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Retraites et Justice-Le « palmarès » juridique de membres importants du conseil constitutionnel

Retraites et Justice-Le « palmarès » juridique de membres importants du conseil constitutionnel

Curieusement siègent au conseil constitutionnel non pas des juristes encore moins de véritables constitutionnalistes mais surtout des politiques. Pas étonnant puisque la plupart sont désignés d’une part par le président de la république, d’autres part par le président de l’assemblée et par le président du Sénat. On trouve ainsi plusieurs anciens ministres et même des anciens premiers ministres qui par ailleurs n’ont pas spécialement brillé sur le terrain juridique ainsi Alain Juppé a été impliqué dans plusieurs affaires et Fabius a été concerné par le scandale de l’affaire du sang contaminé. Comme spécialistes du droit, en fait mieux !

Rappel de faits dans Wikipédia

En juin 1995, Le Canard enchaîné révèle qu’Alain Juppé a signé, en janvier 1993, un document donnant l’ordre aux services du logement de la ville de Paris de diminuer de 1 000 francs le loyer de son fils Laurent, logé dans un appartement relevant des propriétés de la ville, rue Jacob. Par ailleurs, des travaux pour un montant de 381 000 francs sont réalisés dans cet appartement par la ville63. À plusieurs reprises, le ministère de la Justice tente d’empêcher le Service central de prévention de la corruption de rendre son rapport sur cette ristourne de loyer. Le rapport conclut au fait que cette opération peut relever d’un délit d’ingérence, mais la justice décide de ne pas poursuivre le Premier ministre.

En outre, Alain Juppé signe, en septembre 1990, un bail de location avec sa propre municipalité lui permettant de devenir locataire, dans cette même rue Jacob, d’un appartement de 189 m2 à un prix défiant toute concurrence*. Là encore, des travaux sont réalisés aux frais des contribuables, pour un montant évalué à plus d’un million de francs*. Il attend deux semaines avant de se justifier et refuse de s’excuser, affirmant rester « droit dans ses bottes ». Après trois mois de polémique, il décide de quitter son logement.

Une plainte pour « prise illégale d’intérêts » est déposée par l’Association des contribuables parisiens, créée ad hoc par Arnaud Montebourg, à l’époque jeune avocat et adhérent du Parti socialiste. Une information judiciaire est ouverte par le procureur de la République de Paris, Bruno Cotte, qui considère que le délit de prise illégale d’intérêts est établi66. Mais le procureur général près la cour d’appel de Paris, Jean-François Burgelin, controversé pour ses prises de position sur la corruption, publie un communiqué affirmant que l’infraction n’est pas constituée.
Ces affaires, qui éclatent quelques mois seulement après la campagne présidentielle de Jacques Chirac sur le thème de la « fracture sociale », ont un impact très négatif sur l’image d’Alain Juppé49.

En 1999, Alain Juppé est mis en examen pour « abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêt » pour des faits commis en tant que secrétaire général du Rassemblement pour la République et maire adjoint de Paris aux finances, de 1983 à 1995. Il est considéré comme un élément clé d’un système de financement occulte d’emplois au sein du RPR financés par la mairie de Paris et des entreprises désireuses de passer des contrats publics (sa secrétaire personnelle au RPR fut elle-même rémunérée par une entreprise, le groupe immobilier Ségur, puis par la ville de Paris).

Son procès pour prise illégale d’intérêts s’ouvre le 29 septembre 2003. Alain Juppé y affirme avoir pris connaissance du système d’emplois fictifs en 199368. Le 30 janvier 2004, il est condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre à 18 mois de prison avec sursis et à une peine de dix ans d’inéligibilité69,70. Le tribunal juge notamment qu’Alain Juppé a « délibérément recouru à des arrangements illégaux » pour favoriser l’action du RPR, que la nature des faits était « contraire à la volonté générale exprimée par la loi » et qu’il avait ainsi « trompé la confiance du peuple souverain »71. La présidente du tribunal exige l’inscription de cette condamnation à son casier judiciaire.

L’appel interjeté par Alain Juppé immédiatement après sa condamnation a pour effet de suspendre l’application de cette décision jusqu’à l’arrêt de la cour d’appel de Versailles. Le 1er décembre 2004, celle-ci réduit la condamnation à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité alors que le parquet préconisait une peine plus lourde. Pour ce faire, elle déroge à une loi votée en 1995 par la majorité RPR-UDF ayant conduit à une lourde condamnation d’Alain Juppé en première instance : de façon inédite, la cour d’appel n’applique pas cette automaticité légale et fixe elle-même la durée de l’inéligibilité en faisant usage de l’article 432-17 du code pénal relatif aux peines complémentaires.

Elle indique notamment :
« Il est regrettable qu’au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l’occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n’ait pas appliqué à son propre parti les règles qu’il avait votées au Parlement. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n’ait pas cru devoir assumer devant la justice l’ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés. Toutefois, M. Juppé s’est consacré pendant de nombreuses années au service de l’État, n’a tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions commises au bénéfice de l’ensemble des membres de son parti, dont il ne doit pas être le bouc émissaire. »

Alors que les journalistes soulignent ses agissements en tant que secrétaire général du RPR et adjoint aux finances à la mairie de Paris, une partie d’entre eux estiment qu’Alain Juppé « paye » pour Jacques Chirac, qui sera condamné à deux ans de prison avec sursis dans cette affaire en 201175. D’autres médias soulignent l’arrogance d’Alain Juppé durant ses deux procès. Celui-ci renonce alors à se pourvoir en cassation et démissionne de ses mandats de maire de Bordeaux et de président de la communauté urbaine.

L’affaire du sang contaminé vient aussi entacher le bilan du passage de Laurent Fabius à Matignon. Des retards dans la mise en œuvre de mesures préventives auraient entraîné la contamination par le virus du sida de patients ayant subi une transfusion sanguine. À la suite de la révélation de l’affaire en 1991 et de la déclaration de François Mitterrand du 9 novembre 1992 (« les ministres doivent rendre compte de leurs actes »), il demande la levée de son immunité parlementaire pour être jugé. Il est finalement relaxé du délit d’« atteinte involontaire à la vie » le 9 mars 1999 par la Cour de justice de la République, qui affirme, dans ses attendus .

Notons que cette course très spéciale de justice de la république qui juge exclusivement les anciens ministres est particulièrement laxiste vis-à-vis des délits des politiques. Ainsi elle n’a jamais pratiquement condamné sévèrement personne. Dernier exemple, celui de l’affaire Tapie ou Christine Lagarde alors ministre des finances a été exemptée de responsabilité pour avoir attribué abusivement 400 millions à l’intéressé et a fait l’objet simplement d’un froncement de sourcils appelé  » une certaine négligence » mais sans aucune condamnation !

Conclusion un conseil constitutionnel composé de personnalités sans réelles compétences juridiques et sans passé pouvant justifier leur intégrité.

Un autre exemple, une ancienne ministre inconnue, Jacqueline Gourault

En février 2022, Emmanuel Macron propose de nommer Jacqueline Gourault au Conseil constitutionnel. Cette proposition fait polémique sur les bancs de l’opposition de droite, car , Jacqueline Gourault n’est pas juriste. Pour le souligner, lors de son audition à l’Assemblée nationale, Guillaume Larrivé présente des questions pointues. À l’inverse, Philippe Bas (ancien président de la commission des Lois du Sénat), a précisé que « le Conseil constitutionnel n’a pas seulement besoin de juristes, mais aussi des personnalités qui connaissent la société française ».( son mari est éléveur de chevaux !)

Cette nomination est validée par le Parlement le 23 février 2022 par 41 voix pour, 31 voix contre et 4 abstentions (29 voix pour et 15 voix contre pour les députés, 12 voix pour et 16 voix contre pour les sénateurs). Elle prête serment le 8 mars 2022.

On pourrait encore continuer avec d’autres exemples d’incompétence juridique et de partialité politique.

Réforme des retraites : la mobilisation continue pour la CFDT et la CGT

Réforme des retraites : la mobilisation continue pour la CFDT et la CGT

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a annoncé son départ pour le 21 juin mais il a tenu à préciser que le e combat continue pour les organisations syndicales. Après l’annonce de son départ de la CFDT, Laurent Berger souhaite conserver le même cap face à la réforme des retraites. « Le mouvement contre la réforme des retraites se poursuit et n’est pas sur la tête et les épaules d’une seule personne, a-t-il expliqué ce matin au micro de France Inter. Lorsqu’on a fait à peu près 10 ans dans un syndicat, il faut savoir passer la main. »Il a par ailleurs indiqué qu’il n’envisageait aucun engagement politique par la suite.

On est dans un pays qui a un problème d’hyper-personnalisation », a souligné Laurent Berger.

Le secrétaire général de la CFDT est notamment revenu sur la prochaine date majeure de la mobilisation contre la réforme des retraites: le 1er mai prochain. « Quand on entend, il faut écouter. Le président de la République a eu l’occasion d’entendre mais il a pas écouté Ce qui s’exprime derrière les bruits de casserole, c’est la colère du monde du travail. Il y a un 1er mai qu’on veut massif, on a invité nos collègues internationaux. »

La nouvelle secrétaire général de la CGT Sophie Binet a adopté une posture similaire dans les colonnes de La Marseillaise, en soulignant elle aussi l’importance du 1er mai.

« L’intersyndicale met en perspective le 1er mai en appelant à faire de cette date une journée historique, inédite et exceptionnelle, a souligné Sophie Binet. Et cela va bien être inédit puisque, pour la première fois, l’ensemble des syndicats du pays appellent à ce 1er mai. »

Retraites : Macron doit arrêter les provocations ( Laurent Berger)

Retraites : Macron doit arrêter les provocations ( Laurent Berger)

Sur France Inter, ce jeudi matin, Laurent Berger a commenté visite d’Emmanuel Macron en Alsace et ses provocations et ses phrases maladroites .

«Quand on entend, il faut écouter. Et je crois qu’hier, le président de la République, n’a pas écouté. Il a dit que ce ne sont pas les casseroles qui gouvernent… Mais arrêtez la provocation» face aux opposants à la réforme des retraites, a rétorqué Laurent Berger. «Ce qui s’exprime derrière les bruits de casserole, c’est la réalité du monde du travail», a-t-il analysé, appelant l’exécutif à entendre les difficultés des salariés qui ne peuvent continuer jusqu’à 64 ans. «La démocratie ne se résume pas à être élu une fois, puis à faire ce qu’on veut», a également déclaré le patron de la CFDT.

L’intersyndicale compte donc sur le 1er mai pour faire pression sur le gouvernement sur le dossier des retraites, mais pas seulement : «Il y aura d’autres sujets, en termes de salaires, de conditions de travail», a noté Laurent Berger. Après cette date, la CFDT ira rencontrer l’exécutif afin de mettre ces thématiques sur la table, a ajouté le secrétaire général, souhaitant «faire [son] travail de syndicaliste». «Je ne sais pas si c’est à l’Élysée que ça devrait se passer [...]. On ne veut pas arriver dans une réunion où on nous dit, “voilà, c’est ça le projet” [...]. La méthode, c’est que quand il y a des propositions qui sont mises sur la table par les organisations, on veut qu’il y ait débat» dessus, a-t-il mis en garde.

Le conflit social autour des retraites pourrait d’ailleurs servir aux syndicats, leur permettant d’obtenir des conditions plus avantageuses sur les autres sujets : «C’est pas une contrepartie, mais clairement, aujourd’hui, ce ne sera pas comme hier [...]. Oui, tout va coûter un peu plus cher, c’est une évidence», a grondé le représentant.

Le représentant syndical s’est aussi élevé contre la vision de la démocratie sociale portée par Emmanuel Macron, accusant l’exécutif de céder à la tentation «d’abaisser, d’amoindrir le rôle des syndicats». Une stratégie tenue en échec par le mouvement social mobilisé depuis janvier : «Le syndicalisme est de retour, Monsieur le Président. On est là, et il va falloir faire avec», a-t-il lancé, à l’adresse du chef de l’État. Les relations personnelles entre les deux hommes restent par ailleurs glaciales : si le locataire de l’Élysée a dit avoir de «l’amitié» pour Laurent Berger, ce dernier lui a décoché une flèche, ce jeudi matin. «J’ai beaucoup d’amis qui m’ont écrit, hier. Mais pas le président de la République», a-t-il lâché. Et d’ajouter : «Vous me demandez si c’est un ami, je vous réponds non».

Enfin Laurent Berger dont le départ est prévu le 21 juin a réitérer son refus de s’engager en politique dans les années qui viennent. «Je ne ferai pas de politique, point final», a-t-il juré.

Réforme des retraites : un autre rôle du Conseil constitutionnel

Réforme des retraites : un autre rôle du Conseil constitutionnel

Par Dominique Chagnollaud, Président du Cercle des Constitutionnalistes

Constatant le rôle restreint joué par le Conseil constitutionnel en comparaison de ce qu’il est dans les démocraties voisines, le juriste Dominique Chagnollaud ouvre, dans une tribune au « Monde », plusieurs pistes pour contrôler plus efficacement la constitutionnalité des lois, quitte à réformer l’institution.

La France est, avec le Portugal, Andorre et la Roumanie (par imitation de la France dans ces deux derniers cas), le seul pays à connaître encore un contrôle a priori de la loi sur saisine parlementaire, soit avant la promulgation. Dans les autres démocraties, le contrôle de la loi s’opère uniquement a posteriori. Il se révèle bien plus efficace dans la mesure où il résulte non d’un raisonnement purement abstrait, mais d’une réflexion née de l’application concrète de la loi. Soulignons aussi que, au Portugal, une décision de la Cour constitutionnelle peut être surmontée par une majorité qualifiée au Parlement.

C’est ce mode de saisine a priori qui fait que notre Conseil constitutionnel statue dans des délais contraints, sous le feu des projecteurs, les acclamations ou les sifflets. Quant à la composition de ce Conseil constitutionnel, de plus en plus baroque au regard des standards européens, il y manque tout de même, comme en 1959, un illustre professeur de médecine qui pourrait surveiller la santé de ses collègues.

Après quoi la récente décision du Conseil sur les retraites ne mérite pas cet excès de critiques, tant elle est « conforme » à sa jurisprudence, assez insipide et fondée généralement sur des raisonnements hermétiques et empruntant souvent à la tautologie, mais admirablement rédigés par un service juridique qui force le respect.

L’article 47-1 comme « véhicule législatif » de la réforme des retraites aurait pu être analysé comme un détournement de procédure dans la simple mesure où il fait l’économie de la révision constitutionnelle de 2008 : pas d’évaluation, pas d’avis public du Conseil d’Etat, débat sur le texte du gouvernement et non de la commission, délais contraints du débat, article 49.3 illimité, etc. Mais le Conseil constitutionnel s’en est tenu à une lecture purement littérale en considérant que les dispositions régissant les lois de financement de la Sécurité sociale ont comme champ d’application les mesures « relatives aux recettes et dépenses des régimes obligatoires de base ».

Quant au fait que des « estimations initialement erronées » aient pu être fournies au début du débat, ce fait n’a pas interféré, selon lui, sur la procédure d’adoption, qui, répétons-le, n’exigeait pas – au contraire des projets de loi ordinaires – une étude d’impact.

Retraites : La réforme financièrement déjà obsolète

Retraites : La réforme financièrement déjà obsolète


La plupart des observateurs un peu indépendants avait déjà noté que la réforme des retraites était particulièrement mal bâtie et évidemment mal conduite. Maintenant, on semble prendre conscience que cette réformette un peu tordue sera rapidement obsolète dans la mesure où l’État a surestimé la croissance et les recettes à attendre et inversement a sous-estimé des dépenses L’objectif d’équilibre des retraites en 2030 serait illusoire. En outre, le bilan ne serait pas très favorable si on prend en compte les dépenses supplémentaires du régime du chômage et de la sécurité sociale. Bref il se pourrait que le chantier des retraites doive de nouveaux être traité un peu plus sérieusement.

L’institut Rexecode révèle, en effet, que le régime général des retraites serait toujours déficitaire en 2030 malgré la réforme tant contestée. En janvier dernier, la Première ministre, Elisabeth Borne, avait indiqué que le relèvement de l’âge légal de 62 ans à 64 ans pourrait rapporter 17,5 milliards d’euros bruts aux caisses de retraite. L’objectif du gouvernement était de parvenir à l’équilibre budgétaire d’ici 2030 alors que le déficit prévu était de 13,5 milliards d’euros. Au total, l’exécutif disposait donc d’un gain d’environ 4 milliards d’euros pour financer les mesures de compensation ajoutées lors des débats parlementaires.

Or, la note de Rexecode souligne que les gains espérés par la réforme pourraient être compensés par d’autres dépenses. « Un enseignement de cette note est que si cette réforme fait baisser les dépenses, cet effet est très atténué par des mesures d’accompagnement », explique ainsi à La Tribune, Olivier Redoulès, économiste et directeur des études chez Rexecode.

Tout d’abord, la réforme a prévu de mettre en oeuvre à partir du premier septembre prochain des mesures d’exemption et d’accompagnement à l’âge d’ouverture des droits à partir de 64 ans. Le coût global de ces mesures est estimé à 5,9 milliards d’euros. Sur cette enveloppe, 3,1 milliards d’euros doivent être fléchés vers le maintien de l’âge légal de départ à 62 ans pour les personnes inaptes ou invalides. Le reste (1,7 milliard) doit servir à revaloriser les petites pensions de retraite.

La facture pourrait également grimper pour l’Unédic, l’organisme paritaire en charge des dépenses et recettes de l’assurance-chômage, et pour la caisse nationale de l’assurance-maladie. « Sur l’assurance-chômage, les dépenses vont augmenter de 1,5 milliard d’euros. Plusieurs personnes vont se retrouver ni en emploi, ni à la retraite, ni au chômage. Ces transferts sociaux représentent 2 milliards », ajoute l’économiste. Concernant les dépenses de santé, elles pourraient s’envoler en raison du coût des arrêts de travail notamment après 62 ans. Le système des retraites pourrait certes faire des économies, mais une partie des dépenses pourrait donc se reporter sur d’autres organismes.

Sur le volet recettes, le gouvernement espère que sa réforme va doper l’activité et faire bondir les rentrées fiscales et sociales. « L’effet de la réforme passe surtout par les recettes. Ce surcroît va au-delà du système des retraites. Cette réforme améliore les recettes publiques en créant de la richesse », résume, en effet, Olivier Redoulès. L’institut table sur 300.000 emplois supplémentaires d’ici 2030 et un surcroît de produit intérieur brut (PIB) de 1.1 point. Au total, la hausse du nombre d’emplois pourrait générer un gain pour les recettes publiques de 11 milliards d’euros en 2027 et de 18 milliards d’euros en 2030. Cette enveloppe prend en compte l’ensemble des prélèvements (cotisations d’assurance vieillesse, impôt sur le revenu, TVA).

Il reste que de nombreux aléas pèsent sur les projections retenues par l’exécutif. « Cette réforme ne règle pas tout. Dans l’étude d’impact, le gouvernement avait montré que l’équilibre devait être assuré d’ici 2030. L’hypothèse du chômage de 4,5% était optimiste. Si on revient sur des hypothèses plus réalistes du Conseil d’orientation des retraites d’un chômage de 7%, le déficit pourrait être plus important que prévu (7 milliards d’euros en 2030), et encore davantage avec des hypothèses de croissance plus prudentes (20 milliards d’euros) », explique l’économiste.

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Retraites-Le conseil constitutionnel s’est encore discrédité

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Il y a déjà longtemps que beaucoup s’interrogent sur cette espèce de conseil hybride que constitue le conseil constitutionnel dont le rôle se situe à mi-chemin entre le conseil d’État et une véritable cour suprême. Pire, qui n’est pas composé de juristes constitutionnalistes

Pas étonnant ce conseil constitutionnel est surtout composé de responsables politiques nommés par des politiques : trois membres sont nommés par le président de la république, trois membres sont nommés par le président de l’assemblée nationale et trois autres par le président du Sénat. On compte même aussi d’anciens ministres et même d’anciens premiers ministre.

Bizarrerie supplémentaire, les membres du conseil constitutionnel ne sont pas véritablement des spécialistes du droit et encore moins des constitutionnalistes.

Ils ont surtout été nommés là pour aller dans le sens des orientations des pouvoirs en place et en général jusque-là ont surtout servi les intérêts des plus puissants.

Avec le jugement inique récent concernant la réforme des retraites, ils ont montré une fois de plus leur bienveillance coupable à l’égard des détournements de la constitution. Ainsi autorise-t-il maintenant qu’une loi rectificative financière sur un sujet puisse être étudiée dans des délais très raccourcis et même sans le vote de l’Assemblée nationale.

Une vision très antidémocratique de la lettre et de l’esprit de la constitution. Ajoutons évidemment à cela qu’ils n’ont pas tenu compte du contexte politique et encore moins du contexte social qui se caractérise par une opposition de près de 80 % au projet de réforme des retraites.

Cette péripétie honteuse s’ajoute au discrédit du système politique tout entier qui montre les accommodements que prend le pouvoir avec la démocratie. Ainsi un pouvoir sans majorité à l’Assemblée nationale, condamné largement dans l’opinion publique, peut-il sans dommage prendre des orientations injustes et au surplus inefficaces sur à peu près tous les sujets.

De toute évidence, il faudra revoir un jour soit la constitution, soit les conditions de son application, pour permettre de donner aux orientations une autre légitimité démocratique, politique et sociale.

Réforme des retraites : La bienveillance du Conseil constitutionnel pour le gouvernement

Réforme des retraites : La bienveillance du Conseil constitutionnel pour le gouvernement

La lecture strictement juridique de la réforme des retraites par le Conseil constitutionnel est le reflet de son histoire, estime Alexandre Viala, professeur de droit public, dans une tribune au « Monde » : celle d’un outil créé en vue de rationaliser le Parlement et de restreindre son influence.

En livrant son arbitrage en faveur de l’exécutif dans sa décision rendue le 14 avril, le Conseil constitutionnel a mis un terme au débat juridique déclenché par la réforme des retraites, sans apaiser pour autant la frustration qu’inspire la pusillanimité dont il vient de faire preuve dans l’exercice de son contre-pouvoir. Le timide coup de canif – la censure de six « cavaliers sociaux » – dont les juges constitutionnels ont marqué le texte déféré, qu’ils ont par ailleurs validé dans son ensemble, suscite deux lectures possibles.

Une première réaction devant cette retenue serait de se réjouir du choix qu’a fait le Conseil constitutionnel, dans le plus grand respect des principes de l’Etat de droit, de ne juger qu’en droit et non en opportunité. Nul n’attendait des juges constitutionnels, en effet, qu’ils décident de supprimer le report à 64 ans de l’âge légal du départ à la retraite au motif qu’il est injuste ou inefficace. Nul n’espérait non plus qu’ils condamnent l’emploi de l’article 49.3 sous prétexte qu’il porte une grave atteinte à la démocratie tout en demeurant valide juridiquement. Dans une démocratie libérale, le juge constitutionnel n’a pas de politique économique à faire valoir ni de leçon de philosophie politique à donner.

Mais il est une autre manière de lire la décision du 14 avril, qui consiste à reprocher au Conseil constitutionnel, justement, son excès de juridisme. S’il est en effet compréhensible qu’il considère comme conforme à la Constitution l’usage par le gouvernement de chacune des voies constitutionnelles vouées à prévenir l’obstruction parlementaire (articles 44-3, 47-1 et 49.3), son indifférence devant le lien éventuellement nocif entre l’accumulation de ces procédures et la constitutionnalité de la loi devient, en revanche, problématique.

La Constitution n’est pas qu’une addition de dispositions prises isolément, mais un système cohérent de normes dont l’application concrète peut avoir sur l’équilibre des institutions des effets qui ne sauraient passer inaperçus. Telle est pourtant la cécité, caractéristique d’un regard excessivement abstrait, dont le Conseil constitutionnel s’est rendu coupable en refusant de sanctionner cet abus dans le recours répété, par le gouvernement d’Elisabeth Borne, aux armes du parlementarisme rationalisé.

Retraites : on ne peut pas passer l’éponge, il faut une autre concertation ( Laurent Berger)

Retraites : on ne peut pas passer l’éponge, il faut une autre conception de la concertation ( Laurent Berger)

On ne peut pas passer aussi vite l’éponge estime le secrétaire général de la CFDT qui met en garde l’exécutif contre le fort « ressentiment » au sein du monde du travail après la promulgation de la réforme des retraites. Par ailleurs si tôt après l’intervention du chef de l’État à la télé, Laurent Berger s’est montrée très dubitatif sur les propositions de Macon concernant l’ouverture d’un chantier sur la question du travail. Tout dépendra de la méthode a-t-il indiqué car si c’est simplement pour appliquer les orientations n du gouvernement c’est inutile, il faut une co_construction a-t-il indiqué.

« Le monde du travail est encore choqué, il y a encore beaucoup de monde qui a manifesté jeudi dernier, il est hors de question d’aller discuter comme si de rien n’était », a-t-il expliqué. Il a précisé qu’ « il y a un délai de décence », ajoutant que l’intersyndicale s’était donnée comme horizon l’ « après 1er mai », date d’une nouvelle journée de mobilisation des opposants à la réforme des retraites, pour entamer les discussions.

La façon dont le chef de l’État a choisi de promulguer la réforme des retraites ne passe toujours pas, trois jours après. Laurent Berger avait déjà dénoncé ce week-end « le mépris » d’Emmanuel Macron, qui a promulgué la loi au Journal officiel dans la nuit de vendredi 14 avril à samedi 15, au lendemain de la décision du Conseil constitutionnel. Un avis partagé par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet qui avait qualifié cette décision « en pleine nuit, dans le dos des travailleurs et des travailleuses » de « totalement honteuse ».

« On demande au président de la République de présider et de gouverner autrement que par cette verticalité, de dire quelle méthode de concertation sociale il va employer, quels sujets concrets il va mettre sur la table pour améliorer la vie des travailleurs et travailleuses », a-t-il affirmé.

Cet épisode de la réforme des retraites « a fait monter la défiance dans les institutions », tandis que « le ressentiment social a monté très fortement », a-t-il souligné, estimant que la France est confrontée à une « crise démocratique ».

Il a par ailleurs précisé que la CFDT ne s’associerait pas à d’autres manifestations que celle prévue le 1er mai. « J’aimerais que tout le monde respecte ce communiqué de l’intersyndicale » qui a acté le principe « d’une grosse journée de mobilisation le 1er mai », a souligné Laurent Berger, estimant qu’il n’y a « pas de fissure mais une exigence de rigueur collective ».

Les syndicats misent sur le traditionnel rendez-vous du 1er mai qu’ils souhaitent transformer en « journée de mobilisation exceptionnelle et populaire » contre le cœur de la réforme des retraites, à savoir le départ à 64 ans. Une sorte de 13e round après 12 journées déjà organisées depuis le 19 janvier et qui ont été massivement suivies. La mobilisation sur l’ensemble des manifestations a été la plus forte enregistrée dans la rue depuis des décennies dans les métropoles comme les sous-préfectures. Si la décision du Conseil constitutionnel vendredi est venue clore cette phase, celle-ci n’est « pas finie », veulent croire les syndicats.

Mobilisation Retraites: Il faut continuer pour 64 % des Français

Mobilisation Retraites: Il faut continuer pour 64 % des Français

64% des Français veulent que la mobilisation contre la réforme des retraites continue, selon un sondage Elabe pour BFMTV.

L’opposition reste globalement importante contre la réforme des retraites, alors qu’elle a été largement validée vendredi par le Conseil constitutionnel et promulguée samedi. 69% de la population dit ne pas y être favorable. Un chiffre qui reste stable, puisqu’entre 65% et 72% des Français étant opposés à la réforme depuis la mi-janvier.

Ce taux grimpe à plus de trois quarts des actifs (76%), contre un peu plus de la moitié (52%) des retraités. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont les plus nombreux à s’opposer à la réforme (91%), tandis qu’à l’inverse, 73% des électeurs d’Emmanuel Macron soutiennent la réforme (en hausse de 10 points en un mois).

Pour 61% des Français, c’est bien Emmanuel Macron et l’exécutif qui sont tous deux tenus comme responsables du conflit social, un chiffre stable depuis fin mars. 15% estiment plutôt que les syndicats sont les premiers responsables, quand près d’un quart (23%) pointent du doigt toutes les parties.

90% des Français pensent que l’allocution de Macron ne changera rien

La popularité de Macron chute encore en avril, celle de Le Pen au plus haut, selon un sondage

Échantillon de 1003 personnes représentatif des résidents de France métropolitaine âgés de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes: sexe, âge et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération. Interrogation par Internet du 15 au 16 avril 2023.

PROMULGATION PRECIPITEE RÉFORME RETRAITES: BERGER DÉNONCE « LE MÉPRIS » DE MACRON

PROMULGATION PRECIPITEE RÉFORME RETRAITES: BERGER DÉNONCE « LE MÉPRIS » DE MACRON

« Le message d’Emmanuel Macron avec cette promulgation en pleine nuit, c’est jusqu’au bout le mépris à l’égard du monde du travail et la déconnexion avec la réalité », dénonce-t-il. « Emmanuel Macron n’a pas fait le choix de l’apaisement. Du début à la fin, c’est le mépris », a-t-il encore déploré.

La loi sur la réforme des retraites, repoussant notamment l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, a été promulguée ce samedi matin, après avoir été partiellement validée par le Conseil constitutionnel vendredi.

Le patron de la CFDT dénonce une nouvelle fois la réforme, assurant qu’elle n’a que des « perdants », des propos qui répondent à ceux de la Première ministre Élisabeth Borne vendredi.
« Ni vainqueur ni vaincu, a déclaré la Première ministre, c’est faux. Il n’y a que des perdants », dénonce-t-il.

« Les travailleurs qui vont être touchés, le gouvernement, la cohésion sociale et la justice sociale », énumère-t-il ensuite.

« On ne va pas lâcher le gouvernement »

Laurent Berger fait également part de sa détermination à poursuivre la mobilisation malgré la promulgation ce samedi de la réforme des retraites.

« Il reste le deuxième référendum d’initiative partagée. Sur les décrets, la mise en œuvre concrète des mesures, on ne va pas lâcher le gouvernement », assure-t-il, alors que le Conseil constitutionnel a rejeté vendredi la première demande de référendum d’initiative partagée.

Le vice-président des « Républicains » demande à Marcon un référendum sur les retraites

Le vice-président des « Républicains » demanda Macron un référendum sur les retraites

Le vice-président des républicains demanda Macron un référendum sur les retraites , il estime que cette solution permettrait aux Français de « décider de l’avenir du système de retraite par répartition ». Ce serait également, selon lui, un moyen de « redonner un grand élan à la nation ».

Le vice-président des Républicains Julien Aubert appelle ce samedi Emmanuel Macron, dans une tribune au JDD, à organiser un référendum sur les retraites.

« (Emmanuel Macron) s’honorerait en organisant un référendum à choix multiples, à un ou deux tours, pour que les Français puissent décider de l’avenir du système de retraite par répartition en leur permettant de choisir parmi plusieurs propositions détaillées », estime-t-il.

Ce référendum pourrait être « coconstruit avec les principaux partis nationaux, chacun d’eux étant libre de soumettre sa proposition de réforme », précise-t-il.

« En faisant cela, Emmanuel Macron s’inclinerait devant une vérité qu’il est bon de rappeler: le vrai souverain, celui qui a le dernier mot en tout, s’appelle le peuple français », avance-t-il.

« Seul un retour au peuple peut évacuer la pression sociale qui s’est accumulée », soutient-il, en appelant à « redonner un grand élan à la nation. »
Une France « divisée »

Julien Aubert souligne les difficultés politiques rencontrées par l’exécutif qui peine à sortir d’une séquence perturbée sur une réforme toujours impopulaire. Il déplore la « multiplication des 49-3″, mais aussi un « amalgame » de « la grogne sociale à la violence aveugle » qui ne fait que « retarder l’inévitable ».

« Emmanuel Macron et Élisabeth Borne sont à la recherche d’une majorité parlementaire pour gouverner, tandis que l’opposition à la réforme des retraites ne faiblit pas. Cette situation se prolonge, au risque de faire basculer un peu plus chaque jour la France dans la violence », s’inquiète-t-il.

Face aux difficultés, le vice-président du parti de droite estime que l’absence de majorité n’explique pas la situation. « La réalité du problème est que la France est économiquement, socialement et territorialement divisée », soutient-il.

PROMULGATION DE NUIT DE LA RÉFORME RETRAITES: BERGER DÉNONCE « LE MÉPRIS » DE MACRON

PROMULGATION DE NUIT DE LA RÉFORME RETRAITES: BERGER DÉNONCE « LE MÉPRIS » DE MACRON

« Le message d’Emmanuel Macron avec cette promulgation en pleine nuit, c’est jusqu’au bout le mépris à l’égard du monde du travail et la déconnexion avec la réalité », dénonce-t-il. « Emmanuel Macron n’a pas fait le choix de l’apaisement. Du début à la fin, c’est le mépris », a-t-il encore déploré.

La loi sur la réforme des retraites, repoussant notamment l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, a été promulguée ce samedi matin, après avoir été partiellement validée par le Conseil constitutionnel vendredi.

Le patron de la CFDT dénonce une nouvelle fois la réforme, assurant qu’elle n’a que des « perdants », des propos qui répondent à ceux de la Première ministre Élisabeth Borne vendredi.
« Ni vainqueur ni vaincu, a déclaré la Première ministre, c’est faux. Il n’y a que des perdants », dénonce-t-il.

« Les travailleurs qui vont être touchés, le gouvernement, la cohésion sociale et la justice sociale », énumère-t-il ensuite.

« On ne va pas lâcher le gouvernement »

Laurent Berger fait également part de sa détermination à poursuivre la mobilisation malgré la promulgation ce samedi de la réforme des retraites.

« Il reste le deuxième référendum d’initiative partagée. Sur les décrets, la mise en œuvre concrète des mesures, on ne va pas lâcher le gouvernement », assure-t-il, alors que le Conseil constitutionnel a rejeté vendredi la première demande de référendum d’initiative partagée.

Retraites : « il n’y a que des perdants » (Laurent Berger, CFDT)

Retraites : « il n’y a que des perdants » (Laurent Berger, CFDT)

« « Ni vainqueur ni vaincu », c’est faux. Il n’y a que des perdants », déplore Laurent Berger
Le patron de la CFDT, Laurent Berger, a déploré la promulgation expresse de la loi, dans un entretien au Parisien. A l’image de l’intersyndicale, il appelle à une manifestation historique le 1er mai.

« « Ni vainqueur ni vaincu » a déclaré la Première ministre, c’est faux. Il n’y a que des perdants », a déclaté au JDD Laurent Berger. « Les travailleurs qui vont être touchés, le gouvernement, la cohésion sociale et la justice sociale. Tout ça pour ça ! Il y a eu des mensonges, des contre-vérités, des imprécisions », a-t-il encore ajouté.

Malgré sa colère, Laurent Berger condamne fermement les violences, tout particulièrement celles qui ont émaillé les rues de Rennes et de Paris vendredi soir. « La violence n’a pas de place. Ça ne servira à personne. »

Énonçant la suite, Laurent Berger garde une once d’optimisme pour le deuxième référendum d’initiative citoyenne (RIC) dont la demande a été déposée hier, devant le Conseil constitutionnel. Le chef de la CFDT s’emballe aussi à l’annonce d’un grand 1er-Mai voulu par l’intersyndicale. « Je souhaite que le 1er mai, on casse la baraque en nombre de manifestants dans la rue. Le monde du travail doit montrer sa dignité comme il l’a fait depuis début janvier, fait-il savoir, Il faut aller en famille, dans des mobilisations populaires, festives, conviviales, dire qu’on veut un autre monde du travail et non aux 64 ans. »

Réforme des retraites : le processus de crise en construction

Réforme des retraites : le processus de crise en construction

par Alessio Motta
Enseignant chercheur en sciences sociales, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne dans the Conversation


Nous vivons certainement en ce début 2023 l’une des plus importantes crises politiques des dernières décennies. On retrouve en tout cas la plupart des éléments habituellement observés par les approches scientifiques contemporaines de la construction de ces crises.

Comme l’explique le politiste français Michel Dobry dans son ouvrage fondateur « Sociologie des crises politiques », un des principaux facteurs de construction d’une situation critique est l’émergence nationale de mobilisations multisectorielles, c’est-à-dire d’actions collectives étendues à de nombreux espaces sociaux.

Manifestations, grèves, blocages, émeutes, actions de lobbying, chantage, prises de position publiques… ces mobilisations peuvent prendre des aspects divers et devraient se poursuivre après la décision du Conseil Constitutionnel de valider la majorité du texte sur la réforme des retraites et de rejeter la proposition d’un référendum partagé.

Et sans que ce ne soit forcément le but recherché, les mobilisations convergent vers un phénomène important pour comprendre ce qu’est une crise politique : elles affectent les routines des relations entre les secteurs de la société.

Ainsi, des élus font appel au soutien de la rue, des députés viennent contrôler le travail des forces de l’ordre, des responsables policiers interpellent le gouvernement, des maires soutiennent la grève des éboueurs en refusant d’intervenir pour le ramassage, des ministres peuvent être « grillés » pour des tentatives d’influence qui passent inaperçues en temps normal, des organisations très ancrées à droite appellent à cesser les violences policières…

Les événements qui conduisent des mobilisations à former un important mouvement multisectoriel sont très variés et peuvent être le fruit de stratégies décidées par quelques individus ou organisations. Il est donc impossible d’en lister exhaustivement les ressorts. Mais on peut s’arrêter sur quelques phénomènes typiques qui jouent souvent un rôle important.

L’un des principaux points d’appui à l’extension des mobilisations est l’existence, dans plusieurs secteurs de la société, d’entrepreneurs de cause potentiels, de réseaux ou structures « dormantes » composées de personnes prêtes à s’engager. Ces structures ou réseaux peuvent être issus de mobilisations passées ou de groupes de sociabilités constitués dans des lieux aussi divers que le monde du travail, les clubs de sports, la fac ou les réseaux sociaux. Ces liens jouent clairement un rôle déterminant dans la situation actuelle, où la réforme des retraites est présente dans les discussions d’un grand nombre de Français, qui organisent notamment entre collègues leur participation aux journées d’actions prévues.

Des étudiants se tiennent devant le campus universitaire de Lille lors d’un blocus dans le cadre du mouvement contre la réforme des retraites proposée par le gouvernement et en faveur des droits des femmes lors de la Journée internationale de la femme le 8 mars 2023

Un autre élément qui vient renforcer les chances d’extension des mobilisations est la présence sensible des petites actions subversives du quotidien que le sociologue James Scott nomme « arts de la résistance » contre les dominants : ouvriers qui ralentissent la cadence, plaisanteries sur les chefs, caricatures, rumeurs…

Longtemps considérés comme une « soupape » allégeant les envies de révolte, ces arts de la résistance contribuent plutôt à accélérer sa diffusion dans les différents secteurs d’une société, puisqu’ils permettent d’observer que les envies de résister sont partagées.

Dans la situation actuelle, la présence indiscutable de ces microrésistances a un effet d’autant plus fort que des indices plus formels comme les sondages d’opinion permettent à un grand nombre de personnes de mesurer combien leur rejet de la réforme des retraites et des décisions du gouvernement est partagé. Les chiffres montrant que toutes les catégories sociales sont opposées à la réforme et que seuls 7 % des actifs y sont favorables font ainsi partie des plus partagés dans les mobilisations et sur les réseaux sociaux.

Une autre figure typique qui stimule l’extension multisectorielle des mobilisations, parmi les plus documentées dans la recherche, est celle du « surgissement de l’imprévisible ». Celle-ci a été notamment étudiée par Michel Dobry dans le cas des mouvements étudiants : quelques sites universitaires sont bloqués par des étudiants quand soudain, on apprend qu’un nouveau site, une fac de droit réputée « de droite » et donc difficile à mobiliser, rejoint le mouvement.

Les acteurs de la mobilisation et ceux qui aspirent à la rejoindre occupent une large part de leur temps à évaluer, lors d’assemblées générales et réunions, l’avancée du mouvement et les différentes étapes franchies par les lieux de mobilisation. Un tel événement prend donc un retentissement particulier et peut convaincre des groupes encore hésitants que la mobilisation est en train de « prendre » plus que prévu, qu’il est temps de la rejoindre.

Le surgissement de l’imprévisible n’a cependant pas de définition objective. Il n’y a pas de thermomètre ou de mesure officielle permettant de s’accorder sur le fait que les événements viennent de prendre un tournant exceptionnel.

L’un des enjeux pour les acteurs d’une crise est d’imposer leur définition de la situation. Sur l’importance des manifestations, par exemple. Shutterstock
Une partie significative de l’activité des acteurs d’une crise consiste justement à lutter pour imposer des définitions de la situation conformes à leurs lignes stratégiques. Ainsi, les confédérations syndicales assurent, chiffres surévalués en poche, qu’ils ont encore une fois été capables d’emmener 3 millions de personnes dans la rue, pendant que des sources « off » du cabinet de l’Élysée ou des membres du gouvernement relativisent. Sans y parvenir totalement, ces interventions gouvernementales visent à effacer le fait que, d’après les chiffres de la police, les journées de manifestation des 31 janvier et 7 mars 2023 étaient les plus peuplées de toute l’histoire de France.

De façon générale, les escalades d’une crise politique ne peuvent pas être attestées par des indicateurs objectifs consensuels. Elles sont toutes l’objet de luttes de définition. Les uns soulignent l’exceptionnalité de la situation et les autres banalisent les mouvements de rue, affirment que les choses suivent leur « cheminement démocratique » ordinaire ou qu’une motion de censure passée à neuf voix de faire chuter le gouvernement n’est autre qu’une victoire pour ce gouvernement.

« Explosions », « escalades » et « montées aux extrêmes » sont des étiquettes que l’on tente de poser ou d’arracher. Il en va de même pour l’existence même de la crise, que les uns présentent comme allant de soi quand d’autres la nient.

Car quand un politicien ou une politicienne évoque l’escalade, l’émergence ou la non-émergence d’une crise, son objectif n’est pas de fournir une définition juste et technique de ce qui se passe. L’enjeu est plutôt de faire date, de marquer des points dans la compétition pour la définition de la réalité. De souligner, comme ça, en passant, qu’il ou elle est la personne « responsable », « lucide » et que ce sont les membres des autres camps qui sont « irresponsables ».

Avant d’être éventuellement acceptée par tous les acteurs, l’idée d’une crise est surtout un objet de menaces, d’avertissements, d’invectives, de stigmatisations réciproques, de marchandages : « si le gouvernement continue à ignorer les Français, nous entrerons dans une crise politique sans précédent » ; « si la France Insoumise continue ses outrances, nous allons quitter le jeu démocratique et ils en porteront la responsabilité » ; « si la Première ministre recourt au 49.3, elle nous dirige tout droit vers la crise » ; « si les députés LR renient leurs convictions et votent la motion de censure… ».

Enfin, les issues de la crise sont aussi des objets de marchandages. Passage en force et répression, recul sur la loi, changement de gouvernement, dissolution… aucune de ces solutions n’est la bonne par essence. Ce qui contribue le plus au succès d’une stratégie institutionnelle lancée par les dirigeants en place est généralement sa faculté à offrir à différents camps une chance d’y gagner quelque chose et, donc, des raisons de la présenter comme une solution négociée ou « fair-play ». Difficile de dire, au moment où l’on écrit ces lignes, si le camp présidentiel se résoudra à lancer des propositions susceptibles de satisfaire à ces critères, ou s’il continuera à miser sur l’essoufflement des protestations…

Réforme des retraites : des actions de la CGT les 20 et 28 avril prochains

réforme des retraites : des actions de la CGT les 20 et 28 avril prochains

Comme c’était à prévoir les syndicats les plus radicaux risquent de développer des mouvements sporadiques dans le pays contribuant ainsi à installer la chienlit dans le pays. Des mouvements qui sont surtout faits pour répondre aux plus contestataires qui veulent meubler le calendrier en attendant la grande mobilisation du 1er mai soutenue par l’ensemble de l’intersyndicale. Ces mouvements seront sans doute assez minoritaires mais parfois susceptibles de créer assez de désordres. On pense notamment à l’énergie et au transport.

« La CGT va faire du 20 avril et du 28 avril prochains des moments ‘mise en exergue’ de mobilisation et d’action », annonce vendredi 14 avril sur franceinfo Thomas Vacheron, membre du bureau confédéral de la CGT, en charge des retraites. Le syndicaliste précise que le 20 avril portera « spécifiquement sur la question des retraites » et le 28 avril « sur les retraites et sur les morts au travail ». Il ajoute qu’ »entre aujourd’hui et le 1er mai, plusieurs mobilisations, actions, grèves et manifestations vont exister et participeront à faire reculer le gouvernement ».

Après la décision du Conseil constitutionnel de valider partiellement la réforme des retraites, l’intersyndicale a, en effet, annoncé une nouvelle journée de mobilisation le 1er mai. Deux jours plus tard, le 3 mai, le Conseil constitutionnel statuera sur une seconde demande de RIP de la part des parlementaires de gauche. Sur ce second référendum d’initiative partagée, « en cours d’instruction par le Conseil constitutionnel » qui doit donc rendre sa décision le 3 mai, Thomas Vacheron semble confiant : « Ça nous laisse du temps à tous pour préparer un 1er mai exceptionnel, extraordinaire, de masse, familial et populaire pour que le gouvernement comprenne une fois pour toutes, définitivement, qu’il faut retirer cette réforme ». La première demande de RIP, formulée par la gauche, a été rejetée vendredi par les Sages.

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