Archive pour le Tag 'Réchauffement'

Climat: Face au réchauffement, l’urgence est d’agir

Climat:  Face au réchauffement, l’urgence est d’agir

Deux intervenants de l’événement consacré à la résilience des villes, organisé les 4 et 5 octobre à Rouen insistent sur l’urgence à agir ( Le Monde, extrait)

 

 

Est-ce que seules les personnes bornées se noient et seuls les parieurs compulsifs subissent des pertes dues aux inondations ? En mettant l’accent sur les retours d’expérience, la culture du risque et la responsabilisation, les politiques actuelles invitent à ce questionnement. Elles supposent que les parties prenantes doivent être conscientes des dangers auxquels elles s’exposent, savent ce qu’il faut faire et ont la capacité de s’engager dans des actions de réduction des risques ou d’adaptation efficaces. On déduit en général de ces croyances que de nouvelles campagnes de communication sont nécessaires et suffisantes pour corriger ce qui relèverait de l’erreur de jugement et du manque de motivation.

L’été 2021 a vu se succéder inondations, canicules, feux de forêts, tempêtes, etc. A chaque événement, les décès et les pertes nous sont insupportables, parce qu’à force de revenir inlassablement faire la « une » des médias, ils nous semblent anticipables et évitables. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) répète depuis trente ans que le réchauffement climatique augmente la probabilité et l’intensité des événements graves. Alors, faut-il se lancer dans une nouvelle campagne de pédagogie ?

En Ile-de-France, après l’exercice Sequana, qui a simulé en 2016 une crue majeure de la Seine, puis les inondations bien réelles de 2016 et de 2018, moins de la moitié des habitants vivant en zone inondable en ont conscience, malgré les campagnes annuelles de sensibilisation. L’expérience directe est pourtant le facteur le plus puissant de prise de conscience et d’action de réduction des risques ou d’adaptation. Comment la pédagogie pourrait-elle faire mieux que l’expérience directe ?

Les élus et décideurs ne sont pas en reste. Cet été, à Liège (Belgique), les autorités ont donné un ordre d’auto-évacuation du centre-ville pendant les inondations, en demandant aux personnes qui ne pouvaient pas partir – les plus vulnérables – de monter dans les étages. Ce choix a alimenté les rumeurs d’une rupture imminente du barrage en amont, nourrissant la panique et aggravant la crise. Ce qui se traduit par « sauve qui peut et malheur aux victimes » est à l’opposé du consensus historique faisant de la protection contre les catastrophes un droit garanti par l’Etat-providence.

Depuis l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans (Etats-Unis), en 2005, les retours d’expérience montrent pourtant l’impossibilité d’une « auto-évacuation » et les dangers des mesures qui ne visent pas d’abord les plus vulnérables. La focalisation sur la culture du risque pourrait conduire à blâmer les plus exposés davantage qu’à chercher des solutions. Les communes à risque se voient souvent attribuer des responsabilités croissantes sans les ressources pour y faire face. Et si les personnes les plus vulnérables sont les plus exposées, c’est parce que leur choix de logement est contraint par la financiarisation des marchés immobiliers.

Choisir entre déchets nucléaires et réchauffement climatique

Choisir entre déchets nucléaires et  réchauffement climatique

 

Alors que les fortes hausses des tarifs du gaz et de l’électricité préoccupent les Européens, un autre débat, concernant l’orientation du financement de la transition énergétique, monte en puissance, explique dans sa chronique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».(extrait)

 

Le coût de l’énergie sera l’une des préoccupations majeures des Européens cet hiver. Sur le marché à terme, le prix de l’électricité a quasiment doublé depuis le début de l’année, tandis que les cours du gaz coté à Rotterdam (Pays-Bas) sont en progression de 300 %. Pris de court, les gouvernements tentent d’amortir le choc auprès des consommateurs.

En France, les plus précaires recevront un chèque énergie. En Italie, 3 milliards d’euros viennent d’être débloqués pour préserver le pouvoir d’achat des ménages. En Espagne, l’Etat a baissé dans l’urgence les taxes sur l’électricité. Quant à la Commission européenne, elle travaille pour définir un cadre dans lequel les Etats membres seront autorisés à subventionner l’énergie sans enfreindre les règles communautaires. Si ce n’est pas encore la panique, l’agitation est forte.

L’histoire est toujours la même. L’énergie ne devient réellement une préoccupation que lorsque son prix explose. Le consommateur prend conscience de l’importance des choix énergétiques à la lecture de sa facture de gaz ou d’électricité, alors que tout doit être pensé dans le long terme : construction des infrastructures, financement et évaluation de l’impact sur l’environnement.

Pendant que tout le monde a les yeux rivés sur les tarifs, un autre débat énergétique monte en puissance : celui autour de la taxonomie européenne. Dès l’intitulé, on comprend pourquoi le sujet fait moins de bruit dans l’opinion. Il est pourtant fondamental et structurant pour les années à venir sur la façon dont les Vingt-Sept vont orienter leur politique énergétique.

La taxonomie consiste à définir ce qu’est une activité économique durable afin de flécher les financements dans le cadre de la transition écologique. Si une source d’énergie n’entre pas dans cette nomenclature, elle aura toutes les peines du monde à trouver les capitaux nécessaires à son développement et risque de se retrouver rapidement hors jeu.

L’enjeu doit être resitué dans le cadre de l’engagement de l’Union européenne pour réduire ses émissions de CO2, principale cause du réchauffement climatique. L’objectif consiste à atteindre la neutralité carbone à l’échelle du continent d’ici à 2050.

Les investissements nécessaires pour y parvenir ont été évalués par la Commission européenne à 350 milliards d’euros par an. La classification en cours d’élaboration doit permettre d’identifier le chemin de la transition écologique en passant au crible 70 secteurs d’activité représentant 93 % des gaz à effet de serre émis sur le territoire européen, parmi lesquels la construction, le transport, l’industrie ou encore l’énergie.

Climat–Taxe carbone: « enjeu contre le réchauffement »

Climat–Taxe carbone: « enjeu contre le réchauffement »

 

 Ruth Guerra et Stéphane Chasseloup, associés du cabinet KPMG Avocats abordent l’enjeu de la taxe carbone vis-à-vis du climat dans une interview à l’Opinion.

 

Que prévoit le projet de la Commission européenne ?

Ruth Guerra : C’est une première, le « paquet » de 12 mesures qui sera présenté le 14 juillet donne une vision transverse pour atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions de CO2. Il concerne aussi bien les transports et les énergies renouvelables, que la performance énergétique des bâtiments, l’instauration d’un mécanisme carbone aux frontières (CBAM), ou la réforme de la directive sur la taxation de l’énergie… Tout est remis à plat pour permettre d’atteindre la neutralité climatique en 2050, en mettant l’Union sur la voie d’une réduction d’au moins 55 % de ses émissions nettes de CO2 d’ici à 2030.

Quel est l’intérêt du mécanisme carbone aux frontières, une taxe qui ne dit pas son nom ?

Stéphane Chasseloup : La finalité de ce mécanisme est de lutter contre le risque de délocalisation d’industriels, tentés d’échapper au coût de la pollution carbone. Pour lutter contre le réchauffement climatique, peu importe le lieu de production, il faut qu’un produit polluant supporte une taxe ou un coût équivalent à ses émissions de CO2. Cela revient à taxer également ce qui l’est déjà dans l’Union européenne (UE) et ce qui est produit hors de l’UE. Pour être certain d’être conforme à la réglementation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’idée est de répliquer, en miroir, l’actuel système européen d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS).

C’est-à-dire ?

S. C. : Sur le papier, le mécanisme est assez simple : je suis importateur d’acier, par exemple. Je fixe le volume que je compte importer sur un an, ce qui va déterminer le nombre de certificats CBAM qui régleront la quantité de CO2 émise lors de la production du produit importé. Le 31 mai de l’année suivante, je fais le bilan. Si j’ai importé davantage que prévu, j’achète plus de certificats. Dans le cas contraire, je revends des certificats sur le marché, comme c’est le cas aujourd’hui. A ce stade, les secteurs ciblés sont le ciment, l’acier, l’aluminium, les engrais et l’électricité, mais on comprend que cela évoluera dans le temps. L’importateur sera doté d’un numéro auprès d’une autorité CBAM, qui n’existe pas encore, à reporter sur sa déclaration d’importation.

Mais qui évaluera le volume de CO2 contenu dans un produit importé ?

R. G. : Le projet prévoit que l’importateur, sur la base des informations fournies par le fournisseur, calcule son impact carbone. C’est très compliqué. Il prévoit aussi la possibilité qu’un « vérificateur indépendant » aille auditer et attester la réalité des émissions des entreprises étrangères. Personne n’arrive à imaginer que ce système puisse fonctionner d’un point de vue pratique. La troisième option, c’est la valeur par défaut, fondée sur les 10 % des producteurs les plus polluants dans l’UE, par catégorie de marchandises.

Comment s’assurer que ce dispositif ne sera pas considéré comme discriminatoire au regard des règles de l’OMC ?

S. C. : L’Etat français a été le premier à affirmer qu’il n’y avait pas de sujet sur ce point. Or, il y en a un, ce sont les quotas gratuits. Pour éviter la fuite d’entreprises lorsque le coût du carbone communautaire grimpe au-dessus de ce qui se pratique ailleurs, on a octroyé des quotas d’émission gratuits à certains opérateurs. Mais si l’Europe commence à taxer le CO2 aux frontières, il faut traiter équitablement les membres de l’UE et les autres pays. S’il y a des quotas gratuits dans l’UE, il en faut aussi à l’entrée. Du coup, l’idée est de supprimer progressivement les quotas gratuits. Mais bien sûr, ceux qui y sont aujourd’hui éligibles protestent bruyamment. Bruxelles vient de les renouveler jusqu’en 2030, et les pays extérieurs à l’UE préviennent qu’ils attaqueront le CBAM s’il est considéré comme une barrière à l’entrée…

Combien est censé rapporter ce dispositif ? Et à quelle échéance ?

R. G. : Entre 5 et 14 milliards d’euros, ce qui démontre qu’il est difficile d’identifier le coût carbone de ce qu’on importe. L’objectif n’est de toute façon pas à finalité budgétaire. L’ambition est de créer des « vocations », de susciter des accords bilatéraux avec les Etats-Unis, la Chine et beaucoup d’autres zones géographiques. Si tout le monde s’engage sur une fiscalité carbone, il n’y aura plus besoin de mécanisme aux frontières et cela évitera toute distorsion de concurrence. On sent la volonté politique de l’Europe d’être pionnière sur le sujet, et fer de lance d’un dispositif plus mondial.

S. C. : Concernant le calendrier, le texte doit en principe être voté en 2023 pour une entrée en vigueur à partir de 2026, avec une période transitoire jusqu’en 2030, voire 2036. Il faut créer les mécanismes en droit interne, revoir les systèmes de contrôle douanier, mettre sur pied une autorité CBAM… La montée en puissance du système sera concomitante à la suppression des quotas gratuits. Mais il faut que les industriels prennent en compte dès maintenant la composante environnementale de la production hors UE.

L’autre gros sujet, c’est la révision de la directive sur la taxation de l’énergie. Quel est l’enjeu ?

R. G. : Aujourd’hui, la fiscalité de l’énergie est une fiscalité de rendement. Le projet d’augmentation de la taxe carbone en France en 2019 consistait en une majoration des différentes taxes existantes (TICGN, TICPE…), qui a mené aux Gilets jaunes. La nouvelle directive prévoit que la fiscalité énergétique soit corrélée à la part carbone de l’énergie utilisée. Plus une énergie est carbonée, plus elle sera taxée. Cela devrait bouleverser les étiquettes. Compte tenu de leurs émissions de CO2, le taux minimum de taxation sur le gaz naturel, les fiouls lourds et les énergies fossiles devrait augmenter. Mais ce sera une fiscalité beaucoup plus cohérente avec les objectifs de neutralité carbone de l’Europe.

Ce sera donc politiquement plus « vendable » ?

S. C. : L’engagement politique est plus fort aujourd’hui sur ce sujet. La Commission espérait que la révision soit adoptée avant la fin de l’année, mais les débats continueront vraisemblablement jusqu’à la présidence française de l’UE l’an prochain. La portée de cette directive dépendra ensuite de sa transposition en droit national, ce qui est toujours très complexe quand on regarde les arrêts de la Cour de Justice… Le texte vise en tout cas à harmoniser au niveau européen les taux planchers de taxation, ainsi que les exonérations obligatoires et facultatives.

La fiscalité est un chemin inévitable dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

R. G. : C’est un passage obligatoire. Mais cela implique que des procédés de production industrielle mis en œuvre actuellement soient revus en profondeur. Le sujet de la fiscalité énergétique est d’une grande complexité car il nécessite une vision transverse des concepts fiscaux et issus du droit de l’énergie et de l’environnement.

Environnement–Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

Environnement–Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

 

 Ruth Guerra et Stéphane Chasseloup, associés du cabinet KPMG Avocats abordent l’enjeu de la taxe carbone vis-à-vis du climat dans une interview à l’Opinion.

 

Que prévoit le projet de la Commission européenne ?

Ruth Guerra : C’est une première, le « paquet » de 12 mesures qui sera présenté le 14 juillet donne une vision transverse pour atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions de CO2. Il concerne aussi bien les transports et les énergies renouvelables, que la performance énergétique des bâtiments, l’instauration d’un mécanisme carbone aux frontières (CBAM), ou la réforme de la directive sur la taxation de l’énergie… Tout est remis à plat pour permettre d’atteindre la neutralité climatique en 2050, en mettant l’Union sur la voie d’une réduction d’au moins 55 % de ses émissions nettes de CO2 d’ici à 2030.

Quel est l’intérêt du mécanisme carbone aux frontières, une taxe qui ne dit pas son nom ?

Stéphane Chasseloup : La finalité de ce mécanisme est de lutter contre le risque de délocalisation d’industriels, tentés d’échapper au coût de la pollution carbone. Pour lutter contre le réchauffement climatique, peu importe le lieu de production, il faut qu’un produit polluant supporte une taxe ou un coût équivalent à ses émissions de CO2. Cela revient à taxer également ce qui l’est déjà dans l’Union européenne (UE) et ce qui est produit hors de l’UE. Pour être certain d’être conforme à la réglementation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’idée est de répliquer, en miroir, l’actuel système européen d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS).

C’est-à-dire ?

S. C. : Sur le papier, le mécanisme est assez simple : je suis importateur d’acier, par exemple. Je fixe le volume que je compte importer sur un an, ce qui va déterminer le nombre de certificats CBAM qui régleront la quantité de CO2 émise lors de la production du produit importé. Le 31 mai de l’année suivante, je fais le bilan. Si j’ai importé davantage que prévu, j’achète plus de certificats. Dans le cas contraire, je revends des certificats sur le marché, comme c’est le cas aujourd’hui. A ce stade, les secteurs ciblés sont le ciment, l’acier, l’aluminium, les engrais et l’électricité, mais on comprend que cela évoluera dans le temps. L’importateur sera doté d’un numéro auprès d’une autorité CBAM, qui n’existe pas encore, à reporter sur sa déclaration d’importation.

Mais qui évaluera le volume de CO2 contenu dans un produit importé ?

R. G. : Le projet prévoit que l’importateur, sur la base des informations fournies par le fournisseur, calcule son impact carbone. C’est très compliqué. Il prévoit aussi la possibilité qu’un « vérificateur indépendant » aille auditer et attester la réalité des émissions des entreprises étrangères. Personne n’arrive à imaginer que ce système puisse fonctionner d’un point de vue pratique. La troisième option, c’est la valeur par défaut, fondée sur les 10 % des producteurs les plus polluants dans l’UE, par catégorie de marchandises.

Comment s’assurer que ce dispositif ne sera pas considéré comme discriminatoire au regard des règles de l’OMC ?

S. C. : L’Etat français a été le premier à affirmer qu’il n’y avait pas de sujet sur ce point. Or, il y en a un, ce sont les quotas gratuits. Pour éviter la fuite d’entreprises lorsque le coût du carbone communautaire grimpe au-dessus de ce qui se pratique ailleurs, on a octroyé des quotas d’émission gratuits à certains opérateurs. Mais si l’Europe commence à taxer le CO2 aux frontières, il faut traiter équitablement les membres de l’UE et les autres pays. S’il y a des quotas gratuits dans l’UE, il en faut aussi à l’entrée. Du coup, l’idée est de supprimer progressivement les quotas gratuits. Mais bien sûr, ceux qui y sont aujourd’hui éligibles protestent bruyamment. Bruxelles vient de les renouveler jusqu’en 2030, et les pays extérieurs à l’UE préviennent qu’ils attaqueront le CBAM s’il est considéré comme une barrière à l’entrée…

Combien est censé rapporter ce dispositif ? Et à quelle échéance ?

R. G. : Entre 5 et 14 milliards d’euros, ce qui démontre qu’il est difficile d’identifier le coût carbone de ce qu’on importe. L’objectif n’est de toute façon pas à finalité budgétaire. L’ambition est de créer des « vocations », de susciter des accords bilatéraux avec les Etats-Unis, la Chine et beaucoup d’autres zones géographiques. Si tout le monde s’engage sur une fiscalité carbone, il n’y aura plus besoin de mécanisme aux frontières et cela évitera toute distorsion de concurrence. On sent la volonté politique de l’Europe d’être pionnière sur le sujet, et fer de lance d’un dispositif plus mondial.

S. C. : Concernant le calendrier, le texte doit en principe être voté en 2023 pour une entrée en vigueur à partir de 2026, avec une période transitoire jusqu’en 2030, voire 2036. Il faut créer les mécanismes en droit interne, revoir les systèmes de contrôle douanier, mettre sur pied une autorité CBAM… La montée en puissance du système sera concomitante à la suppression des quotas gratuits. Mais il faut que les industriels prennent en compte dès maintenant la composante environnementale de la production hors UE.

L’autre gros sujet, c’est la révision de la directive sur la taxation de l’énergie. Quel est l’enjeu ?

R. G. : Aujourd’hui, la fiscalité de l’énergie est une fiscalité de rendement. Le projet d’augmentation de la taxe carbone en France en 2019 consistait en une majoration des différentes taxes existantes (TICGN, TICPE…), qui a mené aux Gilets jaunes. La nouvelle directive prévoit que la fiscalité énergétique soit corrélée à la part carbone de l’énergie utilisée. Plus une énergie est carbonée, plus elle sera taxée. Cela devrait bouleverser les étiquettes. Compte tenu de leurs émissions de CO2, le taux minimum de taxation sur le gaz naturel, les fiouls lourds et les énergies fossiles devrait augmenter. Mais ce sera une fiscalité beaucoup plus cohérente avec les objectifs de neutralité carbone de l’Europe.

Ce sera donc politiquement plus « vendable » ?

S. C. : L’engagement politique est plus fort aujourd’hui sur ce sujet. La Commission espérait que la révision soit adoptée avant la fin de l’année, mais les débats continueront vraisemblablement jusqu’à la présidence française de l’UE l’an prochain. La portée de cette directive dépendra ensuite de sa transposition en droit national, ce qui est toujours très complexe quand on regarde les arrêts de la Cour de Justice… Le texte vise en tout cas à harmoniser au niveau européen les taux planchers de taxation, ainsi que les exonérations obligatoires et facultatives.

La fiscalité est un chemin inévitable dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

R. G. : C’est un passage obligatoire. Mais cela implique que des procédés de production industrielle mis en œuvre actuellement soient revus en profondeur. Le sujet de la fiscalité énergétique est d’une grande complexité car il nécessite une vision transverse des concepts fiscaux et issus du droit de l’énergie et de l’environnement.

Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

 

 Ruth Guerra et Stéphane Chasseloup, associés du cabinet KPMG Avocats abordent l’enjeu de la taxe carbone vis-à-vis du climat dans une interview à l’Opinion.

 

Que prévoit le projet de la Commission européenne ?

Ruth Guerra : C’est une première, le « paquet » de 12 mesures qui sera présenté le 14 juillet donne une vision transverse pour atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions de CO2. Il concerne aussi bien les transports et les énergies renouvelables, que la performance énergétique des bâtiments, l’instauration d’un mécanisme carbone aux frontières (CBAM), ou la réforme de la directive sur la taxation de l’énergie… Tout est remis à plat pour permettre d’atteindre la neutralité climatique en 2050, en mettant l’Union sur la voie d’une réduction d’au moins 55 % de ses émissions nettes de CO2 d’ici à 2030.

Quel est l’intérêt du mécanisme carbone aux frontières, une taxe qui ne dit pas son nom ?

Stéphane Chasseloup : La finalité de ce mécanisme est de lutter contre le risque de délocalisation d’industriels, tentés d’échapper au coût de la pollution carbone. Pour lutter contre le réchauffement climatique, peu importe le lieu de production, il faut qu’un produit polluant supporte une taxe ou un coût équivalent à ses émissions de CO2. Cela revient à taxer également ce qui l’est déjà dans l’Union européenne (UE) et ce qui est produit hors de l’UE. Pour être certain d’être conforme à la réglementation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’idée est de répliquer, en miroir, l’actuel système européen d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS).

C’est-à-dire ?

S. C. : Sur le papier, le mécanisme est assez simple : je suis importateur d’acier, par exemple. Je fixe le volume que je compte importer sur un an, ce qui va déterminer le nombre de certificats CBAM qui régleront la quantité de CO2 émise lors de la production du produit importé. Le 31 mai de l’année suivante, je fais le bilan. Si j’ai importé davantage que prévu, j’achète plus de certificats. Dans le cas contraire, je revends des certificats sur le marché, comme c’est le cas aujourd’hui. A ce stade, les secteurs ciblés sont le ciment, l’acier, l’aluminium, les engrais et l’électricité, mais on comprend que cela évoluera dans le temps. L’importateur sera doté d’un numéro auprès d’une autorité CBAM, qui n’existe pas encore, à reporter sur sa déclaration d’importation.

Mais qui évaluera le volume de CO2 contenu dans un produit importé ?

R. G. : Le projet prévoit que l’importateur, sur la base des informations fournies par le fournisseur, calcule son impact carbone. C’est très compliqué. Il prévoit aussi la possibilité qu’un « vérificateur indépendant » aille auditer et attester la réalité des émissions des entreprises étrangères. Personne n’arrive à imaginer que ce système puisse fonctionner d’un point de vue pratique. La troisième option, c’est la valeur par défaut, fondée sur les 10 % des producteurs les plus polluants dans l’UE, par catégorie de marchandises.

Comment s’assurer que ce dispositif ne sera pas considéré comme discriminatoire au regard des règles de l’OMC ?

S. C. : L’Etat français a été le premier à affirmer qu’il n’y avait pas de sujet sur ce point. Or, il y en a un, ce sont les quotas gratuits. Pour éviter la fuite d’entreprises lorsque le coût du carbone communautaire grimpe au-dessus de ce qui se pratique ailleurs, on a octroyé des quotas d’émission gratuits à certains opérateurs. Mais si l’Europe commence à taxer le CO2 aux frontières, il faut traiter équitablement les membres de l’UE et les autres pays. S’il y a des quotas gratuits dans l’UE, il en faut aussi à l’entrée. Du coup, l’idée est de supprimer progressivement les quotas gratuits. Mais bien sûr, ceux qui y sont aujourd’hui éligibles protestent bruyamment. Bruxelles vient de les renouveler jusqu’en 2030, et les pays extérieurs à l’UE préviennent qu’ils attaqueront le CBAM s’il est considéré comme une barrière à l’entrée…

Combien est censé rapporter ce dispositif ? Et à quelle échéance ?

R. G. : Entre 5 et 14 milliards d’euros, ce qui démontre qu’il est difficile d’identifier le coût carbone de ce qu’on importe. L’objectif n’est de toute façon pas à finalité budgétaire. L’ambition est de créer des « vocations », de susciter des accords bilatéraux avec les Etats-Unis, la Chine et beaucoup d’autres zones géographiques. Si tout le monde s’engage sur une fiscalité carbone, il n’y aura plus besoin de mécanisme aux frontières et cela évitera toute distorsion de concurrence. On sent la volonté politique de l’Europe d’être pionnière sur le sujet, et fer de lance d’un dispositif plus mondial.

S. C. : Concernant le calendrier, le texte doit en principe être voté en 2023 pour une entrée en vigueur à partir de 2026, avec une période transitoire jusqu’en 2030, voire 2036. Il faut créer les mécanismes en droit interne, revoir les systèmes de contrôle douanier, mettre sur pied une autorité CBAM… La montée en puissance du système sera concomitante à la suppression des quotas gratuits. Mais il faut que les industriels prennent en compte dès maintenant la composante environnementale de la production hors UE.

L’autre gros sujet, c’est la révision de la directive sur la taxation de l’énergie. Quel est l’enjeu ?

R. G. : Aujourd’hui, la fiscalité de l’énergie est une fiscalité de rendement. Le projet d’augmentation de la taxe carbone en France en 2019 consistait en une majoration des différentes taxes existantes (TICGN, TICPE…), qui a mené aux Gilets jaunes. La nouvelle directive prévoit que la fiscalité énergétique soit corrélée à la part carbone de l’énergie utilisée. Plus une énergie est carbonée, plus elle sera taxée. Cela devrait bouleverser les étiquettes. Compte tenu de leurs émissions de CO2, le taux minimum de taxation sur le gaz naturel, les fiouls lourds et les énergies fossiles devrait augmenter. Mais ce sera une fiscalité beaucoup plus cohérente avec les objectifs de neutralité carbone de l’Europe.

Ce sera donc politiquement plus « vendable » ?

S. C. : L’engagement politique est plus fort aujourd’hui sur ce sujet. La Commission espérait que la révision soit adoptée avant la fin de l’année, mais les débats continueront vraisemblablement jusqu’à la présidence française de l’UE l’an prochain. La portée de cette directive dépendra ensuite de sa transposition en droit national, ce qui est toujours très complexe quand on regarde les arrêts de la Cour de Justice… Le texte vise en tout cas à harmoniser au niveau européen les taux planchers de taxation, ainsi que les exonérations obligatoires et facultatives.

La fiscalité est un chemin inévitable dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

R. G. : C’est un passage obligatoire. Mais cela implique que des procédés de production industrielle mis en œuvre actuellement soient revus en profondeur. Le sujet de la fiscalité énergétique est d’une grande complexité car il nécessite une vision transverse des concepts fiscaux et issus du droit de l’énergie et de l’environnement.

Gel et vignoble français: le réchauffement évidemment

Gel et vignoble français: le réchauffement évidemment

 

Des chercheurs constatent ce que les agriculteurs ont observé depuis des années à savoir que le réchauffement climatique favorise l’émergence de la végétation beaucoup trop tôt au printemps et que des périodes de froid qui suivent  provoquent des gelées d’une végétation trop avancée.

Cela concerne beaucoup de production notamment les fruits et la vigne.

 Ces gelées ont causé une perte estimée à un tiers de la production viticole française. Soit environ deux milliards d’euros de chiffre d’affaires pour la filière, selon le syndicat agricole FNSEA. Arboriculteurs et betteraviers avaient également été affectés et le gouvernement a débloqué un «fonds de solidarité exceptionnel» d’un milliard d’euros pour l’ensemble des agriculteurs touchés.

Des scientifiques du réseau international World Weather Attribution, qui s’est fait une spécialité d’analyser le lien possible entre un événement météo extrême précis et le réchauffement, ont planché sur cet épisode, qui avait suivi une période de grande douceur ayant favorisé le bourgeonnement des cultures. Ils ont analysé les données d’une zone couvrant notamment les vignobles de Bourgogne, Champagne et de la vallée de la Loire, passé également au crible plus d’une centaine de modélisations climatiques.

Résultat: le changement climatique a «augmenté d’environ 60%» la probabilité qu’un tel événement survienne en période de bourgeonnement, explique Robert Vautard, directeur de l’Institut Pierre et Simon Laplace de recherche en sciences de l’environnement, un des auteurs de l’étude. Et le phénomène risque de «s’amplifier dans le futur», puisqu’un réchauffement de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, soit l’objectif de réchauffement maximal de l’accord de Paris qui semble pour l’instant hors de portée, verrait «encore 40% d’augmentation de la probabilité de ce type d’événement», souligne le scientifique. Par rapport à il y a une cinquantaine d’années la température a modifiéle calendrier d’environ 15 jours. Conclusion la nature trop en avance est plus sensible au gel tardif.

 

Épisode de gel : la faute au réchauffement climatique

Épisode de gel : la faute au réchauffement climatique

Thierry Castel, chercheur en climatologie, l’épisode de gel brutal pourrait être lié au réchauffement thématique. Interview dans le Figaro.

Un épisode de gel a touché de nombreuses cultures cette semaine en France. Les températures ont chuté, à certains endroits, sous 0 degré à une vitesse jamais observée depuis 1947 pour un mois d’avril. Thierry Castel, chercheur associé dans l’équipe de climatologie du laboratoire Biogéoscience* et enseignant à Agrosup Dijon, s’explique dans le Figaro :

 

Comment expliquer ce froid au mois d’avril, alors que l’on parle à longueur de temps du réchauffement climatique?

Thierry CASTEL. C’est pourtant bien lié. Les différences de températures se réduisent entre la zone polaire et les moyennes latitudes. Cela conduit à moduler les ondulations du «jet» (des vents très rapides situés en Atlantique Nord, qui jouent un rôle important dans la circulation atmosphérique, NDLR). À cause de cela, nous faisons face à des descentes d’air froid et des remontées d’air chaud plus importantes. Par exemple, pendant qu’en février 2017 nous avions en France des températures bien supérieures aux moyennes saisonnières, il a neigé en Libye. Ça va s’accentuer.

 

Peut-on dire que les plantations sont plus touchées qu’avant par ce phénomène de gel?

C’est en réalité la vulnérabilité des plantes au gel qui est accrue, et pas les épisodes de froids qui seraient plus intenses. Je m’explique: normalement à cette période de l’année, les plantations auraient dû pouvoir résister à des températures de -6 ou -7 degrés. Mais à cause du réchauffement climatique que l’on connaît depuis 30 ans, les bourgeons arrivent désormais plus tôt. Une fois qu’ils ont commencé à s’ouvrir, il s’agit d’une phase où les plantes sont extrêmement sensibles au gel. Même s’il ne fait pas très froid, c’est suffisant pour entraîner des dégâts importants. On voit bien ce phénomène dans les vignes, c’est net.

Réchauffement climatique : le plan mondial de Bill Gates

Réchauffement climatique : le plan mondial de Bill Gates

Pour Les Echos Planète, le cofondateur de Microsoft présente son plan d’action pour réduire à zéro les émissions de carbone du secteur énergétique mondial.

Bill Gates, cofondateur et conseiller technologique de Microsoft Corporation, est coprésident de la Fondation Bill & Melinda Gates. 

 

Voilà environ six ans que Bill Gates a décidé de s’investir activement pour lutter contre le réchauffement climatique, un engagement renforcé par la pandémie actuelle de Covid-19. Désormais persuadé qu’il faut convaincre et agir vite, et qu’il peut y contribuer, il publie chez Flammarion un livre entièrement dédié à la cause : Climat : comment éviter un désastre – Les solutions actuelles, les innovations nécessaires. L’objectif du cofondateur de Microsoft sonne comme un défi vertigineux : parvenir au zéro carbone alors que les émissions de gaz à effet de serre de la planète sont de l’ordre de 51 milliards de tonnes par an. L’ingénieur de formation concentre ses efforts sur le sujet au cœur de toutes les problématiques : l’énergie. Transformer le secteur énergétique de la planète pour le rendre propre et permettre à chacun d’en bénéficier pour continuer à se développer est devenu sa nouvelle bataille. La plus grosse partie de l’ouvrage est ainsi dédiée aux technologies existantes, et balbutiantes, dont le développement et la diffusion constituent des solutions prometteuses. Bill Gates en appelle à une mobilisation des esprits, des financements et de la volonté politique, allant jusqu’à proposer un plan concret pour atteindre l’objectif.
Il livre ses pistes de réflexion et ses espoirs dans un entretien avec Connie Hedegaard, ex-commissaire européenne à l’action pour le climat, dont nous publions en exclusivité la traduction française.

Connie Hedegaard : Permettez-moi de débuter par un aveu de ma part : pendant des années, j’ai pensé que vous ne vous intéressiez pas particulièrement au changement climatique. J’ai le souvenir très clair d’une session de Davos à huis clos, il y a quelques années. La discussion avait porté sur le changement climatique, plutôt que sur d’autres problématiques de durabilité, et vous aviez quitté la salle.

« Il est encore difficile pour de nombreuses personnes d’accepter qu’une simple réduction des émissions, sans trajectoire en direction du zéro émission, ne suffira pas.

Aujourd’hui, vous insistez avec force et gravité sur l’urgence de l’action climatique. Vous commencez votre livre en décrivant cette évolution. Initialement, il vous était « difficile d’admettre que tant que les êtres humains émettr[aient] des gaz à effet de serre, les températures continuer[aient] d’augmenter ». Ce n’est qu’après avoir consulté un groupe de scientifiques du climat « à plusieurs reprises autour de questions de suivi » que vous avez finalement « intégré » la problématique. Comment expliquez-vous ce scepticisme initial, et comment votre expérience peut-elle servir à rallier d’autres acteurs ?

Bill Gates : Le monde est aujourd’hui très différent de ce qu’il était lorsque j’ai commencé à étudier le changement climatique. Nous en savons plus désormais, et avons davantage bâti un consensus autour du problème. Mais il est encore difficile pour de nombreuses personnes d’accepter qu’une simple réduction des émissions, sans trajectoire en direction du zéro émission, ne suffira pas. Il est également difficile d’intégrer l’ampleur des innovations qui seront nécessaires pour atteindre ce chiffre zéro – pour refaçonner fondamentalement l’industrie énergétique, premier secteur d’activité mondial. Dans mon livre, j’explique ce qui m’a convaincu, et ce qui je l’espère convaincra les autres. Je souhaite que les défenseurs du climat continuent de viser l’objectif zéro émission, à travers une réduction des émissions qui nous oriente dans cette direction.

CH : Dans vos comparaisons et métaphores très imagées, vous prenez soin de rendre concrets et accessibles certains concepts abstraits ou complexes. Pensez-vous que cette approche soit essentielle pour faire enfin évoluer les mentalités de ceux qui, malgré les données et preuves scientifiques, semblent continuer de croire que nous pouvons poursuivre le cours normal des affaires ? Des approches similaires vous ont-elles aidé dans votre travail à repousser les frontières technologiques chez Microsoft, ou à promouvoir la santé et le développement au niveau mondial au sein de la Fondation Bill & Melinda Gates ?

BG : Bien que ce livre ne s’adresse pas spécifiquement aux climatosceptiques, j’espère évidemment qu’il les persuadera de la nécessité d’investir sérieusement dans les énergies propres. Les pays qui fourniront le plus d’efforts pour alimenter l’innovation dans ce domaine accueilleront la prochaine génération de sociétés de rupture – ainsi que tous les emplois et toute l’activité économique qui les accompagneront. C’est la raison pour laquelle ces investissements constituent le bon choix, même pour ceux qui ne croient pas à cette réalité pourtant incontestable dans laquelle les êtres humains provoquent des changements climatiques qui auront des conséquences dramatiques si personne ne s’attaque au problème.

L’idée s’effondre selon laquelle le fait de moins voyager en avion ou en voiture pourrait suffire. »

CH : La pandémie de Covid-19 souligne non seulement le prix à payer lorsque nous ignorons la science, mais démontre également qu’un changement de comportement rapide à grande échelle est bel et bien possible, de même que les dirigeants déterminés à résoudre les difficultés peuvent gagner en respect. Comme vous le soulignez toutefois également, la pandémie fournit un autre enseignement majeur : la diminution relativement faible (10 %) des émissions de gaz à effet de serre, conséquence positive des confinements à travers le monde, démontre que les changements de comportements, tels que la baisse du trafic aérien et routier, sont très loin de suffire. La pandémie a-t-elle produit d’autres enseignements qui s’appliquent au changement climatique ? Comment les appliquer idéalement à l’action climatique ?

Des avions cloués au sol aux Etats-Unis lors du premier confinement. Credit:Jassen Todorov/Solent/SIPA

BG : Parmi les leçons observables, l’idée s’effondre selon laquelle le fait de moins voyager en avion ou en voiture pourrait suffire : nous avons besoin d’une innovation massive permettant aux individus de continuer de prendre l’avion, de conduire leur véhicule, et de participer à l’économie moderne, sans pour autant générer d’émissions. C’est là un défi plus difficile encore que le développement et la distribution de vaccins contre le Covid-19 (la plus grande campagne de santé publique de l’histoire).

Cette même forme de coopération étroite entre les gouvernements sera nécessaire à tous les niveaux, ainsi qu’avec le secteur privé. Par ailleurs, de la même manière que nous avons tous un rôle à jouer en respectant le port du masque et la distanciation, les individus doivent chacun jouer un rôle dans la réduction des émissions. Chacun peut défendre les politiques d’accélération de la transition vers le zéro émission, et réduire la prime verte en achetant des produits à empreinte carbone faible voire nulle, de type véhicules électriques ou viande végétale. Cela permettra d’attirer davantage de concurrence dans ces domaines, et en fin de compte de réduire le prix des produits écologiques.

CH : Tout comme l’éradication de la pandémie, affirmez-vous, la lutte contre le changement climatique repose essentiellement sur les sciences et l’innovation. Dans l’ensemble, vous vous dites « optimiste quant à notre capacité à inventer [les outils nécessaires], à les déployer et, si nous agissons suffisamment rapidement, à éviter le désastre climatique ». Quelles expériences ou leçons vous confèrent cet optimisme ?

BG : J’ai personnellement constaté combien les investissements en R&D pouvaient changer le monde. Les recherches soutenues par le gouvernement des Etats-Unis et par les entreprises américaines ont rendu possibles les microprocesseurs et internet, qui ont libéré une quantité phénoménale d’énergie entrepreneuriale autour de la création de l’industrie des ordinateurs personnels. De même, les efforts fournis par le gouvernement américain autour du séquençage du génome humain ont conduit à des avancées majeures dans le traitement des cancers et autres maladies mortelles.

En ce qui concerne le zéro émission, j’observe moi-même de formidables avancées. Breakthrough Energy Ventures, le fonds privé que j’ai mis en place avec plusieurs partenaires, a investi dans plus d’une vingtaine d’entreprises qui travaillent sur des procédés à empreinte carbone faible voire nulle, pour la fabrication de ciment et d’acier, la production et le stockage d’importants volumes d’électricité verte, l’horticulture et l’élevage, le transport des personnes et des marchandises à travers le monde, ou encore le chauffage et la climatisation des immeubles. Beaucoup de ces idées ne verront pas le jour. Mais celles qui y parviennent pourraient bien changer le monde.

CH : Vous écrivez toutefois : « L’innovation n’est pas qu’une question de conception de nouveaux appareils, mais également d’élaboration de nouvelles politiques permettant de présenter et de déployer ces inventions sur le marché le plus rapidement possible ». L’Union européenne, comme désormais la Chine, commence à entreprendre cette forme d’innovation politique.

Dans un effort de rectification d’une structure d’incitation défaillante, qui échoue à prendre en compte ce que vous appelez les « primes vertes », de nombreux pays européens ont mis en place des mécanismes de taxation des émissions de CO2, du gaspillage de ressources, ainsi que de la pollution. Ces mesures politiques réorientent-elles significativement la structure incitative dans la bonne direction ? Un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières permettrait-il de favoriser cette avancée ?

Nous avons besoin d’innovations politiques au même titre que technologiques. »

BG : La tarification du carbone compte parmi les mesures qui produiront une différence, dans le cadre d’une approche globale visant l’augmentation à la fois de l’offre et de la demande relatives aux avancées en matière d’énergies propres. J’évoque bien d’autres idées dans mon livre. Pour développer l’offre d’innovation, les gouvernements pourraient par exemple accroître substantiellement (multiplier par cinq, selon moi) leurs investissements dans la R&D autour des énergies propres. Du côté de la demande, outre le prix du carbone, je pense par exemple à des normes sur la quantité d’électricité ou de carburant issue des sources zéro carbone.

« Il nous faut désormais axer le quotient intellectuel politique et technologique mondial sur l’élimination des émissions. »

Nous avons besoin d’innovations politiques au même titre que technologiques. Nous savons que les mesures politiques et les technologies peuvent ensemble résoudre les plus grands défis. Comme je le décris dans mon livre, la pollution de l’air est en le parfait exemple ; le Clean Air Act américain a formidablement permis d’éliminer certains gaz toxiques de l’air. D’autres solutions politiques incroyablement efficaces ont été mises en place aux Etats-Unis, parmi lesquelles l’électrification des campagnes, l’amélioration de la sécurité énergétique, ou encore la relance économique après la Grande Récession de 2008. Il nous faut désormais axer le quotient intellectuel politique et technologique mondial sur l’élimination des émissions. Mon équipe au sein de Breakthrough Energy, réseau d’initiatives que j’ai créé pour accélérer la transition vers des énergies propres, travaille intensément pour élaborer et promouvoir des mesures politiques audacieuses sur la voie des objectifs climatiques mondiaux.

CH : Comme vous le soulignez, les gouvernements tentent souvent d’utiliser des règles relatives à d’autres problèmes pour réduire les émissions – une approche qui équivaut à tenter de « créer une intelligence artificielle en utilisant un ordinateur central des années 1960 ».

L’introduction de nouvelles législations majeures est toutefois difficile, notamment parce que les producteurs établis s’opposent à des normes plus strictes et autres changements coûteux. Vous qui vous êtes situé du côté « réglementé » dans l’équation réglementaire, quelles solutions ou idées envisagez-vous pour résoudre le problème du retard des politiques ?

BG : Il est nécessaire que les gouvernements agissent pour résoudre ce problème – il s’agit d’opérer une transition du système énergétique mondial tout entier, à une vitesse sans précédent. Les investissements du secteur privé ne pourront aboutir sans des conditions de marché qui récompensent l’innovation et permettent la concurrence des technologies propres, un environnement que les gouvernements doivent contribuer à instaurer, en agissant de manière ciblée, fiable et prévisible.

C’est aussi pour cela que je parle d’innovation non seulement technologique, mais également sur le plan des politiques et des marchés. Les dirigeants politiques doivent réfléchir avec créativité aux meilleurs moyens d’encourager l’innovation en matière d’énergies propres, d’équilibrer les règles du jeu, et d’accélérer la transition énergétique. Mon équipe chez Breakthrough Energy travaille avec plusieurs responsables publics pour développer et promouvoir les politiques nécessaires en direction de l’objectif zéro émissions nettes.

CH : Au-delà des mesures politiques, vous appelez les gouvernements à se montrer plus audacieux dans leurs investissements en recherche et développement autour du climat. Quel rôle doivent ici jouer les universités, à la fois en termes de recherche et de transmission des connaissances nécessaires pour façonner les mesures politiques ?

BG : Les universités offrent un environnement propice aux idées et au développement de technologies propres. La science, la recherche et l’ingénierie au sein des universités à travers le monde comptent parmi les facteurs les plus importants sur la voie du zéro émission nette. Bien entendu, les découvertes doivent s’extraire du seul monde universitaire, pour éclairer des politiques nouvelles et façonner le marché. Certaines institutions académiques fournissent des efforts concertés pour aider leurs professeurs à communiquer plus efficacement, à rendre leurs recherches plus attractives aux yeux des dirigeants politiques, ainsi que pour propulser leurs découvertes technologiques en direction des entreprises et des marchés. Ces aspects sont cruciaux pour éviter un désastre climatique.

CH : Vous insistez pour dire que l’impératif moral de l’action climatique est aussi fort que l’impératif économique, dans la mesure où le changement climatique affecte de manière disproportionnée les plus pauvres de la planète. Mais l’action climatique présente également des implications en termes de répartition. Comme vous le reconnaissez, même la très faible prime verte, destinée à la décarbonation du système d’électricité américain tout entier, risque d’être trop élevée pour les ménages à faibles revenus, et les pays en voie de développement sont beaucoup moins en capacité d’opérer une telle transformation. Comment surmonter ces défis ? Vos travaux sur le déploiement d’autres technologies dans des environnements à revenus faibles produisent-ils des enseignements utiles sur ce point ?

Le dirigeant d’un pays riche devrait se demander ce que fait son gouvernement, ou sa société dans le cas d’un chef d’entreprise, pour rendre la transition écologique accessible dans le monde entier. »

BG : C’est un sujet extrêmement important. Les pays à revenu faible et à revenu intermédiaire consommeront davantage d’énergie au cours des prochaines décennies, à mesure qu’ils s’extrairont de la pauvreté. Nous aspirons tous à des énergies propres, mais ces pays ne les adopteront que si elles sont aussi peu coûteuses que les combustibles fossiles aujourd’hui.

Le dirigeant d’un pays riche devrait se demander ce que fait son gouvernement, ou sa société dans le cas d’un chef d’entreprise, pour rendre la transition écologique accessible dans le monde entier – y compris pour les pays à revenu intermédiaire et à revenu faible. L’accroissement des investissements dans la R&D et dans les mesures politiques nouvelles doit être axé sur cet objectif. Nombre des sociétés dans lesquelles j’investis travaillent sur des idées abordables pour les pays à revenu faible.

CH : Vous comptez parmi les chefs d’entreprise qui aujourd’hui reconnaissent publiquement le rôle indispensable de l’Etat dans la résolution des grandes problématiques. Même parmi ces problématiques, le changement climatique se démarque. La résolution de ce défi nécessitera-t-elle un rôle du secteur public – de manière générale ou dans un domaine particulier – plus grand encore que celui auquel sont habitués même les plus favorables à l’action de l’Etat ?

BG : La transition vers des énergies propres devra être menée de concert par les gouvernements et le secteur privé – comme l’a été la révolution de l’informatique.

Cela signifiera un plus grand rôle de l’Etat, mais seulement parce que son rôle était relativement limité jusqu’à présent. Prenez la nécessaire multiplication par cinq des investissements publics en R&D, que j’ai évoquée précédemment. Cette augmentation placerait la recherche sur les énergies propres au même niveau que la recherche médicale aux Etats-Unis. De la même manière que nous pouvons compter sur les Instituts nationaux de santé pour superviser et coordonner ce travail, nous devrions créer des Instituts nationaux d’innovation énergétique (les NIEI) pour éviter les redondances et veiller à l’utilisation optimale des ressources. Un Institut de décarbonation des transports pourrait quant à lui travailler sur des carburants à faible empreinte carbone. D’autres instituts pourraient se voir conférer une autorité et des responsabilités similaires dans la recherche sur le stockage des énergies, sur les énergies renouvelables, etc.

Les NIEI pourraient également être en charge de la coordination avec le secteur privé. L’objectif consisterait à voir les recherches émerger des laboratoires nationaux, puis conduire à des produits innovants, qu’il s’agirait ensuite de déployer sur le marché à très grande échelle. Nous avons besoin de politiques qui accélèrent l’ensemble du pipeline d’innovation, de la recherche initiale jusqu’au déploiement de masse.  Au-delà des moyens nouveaux de concevoir des matériaux zéro émission, nous pouvons tout simplement utiliser moins de choses.  »

CH : Dans un passage du livre, vous écrivez : « Au-delà des moyens nouveaux de concevoir des matériaux zéro émission, nous pouvons tout simplement utiliser moins de choses. » Certains vous répondraient que le capitalisme repose sur la consommation – plus elle est élevée, mieux c’est. Une solution réelle à la crise climatique dépend-elle d’une nouvelle vision du capitalisme pour le XXIe siècle ? Une conception disons plus qualitative de la « croissance » pourrait-elle constituer le pilier d’un tel système ?

BG : J’estime que les individus du monde riche peuvent et doivent réduire une partie de leurs émissions. Comme je l’explique dans mon livre, je prends moi-même certaines mesures pour réduire et compenser mes propres émissions. La consommation énergétique au niveau mondial est vouée à doubler d’ici 2050, en raison d’une importante croissance des pays à revenu faible et à revenu intermédiaire. La croissance est une bonne chose en ce sens qu’elle permet aux individus de vivre une existence plus productive, en meilleure santé. Nous devons cependant y parvenir sans rendre le problème climatique encore plus difficile à résoudre. C’est pourquoi nous avons besoin d’innovations qui rendent l’élimination des émissions suffisamment abordable pour chacun à travers le monde.

CH : « Ce livre évoque ce qu’il nous faut accomplir [pour éviter un désastre], et pourquoi je pense que nous pouvons y parvenir », écrivez-vous. En votre âme et conscience, pensez-vous réellement que nous y parviendrons tous ensemble à temps ?

BG : Oui, je le pense. Comme je l’écris à la fin de mon livre, je suis fondamentalement optimiste, car j’observe ce que la technologie peut accomplir, et ce que les êtres humains sont capables de réaliser. Ce qu’il nous faut, c’est consacrer les dix prochaines années à l’élaboration et à la mise en place des bonnes politiques, technologies et structures de marché, afin que le monde puisse atteindre l’objectif zéro émission d’ici 2050. Nous n’avons pas de temps à perdre.

Réchauffement climatique : le plan mondial de Bill Gates

Réchauffement climatique : le plan mondial de Bill Gates

Pour Les Echos Planète, le cofondateur de Microsoft présente son plan d’action pour réduire à zéro les émissions de carbone du secteur énergétique mondial.

Bill Gates, cofondateur et conseiller technologique de Microsoft Corporation, est coprésident de la Fondation Bill & Melinda Gates. 

 

Voilà environ six ans que Bill Gates a décidé de s’investir activement pour lutter contre le réchauffement climatique, un engagement renforcé par la pandémie actuelle de Covid-19. Désormais persuadé qu’il faut convaincre et agir vite, et qu’il peut y contribuer, il publie chez Flammarion un livre entièrement dédié à la cause : Climat : comment éviter un désastre – Les solutions actuelles, les innovations nécessaires. L’objectif du cofondateur de Microsoft sonne comme un défi vertigineux : parvenir au zéro carbone alors que les émissions de gaz à effet de serre de la planète sont de l’ordre de 51 milliards de tonnes par an. L’ingénieur de formation concentre ses efforts sur le sujet au cœur de toutes les problématiques : l’énergie. Transformer le secteur énergétique de la planète pour le rendre propre et permettre à chacun d’en bénéficier pour continuer à se développer est devenu sa nouvelle bataille. La plus grosse partie de l’ouvrage est ainsi dédiée aux technologies existantes, et balbutiantes, dont le développement et la diffusion constituent des solutions prometteuses. Bill Gates en appelle à une mobilisation des esprits, des financements et de la volonté politique, allant jusqu’à proposer un plan concret pour atteindre l’objectif.
Il livre ses pistes de réflexion et ses espoirs dans un entretien avec Connie Hedegaard, ex-commissaire européenne à l’action pour le climat, dont nous publions en exclusivité la traduction française.

Connie Hedegaard : Permettez-moi de débuter par un aveu de ma part : pendant des années, j’ai pensé que vous ne vous intéressiez pas particulièrement au changement climatique. J’ai le souvenir très clair d’une session de Davos à huis clos, il y a quelques années. La discussion avait porté sur le changement climatique, plutôt que sur d’autres problématiques de durabilité, et vous aviez quitté la salle.

« Il est encore difficile pour de nombreuses personnes d’accepter qu’une simple réduction des émissions, sans trajectoire en direction du zéro émission, ne suffira pas.

Aujourd’hui, vous insistez avec force et gravité sur l’urgence de l’action climatique. Vous commencez votre livre en décrivant cette évolution. Initialement, il vous était « difficile d’admettre que tant que les êtres humains émettr[aient] des gaz à effet de serre, les températures continuer[aient] d’augmenter ». Ce n’est qu’après avoir consulté un groupe de scientifiques du climat « à plusieurs reprises autour de questions de suivi » que vous avez finalement « intégré » la problématique. Comment expliquez-vous ce scepticisme initial, et comment votre expérience peut-elle servir à rallier d’autres acteurs ?

Bill Gates : Le monde est aujourd’hui très différent de ce qu’il était lorsque j’ai commencé à étudier le changement climatique. Nous en savons plus désormais, et avons davantage bâti un consensus autour du problème. Mais il est encore difficile pour de nombreuses personnes d’accepter qu’une simple réduction des émissions, sans trajectoire en direction du zéro émission, ne suffira pas. Il est également difficile d’intégrer l’ampleur des innovations qui seront nécessaires pour atteindre ce chiffre zéro – pour refaçonner fondamentalement l’industrie énergétique, premier secteur d’activité mondial. Dans mon livre, j’explique ce qui m’a convaincu, et ce qui je l’espère convaincra les autres. Je souhaite que les défenseurs du climat continuent de viser l’objectif zéro émission, à travers une réduction des émissions qui nous oriente dans cette direction.

CH : Dans vos comparaisons et métaphores très imagées, vous prenez soin de rendre concrets et accessibles certains concepts abstraits ou complexes. Pensez-vous que cette approche soit essentielle pour faire enfin évoluer les mentalités de ceux qui, malgré les données et preuves scientifiques, semblent continuer de croire que nous pouvons poursuivre le cours normal des affaires ? Des approches similaires vous ont-elles aidé dans votre travail à repousser les frontières technologiques chez Microsoft, ou à promouvoir la santé et le développement au niveau mondial au sein de la Fondation Bill & Melinda Gates ?

BG : Bien que ce livre ne s’adresse pas spécifiquement aux climatosceptiques, j’espère évidemment qu’il les persuadera de la nécessité d’investir sérieusement dans les énergies propres. Les pays qui fourniront le plus d’efforts pour alimenter l’innovation dans ce domaine accueilleront la prochaine génération de sociétés de rupture – ainsi que tous les emplois et toute l’activité économique qui les accompagneront. C’est la raison pour laquelle ces investissements constituent le bon choix, même pour ceux qui ne croient pas à cette réalité pourtant incontestable dans laquelle les êtres humains provoquent des changements climatiques qui auront des conséquences dramatiques si personne ne s’attaque au problème.

L’idée s’effondre selon laquelle le fait de moins voyager en avion ou en voiture pourrait suffire. »

CH : La pandémie de Covid-19 souligne non seulement le prix à payer lorsque nous ignorons la science, mais démontre également qu’un changement de comportement rapide à grande échelle est bel et bien possible, de même que les dirigeants déterminés à résoudre les difficultés peuvent gagner en respect. Comme vous le soulignez toutefois également, la pandémie fournit un autre enseignement majeur : la diminution relativement faible (10 %) des émissions de gaz à effet de serre, conséquence positive des confinements à travers le monde, démontre que les changements de comportements, tels que la baisse du trafic aérien et routier, sont très loin de suffire. La pandémie a-t-elle produit d’autres enseignements qui s’appliquent au changement climatique ? Comment les appliquer idéalement à l’action climatique ?

Des avions cloués au sol aux Etats-Unis lors du premier confinement. Credit:Jassen Todorov/Solent/SIPA

BG : Parmi les leçons observables, l’idée s’effondre selon laquelle le fait de moins voyager en avion ou en voiture pourrait suffire : nous avons besoin d’une innovation massive permettant aux individus de continuer de prendre l’avion, de conduire leur véhicule, et de participer à l’économie moderne, sans pour autant générer d’émissions. C’est là un défi plus difficile encore que le développement et la distribution de vaccins contre le Covid-19 (la plus grande campagne de santé publique de l’histoire).

Cette même forme de coopération étroite entre les gouvernements sera nécessaire à tous les niveaux, ainsi qu’avec le secteur privé. Par ailleurs, de la même manière que nous avons tous un rôle à jouer en respectant le port du masque et la distanciation, les individus doivent chacun jouer un rôle dans la réduction des émissions. Chacun peut défendre les politiques d’accélération de la transition vers le zéro émission, et réduire la prime verte en achetant des produits à empreinte carbone faible voire nulle, de type véhicules électriques ou viande végétale. Cela permettra d’attirer davantage de concurrence dans ces domaines, et en fin de compte de réduire le prix des produits écologiques.

CH : Tout comme l’éradication de la pandémie, affirmez-vous, la lutte contre le changement climatique repose essentiellement sur les sciences et l’innovation. Dans l’ensemble, vous vous dites « optimiste quant à notre capacité à inventer [les outils nécessaires], à les déployer et, si nous agissons suffisamment rapidement, à éviter le désastre climatique ». Quelles expériences ou leçons vous confèrent cet optimisme ?

BG : J’ai personnellement constaté combien les investissements en R&D pouvaient changer le monde. Les recherches soutenues par le gouvernement des Etats-Unis et par les entreprises américaines ont rendu possibles les microprocesseurs et internet, qui ont libéré une quantité phénoménale d’énergie entrepreneuriale autour de la création de l’industrie des ordinateurs personnels. De même, les efforts fournis par le gouvernement américain autour du séquençage du génome humain ont conduit à des avancées majeures dans le traitement des cancers et autres maladies mortelles.

En ce qui concerne le zéro émission, j’observe moi-même de formidables avancées. Breakthrough Energy Ventures, le fonds privé que j’ai mis en place avec plusieurs partenaires, a investi dans plus d’une vingtaine d’entreprises qui travaillent sur des procédés à empreinte carbone faible voire nulle, pour la fabrication de ciment et d’acier, la production et le stockage d’importants volumes d’électricité verte, l’horticulture et l’élevage, le transport des personnes et des marchandises à travers le monde, ou encore le chauffage et la climatisation des immeubles. Beaucoup de ces idées ne verront pas le jour. Mais celles qui y parviennent pourraient bien changer le monde.

CH : Vous écrivez toutefois : « L’innovation n’est pas qu’une question de conception de nouveaux appareils, mais également d’élaboration de nouvelles politiques permettant de présenter et de déployer ces inventions sur le marché le plus rapidement possible ». L’Union européenne, comme désormais la Chine, commence à entreprendre cette forme d’innovation politique.

Dans un effort de rectification d’une structure d’incitation défaillante, qui échoue à prendre en compte ce que vous appelez les « primes vertes », de nombreux pays européens ont mis en place des mécanismes de taxation des émissions de CO2, du gaspillage de ressources, ainsi que de la pollution. Ces mesures politiques réorientent-elles significativement la structure incitative dans la bonne direction ? Un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières permettrait-il de favoriser cette avancée ?

Nous avons besoin d’innovations politiques au même titre que technologiques. »

BG : La tarification du carbone compte parmi les mesures qui produiront une différence, dans le cadre d’une approche globale visant l’augmentation à la fois de l’offre et de la demande relatives aux avancées en matière d’énergies propres. J’évoque bien d’autres idées dans mon livre. Pour développer l’offre d’innovation, les gouvernements pourraient par exemple accroître substantiellement (multiplier par cinq, selon moi) leurs investissements dans la R&D autour des énergies propres. Du côté de la demande, outre le prix du carbone, je pense par exemple à des normes sur la quantité d’électricité ou de carburant issue des sources zéro carbone.

« Il nous faut désormais axer le quotient intellectuel politique et technologique mondial sur l’élimination des émissions. »

Nous avons besoin d’innovations politiques au même titre que technologiques. Nous savons que les mesures politiques et les technologies peuvent ensemble résoudre les plus grands défis. Comme je le décris dans mon livre, la pollution de l’air est en le parfait exemple ; le Clean Air Act américain a formidablement permis d’éliminer certains gaz toxiques de l’air. D’autres solutions politiques incroyablement efficaces ont été mises en place aux Etats-Unis, parmi lesquelles l’électrification des campagnes, l’amélioration de la sécurité énergétique, ou encore la relance économique après la Grande Récession de 2008. Il nous faut désormais axer le quotient intellectuel politique et technologique mondial sur l’élimination des émissions. Mon équipe au sein de Breakthrough Energy, réseau d’initiatives que j’ai créé pour accélérer la transition vers des énergies propres, travaille intensément pour élaborer et promouvoir des mesures politiques audacieuses sur la voie des objectifs climatiques mondiaux.

CH : Comme vous le soulignez, les gouvernements tentent souvent d’utiliser des règles relatives à d’autres problèmes pour réduire les émissions – une approche qui équivaut à tenter de « créer une intelligence artificielle en utilisant un ordinateur central des années 1960 ».

L’introduction de nouvelles législations majeures est toutefois difficile, notamment parce que les producteurs établis s’opposent à des normes plus strictes et autres changements coûteux. Vous qui vous êtes situé du côté « réglementé » dans l’équation réglementaire, quelles solutions ou idées envisagez-vous pour résoudre le problème du retard des politiques ?

BG : Il est nécessaire que les gouvernements agissent pour résoudre ce problème – il s’agit d’opérer une transition du système énergétique mondial tout entier, à une vitesse sans précédent. Les investissements du secteur privé ne pourront aboutir sans des conditions de marché qui récompensent l’innovation et permettent la concurrence des technologies propres, un environnement que les gouvernements doivent contribuer à instaurer, en agissant de manière ciblée, fiable et prévisible.

C’est aussi pour cela que je parle d’innovation non seulement technologique, mais également sur le plan des politiques et des marchés. Les dirigeants politiques doivent réfléchir avec créativité aux meilleurs moyens d’encourager l’innovation en matière d’énergies propres, d’équilibrer les règles du jeu, et d’accélérer la transition énergétique. Mon équipe chez Breakthrough Energy travaille avec plusieurs responsables publics pour développer et promouvoir les politiques nécessaires en direction de l’objectif zéro émissions nettes.

CH : Au-delà des mesures politiques, vous appelez les gouvernements à se montrer plus audacieux dans leurs investissements en recherche et développement autour du climat. Quel rôle doivent ici jouer les universités, à la fois en termes de recherche et de transmission des connaissances nécessaires pour façonner les mesures politiques ?

BG : Les universités offrent un environnement propice aux idées et au développement de technologies propres. La science, la recherche et l’ingénierie au sein des universités à travers le monde comptent parmi les facteurs les plus importants sur la voie du zéro émission nette. Bien entendu, les découvertes doivent s’extraire du seul monde universitaire, pour éclairer des politiques nouvelles et façonner le marché. Certaines institutions académiques fournissent des efforts concertés pour aider leurs professeurs à communiquer plus efficacement, à rendre leurs recherches plus attractives aux yeux des dirigeants politiques, ainsi que pour propulser leurs découvertes technologiques en direction des entreprises et des marchés. Ces aspects sont cruciaux pour éviter un désastre climatique.

CH : Vous insistez pour dire que l’impératif moral de l’action climatique est aussi fort que l’impératif économique, dans la mesure où le changement climatique affecte de manière disproportionnée les plus pauvres de la planète. Mais l’action climatique présente également des implications en termes de répartition. Comme vous le reconnaissez, même la très faible prime verte, destinée à la décarbonation du système d’électricité américain tout entier, risque d’être trop élevée pour les ménages à faibles revenus, et les pays en voie de développement sont beaucoup moins en capacité d’opérer une telle transformation. Comment surmonter ces défis ? Vos travaux sur le déploiement d’autres technologies dans des environnements à revenus faibles produisent-ils des enseignements utiles sur ce point ?

Le dirigeant d’un pays riche devrait se demander ce que fait son gouvernement, ou sa société dans le cas d’un chef d’entreprise, pour rendre la transition écologique accessible dans le monde entier. »

BG : C’est un sujet extrêmement important. Les pays à revenu faible et à revenu intermédiaire consommeront davantage d’énergie au cours des prochaines décennies, à mesure qu’ils s’extrairont de la pauvreté. Nous aspirons tous à des énergies propres, mais ces pays ne les adopteront que si elles sont aussi peu coûteuses que les combustibles fossiles aujourd’hui.

Le dirigeant d’un pays riche devrait se demander ce que fait son gouvernement, ou sa société dans le cas d’un chef d’entreprise, pour rendre la transition écologique accessible dans le monde entier – y compris pour les pays à revenu intermédiaire et à revenu faible. L’accroissement des investissements dans la R&D et dans les mesures politiques nouvelles doit être axé sur cet objectif. Nombre des sociétés dans lesquelles j’investis travaillent sur des idées abordables pour les pays à revenu faible.

CH : Vous comptez parmi les chefs d’entreprise qui aujourd’hui reconnaissent publiquement le rôle indispensable de l’Etat dans la résolution des grandes problématiques. Même parmi ces problématiques, le changement climatique se démarque. La résolution de ce défi nécessitera-t-elle un rôle du secteur public – de manière générale ou dans un domaine particulier – plus grand encore que celui auquel sont habitués même les plus favorables à l’action de l’Etat ?

BG : La transition vers des énergies propres devra être menée de concert par les gouvernements et le secteur privé – comme l’a été la révolution de l’informatique.

Cela signifiera un plus grand rôle de l’Etat, mais seulement parce que son rôle était relativement limité jusqu’à présent. Prenez la nécessaire multiplication par cinq des investissements publics en R&D, que j’ai évoquée précédemment. Cette augmentation placerait la recherche sur les énergies propres au même niveau que la recherche médicale aux Etats-Unis. De la même manière que nous pouvons compter sur les Instituts nationaux de santé pour superviser et coordonner ce travail, nous devrions créer des Instituts nationaux d’innovation énergétique (les NIEI) pour éviter les redondances et veiller à l’utilisation optimale des ressources. Un Institut de décarbonation des transports pourrait quant à lui travailler sur des carburants à faible empreinte carbone. D’autres instituts pourraient se voir conférer une autorité et des responsabilités similaires dans la recherche sur le stockage des énergies, sur les énergies renouvelables, etc.

Les NIEI pourraient également être en charge de la coordination avec le secteur privé. L’objectif consisterait à voir les recherches émerger des laboratoires nationaux, puis conduire à des produits innovants, qu’il s’agirait ensuite de déployer sur le marché à très grande échelle. Nous avons besoin de politiques qui accélèrent l’ensemble du pipeline d’innovation, de la recherche initiale jusqu’au déploiement de masse.  Au-delà des moyens nouveaux de concevoir des matériaux zéro émission, nous pouvons tout simplement utiliser moins de choses.  »

CH : Dans un passage du livre, vous écrivez : « Au-delà des moyens nouveaux de concevoir des matériaux zéro émission, nous pouvons tout simplement utiliser moins de choses. » Certains vous répondraient que le capitalisme repose sur la consommation – plus elle est élevée, mieux c’est. Une solution réelle à la crise climatique dépend-elle d’une nouvelle vision du capitalisme pour le XXIe siècle ? Une conception disons plus qualitative de la « croissance » pourrait-elle constituer le pilier d’un tel système ?

BG : J’estime que les individus du monde riche peuvent et doivent réduire une partie de leurs émissions. Comme je l’explique dans mon livre, je prends moi-même certaines mesures pour réduire et compenser mes propres émissions. La consommation énergétique au niveau mondial est vouée à doubler d’ici 2050, en raison d’une importante croissance des pays à revenu faible et à revenu intermédiaire. La croissance est une bonne chose en ce sens qu’elle permet aux individus de vivre une existence plus productive, en meilleure santé. Nous devons cependant y parvenir sans rendre le problème climatique encore plus difficile à résoudre. C’est pourquoi nous avons besoin d’innovations qui rendent l’élimination des émissions suffisamment abordable pour chacun à travers le monde.

CH : « Ce livre évoque ce qu’il nous faut accomplir [pour éviter un désastre], et pourquoi je pense que nous pouvons y parvenir », écrivez-vous. En votre âme et conscience, pensez-vous réellement que nous y parviendrons tous ensemble à temps ?

BG : Oui, je le pense. Comme je l’écris à la fin de mon livre, je suis fondamentalement optimiste, car j’observe ce que la technologie peut accomplir, et ce que les êtres humains sont capables de réaliser. Ce qu’il nous faut, c’est consacrer les dix prochaines années à l’élaboration et à la mise en place des bonnes politiques, technologies et structures de marché, afin que le monde puisse atteindre l’objectif zéro émission d’ici 2050. Nous n’avons pas de temps à perdre.

Climat–Réchauffement : 2020 année record

Climat–Réchauffement : 2020 année record

« 2020 est en tête [des relevés les plus chauds] pratiquement depuis le mois de février », enchaînant les moyennes record, souligne Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint à la direction de la climatologie et des services climatiques de Météo-France.

Autre signe de ce réchauffement, sur les 120 années depuis que ces moyennes nationales sont relevées, les six années les plus chaudes ont été enregistrées depuis 2011.

« Au cours de la décennie que nous venons de vivre, nous sommes dans une dynamique particulièrement significative, la variabilité devient très réduite », explique M. Soubeyroux. « Sur une série de 120 ans, la probabilité pour chacune de ces années [d'être dans les plus chaudes] est d’un sur 120, on voit que les dés sont pipés ».

 

Ce réchauffement reflète fidèlement celui constaté à l’échelle planétaire, où l’Organisation mondiale de la météo a annoncé début décembre que 2020 devrait être l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées.

Réchauffement climatique : le conseil d’État met la France en demeure de prendre des mesures

Réchauffement climatique : le conseil d’État met la France en demeure de prendre des mesures

La France se gargarise évidemment de l’accord de Paris sur le climat, le problème c’est qu’elle ne le respecte pas davantage que les autres. Si la France est effectivement en pointe en matière de déclaration concernant la protection de l’environnement en général et le réchauffement climatique en particulier par contre le décalage entre ses proclamations et son action concrète n’a jamais été aussi grand. Pour preuve, la France a encore été condamnée par les autorités européennes. Pire, le Conseil d’État met en demeure la France de prendre des mesures dans les trois mois pour réduire les émissions polluantes concernant en particulier les gaz à effet de serre.

C’était au départ un recours déposé en janvier 2019 par le maire écologiste de Grande-Synthe, Damien Carême ( élu depuis député européen). Cette ville du nord étant à terme potentiellement exposée à des risques de submersion, l’élu avait attaqué l’État pour «inaction climatique». Le gouvernement avait en effet fait la sourde oreille aux appels de l’édile pour de nouvelles mesures en vertu des accords de Paris. Un collectif regroupant quatre associations, «L’affaire du Siècle» et les villes de Paris et Grenoble se sont jointes au recours.

«Le Conseil d’État juge que la requête de la commune de Grande-Synthe est recevable, cette commune littorale de la mer du Nord étant particulièrement exposée aux effets du changement climatique», note d’abord la haute juridiction. Avant de rappeler que si la France s’était engagée à réduire ses émissions de 40% d’ici à 2030, « elle a, au cours des dernières années, régulièrement dépassé les plafonds d’émissions qu’elle s’était fixés et que le décret du 21 avril 2020 a reporté l’essentiel des efforts de réduction après 2020». Le Conseil d’État donne donc trois mois au gouvernement pour « justifier que la trajectoire de réduction à horizon 2030 pourra être respectée”.

Au-delà de ces délais, la décision implique que la Cour pourrait imposer au gouvernement de nouvelles mesures en faveur du climat, si celui-ci ne parvient pas à justifier sa trajectoire au regard des objectifs fixés par les accords de Paris. « Le Conseil d’État sera en mesure de «forcer la main» de l’exécutif pour le sommer d’agir», explique Christel Cournil, professeure de droit public à Sciences Po Toulouse et auteure de Les procès climatiques : entre le national et l’international. Une première en France. 

Fessenheim : réchauffement climatique 2 – climat 0

Fessenheim : réchauffement climatique 2 – climat 0

Le GIFEN, qui représente l’ensemble des industriels de la filière nucléaire française, déplore cette décision de fermeture de Fessenheim ( cadeau surtout fait par François Hollande à Europe écologie les Verts en 2012), qui fragilisera considérablement le tissu économique local et contribuera à l’accroissement des émissions de CO2. Par Cécile Arbouille, déléguée générale du GIFEN.

« Aujourd’hui, les équipes d’EDF ont mis à l’arrêt le second réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim (Bas-Rhin), en application du décret gouvernemental du 18 février abrogeant l’autorisation d’exploitation de la centrale par l’électricien français. Quatre mois après l’arrêt du réacteur 1, la mise à l’arrêt du second réacteur met fin, de manière prématurée, au bon fonctionnement d’une installation dont l’Autorité de sûreté nucléaire elle-même, en 2015, rappelait la sûreté irréprochable. Le GIFEN, qui représente l’ensemble des industriels de la filière nucléaire française, déplore cette décision, qui fragilisera considérablement le tissu économique local et contribuera à l’accroissement des émissions de CO2.

Vers l’importation d’électricité fortement carbonée

Depuis sa mise en service en 1977, la centrale nucléaire de Fessenheim produisait en moyenne 11 milliards de kWh par an, soit l’équivalent de 70% de la consommation d’une région comme l’Alsace – avec presque deux millions d’habitants. Sa fermeture est avant tout un coup dur pour  la lutte contre le réchauffement climatique ; l’énergie issue des éoliennes et des panneaux solaires – des énergies intermittentes – ne saurait suffire pour combler l’arrêt de la production de la centrale.

Il y a donc fort à parier qu’il faudra importer de l’électricité produite en dehors du territoire français, à partir de sources fortement émettrices de CO2 comme le charbon ; rappelons que pour 812 g de CO2/KWh, le charbon produit 67 fois plus de CO2 que le nucléaire et ses 12g de CO2/KWh.

Vers un désert économique à Fessenheim

 

La fermeture de Fessenheim suscite également une inquiétude légitime, non seulement pour les entreprises de la filière et leurs collaborateurs, mais aussi pour les populations locales : avec près de 2.000 emplois directs et indirects (salariés EDF, salariés des entreprises prestataires et sous-traitants), mais aussi 14 millions d’euros de taxes versées aux collectivités locales en 2019, elle constituait un véritable poumon économique local.

Son démantèlement, qui devrait débuter en 2025 pour une durée prévisionnelle de 15 ans, ne générera pas autant d’emplois que ceux nécessaires à une centrale en exploitation. Par ailleurs, le « projet d’avenir » initié en 2019 par le Ministre de la Transition écologique et solidaire pour le territoire de Fessenheim ne présente pas d’avancées concrètes et n’apporte pas la clarté nécessaire pour l’avenir du territoire ; en témoigne l’inquiétude manifestée en février dernier par plusieurs élus de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach et du Conseil départemental du Haut-Rhin.

Fessenheim, une centrale sure

Enfin, l’ancienneté de Fesseinheim – invoquée par certains pour justifier sa fermeture, n’est pas un argument rationnel : l’Autorité de Sûreté nucléaire, réputée pour sa rigueur et son indépendance, faisait encore valoir en 2018 l’exemplarité des installations de Fessenheim en matière de sûreté. En dépit de la fermeture d’une installation sûre, bas carbone et compétitive, le GIFEN reste plus que jamais déterminé à faire valoir la capacité de la filière nucléaire française à participer au renouvellement du parc nucléaire français et à poursuivre l’exploitation du parc existant.

Réchauffement climatique: la disparition des plages à terme ?

Réchauffement climatique: la disparition des plages à terme ?

 

Avec le réchauffement climatique et de développement du nombre et de l’ampleur des tempêtes, les plages sont menacées de disparaître à terme. Avec le réchauffement climatique, le niveau des océans s’élève. Et la mer finit par grignoter le littoral. Résultat : l’eau menace une partie de l’habitat en bord de mer, les terres agricoles et la nappe phréatique qui se charge en sel. Selon la nature du littoral, ce recul de la terre ferme peut aller de quelques centimètres par an pour les falaises à un ou deux mètres pour certaines plages. D’ici à 2050, 300 millions d’habitants risquent d’être confrontés à des inondations côtières au moins une fois par an. Alors, pour faire face à l’érosion du littoral, en Normandie, chercheurs et élus se mobilisent. Notre journaliste est allé à leur rencontre. Pour en venir à cette conclusion, les scientifiques ont utilisé des images satellites. Ils ont étudié la manière dont les plages ont évolué au cours des 30 dernières années et ont ainsi pu prédire les impacts que le changement climatique aurait sur elles.

« D’ici la fin du siècle, la moitié des plages du monde vont souffrir d’une érosion de plus de 100 mètres », explique le chercheur Michalis Vousdoukas, qui a dirigé l’étude. « Il est très probable qu’elles disparaissent. »

Plus la température de la planète augmente, plus les plages sont en danger. En cause: l’augmentation du niveau de la mer et de violentes tempêtes. Certaines plages pourraient être englouties par les vagues.

Les scientifiques ont travaillé à partir de deux scénarios, celui « du pire » où les émissions de gaz à effet de serre continuent à leur rythme actuel, ou un autre scénario où le réchauffement climatique est limité à 3°C, un niveau toutefois élevé. Dans le scénario du pire, 49,5% des plages de sable disparaîtraient, soit environ 132.000 km de côte. Dans l’autre cas, environ 95.000 km seraient concernés, soit un tiers des littoraux sablonneux de la planète.

L’activité humaine sur de nombreuses zones côtières, notamment les constructions sur les rives et l’élévation de digues, aggrave la situation en réduisant la quantité de limon qui s’écoule dans l’océan. Ces fines particules sont pourtant nécessaires à la bonne santé des plages.

Si les plages venaient à disparaître les unes après les autres, les vacanciers ne seraient pas les seuls à en souffrir:

« En dehors du tourisme, les plages de sable offrent souvent le premier mécanisme de protection contre des tempêtes et des inondations et sans elles, les impacts des événements climatiques extrêmes seront probablement plus forts », a averti Michalis Vousdoukas, chercheur au Centre commun de recherche de la Commission européenne. « Nous devons nous préparer ».

Certains pays seront plus touchés que d’autres, d’après les scientifiques. En Gambie et Guinée-Bissau, en Afrique de l’Ouest, plus de 60% des côtes sablonneuses pourraient disparaître.

L’Australie serait le pays le plus durement touché, avec près de 15.000 km de plages de sable rayés de la carte d’ici à 80 ans, devant le Canada, le Chili et les États-Unis. Le Mexique, la Chine, la Russie, l’Argentine, l’Inde et le Brésil font aussi partie des pays en première ligne.

Contre le réchauffement climatique, il faut un changement radical d’approche

Contre le réchauffement climatique, il faut un changement radical d’approche

 

 

Pierre Calame, Polytechnicien, ingénieur des ponts et chaussées, président honoraire de la Fondation Charles Léopold Mayer, critique par avance les travaux anecdotiques de la fameuse convention citoyenne ( 150 personnes choisies au hasard) du fait des méthodologies douteuses et prône un changement radical d’approche.

Tribune.

 

« Avertissement de la communauté scientifique ; émoi public ; engagement des pouvoirs publics à agir ; constat que rien n’a vraiment changé ; nouvel avertissement des scientifiques, etc. Comme un pas de danse bien rodé, le rituel se répète depuis 1979 date du premier avertissement scientifique, lors de la Conférence mondiale sur le climat. Jusqu’à quand ? Progressivement, le ballet se transforme en danse macabre, entraînant riches et pauvres dans la même ruine.

La récente tribune « Face à la crise écologique la rébellion est nécessaire » signée par près de 1 000 scientifiques et présentée en Une du Monde du 21 février, souligne, après des dizaines d’avertissements du même tonneau, que « depuis des décennies, les gouvernements successifs ont été incapables de mettre en place des actions fortes et rapides pour faire face à la crise climatique ». Elle en appelle à une action des citoyens eux-mêmes. On découvrira demain, bien sûr, que ces actions sont tout aussi impuissantes à engager la transformation structurelle indispensable.

Les scientifiques se prennent à espérer que les propositions issues de la Convention citoyenne pour le climat, dont la sixième session (sur sept) se termine le dimanche 8 mars, seront enfin à la hauteur du défi. C’est beaucoup d’illusions si l’on regarde le mandat donné à la Convention, qui invite les citoyens à lister des actions classées dans cinq domaines (se loger, se déplacer, travailler et produire, se nourrir, consommer), le faible temps laissé à des citoyens qui pour la plupart ne peuvent consacrer que leurs week-ends à la réflexion sur un sujet aussi vaste et la méthodologie de travail qui les met dans une moulinette qu’ils n’ont pas choisie.

Les mêmes causes produiront les mêmes effets. On découvrira dans deux ou trois ans que les mesures adoptées étaient malheureusement « anecdotiques », pour reprendre les critiques portées par certaines ONG à l’encontre du président de la République après sa visite le 13 février au massif du Mont-Blanc. Que dirait-on d’un médecin qui recommanderait pendant plusieurs décennies le même traitement sans résultat ? On envisagerait de changer l’un et l’autre. Mais non, dans une affaire qui concerne notre avenir à tous, on continue, on prend les mêmes et on recommence.

Encore un tour de valse : avertissement, émoi, mesures nouvelles, constat que rien n’a changé. Seuls les musiciens semblent infatigables. Où est le loup ? Il est bien visible, pas besoin d’aller le chercher dans les bois. La démarche est toujours identique. On montre par des scénarios techniques qu’il serait possible de réduire notre empreinte carbone totale, incluant l’énergie grise (celle qui a servi à fabriquer et transporter les biens et services importés). Puis on met en place des obligations de moyens pour faire advenir ces scénarios, tout en veillant à ne pas mettre en péril notre industrie, notre croissance, notre niveau de vie. Et, bien entendu, si ces moyens n’ont pas obtenu le résultat escompté, personne n’en est responsable. »

Réchauffement climatique : l’économie de la neige en danger

Réchauffement climatique : l’économie de la neige en danger

 

Le phénomène n’est pas nouveau, il y a déjà des dizaines d’années que l’enneigement se fait plus en plus rare à basse et même moyenne altitude. Cette année, le phénomène s’amplifie compte tenu des températures exceptionnellement douces, les plus douces depuis le début des relevé, c’est-à-dire vers 1900. En janvier, environ 170 stations de ski ont fermé, soit un peu plus d’une sur quatre. Un phénomène à l’effet boule de neige, qui se répercute sur une grande partie du marché du ski. Pour résumer cette année pour skier , il faut aller entre 1300 et 400 m dans les Alpes trouver de la neige, au moins 1800 m dans les Pyrénées. La neige se fait rare dans les Vosges et le Massif central. Ce phénomène structurel affecte évidemment l’économie des stations qui tentent bien sûr de proposer d’autres activités mais qui ne compensent  pas celles du ski traditionnel.

En trente ans, l’enneigement a diminué de 30 % dans les Alpes. Pour ne rien arranger, la pluie se substitue de plus en plus au manteau blanc en basse et moyenne montagnes. La limite pluie-neige, qui était autrefois à 1.200 mètres, remonte en effet à 1.500 mètres.

La hausse des températures n’est pas seulement un signe alarmant du réchauffement climatique, elle a également des conséquences économiques sur le marché du ski. Comme nombre de stations manquent de neige de façon chronique, beaucoup de pistes de basse et moyenne montagne ferment, comme celle de Céüze, dans les Hautes-Alpes. La Cour des Comptes estime que, pour être rentable, une station de ski doit être ouverte au minimum 100 jours dans la saison, typiquement du 1er décembre au 15 avril. Pour skier, il faut donc aller toujours plus haut, dans les stations de haute montagne.

Haute montagne ou non, le secteur du ski fait face à plusieurs défis. Car ce sport devient de plus en plus élitiste. À cause de ces températures élevées, les stations doivent, par exemple, investir dans de la neige artificielle pour garantir un bon domaine skiable. C’est indispensable. Pour ceux qui ne sont pas équipés, la saison est irrattrapable.

Réchauffement climatique 2019 le plus chaud depuis 100 ans

Réchauffement climatique  2019 le plus chaud depuis 100 ans

 

L’Arctique comme le reste du Monde enregistre record sur record. Après deux mois d’été (juin et juillet) entrés dans l’histoire comme les plus chauds jamais observés dans le monde le mois d’août n’a pas suffit à compenser la situation L’été météorologique (trimestre de juin-juillet-août) est devenu le plus chaud mesuré à travers l’ensemble du globe depuis le début des observations satellites il y a 40 ans ! L’anomalie sur ce trimestre s’élève à +0.546°C au niveau mondial, par rapport à la moyenne établie sur la période de référence (1981-2010). Ceci détrône le record de l’été 2016 d’un peu plus de trois centièmes de degrés (+0.513°C). Pour ces huit premiers mois de notre année 2019, l’anomalie mondiale est estimée à +0.557°C (par rapport à la moyenne 1981-2010). Pour rappel, l’année 2016 reste à ce jour l’année record en terme de chaleur sur la planète (+0.63°C) suivi de l’année 2017 (+0.54°C) et de l’année 2018 (+0.46°C). En d’autres termes, en l’état actuel des choses, 2019 devrait vraisemblablement se placer au 2e ou au 3e rang des plus chaudes années planétaires. Pour l’Arctique , région a connu en 2019 sa deuxième année la plus chaude depuis 1900 et sa deuxième plus petite banquise jamais enregistrée, selon le bulletin annuel arctique de l’agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA) publié mardi 10 décembre.

En cause, le réchauffement climatique, qui n’est pas uniforme sur Terre : il est en effet deux fois plus rapide au pôle Nord depuis les années 1990, un phénomène que les climatologues appellent l’amplification arctique. La température moyenne dans la saison octobre 2018-septembre 2019 a été supérieure de 1,9°C à la moyenne 1981-2010, qui sont les décennies où le réchauffement a réellement commencé dans l’Arctique. Les six dernières années ont battu tous les records précédents.

 

Réchauffement climatique Arctique : 2019 le plus chaud depuis 100 ans

Réchauffement climatique Arctique  : 2019 le plus chaud depuis 100 ans

 

l’arctique comme le reste du Monde enregistre record sur record. Après deux mois d’été (juin et juillet) entrés dans l’histoire comme les plus chauds jamais observés dans le monde le mois d’août n’a pas suffit à compenser la situation… L’été météorologique (trimestre de juin-juillet-août) est devenu le plus chaud mesuré à travers l’ensemble du globe depuis le début des observations satellites il y a 40 ans ! L’anomalie sur ce trimestre s’élève à +0.546°C au niveau mondial, par rapport à la moyenne établie sur la période de référence (1981-2010). Ceci détrône le record de l’été 2016 d’un peu plus de trois centièmes de degrés (+0.513°C). Pour ces huit premiers mois de notre année 2019, l’anomalie mondiale est estimée à +0.557°C (par rapport à la moyenne 1981-2010). Pour rappel, l’année 2016 reste à ce jour l’année record en terme de chaleur sur la planète (+0.63°C) suivi de l’année 2017 (+0.54°C) et de l’année 2018 (+0.46°C). En d’autres termes, en l’état actuel des choses, 2019 devrait vraisemblablement se placer au 2e ou au 3e rang des plus chaudes années planétaires. Pour l’Arctique , région a connu en 2019 sa deuxième année la plus chaude depuis 1900 et sa deuxième plus petite banquise jamais enregistrée, selon le bulletin annuel arctique de l’agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA) publié mardi 10 décembre.

En cause, le réchauffement climatique, qui n’est pas uniforme sur Terre : il est en effet deux fois plus rapide au pôle Nord depuis les années 1990, un phénomène que les climatologues appellent l’amplification arctique. La température moyenne dans la saison octobre 2018-septembre 2019 a été supérieure de 1,9°C à la moyenne 1981-2010, qui sont les décennies où le réchauffement a réellement commencé dans l’Arctique. Les six dernières années ont battu tous les records précédents.

 

Réchauffement climatique : urgence ! (FMI)

Réchauffement climatique : urgence ! (FMI)

 

On peut se réjouir que le FMI surtout préoccupé d’ordinaire des questions économiques et financières prenne maintenant en compte la problématique du climat. Pour autant, en profiter pour vendre l’idée de la taxe carbone constitue une hérésie environnementale et écologique. Ce ne sont pas les taxes qui modifient l’usage des véhicules utilisant du carburant pétrolier mais la technologie, et l’offre alternatif (même chose pour le chauffage). La taxe carbone est une taxe comme les autres, elle ne fait qu’affecter le pouvoir d’achat et la compétitivité. Pour preuve la France est le pays qui taxe le plus les produits du pétrole et pourtant n’atteint pas les résultats prévus en matière d’émissions qui provoque la hausse du climat. Le FMI, comme les écolos, comme les économistes veulent gérer par les taxes et le marché une question qui relève surtout de la technologie et de la régulation. Bref, le FMI reprend bêtement les discours à la mode.  Le réchauffement climatique provoque des dégâts majeurs sur l’économie mondiale et l’environnement, déclare jeudi le Fonds monétaire international (FMI), qui ajoute que la manière la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre serait  de mettre en place une taxe sur le carbone.

Soulignant qu’une action politique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre est une “urgence”, le FMI ajoute qu’il est également indispensable d’améliorer la coordination au niveau mondial.

“Le réchauffement climatique provoque des dégâts majeurs sur l’économie mondiale et la nature et engendre des risques de conséquences catastrophiques et irréversibles”, écrit le Fonds dans un rapport publié en vue de sa “réunion d’automne” des dirigeants politiques et acteurs de la finance.

L’accord de Paris sur le climat signé en 2015, rappelle le FMI, visait à limiter la progression des températures d’ici la fin du siècle “bien en dessous de 2°C” par rapport au niveau préindustriel.

Sur la base des engagements actuels de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la trajectoire est plutôt de l’ordre d’une élévation de 3°C, dit le FMI. D’autant que de nombreux pays ne tiendront pas leurs propres engagements et que les Etats-Unis ont annoncé leur volonté de se retirer de l’accord de Paris.

“La mise en œuvre des engagements existants est par conséquent une première priorité, mais des mécanismes pour renforcer l’action à un niveau global est vraiment nécessaire”, écrit le FMI.

Taxer le carbone à hauteur de 75 dollars la tonne aurait l’impact le plus fort sur une réduction

Réchauffement climatique : sécurité alimentaire en cause

Réchauffement climatique : sécurité alimentaire en cause

Il n’est sans doute pas besoin d’être un grand expert pour comprendre que le réchauffement climatique et notamment les épisodes de canicule constituent un véritable danger pour l’agriculture et que la sécurité alimentaire mondiale est en cause. Non seulement certaines plantes ne peuvent résister durablement à des épisodes de chaleur mais parallèlement le manque d’eau se fait cruellement sentir. Ce phénomène concerne  toutes les parties du monde, les zones déjà arides mais aussi des pays au climat tempéré comme la France ou la canicule cette année a brulé fleurs et  plantes Dans un rapport publié jeudi, le Giec souligne donc  la menace que représente sur la sécurité alimentaire la hausse des températures, aggravée par la déforestation et la surexploitation des ressources en eau. C’est un peu le «climat vu dans mon assiette», résume un spécialiste qui a participé à la rédaction du premier rapport spécial du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) consacré aux terres et à l’alimentation, publié ce 8 août, à Genève (Suisse). Son titre officiel est plus alambiqué: «Changement climatique, désertification, dégradation des terres, gestion durable des terres, sécurité alimentaire et flux de gaz à effet de serre des écosystèmes terrestres». «Les scientifiques devraient dresser un nouveau constat détaillé et alarmant, prévient le député frondeur de LREM Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot. L’exploitation par l’homme des sols et des ressources en eau est sans précédent dans l’histoire de l’humanité.» Les dangers qui pèsent sur le système alimentaire mondial se sont aggravés.

Réchauffement climatique : 80 millions d’emplois menacés (OIT)

 Réchauffement climatique : 80 millions d’emplois menacés (OIT)

Catherine Saget, cheffe d’équipe au département de la recherche de l’OIT qui vient de sortir un rapport sur les conséquences du réchauffement climatique s’explique dans uen interview à   franceinfo.

 

 Est-ce que le réchauffement climatique va nous coûter cher ?

 

 

Catherine Saget : Il nous coûte déjà cher ! On estime qu’en 1995, la perte des heures travaillées atteignait déjà 1,4%, un chiffre très élevé. En 2030, le réchauffement climatique va engendrer la perte de 80 millions d’emplois. On peut comparer aux 170 millions de chômeurs dans le monde à l’heure actuelle… Sachant que c’est une estimation globale, mais il y a des pays qui sont extrêmement touchés. Or ce sont déjà des pays qui ont un déficit de travail décent, qui n’ont pas de système de sécurité sociale développé. Les pays les plus pauvres vont être aussi les plus impactés.

Comment avez-vous calculé ?

Pour tous les travailleurs, on connaît le secteur d’activité, mais aussi le niveau de température de la localité du travailleur. On sait aussi globalement de combien baisse la productivité pour chaque niveau d’effort et de température. On peut donc agréger les pertes de productivité pour tous les travailleurs. Par exemple, pour un travailleur agricole, la productivité baisse de 50% vers une température de 35°C. Il perd donc une demi-heure de travail toutes les heures. C’est comme cela qu’on arrive à cette estimation mondiale de 2,2% d’heures travaillées en moins en 2030. On commence à ralentir à 24°C et à 39°C, on ne peut tout simplement plus travailler.

Quelles sont les régions du monde qui seront les plus touchées ?

Les deux régions les plus touchées sont l’Asie du Sud et l’Afrique de l’Ouest, où la perte d’heures travaillées atteint 5%. Les pays occidentaux et l’Europe seront beaucoup moins touchés. On a très peu d’impact, sauf peut-être pour un pays comme l’Espagne. En revanche, en ce qui concerne les pics de chaleur ponctuels et les épisodes de canicule, là l’Europe est concernée. Pour un pays comme la France, l’effet resterait assez marginal, mais il y a quand même un effet très désagréable, avec ces vagues de chaleur de plus en plus régulières et intenses.

 

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