Archive pour le Tag 'relance'

Relance et marché ne sont pas contradictoires

Relance et marché ne sont pas contradictoires

 

La chercheuse en science politique Ulrike Lepont relativise, dans une tribune au « Monde », le « retour de l’Etat » aux commandes de l’économie, car ni la nécessité de réduire son périmètre ni la priorité donnée au secteur privé pour l’allocation des ressources ne sont remises en cause.

 

 

 

Tribune. 
Après plusieurs décennies où l’Etat avait été assigné à s’en tenir à un rôle de garant du respect des règles de la concurrence et de contrôle de l’inflation par la seule politique monétaire, les plans de relance européens actuels, de par leur ampleur, sont souvent interprétés comme la marque d’un retour de l’Etat dans l’économie. Le recours à la politique budgétaire du « quoi qu’il en coûte », mais aussi à la politique industrielle via des investissements publics dans des secteurs jugés stratégiques pour la croissance future, est à nouveau légitime pour stimuler l’activité économique du pays. Ce phénomène n’est en réalité pas simplement conjoncturel : il s’inscrit dans un processus engagé depuis la crise de 2008, du fait de l’échec de la politique monétaire européenne à relancer la croissance de la zone euro, ainsi que de la montée du patriotisme économique à l’échelle internationale.

Pour autant, cette relégitimation des politiques industrielle et budgétaire est loin de signer le retour de l’Etat keynésien d’après-guerre. Du point de vue de la politique industrielle tout d’abord, les investissements publics sont conçus selon des objectifs et des modalités diamétralement différents. Durant les « trente glorieuses », l’objectif des politiques d’investissement était, pour l’Etat, de structurer des secteurs économiques entiers, parfois directement par des nationalisations, parfois par des subventions qui lui permettaient d’influer sur les choix de développement des entreprises. Il s’agissait ainsi de contrôler le marché, voire, pour certains secteurs comme l’énergie, de s’y substituer.

Les politiques d’investissement actuelles visent au contraire à encourager le développement des acteurs privés et du marché en déterminant des objectifs généraux – comme la transition écologique –, mais sans intervenir dans les stratégies des acteurs économiques. Elles s’appuient, pour ce faire, sur des instruments financiers comme des prêts, des prises de participation sous forme de capital-risque ou des garanties qui sont délivrées en premier lieu par les banques publiques d’investissement – dont l’activité a explosé depuis une décennie.

 Ces financements sont octroyés sur le critère de la rentabilité financière des projets et de la promesse d’un « retour sur investissement » pour l’Etat, mais sans exigence de contrepartie en matière de gouvernance. De plus, quand l’Etat investit par le biais des banques publiques d’investissement au capital d’entreprises, l’objectif est de s’en retirer dès que l’activité est rentable, de manière à réinvestir dans d’autres activités émergentes prometteuses, sur le modèle d’un fonds d’investissement. Enfin, l’Etat n’investit jamais seul, mais en cofinancement avec des acteurs privés, ce qui lui permet de miser sur l’« effet levier », mais qui réduit également sa capacité de contrôle.

Plans de relance : s’inspirer du passé et du New Deal

Plans de relance : s’inspirer du passé et du New Deal

Les économistes Thomas Belaich et Eric Monnet décrivent, dans une tribune au « Monde », les dispositifs qui, dans le New Deal de Roosevelt ou la reconstruction d’après-guerre, ont cherché à éviter la capture de l’argent public par les intérêts privés ou politiques.

Tribune.

Historiquement, tous les grands programmes de dépense publique ont été accompagnés d’une réflexion sur leur gouvernance, tant en termes de vigilance vis-à-vis de la représentativité démocratique des choix d’allocation que pour éviter une capture des dépenses par des intérêts privés. Il est crucial d’étudier quelques expériences passées, dans la mesure où ces problèmes ne manqueront pas de réapparaître avec l’Etat investisseur et qu’elles rappellent que la capacité de l’Etat à orienter l’investissement vers des objectifs prioritaires ne peut se résumer aux montants dépensés.

Le New Deal de Roosevelt (1933-1939) est ainsi une référence explicite de l’administration Biden, même si les montants étaient encore plus importants — près de 50 % du PIB américain de l’époque, déboursés à raison de 6 % de PIB par an sur sept ans. Pour optimiser ces investissements, le New Deal s’accompagnait d’une réforme majeure de l’administration (création de nombreuses agences spécialisées) et de la mise en place de contre-pouvoirs, notamment syndicaux. Roosevelt était attentif à ce que le New Deal rompe la logique d’investissement centré sur les grands groupes bancaires et les grandes firmes industrielles du Nord-Est. On retrouve certains de ces éléments dans le plan Biden, notamment le soutien à la syndicalisation, des infrastructures ciblées pour des « populations désavantagées », la lutte contre les paradis fiscaux pour mieux contrôler les profits privés et le rôle central des agences fédérales pour l’investissement massif dans la recherche et la transition énergétique, sur le modèle du financement de la défense – au risque de réveiller les soupçons d’un complexe énergético-industriel d’une nouvelle nature…

 

Le débat français et européen prend plutôt comme référence les années d’économie planifiée, ou du moins concertée, des « trente glorieuses ». Plus que les montants d’argent public investi, c’est la gouvernance de ces dépenses qui mérite attention. Par exemple, le montant de l’investissement public dans l’après-guerre en France varie du simple au double selon que l’on inclut ou pas les entreprises publiques. Et comme l’ont montré les économistes Jean-Jacques Carré, Paul Dubois et Edmond Malinvaud dans La Croissance française : un essai d’analyse économique causale de l’après-guerre (Seuil, 1972), l’influence de la planification allait bien au-delà du seul montant des dépenses de l’Etat. 

Relance économique : suivre l’exemple des États-Unis (Jean Pisani-Ferry )

Relance économique : suivre l’exemple des États-Unis  (Jean Pisani-Ferry )

 

L’économiste, Jean Pisani-Ferry ,  observe, dans sa chronique au Monde , la conversion de l’administration Biden à une politique résolument expansionniste et suggère à l’Europe de suivre cette même voie

Chronique.

 

 Nonobstant des controverses bruyantes sur l’ampleur du plan Biden, un consensus émerge aujourd’hui aux Etats-Unis : la meilleure stratégie pour effacer les séquelles de la crise sanitaire et atténuer les lourds problèmes sociaux du pays, c’est de placer l’économie en régime de haute pression.

L’idée n’est pas neuve. Elle remonte à Arthur Okun (1928-1980), un économiste keynésien, ancien conseiller de Lyndon Johnson. Mais elle a été évoquée par Janet Yellen, peu avant sa nomination comme secrétaire au Trésor, et inspire visiblement Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed).

De quoi s’agit-il ? Depuis une célèbre conférence prononcée par Milton Friedman en 1968, les politiques macroéconomiques s’articulent généralement autour de l’idée qu’il existe un taux de chômage d’équilibre en dessous duquel on ne peut descendre qu’au prix d’une inflation croissante. A l’approche de ce seuil, il faut freiner la croissance pour éviter une surchauffe. C’est ce qu’on a fait régulièrement depuis les années 1980, au point d’aboutir à une inflation trop basse dont on n’arrive pas à se dépêtrer.

La thèse d’Okun, formulée en 1973, est au contraire qu’il faut tester les limites à la baisse du chômage pour tenter de faire fonctionner l’économie en régime de rareté des ressources en travail. Cela demande un peu plus d’efforts de recrutement et de formation aux entreprises, mais ramène vers l’emploi celles et ceux qui en sont le plus loin : chômeurs de longue durée, personnes tombées dans l’inactivité, salariés à faibles qualifications, minorités. En cas de succès, le bénéfice est double : un potentiel de production plus élevé (de 2 à 3 points pour chaque point de baisse du chômage, selon Okun) et une amélioration sensible de la situation des plus défavorisés.

Jamais complètement oubliée outre-Atlantique, l’idée est à nouveau en vogue. En août 2020, la Fed a révisé sa stratégie monétaire. Elle vise maintenant à minimiser le déficit d’emploi par rapport au maximum atteignable. Cette formulation signifie que les risques inflationnistes associés à un niveau d’emploi trop élevé sont tenus pour moins graves que ceux induits par un niveau d’emploi trop faible. Et Jerome Powell, dans l’explication de texte qu’il en a donné le même jour, souligne les bienfaits qu’un marché du travail tendu apporte aux « communautés à faible revenu », notamment aux minorités ethniques.

Début 2020, avant le choc du Covid-19, ces bienfaits étaient visibles. Alors que le taux de chômage des Noirs et des non-diplômés était, en 2009, supérieur de cinq points au chômage moyen, l’écart n’était plus que de deux points et demi début 2020. Parallèlement, les taux d’activité augmentaient et les salaires du bas de l’échelle progressaient sensiblement plus vite que la moyenne. L’expansion à tout-va de Donald Trump avait produit les effets annoncés par Okun.

 

Relance économique : suivre l’exemple des États-Unis (Jean Pisani-Ferry )

Relance économique : suivre l’exemple des États-Unis  (Jean Pisani-Ferry )

 

L’économiste, Jean Pisani-Ferry ,  observe, dans sa chronique au Monde , la conversion de l’administration Biden à une politique résolument expansionniste et suggère à l’Europe de suivre cette même voie

Chronique.

 

 Nonobstant des controverses bruyantes sur l’ampleur du plan Biden, un consensus émerge aujourd’hui aux Etats-Unis : la meilleure stratégie pour effacer les séquelles de la crise sanitaire et atténuer les lourds problèmes sociaux du pays, c’est de placer l’économie en régime de haute pression.

L’idée n’est pas neuve. Elle remonte à Arthur Okun (1928-1980), un économiste keynésien, ancien conseiller de Lyndon Johnson. Mais elle a été évoquée par Janet Yellen, peu avant sa nomination comme secrétaire au Trésor, et inspire visiblement Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed).

De quoi s’agit-il ? Depuis une célèbre conférence prononcée par Milton Friedman en 1968, les politiques macroéconomiques s’articulent généralement autour de l’idée qu’il existe un taux de chômage d’équilibre en dessous duquel on ne peut descendre qu’au prix d’une inflation croissante. A l’approche de ce seuil, il faut freiner la croissance pour éviter une surchauffe. C’est ce qu’on a fait régulièrement depuis les années 1980, au point d’aboutir à une inflation trop basse dont on n’arrive pas à se dépêtrer.

La thèse d’Okun, formulée en 1973, est au contraire qu’il faut tester les limites à la baisse du chômage pour tenter de faire fonctionner l’économie en régime de rareté des ressources en travail. Cela demande un peu plus d’efforts de recrutement et de formation aux entreprises, mais ramène vers l’emploi celles et ceux qui en sont le plus loin : chômeurs de longue durée, personnes tombées dans l’inactivité, salariés à faibles qualifications, minorités. En cas de succès, le bénéfice est double : un potentiel de production plus élevé (de 2 à 3 points pour chaque point de baisse du chômage, selon Okun) et une amélioration sensible de la situation des plus défavorisés.

Jamais complètement oubliée outre-Atlantique, l’idée est à nouveau en vogue. En août 2020, la Fed a révisé sa stratégie monétaire. Elle vise maintenant à minimiser le déficit d’emploi par rapport au maximum atteignable. Cette formulation signifie que les risques inflationnistes associés à un niveau d’emploi trop élevé sont tenus pour moins graves que ceux induits par un niveau d’emploi trop faible. Et Jerome Powell, dans l’explication de texte qu’il en a donné le même jour, souligne les bienfaits qu’un marché du travail tendu apporte aux « communautés à faible revenu », notamment aux minorités ethniques.

Début 2020, avant le choc du Covid-19, ces bienfaits étaient visibles. Alors que le taux de chômage des Noirs et des non-diplômés était, en 2009, supérieur de cinq points au chômage moyen, l’écart n’était plus que de deux points et demi début 2020. Parallèlement, les taux d’activité augmentaient et les salaires du bas de l’échelle progressaient sensiblement plus vite que la moyenne. L’expansion à tout-va de Donald Trump avait produit les effets annoncés par Okun.

 

Plan de relance européen. La cour suprême allemande s’y oppose

Plan de relance européen. La cour suprême allemande s’y oppose

Bizarrerie juridique la cour constitutionnelle allemande a toujours le pouvoir de s’opposer à des décisions notamment financières de l’Europe y compris lorsqu’elles sont adoptées par le Parlement d’outre-Rhin.

Il s’agit pour cet organisme très orthodoxe de s’opposer au plan de relance de 750 milliards pourtant adopté par les autorités européennes et allemandes. En fait, il s’agit peut-être non pas d’empêcher un plan de relance qui a reçu la bénédiction de toutes les institutions démocratiques mais peut-être de s’opposer aux velléités dépensières de pays du Sud et de la France. En effet hier macron a lancé l’idée d’un plan supplémentaire pour soutenir l’économie.  

Un appel considéré comme très laxiste par les orthodoxes allemands qui oublient cependant que les liquidités largement distribuées par la banque centrale européenne et par l’union européenne soutiennent la demande des pays européens à l’Allemagne. La cour constitutionnelle allemande critique la globalité du plan de 750 milliards mais surtout la partie qui sera versée sous forme de subventions, à peu près la moitié.

A la COP 26: pour une relance verte

A la COP 26: pour une relance verte

Constatant que les engagements pris en 2015 lors de la COP21 sont très loin de répondre aux objectifs, Laurent Fabius, Alok Sharma et Laurence Tubiana appellent à poursuivre l’action commune pour orienter le monde vers une reprise verte.

AGlasgow (Ecosse), le monde doit honorer les engagements définis par l’accord de Paris pour l’avenir de notre planète. A son adoption en 2015, l’accord de Paris a fait naître un espoir pour notre planète : il marquait le moment où les dirigeants mondiaux ont véritablement décidé de lutter contre le changement climatique et de contenir ses pires conséquences.

Cet accord historique a tracé une voie permettant de limiter le réchauffement du globe à nettement moins de 2 °C de plus que les niveaux pré-industriels, avec l’espoir de ne pas dépasser 1,5 °C d’augmentation.

Cela, bien entendu, n’a pas instantanément résolu le problème, et la crise climatique continue de s’aggraver. Les banquises disparaissent, le courant du Gulf Stream est à son plus bas niveau depuis un millénaire, inondations et sécheresses menacent vies et moyens de subsistance aux quatre coins de la planète.

A la fin février, les Nations unies (ONU) ont adressé au monde un signal d’alarme. On doit écouter ce signal. Qualifié d’« alerte rouge » pour notre planète, le récent rapport de l’ONU sur l’évaluation des objectifs de réduction des émissions mondiales d’ici à 2030 souligne que les engagements climatiques collectifs, qui ont été pris jusqu’à présent, sont très loin de pouvoir répondre aux objectifs convenus à Paris en 2015.

Cela devra impérativement changer lorsque les pays du monde se retrouveront cet automne à Glasgow. Nous devons, à cette occasion, obtenir des engagements fermes à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cela implique des actes forts – à la fois des décisions cohérentes à court terme, des objectifs renforcés à l’horizon 2030, intégrés à des stratégies à long terme ouvrant des orientations claires pour la neutralité carbone d’ici à 2050.

Nous avons besoin d’un nouveau paquet de soutien aux pays en développement, comme le prévoit clairement l’accord de Paris. Le chemin vers cet objectif commence la semaine prochaine avec la Conférence ministérielle sur le climat et le développement, organisée par le Royaume-Uni, et se poursuit avec les réunions du Fonds monétaire international (FMI), du G7 et du G20.

Il faut donc se féliciter de la décision prise, la semaine dernière, par les ministres des finances du G7, qui sont convenus de créer des fonds de réserve d’urgence pour les pays en développement confrontés aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19.

Mais cela doit être le début d’une action plus large visant à offrir un allègement de la dette et un soutien financier plus importants et de meilleure qualité à ceux qui en ont le plus besoin. L’engagement de ne laisser personne de côté est au cœur de l’accord de Paris. Six ans plus tard, ce mantra est toujours d’actualité : il incombe à toutes les grandes économies de se mobiliser et d’aider les personnes dans le besoin. Il est impératif que les pays contributeurs honorent leur engagement collectif à consacrer au moins 100 milliards de dollars [85 milliards d’euros] par an à aider les pays les plus menacés par les conséquences du réchauffement climatique. Le sommet ministériel international Climat et Développement, prévu fin mars, s’attachera à mobiliser les esprits autour de cet objectif.

Covid: Macron pour un nouveau plan de relance économique européen

Covid: Macron pour un nouveau plan de relance économique  européen

 

Il est clair que le plan de relance des États-Unis fait saliver nombre de responsables européens en particulier en France . Récemment Biden a lancé un nouveau plan de près de 3000 milliards pour soutenir l’économie, le pouvoir d’achat des plus pauvres et moderniser les infrastructures. À comparer aux 750 milliards décidés en Europe. Ce n’est d’ailleurs pas le premier plan américain car depuis le début de la crise c’est de l’art de 5000 milliards qui ont été engagés. Et un autre plan est aussi prévu d’ici la fin de l’année aux États-Unis.

 

L’Europe  a évidemment sous-estimé non seulement l’ampleur de la crise sanitaire mais aussi ses conséquences sur l’économie. En fait ,on espérait un taux de croissance de l’ordre de 4 % environ en moyenne pour l’union européenne. Avec la reprise de la pandémie, on aura bien du mal à l’atteindre. En outre on est encore loin d’avoir mesuré tous les dégâts structurels de la crise.

 

D’une certaine manière , Macron prend date et ouvre le débat pour un nouveau soutien à une économie européenne qui flanche par rapport aux États-Unis où on attend 6à 8 % de croissance en 2021 «C’est un des enseignements de la crise pour l’Europe comme pour la France: il nous faut simplifier drastiquement nos réponses. Nous sommes trop lents, nous sommes trop complexes, nous sommes trop engoncés dans nos propres bureaucraties», a ajouté le chef d’Etat devant la presse à l’issue du sommet européen qui s’est tenu en visioconférence.

 

Résumant les discussions entre les 26 autres dirigeants de l’UE, Emmanuel Macron a souligné que la sortie de la crise passait «par un maintien des mesures de soutien budgétaire aussi longtemps que durera la crise sanitaire et la mise en oeuvre rapide du plan de relance européen» de 750 milliards d’euros qui avait été adopté en juillet. Avec cet engagement «extrêmement fort», l’UE «a apporté une réponse à la hauteur» à la suite de la première vague de l’épidémie du printemps 2020. «Mais, suite aux 2ème et 3ème vague (…), il nous faudra sans doute compléter cette réponse», a-t-il ajouté.

Relance Europe : il est urgent de s’inspirer de Biden

 Relance  Europe : il est urgent de s’inspirer de Biden

 

par Emmanuel Sales président de la Financière de la Cité dans l’Opinion

 

 

 

En Europe, les réactions ne manquent pas à la suite du plan de relance de Biden, jugé « mal calibré » et risquant de déclencher une nouvelle « spirale inflationniste ». Rarement la divergence de stratégie économique et monétaire aura été aussi forte des deux côtés de l’Atlantique. Aux Etats-Unis, la Fed et le Trésor privilégient la reprise de l’activité et considèrent désormais que le contrôle de l’inflation doit s’apprécier dans une perspective de moyen terme. La récente hausse des taux d’intérêt est considérée avec bienveillance par Jerome Powell qui y voit une confirmation de sa stratégie de relance.

D’ailleurs la progression des taux à dix ans américains ne s’est pas accompagnée d’une hausse des anticipations d’inflation ; ce sont les taux réels qui ont progressé. La Fed est jugée suffisamment crédible pour contenir les anticipations d’inflation à long terme. La remontée des taux longs américains risque donc de se poursuivre au rythme de l’amélioration de la conjoncture. Sur fond de rivalité avec la Chine, les Etats-Unis font le pari d’une économie « à haute pression » au risque du renchérissement des coûts d’emprunt en dollar dans le reste du monde. C’est « America first » version Biden.

Pour l’Europe, la stratégie américaine est un champ de mines. La Covid-19 a frappé des économies à la limite de la déflation, fragilisées par dix années de croissance faible et de sous-emploi. La gestion temporisatrice de la campagne vaccinale diffère la retour à la normale poussant à la hausse les ratios d’endettement. La hausse des taux américains risque de durcir les conditions de financement des déficits avant que le plan de relance européen n’ait produit ses effets. Les grandes entreprises exportatrices européennes dans le secteur du luxe et de l’automobile pourront bénéficier de la reflation Biden mais cela ne suffira pas à combler l’output gap de la zone euro estimé à près de 10% par les économistes.

L’arrivée de Mario Draghi en Italie, la perspective d’un changement de leadership en Allemagne permettent d’envisager un rééquilibrage des politiques européennes

Demande finale. Comme dans l’entre-deux guerres, les classes dirigeantes européennes demeurent hostiles aux politiques de relance dans lesquelles elles voient se profiler l’ombre du socialisme redistributeur. Pourtant, la richesse des nations ne provient pas simplement du fonctionnement naturel du « marché ». Pour que les entreprises puissent écouler leurs produits, pour que les entrepreneurs donnent corps à leurs idées, il faut un environnement macroéconomique favorable qui soutienne la demande finale.

Heureusement, les mentalités commencent à évoluer. Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, a souligné que le problème de l’Europe était une demande « trop faible pendant trop longtemps », écartant le scénario dominant suivant lequel la faiblesse des taux d’intérêt serait la conséquence des actions de la BCE. Sur un autre plan, l’arrivée de Mario Draghi en Italie, la perspective d’un changement de leadership en Allemagne permettent d’envisager un rééquilibrage des politiques européennes.

L’Europe a les moyens d’agir pour éviter une nouvelle « décennie perdue ». La croissance faible n’est pas une fatalité, elle découle d’une mauvaise gestion macro-économique et monétaire qui a poussé les gouvernements européens à comprimer excessivement leurs dépenses internes.

Les révolutions intellectuelles précédent les tournants historiques. Comme sous Reagan, mais avec un corpus opposé, les idées américaines pourraient donc trouver en Europe un écho favorable. Le pire serait que l’Europe s’enferre dans son provincialisme monétaire comme dans les années 1920, laissant les Etats-Unis la distancer à nouveau et la stagnation économique alimenter de nouveaux troubles politiques.

Emmanuel Sales est président de la Financière de la Cité.

États-Unis : relance à court ou à long terme

 

États-Unis : relance à court ou à long terme

 

Entre début février et la clôture des marchés lundi, l’action Tesla a perdu près de 30 % de sa valeur *tandis qu’Exxon Mobil a gagné plus de 30 %, dans une impressionnante inversion du mouvement amorcé depuis le début de l’année dernière. (Un article du Wall Street Journal)

On pourrait en conclure que le pétrole est de nouveau à la mode et que les voitures électriques ne sont soudain plus au goût du jour, mais la première proposition ne serait qu’en partie vraie et la deuxième serait clairement erronée. En vérité, ces évolutions révèlent deux tendances de fond : l’économie portée par les efforts de relance et ses effets sur les rendements obligataires.

Tesla est un pari sur le long terme, alors qu’Exxon est un pari sur le court terme. L’an dernier, les investisseurs se sont tournés vers le long terme compte tenu des perspectives à court terme désastreuses et de la politique de la Fed pesant sur les taux d’intérêt et les rendements obligataires. Depuis novembre, les investisseurs se concentrent de plus en plus sur les gains à court terme car les deux tendances se sont inversées, bien que mardi la sensibilité aux bons du Trésor se soit manifestée dans l’autre direction lorsque une chute marquée des rendements a aidé l’action Tesla à bondir de 20 %.

Les valeurs cycliques, soit les plus sensibles à la croissance économique à court terme, réalisent de belles performances depuis que les vaccins contre la Covid-19 ont fait naître des espoirs de réouverture de l’économie. Les échanges liés à la reprise se sont accélérés en février lorsqu’il est apparu clair que le plan de relance de 1 900 milliards de dollars du président Joe Biden serait adopté. Les valeurs cycliques comme les compagnies aériennes et les groupes pétroliers, les matières premières comme le pétrole et le cuivre et les rendements des obligations ont grimpé.

Exxon a le profil d’un grand gagnant dans ce nouveau monde de demande portée par la relance. Le pétrole est la matière première la plus sensible à la consommation mondiale et partout dans le monde, on s’oriente vers une réouverture de l’économie cette année. A mesure que la demande augmente, le prix grimpe en parallèle.

Exxon a des coûts fixes tellement élevés et a passé une année si épouvantable (le chiffre d’affaires ne couvrait pas ses coûts même avant une dépréciation de 20 milliards de dollars de la valeur de ses actifs) que toute augmentation du chiffre d’affaires disparaît presque entièrement dans le résultat. La compagnie pétrolière dispose d’un important levier opérationnel, comme disent les investisseurs, ce qui a le même effet qu’un emprunt. Chaque dollar de chiffre d’affaire supplémentaire a un plus grand effet sur le bénéfice que pour une entreprise dont les coûts sont variables.

Sur le marché, la faiblesse de l’an dernier implique que le levier opérationnel est à son plus haut depuis les suites de la récession 2008-09, selon David Kostin, stratégiste en chef sur les actions américaines chez Goldman Sachs.

Tesla est à peine rentable, mais cela ne dérange pas les investisseurs. La valeur du titre ne dépend pas des résultats de l’entreprise pour cette année (qui sont attendus en hausse), mais des résultats dans un avenir plus lointain, lorsque les ventes seront nettement plus élevées et que, les actionnaires l’espèrent, l’entreprise produira des voitures autonomes.

Malheureusement pour les investisseurs de Tesla, le marché s’inquiète moins du long terme que dans le passé. L’élection d’un démocrate engagé à combattre le changement climatique a certainement amélioré les perspectives à long terme des véhicules électriques. Mais les investisseurs sont séduits par l’amélioration rapide des perspectives d’entreprises capables dès maintenant de dégager des bénéfices grâce à l’embellie économique.

Il ne s’agit pas de l’appât du gain à court terme dont on accuse si souvent les marchés actions. Le redressement économique implique une hausse des rendements obligataires, car les marchés intègrent une inflation plus forte à venir. Ces rendements plus élevés amènent les investisseurs à favoriser encore plus le court terme. C’est parce que des bénéfices attendus dans les années à venir semblent moins attrayants, lorsque des obligations du Trésor, plus sûres, offrent un revenu décent. La baisse des prix des obligations à longue échéance parallèle à la hausse des rendements se reflète dans une baisse des cours des actions dont les bénéfices sont également attendus à longue échéance.

Ce schéma s’applique aux valeurs de croissance spéculatives, des entreprises peu ou pas rentables mais avec des ventes en forte croissance. Ainsi, les valeurs des biotechnologies, de la fintech, des voitures électriques et de l’énergie propre ont atteint des pics et commencé à baisser à la même période.

Ce n’est pas que les ventes aient l’air moins bonnes (sans parler de celles qui ont bénéficié des confinements). Ce n’est pas non plus que les perspectives de bénéfices soient affectées. Dans de nombreux cas, y compris celui de Tesla, les prévisions de résultats à douze mois ont grimpé, alors même que le cours des actions baissait. C’est tout simplement que les bénéfices à venir d’une hausse des ventes ont désormais moins de valeur, puisque les rendements obligataires grimpent. Ainsi, même les adeptes de ces actions se rendent compte qu’elles ne devraient pas s’échanger à de tels multiples. Ajoutez à cela que les investisseurs qui jouent le momentum font grimper le cours, accroissant ainsi la tension baissière et la conclusion est plus que maussade.

Toutefois, les baisses ont à peine commencé à effacer les gains de l’an dernier. Le titre Tesla s’échange encore à plus du triple de sa valeur de l’an dernier, malgré une baisse de plus d’un tiers de sa valeur par rapport à son point haut de janvier.

Si les rendements obligataires continuent d’augmenter, les valeurs de croissance spéculatives seront pénalisées. Certaines des plus faibles pourraient même devoir passer de l’expansion à tout prix au mode de préservation de la trésorerie, car elles auront des difficultés à solliciter les investisseurs pour obtenir des fonds. Les entreprises enregistrant des pertes et récemment introduites en Bourse par le biais d’une Spac (special purpose acquisition company) sont les plus exposées.

Cependant, les rendements obligataires ont déjà fortement augmenté et s’ils se replient, ils pourraient stimuler les valeurs de croissance spéculatives, comme l’ont montré les fortes fluctuations de mardi. Tout le monde sait que l’expansion économique est en vue et le pétrole a brièvement dépassé les 70 dollars le baril cette semaine, soit davantage qu’avant la pandémie, laissant supposer que la reprise pourrait déjà être intégrée.

Selon moi, même après les gains importants des valeurs cycliques et les grosses pertes des valeurs de croissance, il reste une marge d’évolution avant le retour de la vie à la normale. Toutefois, l’échelle de ces mouvements me laisse dubitatif quant à de nouveaux gains pour les valeurs de type Exxon.

*Notons qu’en une journée elle a regagné 20 % hier.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Astrid Mélite)

États-Unis : Plan de relance américain de près de 2000 milliards voté

  • États-Unis : Plan de relance américain de près de 2000 milliards voté

L’énorme soutien budgétaire américain ainsi que l’aide inconditionnelle de la banque centrale devrait favoriser le redémarrage économique aux États-Unis. On espère ainsi un taux de croissance de 8 % en 2021 (pour à peine 4 % en Europe). D’ores et déjà des signes de reprise ce manifeste.

 

Le Sénat américain a donc finalement approuvé samedi le plan de 1.900 milliards de dollars relancer la première économie mondiale.

Ce sera le troisième plan d’aides exceptionnelles approuvé par le Congrès pendant la pandémie. 

Le plan de relance, qui inclut le financement des vaccins et des fournitures médicales, étend l’aide au chômage et fournit une nouvelle série d’aides financières d’urgence aux ménages, aux petites entreprises et aux autorités locales, bénéficie selon les sondages d’opinion d’un large soutien. Le plan des démocrates prévoit notamment des chèques de 1.400 dollars pour des millions d’Américains, ainsi que 350 milliards de dollars d’aide aux Etats et aux collectivités locales. Le texte prévoit aussi des milliards de dollars pour lutter contre la pandémie, dont 49 milliards pour le dépistage et la recherche, en plus de 14 milliards pour la distribution du vaccin.

 

La reprise économique semble s’amorcer mais elle pourrait s’amplifier nettement avec le plan de 1900 milliards. Aux États-Unis on espère une hausse de la croissance de l’ordre de 8 % en 2021 à comparer à 4 % à peine pour l’Europe. L’emploi commence aussi à se redresser. En février, 379.000 emplois ont été créés, près de trois fois plus qu’en janvier. Mais il faudra encore du temps pour retrouver le niveau d’avant la pandémie: 18 millions d’Américains touchent toujours une allocation, après avoir perdu leur emploi ou vu leurs revenus plonger.

Relance américaine : une enveloppe financière trop massive ?

Relance américaine : une enveloppe financière trop massive ?

 

 

Nicholas Sargen est maître de conférences à la Darden School of Business (University of Virginia) et consultant en économie, il procède à une évaluation du plan de soutien de Biden à l’économie qu’il juge trop importante (article du Wall Street Journal)

Que pensez-vous du plan de relance de Joe Biden ?

Sa taille est une source potentielle d’inquiétude. La pandémie a provoqué, l’an dernier, une sévère récession aux Etats-Unis, mais le second semestre 2020 a vu un rebond de l’activité du fait de la réouverture de l’économie et de plans de relance qui, en cumulé, ont avoisiné les 4 000 milliards de dollars. La reprise est là. Au début de l’année, les prévisions de croissance pour 2021 tournaient en moyenne autour de 4 %. Avec le paquet proposé par Joe Biden, on pourrait atteindre les 5-6 %, voire 7 % selon certains.

Mais certains Américains ont réellement besoin d’aides…

Oui, l’impact de la Covid-19 est très dur pour ceux qui sont en bas de l’échelle, pour les oubliés de l’économie numérique. Il faut aussi étendre l’assurance chômage à ceux qui n’ont pas de travail. Mais tout le monde n’est pas dans cette situation et je pense qu’il faudrait aider ceux qui en ont vraiment besoin. Il aurait fallu être plus sélectif. Même si l’idée d’envoyer un chèque de 1 400 dollars à tout le monde est très populaire dans l’opinion publique, on a vu, qu’en avril dernier, quand Donald Trump a eu recours à ce même dispositif, les gens les plus aisés ont épargné les sommes reçues pour les dépenser plus tard. Je n’ai rien contre l’idée, mais ce plan aurait dû être mieux calibré. Il est prévu aussi d’aider massivement les Etats. Certains en ont vraiment besoin. Mais c’est un peu comme l’Europe avec l’Italie, faut-il subventionner l’Illinois qui accumule les déficits ?

« La Réserve fédérale se dit plus inquiète de l’état du marché du travail que d’une flambée des prix. Mais il y a des chiffres inquiétants »

Craignez-vous, comme les marchés financiers ces derniers jours, que ce plan puisse provoquer un réveil de l’inflation ?

Pas dans l’immédiat. Mais il y a un risque comme le considère, aujourd’hui, Larry Summers, l’ex-secrétaire au Trésor de Bill Clinton et président du conseil économique national des Etats-Unis sous Barack Obama. C’est pourtant un démocrate et un économiste qui estime que le plan de relance de 2008 avait été trop timide face à l’ampleur de la crise financière de l’époque. Je suis moins catégorique concernant l’impact du plan Biden. Le taux de chômage actuel est très important et la population active a baissé. Donc, même si l’économie repart rapidement et fortement, une fois enregistré l’effet vaccinal, je ne vois pas de menace inflationniste immédiate. Il y a encore des surcapacités. Ce n’est donc pas un problème pour 2021. La Réserve fédérale se dit plus inquiète de l’état du marché du travail que d’une flambée des prix. Mais il y a des chiffres inquiétants. L’an dernier, le déficit budgétaire a dépassé les 15 % du produit intérieur brut — c’était le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale — et celui de cette année pourrait atteindre les mêmes niveaux. Si on continue à ce rythme, on pourrait être surpris par une flambée inflationniste dans les deux à trois ans qui viennent.

Même s’il ne figure plus dans le plan de relance, que pensez-vous du projet de Joe Biden d’augmenter le salaire minimum à 15 dollars de l’heure ?

A 7,25 dollars de l’heure, il est sûr qu’il a besoin d’être augmenté. Le problème c’est que le faire passer à 15 dollars va toucher ceux qui ont le plus souffert de la pandémie, à savoir les petits commerçants, les petites entreprises familiales. Pas les grands groupes. Cela pourrait donc augmenter le chômage. Il faudrait plutôt peser sur les entreprises qui peuvent augmenter les salaires.

Comment définiriez-vous la politique économique de Joe Biden ? Progressiste ?

Durant toute sa carrière politique, il a été un démocrate modéré, pas un progressiste. A mon avis, il a plutôt bien entamé son mandat en se concentrant sur le sujet le plus important aujourd’hui, à savoir arrêter la pandémie. A l’inverse de Donald Trump, qui après avoir facilité la découverte de vaccins, ne s’est absolument pas préoccupé de l’organisation des vaccinations, il prend l’affaire très au sérieux. Il faut lui en attribuer le crédit. Autre différence, contrairement à Donald Trump qui se focalisait sur le taux de croissance de l’économie américaine, Joe Biden ambitionne de réduire les inégalités. La grosse incertitude pour moi concerne ses autres grands projets en matière d’environnement, de climat et d’infrastructures. Comme le dit Larry Summers, où va-t-il trouver l’argent pour les financer s’il dépense trop pour son plan de relance ?

Une relance aussi des services publics

Une  relance aussi des services publics 

En pleine pandémie, alors que des centaines de centres municipaux de vaccination ont été créés en quelques jours, au lieu d’encourager une dynamique qui peut encore être amplifiée, l’Etat poursuit son désengagement des secteurs essentiels au quotidien des citoyens, expliquent les maires Fabien Bazin et Bruno Piriou dans une tribune au « Monde ».

Tribune. 

 

Cela fait plusieurs années que les différents gouvernements ont démantelé petit à petit les services publics. La crise sanitaire liée au Covid-19 nous a prouvé à quel point cela avait été une erreur fondamentale, à quel point notre pays avait besoin de solidarité.

Depuis un an, les territoires ruraux et les quartiers de nos villes font preuve d’un engagement sans faille pour renforcer les services publics. Pour preuve, la création en quelques jours de centaines de centres municipaux de vaccination.

Pourtant, au lieu d’encourager et d’accompagner une dynamique qui peut encore être amplifiée, l’Etat poursuit son désengagement des secteurs essentiels au quotidien des citoyens.

La liste est longue et le cynisme à son comble. Service public de la santé, service public de l’éducation, services postaux, service public de l’emploi, etc. Ils sont les piliers de notre société. Alors pourquoi, au cœur de la pandémie, réduire encore, dans les campagnes et les quartiers, les offres de services publics ?

Comment expliquer que nos hôpitaux perdent des lits, des postes de soins, des services, et que la démographie médicale soit en crise ? Comment expliquer que nos écoles ferment, que les classes sont réduites et les enseignants rarement remplacés ?

Nous pouvons aussi citer « en vrac » la diminution de l’amplitude horaire des guichets dans les gares, les projets de fermeture des agences des opérateurs de téléphonie mobile…

Ces décisions donnent à la fois un sentiment de profonde déconnexion entre les territoires ruraux et les lieux de pouvoir et de décisions, et l’impression que les leçons des conséquences de la pandémie du Covid-19 et de son impact sur le quotidien des Français, et plus précisément des classes populaires, ne sont absolument pas tirées.

Cela alors que cette crise a indéniablement creusé les inégalités économiques et sociales qui existaient déjà dans notre pays.

L’Etat doit cesser d’être schizophrène. Il ne peut pas, d’un côté, demander aux collectivités de créer des centres de vaccination et, de l’autre, se désengager des territoires.

Nous montrons chaque jour à quel point notre engagement auprès des habitants est considérable.

Tant que notre pays sera confronté à cette crise sans précédent, l’Etat doit jouer son rôle et participer à l’effort collectif en cessant ces initiatives de « rationalisation » des services publics. L’Etat- providence doit atténuer les conséquences de la crise, pas les engendrer.

Thomas Piketty pour une relance sociale et écologique

Thomas Piketty pour une relance sociale et écologique

 

Pour l’économiste Thomas Piketty,Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, la première priorité devrait être la relance sociale, salariale et écologique. Pour la financer, et réduire l’endettement public, il faudra mettre à contribution les plus hautes fortunes privées.’ Le Monde)

Alors que la crise pandémique nourrit plus que jamais la demande de justice sociale, une nouvelle enquête menée par un consortium de médias internationaux (dont Le Monde) vient de révéler les turpitudes financières du Luxembourg, un paradis fiscal niché au cœur de l’Europe. Il est urgent de sortir de ces contradictions et de lancer une transformation profonde du système économique dans le sens de la justice et de la redistribution.

Commençons par le plus immédiat. La première priorité devrait être la relance sociale, salariale et écologique. La crise du Covid a mis au grand jour les faibles rémunérations pratiquées dans nombre de secteurs essentiels. La CFDT, syndicat pourtant réputé centriste  (!), a demandé en janvier la hausse immédiate de 15 % de tous les bas et moyens salaires dans le secteur médico-social. Il faudrait faire de même dans l’éducation, la santé et l’ensemble des secteurs à bas salaire.

Un effort accru de transparence financière

C’est également le moment d’accélérer radicalement le rythme des rénovations thermiques des bâtiments, de créer massivement des emplois dans l’environnement et les énergies renouvelables, d’étendre les systèmes de revenu minimum aux jeunes et aux étudiants. Où faut-il s’arrêter dans la relance publique ? La réponse est simple : tant que l’inflation est quasi nulle et les taux d’intérêt à zéro, il faut continuer. Si et quand l’inflation retrouvera durablement un niveau significatif (mettons, 3 % à 4 % par an pendant deux années consécutives), alors il sera temps de lever le pied.

La seconde étape est qu’il faudra naturellement mettre à contribution les plus hautes fortunes privées, à un moment ou à un autre, afin de financer la relance sociale et de réduire l’endettement public. Cela exigera un effort accru de transparence financière. L’enquête OpenLux l’a démontré : le registre des bénéficiaires effectifs des entreprises (c’est-à-dire des propriétaires véritables, au-delà, en principe, des sociétés-écrans) rendu public par le Luxembourg à la suite d’une obligation européenne, et dont on attend d’ailleurs toujours qu’il soit mis en ligne par la France, comporte malheureusement de nombreuses failles. Il en va de même du système d’échange automatique d’informations bancaires mis en place par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

De façon générale, toutes ces nouvelles informations sont utiles, mais à la condition qu’elles soient réellement utilisées par les administrations fiscales pour mettre à contribution les personnes fortunées qui, jusqu’ici, échappaient à l’impôt. Surtout, il est essentiel que les gouvernements fournissent des indicateurs permettant à tout un chacun de vérifier dans quelle mesure tout cela permet d’avancer vers un système fiscal plus juste.

Castex relance la concertation sociale

Castex relance la concertation sociale

 

 

 

Le premier Ministre a bien du mal à exister coincé entre un président omnipotent et des ministres très jaloux de leurs prérogatives. Ainsi même sur la crise sanitaire qui normalement met en cause la responsabilité de plusieurs ministres, Castex a du mal à trouver un créneau entre deux bavards que sont Macron etVéran

.

Du coup le premier ministre propose un nouveau round de négociation sociale mais pas sur les sujets trop explosifs comme les retraites, le financement du grand âge et l’autonomie ou  la réforme globale de l’Unedic

 

le premier Ministre compte évoquer les dispositifs mis en place durant la crise, comme le chômage partiel, mais aussi le recours au télétravail ou les aides à la reconversion professionnelle, selon son entourage.

 

 

Mais l’attention se porte aussi sur l’avenir de grands dossiers à l’heure où le quinquennat d’Emmanuel Macron aborde sa dernière année pleine: réforme de l’assurance-chômage, pour l’heure reportée jusqu’au 1er avril 2021; réforme des retraites, pour sa part suspendue sine die et dont le caractère inflammable invite l’exécutif à la prudence; devenir de la loi «grand âge et autonomie» qui doit permettre de lever près de 10 milliards d’euros par an à l’horizon 2030.

«Il faut qu’on ait avec les partenaires sociaux un moment d’examen de tout cela. Voir effectivement quel est l’état de nos comptes sociaux, ce qu’il est possible de faire ou de ne pas faire», estime ainsi William en l’entourage du premier ministre.

Plan de relance Biden : soutien mais aussi interrogations sur le coût et l’inflation

Plan de relance Biden : soutien mais aussi interrogations sur le coût et l’inflation

Beaucoup à Wall Street se félicitent  de ce plan de relance mais certains s’inquiètent déjà de son coût  et de ses conséquences sur l’inflation sitôt que l’économie reprendra.

«À l’heure actuelle, les marchés célèbrent le stimulus supplémentaire et le considèrent comme un pont plus solide vers une économie entièrement rouverte», a déclaré Jeff Buchbinder, stratège en actions pour LPL Financial.

«De l’autre côté, il y a la possibilité que les marchés devront payer pour cela sous la forme de taux d’intérêt nettement plus élevés ou de hausses d’impôts qui pourraient plafonner les évaluations des actions», a-t-il déclaré.

Les valorisations boursières inquiètent déjà certains investisseurs, qui craignent que les bénéfices devront être exceptionnellement solides dans l’année à venir pour justifier les multiples élevés. Le S&P 500 se négocie à 22,3 fois les estimations de bénéfices prévisionnels, près de son sommet historique de 24,4 depuis mars 2000, selon FactSet.

Le S&P 500 a chuté de près de 0,4% jeudi et est en hausse d’environ 1,1% depuis début janvier. Le rallye de l’année a été mené en grande partie par les valeurs cycliques qui bénéficient d’un plan de relance, y compris les banques, qui sont en hausse de plus de 10% depuis le début de l’année.

Pendant ce temps, les lauréats de l’année dernière, comme le secteur de la technologie, ont baissé de près de 1% au cours de la même période. La hausse des rendements menace de peser sur les entreprises dont les flux de trésorerie sont de plus longue durée tels que les actions technologiques et de croissance.

Le plan de Biden pour stimuler l’économie grâce à un plan de sauvetage intervient à un moment où une flambée des cas de coronavirus oblige les entreprises et les investisseurs à réduire leurs estimations de la fin de la pandémie.

Les demandes de chômage initiales ont atteint 965 000 la semaine dernière, a déclaré jeudi le ministère du Travail, leur plus haut niveau depuis août et bien au-dessus des 795 000 anticipés par les économistes interrogés par Reuters. Dans l’ensemble, les pertes d’emplois en décembre ont diminué pour la première fois en huit mois.

La hausse des rendements obligataires, quant à elle, fait craindre une inflation imminente une fois que l’économie commencera à se redresser. Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a déclaré dans un discours jeudi qu’il ne s’attendait pas à ce que la banque centrale commence à réduire ses achats mensuels d’obligations «trop tôt».

« Ce n’est pas le moment de parler de sortie », a-t-il déclaré.

a été plus lent que prévu à peu près partout», a-t-il déclaré.

Esty Dwek, responsable de la stratégie de marché mondial chez Natixis Investment Managers, a déclaré qu’elle s’attend à ce que le marché boursier trébuche plus tard cette année alors que les investisseurs commencent à évaluer la possibilité d’une hausse des taux d’imposition des sociétés et des particuliers que la nouvelle administration pourrait imposer.

«Il y a une nécessité aujourd’hui qui l’emporte sur la préoccupation à long terme», a-t-elle déclaré. «Il y a un souci d’inflation à venir, mais je ne vois pas cela se produire bientôt.»

Plan de relance Biden : des réactions positives et des interrogations sur l’inflation

Plan de relance Biden : des réactions positives et des interrogations sur l’inflation

 

Globalement ,les milieux d’affaires sont plutôt positifs après l’annonce d’un énorme plan de soutien à l’économie par Biden. À noter toutefois des interrogations sur le réveil de l’inflation face à cette nouvelle montagne de liquidités.

PETER TUZ, PRÉSIDENT, CONSEILLER EN INVESTISSEMENT CHASE, CHARLOTTESVILLE, VIRGINIA

«D’après ce que j’ai vu jusqu’à présent, le plan ressemble à ce que je pense que le monde attendait.»

«Le marché étudie ce plan pour maintenir l’économie forte au premier trimestre et on espère qu’au deuxième trimestre et pour le reste de l’année, nous serons suffisamment vaccinés là où l’économie se redresse d’elle-même sans ces extraordinaires colis d’aide. »

OLIVER PURSCHE, PRÉSIDENT ET CHEF DES PLACEMENTS, BRONSON MEADOWS CAPITAL MANAGEMENT, FAIRFIELD, CONNECTICUT

«C’est beaucoup d’argent, mais c’est dans la fourchette de ce qui était attendu. Même lorsque nous nous sommes vendus à la clôture, les petites capitalisations se sont bien comportées, et je pense que c’est parce que les mesures de relance de 2 000 $ profiteront massivement aux consommateurs à faible revenu. Ils vont faire leurs achats dans les petites entreprises. »

«Vous pouvez toujours affirmer qu’il faut faire plus. Mais c’est à peu près tout ce que le Congrès peut supporter en ce moment, même avec une majorité démocrate. Je n’ai rien vu qui dise que c’est ça. Il y a plus sur la route si nécessaire. Le président (Jerome) Powell nous a déjà dit que la Fed ne voyait pas une augmentation des taux d’intérêt de si tôt. L’inflation est à distance même si les rendements obligataires ont augmenté au cours des deux dernières semaines. Je me sens plutôt bien dans les choses. En général, le ciel est plus clair.

CHUCK CARLSON, DIRECTEUR GÉNÉRAL, HORIZON INVESTMENT SERVICES, HAMMOND, INDIANA est cependant plus mesuré et estime que cette injection massive pourrait raviver l’inflation.

«Vous pourriez aussi bien commencer en grand. Je pense qu’à un moment donné, alors que la sagesse conventionnelle à Wall Street est que le marché est enthousiasmé par la relance, il pourrait y avoir trop de bonnes choses. Il y a une certaine prise de conscience que jeter 2 billions de dollars supplémentaires dans le mélange est exagéré. Ce sera intéressant si cela commence à être le récit. Il y a cette préoccupation sous-jacente que l’inflation pourrait reprendre »

Croissance Italie: un plan de relance non financé

Croissance Italie: un plan de relance non financé  

 Un immense plan de relance de plus de 220 milliards vient d’être décidé par l’Italie pour soutenir la machine économique. Le problème c’est que l’endettement de ce pays atteint déjà 160 % du PIB, record européen.

Ce plan de relance n’est absolument pas financé, il reposera donc sur l’emprunt dont les taux d’intérêt sont très accessibles grâce à la politique accommodante de la banque centrale européenne

Mais cette politique de fuite en avant risque de faire éclater le fragile équilibre politique du gouvernement.

 

Il n’est pas du tout certain par ailleurs que l’union européenne approuve ce plan de relance car l’endettement ainsi accumulé pourrait rapprocher un jour la situation du pays de celle de la Grèce.

 

En effet l’Italie a déjà été bénéficiaire du méga-plan de 750 milliards d’euros adopté à l’été 2020 par les dirigeants européens, l’Italie est très attendue sur ses projets qu’elle doit soumettre à Bruxelles d’ici fin avril, à l’instar des autres pays en attente de fonds. Rome suscite des inquiétudes car le pays a été accusé dans le passé d’utiliser à mauvais escient les fonds européens. «L’Italie aura un rôle déterminant dans le succès ou l’échec» de cette première expérience de dette commune de l’Union européenne, avait prévenu dès le mois d’août le commissaire européen à l’Economie, et ancien chef du gouvernement italien, Paolo Gentiloni.

 

Le plan de relance risque d’alourdir la dette colossale de Rome, qui devrait atteindre 158% du PIB, le deuxième ratio plus élevé dans la zone euro derrière Athènes.

Budget et plan de relance de l’UE: les exigences sur l’Etat de droit disparaissent

Budget et plan de relance de l’UE: les exigences sur l’Etat de droit disparaissent

 

Au prix de la suppression des exigences sur l’Etat de droit, la Pologne là Hongrie ont accepté le projet de budget de l’union européenne ainsi que le plan de relance.

La Hongrie et la Pologne avaient opposé leur veto le mois dernier à ce projet de budget et au plan de relance, qui doivent être adoptés à l’unanimité des Vingt-Sept. Ces deux pays, visés par des procédures européennes pour des atteintes à l’indépendance de la justice ou des médias, refusaient une clause conditionnant le versement des fonds au respect de l’état de droit.

L’Allemagne, qui assure la présidence tournante de l’UE, a réussi à obtenir l’unanimité avec un texte complètement ambigu et particulièrement hypocrite.

Aux termes de ce compromis, les dirigeants européens vont adopter une déclaration précisant que le lien entre état de droit et déblocage des fonds sera appliqué objectivement et à la seule fin de garantir une utilisation appropriée de l’argent versé par l’UE, et non pas dans le but de sanctionner des pays dans le cadre de procédures distinctes relatives à l’Etat de droit.

Japon : nouveau plan de relance de $ 700 mds

Japon : nouveau plan de relance de $ 700 mds

 

 

Le Japon a déjà décidé un plan de soutien économique de 2200 milliards de dollars. Le pays a décidé d’y ajouter encore 708 milliards de dollars- c’est le troisième plan d’aide à l’économie.

Ces nouvelles mesures vont permettre de contribuer à une “nouvelle croissance économique”, a dit Yoshihide Suga.

L’économie nippone a rebondi sur la période juillet-septembre après une contraction historique au deuxième trimestre. Cependant de nombreux analystes s’attendent à ce que le rétablissement reste modeste du fait d’une nouvelle vague d’infections au coronavirus.

Le Japon pourrait cependant bénéficier du net redressement de la croissance constatée en Chine.

Plan de relance européen : sans la Pologne et la Hongrie

Plan de relance européen : sans la Pologne et la Hongrie

 

Le plan de relance européen et projet de budget pour la période 2021–2027 pourraient d’après la France être adoptés sans l’avis de la Hongrie et de la Pologne. Ces deux pays s’opposent à la majorité des autres membres de l’union européenne en raison des conditions imposées par l’Europe en matière de respect de l’État de droit.

L’Union européenne mettra en oeuvre son plan de relance à 25 si la Pologne et la Hongrie persistent à refuser de valider ce projet ainsi que le projet de budget pluriannuel, a prévenu dimanche le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, dans une interview au Journal du Dimanche.

« Le budget pluriannuel commence au 1er janvier. Si la Hongrie et la Pologne se refusent toujours à valider les choses en l’état, alors il faudra en venir à une solution plus radicale qui consiste à mettre en oeuvre le plan de relance européen à 25″, a-t-il dit.

 

« C’est juridiquement lourd mais possible. Notre position est claire : on ne sacrifiera ni la relance, ni l’état de droit. »

 

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