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Individualiser la relation à l’emploi ? (Laurent Giraud)

Individualiser la relation à l’emploi  ?  (Laurent Giraud)

Maitre de conférences sur la gestion des ressources humaines et la gestion du changement à la Toulouse School of Management, Laurent Giraud appelle les employeurs à avoir une approche au cas par cas avec leurs salariés pour répondre aux aspirations nouvelles. (Cet article est issu de T La Revue de La Tribune – N°9 « Travailler, est-ce bien raisonnable? », actuellement en kiosque)

 

Une interview intéressante tenant compte des évolutions sociétales et culturelles mais qui pose aussi la question du rapport entre les conditions sociales collectives et les adaptations individuelles. NDLR

 

LA TRIBUNE- Nous sortons de deux ans de crise sanitaire. Quelle conséquence cela a pu avoir sur nos rapports au travail et quel changement dans le management cela pourrait apporter à terme ?

LAURENT GIRAUD- Je pense qu’il y a un questionnement qui est en train de se faire, ou même qui se faisait déjà pour certains, sur le sens donné au travail. Cette crise a permis une réflexion approfondie que les gens n’avaient pas forcément le temps de faire avant parce que le confinement nous a repliés un peu sur nous-mêmes. Qu’est-ce qui compte pour un candidat aujourd’hui ? Quand il regardait une offre d’emploi, auparavant, c’était la rémunération, toujours en premier critère. Maintenant, c’est la flexibilité du temps de travail et cela risque de rester. Les candidats et les salariés attendent une souplesse de la part de l’employeur. Il y en en qui aiment le télétravail, à une certaine proportion, d’autres à un autre niveau, etc.

Comment les entreprises s’adaptent ou peuvent s’adapter à ce changement, face à leurs salariés déjà en poste ou pour attirer ceux qu’elles tentent de recruter ?

L.G. Tout va dépendre de l’attractivité employeur. C’est comme quand vous vendez un produit ou un service, là vous vendez l’expérience d’être salarié dans votre entreprise, donc il faut essayer de savoir ce qui plaît aux cibles éventuelles. Ce qui arrive en premier maintenant dans leurs attentes, c’est davantage l’ambiance au travail, le bien-être, l’intérêt du poste et le sens qu’on lui donne, bien plus que le sujet de la rémunération. Cela veut dire qu’aujourd’hui, il faut changer la manière dont on présente les emplois. Avec la crise climatique, aussi, il y a une nouvelle génération qui voudrait que son impact soit significatif.

Dans le management, il y a beaucoup de tendances nouvelles en réponse parfois à la crise sanitaire et d’autres plus antérieures. Le télétravail en fait partie, mais il y a aussi la semaine des quatre jours. Est-ce un effet de mode en France ou une nouvelle tendance qui peut prendre de l’ampleur ?

L.G. La semaine des quatre jours vient d’arriver au Royaume-Uni et cela commence à monter en France. Mais ici, on aime bien voir les personnes sur place, les voir travailler, alors qu’il y a d’autres pays, comme aux Pays-Bas où cela existe depuis plus longtemps, se dire que quelqu’un est capable de travailler à fond du lundi au jeudi puis prendre son vendredi en off. En France, on est loin de cette révolution culturelle.

Mais c’est une manière d’être attractif auprès des salariés. Il faut savoir que travailler sur l’attractivité c’est aussi travailler sur la fidélisation de son personnel, grâce à ces bonnes conditions d’emploi. Elles attirent non seulement les candidats en extérieur, mais en plus vous fidélisez en interne des personnes qui ont envie de rester. La fidélisation ce n’est pas que la rétention, c’est aussi motiver les personnes à travailler. C’est un calcul. Les Britanniques estiment que la productivité augmente en lâchant un jour et l’engagement des salariés est plus élevé.

Les managers français doivent-ils tout d’abord opérer une ouverture d’esprit pour envisager cette semaine de quatre jours dans notre pays ?

L.G. Désormais, nous avons besoin de sens au travail, de flexibilité et de souplesse. Donc, l’entreprise qui ne proposera pas une telle offre perdra des candidatures et potentiellement des talents, et donc aussi derrière, en productivité et par la suite des parts de marché.

Les employeurs doivent individualiser la relation à l’emploi de leurs salariés. Nous sommes dans une société individualiste depuis un moment, c’est un mouvement de fond. Il faut donc gérer chaque individu tout en ayant un collectif soudé.

La réponse à ces nombreuses aspirations nouvelles dans la société et donc dans l’esprit des salariés se trouve dans un management personnalisé ?

L.G. Il n’y a pas une recette miracle pour tout le monde. Mais il y a un mouvement de fond depuis déjà plusieurs dizaines d’années qui est l’individualisation de la société. Cela se répercute en entreprise, le miroir de la société. Et avec la crise sanitaire, nous sommes dans l’accélération de cette évolution de la société. Est-ce que l’évolution s’arrêtera là ? Probablement pas. Des choses vont rester, notamment l’hybridation du travail. Les entreprises ont toujours demandé aux salariés une certaine souplesse et polyvalence dans certaines tâches et fonctions. Je crois que maintenant est venu le temps de rendre des comptes, avec des employeurs qui doivent désormais fournir une certaine souplesse, en bonne intelligence, à leurs salariés. Et quand il y a un à somme positive, derrière, les entreprises tendront à s’y retrouver.

Ces mutations diverses bouleversent-elles d’une manière ou d’une autre la gestion humaine pour les manageurs ?

L.G. Il y a davantage besoin d’immédiateté, côté salarié. Il faut que tout aille très vite et c’est la société hypermoderne. Il n’y a pas toujours cette patience de la part des membres de la nouvelle génération. Donc, pour les employeurs, il faut très rapidement être au rendez-vous des promesses qui ont été faites à son collaborateur. Seulement, on observe un turnover élevé sur certaines fonctions où il y a un choc avec la réalité après s’être fait une certaine idée du terrain. L’intégration est un moment-clé, par exemple pour la prise de fonction. Si l’on sous-estime cette étape, qui est une étape du processus de recrutement et sélection, on risque de perdre des talents et de recommencer le processus de recrutement et de sélection. Nous en revenons à cette individualisation des pratiques qui est nécessaire dans la relation employeur à employer. Ce choc avec la réalité est aussi à l’origine d’une mobilité professionnelle plus importante que par le passé. Auparavant, changer d’entreprise ce n’était pas forcément bien vu, aujourd’hui ce n’est plus le cas.

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Article issu de T La Revue n°9 « Travailler, est-ce bien raisonnable? » – Actuellement en kiosque et disponible sur kiosque.latribune.fr/t-la-revue

Politique-Europe -Afrique : relation rénovée ?

Politique-Europe -Afrique : relation rénovée ?

 

Il y a comme une sorte de contradiction entre la situation concrète en Afrique et les déclarations faites lors  du sixième sommet entre l’Union européenne et l’Union qui vient de se dérouler notamment parce que le concept de codéveloppement demeure relativement virtuel

Ce sommet était l’objet de nombreuses orientations mais s’est d’abord centrée sur la question de la vaccination covid. Rappelons que seulement autour de 10 % des Africains ont été vaccinés.

L’UE va ainsi mobiliser 300 millions de doses en faveur de l’Afrique d’ici cet été pour porter ses dons à 450 millions de doses au total. Mais l’objectif principal est de faire fabriquer le vaccin en Afrique en tout cas à terme.

L’OMS a désigné ce vendredi les six premiers pays bénéficiaires d’un programme mondial de fabrication de vaccins à ARN messager. Il s’agit de l’Afrique du Sud, de l’Egypte, du Kenya, du Nigeria, du Sénégal et de la Tunisie. L’objectif : qu’en 2040 l’Afrique puisse fabriquer elle-même 60 % des vaccins dont elle a besoin – aujourd’hui, c’est seulement 1%.Pas question cependant pour les Européens d’opérer un transfert de technologie et de libérer les brevets..

La question de l’aide au développement est forcément revenue sur le tapis avec les promesses non tenues mais cependant une nouvelle intention de consacrer au total 150 milliards d’euros (dons, prêts, garanties publiques, investissements privés suscités par ces incitations publiques) à l’Afrique sur la période 2021-2027, soit la moitié de son initiative géopolitique Global Gateway qui vise à contrer les nouvelles routes de la soie chinoises et la diplomatie agressive de la Russie dans la région, notamment au Sahel.

 

Reste à savoir si cette nouvelle intention sera totalement suivie d’effet et surtout quelles seront les retombées concrètes sur le terrain. La question du codéveloppement ne peut en effet seulement se résumer à des questions d’enveloppe , elle doit être remise à plat sur les conditions de mise en œuvre et de suivi effectif pour que cette aide ne soit pas détournée.  De ce point de vue, les outils de gestion de l’aide au développement comme les outils d’évaluation méritent d’être totalement remis en cause.

Europe -Afrique : relation rénovée ?

Europe -Afrique : relation rénovée ?

 

Il y a comme une sorte de contradiction entre la situation concrète en Afrique et les déclarations faites lors  du sixième sommet entre l’Union européenne et l’Union qui vient de se dérouler notamment parce que le concept de codéveloppement demeure relativement virtuel

Ce sommet était l’objet de nombreuses orientations mais s’est d’abord centrée sur la question de la vaccination covid. Rappelons que seulement autour de 10 % des Africains ont été vaccinés.

L’UE va ainsi mobiliser 300 millions de doses en faveur de l’Afrique d’ici cet été pour porter ses dons à 450 millions de doses au total. Mais l’objectif principal est de faire fabriquer le vaccin en Afrique en tout cas à terme.

L’OMS a désigné ce vendredi les six premiers pays bénéficiaires d’un programme mondial de fabrication de vaccins à ARN messager. Il s’agit de l’Afrique du Sud, de l’Egypte, du Kenya, du Nigeria, du Sénégal et de la Tunisie. L’objectif : qu’en 2040 l’Afrique puisse fabriquer elle-même 60 % des vaccins dont elle a besoin – aujourd’hui, c’est seulement 1%.Pas question cependant pour les Européens d’opérer un transfert de technologie et de libérer les brevets..

La question de l’aide au développement est forcément revenue sur le tapis avec les promesses non tenues mais cependant une nouvelle intention de consacrer au total 150 milliards d’euros (dons, prêts, garanties publiques, investissements privés suscités par ces incitations publiques) à l’Afrique sur la période 2021-2027, soit la moitié de son initiative géopolitique Global Gateway qui vise à contrer les nouvelles routes de la soie chinoises et la diplomatie agressive de la Russie dans la région, notamment au Sahel.

 

Reste à savoir si cette nouvelle intention sera totalement suivie d’effet et surtout quelles seront les retombées concrètes sur le terrain. La question du codéveloppement ne peut en effet seulement se résumer à des questions d’enveloppe , elle doit être remise à plat sur les conditions de mise en œuvre et de suivi effectif pour que cette aide ne soit pas détournée.  De ce point de vue, les outils de gestion de l’aide au développement comme les outils d’évaluation méritent être remis en cause.

La fausse relation actions et devises

  • La fausse relation actions et devises
    • Ken Fisher est président et directeur de Fisher Investments Europe, président exécutif et co-directeur des investissements de Fisher Investments remet à plat la relation action Et devise (dans le Wall Street Journal) (Extrait)
    • En décembre, nous vous disions que l’issue des élections américaines de 2020 conduirait au blocage – avec une incidence haussière de Los Angeles à Lyon. Les devises le prouvent. Le dollar tend à s’apprécier lorsque des partis politiques différents se partagent la Maison Blanche, le Sénat et la Chambre des représentants – c’est la définition traditionnelle de la paralysie politique. En revanche, lorsqu’un parti contrôle ces trois organes, le dollar a tendance à se déprécier.
    • Après l’arrivée au pouvoir de Jimmy Carter en 1976, par exemple, le parti démocrate a pris le contrôle du gouvernement pendant quatre ans, période durant laquelle le billet vert a perdu 8,9 % par rapport aux autres devises internationales. En 1980, le parti républicain a remporté la présidence et le Sénat, mais pas la Chambre des représentants, créant ainsi une situation de paralysie. L’année suivante, le dollar a grimpé en flèche, gagnant 12,3 % par rapport aux autres devises internationales et 26,8 % par rapport au franc. Trois ans plus tard, alors que les élections américaines de 1984 approchaient, il s’était arrogé +39,1 % par rapport aux autres devises internationales, poussant les plus grandes banques centrales du monde à intervenir.
    • Nous avons tous accès aux données et sommes donc tous à même de comprendre cette tendance à long terme. Les marchés intègrent ces informations dans leurs cours extrêmement rapidement, ce qui laisse peu de marge de manœuvre. On est donc en droit de se demander ce qui a échappé aux fanas des données.
    • Les marchés ont compris une chose, les démocrates ne bénéficient que d’une très faible majorité au congrès et le parti est rongé par des querelles internes, ce qui a cimenté la situation de paralysie politique dans le pays
    • En début d’année, ils s’inquiétaient de l’inhabituelle hausse du dollar qui, dans le contexte d’un gouvernement unifié, annonçait selon eux de très mauvaises nouvelles, lesquelles auraient été anticipées par les marchés des changes bien avant les marchés actions. Que ce soit une récession à double creux en Europe, la politique fiscale de Joe Biden ou encore des errements de la Banque centrale européenne, la liste de leurs spéculations est sans fin.
    • Mais la réalité est beaucoup plus simple. Les marchés ont compris une chose, les démocrates ne bénéficient que d’une très faible majorité au congrès et le parti est rongé par des querelles internes, ce qui a cimenté la situation de paralysie politique dans le pays. Le « contrôle » dont jouissent les démocrates repose sur une légère majorité à la Chambre des représentants et sur une répartition 50/50 au Sénat, alors que la plupart des propositions requièrent 60 voix pour être adoptées. Les marchés ont également anticipé le redécoupage électoral imminent à la Chambre des représentants. Et le spectre de cette redistribution potentielle dissuade l’adoption de projets de loi controversés avant les élections législatives de 2022. Dans ces conditions, le billet vert a gagné plus de 4 % par rapport à l’euro au premier trimestre.
    • Les commentateurs expliquent cette solidité par la modification du calendrier des relèvements de taux de la Réserve fédérale, ainsi que par les difficultés rencontrées en Europe pour maîtriser le variant Delta de la Covid. Ils crient au loup ! Mais ils oublient que le dollar s’est apprécié plusieurs semaines avant que la Fed ne modifie – très légèrement – son calendrier monétaire, au moment même où Joe Biden annonçait son intention de réduire son programme de dépenses d’infrastructure de 2 200 à 1 000 milliards de dollars sans relever le taux de l’impôt sur les sociétés comme il avait précédemment envisagé de le faire. Même ces compromis considérables n’ont pas suffi à satisfaire les modérés, dont il a tant besoin. La controverse ne mène à rien. C’est la paralysie politique dans toute sa splendeur.
    • Où que le dollar et l’euro aillent à l’avenir, n’oubliez pas que les fluctuations des devises n’annoncent jamais quelque chose qui aurait échappé aux marchés boursiers. Parmi les marchés affichant une liquidité similaire, aucun actif n’est plus « intelligent » que les autres. Les investisseurs en actions ont accès aux mêmes rapports, aux mêmes données et au même buzz que les cambistes, et ce, au même moment. D’ailleurs, il s’agit souvent des mêmes personnes.
    • L’histoire nous enseigne que les fluctuations de change n’influencent pas les actions, même si les replis et les hausses de l’euro font respectivement augmenter et diminuer les rendements des actifs libellés dans d’autres devises. Prenons par exemple l’année 2020, durant laquelle la monnaie unique a progressé d’environ 9 % par rapport au dollar. Le CAC40 a perdu 5 % sur la période et les actions de la zone euro ont reculé de 1 %, sous-performant dans les deux cas les actions américaines en hausse de 8 %.
    • Les actions de la zone euro ont tendance à surperformer très légèrement leurs homologues américaines en cas d’affaiblissement de la monnaie unique
    • Sur les vingt dernières années, les mouvements de l’euro par rapport au dollar ne montrent qu’une corrélation de -0,12 vis-à-vis de la performance relative des actions de la zone euro par rapport à celles des Etats-Unis. Autrement dit, les actions de la zone euro ont tendance à surperformer très légèrement leurs homologues américaines en cas d’affaiblissement de la monnaie unique. Mais sachant qu’une corrélation de 1,0 correspond à une évolution parfaitement parallèle et -1,0 à un mouvement diamétralement opposé, la relation n’est pas assez significative pour influencer les décisions d’investissement.
    • Pourquoi les devises n’affectent-elles pas l’évolution des actions ? En partie parce qu’aujourd’hui, rares sont les entreprises qui fabriquent et vendent leurs produits, ou qui s’approvisionnent, exclusivement dans un seul pays. La plupart d’entre elles importent des matériaux, des machines ou des composantes, opèrent à l’étranger et vendent leurs produits dans d’autres pays. Les coûts et les recettes en devises étrangères atténuent ces effets. Les multinationales ont également compris l’impact potentiel des devises. Elles peuvent ainsi prendre des mesures pour se protéger contre le risque de change. Et les investisseurs en actions tiennent systématiquement compte de tous ces facteurs.
    • La récente évolution des craintes liées aux devises est relative au sentiment et non pas à des facteurs fondamentaux. Bien que le climat devienne plus optimiste, les épisodes d’anxiété persistants à l’égard des devises nous révèlent que ce marché haussier devra encore surmonter de nombreuses inquiétudes.
    • Ken Fisher est président et directeur de Fisher Investments Europe, président exécutif et co-directeur des investissements de Fisher Investments.

Biais cognitifs: la relation machine et cerveaux

 

Le sociologue poursuit ses travaux sur les biais intellectuels et les croyances. Mais il leur donne une ampleur nouvelle dans « Apocalypse cognitive », réflexion sur les risques cruciaux que nous font courir nos intuitions erronées.( Analyse dans le Monde, extraits )

Contraintes sanitaires obligent, la rencontre s’est faite sur écran, en « distanciel » comme dit la novlangue. Situation banale qui, avec Gérald Bronner, cesse de l’être. Elle se révèle, en réalité, particulièrement pertinente. Car l’entretien à distance crée une combinaison curieuse de proximité et d’éloignement, or ces éléments se tiennent, de plusieurs manières, au cœur de sa réflexion.

En effet, Apocalypse cognitive, son treizième ouvrage, accorde une place centrale aux écrans, à l’attraction des images et de l’immédiat. Le sociologue en scrute méfaits et bienfaits, cherche ce qu’ils révèlent de notre humanité, de notre fonctionnement cérébral, pour le pire comme le meilleur, aussi lucidement que possible. Soucieux de rendre ce constat utile, même par sa face sombre, il examine également les moyens de mettre au point, pour l’avenir, un bon usage de nos machines et de nos neurones, afin de voir advenir, plutôt qu’une régression, un nouvel essor de la civilisation.

La proximité de l’apparence, la distance de l’arrière-plan concernent aussi le parcours personnel de ce chercheur, professeur de sociologie à l’université de Paris (anciennement Denis-Diderot), de plus en plus présent, d’année en année, dans les médias, les librairies et les débats publics, depuis que La Démocratie des crédules (PUF, 2013), couronné par cinq prix, l’a fait connaître bien au-delà des cercles universitaires.

Un « transclasse »

A l’écran, donc, l’image d’un quinquagénaire souriant, presque juvénile. Sa simplicité fait vite oublier qu’il est couvert de titres et de fonctions académiques et que la liste de ses contributions savantes dans les revues de recherche occupe des pages. Et pourtant, ce n’est pas un « héritier ». Rien, à distance, ne le prédisposait à devenir ce qu’il est aujourd’hui.

Né dans une famille modeste de la banlieue de Nancy, le sociologue remarque aujourd’hui qu’il « coche toutes les cases » de ce qui définit un « transclasse ». Toutes, sauf celles, pourtant habituelles, du dolorisme et de la honte. Avoir vécu d’abord sans livres, sans musique, sans église, sans syndicat ne lui inspire aucune gêne. Il y voit au contraire une forme de chance, la clé d’un « nomadisme social » qui lui donne aujourd’hui le sentiment, en n’étant jamais nulle part tout à fait à sa place, de pouvoir observer partout le jeu social avec « une distance amusée ».

Difficile de savoir dans quelle mesure cette trajectoire personnelle a conduit Gérald Bronner à se défier du déterminisme social, façon Bourdieu, et à privilégier la marge de décision et de responsabilité des acteurs, dans le sillage de son maître, le philosophe et sociologue Raymond Boudon (1934-2013). En tout cas, il reconnaît volontiers un lien direct entre sa biographie et son champ de recherche, délimité par nos erreurs dues aux biais cognitifs, et nos croyances déraisonnables, dues à notre difficulté à endurer l’incertitude. « J’ai été mon premier laboratoire », confie-t-il.

 

Coronavirus :  » repenser notre relation au monde vivant »

Coronavirus :  » repenser notre relation au monde vivant »

Du fait des bouleversements des écosystèmes l’homme est obligatoirement exposé à de nouveaux germes », explique Jean-François Guéga sur  France Info.  Jean-François Guéga  est directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae)

 

L’origine du nouveau coronavirus semble être animale. Est-ce que l’action de l’homme, est-ce que notre relation au monde vivant, à la Nature, est en cause dans cette pandémie ?

La plupart des agents infectieux ou parasitaires circulant chez l’humain sont aujourd’hui d’origine animale. Depuis 50 ans, on voit une augmentation de la proportion des organismes infectieux et parasitaires humains. C’est environ aujourd’hui 75%. Et donc au fur et à mesure que nous allons exploiter les grands biomes naturels [communautés animales et végétales, classées en fonction de la végétation dominante et caractérisées par les adaptations des organismes à leur environnement spécifique] nous allons être exposés en tant que civilisation. Les premières personnes qui vont contracter ces infections, ce sont les gens qui vont exploiter les forêts, les forestiers, et aussi les chasseurs de viande de brousse. Et les éleveurs, qui vont être au contact de ce qu’on appelle les cas primaires. Le monde regorge d’agents microbiens. Et au travers de notre exploitation des écosystèmes naturels, je pense au sujet de la déforestation dans les grands biomes forestiers intertropicaux, l’homme est obligatoirement exposé à de nouveaux germes. Pas obligatoirement pathogènes (…) mais qui vont pouvoir passer sur les individus humains, et pouvoir se développer et provoquer des épidémies ou des pandémies telle que celle-ci.

Cette épidémie doit-elle nous obliger à repenser notre relation au monde vivant ?

Absolument. C’est un coup de semonce qui nous est donné.

Il y a des agents pathogènes beaucoup plus sévères, beaucoup plus violents, qui ont un taux de létalité supérieur à celui qui passe actuellement et qui produit la pandémie à Covid-19. Jean-François Guégan, directeur de recherche à l’Inrae à franceinfo

 

Nous devons, au sortir de cette pandémie, vraiment réfléchir à nos relations aux environnements naturels, penser à la protection, à l’organisation de grands sanctuaires, de diversité biologique, notamment dans les grands biomes intertropicaux.

Il faut aussi éviter l’exposition aux agents pathogènes ?

Oui je pense à la chasse de brousse. La chasse de brousse est toujours associée aux populations les plus pauvres du monde. Vous ne pouvez pas l’interdire mais il faut réguler cette chasse illégale de viande de brousse. Et dans le même temps fournir les moyens de subsistance et de bien-être à ces populations les plus malheureuses du monde.




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