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La gauche radicalisée, un renoncement au pouvoir

La gauche radicalisée, un renoncement au pouvoir

 

En acceptant l’alliance de la Nupes, la gauche sociale-démocrate s’est rangée et dissoute dans la gauche radicale, analyse le journaliste Renaud Dély dans le Figaro. En plus de la faire disparaître, cette ligne contestataire va la tenir éloignée du pouvoir.

Renaud Dély est journaliste et auteur d’Anatomie d’une trahison. La gauche contre le progrès (Éditions de l’Observatoire, 2022).

Jean-Luc Mélenchon a proposé de former un groupe au Parlement, proposition qu’ont déclinée le PS, EELV et le PCF. N’était-ce qu’une alliance de façade ? Va-t-elle perdurer dans l’hémicycle ?

Renaud DÉLY. – En faisant cette proposition, Jean-Luc Mélenchon continue de faire ce qu’il sait très bien faire : de la politique. Je suis assez surpris par la naïveté confondante de ses partenaires socialistes, écologistes et communistes. Ils ont l’air estomaqués et se récrient… Mais dès lors qu’ils ont accepté de se ranger derrière l’accord de la Nupes, c’est-à-dire derrière 650 propositions communes (même s’il y avait des désaccords), derrière des candidatures uniques dans chaque circonscription et surtout, derrière le mot d’ordre de Jean-Luc Mélenchon, «Élisez-moi à Matignon», cette proposition d’absorption était logique et attendue.

Avec cette tentative, Jean-Luc Mélenchon poursuit l’OPA sur l’ensemble de la gauche qu’il a déjà initiée dès le début du mois de mai, lorsqu’il a rassemblé toute la gauche sur son nom, sur son programme, et même derrière 350 de ses candidats. Il n’y a rien de surprenant à ce qu’il fasse cette proposition. C’était d’autant plus prévisible qu’il a perdu les élections, que le résultat est décevant pour lui, et qu’il s’interroge maintenant sur son rôle dans les années qui viennent. En effet, celle qui va réellement incarner le leadership de l’opposition à l’Assemblée nationale, c’est Marine Le Pen, à la tête du groupe RN de 89 députés.

Par ailleurs, il est logique que les écologistes, socialistes et communistes refusent. En effet, il y a des désaccords de fond qui demeurent entre eux: sur des sujets aussi importants que la situation en Ukraine, l’Otan, l’avenir de l’Union européenne mais aussi sur des sujets qui ont trait aux libertés publiques. Peu importe pour Jean-Luc Mélenchon que ses supplétifs s’indignent, le coup est déjà réussi: il a pris à témoin publiquement l’électorat de gauche qui aura du mal à comprendre ce refus de constituer un groupe à l’Assemblée alors que jusque-là tous ses partenaires étaient d’accord sur tout avec l’insoumis jusqu’à clamer « Mélenchon premier ministre ! ».

Les désaccords profonds entre toutes ces formations de gauche n’avaient donc été mis entre parenthèses que pendant quelques semaines de campagne. Ils demeurent donc et heureusement d’ailleurs, que cette alliance n’a pas gagné les élections, elle aurait été bien incapable de diriger le pays au vu de l’ampleur de ses divisions.

On constate que cette alliance n’était bien qu’un cartel électoral, une conjonction d’intérêts électoraux à très court terme et dans laquelle les différences de fond demeurent. Le principal ciment de cette alliance était et demeure, l’antimacronisme.

Quel est le nouvel équilibre des forces entre les différents partis de gauche ?

Cet équilibre repose très clairement sur l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon. Il a construit cette hégémonie avec son score au premier tour de l’élection présidentielle et il l’a confortée avec cette alliance de la Nupes qu’il a réussi à faire avaler, si j’ose dire, et même digérer par tous ses partenaires, de Julien Bayou à Olivier Faure. Ils se sont tous rangés sans ciller derrière Jean-Luc Mélenchon, le programme des Insoumis et le mot d’ordre « Élisez-moi à Matignon ». Seul Fabien Roussel a fait preuve d’un peu de résistance en essayant de conserver un semblant d’autonomie.

Dès lors, le rapport de forces internes à la gauche est extrêmement clair: ce qui reste de la gauche, c’est une gauche mélenchoniste, voire mélenchonisée. Les autres ne sont que des supplétifs. Le risque qu’ils courent, et qu’ils ont accepté de prendre dès lors qu’ils ont conclu cette alliance qui allait à l’encontre de nombre de leurs convictions, en particulier celles des écologistes et des socialistes sur les questions européennes, est celui de devenir les supplétifs, voir les complices de la gauche mélenchoniste et radicale.

Cette union entérine-t-elle un effacement de la gauche sociale-démocrate, initié lors des dernières élections présidentielles (2017 et 2022) ?

C’est le drame qu’entraîne cette union: la gauche sociale-démocrate, la gauche réformiste, celle qui accepte de s’atteler au réel, de le changer, de la réformer et de le corriger, s’est ralliée, rangée et même dissoute dans la gauche radicale. De nombreux responsables du Parti socialiste ont préféré rogner sur une grande partie de leurs convictions pour sauver quelques mandats de députés. Et le résultat accouche finalement d’une grande stabilité pour le PS: c’est le seul partenaire qui n’a pas progressé en nombre de députés. Tout ça pour ça…

Mais ce reniement a de lourdes conséquences. En effet, cette gauche-là a rompu avec la culture de gouvernement pour préférer se réfugier dans l’imprécation, l’indignation, la radicalité. Les réformistes se sont enfermés dans une posture qui les tient durablement éloignés du pouvoir et leur influence s’est de plus en plus marginalisée.

Le problème c’est que cette gauche réformiste s’est engagée dans cet engrenage au risque d’être avalée et détruite par la gauche radicale mélenchoniste. Même si les socialistes reprennent de la distance à l’Assemblée nationale en conservant leur propre groupe, dans l’esprit des électeurs de gauche, ils se sont dissous dans le mélenchonisme. Cette gauche radicale est, à mon sens, durablement minoritaire dans le pays. Elle a avalé et anéanti ce qui restait de la gauche réformiste et ne pourra pas reconquérir le pouvoir avant très longtemps.

131 sièges, c’est le plus bas score de la gauche en nombre de députés aux législatives, à l’exception de 1993 et 2017.

La Nupes a finalement obtenu 131 sièges Doit-on considérer cela comme une victoire ou une défaite de la gauche ?

C’est un échec assez net. 131 sièges, c’est le plus bas score de la gauche en nombre de députés aux législatives, à l’exception de 1993 et 2017. Bien sûr, il y a un progrès par rapport à 2017: le nombre de députés a doublé. Mais Jean-Luc Mélenchon espérait beaucoup mieux et sa défaite est claire. Le nombre de députés de gauche est inférieur à celui qu’elle détenait dans l’Assemblée nationale lors de ses défaites législatives de 2002, après la réélection de Jacques Chirac à l’Élysée, et en 2007, après la victoire de Nicolas Sarkozy. Rappelons qu’en 2002, la gauche était déjà absente du second tour de l’élection présidentielle. Il n’y a que lors des débâcles de 1993 et 2017 que la gauche a eu moins de députés que cette année.

C’est une nette défaite en voix d’abord: il n’y a eu aucune dynamique électorale. L’accord de la Nupes n’a pas rapporté de suffrages à la gauche qui reste au même niveau qu’en 2017. En fait, c’est un succès stratégique certes, car la stratégie d’union a permis à la gauche de limiter les dégâts en nombre d’élus, mais c’est avant tout un échec électoral et politique.

Plus grave, c’est même une défaite idéologique parce que cette gauche s’est rangée sur une ligne radicale, contestataire et protestataire qui va la tenir éloignée du pouvoir. Elle sera représentée à l’Assemblée nationale par une grande partie de députés eux-mêmes essentiellement contestataires et qui n’ont aucune culture de gouvernement et ne veulent pas l’acquérir. Ils se prétendent les porte-parole du « peuple en colère » et ne vont siéger que pour protester et bloquer. Ce n’est pas sur ces bases que la gauche peut essayer de se reconstruire pour essayer de reconquérir le pouvoir demain et se mettre à nouveau à essayer de transformer, changer et améliorer le réel.


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Une jeune radicalisée connaissait l’identité de 2.626 agents du renseignement

Une jeune radicalisée connaissait l’identité de 2.626 agents du renseignement

Selon l’hebdomadaire Le point, ces fichiers, que la suspecte avait pris le soin d’effacer, datent de 2008. À l’intérieur se trouvaient les identités de policiers affectés à la Direction de la surveillance du territoire (DST) et aux Renseignements généraux (RG), juste avant leur fusion, qui avait donné lieu à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).   Lundi 9 avril, 6 personnes dont Mina B. ont été interpellées par les enquêteurs. Parmi elles, une policière, ancienne déléguée départementale du syndicat Alliance dans les Yvelines. L’Express affirme que Mina était une amie de la fille de cette dernière, également entendue. La policière l’aurait même hébergée chez elle, courant 2016.  Ces faits avaient conduit l’Inspection générale de la police nationale à mener une enquête sur la fonctionnaire, avant de conclure à une absence d’infractions. Aujourd’hui, les enquêteurs se demandent si la jeune fichée S n’a pas profité de son séjour chez la policière pour récupérer ces documents très confidentiels.

 




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