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La réutilisation de bouteilles en verre standard

La réutilisation de bouteilles en verre standard

Les deux grands fabricants de verre en France ont signé mardi un protocole d’accord pour mettre sur le marché des bouteilles et bocaux standard, afin de favoriser l’essor dans le pays de la réutilisation des emballages alimentaires en verre.

Une trentaine de modèles de contenants en verre réutilisables ont été élaborés à la demande de Citeo, l’éco-organisme chargé de la fin de vie des emballages.

L’industrie agro-alimentaire pourra se procurer ces contenants standard, à même de convenir au plus grand nombre de chaînes de production. L’objectif est que le consommateur rapporte ensuite le contenant vide à son magasin ou à son supermarché, contre paiement d’une consigne.

Recycler les emballages ne suffit plus: « vrac, réemploi, recharge font désormais partie des solutions », a souligné le directeur général de Citeo, Jean Hornain.

La secrétaire d’Etat à la Transition écologique Bérengère Couillard a annoncé l’instauration pour janvier 2024 d’un « bonus » d’éco-contribution « pour les producteurs qui utiliseront cette gamme d’emballages réemployables ».

La loi Anti-gaspillage (Agec) de 2020 a fixé pour 2027 un objectif de 10% d’emballages réemployés. Avec un taux de 1 à 2% aujourd’hui, « la marche est haute », a reconnu la ministre, pour qui « les industriels doivent s’approprier ces solutions ».

Gestion de l’eau : La question de la réutilisation des eaux usées

Gestion de l’eau :La question de la réutilisation des eaux usées

Par
Julie Mendret
Maître de conférences, HDR, Université de Montpellier

L’été 2022, avec son contexte de sécheresse intense, a marqué un tournant pour la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) en France. Jusqu’ici, le sujet n’avait en effet jamais été aussi présent dans le débat public. Pour rappel, cette pratique consiste à réutiliser directement l’eau en sortie de station d’épuration sans passer par un retour dans le milieu naturel. ( dans the Conversation)

Cette réutilisation, envisagée comme piste pour économiser la ressource en eau, a de nouveau été évoquée au printemps 2023, lors de la présentation le 30 mars par Emmanuel Macron du « plan eau » du gouvernement français. Elle y est présentée comme l’une des mesures phare (avec la tarification, le stockage, la sobriété) au sortir d’un hiver marqué par un déficit hydrique sur le territoire français.

En France, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) est réglementée depuis 2010 pour l’arrosage des espaces verts et l’irrigation agricole, qui devra respecter d’ici à 2023 les seuils fixés par l’Union européenne en 2020. Le 3 août 2022, la Commission européenne a publié des lignes directrices afin d’aider les autorités nationales et les entreprises concernées à appliquer ces nouvelles règles.

Selon Virginijus Sinkevičius, commissaire à l’environnement, à la pêche et aux océans, « il est de notre devoir de cesser de gaspiller l’eau et d’utiliser cette ressource plus efficacement pour nous adapter au changement climatique et garantir la sécurité et la durabilité de notre approvisionnement agricole. Les lignes directrices adoptées aujourd’hui peuvent nous aider à y parvenir et à assurer la circulation en toute sécurité, dans toute l’Union européenne, des produits alimentaires cultivés avec de l’eau recyclée ».

Découvrez Ici la Terre, notre newsletter EnvironnementLes avantages de la REUT sont nombreux : réduction de la pression sur des ressources qui représentent le principal réservoir pour la production d’eau potable (nappes, cours d’eau…), amélioration de la qualité de l’eau auprès d’activités sensibles (baignade, conchyliculture) du fait de la suppression des rejets de station d’épuration, apport de nutriments pour l’irrigation agricole…

En mars 2022, un nouveau décret relatif aux usages et aux conditions de réutilisation des eaux usées traitées est paru en France : à l’irrigation agricole et des espaces verts viennent ainsi s’ajouter des usages urbains tels que le nettoyage de voirie, le nettoyage des réseaux (hydrocurage) ou la lutte contre les incendies…

Ce décret exclut en revanche d’y avoir recours pour des usages alimentaires, liés à l’hygiène corporelle et du linge, des usages d’agrément (piscines, fontaines, etc.), ainsi que les usages en intérieur dans les établissements accueillant du public (établissements de santé, d’hébergement de personnes âgées, crèches, écoles…) et les locaux d’habitation.

L’utilisation des eaux usées traitées nécessitera une autorisation préfectorale limitée à cinq ans au maximum en vue de leur utilisation dans le département où elles sont produites. Il est cependant à craindre que le champ d’application assez restreint et les lourdeurs administratives puissent décourager les porteurs de projets.

Malgré ses indéniables atouts évoqués précédemment, la réutilisation des eaux usées n’est pas l’unique solution pour pallier le manque d’eau, c’est avant tout une solution dépendante du contexte local et qui implique par conséquent une prise en compte lors de la planification de la gestion de la ressource par les collectivités.

Elle est par exemple très pertinente sur les zones littorales où certaines stations d’épuration rejettent leurs effluents en mer ce qui constitue une perte d’eau douce. En pratiquant la REUT, s’opère alors l’économie circulaire de l’eau avec comme bénéfices secondaires la diminution des prélèvements dans les nappes – plus vulnérables lorsque leur niveau est bas et qu’elles sont alors soumises à la pénétration d’eau salée qui peut les rendre impropres à la consommation – et l’amélioration de la qualité de l’eau dans les lieux de baignade ou de conchyliculture.

Un exemple emblématique est dorénavant le projet Jourdain, aux Sables-d’Olonne, où les eaux usées traitées seront à terme directement diluées dans l’eau d’un point de captage pour la potabilisation.

Dans les zones continentales, en revanche, les rejets de station d’épuration participent parfois de manière significative au soutien d’étiage – c’est-à-dire au maintien d’un débit minimum nécessaire pour le bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques – et la REUT présente moins d’intérêt dans ce cas, voire pourrait avoir un impact environnemental négatif.

Si actuellement autour de 80 stations pratiquent la REUT en France, il se pourrait que la sécheresse connue au cours de l’été 2022 encourage le développement de cette méthode déjà largement répandue dans certains pays.

Veolia a notamment annoncé dans un communiqué de presse du 25 juillet 2022 son souhait de déployer la REUT sur une centaine de stations d’épuration dont les volumes de consommation le justifient (consommation de plus de 2000 m3 d’eau potable et/ou 5000 m3 prélevée directement dans la ressource), via des unités compactes de recyclages d’eau.

Cette opération devrait permettre une économie de 3 millions de m3 d’eau potable soit la consommation moyenne annuelle d’une ville de 180 000 habitants. Dans un premier temps, l’eau recyclée sera utilisée pour l’entretien des stations avant d’expérimenter d’autres usages urbains ou agricoles sous réserve d’obtention des autorisations.

Les obstacles à surmonter demeurent toutefois nombreux. L’acceptabilité sociale de cette pratique, souvent méconnue et sujette aux a priori de la part du grand public, en est un.

Autre frein important, la REUT va devoir trouver son modèle économique, nécessitant certainement des incitations financières afin de rivaliser avec l’eau de rivière que les agriculteurs prélèvent à un prix autour de 10 à 30 centimes d’euros le m3.

Après le traitement des eaux usées, la présence de certains sels, de polluants minéraux et organiques, ainsi que de micro-organismes pathogènes, est par ailleurs encore possible. L’importance des impacts négatifs associés sur les écosystèmes et sur la santé humaine dépend fortement des caractéristiques du sol, des plantes et de la qualité de l’eau usée traitée ainsi que des pratiques agricoles.

Il est donc important que la REUT reste bien encadrée afin d’en faire une pratique sûre et durable. Ceci passera par l’atteinte des seuils fixés mais aussi par la mise en place d’autres processus, par exemple un arrosage goutte à goutte plutôt que par aspersion.

Alors que le secteur connaît une évolution rapide, il apparaît nécessaire de mener des études scientifiques sur le devenir des polluants, des virus et parasites, au cours de l’irrigation agricole avec des eaux usées traitées.

En Israël, où la REUT est pratiquée depuis les années 80, aujourd’hui à hauteur d’environ 80 %, une étude a montré que les molécules pharmaceutiques se retrouvent principalement dans le sol, les feuilles et racines de végétaux irrigués avec des eaux usées traitées, les fruits et tubercules étant plus faiblement contaminés.

Cette étude conclut sur l’intérêt d’améliorer les filières de traitement dédiées à la REUT et d’y avoir recours sur des sols riches en matière organique favorisant la dégradation des polluants.

En France, l’exemple réussi de la Limagne noire où des cultures céréalières sont irriguées avec des eaux usées traitées de la ville de Clermont-Ferrand depuis plusieurs dizaines d’années, a révélé une absence de contamination liée aux pathogènes.

Récemment, à Murviel-les-Montpellier, une expérience sur deux années d’irrigation goutte à goutte de cultures de laitue et de poireaux avec des eaux usées municipales traitées sans et avec ajout de quatorze contaminants à un niveau de concentration de 10 μg/L a été menée dans des conditions de culture en serre.

L’objectif était d’étudier leur accumulation dans le sol et les feuilles afin d’évaluer les potentiels risques liés à la santé. Les résultats ont révélé une accumulation limitée des contaminants dans le sol et les feuilles des plantes, leurs niveaux de concentration étant respectivement dans la gamme de 1-30 ng/g et 1-660 ng/g.

Dans l’ensemble, cette étude a confirmé des rapports antérieurs sur le risque minime pour la santé humaine lié à la consommation de légumes verts à feuilles crus, irrigués par des eaux usées domestiques traitées contenant des résidus de contaminants organiques.

Ainsi, si la REUT devra vaincre les réticences et lever certaines craintes, elle apparaît néanmoins comme une solution d’avenir face aux enjeux actuels et voit son utilité exacerbée par les effets du changement climatique.

La réutilisation des eaux usées ?

La réutilisation des eaux usées ?

Par Julie Mendret, Université de Montpellier
( dans The Conversation)

Cette réutilisation, envisagée comme piste pour économiser la ressource en eau, a de nouveau été évoquée au printemps 2023, lors de la présentation le 30 mars par Emmanuel Macron du « plan eau » du gouvernement français. Elle y est présentée comme l’une des mesures phare (avec la tarification, le stockage, la sobriété) au sortir d’un hiver marqué par un déficit hydrique sur le territoire français.

En France, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) est réglementée depuis 2010 pour l’arrosage des espaces verts et l’irrigation agricole, qui devra respecter d’ici à 2023 les seuils fixés par l’Union européenne en 2020. Le 3 août 2022, la Commission européenne a publié des lignes directrices afin d’aider les autorités nationales et les entreprises concernées à appliquer ces nouvelles règles.

Selon Virginijus Sinkevičius, commissaire à l’environnement, à la pêche et aux océans, « il est de notre devoir de cesser de gaspiller l’eau et d’utiliser cette ressource plus efficacement pour nous adapter au changement climatique et garantir la sécurité et la durabilité de notre approvisionnement agricole. Les lignes directrices adoptées aujourd’hui peuvent nous aider à y parvenir et à assurer la circulation en toute sécurité, dans toute l’Union européenne, des produits alimentaires cultivés avec de l’eau recyclée ».

Les avantages de la REUT sont nombreux : réduction de la pression sur des ressources qui représentent le principal réservoir pour la production d’eau potable (nappes, cours d’eau…), amélioration de la qualité de l’eau auprès d’activités sensibles (baignade, conchyliculture) du fait de la suppression des rejets de station d’épuration, apport de nutriments pour l’irrigation agricole…

En mars 2022, un nouveau décret relatif aux usages et aux conditions de réutilisation des eaux usées traitées est paru en France : à l’irrigation agricole et des espaces verts viennent ainsi s’ajouter des usages urbains tels que le nettoyage de voirie, le nettoyage des réseaux (hydrocurage) ou la lutte contre les incendies…

Ce décret exclut en revanche d’y avoir recours pour des usages alimentaires, liés à l’hygiène corporelle et du linge, des usages d’agrément (piscines, fontaines, etc.), ainsi que les usages en intérieur dans les établissements accueillant du public (établissements de santé, d’hébergement de personnes âgées, crèches, écoles…) et les locaux d’habitation.

L’utilisation des eaux usées traitées nécessitera une autorisation préfectorale limitée à cinq ans au maximum en vue de leur utilisation dans le département où elles sont produites. Il est cependant à craindre que le champ d’application assez restreint et les lourdeurs administratives puissent décourager les porteurs de projets.

Malgré ses indéniables atouts évoqués précédemment, la réutilisation des eaux usées n’est pas l’unique solution pour pallier le manque d’eau, c’est avant tout une solution dépendante du contexte local et qui implique par conséquent une prise en compte lors de la planification de la gestion de la ressource par les collectivités.

Elle est par exemple très pertinente sur les zones littorales où certaines stations d’épuration rejettent leurs effluents en mer ce qui constitue une perte d’eau douce. En pratiquant la REUT, s’opère alors l’économie circulaire de l’eau avec comme bénéfices secondaires la diminution des prélèvements dans les nappes – plus vulnérables lorsque leur niveau est bas et qu’elles sont alors soumises à la pénétration d’eau salée qui peut les rendre impropres à la consommation – et l’amélioration de la qualité de l’eau dans les lieux de baignade ou de conchyliculture.

Un exemple emblématique est dorénavant le projet Jourdain, aux Sables-d’Olonne, où les eaux usées traitées seront à terme directement diluées dans l’eau d’un point de captage pour la potabilisation.

Dans les zones continentales, en revanche, les rejets de station d’épuration participent parfois de manière significative au soutien d’étiage – c’est-à-dire au maintien d’un débit minimum nécessaire pour le bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques – et la REUT présente moins d’intérêt dans ce cas, voire pourrait avoir un impact environnemental négatif.

Si actuellement autour de 80 stations pratiquent la REUT en France, il se pourrait que la sécheresse connue au cours de l’été 2022 encourage le développement de cette méthode déjà largement répandue dans certains pays.

Veolia a notamment annoncé dans un communiqué de presse du 25 juillet 2022 son souhait de déployer la REUT sur une centaine de stations d’épuration dont les volumes de consommation le justifient (consommation de plus de 2000 m3 d’eau potable et/ou 5000 m3 prélevée directement dans la ressource), via des unités compactes de recyclages d’eau.

Cette opération devrait permettre une économie de 3 millions de m3 d’eau potable soit la consommation moyenne annuelle d’une ville de 180 000 habitants. Dans un premier temps, l’eau recyclée sera utilisée pour l’entretien des stations avant d’expérimenter d’autres usages urbains ou agricoles sous réserve d’obtention des autorisations.

Les obstacles à surmonter demeurent toutefois nombreux. L’acceptabilité sociale de cette pratique, souvent méconnue et sujette aux a priori de la part du grand public, en est un.

Autre frein important, la REUT va devoir trouver son modèle économique, nécessitant certainement des incitations financières afin de rivaliser avec l’eau de rivière que les agriculteurs prélèvent à un prix autour de 10 à 30 centimes d’euros le m3.

Après le traitement des eaux usées, la présence de certains sels, de polluants minéraux et organiques, ainsi que de micro-organismes pathogènes, est par ailleurs encore possible. L’importance des impacts négatifs associés sur les écosystèmes et sur la santé humaine dépend fortement des caractéristiques du sol, des plantes et de la qualité de l’eau usée traitée ainsi que des pratiques agricoles.

Il est donc important que la REUT reste bien encadrée afin d’en faire une pratique sûre et durable. Ceci passera par l’atteinte des seuils fixés mais aussi par la mise en place d’autres processus, par exemple un arrosage goutte à goutte plutôt que par aspersion.

Alors que le secteur connaît une évolution rapide, il apparaît nécessaire de mener des études scientifiques sur le devenir des polluants, des virus et parasites, au cours de l’irrigation agricole avec des eaux usées traitées.

En Israël, où la REUT est pratiquée depuis les années 80, aujourd’hui à hauteur d’environ 80 %, une étude a montré que les molécules pharmaceutiques se retrouvent principalement dans le sol, les feuilles et racines de végétaux irrigués avec des eaux usées traitées, les fruits et tubercules étant plus faiblement contaminés.

Cette étude conclut sur l’intérêt d’améliorer les filières de traitement dédiées à la REUT et d’y avoir recours sur des sols riches en matière organique favorisant la dégradation des polluants.

En France, l’exemple réussi de la Limagne noire où des cultures céréalières sont irriguées avec des eaux usées traitées de la ville de Clermont-Ferrand depuis plusieurs dizaines d’années, a révélé une absence de contamination liée aux pathogènes.

Récemment, à Murviel-les-Montpellier, une expérience sur deux années d’irrigation goutte à goutte de cultures de laitue et de poireaux avec des eaux usées municipales traitées sans et avec ajout de quatorze contaminants à un niveau de concentration de 10 μg/L a été menée dans des conditions de culture en serre.

L’objectif était d’étudier leur accumulation dans le sol et les feuilles afin d’évaluer les potentiels risques liés à la santé. Les résultats ont révélé une accumulation limitée des contaminants dans le sol et les feuilles des plantes, leurs niveaux de concentration étant respectivement dans la gamme de 1-30 ng/g et 1-660 ng/g.

Dans l’ensemble, cette étude a confirmé des rapports antérieurs sur le risque minime pour la santé humaine lié à la consommation de légumes verts à feuilles crus, irrigués par des eaux usées domestiques traitées contenant des résidus de contaminants organiques.

Ainsi, si la REUT devra vaincre les réticences et lever certaines craintes, elle apparaît néanmoins comme une solution d’avenir face aux enjeux actuels et voit son utilité exacerbée par les effets du changement climatique.

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Par Julie Mendret, Maître de conférences, HDR, Université de Montpellier

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Pour la réutilisation des eaux usées

Pour la réutilisation des eaux usées


« On est vraiment en retard en France sur cette pratique de réutiliser les eaux en sortie de station d’épuration », regrette Julie Mendret, maître de conférences à l’université de Montpellier, mercredi 25 janvier sur franceinfo.

La réutilisation des eaux usées représente-t-elle un enjeu majeur aujourd’hui ?
Julie Mendret : Oui et on est vraiment en retard en France sur cette pratique de réutiliser les eaux en sortie de station d’épuration, en comparaison de nos voisins espagnols ou italiens. Cet été, on en a parlé plus que jamais. On réalise que c’est une solution d’avenir. Pourtant, on sait très bien faire. On n’était seulement pas assez confrontés au manque d’eau jusqu’à présent. On peut aussi évoquer la réglementation qui peut représenter un frein, même si elle est nécessaire pour que la pratique soit encadrée et sûre. L’acceptabilité sociale peut aussi ralentir la démarche de la réutilisation.

Comment est-ce qu’on peut réutiliser des eaux usées ?
En sortie de stations d’épuration, déjà, les eaux répondent à des normes et sont de bonne qualité. Elles sont en général rejetées dans le milieu naturel. Suivant l’usage que l’on envisage, on va appliquer ou non un traitement supplémentaire. Par exemple, si on veut arroser des cultures qui vont être consommées crues, on va devoir ajouter un traitement. En revanche, pour arroser des cultures céréalières ou des espaces verts éloignés du public, on pourrait utiliser l’eau directement en sortie.
« On va donc devoir adapter le traitement plutôt que de la rejeter sur les zones littorales par exemple, dans la mer, ce qui représente une perte d’eau douce. »


Est-ce qu’il y a une grosse déperdition ?

Oui. Mais ce n’est pas toujours la solution appropriée. Par exemple, dans les zones continentales, les rejets des stations d’épuration contribuent à maintenir un débit dans les cours d’eaux qui est nécessaire pour le maintien des écosystèmes et donc la réutilisation des eaux usées n’est pas toujours pertinente. Il faut s’adapter aux particularités de chaque territoire. Il faut considérer au cas par cas. Il faut regarder quel usage on veut faire de l’eau et si cet usage est proche de la station d’épuration parce que dès qu’il faut transporter de l’eau, le coût devient prohibitif. Mais ça se fait, il y a plus de 80 stations qui le font actuellement.

Quels sont les autres freins à cette pratique et est-ce que la canicule et la sécheresse de l’été 2022 à modifier quelque chose ?
Parmi les freins, il y a l’acceptabilité sociale. Les gens ont une méconnaissance des cycles de l’eau et vont confondre cette pratique avec l’utilisation d’eau brute qui n’aurait pas été traitée. Il y a donc un rejet immédiat quand on évoque cette pratique. Il faut donc faire de la pédagogie. Il y a aussi un autre problème, c’est que le premier usage de l’eau réutilisée c’est l’irrigation agricole, alors que bien souvent les agriculteurs ont encore des ressources plus conventionnelles et moins chères que l’eau réutilisée, je pense au forage ou aux eaux de rivière. Il y a donc un modèle économique à trouver et des incitations financières pour démocratiser la pratique.
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