus en plus interdépendant, on ne peut plus penser la valeur économique à l’échelle d’un individu et par rapport à un seul bien ou service pris isolément, surtout lorsqu’il s’agit d’un bien comme l’énergie. Comme le rappellent les économistes institutionnalistes, ce qui est décisif, ce n’est pas que l’individu ait des besoins, mais que des hommes, liés socialement, aient des besoins.

Il faut rappeler que le pétrole, ressource énergétique non renouvelable et productrice de gaz à effet de serre, a structuré depuis des décennies nos modes de production et d’organisation de la division du travail au niveau international, et qu’il a aussi structuré nos façons de consommer, de se loger, de se déplacer, et plus généralement d’organiser nos territoires. Depuis des décennies, le prix du pétrole sur le marché international n’a jamais traduit la place structurante et grandissante qu’il prenait dans les économies des pays développés, il n’a jamais permis de prendre en compte sa valeur économique sociétale. »

 




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