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Former les élites à la problématique de la recherche

Former les élites à la problématique de la recherche

 

 

A l’occasion de l’ouverture du nouvel Institut national du service public, le 1er janvier, l’universitaire Elyès Jouini plaide, dans une tribune au « Monde », pour la formation des hauts fonctionnaires par la recherche.

 

Tribune. 

 

En Allemagne, une grande partie des élites est formée par la recherche : 40 % des titulaires de doctorat œuvrent notamment dans l’administration publique (hors enseignement et recherche). Ils ont consacré plusieurs années à des recherches approfondies, apportant modestement leur pierre à l’édifice des connaissances, avant de s’engager dans l’action publique et, pour certains, d’y accéder aux plus hautes responsabilités. Ainsi, Angela Merkel et Helmut Kohl étaient tous deux titulaires d’un doctorat : la première, scientifique, en chimie ; le second, littéraire, en histoire.

La situation est toute différente en France, où seulement 10 % des docteurs formés s’orientent vers la fonction publique, avec, au total, dans la haute administration, sept fois moins de titulaires d’un doctorat qu’en Allemagne.

Les conséquences sont importantes. On ne s’étonnera pas que les décideurs publics français, plus éloignés du monde de la recherche, accordent moins de valeur à la démarche scientifique au sens large que leurs homologues allemands. L’investissement public dans la recherche est, de fait, d’un montant de 20 % plus élevé en Allemagne qu’en France.

La formation par la recherche modifie par ailleurs l’approche des problèmes. Après trois à cinq ans de travaux à la pointe des connaissances, le docteur sait que les savoirs ne sont jamais définitifs. Il sait qu’il doit veiller à recueillir les meilleures expertises, les confronter entre elles et à la réalité. Il sait qu’à un problème donné il peut y avoir plusieurs solutions, et qu’une solution peut être la source de nouveaux questionnements.

L’administration gagnerait beaucoup à accueillir en son sein des hauts fonctionnaires formés à cette école de l’humilité, aux côtés des profils classiques, sélectionnés via les filières traditionnelles pour leur vélocité à résoudre des problèmes pourvus d’une solution déjà connue, et le plus souvent unique.

La haute fonction publique française trouverait également, ainsi, des personnels capables de jouer un rôle de passeur entre le monde de la recherche scientifique et celui des décideurs, rôle crucial dans une période où les politiques sont sommés de prendre des décisions dans des domaines complexes et mouvants : gestion de pandémie, choix énergétiques, régulation des réseaux, etc.

Le faible nombre de hauts fonctionnaires capables aujourd’hui de décrypter et de synthétiser les recherches les plus récentes dans l’entourage immédiat des politiques peut conduire ces derniers à s’appuyer sur des informations dépassées, ou parcellaires, voire à en tirer de fausses certitudes. Et en période de fortes turbulences, le grand public, ballotté de décision en décision, parfois contradictoires en apparence, en arrive à rejeter l’ensemble des mesures proposées.

La bureaucratie ou la recherche ?

La bureaucratie ou la recherche ?

 

L’alourdissement des tâches administratives, synonyme de perte de temps et d’énergie, conduira à un appauvrissement de la science française, prévient un collectif de directeurs de structure de recherche dans une tribune au « Monde ».

 

La protestation des directeurs de recherche est pertinente compte tenu de la bureaucratisation des fêlures de financement des recherches. Cela ne serait cependant dispensé d’une évaluation NDLR

 

 

 

Tribune.

 

 Alors que les sciences et les savoirs sont plus que jamais nécessaires pour faire face aux crises de notre temps, la recherche française est malmenée et menacée par l’intensification du nouveau management public. Après le renforcement de la logique compétitive et du financement par projet, entériné par la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, voici l’apparition de nouvelles procédures d’évaluation des activités de recherche, instaurées récemment par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), qui ne font qu’amplifier ce phénomène délétère.

En mars 2021, la Cour des comptes rendait public un rapport d’une grande sévérité sur les activités menées par le Hcéres entre 2014 et 2020 : « Les rapports d’évaluation du Haut Conseil ne jouissent pas, dans le milieu académique, d’une réputation à la hauteur de l’effort consenti. Menés sur la base de référentiels très normés et de procédures particulièrement longues, les travaux d’évaluation pèsent sur les établissements, et plus encore sur des unités de recherche déjà chargées en travaux non scientifiques. »

Que diraient les magistrats de la Rue Cambon un an après l’arrivée de Thierry Coulhon à la tête du Hcérès ? Ils constateraient certainement, à rebours de leurs recommandations, un alourdissement de la technostructure de cette autorité administrative indépendante, une complexification des procédures normatives et, en conséquence, l’accroissement mécanique de la charge de travail administratif, déjà phénoménale, demandée aux acteurs de la recherche.

Contre-pied

Lors de sa prise de fonctions, en novembre 2020, le nouveau président du Hcérès avait pourtant déclaré : « Il faut trouver un équilibre entre la simplicité, la légèreté de l’évaluation, et son efficacité. » En outre, le Hcérès vient de signer la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA), laquelle défend une évaluation qualitative, portant sur les contenus de la recherche, au détriment d’une approche quantitative recourant à des critères « scientométriques ».

Dans la pratique, le Hcérès fait donc tout le contraire de ce qu’il défend publiquement. Sans aucune concertation avec le terrain et en toute opacité, il vient de mettre en place une usine à gaz aux antipodes des principes du texte de DORA. Le Haut Conseil a décidé qu’il n’avait plus à évaluer les contenus scientifiques et les projets des laboratoires : il entend désormais uniquement procéder à un bilan « ex post », c’est-à-dire à une évaluation comptable suivant d’innombrables indicateurs (on n’en recense pas moins de 57 pour les structures de recherche).

 

L’Etat doit soutenir aussi la recherche spatiale

 L’Etat doit soutenir aussi la recherche spatiale

Un collectif d’une soixantaine de membres de l’Académie des sciences, parmi lesquels l’astrophysicienne Françoise Combes, le climatologue Jean Jouzel et le Prix Nobel de physique Albert Fert, s’alarme, dans une tribune au « Monde », de la priorité donnée par le ministère de l’économie à la dimension industrielle de la recherche spatiale.

Tribune.

 

A l’été 2020, à l’occasion d’un remaniement ministériel, la tutelle du secteur spatial français est passée du ministère de la recherche et de l’innovation au ministère de l’économie et des finances, pour la première fois depuis soixante ans.

Pour le Centre national d’études spatiales (CNES), ce transfert constitue un changement sans précédent. Chargé de la mise en œuvre des programmes spatiaux publics, contributeur essentiel du développement des lanceurs (Ariane) et de l’innovation, le CNES a toujours été un acteur-clé de la recherche scientifique, visant à comprendre et à protéger notre planète, explorer l’Univers, ou étudier les lois de la nature et le vivant grâce à la micropesanteur. Ainsi, le CNES joue un rôle majeur dans les missions scientifiques de l’Agence spatiale européenne (ESA) et d’autres partenaires internationaux, comme la NASA [l’agence spatiale américaine].

Pour cela, il s’appuie sur un vaste réseau de laboratoires universitaires – avec le Centre national de recherche scientifique et le Commissariat à l’énergie atomique – et d’entreprises industrielles. Cet écosystème a construit la légende de l’espace français. C’est ce qu’a récemment reconnu le premier ministre, Jean Castex, à l’occasion du soixantième anniversaire du CNES, en affirmant que la collaboration historique « entre laboratoires de recherche et industries reste l’une des grandes originalités du CNES » et « l’une de ses forces principales ».

Applications commerciales

C’est donc au titre de nouveau ministre de tutelle du CNES que, le 6 décembre, Bruno Le Maire a livré un discours précisant sa vision de la stratégie spatiale française. Cette vision semble opposer recherche scientifique spatiale et nouvelles applications commerciales de l’espace. Pour lui, la priorité du programme spatial français doit être à présent l’« aventure industrielle ». Il doit rejoindre le « monde de la compétitivité et du financement ».

Bien sûr, on ne peut que souhaiter que notre économie tire profit du savoir-faire français dans le spatial. La France doit prendre sa place dans le « New Space » [terme qui désigne l’irruption d’acteurs privés spécialisés dans le domaine spatial], en s’appuyant non seulement sur ses opérateurs historiques mais aussi en soutenant les « jeunes pousses » qui pourront, à terme, conquérir les marchés émergents du secteur. A l’avenir, la science et l’exploration pourront d’ailleurs bénéficier de ces nouveaux acteurs.

Cependant, ce projet ne pourra réussir dans la durée si l’Etat se détourne de la recherche spatiale sous prétexte de favoriser l’innovation industrielle. En effet, au-delà des connaissances et des services qu’elle apporte, la recherche a toujours été le principal moteur de l’innovation dans l’espace. Elle est à l’origine de la plupart des applications dont nous bénéficions aujourd’hui : prévisions météorologique et océanographique, systèmes de positionnement, surveillance de la Terre, suivi des ressources, gestion de risques et de la pollution, évolution du climat, etc.

Hidalgo et la gauche : en recherche d’un moyen pour éviter la catastrophe

Hidalgo et la gauche : en recherche d’un moyen pour éviter la catastrophe

 

Inutile de tourner autour du pot, si Hidalgo et Montebourg- réclame désormais une candidature unique de la gauche avec une primaire c’est qu’ils sont complètement en perdition  dans les sondages. Dans l’opération, Hidalgo risque non seulement évidemment de perdre la présidentielle puisqu’on ne lui attribue que de l’ordre de 3 % dans les sondages actuellement mais aussi pour le futur la mairie de Paris.

En fait, les  forces de gauche sont en décomposition totale. Ainsi Mélenchon qui avait réalisé presque 20 % lors de la dernière élection atteint tout juste de 8 %. Les écolos qui multiplient les bavures de sorte sont autour de 7 %. Les petits partis d’extrême gauche sont autour de 1 %. Au total la gauche même unie ne pourrait guère réunir plus de 20 à 25 % des voix.

Une véritable catastrophe politique qui pourrait menacer leur existence si ensuite ces résultats devaient se confirmer lors des élections législatives. Ce sont en effet surtout les moyens des députés qui font tourner les partis politiques. De toute manière, cette union de la gauche est complètement illusoire tellement sont opposés les projets et les idéologies. Toute la gauche est en train de payer en faite le terrible bilan socialiste de François Hollande et de Mitterrand. Deux présidents qui ont trahi l’espérance de gauche et sa crédibilité pour longtemps.Et Jospin comme premier ministre n’a pas fait mieux

.Pour résumer globalement la gauche tient un discours gauchiste et révolutionnaire dans l’opposition et se laisse ensuite absorber par les contraintes de gestion et les intérêts financiers quand elle est au pouvoir.

Recherche médicale :Une exposition médiatique malsaine

 

Dans une tribune au « Monde », l’épidémiologiste Marcel Goldberg répond à une autre tribune publiée dans notre journal qui critiquait des travaux auxquels il a pris part sur le Covid long. Il estime que les règles habituelles du débat scientifique argumenté ne sont pas respectées.

 

Tribune. 

 

Dans une tribune publiée dans Le Monde du 23 novembre dernier, intitulée « Le Covid long est-il vraiment une maladie imaginaire ? », un groupe composé majoritairement de médecins universitaires met gravement en cause un article publié dans la revue JAMA Internal Medicine qui suggère que les symptômes physiques persistants après une infection par le SARS-CoV-2 pourraient être associés davantage à la conviction d’avoir eu un épisode de Covid-19 qu’à une infection par le coronavirus. Selon les auteurs de cette tribune, l’article « accumule les erreurs méthodologiques », « n’apporte aucune information utilisable sur le Covid long » et empile les « ignorances ».

 

Je suis moi-même un des coauteurs de l’article incriminé, mais ce n’est pas en tant que tel que j’écris aujourd’hui. Je le fais car je suis profondément choqué par la façon dont ces collègues ont jugé bon de faire connaître leurs critiques concernant notre travail. Je ne conteste évidemment pas le fait d’émettre des critiques, même très sévères, sur une recherche. La controverse fait en effet partie inhérente de la démarche scientifique. Elle est source de progrès et d’amélioration des connaissances, nul n’étant à l’abri d’erreurs dans la conduite d’une recherche, et la critique constructive, basée sur des arguments scientifiques, permet souvent de faire avancer les connaissances.

 

Mais il existe dans le monde de la recherche des règles quant à la façon de débattre. Lorsqu’un scientifique formule des critiques sur un article publié, la manière qui fait habituellement consensus est l’envoi d’une « lettre à l’éditeur » de la revue dans laquelle est paru l’article controversé. La revue publie cette critique si elle la juge scientifiquement argumentée et publie la réponse des auteurs de l’article. Ainsi, les lecteurs de la revue peuvent juger de façon transparente des arguments scientifiques exposés par les uns et les autres. J’ajoute que cette procédure est parfois aussi une opportunité pour les auteurs de l’article initial de fournir des données complémentaires qui n’ont pas pu être exposées dans un premier temps en raison des contraintes d’espace imposées par les revues scientifiques.

Ce n’est pas la voie qu’ont choisie les auteurs de cette tribune du Monde qui, contrairement aux règles universellement adoptées par la communauté scientifique, ont préféré utiliser le canal d’un journal destiné au grand public, alors qu’ils sont eux-mêmes des scientifiques inévitablement au fait de ces règles. Je dois dire qu’en plus de quarante ans de recherche, portant sur des sujets parfois très sensibles sur le plan sociétal (amiante, champs électromagnétiques, téléphones portables, notamment), je n’avais encore jamais été confronté de la part de collègues du monde académique à une remise en cause publique des résultats des travaux auxquels j’ai été associé en dehors de toutes les règles de la discussion scientifique.

Réagir au déclin de la recherche

Réagir au déclin de la recherche

 

La crise liée à la pandémie a mis en évidence les faiblesses de la recherche et de l’innovation, pointe un collectif de scientifiques qui propose, dans une tribune au « Monde » , « sept actions » d’envergure, notamment l’augmentation des financements et un plus grand poids politique accordé à la science.(extraits)

 

Tribune.

Chacun s’accorde à reconnaître que la recherche est une priorité, source de développement pour une nation comme la nôtre. Or, il faut bien admettre que la France recule régulièrement dans la hiérarchie internationale dans de nombreuses disciplines, tant dans la recherche fondamentale que dans la recherche finalisée. Ce déclin s’est aggravé au cours de ces quinze dernières années, en partie faute d’un soutien suffisant de l’Etat, en dépit d’effets d’annonce, mais aussi en raison de choix inappropriés dans l’organisation de la recherche.

La crise sanitaire déclenchée par le coronavirus SARS-CoV-2 a mis en évidence les faiblesses de la recherche et de l’innovation en santé en France. Le pays de Pasteur est resté en retrait dans la course pour la mise au point d’un vaccin au moment même où les vaccins à ARN, après quinze ans de recherche, démontraient brillamment leur efficacité.

Pour remédier aux difficultés de la recherche française et en arrêter le déclin, il est urgent d’engager notamment actions suivantes :

– Amener le financement de la recherche en France au niveau des grands pays qui font le choix de la science. Le financement en France de la recherche et du développement est seulement de 2,21 % du PIB (avec un total de 50,6 milliards d’euros), en dessous de celui de l’Allemagne (3,04 %) et des Etats-Unis (2,79 %). Entre 2011 et 2018, les crédits du seul secteur de la santé ont diminué de 28 % en France, alors qu’ils augmentaient de 11 % en Allemagne et de 16 % en Grande-Bretagne. Le vote récent de la loi de programmation de la recherche est un premier pas, un peu lent, vers un budget de la recherche à 3 % du PIB.

 

– Rehausser l’importance de la science auprès de la classe politique. Aux plus hauts niveaux, ceux du gouvernement et de la haute fonction publique, la quasi-totalité de la classe politique est formée par une seule école, l’Ecole nationale d’administration, où l’enseignement des sciences et des technologies est pratiquement inexistant. Très souvent, les personnes ayant une formation scientifique sont reléguées à des postes dits « techniques ». Dans le gouvernement actuel, la hiérarchie place le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation au 14e rang sur 16 dans l’ordre protocolaire, ce qui en dit long sur le peu d’intérêt porté à la science.

 

Recherche scientifique : la France en retard

Recherche scientifique : la France en retard

 

Prix Nobel de physique , Serge Haroche souligne le retard scientifique de la France dans une interview des échos.

 

Pourquoi parle-t-on tant actuellement de « deuxième révolution » quantique ?

Il y a environ un siècle, l’arrivée de la théorie quantique a conduit au développement d’un très grand nombre d’instruments que l’on utilise aujourd’hui dans notre vie quotidienne : les lasers, les ordinateurs, les horloges atomiques dans le GPS ou encore la résonance magnétique nucléaire, qui a conduit à l’IRM. C’est ce que l’on peut appeler le résultat de la première révolution quantique.

Depuis une trentaine d’années, grâce au développement de la technologie, on est capable de manipuler des atomes et des photons isolés, les faire interagir les uns avec les autres de façon contrôlée. C’est cette deuxième étape que certains appellent « la deuxième révolution quantique ».

Que peut-on espérer de cette deuxième révolution ?

Je n’aime pas promettre ou survendre ce qui pourrait se passer à l’avenir. Disons que cette seconde révolution vise à domestiquer les particules quantiques individuelles pour faire des choses plus précises, développer des sondes plus sensibles, ou éventuellement calculer de façon plus efficace. On cherche à utiliser de nouvelles propriétés du quantique, comme la superposition et l’intrication – qui sont très contre-intuitives pour nos esprits habitués au monde classique – pour en faire des choses utiles.

Microsoft, IBM, Google et autres géants de la tech investissent des sommes importantes dans l’ordinateur quantique. En quoi cette machine du futur exploitera ces propriétés ?

Pour rappel, l’ordinateur actuel est un système qui couple des bits entre eux. Ce sont de petits transistors qui peuvent se trouver dans deux états : 0 ou 1. Dans un ordinateur quantique, il s’ajouterait une dimension qui est la superposition d’état : les bits pourraient être non pas simplement des 0 et des 1 mais des superpositions de 0 et de 1. On parle alors de bits quantiques, ou qubits, qui pourraient être intriqués entre eux, s’influer mutuellement en des endroits différents de la machine, ce qui fait que si on mesure l’un des qubits, cela aura une répercussion immédiate sur l’état de l’autre. Ce principe de superposition massive sur un très grand nombre de bits permet, au moins théoriquement, de résoudre des problèmes difficiles que les ordinateurs actuels mettraient un temps quasiment infini à calculer.

Qu’est-ce qui nous empêche de passer de la théorie à la pratique ?

Le plus gros obstacle est la fragilité de l’information quantique. Il faut parvenir à contrôler les bits et leur cohérence, faire en sorte que leurs états de superposition ne soient pas détruits par l’interaction avec leur environnement. Aujourd’hui, ce que l’on sait faire, ce sont de petits prototypes, en quelque sorte des jouets, qui permettent de démontrer que les opérations individuelles marchent sur de petits ensembles de particules. Mais pour avoir un système utile, qui batte en puissance de calcul les machines actuelles, il faut remplacer ces quelques dizaines de bits par des dizaines de millions de bits, corriger de façon massive les erreurs. Ca, pour l’instant personne ne sait le faire.

Donc ce n’est pas pour demain…

Ca fait vingt-cinq ans que l’on nous annonce l’ordinateur quantique ! Mais la réalisation d’une machine battant les performances des ordinateurs classiques actuels reste un but lointain dont personne ne peut dire s’il sera vraiment atteint. Il y a une compétition, largement du domaine des relations publiques, entre les grands groupes – Google, Microsoft et IBM – qui inventent des critères particuliers pour dire que leur machine expérimentale est plus performante qu’une autre… Mais ça reste très loin des applications pratiques.

La cryptographie quantique est au contraire un domaine plus avancé de cette « deuxième révolution », non ?

Oui, la cryptographie quantique n’exige pas d’intrication massive. Elle consiste à coder et décoder des messages secrets à l’aide de clés formées de succession de bits quantiques, et donc protégées de l’espionnage. Si quelqu’un intercepte les clés, des corrélations quantiques vont être altérées et il y aura un moyen très simple de s’en rendre compte et interrompre la communication.

Avec elle, on peut rêver d’un Internet mondial quantique, hautement sécurisé ?

Dans les protocoles de communication quantique, les clés sont portées par des photons se propageant dans des fibres optiques. Mais au bout de quelques dizaines de kilomètres, la cohérence quantique de la lumière se perd. Il faut utiliser ce que l’on appelle des répéteurs, qui remettent en l’état la cohérence. Ces répéteurs quantiques sont très délicats à mettre en oeuvre. Donc un grand internet quantique à l’échelle de la planète, ce n’est pas pour tout de suite. Mais des circuits de communication par fibre entre banques, entre pays, ont été déjà mis en place sous forme de démonstration. Tout ça fait partie d’un domaine de recherche très riche, théorique et expérimental.

Les futures horloges quantiques ne varieront même pas d’une seconde en 15 milliards d’années, soit plus que l’âge estimé de l’univers. A quoi peut servir une telle précision ?

A ce niveau, on peut mesurer des différences de champ de gravitation infimes, vérifier des théories de la relativité générale et on pourra peut-être un jour mettre au point de nouveaux détecteurs d’ondes gravitationnelles. Dans le champ de la métrologie quantique, qui est certainement le plus mûr de tous, on peut aussi citer les interféromètres quantiques, permettant de mesurer de petits champs électriques ou magnétiques ou de petites variations de l’accélération de la pesanteur. De tels instruments sont mis sur le marché pour faire des recherches géologiques, trouver des minerais et peut-être bientôt pour prévoir les éruptions volcaniques et les tremblements de terre. Il y a aussi les accéléromètres quantiques : même dans un sous-marin, sans accès au GPS, ils permettent de savoir où vous êtes avec précision.

La métrologie quantique pourra-t-elle aussi bouleverser la médecine ?

Oui, certaines sondes quantiques permettent de mesurer localement un champ magnétique, et de faire en quelque sorte de l’IRM au niveau microscopique. Vous allez pouvoir étudier de petits systèmes formés de seulement quelques cellules biologiques, ce qui peut avoir des applications extrêmement importantes pour la recherche en biologie et la médecine : détecter des cancers, des lésions…

La France a une longue tradition dans le quantique, avec notamment trois prix Nobel, dont le vôtre, mais attire-t-elle les nouveaux talents ?

La France a pris du retard ! L’effort sur la science a été considérablement ralenti au cours des trente dernières années, surtout si on la compare à certains autres pays. Seul 2,2 % du PIB est consacré à la recherche publique et privée, alors que le pays s’était engagé en 2000 à atteindre les 3 %. On a aussi du retard sur la formation. Les petits Français sont parmi les moins bons en maths. Et surtout, les conditions de travail des chercheurs ne sont pas attirantes : il y a très peu de postes ouverts au CNRS et les jeunes chercheurs qui y entrent gagnent un salaire de misère. Ils sont accablés de tâches administratives et passent une grande partie de leur temps à remplir des dossiers pour pouvoir obtenir des contrats finançant leurs recherches… Les plus brillants se voient offrir des postes à l’étranger, et on ne peut les blâmer de les accepter.

Emmanuel Macron a quand même annoncé un plan quantique de 1,8 milliard d’euros…

Au-delà du quantique, je pense à la recherche en général, à laquelle il faut appliquer le « quoi qu’il en coûte » ! Il faut y investir beaucoup plus de moyens que ceux promis par la nouvelle loi. Cela restera moins que le coût de quelques jours de confinement. Or, notre personnel politique manque de formation scientifique. Difficile de les sensibiliser à l’importance de soutenir la recherche en général, au-delà de quelques domaines appliqués. ​Si on leur dit que l’ordinateur quantique sera peut-être là dans cinquante ans, ça ne les motive pas tellement.

Pourtant, les problèmes qui se posent à nous en tant que civilisation, en tant qu’habitants de la Terre, ne peuvent être résolus que par une science ouverte, s’appuyant sur une recherche fondamentale au long cours, libre et dynamique. La mise au point rapide des vaccins contre le Covid en est un exemple éclatant. Elle n’a été possible que parce que précédée par des décennies de recherche non finalisée sur les coronavirus et l’ARN messager

Recherche et militantisme : de la bouillie scientifique

Recherche et militantisme : de la bouillie scientifique

La sociologue et directrice de recherche au CNRS publie Ce que le militantisme fait à la recherche, un texte incisif et profond. Avec une particulière netteté, elle analyse la crise que traversent l’enseignement supérieur et la recherche, minés par de puissants courants idéologiques, décoloniaux, féministes ou intersectionnels.

Nathalie Heinich pointe le rôle déterminant de Pierre Bourdieu dans cet enrôlement de la sociologie à des fins politiques et critique la prolifération des «studies» sur les campus. Elle s’afflige du manque de rigueur scientifique de ces travaux. Pour la chercheuse, ces «académo-militants» sont dangereux, car ils dénaturent la mission même de l’université: l’élaboration et la transmission des connaissances.

Enseignants-chercheurs :  » la pauvreté de la recherche « 

Enseignants-chercheurs : «  la pauvreté de la recherche « 

Un collectif de professeurs et chercheurs, titulaires ou vacataires, parmi lesquels Philippe Corcuff, Eva Debray, Caroline Déjoie, Ivan Sainsaulieu, tire, dans une tribune au « Monde », le signal d’alarme sur le niveau de précarité atteint actuellement dans l’université. Ils s’interrogent pour savoir si l’amour de la recherche serait-il payant ?

Tribune. 

 

En queue de peloton pour les vaccins, la recherche en France pâtit aussi d’une ambiance malsaine. Certes, nombre de collègues se dévouent à leur métier sans compter leurs heures ni leurs efforts. Mais cet engagement vertueux dissimule un cercle vicieux : l’inégalité de traitement ne fait que s’accroître entre titulaires et précaires, de plus en plus contraints au travail gratuit.

Quantitativement, le fossé se creuse : le nombre de postes diminue tandis que le nombre de candidats et candidates s’accroît. En 2017, on comptait 110 000 enseignants vacataires, contre 130 000 aujourd’hui, qui assurent à eux seuls 40 % des enseignements à l’université.

En vingt ans, la diminution du nombre de postes de maître de conférences (MCF) mis au concours a été drastique (− 65 %) : nous sommes passés de 3 000 par an à la fin des années 1990, à 1 200 ces dernières années. Parallèlement, le nombre d’étudiants et d’étudiantes dans les universités a augmenté de 15 %.

Qualitativement, les relations se détériorent, la dissymétrie augmente car, pour compenser le manque de postes, le travail dissimulé s’accroît. On recourt aux services de moins en moins rémunérés et même gratuits de doctorants ou docteurs sans poste pour boucher les trous, surveiller et corriger des examens, organiser des colloques, gérer des revues, animer la vie de leur laboratoire.

Les situations et le degré de rémunération sont variés, mais il s’agit souvent pour un non titulaire d’accepter toutes sortes de vacations sous-payées (sous le smic horaire) pour éponger les déficits structurels. Certains s’épuisent à joindre les deux bouts, et il leur faut encore « produire » des publications pour rester dans la course. Juridiquement, le non-titulaire peut se retrouver ainsi tour à tour bénévole, contractuel (à formes multiples), voire auto-entrepreneur, avec zéro cotisation sociale.

Mais le long terme aussi a changé : traditionnellement, le non-titulaire pouvait espérer une compensation plus tard, en devenant titulaire à son tour, le mérite aidant. Mais le processus est de plus en plus sélectif, l’avenir de plus en plus bouché. La structure institutionnelle, l’autonomie des universités, permet aux autorités locales de varier dans les justifications à apporter aux étudiants.

La structure sociale s’en mêle aussi, pour aider les uns à tenir, qui trouvent le temps de franchir les obstacles, et pousser les autres à abandonner, rattrapés par les contingences matérielles. L’aspect psychologique n’est pas négligeable : une sorte d’emprise perverse se développe sur le précaire, incité à rester pour maintenir un système déficient. Que deviendraient en effet les alpinistes sans les sherpas ?

La polémique sur l’«islamo-gauchisme» n’est pas le débat dont la recherche française a besoin

La polémique sur l’«islamo-gauchisme» n’est pas le débat dont la recherche française a besoin

Me Yann-Maël Larher, Avocat fondateur legalbrain – OkayDoc.fr. (*) estime que l’islamo-gauchisme n’est pas un sujet prioritaire pour la recherche qui devrait s’occuper davantage des carences françaises par exemple en matière de recherche médicale sur le vaccin Covid.

 

 

La recherche, c’est le futur de la France, mais c’est paradoxalement une thématique absente des débats actuels qui visent à le construire. Serge Haroche, prix Nobel de physique 2012, déplorait déjà lors du « Grand débat des idées » en 2019, « le décrochage inquiétant de la France dans la compétition internationale » en matière de recherche, et « le manque d’attractivité des carrières scientifiques ».

Handicapé notamment par la lourdeur de ses institutions, notre pays souffre du cloisonnement des disciplines et d’une surreprésentation des sciences dites dures au détriment des sciences humaines et sociales. Grâce à leurs compétences et de leurs aptitudes, les diplômés du doctorat en France peuvent pourtant jouer un rôle crucial dans la résolution des problèmes sanitaires, économiques et sociaux qui se profilent.

Alors que la croissance de l’économie du savoir réclame une main-d’œuvre hautement qualifiée, les diplômés du doctorat des universités françaises devraient jouer un rôle central face aux défis auxquels la France est déjà confrontée. Mais alors pourquoi 30% de nos chercheurs sont amenés à partir à l’étranger?

À l’instar des derniers prix Nobel obtenus par des Français pour des recherches financées par des pays étrangers, les titulaires d’un doctorat quittent souvent notre pays pour continuer leurs recherches et contribuent in fine à améliorer le niveau de connaissances de nos voisins. Les jeunes chercheurs se heurtent en effet à d’importants obstacles tout au long de leur parcours jusqu’à leur entrée sur le marché du travail.

À côté de leurs travaux, bien des doctorants courent après les financements tout en cumulant enseignement et parfois petits boulots qui n’ont rien à voir avec leurs parcours. À cela peut s’ajouter l’administratif qui va à contre-courant de leurs recherches. Une fois diplômés, les jeunes docteurs français sont à nouveau pénalisés par certains employeurs (privés et publics) qui ne perçoivent pas ce qu’ils gagnent à les embaucher, croyant qu’il leur manque des attributs ou des compétences professionnelles essentiels.

L’enjeu d’une valorisation efficace de la recherche en France pour conserver des entreprises innovantes et attirer de nouveaux profils dans les laboratoires de nos universités devient crucial grâce à des dispositifs simples et compréhensibles par toutes les structures, quelle que soit leur taille. Comme le fait par exemple Okay Doc, des pratiques prometteuses sont actuellement à l’œuvre dans notre pays pour rapprocher les employeurs et les jeunes chercheurs. Il est notamment possible d’encourager les doctorants à réaliser des missions de conseil pendant quelques jours ou semaines en entreprise en lien avec l’expertise qu’ils développent pendant leur thèse. Ces missions peuvent également favoriser les liens entre des mondes qui ne se parlent pas suffisamment.

La thèse CIFRE qui associe une entreprise, un doctorant et un laboratoire,  est un autre exemple de dispositif qui fonctionne et qui gagnerait à être promu notamment auprès des TPE/PME et des collectivités. Ces liens peuvent aider à accroître la capacité d’intégration en montrant aux employeurs qu’il y a des avantages à embaucher des détenteurs d’un doctorat pour faire de la recherche, mais aussi pour occuper des postes considérés comme plus « opérationnels ».

En pratique, il reste pourtant très difficile de développer ces nouvelles formes de partenariats en raison notamment des préjugés dans certaines entreprises vis-à-vis des universités, ou dans le sens inverse, considérant que la recherche publique n’a rien à faire avec le privé.

Améliorer la situation des détenteurs d’un doctorat en France leur profitera personnellement, mais bénéficiera également à la société tout entière. Alors que le monde s’engage vers une économie davantage axée sur le savoir, on constate tout aussi paradoxalement une polarisation croissante des débats publics avec des prises de positions de plus en plus simplistes et caricaturales. Les titulaires du doctorat ont pourtant un rôle essentiel à jouer dans la transformation de la société et la compréhension des mutations.

Les jeunes chercheurs souhaitent de plus en plus souvent casser les codes de la recherche traditionnelle en vulgarisant par exemple leurs travaux sur Youtube ou lors d’évènements comme « Ma thèse en 180 secondes » ou encore grâce à des médias dédiés à la diffusion des sciences comme The Conversation. Il faut les encourager et les former dans les universités sur ce chemin. Des sciences physiques aux sciences humaines et sociales, il s’agit de s’assurer que la valorisation des chercheurs dans la recherche, mais aussi dans l’opinion publique soit à la hauteur des enjeux climatiques, sanitaires, sociaux, économiques, géopolitiques… mais également démocratiques auxquels nous faisons face.

En somme, plutôt que d’alimenter des débats stériles, créons des conditions « d’épanouissement » pour les jeunes docteurs avec des débouchés sérieux. Comme le disait Jean d’Ormesson :

« La science présente beaucoup de dangers, mais il faut lutter contre ces dangers non pas par moins de science, mais par davantage de science, une science qui puisse aussi créer sa propre éthique. »

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(*) Yann-Maël LARHER est Avocat fondateur legalbrain - OkayDoc.fr, Docteur en droit social – relations numériques de travail et conseiller municipal délégué à Boulogne-Billancourt

La faillite de la recherche en France

La faillite de la recherche en France

Quatre professeurs de médecine dressent un bilan accablant de l’état de la recherche en France et appellent l’Etat à réagir en privilégiant la recherche fondamentale.

Tribune.

 

Que la patrie de Pasteur n’ait pas été capable de produire un vaccin contre le virus SARS CoV-2 est un échec qui implique autant le système public de recherche que son pendant privé, l’industrie pharmaceutique.

Cette situation n’est pas surprenante : on constate depuis de nombreuses années un désengagement des pouvoirs publics, avec seulement 2,2 % du produit intérieur brut (PIB) consacré à la recherche, en deçà des 3 % affichés dans l’engagement de Bologne et des investissements des principaux pays européens et nord-américains. Les carrières de la recherche n’attirent plus, et les sites universitaires constatent l’exode de leurs diplômés vers des pays beaucoup plus attractifs quant aux salaires et aux moyens de travail.

La recherche publique mobilise des chercheurs d’organismes nationaux (CNRS, Inserm, Inrae, Inria…), des enseignants-chercheurs des universités, des ingénieurs, des techniciens, des doctorants et postdoctorants. Ces personnels passent une grande partie de leur temps à rechercher des moyens financiers, déposer des demandes de contrats, rédiger des rapports d’activité, remplir des tâches administratives croissantes. La mission d’enseignement des enseignants-chercheurs s’est considérablement alourdie au détriment du temps consacré à la recherche.

Ce déclin est remarqué par la communauté internationale et abondamment rapporté dans les médias étrangers. En témoignent la diminution de la sollicitation des chercheurs français dans la gestion internationale de la science (édition, congrès, évaluation) et notre très faible attractivité pour des chercheurs étrangers. Paradoxalement, la formation des jeunes diplômés dans nos laboratoires est universellement reconnue ce qui les rend largement courtisés par les universités étrangères.

Nos décideurs politiques n’ont pas conscience que la recherche, notamment celle dite fondamentale, est le moteur indispensable de l’innovation technologique, du développement industriel et du progrès social. Les propositions des gouvernements successifs de recapitaliser ce secteur et de revaloriser les carrières n’ont jamais atteint les standards internationaux.

Nos gouvernants privilégient la recherche appliquée conduisant à une commercialisation immédiate, une vision simpliste et à court terme qui nous rend tributaires des innovations étrangères. La situation actuelle ne peut que s’aggraver, car cette rupture de connaissance fondamentale se traduira pendant plusieurs années en affaiblissements des développements applicatifs. C’est la clé de compréhension que doivent avoir nos dirigeants pour une stratégie ambitieuse.

Ethique de la recherche: éviter de glisser vers l’idéologie

Ethique de la recherche: éviter de glisser vers l’idéologie

Face au mélange entre science et politique, au refus du pluralisme, les chercheurs doivent pouvoir échanger de façon argumentée et réfutée, en s’employant à « éviter les fractures et les enclaves », explique le géographe Jacques Lévy dans une tribune au « Monde ».

 

 

Tribune.

 

Une des effets dommageables de la prise de position de Frédérique Vidal sur l’« islamo-gauchisme » à l’université a été de permettre à ses détracteurs d’inverser son propos et de porter la charge sur les lanceurs d’alerte. Pourtant, il existe bien des motifs d’inquiétude sur la relation entre la société et ses chercheurs, et pas seulement en sciences sociales. Pour y voir plus clair, distinguons trois plans : celui des théories, celui du mélange des genres et celui du pluralisme.

Les théories qui cherchent à expliquer le monde sont nombreuses et tant mieux ! L’une d’elles se fonde sur une vision communautaire du social : elle se représente la société comme une constellation de groupes aux appartenances non choisies et irréversibles. La fameuse « intersectionnalité » consiste en une essentialisation des identités, qu’on peut éventuellement croiser, mais sans les remettre en question.

 

Cette école de pensée tente de sauver le structuralisme marxiste, dans lequel la communauté de classe était centrale, en ajoutant de nouvelles « structures » à un édifice qui se lézarde, pris à contre-pied par l’irruption des singularités individuelles. On peut préférer, dans le sillage de Norbert Elias (1897-1990), le paradigme de la « société des individus », qui décrit un monde où les individus acteurs et une société postcommunautaire prospèrent de conserve. La différence entre ces deux conceptions est patente, mais on ne peut s’en plaindre. Cela, c’est le débat, sain parce que libre et transparent, qui caractérise la démarche scientifique.Le danger apparaît avec le mélange des genres entre science et politique. Roger Pielke (The Honest Broker, Cambridge University Press, 2007, non traduit) a montré, à propos des débats sur le climat, que lorsqu’un sujet est marqué à la fois par des controverses scientifiques et des oppositions politiques fortes, les deux dissensus peuvent s’épauler et créer des monstres : le militant choisit l’hypothèse qui l’arrange pour se parer de la légitimité scientifique, tandis que le chercheur se mue subrepticement en un politicien sans scrupule. Les chercheurs sont aussi des citoyens et ils ont bien le droit de l’être. Leurs expériences personnelles peuvent être des ressources pour la connaissance.

Si la conscience que les registres ne doivent pas se fondre les uns dans les autres fait défaut, les savants se muent tout bonnement en idéologues d’autant plus déplaisants qu’ils s’abritent derrière leur statut. On voit fleurir des novlangues dignes du 1984 de George Orwell, lorsque, au nom de la science, l’« antiracisme » couvre un nouveau type de racisme, ou lorsque la « démocratie écologique » vise une dictature des écologistes intégristes. L’enquête qu’ont menée les chercheurs britannique et américain Helen Pluckrose et James Lindsay (Cynical Theories, Pitchstone Publishing 2020, non traduit) montre que des revues universitaires prestigieuses acceptent aisément de publier des textes délirants dont on aimerait pouvoir rire mais qui sont animés par une idéologie de la haine intercommunautaire et n’hésitent pas à traiter de « négationniste » toute prise de position divergente

États-Unis : mesures de protection contre le pillage de la recherche par les Chinois

États-Unis : mesures de protection contre le pillage de la recherche par les Chinois

 

Le pillage des technologies par la Chine est une pratique courante et les lieux de recherche sont particulièrement visés notamment aux États-Unis. Il est désormais recommandé aux organismes de recherche notamment universitaire de renforcer la lutte contre le pillage chinois.

 

La Commission américaine de sécurité nationale sur l’intelligence artificielle (NSCAI), dirigée par l’ancien président de Google, Eric Schmidt, doit voter lundi sur son rapport final au Congrès. Une nouvelle section sur la recherche universitaire a été ajoutée à un projet final récemment publié, qui contient également de nombreuses recommandations dans des domaines tels que la concurrence dans l’intelligence artificielle et la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs.

Plusieurs affaires témoignent que des scientifiques chinois liés à l’armée détournent des informations stratégiques dans de nombreux domaines.

La Chine a nié les allégations selon lesquelles elle tentait de voler des recherches américaines.

Ces affaires font partie de la soi-disant «initiative chinoise» du département américain de la Justice, lancée en 2018 pour contrer les menaces à la sécurité nationale de la Chine.

Les recommandations de la NSCAI exigeraient davantage de divulgation sur le financement de la recherche et les partenariats dans les universités. Il propose également de créer une base de données d’individus et d’entités pour signaler les risques à l’avance.

Gilman Louie, un investisseur en capital-risque de la Silicon Valley et commissaire de la NSCAI, a déclaré qu’une base de données pourrait aider à éviter les interdictions unilatérales fondées sur des affiliations et permettre à la place aux États-Unis de juger des cas individuels. Louie a déclaré que la commission voulait éviter une «approche de masse».

Le manque d’orientation jusqu’à présent signifie que certains présidents d’université nerveux ont tenu les ressortissants chinois à l’écart de tout projet de recherche, a déclaré Louie. «Que quelqu’un vous regarde simplement et détermine, parce que vous êtes d’origine chinoise, qu’on ne peut plus faire confiance aux programmes aux États-Unis, c’est un gros problème avec moi.»

Tobin Smith, vice-président de la politique scientifique et des affaires mondiales à l’Association of American Universities, a déclaré que les universités avaient du mal à évaluer les risques et ont accueilli favorablement le plan directeur.

Société–La dérive gauchiste de l’enseignement et de la recherche

Société–La dérive gauchiste de l’enseignement et de la recherche

L’enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université doit être confiée à une instance indépendante du ministère, estime dans le Monde un collectif de 130 universitaires.

Tribune.

 

Le 16 février, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a créé l’événement en alertant sur la présence de l’« islamo-gauchisme » à l’université et en demandant qu’une mission d’évaluation de ce risque soit confiée au CNRS.

Nous nous réjouissons de constater que, certes avec un certain retard, notre ministre ait enfin compris l’existence d’un problème, contrairement à la Conférence des présidents d’université, qui a répondu à cette annonce par un communiqué consternant de corporatisme et de déni du réel – communiqué qui devrait lui ôter le droit de prétendre représenter la « communauté universitaire ». Cependant, nous ne pouvons appuyer la proposition telle qu’elle est présentée par la ministre, et ce pour deux raisons.

La première raison tient au périmètre du problème à régler : en octobre 2020, après le refus de plusieurs organisations et syndicats de qualifier l’assassin de Samuel Paty d’« islamiste », l’actualité pointait clairement l’« islamo-gauchisme » comme l’objet immédiat d’une inquiétude légitime.

Et ceux qui, aujourd’hui, prétendent que ce terme a été créé par la droite ou l’extrême droite et que ce concept ne renvoie à « aucune réalité scientifique » font simplement preuve d’inculture ou de mauvaise foi, puisqu’ils ignorent ou prétendent ignorer qu’il a été forgé, il y a vingt ans déjà, par le politiste et historien des idées Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, sur la base d’analyses historiques précisément documentées, dont témoigne notamment son livre La Nouvelle Judéophobie (Mille et une nuits, 2002).

Mais aujourd’hui, se focaliser sur ce terme constitue une erreur d’analyse : il y a bel et bien un problème dans l’enceinte universitaire, mais ce n’est pas tant celui de l’« islamo-gauchisme » que celui, plus généralement, du dévoiement militant de l’enseignement et de la recherche. Car se développent de façon inquiétante pléthore de cours, articles, séminaires, colloques qui ne sont que du militantisme déguisé en pseudo-science à coups de théories fumeuses (« racisme d’Etat »), de néologismes tape-à-l’œil (« blanchité ») et de grandes opérations de découverte de la Lune, présentant par exemple comme de lumineuses avancées scientifiques l’idée que nos catégories mentales seraient « socialement construites » (mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans l’expérience humaine ?) ou que, « intersectionnalité » oblige, être une femme de couleur expose à être moins avantagée socialement qu’être un homme blanc… Quelle que soit la légitimité des causes politiques ainsi défendues, l’indignation ne peut tenir lieu de pensée, ni le slogan d’argumentation raisonnée.

La dérive militante de l’enseignement et de la recherche

La dérive militante de l’enseignement et de la recherche

L’enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université doit être confiée à une instance indépendante du ministère, estime dans le Monde un collectif de 130 universitaires.

Tribune.

 

Le 16 février, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a créé l’événement en alertant sur la présence de l’« islamo-gauchisme » à l’université et en demandant qu’une mission d’évaluation de ce risque soit confiée au CNRS.

Nous nous réjouissons de constater que, certes avec un certain retard, notre ministre ait enfin compris l’existence d’un problème, contrairement à la Conférence des présidents d’université, qui a répondu à cette annonce par un communiqué consternant de corporatisme et de déni du réel – communiqué qui devrait lui ôter le droit de prétendre représenter la « communauté universitaire ». Cependant, nous ne pouvons appuyer la proposition telle qu’elle est présentée par la ministre, et ce pour deux raisons.

La première raison tient au périmètre du problème à régler : en octobre 2020, après le refus de plusieurs organisations et syndicats de qualifier l’assassin de Samuel Paty d’« islamiste », l’actualité pointait clairement l’« islamo-gauchisme » comme l’objet immédiat d’une inquiétude légitime.

Et ceux qui, aujourd’hui, prétendent que ce terme a été créé par la droite ou l’extrême droite et que ce concept ne renvoie à « aucune réalité scientifique » font simplement preuve d’inculture ou de mauvaise foi, puisqu’ils ignorent ou prétendent ignorer qu’il a été forgé, il y a vingt ans déjà, par le politiste et historien des idées Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, sur la base d’analyses historiques précisément documentées, dont témoigne notamment son livre La Nouvelle Judéophobie (Mille et une nuits, 2002).

Mais aujourd’hui, se focaliser sur ce terme constitue une erreur d’analyse : il y a bel et bien un problème dans l’enceinte universitaire, mais ce n’est pas tant celui de l’« islamo-gauchisme » que celui, plus généralement, du dévoiement militant de l’enseignement et de la recherche. Car se développent de façon inquiétante pléthore de cours, articles, séminaires, colloques qui ne sont que du militantisme déguisé en pseudo-science à coups de théories fumeuses (« racisme d’Etat »), de néologismes tape-à-l’œil (« blanchité ») et de grandes opérations de découverte de la Lune, présentant par exemple comme de lumineuses avancées scientifiques l’idée que nos catégories mentales seraient « socialement construites » (mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans l’expérience humaine ?) ou que, « intersectionnalité » oblige, être une femme de couleur expose à être moins avantagée socialement qu’être un homme blanc… Quelle que soit la légitimité des causes politiques ainsi défendues, l’indignation ne peut tenir lieu de pensée, ni le slogan d’argumentation raisonnée.

Coronavirus: pour la recherche d’un vaccin universel ( chercheurs)

Coronavirus: pour la recherche d’un vaccin universel  ( chercheurs)

Des chercheurs demandent que la mise en place d’un plan mondial de recherche pour trouver un vaccin qui puisse ouvrir la Covid 19,ses variants actuels et même les futurs . Ils justifient l’effort qui doit être entrepris par le coût social et sanitaire mais aussi économique de la pandémie actuelle. Un cout qui serait de l’ordre de 10 000 à 15 000 milliards de $ selon eux.

 

 «Créer les outils pour empêcher la prochaine pandémie de coronavirus est à notre portée et devrait être considéré comme une priorité de santé mondiale», ont écrit les épidémiologistes Wayne Koff et Seth Berkley dans un éditorial publié par la revue Science. Tous deux sont à la tête d’organisations promouvant les vaccins. Les coronavirus sont une grande famille de virus, et celui causant la maladie Covid-19 s’appelle SARS-CoV-2. Des variants sont progressivement apparus, dont les experts craignent que l’un d’eux puisse un jour être totalement résistant aux vaccins actuellement développés spécifiquement contre le virus souche découvert en 2019. Le variant sud-africain a déjà montré qu’il pouvait en réduire l’efficacité.

 

. Il existe «des milliers» de ces virus «capables d’infecter un grand nombre d’animaux», depuis lesquels ils pourraient être transmis aux humains, expliquent les deux experts. «Il y a une possibilité croissante pour que d’autres coronavirus sautent d’une espèce à une autre», ajoutent-ils. En cause notamment: l’appropriation de nouveaux territoires par une population croissante, qui peut provoquer des contacts avec certains animaux «auparavant isolés», et le développement des voyages internationaux, qui rendent possible une diffusion rapide d’une maladie à l’échelle mondiale.

Un programme européen de recherche contre les variants

Un programme européen de recherche contre les variants

 

Cette fois il semblerait que l’Europe se réveille face à la concurrence des grandes zones économiques comme la Chine ou les États-Unis en matière de développement des variants. Un programme européen soutenu financièrement visera à rechercher les synergies entre tous les acteurs susceptibles de faire progresser la recherche et de débouchés sur une évolution des vaccins. La Commission européenne va do nc  lancer mercredi un programme ayant vocation à étudier les mutations du Covid-19, dévoile la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans une interview aux Echos à paraître mardi. Baptisé «Hera incubator», le nouveau programme «réunira les laboratoires, les autorités sanitaires, les scientifiques, et la Commission européenne, avec d’importants fonds dédiés», affirme-t-elle, sans spécifier les montants.

 «Dès à présent, et parallèlement aux efforts sur les vaccins actuels, il faut aider les industriels à développer des capacités de production» des vaccins «de deuxième génération», détaille encore la dirigeante dans cette interview, expliquant que «ces mutations nous inquiètent beaucoup». Bruxelles avait déjà annoncé son intention de lancer une nouvelle agence européenne, la Health Emergency Response Authority (HERA), afin de lutter contre les futures pandémies et de mieux se coordonner entre les Vingt-Sept.

Un plan européen de recherche enfin à la hauteur ?

Un  plan européen de recherche enfin à la hauteur ?

 

Le plan européen de recherche est enfin à la hauteur estiment  Mariya Gabriel, commissaire européenne à l’Innovation, à la Recherche, à la Culture, à l’Education et à la Jeunesse, et François-Xavier Bellamy, président de la délégation française du Groupe PPE au Parlement européen, et membre de la commission de l’Energie, de l’Industrie et de la Recherche .( Chronique dans la tribune).

 

 

La situation difficile que nos pays traversent actuellement nous rappelle qu’au-delà de leur contribution évidente à la vie de nos sociétés, les efforts de recherche et d’innovation sont essentiels pour faire face aux crises. La recherche a ainsi été l’un des tout premiers domaines sollicités et soutenus au plan européen pour apporter une réponse globale à la crise du coronavirus – un milliard d’euros a été mobilisé pour soutenir le développement de nouvelles méthodes de test, de nouveaux traitements et de nouveaux vaccins… Cette même recherche doit rester une priorité, pour préparer nos pays aux crises qui ne manqueront pas de survenir encore, et dont la nature n’est pas toujours prévisible. Il ne fait aucun doute que, dans les mois et les années à venir, notre réponse commune aux défis sanitaires, sociaux, économiques ou géopolitiques s’appuiera de manière décisive sur les moyens que nous aurons su allouer au monde scientifique aujourd’hui.

C’est cette conviction qui a amené l’Europe à doter Horizon Europe d’un budget de 95,5 milliards d’euros et d’un ensemble d’instruments modernes, faisant de celui-ci le programme de recherche et d’innovation le plus puissant au monde. Ce programme doit apporter jusqu’à 11 euros de gains de PIB pour chaque euro investi et suppose la création jusqu’à 100.000 emplois dans la recherche et l’innovation avant la fin de 2027. Il continuera de soutenir la recherche exploratoire par l’intermédiaire du Conseil européen de la recherche, en plus d’inciter davantage de jeunes à se lancer dans la recherche grâce au programme de subventions « Actions Marie Skłodowska-Curie ». L’objectif est double : investir dans des infrastructures de recherche d’envergure mondiale et attirer les talents du monde entier.

Les six pôles du programme couvrent tous les domaines de recherche fondamentale et d’innovation, ainsi que, pour la première fois, les secteurs de la culture et de la création, et la contribution de ces secteurs à l’innovation européenne. Afin de préserver et de promouvoir la richesse culturelle de l’Europe, la création d’un espace de collaboration numérique en matière de patrimoine culturel est par ailleurs à l’étude. Le programme soutient également l’innovation structurelle nécessaire dans les chaînes de valeur clés, contribuant ainsi à renforcer la souveraineté technologique des pays d’Europe dans des domaines essentiels, de la santé à l’industrie en passant par l’agriculture, la mobilité ou encore la sécurité. Lutte contre le cancer, neutralité-climat dans au moins cent villes européennes, lutte contre la pollution des eaux, des mers et des sols, accroissement des capacités de résiliences de nos régions face aux changements climatiques : une part majeure des objectifs poursuivis vise en outre la préservation de l’environnement, des conditions mêmes de la vie. Dans les domaines stratégiques de l’énergie, des transports, de la biodiversité, de la santé, de l’alimentation ou de l’économie circulaire, les partenariats européens avec les secteurs privé et public seront davantage en phase avec les investissements des États membres et des entreprises.

 

Pour la première fois, le programme comprend un pilier distinct d’actions en faveur des innovations de rupture – le Conseil européen de l’innovation devant être amené à soutenir les innovations les plus avancées et radicales en vue de leur mise sur le marché. Enfin, l’accès à l’Espace européen de la recherche sera élargi pour mieux exploiter le potentiel national au sein de chaque État-membre. Il a été proposé que le programme consacre 3,3 % de son budget global à cet objectif, ce qui représente une augmentation significative par rapport au précédent programme Horizon.

Les défis qui succéderont à la sortie de la crise actuelle seront colossaux, et ne pourront être relevés qu’en alliant, à une saine mobilisation des institutions européennes, les retombées d’avancées scientifiques qu’elles auront contribué à soutenir. Au-delà d’un soutien à un secteur-clé pourvoyeur d’emplois, c’est aussi un service rendu aux pays d’Europe qui, ouverts sur le monde, ont conscience de la nécessité d’assurer leur autonomie stratégique

Facebook : en recherche de dépolitisation

Facebook : en recherche de dépolitisation

 

Le plus grand réseau social du monde va réduire la visibilité des contenus politiques pour encourager des communautés plus saines et répondre aux attentes des utilisateurs ( un article de Jeff Horwitz  dans le Wall Street Journal)

 

 

 

Facebook a annoncé qu’il commençait à réduire la quantité de contenu politique visible dans le fil d’actualité de ses utilisateurs, ce qui pourrait limiter le rôle joué par le réseau social dans les élections et, plus largement, les débats d’idées.

Cette nouvelle, publiée mercredi dans un billet de blog, fait suite à la déclaration du directeur général Mark Zuckerberg, lors de la publication des résultats financiers de l’entreprise, selon laquelle la plupart des utilisateurs souhaitent voir moins de contenu politique. Il avait alors ajouté que réduire le contenu politique aiderait Facebook à « mieux rapprocher les gens et contribuer à encourager des communautés plus saines. »

Facebook indique que le contenu politique ne représente actuellement que 6 % de ce que les utilisateurs voient sur la plateforme. L’entreprise va immédiatement lancer des expériences afin de réduire encore cette proportion pour un petit pourcentage d’utilisateurs au Canada, au Brésil et en Indonésie. Des tests aux Etats-Unis suivront dans les semaines à venir.

L’entreprise a précisé qu’elle n’allait pas supprimer tout contenu politique, mais plutôt explorer des moyens d’en réduire l’exposition aux internautes qui préféreraient éviter ces contenus. En pratique, cela signifie que Facebook continuera d’autoriser les utilisateurs à publier des commentaires politiques et à en débattre entre amis, mais que ses algorithmes défavoriseront ces conversations et les diffuseront moins sur la plateforme, particulièrement auprès des personnes n’ayant pas manifesté d’intérêt pour ces sujets.

La société n’a pas précisé sa définition du contenu politique.

Facebook a annoncé mercredi que ces nouvelles mesures seraient progressives et accompagneraient des outils existants comme la possibilité de refuser les publicités politiques ou la garantie que le contenu d’entités choisies apparaisse en haut du fil d’actualité proposé par la plateforme à ses utilisateurs.

Ces initiatives marquent un tournant pour Facebook, qui dans le passé a apprécié joué un rôle d’acteur central et populiste dans les élections et mouvements sociaux de par le monde. Dans un discours en octobre 2019, Mark Zuckerberg a déclaré que les réseaux sociaux étaient le « cinquième pouvoir », un centre de puissance civique à l’égal de la presse ainsi que des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du gouvernement américain.

Mark Zuckerberg a déclaré lors de l’annonce des résultats de l’entreprise qu’il repensait la place de la politique sur la plateforme dans une volonté de « faire descendre la température et de décourager les conversations et communautés conflictuelles ». Cette évolution intervient après une élection présidentielle américaine douloureuse qui a conduit Facebook à invoquer à deux reprises des mesures d’urgence pour apaiser les débats. La première fois, en novembre, juste après l’élection et la deuxième, dans le sillage de l’attaque du Capitole par les militants pro-Trump le 6 janvier.

Ces mesures d’urgence devaient être temporaires, mais certaines, comme des restrictions sur la vitesse à laquelle certains groupes Facebook peuvent croître, sont devenues permanentes.

Le Wall Street Journal a révélé précédemment qu’après une enquête en interne, Facebook avait conclu avant l’élection que, sur sa plateforme, les groupes politiques les plus actifs diffusaient un cocktail toxique de paroles haineuses, de théories du complot et d’appels à la violence.

En fonction de l’ampleur des changements sur Facebook, la baisse de visibilité du contenu politique pourrait perturber l’écosystème d’activisme en ligne, de publications et de publicités qui s’est développée autour du réseau social et de ses 2,8 milliards d’utilisateurs. Elle pourrait aussi réveiller les critiques, provenant essentiellement de voix conservatrices, selon lesquelles l’entreprise musèlerait le discours politique.

Au final, ce seront les tests et les retours des utilisateurs qui détermineront la place accordée au contenu politique, a déclaré la société.

« Notre objectif est de préserver la possibilité de trouver et commenter du contenu politique sur Facebook pour ceux qui le souhaitent, tout en respectant l’appétit de chacun pour ce type de contenu en haut de son fil d’actualité », expliquait le billet de blog d’Aastha Gupta, responsable produit pour Facebook.

L’entreprise précise que les informations sanitaires provenant de sources faisant autorité, ainsi que des agences et des services gouvernementaux ne seraient pas affectées par les tests.

Ce n’est pas la première fois que Facebook réévalue la visibilité de certaines catégories de contenus sur sa plateforme. Après avoir paramétré ses algorithmes pour recommander des contenus augmentant le temps passé sur la plateforme ou les réactions de ses utilisateurs, le géant des réseaux sociaux a adopté peu à peu un nouveau critère au cours de la deuxième moitié de la précédente décennie : « les interactions sociales significatives ».

Résultat : moins d’attention portée aux contenus consommés passivement, comme les publications d’entreprise, de marques et de médias, et davantage de publications partagées par la famille, les amis et les groupes d’intérêts d’un utilisateur. Les chercheurs aussi bien en externe qu’en interne ont trouvé que ces changements aboutissaient à moins de trafic pour les publications de journaux, mais davantage d’attention pour les articles qui suscitaient une forte réaction des utilisateurs.

Le Wall Street Journal a rapporté l’an dernier qu’une enquête interne indiquait que les algorithmes de Facebook récompensaient les diffuseurs de contenu clivant qui déclenchait une vive émotion chez ses utilisateurs.

Aastha Gupta a ajouté que Facebook discuterait publiquement des changements au fur et à mesure de leur mise en œuvre.

« Alors que nous nous lançons dans ce travail, nous partagerons les leçons apprises et les méthodes les plus prometteuses », a-t-elle commenté.

Facebook doit faire face à d’autres questions politiques sensibles à court terme. Son nouveau conseil indépendant de supervision du contenu doit déterminer si le réseau social a commis une erreur en suspendant le compte du président Donald Trump.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Astrid Mélite)

Laboratoire Sanofi: les dividendes explose et la recherche s’écroule

Laboratoire Sanofi: les dividendes explose et la recherche s’écroule

Sanofi voit et ses dividendes exploser  tandis que parallèlement sa recherche s’écroule puisque ce grand laboratoire français de dimension mondiale a été incapable de sortir un vaccin.

 

Le coupon versé au titre de 2020 atteint 3,20 euros par action, soit quelque 4 milliards d’euros au total. Ce versement est notamment rendu possible par l’envolée du bénéfice net en 2020 (+338,4 %, à 12,3 milliards) liée à la plus-value de 7,2 milliards d’euros réalisée lors de la vente de titres du partenaire américain Regeneron. Le bénéfice net des activités, qui exclut certains éléments exceptionnels, affiche une croissance bien plus modeste, de 4,2 % (et 9,6 % à taux de change constants), à 7,35 milliards d’euros.

Ces annonces interviennent alors que le groupe est blâmé pour le retard de son vaccin anti-Covid et pour son projet de suppression de 1 700 emplois en Europe, dont 400 en France dans la recherche.

L’étude intermédiaire menée sur son vaccin développé avec le britannique GlaxoSmithKline a montré une réponse immunitaire insuffisante chez les personnes âgées, ce qui a contraint Sanofi à lancer une nouvelle étude et à reporter le lancement du vaccin à la fin 2021. Sanofi développe en parallèle un autre candidat-vaccin contre la Covid-19 en partenariat avec Translate Bio, à partir de la technologie innovante de l’ARN messager, dont les essais cliniques devraient débuter ce trimestre. D’ici là, le groupe va aider la biotech allemande BioNTech à produire son vaccin contre la Covid-19 développé avec l’américain Pfizer.

Parallèlement, le groupe continue de mener son plan stratégique lancé en 2019. Il a indiqué vendredi qu’il allait augmenter de 500 millions d’euros son objectif en matière d’économies, ce qui le porte à 2,5 milliards d’euros d’ici à 2022. Ces économies supplémentaires seront intégralement réinvesties pour alimenter la croissance du chiffre d’affaires et financer les projets du portefeuille de développement, a précisé Sanofi.

Le groupe a par ailleurs confirmé son objectif de progression de sa marge opérationnelle des activités, qui devrait atteindre 30 % d’ici à 2022, contre 27,1 % en 2020. La marge devrait ensuite dépasser 32 % d’ici à 2025.

Le médicament Dupixent contre la dermatite atopique aura un effet relutif sur la marge opérationnelle des activités d’ici à la fin de 2022, a indiqué vendredi Sanofi. Les ventes de ce médicament ont bondi de 73,9 % au quatrième trimestre. Ajoutées à la forte demande pour les vaccins contre la grippe, elles ont contribué à la hausse du chiffre d’affaires total de Sanofi, qui a progressé sur la période de 4,2 % à taux de changes constants, à 9,382 milliards d’euros. Sur l’ensemble de l’année, les ventes atteignent 36,04 milliards d’euros (+ 3,3 % à taux de changes constants).

Pour 2021, Sanofi a dit prévoir une hausse autour de 10 % de son bénéfice net par action de ses activités à taux de changes constants après avoir dépassé sa prévision sur 2020 (+9,2 % contre une fourchette de 7 % à 8 %).

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