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Numérique : conseils un ministre qui n’y connaît rien

Numérique : conseils un ministre qui n’y connaît rien

 

Arrivé le 4 Juillet avec le remaniement ministériel, Jean-Noël Barrot est nommé « ministre délégué chargé de la transition numérique et des télécommunications ».

Autant le dire d’emblée, le nouveau Ministre du numérique a peu d’expérience du numérique. Tout au plus pourra-t-on noter sa proposition de plateforme des ateliers citoyens qui aurait un rôle d’ « ascenseur de revendications », et l’utilisation d’un analyseur de sentiment avec Twitter pour mesurer le bien-être des territoires.

Il devra donc se familiariser avec les dossiers en cours : reprise de contrôle sur les Big Tech (Digital Services Act, Digital Markets Act), souveraineté (identité, pass et data de santé, cyber-sécurité), protection des personnes (mineurs, harcèlement). Il devra surtout préciser la politique du numérique, en particulier pour le « métavers européen » promis dans le programme présidentiel. Les options sont grandes ouvertes. C’est le jardin de tous les possibles mais aussi de toutes les tentations.

 

La première tentation est de confondre innovation de rupture et technologie de rupture. Aucune des 12 Big Techs GAFA, BATX et NATU n’est fondée sur une technologie de rupture. Pourtant, cette confusion est à l’origine du Fonds pour l’Innovation et l’Industrie, doté de 10 milliards, dont les résultats sont sans surprise critiqués par France Stratégie.

La deuxième tentation est d’oublier la finalité de l’innovation : apporter du progrès pour tous. C’est l’erreur de la French Tech, qui a alimenté le ressentiment des gilets jaunes, et l’erreur de la Commission Villani sur l’intelligence artificielle, qui l’a opposée à l’intelligence humaine. Il faut mettre en avant la raison d’être de chaque initiative.

La troisième tentation est de vouloir combattre les Big Techs au titre de leurs monopoles. La concurrence monopolistique est le nouveau régime économique dominant, et il est inhérent à l’informatique. Il faut s’y faire. Ce qu’il faut combattre, c’est que trop de niches de monopoles soient dans les mêmes mains.

La quatrième tentation est celle de dénigrer la propriété intellectuelle, aux motifs de l’open source, de l’open data ou de la recherche au bénéfice de la science mondiale. Pendant ce temps, les GAFA moissonnent nos data et la Chine contrôle les technologies de la blockchain avec ses brevets.

La cinquième tentation est de vouloir concurrencer les Big Techs avec des initiatives publiques. Penser à une crypto-monnaie, une carte d’identité numérique, un cloud ou un métavers souverains face à la puissance de l’innovation privée n’a pas de sens. Il faut plutôt penser en termes d’infrastructure publique ouverte à l’innovation.

La sixième tentation serait de vouloir résoudre les grands problèmes avec des grandes solutions. C’est l’erreur du Forum de Davos, qui réunit l’élite économique mondiale et milite pour un « monde moins clivant, moins polluant, moins destructeur, plus inclusif, plus équitable et plus juste ». Pourtant les dix dernières années ont vu prospérer la manipulation des informations, la concentration des richesses, la concurrence déloyale, l’obsolescence programmée, le marketing de l’addiction et la surveillance de masse. Pour polliniser un champ, on n’a pas trouvé de machine plus efficace que le travail de milliers d’abeilles. Les grands problèmes ne peuvent se résoudre qu’avec une multitude de petites solutions.

La septième tentation est de vouloir imiter le modèle américain. Il est entendu que la forge de la Silicon Valley, la puissance du capital-risque, le contrôle des startups par les brevets et la capacité de rachat sans limite des Big Techs sont d’une efficacité redoutable. Mais il est illusoire de vouloir les rattraper sur leur terrain. Il faut plutôt cultiver le modèle européen, orienté vers la responsabilité sociale et environnementale, la coopération, la co-propriété, la gouvernance collective, la solidarité, la culture et la qualité de vie. Nos valeurs sont un avantage compétitif fondamental. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler la France de la deuxième révolution industrielle. Malgré son lourd retard dans les techniques, elle a développé un supplément d’âme dans les usages, ce qui l’a propulsée alors au faîte de sa prospérité et de son rayonnement dans le monde. Elle a apporté la mode aux tissages mécanisés, la cosmétique à la chimie fine, la mise en scène des grands magasins à la distribution de masse, l’esthétique à l’automobile, l’animation à la photographie.

Pour ne pas commettre ces 7 péchés capitaux, Jean-Noël Barrot devra développer un environnement favorable – subvention, allègement et stabilité réglementaire, défense de la propriété intellectuelle, labélisation – aux technologies et usages qui contribuent au modèle européen.

La blockchain permet par exemple de certifier la provenance du riz acheté en supermarché, de vérifier l’authenticité d’une information ou d’attester l’origine de chaque contribution dans un projet collectif. Les tokens mesurent les comptabilités extra-financières et garantissent la répartition équitable du prix dans la chaîne de sa production. Les contrats intelligents orientent les achats en fonction des notations des fournisseurs. Les crypto-monnaies font chuter les coûts de l’intermédiation financière, rendent solvable la vente d’une photo ou d’un micro-service à distance, favorisent une région sinistrée. La réalité virtuelle permet, grâce à un jumeau numérique en 3D, d’apprendre rapidement à réparer un moteur, de visiter un monument disparu ou de simuler l’esthétique d’une ville après rénovation. La réalité augmentée, qui superpose dans les lunettes des informations sur les objets réels, aide à gérer une panne dans une usine et à s’instruire pendant un voyage.

Aujourd’hui nous avons besoin d’un renouveau de notre vision collective, mieux enracinée dans les valeurs européennes. C’est le rôle du Ministre de fixer la politique du numérique pour impulser cette dynamique, soulever la vague française et la propager en Europe.

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(*) Tribune co-signée par (mise à jour sur le site de l’institut de l’Iconomie):

Vincent Lorphelin, Entrepreneur, Auteur et Coprésident de l’Institut de l’Iconomie

Christian Saint-Etienne, Professeur émérite au Conservatoire National des Arts et Métiers, Coprésident de l’Institut de l’Iconomie

Michel Volle, Economiste et Coprésident de l’Institut de l’Iconomie

Jean-Paul Betbèze, Professeur émérite de l’Université de Paris-Panthéon-Assas

Boris Kesler Fasano, Fondateur de Mainbot

Jordan Ietri, Fondateur de Revomon

Nouredine Abboud, Directeur Général de Novaquark

Clément Tequi, co-Fondateur de Capsule Corp Labs

Alexis Arragon, Fondateur de Skinvaders

Diaa Elyaacoubi, Directrice Générale de Monnier Frères

Stéphanie Flacher, co-Fondatrice de Logion

Casey Joly, Avocate du cabinet ipSO

Jennifer Verney Dahan, Fondatrice de Vernsther

Emmanuel François, Fondateur de Smart Building Alliance

Raphaël Rossello, Partner de Invest Securities

Alain Garnier, co-Fondateur de Jamespot

Politique monétaire: les économistes n’ont rien vu venir depuis quinze ans

Politique monétaire:  les économistes n’ont rien vu venir depuis quinze ans

 

Lauréat du prix du meilleur jeune économiste en 2022, Eric Monnet, spécialiste des politiques monétaires, pointe les risques d’un manque de dialogue entre la Banque centrale européenne (BCE) et les gouvernements du Vieux continent face à la multiplication des crises (guerre en Ukraine, inflation, transition écologique, pandémie). Il fait plusieurs propositions pour recréer des liens entre les citoyens et les banques centrales. Dans son dernier ouvrage «La Banque Providence» , cet historien et économiste à l’EHESS adopte une approche originale en soulignant le rôle prépondérant des banques centrales dans la reconstruction après la Seconde guerre mondiale. ( la Tribune)

Eric Monnet est professeur à l’Ecole d’économie de Paris. Son travail porte sur l’histoire des politiques monétaires et des systèmes financiers au xxe siècle. Le prix du meilleur jeune économiste est décerné par le cercle des Economistes et le journal Le Monde. 

- Face à la hausse des prix, la plupart des banques centrales ont annoncé un durcissement de leur politique monétaire dernièrement. Certains ont estimé que la banque centrale européenne (BCE) avait réagi trop tardivement. Quel regard portez-vous sur toutes ces annonces ?

ERIC MONNET - Je pense surtout que le grand problème est le manque de coordination entre la Banque centrale et les politiques budgétaires des gouvernements. Chaque gouvernement est en train de prendre des mesures budgétaires ou des dispositifs de contrôle des prix pour arrêter l’inflation.

Les États-Unis sont confrontés à une inflation plus forte. Elle est en partie due à un marché du travail différent. On sous-estime à quel point les salaires étaient bas par rapport à la productivité. Il y a un rattrapage. Cette inflation est moins provoquée par l’énergie qu’en Europe. De ce point de vue, la BCE avait de bonnes raisons de ne pas réagir aussi vite que la FED. Par rapport aux États-Unis, la BCE pouvait attendre mais là, l’Europe va devoir présenter un plan de coordination clair entre les politiques monétaire et budgétaire. Je pense que l’Europe est à la traîne sur ce point.

 

Comment améliorer la coordination entre politique monétaire et politique budgétaire ?

Dans mon ouvrage « La Banque-Providence » , j’évoque l’idée du conseil européen du crédit. D’un point de vue juridique, cette coordination ne va pas se jouer là car la politique budgétaire est déterminée par les ministres des Finances. Cette amélioration peut passer par l’Eurogroupe. Sa légitimité n’est pour l’instant pas assez importante par rapport au parlement. Il faudrait un mécanisme pour que le parlement puisse participer à ces négociations.

Après la dernière réunion d’urgence convoquée il y a quelques semaines, la Banque centrale européenne a-t-elle bien réagi ?

La question était: « est ce que les annonces de la Banque centrale vont faire augmenter les spread ? » Sur ce point, la BCE a assez bien joué sur l’utilisation des fonds. Sans annonce de politiques budgétaires et de politiques énergétiques coordonnées, cela ne va pas suffire. Si l’Europe n’a aucun plan pour stabiliser les prix de l’énergie, la Banque centrale ne va pas pouvoir agir seule.

Dans votre dernier ouvrage (*) « La Banque-Providence » , vous avez eu une approche originale du rôle des banques centrales en rappelant qu’elles constituent un pilier de l’Etat-providence. Pourquoi avez-vous choisi cette approche ?

La thèse de l’ouvrage n’est pas de dire que la banque centrale joue un rôle de subvention ou de prestation sociale. Il s’agit d’adopter un point de vue historique en rappelant qu’il y a eu une mutation très importante à la sortie de la Seconde guerre mondiale. Il fallait que les banques centrales deviennent publiques et soient intégrées à l’appareil de l’État. Avant 1945, les banques centrales étaient des organisations privées.

Ce mouvement intervient au moment où l’Etat est reconnu comme un filet de sécurité indispensable pour la population. L’histoire des banques centrales est liée à l’histoire de l’État providence. Mon objectif était de refaire la genèse du rôle des banques centrales depuis 1945. Cela permet de mieux appréhender comment leur rôle depuis une dizaine d’années s’explique par le lien particulier qu’elles ont tissé depuis longtemps avec l’Etat et les marchés financiers.

Elles ont pourtant été très critiquées ces dernières années pour leur opacité et leur fonctionnement technocratique. Comment faire pour améliorer les débats sur le rôle des banques centrales et des politiques monétaires ?

La politique monétaire est un domaine très technique mais cela ne doit pas justifier le manque de débat dans la sphère publique, au parlement ou dans les médias. Il faut renforcer le rôle du parlement à l’échelle nationale et au niveau européen pour permettre des discussions sur le rôle des banques centrales.

Il faut également recréer un lien direct entre la banque centrale et les citoyens. La majorité des citoyens ne savent pas ce qu’est vraiment une banque centrale. Dans l’histoire, il y avait cette idée que les gens allaient à la banque centrale pour convertir de l’argent. Ils pouvaient se rendre compte que la banque centrale était un garant de la stabilité. Ce lien s’est évanoui. L’un des moyens de recréer du lien est de mettre en place des monnaies digitales de banque centrale.

Depuis la crise de 2008 et aussi la pandémie, les banques centrales ont acquis un rôle prépondérant dans l’économie mondiale. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Ce rôle peut s’expliquer par les différentes missions des banques centrales, dont l’une est de soutenir l’État de diverses manières. Cela peut passer par l’achat de titres de dette publique, comme souvent dans l’histoire.

Les banques centrales ont joué un rôle prépondérant depuis 2008 car les gouvernements étaient relativement faibles pour des raisons politiques ou conjoncturelles. En Europe, il n’y pas d’union politique aussi forte que l’union monétaire. Aux États-Unis, Barack Obama n’avait pas une majorité assez claire au Sénat pour faire voter ses budgets. Sous le mandat de Trump, l’administration centrale était dysfonctionnelle. Au Royaume-Uni, il y a eu le Brexit. En raison de toutes ces instabilités politiques, les banques centrales sont presque devenues une branche de l’État garantes de la stabilité.

Après la libéralisation financière des années 90, les États ont perdu beaucoup de pouvoirs face aux marchés financiers. Les gouvernements étaient très peu armés pour réguler les marchés financiers. Le seul bras armé des États pour calmer les marchés financiers était la banque centrale. Les banques centrales sont devenues les seules institutions publiques suffisamment puissantes pour rentrer dans le jeu de la régulation.

Face à l’urgence écologique, quels rôles les banques centrales peuvent-elles jouer ?

Elles peuvent d’abord jouer un rôle de régulation et de supervision. Les critères environnementaux utilisés par les institutions financières ne sont pas vraiment solides. Les banques centrales peuvent passer par des interventions sous la forme de prêts ou d’achats de titres. Je suis partisan des prêts ciblés verts, les Green TLTRO. Cela peut être plus utile qu’un assouplissement quantitatif vert (Quantitative easing). Aujourd’hui, on ne voit pas de problème de financement sur des green bond. Pour les petites banques qui ont un rôle de financement des petites entreprises, on voit qu’elles ont plus de mal à prêter sur des critères écologiques.

Dans un contexte inflationniste, les prêts ciblés de long terme sont une bonne manière de remonter les taux d’intérêt sur l’ensemble des prêts mais en maintenant des conditions plus favorables sur des prêts écologiques. Certaines banques centrales comme au Japon le font déjà. Il faut toutefois un contrôle démocratique fort dans le cadre d’un dialogue avec le Parlement et la Commission européenne, pour que les critères utilisés par la BCE soient cohérents avec la politique générale de l’Union en la matière.

Les banques centrales peuvent-elle contribuer à la planification écologique ?

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les banques centrales ont participé à la reconstruction en faisant des prêts ciblés et en refinançant les grandes banques publiques. La Banque centrale européenne peut contribuer à cette planification par le biais d’une politique de crédit européenne. En clair, toutes les institutions européennes qui ont un lien avec la finance comme les banques centrales, la banque publique d’investissement doivent faire en sorte que le financement de la transition écologique se fasse.

Cette planification peut permettre de construire une véritable cohérence entre les différentes parties prenantes comme les fonds structurels, la banque centrale ou la banque européenne d’investissement pour faciliter le financement de la transition. Je propose de mettre en place un conseil européen du crédit pour permettre cette planification. Son but serait de construire cette coordination pour avoir une politique du crédit unique et cohérente à l’échelle européenne.

 

Aux Etats-Unis, les débats sur la théorie monétaire moderne sont vifs. Quel regard portez-vous sur la monnaie hélicoptère très critiquée par certains courants d’économistes ?

Je pense que la monnaie hélicoptère peut permettre à la politique monétaire d’opérer sans trop augmenter les prix des actifs et donc éviter des effets inégalitaires. C’est un outil de politique monétaire sous-estimé à des moments où il y avait des besoins de relance monétaire. Il y a eu beaucoup d’achats d’actifs qui ont entraîné des inégalités. Je pense que les banques centrales ont été trop loin dans certaines politiques accommodantes qui passaient surtout par les marchés financiers. Actuellement, il est clair qu’il ne faut pas faire de monnaie hélicoptère aux ménages en période d’inflation.

En Europe, la monnaie hélicoptère existe déjà à travers un taux différencié, entre le taux d’emprunt des banques et le taux de dépôt. A partir du moment où le taux LTRO est fixé sous le taux de dépôt, cela devient une pure subvention aux banques. Est-ce qu’il faut continuer dans ce type de monnaie hélicoptère pour faire du green LTRO ? C’est un vrai débat. Je pense que cette politique doit être plus ciblée sur des prêts environnementaux. Le tabou en Europe est de ne pas passer par les banques.

Les cryptomonnaies dégringolent depuis plusieurs mois et montrent leur très grande fragilité. Quels sont les risques associés à ce type de monnaie ?

Il existe plusieurs types de risques. Le premier concerne d’abord les investisseurs. Il faut faire de la prévention pour que les investisseurs ne se fassent pas avoir. Les banques centrales doivent réagir en créant leur propre monnaie numérique. Le risque surtout est que les gens n’utilisent plus que de la monnaie électronique bancaire. On perd de l’anonymat et de l’universalité. Tout le monde n’a pas forcément accès à un compte bancaire. Les gens pourraient passer uniquement par des systèmes de paiement privés adossés à des « stablecoin » (un type de cryptomonnaie dont le cours est adossé à une devise, le plus souvent le dollar).

Ce type de pratique pose des questions importantes pour les banques centrales  en termes de stabilité financière. Dans certains pays en développement, plus de la moitié de la population utilise parfois ce type de  »stablecoin » sans régulation derrière. Les cryptomonnaies posent également des questions fondamentales sur la pratique des politiques monétaires. C’est essentiel de garder une vraie souveraineté monétaire. Un monde où les Etats n’auraient plus le contrôle sur la monnaie pourrait être très dangereux.

 

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’histoire des politiques monétaires et à l’histoire financière ?

J’ai fait une partie de mes études pendant la grande crise financière de 2008. Dans les modèles, les politiques monétaires fonctionnaient par les taux d’intérêt avec les anticipations des agents mais cela me paraissait trop simple.

Pour mon sujet de thèse, j’ai voulu comprendre comment les choses avaient pu être autrement et ainsi choisi de travailler sur le sujet « Politique monétaire et politique du crédit en France pendant les Trente Glorieuses ».

En tant que professeur à l’EHESS, qu’est-ce que l’histoire peut apporter aux économistes ?

L’histoire peut permettre de prendre du recul sur certains événements actuels. Dans les discours des économistes revient souvent l’idée qu’il y a une solution normative dans les modèles théoriques. Or, dans une perspective historique, on remarque souvent que les économistes n’ont pas forcément de meilleures solutions que les autres. L’histoire permet d’être moins naïf face à certains problèmes.

L’histoire peut également permettre d’avoir une boîte à outils face à des chocs. Sur la politique monétaire, les économistes n’ont rien vu venir depuis quinze ans. Ce sont les économistes qui s’adaptent aux pratiques des banques centrales, et pas le contraire. Dans les banques centrales, il y a une meilleure reconnaissance de l’histoire. Le gouverneur de la banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a une formation d’historien. A la Banque centrale européenne, Isabel Schnabel a beaucoup écrit sur la crise des années 30.

Propos recueillis par Grégoire Normand

(*) La Banque Providence, démocratiser les banques centrales et la monnaie. Editions du Seuil, collection La République des idées. 128 pages. 11,80 euros. 2021.

Macron: un discours vide pour rien

Macron: un discours pour rien

Comme souvent, Macron sait parler pour ne rien dire. En fait, l’essentiel de son propos n’apporte rien de nouveau à savoir qu’après le résultat des élections législatives, faute de majorité absolue, le pouvoir sera contraint de passer des compromis avec les oppositions. Macron qualifie cet exercice de nouvelle manière de gouverner. En fait il s’agit d’un retour à la IVe République.

Macron lui-même n’a pas eu l’air très convaincu de son propre discours- très court- sans doute assommé par sa défaite aux législatives. Il a exclu d’emblée cette idée d’union nationale d’autant plus facilement qu’ aucune formation de l’opposition n’est prête à s’engager dans ce processus. Personne ne veut en effet partager la responsabilité de l’échec de Macron qui le conduira assez rapidement à dissoudre l’Assemblée nationale. Ne reste évidemment que la possibilité de légiférer avec des majorités au cas par cas.

Ce sera sans doute possible mais sur des orientations largement amendées et surtout quantitativement limitées. Un seul exemple la question de la retraite même plus évoquée par le président de la république alors que cela constituait la mesure phare de son programme.

Pour résumer,  Macron n’a pas apporté grand chose de nouveau et a tenté un exercice de renversement du fardeau de la responsabilité sur l’opposition en l’interrogeant pour la mettre éventuellement en contradiction avec l’opinion publique. Bref toujours cette stratégie de Machiavel raté victime de ses propres insuffisances et principale responsable de la montée des extrémismes.

Covid : circulez il n’y a plus rien à voir !

Covid : circulez il n’y a plus rien à voir !

Un article intéressant d’autant plus qu’il y avait encore 68 000 contaminations encore hier –certes moins graves–mais dont personne ne parle !

Dans une tribune au « Monde », le philosophe Abdennour Bidar s’étonne de l’amnésie qui s’est rapidement installée alors que nous « sortons » à peine de deux ans de crise sanitaire. Après ces événements, un grand débat démocratique doit, selon lui, être mené sur ce qui s’est passé.

De la « guerre » contre le virus à l’amnésie, de la psychose collective à l’oubli total : mais comment se fait-il que nous soyons passés aussi vite à autre chose au sortir d’une crise sanitaire qui a pourtant ébranlé à ce point tout notre vivre ensemble et provoqué, outre le nombre des morts, de si gros dommages psychologiques, sociaux et politiques ? Bien que nous venions de vivre deux années d’une épreuve collective particulièrement éprouvante à tant de niveaux, plus personne n’en parle, comme s’il ne s’était rien passé ! C’est tout simplement ahurissant.

Faut-il donc trouver matière à se réjouir ou à s’inquiéter du fait que la pandémie, sa gestion politique et ses c–Certes moins gravesonséquences, ait été à ce point absente hier de la campagne présidentielle, et aujourd’hui des débats de la campagne législative ? Notre classe politique dans son ensemble, manifestement incapable de se saisir de ce qui a autant affecté nos vies, ne prouve-t-elle pas hélas, et une fois de plus, à quel point elle est hors-sol ? Ainsi la bataille pour le pouvoir a-t-elle repris son existence séparée, déconnectée… Ainsi également l’actualité a-t-elle repris sa course folle, sans queue ni tête, et nous voilà à nouveau, comme toujours, emportés sans prendre jamais le temps de nous poser pour réfléchir…

Je veux bien admettre qu’on ait besoin d’oublier, et certains verront sans doute dans cette disparition pure et simple du sujet de la crise sanitaire un signe formidable de la résilience de notre société. Ce qui me semble toutefois le plus formidable, c’est le silence assourdissant qui, soudain, a remplacé le vacarme effroyable et continu d’une communication politique et médiatique exclusivement vouée à parler des « vagues » terribles et de la succession indéfinie des « variants » du virus. Si donc cette crise était si gravissime, comme nous l’ont martelé nos médias et nos chefs, comment se fait-il alors que nous ayons pu nous en affranchir tout d’un coup, nous en sauver sans que soient menés à la sortie de cette crise aucun travail de fond, aucune réflexion collective, aucun bilan critique ? Qui avec moi pour s’étonner de cela ? Et je devrais dire plutôt pour être absolument éberlué et indigné, comme je le suis, de ce passage du catastrophique à l’inexistant, du catastrophisme au « circulez, il n’y a plus rien à voir » ?

Politique- Un Conseil national de la refondation pour rien

Politique- Un Conseil national de la refondation pour rien

L’ambition – bienvenue – de soigner une démocratie représentative malade mérite mieux qu’un gadget participatif estime un papier de l’Opinion

 

Qui croira qu’un Conseil national de la refondation réveillera des Français « fatigués des réformes qui viennent d’en haut », selon les mots du Président ? Depuis qu’il a révélé, samedi, ce nouvel artifice pour se prémunir d’un blocage politique général, Emmanuel Macron essuie une pluie de critiques. A raison.

Le calendrier de l’annonce ? Inopportun à une semaine des législatives, sauf à considérer que le crédit des députés ne vaut pas tripette face à des citoyens tirés au sort. La forme ? Paresseuse. Dans les pas de ses prédécesseurs, le chef de l’Etat joue d’une nostalgie gaullienne datée et inadaptée, quand l’audace, la vraie, consisterait à reconstruire de fond en comble le « modèle » issu du Conseil national de la résistance. Le fond ? Dangereux tant il rappelle la Convention citoyenne pour le climat, démonstration en creux qu’un cénacle « d’en bas » peut être noyauté, dévoyé, manipulé et, au final, d’une efficacité quasi-nulle.

Comme la promesse d’une méthode réinventée, l’ambition – bienvenue – de soigner une démocratie représentative malade mérite mieux qu’un gadget participatif. Et s’il fallait renouer avec l’esprit de 1945, la révolution par la loi consisterait aujourd’hui, pour un exécutif autoritaire et centralisé, à redistribuer partout et en tout de la responsabilité, de l’autonomie, bref du pouvoir. Au Parlement, par une dose de proportionnelle. Aux institutions locales, par une pratique renouvelée de la subsidiarité. Aux électeurs, par un référendum rendu moins plébiscitaire. Aux entreprises, par une réhabilitation de l’initiative et du risque. Aux forces vives, par un allégement du joug administratif afin de faire confiance aux acteurs « en leur donnant du “pouvoir d’agir” », suivant la formule fort juste d’une fédération d’associations.

Macron II de se donner les moyens de cette refondation intellectuelle et morale, trop fondamentale pour un CNR mal né.

Résultats de la présidentielle : Rien n’est acquis sauf la division

Résultats de la présidentielle : Rien n’est acquis

 

Entre éclatement des partis traditionnels, division des électeurs en trois pôles et reports de voix compliqués, l’issue du second tour n’est acquise pour personne. Par Claude Patriat, Université de Bourgogne – UBFC

 

Comme on pouvait s’y attendre, le scrutin du 10 avril n’a pas purgé la situation provoquée par l’irruption d’Emmanuel Macron en 2017 dans la porcelaine fragilisée du système des partis. Au contraire. Loin de stabiliser un nouvel ordre politique, il dévoile un paysage lunaire incertain d’où semblent exclus, à droite comme à gauche, les vieux partis de gouvernement : il y a cinq ans, avec un Benoît Hamon à 6,36 %, c’est le Parti socialiste qui prenait le chemin de la sortie ; voici le tour des Républicains de sombrer, écartelés entre Emmanuel Macron et Éric Zemmour, et qui se retrouvent en dessous de la barre des 5 %. Pendant que le PS, dépassé par Jean Lassalle et Fabien Roussel, réalise le score le plus faible de son histoire à moins de 2 %.

Terrible descente aux enfers dans une France à deux vitesses où, paradoxalement, les partis qui restent les maîtres du jeu au plan local se voient décapités au plan national !

Faute d’avoir réformé les institutions politiques en revitalisant l’équilibre des pouvoirs et en ouvrant les conditions d’une pleine représentation démocratique, on a laissé l’implacable mécanique de l’élection présidentielle faire son œuvre de guillotine sèche, dans une atmosphère où la colère et la peur se disputent à la résignation.

Entre les siphonnages croisés, à base de vote utile ou de vote refuge, et le vote protestataire, la vieille bipolarisation droite/gauche a fait long feu.

L’heure est à l’agglomération des électeurs autour de trois pôles : un pôle d’extrême droite, fort de ses 32,29 % et qui gagne 1,6 million de voix par rapport à 2017 ; un pôle de gauche radicale, autoproclamé par Mélenchon unité populaire, avec 22 % ; un pôle central autour du président sortant, qui rassemble 27,84 % des suffrages.

Autour de ce dernier, isolé au milieu des terres de sables mouvants, un habitat dispersé pour les lambeaux des partis non-alignés sur les pôles : Roussel, Jadot, Pécresse, Hidalgo ne totalisent à eux quatre que 13,45 % (4 727 073 suffrages). À elle seule, Valérie Pécresse, tombant à 1 679 470, perd 5 533 525 des voix réunies par François Fillon.

Les Républicains, pris en tenaille entre l’extrême droite et Emmanuel Macron, font donc particulièrement les frais du naufrage : ils ont été victimes du siphonnage par ces deux pôles. Une mésaventure du même genre est arrivée aux écologistes et aux socialistes, victimes collatérales des sirènes du vote utile chantées par Jean-Luc Mélenchon.

Dans ce jeu de vases communicants, certaines défaites sont particulièrement spectaculaires : des douze candidats, seuls trois émergent au-dessus de 20 %, tandis que neuf sont en dessous de la barre des 10 % et huit au-dessous de celle des 5 %. Et près de 15 points séparent le quatrième du troisième ! Étrange déconnexion d’un champ politique en pleine recomposition, dont on saisit difficilement la cohérence avec le paysage politique local. Souvenons-nous qu’en 2017, les quatre premiers candidats se tenaient dans un mouchoir de poche…

Jean-Luc Mélenchon peut se targuer d’un score plus élevé que le laissaient attendre les sondages, quoique moins important sans doute qu’il ne l’espérait : avec 21,95 %, il progresse de 655 000 voix par rapport à 2017 (+5,97 %). L’apport d’un vote utile d’écologistes et de socialistes ne suffit pas à compenser le handicap causé par la présence de son ancien allié communiste, qui a cette fois fait cavalier seul : il échoue de 421 000 voix à dépasser Marine Le Pen.

Emmanuel Macron, de son côté, réussit à franchir le cap en tête, précédant de près de quatre points sa principale rivale. Avec 27,84 % des suffrages, il améliore de plus de 1 130 000 voix son score de 2017 (+13 %). Quant à Marine Le Pen, avec 23,15 % elle réussit, par une habile utilisation du vote utile, à surmonter le handicap d’une candidature Zemmour et progresse de plus de 450 000 voix par rapport à la précédente élection (+5,96 %).

Le chemin du second tour est semé d’incertitudes et d’embûches. Car la partie qui va se jouer est doublement complexe. Il y a, bien sûr, la désignation de l’occupant du fauteuil présidentiel. Mais au-delà, il y a la question de l’efficience des institutions et leur capacité à répondre aux attentes d’un pays profondément divisé et fracturé.

Le résultat du premier tour laisse planer une fausse clarté sur l’issue du second. Cette cristallisation tripolaire antagoniste freine ce qui est un des deux éléments essentiels de la dynamique d’un second tour : les reports de voix.

Marine Le Pen semble n’avoir aucune inquiétude à se faire de ce point de vue, la texture du vote d’extrême droite étant homogène et les deux autres candidats de son camp, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, appelant sans surprise et sans condition à voter pour elle. Elle peut de surcroît, au vu de l’attitude du numéro 2 de la primaire LR, Éric Ciotti, partisan d’une droite dure, espérer une part des voix recueillies par Valérie Pécresse.

Et cerise sur le gâteau, dans le cadre d’une sorte de « tout sauf Macron », elle pourrait bénéficier de certains suffrages de Jean-Luc Mélenchon bien que ce dernier a appelé à plusieurs reprises dimanche soir à ne « pas donner une seule voix » à l’extrême droite sans pour autant donner une consigne en faveur d’Emmanuel Macron.

Face à ces deux blocs qu’unit leur commune hostilité au président-candidat, Emmanuel Macron ne dispose pas des mêmes ressources potentielles. Certes, aussi bien Anne Hidalgo que Valérie Pécresse, Yannick Jadot et Fabien Roussel ont fermement et clairement appelé à voter pour lui. Mais leur potentiel reste faible, à supposer qu’il soit discipliné. Il lui faudra ferrailler dur pour amener à lui les électeurs de gauche qui auront voté Mélenchon afin d’éviter trop de déshonneur à leur camp. Reste à jouer sur la participation et susciter une dynamique parmi les abstentionnistes du premier tour. Cette participation a été médiocre : seulement deux points de plus qu’en 2002 et quatre de moins qu’en 2017. Il y a donc là du soutien à espérer.

Ce qui sera lié à la deuxième dimension de l’élection : l’efficience démocratique dans le fonctionnement des institutions. Car il y a un déficit de confiance dans les élus. Il y a peu de chance, en effet que le 24 avril purge la France du malaise entretenu dans l’opinion publique. Le risque est lourd de voir la légitimité du vainqueur remise en cause.

Les années qui viennent de s’écouler ont suffisamment montré que l’élection, pour brillante soit-elle, ne suffit pas à elle seule à garantir un consentement au politique. Il va falloir inventer un mode de gouvernement qui sorte de l’impasse dans laquelle l’illusion présidentielle a plongé le pays au fil des décennies.

L’horizon serait très sensiblement différent si au lieu d’être réduites à un miroir aux alouettes présidentielles, des législatives à la proportionnelle permettait un pluralisme et une diversité des opinions représentées. Et si un fonctionnement des institutions se faisait plus respectueux de l’équilibre des pouvoirs. Cela aura été la lourde erreur du quinquennat que de s’économiser cette réforme. Il faut aujourd’hui en solder le prix.

Emmanuel Macron semble l’avoir compris, qui déclarait au soir du premier tour :

« Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau pour rassembler les convictions et les sensibilités diverses. »

Faute de s’être donné les moyens de pouvoir agir immédiatement, il lui faut se contenter de tracer une perspective cavalière, pour tenter de convaincre de la manière dont il entend procéder pour sortir de cette pratique verticale et concentrée dans l’exercice du pouvoir.

À la lecture des résultats du premier tour, l’exercice promet d’être périlleux. Danton disait qu’il fallait de l’enthousiasme pour fonder une République. Il en faut aussi pour la conserver.

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Par Claude Patriat, Professeur émérite de Science politique Université de Bourgogne, Université de Bourgogne – UBFC.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Macron-Le Pen : rien n’est joué

 Macron-Le Pen  : rien n’est joué 

La France sort encore un peu plus facturée du premier tour des élections présidentielles et rien n’est joué pour le deuxième tour estime un papier de la tribune

Cinq points d’écart séparaient dimanche 10 avril au soir du premier tour de la présidentielle Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui vont donc se retrouver pour la seconde fois consécutive face-à-face le 24 avril prochain. Dans un tragique remake du duel du printemps 2017. Des Français hier côte-à-côte qui risquaient de se retrouver face à face, c’est bien ce que Gérard Collomb, l’ancien maire de Lyon soutien de la première heure de l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande, avait prédit avant de quitter le ministère de l’Intérieur, avant la crise des Gilets Jaunes.

Au vu des résultats de ce 10 avril, on retrouve bien deux France face à face. Celle qui va bien et vote Macron et celle qui ne va pas bien et qui a provoqué une séisme démocratique trop peu relevé : avec une poussée jamais connue dans notre pays du vote pour les « extrêmes », de droite et gauche, qui totalisent si on les additionne près de 55% des suffrages exprimés et une abstention de 26%, les deux tiers des Français en âge de voter s’inscrivent en rupture avec le système politique « traditionnel ». Si cela n’est pas une alerte démocratique, on se demande ce qu’il faut de plus : une victoire de l’extrême-droite le 24 avril peut-être ? La France en colère, désenchantée, est majoritaire, avec un score historique de plus de 30% pour la seule extrême-droite.

Le message est clair et il se mesure dans les premiers sondages du second tour : si le match retour avait eu lieu hier soir, Emmanuel Macron l’emporterait certes, mais d’une très courte majorité, selon les enquêtes parues dimanche soir (51%-49% selon l’Ifop; 52%-48% selon Elabe ; 54%-46% selon Ipsos et Opinionway), loin de son bon score de 2017 (66,1% – 33,9%). C’est dire si le débat du 21 avril prochain entre les deux finalistes sera décisif pour les départager dans deux semaines.

Certes, Emmanuel Macron a réalisé une mobilisation impressionnante au soir de ce premier tour, avec 28% des voix, soit 4 points de mieux qu’en 2017. Mais Marine Le Pen améliore nettement son score aussi, à plus de 23% ainsi que Jean-Luc Mélenchon qui a rassemble plus de 21% des suffrages. Le vote utile a fait son œuvre, conduisant une majorité d’électeurs à « enjamber » le premier tour dans un scrutin où chacun a tenté d’apporter la meilleure dynamique possible à son champion. D’une certaine façon, la formule du socialiste Guy Mollet « au premier tour on choisit, au second, on élimine », s’est renversée. Au premier tour, les Français ont massivement éliminé du paysage politique les vieux partis en reléguant LR, le PS et les Verts en dessous de la barre de 5% qui permet de se faire rembourser les dépenses de la campagne. Ce n’est pas une bonne nouvelle d’ailleurs pour la santé de la démocratie car ces partis se retrouvent en faillite et obligé de quémander des dons de leurs militants de moins en moins nombreux.

Pour autant, à la différence de 2017, point de dîner à la Rotonde, ce restaurant fameux du quartier Montparnasse, pour le président sortant. Conscient que ce sera chaud pour le second tour, il s’est rendu chez ses militants Porte de Versailles pour appeler à faire de nouveau « barrage à l’extrême-droite » et a promis en contrepartie « d’inventer quelque chose de nouveau pour rassembler les convictions et les sensibilités diverses ». Un appel à l’union nationale dont on verra dans les prochains jours comment il se concrétisera.

Au soir du premier tour, c’est toujours une nouvelle élection qui commence. Ce qui se passera le 24 avril est désormais en grande partie entre les mains d’Emmanuel Macron qui va devoir descendre de son Olympe pour aller convaincre les électeurs appelés à se lever le dimanche matin dans 15 jours pour aller lui « sauver les fesses », selon l’expression imaginée d’une ténor des Républicains… Pour celles et ceux qui n’ont pas voté pour lui au premier tour, c’est un peu choisir entre la peste et le choléra. Pour tenter de l’emporter, Emmanuel Macron va devoir travailler « en même temps » et sur sa droite et sur sa gauche et tenter de faire revenir aux urnes une partie des 12 millions d’abstentionnistes. La mécanique des reports sera décisive. Chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui a répété six fois hier que « pas une voix ne doit aller à Marine Le Pen », le dilemme est certain : un tiers voterait Macron, 1 sur 5 Le Pen et plus de 40% iraient à la pêche. Ce n’est donc pas gagné malgré l’appel de Hidalgo, Pécresse, Jadot et Roussel à voter Macron. Pour la gauche, c’est le troisième « 21 avril 2002 » depuis le choc de la qualification de Jean-Marie Le Pen devant Jospin face à Chirac. Un Chirac élu à l’époque à 82% et qui n’avait tenu aucun compte des voix de gauche qui à l’époque pour la première fois avaient fait barrage au Front national.

Du côté de Marine Le Pen, les reports de voix sont bien meilleurs avec une majorité des électeurs de Zemmour et de Dupont-Aignan mais un enjeu de mobilisation des catégories populaires qui n’ont pas voté ce dimanche. Surtout, l’image de l’ex-présidente du RN n’a plus rien à voir avec celle de son père ou même avec celle qu’elle avait en 2017. Très habilement, parlant de ses chats et de pouvoir d’achat, Marine Le Pen s’est « chiraquisée » version « mangeons des pommes » de la présidentielle de 1995. Selon l’IFOP, une majorité de Français pense qu’elle est « sympathique » (53%) et « attachée aux valeurs de la démocratie » (57%). Il y a un point aussi où elle écrase littéralement Emmanuel Macron, c’est « la proximité avec les préoccupations des Français », trait d’image qui ressort chez elle à 60% contre 35% pour le président sortant.

Emmanuel Macron peut-il donc être battu cette fois par Marine Le Pen ? La stratégie de diabolisation ne semble en tout cas plus une réponse alors que c’est plutôt Eric Zemmour qui est devenu le « croquemitaine ». Il se confirme que la stratégie d’extrême-centre d’Emmanuel Macron se révèle cinq ans plus tard un jeu extrêmement dangereux puisque seul un parti extrême peut devenir la force d’alternance, de droite ou de gauche, face à la déception qu’apporte forcément l’épreuve du pouvoir. Jacques Attali, qui connaît bien Emmanuel Macron, l’a d’ailleurs anticipé : cette fois, Marine Le Pen peut gagner. Il relève aussi qu’aucun président de la République sortant n’a été réélu depuis Chirac en 2002 ou Mitterrand en 1988. Et c’est ainsi que Macron se retrouve soudain « giscardisé », le scrutin du 24 avril 2022 promettant d’être aussi serré et incertain que celui qui vit l’élection de François Mitterrand en mai 1981.

Pour « sauver ses fesses », Emmanuel Macron va donc devoir cette fois sortir le grand jeu et être un peu plus concret que la promesse absconse d’un rassemblement des anti-fascistes. Certains évoquent la conclusion d’un « pacte » de gouvernement mais c’est tellement à rebours de l’esprit de la Vème République qu’on peine à le croire possible.

Prêt à tout oser, Emmanuel Macron a affirmé ce dimanche que « dans ce moment décisif pour l’avenir de notre Nation, plus rien ne doit être comme avant » (il avait dit la même chose pour les Gilets Jaunes et lors du premier déconfinement). Il va donc falloir en faire plus. Emmanuel Macron lui même reconnaît que rien n’est joué et que Marine Le Pen est « un adversaire redoutable ». L’équation politique qu’elle propose l’est assurément : de gauche sur l’économie et le social avec le pouvoir d’achat, le prix des carburants, le droit à une « retraite en bonne santé » et des moyens pour l’hôpital et la dépendance ; de droite radicale sur le régalien, la sécurité et l’immigration ; anti-système dans sa promesse d’une révolution démocratique avec le RIC (Référendum d’initiative citoyenne, réclamé par les Gilets Jaunes) et la proportionnelle aux législatives qu’Emmanuel Macron avait promis mais n’a pas concrétisé sur son premier mandat. Une erreur que lui reproche son allié du Modem François Bayrou et que le président sortant pourrait bien payer cher car quelle est aujourd’hui sa crédibilité à le proposer de nouveau.

Comme en 2017, c’est encore sur l’économie, le sérieux budgétaire et fiscal (sa proposition d’exonérer d’impôt sur le revenu tous les jeunes de moins de 30 ans est stupéfiante de bêtise : elle s’applique autant à un trader ou une star du foot qu’un jeune diplômé), ainsi que sur l’Europe que Marine Le Pen pêche le plus en terme de crédibilité. C’est là que Macron peut et doit appuyer : Marine, c’est le Frexit sans le dire, non assumé mais inexorablement inscrit dans sa vision d’une Europe des nations où l’on pourrait se soustraire aux normes du droit communautaire.

Une chose est sûre : pour une grande partie des électeurs qui sont invités à voter pour lui pour faire barrage au RN, Emmanuel Macron a tout fait depuis 2017 pour organiser, scénariser même ce mauvais remake du duel entre la méchante nationaliste et le gentil européen. Lui qui avait dit qu’il ferait reculer l’extrême droite en France l’a fait progresser de 10 points en cinq ans si on additionne Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignan. C’est tout de même un formidable échec et une terrible impression de duplicité qui prend au piège des millions d’électeurs sincères privés une fois encore de la possibilité d’exprimer un véritable choix. Voter Emmanuel Macron sans voter « pour » Emmanuel Macron, telle est la question qui les attendent le dimanche 24 avril dans l’isoloir. Et il n’y a qu’une seule bonne réponse.

Sondage Programme Macron: Ça ne change rien pour 66 %

Sondage Programme  Macron: Ça ne change rien pour 66 %

 

D’après un nouveau sondage Opinion 2022 réalisé par l’institut Elabe, une majorité de Français jugent négativement le programme de Macron.

 

66% des personnes interrogées jugent ainsi que le programme du président-candidat, présenté jeudi lors d’une longue conférence de presse, n’est ni novateur, ni innovant. 61% d’entre eux – dont 92% d’électeurs d’Eric Zemmour, 78% de Marine Le Pen, 76% de Jean-Luc Mélenchon et 72% de Valérie Pécresse au premier tour – considèrent par ailleurs que les propositions d’Emmanuel Macron ne correspondent pas aux attentes des Français et ne permettront pas d’améliorer leur quotidien. Du côté économique, 56% d’entre eux estiment que son programme n’améliorera pas la situation de la France, et 52% estiment qu’il ne permettra pas de renforcer le pays face à des crises mondiales majeures comme le Covid-19 ou la guerre en Ukraine. 51% des personnes interrogées pensent enfin que son programme n’est pas réaliste.

Quant à l’orientation politique de ses propositions, 50% des Français considèrent que le programme d’Emmanuel Macron n’est « ni de gauche ni de droite ». 43% estiment qu’il est « plus proche des idées de droite ». Seulement 7% des Français estiment qu’Emmanuel Macron est « plus proche des idées de gauche ».

Sondage Macron: Un programme qui ne changera rien

Sondage Macron: Un programme qui ne changera rien

 

D’après un nouveau sondage Opinion 2022 réalisé par l’institut Elabe, une majorité de Français jugent négativement le programme de Macron.

 

66% des personnes interrogées jugent ainsi que le programme du président-candidat, présenté jeudi lors d’une longue conférence de presse, n’est ni novateur, ni innovant. 61% d’entre eux – dont 92% d’électeurs d’Eric Zemmour, 78% de Marine Le Pen, 76% de Jean-Luc Mélenchon et 72% de Valérie Pécresse au premier tour – considèrent par ailleurs que les propositions d’Emmanuel Macron ne correspondent pas aux attentes des Français et ne permettront pas d’améliorer leur quotidien. Du côté économique, 56% d’entre eux estiment que son programme n’améliorera pas la situation de la France, et 52% estiment qu’il ne permettra pas de renforcer le pays face à des crises mondiales majeures comme le Covid-19 ou la guerre en Ukraine. 51% des personnes interrogées pensent enfin que son programme n’est pas réaliste.

Quant à l’orientation politique de ses propositions, 50% des Français considèrent que le programme d’Emmanuel Macron n’est « ni de gauche ni de droite ». 43% estiment qu’il est « plus proche des idées de droite ». Seulement 7% des Français estiment qu’Emmanuel Macron est « plus proche des idées de gauche ».

RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE HISTORIQUE: La fin en 2030 remplacé par quoi, pas rien ?

RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE HISTORIQUE: La fin en 2030 remplacé par quoi, pas rien ?

 

Théoriquement d’ici 2025,  toute la France sera reliée au câble. Un objectif très théorique puisqu’il y a deux jours le Premier ministre prévoyait un chèque de 150 € pour ceux qui seraient écartés de la modernité une nouvelle fois. Pendant ce temps-l,à Orange continue sa stratégie de suppression de l’infrastructure du réseau téléphonique historique. Un réseau qui n’est plus entretenu depuis longtemps mais qui est seul moyen d’accéder à Internet pour nombre de ruraux.

« Ce projet va constituer notre principal chantier d’infrastructures de la décennie à venir », alors que « les dix dernières années ont été marquées par le déploiement de la fibre », a déclaré Fabienne Dulac, présidente d’Orange France, lundi lors d’une conférence téléphonique, sans préciser toutefois le coût de ce plan.

Dans son plan stratégique Engage 2025 annoncé en 2019, le groupe Orange prévoit que le réseau cuivre historique pour la téléphonie fixe et l’accès à internet par ADSL, dont il a la charge, sera complètement remplacé par un réseau fibre optique en 2030.

Les raisons? Un réseau énergivore, coûteux, et de plus en plus fragile, qui n’est plus capable de supporter la hausse continue des nouveaux usages et besoins en matière de trafic internet.

« Conserver indéfiniment deux réseaux parallèles n’a pas de sens », a souligné Fabienne Dulac, précisant que seules la Suède, la Norvège ou l’Espagne avaient commencé un chantier similaire en Europe.

L’Arcep a également annoncé lundi consulter « le secteur » sur les conséquences du plan de fermeture d’Orange sur les tarifs d’accès versés par les opérateurs alternatifs souhaitant accéder au réseau en cuivre.

Fin mai dernier, après plusieurs semaines de discussions avec le gouvernement, Orange s’était engagé à maintenir les 500 millions d’euros annuels consacrés à l’entretien du réseau cuivre, seule source d’accès au réseau téléphonique pour plusieurs millions de Français.

En décembre 2020, plus de 200 élus ruraux avaient réclamé dans une tribune que les opérateurs téléphoniques, au premier rang desquels Orange, permettent l’accès au service « universel » de téléphonie fixe, dénonçant que « des services de base comme le simple accès à une ligne fixe ne (soient) pas garantis ».

« Voter pour rien » ?

« Voter pour rien » ? 

L’historien Raphaël Barat revient dans son ouvrage sur un mécontentement populaire dans la Suisse du XVIIe siècle, contre l’inutilité d’un scrutin qui reconduisait invariablement la même élite au pouvoir.

 

Malheureusement trois siècles plus tard , la problématique a bien peu évolué en France en particulier ou l’acte démocratique demeure relativement néandertalien ; il se limite pour l’essentiel au dépôt d’un bulletin destiné à faire élire la plupart du temps les nouveaux oligarques de nos républiques « modernes » NDLR

Livre (Chronique dans le monde).

 

L’élection de 2022 ne devrait pas échapper à la règle : chaque échéance électorale est désormais l’occasion de commenter la permanence, si ce n’est l’augmentation, du phénomène de l’abstention. Or, parmi les réponses avancées par les abstentionnistes pour expliquer leur (absence de) geste, l’une revient particulièrement souvent aujourd’hui : « Voter, ça ne sert plus à rien. 

Certes, de nombreux éléments propres au régime représentatif de la Ve République ou au contexte contemporain permettent d’expliquer ce sentiment chez les électeurs français. Raphaël Barat, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Caen, a choisi de revenir sur un épisode suisse de griefs contre le vote : à la fin du XVIIe siècle, dans la petite République de Genève, on assiste à une fronde des « bourgeois et citoyens » (une petite partie de la population genevoise), qui se plaignent alors de « voter pour rien ».

Difficile de leur donner tort, comme on le lit dans ce court et dense ouvrage. Convoqués deux fois par an pour élire les plus hauts magistrats de la République, les citoyens n’ont en réalité le choix que parmi des candidats présélectionnés par le Petit et le Grand Conseil – des assemblées non pas élues, mais qui se cooptent au sein d’une élite oligarchique. En outre, le poids de l’environnement social est tel lors de ces élections (notamment par le recours au « vote auriculaire », c’est-à-dire à un mode de scrutin par chuchotement à l’oreille d’un secrétaire) qu’elles conduisent quasi invariablement à la reconduction des magistrats sortants. Ces votes servent ainsi avant tout à confirmer la légitimité des « chefs naturels » de la communauté, ou considérés comme tels.

Tout change, pourtant, en cette fin de XVIIe siècle, alors que le contexte économique devient de plus en plus difficile dans la petite République. Face à une élite dirigeante qu’ils jugent trop francophile, les citoyens menacent à plusieurs reprises de « faire sauter les vieux », autrement dit, de déroger à la règle de la reconduction des sortants. Et, en 1707, les tensions accumulées finissent par éclater en une crise ouverte autour du fonctionnement politique de la République et du sens des élections.

Si Raphaël Barat prend le temps de faire en détail la petite histoire de ce mécontentement populaire, c’est que les solutions envisagées par les citoyens genevois pour ne plus « voter pour rien » comportent plusieurs originalités. Des mesures comme l’utilisation du vote par billet (écrit et non plus chuchoté) et de l’isoloir, ou la limitation de la parenté des magistrats élus sont mises sur la table des négociations et en partie entérinées. Plus novateur encore, les citoyens demandent la mise en place d’une forme ponctuelle de démocratie directe, lors de réunions qui en constituent une première expérimentation.

 

Nouvelle-Calédonie : un nouveau référendum pour rien ?

La probable victoire du non au troisième référendum sur l’indépendance peut déboucher sur une transition positive car, à l’exception de quelques boutefeux, nul ne songe plus à dresser l’un contre l’autre le « peuple français » et le « peuple kanak », estime Ferdinand Mélin-Soucramanien, professeur de droit public.

 

En quelque sorte un référendum pour rien ! NDLR 

Tribune

Le 12 décembre, en application de l’accord de Nouméa du 5 mai 1998, sera organisé un nouveau référendum en Nouvelle-Calédonie. Une troisième fois, les citoyens calédoniens seront conduits à répondre à la même question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » En 2018, la réponse avait été non à 56,7 %. En 2020, elle avait été encore non, mais cette fois à 53,3 %.

Dimanche, compte tenu des circonstances politiques, avec l’appel à la « non-participation » du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), il est probable qu’à l’image de Pierre dans le Nouveau Testament, les citoyens inscrits sur la liste électorale spéciale répondent une troisième fois non à la question posée. Dès lors, le 13 décembre, quand le coq aura chanté trois fois, après ces trois non, que faire ?

L’équation n’est pas simple car à cette date, le statut de la Nouvelle-Calédonie reposera sur un équilibre précaire. De nouvelles relations entre la Nouvelle-Calédonie et la France devront nécessairement être tissées au cours d’une période de transition de dix-huit mois, du 13 décembre 2021 au 30 juin 2023. L’Etat français sera alors tenu par une obligation constitutionnelle d’ouvrir une négociation politique. L’accord de Nouméa prévoit que « si la réponse est encore négative, les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée ». A ce stade, on entre dans l’inconnu : quels seront les « partenaires politiques » concernés, quelle sera la méthode de discussion, quel sera le contenu du projet, quel sera le corps électoral appelé à se prononcer ?

Si on part de l’hypothèse que le non sera largement majoritaire, il appartiendra aux « partenaires politiques » de s’accorder a minima sur un calendrier de discussions. Les dernières déclarations du FLNKS permettent de penser que la phase allant du 13 décembre 2021 à la fin du mois de juin 2022, c’est-à-dire jusqu’à ce que se soient déroulées les élections [présidentielle et législatives] nationales, ne constituera pas une période propice à une discussion politique sereine. Néanmoins, durant cette première phase, un comité des signataires pourrait être réuni afin de faire notamment le bilan de l’accord de Nouméa sur le plan institutionnel, économique et social, mais aussi en prenant en compte la logique de décolonisation qui l’anime.

Faire la lumière sur les nombreux aspects positifs de cet accord historique, mais aussi identifier ce qui n’a pas fonctionné, paraît constituer un préalable à toute discussion politique. Sans entrer dans le détail, notons simplement que le principal objectif de l’accord, à savoir inscrire celles et ceux qui peuplent ce pays dans un destin commun a déjà été en grande partie réalisé. Si on excepte quelques boutefeux, nul ne songe plus à dresser l’un contre l’autre « peuple français » et « peuple kanak ».

Nouvelle-Calédonie: Référendum pour rien ?

 

 

La probable victoire du non au troisième référendum sur l’indépendance peut déboucher sur une transition positive car, à l’exception de quelques boutefeux, nul ne songe plus à dresser l’un contre l’autre le « peuple français » et le « peuple kanak », estime Ferdinand Mélin-Soucramanien, professeur de droit public.

 

En quelque sorte un référendum pour rien ! NDLR 

Tribune

Le 12 décembre, en application de l’accord de Nouméa du 5 mai 1998, sera organisé un nouveau référendum en Nouvelle-Calédonie. Une troisième fois, les citoyens calédoniens seront conduits à répondre à la même question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » En 2018, la réponse avait été non à 56,7 %. En 2020, elle avait été encore non, mais cette fois à 53,3 %.

Dimanche, compte tenu des circonstances politiques, avec l’appel à la « non-participation » du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), il est probable qu’à l’image de Pierre dans le Nouveau Testament, les citoyens inscrits sur la liste électorale spéciale répondent une troisième fois non à la question posée. Dès lors, le 13 décembre, quand le coq aura chanté trois fois, après ces trois non, que faire ?

L’équation n’est pas simple car à cette date, le statut de la Nouvelle-Calédonie reposera sur un équilibre précaire. De nouvelles relations entre la Nouvelle-Calédonie et la France devront nécessairement être tissées au cours d’une période de transition de dix-huit mois, du 13 décembre 2021 au 30 juin 2023. L’Etat français sera alors tenu par une obligation constitutionnelle d’ouvrir une négociation politique. L’accord de Nouméa prévoit que « si la réponse est encore négative, les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée ». A ce stade, on entre dans l’inconnu : quels seront les « partenaires politiques » concernés, quelle sera la méthode de discussion, quel sera le contenu du projet, quel sera le corps électoral appelé à se prononcer ?

Si on part de l’hypothèse que le non sera largement majoritaire, il appartiendra aux « partenaires politiques » de s’accorder a minima sur un calendrier de discussions. Les dernières déclarations du FLNKS permettent de penser que la phase allant du 13 décembre 2021 à la fin du mois de juin 2022, c’est-à-dire jusqu’à ce que se soient déroulées les élections [présidentielle et législatives] nationales, ne constituera pas une période propice à une discussion politique sereine. Néanmoins, durant cette première phase, un comité des signataires pourrait être réuni afin de faire notamment le bilan de l’accord de Nouméa sur le plan institutionnel, économique et social, mais aussi en prenant en compte la logique de décolonisation qui l’anime.

Faire la lumière sur les nombreux aspects positifs de cet accord historique, mais aussi identifier ce qui n’a pas fonctionné, paraît constituer un préalable à toute discussion politique. Sans entrer dans le détail, notons simplement que le principal objectif de l’accord, à savoir inscrire celles et ceux qui peuplent ce pays dans un destin commun a déjà été en grande partie réalisé. Si on excepte quelques boutefeux, nul ne songe plus à dresser l’un contre l’autre « peuple français » et « peuple kanak ».

Covid-Un Conseil de défense lundi: pour rien ?

Covid-Un Conseil de défense lundi: pour rien ?

 

Un conseil de défense sera réuni lundi mais sans doute pour pas grand-chose. En effet le gouvernement hésite à prendre de nouvelles mesures restrictives qui seraient de nature a gâté l’humeur des Français. Ce conseil pourrait se réduire à un nouvel appel à la vaccination, un appel qui a par ailleurs été déjà entendu même s’il reste des récalcitrants; en effet, 52.091.996 personnes ont reçu au moins une injection (77,3% de la population totale) et 51.008.382 personnes sont entièrement vaccinées (75,7% de la population totale). Depuis le 4 décembre, 10.264.369 personnes ont reçu une dose de rappel.

À juste titre les médias parlent beaucoup du nouveau variant omicron mais le développement de la pandémie actuellement sur un rythme quotidien de 42 000 cas sur les sept derniers jours est à imputer au variant Delta. Ce n’est qu’ultérieurement que le variant omicron pourra peser sur l’ampleur de la vague de contaminations.

Il paraît fort probable que les pouvoirs publics seront contraints compte tenu de la hausse exponentielle des statistiques Covid de se réunir un nouveau avant la fin de l’année pour cette fois prendre des mesures restrictives limitant notamment les rassemblements. Toute la question est de savoir si cette décision sera prise avant ou après Noël. Au-delà, les pouvoirs publics auront aussi à se prononcer sur l’obligation vaccinale comme cela va être pratiqué dans des pays voisins comme l’Autriche ou l’Allemagne.

Covid: Pour LePen le vaccin et le pass ne servent à rien !

Covid: Pour LePen le vaccin et le pass ne servent à rien !

Marine Le Pen a rappelé dimanche son opposition au passe sanitaire, qui est selon elle «inutile» et «n’apporte rien», car «le vaccin n’empêche pas la contamination». Pour la prétendante du RN, «on se sert de ce chantage en permanence depuis deux ans pour imposer des mesures qui n’empêchent pas la circulation du virus».

Une déclaration noyée dans beaucoup d’autres qui n’a pas attiré l’attention des médias mais qui démontre clairement que Marine LePen rejoint indirectement le camp des complots complotistes  et des anti vaccins. La question pertinente à se poser est de savoir combien la France compterait de contaminés et de décès en plus en l’absence de vaccin. D’après une étude de l’OMS, les vaccins auraient permis d’éviter 500 000 morts en Europe soient 25 % des populations potentiellement menacées. En outre les vaccins permettent surtout de limiter les formes graves.

Nouvelle Calédonie: encore un référendum pour rien

Nouvelle Calédonie: encore un référendum pour rien

 

Le troisième référendum voulu par les indépendantistes ne changera sans doute rien. En effet ,les mêmes indépendantistes entendent boycotter la consultation en raison de la situation sanitaire. Du coup, le résultat, n’aura pas beaucoup de signification et il faudra encore attendre un quatrième référendum

C’est un peu le monde à l’envers. Ce troisième référendum, ce sont les indépendantistes qui l’exigeaient ; ce sont eux aujourd’hui qui le boycottent. Quant aux loyalistes, ils ne le réclamaient pas ; ils applaudissent à son maintien. D’où ce paradoxe: le vote du 12 décembre devait être serré ; il n’y a désormais plus aucun suspense. Mais jamais l’avenir de l’archipel n’a paru aussi incertain.

. En novembre 2018, le non s’est imposé par 56,7 %. Un second vote était prévu. En octobre 2020, le non l’a à nouveau emporté, mais avec une marge plus étroite (53,3 %).

Un troisième référendum était possible, mais pas obligatoire. Ce sont les indépendantistes qui l’ont exigé.

L’enjeu est évidemment politique. L’accord complexe passé avec les indépendantistes a au moins permis de rétablir la paix mais n’a rien résolu pour le long terme. L’autre enjeu est économique, il s’agit de savoir qui va mettre la main essentiellement sur la ressource principale que constitue le nickel : toujours la France ou alors les Chinois avec l’aval des indépendantistes ?

Environnement et COP 26 : ça ne sert à rien ! (Arthus Bertrand)

Environnement et COP 26 : ça ne sert à rien ! (Arthus Bertrand)

Le réalisateur écologiste Yann Arthus-Bertrand exprime son scepticisme quant à l’efficacité des sommets. de la COP. sur France Info.

Est-ce qu’il y a des raisons d’espérer des avancées sur le climat, comme le disait Emmanuel Macron ce dimanche ?

Yann Arthus-Bertrand : Vous savez, j’ai assisté à la première COP à Rio en 1992 et chaque année on dit que ça va être la plus importante. Sincèrement, les COP ne servent à rien du tout à part médiatiser les catastrophes et ce qu’on doit faire. Les hommes politiques sont dirigés par les électeurs, tant qu’on n’aura pas nous, tous ensemble, envie de bouger, ils ne pourront pas bouger.

Il n’y a donc rien à espérer de cette COP ?

Si. Il y a à espérer des décisions, mais toutes les décisions qu’on va prendre n’auront des effets que dans 20 ans. Le climat qu’on a eu pendant 10 000 ans, sur lequel s’est assis notre civilisation, est parti à jamais, il ne reviendra jamais, c’est ce que disent tous les scientifiques. Je trouve que les discours des hommes politiques ne sont pas à la mesure des catastrophes annoncées. Toutes ces grandes COP, c’est comme des réunions de copropriétaires où chacun tire la couverture vers soi mais en fin de compte, personne n’a envie de décroissance ou du moins de croissance sans carbone – ce qui est extrêmement compliquée. Donc tout le monde va signer des traités en revenant pour montrer à ses électeurs qu’on a fait quelque chose mais sur le fond, ça fait quand même 20 ou 30 ans qu’on ne fait rien.

Quand j’ai fait mon film Home, je croyais qu’on allait changer, il y avait Al Gore qui était arrivé et qui a eu le prix Nobel, on consommait 90  millions de barils de pétrole par jour. Aujourd’hui on en consomme 100 millions. Toutes les énergies renouvelables qu’on a mises en place se sont additionnées à cela. Ce qui veut dire qu’on est complètement incohérent. On fait exactement le contraire de ce qu’on doit faire. Quand il y a la marche pour le climat à Paris, on est 40 000, quand il y a la marche contre le pass sanitaire il y a 200 000 personnes qui vont manifester en France et quand il y a la coupe du monde on va être 2 millions dans les rues. Quand on sera 2 millions à marcher dans la rue, non pas pour le climat, mais pour notre vie, pour la vie de nos enfants, nos petits-enfants, peut-être qu’à ce moment-là le monde changera.

La solution vient des citoyens et de nos actes du quotidien ?

C’est nous qui élisons les politiques, c’est nous qui décidons, avec des décisions comme la taxe carbone dont on n’a pas voulu, tout le monde était dans la rue, on a arrêté. Il faut qu’on soit assez courageux pour accepter des décisions qui ne vont pas nous faire plaisir mais qui sont là pour sauver la planète. Le prix du carburant qui monte c’est une très bonne chose pour l’environnement malheureusement. Maintenant il y a des compensations à faire pour les gens qui n’ont pas assez les moyens. Mais il faut que le pétrole soit beaucoup plus cher parce que ce carbone est en train de nous tuer, de tuer nos vies. Les scientifiques parlent de la sixième extinction, ça veut dire la fin de la vie sur Terre. C’est dramatique et on est incapables de réagir. Bien sûr qu’il faut des COP, bien sûr qu’il faut des Greta mais malheureusement ça va être beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense.

Est-ce que vous allez vous rendre à cette COP26 ?

Oui, j’ai la chance que Sting ait fait la voix de Legacy, le film qu’on vient de réaliser, on a une projection avec le prince Charles et sa famille et une projection pour la COP. J’en suis ravi parce que c’est un film – c’est assez courageux de le faire – où on dit que les COP ne servent à rien.

COP 26 : ça ne sert à rien ! (Arthus Bertrand)

COP 26 : ça ne sert à rien ! (Arthus Bertrand)

Le réalisateur écologiste Yann Arthus-Bertrand exprime son scepticisme quant à l’efficacité des sommets. de la COP. sur France Info.

Est-ce qu’il y a des raisons d’espérer des avancées sur le climat, comme le disait Emmanuel Macron ce dimanche ?

Yann Arthus-Bertrand : Vous savez, j’ai assisté à la première COP à Rio en 1992 et chaque année on dit que ça va être la plus importante. Sincèrement, les COP ne servent à rien du tout à part médiatiser les catastrophes et ce qu’on doit faire. Les hommes politiques sont dirigés par les électeurs, tant qu’on n’aura pas nous, tous ensemble, envie de bouger, ils ne pourront pas bouger.

Il n’y a donc rien à espérer de cette COP ?

Si. Il y a à espérer des décisions, mais toutes les décisions qu’on va prendre n’auront des effets que dans 20 ans. Le climat qu’on a eu pendant 10 000 ans, sur lequel s’est assis notre civilisation, est parti à jamais, il ne reviendra jamais, c’est ce que disent tous les scientifiques. Je trouve que les discours des hommes politiques ne sont pas à la mesure des catastrophes annoncées. Toutes ces grandes COP, c’est comme des réunions de copropriétaires où chacun tire la couverture vers soi mais en fin de compte, personne n’a envie de décroissance ou du moins de croissance sans carbone – ce qui est extrêmement compliquée. Donc tout le monde va signer des traités en revenant pour montrer à ses électeurs qu’on a fait quelque chose mais sur le fond, ça fait quand même 20 ou 30 ans qu’on ne fait rien.

Quand j’ai fait mon film Home, je croyais qu’on allait changer, il y avait Al Gore qui était arrivé et qui a eu le prix Nobel, on consommait 90  millions de barils de pétrole par jour. Aujourd’hui on en consomme 100 millions. Toutes les énergies renouvelables qu’on a mises en place se sont additionnées à cela. Ce qui veut dire qu’on est complètement incohérent. On fait exactement le contraire de ce qu’on doit faire. Quand il y a la marche pour le climat à Paris, on est 40 000, quand il y a la marche contre le pass sanitaire il y a 200 000 personnes qui vont manifester en France et quand il y a la coupe du monde on va être 2 millions dans les rues. Quand on sera 2 millions à marcher dans la rue, non pas pour le climat, mais pour notre vie, pour la vie de nos enfants, nos petits-enfants, peut-être qu’à ce moment-là le monde changera.

La solution vient des citoyens et de nos actes du quotidien ?

C’est nous qui élisons les politiques, c’est nous qui décidons, avec des décisions comme la taxe carbone dont on n’a pas voulu, tout le monde était dans la rue, on a arrêté. Il faut qu’on soit assez courageux pour accepter des décisions qui ne vont pas nous faire plaisir mais qui sont là pour sauver la planète. Le prix du carburant qui monte c’est une très bonne chose pour l’environnement malheureusement. Maintenant il y a des compensations à faire pour les gens qui n’ont pas assez les moyens. Mais il faut que le pétrole soit beaucoup plus cher parce que ce carbone est en train de nous tuer, de tuer nos vies. Les scientifiques parlent de la sixième extinction, ça veut dire la fin de la vie sur Terre. C’est dramatique et on est incapables de réagir. Bien sûr qu’il faut des COP, bien sûr qu’il faut des Greta mais malheureusement ça va être beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense.

Est-ce que vous allez vous rendre à cette COP26 ?

Oui, j’ai la chance que Sting ait fait la voix de Legacy, le film qu’on vient de réaliser, on a une projection avec le prince Charles et sa famille et une projection pour la COP. J’en suis ravi parce que c’est un film – c’est assez courageux de le faire – où on dit que les COP ne servent à rien.

Sondage Présidentielle 2022 : rien n’est joué pour la qualification au deuxième tour

Sondage Présidentielle 2022 : rien n’est joué pour la qualification au deuxième tour

Selon le dernier sondage Ifop Fiducial pour Le Figaro et LCI réalisé auprès d’un échantillon de 5000 personnes, rien n’est joué pour la qualification au deuxième tour ou la bataille fait rage entre Le Pen, Zemmour et Bertrand. Pour l’instant, macro domine avec autour de 25 % et ses trois autres principaux concurrents totalisent chacun 15 à 18 %.

Des certitudes toutefois, la gauche semble définitivement hors-jeu avec un total à peine de 25 % et en plus complètement divisée.

C’est une véritable victoire idéologique de la droite et de la droite extrême», juge Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop qui constate la dynamique Zemmour

 » La dynamique est clairement de son côté, il est en train de devenir l’attrape-tout de la droite et de la droite extrême.

Une suppression de l’ISF qui ne change rien

Une suppression de l’ISF  qui ne change rien

Contrairement la théorie du ruissellement développé par Emmanuel Macron, la suppression de l’impôt sur la fortune n’a pas changé grand-chose quant à l’attractivité du pays et même à la fiscalité.Inversement on peut aussi dire que le totem de la gauche n’influence guère les investissements.
Il est clair que pour évaluer ce genre de mesures les méthodologies sont assez défaillantes dans la mesure où on ne dispose pas ou rarement de périodes de référence permettant de comparer avec ou sans ISF.

En outre contrairement à l’idée répandue, l’impôt sur la fortune ne touche pratiquement pas les très grandes fortunes qui grâce à l’ingénierie fiscale échappent à ce type d’impôt. Ce sont en général les catégories sociales moyennes fortunées qui sont soumis à cette fiscalité.

Un  rapport élaboré par un comité d’experts et supervisé par France Stratégie (un think tank rattaché à Matignon) peine à démontrer les bienfaits pour l’économie tricolore du big bang fiscal visant les contribuables fortunés.

En 2018, lors du remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) et de la création d’un prélèvement forfaitaire unique (« flat tax ») de 30 % sur les revenus du capital (plutôt qu’une imposition au barème progressif), Emmanuel Macron s’était engagé à corriger le tir en fonction des évaluations qui seraient faites.

« L’instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU) n’a pas conduit les entreprises dont les actionnaires ont bénéficié du PFU à connaître une évolution de l’investissement significativement différente de celle des autres. » Une conclusion qui va à l’encontre de l’idée selon laquelle une amélioration de la rentabilité de l’actionnaire après impôt est un levier.

Même s’il ne peut pas le mesurer directement, le rapport souligne toutefois que l’instauration de la « flat tax » « a pu » conduire à une hausse globale de l’investissement des entreprises, notamment dans d’autres sociétés, dans l’immobilier, etc.

 

 

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