Archive pour le Tag 'réseaux'

Société- Les jeunes intoxiqués par les contrevérités scientifiques des réseaux sociaux

Société- Les jeunes intoxiqués par les contrevérités scientifiques des réseaux sociaux

 

Pour les 18-24 ans, Selon un sondage sondage Ifop, seulement un sur trois pense que « la science apporte à l’homme plus de bien que de mal » alors qu’il y a cinquante ans, ils étaient plus d’un sur deux (55 %) à le penser.

À l’inverse, les pseudo-sciences ont connu un essor incroyable à mesure que se sont développés les réseaux sociaux. 59 % croient en au moins une superstition à caractère occulte, contre 21 % pour les plus âgés.

59 % croient en au moins une superstition à caractère occulte, contre 21 % pour les plus âgés.

L’adhésion la plus forte va à des sujets qui sont au cœur de notre réalité d’aujourd’hui. C’est l’idée d’un réchauffement climatique naturel ou de la toxicité des vaccins ARN Messager pour les enfants. Comme si ce qui suscitait le plus de croyance anti-scientifique, c’était justement ce qui nous imposait un changement dans notre quotidien.

 Ce sondage pose  ensuite, à juste titre, la question des réseaux sociaux. Elle n’est pas neutre. L’idée complotiste selon laquelle les Américains ne sont jamais allés sur la Lune progresse par exemple, car les plateformes et notamment TikTok ne jouent pas du tout le même rôle que les médias de référence, qui sont souvent le reflet d’un certain consensus scientifique. Sur les réseaux, on y détricote une vérité autorisée, admise par tous, pour en proposer une autre qu’on s’efforcera de partager au sein d’une bulle d’amis.

L’enquête a donc raison de s’inquiéter du fait que par exemple un quart des jeunes croient qu’on puisse avorter avec des produits à base de plante. Mais en même temps, on peut regretter qu’elle mélange des notions très différentes. On peut par exemple croire en Dieu sans être créationniste, donc tout en adhérant à la théorie de l’évolution des espèces. Ou bien croire à l’astrologie ou même au mauvais œil tout en donnant toute sa place à la science. En fait, les jeunes sont surtout en devenir. Ce qui inquiète, c’est donc moins qu’ils s’associent à quelque chose de scientifiquement faux que le fait qu’il le tienne durablement pour vrai.

 

En règle générale, 69 % des jeunes sont d’accord avec au moins une des affirmations proposées par les réseaux sociaux . Plus de deux tiers du panel ! Et le résultat monte à 81 % chez les jeunes qui consultent les réseaux sociaux plusieurs fois par jour.

Les jeunes intoxiqués par les contrevérités scientifiques des réseaux sociaux

Les jeunes intoxiqués par les contrevérités scientifiques des réseaux sociaux

 

Pour les 18-24 ans, Selon un sondage sondage Ifop, seulement un sur trois pense que « la science apporte à l’homme plus de bien que de mal » alors qu’il y a cinquante ans, ils étaient plus d’un sur deux (55 %) à le penser.

À l’inverse, les pseudo-sciences ont connu un essor incroyable à mesure que se sont développés les réseaux sociaux. 59 % croient en au moins une superstition à caractère occulte, contre 21 % pour les plus âgés.

59 % croient en au moins une superstition à caractère occulte, contre 21 % pour les plus âgés.

L’adhésion la plus forte va à des sujets qui sont au cœur de notre réalité d’aujourd’hui. C’est l’idée d’un réchauffement climatique naturel ou de la toxicité des vaccins ARN Messager pour les enfants. Comme si ce qui suscitait le plus de croyance anti-scientifique, c’était justement ce qui nous imposait un changement dans notre quotidien.

 Ce sondage pose  ensuite, à juste titre, la question des réseaux sociaux. Elle n’est pas neutre. L’idée complotiste selon laquelle les Américains ne sont jamais allés sur la Lune progresse par exemple, car les plateformes et notamment TikTok ne jouent pas du tout le même rôle que les médias de référence, qui sont souvent le reflet d’un certain consensus scientifique. Sur les réseaux, on y détricote une vérité autorisée, admise par tous, pour en proposer une autre qu’on s’efforcera de partager au sein d’une bulle d’amis.

L’enquête a donc raison de s’inquiéter du fait que par exemple un quart des jeunes croient qu’on puisse avorter avec des produits à base de plante. Mais en même temps, on peut regretter qu’elle mélange des notions très différentes. On peut par exemple croire en Dieu sans être créationniste, donc tout en adhérant à la théorie de l’évolution des espèces. Ou bien croire à l’astrologie ou même au mauvais œil tout en donnant toute sa place à la science. En fait, les jeunes sont surtout en devenir. Ce qui inquiète, c’est donc moins qu’ils s’associent à quelque chose de scientifiquement faux que le fait qu’il le tienne durablement pour vrai.

 

En règle générale, 69 % des jeunes sont d’accord avec au moins une des affirmations proposées par les réseaux sociaux . Plus de deux tiers du panel ! Et le résultat monte à 81 % chez les jeunes qui consultent les réseaux sociaux plusieurs fois par jour.

Sortir de la drogue des réseaux « sociaux »

Sortir de la drogue des réseaux « sociaux »

 

 

Etudes et témoignages s’accumulent pour démontrer la dangerosité d’un usage immodéré des réseaux sociaux, pour les jeunes en particulier. Un phénomène dans lequel les géants du Web ont une grande responsabilité, explique dans sa chronique Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ».

 

C’était à la mi-août juste après le dîner dans un refuge de montagne des Hautes-Alpes. Les bols de soupe en Duralex avaient été empilés et le gratin de crozets raclé jusqu’à la dernière miette dans les plats en inox par des randonneurs affamés. La nuit allait tomber, mais, avant de gagner les dortoirs, les occupants du lieu posé dans un site somptueux sont restés un moment autour des tables de bois, comme pour goûter encore un peu le plaisir d’être ensemble dans cet endroit hors du monde.

Et c’est là que le miracle s’est produit. Un groupe d’adolescents a sorti un jeu de tarot, leurs aînés un plateau de Scrabble, un atelier de massage cervical s’est improvisé sur un banc et, surtout, les conversations ont redoublé. Un vrai déluge de sociabilité. Une scène digne de Retour vers le futur, plongée collective vers une époque pré-smartphone où l’idée de communiquer avec les autres avec un boîtier plutôt qu’avec son voisin ne venait à personne.

Les écrans n’avaient pas disparu par enchantement. Le refuge, seulement alimenté en électricité par quelques panneaux solaires et une turbine à eau, ne permet pas la recharge des portables. D’ailleurs, le réseau n’y passe pas. Bien nommé, le « refuge » serait-il l’un des derniers sanctuaires de la « vie ensemble » délivrée de la dictature du numérique ?

On repensait à ce moment de magie collective en altitude en lisant le préoccupant dossier de L’Obs sur le stress et l’anxiété qui pourrissent la vie de bien des lycéens et submergent les services de pédopsychiatrie. « Les réseaux sociaux mettent une pression inédite sur les adolescents. Ils sont constamment assujettis à l’angoisse de l’image, se doivent de mettre en scène leur vie quitte à la fantasmer. (…) Ils n’ont plus le droit d’être moyens, y témoigne Laurent Pinel, psychiatre spécialisé dans la prise en charge des lycéens et étudiants. La perte de sens et le manque de confiance dont souffrent nos patients sont en grande partie liés à la numérisation et (…) à une forme de déshumanisation de leurs relations sociales. » Le médecin, dont les malades sont astreints à un sevrage du téléphone portable, conseille aux parents de « réintroduire des activités partagées sans écran », un peu comme dans un refuge de montagne.

Paul, un collégien nantais emporté par la spirale addictive d’Instagram, réseau de partage de photos, qui incite à guetter sans cesse des signes de reconnaissance quitte à infliger de lourdes humiliations, a dû être hospitalisé en psychiatrie. A 13 ans, il y était connecté douze heures par jour. « On parle de réseau “social”, s’indigne son père dans le documentaire percutant que vient de diffuser Arte. Mais Paul, ça l’a complètement enfermé. Il est presque obligé de réapprendre à vivre avec les autres. »

Réseaux sociaux : L’arnaque de Twitter !

Réseaux sociauxL’arnaque de Twitter !

Twitter aurait privilégié la progression du nombre d’utilisateurs au lieu de la lutte contre les comptes de spams, selon le document d’un lanceur d’alerte. Il ne s’agit pas d’une véritable surprise quand on sait que les revenus de ce réseau dit social (et ceux  des concurrents) sont fondés  sur les recettes de la publicité qui dépendent du volume d’utilisateurs).

Twitter a induit les régulateurs américains en erreur concernant sa capacité à se défendre contre les pirates informatiques et les comptes de spam, selon une plainte déposée par ce lanceur d’alerte.

L’ancien chef de la sécurité du réseau social, Peiter Zatko, a indiqué dans sa plainte que Twitter avait affirmé à tort avoir un plan solide en matière de sécurité.

La plainte a été déposée le mois dernier auprès de l’organisme américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers, du département de la Justice, ainsi qu’auprès de la FTC (Federal Trade Commission).

Twitter aurait privilégié la progression du nombre d’utilisateurs au lieu de la lutte contre les comptes de spams, selon le document.

Ces accusations interviennent alors que Twitter a intenté un procès contre Elon Musk pour violation du contrat de rachat du réseau social pour 44 milliards de dollars (44 milliards d’euros).

Le patron de Tesla a mis fin début juillet à l’accord de rachat de Twitter, accusant le groupe d’avoir manqué à ses obligations contractuelles en fournissant notamment des données erronées ou incomplètes sur le nombre de faux comptes, des accusations rejetées par le réseau social.

 

« Réseaux sociaux- »Twitter et autres : 80 % de faux comptes ?

« Réseaux sociaux- »Twitter et autres   : 80 % de faux comptes ? 

Les bots* sont-ils à l’origine du déclin de notre monde numérique ? Il est plausible que plus de 80 % des comptes Twitter soient en fait des faux – et Twitter n’est pas le seul réseau social à être concerné. Voici pourquoi… Par Dan Woods, Global Head of Intelligence chez F5. (la Tribune)

*Un bot informatique est un agent logiciel automatique ou semi-automatique qui interagit avec des serveurs informatiques. Un bot se connecte et interagit avec le serveur comme un programme client utilisé par un humain, d’où le terme « bot », qui est la contraction par aphérèse de « robot »

 

 

À ce stade, nous sommes nombreux à avoir entendu parler de l’échec de l’acquisition et de l’affaire juridique qui se profile entre Twitter, une société qui n’a pas cherché à être achetée, et Elon Musk, qui a annulé son offre d’achat de la société.

Au centre de ce conflit se trouve le trafic de robots. Il est presque certain que le trafic de robots de Twitter est beaucoup plus important que ce qui est exprimé publiquement et de ce que les équipes imaginent en interne. En toute honnêteté, c’est probablement le cas pour toutes les organisations qui sont ciblées par des bots malveillants ou indésirables mais qui n’utilisent pas les meilleures technologies pour les éliminer.

 

Dans le cas de Twitter, l’une des principales motivations est d’obtenir la création de nouveaux comptes. On a l’impression que plus une personne a de followers, plus ses tweets sont intéressants, et en effet, les comptes ayant le plus de followers ont tendance à être plus influents.

Ce modèle peut alors devenir préoccupant dès lors qu’il vise à amplifier l’influence. Imaginez l’influence que vous pourriez avoir en contrôlant automatiquement des millions de comptes Twitter qui interagissent avec les comptes réels de personnalités publiques et de citoyens privés. Cette situation est susceptible d’attirer des acteurs étatiques très motivés disposant de ressources pratiquement illimitées.

Non seulement l’incitation est énorme sur Twitter, mais il existe aussi des moyens. Il existe d’innombrables services sur Internet (y compris les marketplaces du dark/deep web) qui proposent des comptes Twitter, des followers, des likes et des retweets contre rémunération.

Pour moins de 1 000 dollars, il est possible d’obtenir près de 100 000 followers, qui retweetent tout et n’importe quoi. Ces comptes ont des noms tels que TY19038461038, et ils suivent beaucoup d’autres comptes.

Créer un compte Twitter en utilisant l’automatisation est particulièrement facile. En y regardant d’un peu plus près, il est possible d’écrire un script qui crée automatiquement des comptes Twitter. Sans pour autant changer d’adresse IP ni le nom du compte.

Il y a quelques années, un réseau social américain a déployé une stratégie de défense contre les robots et a découvert que 99 % de son trafic de connexion était automatisé.

En fait, 80 à 99 % du trafic est automatisé sur de nombreuses applications. Ces résultats ne sont pas un cas isolé – ils sont communs à de nombreuses organisations (commerçants, institutions financières, sociétés de télécommunications et entreprises de restauration rapide, pour n’en citer que quelques-unes).

La nouvelle a bien sûr été dévastatrice pour l’entreprise. Elle savait qu’elle avait un problème de bot, mais n’avait jamais imaginé qu’il était aussi grave. Les conséquences ont rapidement été ressenties. Seule une infime partie de leurs comptes clients étaient de véritables clients humains. La majeure partie était des robots

 

Pour les réseaux sociaux, le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens (DAU), qui est un sous-ensemble de tous les comptes, joue un rôle important dans l’évaluation. La révélation que leur DAU ne représentait qu’une fraction de ce qu’elles pensaient a entraîné une baisse significative de leur valeur.

Aurait-il alors été préférable pour les actionnaires de cette entreprise de ne jamais apprendre la vérité et de se contenter d’affirmer que leur problème de bots était inférieur à 5 % ? Sans aucun doute, oui.

Cette pression ne s’applique pas seulement aux sites de réseaux sociaux dont la valorisation est déterminée par le nombre de DAU. Elle s’applique également aux entreprises qui vendent des produits à forte demande dont les stocks sont limités, comme des billets de concert, des baskets, des sacs à main de marque ou le prochain iPhone.

Lorsque ce type de produits sont vendus en quelques minutes à des robots, pour être ensuite revendus à des prix très élevés, cela créé un mécontentement des clients, mais l’entreprise parvient à écouler rapidement l’ensemble de son stock et alors, rien n’est fait pour maitriser ce procédé.

Dans ces cas, une entreprise peut vouloir donner l’impression qu’elle fait tout ce qu’elle peut pour arrêter les bots alors qu’en réalité, elle ne fait pas grand-chose.

Selon le volume et la vitesse de l’automatisation que nous observons aujourd’hui, la sophistication des bots et le manque relatif de contre-mesures, on peut facilement faire la conclusion suivante : selon toute vraisemblance, plus de 80 % des comptes Twitter sont en fait des bots.

Sans nul doute, Twitter essaie d’empêcher toute automatisation indésirable sur sa plateforme, comme toutes les entreprises. Mais il est probable qu’il s’agisse d’une automatisation très sophistiquée de la part d’acteurs extrêmement motivés. Dans ces circonstances, la lutte contre les bots n’est pas une mince affaire. Elle nécessite des outils tout aussi sophistiqués.

Cependant, il y a quelque chose de beaucoup plus important en jeu ici. Le problème des bots est plus important que les recettes publicitaires, le cours de l’action ou la valorisation d’une entreprise. Ne pas lutter contre l’usage de bots, menace l’ensemble des fondements de notre monde numérique.

Permettre aux bots de proliférer conduit à une fraude massive qui coûte des milliards. Cela permet aux nations et aux organisations malveillantes de diffuser de fausses informations, d’influencer les processus politiques voire même de créer de potentiels conflits.

Si nous voulons, en tant que société, continuer à bénéficier de toutes les connaissances, de tous les divertissements et des autres avantages que nous offre l’internet et notre monde mobile et connecté, nous devons faire quelque chose contre le trafic automatisé en ligne. La seule façon de lutter contre les bots est de mettre en place notre propre automatisation hautement sophistiquée.

Réseaux sociaux : des internautes davantage politisés ?

Réseaux sociaux : des internautes davantage politisés ?

Un article intéressant mais qui ne prouve nullement que les internautes qui s’expriment sur les réseaux sociaux sont davantage politisés -au sens militant- que les autres.

 

On note un surinvestissement sur les réseaux sociaux de citoyens s’exprimant des préférences politiques plus polarisées que l’électorat dans son ensemble. Par Marie Neihouser, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées; Felix-Christopher von Nostitz, Institut catholique de Lille (ICL); François Briatte, Institut catholique de Lille (ICL); Giulia Sandri, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Université de Lille.

 

 

Les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux ont été particulièrement scrutés lors de la campagne d’avant premier tour. De nouvelles plates-formes, telles que TikTok ou Twitch, ont été fortement investies afin de toucher les plus jeunes, et certains candidats semblent y avoir été plus performants que d’autres – notamment Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour. À cet égard, des études montrent que l’activisme sur Internet se structure souvent sur des bases idéologiques et est plus élevé aux extrêmes de l’échiquier politique. D’où une question : les citoyens actifs sur Internet sont-ils politiquement plus radicaux que l’ensemble des électeurs ?

Les citoyens actifs sur Internet sont-ils plus radicaux ?

En France, les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux se sont développés depuis la présidentielle de 2012. Ils restent cependant relativement minoritaires.

 

Les commentaires à la suite de messages de candidats restent relativement peu nombreux tant sur Twitter que sur Facebook. Ainsi, si Jean-Luc Mélenchon récolte respectivement 23 491 et 126 465 commentaires, ce qui en fait le candidat le plus commenté, ces chiffres restent relativement modestes si on les rapporte au nombre d’inscrits sur les listes électorales, ou même au nombre de personnes inscrites sur les réseaux sociaux en France (40 millions d’utilisateurs mensuels de Facebook, 8 sur Twitter, 22 sur Instagram, 50 sur YouTube).

Surtout, certains candidats ne récoltent que quelques centaines de commentaires – ou même moins. Même si l’on regarde le nombre de likes, pratique moins coûteuse pour les internautes que le commentaire, les réactions aux messages des candidats restent relativement rares, a fortiori lorsqu’on les compare à leurs nombres d’abonnés. Pour ne prendre que quelques exemples, les likes recueillis par Emmanuel Macron sur Twitter durant la première semaine de janvier ne représentent que 2,6 % de ses abonnés, ceux reçus par Jean-Luc Mélenchon 4,4 %, ceux reçus par Marine Le Pen 1,8 %, et ceux reçus par Anne Hidalgo 0,8 %.

Reste que certains candidats suscitent plus de réactions que d’autres, et qu’à l’exception du cas particulier du président sortant, les candidats recueillant le plus d’interactions (likes et commentaires) sont les candidats d’extrême droite (Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan) et Jean-Luc Mélenchon, ce qui tend à accréditer l’idée que les citoyens mobilisés sur Internet exprimeraient des choix électoraux plus radicaux et plus polarisés que la population électorale générale.

On sait que les citoyens politiquement actifs sur Internet présentent différentes caractéristiques : ils sont plus intéressés par la politique, plus diplômés, et plus jeunes que la moyenne. Hormis en termes d’âge, ils ressemblent en réalité beaucoup aux citoyens actifs « hors ligne ». Ces pratiques politiques s’imbriquent d’ailleurs fortement : en 2012, par exemple, les électeurs ayant participé à un meeting étaient aussi parmi les plus actifs sur Internet.

Mais l’on sait aussi – et surtout – que, après avoir contrôlé par le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, la situation professionnelle et l’intérêt pour la politique, les individus politiquement actifs sur Internet en 2012, ceux qui ont consulté le site ou la page Facebook d’un candidat lors des élections régionales de 2015, ou encore ceux qui ont suivi un candidat sur Internet lors de la campagne présidentielle de 2017, sont soit sensiblement plus à gauche, soit, pour une part plus faible, plus à droite, que le reste des citoyens. C’est en particulier le cas lorsque l’intensité de l’activisme sur Internet est plus faible, comme lors des régionales de 2015.

Si Facebook semble autant mobilisé à l’extrême droite que par les individus se déclarant très à gauche, on note cependant des différences concernant tous les autres réseaux sociaux, qui sont bien plus utilisés à l’extrême droite.

L’écart est très important sur Twitter : seuls 2,5 % des individus se déclarant très à gauche affirment avoir consulté, partagé, « liké » ou commenté du contenu sur cette plate-forme dans les sept jours précédant l’enquête. Ce chiffre est quatre fois plus élevé chez ceux qui se positionnent très à droite (12 %), soulignant possiblement en miroir l’activisme intense des soutiens d’Éric Zemmour sur cette plate-forme.

Notons, enfin, que la sociologie des organisations partisanes offre une piste d’explication complémentaire à celle esquissée ci-dessus : contrairement aux partis structurés en courants ou tendances, les partis d’extrême droite, plus centralisés et constitués autour d’un leader charismatique, ont peut-être moins de difficulté à concevoir un discours unitaire et à le faire diffuser sur Internet par leurs bases militantes.

Sur la base de ces résultats, et bien qu’il faille relativiser l’influence des réseaux sociaux sur le résultat final d’une élection, on peut s’attendre à ce que les électeurs soutiens d’Emmanuel Macron se mobilisent moins fortement sur Internet que les électeurs d’extrême droite – alors même qu’il est le président sortant et que sa stratégie numérique tiendra compte de ce paramètre. De même, lors des élections législatives, on peut s’attendre à nouveau à un sur-investissement des réseaux sociaux par les citoyens exprimant des préférences politiques plus polarisées que l’électorat dans son ensemble.

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Par Marie Neihouser, Chercheuse en science politique, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées ; Felix-Christopher von Nostitz, Research and Teaching Assistant in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL) ; François Briatte, Assistant Lecturer in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL) ; Giulia Sandri, Professeur en science politique, ESPOL, Université Catholique de Lille, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Maître de conférences, Université de Lille.

Cet article a été co-publié dans le cadre du partenariat avec Poliverse qui propose des éclairages sur le fonctionnement et le déroulement de la présidentielle.

Marie Neihouser, Felix-Christopher von Nostitz, François Briatte, Giulia Sandri et Tristan Haute

Démocratie : Obama veut réguler les réseaux sociaux

 

L’ex chef d’État (2009-2017) s’est étendu sur le phénomène de la désinformation, et s’est reproché de ne pas avoir suffisamment réalisé «à quel point nous étions devenus réceptifs aux mensonges et aux théories du complot» avant l’élection de Donald Trump, qui lui a succédé. «Poutine n’a pas fait ça. Il n’a pas eu besoin. Nous nous le sommes fait à nous-mêmes», a-t-il ajouté, évoquant les campagnes de manipulation des électeurs orchestrées depuis la Russie. «Nous venons de voir un président en exercice nier des résultats électoraux clairs et aider à inciter une insurrection violente contre la capitale de la nation», a-t-il assené, en référence à Donald Trump, qui n’a pas reconnu la victoire de Joe Biden fin 2020, et a encouragé ses partisans avant l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, qui a fait plusieurs morts. «Ce doit être notre sonnette d’alarme pour réagir.»

Barack Obama a donc appelé à une réforme des lois qui gouvernent les réseaux sociaux, pour qu’ils soient plus responsables et plus transparents, expliquant que le problème au cœur de la désinformation était moins «ce que les gens publient» que «les contenus que ces plateformes promeuvent». La preuve selon lui qu’elles ne sont pas «neutres» et que les algorithmes devraient être soumis à des contrôles de sécurité par une autorité de régulation, au même titre que les voitures, aliments et autres produits de consommation. Il a ensuite détaillé une série de valeurs qui devraient à son avis guider la modération des contenus, comme le renforcement de la démocratie et le respect des différences. «Les outils ne nous contrôlent pas. Nous pouvons les contrôler», a-t-il conclu.

 

La dépendance maladive aux réseaux sociaux

La dépendance maladive aux réseaux sociaux

Dérivé du verbe anglais « to scroll », « faire défiler », ce mot désigne la consultation compulsive d’informations anxiogènes, un comportement né de la rencontre entre la curiosité humaine et les produits des plates-formes numériques. ( Par Marion Dupont du « Monde »)
En bon français la dépendance maladive aux réseaux sociaux NDLR

 

 

Histoire d’une notion.

 

Dans les transports, dans la file d’attente du supermarché, dans l’ascenseur, dans le confort d’un canapé ou l’intimité d’un lit, les contenus défilent d’un mouvement machinal du pouce ou de l’index quasi automatique. Sur Facebook, Instagram, TikTok ou Twitter, ils s’égrènent inexorablement : images de la guerre en Ukraine, chiffres de la pandémie de Covid-19, articles déchiffrant le dernier rapport du GIEC, commentaires alarmés sur l’état du paysage politique. Le plus souvent, aucune émotion ne transparaît sur le visage de l’utilisateur ; mais, en son for intérieur, la curiosité ou l’ennui le cèdent parfois à l’appréhension, voire à l’angoisse la plus pure. Qu’importe : il continue. Cette consultation compulsive a désormais un nom : le doomscrolling, c’est-à-dire le fait – ou le sentiment – de ne pas pouvoir s’empêcher de faire défiler indéfiniment des contenus multimédias anxiogènes.

Le mot dérive du verbe anglais to scroll, signifiant « faire défiler un contenu sur un écran », un terme aujourd’hui employé si couramment que sa version francisée, « scroller », est entrée dans le dictionnaire Robert en 2020. Les phobiques des anglicismes peuvent se rassurer : to scroll provient originellement d’un emprunt à l’ancien français « escroe » (« rouleau ») – il s’agissait, pour les locuteurs du Moyen Age, de décrire l’action de dérouler un parchemin pour le lire.

C’est dans les années 1970-1980 que le milieu naissant des jeux vidéo reprend le terme et s’en sert comme d’une métaphore pour décrire la manière de faire apparaître des éléments à l’écran, selon un défilement horizontal ou vertical : le scroll devient, dès lors, un élément essentiel des interfaces numériques. Or, quelques dizaines d’années plus tard, avec l’émergence des réseaux sociaux et de leur modèle d’accumulation de contenus, l’action de scroller acquiert une dimension potentiellement infinie. C’est cette sensation de page sans fin que vient d’abord décrire le mot doomscrolling, qui signifie littéralement « scroller jusqu’à la fin des temps » ou « jusqu’à sa perte » (doom).

Pourquoi cette incapacité à s’autoréguler semble-t-elle si partagée ? « Le modèle économique des entreprises type réseaux sociaux est basé sur le temps passé par les utilisateurs sur les plates-formes, car c’est cette durée d’attention qui sera valorisée auprès des annonceurs publicitaires, détaille Nicolas Nova, anthropologue du numérique. Celles-ci ont donc un fort intérêt à trouver, dans la conception des interfaces, des mécanismes incitant les utilisateurs à rester le plus longtemps possible. Cet intérêt explique le recours au format du scrolling infini, mais aussi le mécanisme de récompense variable (analogue à celui des machines à sous des casinos) mis en place par les algorithmes, ou le fait de survaloriser la répétition de certains types de contenus suscitant particulièrement l’intérêt, comme les informations négatives ou les titres racoleurs. » La sensation de doomscrolling naît ainsi de la rencontre entre la nature curieuse des êtres humains et les nouvelles interfaces produites par les entreprises numériques capitalistes.

Russie: La bataille de communication via les réseaux sociaux

Russie: La bataille de communication via les réseaux sociaux

Dans sa chronique, le journaliste du « Monde » Alexandre Piquard constate que Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky sont d’accord pour stopper réseaux sociaux et services en ligne en Russie, mais pas pour les mêmes raisons. Mais cela inquiète un collectif d’ONG, qui lutte contre le contrôle de l’information par les autorités russes.

 

Chronique.

 

 Louis Vuitton, Coca-Cola, McDonald’s, Volkswagen, Boeing, Shell, Adidas, Ikea, Goldman Sachs… Depuis le début de la guerre en Ukraine, la liste des multinationales ayant arrêté leurs activités en Russie ne cesse de s’allonger. Ces centaines d’entreprises appliquent parfois des sanctions économiques européennes ou américaines, mais elles agissent aussi de façon volontaire et préventive, pour afficher leur opposition au régime de Vladimir Poutine.

Pourtant, dans le domaine de la technologie, des réseaux sociaux et des services en ligne, la bataille se joue à front renversé : les géants du numérique tentent plutôt de maintenir leurs plates-formes en Russie. Et le leader du Kremlin cherche au contraire à les limiter ou à les interdire. Vladimir Poutine a ainsi déjà fait bloquer Facebook, puis sa filiale Instagram, en représailles à la suspension des comptes des médias d’Etat russes RT et Sputnik.

Pour les dirigeants concernés, la justification de l’exception de la tech est évidente. Ces services sont des moyens de communication. Et ils participent à la liberté d’expression, qui échappe à la pure logique économique et marchande. « Les réseaux sociaux sont mauvais pour les dictateurs, c’est pour cela que Poutine nous a débranchés », a expliqué à la chaîne CNBC Sheryl Sandberg, numéro deux de Meta, maison mère de Facebook et Instagram.

« En Russie, les citoyens ordinaires utilisent les applications de Meta pour s’exprimer et se mobiliser. Nous voulons qu’ils puissent continuer à faire entendre leur voix », a renchéri le directeur des affaires publiques, Nick Clegg. Google avait, lui, fait savoir que son moteur de recherche ou sa plate-forme de vidéo YouTube « restaient en ligne en Russie pour continuer à y fournir de l’information ».

Pour autant, les dirigeants ukrainiens, le président Volodymyr Zelensky en tête, ont cherché à remettre en cause ce raisonnement. Et à bousculer les géants du numérique. Fin février, le gouvernement du pays envahi a appelé Google et Meta à couper tous leurs services en Russie, de même que Netflix sa plate-forme de vidéo, ou Apple son magasin d’applications sur iPhone. Kiev sur la même ligne que Moscou ? C’est paradoxal…

« Notre but n’est pas de bloquer les sources d’information des Russes, mais de mobiliser les gens jeunes, proactifs et intelligents », a justifié sur Twitter le très actif ministre du numérique, Mykhaïlo Fedorov. L’idée de « blocus numérique » vise à rendre la vie des citoyens russes si désagréable qu’ils remettent en question la guerre en Ukraine et cessent d’être « complices par leur silence », a-t-il expliqué au New York Times.

« Toxic Data », remède contre les réseaux sociaux sulfureux

« Toxic Data », remède contre les réseaux sociaux sulfureux

David Chavalarias propose une analyse critique de l’influence de Twitter ou Facebook sur les opinions politiques. ( Le Monde)

analyse . 

 

Au premier abord, le lecteur se dira sans doute qu’il a déjà lu et entendu ces lamentos sur l’effet néfaste des réseaux sociaux sur le débat public et sur les risques d’influence des opinions par certains groupes d’intérêt. D’autant plus qu’avec la guerre en Ukraine et la campagne présidentielle française, l’époque est propice à ce genre de suspicions.
Mais si dans son livre, Toxic Data, l’agrégé de mathématiques David Chavalarias propose en effet une critique de plus contre les Gafam, les ingérences russes ou chinoises, son analyse est par plusieurs points assez originale.

Les illustrations centrales en couleurs, que sans doute peu de lecteurs ont déjà vues, témoignent déjà d’un regard différent sur ces thèmes. On y voit des nuées de points en tas, ou bien dispersés, reliés entre eux plus ou moins fortement. C’est ce que l’auteur, mathématicien de formation, appelle un « macroscope » : un dispositif d’étude à grande échelle de ce qui se passe sur un réseau social comme Twitter et qui permet, par la collecte et l’étude de millions de tweets, de voir d’où part une information, comment un mot-clé circule, comment se forment les communautés politiques, et les voir éclater, se recomposent ou se rapprochent d’une autre…

En spécialiste des systèmes complexes, dont les réseaux sociaux font partie, il défend l’idée que pour mieux corriger les effets négatifs de ces ogres numériques sur les opinions il convient d’abord de disposer des outils pour les « voir ».

Plusieurs exemples montrent l’intérêt d’une telle approche. Ce « politoscope », comme il a été baptisé, a permis d’éclairer le fait que le terme « islamo-gauchisme », repris par des ministres, est bien un concept venu de l’extrême droite. Il aide aussi à repérer quels camps diffusent le plus de fausses informations. Il documente l’émergence de la communauté antivax et antipasse sanitaire.

Les comportements sociaux de chambre d’échos, de bulles de filtre, de polarisation, d’astroturfing, etc., sont bien sûr présents mais vus à l’aune de la science des réseaux et des sciences cognitives, ce qui permet de mieux les comprendre. L’un de ces résultats, tiré d’un théorème mathématique de 1976, est même assez déprimant : plus les interactions sociales sont fortes, plus le comportement collectif est imprévisible aux yeux des individus (rendant instables les situations), mais plus l’entité qui a les informations sur ces interactions peut les prévoir…

Très inquiet de ces influences sur la santé de nos démocraties et conscient que les choix se jouent parfois à un nombre de voix largement atteignable par des influenceurs, l’auteur esquisse 18 propositions pour éviter les dérèglements. Certaines sont de bon sens : vérifier ses sources, savoir se déconnecter… D’autres sont difficiles à réaliser, comme « surveiller » les algorithmes, « redonner les données au peuple »… D’autres encore sont plus inattendues, comme le recours au jugement majoritaire pour les élections, ou les « preferendums », qui permettent de nuancer le contenu des votes et éviter les jugements binaires et l’inévitable polarisation.

Automobiles Etats -Unis : La restructuration des réseaux de distribution

 Automobiles Etats -Unis : La restructuration des réseaux de distribution 

Un article du Wall Street Journal ( extrait)

 

Aux Etats-Unis, les concessionnaires automobiles pourraient bientôt connaître le même sort que d’autres pans de la vie économique bouleversés par le commerce électronique. Ils exposeront moins de véhicules et fonctionneront davantage comme des centres de livraison et d’entretien, où les clients viendront prendre possession des voitures commandées en ligne et pourront également bénéficier de services d’entretien.

 

 

Le concessionnaire automobile de proximité est devenu un pilier du paysage urbain américain avec l’avènement de la production automobile de masse et le lancement de la Ford T, modèle ultrapopulaire sorti des lignes de montage du constructeur américain en 1908. Les constructeurs automobiles, qui avaient besoin de réseaux de distribution à même de vendre d’énormes volumes de voitures, ont alors confié à des concessionnaires indépendants la tâche ardue et onéreuse de trouver des clients, d’assurer leur publicité sur différents marchés et d’offrir des services d’entretien. Les constructeurs pouvaient ainsi comptabiliser immédiatement les recettes de leurs ventes de véhicules et éviter les charges liées à la détention d’actifs au bilan.

Les concessionnaires ont proliféré et acquis une certaine influence au sein de leurs quartiers et dans les capitales d’Etat, sponsorisant les matchs de baseball et les levées de fonds, tout en faisant pression en faveur de législations protégeant leurs bénéfices. Les restrictions de zonage et l’étalement urbain ont encouragé un grand nombre de ces entreprises locales à se regrouper dans des zones d’activité où leurs locaux respectifs s’étendaient à perte de vue. A la fin des années 1980, les Etats-Unis comptaient plus de 25 000 concessionnaires de véhicules neufs.

Les concessionnaires ont longtemps réussi à maintenir le statu quo grâce aux lois sur les franchises qui limitent les possibilités qu’ont les entreprises automobiles traditionnelles d’établir leurs propres activités de vente directe et font obstacle à l’entrée de tout nouveau concurrent sur le marché. Ce modèle a toutefois commencé à patiner. D’abord, les transactions sur Internet ont permis une meilleure transparence des prix, que les acheteurs pouvaient désormais comparer, ce qui a affecté les marges bénéficiaires réalisées sur les ventes de véhicules neufs. Les prêts et services d’entretien de routine ont peu à peu constitué une plus grande part des recettes des concessionnaires.

Ensuite, le constructeur automobile Tesla a remis en cause l’idée selon laquelle la vente de voitures devait passer par des concessionnaires de marque. Le patron de Tesla, Elon Musk, a décidé que le groupe aurait ses propres points de vente. Tesla s’est heurté à de fortes résistances dans plusieurs Etats, comme au Texas, où la législation locale interdisait aux fabricants de vendre directement aux acheteurs. M. Musk est néanmoins parvenu à contourner ces obstacles et à mettre en place un réseau de distribution à travers le pays, en s’appuyant sur des tactiques de vente en ligne agressives. S’il a lui-même évoqué l’abandon de la plupart des points de vente physiques, l’entreprise continue d’en utiliser.

Le modèle sans concessionnaires de Tesla est aujourd’hui repris par d’autres start-up de l’automobile comme Rivian Automotive et Lucid Group qui, adossées à des poids-lourds tels qu’Amazon, font pression en faveur d’une modification des lois en vigueur dans de nombreux Etats afin de pouvoir elles aussi vendre directement leurs véhicules aux acheteurs.

Un autre coup a été porté aux concessionnaires classiques par l’émergence des vendeurs en ligne de voitures d’occasion, qui ne font pas l’objet des mêmes restrictions légales que les vendeurs de voitures neuves. Carvana, fondé en 2012 dans l’Arizona, en est un exemple. Si l’entreprise est encore petite – elle ne représente que 1 % du marché des véhicules d’occasion –, elle a vendu 244 111 voitures l’an dernier, soit une augmentation de 37 % par rapport à 2019, et son action s’est appréciée au cours des derniers mois. Vendredi dernier, Carvana affichait une valeur boursière de près de 57 milliards de dollars, soit davantage que Ford.

Nancy Thomas, une habitante de Detroit qui a acheté une Volkswagen Jetta de 2013 chez Carvana, se dit soulagée d’avoir pu éviter les vendeurs insistants, selon ses propres termes, ainsi que de longues visites chez des concessionnaires. Carvana lui a par ailleurs proposé un montant plus élevé pour son ancienne voiture que tout autre concessionnaire, affirme-t-elle.

« Je ne me vois pas retourner chez un concessionnaire », ajoute-t-elle.

Malgré cette augmentation de la concurrence en ligne, les concessionnaires restent un marché dominé avant tout par de petits opérateurs indépendants. En 2020, les 50 premiers concessionnaires du pays en termes de ventes de véhicules neufs ne représentaient qu’environ 16 % des ventes totales de voitures neuves aux Etats-Unis, selon Kerrigan Advisors.

Certains assurent que l’essor des transactions en ligne ne réduira pas l’importance de ces acteurs locaux aux yeux des acheteurs. « De plus en plus de transactions auront lieu en ligne, admet Paul Walser, un concessionnaire du Minnesota également président de l’Association américaine des concessionnaires automobiles (NADA). Mais je ne crois pas que l’importance de ce face-à-face avec la clientèle disparaîtra – en tout cas pas durant ces prochaines années. » Le secteur, ajoute-t-il, « est encore très, très dépendant de la relation qu’entretiennent les concessionnaires avec la clientèle à travers le pays, en particulier dans les zones rurales. »

Un autre défi tient au fait que les grands constructeurs automobiles – partenaires de longue date des concessionnaires locaux – poussent aussi à une évolution du modèle existant. Certains entendent réduire de manière permanente le nombre de leurs véhicules exposés chez des concessionnaires, ayant pris l’habitude d’enregistrer des bénéfices supérieurs durant la pandémie, les niveaux de stocks ayant diminué en raison des fermetures d’usine et des perturbations des chaînes d’approvisionnement.

Ford a ainsi récemment déclaré qu’il pourrait, à long terme, diminuer d’un tiers ses stocks confiés à des concessionnaires. Le constructeur préfère augmenter ses ventes sur des commandes personnalisées en ligne, qui permettent aux clients de choisir précisément les paramètres des véhicules achetés. Les concessionnaires interviennent alors pour livrer le véhicule lorsqu’il est prêt.

« Nous avons compris qu’avoir moins de véhicules dans les concessions automobiles est non seulement possible, mais meilleur pour les clients, pour les concessionnaires et pour Ford », a déclaré Jim Farley, le directeur général du constructeur, en juillet.

La pandémie a donné aux concessionnaires un coup de fouet inespéré. Les fermetures d’usine ont entraîné une baisse des stocks, et donc une hausse des prix et de la rentabilité. Le concessionnaire américain moyen a enregistré l’an dernier un bénéfice record de 2,1 millions de dollars avant impôts, soit une augmentation de 48 % par rapport à 2019, selon la NADA.

Cette situation ne devrait toutefois pas durer. « Une fois les stocks reconstitués, et ce moment arrivera, les concessionnaires feront de nouveau face aux mêmes problèmes de rentabilité qu’auparavant en ce qui concerne les véhicules neufs », prédit Mark Rikess, directeur général de la société de conseil automobile The Rikess Group.

Pour certains concessionnaires, la seule solution pour survivre à long terme consiste à grandir. C’est le choix qu’a fait Lithia Motors, une grande chaîne de concessionnaires cotée en Bourse et basée dans l’Oregon. Ces dernières années, son patron Bryan DeBoer a commencé à acheter des concessionnaires de toutes tailles, afin de développer sa chaîne et de faire en sorte que chaque client américain dispose d’une concession à 150 kilomètres de chez lui. En 2020, Lithia a également lancé Driveway, un site internet permettant aux acheteurs de bénéficier d’un grand nombre de services proposés par les concessionnaires physiques, comme l’obtention d’une estimation de leur transaction ou le financement d’une voiture neuve.

« Il n’est plus nécessaire d’avoir les mêmes stocks physiques qu’auparavant. Stocker quatre millions de véhicules sur des parkings à travers le pays était très inefficace »

La stratégie d’acquisitions de Lithia visait à doter l’entreprise des infrastructures suffisantes en aval pour disposer de davantage de stocks et pouvoir transférer rapidement des véhicules d’un Etat à l’autre, la plupart des concessionnaires devant s’arranger entre eux pour les déplacements de stocks. Une grande partie des surfaces acquises par Lithia servira aux activités de logistique et d’entreposage davantage qu’à l’exposition de véhicules.

« Fondamentalement, notre objectif était de pouvoir distribuer les stocks à la manière d’Amazon, explique M. DeBoer. L’infrastructure logistique est la clef de la réussite, ou de l’échec. »

D’autres chaînes de concessionnaires comme AutoNation et Asbury Automotive Group ont adopté la même stratégie d’expansion. AutoNation, la première chaîne de concessionnaires du pays en termes de ventes, compte ouvrir 130 points de vente de véhicules d’occasion sur l’ensemble du territoire d’ici à 2026. Selon son patron, Mike Jackson, ces concessions fonctionneront à la manière de centres de livraison, où les clients viendront chercher les voitures qu’ils auront achetées sur le site du groupe. M. Jackson prévoit de suivre ultérieurement la même approche pour les véhicules neufs.

« Il n’est plus nécessaire d’avoir les mêmes stocks physiques qu’auparavant, affirme-t-il. Stocker quatre millions de véhicules sur des parkings à travers le pays était très inefficace. »

Pour ceux qui restent, la difficulté sera de savoir s’il vaut la peine d’investir dans des mises à niveau et technologies coûteuses, qui pourraient réduire les besoins de personnel commercial et de surfaces d’exposition traditionnels. Trois quarts des concessionnaires interrogés dans une enquête publiée par Cox Automotive en février déclaraient qu’ils ne pourraient pas survivre sans disposer d’une solide offre en ligne.

L’automne dernier, David Fischer Jr. et son père ont commencé à chercher un partenaire stratégique qui serait disposé à prendre une participation minoritaire dans leur groupe de concessions automobiles que la famille détient depuis trois générations dans le Michigan. M. Fischer explique avoir fait tout ce qu’il pouvait pour moderniser son entreprise mais avoir eu besoin d’aide pour développer son activité de distribution en ligne. Président de Suburban Collection, il contrôlait 56 franchises réparties sur 34 emplacements indépendants, certains entourés d’enceintes.

« Nous ne faisions qu’appliquer des rustines », déclare-t-il.

M. Fischer avait toujours considéré Suburban comme une entreprise familiale qu’il pourrait transmettre à l’un de ses quatre enfants. Mais lorsque Lithia a proposé fin 2020 de racheter Suburban, M. Fischer a accepté de céder le contrôle.

En définitive, Lithia était mieux placée pour affronter les évolutions du secteur. « Quand nous avons regardé ce qu’ils faisaient, ils étaient en train de mettre en place leur propre marque, leur propre processus en ligne et leur propre logiciel, c’est-à-dire tout ce que nous étions incapables de faire », résume M. Fischer.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Traduit à partir de la version originale en anglais

Marchés financiers : l’influence grandissante des réseaux sociaux

Marchés financiers : l’influence grandissante des réseaux sociaux 

 

Un article du Wall Street Journal souligne l’influence grandissante des réseaux sociaux sur les marchés financiers.Des millions d’Américains se sont découvert un intérêt pour la Bourse depuis la crise sanitaire, envahissant les réseaux et messageries, et s’immergeant du jour au lendemain dans l’univers des petits porteurs.

 

Il y a quelques années, l’essentiel des revenus de Kevin Paffrath, un courtier immobilier de 29 ans, père de deux enfants et résidant à Ventura en Californie, provenait des commissions qu’il touchait sur des ventes immobilières. A ses heures perdues, il enregistrait des vidéos en ligne concernant l’achat de logements.

Aujourd’hui, M. Paffrath est connu sous le nom de MeetKevin, influenceur comptant 1,7 million d’abonnés sur YouTube. Tous les jours ou presque, il y diffuse en direct pendant plusieurs heures des vidéos dans lesquelles il parle des marchés boursiers et prodigue des conseils d’investissement à la chaîne, en maniant l’autodérision. Il plaisante avec les auteurs de commentaires, affecte un accent britannique un peu forcé et sirote du café dans le studio d’enregistrement qu’il a installé chez lui, décoré d’affiches humoristiques colorées et d’une guitare électrique couleur turquoise. M. Paffrath a également réalisé des centaines de vidéos sur divers sujets relatifs au conseil en investissement.

« Auparavant, je passais trois ou quatre heures par jour à parler avec un client d’un bien immobilier qu’il pouvait acquérir sous sa valeur de marché, et si j’avais de la chance, au bout de trois mois, cette discussion me rapportait 10 000 dollars, explique M. Paffrath. Aujourd’hui, 10 000 dollars est ce que je gagne les mauvais jours. Mon activité d’influenceur a éclipsé tout le reste. »

M. Paffrath affirme avoir gagné 5 millions de dollars au cours des trois premiers mois de cette année, le nombre de visites sur sa page et la demande pour ses conseils ayant explosé durant la pandémie. Les reçus des paiements de YouTube qu’il a montrés au Wall Street Journal confirment que l’influenceur gagne plusieurs millions de dollars par an ne serait-ce qu’en recettes publicitaires.

Sur TikTok, Tori Dunlap (connue sur l’application en tant que @herfirst100k) explique à ses 1,7 million de fans comment créer une entreprise et quelle dette il convient de rembourser en premier lieu. La jeune femme, âgée de 27 ans, met au point une application afin de promouvoir une « communauté d’investissement sans préjugé », pour aider les femmes à se sentir suffisamment à l’aise pour échanger des conseils d’investissement et gérer des placements dans leurs comptes de courtage

La crise sanitaire ayant assigné les Américains à résidence, des millions d’entre eux – certains utilisant les aides publiques versées pendant la pandémie – se sont découvert un intérêt pour la Bourse, envahissant les réseaux et messageries, et s’immergeant du jour au lendemain dans l’univers des petits porteurs.

En 2021, les six principaux courtiers en ligne, qui attirent surtout des investisseurs individuels, comptent plus de 100 millions d’utilisateurs. Robinhood Financial, une application d’investissement très prisée des jeunes investisseurs, a vu le nombre de ses comptes bondir de 7,2 millions à 18 millions entre mars 2020 et mars 2021, selon ses états financiers.

L’essor du négoce en ligne sans commission s’est accompagné d’une demande de conseils au prix le plus bas, de la manière la plus accessible possible, à savoir en ligne. Aujourd’hui, une nouvelle génération de conseillers en placements boursiers officie sur les réseaux sociaux, suivie par un nombre considérable d’investisseurs novices.

Nombre de ces influenceurs n’ont aucune formation officielle en conseil financier, et aucune expérience dans l’investissement professionnel, ce qui les conduit à choisir des actions au gré de leur popularité dans l’opinion, et parfois à prodiguer des conseils qui font perdre de l’argent à ceux qui les suivent.

Comme MeetKevin, Marko Zlatic est un influenceur très en vogue dans le domaine financier, qui, sous le nom de Whiteboard Finance, conseille 670 000 abonnés sur tous les sujets, de l’achat de véhicules d’occasion à la constitution d’un portefeuille d’investissement fondé sur les préceptes du gérant de fonds spéculatif Ray Dalio.

Certains influenceurs moins connus ont des personnalités plus hautes en couleur. Jack Spencer, qui travaillait auparavant comme coach personnel en Irlande, a abandonné ses vidéos de conseils sportifs pour l’investissement en actions en mars 2020. À 23 ans, il réalise des entretiens vidéo avec des patrons de start-up vêtu d’une chemise barrée de la mention « Not A Financial Advisor » (« Je ne suis pas conseiller financier »), avec en arrière-plan un cellier bien garni. M. Spencer, qui compte 94 000 abonnés sur YouTube, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Sur TikTok, Tori Dunlap (connue sur l’application en tant que @herfirst100k) explique à ses 1,7 million de fans comment créer une entreprise et quelle dette il convient de rembourser en premier lieu. La jeune femme, âgée de 27 ans, met au point une application afin de promouvoir une « communauté d’investissement sans préjugé », pour aider les femmes à se sentir suffisamment à l’aise pour échanger des conseils d’investissement et gérer des placements dans leurs comptes de courtage.

Après avoir abandonné ses études, Cameron Newell, alias CamTheMan, a commencé à investir dans des actions à moins de un dollar il y a environ trois ans. Cet habitant de l’Etat du Washington affirme avoir ainsi gagné l’an dernier 5 millions de dollars. Le jeune homme offre ses conseils sur TikTok et héberge un groupe discussions sur Discord – l’application prisée des amateurs de jeux vidéo – où ses fans peuvent suivre et reprendre à leur compte ses placements, ou participer de temps à temps à des défis dont l’objectif est de parvenir à atteindre 1 million de dollars sur la base d’un investissement initial de 1 000 dollars.

« La finance traditionnelle est une boîte noire, déclare Sarah Petite, une consultante en réseaux sociaux à Los Angeles. La génération actuelle regarde ses parents et pense, « Votre manière de concevoir l’argent ? Ce n’est plus comme ça que cela marche ». »

Aujourd’hui, les jeunes gens sont en quête d’une feuille de route pour réaliser d’importants profits, et leur tendance prononcée à l’indépendance conduit un grand nombre d’entre eux à se tourner vers les influenceurs en ligne pour obtenir des conseils gratuits, plutôt qu’à confier leur argent à un gérant de portefeuille classique moyennant finance. Beaucoup ne se préoccupent pas des qualifications dont disposent ceux qui prodiguent leurs conseils, si l’on en croit les experts et les jeunes investisseurs eux-mêmes.

« J’ai un principe : ne pas payer quelque chose que l’on peut obtenir gratuitement », explique Rex Wu, un investisseur de 33 ans habitant à Tampa Bay en Floride, qui suit régulièrement M. Paffrath et plusieurs autres figures du conseil boursier en ligne. M. Wu indique avoir investi quelques centaines de milliers de dollars sur la base d’éléments qu’il a « appris en ligne auprès de gars comme Kevin ». Depuis le début de l’année, son portefeuille affiche un rendement de 23 %, contre 21 % pour l’indice S&P500.

« Si je m’adressais à JPMorgan, ils auraient tendance à vouloir récupérer mes investissements et à en faire trop, estime M. Wu. Les gars sur internet ne cherchent pas vraiment à me vendre quoi que ce soit. »

Néanmoins, ce modèle en ligne est totalement nouveau, et les influenceurs sont jugés sur la base du contenu qu’ils produisent davantage que sur les performances de leurs placements. Ils sont souvent payés en fonction du nombre de leurs abonnés et visiteurs plutôt que sur les revenus que leurs conseils en investissement rapportent à leur public.

Règle n°1 : le public doit pouvoir s’identifier à l’influenceur

Cette nouvelle génération de gourous de la finance officiant sur les réseaux sociaux exploite la méfiance innée des jeunes gens envers l’élite financière, qu’ils jugent contrôlée par le milieu de Wall Street, composé d’« anciens » auxquels ils ne peuvent pas s’identifier.

Inspirer confiance au public est l’un des maîtres-mots de ces nouveaux conseillers en investissement sur YouTube

« Les gens de mon âge ne regardent plus les chaînes câblées, observe Mme Petite, qui a 24 ans. Je ne connais personne qui suit l’actualité financière à la télévision. Ils se tournent vers les chaînes YouTube spécialisées et les réseaux sociaux. Je ne crois pas qu’il viendrait à l’esprit de quiconque parmi eux de confier leur argent à un type en costume à Wall Street. »

Inspirer confiance au public est l’un des maîtres-mots de ces nouveaux conseillers en investissement sur YouTube.

Rose Han, 32 ans, est titulaire d’un diplôme en finance de l’Université de New York. Il y a cinq ans, elle a quitté son poste de trader en devises chez HSBC et commencé à réaliser des vidéos sur YouTube sur le négoce d’options, l’investissement dans des fonds et les comptes financiers personnels.

Elle a un demi-million d’abonnés sur YouTube, et 54 000 « followers » sur Instagram. Mme Han, qui propose des cours d’investissement, affirme gagner aujourd’hui dix fois plus que lorsqu’elle était salariée.

« Si vous regardez CNBC, vous verrez des hommes blancs d’un certain âge à qui il est difficile de s’identifier : je ne leur ressemble pas, et un grand nombre de mes followers ne leur ressemblent pas non plus, note-t-elle. Comme je suis une femme, les femmes me font confiance, elles préfèrent apprendre quelque chose auprès de moi que d’un stéréotype de la finance. » Mme Han affirme avoir gagné 2 millions de dollars depuis le début de l’année grâce aux recettes publicitaires de YouTube et à la vente de ses cours d’investissement en ligne.

Règle n°2 : l’influenceur doit faire rêver son public

La génération Z – née entre 1992 et 2002 environ – est plus sensible aux signes extérieurs de richesse tels que les voitures et vêtements de luxe qu’aux diplômes d’écoles de commerce, certifications financières ou apparitions dans les journaux télévisés, observent les experts. C’est pourquoi ils peuvent être facilement victimes d’escroquerie et finir ruinés, souligne Ted Klontz, professeur en finance comportementale à l’université Creighton.

TikTok regorge de comptes publicitaires comme celui de The Daily Trader, un millionnaire autoproclamé de 19 ans qui diffuse des vidéos le montrant au volant d’une Audi R8 flambant neuve, ou bien au bord de la piscine d’une villa de Beverly Hills dont il affirme qu’elle vaut 20 millions de dollars, ou encore attablé dans l’un des restaurants les plus chers de Los Angeles

« Cet univers ressemble en grande partie à une fosse aux serpents, c’est très inquiétant, déclare M. Klontz. Le cerveau humain n’arrive pas entièrement à maturité avant 25 ans. Les jeunes qui n’ont pas atteint cet âge sont hautement influençables. Nous savons que l’investissement au jour le jour ne produit pas de richesse à long terme pour la vaste majorité de ceux qui le pratiquent, mais les influenceurs ciblent justement la partie du cerveau moins inhibée, qui nous conduit à penser qu’on fera exception. C’est ce qui entraîne la spéculation, et d’autres types de comportement à très haut risque. »

TikTok regorge de comptes publicitaires comme celui de The Daily Trader, un millionnaire autoproclamé de 19 ans qui diffuse des vidéos le montrant au volant d’une Audi R8 flambant neuve, ou bien au bord de la piscine d’une villa de Beverly Hills dont il affirme qu’elle vaut 20 millions de dollars, ou encore attablé dans l’un des restaurants les plus chers de Los Angeles.

Ces vidéos tape-à-l’œil postées sur TikTok sont associées à son profil sur Discord, où il vend des abonnements dans le cadre d’un programme de « mentorat », lequel inclut une série de tutoriels destinés à aider les spéculateurs à court terme à copier son « système de trading » pour 294 dollars par personne. Au moins 1 600 utilisateurs se sont inscrits au programme, selon des informations communiquées à un journaliste du Wall Street Journal qui a rejoint le groupe. The Daily Trader n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Cette dynamique marquée par une aspiration à la réussite matérielle pousse les créateurs de contenu, selon leurs propres aveux, à ne partager que des récits positifs, ce qui peut être très éloigné de la réalité.

Casey Adams, 20 ans, a grandi près de Richmond en Virginie. Il a réalisé 300 entretiens avec des dirigeants d’entreprise et des investisseurs pour sa chaîne YouTube, y compris avec le cofondateur de Netflix, Marc Randolph, avec le célèbre créateur de start-up et investisseur en cryptomonnaies Tyler Winklevoss, et, à plusieurs reprises durant l’année écoulée, avec Maye Musk, la mère d’Elon Musk.

M. Adams indique gagner environ 300 000 dollars par an en placements publicitaires et sur son activité de conseil médias, mais il reconnaît qu’un grand nombre de milliardaires et de fondateurs de start-up qui acceptent ses invitations viennent pour répondre à des questions faciles et avoir une chance de s’adresser directement à de jeunes investisseurs individuels.

L’an dernier, M. Adams a obtenu une rare interview de trente minutes avec Trevor Milton, le patron milliardaire de la start-up de véhicules électriques Nikola Corp.

« Les gars, vous écrasez tout sur votre passage, vous allez révolutionner totalement le secteur », a fait remarquer le jeune homme au visage poupon à M. Milton durant l’entretien.

Quatre mois plus tard, après l’entrée en Bourse de Nikola via une fusion inversée, un vendeur à découvert a publié un rapport accablant, accusant M. Milton d’irrégularités et l’action a perdu plus des deux tiers de sa valeur. Une enquête fédérale a été lancée et M. Milton a quitté ses fonctions de président exécutif.

« J’adopte une approche amicale, explique M. Adams. La majorité de mon public est composée de jeunes qui cherchent à comprendre les marchés financiers ou à investir de manière plus stratégique, qu’il s’agisse de NFT, de cryptomonnaies, de l’histoire d’un fondateur, de culture d’entreprise… Je ne veux pas me considérer comme un expert. »

Règle n°3 : n’émettre que des avis positifs

Comme la plupart des créateurs de contenu, les influenceurs doivent être populaires pour prospérer. Or, dans un contexte de marchés depuis longtemps haussiers, seuls les succès et les bons tuyaux sont populaires.

De nombreux influenceurs indiquent que lorsqu’ils font du battage autour d’un placement, ils obtiennent le nombre de vues qu’ils cherchent à s’attirer. S’ils se montrent pessimistes, en revanche, ils voient leur public se détourner d’eux, voire font l’objet d’attaques de « trolls ».

« Depuis qu’ils sont adultes, le marché n’a évolué qu’à la hausse, et si vous n’allez pas dans ce sens, c’est que vous n’y comprenez rien », observe Scott Galloway, professeur de marketing à l’Université de New York, qui lui-même a subi des attaques après avoir publié des vidéos où il se montrait sceptique vis-à-vis de certaines entreprises.

Le véritable danger en ce qui concerne la finance sur les réseaux sociaux, estime M. Galloway, tient au fait que les jeunes influenceurs tendent à croire que les marchés ne peuvent que progresser. Ceux qui les suivent renforcent cette idée.

« C’est réellement alarmant, car si vous dites que le bitcoin, ou Tesla, ou n’importe quel SPAC en vogue sont surévalués, ces trolls qui utilisent des comptes anonymes commencent à vous attaquer », note M. Galloway.

Les détracteurs des placements en cryptomonnaie se voient accuser par les trolls de propager la peur, l’incertitude et le doute, ce qui est une manière de discréditer un influenceur. Dans le monde du conseil financier en ligne, des femmes ont aussi déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel après avoir publié des avis négatifs.

M. Paffrath, qui compte se risquer le mois prochain à briguer le poste de gouverneur de Californie – l’actuel gouverneur, Gavin Newsom, faisant face à un scrutin de rappel – affirme qu’il est ramené chaque jour à cette réalité.

« ​Je veux bien jouer le jeu de la hausse sans fin, mais soyons clair : on ne peut faire réellement fortune que sur le long terme. Le problème est que sur YouTube, aucune de mes vidéos allant dans ce sens n’attire qui que ce soit. »

Un mercredi après-midi de la fin du mois de mai, vêtu d’un sweat-shirt à fermeture Eclair et d’une cravate, M. Paffrath est entré dans son studio d’enregistrement pour lancer sa discussion quotidienne en direct sur les marchés d’actions.

Le sujet du jour était AMC Entertainment Holdings, la chaîne de cinémas en difficulté qui a vu son cours boursier s’envoler au printemps, porté par les investisseurs individuels, dont beaucoup de jeunes gens qui passent l’essentiel de leurs temps sur Internet, ainsi que par la folie des « actions mèmes », dont GamesStop et Tesla.

AMC connaissait alors une semaine volatile mais ce jour-là, elle avait clôturé en hausse de 10 %. M. Paffrath a mis en garde ses followers contre l’achat d’actions AMC – les fonds spéculatifs semblaient friands de positions courtes sur le titre, dont le cours pouvait s’effondrer à tout moment, soulignait-il.

« Pourquoi avez-vous un avis si négatif ? », lui a demandé un internaute.

« Je ne suis pas négatif, je suis juste réaliste, a répondu M. Paffrath. Ecoutez, je suis tout à faire pour que AMC atteigne des sommets, mais tout ce que je veux dire, c’est que si vous vous accrochez à quelque chose que vous ne comprenez pas… Mieux vaut être prudent. »

A la fin de sa vidéo, M. Paffrath a commencé à perdre des abonnés par milliers, raconte-t-il. La plupart des vidéos assorties de titres positifs sont vues plus de 200 000 fois, précise-t-il, tandis que celles qui contiennent des avis négatifs sur une entreprise ou un secteur n’attirent jamais plus de 60 000 vues.

« C’est un peu comme un astronaute qui doit montrer à quel point il est amusant de vivre dans une fusée, mais vous ne faites pas ça toute votre vie, note M. Paffrath.

« ​Je veux bien jouer le jeu de la hausse sans fin, mais soyons clair : on ne peut faire réellement fortune que sur le long terme. Le problème est que sur YouTube, aucune de mes vidéos allant dans ce sens n’attire qui que ce soit. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Flicage des réseaux sociaux par le fisc

Flicage des réseaux sociaux par le fisc 

 

Stéphanie Lapeyre et Roxane Blanc-Dubois, avocates spécialistes des nouvelles technologies travaillant au sein du cabinet August Debouzy expliquent  dans la tribune qu’il ne sera pas possible de s’y opposer.

 

- Tous les réseaux sociaux et toutes les plateformes de mise en relation seront-ils surveillés par l’administration française du fisc et des douanes ?

STÉPHANIE LAPEYRE et ROXANE BLANC-DUBOIS - L’objectif du nouveau dispositif est de toucher, in fine, un large public. Son champ d’application est donc particulièrement étendu puisqu’il couvre les plateformes en ligne au sens de l’article L.111-7 I 2° du code de la consommation, ce qui inclut notamment les moteurs de recherche, les marketplaces, les sites de comparaison de biens et services, les réseaux sociaux ou encore les plateformes collaboratives. Donc oui, les plateformes que nous connaissons et utilisons tous comme Airbnb, Facebook, YouTube, BlaBlaCar, Le Bon Coin, Instagram, Twitter, ou encore eBay pourront faire l’objet d’une surveillance par les administrations fiscale et douanière.

Quelles données sont visées ? Y a-t-il un risque que le scraping des données publiques dérape vers les données privées ?

Ne peuvent être collectées dans le cadre du nouveau dispositif que les données volontairement divulguées par un individu/organisme et librement accessibles, c’est-à-dire sans avoir besoin de créer un compte ou saisir un mot de passe. Les administrations fiscale et douanière ne pourront donc pas collecter les commentaires de tiers sur une publication ni les contenus publiés de manière privée sur un compte Facebook, Instagram ou Twitter, par exemple. La collecte des données via le nouveau dispositif ne va ainsi bien concerner que des données publiques mais ces dernières peuvent néanmoins relever de la sphère privée (par exemple, les posts Facebook d’un contribuable sur ses activités ou son lieu d’habitation).

L’administration fiscale ou douanière ne pourra en outre collecter et utiliser les données des internautes que dans le cadre de la recherche d’infractions relatives aux acticités occultes (non déclarées), à la fausse domiciliation à l’étranger, ou aux trafics en ligne illicites.

Le nouveau dispositif est donc doublement limité par le décret, à la fois en termes de données accessibles à l’administration et en termes d’utilisation qui peut en être faite.

Puisque la plupart des données collectées seront considérées comme des données personnelles (même si elles sont publiques), les administrations fiscale et douanière doivent aussi respecter la législation applicable en la matière. Rappelons qu’à partir du moment où une donnée permet d’identifier un individu (ses nom, prénom, son adresse email, adresse postale, etc.) cette donnée, qu’elle soit publique ou non, est une donnée personnelle. Les administrations ne peuvent donc pas utiliser de telles données à leur guise.

Quels garde-fous ont été mis en place ?

Parmi les garde-fous instaurés, dont certains ont été insufflés par la CNIL, on peut citer par exemple l’instauration d’une phase de configuration des outils de collecte et d’analyse des données. Cette phase vise à assurer que seules les données pertinentes seront collectées. Cela devrait permettre, par exemple, de faire la différence entre les publications d’un contribuable et les commentaires d’un tiers, ou encore, entre une information sans intérêt sur un lieu de vacances et une information révélant une activité professionnelle non déclarée.

Un autre garde-fou est la suppression dans un délai relativement court des données sensibles (religion, race/ethnie, santé, opinions politiques, orientation sexuelle, etc.) et celles sans lien avec les infractions recherchées, si elles sont collectées malgré les paramétrages mis en place.

Enfin, il est prévu l’impossibilité pour l’administration de prendre une décision relative à un individu uniquement sur la base du traitement automatisé de ses données : une analyse des données par un agent de l’administration sera nécessaire pour enclencher une procédure de contrôle.

De toute façon, la CNIL suivra de près le projet. Ainsi, dans 18 mois au plus tard, à mi-parcours donc, un premier bilan doit être fait et les résultats transmis à la CNIL ainsi qu’au Parlement. Un bilan définitif, 6 mois avant la fin de l’expérimentation, doit aussi leur être fourni. La CNIL a déjà indiqué qu’elle étudiera attentivement les documents qui lui seront communiqués, soulignant par là qu’elle compte bien veiller au grain. À noter que, si le test de trois ans est concluant, on peut imaginer que l’administration fiscale souhaitera pérenniser ce nouveau système.

Est-ce que les informations collectées, des informations publiques donc, peuvent constituer des preuves contre le contribuable dans le cadre d’un redressement?

L’objectif du nouveau dispositif est de permettre à l’administration de collecter, sur les individus soumis à la législation française (ou qui devraient l’être), des contenus susceptibles de révéler un manquement ou une infraction en matière fiscale ou douanière. Si les informations collectées constituent des indices pertinents, une procédure de contrôle sera ensuite initiée. Dans le cadre de cette procédure de contrôle, les indices collectés pourront alors éventuellement constituer une preuve selon leur nature et le type d’infraction concernée. Le contribuable/organisme aura cependant bien entendu la possibilité de se défendre.

Etes-vous d’accord avec la CNIL qui, au début du projet, parlait de renversement des méthodes de travail ?

Avec ce nouveau procédé, la logique est effectivement différente car l’administration ne va pas effectuer une surveillance ciblée sur la base de suspicions préexistantes mais va collecter, de manière générale et indifférenciée, des données afin de trouver des indices qui permettront ensuite de cibler les contrôles.

Un autre point intéressant est que l’administration fiscale fait déjà appel à des outils numériques pour lutter contre la fraude, mais ces derniers n’ont vocation qu’à croiser des données issues de ses propres fichiers avec ceux provenant d’autres administrations françaises ou étrangères. Or, il y a un changement d’échelle et de technique dans ce nouveau système qui entraine une collecte de données de manière beaucoup plus étendue et intelligente avec le développement d’algorithmes.

Par ailleurs, sachant que, dans un fil, les publications d’un internaute et les commentaires des amis s’enchaînent les uns sous les autres, le tri risque d’être compliqué, non ?

Oui, ce sera probablement difficile mais c’est là tout l’intérêt de la phase d’apprentissage et de conception pendant laquelle l’administration va configurer ses outils afin qu’ils ne collectent que les données pertinentes.

Les particuliers peuvent-ils s’opposer à la collecte de leurs données ?

Non, le décret précise que les particuliers ne peuvent pas s’opposer à la collecte de leurs données. Raison de plus pour rester mesuré dans ses publications et être attentif aux paramètres de confidentialité des plateformes si on n’est pas serein vis-à-vis de l’administration fiscale ou douanière.

A noter, qu’en plus, l’administration n’est pas non plus tenue d’informer les personnes qu’elle va procéder au traitement de leurs données dans le cadre du nouveau dispositif. De ce fait, ceux qui ne suivent pas l’actualité n’auront effectivement pas connaissance de ce potentiel traitement de leurs données personnelles. Sur ce point, il semble que la CNIL ait en quelque sorte revu sa copie. Lorsqu’elle avait été consultée sur le projet de loi, elle avait indiqué qu’elle se montrerait particulièrement vigilante sur les modalités d’information des personnes. Mais, au final, elle n’a formulé aucune remarque sur ce point lorsqu’elle a été consultée sur le projet de décret qui exclut expressément une telle information. Rappelons que le RGPD prévoit la possibilité pour un Etat membre de l’UE de limiter le droit à l’information lorsqu’une telle limitation est nécessaire et proportionnée pour garantir des objectifs importants d’intérêt public général, notamment dans le domaine fiscal.

Cette collecte massive de données à l’insu des personnes constitue-t-elle, à votre avis, le franchissement d’une ligne jaune dans le respect des libertés ?

Ce dispositif entraîne forcément une certaine atteinte aux droits et libertés des personnes en collectant massivement, à leur insu, des informations qu’elles ont publiées. Cela peut s’avérer intrusif et affecter la liberté d’expression en décourageant certaines publications de peur d’être surveillé.

Néanmoins, ce dispositif est très encadré et suivi de près par la CNIL qui a veillé (et continuera de veiller) à ce que cette atteinte soit assortie de garanties fortes et soit surtout strictement nécessaire et proportionnée au regard de l’objectif de lutte contre la fraude. Le dispositif a également été validé par le Conseil Constitutionnel fin 2019.

A ce stade, on ne peut donc pas considérer qu’une « ligne jaune » ait été franchie. Néanmoins, c’est lors de la mise en œuvre effective du dispositif, lorsque les outils et algorithmes auront été développés et paramétrés, que l’administration et la CNIL pourront réellement évaluer son efficacité et son impact sur les droits et libertés des individus. Le bilan final attendu à l’été 2023 sera donc décisif.

Ce dispositif acte-t-il que les réseaux sociaux et plateformes numériques sont des espaces publics comme les autres ? Va-t-il entraîner, selon vous, une évolution des usages ?

Oui, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises, d’ailleurs. Les entreprises ont déjà souvent des chartes informatiques à l’attention de leurs employés sur l’usage qui doit être fait des outils informatiques et des réseaux sociaux. Avec cette loi, on va probablement assister à une recrudescence des mises en garde sur l’utilisation des réseaux sociaux et autres plateformes en ligne : « Attention ne mettez pas tout et n’importe quoi sur vos comptes ». Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Cela va certainement entraîner une plus grande responsabilisation des personnes.

« Que recommandez-vous à vos clients, entreprises, concernant leur utilisation d’Internet et des réseaux sociaux ?

Nous recommandons souvent à nos clients de sensibiliser et de former leurs salariés sur les bonnes pratiques à adopter. Cela passe notamment par l’adoption de documents internes type « charte informatique » et « charte d’utilisation des réseaux sociaux », qui détaillent les obligations à respecter par les salariés, y compris sur ce qu’ils peuvent écrire et ce qu’ils ne doivent pas écrire, dans un objectif de préservation de l’image et des intérêts de l’entreprise. Aujourd’hui, on a tendance à écrire comme on parlerait, sans filtre, ce qui peut s’avérer problématique, que cela soit sur Internet ou dans l’utilisation des outils internes à l’entreprise comme la boîte email ou les tchats. De tels documents peuvent permettre, dans certains cas, de sanctionner les salariés s’ils ne respectent pas les règles définies. Car ces règles, si elles ne sont pas respectées, peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les entreprises.

Fisc et réseaux : le flicage désormais des particuliers

Fisc  et réseaux : le flicage  désormais des particuliers

 

Roxane Blanc-Dubois et Stéphanie Lapeyre, avocates spécialistes des nouvelles technologies expliquent dans la tribune comment pourrait s’organiser ce qu’on peut appeler par le fisc des particuliers

 

Tous les réseaux sociaux et toutes les plateformes de mise en relation seront-ils surveillés par l’administration française du fisc et des douanes ?

STÉPHANIE LAPEYRE et ROXANE BLANC-DUBOIS - L’objectif du nouveau dispositif est de toucher, in fine, un large public. Son champ d’application est donc particulièrement étendu puisqu’il couvre les plateformes en ligne au sens de l’article L.111-7 I 2° du code de la consommation, ce qui inclut notamment les moteurs de recherche, les marketplaces, les sites de comparaison de biens et services, les réseaux sociaux ou encore les plateformes collaboratives. Donc oui, les plateformes que nous connaissons et utilisons tous comme Airbnb, Facebook, YouTube, BlaBlaCar, Le Bon Coin, Instagram, Twitter, ou encore eBay pourront faire l’objet d’une surveillance par les administrations fiscale et douanière.

Quelles données sont visées ? Y a-t-il un risque que le scraping des données publiques dérape vers les données privées ?

Ne peuvent être collectées dans le cadre du nouveau dispositif que les données volontairement divulguées par un individu/organisme et librement accessibles, c’est-à-dire sans avoir besoin de créer un compte ou saisir un mot de passe. Les administrations fiscale et douanière ne pourront donc pas collecter les commentaires de tiers sur une publication ni les contenus publiés de manière privée sur un compte Facebook, Instagram ou Twitter, par exemple. La collecte des données via le nouveau dispositif ne va ainsi bien concerner que des données publiques mais ces dernières peuvent néanmoins relever de la sphère privée (par exemple, les posts Facebook d’un contribuable sur ses activités ou son lieu d’habitation).

L’administration fiscale ou douanière ne pourra en outre collecter et utiliser les données des internautes que dans le cadre de la recherche d’infractions relatives aux acticités occultes (non déclarées), à la fausse domiciliation à l’étranger, ou aux trafics en ligne illicites.

Le nouveau dispositif est donc doublement limité par le décret, à la fois en termes de données accessibles à l’administration et en termes d’utilisation qui peut en être faite.

Puisque la plupart des données collectées seront considérées comme des données personnelles (même si elles sont publiques), les administrations fiscale et douanière doivent aussi respecter la législation applicable en la matière. Rappelons qu’à partir du moment où une donnée permet d’identifier un individu (ses nom, prénom, son adresse email, adresse postale, etc.) cette donnée, qu’elle soit publique ou non, est une donnée personnelle. Les administrations ne peuvent donc pas utiliser de telles données à leur guise.

Quels garde-fous ont été mis en place ?

Parmi les garde-fous instaurés, dont certains ont été insufflés par la CNIL, on peut citer par exemple l’instauration d’une phase de configuration des outils de collecte et d’analyse des données. Cette phase vise à assurer que seules les données pertinentes seront collectées. Cela devrait permettre, par exemple, de faire la différence entre les publications d’un contribuable et les commentaires d’un tiers, ou encore, entre une information sans intérêt sur un lieu de vacances et une information révélant une activité professionnelle non déclarée.

Un autre garde-fou est la suppression dans un délai relativement court des données sensibles (religion, race/ethnie, santé, opinions politiques, orientation sexuelle, etc.) et celles sans lien avec les infractions recherchées, si elles sont collectées malgré les paramétrages mis en place.

Enfin, il est prévu l’impossibilité pour l’administration de prendre une décision relative à un individu uniquement sur la base du traitement automatisé de ses données : une analyse des données par un agent de l’administration sera nécessaire pour enclencher une procédure de contrôle.

De toute façon, la CNIL suivra de près le projet. Ainsi, dans 18 mois au plus tard, à mi-parcours donc, un premier bilan doit être fait et les résultats transmis à la CNIL ainsi qu’au Parlement. Un bilan définitif, 6 mois avant la fin de l’expérimentation, doit aussi leur être fourni. La CNIL a déjà indiqué qu’elle étudiera attentivement les documents qui lui seront communiqués, soulignant par là qu’elle compte bien veiller au grain. À noter que, si le test de trois ans est concluant, on peut imaginer que l’administration fiscale souhaitera pérenniser ce nouveau système.

Est-ce que les informations collectées, des informations publiques donc, peuvent constituer des preuves contre le contribuable dans le cadre d’un redressement?

L’objectif du nouveau dispositif est de permettre à l’administration de collecter, sur les individus soumis à la législation française (ou qui devraient l’être), des contenus susceptibles de révéler un manquement ou une infraction en matière fiscale ou douanière. Si les informations collectées constituent des indices pertinents, une procédure de contrôle sera ensuite initiée. Dans le cadre de cette procédure de contrôle, les indices collectés pourront alors éventuellement constituer une preuve selon leur nature et le type d’infraction concernée. Le contribuable/organisme aura cependant bien entendu la possibilité de se défendre.

Etes-vous d’accord avec la CNIL qui, au début du projet, parlait de renversement des méthodes de travail ?

Avec ce nouveau procédé, la logique est effectivement différente car l’administration ne va pas effectuer une surveillance ciblée sur la base de suspicions préexistantes mais va collecter, de manière générale et indifférenciée, des données afin de trouver des indices qui permettront ensuite de cibler les contrôles.

Un autre point intéressant est que l’administration fiscale fait déjà appel à des outils numériques pour lutter contre la fraude, mais ces derniers n’ont vocation qu’à croiser des données issues de ses propres fichiers avec ceux provenant d’autres administrations françaises ou étrangères. Or, il y a un changement d’échelle et de technique dans ce nouveau système qui entraine une collecte de données de manière beaucoup plus étendue et intelligente avec le développement d’algorithmes.

Par ailleurs, sachant que, dans un fil, les publications d’un internaute et les commentaires des amis s’enchaînent les uns sous les autres, le tri risque d’être compliqué, non ?

Oui, ce sera probablement difficile mais c’est là tout l’intérêt de la phase d’apprentissage et de conception pendant laquelle l’administration va configurer ses outils afin qu’ils ne collectent que les données pertinentes.

Les particuliers peuvent-ils s’opposer à la collecte de leurs données ?

Non, le décret précise que les particuliers ne peuvent pas s’opposer à la collecte de leurs données. Raison de plus pour rester mesuré dans ses publications et être attentif aux paramètres de confidentialité des plateformes si on n’est pas serein vis-à-vis de l’administration fiscale ou douanière.

A noter, qu’en plus, l’administration n’est pas non plus tenue d’informer les personnes qu’elle va procéder au traitement de leurs données dans le cadre du nouveau dispositif. De ce fait, ceux qui ne suivent pas l’actualité n’auront effectivement pas connaissance de ce potentiel traitement de leurs données personnelles. Sur ce point, il semble que la CNIL ait en quelque sorte revu sa copie. Lorsqu’elle avait été consultée sur le projet de loi, elle avait indiqué qu’elle se montrerait particulièrement vigilante sur les modalités d’information des personnes. Mais, au final, elle n’a formulé aucune remarque sur ce point lorsqu’elle a été consultée sur le projet de décret qui exclut expressément une telle information. Rappelons que le RGPD prévoit la possibilité pour un Etat membre de l’UE de limiter le droit à l’information lorsqu’une telle limitation est nécessaire et proportionnée pour garantir des objectifs importants d’intérêt public général, notamment dans le domaine fiscal.

Cette collecte massive de données à l’insu des personnes constitue-t-elle, à votre avis, le franchissement d’une ligne jaune dans le respect des libertés ?

Ce dispositif entraîne forcément une certaine atteinte aux droits et libertés des personnes en collectant massivement, à leur insu, des informations qu’elles ont publiées. Cela peut s’avérer intrusif et affecter la liberté d’expression en décourageant certaines publications de peur d’être surveillé.

Néanmoins, ce dispositif est très encadré et suivi de près par la CNIL qui a veillé (et continuera de veiller) à ce que cette atteinte soit assortie de garanties fortes et soit surtout strictement nécessaire et proportionnée au regard de l’objectif de lutte contre la fraude. Le dispositif a également été validé par le Conseil Constitutionnel fin 2019.

A ce stade, on ne peut donc pas considérer qu’une « ligne jaune » ait été franchie. Néanmoins, c’est lors de la mise en œuvre effective du dispositif, lorsque les outils et algorithmes auront été développés et paramétrés, que l’administration et la CNIL pourront réellement évaluer son efficacité et son impact sur les droits et libertés des individus. Le bilan final attendu à l’été 2023 sera donc décisif.

Ce dispositif acte-t-il que les réseaux sociaux et plateformes numériques sont des espaces publics comme les autres ? Va-t-il entraîner, selon vous, une évolution des usages ?

Oui, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises, d’ailleurs. Les entreprises ont déjà souvent des chartes informatiques à l’attention de leurs employés sur l’usage qui doit être fait des outils informatiques et des réseaux sociaux. Avec cette loi, on va probablement assister à une recrudescence des mises en garde sur l’utilisation des réseaux sociaux et autres plateformes en ligne : « Attention ne mettez pas tout et n’importe quoi sur vos comptes ». Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Cela va certainement entraîner une plus grande responsabilisation des personnes.

« Que recommandez-vous à vos clients, entreprises, concernant leur utilisation d’Internet et des réseaux sociaux ?

Nous recommandons souvent à nos clients de sensibiliser et de former leurs salariés sur les bonnes pratiques à adopter. Cela passe notamment par l’adoption de documents internes type « charte informatique » et « charte d’utilisation des réseaux sociaux », qui détaillent les obligations à respecter par les salariés, y compris sur ce qu’ils peuvent écrire et ce qu’ils ne doivent pas écrire, dans un objectif de préservation de l’image et des intérêts de l’entreprise. Aujourd’hui, on a tendance à écrire comme on parlerait, sans filtre, ce qui peut s’avérer problématique, que cela soit sur Internet ou dans l’utilisation des outils internes à l’entreprise comme la boîte email ou les tchats. De tels documents peuvent permettre, dans certains cas, de sanctionner les salariés s’ils ne respectent pas les règles définies. Car ces règles, si elles ne sont pas respectées, peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les entreprises.

 

Les réseaux d’espionnage de la Russie

Les  réseaux d’espionnage de la Russie

 

Un article du Wall Street Journal

 

L’ambassade russe à Sofia, en Bulgarie.

Début décembre, un haut fonctionnaire du ministère bulgare de la Défense s’est assis à son bureau, a sorti un smartphone Samsung noir et a passé les 80 minutes suivantes à photographier des documents militaires classifiés sur son ordinateur de travail. Les photos, qu’il est accusé d’avoir transmises au chef d’un réseau d’espionnage russe, contenaient des informations confidentielles sur les chasseurs F-16, selon des extraits de surveillance vidéo dévoilés par les autorités bulgares.

« Vous avez fourni beaucoup de documents la dernière fois. Quatre lots », entend-on dire le chef présumé au fonctionnaire dans un autre enregistrement. « J’ai regardé ce que vous aviez sur la clé USB. Bon boulot. »

La semaine dernière, les autorités de Bulgarie, pays membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan), ont annoncé avoir démantelé un réseau d’espionnage russe qui recueillait des informations pour le compte de Moscou sur l’Otan, la Central Intelligence Agency (CIA) américaine, l’Ukraine et le conflit dans le territoire contesté du Haut-Karabakh, situé dans le sud du Caucase.

Cinq hommes et une femme, dont le chef présumé du groupe, ont été arrêtés et accusés d’espionnage dans une affaire que les procureurs bulgares considèrent comme la plus grande opération du genre dans le pays depuis la Guerre froide.

La Russie utilise des liens et des amitiés qu’elle entretient de longue date au sein des membres les plus petits et les plus vulnérables de l’Otan et de l’Union européenne (UE) pour développer des réseaux d’espionnage et ainsi avoir accès aux secrets occidentaux. Les enregistrements publiés par les procureurs montrent qu’à l’ère du cyberespionnage sophistiqué, Moscou continue à accorder de l’importance au renseignement humain.

« La Russie a habilement exploité au sein des services secrets des réseaux existants et anciens, et qui sont toujours bien actifs, même trois décennies après la chute du régime communiste », observe Martin Vladimirov, analyste principal au Centre pour l’étude de la démocratie, basé à Sofia.

« Ce que nous constatons en Bulgarie, c’est un exemple de comportement russe qui tente de saper nos institutions démocratiques, d’interférer dans les politiques intérieures et qui s’intensifie dans le domaine du renseignement »

Les preuves scientifiques rendues publiques par les procureurs bulgares, notamment des vidéos, des écoutes et des documents, brossent un portrait très détaillé de l’espionnage russe. Dans un enregistrement vidéo, un espion présumé compte les pots-de-vin en dollars sur son bureau alors qu’une autre révèle un rendez-vous sur un court de tennis destiné à transmettre des informations avant la levée du jour. Dans une troisième, le chef présumé du groupe donne des instructions sur la façon de dissimuler du matériel d’espionnage en le faisant passer pour un cadeau.

« Une telle affaire n’arrive qu’une fois dans une vie, souligne le procureur général de Bulgarie, Ivan Geshev, au cours d’une interview. J’ai rarement vu autant de preuves… et nous n’en avons publié qu’une petite partie. »

Lundi, un tribunal militaire de Sofia a décidé de maintenir en détention cinq des personnes soupçonnées d’être membre du réseau. La sixième a été libérée sous caution après être passée aux aveux et avoir coopéré avec les autorités. La Bulgarie a expulsé deux diplomates russes, accusés d’espionnage dans le cadre de cette affaire.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié cette affaire de « nouvelle manifestation de “l’espionite” anti-russe en Bulgarie… dans le contexte d’une montée de la russophobie en Occident, notamment aux Etats-Unis ». Il a déclaré se réserver le droit d’exercer des représailles en réponse à ces expulsions. Le Kremlin a toujours nié les ingérences dans les affaires intérieures d’autres nations dans l’optique de servir ses propres intérêts.

Les noms des personnes arrêtées n’ont pas été divulgués. Petar Petkov, l’avocat de l’un des individus accusés, a déclaré à la télévision publique bulgare que la décision du tribunal n’était pas justifiée et qu’il allait faire appel.

« Le bureau du procureur n’indique pas quelles informations notre client et les autres ont collectées dans le but de les fournir à un autre Etat, a précisé M. Petkov. Une fois qu’il l’aura fait, nous pourrons alors déterminer si ces informations relèvent du secret d’Etat ».

Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, a déclaré mercredi que l’organisation suivait de près l’enquête et accordait une grande importance à la protection de ses informations confidentielles.

« Ce que nous constatons en Bulgarie, c’est un exemple de comportement russe qui tente de saper nos institutions démocratiques, d’interférer dans les politiques intérieures et qui s’intensifie dans le domaine du renseignement », a ajouté M. Stoltenberg.

Ces dernières années, la Bulgarie a expulsé plusieurs diplomates russes soupçonnés d’espionnage, notamment pour avoir collecté des informations sur le nombre de troupes américaines présentes dans le pays. En dehors de la Bulgarie, pays le plus pauvre de l’UE, la Russie dispose de vastes réseaux de renseignement dans d’autres anciens Etats satellites de l’Union soviétique, selon les experts en sécurité. L’année dernière, la Slovaquie et la République tchèque ont, eux aussi, expulsé des diplomates russes accusés de s’être livré à des activités illégales.

Les autorités bulgares ont déclaré que les membres du réseau d’espionnage présumé avaient accès à des informations secrètes de l’Otan, de l’UE et de la Bulgarie grâce à leurs fonctions au sein du ministère de la Défense, des services de renseignement militaire et du parlement bulgare.

« Compte tenu de leurs postes de haut rang et de leur accès à des informations confidentielles, notamment au niveau de l’Otan, les risques pour la sécurité nationale étaient significatifs », souligne M. Geshev.

Ancien pays communiste, qui fut autrefois l’un des plus fidèles alliés de l’Union soviétique, la Bulgarie a rejoint l’Otan en 2004 et l’UE en 2007. Mais la Russie continue d’exercer une influence sur les affaires intérieures et les services de renseignement de cet Etat des Balkans grâce à des liens économiques étroits et aux rapports privilégiés qu’elle entretient avec des chefs d’entreprise, des responsables politiques et des agents des services de renseignement.

L’affaire bulgare illustre à quel point Moscou s’appuie toujours sur des réseaux traditionnels de renseignement humain et use de méthodes dignes de détectives pour espionner l’Occident, note Mark Galeotti, spécialiste des services de sécurité russes au Royal United Services Institute, un think tank britannique.

« Les Russes sont de très fervents adeptes du renseignement humain et franchement, c’est ce qui fait leur force », dit-il.

Selon les procureurs, le réseau était dirigé par un ancien haut responsable des services de renseignements militaires bulgares, qui se présentait lui-même comme « pro-stalinien » et était diplômé d’une école d’espionnage de Moscou, gérée par les services de renseignements militaires russes. Surnommé « le Résident » par les procureurs, il aurait recruté ses agents en leur offrant jusqu’à 1 800 dollars mensuels, « une jolie petite somme », selon ses propres termes.

Le reste du groupe comprenait des membres en poste des services de renseignements militaires bulgares et du ministère de la Défense, ainsi qu’un fonctionnaire travaillant au département des informations confidentielles du Parlement, ont déclaré les procureurs.

« Si vous avez un élément secret, vous pouvez prendre une photo », entend-on dire l’homme identifié par les procureurs comme le Résident à l’un de ses agents sur un enregistrement audio. « Des documents sur la Russie, le Moyen-Orient, l’Irak, des conflits locaux comme le Nagorny Karabakh — ça c’est très important. L’Ukraine et la Biélorussie aussi. »

Le Résident utilisait ensuite sa femme, qui possède la double nationalité russe et bulgare, comme intermédiaire entre le réseau et l’ambassade de Russie, selon les procureurs. Ces derniers affirment qu’il s’agit de la personne que l’on voit sur des vidéos entrer dans l’ambassade de Russie à Sofia et en ressortir environ une heure plus tard, dans le cadre de ce qu’ils considèrent être une mission consistant à remettre des informations et à récupérer de l’argent. Elle a été arrêtée et inculpée pour appartenance au groupe.

Les procureurs soulignent ne pas être en mesure de déterminer depuis combien de temps le réseau opérait, mais ils affirment que l’argent était la principale motivation de ses membres. Dans un enregistrement, le Résident conseille à un agent de recevoir son pot-de-vin en leva bulgare, car changer des devises pourrait constituer un risque

Lors de réunions avec les membres du réseau, souvent autour de bières et de dîners, le Résident donnait des conseils sur les techniques d’espionnage, comme le montrent les enregistrements. Il fournissait à ses agents des smartphones qui cryptaient les informations, notamment les photos prises, selon les procureurs.

« Maintenant, la question est de savoir où conserver cet appareil », dit-il à l’un de ses agents dans un enregistrement.

« S’ils me demandent, je dirai que c’est pour le travail », tente l’agent.

« Je pense que tu devrais le mettre dans un tiroir et l’emballer comme si c’était cadeau », répond le Résident. « Et mets un mot dessus, “Cadeau pour Victoria”, comme si tu allais bientôt lui offrir. » Les procureurs n’ont pas révélé qui était « Victoria ».

Dans un autre enregistrement, le Résident explique à un agent comment prendre des photos de documents sur son ordinateur.

« Tu te places calmement devant l’écran [et tu prends une photo], explique-t-il. Ensuite, vérifie que ce soit lisible. Assure-toi que ce n’est pas flou. »

Les procureurs soulignent ne pas être en mesure de déterminer depuis combien de temps le réseau opérait, mais ils affirment que l’argent était la principale motivation de ses membres. Dans un enregistrement, le Résident conseille à un agent de recevoir son pot-de-vin en leva bulgare, car changer des devises pourrait constituer un risque.

« Oui, c’est dangereux, précise le Résident dans un autre enregistrement. Mais, après tout, nous n’avons qu’une seule vie, mon garçon. Personne n’a de considération pour toi si tu n’as pas d’argent. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

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