Archive pour le Tag 'révolution'

Trump: une révolution « culturelle »

Trump: une révolution « culturelle »

 

Après la Conférence de Munich sur la sécurité, nous sommes désormais fixés quant au projet du président des Etats-Unis : il faut le prendre à la fois au sérieux et au pied de la lettre, avertit le politiste bulgare Ivan Krastev, dans une tribune au « Monde ».

« Si Mao, père de la terrible Révolution culturelle chinoise, et Trump ont peu de choses en commun sur le plan de l’idéologie, de la géographie ou de la coiffure, écrit Orville Schell, un des plus grands sinologues américains, ils peuvent tous deux être considérés comme des agents de l’insurrection. » La Révolution culturelle de Mao Zedong [lancée en 1966] était un ambitieux projet de rupture avec le passé, mais c’était aussi le règlement de comptes personnel d’un vieil homme parvenu à la fin de ses jours. Une fois le décor planté et la révolution lancée, elle a mené sa propre vie, engendrant des conséquences inattendues, que même les plus brillants stratèges n’auraient pas pu anticiper.
Il en ira très probablement de même de l’insurrection trumpienne. Mais pour bien comprendre l’Amérique d’aujourd’hui, il faut avant tout comprendre que le gouvernement au pouvoir, même s’il est organisé à la manière d’une cour impériale, est un gouvernement révolutionnaire.

Il fallait une personne comme l’actuel président des Etats-Unis pour rejeter toute possibilité de politique basée sur des valeurs communes, des intérêts partagés ou une solution gagnant-gagnant. Pour Mao, la politique était une guerre de classes ; pour Trump, c’est un transactionnalisme à somme nulle. Les Etats naissent inégaux et, comme le formula l’historien grec Thucydide [au Ve siècle avant notre ère], « le fort fait ce qu’il peut faire et le faible subit ce qu’il doit subir ». Trump, note pour sa part Vladimir Poutine, « ne se contente pas de dire ce qu’il pense, il dit ce qu’il veut ». Dans pareil contexte, les Européens perdent un temps précieux à se demander à quoi ressemblera le plan de Trump pour l’Ukraine et à se plaindre de ne pas être assis à la table des négociations.

Réalignement des civilisations

Les révolutions n’ont jamais de programme détaillé. On ne sait pas précisément ce que Trump compte obtenir de ses négociations avec Poutine. Un point est en revanche très clair : le président américain entend accomplir de grandes choses, et il entend les accomplir vite…

Cancers : pour la révolution du diagnostic

Cancers :  pour la révolution du diagnostic 

3,8 millions de Français vivent quotidiennement avec un cancer. C’est aujourd’hui la 1ère cause de mortalité prématurée. Contre cet ennemi public n°1, une révolution du diagnostic permet de mieux caractériser la maladie et d’en améliorer la prise en charge. Malheureusement, des freins importants empêchent de la mettre au service de tous les patients, sur l’ensemble du territoire. Il est vital de les lever ! Par Yannick Neuder, Député de la 7e circonscription de l’Isère, Vice-président de la commission des affaires sociales ( dans la Tribune)

Ces dernières années, de multiples innovations thérapeutiques en oncologie ont permis d’améliorer significativement le pronostic des malades. Néanmoins, nous pouvons faire mieux. Nous devons faire mieux. Pour les patients, leurs familles et pour la société. Pour cela, il devient impératif de mettre en œuvre deux approches complémentaires.

La prévention, d’abord, puisque 41 % des cas de cancer survenant chez les plus de 30 ans, sont attribuables à des facteurs de risque qui peuvent être modifiés : le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation ou encore le surpoids et l’obésité. Plus qu’un message d’espoir, ce chiffre est une injonction à l’attention de tous les acteurs – des soignants aux patients en passant par les institutions – d’engager les démarches de protection nécessaires et de changer les comportements. Il devient donc impératif de rattraper notre retard en matière de dépistage et pour cause, notre pays fait figure de mauvais élève par rapport au reste des pays de l’OCDE s’agissant du dépistage du cancer colorectal, deuxième cancer le plus meurtrier dans notre pays.

En parallèle, le taux de vaccination contre le papillomavirus responsable du cancer du col de l’utérus dans l’hexagone est l’un des plus faibles de l’Union européenne.

La précision dans le diagnostic, ensuite. Car derrière l’épouvantail du terme « cancer » se cache, en réalité, un ensemble de pathologies dont la fréquence, le pronostic et l’évolution sont extrêmement variables. Chaque tumeur cancéreuse se développe de manière spécifique selon la cellule, l’organe et le patient.

Ainsi, avant de soigner un cancer, il faut savoir lequel traiter. C’est pour cette raison qu’ont été mis au point des diagnostics particulièrement innovants, à l’instar de celui rendu possible grâce au séquençage du génome.

Entamé dans les années 1970, le séquençage du génome est un test complet qui permet de détecter les éventuelles variations de l’ADN des chromosomes, c’est-à-dire de décrypter l’information biologique d’un individu. Dit autrement, le génome est une encyclopédie gigantesque rédigée en langue étrangère, dont le séquençage permet la traduction.

Alors qu’il aura fallu une dizaine d’année et plusieurs milliards d’euros pour réaliser le premier séquençage d’un génome humain complet, les nouvelles techniques de séquençage du cancer (next-generation sequencing « NGS ») le rendent aujourd’hui possible en quelques jours ou semaines, à un coût similaire à celui d’une hospitalisation de jour.

Dans le domaine de la santé et de la lutte contre les cancers, ces tests NGS constituent une véritable révolution. Ils permettent de caractériser, rapidement et avec précision, la tumeur et ainsi d’améliorer la prise en charge des patients.

Grâce à ces nouvelles techniques de diagnostic des cancers, les traitements les plus pertinents et adaptés peuvent être administrés plus précocement. Elles permettent également d’éviter les effets indésirables potentiellement induits par des traitements non nécessaires(1) et de diminuer les coûts de prise en charge, pour les patients comme pour la société(2).

Elles peuvent ainsi, concrètement et significativement, améliorer le pronostic et la vie des patients.

Certes disponibles, ces diagnostics ne le sont pas partout et pas pour tous. Cette inégalité dans l’accès des Français aux meilleurs pratiques a notamment été constatée lors d’une enquête conduite auprès d’une centaine d’acteurs et experts de l’oncologie par Tous pour la Santé. Pilotée par un comité réunissant des associations de patients et des professionnels du secteur, cette étude a permis d’identifier les principaux freins au déploiement des tests NGS dans tous les territoires.

L’absence de remboursement complet et systématique de ces tests par la sécurité sociale figure au premier rang de ces freins, puisqu’un répondeur sur deux indique renoncer à ceux- ci par manque de financement. L’enquête montre aussi que la connaissance parfois imparfaite de ces techniques innovantes par les professionnels de santé et l’absence de recommandations par les autorités nationales contribuent également à leur sous-utilisation. Enfin, il faut mettre autour de la table les acteurs de la prise en charge tels que les mutuelles et complémentaires santé qui auront un rôle majeur dans cette perspective.

Dès lors, parce que disposer des meilleures armes pour lutter contre la maladie est une nécessité d’intérêt général, l’ensemble des acteurs de la lutte contre le cancer appellent l’État à tout mettre en œuvre pour faciliter l’accès aux nouvelles techniques de diagnostic des cancers, partout et par pour tous.

______

(1) 64 % des malades déclarent, plus de cinq ans après, souffrir de séquelles de la maladie ou de ses traitements. Sur la même période 1 personne sur 5 a perdu son travail. Données issues du Panorama des Cancers édition 2023 de l’Institut national des Cancers.

(2) En 2021, les dépenses hospitalières liées à la prise en charge des cancers s’élevaient à 6,3 milliards d’euros. Données issues du Panorama des Cancers édition 2023 de l’Institut national des Cancers.

« Réarmement  » de Macron : une révolution sémantique de salon

« Réarmement « : une révolution sémantique de salon

Partout désormais c’est le mot d’ordre de réarmement qui domine la plupart des sujets politiques dans le domaine civique, dans le domaine de la santé, celui de la formation, de l’industrialisation de la démographie et de la simplification.

Une sémantique de type marketing bien mal adapté au sujet qu’elle prétend traiter. Le véritable armement en tout cas le premier est celui de la sécurité et de la défense. Or Attal a tout simplement oublié d’évoquer la situation géopolitique très tendue qui se manifeste aujourd’hui par une guerre proche des frontières de l’Europe. Or si la France dispose d’une armée complète c’est une armée cependant miniature qui ne résisterait pas un mois face aux russes. Certes il y a la programmation de la loi militaire. Des promesses déjà faites mais rarement tenues. Et ce service national qui ne ressemble strictement à rien de deux ou trois semaines qui n’a rien de militaire et qui ressemble à une colonie de vacances. Par l’expérience des récents conflits au Proche-Orient comme en Ukraine montre qu’en dernier ressort ce sont les troupes au sol qui compte et qui se font massacrer faute de matériel certes mais surtout aussi de formation.

Pour le reste le réarmement constitue un terme bien inadéquate pour parler de santé, d’économie, d’éducation et pire, de démographie.

Comment croire à ce concept de réarmement évoqué en président en permanence par un président qui n’a pas jugé bon de faire son service militaire. Ce discours guerrier n’a d’écho que dans les salons. En outre il fait l’impasse sur nombre de champs régaliens où là il faudrait effectivement durcir comme le trafic de drogue, la sécurité ou l’islamisme. Face au vide, on tente de combler par des mots inadaptés et creux « Nous sommes prêts à affronter pour avancer. La France n’a jamais été et ne sera jamais une nation qui subit. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. »

« Notre agriculture est une force. Pas simplement parce qu’elle nous alimente au sens propre du terme, mais parce qu’elle constitue l’un des fondements de notre identité, de nos traditions »

Mais où est l’analyse, la vision, la prospective ?

Un seul exemple des contradictions en matière de simplification. Le premier ministre promet de supprimer tous les organismes plus ou moins paritaires et-ou administratifs qui ne se seraient pas réunis pendant un an. Et ce qui au contraire se réunissent trop souvent et qui ne cesse de produire procédures , contrôles et sanctions inutiles ?

Ce ne sont pas les institutions qui roupillent qu’il convient de supprimer en premier mais les institutions qui débordent de hauts fonctionnaires qui justifient leur salaire en en complexifiant la vie économique et sociale et la société.

Concept de « Réarmement « : surtout une révolution purement sémantique

Concept de « Réarmement « : surtout une révolution purement sémantique de salon

Partout désormais c’est le mot d’ordre de réarmement qui domine la plupart des sujets politiques dans le domaine civique, dans le domaine de la santé, celui de la formation, de l’industrialisation de la démographie et de la simplification.

Une sémantique de type marketing bien mal adapté au sujet qu’elle prétend traiter. Le véritable armement en tout cas le premier est celui de la sécurité et de la défense. Or Attal a tout simplement oublié d’évoquer la situation géopolitique très tendue qui se manifeste aujourd’hui par une guerre proche des frontières de l’Europe. Or si la France dispose d’une armée complète c’est une armée cependant miniature qui ne résisterait pas un mois face aux russes. Certes il y a la programmation de la loi militaire. Des promesses déjà faites mais rarement tenues. Et ce service national qui ne ressemble strictement à rien de deux ou trois semaines qui n’a rien de militaire et qui ressemble à une colonie de vacances. Par l’expérience des récents conflits au Proche-Orient comme en Ukraine montre qu’en dernier ressort ce sont les troupes au sol qui compte et qui se font massacrer faute de matériel certes mais surtout aussi de formation.

Pour le reste le réarmement constitue un terme bien inadéquate pour parler de santé, d’économie, d’éducation et pire, de démographie.

Comment croire à ce concept de réarmement évoqué en président en permanence par un président qui n’a pas jugé bon de faire son service militaire. Ce discours guerrier n’a d’écho que dans les salons. En outre il fait l’impasse sur nombre de champs régaliens où là il faudrait effectivement durcir comme le trafic de drogue, la sécurité ou l’islamisme. Face au vide, on tente de combler par des mots inadaptés et creux « Nous sommes prêts à affronter pour avancer. La France n’a jamais été et ne sera jamais une nation qui subit. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. »

« Notre agriculture est une force. Pas simplement parce qu’elle nous alimente au sens propre du terme, mais parce qu’elle constitue l’un des fondements de notre identité, de nos traditions »

Mais où est l’analyse, la vision, la prospective ?

Un seul exemple des contradictions en matière de simplification. Le premier ministre promet de supprimer tous les organismes plus ou moins paritaires et-ou administratifs qui ne se seraient pas réunis pendant un an. Et ce qui au contraire se réunissent trop souvent et qui ne cesse de produire procédures , contrôles et sanctions inutiles ?

Ce ne sont pas les institutions qui roupillent qu’il convient de supprimer en premier mais les institutions qui débordent de hauts fonctionnaires qui justifient leur salaire en en complexifiant la vie économique et sociale et la société.

Concept de « Réarmement « : surtout une révolution purement sémantique de salon

Concept de « Réarmement « : surtout une révolution purement sémantique de salon

Partout désormais c’est le mot d’ordre de réarmement qui domine la plupart des sujets politiques dans le domaine civique, dans le domaine de la santé, celui de la formation, de l’industrialisation de la démographie et de la simplification.

Une sémantique de type marketing bien mal adapté au sujet qu’elle prétend traiter. Le véritable armement en tout cas le premier est celui de la sécurité et de la défense. Or Attal a tout simplement oublié d’évoquer la situation géopolitique très tendue qui se manifeste aujourd’hui par une guerre proche des frontières de l’Europe. Or si la France dispose d’une armée complète c’est une armée cependant miniature qui ne résisterait pas un mois face aux russes. Certes il y a la programmation de la loi militaire. Des promesses déjà faites mais rarement tenues. Et ce service national qui ne ressemble strictement à rien de deux ou trois semaines qui n’a rien de militaire et qui ressemble à une colonie de vacances. Par l’expérience des récents conflits au Proche-Orient comme en Ukraine montre qu’en dernier ressort ce sont les troupes au sol qui compte et qui se font massacrer faute de matériel certes mais surtout aussi de formation.

Pour le reste le réarmement constitue un terme bien inadéquate pour parler de santé, d’économie, d’éducation et pire, de démographie.

Comment croire à ce concept de réarmement évoqué en président en permanence par un président qui n’a pas jugé bon de faire son service militaire. Ce discours guerrier n’a d’écho que dans les salons. En outre il fait l’impasse sur nombre de champs régaliens où là il faudrait effectivement durcir comme le trafic de drogue, la sécurité ou l’islamisme. Face au vide, on tente de combler par des mots inadaptés et creux « Nous sommes prêts à affronter pour avancer. La France n’a jamais été et ne sera jamais une nation qui subit. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. »

« Notre agriculture est une force. Pas simplement parce qu’elle nous alimente au sens propre du terme, mais parce qu’elle constitue l’un des fondements de notre identité, de nos traditions »

Mais où est l’analyse, la vision, la prospective ?

Un seul exemple des contradictions en matière de simplification. Le premier ministre promet de supprimer tous les organismes plus ou moins paritaires et-ou administratifs qui ne se seraient pas réunis pendant un an. Et ce qui au contraire se réunissent trop souvent et qui ne cesse de produire procédures , contrôles et sanctions inutiles ?

Ce ne sont pas les institutions qui roupillent qu’il convient de supprimer en premier mais les institutions qui débordent de hauts fonctionnaires qui justifient leur salaire en en complexifiant la vie économique et sociale et la société.

« Réarmement « : surtout une révolution purement sémantique

« Réarmement « : surtout une révolution purement sémantique

Partout désormais c’est le mot d’ordre de réarmement qui domine la plupart des sujets politiques dans le domaine civique, dans le domaine de la santé, celui de la formation, de l’industrialisation de la démographie et de la simplification.

Une sémantique de type marketing bien mal adapté au sujet qu’elle prétend traiter. Le véritable armement en tout cas le premier est celui de la sécurité et de la défense. Or Attal a tout simplement oublié d’évoquer la situation géopolitique très tendue qui se manifeste aujourd’hui par une guerre proche des frontières de l’Europe. Or si la France dispose d’une armée complète c’est une armée cependant miniature qui ne résisterait pas un mois face aux russes. Certes il y a la programmation de la loi militaire. Des promesses déjà faites mais rarement tenues. Et ce service national qui ne ressemble strictement à rien de deux ou trois semaines qui n’a rien de militaire et qui ressemble à une colonie de vacances. Par l’expérience des récents conflits au Proche-Orient comme en Ukraine montre qu’en dernier ressort ce sont les troupes au sol qui compte et qui se font massacrer faute de matériel certes mais surtout aussi de formation.

Pour le reste le réarmement constitue un terme bien inadéquate pour parler de santé, d’économie, d’éducation et pire, de démographie.

Comment croire à ce concept de réarmement évoqué en président en permanence par un président qui n’a pas jugé bon de faire son service militaire. Ce discours guerrier n’a d’écho que dans les salons. En outre il fait l’impasse sur nombre de champs régaliens où là il faudrait effectivement durcir comme le trafic de drogue, la sécurité ou l’islamisme. Face au vide, on tente de combler par des mots inadaptés et creux « Nous sommes prêts à affronter pour avancer. La France n’a jamais été et ne sera jamais une nation qui subit. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. »

« Notre agriculture est une force. Pas simplement parce qu’elle nous alimente au sens propre du terme, mais parce qu’elle constitue l’un des fondements de notre identité, de nos traditions »

Mais où est l’analyse, la vision, la prospective ?

Un seul exemple des contradictions en matière de simplification. Le premier ministre promet de supprimer tous les organismes plus ou moins paritaires et-ou administratifs qui ne se seraient pas réunis pendant un an. Et ce qui au contraire se réunissent trop souvent et qui ne cesse de produire procédures , contrôles et sanctions inutiles ?

Ce ne sont pas les institutions qui roupillent qu’il convient de supprimer en premier mais les institutions qui débordent de hauts fonctionnaires qui justifient leur salaire en en complexifiant la vie économique et sociale et la société.

Robotique : révolution technologique et cognitive ?

Robotique : révolution technologique et ontologique

Notre société change. De plus en plus, nous accueillons une nouvelle espèce parmi nous. Les robots. Développer des interactions entre humains et robots n’est pas seulement un défi robotique mais aussi un défi pour comprendre les humains et la société humaine : comment les humains perçoivent les robots, communiquent avec eux, se comportent autour d’eux et les acceptent (ou non). Cela devient d’autant plus important avec l’arrivée de la quatrième génération de robots, qui s’intègrent directement au corps humain. Nous travaillons à mieux comprendre ce qu’on appelle « l’incarnation » de ces dispositifs : en effet, à mesure que ces robots en viennent à « ne faire qu’un » avec nous, ils modifient nos comportements et notre cerveau. La première génération d’interactions humain-robot, pour l’industrie Ce « voyage dans le temps » des robots, passés du statut de machines dangereuses à celui de partie intégrante de la société humaine, dure depuis plus de quarante ans.

Par
Ganesh Gowrishankar
Chercheur au Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microelectronique de Montpellier, Université de Montpellier

Les robots sont très variés, de par leurs tailles (micrométriques voire nanométriques d’un côté, mais de taille humaine ou plus de l’autre), leurs manières de bouger et leurs fonctionnalités (industrielles, spatiales, de défense par exemple). Ici, je ne me concentre pas sur les robots eux-mêmes, mais sur les interactions entre humains et robots qui, selon moi, se sont développées sur quatre générations.

Les interactions entre humains et robots à grande échelle ont commencé avec l’arrivée des robots industriels, dont le premier a été introduit par General Motors en 1961. Ceux-ci se sont lentement répandus et au début des années 1980, les robots industriels étaient présents aux États-Unis, en Europe et au Japon.

Ces robots industriels ont permis d’observer la première génération d’interactions humain-robot : ils opèrent généralement dans des zones délimitées, pour s’assurer que les humains ne s’approchent pas d’eux, même par erreur.

Les robots industriels, qui ont d’abord été popularisés par les tâches d’assemblage automobile, sont maintenant utilisés pour diverses tâches, telles que le soudage, la peinture, l’assemblage, le démontage, le pick and place pour les cartes de circuits imprimés, l’emballage et l’étiquetage.

Robots dans une usine d’assemblage de voitures. A noter que des garde-corps sur le côté délimitent clairement l’espace de travail du robot de celui des humains.
La recherche en robotique de cette période s’est concentrée sur le rapprochement des robots avec les humains, ce qui a donné lieu à une deuxième génération d’interactions humain-robot, matérialisée pour le grand public au début des années 2000, lorsque des machines, comme le Roomba et l’Aibo, ont commencé à entrer dans nos maisons.

Ces robots de deuxième génération travaillent à proximité des humains dans nos maisons et nos bureaux pour des « applications de service », telles que le nettoyage des sols, la tonte des pelouses et le nettoyage des piscines – un marché d’environ 13 milliards de dollars US en 2019. En 2009, il y avait environ 1,3 million de robots de service dans le monde ; un nombre qui avait augmenté en 2020 à environ 32 millions.

Toutefois, bien que ces robots opèrent dans un environnement plus humain que les robots industriels, ils interagissent toujours de manière assez minimale et basique. La plupart de leurs tâches quotidiennes sont des tâches indépendantes, qui nécessitent peu d’interaction. En fait, ils essaient même souvent d’éviter les interactions avec les humains – ce qui n’est pas toujours aisé.

La relation entre humains et robots évolue désormais progressivement vers la troisième génération d’interactions. Les robots de la troisième génération ont la capacité d’interagir cognitivement ou socialement comme les robots dits « sociaux », mais aussi physiquement comme les exosquelettes.

Lokomat est un robot qui peut s’attacher physiquement aux humains et peut fournir une assistance physique pendant la rééducation. Fondazione Santa Lucia, CC BY-NC-SA
Des robots capables d’assistance physique, qui pourraient être utilisés pour la rééducation et les soins aux personnes âgées, l’assistance sociale et la sécurité, ont par ailleurs été clairement identifiés comme prioritaires par les gouvernements en Europe, aux Etats-Unis ainsi qu’au Japon dès le milieu des années 2010.

Une façon notamment de répondre au problème du vieillissement des populations dans ces pays développés.

Nous voyons désormais lentement l’émergence d’une quatrième génération d’interactions humain-robot, dans laquelle les robots ne sont pas seulement physiquement proches des humains, mais bien connectés au corps humain lui-même. Les robots deviennent des extensions du corps humain.

C’est le cas des dispositifs d’augmentation fonctionnelle -tels que des membres robotiques surnuméraires- ou encore des dispositifs de remplacement fonctionnels tels que les avatars de robots (qui permettent à l’homme d’utiliser un corps de robot pour lui faire réaliser des tâches précises). D’autres dispositifs peuvent également fournir une perception sensorielle supplémentaire aux humains.

Les interactions de quatrième génération sont fondamentalement différentes des autres générations en raison d’un facteur crucial : avant cette génération, l’humain et le robot sont clairement définis dans toutes leurs interactions par les limites physiques de leurs corps respectifs, mais cette frontière devient floue dans les interactions de quatrième génération, où les robots modifient et étendent le corps humain en termes de capacités motrices et sensorielles.

En particulier, les interactions de la quatrième génération devraient interférer avec ces « représentations corporelles ». On sait qu’il existe des représentations spécifiques de notre corps dans notre cerveau qui définissent la façon dont notre cerveau reconnaît notre corps. Ces représentations déterminent notre cognition et nos comportements.

Par exemple, imaginez que vous faites vos courses dans une allée d’épicerie bondée. Pendant que vous atteignez des articles avec votre main droite, vous êtes capable, très implicitement et sans même vous en rendre compte d’éviter la collision de votre bras gauche avec les autres acheteurs.

Ceci est possible car votre cerveau a une représentation de la taille, de la forme de vos membres et est conscient et surveille chacun de vos membres. Si vous tenez un panier dans votre bras (ce qui change la taille et la forme du « bras »), vous aurez plus de difficultés à éviter instinctivement les collisions, et devrez faire un effort conscient pour que le panier ne heurte rien dans votre entourage proche.

De la même manière, notre cerveau peut-il s’adapter à un membre surnuméraire, ou autre addition robotique de quatrième génération, et mettre à jour ses représentations corporelles ? C’est ce que l’on appelle l’« incarnation » en neurosciences.

Si l’incarnation de ces dispositifs peut se produire, à quelle vitesse cela se produit-il ? Quelles sont les limites de cette incarnation ? Comment cela affecte-t-il notre comportement et le cerveau lui-même ?

Les interactions humain-robot de quatrième génération ne remettent pas seulement en question l’acceptation de la machine par le cerveau de l’utilisateur, mais aussi l’acceptation de l’utilisateur dans la société : on ne sait toujours pas si notre société acceptera, par exemple des individus avec des bras robotiques supplémentaires. Cela dépendra certainement d’aspects culturels que nous essayons également d’analyser.

En réalité, les robots de troisième et quatrième génération sont si proches des humains que nous devons mieux comprendre les comportements humains et notre cerveau pour les développer.

Dans nos travaux, nous combinons donc la recherche en robotique avec les neurosciences cognitives, motrices et sociales, pour développer ce que nous croyons être la science des interactions humain-machine.

C’est seulement grâce à une compréhension holistique des individus humains, des machines qui interagissent avec eux et de la société dans laquelle ils vivent, que nous pourrons développer les futures générations de robots. Et, dans un sens, la société du futur.

Recherche: une révolution ou gadget

Recherche: une révolution utopique dans un tel délai

Le président du Collège des sociétés savantes académiques de France, Patrick Lemaire, juge durement la réforme de la recherche présentée le 7 décembre par Emmanuel Macron

Président du Collège des sociétés savantes académiques de France, le biologiste Patrick Lemaire réagit à la « Vision pour l’avenir de la recherche française » présentée jeudi 7 décembre par le président de la République.

Votre collège de sociétés savantes a formulé, dans une tribune au Monde, une proposition de conseil. Que pensez-vous de la formule retenue par Emmanuel Macron ?

Cela n’a simplement aucun rapport. Le fait que ce conseil n’interagisse qu’avec lui, mais pas avec les ministres ou avec quiconque, en fait simplement un gadget. Rien dans l’intervention du président de la République n’avait pour but d’améliorer la prise en compte des connaissances scientifiques par les politiques. C’est resté un angle mort complet de son discours.

Même lorsqu’il a souligné l’importance du grade de docteur, il a insisté sur leur entrée dans les entreprises, pas dans les ministères ou les administrations pour appliquer des politiques inspirées par les sciences. Au vu des incertitudes politiques pour la suite, on se dit que cela aurait pu être le moment d’instituer une autorité indépendante qu’on ne peut faire taire facilement. C’est un peu une occasion ratée.

La création de ce conseil n’était pas au centre de son allocution…

Il a balayé les sujets de manière très large, utilisant à plusieurs reprises le terme « révolution ». Mais penser révolutionner l’organisation de la recherche en dix-huit mois, tout le monde sait que c’est irréaliste. La simplification principale concerne le pilotage stratégique pour des recherches qui, je dirais, amènent à un retour sur investissement, très orientées public-privé. Même l’allusion aux sciences humaines et sociales dénotait une vision très utilitariste .

Services publics : pour une véritable révolution culturelle

Services publics : pour une véritable révolution culturelle

Lancé en septembre 2022, le Conseil national de la refondation (CNR), peine à trouver ses marques. Ce conseil, à l’initiative du Président Emmanuel Macron, semble pourtant répondre à une nécessité largement admise : rapprocher les services publics des usagers. Le rapport d’un collectif, publié le 14 septembre 2023, alerte d’ailleurs sur l’inadaptation de l’État face aux besoins de la population.

par Stéphanie Dameron
Professeur des universités, Université Paris Dauphine – PSL

Olivier Meier
Professeur des Universités, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC) dans The Conversation

Un article intéressant sur la nécessité d’une révolution culturelle pour moderniser nos services publics. Une observation toutefois : le conseil national de la Refondation n’a ni compétence, ni légitimité pour intervenir dans un champ aussi complexe NDLR

Il s’agit ainsi de tenter de « co-construire » ces services, en réunissant régulièrement usagers, collectivités, représentants de l’État, associations, financeurs, pour réfléchir aux moyens de les améliorer en continu, au plus près des besoins exprimés sur le terrain.

Face à un monde en pleine mutation, le CNR propose de revitaliser notre démocratie et d’agir collectivement. Encore faut-il traduire ces intentions en une approche cohérente et efficace. La question est donc la suivante : de quelle façon le Conseil national de la refondation peut-il réussir à unifier des acteurs sociaux, politiques et économiques pour collaborer efficacement et proposer des solutions concrètes pour revitaliser notre vie démocratique ?

Le CNR se structure autour de trois piliers. Le CNR plénier réunit des acteurs de la vie nationale (mouvements, syndicats, parties politiques, citoyens…) pour partager leurs perspectives et comprendre les défis des autres. Cette instance se réunit régulièrement pour définir de nouveaux thèmes et suivre l’avancement des travaux. Les CNR thématiques et territoriaux, quant à eux, rassemblent des acteurs pour co-construire des solutions autour de grandes transitions telles que la décarbonation et des sujets essentiels à notre vie quotidienne (éducation, santé, emploi, logement, transition écologique, etc.)

Ces concertations partent du vécu des Français pour proposer des innovations et des expérimentations, dont l’efficacité est évaluée en continu. En somme, le CNR est une nouvelle méthode de gouvernance et de management, basée sur une dynamique de « concertation, initiative et coopération ». Il promeut une approche pragmatique et participative, visant à une transformation durable de notre société.

La refonte des services publics ne se produira pas simplement à la suite de quelques réunions locales de concertation. C’est un projet ambitieux qui nécessite une véritable révolution culturelle au sein de la fonction publique, et la création d’un conseil de la refondation ne peut, à elle seule, déclencher un tel changement. Les travaux du psychosociologue américain Kurt Lewin, apportent un éclairage précieux sur les défis à relever et les stratégies à adopter.

Selon Lewin, un groupe ne modifie pas ses pratiques uniquement pour des raisons rationnelles, même face à des dysfonctionnements évidents. Le changement n’intervient que dans des contextes d’engagement et d’apprentissage, où les participants peuvent explorer de nouvelles voies. De simples réunions ne suffisent donc pas. Pour favoriser un « dégel » (unfreezing) des routines en place, il faut créer des situations d’interactions, comme des ateliers collaboratifs, propres à faciliter l’émergence de nouvelles idées et pratiques.

Mais l’instauration d’une nouvelle culture au sein de la fonction publique ne peut pas se faire du jour au lendemain. Cette forme d’engagement nécessite un apprentissage collectif et un temps d’adaptation (changing). Il faut créer une expérience partagée et favoriser l’identification à de nouveaux modèles de comportement et parvenir à un processus de « cristallisation ». Cette phase de stabilisation des nouveaux modes de fonctionnement est en effet essentielle, pour que les nouvelles idées et comportements soient intégrés et deviennent la nouvelle norme (refreezing).

Prenons l’exemple de l’Éducation nationale que le Conseil national de la refondation aspire à réinventer. La démarche se veut inclusive, impliquant professeurs, personnels administratifs, parents, élus locaux, responsables associatifs, et autres acteurs concernés. Pour initier un changement véritable, il est crucial de mettre en lumière des modèles réussis de coopération, qui montrent concrètement l’intérêt individuel et collectif de la démarche. Cela pourrait inclure des initiatives locales pour lutter contre le décrochage scolaire, améliorer le dialogue avec les parents ou renforcer la cohésion et la pertinence des équipes enseignantes grâce à des postes à profil.

La cristallisation de ces nouvelles pratiques, comme le décrit Kurt Lewin, est une étape essentielle pour contrer les forces de rappel et pérenniser le changement. Cette cristallisation passe par un travail de formation des corps intermédiaires, comme les corps d’inspection de l’Éducation nationale, qui doivent évoluer d’une culture de contrôle vers une culture de coopération. Elle passe aussi par une visibilité matérielle des transformations souhaitées, à l’instar des initiatives menées dans le domaine des lieux d’accueil du service public avec le bâti scolaire : aménagement des espaces et des lieux de savoir ; nouveaux modèles collaboratifs et interactifs. C’est la seule façon opérante de rendre l’école plus partenariale, en incluant notamment des parents dans son fonctionnement.

Citons comme exemple marquant, en Belgique, le programme « École numérique » lancé par le gouvernement afin de mettre en place un système d’éducation numérique visant à intégrer les technologies numériques dans l’ensemble du système éducatif. Plusieurs actions ont ainsi été mises en place : développement des ressources numériques (plates-formes d’apprentissage, logiciels éducatifs…), amélioration de l’infrastructure numérique, soutien aux initiatives numériques locales (manuels numériques, jeux éducatifs), mise en place de la protection des données…

Cette initiative repose sur une large concertation et collaboration entre les enseignants, les élèves, les parents, les administrations et les prestataires technologiques. Chaque acteur apporte sa perspective unique et complémentaire, permettant d’élaborer une approche numérique adaptée aux besoins spécifiques de l’éducation. Cet exemple illustre comment la coopération entre différents acteurs et l’accompagnement d’initiatives innovantes (espace numérique de travail) peuvent transformer en profondeur la culture d’une institution.

Dans ce contexte, le concept de gouvernance multiparties prenantes prend toute son importance. Il s’agit d’une approche qui cherche à garantir que toutes les parties prenantes, quel que soit leur niveau d’influence ou d’implication, aient la possibilité de participer activement et équitablement au processus décisionnel. Ce mode d’action permet non seulement d’assurer une représentation équitable, mais aussi d’exploiter une diversité de perspectives et d’expertises.

L’idée d’un Conseil national de la refondation est par conséquent louable dans ses intentions. Néanmoins, si l’action du CNR se restreint à l’organisation d’ateliers locaux, il risque d’apparaître comme une autre promesse non tenue, alimentant ainsi le scepticisme des Français envers l’État. C’est en adoptant une gouvernance partenariale et ouverte, basée sur de nouvelles formes de coopération, que cette initiative peut véritablement prendre son sens et obtenir l’approbation du plus grand nombre.

La véritable révolution de l’informatique quantique

La véritable révolution de l’informatique quantique

L’informatique quantique diffère de l’informatique classique en utilisant des bits quantiques (qubits) au lieu de bits classiques pour effectuer des calculs. Les qubits peuvent exister dans plusieurs états simultanément, ce qui permet un nombre considérablement accru de résultats potentiels. L’informatique quantique va transformer radicalement beaucoup de secteurs d’activité. Par Xavier Dalloz, consultant spécialisé dans les nouvelles technologies. ( dans La Tribune)

L’informatique quantique en est encore à ses balbutiements, mais elle a le potentiel de tout révolutionner, de la cryptographie à la découverte de médicaments. Cela pourrait conduire au développement de nouveaux médicaments plus efficaces et ayant moins d’effets secondaires. C’est aussi un défi majeur pour la sécurité informatique. Les chercheurs et les entreprises technologiques devront donc trouver de nouvelles méthodes de chiffrement qui peuvent résister à la puissance des ordinateurs quantiques. Cela pourrait impliquer le développement de nouveaux algorithmes de chiffrement, ou l’utilisation de principes de la mécanique quantique pour créer ce que l’on appelle le « chiffrement quantique ».

Rappelons que les ordinateurs quantiques fonctionnent sur la base de principes clés de la physique quantique :

Qubits :
La pierre angulaire de l’informatique quantique, les qubits, sont la version quantique des bits binaires classiques. Contrairement aux bits réguliers qui sont soit 0 soit 1, un qubit peut représenter 0, 1 ou les deux en même temps.
Superposition :
Grâce à la superposition, les qubits peuvent effectuer plusieurs calculs simultanément. C’est ce principe qui donne aux ordinateurs quantiques leur puissance de calcul exponentielle.
Intrication :
Cet effet quantique permet aux qubits de se lier, de sorte que l’état d’un qubit peut affecter instantanément l’état d’un autre, quelle que soit la distance qui les sépare. Cette propriété permet aux ordinateurs quantiques de résoudre des problèmes complexes plus efficacement que les ordinateurs classiques.
Portes quantiques :
Les portes quantiques sont des opérations qui peuvent être effectuées sur un ensemble de qubits. Elles ressemblent aux portes logiques de l’informatique classique mais, grâce à la superposition et à l’intrication, les portes quantiques peuvent traiter simultanément toutes les entrées possibles.
Les ordinateurs quantiques nécessitent une infrastructure physique importante, refroidissant souvent la machine à des températures proches du zéro absolu et maintenan
IBM a démontré que les ordinateurs quantiques pouvaient surpasser les principales simulations classiques .À l’aide du processeur quantique IBM Quantum « Eagle », composé de 127 qubits supraconducteurs sur une puce, ils ont réussi à générer de grands états intriqués qui simulent la dynamique de spin d’un modèle de matériau.
L’ordinateur quantique de Google, Sycamore, a accompli une tâche qui aurait nécessité près d’un demi-siècle pour un ordinateur traditionnel.
Avantages du quantique
Les principaux avantages des ordinateurs quantiques sont notamment :

Plus rapide:
il peut effectuer n’importe quelle tâche plus rapidement par rapport à un ordinateur classique. Parce que les atomes se déplacent plus rapidement dans un ordinateur quantique qu’un ordinateur classique.
Précis:
sa précision de plus haut niveau le rend adapté à la sécurité nationale et au traitement des mégadonnées.
Efficacité énergétique:
il gaspille moins d’énergie
Les ordinateurs quantiques ne remplaceront pas les ordinateurs classiques. Il est plus probable qu’ils coexisteront avec leurs homologues classiques, donnant accès aux technologies quantiques lorsque des calculs avancés sont nécessaires. Il y aura une coexistence entre l’informatique classique et l’informatique quantique comme il y a une coexistence des unités de traitement graphique (GPU) et des unités centrales de traitement (CPU) : le processeur exécute la plupart des tâches tandis que le GPU prend en charge les graphiques sophistiqués, le rendu vidéo et, de plus en plus, l’apprentissage automatique.

L’utilisation d’une machine classique restera la solution la plus simple et la plus économique pour résoudre la plupart des problèmes. Mais les ordinateurs quantiques promettent d’alimenter des avancées passionnantes dans divers domaines, de la science des matériaux à la recherche pharmaceutique. Les entreprises expérimentent déjà avec eux pour développer des choses comme des batteries plus légères et plus puissantes pour les voitures électriques, et pour aider à créer de nouveaux médicaments.

Voici quelques chiffres qui résument les grandes tendances du marché de l’informatique quantique :

La taille du marché de l’informatique quantique était évaluée à environ 1 milliard en 2022 à 8 milliards de dollars d’ici 2030
D’ici 2030, 2.000 à 5.000 ordinateurs quantiques seraient opérationnels étant donné qu’il existe de nombreuses pièces du puzzle de l’informatique quantique, le matériel et les logiciels nécessaires pour gérer les problèmes les plus complexes pourraient ne pas exister avant 2035 ou au-delà.
La plupart des entreprises ne seront pas en mesure de tirer une valeur significative de l’informatique quantique avant 2035, bien que quelques-unes verront des gains au cours des cinq prochaines années.
De nombreux secteurs révolutionnés
L’informatique quantique va révolutionner de nombreuses industries.

Par exemple :

La finance
L’industrie de la finance et de l’investissement est l’un des secteurs qui pourraient grandement bénéficier de l’IA quantique. Avec la capacité d’analyser de grandes quantités de données en temps réel, les algorithmes d’IA quantique pourraient aider les sociétés financières à prendre des décisions d’investissement plus éclairées et à gérer les risques plus efficacement.
Par exemple, l’IA quantique pourrait être utilisée pour analyser les tendances du marché et prédire le comportement des actions, des obligations et d’autres instruments financiers.
Cela pourrait aider les investisseurs à prendre des décisions plus éclairées quant au moment d’acheter, de vendre ou de conserver leurs investissements.
Quantum AI pourrait également aider les entreprises financières à identifier de nouvelles opportunités d’investissement.
En analysant de grandes quantités de données, les algorithmes d’IA quantique pourraient identifier les tendances émergentes et les industries prêtes à croître. Cela pourrait aider les investisseurs à entrer au rez-de-chaussée de nouvelles industries et potentiellement gagner des retours importants sur leurs investissements.
La santé et la biotechnologie
Avec la capacité d’analyser des données génétiques et d’autres informations médicales complexes, l’IA quantique pourrait aider à identifier de nouveaux traitements et remèdes contre les maladies.
Par exemple, l’IA quantique pourrait être utilisée pour analyser de grandes quantités de données génétiques afin d’identifier les causes sous-jacentes de maladies telles que le cancer. Cela pourrait aider les chercheurs à développer de nouveaux traitements qui ciblent les mutations génétiques spécifiques qui causent ces maladies.
Quantum AI pourrait également aider les prestataires de soins de santé à personnaliser les traitements pour chaque patient.
En analysant les données génétiques d’un patient, les algorithmes d’IA quantique pourraient identifier les traitements les plus efficaces pour l’état spécifique de ce patient. Cela pourrait aider les fournisseurs de soins de santé à fournir des traitements plus efficaces et à améliorer les résultats pour les patients.
Les chaînes d’approvisionnement et la logistique
La logistique et la gestion de la chaîne d’approvisionnement sont un autre domaine qui pourrait grandement bénéficier de l’IA quantique. En optimisant des réseaux logistiques complexes, les entreprises pourraient réduire leurs coûts et améliorer leur efficacité.
Par exemple, l’IA quantique pourrait être utilisée pour analyser les routes maritimes et les délais de livraison afin d’identifier le moyen le plus efficace de transporter des marchandises.
En analysant les données de vente et d’autres facteurs, les algorithmes d’IA quantique pourraient prédire la demande de produits et aider les entreprises à optimiser leurs niveaux de stocks. Cela pourrait aider les entreprises à réduire gaspiller et améliorer rentabilité .
La modélisation climatique et environnementale
L’IA quantique pourrait également avoir un impact significatif sur la modélisation du climat et de l’environnement . En analysant de grandes quantités de données environnementales, les chercheurs pourraient mieux comprendre l’impact du changement climatique et développer des stratégies pour atténuer ses effets. Par exemple,
l’IA quantique pourrait être utilisée pour analyser les données satellitaires afin de suivre les changements du niveau de la mer et de prévoir l’impact de l’élévation du niveau de la mer sur les communautés côtières.
L’IA quantique pourrait également être utilisée pour analyser les conditions météorologiques et prédire la probabilité de catastrophes naturelles telles que les ouragans et les tornades.
Principales innovations
Voici quelques-unes des principales innovations dans le domaine de l’informatique quantique :

Qubits améliorés :
Les qubits, les unités de base de l’informatique quantique, sont les équivalents des bits classiques. Les chercheurs travaillent sur le développement de qubits plus fiables et plus cohérents, capables de stocker et de manipuler l’information quantique de manière plus stable. Différentes technologies sont explorées, comme les qubits supraconducteurs, les qubits à base d’ions piégés, les qubits à base de photons, etc.
Augmentation du nombre de qubits :
L’échelle et la complexité des calculs quantiques dépendent de la quantité de qubits disponibles. Les chercheurs cherchent à augmenter le nombre de qubits de manière significative pour pouvoir exécuter des algorithmes quantiques plus puissants. Les ordinateurs quantiques avec un grand nombre de qubits permettront de réaliser des calculs inaccessibles aux ordinateurs classiques.
Correction des erreurs quantiques :
Les systèmes quantiques sont susceptibles d’erreurs en raison de facteurs tels que le bruit, les interférences et les instabilités. La correction des erreurs quantiques est un domaine de recherche actif qui vise à développer des techniques pour détecter et corriger les erreurs quantiques, garantissant ainsi la fiabilité des calculs quantiques sur des systèmes réels.
Algorithms quantiques :
Les chercheurs travaillent sur le développement d’algorithmes spécifiques conçus pour être exécutés sur des ordinateurs quantiques. Ces algorithmes exploitent les propriétés quantiques pour résoudre des problèmes complexes plus rapidement que les algorithmes classiques. Des exemples d’algorithmes quantiques prometteurs incluent l’algorithme de factorisation de Shor, l’algorithme de recherche de Grover et l’algorithme de simulation quantique.
L’utilisation de l’apprentissage automatique quantique et de l’intelligence artificielle quantique :
les chercheurs explorent l’utilisation de l’informatique quantique pour développer de nouveaux algorithmes d’apprentissage automatique et d’intelligence artificielle qui peuvent tirer parti des propriétés uniques des systèmes quantiques.
Montée en puissance des services cloud quantiques :
avec l’augmentation du nombre de qubits et des temps de cohérence, de nombreuses entreprises proposent désormais des services cloud quantiques aux utilisateurs, ce qui leur permet d’accéder à la puissance de l’informatique quantique sans avoir à construire leur propre ordinateur quantique.
Avancement de la correction d’erreurs quantiques :
Pour rendre un ordinateur quantique pratiquement utile, il est nécessaire de disposer de techniques de correction d’erreurs quantiques pour minimiser les erreurs qui se produisent pendant le calcul. De nombreuses nouvelles techniques sont en cours de développement pour atteindre cet objectif.
Encore à un stage précoce
L’informatique quantique est encore à un stade précoce de développement, et de nombreux défis techniques doivent être surmontés avant que des systèmes quantiques largement utilisables et commercialement viables ne deviennent réalité. Cependant, les progrès continus dans ces domaines d’innovation ouvrent des perspectives passionnantes pour l’informatique quantique dans un avenir proche.

Ecole : pour une révolution

Ecole : pour une révolution

par
Charline Avenel, Charline Avenel est rectrice de l’académie de Versailles

Tribune dans l’Opinion

Alors que notre pays a connu des émeutes urbaines qui appellent à plus d’éducation, à un travail sur l’engagement et les valeurs de notre jeunesse, le lien avec les parents, une transformation authentique se construit pourtant silencieusement. Lancé par le président de la République en septembre 2022, le Conseil National de la Refondation (CNR) est un puissant inducteur de transformation dont il faut s’emparer en libérant les initiatives des enseignants, en ouvrant l’Ecole à d’autres qu’elle-même et en faisant évoluer significativement la manière d’accompagner les acteurs
.

C’est ce que j’ai constaté à Grigny, où j’ai rencontré la communauté éducative du réseau d’éducation prioritaire renforcé Sonia Delaunay qui nous a présenté un projet d’« école flexible » embrassant le parcours des élèves de la maternelle à la 6e, proposant des réaménagements d’espaces qui traduisent de profondes réorganisations pédagogiques pour être au plus près des besoins des élèves, notamment en maternelle, en 6e et dans la liaison CM1-CM2-6e.

Ce projet, présenté avec fierté devant le Haut-Commissaire au Plan et les élus locaux, met ainsi en valeur la créativité des acteurs de terrain, qui utilisent leurs marges de manœuvre dans le cadre des concertations et du fonds d’innovation pédagogique pour concevoir un projet qui répond au défi éducatif de leur territoire et dont les vertus sont positives sur l’apprentissage, le vivre-ensemble et le bien-être des élèves.

Savoirs fondamentaux. Après quatre ans et demi à la tête de la plus grande académie de France, j’ai ainsi la certitude d’un mouvement qui s’amplifiera. Je crois d’abord à la nécessité d’une « révolution girondine », c’est-à-dire tournée délibérément vers les territoires, qui, grâce à la mobilisation des élus locaux, créera une alliance éducative solide et permettra une action concrète pour construire une école autonome, ouverte et partenariale et préparer l’avenir.

A Versailles, nous avons ainsi construit un projet « Collège A/Venir » avec une vingtaine de collèges, où les équipes ont réimaginé leur collège en actionnant les leviers « temps de l’élève », « temps du professeur » ou encore « espaces et aménagement ». Et les propositions, à Villiers-le-Bel, Clamart, Massy ou aux Mureaux (comme la journée 8h-18h préfigurant l’annonce présidentielle à Marseille), montrent qu’à côté des compétences disciplinaires à renforcer, nous avons intérêt à ce que nos élèves s’exercent aux compétences socio-comportementales dont la recherche souligne qu’elles confortent les savoirs fondamentaux, favorisent la coopération, l’autonomie et l’empathie des élèves.

Si, à elle seule, l’Ecole fait déjà beaucoup, elle ne peut pas tout. Elle a besoin de ses partenaires, notamment des parents
Ensuite, nous relèverons le niveau des élèves en assurant une réelle égalité des chances. Nous devons faire plus dans l’offre de formation publique, la manière de stimuler les apprentissages fondamentaux sur les territoires les plus fragiles pour sortir du déterminisme. Il faut investir dans des dispositifs comme « Un violon dans mon école », symbole d’excellence démocratisée, expérimenté dans le Val-d’Oise qui touche 7 000 élèves de la moyenne section au CE1 scolarisés en éducation prioritaire et dont une première évaluation de la pratique précoce de cet instrument montre les effets positifs sur les apprentissages.

A lire aussi: «Non, on ne déverse pas des milliards sur les banlieues» – la chronique d’Hakim El Karoui
Décloisonner. Enfin, je suis convaincue de l’absolue nécessité d’ouvrir l’école ! Si, à elle seule, elle fait déjà beaucoup, elle ne peut pas tout. Elle a besoin de ses partenaires, notamment des parents – le contexte actuel le montre bien – qui doivent être également parmi les acteurs principaux de cette alliance éducative que j’appelle de mes vœux.

Ainsi, pour le lycée professionnel et les formations professionnalisantes de l’enseignement supérieur, il faut diversifier et décloisonner l’offre de formation, la transformer vers les métiers de 2030, travailler avec les grandes filières et leurs acteurs publics comme privés : les quatre campus des métiers et des qualification de l’académie que nous avons créés et les projets à venir explorent des pistes innovantes : décloisonnement d’acteurs de la formation, partenariats publics privés, création d’appareils de formation qui n’existent pas, orientation et valorisation de la voie professionnelle, pédagogie de projets, mentorat. Cette ouverture et la coalition interministérielle sont nécessaires sur des sujets comme le handicap ou le harcèlement dans l’école et en dehors.

Il ne s’agit pas de brosser un tableau idyllique : à Versailles comme ailleurs, nous sommes confrontés à des difficultés, des défis d’attractivité du métier de professeur et de leur remplacement, de laïcité, de mixité, qui requièrent des réponses structurelles, de la capacité à « embarquer » les équipes. Mais, face aux espoirs qu’elle suscite , les moyens inédits dont nous disposons et la richesse des propositions qu’elle produit, la démarche du CNR et du pacte enseignant, le travail sur les métiers d’avenir et la modernisation de l’école nous engagent à nous transformer, à revisiter nos fonctionnements et à accompagner au plus près des besoins, en apportant des sources d’inspiration, en encourageant et en valorisant.

Evidemment, ces transformations nous bousculent, mais la démarche conforte le génie de notre école – reconnaître, encourager, libérer – porté par de formidables acteurs de terrain qui aspirent tous à une nouvelle manière de la réinventer pour conduire chacun à l’émancipation individuelle et à la réussite collective.

Charline Avenel est rectrice de l’académie de Versailles. Auparavant, elle a été secrétaire générale de Sciences Po et a travaillé dans le cabinet de Valérie Pécresse à l’Enseignement supérieur.

Pour une révolution en Russie…mais pacifique

Pour une révolution en Russie…mais pacifique

PAR
Lev Ponomarev?Responsable du mouvement d’opposition russe Paix, progrès et droits de l’homme

Les membres de l’opposition à Vladimir Poutine favorables à la lutte armée pour renverser le régime font courir au pays le risque du chaos et de la guerre civile, met en garde, dans une tribune au « Monde », le responsable du mouvement Paix, progrès et droits de l’homme, qui préconise une stratégie de sanctions à long terme.

Les 29 et 30 avril, lors d’une rencontre du Club démocratique russe à Berlin, nous avons acté le consensus sur lequel se retrouve l’ensemble de l’opposition. Il s’agit du soutien maximal à l’Ukraine, de la demande à la Russie d’arrêter cette guerre criminelle et de se retirer des territoires occupés jusqu’aux frontières internationalement reconnues. Le régime de Vladimir Poutine est illégitime. La politique impériale de la Russie à l’intérieur et à l’extérieur du pays doit cesser. Les criminels de guerre doivent être traduits en justice, et les victimes indemnisées.

Ces principes étant adoptés, nous devons maintenant parler de l’avenir. A ce propos, je voudrais attirer l’attention sur nos divergences, qui doivent être comprises par nos partenaires occidentaux, car elles affectent la stratégie de la lutte pour la démocratie en Russie. Nous partons du principe que l’Occident souhaite vivement que la Russie devienne un Etat démocratique libre et pacifique. La question principale est de savoir si nous nous unissons autour de l’idée d’une révolution démocratique pacifique en Russie ou si nous soutenons la lutte armée.

Avec mes collègues du mouvement Paix, progrès et droits de l’homme, nous pensons que le seul moyen d’amener la Russie à la démocratie est une révolution pacifique. Celle-ci demande beaucoup de temps et d’efforts de la part de la société civile russe et de l’Occident, mais il n’y a pas d’autre solution. De nombreuses organisations antiguerre qui n’ont pas perdu le contact avec la Russie travaillent dans ce sens.

Pourquoi suis-je convaincu que nous pouvons réussir ? Parce que je sais que le soutien à la guerre diminue chaque jour parmi la population : si [selon différentes estimations] 20 % des Russes désapprouvent la guerre, 20 % la soutiennent. Il nous faut travailler avec les 60 % restants en leur expliquant que seule la démocratie leur permettra d’avoir une vie décente, pour eux et pour leurs enfants. C’est ce qui s’est passé à l’époque soviétique sous l’influence occidentale et qui, en grande partie, a conduit à la révolution démocratique pacifique de 1989-1991. Nous pensons que cela peut se reproduire.

Quant au rôle que peut jouer l’Occident, il existe des analogies historiques, comme le rétablissement de la démocratie dans l’Allemagne fasciste vaincue. Le rôle des pays démocratiques a été décisif en raison de leur occupation de l’Allemagne.

IA- ChatGPT :une nouvelle « révolution anthropologique » ?

IA- ChatGPT :une nouvelle « révolution anthropologique » ?

Par Lionel Obadia, Université Lumière Lyon 2

Depuis la mise en ligne de la version « Chat » de l’intelligence artificielle (IA) GPT, capable d’imiter la production intellectuelle humaine, l’effervescence autour de ces technologies fait ressurgir dans les débats la notion de « révolution anthropologique ».

Or, ce que nous observons, au-delà de ChatGPT, est que chaque nouvelle avancée dans des technologies dites de « rupture » relève en fait de cette ambivalente technophilie, tentée par le technoscepticisme, qui oscille entre émerveillement et frisson face aux rapides et impressionnants progrès de l’informatique et de la cybernétique.
Depuis la victoire de Deep Blue, le super-ordinateur, contre un humain aux échecs, la tonalité est donnée : il se jouerait là un « tournant de l’histoire de l’humanité ».

Les dernières prouesses mathématiques et technologiques ont donné naissance à une rapide massification de ce que l’on désigne comme « intelligence artificielle », appellation que des spécialistes comme Luc Julia ou Jean-Louis Dessalles contestent car cette « intelligence » se décline en fait sous une multitude de dispositifs informatiques.

On trouve ainsi pêle-mêle des algorithmes d’aide à la décision, notamment juridique (CaseLaw Analytics), reconnaissance faciale comme FaceNet, musique générée par algorithmes avec Jukedeck, images générées par le texte avec Dall•E 2, agents conversationnels portables (Siri), domotique intelligente qui informe sur le contenu du réfrigérateur, robots humanoïdes capables d’engager et tenir une conversation… on pense ainsi à la désormais célèbre Sofia, qui passe de plateau TV en conférence, ou à Ameca, dont la gestuelle et les expressions ne cessent de montrer les limites de l’humain.

La massification des technologies et leur injection tous azimuts dans les sociétés contemporaines sont, certes, remarquables, et donnent l’impression d’une vague irrépressible de technologisation et de digitalisation des environnements humains.

Cette tendance nourrit un imaginaire débridé qui se pense nécessairement en rupture avec le passé, d’où la mode de la « révolution » aux accents transhumanistes. Nous serions ainsi à « l’aube » d’une « nouvelle » humanité prise dans une nouvelle « ère » technologique. Un récit qui oublie les nombreux ratés des dites technologies, d’ailleurs.
La « révolution de l’IA » ou « digitale » est-elle une révolution anthropologique ? Curieusement, ce sont les entrepreneurs comme Gilles Babinet, les historiens à succès, comme Yuval Noah Harari, les philosophes, comme Frédéric Worms, qui se sont emparés de l’expression (avec des termes plus ou moins exacts).
Le premier pour affirmer avec force que c’est bien le cas.

Le second, avec son livre Homo Deus, pour inscrire cette révolution dans un modèle de longue durée de l’histoire humaine au péril d’une simplification à outrance qui brouille les pistes entre lecture rétrospective de l’histoire et imagination prospective.

Le troisième, enfin, avec un bien plus de mesure, pour au moins souligner la pertinence d’un questionnement sur la profondeur des transformations en cours.
On regrettera que les anthropologues soient malheureusement peu mobilisés sur un débat qui concerne au premier chef la discipline dont le nom est mis à toutes les sauces, à quelques exceptions près. Emmanuel Grimaud a pris à bras le corps la question essentielle de la nature de l’IA par comparaison avec les traits d’une humanité toujours plus questionnée sur ce qui fait sa singularité.
Pascal Picq, s’en est emparé dans un genre très différent, puisque le paléoanthropologue n’hésite pas à sortir du cadre strict de l’anthropogenèse (l’évolution humaine). Il inscrit la révolution digitale dans le temps long de l’évolution humaine et, contre toute réduction intellectuelle, invite à penser la complexité des formes d’intelligences animales et artificielles.

Les anthropologues, habitués, par spécialisation intellectuelle, au temps long et plus enclins à considérer les continuités que les ruptures (souvent hâtivement annoncées) dans l’ordre des sociétés et les mutations culturelles, ont toutes les raisons d’être circonspects.
D’abord parce que tout changement technologique n’entraîne pas un changement culturel majeur. Suivant Claude Lévi-Strauss notamment dans Race et Histoire (1955), il faut peut-être réserver le terme à un phénomène de nature à transformer en profondeur (structurellement) l’ordre de la pensée et de l’organisation sociale.
Ce fut le cas avec la domestication du feu et des espèces animales, la sédentarisation et l’agriculture au néolithique, qui ne sont pas toutes des inventions (ex-nihilo) mais bien souvent des innovations au sens anthropologique du terme : l’amélioration d’une technique déjà élaborée par les humains. Et c’est en ce sens que l’IA et nombre de technologies digitales méritent proprement le terme d’innovation plus que d’inventions.

En ce sens, le philosophe Michel Serres évoquait une « troisième révolution » pour qualifier l’avènement du monde digital, après l’écriture et l’imprimerie. Il fait ainsi écho à Jack Goody, qui explique que la raison graphique a métamorphosé une raison orale, structurant la pensée et la communication humaine pendant des millénaires. En d’autres termes, ce ne sera pas l’unique fois, bien au contraire, où l’humanité se trouve confrontée à une réadaptation de ses manières de penser après un changement dans ses techniques.

Révolution, donc que cet Homo numericus comme on l’affirme ici ou là avec la force de la conviction que le présent explique tout ?
Si on suit l’historienne Adrienne Mayor, les civilisations de l’Antiquité ont déjà imaginé et même commencé à mettre en œuvre des technologies qui sont actuellement sur le devant de la scène, de manière embryonnaire pour l’IA ou plus aboutie pour les robots. Son God and Robots tord le cou à des lectures partielles et partiales d’une histoire monolithique et récente.
Elle narre ainsi les récits de Talos, « premier robot », puis le chaudron d’immortalité de Médée, les emprunts des humains aux animaux et aux Dieux pour accroître leurs pouvoirs, les premières statues « vivantes » de Dédale et Pygmalion, la création des humains plus qu’humains par Prométhée, les automates d’Héphaïstos, la première réalité virtuelle qu’incarne Pandore… Pour Mayor, la révolution numérique ne serait qu’une actualisation dans le présent d’anciennes technologies.

Une réinvention plus qu’une révolution, donc, et des impacts moins profonds qu’il n’y parait : les machines étaient là, depuis le début, dans l’imaginaire des humains qui ont tâtonné (dans tous les sens du terme) pour les matérialiser.
Certes, les technologies sont loin d’être identiques – entre les automates grecs et les machines agissantes de Boston Dynamics, l’écart est quand même sensible et toute technologie est d’abord évaluable dans son contexte – mais elles étaient déjà investies des espoirs de l’humanité d’être assistée voire suppléée dans ses tâches physiques (pour les robots) et intellectuelles (pour l’IA).

La révolution est-elle d’ailleurs anthropologique ou technologique ? La leçon de l’anthropologie, c’est de considérer comment l’humain élabore des technologies et comment celles-ci sont absorbées par les systèmes sociaux et culturels.

La « révolution numérique » ou « digitale » engendre indubitablement des transformations dans les technologies, sans qu’elles se traduisent mécaniquement par des mutations des modèles de comportements humains. De nouveaux usages apparaissent mais les modèles de comportement peuvent infléchir les techniques, plutôt que d’être infléchis par elles.
Suivant les plus critiques des spécialistes de l’IA, et des technologies digitales, il s’agit de considérer la singularité de chaque technologie et de ses effets : là où la réponse sociale aux agents conversationnels semble plutôt positive et immédiate (les chatbots sont facilement adoptés), les IA de reconnaissance faciale donnent lieu à des contournements au moyen de contre-systèmes informatiques.

Suivant Picq, il faut sans doute réserver aux smartphones un sort à part, dans le sens où ils allient la matérialité d’un ordinateur portable, et la virtuosité technologique des IA. Ce terminal concentré de technologie qui a quand même changé les modes de communication, accompagné ou engendré des changements dans la mobilité humaine, dans le rapport au savoir, etc. que Pascal Picq veut l’objet véritable de la « révolution » actuelle est le détournement dans le sens où il devient ordinateur portable plus que téléphone…

Bref, depuis le feu, les armes, la magie – peut-être première technologie de transformation de la réalité humaine – donc première réalité virtuelle de l’histoire ? – jusqu’à l’IA et les robots, l’humanité s’amuse et se fait peur avec ses créations technologiques, utiles ou ludiques.
Elle se plaît parfois à les constituer comme des créatures (sans qu’elles soient nécessairement anthropomorphisées) telles que la pensée mythique les figure. Rien de surprenant dans ce cadre que certains trichent avec ChatGPT par exemple.
En effet, l’humain est un être versé dans le ludisme, c’est-à-dire, qui aime le jeu comme l’affirmait le philosophe Johann Huizinga mais aussi dans le luddisme, une forme de crainte suscitée par les technologies (en référence au conflit social du XIXe siècle qui avait opposé des manufacturiers à des artisans, les luddistes qui dénonçaient l’emploi de machines).

La tentation reste toutefois grande de céder au fétiche intellectuel du terme « révolution ». Dans la plupart des cas, est qualifiée de révolution un changement culturel ou socio-technique dont sont observées les prémisses et sont conjecturés les impacts qui ne sont pas encore observés.

Or, une révolution (sauf sans doute quand elle se décrète sur le plan politique) se mesure à partir d’éléments rétrospectifs et non pas d’extrapolations, qui sont assez stables dans le domaine des sciences et technologies, mais très peu fiables en sciences humaines.

Si l’on considère toutefois les avancées actuelles de l’Intelligence artificielle, non plus du seul point de vue d’une échelle technologique linéaire, comme la loi de Moore, mais sur le plan des absorptions culturelles et adoptions sociales des technologies, sans doute faudrait-il alors parler (d’une même voix avec les informaticiens) d’évolution plutôt que de révolution anthropologique.
Mais au prix d’un renversement intellectuel majeur : celui de passer d’une pensée technocentrée (qui considère que c’est la technologie qui transforme la société) à une pensée sociocentrée des techniques (la perspective inverse, donc). Une petite « révolution » donc… ?
______
Par Lionel Obadia, professeur en Anthropologie sociale et culturelle, Université Lumière Lyon 2.
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

ChatGPT: Une révolution pour Bill Gates

ChatGPT: Une révolution pour Bill Gates


Les sociétés modernes sont-elles en train de vivre l’amorce d’une nouvelle révolution technologique ? Pas moins, selon Bill Gates. Le cofondateur de Microsoft estime que le « chatbot » ChatGPT est une invention aussi importante qu’Internet, a-t-il déclaré au quotidien économique allemand Handelsblatt, dans une interview publiée vendredi 10 février.

L’agent conversationnel ChatGPT, est capable de générer à la demande des articles, des recettes de cuisine et même des blagues avec une qualité similaire à celle d’un humain grâce à l’intelligence artificielle. « Jusqu’à présent, l’intelligence artificielle pouvait lire et écrire, mais ne pouvait pas comprendre le contenu. Les nouveaux programmes comme ChatGPT rendront de nombreux travaux de bureau plus efficaces en aidant à rédiger des factures ou des lettres. Cela va changer notre monde », a précisé le milliardaire américain au journal Handelsblatt.

Concurrence. Pour l’heure, l’univers du cloud et des recherches sur Internet pourraient être bouleversés. Et la transformation pourrait toucher d’autres secteurs ainsi que des postes de cols blancs. « L’intelligence artificielle combinée à la mondialisation pourrait remodeler le travail comme jamais auparavant », indiquait Richard Baldwin, professeur d’économie internationale à l’Institut des hautes études universitaires de Genève. Avec des gains de productivité à la clef et des débats sur le travail qui s’annoncent épineux, tant celui-ci structure les sociétés modernes.

ChatGPT, développé par la société américaine OpenAI et soutenu par Microsoft, a été classé comme l’application grand public ayant connu la plus rapide croissance de l’histoire. C’est une bataille de l’intelligence artificielle qui se dévoile, au feu vif de la concurrence. Google a ainsi officialisé sa réponse à ChatGPT, Bard, déjà critiqué pour une bourde et des lacunes. Quant au géant chinois de la tech, Baidu, il est aussi sur le pont, précisent Les Echos.

Quelle révolution industrielle en France?

Quelle révolution industrielle en France?

Les faits sont têtus et les chiffres mentent rarement. Depuis 1970, la part de l’industrie manufacturière par exemple, a été divisé par 2, passant 22,3 à 11,2%(1), soit deux fois moins que l’industrie allemande qui pèse aujourd’hui plus de 20 % de son PIB. La France peut cependant compter sur ses TPE et PME qui représentent plus de 99%(2) des entreprises présentes sur le territoire, mais également sur ses ETI qui assurent plus d’un tiers des exportations nationales(3).Par Alexandre Revol, Directeur général France IFS dans dans La Tribune

Un article pertinent sur l’obsolescence progressive du secteur de l’industrie manufacturière mais guère éclairant sur les perspectives de robotisation. NDLR

Seul bémol, les entreprises de taille intermédiaire sont trop peu nombreuses, comparativement à nos voisins européens(4). Nous avons donc une industrie qui a perdu de sa superbe ajouté à une trop grande proportion de TPE/PME, deux problématiques auxquelles tente de répondre l’État français avec son plan de 30 milliards d’euros sur les cinq prochaines années.

Pour beaucoup, la robotique était synonyme de perte d’emplois, mais les craintes soulevées par une usine ou industrie intégralement robotisée n’ont pas résisté aux nouvelles exigences clients, qui demandent toujours plus de personnalisation. L’avenir est désormais à la complémentarité entre l’homme et le robot collaboratif. Dans ce cas bien précis, les cobots(5) ne sont aucunement une menace pour l’emploi, mais plutôt l’assurance vie de ce dernier, en mêlant productivité accrue au savoir-faire humain.

Cette perspective a de quoi donner envie, mais y arriver à court ou moyen terme, il faudra, non seulement être efficace d’un point de vue législatif, mais avant tout régler les problèmes actuels de l’industrie 4.0. L’un des plus gros défis étant de ne pas perdre de vue le principal objectif qui est de fournir et de mettre à disposition des industriels, des solutions adéquates et à valeurs ajoutées pour les accompagner dans leur mutation.

Et qui dit révolution industrielle, implique également un changement de paradigme dans la façon de penser l’industrie. Un changement, qui, combiné à l’émergence d’un nouveau modèle de production oblige les industries à s’adapter aux évolutions du monde, et pas seulement au moment même de leur révolution. En d’autres termes, il serait dommageable d’entamer à marche forcée cette 5e révolution industrielle alors que les enjeux de la précédente n’ont pas encore été relevés. En effet, elle n’aura de sens que si notre révolution industrielle actuelle est réussie, les deux étant intrinsèquement liées.

On connaît désormais l’importance d’une approche durable et circulaire et la nécessité pour les entreprises d’être en constante évolution. Et tandis que l’industrie 4.0 n’a pas encore livré la quintessence de son nectar, l’industrie 5.0 sonne déjà à nos portes. Certes, l’industrie de demain, se construit et s’invente dès maintenant, mais il faut, pour avancer, une feuille de route claire et précise et surtout avec des objectifs communs. Et si l’une vise à remplacer l’autre, le processus est loin d’être instantané et prend donc du temps. Un temps pendant lequel les deux entités s’entremêlent pour, en l’occurrence, former un ensemble à la limite de l’abscons.

En effet, il n’existe à l’heure actuelle, aucun consensus ou définition exacte de l’industrie 5.0. Synonyme de durabilité et de résilience pour la Commission européenne, Gartner, dans son rapport de 2021(6), parle plutôt d’hyper automation, d’autonomie des objets connectés et de symbiose entre l’homme et la machine. Compliqué d’avancer dans ce brouillard ambiant. Dans cette course à l’innovation, il est important de prendre le temps. Le temps de la réflexion, de l’identification des objectifs et de surtout bien consolider les bases et les préceptes de l’industrie 4.0 tout en préparant sereinement la prochaine.
_______
(1) Denis Woronof, Histoire de l’industrie en France – du XVIe siècle à nos jours.
(2) Chiffre de l’INSEE 2021
(3) Rapport de la DGDDI de 2020 : « Les opérateurs du commerce extérieur »
(4) Rapport de l’institut Montaigne « ETI : taille intermédiaire, gros potentiel »
(5) Robots collaboratifs
(6) Gartner, Top 5 Strategic Technology Trends in Manufacturing Industries for 2021

12345



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol