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«Libéralisme en question « (Marcel Gauchet)

 «Le libéralisme  en question « (Marcel Gauchet)

 «Le chiffre le plus étonnant du sondage est celui qui montre leur désamour à l’égard de l’Etat-providence. Ils ne sont que 36 % à l’apprécier – chiffre confirmé par l’image mitigée de l’Etat en général (58 % d’opinions favorables, contre 40 %)» (sondage Ifop pour l’Opinion et la Fondation Concorde)

Chronique dans l’opinion

 

 

Valeurs, rôle de l’Etat, poids du secteur public, politiques sociales, libertés, fiscalité… L’Opinion publie la cinquième édition de son sondage exclusif sur les Français et le libéralisme. Des personnalités le commentent.

L’image de l’opinion française que renvoie le sondage « Les Français et le libéralisme » est celle d’un statu quo anxieux. Les Français sont perplexes au milieu de leurs partages, et le moins que l’on puisse dire est que les responsables politiques de droite ou de gauche qui voudraient tirer de ces chiffres des indications claires sur les attentes de leurs électeurs seront déçus. La difficulté de définir une offre politique à partir de ces données n’a sans doute jamais été aussi grande.

De ce point de vue, l’élection d’Emmanuel Macron, au-delà des péripéties qui l’ont permise, n’apparaît pas rétrospectivement comme le simple fruit d’une conjoncture chanceuse. Le macronisme, dans le flou doctrinal de son « en même temps », est bel et bien en phase avec les incertitudes françaises. Cela ne lui vaut pas un niveau élevé d’adhésion ni une grande popularité. Mais cela suffit à lui assurer une plus grande acceptabilité que ses concurrents de droite et de gauche, dont la tâche paraît impossible, en dépit de la légitimité de principe que conservent leurs positions.

Les Français aiment le libéralisme (en pratique beaucoup plus qu’en théorie), ils n’aiment pas le capitalisme. Ils plébiscitent l’initiative, la responsabilité, le mérite, et même l’entreprise. Ils n’aiment guère en revanche la concurrence, les privatisations ou la mondialisation. Et sont 72 % à rejeter le capitalisme. On peut voir dans ces chiffres contrastés l’inconséquence habituelle consistant à vouloir les causes en refusant les conséquences. C’est sûrement une partie du tableau.

Les Français n’aiment pas la manière dont on leur a vendu les réformes, l’économie de marché, la mondialisation, le capitalisme

Capitalisme. Mais il y a autre chose. Ce que les Français repoussent le plus, ce sont les GAFA, c’est-à-dire un certain visage de la mondialisation capitaliste. Mais lequel ? Dira-t-on conforme à l’esprit du libéralisme la création de monopoles géants, appuyés sur l’hégémonie politique des Etats-Unis et se soustrayant aux règles en particulier fiscales des pays où ils s’installent comme en territoires conquis ?

Cela me conduit à une observation plus générale, qui me semble bien se dégager du sondage. Les Français n’aiment pas la manière dont on leur a vendu les réformes, l’économie de marché, la mondialisation, le capitalisme. Les retombées se sont révélées très différentes des promesses de papier. C’est le prix que paient aujourd’hui les représentants politiques de la droite et de la gauche, du libéralisme et du socialisme, mais aussi et surtout de l’héritage du mitterrando-chiraquisme.

Les Français sont attachés à leur tradition. Ils tiennent à leurs services publics, ils gardent une bonne image, même, des nationalisations. Ils valorisent au plus haut point la protection et la solidarité. Mais ils ne sont pas aveugles à leurs limites et à leurs défaillances. A cet égard, le chiffre le plus étonnant du sondage est celui qui montre leur désamour à l’égard de l’Etat-providence. Ils ne sont que 36 % à l’apprécier – chiffre confirmé par l’image mitigée de l’Etat en général (58 % d’opinions favorables, contre 40 %).

Si l’analyse est juste, elle donne une idée assez nette de la tâche à accomplir de la part des responsables politiques de tous bords ; sortir des mensonges démagogiques de l’ère mitterrando-chiraquienne pour définir un libéralisme socialement acceptable et un capitalisme conforme à l’esprit du libéralisme.

 

Marcel Gauchet est philosophe et historien.

 

Islamisme-la question d’un délit de séparatisme

Islamisme-Création d’un délit de séparatisme

D’après le Canard enchaîné, l’heure du dernier conseil de défense l’hypothèse de la création d’un délit de séparatisme a été évoquée. L’objectif serait d’incriminer les comportements qui auraient pour « objet ou effet » d’inciter à la violence contre une personne pour le simple fait qu’elle a exprimé son soutien aux valeurs de la République.

 La difficulté est surtout juridique pour qualifier le délit. De ce point de vue, le gouvernement est un peu coincé dans la mesure où il refuse pour l’instant de modifier la constitution. Or l’interprétation de la constitution notamment par le conseil constitutionnel constitue souvent un obstacle juridique dans la lutte concrète contre le terrorisme et encore davantage contre l’islamisme.

Il s’agit donc de trouver une formulation qui évite l’obstacle constitutionnel. Parallèlement, le Premier ministre a évoqué le délit de mise en danger de la vie d’autrui du fait  de la diffusion d’informations personnelles.

L’objectif global serait de sanctionner les menaces de violence et la propagation des idées séparatistes.

Il n’est pas certain que le projet juridique du gouvernement aboutisse rapidement compte tenu de la complexité à formuler le délit, à le prouver et à le sanctionner.

De nouvelles dispositions juridiques sont sans doute utiles voir nécessaires mais le problème essentiel est peut-être celui de la volonté politique avant tout.

 

La question sécuritaire». ( Alain Bauer)

La  question sécuritaire». ( Alain Bauer)

Alain Bauer développe à nouveau la problématique de l’insécurité dans l’Opinion. Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris, New York et Shanghai. Il a créé puis présidé (2007-2012) l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales;

 

Tribune

 

En France, depuis guère plus d’un siècle, l’Etat a voulu établir un monopole de la sécurité publique et assumer la responsabilité totale de ce qui est, à peu près partout ailleurs, une compétence partagée entre le local et le central, le public et le privé. De ce fait, il est devenu le comptable politique de la question criminelle, assumant même d’être jugé sur la production de crimes (les fameux chiffres de la délinquance) et assez peu sur son efficacité. Comme si les médecins se sentaient responsables des maladies et peu de l’efficacité de leur traitement !

En 1983, les listes « Marseille Sécurité » bousculaient Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur et maire de la ville, faisant apparaître la question dans le débat électoral. Fin 1983, la maire socialiste de Dreux perdait sa ville face à une alliance RPR-FN, boostée par la question sécuritaire. En 1997, à Villepinte, la gauche devenait réaliste, mais oubliait tout en 2002 face à Jean-Marie Le Pen. Ce processus dit de « jospinisation » (succès économiques et sociaux, rigueur de gestion mais incapacité à comprendre les enjeux sociétaux du vécu des populations) semblait devenu un évènement pour historiens de la science politique. Il semble curieusement possible de le voir se reproduire.

Querelle statistique. Entre amnésie et anomie, les gouvernements ont le plus grand mal à traiter de la gestion de phénomènes, pourtant anciens et bien étudiés. Ainsi, le modèle de l’élection de 1966 en Californie qui vit la victoire écrasante de Ronald Reagan face au gouverneur démocrate Pat Brown, fut construit sur la thématique « Tough on Crime » (Dur avec le crime) et anticipa la révolution conservatrice qui balaiera les Etats-Unis et les bastions démocrates, dont l’emblématique New York remporté en 1994 par Rudolph Giuliani, portée par sa « Tolérance Zéro ».

Aucune de ces lames de fond électorales ne fut surprenante. Elles se construisirent par accumulation de frustrations et de désespoir, portées par des populations souvent modestes, alliées de circonstances aux classes moyennes et supérieures, terrorisées par une violence du quotidien créant un climat d’insécurité auquel les élites politiques ne purent répondre, tentant de se dédouaner par des postures d’évitement selon le traditionnel triptyque « Négation-minoration-éjection » : Ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave, ce n’est pas de ma faute…

« L’actuel gouvernement est victime d’une décision stupidement comptable de son immédiat prédécesseur, qui a supprimé à la fois le thermomètre et son outil de compréhension, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales »

Certains en profitent pour expliquer doctement que la situation est pire que… toujours, d’autres que tout va pour le mieux et qu’il ne s’agit que d’un effet médiatique.

Et comme toujours, une tragique querelle statistique vient assombrir l’information du public. De ce point de vue l’actuel gouvernement est victime d’une décision stupidement comptable de son immédiat prédécesseur, qui a supprimé à la fois le thermomètre (l’enquête de victimation qui permet de savoir ce que les citoyens subissent et pas seulement ce qu’ils déclarent et ce qui en reste dans l’enregistrement administratif des plaintes) et son outil de compréhension, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

Homicidité. Revenons donc à ce que nous savons : il n’existe pas d’indicateur de la violence. Mais, depuis 1539 et l’édit de Villers-Cotterêts, la France est dotée d’un état civil tenu avec efficacité. Un des indicateurs les plus stables et les plus précis de l’insécurité dans une société est celui des homicides. Historiquement, le nombre de crimes relevant de cet item s’est effondré en cinq siècles passant de 150 pour 100 000 habitants à moins de 2. On comptait un peu plus de 1 100 faits en 1972, plus de 2 400 en 1983, un millier après 1988. Une première baisse significative à partir de 1995, des minima historiques à partir de 2009 (moins de 600 faits) puis une forte reprise depuis 2015 (avec un effet attentats non négligeable en 2014, mais un niveau élevé en 2019).

On dispose même d’un outil encore plus développé, celui de l’homicidité qui permet d’ajouter aux homicides, les tentatives (qui ne sont que des homicides ratés) et les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort. Dès lors, on atteint en 2019, un niveau historiquement inégalé en un demi-siècle avec 3 562 faits. Qu’on considère ou pas la sensibilité de l’attention aux phénomènes, l’évolution des législations ou l’intérêt porté au sujet, sur ce critère particulier, la dégradation est incontestable et inquiétante.

Hors faits exceptionnels (attentats), le maintien a un niveau très élevé des violences homicides constitue un indicateur fiable. Il conviendrait de s’en saisir avec les moyens de la science et de l’expertise afin de permettre une action intelligible et cohérente des acteurs du processus pénal : Intérieur et Justice. En commençant par rétablir un thermomètre indépendant.

 

Chauffeur de bus agressé à Bayonne: ou la question de la sécurité dans les transports

Chauffeur de bus agressé à Bayonne: ou la question de la sécurité dans les transports

 

Les actes d’incivilité ne sont pas nouveaux dans les transports publics. Ils sont la caractéristique d’une société dont une partie n’accepte aucune règle. Pire ,certains même qui n’hésitent pas à agresser le personnel. C’est le cas évidemment scandaleux à Bayonne où  le conducteur est en état de mort clinique après avoir été victime d’une agression de plusieurs individus qui simplement ont  refusé de le  port du masque.

On a entendu récemment lors  des introductions des différents ministres des propos finalement assez convenus à la fois sur le passé et sur leurs intentions. Pour la sécurité des transports, il serait temps de dépasser ces discours très théoriques et de prendre enfin des mesures de protection vis-à-vis de salariés qui en plus sont  les acteurs du service public. Ce sont à partir de ces faits et de bien d’autres que le ministre de la justice comme le ministre de l’intérieur pourront montrer leur réelle intention de gérer ce qui constitue les priorités.

 

Le parquet de Bayonne a demandé mardi la mise en examen de deux jeunes hommes pour tentative d’homicide volontaire, accusés d’avoir roué de coups dimanche un chauffeur de bus qui voulait contrôler un ticket et exigeait le port du masque. Philippe Monguillot, le chauffeur de 59 ans agressé dimanche peu après 19 heures à un arrêt de bus dans le quartier populaire de Balichon, est en état de mort cérébrale. «Ce n’est pas mon père qui respire, c’est la machine. On sait que c’est fini», a confié au journal Sud Ouest sa fille Marie, 18 ans.

 

l’OPEP+, : encadrement du pétrole toujours en question

l’OPEP+, : encadrement du pétrole toujours en question

 

 

Pour tenter d’ajuster le bon volume de production à une demande en net fléchissement, les membres de l’organisation OPEP plus n’en finissent pas de se réunir pour trouver le bon volume de production à une demande en nette fléchissement. Les prix du pétrole ont enregistré des mouvements de yo-yo en particulier à la baisse et les prix sont encore inférieurs de 40 % à ce qu’ils étaient au début de l’année. Le signe que la demande est encore inférieure à l’offre.

Pourtant les producteurs ont réduit leur production de 9,7 millions de barils par jour (bpj) depuis début mai, une baisse sans précédent qui équivaut à 10% de l’offre mondiale totale et vise à favoriser le rebond des prix du brut.

Le groupe a convenu au début du mois de prolonger cet accord jusqu’à la fin juillet; sa production devrait ensuite n’être plus réduite que de 7,7 millions de bpj jusqu’en décembre. Le problème principal est d’obtenir le respect de ses quotas de production par la majorité des producteurs certains ont un besoin urgent des ressources du pétrole qui parfois représente la quasi-totalité de leurs ressources financières.

Aucune recommandation n’a été faite à l’issue de la réunion, même si le comité a prié certains pays, l’Irak et le Kazakhstan notamment, de se conformer davantage au quotas qui leur ont été attribués.

La date de la prochaine réunion du Comité ministériel conjoint de surveillance (JMMC) a par ailleurs été fixée au 15 juillet. Le JMMC y débattra alors des coupes dans les pompages pour le mois d’août. De toute façon en l’état des incertitudes économiques, voire même des menaces potentielles pour une résurgence d’un nouveau Corona virus il est difficile de faire des projections. On peut effectivement se fonder sur une baisse de croissance mondiale comprise entre 7 et 10 pour cent. Rien n’est sûr dans ce domaine et surtout on pourrait constater de nombreuses dispersions autour de cette moyenne care les pays n’ont pas été affectés de la même manière ni sur le plan sanitaire ni sur le plan économique.

Sur le marché pétrolier, le cours du baril de Brent évoluait jeudi légèrement autour de 41,36 dollars. Il a repris plus de 150% par rapport à son plus bas de la mi-avril (15,98 dollars) mais reste inférieur de près de 40% à son niveau du début de l’année.

«Une pandémie liée à la question de l’environnement »

 «Une pandémie liée à la question de l’environnement »

 

 

Dans une tribune au « Monde », seize dirigeants d’organismes scientifiques soulignent le lien évident entre pandémie et environnement

 

Tribune. 

 

L’actuelle pandémie de Covid-19 vient cruellement nous rappeler le fait, trop longtemps négligé, tant dans les priorités de recherche que dans les politiques publiques, que santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes sont étroitement liées, que l’une ne va pas sans les autres, comme le souligne l’approche interdisciplinaire dite « une seule santé » (One Health).

Les coronavirus appartiennent à l’immense famille des coronaviridés, en circulation naturelle parmi de nombreuses espèces animales, avec des effets variés, de l’inoffensif au mortel. Ce sont des virus à ARN [acide ribonucléique], donc très sujets à mutations, et au génome très long, donc propice à des recombinaisons.

Quatre types de coronavirus bénins sont déjà connus, chez l’humain, pour affecter les systèmes respiratoire (ils seraient responsables de 15 à 30 % des rhumes courants) et, plus rarement, gastro-intestinal, cardiaque et nerveux.

Trois autres types provoquent des infections graves : SARS-CoV, connu pour avoir été à l’origine d’une épidémie de pneumonie aiguë chez les humains en 2002-2003, SARS-CoV2, proche du précédent et responsable de la pandémie en cours, et MERS-CoV, qui a sévi au Moyen-Orient en 2012.

Les analyses génétiques montrent que le SARS-CoV-2 appartient au même groupe des Betacoronavirus que le virus RaTG13, isolé à partir d’une chauve-souris provenant de la province chinoise du Yunnan. Plus récemment, un virus encore plus proche a été isolé chez le pangolin malais. La région particulière de la protéine du virus qui lui permet d’infecter les cellules humaines présente 99 % d’identité avec le SARS-Cov-2 (contre 77 % seulement pour le virus RaTG13, qui n’est pas en mesure de contaminer directement les humains). Cela suggère que SARS-Cov-2 est issu d’une recombinaison entre deux virus différents, l’un proche de RaTG13 et l’autre plus proche de celui du pangolin.

Une première leçon de ce constat sur les origines probables du virus est qu’il ne servirait à rien d’éradiquer les pangolins, ni les chauves-souris. Les virus de cette famille courent à travers toute la biodiversité des mammifères, laquelle comporte de nombreux porteurs sains…. »

Déficit ou pas des retraites: la vraie question !

 

 Déficit ou pas des retraites: la vraie question !

 

 

Selon les années et les majorités, le évaluation du  comité des retraites évolue. Après la réforme de 2010, on avait annoncé l’équilibre. Un équilibre repoussé  2036 et maintenant à 2042. Et comme par hasard le déficit s’emballe ces prochaines années. – Le besoin de financement du régime de retraites s’établirait entre 0,3% et 0,7% du PIB en 2025, soit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros, selon un rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR). Justement ce que veut démontrer le gouvernement avec  sa réforme des retraites qui bien entendu ne vise pas tellement à davantage de justice mais à rogner sur les pensions; car il faudrait raisonner en termes de métier et de conditions de travail de  chaque pensionné au lieu d’appliquer le même régime pour l’ensemble d’un secteur (  ouvrier, technicien, cadre). Ce que réclame notamment Le médecin Pierre Gallois  dans une tribune au Monde ( voir ci-dessous) . Pourtant il y a une différence de vie d’environ 10  ans entre ouvriers et celle des cadres. Pourquoi de telles approximations concernant les régimes de retraite. On a évidemment des idées sur l’évolution démographique mais beaucoup moins voire pas du tout sur le niveau de croissance sur lesquels sont assises les cotisations retraites des salariés. Personne ne peut dire que la croissance sera de 1 % de 3 % en 2040.

Les évaluations du comité d’orientation des retraites ont souvent fluctué compte tenu de la nature même de ce comité. Une sorte de comité de chapeaux à plumes qui dépend du premier ministre et dont la plupart des membres sont bienveillants à l’égard du pouvoir en place.« Le Conseil est composé de trente-neuf membres. Il réunit sous la présidence de Pierre-Louis Bras, inspecteur général des Affaires sociales (IGAS), des élus, des représentants des organisations représentatives des employeurs, des travailleurs indépendants et des salariés des secteurs privé et public, des représentants des familles et des personnes âgées, les directeurs des administrations centrales principalement concernées par les questions de retraite, ainsi que des personnalités choisies pour leur expérience et leur compétence. »

 

Bref pas vraiment un organisme statistique indépendant et compétent. En mettant en avant l’importance du déficit des régimes de retraite des 2025, le comité d’orientation donne donc une légitimité au gouvernement pour prendre des mesures surtout budgétaires lors  de sa réforme des retraites qui s’enlise dans les contradictions vis-à-vis de l’objectif d’universalité. Pour parler clair, ce rapport prépare l’allongement de la durée de cotisation et la non réévaluation des retraites pendant longtemps. En clair une diminution des pensions par rapport à l’inflation. Ce rapport avait été commandé par le Premier ministre pour servir de base de réflexion pour d’éventuelles mesures permettant de ramener le régime à l’équilibre d’ici 2025, date probable d’entrée en vigueur du système universel.

Cette idée est toutefois fortement décriée par les partenaires sociaux. Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui soutient l’idée d’un régime universel en points, avait menacé en juillet de se mobiliser si des mesures paramétriques étaient adoptées d’ici 2025. Plusieurs pistes sont évoquées par le COR pour parvenir à l’objectif d’équilibre. La première consiste à reculer l’âge de départ à la retraite de 2,5 mois à 5,4 mois par an à partir de la génération 1959 et jusqu’à la génération 1963, première génération concernée par le système universel.

L’âge de départ légal de la génération 1963 se situerait ainsi entre 63 ans et 64,3 ans, contre 62 ans, selon les règles actuelles. Les chiffres présentés dépendent de la méthode de calcul et des scénarios de croissance retenus, précise le COR. Si le gouvernement ne souhaitait pas toucher à l’âge d’ouverture des droits, il pourrait augmenter de cinq à dix mois la durée de cotisation de chaque génération. La durée légale d’assurance pour la génération 1963 se situerait ainsi entre 44,1 ans et 46,3 ans, contre 42 ans aujourd’hui. L’exécutif pourrait encore décider de mettre en place un âge minimal de taux plein assorti d’une décote et surcote, une option déjà retenue par le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, pour le système universel. Selon le COR, cet âge minimal du taux plein devrait se situer entre 63,1 et 64,3 ans pour la génération 1963, après une montée en charge à partir de la génération 1959. Jean-Paul Delevoye propose de fixer cet âge à 64 ans dans le régime universel.

 

Le médecin Pierre Gallois rappelait, dans une tribune au « Monde », qu’il serait juste que l’âge de départ en retraite soit fixé à partir des données socio-économiques dont dispose l’Etat.

Tribune. 

 

A l’heure où le problème de la retraite est un sujet d’actualité, je suis étonné que les inégalités d’espérance de vie entre catégories socioprofessionnelles ne soient pas prises en compte dans le débat, alors que l’on dispose de données scientifiques solides dans ce domaine.

L’espérance de vie des Français va en croissant régulièrement et c’est cette augmentation qui accroît le coût de retraites et justifie les demandes de politiques et d’économistes de retarder l’âge de départ en retraite. Mais cet allongement de la durée de vie n’est qu’une donnée statistique moyenne, et il est trop souvent méconnu qu’il existe des variations importantes selon les facteurs socio-économiques.

 

 

 

Conduit depuis de nombreuses années à suivre régulièrement la littérature de santé française et internationale, de par mes responsabilités au sein de la formation continue des médecins et de la Société française de documentation et de recherche en médecine générale (SFDRMG), j’ai été frappé par les résultats d’une importante étude française de l’Institut national d’études démographiques (INED) montrant les différences d’espérance de vie, avec et sans incapacités, et en fonction des activités professionnelles (E. Cambois, C. Laborde, J.-M. Robine. « La “double peine” des ouvriers : plus d’incapacité au sein d’une vie plus courte », Institut national d’études démographiques (INED), in Population et sociétés, n° 41, 2008) et j’ai été surpris que cet aspect ne soit pas pris en compte dans la définition de l’âge de la retraite, et donc du coût de celle-ci pour chaque catégorie professionnelle.

 

Selon cette étude, en 2003, l’espérance de vie totale à 35 ans était de 42,8 ans chez les hommes et de 48,8 chez les femmes et à 60 ans de 20,7 ans chez les hommes et de 24,9 chez les femmes. Mais si on tient compte des données socio-économiques, à 35 ans les hommes cadres supérieurs ont une espérance de vie de 47 ans, soit quatre années de plus que la moyenne et six de plus que les ouvriers. Et ils vivront trente-quatre de ces quarante-sept années indemnes de toute incapacité (soit 73 % de leur espérance de vie totale), alors que les ouvriers, sur leurs quarante et une années d’espérance de vie, n’en auront que vingt-quatre sans incapacité (60 % de leur espérance de vie).

Et globalement le taux d’incapacité est plus élevé chez les ouvriers que chez les cadres. Chez les femmes, l’écart d’espérance de vie entre cadres et ouvrières est un peu moins important (environ deux ans), mais la différence d’espérance de vie sans incapacité est similaire à celle des hommes. On retrouve des données intermédiaires dans les autres catégories professionnelles (professions intermédiaires, agriculteurs exploitants, professions indépendantes, employés), qui ont toutes des chiffres moins bons que les cadres supérieurs et meilleurs que les ouvriers ».

 

Neutralité carbone : pas une question de compensation

 Neutralité carbone : pas une question de compensation

 

Tribune collective dans le Monde de spécialistes de l’environnement 

 

« Promesses de « neutralité carbone », annonces de « compensation des émissions » des entreprises : il devient de plus en plus difficile de démêler le vrai du faux, l’honnête de l’abusif, l’exemplaire de l’anecdotique.

D’emblée, quelque chose dans ces déclarations heurte la raison. Comment cette entreprise-ci peut-elle se revendiquer « neutre en carbone » alors que ses émissions augmentent ? Comment celle-là peut-elle « annuler ses émissions » alors que son cœur d’activité participe directement à l’aggravation du problème climatique ?

« Au fond, ce qui pose problème, c’est peut-être que l’on puisse revendiquer un impact nul dans un monde qui ne cesse de se dégrader »

Ces annonces sont souvent accompagnées d’excellentes justifications techniques (« notre neutralité s’applique à un périmètre restreint de nos émissions… ») ou sémantiques (« notre neutralité n’est qu’une étape vers l’atteinte du net zéro… »). Malgré cela, la défiance de l’opinion publique ne cesse légitimement de grandir et vient questionner la réelle ambition de ces entreprises. Au fond, ce qui pose problème, c’est peut-être que l’on puisse revendiquer un impact nul dans un monde qui ne cesse de se dégrader.

Etats, collectivités territoriales, entreprises, individus, notre objectif commun est d’atteindre avant 2050 le « net zéro » (c’est-à-dire l’équilibre entre les émissions et les puits de carbone mondiaux) à l’échelle de la planète, de manière à limiter le réchauffement à +2°C, voire +1,5°C. Cet objectif de neutralité globale est rigoureusement défini par la science climatique et gravé dans le marbre de l’accord de Paris.

Or, nous pensons que la traduction du concept de neutralité dans le monde de l’entreprise a échoué, probablement du fait d’une interprétation trop simpliste.

Malgré de bonnes intentions, trop d’organisations ont notamment l’illusion de pouvoir annuler le problème climatique, principalement à grand renfort de « compensation carbone », avec les conséquences que l’on connaît : triomphe du court-termisme, angoisses du management sur la manière d’y arriver et de communiquer, démobilisation des collaborateurs (« à quoi bon agir, si le travail est fait par d’autres ? »), opacité des efforts de réduction des émissions (« à quoi bon réduire, puisque le total fait de toute façon zéro ? »).

Nous appelons à un changement radical de paradigme dans la définition des concepts et l’utilisation des mots. »

 

 

 

 

 

Déficit ou pas des retraites: la question récurrente !

Déficit ou pas des retraites: la question récurrente !

 

 

Selon les années et les majorités, le évaluation du  comité des retraites évolue. Après la réforme de 2010, on avait annoncé l’équilibre. Un équilibre repoussé  2036 et maintenant à 2042. Et comme par hasard le déficit s’emballe ces prochaines années. – Le besoin de financement du régime de retraites s’établirait entre 0,3% et 0,7% du PIB en 2025, soit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros, selon un rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR. Justement ce que veut démontrer le gouvernement avec  sa réforme des retraites qui bien entendu ne visse pas tellement à davantage de justice mais à rogner sur les pensions; car il faudrait raisonner en termes de métier et de conditions de travail de  chaque pensionné au lieu d’appliquer le même régime pour l’ensemble d’un secteur (  ouvrier, technicien, cadre). Ce que réclame notamment Le médecin Pierre Gallois  dans une tribune au Monde ( voir ci-dessous) . Pourtant il y a une différence de vie d’au moins 6 à 7 ans entre ouvriers et celle des cadres. Pourquoi de telles approximations concernant les régimes de retraite. On a évidemment des idées sur l’évolution démographique mais beaucoup moins voire pas du tout sur le niveau de croissance sur lesquels sont assises les cotisations retraites des salariés. Personne ne peut dire que la croissance sera de 1 % de 3 % en 2040.

Les évaluations du comité d’orientation des retraites ont souvent fluctué compte tenu de la nature même de ce comité. Une sorte de comité de chapeaux à plumes qui dépend du premier ministre et dont la plupart des membres sont bienveillants à l’égard du pouvoir en place.« Le Conseil est composé de trente-neuf membres. Il réunit sous la présidence de Pierre-Louis Bras, inspecteur général des Affaires sociales (IGAS), des élus, des représentants des organisations représentatives des employeurs, des travailleurs indépendants et des salariés des secteurs privé et public, des représentants des familles et des personnes âgées, les directeurs des administrations centrales principalement concernées par les questions de retraite, ainsi que des personnalités choisies pour leur expérience et leur compétence. »

 

Bref pas vraiment un organisme statistique indépendant et compétent. En mettant en avant l’importance du déficit des régimes de retraite des 2025, le comité d’orientation donne donc une légitimité au gouvernement pour prendre des mesures surtout budgétaires lors  de sa réforme des retraites qui s’enlise dans les contradictions vis-à-vis de l’objectif d’universalité. Pour parler clair, ce rapport prépare l’allongement de la durée de cotisation et la non réévaluation des retraites pendant longtemps. En clair une diminution des pensions par rapport à l’inflation. Ce rapport avait été commandé par le Premier ministre pour servir de base de réflexion pour d’éventuelles mesures permettant de ramener le régime à l’équilibre d’ici 2025, date probable d’entrée en vigueur du système universel.

Cette idée est toutefois fortement décriée par les partenaires sociaux. Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui soutient l’idée d’un régime universel en points, avait menacé en juillet de se mobiliser si des mesures paramétriques étaient adoptées d’ici 2025. Plusieurs pistes sont évoquées par le COR pour parvenir à l’objectif d’équilibre. La première consiste à reculer l’âge de départ à la retraite de 2,5 mois à 5,4 mois par an à partir de la génération 1959 et jusqu’à la génération 1963, première génération concernée par le système universel.

L’âge de départ légal de la génération 1963 se situerait ainsi entre 63 ans et 64,3 ans, contre 62 ans, selon les règles actuelles. Les chiffres présentés dépendent de la méthode de calcul et des scénarios de croissance retenus, précise le COR. Si le gouvernement ne souhaitait pas toucher à l’âge d’ouverture des droits, il pourrait augmenter de cinq à dix mois la durée de cotisation de chaque génération. La durée légale d’assurance pour la génération 1963 se situerait ainsi entre 44,1 ans et 46,3 ans, contre 42 ans aujourd’hui. L’exécutif pourrait encore décider de mettre en place un âge minimal de taux plein assorti d’une décote et surcote, une option déjà retenue par le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, pour le système universel. Selon le COR, cet âge minimal du taux plein devrait se situer entre 63,1 et 64,3 ans pour la génération 1963, après une montée en charge à partir de la génération 1959. Jean-Paul Delevoye propose de fixer cet âge à 64 ans dans le régime universel.

 

Le médecin Pierre Gallois rappelait, dans une tribune au « Monde », qu’il serait juste que l’âge de départ en retraite soit fixé à partir des données socio-économiques dont dispose l’Etat.

Tribune. 

 

A l’heure où le problème de la retraite est un sujet d’actualité, je suis étonné que les inégalités d’espérance de vie entre catégories socioprofessionnelles ne soient pas prises en compte dans le débat, alors que l’on dispose de données scientifiques solides dans ce domaine.

L’espérance de vie des Français va en croissant régulièrement et c’est cette augmentation qui accroît le coût de retraites et justifie les demandes de politiques et d’économistes de retarder l’âge de départ en retraite. Mais cet allongement de la durée de vie n’est qu’une donnée statistique moyenne, et il est trop souvent méconnu qu’il existe des variations importantes selon les facteurs socio-économiques.

 

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Pourquoi l’espérance de vie des Français plafonne 

Conduit depuis de nombreuses années à suivre régulièrement la littérature de santé française et internationale, de par mes responsabilités au sein de la formation continue des médecins et de la Société française de documentation et de recherche en médecine générale (SFDRMG), j’ai été frappé par les résultats d’une importante étude française de l’Institut national d’études démographiques (INED) montrant les différences d’espérance de vie, avec et sans incapacités, et en fonction des activités professionnelles (E. Cambois, C. Laborde, J.-M. Robine. « La “double peine” des ouvriers : plus d’incapacité au sein d’une vie plus courte », Institut national d’études démographiques (INED), in Population et sociétés, n° 41, 2008) et j’ai été surpris que cet aspect ne soit pas pris en compte dans la définition de l’âge de la retraite, et donc du coût de celle-ci pour chaque catégorie professionnelle.

Espérance de vie en bonne santé

Selon cette étude, en 2003, l’espérance de vie totale à 35 ans était de 42,8 ans chez les hommes et de 48,8 chez les femmes et à 60 ans de 20,7 ans chez les hommes et de 24,9 chez les femmes. Mais si on tient compte des données socio-économiques, à 35 ans les hommes cadres supérieurs ont une espérance de vie de 47 ans, soit quatre années de plus que la moyenne et six de plus que les ouvriers. Et ils vivront trente-quatre de ces quarante-sept années indemnes de toute incapacité (soit 73 % de leur espérance de vie totale), alors que les ouvriers, sur leurs quarante et une années d’espérance de vie, n’en auront que vingt-quatre sans incapacité (60 % de leur espérance de vie).

 


 

Et globalement le taux d’incapacité est plus élevé chez les ouvriers que chez les cadres. Chez les femmes, l’écart d’espérance de vie entre cadres et ouvrières est un peu moins important (environ deux ans), mais la différence d’espérance de vie sans incapacité est similaire à celle des hommes. On retrouve des données intermédiaires dans les autres catégories professionnelles (professions intermédiaires, agriculteurs exploitants, professions indépendantes, employés), qui ont toutes des chiffres moins bons que les cadres supérieurs et meilleurs que les ouvriers ».

Violences urbaines: l’autorité remise en question partout

Violences urbaines: l’autorité remise en question partout

 

De nombreux facteurs explicatifs peuvent évidemment expliquer la montée des violences urbaines. Il y a nécessairement interaction entre des aspects économiques, sociaux, sociétaux et culturels. Ces violences se déroulent souvent dans des quartiers relativement défavorisés, caractérisés par un très fort taux de chômage, la désertion de nombre de services publics et le développement du trafic de drogue comme mode de régulation économique et sociale. On ne saurait cependant attribuer l’ampleur et la nature des violences au seul fait du misérabilisme de ces quartiers. En effet, d’autres violences se déroulent ailleurs dans la plupart des villes et même des villages. Des dégradations de biens publics ou privés de la part d’enfants ou de sauvageons comme dirait Chevènement. L’environnement économique et social peut permettre de comprendre-sinon d’admettre- la montée d’une partie de cette délinquance. Pour autant, une partie non négligeable de la responsabilité incombe à la société tout entière. D’abord peut-être aux parents dont certains ont adopté la pédagogie de l’enfant roi. L’enfant gâté, pourri, autorisé à s’affranchir de toute règle de vie collective y compris familiale. Dans certains cas,  on comprendra que dans certaines familles monoparentales, le parent -souvent la mère qui travaille– ait des difficultés à encadrer sa progéniture. Mais le phénomène affecte un très grand nombre d’autres familles de tous les milieux, de toutes les zones géographiques. Cette perte d’autorité se nourrit d’un individualisme mortifère pour  les relations collectives. Un seul exemple,  combien d’adultes disent encore bonjour en pénétrant dans une boulangerie ou chez le médecin ? Il est loin le temps où en zone rurale un enfant se devait de saluer chaque adulte rencontré. L’urbanisation à outrance, l’amollissement de l’éducation, le laisser-aller général autorisent désormais enfants et adolescents à toutes les dérives. La société, c’est-à-dire l’État, l’école, la justice ou encore la police sont aussi responsables. La délinquance est finalement largement tolérée; les auteurs ne sont soumis qu’à des peines symboliques et la prévention, comme la sanction sont anecdotiques. On devrait évidemment sanctuariser l’autorité des représentants locaux de la république. Une seule question : pourquoi était-il possible d’obtenir le respect et l’attention d’un instituteur dans une classe 50 élèves en 1950 quand les enseignants actuels sont débordés avec 25 .  La réponse est assez simple, on a abandonné les règles et les valeurs qui existaient  en France dans les années 50 . En 1950, on trouvait peu de  parents pour venir protester contre les notations de leurs enfants voire les punitions dont ils étaient l’objet. Encore une fois les dérives ne concernent pas seulement les quartiers sensibles même si là,  elles prennent des formes très spectaculaires et même parfois criminelles. Les actes de délinquance se généralisent  dans toutes les situations géographiques. Si des facteurs socio-économiques sont à prendre en compte, la dimension culturelle et civilisationnelle doit aussi être intégrée. Les civilisations ne meurent pas seulement en raison des mutations de l’environnement mais aussi de la déliquescence des valeurs qui  font société.

 

Les théories économiques et monétaires mises en question ?

Les   théories économiques et monétaires mises en question ?

Olivier Passet, Xerfi   dans la Tribune estime que nombre de théories économiques sont  remises en question par les réalités. Un questionnement intéressant mais qui n’évacue pas l’hypothèse cependant d’un éclatement de bulle financière à moins  d’imaginer l’obsolescence totale de la théorie ;  un pari intellectuel (et financier) qu’il vaut mieux ne pas prendre.

«  La déroute paraît totale. C’est tout l’appareillage théorique des économistes qui sombre tel le Titanic après l’impact de la crise de 2007-2008. L’orchestre des experts continue à jouer durant le naufrage. Mais quel que soit le marché vers lequel on se tourne, les anomalies, les paradoxes s’accumulent. Un à un, chacun de ces phénomènes peut trouver éventuellement une explication a posteriori. Mais mises bout à bout, ces explications partielles forment un puzzle qui défie les cohérences doctrinales habituelles.

En numéro un des bizarreries : les taux longs négatifs. Ce régime de taux très bas dans lequel s’installent les économies développées bouscule bien des préconçus. Il se produit alors même que l’endettement des États a bondi avec la crise. Il s’amplifie en France au moment même où le gouvernement annonce une nouvelle dérive du déficit. Au moment même aussi où a volé en éclat l’idée selon laquelle les États étaient à l’abri du risque de défaut. Où est donc cette fameuse remontée des taux que pronostiquaient tant d’économistes, la pointant comme un risque majeur en sortie de crise. Un retour à la normale inévitable, puisque l’économie a vocation à revenir sur ses valeurs centrales à long terme. Une vision de la normalité qui oublie au passage qu’historiquement des taux d’intérêt inférieurs au taux de croissance nominale sont la normalité. Et que la fameuse règle d’or, qui veut qu’à l’équilibre le taux d’intérêt s’égalise au taux de croissance, n’est qu’un mythe.

Ces taux historiquement faibles ne seraient que le reflet d’un déséquilibre plus profond entre l’épargne mondiale et le besoin d’investissement. La loi de l’offre et de la demande vient toujours à la rescousse des économistes. Et les raisons d’imaginer les sources d’un tel déséquilibre ne manquent pas. Ben Bernanke les a énumérées dans son célèbre discours global saving glut de 2005, pointant notamment la prégnance du vieillissement et du ralentissement démographique.

Certes, mais comment se fait-il que le régime devienne permanent. La baisse des taux aurait dû modérer la propension à épargner des agents. Rétablissant l’équilibre à terme. Sauf à imaginer que le rendement du capital productif est tellement faible en face, que la baisse des taux ne crée aucune opportunité d’investissement. Panne du progrès technique, baisse de la productivité marginale du capital, ce sont les tentatives d’explications avancées par les tenants de la stagnation séculaire. Mais, il y a deux gros hic à cette version des choses. Si tel est le cas, comment se fait-il que le rendement moyen du capital soit aussi élevé ? Autrement dit, les bénéfices rapportés aux immobilisations des entreprises ? Comment expliquer aussi le ralentissement de la productivité, alors même que la robotisation et la digitalisation créent tant d’opportunités d’automatisation.

Face à cela, les tombereaux de monnaie injectés par les banques centrales n’ont réanimé ni la croissance ni l’inflation. L’équation de Fisher et la doxa monétariste sont à ranger au magasin des antiquités. Trappe à liquidité nous répondent les keynésiens. L’activisme des banques centrales a fait baisser les taux à un plancher. À ce niveau, plus personne ne prend le risque de s’exposer sur des titres dont la valeur dégringolera inévitablement dès que les taux remonteront. L’interprétation est séduisante. Et la préférence pour les encaisses liquides est forte aujourd’hui. À cela près que cette liquidité n’est pas thésaurisée. Elle alimente les marchés d’actifs, mobiliers et immobiliers, sur lesquels les perspectives de plus-values demeurent l’aiguillon de l’activisme des acteurs financiers. Et au final, l’environnement de taux zéro produit un rendement des actifs financiers et mobiliers élevé, par le truchement des plus-values. Bref, les bribes d’explication sont soit non démontrables, soit partiellement convaincantes.

Sur le marché du travail, même constat. La courbe de Phillips est à l’agonie. Les salaires restent étrangement inertes. Les tensions sont elles-mêmes de plus en plus difficilement identifiables, tout comme le concept de plein emploi. Les taux de chômage refluent, enfoncent leurs planchers dans certains pays, sans explication convaincante. Les taux d’emplois battent des records, au moment même où se déploie tout le discours sur la fin du travail. La productivité tendancielle ralentit, ce qui devrait augmenter le taux de chômage d’équilibre de long terme, selon les approches les plus orthodoxes… Mais rien de tel n’est observé.

Que dire encore de l’approche ricardienne du commerce international. De ce credo si largement partagé selon lequel l’ouverture des échanges ne peut que déboucher sur un jeu gagnant-gagnant pour toutes les nations. Le credo commençait à être sévèrement écorné avec la prise en compte des phénomènes d’agglomération industrielle. Avec le constat de l’impact des échanges sur les inégalités.

Mais voici que les États passent à l’acte. Un acte de défiance, à la hauteur de la crise de crédibilité des économistes, et du défi qui les attend pour refonder leur science.

 

Grand débat : la question du financement absente !

 

 

L’expérience des réunions autour du grand débat démontre souvent que l’exercice relève un peu du fourre- tout ou à alors au  meeting politique. Dans un cas, on aborde finalement à peu près tous les sujets sociaux, économiques, environnementaux, sociétaux et technologiques. Forcément de façon très superficielle. Dans un autre le débat est souvent très cadré et sert surtout de justification à la politique conduite. Il faut cependant observer une grande absence dans ce débat : la question des dépenses et du financement. Une espèce de mal récurrent en France où on consacre beaucoup de temps à l’analyse et à la définition des objectifs mais sans parler de leurs coûts et de leur financement. Pourtant c’est l’une des questions centrales puisque par exemple le mouvement des gilets jaunes a surtout été au départ alimenté par un profond ras-le-bol fiscal. Une colère contre l’impôt considéré comme trop élevé. Or si la France détient le triste record du monde des prélèvements obligatoires, c’est précisément en raison de dépenses particulièrement incontrôlées. L’absence d’évaluation conduit donc souvent à la création de fiscalité nouvelle, à la perte de compétitivité pour l’économie, au chômage et à l’amputation du pouvoir d’achat. De ce point de vue,  les deux grandes décisions sociales de la gauche à savoir la retraite à 60 ans de Mitterrand et les 35 heures de Martine Aubry ont constitué une véritable catastrophe pour l’économie et les grands équilibres. Certes on peut comprendre que dans certains métiers pénibles la durée du temps de travail soit réduite, c’est même une absolue nécessité ; par contre ; c’est sa  généralisation constitue une erreur stratégique majeure qu’aucun autre pays n’a commis. Du coup la France est bien contrainte petite à petit mais dans la douleur de revenir sur ses deux orientations. Il faudrait aussi évaluer régulièrement par exemple  le coût de toutes les activités couvertes par le vocable très général de service public qui en fait ne correspond pas toujours loin s’en faut à des tâches régaliennes. Cela du fait de la grande confusion entre les missions d’intérêt général, les institutions et organisations chargées de les effectuer enfin les statuts des personnels. Tous les champs d’activité méritent cette évaluation sur le plan financier.

 

 

 

Énergies renouvelables : la question du recyclage et du social

Énergies renouvelables : la question du recyclage et du social

L’Ademe commence à s’interroger sur la prise en compte de l’acceptation sociale des énergies renouvelables aussi sur leur rapport à l’environnement concernant le recyclage et l’impact sur la bio diversité. S’y ajoute en plus la préoccupation de privilégier les techniques présentant le meilleur rendement énergétique. Le mouvement des gilets jaunes est passé par là de même que la critique qui monte à peu près partout concernant le développement de l’éolien. Il est clair que jusque-là l’Ademe a surtout répondu aux préoccupations des écolos bobos et n’a pas suffisamment tenu compte des conséquences sociales d’une politique énergétique trop brutale notamment lorsqu’elle entraîne des hausses de fiscalité qui mettent fortement en cause le pouvoir d’achat. Commence à émerger aussi la question du recyclage de certaines énergies renouvelables comme le solaire et encore davantage l’éolien pour lequel aucune disposition n’est encore prévue notamment en termes de responsabilité puisque les exploitants se déchargent sur les propriétaires de terrains pour le démantèlement qui représente quand même de l’ordre  de 500 000 € par éolienne ! En fait il y a de fortes chances que les descendants des propriétaires de terrains renonceront à l’héritage et que c’est la collectivité qui devra en supporter le coût.  La polémique actuelle sur les éoliennes offshore en Allemagne en est un exemple. Autre impact des EnR fréquemment invoqué et sur lequel l’Ademe entend se pencher de près : celui sur la biodiversité, avec « l’apparition de nouveaux enjeux, dont le risque de conflit d’usage des sols avec l’agriculture et l’élevage, et la nécessité de revoir certaines doctrines établies par le passé. »

Les emplois de la transition énergétique sont un autre cheval de bataille pour Arnaud Leroy, qui estime que « l’on paie aujourd’hui le prix de déclarations passées sur le sujet ». En effet pour le solaire comme pour l’éolien par exemple les matériels proviennent majoritairement de l’étranger

 

Brexit : frontière ou pas frontière en Irlande, c’est la question

Brexit : frontière ou pas frontière en Irlande, c’est la question

 

La clause de « backstop  est sans doute le point qui oppose le plus l’union européenne aux partisans britanniques du break site. En fait, on semble d’accord sur les mesures transitoires relatives à cette clause mais l’union économique s’oppose à ce  qu’elle devienne définitive. En clair l’union européen considère évidemment que l’Irlande du Sud est partie intégrante de l’union économique et que les règles internes du marché européen doivent s’y appliquer mais sans frontière physique avec l’Irlande du Nord qui serait soumise comme l’ensemble de la Grande-Bretagne un accord d’union douanière. Or la Grande-Bretagne estime que cette absence de frontière risque de fête de soumettre l’ensemble de son pays aux règles de l’union européenne.  Michel Barnier refuse toujours de revenir sur le « backstop » irlandais (ou filet de sécurité), prévu dans l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne afin d’éviter le retour d’une frontière en Irlande du Nord. Dans un entretien au Monde ce jeudi 24 janvier, le négociateur en chef de l’UE sur le Brexit a déclaré que le filet de sécurité ne peut être limité dans le temps, car cela contreviendrait à son objectif qui est de garantir l’absence de frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. « Ce filet de sécurité fait partie du traité de retrait. C’est une assurance pour préserver la paix et la stabilité de l’île d’Irlande (…) Le « backstop » dont nous parlons aujourd’hui [l'Irlande du Nord resterait alignée sur les règles du marché intérieur et le Royaume-Uni dans son ensemble serait maintenu dans une union douanière], c’est le Brexit qui nous l’impose. Et c’est celui qu’a choisi le Royaume-Uni », explique t-il dans les colonnes du Monde. Ces propos battent en brèche l’espoir qu’ont certains, à Londres, de voir le gouvernement britannique faire entériner l’accord par les députés en fixant une limite dans le temps à l’application de la clause de « backstop ». En effet, les partisans d’un divorce net avec l’UE voient cette clause comme un « piège », qui arrimerait leur pays indéfiniment à l’Union malgré le Brexit. Le négociateur européen, qui doit s’entretenir ce jeudi à Berlin avec la chancelière Angela Merkel, a estimé en outre qu’une autre possibilité envisagée par Londres, celle de conclure un accord bilatéral avec Dublin, était elle aussi impossible, car la frontière de l’Irlande est amenée à devenir la frontière de l’UE et du marché intérieur après le Brexit. À ses yeux, l’accord qui a été négocié avec les Britanniques – mais qui a été nettement rejeté par les députés de la Chambre des communes le 15 janvier -, est le meilleur qui existe, si l’on tient compte des « fameuses lignes rouges » fixées par le Royaume-Uni. D’autres options seront possibles si ces lignes rouges évoluent, a cependant relativisé Michel Barnier. L’Irish Independent écrit ce jeudi qu’en cas de Brexit dur, 600 agents de police pourraient être déployés aux quelque 300 postes-frontières échelonnés le long des 500 km de frontière entre l’Irlande et l’Ulster. Le journal irlandais cite des sources au fait d’une réunion qui s’est tenue mercredi entre un haut responsable de la police irlandaise, Drew Harris, et ses collaborateurs. Si Michel Barnier exclut de renégocier l’accord, il ne ferme pas la porte à un possible report de la date du retrait du Royaume-Uni de l’UE, prévu en principe le 29 mars prochain à 23h00 GMT. Mais il pose des conditions : un tel report devra être justifié, limité dans le temps et ne devra pas perturber les élections européennes qui se tiendront entre le 23 et le 26 mai 2019.

 

La question de la compétence des « experts »

La question de la compétence des « experts »

 

Il ne se passe pas une journée sans que des dizaines d’experts viennent s’exprimer pour expliquer des événements sociaux, politiques, environnementaux ou sociétaux. De ce point de vue,  la France dispose d’une armée très imposante d’experts très divers notamment des historiens, des spécialistes en politique ou en mon opinion, des sociologues, psychologues, des économistes, des urbanistes. La liste est longue et le nombre de spécialités ne cesse de se développer. De ce point de vue la France est un des pays qui forment le plus d experts en sciences sociales en particulier des psychologues et des économistes. Des experts qui ont bien d’ailleurs du mal à trouver un emploi et qu’on retrouve le plus souvent dans les administrations. Parallèlement, la France manque cruellement d’ingénieurs et de techniciens. Des catégories qu’on entend beaucoup moins car les mains dans le réel quand dans d’autres passent leur temps à décrypter leur faiblesse et leur travail. La présence régulière pour ne pas dire l’envahissement de ces experts dans tous les médias s’explique aussi par la crise économique de ces médias. Des médias pour la plupart dans le rouge, d’ailleurs été rachetés par des financiers non  pas par intérêt économique mais pour orienter et contrôler l’information. Cette masse d’experts ressemble à une sorte d’auberge espagnole. On y trouve le meilleur et le pire souvent du  médiocre asservi aux intérêts financiers (la plupart des économistes). Parfois les éclairages sont intéressants mais la plupart du temps se caractérisent  par une certaine parcellisation de l’analyse. Or qui caractérise la période, c’est sa complexité et le caractère systémique des différents facteurs de changement. Le concept de généraliste n’existe pas. Les tentatives d’analyse partent  un peu dans tous les sens en fonction de la spécialité de chacun, de sa personnalité. Aussi de ses affinités philosophiques et politiques. Personne ne peut prétendre à la neutralité et à l’indépendance, encore moins à l’objectivité. C’est tellement vrai que les grands événements de la société ont rarement été prévus par ces experts notamment par la plus grande partie des économistes. Conclusion l’apport de certains experts peut-être mais il faut en relativiser le caractère d’objectivité notamment prédictive.

 

Migrations : une question globale (Macron)

Migrations : une question globale (Macron)

Macron en réponse au nouveau gouvernement italien qui veut bloquer toute immigration illégale réplique que la question est globale et qu’elle ne peut être réglée qu’au niveau de l’Europe. Reste que jusqu’à maintenant cette Europe a laissé l’Italie (et la Grèce) se dépatouiller seule de cette question qui a largemenet facilité la montée des populismes en Italie (et ailleurs). Finalement, la France qui bloque les immigrés notamment à Vintimille est mal placée pour donner des leçons de coopération sur la question migratoire. Le sempiternel discours de Macron sur le sujet n’est guère convaincant ; il reste très théorique  “Le sujet des grandes migrations ne se traitera que si ensemble nous nous engageons pour lutter d’abord contre ses causes, que si ensemble nous nous engageons pour lutter contre l’insécurité, le terrorisme et les trafics dans la bande sahélo-saharienne”, a réagi le chef de l’Etat français interrogé sur les déclarations italiennes. “Nous ne parviendrons à régler ce sujet qu’en œuvrant ensemble à la protection des frontières de l’Europe, au rapprochement de nos droits d’asile et de nos règles, et que dans la coopération au sein de l’UE et de l’espace Schengen”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’Elysée. Le problème c’est que l’Italie est devenue la principale route des migrants économiques et demandeurs d’asile qui tentent de rejoindre l’UE, après la quasi-fermeture de la route de la Turquie et de la Grèce, par laquelle plus d’un million de personnes ont transité jusqu’en 2016. La Ligue estime que la grande majorité des migrants en Italie n’ont pas droit au statut de réfugié et que l’Italie n’a pas les moyens de les aider.

Remettre en question la pensée économique classique (Harold James)

Remettre en question la pensée économique classique (Harold James)

A la lumière des grandes crises passées,  Harold James, professeur d’Histoire et de relations internationales à l’Université de Princeton, évoque les nouveaux risques et perspectives notamment : le réchauffement climatique, l’intelligence artificielle, la révolution monétaire ;  tribune dans  le Figaro (*).

 

 

« Alors que le monde est confronté au risque d’une guerre commerciale et que l’Occident est au risque d’une véritable guerre, le moment est venu de reconsidérer les leçons de l’entre-deux-guerres.

On attribue souvent les désordres économiques et sécuritaires d’aujourd’hui à la crise financière mondiale de 2008 qui a mis en lumière les défauts de la politique économique conventionnelle. Elle a aussi accéléré le rééquilibrage entre les régions Atlantique et Asie-Pacifique, alimenté le mécontentement politique et la montée des mouvements anti-établissement en Occident.

De la même manière, on explique généralement que la Grande dépression des années 1930 a bouleversé la pensée politique et que, ayant juré de ne pas répéter les erreurs qui ont conduit à la crise, les dirigeants de l’époque ont adopté des mesures inédites pour surmonter les difficultés prolongées de leurs économies.

On attribue souvent le cadre économique conceptuel et institutionnel qui a suivi à une personnalité marquante : l’économiste britannique Keynes, auteur de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie publié en 1936, et l’un des principaux protagonistes de la Conférence de Bretton Woods en 1944. C’est cette conférence qui est à l’origine de la création de la Banque mondiale, du FMI et de l’ordre monétaire mondial de l’après-guerre.

Selon Roy Harrod, le biographe et collaborateur de Keynes, ce dernier fut considéré comme un demi-dieu lors de cette conférence. Mais d’autres contemporains de Keynes, notamment l’économiste britannique Robinson, ont contesté le crédit qui lui a été accordé dans l’avènement d’un nouvel ordre économique.

La prééminence de la pensée keynésienne tient en réalité à sa méthode de calcul de la consommation, de l’investissement et de l’épargne agrégés qui a eu un rôle irremplaçable dans la planification militaire des Américains et des Britanniques lors de la Deuxième Guerre mondiale. Grâce à une comptabilité nationale bien conçue, les différents États ont amélioré l’utilisation de leurs ressources, réorienté la production vers des objectifs militaires et diminué la pression inflationniste, maintenant ainsi le niveau de consommation et écartant le risque de troubles au sein de la population civile.

La même méthode s’est révélée efficace pour réorienter l’économie vers une hausse de la consommation des ménages. Mais cette révolution de la pensée économique et le miracle économique de l’après-guerre sont une retombée des calculs réalisés en temps de guerre, et non d’une réflexion menée en temps de paix. Les préoccupations sécuritaires de toute première urgence et la nécessité de maintenir la stabilité tant sur le plan intérieur qu’international ont fait qu’à ce moment-là les responsables politiques étaient prêts à remettre en question une orthodoxie économique enracinée de longue date.

Nous pouvons tirer de cette époque une leçon capitale. Actuellement, nombre d’économistes regrettent que la crise financière n’ait pas suscité une remise en question de la pensée économique classique. Il n’existe pas aujourd’hui d’équivalent de Keynes, tandis que les problèmes financiers et économiques sont fréquemment discutés sans grande ouverture d’esprit par des spécialistes qui n’attachent guère d’importance aux questions de sécurité ou aux relations entre objectifs nationaux et internationaux.

Pourtant, comme dans l’entre-deux-guerres, les menaces qui pèsent aujourd’hui sur la sécurité conduiront presque inéluctablement à une remise en question des bases de l’économie. Force est de constater que si la crise financière n’a pas entraîné une remise en question intellectuelle globale, trois défis de grande ampleur posés à l’ordre international libéral dominant depuis 2016 la rendront inévitable :

1) La menace existentielle posée par le réchauffement climatique. Ce réchauffement a d’énormes conséquences géopolitiques, notamment dans les zones qui souffrent déjà d’une pénurie d’eau, ainsi que dans les régions tropicales et les villes côtières déjà confrontées à la montée du niveau de la mer. Il est vrai que certaines régions sont provisoirement gagnantes, en raison de l’allongement de la saison de croissance de la végétation et d’un accès facilité aux minéraux, aux hydrocarbures et aux autres ressources dans les régions polaires.

La réduction du volume des émissions de gaz à effet de serre va dans le sens de l’intérêt général. Mais en l’absence d’un mécanisme international d’aide aux pays les plus exposés au réchauffement, chaque pays va décider tout seul de son effort de réduction de ces émissions.

2) L’intelligence artificielle qui va probablement désorganiser le marché du travail. Elle menace non seulement l’emploi, mais aussi la sécurité, car elle rendra obsolète nombre de moyens de défense et de dissuasion utilisés par les différents Etats. Il n’est pas étonnant que de grandes puissances comme les USA et la Chine soient déjà en compétition pour le leadership dans le domaine de l’intelligence artificielle, ainsi que dans celui des big data. Continuant sur cette voie, ils joueront à un jeu de plus en plus périlleux dans lequel chaque avancée technologique sera susceptible de transformer fondamentalement les relations internationales en rendant obsolète les anciens systèmes de défense.

3) La révolution monétaire. Elle a été déclenchée par les technologies de registre distribué telles que la blockchain qui ouvre la voie à la création de monnaie non étatique. Depuis Bretton Woods, la domination monétaire est une forme de pouvoir, en particulier pour les USA. Les monnaies alternatives offriront tant aux Etats qu’aux acteurs non étatiques un nouvel outil pour asseoir leur pouvoir ou pour court-circuiter les structures de pouvoir en place. Les cryptomonnaies tels que le Bitcoin perturbent déjà les marchés et pourraient un jour modifier les relations financières sur lesquelles reposent les sociétés industrielles modernes.

Dans le nouveau contexte géopolitique, la Chine, la Russie, l’Inde et d’autres puissances prennent chacun de ces défis comme l’occasion pour elles de dessiner le futur de la mondialisation à leur propre avantage. Elles envisagent un modèle très différent de celui de la fin du 20° siècle. La Chine par exemple voit dans l’intelligence artificielle un outil pour organiser une surveillance de masse et contrôler la diffusion des idées ; substituant le collectivisme à l’individualisme, elle pourrait pousser à l’émergence de systèmes profondément illibéraux au niveau de la planète.

Il existe heureusement des alternatives. En repensant l’économie et la sécurité, nous devrons adopter une stratégie qui encourage l’innovation dans le cadre de discussions coordonnées portant sur l’avenir social et politique de la planète. Nous devons appliquer l’imagination et la créativité non seulement au développement de nouvelles techniques, mais aussi aux systèmes qui vont régir ces nouvelles techniques.

Il faut éviter que les États et les multinationales puissent contrôler l’ensemble de l’information. Le défi est de parvenir à des solutions acceptables basées sur la coopération, plutôt que sur l’élimination de toute divergence d’opinions. »

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(*) Harold James est professeur d’Histoire et de relations internationales à l’université de Princeton, et membre du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI).

80 km/h,…. heu…Collomb évite la question !

80 km/h,…. heu…Collomb évite la question !

Preuve que les 80 km-km heure constitue une sacrée épine dans le pied pour la popularité du gouvernement, Gérard Collomb n’a m^me pas voulu répondre à uen question posée sur ce sujet lors d’une réunion publique ; Joker a-t-il dit ! Ce qui démontre à l’évidence que cette question vis-à-vis de la laquelle Macron et Philippe sont assez divisés met les ministres dans l’embarras. Cela d’autant plus que la mesure est très mal ressentie par les automobilistes en particulier en milieu non urbain ou la quasi-totalité des infrastructures est concernée. Cette mesure a été entièrement voulue et aussi exclusivement voulue par Philippe qui avait besoin d’un marqueur existentiel face à Macron qui occupe tous les champs économiques, sociaux et politiques. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb n’a donc  pas souhaité répondre ce jeudi soir lors d’une réunion publique portant sur la limitation de vitesse à 80 km/h, mesure très controversée prévue par le gouvernement pour juillet, préférant utiliser « un joker ». »Sur les 80km/h, j’aimerais avoir votre position », a demandé un participant de la réunion publique à laquelle participait Gérard Collomb à Rungis (Val-de-Marne) dans le cadre de l’opération de communication pour le premier anniversaire du gouvernement.  »Je prends un joker sur la question », a répondu le ministre de l’Intérieur, enchaînant sur la question suivante sous les rires d’une salle d’environ 150 personnes plutôt favorable à la politique du gouvernement. Devant l’impopularité de la mesure, Macron a bien reprécisé qu’il s’agissait seulement d’une expérience pendant deux ans et qui pourrait être annulée en cas de résultats insuffisants en matière de sécurité.

La dette, question centrale du conflit SNCF

La dette, question centrale du conflit SNCF

Le cœur de la réforme tourne autour de la reprise de la dette (ce qui a été fait en Allemagne) car depuis des dizaines et des dizaines d’années toutes les réformes ont mis cette question sous le tapis. Or aucune société ne peut partir avec un handicap de 55 milliards de dettes ou même de la moitié. Or il semble bien que le gouvernement ne veut pas s’engager sur ce terrain et préfère parler du statut. Au total, la dette annuelle de la SNCF s’élève à près de 55 milliards d’euros et c’est SNCF Réseau, selon le rapport Spinetta sur l’avenir du transport ferroviaire, qui en concentre l’essentiel avec une ardoise de près de 46 milliards d’euros en 2017. SNCF Mobilités affiche, de son côté, une dette commerciale de 7,9 milliards d’euros rapporte Le Monde, qui s’explique notamment par les pertes causées par l’ouverture du fret à la concurrence. Il faut ajouter des frais financiers de 1,5 milliard d’euros en 2017 qui correspondent au remboursement de cette même dette. La dette est ancienne, elle a pratiquement toujours existé car le fer n’est pas rentable sauf sur une ou deux lignes. Du coup la dette ne cesse de gonfler pour équilibrer les déficits d’exploitation, pour l’investissement et pour entretien d’un réseau qui en a bien besoins. Du coup c’est 1.5 milliards de frais financiers par an (et sans remboursement du capital). L’entreprise doit rembourser une dette toujours plus grande et, donc, de nouveaux intérêts liés à l’augmentation des emprunts.  Il n’y a pas d’autre issue » que la reprise de la dette par l’Etat  »parce que ce n’était pas la dette des cheminots, ni celle des usagers », a déclaré de son côté Laurent Berger de la CFDT.  De son côté, l’exécutif reste flou sur la question. Interrogée vendredi sur franceinfo, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a refusé de prendre un engagement clair, estimant qu’« on ne peut pas s’occuper de la dette aujourd’hui et qu’elle se reconstitue demain ». La ministre a également laissé entendre que l’Etat, s’il devait reprendre la dette, n’en reprendrait qu’une partie. Autant dire que le gouvernement se prépare à une demi réforme qui reproduira les m^me effets d’ici 10 ans. Faute de reprise totale de la dette la réforme juridique de l’entreprise n’aura aucun sens car l’entreprise sera bien contrainte d’avoir recours à l’emprunt pour boucler budget d’exploitation et investissement. Au total on peut attendre à une demi réforme, avec une demi reprise (ou moins à) de la dette et à un demi échec de la reforme.

Pourquoi la question constitutionnelle reste ouverte avec la seule Corse

Pourquoi la  question constitutionnelle reste ouverte avec la seule  Corse

 

Le gouvernement reste ouvert sur la question constitutionnelle corse. On se demande bien pourquoi il faudrait une référence à la Corse dans la constitution d’autant que précisément l’objectif de certains indépendantistes comme Talamoni est  de quitter la France et sa constitution. Si l’on devait modifier la constitution, on voit mal pourquoi il ne serait pas fait allusion aux autres régions. En effet ce qui ce pose en Corse, c’est-à-dire une plus grande autonomie, que pose tout autant sinon davantage les autres régions françaises. La France est un des rares pays hyper centralisé ;  tout dépend de l’Etat même si une certaine décentralisation s’est réalisée mais une décentralisation qui n’a fait que rajouter des couches au millefeuille administratif et politique sans donner de vrais pouvoirs territoriaux. D’une certaine manière en France,  la totalité des collectivités locales sont sous tutelle des préfets et de leurs services même la plus petite des communes. Les administrations centrales présentes localement font d’ailleurs double emploi avec les administrations territoriales qui ont augmenté leurs effectifs d’environ 50 % en une vingtaine d’années. Il n’y a toujours pas de véritable politique économique régionale. La meilleure preuve c’est que l’État tout dernièrement  envisage m^me de rapatrier au niveau national la question de l’apprentissage. Le poids de l’État est encore essentiel dans nombre de champs économiques et sociaux. Ce pose la problématique d’un État fédéral en France comme il en existe ailleurs notamment en Allemagne ou en Espagne. C’est le rapport de l’État aux régions, la reconnaissance des régions qui peuvent figurer dans la constitution et non seulement la Corse.  En charge du dossier Corse, Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, n’a pas exclu jeudi 11 janvier qu’il y ait une référence explicite à la Corse dans le cadre d’une réforme de la Constitution, lors de l’émission Questions d’info LCP-Franceinfo-Le Monde-AFP. À la question : « Symboliquement, est-ce que vous accepteriez qu’il y ait une référence à la Corse dans la Constitution ? », Jacqueline Gourault a répondu : « On verra ! ». « Il faut discuter sur les souhaits de ceux qui sont en face de nous et voir quelles sont leur volonté de dialogue, leur volonté d’être reconnus par la Constitution », a poursuivi l’ancienne vice-présidente du Sénat. La ministre a ajouté : « Ce que l’on veut, le droit à la différenciation, c’est, au fond, reconnaître la spécificité des territoires et être capables d’admettre que l’on applique de façon différente les règlements d’une loi qui a été votée » pour tous, a précisé la ministre auprès de Gérard Collomb. La France « reste une et indivisible, mais sa richesse c’est sa diversité », a martelé cette proche de François Bayrou. ont estimé lundi les dirigeants corses à l‘issue d‘une réunion

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