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Rôle de la BCE : le bouche-trou des déficits ?

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  • Rôle de la BCE : le bouche-trou des déficits

En creux le gouverneur de la Banque de France reconnaît que la banque centrale européenne a servi de bouche-trou au déficit budgétaire des pays européens.

D’une certaine manière, le gouverneur de la Banque de France prépare l’opinion à un resserrement monétaire progressif. En réalité la banque centrale européenne va suivre la stratégie de la banque centrale américaine et de la banque d’Angleterre. Ainsi progressivement les rachats d’actifs vont diminuer et on va sans doute procéder à des relèvements très progressifs des taux d’intérêt.

Pour l’instant la banque centrale européenne ne l’a pas annoncé officiellement. Par contre, la banque fédérale américaine prévoit un relèvement d’un quart de point rois fois en 2022. Un relèvement est également prévu par la banque d’Angleterre.

Le problème est assez complexe pour les établissements monétaires qui doivent sevrer les pays de l’abondance monétaire mais sans casser la croissance. Les banques centrales doivent trouver leur rôle de régulateur notamment d’une inflation aujourd’hui assez incontrôlée puisqu’elle atteint 5 % en Europe et davantage encore aux États-Unis.

De toute manière ,toute prévision précise de l’évolution des politiques monétaires peut être mise en doute;  personne ne connaît exactement les conséquences de la pandémie sanitaire sur l’économie en général et sur la croissance en particulier. La question se pose en particulier de savoir jusqu’à quand le marché ne va pas intégrer le bouclage prix salaire. Un bouclage qui pourrait faire dériver l’inflation et bousculer sérieusement la stratégie des banques centrales

 

En 2021, les achats nets d’actifs de la Banque se sont nettement ralentis , Ils sont passés de 90 milliards d’euros. repasser à 20 milliards d’euros par mois En fin d’année. « On a eu une politique monétaire très active qui incluait divers éléments, dont des achats d’actifs. Mais c’est un moyen, ce n’est jamais le but », précise le directeur de la Banque de France.

François Villeroy de Galhau prêche donc pour un retour à l’orthodoxie budgétaire.

Démocratie : des sondages à la place des élections ?

 

  »Les élections se font de plus en plus sans les électeurs », déclare le rédacteur en chef de Ouest-France qui critique la multiplication des sondages.

Le journal ne commandera ni ne publiera de sondage afin de ne pas alimenter les débats médiatiques.

 

« Les élections se font de plus en plus sans les électeurs », déclare dimanche 24 octobre sur franceinfo François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef de Ouest-France qui a pris la décision de s’abstenir de publier les intentions de vote pour la présidentielle de 2022.

 

S’il considère les sondeurs comme des professionnels, François Xavier Lefranc n’accepte plus « cette avalanche » d’intentions de vote qui tombe sur les citoyens et qui, pense-t-il, « les détournent de l’essentiel, c’est-à-dire le débat sur tous les sujets qui les concernent. » Pour le rédacteur en chef de Ouest-France, « le sondage n’apporte pas d’info ». Le journal ne commandera ni ne publiera de sondage afin de ne pas alimenter les débats médiatiques. « On trouve assez ahurissant qu’autant d’énergie médiatique soit mise dans le commentaire de sondage et cette énergie devrait être tournée en direction des citoyens pour leur donner la parole », a-t-il jugé.

François-Xavier Lefranc estime qu’avec ces sondages, « on a l’impression que les Français s’expriment et ils ne s’expriment pas du tout. » Il prône le retour sur le terrain des journalistes pour réaliser des reportages en donnant la parole aux Français.  »La démocratie s’en porterait mieux », assène-t-il.

Risque de crise cyber majeure : Quel rôle de l’État

Risque de crise cyber majeure : Quel rôle de l’État ?

Par Jean-Jacques Quisquater, université de Louvain, Ecole Polytechnique de Louvain et MIT, et Charles Cuvelliez, université de Bruxelles, Ecole Polytechnique de Bruxelles. ( L’Opinion, extrait)

 

Tribune

 

Tout au long de la crise du Covid-19, c’est l’Etat qui a joué un rôle d’assurance et d’assureur sans le savoir au départ en prenant en charge les coûts générés par l’arrêt forcé de l’économie. Les puristes diront qu’une assurance couvre un dommage matérialisé sauf que l’Etat l’a couvert au fur et à mesure qu’il se matérialisait.

Dans son analyse annuelle 2021 des risques futurs, AXA n’est pas loin d’évoquer un scénario similaire où les assureurs seront tout aussi démunis face à l’ampleur d’une autre crise, une crise cyber qui paralysera toute l’économie via, par exemple, le système financier qui serait bloqué. On n’a aujourd’hui que peu de compréhension des conséquences si un maillon systémique du système financier était bloqué.

Qui doit couvrir les dommages?

Une crise cyber partira peut-être d’une institution donnée couverte par une assurance cyber, pourquoi pas, mais ses effets se propageront peut-être à toute une industrie, à toute une économie sans faire dans le détail. Qui doit couvrir les dommages dans ce cas. Tout comme le Covid-19, ce sera à l’Etat de jouer ce rôle.

On dirait que l’opinion s’y prépare puisque le risque cyber est listé comme risque n°1 aux Etats-Unis et n°2 en Europe. AXA a interrogé pour ce faire 2.500 experts en risque dans 60 pays. Il leur était demandé de choisir leur top des risques parmi un choix de 25.

Il n’est évidemment pas étonnant que les risques climatiques, les risques cyber et les risques santé occupent le top 3. Mais même si le Covid-19 a représenté la matérialisation, une année et demie durant, de l’un d’entre eux, c’est tout même le climat qui est donné comme le risque le plus urgent. Quant au risque de santé, c’est moins la pandémie que les maladies chroniques et l’exposition aux substances toxiques qui est vue comme le plus problématique pour le public qui a aussi été interrogé (20.000 personnes dans 15 pays).

Risques technologiques

Dans notre société toujours plus numérique et technologique, il n’est pas étonnant non plus que les risques technologiques soient mis en avant à coté des risques cyber. Les risques éthiques liés à l’usage des technologies qui autorisent toujours plus d’intrusion dans la vie (privée) ou qui provoquent des biais algorithmiques occupent le devant des préoccupations. Il y aussi les risques économiques et non plus éthiques liés à la technologie qui ont grimpé de 8 places dans le classement, en comparaison de 2020. Il s’agit de la prévalence toujours plus grande des cryptomonnaies dans l’attente d’un grand crash sans parler des conséquences sur la consommation d’énergie et l’empreinte carbone. Par contre, les technologies futuristes disruptives comme l’ordinateur quantique ou les systèmes autonomes ou même les manipulations génétiques n’ont pas l’air de préoccuper les experts.

Les risques liés à la stabilité financière sont montés de la position n°9 en 2020 à la position n°8 cette année. En 2018 et 2019, ce risque n’était même pas dans le top 10. Ce sont les politiques monétaires et fiscales non orthodoxes menées pendant le Covid-19 qui ont fait exploser les dépenses publiques qui expliquent cette peur. C’est le côté Terra Incognita dans lequel nous sommes plongés. Pour l’instant, tout va bien. Sur la forme que prendra la matérialisation d’un risque impactant la stabilité financière, on évoque autant l’existence d’une bulle financière que l’effondrement du système financier mondial.

C’est intéressant de voir comment la perception du risque diffère entre spécialistes et le grand public. Pour ce dernier, arrive en premier les pandémies et les maladies infectieuses.  Le changement climatique vient en deuxième position. Arrive ensuite le terrorisme (du fait de sa charge émotionnelle) et, en quatrième position, les cyberrisques. Le terrorisme n’arrive qu’en septième position pour les experts. Chaque continent a aussi son top risque préféré : l’Amérique voit le cyberrisque d’abord. Il faut dire que la vague d’attaque cyber que les Etats-Unis ont vu déferler n’y est pas pour rien (on n’a encore rien vu en Europe, ceci dit). En Europe, c’est le risque climatique qui inquiète le plus. Les pandémies et les maladies infectieuses dominent en Asie et en Afrique.

Perception de la vulnérabilité aux risques

Autre angle intéressant de cette édition 2021, la perception de la vulnérabilité aux risques. En 2021, les experts se sentent plus vulnérables aux risques de santé, environnementaux et technologiques. Ceci correspond parfaitement à l’actualité. Pour l’environnement, on a vu comme le confinement a tout à coup diminué tant d’atteintes à l’environnement, comme la pollution. Avec le tout au télétravail et au numérique pour compenser le confinement, on a aussi compris combien les risques technologiques se cachaient derrière ces usages. Enfin, la réalité du risque santé était bien là avec la pandémie.

Par contre, tant le public (75% des personnes interrogées) que les experts risques (87 %) continuent à faire confiance aux scientifiques et académiques pour gérer ou limiter les crises. Rassurant en ces temps d’infox mais pourvu que les scientifiques ne se trompent pas et ne s’érigent pas en autorité morale qu’ils n’ont pas à être avec des prises de position tapageuses. La jeune génération pense aussi qu’on viendra toujours à bout des crises, qu’aucune ne nous arrêtera. Ce sont aussi les jeunes qui sont le plus sensibles aux risques climatiques.

AXA pointe aussi un risque géopolitique qui émerge des risques climatiques avec la course au leadership pour la transition verte entre la Chine et l’Occident. On sait bien que les métaux stratégiques pour la transition énergétique se trouvent en Chine. On se rappellera que le leadership britannique au XIXe siècle venait de leur contrôle du charbon et que celui des USA vient de leur contrôle sur le pétrole quand même plus pratique.

Arrêt d’infrastructures critiques et ransomwares

Si on demande de détailler ce qu’il faut entendre par risque cyber, 47 % des réponses se dirigent vers un arrêt d’infrastructures critiques et 21% pour les ransomwares. Et c’est là qu’AXA explique que la prévalence des attaques cyber va les transformer en équivalent Covid-19. Le contexte cyber risque d’escalader, explique AXA. L’opinion publique des pays occidentaux appelle ses dirigeants à réagir de plus en plus fermement aux attaques, ce qui peut amener une politique de confrontation qui dépasse l’espace cyber.  A cela s’ajoute un poids réglementaire qui s’accroit : interdiction de payer les rançons, limitation des cryptomonnaies, … ce sont autant de marge de manœuvre réduite pour les entreprises pour faire face à une attaque cyber. Quant à la pandémie, elle a mis en évidence l’interdépendance entre risques santé et risque environnementaux. Les incendies créent des problèmes respiratoires, les virus s’échappent des zones tropicales, ….

Bien sûr, on peut se poser la question de la pertinence d’une telle analyse : le bais du déjà-vu opère. On croit qu’un risque qui s’est matérialisé dans le passé aura plus de chances de se reproduire mais il ne s’agit ici que d’identifier les risques majeurs émergents et pour tous ceux-là, les signes prémonitoires de leur matérialisation sont déjà présents et beaucoup ont leur cause de la main de l’homme.

Pass: Les restaurateurs refusent de jouer un rôle de flic

Pass: Les restaurateurs refusent de jouer un rôle de flic

OK pour un contrôle du passe mais pas question de jouer un rôle de flic et de contrôler l’identité pour les restaurateurs. Cette nouvelle obligation de contrôle du passe sanitaire ne devrait pas poser de problème sur le plan pratique, selon Pascal Mousset, président du Groupement National des Indépendants Hôtellerie et Restauration (CGI-HCR) en Île-de-France. «Le contrôle du passe sanitaire, s’il se limite à flasher un QR code, nous pouvons le faire. On a besoin de retrouver l’activité normale de nos commerces,» affirmait-il ce lundi matin sur BFM Business, tout en craignant une baisse de l’activité de l’ordre de 30% en raison de ce sésame. L’organisation se montre en revanche réticente à l’idée de demander aux clients des justificatifs de leur identité. «Ce n’est pas notre rôle de traquer les faux passes sanitaires ou de contrôler l’identité des clients,» argue Pascal Mousset.

Transition énergétique : le rôle de l’interconnexion électrique

Transition énergétique : le rôle de l’interconnexion électrique

  Parmi les leviers d’action, les interconnexions de réseaux électriques vont jouer un rôle essentiel pour la neutralité carbone, estime Jean-Pierre Bouquet, maire de Vitry-le-François.(l’Opinion, extrait)

 

Bien que les énergies renouvelables occupent une place croissante, la transition énergétique s’avère encore trop timide face aux objectifs fixés par la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015.

Afin d’atteindre les objectifs fixés par la France, dont la réduction de la consommation d’électricité fossile produite par combustion du charbon, du gaz naturel ou du pétrole, il apparaît nécessaire d’accélérer les efforts en matière de transition énergétique , en misant sur les perspectives induites par les énergies renouvelables.

La montée en puissance de ces énergies d’ici 2028 ne pourra s’accomplir sans l’adaptation du réseau intérieur de transport d’électricité, représentant un coût de 2 milliards d’euros par an jusqu’en 2035, en plus de l’investissement dans le réseau de distribution.

Parmi les leviers d’action essentiels de la transition écologique se détachent les interconnexions de réseaux électriques qui ont joué un rôle clé dans l’histoire des systèmes d’énergie électrique et vont jouer un rôle essentiel pour la neutralité carbone. Les considérations environnementales doivent recevoir autant d’intérêt dans la planification énergétique en général que les questions techniques, politiques et économiques.

Les interconnexions ont un faible impact sur leur environnement, tant en mer que sur terre. Plus encore les impacts des interconnexions de réseaux sur la biodiversité sont très faibles et bien en deçà des installations existantes, à l’instar des usines ou des centrales. Elles permettent de réduire la perturbation du sol et de la végétation, les zones de défrichement, les modifications des microclimats et la vulnérabilité des communautés tant animales que végétales.

Cette faible modification de l’environnement permet, en retour, d’accroître de manière significative la survie des espèces endémiques des habitats concernés par ces installations. Les interconnexions participent pleinement à la transition écologique et permettent de réduire l’impact sur la biodiversité, en évitant la construction de nouvelles installations de production, épargnant ainsi des habitats naturels entiers.

En outre, dans la mesure où l’interconnexion remplace la production d’électricité fossile, il en résulte une réduction de l’impact carbone de la production nationale d’électricité et de sa contribution au changement climatique.

Les avantages environnementaux des interconnexions électriques sont donc indéniables, en témoignent la réduction et/ou l’évitement des émissions de polluants atmosphériques, la réduction de la pollution de l’eau, la réduction des déchets solides et dangereux et des incidences sur l’utilisation des sols.

Les interconnexions électriques s’inscrivent pleinement parmi les technologies d’énergie renouvelable respectueuses de l’environnement, tant de la faune et de la flore, que des hommes. Elles favorisent également la production décentralisée d’électricité par la coopération qu’elle induit entre les territoires, plus encore entre les pays, et permet, en outre, de tenir compte des infrastructures existantes. Dès lors, les interconnexions permettent de donner une dimension plus prosaïque encore à la transition énergétique. Très prometteuse, l’utilisation de cette technologie va et doit s’intensifier dans les années à venir.

Jean Pierre Bouquet est maire de Vitry-le-François et président délégué des Ecomaires. 

Régionales et départementales : Un rôle marginal qui explique le taux d’abstention

Régionales et départementales : Un rôle marginal qui explique le taux d’abstention

 

Des réformes successives rendant illisible le rôle des élus locaux et une crise sanitaire qui a renforcé la place centrale du chef de l’Etat ont accentué l’indifférence des Français à l’égard de ces scrutins, estime dans une tribune au « Monde » la juriste Nelly Ferreira.

 

Tribune. 

 

Le taux d’abstention historiquement haut du premier tour des élections régionales et départementales (bien qu’elles aient pourtant été organisées le même jour, ce qui devait inciter les citoyens à se déplacer) a, bien sûr, de multiples explications d’ordre « politiste » ou sociologique : désenchantement, méfiance récurrente vis-à-vis du personnel politique, crise démocratique et désintérêt pour des élections qui « ne changeront rien », absence d’une offre politique malgré un nombre de listes/candidats toujours plus important, la sortie du couvre-feu…

Mais, à côté de ces arguments, ce taux d’abstention a vocation également à questionner les entités au cœur de ces élections. Les collectivités territoriales, depuis longtemps déjà, ne parviennent pas à attirer, à attiser la curiosité citoyenne, à mobiliser les électeurs. Hormis peut-être les communes – mais pour lesquelles on note aussi une érosion du taux de participation –, elles ne semblent pas intéresser les citoyens ou plutôt, elles sont si méconnues qu’elles en deviennent transparentes. Pourtant, en 1982, la décentralisation devait permettre un renouvellement de la démocratie notamment locale, par le biais de la démocratie représentative et la nécessité de « conseils élus » comme l’exige l’article 72 de la Constitution.

Presque quarante ans plus tard, ces aspirations à une démocratie locale redynamisée se heurtent à une démocratie participative toujours balbutiante et surtout à ce qui semble être un désintérêt de la part des citoyens pour les élections de ces conseils territoriaux.

Désintérêt qui peut s’expliquer par le fait que les élections nationales, et principalement l’élection présidentielle, vampirisent les autres rendez-vous électoraux, invisibilisant les enjeux qui ne sont pas nationaux, et considérant comme quantité négligeable les questions locales. L’élection présidentielle a une capacité d’absorption politique, dangereuse pour les autres élections qui semblent dès lors très secondaires et dans l’incapacité de produire une décision politique, une action politique. C’est aussi la mise en exergue accrue du président de la République qui remise les autres élus, parlementaires, mais aussi locaux. Et la période de crise sanitaire n’a fait que renforcer ce rôle polarisateur du chef de l’Etat, asséchant les compétences autres, et notamment celles des élus locaux, malgré leurs efforts pour conserver leur rôle et le rendre visible.

Pour une valorisation du rôle des élus locaux

Pour une valorisation du rôle des élus locaux

La tribune de Jean-Pierre Raffarin et Jean-Paul Huchon dans l’Opinion

 

La question de la réforme de l’Etat se pose avec de plus en plus d’acuité dans notre pays. Nos institutions sont en effet contestées pour leur inefficacité dans la gestion des affaires publiques et leur éloignement des attentes des citoyens.

La critique est évidemment une posture classique et aisée pour qui n’exerce pas les responsabilités. Néanmoins, il devient de plus en plus évident que des évolutions majeures sont indispensables. La verticalité de l’exercice du pouvoir, l’extrême concentration de la décision aux mains de la fonction présidentielle, la faiblesse des contrepouvoirs, le coût jugé exorbitant de la dépense publique en regard de la performance de l’action publique sont, entre autres, des sujets qui méritent des changements importants.

Cette situation dégradée est l’une des causes de la crise de confiance endémique qui caractérise l’exercice des responsabilités publiques dans notre pays. Dans une période où les décideurs publics sont fortement sollicités pour répondre aux urgences de crises sanitaires, sociales et économiques, il n’est pas raisonnable d’attendre encore de longues années avant que ces décisions de changement ne soient réalisées.

L’un des points d’évolution concerne un changement majeur : l’exercice de l’action publique au niveau local. La France a un Etat dont les principes de fonctionnement ont été façonnés par la monarchie puis par l’Empire, reposant sur un pouvoir fort, personnalisé et centralisé au plus haut degré. La Révolution a installé la forme républicaine de l’Etat dans le fauteuil de la monarchie, comme l’avait observé avec beaucoup de justesse Alexis de Tocqueville. Ainsi a été perpétué l’exercice du pouvoir depuis Paris, avec ses grandes administrations centrales, omniscientes et omnipotentes. Cette organisation a présenté des avantages indéniables, garantissant l’unité du pays et créant des solidarités territoriales réelles. Mais il faut bien constater que les avantages semblent bien être devenus insuffisants en regard des faiblesses constatées aujourd’hui de la performance de l’action publique.

« Aujourd’hui, trop de politiques publiques sont décidées, dans tous leurs aspects, dans des bureaux parisiens, méconnaissant les réalités et complexités locales et conduisant à des insuffisances, voire à des échecs »

Autonomie. En ce XXIe siècle, il apparaît indispensable de rapprocher très fortement la décision publique des citoyens, afin que les politiques publiques décidées par la collectivité nationale soient immédiatement opérantes auprès des usagers qui en sont les destinataires. Aujourd’hui, trop de politiques publiques sont décidées, dans tous leurs aspects, dans des bureaux parisiens, méconnaissant les réalités et complexités locales et conduisant à des insuffisances, voire à des échecs par rapport aux résultats attendus. La France a la chance d’avoir aujourd’hui un corps d’élus locaux qui s’est forgé, au cours des quarante années passées, une capacité d’action indiscutable et dont la maîtrise des problématiques publiques est de nature à apporter un complément très riche à la décision publique dans son ensemble. Cette réalité doit être prise en compte.

Les réformes de la décentralisation ont marqué des évolutions majeures, mais elles se sont révélées insuffisantes pour modifier en profondeur la gouvernance publique de notre pays. La République hésite toujours à admettre que les élus locaux puissent disposer d’une capacité d’autonomie dans la mise en œuvre des politiques publiques.

Il est parfois objecté un risque de mise en danger de l’unité nationale, mais il suffit d’observer le fonctionnement très décentralisé de la démocratie allemande pour constater que son unité nationale n’est à aucun moment remise en cause. Une autre objection concerne la compétence des élus locaux pour gérer les politiques publiques. Les citoyens choisissent en effet, en leur sein, des élus locaux à qui ils confient les affaires publiques locales, sans savoir d’ailleurs que ceux-ci n’ont pas nécessairement tous les moyens et toute la latitude pour agir.

Les élus locaux représentent un corps d’intermédiation qui peut heureusement rétablir une action publique lisible, pertinente, efficace à force de cohérence, grâce à la proximité et au savoir-faire que génère l’action locale.

Statut minimaliste. Tous les élus locaux sont loin d’avoir suivi les cursus parisiens prestigieux permettant de rejoindre l’élite dirigeante du pays. Est-ce pour autant une raison de contester l’implication, le dévouement, le courage, l’expertise, la capacité d’innovation… des élus locaux ? Bien sûr que non. Les élus locaux représentent un corps d’intermédiation qui peut heureusement rétablir une action publique lisible, pertinente, efficace à force de cohérence, grâce à la proximité et au savoir-faire que génère l’action locale.

Les mesures d’accompagnement récemment décidées, comme les récentes lois et ordonnances, ne sont pas à la hauteur des changements nécessaires. Les élus locaux doivent se voir reconnaître par la République leur rôle d’acteurs publics de plein exercice, ce qui mettrait fin à cette considération ambiguë qui leur est actuellement concédée avec une évidente réticence par l’Etat central. A titre d’exemple, il est frappant de constater que les cadres administratifs locaux ont un statut pleinement reconnu, intégré à la fonction publique, alors que les décideurs que sont les élus locaux n’ont qu’un statut minimaliste, dont les dispositions sont partielles, incomplètes et incohérentes.

Il convient de rétablir de la cohérence dans le modèle de notre Etat. Si les élus locaux doivent continuer à être des acteurs majeurs de la performance des politiques publiques, précieux auxiliaires de l’Etat, et s’ils doivent par là même reconstruire un lien de confiance entre l’action publique et les citoyens, tellement mis à mal aujourd’hui, alors ils doivent se voir reconnaître ce rôle par la République moderne à laquelle notre pays a droit.

Une telle décision serait un acte majeur qui entraînerait l’adoption d’un vrai statut de l’élu local, couvrant les droits et devoirs que la puissance publique doit à ses serviteurs. En particulier, cette nouvelle considération permettrait aux élus locaux d’accéder à des formations de grande qualité, à l’instar du modèle dont bénéficient les administrateurs territoriaux. De ce fait, la décision publique locale allierait compétences accrues et pertinence inhérente à la proximité. En complément, ce statut reconnaîtrait effectivement un vrai droit à l’insertion dans le monde professionnel une fois la cessation d’un mandat d’élu.

Un vrai nouvel acte de décentralisation consisterait donc à reconnaître, dans la Constitution, le rôle des élus locaux comme acteurs à part entière de l’édifice de l’Etat républicain. Une telle évolution n’est pas que politique : elle est dictée par l’exigence de sauvegarder une action publique dont tout le monde s’accorde à penser qu’elle est essentielle et déterminante pour maintenir la cohésion de la société et donc de notre nation.

C’est en ce sens que nous pensons qu’il est temps de prendre le chemin d’une aussi belle et prometteuse réforme, étape indispensable à franchir alors qu’émergent sous nos yeux les failles et faiblesses de l’organisation actuelle de l’Etat face à la crise sanitaire qui nous assaille.

Jean-Pierre Raffarin est ancien Premier ministre, président des Leaders pour la paix. Jean-Paul Huchon, ancien président de la région Ile-de-France, président de l’Institut français de gouvernance publique.

Entreprises : le rôle essentiel de l’audit

Entreprises : le rôle essentiel de l’audit

L’action Solutions 30 s’est effondrée après le refus de l’auditeur d’approuver les comptes de l’entreprise. Cette alerte comptable fait suite à celles concernant Wirecard ou Atos. Si des investisseurs ont beaucoup perdu en choisissant ces valeurs, une autre stratégie était possible, fondée sur une analyse des comptes en amont. Une stratégie qui s’est révélée gagnante… (*) Par Hughes Beuzelin, Président, co-Fondateur de BDL Capital Management

Chronique dans la Tribune

De grandes entreprises cotées, figurant dans les principaux indices de référence, fournissent a priori toutes les garanties de transparence comptable. Pourtant, l’actualité nous montre que ce n’est pas toujours le cas. Trois dossiers récents ont pu frapper les investisseurs, qui ne s’attendaient pas à ce que de telles entreprises puissent ainsi défrayer la chronique. Trois dossiers concernant des valeurs figurant dans le Dax 30 (Wirecard), le CAC 40 (Atos) et l’indice SBF 120 (Solutions 30).

Les problématiques sont bien sûr différentes. Wirecard, mise en faillite à l’été 2020, était l’exemple d’une fraude comptable à grande échelle, avec une activité largement fictive. S’agissant d’Atos, les actionnaires ont refusé début mai d’approuver les comptes consolidés à la suite de réserves émises par l’auditeur, concernant des filiales américaines. Quant à Solutions 30, l’auditeur EY a refusé d’émettre une opinion sur les comptes 2020, évoquant des « anomalies non détectées qui pourraient être à la fois significatives et avoir un caractère diffus ».

S’agissant de Wirecard et Solutions 30, des « lanceurs d’alerte », qu’il s’agisse de la presse ou de vendeurs à découvert, ont joué un rôle considérable. Critiqués, y compris par des autorités de marché parfois enclines à défendre a priori les sociétés cotées, ces lanceurs d’alerte se sont donc avérés utiles. Le marché leur a donné raison sanctionnant lourdement les manipulations ou même incertitudes comptables. Wirecard ne vaut quasiment plus rien, puisque l’entreprise est liquidée. Solutions 30 a vu son cours s’effondrer de plus 70% le 24 mai, après 10 séances de cotation suspendue, faisant s’évaporer 760 millions d’euros de capitalisation boursière. Quant à Atos, c’est l’auditeur qui a été à l’origine de l’information, et la valeur a perdu plus de 27% de sa valeur depuis le premier janvier.

Trois leçons

Quelles leçons tirer de ces trois exemples ? D’abord, que tout investisseur serait bien avisé de regarder les comptes de l’entreprise dans laquelle il a l’intention d’investir, de ne pas se contenter des communiqués, à l’évidence orientés. Nécessairement fine, cette analyse des comptes exige bien sûr une solide compétence technique et du temps. Voilà pourquoi le recours à une analyse indépendante est souvent nécessaire. Les meilleurs gestionnaires d’actifs indépendants savent l’importance de cet exercice.

Analyser les comptes ne permet pas seulement de comprendre le passé de l’entreprise et de juger de sa solidité, mais aide aussi à déceler d’éventuels signaux d’alerte, à anticiper son avenir financier. C’est la deuxième leçon à tirer des mauvaises expériences qu’ont pu vivre certains investisseurs. Avant que les « scandales » financiers n’éclatent, des signaux étaient perceptibles, montrant des incohérences dans les comptes des entreprises concernées. Souvent, l’analyse du BFR (Besoin en Fonds de Roulement) est riche d’informations à cet égard. De même que celle des acquisitions d’entreprises réalisées. Ainsi, Wirecard avait surpayé de nombreuses acquisitions, achetant par exemple l’entreprise indienne GI Retail plus de sept fois le prix auquel elle n’avait pas réussi à se vendre quelques mois auparavant.

Enfin, troisième leçon, bien que chacune des situations soit unique, les lourdes pertes subies par les actionnaires auraient pu être évitables. Sur la base de signaux comptables décelés en amont, il était d’abord possible de rester à l’écart de ces entreprises. Et ensuite, d’envisager de vendre à découvert (« short ») certaines de ces valeurs.

Sortie de crise : le rôle des pouvoirs publics

Professeur à l’Université Paris 2 et membre du Cercle des économistes, Catherine Lubochinsky se prononce en faveur de l’intervention des pouvoirs publics pour développer les outils de renforcement des fonds propres des entreprises

 

 

 

 

Trois défis majeurs apparaissent en sortie de crise : mobiliser l’épargne vers le financement des fonds propres des entreprises, vrai serpent de mer, financer les dépenses budgétaires supplémentaires tout en préservant la soutenabilité de la dette publique et financer la transition climatique.

La finance peut beaucoup mais la finance ne peut pas tout.

Le triptyque Bourse, capital investissement et banques s’est avéré insuffisant pour renforcer les fonds propres des entreprises. Les deux dernières décennies ont été marquées par une désaffection des entreprises occidentales, voire quasi-disparition des PME et ETI, pour les introductions en Bourse. L’essor remarquable du capital investissement, soutenu par les placements des investisseurs institutionnels et l’attractivité des rendements, a partiellement compensé cette désaffection. Plus complémentaires que concurrents, le coté et le non coté divergent essentiellement, du point de vue de l’investisseur, par leur degré de liquidité – d’où la justification avancée mais contestée de la différence de rendement.

Quant aux banques, elles jouent un rôle incontournable dans le financement de l’économie mais le coût du risque – pas seulement réglementaire — lié au financement des TPE, PME et start-up est élevé. L’intervention des pouvoirs publics s’avère donc indispensable, au développement des prêts participatifs, et ce d’autant plus si l’on souhaite éviter un allégement de la régulation bancaire alors qu’une augmentation des créances douteuses se profile à l’horizon.

Côté investisseurs, l’appétence des ménages envers la liquidité rend incontournable l’intermédiation. Paradoxalement, ces mêmes ménages semblent actuellement faire preuve d’une appétence très forte pour le risque en capital. Parmi les innovations financières qui ont redynamisé les bourses, les SPAC (Special Purpose Acquisition Company), dénommés « chèques en blanc » aux Etats-Unis, constituent sans conteste l’une des principales. L’engouement pour ces coquilles vides, qui certes simplifient les introductions en Bourse, peut surprendre.

Encore plus paradoxal est l’engouement pour les crypto pseudo-monnaies qui malgré leur absence de toute valeur intrinsèque voient leurs cours atteindre des sommets. Ces quelques éléments révélateurs d’une forme d’irrationalité pourraient faire craindre l’imminence d’une crise financière, ce qui contribuerait peu à la sortie de crise sanitaire. Entre FOMO (« Fear Of Missing Out) et concurrence internationale, les régulateurs cherchant à préserver la stabilité financière sont en position d’équilibriste.

D’où la sempiternelle équation à résoudre : un besoin crucial de financement en fonds propres et des ménages français averses au risque avec des intermédiaires financiers contraints par la réglementation, elle-même contrainte par des préoccupations de stabilité financière. La solution viendra-t-elle des nouvelles technologies que sont l’intelligence artificielle et la finance quantique, grâce à sa capacité de calcul et sa contribution aux problèmes d’optimisation ?

Environnement : le rôle du bois

 

 

Andrew Todd,Architecte, spécialiste de la construction en bois estime que  le bois est notre parent. Il peut nous orienter dans notre pensée, dans notre communication, dans notre éducation et dans notre politique, explique l’architecte dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

François Hallé, botaniste et concepteur de la splendide exposition « Nous les arbres » à la Fondation Cartier, et Michel Druilhe, président de [l’Interprofession nationale de la filière forêt-bois] France bois forêts, chef de file des exploitants, se querellent sans se nommer, le premier à l’occasion de tribunes dans Le Monde, la plus récente datant du 21 mars, le second dans Les Echos, notamment dans un texte du 4 décembre 2020.

Sans citer le nom de Francis Hallé, Michel Druilhe fustige les avis d’un « biologiste botaniste » opposé à l’exploitation des forêts à des fins de profit. Il prône (sans donner de chiffres) leur « exploitation raisonnée et raisonnable », à condition qu’elles soient « plantées et récoltées avec méthode ». Francis Hallé souhaite réserver l’exploitation à des « plantations monospécifiques », laissant la « vraie forêt » en libre évolution.

Un signe de progrès écologique

Architecte engagé dans la construction en bois, j’entends ces deux voix dans deux oreilles opposées. Familier de leurs mondes respectifs, c’est comme si je me promenais avec un livre de biophilosophie dans une main – La Vie des plantes, (Payot & Rivages, 2016) du philosophe italien Emanuele Coccia, par exemple –, et une hache dans l’autre, pour décider de mes actions professionnelles. Dans le jargon psychologique anglo-saxon, il paraît que je suis « conflicted ».

Nous devrions construire davantage en bois – captant ainsi le CO2 – et diminuer la part de la production forestière qui part en fumée ou en pâte à papier

Ce conflit Hallé/Druihle risque de dévier notre attention de problèmes plus importants. Si nous nous inquiétons de la provenance des mille chênes multicentenaires voués à être sacrifiés pour reconstruire la charpente de Notre-Dame, c’est un signe de progrès écologique : personne n’a pleuré auparavant pour les plages détruites et les milliers de barils de pétrole brûlés pour faire le béton du Parc des Princes, par exemple. Ni pour les bâtiments fantômes en bois – tel un cocon d’insecte – qui donnent forme à tout édifice coulé en béton.

Nous devrions construire davantage en bois – captant ainsi le CO2 – et diminuer la part, 62 %, d’après la FAO [Food and Agriculture Organization], de la production forestière qui part en fumée ou en pâte à papier. D’après Emanuele Coccia, « la nature se dévore en permanence ». Nous devons tous manger, mais sans nous goinfrer. Et manger bien, tout en sachant où on met les pieds.

Le rôle de l’industrie sur l’empreinte carbone». Par Alexandre Saubot

Le rôle de l’industrie sur l’empreinte carbone». Par Alexandre Saubot

 

Alexandre Saubot ,président de France Industrie évoque la responsabilité de l’industrie sur l’empreinte carbone dans le journal l’Opinion

La lutte contre le changement climatique est l’enjeu crucial du XXIe siècle. Après les discours et les alertes, le temps est maintenant plus que jamais à l’action collective, ambitieuse et pragmatique, sans concession, ni idéologie. Ce combat se joue autant dans les orientations politiques du pays, dans la vie des entreprises, que dans les choix quotidiens de consommation de millions de Français en matière d’alimentation, de déplacement, de logement, de chauffage, de communication…

Nous, industriels français, avons bien sûr une responsabilité particulière en la matière et nous sommes prêts à prendre toute notre part dans cette mobilisation ! Nous nous sommes ainsi engagés à concourir à l’objectif national de zéro émission nette de gaz à effet de serre, ou la « neutralité carbone » d’ici 2050, pour lequel nous avons déjà fourni d’importants efforts en réduisant de 50% les émissions de l’industrie entre 1990 et 2019.

De nombreux progrès ont été ou sont réalisés dans le recyclage, l’économie circulaire, la sobriété des véhicules ou des avions que nous produisons, l’isolation des bâtiments ou encore l’efficacité énergétique ou l’électrification de nos procédés. Le mix énergétique de la France, fondé sur l’atout nucléaire, y contribue de manière considérable. Notre pays représente désormais moins de 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et la France affiche le point de PIB le moins carboné des pays européens avancés, loin devant l’Allemagne.

Algorithmes frugaux. Face à l’urgence d’agir, nous sommes prêts à accélérer le développement des solutions industrielles qui répondent aux attentes environnementales, car l’industrie française est un atout décisif dans le combat climatique, une arme de réduction massive de notre empreinte carbone. La réussite de la transition écologique repose sur les progrès de la recherche scientifique et de l’innovation. C’est par exemple l’industrie française qui développe aujourd’hui la production, la distribution et l’utilisation de l’hydrogène. C’est également l’industrie française qui investit plusieurs milliards d’euros par an pour réduire encore les émissions de gaz à effet de serre de ses usines.

«L’industrie française, à travers sa filière électronucléaire, permet à la France d’être le premier grand Etat membre de l’Union européenne à émettre le moins de gaz à effet de serre par habitant»

C’est aussi l’industrie française qui, à travers sa filière électronucléaire, permet à la France d’être le premier grand Etat membre de l’Union européenne à émettre le moins de gaz à effet de serre par habitant. Et c’est enfin l’industrie française qui prépare l’ère du numérique responsable faisant appel à des algorithmes frugaux, loin de l’utilisation débridée des capacités de stockage et de calcul intensif à laquelle nous ont mal habitués certains acteurs nord-américains !

Si l’exécutif français a opté pour une stratégie de soutien à l’innovation industrielle à travers le plan de relance et le quatrième volet du plan d’investissements d’avenir, nous constatons à regret qu’il emprunte aujourd’hui en parallèle une autre voie qui semble paradoxalement désigner l’industrie, voire l’économie et sa croissance, comme un ennemi à mettre au pas, plutôt que comme un allié de confiance au service des Français.

Boucs émissaires. La transition écologique n’aura pas lieu en détruisant le progrès économique et social issu de la croissance. Il est regrettable de voir fleurir dans le débat public des propositions antiéconomiques, anti-entreprises et anti-libertés individuelles qui entretiennent le mythe que des solutions simplistes seraient la réponse à des enjeux complexes. Qu’il s’agisse des controverses à venir sur la pertinence du mot « écocide » dans la loi Climat, d’une révision constitutionnelle dont l’intérêt est chimérique au regard du droit actuel, ou de mesures tendant à freiner la production industrielle française quand nos concurrents européens font l’inverse, on est bien loin de traduire les contours d’une véritable stratégie de transition écologique. Surtout, comment construire une mobilisation collective autour de l’enjeu climatique si on désigne les apporteurs de solutions comme des boucs émissaires ?

Ce n’est pourtant qu’ensemble que nous gagnerons ce combat : responsables politiques, entreprises de toutes tailles, associations, organisations professionnelles et syndicales, et citoyens consommateurs. Car les transformations les plus ambitieuses ne sont effectives et durables que lorsqu’elles suscitent l’adhésion du plus grand nombre pour les mettre en pratique massivement.

Il y a donc urgence à engager collectivement notre société autour d’un projet environnemental tangible, doté d’une gouvernance claire, pour piloter ce qui sera un nouveau pacte climatique, économiquement soutenable, socialement acceptable et écologiquement ambitieux ; atteindre cet objectif suppose de départir la transition écologique de ses totems et marottes, pour la tourner résolument vers l’action.

Nous, industriels français, sommes au service de la transition écologique, pour apporter des solutions concrètes à nos concitoyens, aux générations actuelles et futures, à nos enfants, et co-construire, au plus près des réalités du terrain, ce nouveau contrat sociétal porteur de progrès visibles, mesurables et partagés par tous.

Alexandre Saubot est président de France Industrie.

« Islamo-gauchisme » : le rôle de l’université

« Islamo-gauchisme » : le rôle de l’université

Comme en France, le gouvernement britannique tente de contrer les mouvances identitaristes soupçonnées d’étouffer le débat scientifique. Or, c’est aux chercheurs en sciences sociales qu’il  appartient de se consacrer à un travail de cohérence interne, estime le sociologue, Alexis Artaud de La Ferrière dans une tribune au « Monde ».(Extraits)

Tribune.

 

Intellectuellement, je vis entre la France et l’Angleterre. Une des conséquences de cette double appartenance : je suis témoin des résonances entre les paniques morales qui troublent périodiquement les systèmes universitaires de ces deux pays.

Actuellement en France, le sujet est celui de l’« islamo-gauchisme »Ce phénomène serait d’une telle gravité que, le 16 février, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, en appelait au CNRS d’établir un bilan de l’ensemble des recherches en France afin d’identifier les activités qui relèveraient du militantisme. Evidemment, cette sortie provoqua une levée de boucliers chez mes collègues français qui y discernent une ingérence inquiétante de la part d’un gouvernement qui s’enfonce progressivement dans une dynamique de plus en plus sécuritaire.

 

Alors que les associations et les cultes sont visés par le projet de loi « contre le séparatisme », les chercheurs seraient désormais un corps social de plus à être capturé par cette machine infernale de la sécurisation – machine dont le gouvernement se veut le pilote, mais qui est en réalité animée par le spectre de l’islamisme. 

En Angleterre, ce débat trouve son pendant. Ce même 16 février, le secrétaire à l’éducation, Gavin Williamson, annonça une proposition de loi afin de renforcer la liberté de parole dans les universités anglaises. De prime abord, cette initiative semble aller à rebours de celle de Frédérique Vidal. Mais en réalité, c’est bien la même cible qui y est visée, à travers une stratégie plus subtile. M. Williamson cherche à contrer une certaine expression politique qui serait en passe d’étouffer le débat scientifique dans le pays. Cette expression est celle des nouvelles mouvances de gauche donnant voix à des revendications de reconnaissance identitariste centrées autour de l’ethno-racial, du genre autodéterminé, du désir sexuel, ou du religieux.

 

Ces mouvances sont productrices de nouvelles notions qui animent les sciences sociales (intersectionnalité, décolonialité, constructivisme social accru), accompagnées d’une série de pratiques qui visent à réordonner l’économie politique de la parole dans le monde académique. Le « no-platforming » [pratique consistant à boycotter ou à faire désinviter un conférencier], le « online shaming » [humiliation en ligne], l’interruption de manifestations scientifiques : autant d’actions qui peuvent susciter interrogation dans le milieu universitaire. 

Climat: c’est aussi le rôle de la banque centrale européenne

Climat: c’est aussi le rôle de la banque centrale européenne

Frank Elderson, membre du directoire de la Banque centrale européenne, affirme dans une tribune au « Monde » que l’action de la BCE en matière environnementale est bien conforme à son mandat.

Tribune. La lutte contre le changement climatique exige des mesures urgentes, le temps nous étant désormais compté. La Banque centrale européenne (BCE) doit s’engager à jouer son rôle.

Mais notre engagement ne va pas sans soulever des questions : pourquoi la BCE devrait-elle se soucier du changement climatique ? Celui-ci entre-t-il dans le cadre de son mandat ? Ce sont là des questions importantes que nous prenons au sérieux : en effet, l’Union européenne (UE) est fondée sur l’Etat de droit, et la BCE ne peut agir que dans les limites fixées par les traités constitutifs.

Au moment de la rédaction du mandat de la BCE, la lutte contre le changement climatique n’avait pas le caractère urgent qu’elle revêt aujourd’hui. Et pourtant, les auteurs de ce mandat ont fait preuve de sagesse en nous fournissant des règles et principes quant à ce que nous devons faire, ce que nous pouvons faire et quant aux limites de notre responsabilité face aux futurs défis à relever, y compris le changement climatique. Une lecture attentive des traités révèle qu’ils définissent une marge de manœuvre vitale à l’intérieur de laquelle nous devons maintenant prendre nos décisions.

Premièrement, l’objectif principal de la BCE est de maintenir la stabilité des prix. Or le changement climatique peut avoir une incidence directe sur l’inflation, notamment lorsque des inondations ou des sécheresses à répétition détruisent les cultures et font augmenter les prix des produits alimentaires.

Les politiques d’atténuation peuvent aussi avoir un effet, direct ou indirect, sur les prix à la consommation tels que ceux de l’électricité et de l’essence, par exemple en accroissant les coûts de production. Ces questions sont clairement au cœur de notre mandat. En outre, l’efficacité de la politique monétaire pourrait être entravée par les conséquences des changements structurels liés au climat ou par des perturbations du système financier.

Ainsi, la création de crédit pourrait pâtir de pertes résultant de catastrophes et d’actifs échoués. Tant au cours de la crise de la dette souveraine que pendant la pandémie actuelle, la BCE a mené des actions résolues et mis au point de nouveaux outils de politique monétaire visant à préserver le caractère unique et l’efficacité de celle-ci. La Cour de justice de l’Union européenne a confirmé que la prise en compte des conditions préalables à la poursuite de notre objectif premier relève de notre mandat de maintien de la stabilité des prix.

Le rôle central de l’État comme “régulateur écologique” »

Le rôle central de l’État comme “régulateur écologique” »

 

Le responsable de start-up Basile Michardière estime, dans une tribune au « Monde », qu’il est urgent de repolitiser les entreprises en donnant aux salariés le pouvoir de s’organiser à travers l’animation de communautés internes, hors des schémas hiérarchiques, où les envies d’action et les sensibilités de chacun seraient écoutées.

Tribune.

 

 Les grandes entreprises sauveront-elles la planète ? Non ! répondent les Français qui sont désormais 50 % à ne plus leur faire confiance. Face à cette défiance, les grands groupes sont-ils prêts à faire coïncider leurs intérêts privés avec l’intérêt général ? A quelles conditions peuvent-ils encore agir à grande échelle pour le bien de la cité ?

Le choix printanier de certains grands groupes de verser des dividendes à leurs actionnaires, est devenu en 2020 un sujet public et a largement choqué. En cause ? Le soutien de l’Etat, parfois massif, reçu par certains d’entre eux. Que l’on partage ou non cette indignation, il y a de la part de ces groupes une décision éminemment politique.

Soyons clairs : derrière chaque stratégie d’entreprise se fonde une vision du monde qui est politique. Choisir de rémunérer davantage des actionnaires ou bien d’investir dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre est politique.

S’impliquer dans un tissu économique local ou faire le choix d’installer sa production à l’étranger est un choix politique. Servir les intérêts particuliers ou se préoccuper du bien commun l’est également. Toutes ces questions sont actuellement traitées loin des regards citoyens, dans des bureaux feutrés. Mais ne sont-elles pas trop importantes pour être confiées uniquement aux mains des grandes entreprises ?

95 % des insectes auront disparu

Soyons clair : le but premier des grandes entreprises, telles que nous les connaissons depuis la financiarisation de l’économie dans les années 1980, n’a jamais été de servir l’intérêt général. Pourtant l’heure n’est plus aux tergiversations.

En 2050, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le sud de l’Espagne sera un désert, on comptera 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde, 95 % des insectes auront disparu tandis que près de 4 milliards de personnes manqueront quotidiennement d’eau sous les tropiques.

Certaines entreprises portent une responsabilité directe dans ces crises, que l’on pense aux liens entre production alimentaire mondialisée et déforestation ou entre industrie textile et exploitation de minorités, dont le peuple ouïgour est la dernière victime visible.

Comment s’assurer que ces groupes parviennent à aligner leurs intérêts à ceux de la société ? Que l’intérêt général fasse son grand retour au milieu des actionnaires ? C’est toute l’ambition du statut de l’entreprise à mission, introduit récemment par la loi Pacte (2019), relative à la croissance et à la transformation des entreprises. L’idée ? Donner la possibilité aux sociétés d’inscrire une « raison d’être » dans leurs statuts pour préciser un projet collectif de long terme, au service du bien commun.

 

 

«Climat et et économie »….et politique: Fabius sort de son rôle

«Climat et et économie »….et politique:  Fabius sort de son rôle

 

Sans doute un mal existentiel, le président du conseil constitutionnel Laurent Fabius, propose une politique de relance plus écologique. Le propos n’est pas incohérent mais il est pour le moins baroque, voire anticonstitutionnel. Il vient d’ailleurs d’être rappelé à l’ordre par l’Élysée. En effet le rôle des membres du conseil constitutionnel est de s’en tenir strictement à l’analyse juridique des textes proposés par le gouvernement. Pendant tout leur mandat, ils doivent éviter de s’investir sur la scène politique. Par ailleurs, on voit mal ce qui qualifie Laurent Fabius pour parler avec pertinence de la comparaison entre le covid et la relance économique. Pendant tous ses mandats au gouvernement, Laurent Fabius n’a guère fait la preuve concrète de ces convictions dans le champ environnemental. Il a plutôt été un ministre socialiste libéral classique.

«La mutation climatique est, d’une certaine façon, beaucoup plus grave encore que la Covid, y compris en matière de santé», a d’abord affirmé l’ancien ministre socialiste. «Là où est le paradoxe, c’est qu’on ne fait pas, pour lutter contre la mutation climatique, le même effort qu’on fait pour lutter – à juste raison – contre la Covid. (…) Il n’y a pas de vaccin, d’accord, mais il y a un antidote (…) qui s’appelle l’application intégrale de l’Accord de Paris», a-t-il poursuivi.

«Climat et et économie » : Laurent Fabius sort de son rôle

«Climat et et économie » : Laurent Fabius sort de son rôle

 

Sans doute un mal existentiel, le président du conseil constitutionnel Laurent Fabius, propose une politique de relance plus écologique. Le propos n’est pas incohérent mais il est pour le moins baroque, voire anticonstitutionnel. Il vient d’ailleurs d’être rappelé à l’ordre par l’Élysée. En effet le rôle des membres du conseil constitutionnel est de s’en tenir strictement à l’analyse juridique des textes proposés par le gouvernement. Pendant tout leur mandat, ils doivent éviter de s’investir sur la scène politique. Par ailleurs, on voit mal ce qui qualifie Laurent Fabius pour parler avec pertinence de la comparaison entre le covid et la relance économique. Pendant tous ses mandats au gouvernement, Laurent Fabius n’a guère fait la preuve concrète de ces convictions dans le champ environnemental. Il a plutôt été un ministre socialiste libéral classique.

«La mutation climatique est, d’une certaine façon, beaucoup plus grave encore que la Covid, y compris en matière de santé», a d’abord affirmé l’ancien ministre socialiste. «Là où est le paradoxe, c’est qu’on ne fait pas, pour lutter contre la mutation climatique, le même effort qu’on fait pour lutter – à juste raison – contre la Covid. (…) Il n’y a pas de vaccin, d’accord, mais il y a un antidote (…) qui s’appelle l’application intégrale de l’Accord de Paris», a-t-il poursuivi.

«Mutation climatique et économie » : Laurent Fabius sort de son rôle

 «Mutation climatique et économie » : Laurent Fabius sort de son rôle

 

Sans doute un mal existentiel, le président du conseil constitutionnel Laurent Fabius, propose une politique de relance plus écologique. Le propos n’est pas incohérent mais il est pour le moins baroque, voire anticonstitutionnel. En effet le rôle des membres du conseil constitutionnel et de s’en tenir strictement à l’analyse juridique des textes proposés par le gouvernement. Pendant tout leur mandat, ils doivent éviter de s’investir sur la scène politique. Par ailleurs, on voit mal ce qui qualifie Laurent Fabius pour parler avec pertinence de la comparaison entre le covid et la relance économique. Pendant tous ses mandats au gouvernement, Laurent Fabius n’a guère fait la preuve concrète de ces convictions dans le champ environnemental. Il a plutôt été un ministre socialiste libéral classique.

«La mutation climatique est, d’une certaine façon, beaucoup plus grave encore que la Covid, y compris en matière de santé», a d’abord affirmé l’ancien ministre socialiste. «Là où est le paradoxe, c’est qu’on ne fait pas, pour lutter contre la mutation climatique, le même effort qu’on fait pour lutter – à juste raison – contre la Covid. (…) Il n’y a pas de vaccin, d’accord, mais il y a un antidote (…) qui s’appelle l’application intégrale de l’Accord de Paris», a-t-il poursuivi.

Le rôle important de la pub dans la transition

Le rôle important de la pub dans la transition

Par son poids sur les imaginaires, la publicité pourrait constituer un levier majeur dans la lutte contre le dérèglement climatique, estime l’universitaire Thierry Libaert. A condition d’opérer sa révolution. (Tribune dans le monde)

Tribune. 

 

Tout, ou presque, aura été essayé en matière de lutte contre le dérèglement climatique. Des mécanismes de financement innovants ont été créés, des innovations technologiques ont été encouragées, de nouveaux circuits basés sur l’économie circulaire ont été mis en place. Tous les leviers semblent avoir été actionnés. Tous sauf sans doute le plus important ; celui qui prend racine dans notre cerveau, notre imaginaire.

Lors de la première session de la convention citoyenne pour le climat, en octobre 2019, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, saisie d’une question relative aux priorités d’action en matière de lutte contre le dérèglement climatique, évoquait la question publicitaire en secteur prioritaire. Les préconisations de la convention, présentées le 21 juin 2020, firent l’effet d’une bombe dans le milieu publicitaire, habitué aux critiques de greenwashing et à quelques actions contre les panneaux publicitaires.

Ici, c’était le cœur même du métier qui était attaqué. La convention citoyenne demande l’interdiction des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre, des panneaux publicitaires dans les espaces publics, et l’apposition d’une mention sur toutes les publicités : « En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète. » Elément nouveau, la remise en cause ne provenait pas d’un mouvement antipublicitaire, mais d’une représentation de la population française.

L’attaque est forte, et sans doute excessive : il est paradoxal de demander à la fonction publicitaire de remplir sa mission de promotion des produits et services, et, dans le même temps et sur le même support, de demander au consommateur potentiel d’y réfléchir à deux fois avant son éventuel achat. La question de fond est posée en termes simples : la lutte contre le dérèglement climatique, et au-delà la transition écologique, est-elle compatible avec un modèle publicitaire dont la fonction est l’incitation permanente à la consommation ?

La critique est double. Elle s’adresse d’abord, et logiquement, au cœur même de la fonction publicitaire, c’est-à-dire l’incitation à la vente. Imparable sur le fond, puisqu’il s’agit de la mission même de la publicité, dont la rémunération s’effectue de plus en plus sur la base d’indicateurs de résultats des ventes réalisées à la suite des opérations menées. Elle est toutefois plus insidieuse lorsqu’elle porte sur les effets indirects, ceux qui touchent précisément à notre imaginaire.

Coronavirus : pas de rôle préventif de l’hydroxychloroquine? « 

Coronavirus : pas de rôle préventif de l’hydroxychloroquine? « 

Une étude qui va sans doute encore faire parler concernant la chloroquine. On se demande d’ailleurs pourquoi cette étude qui porte sur l’intérêt du caractère préventif de l’Hydrochloroquine a été menée puisque jusqu’alors la question ne s’était pas posée de l’utilisation de cette molécule dans ce but. En tout cas une étude de plus pour enfoncer l’Hydro chloroquine, certes qui n’a peut-être pas prouvé son efficacité en tant que traitement mais pas davantage ni moins que les autres traitements.

 

Ça change pour l’instant et l’immense promotion faite notamment autour du remdesir de l’industrie pharmaceutique américaine Gilead. L’étude concernant l’Hydro chloroquine, de type observationnel, « ne permet pas de conclure formellement à l’absence de bénéfice des antipaludéens de synthèse pour la prévention d’une forme sévère de Covid-19″, écrivent les chercheurs de l’agence du médicament.. les « résultats ne plaident pas en faveur d’une utilisation préventive de l’hydroxychloroquine dans la population, y compris la population la plus à risque, et ce en dehors d’essais thérapeutiques dédiés », insistent les auteurs, qui ont étudié « l’ensemble des personnes ayant reçu au moins six délivrances remboursées d’antipaludéens de synthèse (hydroxychloroquine ou chloroquine) entre le 1er janvier 2019 et le 15 février 2020, dont la dernière au cours du dernier trimestre 2019 ou début 2020″.

 

L’hydroxychloroquine, dérivée de l’antipaludéen chloroquine, est prescrite dans le traitement de maladies auto-immunes, comme le lupus et ou la polyarthrite rhumatoïde. Ainsi, les résultats mettent même en évidence « un sur-risque d’hospitalisation, d’intubation et de décès liés au Covid-19 parmi les patients sous APS (antipaludéens ( au long cours par rapport à la population générale française ». Mais « les analyses réalisées suggèrent que ce sur-risque est expliqué par les caractéristiques liées à la pathologie chronique sous-jacente » de ces patients, « notamment la co-médication par corticoïdes oraux, plutôt que par l’exposition aux APS elle-même ». Comprenne qui pourra ! Encore une étude qui ne sert pas à grand-chose sinon à obscurcir le débat.

 

« Le rôle de la viande dans les pandémies »

« Le rôle de la viande dans les pandémies »

Romain Espinosa,Chercheur en économie au CNRS, CREM, Nicolas Gaidet, Chercheur en écologie animale au Cirad, UPR Green Nicolas Treich, Toulouse School of Economics et Inrae

La lutte contre les zoonoses, ces maladies transmissibles entre humains et animaux, impose de combiner santé humaine et santé animale, soulignent, dans une tribune au « Monde », trois chercheurs en économie et en écologie animale.

Tribune.

 

« L’émergence rapide et brutale du Covid-19 devra nous conduire à redéfinir nos politiques de santé publique. Si l’heure est à soigner et réparer les dégâts causés par ce nouveau virus, il sera primordial à terme de diminuer les risques d’émergence de telles maladies et de chercher à prévenir plutôt que guérir.

Ces politiques de prévention devront tirer les leçons de l’apparition et de la gestion des épidémies récentes, à commencer par le Covid-19, mais également des grippes aviaires et porcines, qui sévissent très régulièrement. Ces actions devront s’appuyer sur un discours de vérité scientifique, détaché des intérêts économiques de court terme, et prendre en considération le rôle de la consommation de viande et de l’élevage intensif dans ces nouvelles épidémies.

Les zoonoses, ces maladies transmissibles entre humains et animaux, représentent à l’échelle mondiale 60 % des maladies infectieuses et sont responsables de 2,5 milliards de cas de maladie chez les humains tous les ans dans le monde. Trois quarts des nouveaux agents pathogènes détectés ces dernières décennies sont d’origine animale.

Le phénomène n’est pas nouveau : la grippe espagnole de 1918, une des maladies les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité, trouvait déjà ses origines chez les oiseaux. D’autres maladies infectieuses bien connues, comme la variole, la rougeole, la coqueluche ou les oreillons, proviendraient probablement des animaux domestiques.

Parmi les grandes épidémies qui nous ont frappés depuis la fin du XXe siècle, plusieurs proviennent de l’exploitation d’animaux dans les élevages : la maladie de Creutzfeldt-Jakob liée à la consommation de viande bovine (« vache folle », 1986), le virus Nipah originellement transmis par les chauves-souris et démultiplié par les élevages de porcs (1998), les multiples épisodes de grippe d’origine aviaire (H5N1, 1997 et 2004 ; H7N9, 2016), ou encore la grippe d’origine porcine (H1N1, 2009). Plusieurs épidémies ont également pour origine probable la consommation d’animaux sauvages, à l’instar du Covid-19 (pangolin ou chauve-souris), Ebola (viande de brousse ou chauve-souris) et le sida (viande de singes).

Notre consommation élevée de produits d’origine animale joue également un rôle indirect dans l’émergence de zoonoses. En effet, l’alimentation carnée nécessite davantage de surfaces agricoles qu’une alimentation végétale, si bien qu’elle contribue à la déforestation et réduit ainsi la surface disponible pour les espèces sauvages. Par la chasse et la transformation des habitats naturels, les humains et leur cheptel viennent au contact des animaux sauvages et de leur cortège d’agents pathogènes.

 

 

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