Archive pour le Tag 'révolution'

Le chef des Gardiens de la révolution iraniens sanctionné par l’union économique

Le chef des Gardiens de la révolution iraniens sanctionné par l’union économique

L’union économique a décidé de sanctionner Hossein Salami, chef des Gardiens de la révolution, la force de sécurité la plus puissante et la plus lourdement armée de la République islamique.

« Hossein Salami a participé aux réunions qui ont abouti aux ordres de recourir à la force létale pour réprimer les manifestations de novembre 2019. Par conséquent, Hossein Salami porte la responsabilité de graves violations des droits de l’homme en Iran », est-il écrit dans le Journal officiel de l’UE.

Parmi les autres personnes visées par les sanctions de l’UE, qui entrent en vigueur lundi, figurent des membres de l’organisation Basij, qui est placée sous le commandement des Gardiens de la révolution, et son chef, Gholamreza Soleimani.

Des diplomates ont déclaré que ces sanctions étaient sans rapport avec les efforts visant à relancer l’accord nucléaire.Officiellement non, mais officieusement !

 

 

« Ne pas craindre la révolution numérique »

 « Ne  pas craindre la révolution numérique »

À l’occasion de la révolution numérique, Bernard Abate , haut fonctionnaire honoraire au ministère de l’Economie et des finances évoque les révolutions qui ont transformé le travail. (Interview dans l’opinion)

A-t-on raison de s’inquiéter du possible remplacement des hommes par des machines intelligentes, et de la mise au chômage dune partie de la population ?

Dans le passé, chaque vague d’innovation technologique a suscité la même interrogation, sans que jamais les populations ne soient durablement mises au chômage. Quand, par exemple, les machines à filer et à tisser ont remplacé les tisserands, il a fallu des mécaniciens pour les actionner et surtout les gens se sont mieux vêtus, la demande d’habillement a explosé. La situation sera-t-elle la même avec les nouvelles technologies ? Pas forcément. D’une part, parce que nous sommes arrivés au bout d’un cycle historique où les innovations ouvraient de nouveaux marchés à mesure que la technique s’emparait de nouveaux domaines d’activité : l’industrie, les transports, l’agriculture, les services, les travaux de bureau… Il n’y a plus guère de domaines à conquérir. D’autre part, parce que ce modèle de croissance quantitative de la consommation est remis en question par la crise écologique. Cependant, la révolution numérique porte en elle un nouveau type de croissance, qualitative cette fois. Le progrès ne consistera plus à étendre la technique à de nouveaux domaines d’activité mais à accroître la valeur ajoutée de tous les travaux, en apportant plus de qualité, plus d’individualisation des services, ce qui suscitera plus de demande et donc plus d’emploi pour la satisfaire.

Qu’est-ce qui vous fait penser qu’à l’avenir le travail sera plus valorisant pour les travailleurs ?

Pour la première fois dans l’histoire du travail, le numérique offre aujourd’hui une possibilité de réconciliation entre concentration des connaissances et appel à l’intelligence individuelle. Deux choses qui avaient été séparées par l’arrivée de la technique et des machines dans notre travail. Derrière son ordinateur et grâce au réseau numérique planétaire, le travailleur a accès à une prodigieuse quantité d’informations et d’outils de travail. Il établit des collaborations directes en ayant moins besoin de l’organisation verticale de l’entreprise. Il gagne en autonomie, tout en bénéficiant du capital collectif logé dans les plateformes et les systèmes d’intelligence artificielle. Le numérique permettra à l’homme de retrouver l’intelligence de son travail. Evidemment, le potentiel de concentration plus forte apporté par le numérique pousse, en sens inverse, vers des systèmes fermés et vers la formation de monopoles. Cependant, nous observons déjà la réussite spectaculaire de formes d’organisations plus ouvertes, par exemple avec Wikipedia ou les logiciels libres. Les grandes organisations aussi se transforment, en faisant appel au travail indépendant, en essayant de faire fonctionner en leur sein des réseaux coopératifs et des unités qui imitent le style de travail des start-up. Il est difficile de prédire à quoi ressembleront les nouvelles formes d’organisation sociale du travail dans vingt-cinq ans. Nous ne sommes qu’au début d’une révolution numérique dont le déploiement prendra le temps d’une génération. Les indices montrent que nous pourrions aller vers des formes d’organisation qui hybrident le travail indépendant et l’entreprise, les coopérations et les grandes organisations verticales.

«La révolution numérique offre aux administrations les mêmes possibilités d’évoluer vers plus d’autonomie et d’initiative des agents. Mais la bureaucratie est un système qui remonte à l’Antiquité. Son ancrage culturel dans le droit rend très difficile son évolution»

Au fondement des nouvelles formes de travail, vous mettez en avant la formation de couples travailleur/machine. Mais ce modèle n’est-il pas valable seulement pour les professions les plus qualifiées ? Ne risque-t-on pas une société à deux vitesses ?

Il est vrai que, s’agissant des professions intellectuelles, nous commençons à bien percevoir comment les couples homme/machines intelligentes seront plus productifs. Un médecin, un juriste, un ingénieur vont pouvoir apporter leur savoir-faire à des systèmes numériques pour qu’ils réalisent la partie la plus laborieuse de leur travail. Ils pourront ainsi à la fois gagner en qualité de diagnostic ou de production, et gagner du temps qu’ils pourront consacrer aux relations humaines, à la recherche. Qu’en sera-t-il dans les usines ? Un scénario pessimiste voudrait que les opérateurs soient déqualifiés. Munis de lunettes de réalité augmentée, ils se verraient dicter leurs tâches, instant après instant. Je crois dans la force productive du scénario inverse. Les « jumeaux numériques » de l’usine du futur, qui auront servi à la concevoir, descendront du bureau d’études vers les ateliers. Les opérateurs y auront accès et y gagneront la possibilité de diriger souplement les opérations, de fabriquer à la demande. Ils ressembleront à de nouveaux artisans assistés de machines intelligents. Même pour les travaux de service, les changements commencent à être entrevus. Dans une municipalité, les véhicules seront dotés de capteurs et d’un système capable d’évaluer le degré de saleté des rues afin d’orienter le travail des équipes de nettoyage. Le temps gagné pourra être redéployé vers un travail de prévention.

Dans le scénario optimiste que vous envisagez, le revenu universel serait donc inutile ?

L’idée du revenu universel est liée à cette peur qu’une partie de la population soit mise au chômage à cause des nouvelles technologies. Or, de façon durable, je n’y crois pas. Derrière ce concept, il y a la vieille idée que le travail serait un labeur qui pourrait, à l’avenir, être assuré avec moins d’effort, de manière banalisée. Cette idée résonne avec le rêve communiste et sa promesse que le progrès technique réduirait le temps et la complexité du travail. Aujourd’hui, le rêve a changé : ce serait celui d’une société où tout le monde travaille de manière intelligente et efficace pour apporter plus de bien-être à ses semblables. La transition, en revanche, appelle un gros effort de formation, et les protections sociales nécessaires.

Vous parlez de travailleur augmenté et pourtant le concept de transhumanisme ou d’homme augmenté grâce à la technologie est absent de votre livre. C’est volontaire ?

Oui. Cette perspective que les capacités physiques et mentales de l’homme puissent être augmentées au moyen de dispositifs artificiels est, en un sens, plus large que mon sujet de l’homme au travail : elle touche à la médecine, à l’éducation… Mais elle est aussi moins large. Quand je parle de travailleur « augmenté », je vise des couples homme/machine qui, au-delà des moyens techniques, révolutionnent l’organisation sociale du travail.

Vous êtes issu de l’administration française et êtes assez critique à l’encontre de la bureaucratie. Par son manque d’initiative et d’intelligence, vous l’assimilez à une forme de taylorisme. Le numérique va-t-il assouplir le fonctionnement de l’Etat comme il assouplit déjà celui des entreprises ?

De la même façon que dans la production, la direction du travail a été concentrée dans le capital technique, le travail des administrations est très largement régi par des réglementations. La révolution numérique offre aux administrations les mêmes possibilités d’évoluer vers plus d’autonomie et d’initiative des agents. Mais la bureaucratie est un système qui remonte à l’Antiquité. Son ancrage culturel dans le droit rend très difficile son évolution, j’y ai moi-même été confronté. À la lumière de la gestion récente de la crise sanitaire, il devient évident que l’étage juridique ne devrait servir qu’à fixer les objectifs et les exigences essentielles. Les règlements dictant aux agents les processus à suivre devraient être remplacés par des référentiels comme ceux du monde des entreprises, qui n’étouffent pas l’initiative individuelle. La tâche reste entière.

Vous concluez votre livre avec un point étonnant : la révolution numérique pourrait nous reconnecter à la nature…

Oui, pour plusieurs raisons. D’abord parce que, avec la digitalisation de l’économie, les actions sur le monde sont précédées et soutenues par une réalité virtuelle qui permet d’économiser le travail, les déplacements, les matières et l’énergie. Ensuite parce que le numérique accompagne la mutation de la croissance vers les services aux personnes et donc vers une moindre pression sur les ressources naturelles. Enfin parce que, si le numérique parvient à remettre au premier plan l’intelligence humaine, celle de l’individu se forme une idée plus juste de la solidarité qui nous lie à la nature qu’une économie dirigée par un capital anonyme.

« sociétés islamiques: une désintégration politique et morale qui appelle une révolution culturelle »

 « sociétés islamiques: une désintégration politique et morale qui appelle une révolution culturelle »

 

 

Pour les fondateurs du mouvement politique marocain Maan, Hamza Hraoui, Zakaria Garti, le délitement de la société arabe et de la civilisation musulmane fait émerger un urgent besoin de révolution culturelle

tribune

Et si la menace djihadiste et l’ère post-printemps arabe étaient l’opportunité d’accoucher enfin d’un nouveau modèle de société du monde arabo-musulman ? Un modèle réaliste, fidèle à l’identité de la région ?

Incontestablement oui. Plus qu’une opportunité, c’est même le devoir de notre génération, qui doit d’urgence combler le vide qu’occupent l’extrémisme religieux et le despotisme politique, pour exister avec une vision, des valeurs partagées, un projet commun, dans lesquels chacun et chacune peut se reconnaître, se projeter et s’investir.

Il nous faut repenser notre modèle de société, dont nous sentons qu’il atteint ses limites, et oser nous poser des questions. Quel équilibre trouver pour faire de la religion une base d’élévation de l’esprit critique et de l’émancipation intellectuelle ? Quel modèle d’intégration voulons-nous : régional ou panarabe ? Au Maghreb, que voulons-nous pour nos enfants ? Qu’est-ce qu’être arabe aujourd’hui ? Et qu’est-ce qu’être musulman ? Qu’est-ce qu’une société islamique moderne au XXIsiècle ?

Les questions sont si nombreuses et si complexes, mais nos capacités d’y répondre sont grandes ! Nous avons des talents et des ressources qui ne demandent qu’à être mobilisés pour trouver des réponses. Face à la menace terroriste qui nous guette, l’heure est à la vigilance sécuritaire, mais aussi à la mobilisation intellectuelle et politique de tous.

Un désordre régional inouï

Oui, il faut détruire les groupuscules djihadistes et leurs acolytes, mais il faut aussi analyser ce qui les nourrit, poser à plat les dysfonctionnements et les injustices qui font que des personnes fanatisées bénéficient aujourd’hui du soutien de certaines franges de la population, en Afrique comme en Europe. C’est sur la base de cette analyse profonde et sans fard que nous pourrons collectivement construire un modèle de développement réaliste, fidèle à l’identité islamique et inclusif, au Maroc et dans d’autres pays arabes.

On le sait désormais : l’ingérence incessante des puissances atlantistes et de la Russie, depuis le découpage du Proche-Orient aux accords Sykes-Picot de 1916, mais aussi plus récemment l’ingérence turque en Libye ou iranienne en Syrie, ont créé un désordre régional inouï. Le terrorisme s’est nourri de la frustration et de l’humiliation, que les puissances occidentales, avec la bienveillance de quelques régimes arabes, ont contribué à installer.

Il est cependant trop simple de mettre l’Occident face à ses responsabilités et de ressasser le passé sans nous poser aussi la question du vide identitaire et culturel qu’affronte aujourd’hui le monde arabe. Amine Maalouf résume très bien cette réalité non assumée : « Les actes de terrorisme ont leur origine dans la désintégration politique et morale de plusieurs pays arabes et musulmans… La tragédie est si ample et si profonde qu’il faudra plusieurs décennies pour la surmonter. »

Et de poursuivre : « Je demeure persuadé que le monde arabe aurait pu contribuer à la civilisation contemporaine comme il l’a fait pendant des siècles. En partie par sa faute, en partie par la faute des autres, il n’a pas su emprunter cette voie. Au lieu de devenir un pôle de progrès, il s’est retrouvé en proie à une régression sans précédent. Le printemps arabe a failli être ce sursaut, il ne l’a pas été. »

Notre identité et nos valeurs

Comme le rappelait très justement le penseur sénégalais Bachir Diagne, après la mort d’Averroès, la tradition philosophique islamique a connu une très longue éclipse dans le monde musulman. On assiste à une sorte de pétrification. Il n’est pas sûr que cette éclipse soit finie. D’où le combat en faveur de la philosophie engagé à partir du XIXsiècle et qui se poursuit encore aujourd’hui.

Au début du XXsiècle, le penseur égyptien Mohammed Abdou s’est ainsi battu pour que l’université Al-Azhar du Caire réintroduise l’enseignement de la philosophie. Battons-nous aujourd’hui pour réinventer notre modèle de société en puisant dans ce que notre civilisation a offert au monde.

Nos figures d’autorité se sont fragilisées dans le monde entier en préférant ne pas poser les questions sensibles. Dans une société qui éprouve des difficultés à débattre sereinement et à s’adapter aux évolutions en cours, le peuple a au contraire besoin de référentiels solides, loin des agitations médiatiques et d’une classe politique malmenée.

Ne laissons pas les autres nous dire qui nous sommes : posons sereinement le débat autour de notre identité et de nos valeurs.

Nous proposons pour cela que le Maghreb donne l’exemple et soutienne au plus haut niveau la création d’un conseil, réunissant entrepreneurs, artistes, intellectuels, historiens, étudiants, savants musulmans et oulémas, diaspora… Ces personnalités de la société civile débattront librement, dans une enceinte neutre politiquement, des questions qui traversent la société maghrébine et plus globalement arabe d’aujourd’hui et qui dessinent celle de demain.

Proposer un autre « califat islamique »

Analysons sereinement et sincèrement les causes du délitement de la société arabe et de la civilisation musulmane. Les médias devront jouer pleinement leur rôle d’intermédiaire, pour expliquer et mettre en perspective les enjeux, pour informer et stimuler la pensée libre et les solutions qui sont proposées. Les Etats devront garantir que les analyses que ce conseil aura produites soient prises en considération pour formuler une doctrine émancipatrice et la mettre en œuvre avec tous les moyens utiles.

Le Maghreb, grâce notamment à sa richesse culturelle, a la légitimité et l’influence suffisantes pour porter ce mouvement de réflexion au-delà de ses limites géographiques dans le Golfe et en Europe. La jeunesse à Ryad, à Abou Dhabi ou à Doha mérite mieux qu’un modèle non démocratique où le nombre de fonctionnaires dépasse la charge de travail et où les revenus pétroliers servent souvent à financer les contrats d’armement au lieu de bâtir des universités ou des centres de recherche qui rayonnent sur le monde.

Tendons la main aux populations des monarchies pétrolières, qui font partie de notre identité et de notre histoire, et construisons avec elles le modèle islamique de demain. La jeunesse française d’origine maghrébine, du 93 ou des quartiers de Saint-Etienne ou de Nice, mérite mieux que d’être assimilée à des terroristes. Construisons avec elle ce nouveau modèle qui lui permettra de redéfinir positivement son identité et sa place dans son pays : la France.

Que nous le voulions ou non, les sociétés islamiques et plus spécifiquement arabes, sont face à leurs responsabilités et n’ont plus d’autre choix que de faire leur révolution culturelle et idéologique. N’attendons pas des responsables politiques qu’ils nous apportent les solutions : prenons en main l’avenir du Maghreb, du monde tout court ! Faisons nos révolutions coperniciennes individuelles et collectives, petites et grandes, immédiates et à long terme.

Définissons notre nouveau modèle de société et faisons preuve d’audace et de fermeté pour le rendre viable. Considérons la menace djihadiste comme le tournant de notre civilisation, proposons un autre « califat islamique » reposant sur un bien commun fait d’intelligence, de liberté, de connaissance et de respect mutuel. Et déplaçons pour cela l’influence arabe de Rakka à Alger, de Kaboul à Rabat, du nord-est du Nigeria à Tunis.

Hamza Hraoui est communicant et cofondateur de Maan. Zakaria Garti est banquier d’affaires et cofondateur de Maan.

Sociétés islamiques: l’urgence d’une révolution culturelle

 Sociétés islamiques: l’urgence d’une révolution culturelle

Pour les fondateurs du mouvement politique marocain Maan, Hamza Hraoui et  Zakaria Garti  il faut proposer un autre « califat islamique » reposant sur un bien commun fait d’intelligence, de liberté et de respect mutuel.

Tribune.

Et si la menace djihadiste et l’ère post-printemps arabe étaient l’opportunité d’accoucher enfin d’un nouveau modèle de société du monde arabo-musulman ? Un modèle réaliste, fidèle à l’identité de la région ?

Incontestablement oui. Plus qu’une opportunité, c’est même le devoir de notre génération, qui doit d’urgence combler le vide qu’occupent l’extrémisme religieux et le despotisme politique, pour exister avec une vision, des valeurs partagées, un projet commun, dans lesquels chacun et chacune peut se reconnaître, se projeter et s’investir.

Il est cependant trop simple de mettre l’Occident face à ses responsabilités et de ressasser le passé sans nous poser aussi la question du vide identitaire et culturel qu’affronte aujourd’hui le monde arabe. Amine Maalouf résume très bien cette réalité non assumée : « Les actes de terrorisme ont leur origine dans la désintégration politique et morale de plusieurs pays arabes et musulmans… La tragédie est si ample et si profonde qu’il faudra plusieurs décennies pour la surmonter. » 

Et de poursuivre : « Je demeure persuadé que le monde arabe aurait pu contribuer à la civilisation contemporaine comme il l’a fait pendant des siècles. En partie par sa faute, en partie par la faute des autres, il n’a pas su emprunter cette voie. Au lieu de devenir un pôle de progrès, il s’est retrouvé en proie à une régression sans précédent. Le printemps arabe a failli être ce sursaut, il ne l’a pas été. »

Notre identité et nos valeurs

Comme le rappelait très justement le penseur sénégalais Bachir Diagne, après la mort d’Averroès, la tradition philosophique islamique a connu une très longue éclipse dans le monde musulman. On assiste à une sorte de pétrification. Il n’est pas sûr que cette éclipse soit finie. D’où le combat en faveur de la philosophie engagé à partir du XIXsiècle et qui se poursuit encore aujourd’hui.

Au début du XXsiècle, le penseur égyptien Mohammed Abdou s’est ainsi battu pour que l’université Al-Azhar du Caire réintroduise l’enseignement de la philosophie. Battons-nous aujourd’hui pour réinventer notre modèle de société en puisant dans ce que notre civilisation a offert au monde.

 

Nos figures d’autorité se sont fragilisées dans le monde entier en préférant ne pas poser les questions sensibles. Dans une société qui éprouve des difficultés à débattre sereinement et à s’adapter aux évolutions en cours, le peuple a au contraire besoin de référentiels solides, loin des agitations médiatiques et d’une classe politique malmenée. 

Ne laissons pas les autres nous dire qui nous sommes : posons sereinement le débat autour de notre identité et de nos valeurs.

Nous proposons pour cela que le Maghreb donne l’exemple et soutienne au plus haut niveau la création d’un conseil, réunissant entrepreneurs, artistes, intellectuels, historiens, étudiants, savants musulmans et oulémas, diaspora… Ces personnalités de la société civile débattront librement, dans une enceinte neutre politiquement, des questions qui traversent la société maghrébine et plus globalement arabe d’aujourd’hui et qui dessinent celle de demain.

Proposer un autre « califat islamique »

Analysons sereinement et sincèrement les causes du délitement de la société arabe et de la civilisation musulmane. Les médias devront jouer pleinement leur rôle d’intermédiaire, pour expliquer et mettre en perspective les enjeux, pour informer et stimuler la pensée libre et les solutions qui sont proposées. Les Etats devront garantir que les analyses que ce conseil aura produites soient prises en considération pour formuler une doctrine émancipatrice et la mettre en œuvre avec tous les moyens utiles.

 

Le Maghreb, grâce notamment à sa richesse culturelle, a la légitimité et l’influence suffisantes pour porter ce mouvement de réflexion au-delà de ses limites géographiques dans le Golfe et en Europe. La jeunesse à Ryad, à Abou Dhabi ou à Doha mérite mieux qu’un modèle non démocratique où le nombre de fonctionnaires dépasse la charge de travail et où les revenus pétroliers servent souvent à financer les contrats d’armement au lieu de bâtir des universités ou des centres de recherche qui rayonnent sur le monde. 

Tendons la main aux populations des monarchies pétrolières, qui font partie de notre identité et de notre histoire, et construisons avec elles le modèle islamique de demain. La jeunesse française d’origine maghrébine, du 93 ou des quartiers de Saint-Etienne ou de Nice, mérite mieux que d’être assimilée à des terroristes. Construisons avec elle ce nouveau modèle qui lui permettra de redéfinir positivement son identité et sa place dans son pays : la France.

 

Que nous le voulions ou non, les sociétés islamiques et plus spécifiquement arabes, sont face à leurs responsabilités et n’ont plus d’autre choix que de faire leur révolution culturelle et idéologique. N’attendons pas des responsables politiques qu’ils nous apportent les solutions : prenons en main l’avenir du Maghreb, du monde tout court ! Faisons nos révolutions coperniciennes individuelles et collectives, petites et grandes, immédiates et à long terme. 

Définissons notre nouveau modèle de société et faisons preuve d’audace et de fermeté pour le rendre viable. Considérons la menace djihadiste comme le tournant de notre civilisation, proposons un autre « califat islamique » reposant sur un bien commun fait d’intelligence, de liberté, de connaissance et de respect mutuel. Et déplaçons pour cela l’influence arabe de Rakka à Alger, de Kaboul à Rabat, du nord-est du Nigeria à Tunis.

 

Hamza Hraoui est communicant et cofondateur de Maan. Zakaria Garti est banquier d’affaires et cofondateur de Maan. 

Pas de conquête des acquis sociaux sans révolution (Marc Lambron, académicien )

Pas de  conquête des acquis sociaux sans  révolution (Marc Lambron, académicien )

 

 

Invité sur Europe 1, l’académicien Marc Lambron, auteur de Carnet de bal : chroniques 4 (Grasset), est revenu sur les mouvements sociaux qu’a connu la France en 2019, notamment la mobilisation contre la réforme des retraites. Ils illustrent d’après lui l’essence et l’aspiration révolutionnaires spécifiques à la France.

« Nous sommes dans un pays d’essence et d’aspiration révolutionnaire depuis au moins deux siècles et la conquête des acquis sociaux s’est faite par révolution, par renversement, ou en tout cas par épreuve de force », explique Marc Lambron. Il ajoute : « A la différence de certains pays qui sont plus aptes à la congestion ou au dialogue comme l’Allemagne, là on voit bien qu’on est dans le cas assez français d’une opposition qui devient frontale et peut-être fractale. »

L’académicien estime qu’en ce moment, « il y a une cristallisation sur ce mode insurrectionnel qui appartient à notre histoire » et que cela s’est joué en deux temps. Tout d’abord un phénomène de « dégagisme » qui touche le monde entier et « qui donne des solutions politiques extrêmes comme Trump, le Brexit, les démocratures en Europe de l’Est ». Pour Marc Lambron, « l’élection de 2017 a témoigné d’une certaine sagesse française à cet égard. Il y a eu un dégagisme mais on l’a joué au centre ».

Cependant, dans l’année et demie qui a suivi l’élection d’Emmanuel Macron, il y a eu « le dégagisme de la rue » qui a commencé par les gilets jaunes. « Emmanuel Macron, qui est l’agent d’un coup de balai, se retrouve lui-même comptable – ce qui est finalement pas tout à fait juste au bout de 16 ou 17 mois de présence au pouvoir – de 30 années au moins d’incuries, ou de tergiversations, ou d’immobilisme. C’est un peu ça le sens de la crise aujourd’hui », analyse-t-il.

Les différents mouvements sociaux qu’a connu la France ces derniers mois font dire à l’académicien que « ce que nous affrontons en ce moment sont des systèmes extrêmement protecteurs qui ont été mis en place pendant une phase de prospérité, c’est-à-dire les Trente Glorieuses, et nous nous y sommes habitués ». Il estime toutefois qu’ »il nous faut prendre, d’une façon ou d’une autre, le deuil ou le deuil partiel de ce à quoi nous étions habitués ».

 

 

La révolution numérique et l’émergence d’un nouveau concept narcissique

La révolution numérique et l’émergence d’un nouveau 

concept narcissique (Clotilde Leguil)

 

Notre époque favorise un nouveau narcissisme numérique pour  la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil dans son dernier livre « “Je”, une traversée des identités » (PUF). Elle en attribue la cause à un internet de l’intime qui provoque souffrance et enfermement. Car si le narcissisme est nécessaire à la constitution de l’individu, il devient mortifère quand il n’est pas dépassé. Indiscutablement les technologies numériques ont permis des progrès qui rendent possible de s’affranchir d’une certaine manière de l’espace. Elle constitue un moyen d’ouverture sur le monde en favorisant l’accélération des échanges d’informations, de bien et de culture. C’est un changement fondamental aussi dans les conditions de production et de consommation. Des outils qui peuvent permettre un accès sans limite à la formation, à la culture et à l’échange. Mais des outils qui peuvent aussi aliéner quand en fait le sujet utilisateur de ces technologies devient l’unique objet de l’utilisation de ces outils. Le monde virtuel qui l’accompagne constituant une sorte de miroir sujet lui-même. Avec en plus une addiction quasi permanente à ce miroir. (Interview de lobs) extraites :

Vous expliquez que nous vivons dans une période particulièrement propice au narcissisme, quels en sont les symptômes ?

Tout part d’une formule que j’ai découverte par hasard à Venise. Alors que je me surprenais à regarder des touristes se filmant avec leur iPhone plutôt que de contempler la beauté de la ville, j’ai lu un graffiti : « Le narcissisme de masse est le goulag des temps modernes. » Aphorisme que j’ai trouvé poétique et rassemblant quelque chose d’un diagnostic de notre époque. Il ne s’agit pas pour moi de dénoncer le narcissisme en tant que tel. Ce que j’interroge, c’est une nouvelle version du narcissisme au XXIe siècle, liée à la révolution numérique, un narcissisme à la fois globalisé et enfermant.

Aujourd’hui, l’univers d’internet – les réseaux sociaux, les sites de rencontre etc. – capte quasiment l’entièreté de la libido : les foules sont comme hypnotisées par le regard de l’autre qui les contemple derrière son écran. »

La révolution numérique favorise un nouveau concept narcissique (Clotilde Leguil)

 La révolution numérique favorise un nouveau  concept narcissique (Clotilde Leguil)

 

Notre époque favorise un nouveau narcissisme numérique pour  la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil dans son dernier livre « “Je”, une traversée des identités » (PUF). Elle en attribue la cause à un internet de l’intime qui provoque souffrance et enfermement. Car si le narcissisme est nécessaire à la constitution de l’individu, il devient mortifère quand il n’est pas dépassé. Indiscutablement les technologies numériques ont permis des progrès qui rendent possible de s’affranchir d’une certaine manière de l’espace. Elle constitue un moyen d’ouverture sur le monde en favorisant l’accélération des échanges d’informations, de bien et de culture. C’est un changement fondamental aussi dans les conditions de production et de consommation. Des outils qui peuvent permettre un accès sans limite à la formation, à la culture et à l’échange. Mais des outils qui peuvent aussi aliéner quand en fait le sujet utilisateur de ces technologies devient l’unique objet de l’utilisation de ces outils. Le monde virtuel qui l’accompagne constituant une sorte de miroir sujet lui-même. Avec en plus une addiction quasi permanente à ce miroir. (Interview de lobs) extraites : 

Vous expliquez que nous vivons dans une période particulièrement propice au narcissisme, quels en sont les symptômes ?

Tout part d’une formule que j’ai découverte par hasard à Venise. Alors que je me surprenais à regarder des touristes se filmant avec leur iPhone plutôt que de contempler la beauté de la ville, j’ai lu un graffiti : « Le narcissisme de masse est le goulag des temps modernes. » Aphorisme que j’ai trouvé poétique et rassemblant quelque chose d’un diagnostic de notre époque. Il ne s’agit pas pour moi de dénoncer le narcissisme en tant que tel. Ce que j’interroge, c’est une nouvelle version du narcissisme au XXIe siècle, liée à la révolution numérique, un narcissisme à la fois globalisé et enfermant.

Aujourd’hui, l’univers d’internet – les réseaux sociaux, les sites de rencontre etc. – capte quasiment l’entièreté de la libido : les foules sont comme hypnotisées par le regard de l’autre qui les contemple derrière son écran. »

Brexit : quelle révolution pour le système agroalimentaire britannique ?

Brexit : quelle révolution  pour le système agroalimentaire britannique ?

Suite au Brexit, Tim Lang, professeur de politique agroalimentaire à la City University of London, propose uene révolution du système agroalimentaire qui pourrait aussi intéresser les agriculteurs français ! (extraits de l’interview de la Tribune).

 

-Selon vos études, quel est le principal danger que le Brexit fait encourir au système alimentaire britannique?

TIM LANG - Notre dernier rapport, Feeding Britain: Food Security after Brexit (nourrir la Grande-Bretagne : la sécurité alimentaire après le Brexit) rappelle à l’opinion publique et aux politiques britanniques que, depuis 50 ans, notre système alimentaire est intégré à celui des autres États membres. La Grande-Bretagne ne se nourrit pas toute seule: elle importe 30% de sa nourriture directement de pays de l’Union européenne et 11% de pays tiers ayant négocié des traités de commerce alimentaire avec l’UE. Quitter l’Union européenne signifie donc perturber 50 ans de négociations, qui ont pourtant globalement amélioré la qualité de l’offre.

Dans votre rapport, vous évoquez également la question des migrants…

Oui. L’horticulture britannique est l’un de nos rares succès agricoles, grâce à nos fraises, framboises, etc. Mais la cueillette dépend entièrement de 60-70.000 travailleurs d’autres pays de l’UE -dont l’expulsion a motivé une partie de ceux qui ont voté pour le Brexit. Il y a quelques semaines, le gouvernement a affirmé qu’il introduira un nouveau régime pour les travailleurs saisonniers, mais seulement pour 2.500 personnes ! Cela va détruire notre industrie horticole. Sans compter les effets sur la fabrication alimentaire britannique, dont 30% des emplois sont aussi occupés par des migrants de l’UE… Si ces travailleurs ne viennent plus de Roumanie, Bulgarie, Croatie, Slovénie, Lettonie, Lituanie, d’où viendront-ils? Inde, Pakistan, Algérie, Afghanistan? Quels nouveaux pays nous fourniront de la main-d’œuvre agricole bon marché? Les idéologues de la droite nous disent qu’il ne fait pas s’inquiéter, car nous aurons des robots. Mais pour cela, il faudra au moins 15 ans… alors que les Britanniques disent déjà aujourd’hui qu’ils veulent de la nourriture locale!

Pourquoi le système alimentaire britannique se retrouve-t-il à être si dépendant des importations?

La Grande-Bretagne ne produit plus sa propre nourriture depuis 1780. Grâce à son Empire, elle a commencé dès la fin du 18e siècle à importer de la nourriture de l’Amérique du Nord, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande… Et en 1846, lors de l’abolition des textes réglementaires qui encadraient le commerce de céréales avec l’étranger (les « corn laws »), elle a pris la décision politique de ne pas soutenir ses agriculteurs. Depuis 172 ans la culture politique des Britanniques consiste ainsi à croire que le reste du monde les nourrira: que dès lors que nous gagnons de l’argent via d’autres industries, nous pouvons le dépenser pour acheter de la nourriture bon marché d’autres pays. C’est une vision impériale de la nourriture!

Cette approche a été remise en cause lors des deux guerres mondiales. En 1939, nous importions 70% de nos aliments. En 1945, nous n’en importions plus qu’un tiers: nous avions réussi, malgré la guerre, à doubler notre production. Pour ne plus reproduire de trop graves situations de dépendance, après la guerre il fut donc décidé de reconstruire l’agriculture britannique, en mettant en place un système d’aides pour les agriculteurs. Mais en 1973, quand nous avons rejoint la Communauté économique européenne, nous en avons intégré un nouveau, celui du marché unique. Aujourd’hui, certains supporteurs du Brexit pensent qu’il faudrait retourner au modèle de 1846, d’autres à celui de 1939… Quoi qu’il en soit, d’importantes décisions politiques doivent être prises, et soumises à l’opinion publique. Or, les citoyens britanniques ignorent complètement ces enjeux.

Mais les importations de l’Union européenne ne pourraient-elles pas être remplacées par de la nourriture venant d’autres pays?

Il y a effectivement une véritable pression de la part de certains membres du parti conservateur, des néo-libéraux, pour importer de la nourriture bon marché des Etats-Unis, de pays émergents ou d’anciennes colonies. Mais conclure un accord commercial avec les Etats-Unis a de graves implications. Depuis deux ans, le secrétaire d’Etat américain au Commerce le dit clairement: si le Royaume-Uni signe un traité avec les Etats-Unis, il devra abandonner les standards alimentaires européens. Et si au lieu que de l’Espagne, du Portugal, de la Pologne ou de l’Italie, nous importons de l’Afrique de l’Ouest, de la Turquie, d’Israël, quels contrôles de qualités appliquerons-nous? Le Brexit engendre donc d’importants choix politiques qui ne sont pas suffisamment discutés.

Quel impact risque notamment d’avoir le Brexit sur les agriculteurs?

Pendant les 50 dernières années, le système agroalimentaire a traversé une véritable révolution. Nous croyons encore que notre nourriture vienne des agriculteurs, mais ce n’est plus vrai. Les agriculteurs ne créent que des matières premières bon marché pour un traitement industriel de masse. Ceux d’entre eux qui nourrissent encore directement les consommateurs ne sont pas nombreux. Le système alimentaire est largement industrialisé, et chez nous plus que dans le reste de l’Union européenne. La grande partie de l’argent produit par le secteur agroalimentaire est d’ailleurs gagné par les fabricants industriels et par un petit nombre de distributeurs. En Grande-Bretagne, le système est très concentré: six distributeurs se partagent 90% des ventes de nourriture. Le secteur des services a aussi énormément crû pendant les dernières trente années: traiteurs, restaurants, cafés, plats à emporter…

Ce nouveau système écrase  les agriculteurs, qui ne gagnent plus beaucoup d’argent. Les marges des fabricants alimentaires sont de l’ordre de 15-16%. Dans la distribution, le rendement du capital est de 2%. Il peut aussi être plutôt haut dans les services -même si la plupart des cafés et restaurants ferment boutique après deux ou trois ans. Les agriculteurs en revanche ne survivent désormais qu’en s’agrandissant, alors que la valeur en capital des terres est très élevée. Si les Britanniques veulent plus d’agriculteurs, ils doivent donc accepter de les rémunérer davantage. Mais que va-t-il se passer si nous quittons l’UE? Le gouvernement a évoqué l’idée de d’abord maintenir les aides pour trois ans, puis de les réduire progressivement pendant une décennie. Ce ne sont pas des délais très longs en termes de pratiques agricoles…

Or, nous pensons que la « disruption » du Brexit est l’occasion de repenser radicalement notre agriculture, en tenant compte de l’ensemble de ses nouveaux défi: le développement durable, le réchauffement climatique, le stress hydrique, la perte de biodiversité, la santé publique… Une nouvelle révolution alimentaire est nécessaire afin de renverser les dernières 50 années. La question concerne d’ailleurs l’ensemble de l’Europe: comment créer des régimes alimentaires « durables », tenant compte non seulement des capacités nutritionnelles des aliments, mais aussi de leurs effets sur l’environnement, l’économie et la société?

Vous pensez donc que le Brexit peut aussi être une opportunité positive pour le système agro-alimentaire britannique?

Théoriquement oui. Mais le gouvernement actuel, qui depuis le référendum montre ne pas avoir de vision à propos de la question alimentaire, vient de proposer une loi agricole où les agriculteurs sont réduits au rôle de gardiens des paysages, selon une approche de la gestion des terres purement environnementale. Certes, c’est très positif, voire nécessaire, d’adresser les questions des sols et du carbone… Mais il n’y a toujours pas de plan alimentaire national! Or, à quoi sert la terre: à nourrir la population ou à la contemplation des riches ? Depuis le plan dit  »de Chequers » présenté en juillet par le gouvernement, qui contient aussi quelques mesures visant à anticiper les conséquences du Brexit dans le secteur agroalimentaire, mes collègues chercheurs et moi ne savons pas du tout si et comment le gouvernement continue de réfléchir à la question. Nos recherches depuis deux ans nous ont convaincus que l’ensemble des acteurs du secteur sont laissés dans la même ignorance. Ceci est inacceptable. Un enjeu aussi sérieux, économiquement, politiquement et culturellement, doit être discuté sérieusement et publiquement.

Gilets jaunes: Colère, révolte ou révolution

Gilets jaunes: Colère, révolte ou révolution

Nombre d’experts, politologues, sociologues, historiens s’interrogent légitimement pour qualifier la nature du mouvement des gilets jaunes et sa perspective. Il  semble partager en commun cependant le fait que le mouvement des gilets jaunes ne peut être réduit à une action de parti d’extrême droite ou de gauche. En effet, le cœur des gilets jaunes semble particulièrement attaché à son indépendance politique. D’un certain point de vue, les gilets jaunes expriment aussi leurs doutes voir leur rejet des outils actuels de médiation (partis, syndicats, élus et autres institutions). S’agit-il d’une jacquerie éphémère ou d’une rupture politique plus fondamentale. Évidemment seul l’avenir pourra permettre de répondre à cette question. Il semble bien toutefois qu’il s’agisse cependant d’un mouvement général qui conteste non seulement la fiscalité mais au-delà le caractère injuste de la politique économique et sociale et même les conditions de la démocratie. Difficile de dire s’il s’agit d’une colère temporaire, d’une révolte ou d’une révolution. Peut-être pas d’une révolution qui impliquerait de jeter aux orties les institutions de la Ve République et leurs représentants mais la prise de conscience que le peuple des couches moyennes et populaires est désormais en capacité d’exprimer mécontentement et ses doléances et à tout moment. Une sorte de syndicat des citoyens pour peser sur les orientations économiques, sociales mais aussi environnementales et sociétales. On ne peut hypothéquer les formes organisationnelles que se donneront les gilets jaunes mouvement, syndicats de citoyens, partis politiques ou autres  Ce qui est certain c’est que l’expression publique des gilets jaunes a constitué un mouvement de réassurance identitaire pour nombre de catégories sociales auxquelles jusque-là on avait donné l’impression qu’ils n’existaient plus, ne pesaient plus. Chaque décision politique importante devra intégrer désormais le fait qu’à un moment ou un autre les gilets jaunes seront à nouveau capable de descendre dans la rue pour faire prendre en compte leur problématique.

 

Colère, révolte ou révolution

Colère, révolte ou révolution

Nombre d’experts, politologues, sociologues, historiens s’interrogent légitimement pour qualifier la nature du mouvement des gilets jaunes et sa perspective. Il  semble partager en commun cependant le fait que le mouvement des gilets jaunes ne peut être réduit à une action de parti d’extrême droite ou de gauche. En effet, le cœur des gilets jaunes semble particulièrement attaché à son indépendance politique. D’un certain point de vue, les gilets jaunes expriment aussi leurs doutes voir leur rejet des outils actuels de médiation (partis, syndicats, élus et autres institutions). S’agit-il d’une jacquerie éphémère ou d’une rupture politique plus fondamentale. Évidemment seul l’avenir pourra permettre de répondre à cette question. Il semble bien toutefois qu’il s’agisse cependant d’un mouvement général qui conteste non seulement la fiscalité mais au-delà le caractère injuste de la politique économique et sociale et même les conditions de la démocratie. Difficile de dire s’il s’agit d’une colère temporaire, d’une révolte ou d’une révolution. Peut-être pas d’une révolution qui impliquerait de jeter aux orties les institutions de la Ve République et leurs représentants mais la prise de conscience que le peuple des couches moyennes et populaires est désormais en capacité d’exprimer mécontentement et ses doléances et à tout moment. Une sorte de syndicat des citoyens pour peser sur les orientations économiques, sociales mais aussi environnementales et sociétales. On ne peut hypothéquer les formes organisationnelles que se donneront les gilets jaunes mouvement, syndicats de citoyens, partis politiques ou autres  Ce qui est certain c’est que l’expression publique des gilets jaunes a constitué un mouvement de réassurance identitaire pour nombre de catégories sociales auxquelles jusque-là on avait donné l’impression qu’ils n’existaient plus, ne pesaient plus. Chaque décision politique importante devra intégrer désormais le fait qu’à un moment ou un autre les gilets jaunes seront à nouveau capable de descendre dans la rue pour faire prendre en compte leur problématique.

 

 

« La révolution numérique a terrassé l’ancien monde (Daniel Cohen)

« La révolution numérique a terrassé l’ancien monde (Daniel Cohen)

Dans un entretien accordé à La Tribune, le directeur du département d’économie de l’ENS explique que « la révolution numérique a terrassé l’ancien monde » et appelle à « réinventer une nouvelle critique sociale qui ouvre une brèche dont le nouvel impératif de croissance est en train de reconfigurer nos vies. »Une interview intéressante, riche mais un peu confuse quand même quant aux scénarios économiques et sociaux. La preuve que la science économique n’est pas vraiment une science exacte mais une  tentative d’éclairage du passé (comme de l’avenir quant il s’agit de prospective).

 

Pourquoi avez-vous choisi de traiter des mutations économiques et sociales sur les 50 dernières années ?

DANIEL COHEN - Je voyais venir les 50 ans de mai 68. C’est toute ma vie qui est passée au cours de ces 50 dernières années. J’avais envie de me replonger dans toutes ces lectures qui avaient égrené ma jeunesse surtout dans les années 70. J’avais lu beaucoup de livres et je n’étais pas sûr de les avoir tous compris. Les grands auteurs de l’époque Lévi-Srauss, Lacan, Deleuze m’ont particulièrement marqué.

J’ai eu envie de comprendre comment une génération comme la mienne, qui a assisté à la  montée des protestations et du féminisme, de discours d’autonomie, d’émancipation, pouvait être le témoin de cette montée du populisme. Je voulais revenir sur les ouvrages écrits au fil de ma carrière, un ouvrage sur la société postindustrielle, un autre intitulé « Nos temps modernes ».

La dernière raison est que l’on est en train de finir un cycle lié à l’émergence d’Internet et des nouvelles technologies qui ont contribué à détruire l’ancien monde industriel sans vraiment en proposer un nouveau. Avec les progrès de l’intelligence artificielle, il est possible que quelque chose de nouveau soit en train de commencer. Je voulais en saisir la portée.

Vous revenez dans votre ouvrage sur l’effondrement de la société industrielle. Quelles sont les principales conséquences que vous en tirez sur le plan économique et social ?

Nous avons vécu lors de ces 50 dernières années l’effondrement de cette société industrielle. C’est un effondrement d’ordre civilisationnel. La société industrielle plonge ses racines dans des périodes qui sont bien antérieures au monde industriel. La chaîne de commandement constituée d’ingénieurs, de contremaîtres a été critiquée par mai 68. Cette chaîne avait néanmoins une vertu. Elle donnait à chacun une place et un sentiment d’inclusion. Cette société industrielle s’est délitée sous l’effet d’une poursuite consciente des marchés financiers, et ensuite des nouvelles technologies qui ont permis d’éclater ce monde en créant une société plus compétitive et beaucoup plus concurrentielle que l’ancienne période. Il y avait une grille de salaires très rigide, c’est pour cette raison que les inégalités n’augmentent quasiment pas au cours de cette période.

Ce monde post industriel a contribué au développement du statut de free-lance. Les ouvriers travaillent chez les équipementiers qui ne sont plus intégrés aux donneurs d’ordre. Quand la productivité des ingénieurs augmente, cela ne profite plus aux en gens situés en bas de l’échelle. On a une explication des raisons pour lesquelles ces sociétés sont devenues inégalitaires et en même temps, la croissance est plus faible. Les statistiques aux Etats-Unis sont très frappantes à cet égard. Les inégalités se font peu au sein des firmes. C’est surtout entre les firmes que se creusent les inégalités. On assiste à une ségrégation de plus en plus forte. La désolation sociale que l’on connaît depuis les années 80 dépend beaucoup de cette dissociation des classes sociales entre elles.

En 50 ans le système capitaliste a beaucoup changé. Quelles sont les principales mutations que l’on peut noter ?

Les mutations sont surtout d’ordre organisationnel. L’économiste Robert Gordon avait expliqué dans son ouvrage The rise and fall of american growth  que dans la société moderne, les voitures sont plus sophistiquées, les avions font moins de bruit, les équipements sont de meilleure qualité mais ce n’est plus très différent que la société qui s’est installée au cours du XXème siècle. Il n’y a pas de changement majeur au cours des 70 dernières années contrairement à la période 1880-1950. Le capitalisme s’est surtout réinventé dans la manière d’organiser la production des biens. Il n’a pas réinventé une nouvelle société de consommation.

Gordon a raison en partie. Le système Uber repose toujours sur un chauffeur qui vous emmène d’un endroit A à un endroit B au milieu des embouteillages. Aucun des rêves annoncés dans les années 50 ne s’est véritablement réalisé. Airbnb, Booking renvoient toujours vers des hôtels ou des appartements. On est plutôt dans une philosophie de réduction des coûts. On gagne de la productivité ou du pouvoir d’achat mais ce n’est pas un système durable. Ce ne sont pas des technologies qui sont au service d’une réorganisation de la société.

La nature de la société a tout de même profondément changé ?

Il faut prendre un peu de recul. Les théories de Jean Fourastié sont éclairantes quand il rappelle que l’on est passé d’une société industrielle à une société de services. C’est la grande mutation qui en train de se faire même s’il faut encore attendre peut être 50 ans avant d’en voir tous les effets. Fourastié expliquait que les hommes ont travaillé la terre pendant des millénaires puis la matière depuis 200 ans et on va travailler l’homme lui même. La société de services est centrée sur les services à la personne (coiffeur, médecins, psychanalyste).

Pour Fourastié, le potentiel de croissance n’est pas très élevé dans ce type de société. Si la valeur du bien que je produis est le temps que je passe avec les autres, le temps n’est pas extensible. Il n’y pas de croissance possible. Depuis une dizaine d’années, avec la montée des Big data, l’enjeu est de changer la nature de l’homme pour le transformer en un système d’information. Une fois que l’homme sera numérisé, il pourra être soigné et éduqué à distance.

L’enjeu est de faire rentrer l’homme dans une matrice pour que l’on retrouve de la croissance et du rendement. On en train de numériser l’homme pour lui faire accéder à une meilleure productivité. Il y a les fantasmes de l’homme augmenté mais je n’y crois pas beaucoup. L’homme sera augmenté par le fait que les technologies permettront à d’autres de s’occuper de lui à distance. C’est une promesse du retour de la croissance car si on redevient très efficace dans tous les secteurs où on bute alors on retrouvera de la croissance mais à un prix très cher payé. On pourrait renoncer à cet idéal d’humanisation qui était promis par cette société de services où on s’occupe enfin des autres. C’est la principale menace que je vois.

La société de services a-t-elle contribué au ralentissement de la croissance ?

Les sociétés de services ont moins de croissance que l’industrie parce que tous ces services sont plus difficiles à industrialiser. Le monde dans lequel on vit, c’est industrialiser la société de services.

La financiarisation à outrance de l’économie a-t-elle contribué à la perte de repères dans nos sociétés contemporaines ?

Dès les années 80, Wall-Street, avant même que toutes les technologies apparaissent, a commandé le démantèlement de l’ancien monde industriel. Avant, il y avait des grands conglomérats dans lesquels on fabriquait des parapluies ou des maillots de bain en fonction des saisons. Mais la logique de Wall-Street n’est pas la même face aux risques. Le re-engineering qui se fait dans les années 80 vise à désocialiser et désarticuler les collectifs. La finance est également responsable de la grande crise de 2008. Elle a voulu s’appliquer à  elle même ce principe de dématérialisation totale.

La crise des subprimes s’explique en partie par le fait que les entreprises qui ont vendu des crédits ne sont pas celles qui les ont collectés. Wall-Street a créé dans les années 2000 des structures ad-hoc dans lesquelles on mettait des paquets de crédits ensemble pour diversifier les risques avec un grand problème. La qualité des crédits n’était plus vraiment surveillée. Les gens qui les commercialisaient n’étaient pas les mêmes que ceux qui les avaient accordé. Wall-Street a payé ce rêve d’une société totalement dématérialisée.

La lecture de l’ouvrage donne l’impression que nous avons assisté à une suite de déceptions depuis 50 ans. Comment expliquez-vous cela ?

La marche vers le populisme est constituée par une série d’étapes où un grand nombre d’illusions ont été piétinées. La première illusion perdue a été celle de mai 68, de la contre-culture des années 60. La crise des années 70 a anéanti tout ça. La révolution conservatrice des années Reagan a voulu réenchanter le monde avec l’idée que le travail est central. Une idée que l’on retrouve dans le slogan « Travailler plus pour gagner plus » lancé par Nicolas Sarkozy.

Cette vague conservatrice a contribué à l’explosion des inégalités. La troisième désillusion réside peut être dans la société de services qui promettait une humanisation. Aujourd’hui, on a renoncé à cet idéal. Tous ces espoirs sont tombés les uns après les autres. La question est de savoir si on se dirige vers le chaos.

Pourquoi dites-vous que la critique à l’égard de la génération de mai 68 qui aurait favorisé l’ultralibéralisme n’est pas fondée ?

Je n’y crois pas absolument pas. La révolution culturelle de mai 68 et la révolution conservatrice n’ont aucun point commun. Ce sont deux camps qui se sont toujours affrontés et chacun a pris le pouvoir à tour de rôle. La révolution conservatrice a enfanté l’ultralibéralisme en réponse à mai 68 en expliquant qu’il fallait que les gens travaillent, que l’Etat Providence soit démantelé et que les protections sociales devaient être supprimées. Je crois qu’il y a une illusion partagée en réalité.

Les deux camps ont vu que la société industrielle s’effondrait mais la génération 68 s’est opposée à la société industrielle mais ce n’est pas eux qui l’ont faite tomber. La crise pétrolière des années 70 et la fin du cycle de croissance ont contribué à faire dérailler ce modèle. C’est sur les décombres de cette société industrielle que le libéralisme propose un nouveau modèle sans les syndicats. Il y a eu un effet de générations mais je ne pense pas que mai 68 a trahi ses idéaux.  Le mouvement de mai 68 n’est pas devenu ultralibéral, il est devenu pro européen. Il est passé du gauchisme à l’écologie. Ce n’est pas le signe d’un changement radical. Beaucoup de gauchistes se sont retrouvés cadres au Parti socialiste parce que François Mitterrand les a embarqué dans l’aventure. Il prend le pouvoir en 1981 sur un programme commun de nationalisations. Il y a eu tout de même un dur rappel à la réalité par la suite.

Aux Etats-Unis des personnes comme Mark Zuckerberg se réclament de cette contre-culture des années 60 mais c’est une mythologie qu’ils se sont fabriquée eux mêmes. Ils ont inventé le nouveau monde des réseaux sociaux qui reprend un certain nombre de mythes mais ce n’est pas la même chose. L’histoire de Facebook porte autre chose de très inquiétant. C’est la promesse d’une déshumanisation. D’ailleurs Cornelius Castoriadis parle  »d’une réécriture de l’histoire. » En revanche, il y a un parallèle à faire entre la révolution des Lumières et la révolution industrielle. Toutes les deux naissent du constat que le monde d’hier s’effondre mais la révolution industrielle trahit les idéaux des Lumières.

Vous abordez le thème de la vie algorithmique dans un chapitre. Comment envisagez-vous la place des algorithmes et des robots dans l’économie numérique dans les prochaines années ?

Je pense qu’il y a deux voies possibles. Dans une première voie, les robots font tout. Dans cette société les concepteurs de robots s’enrichissent puisque ce sont eux qui alimentent la planète en technologies. Eux mêmes auront des coiffeurs, des médecins. Il n’y a aucune raison pour qu’ils tombent dans le piège de la numérisation. On devrait avoir un cercle de travailleurs autour de ces gens très riches. Plus on s’éloignera du centre et moins il y aura de travail ou il sera moins rémunéré et plus il y aura des algorithmes. Les producteurs d’algorithme vont s’entourer d’humains et les consommateurs d’algorithmes, eux n’auront pas d’humains autour d’eux. Ils n’auront pas les moyens de recruter les personnes qui travaillent pour eux. C’est la société inégalitaire par excellence.

Il y a une autre voie dans laquelle une classe moyenne peut surgir. Elle pourrait se saisir de ces technologies. Les gens auront envie d’être entourés d’être humains. Ce qui coûte cher, c’est la rente foncière. C’est le fait que les gens veulent vivre en centre-ville au même endroit mais peut être que l’on peut réinventer des villes plus inclusives. C’est le grand défi écologique aussi. Le poids de la rente foncière pourrait se réduire grâce aux technologies. Il y a une demande sociale. Les gens ne veulent pas rester seuls devant leurs ordinateurs.

Quel peut être le rôle de l’intelligence artificielle dans le monde du travail ?

Je pense que l’intelligence artificielle peut aider le personnel soignant par exemple en remplissant des comptes rendus d’opération mais cela ne veut pas dire que l’on doit renoncer aux humains. Ces nouvelles technologies pourraient permettre aux humains de consacrer moins de temps aux tâches qui nous empoisonnent tous pour pouvoir passer plus de temps à s’occuper des gens. Je ne crois pas que les enseignants vont être remplacés par des machines. Les machines peuvent aider à mieux enseigner.

Comment faire pour limiter les dérives de l’ubérisation de l’économie ?

Les technologies liées à l’ubérisation sont utiles malgré tout car elles créent un logiciel qui permet de mettre en relation l’offre et la demande. Ce sont des modèles biphase comme disent les économistes. Il y a un progrès technique mais il est de second ordre. L’essentiel est le nouveau modèle proposé. Pour en limiter les dérives, il faut d’abord que la régulation se produise. Le débat central est de déterminer si les chauffeurs d’Uber sont autoentrepreneurs ou s’ils sont salariés. Je n’ai pas l’impression qu’ils sont entrepreneurs. Leurs conditions sont déterminées par Uber qui fixe les prix et crée un système d’astreinte. Soit Uber resalarie des gens, soit il faut que les règles du jeu évoluent.

Les jeunes qui travaillent avec la franchise Uber doivent être maîtres de leurs tarifs. Il faut un autre équilibre. Deliveroo devrait donner la possibilité à Deliveroo France de créer un salariat nouveau. Le rêve des grandes entreprises de la Silicon Valley est de mettre en place des applications tueuses qui proposent des solutions abstraites sans rapport au monde réel. C’est comme cela qu’elles s’enrichissent. Ces applications, au nom d’une technologie qui améliorent le matching, permettent de passer à côté de la régulation sociale que la société industrielle a mis un siècle à établir. Uber ignore le salaire minimum, les temps de pause.

Pourquoi dites-vous que la critique à l’égard de la génération de mai 68 qui aurait favorisé l’ultralibéralisme n’est pas fondée ?

Je n’y crois pas absolument pas. La révolution culturelle de mai 68 et la révolution conservatrice n’ont aucun point commun. Ce sont deux camps qui se sont toujours affrontés et chacun a pris le pouvoir à tour de rôle. La révolution conservatrice a enfanté l’ultralibéralisme en réponse à mai 68 en expliquant qu’il fallait que les gens travaillent, que l’Etat Providence soit démantelé et que les protections sociales devaient être supprimées. Je crois qu’il y a une illusion partagée en réalité.

Les deux camps ont vu que la société industrielle s’effondrait mais la génération 68 s’est opposée à la société industrielle mais ce n’est pas eux qui l’ont faite tomber. La crise pétrolière des années 70 et la fin du cycle de croissance ont contribué à faire dérailler ce modèle. C’est sur les décombres de cette société industrielle que le libéralisme propose un nouveau modèle sans les syndicats. Il y a eu un effet de générations mais je ne pense pas que mai 68 a trahi ses idéaux.  Le mouvement de mai 68 n’est pas devenu ultralibéral, il est devenu pro européen. Il est passé du gauchisme à l’écologie. Ce n’est pas le signe d’un changement radical. Beaucoup de gauchistes se sont retrouvés cadres au Parti socialiste parce que François Mitterrand les a embarqué dans l’aventure. Il prend le pouvoir en 1981 sur un programme commun de nationalisations. Il y a eu tout de même un dur rappel à la réalité par la suite.

Aux Etats-Unis des personnes comme Mark Zuckerberg se réclament de cette contre-culture des années 60 mais c’est une mythologie qu’ils se sont fabriquée eux mêmes. Ils ont inventé le nouveau monde des réseaux sociaux qui reprend un certain nombre de mythes mais ce n’est pas la même chose. L’histoire de Facebook porte autre chose de très inquiétant. C’est la promesse d’une déshumanisation. D’ailleurs Cornelius Castoriadis parle  »d’une réécriture de l’histoire. » En revanche, il y a un parallèle à faire entre la révolution des Lumières et la révolution industrielle. Toutes les deux naissent du constat que le monde d’hier s’effondre mais la révolution industrielle trahit les idéaux des Lumières.

Que pensez de la politique d’Emmanuel Macron en matière de numérique ?

C’est difficile de se faire une idée très claire. Je trouve qu’il serait intéressant d’avoir une réflexion sur les techniques que l’intelligence artificielle permettraient de mettre à la disposition des enseignants, des médecins dans l’exercice de leurs métiers. Il faut que certaines professions comme les juges puissent avoir recours à ces technologies non pas pour les remplacer, mais au contraire pour les aider.

Tous ces métiers en tensions méritent des investissements. La grande promesse de tout numériser doit s’accompagner d’une aide aux personnes. Il faut prévoir une grande période de transition avec beaucoup de personnes pour accompagner les personnes âgées par exemple. En plus ces technologies permettraient de libérer des ressources dans les hôpitaux, dans les universités.

(*) Daniel Cohen « Il faut dire que les temps ont changé.. » Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète aux Editions Albin Michel.

La Blockchain : une vraie révolution (Joseph Lubin)

 La Blockchain : une vraie révolution   (Joseph Lubin)

, le Canadien Joseph Lubin, expert en blockchain, aussi  des premiers milliardaires en cryptomonnaies au monde explique le potentiel révolutionnaire de la Blockchain, (interview la Tribune

 

Comment êtes-vous arrivé dans l’univers de la Blockchain ?

JOSEPH LUBIN - Début 2011, j’ai commencé à beaucoup m’intéresser au livre blanc de Satoshi Nakamoto sur le Bitcoin [paru fin 2008 sous le titre « Un système pair-à-pair de cash électronique »]. Il décrit à la fois la création d’un « jeton de valeur », le Bitcoin, une technologie de base de données de nouvelle génération, la Blockchain, et la « crypto-économie », qui est devenue un sujet d’études. J’ai réalisé que cette technologie pouvait nous aider à tout réinventer, tout reconstruire. J’ai commencé dans la robotique et les réseaux neuronaux, j’ai travaillé pendant 20 ans dans la tech et les logiciels, notamment chez Goldman Sachs, à l’informatique, puis dans un hedge fund, jusqu’à ce que le monde financier commence à s’effondrer. J’étais désenchanté, déçu. J’ai lu tout ce qui existait sur le Bitcoin et la Blockchain, je suis devenu une sorte d’expert. Je n’ai pas pensé lancer une activité dans ce domaine à l’époque, il était clair que cette technologie était encore très immature et allait le rester un moment.

En décembre 2013, à Toronto, j’ai rencontré Anthony Di Iorio, qui travaillait sur un projet de Bitcoin Global Alliance et avait ouvert un lieu, Decentral, où se réunissaient des passionnés pour réfléchir au Bitcoin 2.0. Beaucoup de gens avaient réalisé que la technologie Blockchain devrait servir à de multiples applications au-delà du seul cas d’usage étroit de la monnaie. Anthony m’a fait rencontrer Vitalik Buterin [un jeune programmeur surdoué russo-canadien, ndlr], qui avait cofondé Bitcoin Magazine, et savait expliquer clairement, à seulement 19 ans, des choses très techniques. Il avait écrit une ébauche de livre blanc. Sa vision consistait à séparer cette technologie très compliquée en deux couches, le protocole qui nécessite ce que j’appelle des « prêtres du protocole », des experts très spécialisés capables d’ajouter de nouvelles fonctionnalités, et la couche des applications, où des ingénieurs ordinaires peuvent concevoir et faire tourner toutes sortes de programmes. Trois semaines plus tard, Vitalik avait formalisé le projet Ethereum.

Quel a été votre rôle dans la création d’Ethereum ?

Je suis un des huit cofondateurs d’Ethereum. En janvier 2014, nous avons loué une maison juste avant la grande conférence sur le Bitcoin en Amérique du Nord à Miami, où Vitalik devait présenter publiquement son livre blanc [sous le titre « Une nouvelle génération de plateforme pour les ‘smart contracts’ et les applications décentralisées« , ndlr]. Il y avait déjà beaucoup de buzz sur le projet. Deux codaient, Gavin Woods et Jeff Wilcke, tandis que les autres s’occupaient de toute la documentation et de décisions de conception. Je me suis notamment chargé de la définition de ce que serait le « jeton » d’Ethereum et la vente de ce « token », l’Ether. Nous ne considérions pas cet actif numérique, et ne le considérons toujours pas, comme une crypto-monnaie.

Le réseau Bitcoin a été créé uniquement pour le jeton Bitcoin, alors que nous étions un groupe d’ingénieurs en logiciels qui voulait apporter cette nouvelle sorte de base de données à d’autres ingénieurs. Notre projet consistait à créer une plateforme pour des applications décentralisées et une façon d’indemniser ceux qui allaient partager leurs ressources pour la créer, et aussi leur donner une incitation à sécuriser le réseau.

Il fallait aussi déterminer l’algorithme de consensus [pour valider les transactions], « preuve d’enjeu » ou « preuve de travail », ce dernier a été choisi en l’améliorant. J’ai été aussi impliqué dans la définition de l’écosystème. Ce n’était pas vraiment un business plan, plutôt des lignes directrices. Initialement, nous voulions créer une entreprise, avec une partie à but lucratif et l’autre non. Mais pour des questions de personne, c’est devenu impossible, ce n’était pas viable.

Nous avons créé à Zoug une société Ethereum Switzerland GmbH, pour réaliser la vente de « tokens », et établi également à Zoug la Fondation Ethereum (Stiftung Ethereum), dont la mission est de guider les développements de la plateforme et d’assurer sa maintenance. Nous avons donné 100% du contrôle d’Ethereum GmbH à la Fondation Ethereum. Nous voulions rester hors des États-Unis car nous n’étions pas sûrs de la façon dont notre jeton serait traité là-bas, il risquait d’être perçu comme une nouvelle crypto-monnaie. La Suisse est un pays qui défend la liberté, le vote, la vie privée, son gouvernement est ouvert à la discussion.

Vous êtes parti créer ConsenSys avec quelle vision ?

Je me suis proposé d’être l’avant-poste d’Ethereum à New York : je suis Canadien, mais j’ai passé pas mal de temps là-bas, après mes études à Princeton. J’ai rassemblé des gens pour construire un site d’applications décentralisées, un « DAppStore ». Nous avons commencé à développer des outils comme la suite Truffle [kit pour déployer un "smart contract", un contrat intelligent qui se déclenche automatiquement, sur la Blockchain] et une solution de gestion d’identité numérique, uPort Identity, qui soit meilleure que les mots de passe. L’objectif est d’aider à transformer le Web 2.0 vers un Web 3.0 à l’architecture bien moins centralisée et dont les individus récupèrent le contrôle. Nous croyons beaucoup dans la Blockchain et nous voulons être un catalyseur de cette technologie.

Nous avons dû créer notre propre écosystème, ce qui fait que notre société a une configuration assez insolite et un mode de fonctionnement décentralisé. Nous aimons appeler cela un « maillage » de projets, d’entreprises, qui ont une grande part d’ADN commun. Nous avons démarré un « venture production studio », où l’on incube des projets, que des gens font grandir à l’intérieur de ConsenSys, dont certains sont ensuite scindés et deviennent des startups indépendantes. Nous créons aussi toutes sortes de solutions et d’outils pour faciliter la vie des développeurs qui veulent connecter leurs applications au réseau Ethereum, comme Infura [Infrastructure-as-a-service, solution de dimensionnement pour gérer les pics à l'émission de jetons, par exemple].

Nous avons une division Consulting, qui fait du conseil et du développement logiciel. Nous avons réalisé des pilotes, des « proofs of concept » (PoC) pour des entreprises dans des secteurs variés, l’énergie, la banque, la logistique, la santé, le sport, le secteur public, et dans de nombreux pays, à Dubaï, aux États-Unis, en France. Par exemple, nous avons développé la plateforme de Komgo [entreprise fondée par une quinzaine de groupes, notamment des banques, dont Société Générale, BNP Paribas, et Crédit Agricole, ndlr], dans le financement du commerce international de matières premières. Nous avons aussi travaillé avec des banques centrales, à Singapour et en Afrique du Sud. Cette division, que nous avons dû scinder, a enregistré une croissance très significative.

Nous avons monté la ConsenSys Academy, car nous disposions de beaucoup de matériel de formation de notre activité de conseil et nous avions besoin d’accroître nos capacités en développement : 1.500 personnes sont devenues des développeurs Blockchain grâce à nous.

Nous avons aussi une division Marchés de capitaux qui conçoit notamment une solution de conservation (« custody ») pour les crypto-actifs, Trustology, afin que les institutions financières soient plus à l’aise avec les jetons, les actifs numériques lorsqu’elles décideront d’aller sur ce marché. Nous avons une équipe très solide, dont l’ancien responsable de la technologie chez UBS, Alex Batlin, à Londres, qui annoncera bientôt un partenariat très important.

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Enfin, nous avons aussi créé ConsenSys Ventures, notre bras de capital-risque, doté de 50 millions de dollars. Nous avons investi dans 30 entreprises, de petits tickets, de 75.000 à 100.000 dollars en moyenne, parfois ce sont des subventions. Nous avons ouvert en septembre un accélérateur, Tachyon, qui a sélectionné 16 projets qui seront mentorés par des superstars de la Blockchain et du Web 2.0. Il y a un projet français parmi eux, Quidli, un projet génial d’émission dynamique du capital, pour distribuer des parts aux employés.

Vous avez remporté l’appel d’offres de la Commission européenne pour réaliser son observatoire de la Blockchain. Que répondez-vous aux parlementaires français critiquant ce choix d’une « entreprise américaine spécialisée dans la Blockchain Ethereum«  ?

Nous ne sommes pas une société américaine. ConsenSys Inc n’est pas la maison-mère, elle emploie 300 à 400 personnes sur 1.100 employés : c’est ConsenSys AG à Zoug qui chapeaute le tout, elle possède le contrôle de nombreuses entités régionales. Juridiquement, nous sommes une société suisse mais nous sommes en fait une startup internationale, avec des bureaux un peu partout dans le monde : 50 personnes à Paris, autant à Londres, 250 à Dublin, etc. Nous n’extrayons pas de la valeur d’un pays vers un autre.

L’équipe de ConsenSys France a mené la candidature à l’appel d’offres de la Commission européenne pour son observatoire de la Blockchain, je n’étais pas au courant au départ. C’est un projet français avec l’appui des meilleurs experts mondiaux, à travers le maillage de ConsenSys. Il est réalisé en partenariat avec trois universités [Lucerne, Londres et Southampton].

Quant à l’étroitesse éventuelle de notre expertise, nous utilisons Ethereum parce que c’est la Blockchain à l’écosystème le plus puissant et de loin le plus largement utilisé, alors que Bitcoin est une technologie très étroite. Nous sommes convaincus que l’avenir sera un monde de registres interopérables. Nous disposons d’énormément d’expertises car nous avons recruté ces deux dernières années des gens de Deloitte, d’EY, et un des fondateurs de la division Blockchain d’IBM et de la plateforme Hyperledger Fabric, John Wolpert. Nous avons aussi des gens ayant travaillé sur Corda [la plateforme opensource de la startup R3, issue d'un consortium de banques, ndlr]Il n’y a probablement aucune entreprise dans le monde qui dispose d’une expertise aussi large sur la Blockchain que Consensys, à part peut-être Accenture ou l’un des Big Four. Je pense que nous avons l’expertise la plus étendue.

Est-ce vous qui financez seul le développement de ConsenSys sur votre fortune personnelle en ethers ?

ConsenSys est financé en partie par moi, mais aussi par les revenus désormais importants que génèrent certaines de nos activités. Nous ne publions pas de chiffres pour le moment. Nous ne dégageons pas de bénéfice mais si l’on prend en compte les émissions de « jetons », les Initial Coin Offerings (ICO) réalisées par certaines de nos entités, nous sommes en situation de cash-flow positif. Plusieurs activités rapportent des revenus significatifs, des dizaines de millions de dollars pour notre pôle solutions par exemple. Notre équipe « Diligence », qui réalise des audits de sécurité des « smart contracts », est très demandée et obligée de décliner 99% des demandes, ce qui permet de facturer ce travail à des montants élevés.

ConsenSys elle-même pourrait-elle réaliser une ICO, une levée de fonds en crypto-actifs ?

Il n’y a pas d’investisseurs extérieurs, en revanche un bon nombre d’employés ont des parts de capital. Nous préparons déjà la prochaine allocation, notre idée est que tout le monde à ConsenSys devrait en avoir. Nous avons beaucoup réfléchi à l’émission d’un jeton ConsenSys, qu’il s’agisse d’un jeton d’investissement ou d’usage ["utility token" donnant un droit d'usage à des biens ou services à venir] : nous pensons que ce serait probablement un titre financier (« security token »). Mais nous n’avons aucun calendrier arrêté. Nous sommes très occupés sur de nombreux sujets, notre entreprise enregistre une très forte croissance. Avant de pouvoir envisager sérieusement d’émettre notre propre token, il faut que tout soit bien ficelé, que le cadre juridique soit bien stabilisé aussi.

Quelles applications vous semblent les plus convaincantes, les plus adaptées à la Blockchain ?

On pourrait poser la même question au sujet d’Internet : dans quel champ est-ce le plus utilisé ? La Blockchain va pénétrer partout, là où il est nécessaire d’améliorer la confiance, c’est-à-dire à peu près n’importe où et tous les secteurs. Cela peut être pour partager des infrastructures de confiance entre concurrents de manière collaborative. Nous aidons des entreprises établies à bâtir des systèmes plus efficaces pour partager des données de référence, par exemple dans les activités de taux entre institutions financières, ou aussi pour explorer de nouveaux modèles d’affaires. En France, nous connaissons une importante institution financière qui envisage d’entrer dans l’univers des ventes de tokens, Goldman Sachs et Morgan Stanley songent à ouvrir un desk de trading en crypto-actifs. Aux États-Unis, nous allons bientôt sortir une application avec une grande marque de biens de consommation traçant l’origine de différentes matières.

Dans la finance, les infrastructures vont finir par basculer sur la Blockchain. Nous avons aidé Santander à construire un système interbancaire de paiements transfrontaliers s’appuyant sur la technologie Blockchain, qui effectue les règlements en dix secondes. Le responsable de la Blockchain chez Santander, Julio Faura, est parti pour diriger ce projet,Adhara, que nous avons intégré [ConsenSys vient d’y investir 15 millions de dollars, ndlr] : nous utilisons cette infrastructure pour bâtir un système de règlements en temps réel qui « tokenise » [convertit les droits liés à un actif en jetons numériques] de l’argent réel par le biais d’un registre distribué fonctionnant avec des « smart contracts » : les règlements interbancaires, entre établissements qui se font déjà confiance, pourraient ainsi avoir lieu non pas tous les jours mais une fois par semaine ou par mois.

La volatilité des crypto-monnaies, y compris de l’ether, nuit-elle au développement de la Blockchain ?

Vous savez, il y aura tellement de crypto-actifs différents à l’avenir. Cela nous va très bien que l’ether soit utilisé comme une crypto-commodité ou un crypto-actif. Comme tout actif, comme le pétrole par exemple, l’Ether fait l’objet d’échanges, de trading. C’est vrai que son cours est plus volatil mais l’industrie pétrolière est là depuis un moment ! Nous avons de la chance qu’Ethereum ait suscité autant d’engouement dans le monde. Il y a eu des flambées, suivies de corrections, et cela se reproduira encore et encore : c’est ainsi que fonctionne le cycle humain de cupidité et de peur que l’on observe sur les marchés. L’horloge de cette technologie fonctionne beaucoup plus vite qu’en 1999 avec la bulle Internet. Je pense que nous verrons un de ces cycles tous les un ou deux ans.
A chaque fois qu’il se produit une explosion puis un plongeon, cela attire l’attention sur ce que nous faisons. Cela fait plancher des spécialistes ou des étudiants en cybersécurité sur Ethereum. Nous sommes un an après le début du boom sur les crypto et le cours de l’Ether est revenu grosso modo au même niveau [en repli de 20%, ndlr]. Et aujourd’hui, du fait de cette agitation, il y a dix à quinze fois plus de gens dans notre écosystème. Rien n’a ralenti du tout : l’écosystème Ethereum connaît une croissance exponentielle.

Quel est le principal défi posé à la Blockchain ? Sa consommation énergétique?

Non, je pense que ce point sera résolu très vite, d’ici 18 mois à deux ans. Je suis optimiste. Le plus grand problème posé à Ethereum est le passage à l’échelle (« scalability ») d’une part et la facilité d’utilisation pour le grand public d’autre part. La montée en charge d’Ethereum [qui peut traiter actuellement entre 7 et 15 transactions par seconde contre plusieurs milliers pour les systèmes Visa et Mastercard, ndlr], progresse à mesure que l’on avance vers des solutions de nouvelle génération, comme Sharding ["fragmentation" en anglais, processus de vérification des transactions s'appuyant sur une division de la Blockchain en plusieurs fragments, des groupes d'ordinateurs du réseau et non pas tous les nœuds du réseau, ndlr], le protocole Casper et le mécanisme de consensus de « preuve d’enjeu », le projet Plasma qui va créer des réseaux Blockchains au sein d’Ethereum, etc. Tout cela devrait permettre à Ethereum de pouvoir traiter des centaines, des milliers de transactions par seconde. C’est une affaire de semaines, de mois.

Il faut que nous travaillions aussi sur la facilité d’utilisation. Si on vous avait donné un smartphone il y a 15 ans, vous n’auriez pas su quoi en faire, les gestes vous seraient étrangers, pour zoomer, balayer l’écran, etc : Apple a fait un job incroyable en apportant progressivement des innovations. Il faut que nous fassions la même chose : les clés publiques et privées, les adresses des comptes en Ether, sont aujourd’hui utilisables par un public technophile. On doit pouvoir faire en sorte que l’utilisateur non initié ne prenne pas le risque de perdre son identité, il faut des mécanismes de récupération des clés, nous travaillons dessus. La France, un futur leader de la « Blockchain » ?

Quelle est votre vision du marché français, en termes de maturité ?

Aucun marché n’est mature ! En Suisse, beaucoup de projets ont démarré dans sa Crypto-Valley, mais je ne dirais pas qu’elle est en avance sur Paris, Berlin, New York, ou que Zoug est le leader de la Blockchain. C’est un phénomène décentralisé. Curieusement, le bitcoin n’a pas vraiment pris dans la Silicon Valley au départ. Au lancement d’Ethereum, il n’y a eu aucun intérêt là-bas, tellement plus à Berlin, Londres, Paris, New York et Toronto. La Silicon Valley rattrape son retard : il y a désormais une grande vague d’intérêt pour la Blockchain, de nombreux ingénieurs du Web 2.0 s’interrogent sur le tour que prennent les choses et rejoignent des entreprises qui veulent bâtir le Web 3.0, comme nous à ConsenSys.

En France, on trouve beaucoup de gens très solides en technologie. Notre équipe ici à Paris a joué un rôle fondateur depuis plusieurs années. Nos projets, comme la startup Variabl, une plateforme de trading de dérivés, font partie de l’écosystème français de la Blockchain.

Que doit faire la France pour devenir un leader de la Blockchain, comme l’ambitionne le gouvernement ?

Éduquer, former, observer la technologie, autant que possible ne pas se mêler de la technologie et ne pas étouffer l’innovation. Cette technologie va tellement loin, elle va permettre la collaboration et créer la confiance dans des domaines où c’est difficile. Cela va rendre le commerce beaucoup plus fluide. La Blockchain va permettre de tout basculer en version numérique, les certificats et diplômes, le capital, l’identité, etc : ce sera un moteur de croissance important. Les gouvernements devraient créer des programmes pour entrepreneurs, peut-être financer certains projets, subventionner des accélérateurs.

Il n’y a pas vraiment besoin de réglementations nouvelles, elles existent pour la plupart, il faut juste une meilleure compréhension. Par exemple, aux Etats-Unis, la SEC [le gendarme des marchés, ndlr] a décidé que les jetons des ICO sont des titres financiers et va appliquer la réglementation comme elle le fait depuis des décennies. William Hinman le directeur de la division Corporation Finance à la SEC, a déclaré il y a quelques mois qu’il considère l’Ether comme un jeton utilitaire (« utility token »), qu’Ethereum n’est pas une entreprise mais un réseau. Il faut de l’ouverture d’esprit et beaucoup de dialogue.

La Blockchain pourrait rendre la collecte d’impôts beaucoup plus fluide, on pourrait avoir des nœuds de régulation sur le réseau qui surveilleraient les flux, la valeur des transactions et pourraient même en aiguiller une partie directement vers les coffres du gouvernement. Plusieurs pays d’Afrique sont très enthousiasmés par cette idée.

Technologie 5G : une révolution à partir de 2020 en Europe (Mariya Gabriel)

Technologie 5G : une révolution à partir de 2020 en Europe (Mariya Gabriel)

Mariya Gabriel, Commissaire européenne chargée de l’Economie et de la Société numériques explique que la technologie 5G va constituer une révolution en Europe pour économie et la vie quotidienne. (Article de la Tribune)

 

« L’Europe vient de franchir une étape cruciale pour façonner une société et une économie digitales qui soient au service des citoyens. Elle vient en effet de trouver un accord politique sur des règles communes pour qu’une technologie essentielle pour l’innovation, la 5G, puisse se développer à partir de 2020. En matière de connectivité aussi, « Europe is back ». La négociation, lancée par le Président Juncker dans le cadre du marché unique du numérique, avait déjà connu un nouvel élan avec la proposition que nous avions faite en octobre dernier d’une « roadmap  du spectre», une feuille de route concrète pour que les entreprises disposent de radiofréquences en quantité suffisante et puissent se préparer au déploiement de la 5G dès 2020. Cette négociation a été longue, difficile, souvent technique et controversée, mais le résultat acquis en vaut la peine. Ce sera un pan important de l’héritage de la Commission Juncker pour assurer que le marché unique du numérique se traduise par des bénéfices concrets pour les citoyens. Revenons sur les enjeux concrets de cette négociation. Partager ses données de santé avec son médecin en étant en voyage, effectuer une opération chirurgicale à distance et bénéficier de médicaments personnalisés, mieux gérer le trafic routier d’une ville en temps réel, se déplacer dans une voiture à conduite automatique ; faire l’expérience de réalité virtuelle, gérer ses applications domotiques depuis son lieu de travail et même localiser son chien ou son chat en temps réel. Le point commun de toutes ces activités s’écrit en deux lettres : 5G. Cette technologie qui permet de communiquer à des vitesses de plus de 10 gigabits par seconde et en temps réel, va révolutionner nos vies, nos sociétés et nos économies. Pour ne prendre qu’un seul exemple, alors qu’il fallait 33 jours pour effectuer le téléchargement pour la séquence d’un génome humain en 2016, il faudra 39 heures avec la 5G. Grâce à cette technologie, ce sont des milliers de nouveaux services, des centaines d’innovations qui exploiteront un internet présent partout, en permanence et en toute chose grâce à l’Internet des objets. Bien évidemment, la compétition mondiale pour maîtriser cette technologie et bénéficier des avantages de précurseur fait rage depuis déjà plusieurs années. Après l’échec relatif de la 4G, l’Europe n’a pas le choix et veut affirmer son ambition : elle doit saisir cette opportunité qui représente plus de 113 milliards d’euros de bénéfices annuels et près de 2,4 millions d’emplois.  Mais le développement de la 5G en Europe repose sur deux conditions préalables. D’abord  avoir accès à une quantité suffisante d’une ressource naturelle qui s’appelle le « spectre » et qui concerne l’attribution de fréquences radio. Ce spectre a une valeur très importante : à l’heure actuelle on estime que la valeur économique des services qui utilisent le spectre représente 500 milliards d’euros par an et 1.000 milliards en 2023. Mais pour développer la 5G il faut que la mise à disposition de ce spectre soit coordonnée au niveau européen, un peu comme nous l’avons fait dans les années 1950 avec le charbon et l’acier. Une action au niveau européen aura assurément  une valeur ajoutée indéniable. Ensuite, il faut créer un environnement règlementaire qui favorise les investissements et la prise de risques dans les licences de fréquence à long terme. A cette fin, les investisseurs ont besoin de prévisibilité et de clarté concernant l’accès à la ressource de fréquences radio: de la même manière qu’il est plus facile d’acheter une maison sur 25 ans que sur 15 ans, les opérateurs ont besoin d’une garantie d’accès à la ressource spectrale sur le long terme pour investir. C’est précisément sur ces deux points que l’Europe vient de progresser de manière cruciale dans le cadre des discussions sur le code des télécommunications. L’accord politique trouvé jeudi soir dernier consacre les derniers éléments qui faisaient encore l’objet de divergences depuis octobre, notamment de la mise à disposition du spectre d’ici 2020,  une visibilité sur 20 ans pour les investissements dans des licences, une coordination des procédures d’allocation et une attribution du spectre en temps opportun.  Cet accord montre que la machine européenne à créer du consensus et à harmoniser dans l’intérêt général des Européens fonctionne efficacement, y compris dans un domaine hautement sensible – celui des ressources naturelles – qui constitue une source de revenus importants pour les Etats membres. Bien évidemment, il reste encore beaucoup  à faire pour finaliser les autres dispositions du code des télécommunications proposées par la Commission en septembre 2016, notamment celles qui permettront de favoriser les co-investissements dans les infrastructures terrestres telles que la fibre.

Mais  je suis confiante, dans la foulée de la vision commune exprimée par les chefs d’Etat et de gouvernement au Sommet numérique de Tallinn en septembre 2017, que nous pourrons finir ces négociations sous Présidence Bulgare du Conseil de l’UE. C’est ensemble que l’Europe pourra être forte. Il est crucial de maintenir un niveau d’ambition élevé afin de conforter notre position de leader mondial. C’est par le biais de tels accords que nous pourrons offrir un avenir meilleur à nos citoyens en Europe non pas après-demain, mais dans un futur  très proche. »

Apprentissage: « pour une révolution copernicienne «Pénicaud »

Apprentissage: « pour une révolution copernicienne «Pénicaud » 

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, veut une révolution des idées concernant  la conception de l’apprentissage m ais se garde bien d’avancer des pistes.    “Il ne s‘agit pas de se limiter à une réformette, d‘ajuster un peu le Meccano : ce serait se tromper de combat”, déclare la ministre, qui était déjà à la manoeuvre lors de la réforme du Code du travail. “Notre pays a besoin d‘une transformation de la formation professionnelle et d’une révolution copernicienne sur l’apprentissage”, ajoute-t-elle. Partant du principe que “nos systèmes sont beaucoup trop rigides et trop lents”. En dépit des discours en faveur de l’apprentissage, les chiffres démontrent que la France montre un certain mépris pour cette filière. En cause sans doute le manque de volonté des pouvoirs publics pour orienter les élèves dans cette voie. Aussi la responsabilité de l’éducation nationale qui multiplie les diplômes illusoires qui ne peuvent conduire qu’à Pôle emploi. En cause enfin la responsabilité des familles qui encouragent des enfants peu doués pour les  études à se diriger quand même vers des carrières de cols blancs alors que les métiers manuels manquent de main-d’œuvre et qu’elles sont autrement rémunératrices que certains emplois tertiaires. Exemple des bacs pro de vente qui conduise à des emplois partiels comme caissière chez Carrefour ou pire à Pôle emploi. Pour autant la filière apprentissage ne saurait être limité aux seuls élèves éprouvant des difficultés scolaires mais instituée dans toute les filières jusqu’en supérieur comme en Allemagne par exemple. Les chiffres provisoires du ministère du travail publiés vendredi font état de 64.385 contrats signés en octobre pour la France entière, contre 65.504 l’année dernière sur la même période. Soit un recul de 1,7% qui touche aussi bien le secteur privé que public (il est de même ordre mesuré sur la France métropolitaine). Sachant que les entrées avaient fait un quasi surplace en septembre, deux des trois mois les plus importants de l’année avec novembre augurent d’un millésime 2016 décevant. Il faudra attendre la fin de l’année pour dresser le bilan compte tenu du décalage des inscriptions. La situation générale de l’emploi s’améliorant, il serait logique que celle de l’apprentissage suive la même pente. Le gouvernement compte pour cela sur son dernier coup de pouce, sous la forme d’une prime forfaitaire de 4.400 euros pour les entreprises de moins de 11 salariés qui embauchent un apprenti mineur. Ce qui revient à une prise en charge totale du salaire et des charges sociales la première année. Après deux années consécutives de baisse, la courbe des entrées s’est cependant mais c’est encore bien insuffisant

Révolution sociale : Mélenchon avoue son impuissance

Révolution sociale : Mélenchon avoue son impuissance

 

Jusque-là Mélenchon ne s’était pas résolu à accepter sa défaite aux présidentielles. Celui  qui pensait se qualifier face à Marine Le Pen avait pris un sérieux coup sur la tête. Cependant il comptait sur le mouvement social pour se réhabiliter. Son objectif était clair prendre la tête de la révolte contre les ordonnances concernant notamment le code du travail et s’opposer ainsi ce qu’il considère  comme un coup ce coup d’Etat social de Macon. Dans la foulée, il envisageait une véritable révolution, la dissolution de l’Assemblée nationale, la création d’une assemblée constituante et la création d’une nouvelle république. Rien de tout cela ne s’est produit et on peut même considérer que la tentative d’instrumentalisation du mouvement social par Mélenchon a largement contribué à son échec. Les syndicats en effet, CGT compris,  n’ont guère apprécié les velléités de mainmise politique de Mélenchon sur le mouvement social. Pour une fois, Mélenchon, qui n’est pas un réel pratiquant de la l’introspection, reconnaît cependant qu’il a échoué en faisant toutefois l’impasse sur les facteurs explicatifs de cette nouvelle défaite Lors d’un point presse organisé en marge de son déplacement en Grèce, le leader de la France Insoumise est revenu sur le «moment étrange» que traverse le pays, «parce qu’il est en état sur-critique». «Normalement, l’avalanche devrait avoir lieu… (Or) elle n’a pas lieu», constate-t-il. «Quand le président lui-même regarde le pays comme le lait sur le feu, c’est que tout le monde comprend qu’il se passe une chose hors du commun en France», ajoute-t-il ensuite, au micro de France Info notamment. «Nous étions le dernier pays de toute l’Europe qui avait un mécanisme de résistance sociale tel que, le dur de la réforme libérale qui est passé sur l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne, et même le Portugal et l’Italie, n’avait pas atteint la France. Bon, là on est obligé de le constater: M. Macron (l’a fait). D’ailleurs, il s’en est vanté lors de son interview (sur TF1), il a dit: “j’y suis arrivé en 5 mois”», a rappelé le tribun de la gauche radicale. Avant d’ajouter: «Vous connaissez notre réplique, on lui a dit “bonhomme attends c’est pas terminé”». Reste que, malgré sa détermination à lutter contre la politique d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon reconnaît que «pour l’instant c’est lui qui a le point». «Il ne faut pas chercher à le cacher, parce que si on raconte des histoires on est pas crédible, les gens se disent mais ils parlent de choses qui n’existent pas. Donc voilà la situation», relève-t-il. «Mais on peut espérer reprendre le point… Et c’est clair que si la jeunesse se met en mouvement, ça y est c’est parti hein… Mais c’est pas le cas», constate-t-il enfin.

 

 

« Une réforme utile, pas une révolution »

« Une réforme utile, pas une révolution »

 

 

Ce que considère  l’expert Raymond Soubie (ancien conseiller de Sarkozy,  très apprécié des syndicats) dans une interview à BFM. Il estime  par ailleurs que les conditions ne se sont pas réunies pour une protestation de masse des syndicats.

 Les ordonnances affaiblissent -elles le pouvoir des syndicats dans l’entreprise?

Pas vraiment dans l’immédiat: les ordonnances diminuent le pouvoir des organisations dans les entreprises de moins de cinquante salariés, or dans celles-ci, il n’y a déjà que 4% des salariés syndiqués. Leur pouvoir y est déjà très faible. Cependant, le débouché des ordonnances donne la part belle au projet du Medef, qui ne considère pas le syndicat comme un interlocuteur prioritaire. C’est un jeu dangereux pour l’avenir, même pour le Medef lui-même. D’ailleurs, ce n’est pas forcément la solution la plus pertinente: c’est une chose de souhaiter discuter plus directement entre employeurs et salariés, sans intermédiaires, mais les négociations demandent souvent de la technicité, de la spécialisation, des connaissances. Là-dessus, les syndicats de salariés ou patronaux garderont une vraie utilité. De même, la négociation de branche est particulièrement importante.

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Comment les syndicats peuvent-ils montrer leur utilité et rééquilibrer la situation?

Les ordonnances présentées aujourd’hui renforcent le volet «flexibilité» du débat flexibilité/sécurité du marché du travail. Mais dès septembre, il va y avoir des discussions sur l’apprentissage, la formation continue professionnelle, l’assurance-chômage, puis viendront les débats sur les retraites, en janvier. Sur tous ces thèmes, qui concernent des aspects de «sécurité» du marché du travail, les syndicats pourront montrer leur importance et leur technicité. En revanche, si le Président de la République, comme il l’a envisagé, «étatise» certains organismes sociaux, ce sera une vraie défaite pour les syndicats, qui s’occupent de leur gestion. Emmanuel Macron est un libéral étatiste, il n’a pas en tête l’importance de la subsidiarité des corps intermédiaires dans l’organisation économique en France. Son libéralisme est très jacobin, or on a besoin de niveaux intermédiaires. De son côté, le premier ministre a parlé, lors de sa conférence de presse, de branches professionnelles moins nombreuses et plus structurées: c’est un vrai chemin d’avenir, qui renforcerait les syndicats en les rendant plus efficaces et plus concrets.

 

Malgré leur opposition, certains syndicats (FO, CFDT) n’ont pas appelé à manifester. Pourquoi cette passivité?

FO a joué habilement en se repositionnant sur sa ligne traditionnelle, qui est celle de la négociation et du compromis. La contestation de la loi El Khomri, jusqu’au-boutiste mais qui n’a produit aucun résultat au moment des discussions, a manifestement servi de leçon. En ce qui concerne les ordonnances, Jean-Claude Mailly se targue d’avoir obtenu bien plus en jouant le jeu des négociations plutôt que celui de la rue. Le syndicat s’est rapproché de ses interlocuteurs, et se repositionne au centre des négociations pour les concertations futures. De même, la CFTC a, à son échelle, montré son utilité.

La CGT s’apprête quant à elle à livrer bataille, mais il n’est pas évident qu’elle mobilise la rue, concurrencée par Jean-Luc Mélenchon. Je suis également surpris par la réaction de la CFDT, qui parle d’une «occasion manquée», mais se désengage de la lutte: cette attitude est plutôt curieuse.

Insoumis : la révolution des cravates

Insoumis : la révolution des cravates

Les députés de La France insoumise (LFI)  font beaucoup de bruit pour apparaître comme les principaux opposants à macro. Le bruit dans l’hémicycle mais aussi dehors ; cependant force est  de constater que ce bruit trouve peu d’écho dans l’opinion public, -témoin la faillite totale de la mobilisation de Mélenchon contre la réforme du code de travail le 12 juillet. Un millier seulement de manifestants ont été réunis en France. À défaut de prise sur l’opinion, les insoumis ont décidé une action spectaculaire, celle qui consiste à ne pas porter de cravate lors des réunions de l’assemblée. Pas vraiment une action très révolutionnaire, plutôt dérisoire. Mais on a les révolutions qu’on peut d’autant qu’on peut douter de la légitimité de ces députés à contester en particulier la réforme du droit du travail puisque la plupart sont d’anciens fonctionnaires ou assimilés et qu’ils ne sont pas concernés  les propos des insoumis  sont à cet égard complètement outranciers et décalés des réalités du marché du travail dont en fait ils ne connaissent pas grand-chose ,  la plupart des députés du groupe insoumis ont des fonctionnaires donc non concernés par la réforme du code du travail qui affectera surtout le privé. Qui sont en effet les députés révolutionnaires de La France insoumise ? Surtout des fonctionnaires ou assimilés ! Dans un article du Monde, on peut prendre connaissance de la profession  des députés révolutionnaires de la France insoumise. Une information intéressante car on découvre que pour l’essentiel ce sont des fonctionnaires ou assimilés. (Une fonction professionnelle parfois habilement dissimulée).  Une bizarrerie sociologique dans la mesure où ces députés sont les plus acharnés pour démolir la réforme du droit du travail, une réforme qui ne les concerne pas et qui leur permet d’avoir une vision assez approximative du marché du travail du privé.  On objectera que c’est une contradiction qu’on pouvait aussi relever chez les socialistes les plus radicaux.

. Adrien Quatennens, 1 re circonscription du Nord

Attaché d’administration du ministère de l’intérieur

 

 Caroline Fiat, 6 e circonscription de Meurthe-et-Moselle

 

Aide-soignante

 

  • Bastien Lachaud, 6e circonscription de Seine-Saint-Denis

Professeur d’histoire

 

 Sabine Rubin, 9 e circonscription de Seine-Saint-Denis

 

A 56 ans, cette attachée territoriale

 

Stéphane Peu, 2circonscription de Seine-Saint-Denis

 

Président d’un des principaux bailleurs sociaux de la Seine-Saint-Denis et responsable logement au PCF.

  • Danièle Obono, 17circonscription de Paris

Bibliothécaire, chercheuse en anthropologie sociale

 

Mathilde Panot, 10circonscription du Val-de-Marne

 

Diplômée en relations internationales à Sciences Po

 

Loïc Prud’homme, 3e circonscription de Gironde

 

Technicien de recherche

 

Bénédicte Taurine, 1re circonscription de l’Ariège

Enseignante en collège

Michel Larive, 2e circonscription de l’Ariège

Formateur, président d’un festival de théâtre,

 

Muriel Ressiguier, 2e circonscription de l’Hérault

 

Assistante de direction à la Direction régionale du Service médical

La révolution de la cravate de Mélenchon

La révolution de la cravate de Mélenchon

 

On a les révolutions qu’on peut ! Celle de Mélenchon consiste à interdire le port de la cravate aux membres de son groupe parlementaire. Un véritable acte de rébellion contre l’ordre établi, le capitalisme, le libéralisme, les multinationales et l’impérialisme. Du coup, la chemise classique est aussi abandonnée au profit du col Mao. Une sorte d’adaptation des critères vestimentaires sur l’idéologie communiste des insoumis. Avec une particularité toutefois, ces néo-communistes ne recrutent guère dans la classe ouvrière mais  plutôt chez les cols blancs (Mao ou classiques). Témoin la sociologie des membres du groupe des insoumis qui ne comprend aucun ouvrier mais surtout des fonctionnaires. Le Che Guevara français qui rêve de refaire 1789 pédale dans le passé en suivant parfois des chemins de traverse qui ont conduit plusieurs pays récemment à la misère et la dictature comme à Cuba ou au Venezuela. Mélenchon  disait de Chavez -qui a tué l’économie et la démocratie de son pays- : « c’est l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste de la révolution ». Dommage car l’homme ne manque pas de culture mais il la sacrifie sur l’autel du populisme au point de faire de son parti une sorte de front national de gauche. Sa radicalité toute virtuelle, l’invective permanente toute réelle et ses caricatures discréditent évidemment son image mais aussi sa vision passéiste et son projet illusoire.  La suppression de la cravate pour les nouveaux parlementaires des insoumis constitue un acte un peu court de rupture avec le capitalisme. Mélenchon c’est un peu « coco,  la cravate » !

Les fonctionnaires doivent être payés au mérite (Macron) : une révolution !

 

 

Macron propose une révolution : la rémunération, la sélection et la promotion des fonctionnaires au mérite y compris pour les énarques qui sortant de l’école accèdent directement un poste de direction dans l’administration. Une orientation qui serait susceptible de générer de nombreux mouvements sociaux de la part des syndicats corpos très satisfaits de la sclérose du management de la fonction publique. On entend ici déjà les cris d’orfraie « : on veut gérer le service public comme une entreprise privée ! »  Macron,  s’il est élu, veut donc  la rémunération au mérite des fonctionnaires, au nom de la responsabilisation. « Je suis favorable au développement de la rémunération au mérite car le système de revalorisation uniforme par le point d’indice est injuste et démotivant pour les fonctionnaires », déclare l’ancien ministre de l’Economie. Il précise que la proportion de la rémunération liée à l’implication des agents de la fonction publique serait différente selon leur place dans la hiérarchie. « Elle doit être plus importante chez les cadres supérieurs et dirigeants, sur lesquels il est légitime de faire peser une incitation », explique le candidat d’En Marche ! Emmanuel Macron est aussi favorable au rétablissement d’un jour de carence dans la fonction publique. Il estime que sa suppression est source d’inéquité en raison d’un système de contrôle plus laxiste des absences dans la fonction publique. « C’est à cette différence que je souhaite m’attaquer. Ma proposition est la suivante : restaurer le jour de carence dans le public tant qu’un dispositif de contrôle équivalent à celui du privé n’aura pas été mis en place », explique-t-il. L’ancien élève de l’Ecole nationale d’administration qu’il est prône par ailleurs la suppression de l’accès direct aux grands corps de la fonction publique à la sortie de l’ENA. « Pour savoir correctement évaluer, contrôler, auditer l’État, pour rendre la justice, il faut avoir une expérience professionnelle suffisante », dit-il. « Je ne veux pas que l’État fabrique des ‘castes’ administratives (…) Je veux renforcer la méritocratie au sein même de l’État. » Cette évolution concernera également les grandes écoles d’ingénieurs, précise Emmanuel Macron. De même, sans remettre en cause le statut de la fonction publique, il souhaite ouvrir le recrutement de cadres supérieurs de l’administration à « des talents venus du secteur privé », sous contrat.

La révolution de l’ordinateur quantique ?

La révolution de l’ordinateur quantique ?

 

A ce jour, l’ordinateur quantique en est encore à l’état de prototypes. Au-delà d’IBM, l’université du Sussex (Royaume-Uni) a lancé le 1er février un projet de calculateur quantique capable, espèrent les scientifiques, de résoudre des problèmes complexes qui prendraient des milliards d’années aux plus puissants des ordinateurs actuels. Les applications seraient énormes, à en croire IBM, qui cite la possibilité de découvrir de nouveaux médicaments, de concevoir de nouveaux matériaux, voire de résoudre des mystères de la science. Une  nouvelle révolution numérique ? IBM le promet : le premier  »ordinateur quantique » sera commercialisé « dans les prochaines années ». L’entreprise informatique l’a claironné dans un communiqué (en anglais), publié lundi 6 mars, dans lequel elle propose également aux développeurs d’écrire des algorithmes pour les faire fonctionner sur son prototype, installé dans la banlieue de New York (Etats-Unis). Une énième annonce dans la course qui voit s’affronter plusieurs grandes sociétés et centres de recherche. Ce super ordinateur serait capable de tout calculer. Tout. En s’appuyant sur les règles de la physique quantique. Pour résumer, les ordinateurs classiques fonctionnent avec des « bits », des informations stockées de manière binaire (avec des 0 et des 1). Avec un ordinateur quantique, on passe aux « qubits », capables d’avoir plusieurs valeurs en même temps. De quoi multiplier de façon exponentielle les capacités de calcul. . Une équipe de chercheurs travaillant pour Google a présenté dans un article les résultats époustouflants d’un ordinateur d’un nouveau genre. Une machine si puissante que cette machine pourrait réaliser, le temps d’un battement de cil, autant de calculs que n’en ferait un ordinateur traditionnel en plus de 10 000 ans. Derrière cette nouvelle incroyable, la société canadienne D-Wave Systems, située à Burnaby, près de Vancouver, détient l’un des secrets les mieux gardés du moment. Elle affirme avoir réussi à fabriquer l’ordinateur dont rêvent tous les informaticiens, capables de résoudre des problèmes jusque-là hors de portée. Pour 15 millions de dollars, elle propose ainsi à la vente depuis plusieurs mois une volumineuse… boîte noire. De nouvelles versions ont même fait leur apparition au coeur de l’été après les modèles à 84, 128 puis 512 qubits. La société a annoncé en juin l’arrivée du 1000 qubits !  Les qubits sont  capables de prendre deux configurations simultanément, là où les bits de nos ordinateurs classiques ne peuvent prendre qu’une valeur. Et cette étrange possibilité leur confère une incroyable rapidité : « avec des bits classiques, on ne peut faire qu’un calcul à la fois, c’est très différent avec les qubits. Avec 300 qubits, on peut faire 2300 calculs en même temps!« , précise Alexandre Blais, de l’université de Sherbrooke (Canada). Soit un nombre gigantesque à 91 chiffres ! Ce qui revient à dire que pour le même calcul complexe, là où un ordinateur classique mettrait 2300secondes — un temps égal à plus de cinq fois l’âge de l’Univers — son cousin quantique y passerait 600 secondes soit 10 minutes. Époustouflant ! Que pourrait-on résoudre grâce à de telles performances ? L’exemple souvent annoncé est celui de la « factorisation »», indispensable à la cryptographie, mais l’ordinateur quantique serait également très précieux pour une autre classe de problèmes allant de l’optimisation instantanée d’un ensemble de satellites face à une éruption solaire, à la gestion des données pour faire circuler des voitures autonomes, ou encore le pilotage de l’électronique de bord d’un avion de chasse devant optimiser ses frappes en situation de combat… La liste est longue, sans oublier la gestion d’un réseau complexe d’autobus dans une mégalopole. « Il s’agit à chaque fois de trouver la configuration pour laquelle l’énergie à dépenser est minimale », explique David Poulin, membre de l’Institut transdisciplinaire d’information quantique (Intriq) québécois. Ainsi, de très nombreux paramètres entrent en jeu pour gérer les 64 lignes de bus circulant à Paris: les embouteillages, la fréquence de chaque ligne, le nombre de passagers à embarquer ou débarquer, l’emploi du temps de chaque conducteur, etc. L’optimisation de ce problème à un grand nombre de variables reviendrait ainsi à minimiser le coût de l’exploitation. La question hante donc tous les esprits : D-Wave a-t-elle réellement réussi l’exploit de créer l’ordinateur capable de telles performances ? Pour l’heure, « la plupart des spécialistes doutent« , tempère Alexandre Blais, qui mène aujourd’hui ses recherches à l’Intriq. Un doute partagé par son collègue David Poulin qui, comme l’ensemble des experts mondiaux, souhaiterait que des tests indépendants puissent être effectués. Mais D-Wave a toujours refusé de divulguer les détails de ses calculs. « Un test a bien été entrepris par le physicien Matthias Troyer, de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) pour comparer le temps de calcul entre un ordinateur classique et celui de D-Wave. Il n’a détecté aucune accélération quantique ! Mais les responsables de l’entreprise ont rétorqué que le type de problème avait été mal choisi« , raconte David Poulin. Quoi qu’il en soit, réellement quantique ou non, l’ordinateur de D-Wave a d’ores et déjà réussi une autre performance : donner la fièvre aux spécialistes, les lançant dans une course effrénée aux enjeux commerciaux considérables. « Nous préférons désormais déposer des brevets plutôt que publier des articles comme c’est de règle dans le domaine académique, affirme ainsi Michel Pioro-Ladrière, qui développe des processeurs quantiques au sein d’Intriq. « Dans les congrès de spécialistes, il y a beaucoup d’entrepreneurs, confirme David Poulin. Rien qu’au Canada, Mike Lazaridis l’ex patron de Blackberry a mis 500 millions de dollars de sa poche pour les recherches dans ce domaine. » Le Canada est en effet en très bonne position dans cette course, talonnée par les États-Unis et la Chine, loin devant la France. Le pays affiche la volonté politique de relever le défi avec, entre autres, Intriq et IQC (Institute for Quantum Computing) à Waterloo, dans la province de l’Ontario. Si IQC a bénéficié des largesses de Mike Lazaridis, la recherche académique n’est pas en reste : fin juillet le gouvernement fédéral a investi 33,5 millions de dollars dans les travaux menés à l’université de Sherbrooke. Car bien des obstacles sont à franchir pour mettre au point un ordinateur dont les propriétés seraient indiscutablement quantiques. Toute la difficulté consiste en effet, non seulement à obtenir un qubit, mais à maintenir son caractère quantique le plus longtemps possible. En théorie, la recette est simple : il faut trouver un support macroscopique — c’est-à-dire manipulable — qui obéisse aux lois de la mécanique quantique qui ne s’applique habituellement qu’à l’infiniment petit, le monde subatomique (lire l’encadré en bas d’article). Sans quoi, impossible de garantir le principe de superposition, la spécificité du qubit ! Dans le jargon, c’est la « décohérence », entraînée par exemple par la moindre augmentation de température. C’est pourquoi le calculateur de D-Wave se présente avant tout comme un réfrigérateur fonctionnant à quelques millikelvins (-273 °C environ). « Le but est d’obtenir un temps de cohérence — c’est-à-dire le temps où cet état de superposition est maintenu — plus important que le temps de calcul », rappelle Michel Pioro-Ladrière. Or, à cette température, tous les matériaux ne se valent pas. L’équipe canadienne poursuit donc deux pistes : l’aluminium et le silicium. « L’aluminium que nous utilisons est extrêmement pur. Il est déposé sur un substrat en saphir, le tout étant refroidi à quelques millikelvins« , explique Alexandre Blais. Or, à ces températures, l’aluminium devient supraconducteur, c’est-à-dire qu’il n’oppose aucune résistance au passage du courant, un comportement que seule la mécanique quantique peut expliquer. « Alors l’objet lui-même se comporte comme un seul atome que nous appelons “transmon” dans lequel circulent des paires d’électrons qui adoptent un comportement quantique », poursuit le chercheur.

(Sciences avenir)

 

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