Archive pour le Tag 'Relocaliser'

Réindustrialiser, relocaliser , comment ?

Réindustrialiser, relocaliser , comment ? 

 Évoquer la « réindustrialisation » et la « relocalisation » exprime potentiellement un fantasme : celui du retour à un état antérieur. Mais est-ce même possible ? Et si oui, serait-ce souhaitable ? Par Alain Conrard, CEO de Prodware Group et le Président de la Commission Digitale et Innovation du Mouvement des ETI dans la Tribune  (*)​.

À la fin du mois de mars dernier, une image a fait le tour du monde : celle d’un tuyau soudain fermé par une vanne dans un schéma d’installation de plomberie. Sauf que le tuyau était le canal de Suez – l’une des voies commerciales les plus empruntées de la planète -, et la soupape, un porte-container de 400 mètres de long et de 220.000 tonnes à la dérive : l’Ever-Given. L’image satellitaire était frappante : elle rendait manifeste la fragilité liée à la globalisation. Tout d’un coup, on réalisait avec stupeur que 12% du commerce maritime mondial pouvait être interrompu en quelques minutes par un simple clapet qui se ferme. Tel un caillot géant obturant une artère essentielle du commerce international, le colosse échoué a fait courir à tout l’appareil circulatoire des marchandises un risque majeur de thrombose. En ces temps de pandémie, on a réalisé que le système économique lui aussi était susceptible de tomber gravement malade ; que pandémie et pénurie pouvaient aller de pair.

La pandémie de Covid a mis en lumière certaines faiblesses et travers des modèles industriels liés à la mondialisation. Le système de dépendances vis-à-vis de fournisseurs lointains dans des chaînes de fabrication et d’acheminement complexes occasionne la perte de pans entiers de souveraineté et de compétitivité, un dumping social, ainsi que la destruction parfois irrémédiable du tissu industriel local.

Pour desserrer ces dépendances, trouver des remèdes ou restaurer des équilibres, on parle beaucoup de « réindustrialiser » et de « relocaliser ». S’ils ne sont pas synonymes, ces deux termes sont pourtant intimement liés : comment réindustrialiser sans relocaliser, comment refabriquer du tissu industriel sans implanter localement des usines ou des ateliers dans des zones que la globalisation a méthodiquement désertées ? Dans cinq domaines jugés stratégiques (santé, électronique, agroalimentaire, télécoms et intrants pour l’industrie), le gouvernement français tente de favoriser une relocalisation de la production.

« RE » ? Une nouvelle cartographie mentale

Tout se joue dans le sens du « RE », présent dans ces deux mots. Le sens immédiat du préfixe suggère l’idée d’un simple retour en arrière, ou encore de la répétition à l’identique d’une action permettant de repasser par les mêmes points. Évoquer la « réindustrialisation » et la « relocalisation » exprime potentiellement un fantasme : celui du retour à un état antérieur. Mais est-ce même possible ? Et si oui, serait-ce souhaitable ? Y’a-t-il un sens à ces mots qui ne soit pas réactif, passéiste, nostalgique, mensonger, ou même tout simplement impossible ? La reproduction à l’identique qui semble évoquée par le « re » est illusoire, à la fois pratiquement et logiquement : refaire est toujours faire autrement, car entre ce que l’on a fait et ce que l’on refait, on a changé, évolué, le monde autour de nous s’est modifié.

Quel que soit notre spleen face à cette idée, le passé est perdu. Réindustrialiser comme relocaliser ne peuvent en aucun cas se produire par le rétablissement des gloires d’antan. Réindustrialiser consiste en fait à industrialiser selon de nouveaux modes : celui d’un « RE » tourné en direction du futur plutôt que vers le passé - un « RE » du re-déploiement. Il s’agit d’une nouvelle industrialisation dans laquelle transformation numérique et innovation sont clés. Et relocaliser passe par une nouvelle articulation entre local et global (l’innovation peut-être aussi dans les formes sociales, pourquoi la cantonner à la seule technologie ?). Comment concilier ce qui semble s’opposer : rentabilité et production locale ? Il faut ici aussi soutenir la pensée d’une rentabilité « élargie », pas seulement financière, mais aussi sociale, sociétale et écologique. La conclusion qui s’impose est que ce programme, s’il a un sens, ne peut que signifier penser et agir autrement.

Ainsi, si la Covid a été un accélérateur de relocalisation, il est aussi un accélérateur de changement. Au milieu d’une multitude de désastres, la pandémie a au moins une dimension positive : elle nous oblige à reconsidérer nos erreurs, nos impasses, nos égarements. Elle nous force à aller de l’avant, c’est-à-dire à tenter d’inventer un futur où l’on aurait envie de vivre et de travailler. Bref, elle nous contraint à innover.

La crise nous pousse à produire une nouvelle cartographie mentale, notamment sur cette question de la relocalisation où s’impose l’évidence des multiples bénéfices sociaux et écologiques des circuits courts. La rupture exigée par les solutions à trouver à cette crise, à la fois globale et multiforme, est totale. La nécessité de réindustrialiser et de relocaliser redistribue la question des frontières : frontières géographiques, bien sûr (où doit-on produire les biens de consommation ?), mais aussi frontières politiques (comment réinscrire sa souveraineté et créer de la valeur sur son territoire ?). Il s’agit aussi de déplacer les frontières de la réalité en reprenant en main notre destin économique grâce notamment à l’innovation. Cette nouvelle cartographie mentale consiste à « changer de logiciel » pour penser autrement, selon un modèle échappant aux réquisits de la mondialisation.

C’est même une révocation partielle de ce modèle économique dominant dont il est question. Cette révocation est rendue possible par les changements appelés par la crise mondiale, et surtout par le retour en force (et en grâce) du politique qui l’accompagne un peu partout dans le monde.

Le grand retour du politique :  une innovation majeure

Tout pouvoir nécessite un contre-pouvoir. De ce point de vue, faire aveuglément confiance à la seule économie pour diriger la marche du monde n’était peut-être pas une bonne idée sur le long terme. Alors, le politique se re-positionne comme moyen de réguler certains errements de l’économie – même s’il ne faut pas être naïf, et qu’à la fin, comme toujours, « it’s the economy, stupid » pour reprendre la phrase célèbre de James Carville, stratège de Bill Clinton, lors de sa campagne présidentielle en 1992.

Par un puissant mouvement de balancier, on assiste actuellement à un grand retour du politique après 40 années de libéralisme et de désengagement de l’État qui ont suivi la révolution conservatrice ayant mené Ronald Reagan au pouvoir en 1981 aux États-Unis.

Jusqu’à présent, on a subi les effets macro-économiques de la globalisation, avec une prévalence écrasante de l’économie dans les prises de décision qui a très largement restreint la latitude des options politiques. Or, la frontière idéologiquement placée pour limiter le rôle de l’État aux fonctions régaliennes et au maintien de l’ordre est en train de céder. Sous les effets conjugués de la crise environnementale, de la crise sociale et de la crise sanitaire (ces trois crises n’étant vraisemblablement que des facettes de la même réalité), quelque chose se grippe sous nos yeux dans cette machine jusqu’alors parfaitement huilée, et, comme s’il sortait d’un long sommeil, l’État doit intervenir, en urgence et avec autorité.

Inspiré par les exemples du New Deal ou de la Great Society de ses prédécesseurs Roosevelt et Johnson, le 46e président américain ouvre grandes les vannes des financements fédéraux (n’oublions pas que le 2e prénom de Joe Biden est « Robinette »). Avec son gouvernement, il injecte des milliers de milliards de dollars dans l’économie, avec notamment un ambitieux programme de grands travaux sur les infrastructures – terme entendu au sens large : routes, généralisation des accès à l’Internet de haut débit, prise en charge des personnes âgées et handicapées, équipements et réseaux nécessaires à la transition vers les énergies renouvelables, etc.

Aux États-Unis, comme dans de nombreux pays, l’innovation et la transformation digitale sont amenées à jouer un rôle central dans ces processus de redéfinition et de redéploiement de l’activité.

Innover repose sur l’idée d’en finir avec des habitudes ou des méthodes au profit de moyens plus performants. L’innovation est généralement le résultat d’un regard neuf qui apporte des solutions en matière de technologie. Ici, la disruption réside dans un champ technologique différent de celui où on la situe d’habitude : celle des technologies de gouvernement. Longtemps ringardisée par l’application sans nuances des théories monétaristes et libre-échangistes de l’école de Chicago (Milton Friedman) ayant inspiré la plupart des politiques économiques libérales à partir des années 80, la puissance publique s’est réaffirmée un peu partout dans le monde depuis l’année dernière comme l’ultime rempart pour contenir la pandémie, et contrer ses effets délétères. Le recours aux technologies de la décision spécifiques à la puissance publique en matière économique est alors à comprendre comme une innovation majeure.

Bien sûr, on ne peut pas attendre individuellement tout du politique. En aucun cas, l’attente et la revendication passives ne peuvent remplacer l’action. Il faut que chacun tente, dans la mesure du possible, de prendre son destin en mains. Par ailleurs, d’un point de vue collectif, il faut souscrire à l’idée que choisir, c’est arbitrer. Donc, renoncer à certaines choses pour en permettre d’autres. Par exemple, il est plus que jamais nécessaire aujourd’hui de s’engager tous ensemble dans des réformes indispensables pour donner plus de flexibilité.

Quoi qu’il en soit, cette décision de replacer l’État à l’initiative de l’action en le dotant de moyens considérables apparaît comme un sursaut salvateur. Il est à saluer comme un cadre de pensée et d’action innovant et moderne. L’une de ses principales qualités est qu’il est porteur d’optimisme et de confiance, deux notions essentielles pour la bonne marche de la société en général, et de l’économie en particulier.

Sur le principe, ce retour du politique a tout pour être l’une des solutions à la crise. Pourquoi ? Parce que le champ politique est, malgré tous les défauts dont on peut l’accuser et tous les soupçons dont il est l’objet, une expression de la volonté populaire, c’est-à-dire du plus grand nombre. Il tient compte de l’intérêt général plus que tout autre champ d’action dans le cadre des sociétés humaines. Et une politique de commandes publiques a montré plus d’une fois dans l’histoire sa capacité à rétablir la santé de l’économie, signe manifeste de la santé de la société. De ce point de vue, seule la volonté politique est susceptible de favoriser les conditions pour qu’une réindustrialisation et une relocalisation, concrètes sur le plan social et réalistes sur le plan économique, puissent avoir lieu en France et en Europe.

Encore faut-il que cette volonté soit présente là où c’est nécessaire ou utile, et pertinente dans ses modalités d’application.

Alors, innovons politiquement !

Les ETI au coeur du mouvement

Il devient aujourd’hui parfaitement clair que le rétablissement de la souveraineté passe par le fait de (re)donner aux territoires et aux régions les moyens de leur action et de leur autonomie. En effet, ceux-ci ont un rôle irremplaçable dans le développement et le maintien de l’activité économique. Et ceci passe par une reconsidération de la fonction essentielle remplie par tout l’écosystème, et notamment par les Entreprises de Taille Intermédiaires (ETI) dans le maillage des territoires. En effet, 68% des sièges sociaux se trouvent hors d’Ile-de-France, et 75% des sites de production sont situés dans des villes moyennes ou en zone rurale. En tant que premier employeur en France, (335.000 emplois créés entre 2009 et 2015), les ETI soutiennent une fonction de lien social. En créant des emplois, elles maintiennent l’activité et la vie dans les territoires.

Ainsi, au-delà de leur stricte fonction économique, les ETI assurent une partie de la paix sociale, celle qui va avec l’emploi et les conditions de vie décentes qu’il permet. Elles sont ainsi un élément central de stabilité politique. En cette période de forte inflammabilité sociale, les ETI forment une sorte d’extincteur de crise.

Relancer le pays, c’est relancer l’industrie. Or, avec leurs 3,3 millions de salariés qui représentent 38% des emplois de l’industrie manufacturière, les ETI forment le cœur vivant de l’industrie partout dans les territoires. En effet, une ETI sur trois est industrielle. Les ETI constituent une armée de reconquête de tout premier ordre pour notre souveraineté économique, dans les domaines sanitaire, alimentaire ou industriel.

Alors, si l’on veut réindustrialiser et relocaliser, on peut s’appuyer sur le maillage territorial composé par cette multitude d’ETI qui forment le tissu économique et industriel de notre pays, aux côtés des autres actifs constitués aussi par les PMI et grands groupes industriels. Il faut articuler les différents acteurs pour des solutions robustes et durables, celles de l’économie réelle.

Nous avons toutes les forces pour cela.

Nous avons toutes les bonnes volontés pour cela.

Nous avons tout le savoir-faire, les capacités d’innovation et les moyens industriels pour cela.

Ne blâmons personne si nous ne réussissons pas : notre réussite ne dépend que de nous.

____

(*) Alain Conrard, auteur de l’ouvrage Osons ! Un autre regard sur l’innovation, un essai publié aux éditions Cent Mille Milliards, en septembre 2020, CEO de Prodware Group et le Président de la Commission Digitale et Innovation du Mouvement des ETI (METI)​

0 Réponses à “Réindustrialis

Réindustrialiser, relocaliser , comment ?

Réindustrialiser, relocaliser , comment ? 

 Évoquer la « réindustrialisation » et la « relocalisation » exprime potentiellement un fantasme : celui du retour à un état antérieur. Mais est-ce même possible ? Et si oui, serait-ce souhaitable ? Par Alain Conrard, CEO de Prodware Group et le Président de la Commission Digitale et Innovation du Mouvement des ETI dans la Tribune  (*)​.

À la fin du mois de mars dernier, une image a fait le tour du monde : celle d’un tuyau soudain fermé par une vanne dans un schéma d’installation de plomberie. Sauf que le tuyau était le canal de Suez – l’une des voies commerciales les plus empruntées de la planète -, et la soupape, un porte-container de 400 mètres de long et de 220.000 tonnes à la dérive : l’Ever-Given. L’image satellitaire était frappante : elle rendait manifeste la fragilité liée à la globalisation. Tout d’un coup, on réalisait avec stupeur que 12% du commerce maritime mondial pouvait être interrompu en quelques minutes par un simple clapet qui se ferme. Tel un caillot géant obturant une artère essentielle du commerce international, le colosse échoué a fait courir à tout l’appareil circulatoire des marchandises un risque majeur de thrombose. En ces temps de pandémie, on a réalisé que le système économique lui aussi était susceptible de tomber gravement malade ; que pandémie et pénurie pouvaient aller de pair.

La pandémie de Covid a mis en lumière certaines faiblesses et travers des modèles industriels liés à la mondialisation. Le système de dépendances vis-à-vis de fournisseurs lointains dans des chaînes de fabrication et d’acheminement complexes occasionne la perte de pans entiers de souveraineté et de compétitivité, un dumping social, ainsi que la destruction parfois irrémédiable du tissu industriel local.

Pour desserrer ces dépendances, trouver des remèdes ou restaurer des équilibres, on parle beaucoup de « réindustrialiser » et de « relocaliser ». S’ils ne sont pas synonymes, ces deux termes sont pourtant intimement liés : comment réindustrialiser sans relocaliser, comment refabriquer du tissu industriel sans implanter localement des usines ou des ateliers dans des zones que la globalisation a méthodiquement désertées ? Dans cinq domaines jugés stratégiques (santé, électronique, agroalimentaire, télécoms et intrants pour l’industrie), le gouvernement français tente de favoriser une relocalisation de la production.

« RE » ? Une nouvelle cartographie mentale

Tout se joue dans le sens du « RE », présent dans ces deux mots. Le sens immédiat du préfixe suggère l’idée d’un simple retour en arrière, ou encore de la répétition à l’identique d’une action permettant de repasser par les mêmes points. Évoquer la « réindustrialisation » et la « relocalisation » exprime potentiellement un fantasme : celui du retour à un état antérieur. Mais est-ce même possible ? Et si oui, serait-ce souhaitable ? Y’a-t-il un sens à ces mots qui ne soit pas réactif, passéiste, nostalgique, mensonger, ou même tout simplement impossible ? La reproduction à l’identique qui semble évoquée par le « re » est illusoire, à la fois pratiquement et logiquement : refaire est toujours faire autrement, car entre ce que l’on a fait et ce que l’on refait, on a changé, évolué, le monde autour de nous s’est modifié.

Quel que soit notre spleen face à cette idée, le passé est perdu. Réindustrialiser comme relocaliser ne peuvent en aucun cas se produire par le rétablissement des gloires d’antan. Réindustrialiser consiste en fait à industrialiser selon de nouveaux modes : celui d’un « RE » tourné en direction du futur plutôt que vers le passé - un « RE » du re-déploiement. Il s’agit d’une nouvelle industrialisation dans laquelle transformation numérique et innovation sont clés. Et relocaliser passe par une nouvelle articulation entre local et global (l’innovation peut-être aussi dans les formes sociales, pourquoi la cantonner à la seule technologie ?). Comment concilier ce qui semble s’opposer : rentabilité et production locale ? Il faut ici aussi soutenir la pensée d’une rentabilité « élargie », pas seulement financière, mais aussi sociale, sociétale et écologique. La conclusion qui s’impose est que ce programme, s’il a un sens, ne peut que signifier penser et agir autrement.

Ainsi, si la Covid a été un accélérateur de relocalisation, il est aussi un accélérateur de changement. Au milieu d’une multitude de désastres, la pandémie a au moins une dimension positive : elle nous oblige à reconsidérer nos erreurs, nos impasses, nos égarements. Elle nous force à aller de l’avant, c’est-à-dire à tenter d’inventer un futur où l’on aurait envie de vivre et de travailler. Bref, elle nous contraint à innover.

La crise nous pousse à produire une nouvelle cartographie mentale, notamment sur cette question de la relocalisation où s’impose l’évidence des multiples bénéfices sociaux et écologiques des circuits courts. La rupture exigée par les solutions à trouver à cette crise, à la fois globale et multiforme, est totale. La nécessité de réindustrialiser et de relocaliser redistribue la question des frontières : frontières géographiques, bien sûr (où doit-on produire les biens de consommation ?), mais aussi frontières politiques (comment réinscrire sa souveraineté et créer de la valeur sur son territoire ?). Il s’agit aussi de déplacer les frontières de la réalité en reprenant en main notre destin économique grâce notamment à l’innovation. Cette nouvelle cartographie mentale consiste à « changer de logiciel » pour penser autrement, selon un modèle échappant aux réquisits de la mondialisation.

C’est même une révocation partielle de ce modèle économique dominant dont il est question. Cette révocation est rendue possible par les changements appelés par la crise mondiale, et surtout par le retour en force (et en grâce) du politique qui l’accompagne un peu partout dans le monde.

Le grand retour du politique :  une innovation majeure

Tout pouvoir nécessite un contre-pouvoir. De ce point de vue, faire aveuglément confiance à la seule économie pour diriger la marche du monde n’était peut-être pas une bonne idée sur le long terme. Alors, le politique se re-positionne comme moyen de réguler certains errements de l’économie – même s’il ne faut pas être naïf, et qu’à la fin, comme toujours, « it’s the economy, stupid » pour reprendre la phrase célèbre de James Carville, stratège de Bill Clinton, lors de sa campagne présidentielle en 1992.

Par un puissant mouvement de balancier, on assiste actuellement à un grand retour du politique après 40 années de libéralisme et de désengagement de l’État qui ont suivi la révolution conservatrice ayant mené Ronald Reagan au pouvoir en 1981 aux États-Unis.

Jusqu’à présent, on a subi les effets macro-économiques de la globalisation, avec une prévalence écrasante de l’économie dans les prises de décision qui a très largement restreint la latitude des options politiques. Or, la frontière idéologiquement placée pour limiter le rôle de l’État aux fonctions régaliennes et au maintien de l’ordre est en train de céder. Sous les effets conjugués de la crise environnementale, de la crise sociale et de la crise sanitaire (ces trois crises n’étant vraisemblablement que des facettes de la même réalité), quelque chose se grippe sous nos yeux dans cette machine jusqu’alors parfaitement huilée, et, comme s’il sortait d’un long sommeil, l’État doit intervenir, en urgence et avec autorité.

Inspiré par les exemples du New Deal ou de la Great Society de ses prédécesseurs Roosevelt et Johnson, le 46e président américain ouvre grandes les vannes des financements fédéraux (n’oublions pas que le 2e prénom de Joe Biden est « Robinette »). Avec son gouvernement, il injecte des milliers de milliards de dollars dans l’économie, avec notamment un ambitieux programme de grands travaux sur les infrastructures – terme entendu au sens large : routes, généralisation des accès à l’Internet de haut débit, prise en charge des personnes âgées et handicapées, équipements et réseaux nécessaires à la transition vers les énergies renouvelables, etc.

Aux États-Unis, comme dans de nombreux pays, l’innovation et la transformation digitale sont amenées à jouer un rôle central dans ces processus de redéfinition et de redéploiement de l’activité.

Innover repose sur l’idée d’en finir avec des habitudes ou des méthodes au profit de moyens plus performants. L’innovation est généralement le résultat d’un regard neuf qui apporte des solutions en matière de technologie. Ici, la disruption réside dans un champ technologique différent de celui où on la situe d’habitude : celle des technologies de gouvernement. Longtemps ringardisée par l’application sans nuances des théories monétaristes et libre-échangistes de l’école de Chicago (Milton Friedman) ayant inspiré la plupart des politiques économiques libérales à partir des années 80, la puissance publique s’est réaffirmée un peu partout dans le monde depuis l’année dernière comme l’ultime rempart pour contenir la pandémie, et contrer ses effets délétères. Le recours aux technologies de la décision spécifiques à la puissance publique en matière économique est alors à comprendre comme une innovation majeure.

Bien sûr, on ne peut pas attendre individuellement tout du politique. En aucun cas, l’attente et la revendication passives ne peuvent remplacer l’action. Il faut que chacun tente, dans la mesure du possible, de prendre son destin en mains. Par ailleurs, d’un point de vue collectif, il faut souscrire à l’idée que choisir, c’est arbitrer. Donc, renoncer à certaines choses pour en permettre d’autres. Par exemple, il est plus que jamais nécessaire aujourd’hui de s’engager tous ensemble dans des réformes indispensables pour donner plus de flexibilité.

Quoi qu’il en soit, cette décision de replacer l’État à l’initiative de l’action en le dotant de moyens considérables apparaît comme un sursaut salvateur. Il est à saluer comme un cadre de pensée et d’action innovant et moderne. L’une de ses principales qualités est qu’il est porteur d’optimisme et de confiance, deux notions essentielles pour la bonne marche de la société en général, et de l’économie en particulier.

Sur le principe, ce retour du politique a tout pour être l’une des solutions à la crise. Pourquoi ? Parce que le champ politique est, malgré tous les défauts dont on peut l’accuser et tous les soupçons dont il est l’objet, une expression de la volonté populaire, c’est-à-dire du plus grand nombre. Il tient compte de l’intérêt général plus que tout autre champ d’action dans le cadre des sociétés humaines. Et une politique de commandes publiques a montré plus d’une fois dans l’histoire sa capacité à rétablir la santé de l’économie, signe manifeste de la santé de la société. De ce point de vue, seule la volonté politique est susceptible de favoriser les conditions pour qu’une réindustrialisation et une relocalisation, concrètes sur le plan social et réalistes sur le plan économique, puissent avoir lieu en France et en Europe.

Encore faut-il que cette volonté soit présente là où c’est nécessaire ou utile, et pertinente dans ses modalités d’application.

Alors, innovons politiquement !

Les ETI au coeur du mouvement

Il devient aujourd’hui parfaitement clair que le rétablissement de la souveraineté passe par le fait de (re)donner aux territoires et aux régions les moyens de leur action et de leur autonomie. En effet, ceux-ci ont un rôle irremplaçable dans le développement et le maintien de l’activité économique. Et ceci passe par une reconsidération de la fonction essentielle remplie par tout l’écosystème, et notamment par les Entreprises de Taille Intermédiaires (ETI) dans le maillage des territoires. En effet, 68% des sièges sociaux se trouvent hors d’Ile-de-France, et 75% des sites de production sont situés dans des villes moyennes ou en zone rurale. En tant que premier employeur en France, (335.000 emplois créés entre 2009 et 2015), les ETI soutiennent une fonction de lien social. En créant des emplois, elles maintiennent l’activité et la vie dans les territoires.

Ainsi, au-delà de leur stricte fonction économique, les ETI assurent une partie de la paix sociale, celle qui va avec l’emploi et les conditions de vie décentes qu’il permet. Elles sont ainsi un élément central de stabilité politique. En cette période de forte inflammabilité sociale, les ETI forment une sorte d’extincteur de crise.

Relancer le pays, c’est relancer l’industrie. Or, avec leurs 3,3 millions de salariés qui représentent 38% des emplois de l’industrie manufacturière, les ETI forment le cœur vivant de l’industrie partout dans les territoires. En effet, une ETI sur trois est industrielle. Les ETI constituent une armée de reconquête de tout premier ordre pour notre souveraineté économique, dans les domaines sanitaire, alimentaire ou industriel.

Alors, si l’on veut réindustrialiser et relocaliser, on peut s’appuyer sur le maillage territorial composé par cette multitude d’ETI qui forment le tissu économique et industriel de notre pays, aux côtés des autres actifs constitués aussi par les PMI et grands groupes industriels. Il faut articuler les différents acteurs pour des solutions robustes et durables, celles de l’économie réelle.

Nous avons toutes les forces pour cela.

Nous avons toutes les bonnes volontés pour cela.

Nous avons tout le savoir-faire, les capacités d’innovation et les moyens industriels pour cela.

Ne blâmons personne si nous ne réussissons pas : notre réussite ne dépend que de nous.

____

(*) Alain Conrard, auteur de l’ouvrage Osons ! Un autre regard sur l’innovation, un essai publié aux éditions Cent Mille Milliards, en septembre 2020, CEO de Prodware Group et le Président de la Commission Digitale et Innovation du Mouvement des ETI (METI)​

« Relocaliser la production de viande bovine »

« Relocaliser la production de viande bovine »

Jean-Baptiste Moreau, député de la Creuse ; Pierre Venteau, député de la Haute-Vienne ; Alain Perea, député de l’Aude ; Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne ; Martine Leguille-Balloy, députée de Vendée militent pour « Relocaliser la production de viande bovine »

 

Cinq députés LREM plaident pour une remise à plat de notre façon de consommer de la viande bovine. « Peut-on accepter de faire venir de la viande de l’autre côté du globe et, dans le même temps, faire faire plus de 1 000 kilomètres à des animaux vivants pour rejoindre des centres d’engraissement à l’étranger ? », interrogent-ils. La réponse suppose de s’intéresser à la structuration de la filière.

Oui, la France souffre d’un déficit de viande bovine, mais pas de n’importe laquelle ! En l’état actuel des choses, celle issue de femelles. En effet, pour servir la restauration hors domicile, nous importons actuellement force viande de vaches de réformes laitières et de veaux issus des pays du Nord (Allemagne et Pays-Bas), mais également d’Amérique du Sud. Dans le même temps, c’est paradoxal, nous exportons des jeunes bovins mâles vivants, qui vont se faire engraisser en Italie et en Espagne. Pourquoi ? Parce que, pour l’instant, ces jeunes bovins ne correspondent malheureusement pas à nos habitudes alimentaires.

Cette situation doit nous interpeller à la fois sur le plan de l’empreinte environnementale que cela entraîne et sur le plan du bien-être animal. Peut-on accepter de faire venir de la viande de l’autre côté du globe et, dans le même temps, faire faire plus de 1 000 kilomètres à des animaux vivants pour rejoindre des centres d’engraissement à l’étranger ?

Cette situation interroge, surtout quand il est établi que les systèmes naisseurs-engraisseurs finissant l’élevage de la totalité des animaux présentent une résilience toute particulière. Car oui, le système de naisseur-engraisseur valorise parfaitement les surfaces de prairies permanentes tout en conservant un assolement de polyculture favorable à la biodiversité, au stockage du carbone et à l’autonomie protéique. L’essence même des principes de l’agroécologie !

Pour les zones où les cultures sont difficilement possibles, ne serait-il pas intéressant de passer à un système de mutualisation afin de diminuer les coûts de production dans des ateliers collectifs d’engraissement plutôt que d’envoyer nos jeunes bovins vers l’Italie, un pays qui veut de plus en plus du « 3IT » à savoir de la viande née, élevée et abattue en Italie ? Il apparaît donc évident que la future PAC doit encourager et soutenir particulièrement les systèmes de production de bovins avec finition, et pas seulement au travers des aides directes.

Les nombreuses aménités de ces systèmes méritent également l’accès simplifié aux éco-schémas reconnaissant l’existant, aux mesures agro-environnementales et climatiques, systèmes accompagnant l’évolution des pratiques, et à de puissants soutiens à l’investissement tant en matière de bien-être animal que de capacités de production.

« Le sujet n’est pas la quantité de la viande consommée, mais plutôt sa qualité. Pour mémoire les 500 grammes de viande rouge hebdomadaires conseillés par le Programme national nutrition santé (PNNS) pour les adolescents ne sont jamais atteints en France, et de loin, dans les différentes enquêtes disponibles »

« Nouveaux débouchés ». Le sujet n’est pas la quantité de la viande consommée, mais plutôt sa qualité. Pour mémoire les 500 grammes de viande rouge hebdomadaires conseillés par le Programme national nutrition santé (PNNS) pour les adolescents ne sont jamais atteints en France, et de loin, dans les différentes enquêtes disponibles.

Oui, il faut s’habituer à consommer cette viande autrement que dans des produits ultra-transformés, et il conviendrait plutôt de s’assurer que cette viande soit issue de cheptels français et rémunérant équitablement les éleveurs.

Sur ce dernier point, il semble aujourd’hui que la puissance publique est le dernier recours, vu l’incapacité de ces filières à se structurer et à avancer des propositions de régulation des prix et des volumes et de contractualisation.

C’est justement ce qui est fait, tant par le renforcement des contrôles sur les négociations commerciales que par les appels du ministre de l’Agriculture à introduire du jeune bovin dans les cantines.

Nous devons sortir des sentiers battus et trouver de nouveaux débouchés pour la viande de qualité de nos mâles, et ce, y compris dans d’autres pays que l’Italie. De plus, nous devons nous mobiliser pour que nos enfants apprennent à apprécier à quotidien notre viande d’excellence y compris celle de nos bovins mâles.

L’enjeu est clair : nous devons nous fixer comme objectif de substituer la viande d’importation par nos jeunes bovins en relocalisant massivement leur finition en France et en la consommant dans la restauration hors domicile.

C’est bon pour le climat, c’est bon pour le bien-être animal, c’est bon pour la santé et c’est bon pour notre économie !

C’est pour toutes ces raisons que nous travaillons activement sur l’élaboration d’un plan soutenant la relocalisation de la production de viande bovine avec le cabinet du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Jean-Baptiste Moreau, député de la Creuse ; Pierre Venteau, député de la Haute-Vienne ; Alain Perea, député de l’Aude ; Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne ; Martine Leguille-Balloy, députée de Vendée.

Relocaliser les productions dans les villes

Relocaliser les productions dans les villes

Une proposition intéressante de  Arnaud Florentin directeur associé du cabinet de conseil Utopies, Arnaud Florentin (interview de vue dans de la Tribune) qui considère que les viles dépendent trop des importations

 

Dans votre rapport, pour expliquer la nécessité d’un ancrage de la fabrication dans les villes, vous utilisez la notion d’ »effet multiplicateur local ». De quoi s’agit-il ?

ARNAUD FLORENTIN - La notion d’effet multiplicateur local, élaborée par le cabinet Utopies dans une étude de 2016, correspond à la capacité d’un revenu qui entre dans un territoire à y circuler durablement et à irriguer son économie. Il représente le deuxième pilier de sa prospérité, à côté de son aptitude à capter des richesses, via les exportations, le tourisme, etc. Un tiers de sa santé économique en dépend. L’image d’un flipper, où pour réaliser des points il faut que la balle ait le plus d’interactions possibles, résume bien ce concept.

Pourtant, non modélisé jusqu’à notre étude, l’effet multiplicateur local se retrouve aujourd’hui dans l’angle mort des politiques publiques de développement, qui prennent en compte seulement le premier pilier. Résultat : son ratio baisse nettement depuis 50 ans, en raison d’un affaiblissement de la diversité économique des territoires, et donc des échanges. Les balles dans le flipper sont nombreuses, mais elles y restent de moins en moins. Promouvoir la fabrication locale est justement un moyen  de réintroduire de la diversité.

S’agit-il de soutenir une forme d’autarcie ?

Non, l’autarcie est un dogme sans valeur scientifique, alors que l’autonomie locale est aujourd’hui une nécessité face à des fractures sociales et écologiques qui ne nous laissent plus le choix. L’objectif consiste dans un équilibre entre ce que l’on capte à l’extérieur et ce qui est produit localement : un niveau d’autonomie de 10-15% engendrerait déjà des conséquences très importantes. Et le pari est qu’à partir des villes l’ancrage local de la production s’étende, par cercles concentriques, à l’ensemble des territoires qui les entourent. Les échanges qu’il faut multiplier ne sont d’ailleurs pas seulement ceux d’objets, mais aussi ceux d’informations : à Barcelone, le mouvement FabCity promeut justement le passage d’un modèle Product in Trash Out (PITO) à un modèle Data In Data Out (DIDO).

Dans votre Fab City Index, qui mesure la capacité d’autoproduction des villes françaises, Paris figure en tête, suivie par Lyon, puis par quelques autres métropoles. Est-ce la présence des sièges sociaux des grands groupes dans la capitale compte pour expliquer cela ?

Non, car dans notre index nous valorisons seulement le tissu productif, à l’exclusion du tertiaire. L’autonomie d’un territoire que nous mesurons dépend ainsi de sa capacité à s’inscrire dans l’ensemble de la chaîne de production répondant à ses besoins. Les bons résultats de Paris et d’autres métropoles dépendent donc plutôt de l’étendue et de la densité économique de leurs aires urbaines. Mais la partie la plus importante du classement est celle qui dé-corrèle l’autonomie des villes de leur taille, puisqu’elle montre les territoires qui surperforment. C’est le cas de Cholet qui, 73e aire urbaine française, figure pourtant à la 11e place en termes d’autoproduction. Deux atouts sont nécessaires pour atteindre de tels résultats : un tissu industriel diversifié, mais aussi la présence de véritables filières locales permettant de multiplier les échanges sur le territoire. Au cœur du triangle dynamique des villes de Nantes, Angers et La Roche-sur-Yon, Cholet affiche justement un équilibre entre fleurons industriels, PME et ETI, startups, ainsi qu’une véritable culture entrepreneuriale. D’une manière générale, l’arc Ouest-Sud, s’appuyant sur des économies plus diversifiées qu’en moyenne, semble compter davantage de villes fabricantes. Au contraire, les aires urbaines du quart Nord-Est, avec une forte histoire de spécialisation industrielle, présentent moins de capacités d’autoproduction.

La désindustrialisation de l’économie française depuis les années 70 est donc la cause de cette perte d’autonomie des territoires ?

Oui, mais l’enjeu n’est pas d’affirmer que c’était mieux avant. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de relocaliser la production sans pour autant réinstaller de grandes usines en promouvant des modèles plus petits et circulaires.

 

Par rapport à d’autres pays, comment se situe la France ?

Nous travaillons sur des outils de comparaison précis, mais un travail déjà réalisé aux Etats-Unis permet de constater que globalement les zones urbaines américaines sont plus productives que celles françaises. Globalement, en France, le niveau d’autonomie des villes est plutôt bas : en moyenne, elles ne produisent que 3,1% de la valeur des biens consommés par leurs habitants. Or, Los Angeles affiche 10 points plus que Paris, qui pourtant atteint 8,7%.

Les villes américaines sont souvent moins denses. Est-ce que cela joue ?

La différence vient moins de l’usage du foncier que de la présence d’une culture de la diversité économique. Mais si la fabrication en ville doit être micro, c’est justement aussi pour des raisons de foncier. Et réinstaller la fabrication en ville exige d’innover aussi dans la manière de penser l’espace.

Votre rapport le souligne : nombre d’initiatives surgissent déjà sur le terrain. Mais que peuvent faire les pouvoirs publics pour promouvoir ce changement ?

La clé est justement de changer de mentalité dans la manière de concevoir les politiques économiques. Un rapport de 2017 de la Caisse des dépôts relatif à l’accompagnement de l’entrepreneuriat territorial le montre bien : les anciens outils, fondés sur le foncier et les aides fiscales, ne suffisent plus. Il s’agit désormais d’innover, en misant aussi sur des démarches d’accompagnement et mise en relation. A Knoxville par exemple, dans le Tennessee (Etats-Unis), la mairie a formé un « conseil de production locale » composé d’artisans, artistes et petits producteurs. Les meilleurs incubateurs sont d’ailleurs aujourd’hui ceux qui utilisent les ressources locales et promeuvent la transversalité : c’est le cas du Brooklyn FoodWorks, financé par des fonds publics mais géré par un acteur privé, qui permet aux consommateurs d’avoir accès à des produits parfois fabriqués seulement 24 heures auparavant à proximité. Et les meilleures startups de demain sont celles qui sauront conquérir une globalité de marchés locaux, éventuellement via des partenariats avec de plus gros groupes, qui peuvent entraîner les plus petites structures. »

 




L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol