Archive pour le Tag 'quelle'

Page 2 sur 11

Agriculture :quelle transition environnementale ?

Agriculture :quelle transition environnementale ?

par Bertrand Valiorgue , Professeur de stratégie et gouvernance des entreprises, EM Lyon Business School dans The Conversation

À l’été 2022, les Pays-Bas ont pris une décision forte en matière d’agriculture durable. Très impopulaire auprès des agriculteurs hollandais, elle consiste à réduire drastiquement les rejets d’azote et les émissions de gaz à effet de serre issus d’exploitations agricoles à proximité de zones naturelles protégées.

Elle va se traduire concrètement par la fermeture et le démantèlement de certaines exploitations et le renoncement à des exportations sur les marchés mondiaux.
Si cette décision interpelle par sa radicalité, elle nous invite plus fondamentalement à comprendre les nouveaux enjeux qui se dessinent en matière d’agriculture durable.
Le plan néerlandais de réduction d’azote provoque la colère des producteurs. (Euronews, 2022).

Le « développement durable », notion devenue incontournable quand on aborde les problématiques environnementales, ne semble présenter aucune ambiguïté dans sa définition ; il s’agit, comme le propose le rapport Brundtland de 1987, de :
« Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »
Popularisée depuis plus de 30 ans par l’ONU, plébiscitée par les entreprises et les ONG, cette notion semble stabilisée et opératoire. Elle est en réalité très controversée et renvoie à deux paradigmes dont les ambitions conduisent à des résultats très différents : la durabilité faible et la durabilité forte.
Ces deux aspects prennent leur source dans les travaux de deux économistes : Robert Solow pour la durabilité faible ; Herman Daly pour la durabilité forte. Dans les années 1980 et 1990, ils ont porté des positions très différentes en matière de développement durable.


Le développement durable faible
consiste à trouver des compromis jugés satisfaisants à l’instant T et qui pénalisent à minima le bien-être des générations futures. Des dégradations de l’environnement naturel sont acceptées si elles permettent de maintenir ou de développer les performances du système économique.
Dans le paradigme de la durabilité faible, le capital économique est substituable au capital naturel et le développement technique et scientifique permettra aux générations futures de réparer ou de dépasser les dégradations de l’environnement naturel réalisées par les générations antérieures.

Cela ne veut bien évidemment pas dire que toutes les dégradations de l’environnement naturel sont permises, mais que certaines d’entre elles sont jugées acceptables, car elles soutiennent un régime de développement économique et technologique dont les générations futures pourront pleinement bénéficier.
Il est ainsi acceptable de continuer à émettre du CO2 dans l’atmosphère sur la base d’énergies fossiles, car les performances de ce système permettent d’investir dans de nouvelles technologies qui à l’avenir seront beaucoup moins problématiques et vertueuses pour l’environnement. Le développement durable faible fait un pari sur l’avenir et les capacités du génie humain à solutionner les problèmes.


Le développement durable fort
refuse la substitution entre le capital économique et le capital naturel. Il est à cet égard inenvisageable de compenser une perte de biodiversité ou la dégradation d’un service écosystémique par un surplus de valeur économique ou un nouveau dispositif technologique. Les éléments qui constituent l’environnement naturel ne doivent pas être dégradés afin d’être transmis en l’état aux générations futures.

Il n’est bien évidemment pas interdit de dégrader certaines ressources naturelles, mais cette dégradation ne doit pas dépasser certains seuils, qui permettent à ces ressources de se régénérer ou de se reproduire. Nous léguons aux générations futures un certain état du système Terre qui leur permettra de vivre dans un environnement naturel, ainsi que des biorégions qui auront des caractéristiques biophysiques identiques ou très proches de celles connues aujourd’hui.

Dans cette perspective, l’activité économique ne disparaît bien évidemment pas, mais elle doit s’insérer dans un tissu naturel et social qu’elle ne dégrade pas, voire qu’elle régénère. Dans cette logique, il convient de limiter l’utilisation des énergies fossiles afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C degré et de ne rien lâcher sur ce seuil dont le franchissement entraînerait une transformation considérable des conditions de vie pour les générations futures.

Le secteur agricole est aujourd’hui rattrapé par ces deux visions incompatibles du développement durable. S’il est sensible aux enjeux de développement durable depuis au moins 20 ans, le secteur agricole français a toujours été orienté par une conception faible de la durabilité.

L’objectif a toujours été de maintenir, voire d’accroître, les performances économiques, tout en cherchant à limiter les impacts négatifs sur l’environnement naturel. Cette trajectoire en matière de durabilité conduit à des performances questionnables, car sur les 9 limites planétaires identifiées par les travaux du Stockholm Resilience Centre, l’agriculture participe directement à la dégradation de 5 d’entre elles.

L’agriculture est ainsi directement responsable du changement climatique, de la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, de la perturbation du cycle de l’eau, de l’érosion de la biodiversité et de l’introduction de nouvelles entités dans la biosphère.

Ces limites planétaires correspondent à des processus biophysiques dont il ne faut pas perturber le fonctionnement, sous peine de voir toute la machinerie planétaire se transformer, conduisant à une très forte dégradation des conditions d’habitabilité de la planète Terre pour l’espèce humaine.

La décision radicale des Pays-Bas est emblématique de cette compréhension d’une impasse en matière de trajectoire de durabilité de l’agriculture hollandaise. Les dirigeants politiques ont entériné le fait que leur modèle agricole conduit au dépassement des limites planétaires et qu’une nouvelle trajectoire de durabilité s’impose. La décision prise en 2022 marque ainsi le passage d’une conception de la durabilité agricole de faible à forte.

Environnement -Quelle décarbonation du transport de marchandises

Environnement -Quelle décarbonation du transport de marchandises

Le temps industriel est différent du temps politique et la décarbonation a un coût et un temps… Par Bruno Kloeckner, Directeur Général de XPO Logistics


Il y a urgence ! D’ici 2025, la quasi-totalité des villes françaises seront équipées de zones à faibles émissions (ZFE), or plus de 98% des 616.500 poids lourds actuellement en circulation utilisent du diesel. Les camions représentent près de la moitié de ces poids lourds, et à ce jour, seulement 53% d’entre eux répondent aux CRIT’AIR E, 1 ou 2(1). Le secteur du transport routier est-il prêt pour cette transition ?

Il y a beaucoup à faire. À sa décharge, ce secteur se heurte à un certain nombre de freins : manque d’attention politique et délais de fabrication des véhicules plus long, notamment. De nombreuses solutions sont entre les mains de décideurs extérieurs au secteur, qui ne mesurent peut-être pas pleinement les défis que représentent les pénuries de carburant, la difficulté de financement des flottes commerciales à faibles émissions et le manque d’aides suffisantes à la décarbonation des opérations de transport de marchandises. Les représentants de la filière sont régulièrement reçus par le gouvernement pour évoquer ces questions, mais les avancées restent limitées. L’heure est venue d’agir, en commençant par des signaux forts indiquant que des aides seront apportées.

Aujourd’hui, lutter contre le changement climatique n’est plus une option. Les poids lourds sont responsables de 24% des émissions de gaz à effet de serre du secteur du transport routier en France, et le gouvernement s’est engagé à réduire les émissions de GES de 35% d’ici 2030(2) et à porter le nombre de ZFE à 45, contre 12 aujourd’hui. Le secteur n’a pas de solution unique et systématique à adopter pour respecter ce calendrier. Dans deux ans, près de quatre camions sur dix risquent d’être exclus de l’accès aux ZFE(1).

Conscients de l’importance de ces enjeux, certains transporteurs lancent des initiatives afin de réduire les émissions au niveau de l’entreprise. Il s’agit notamment de former à l’écoconduite, brider les moteurs pour limiter la vitesse, assister les collaborateurs avec de nouvelles technologies, optimiser les chargements, mais aussi et surtout renouveler le parc automobile au profit de véhicules utilisant des sources d’énergie alternatives.

Aujourd’hui, un camion électrique peut coûter trois à quatre fois son équivalent diesel. Les subventions disponibles sont lentes à venir et sont généralement loin de couvrir la charge financière. Poussées par la nécessité d’agir plus rapidement, les entreprises de transport les plus innovantes mettent en place des stratégies pour trouver des moyens de contourner ces obstacles.
D’autres aides pourront se matérialiser à l’avenir, mais si les entreprises de transport veulent satisfaire aux exigences des ZFE dans les délais prévus, elles doivent passer commande de véhicules alternatifs au diesel et investir dans de nouvelles infrastructures dès maintenant. Les capacités de production sont encore limitées, les délais sont longs et la production annuelle ne répond pas aux besoins de ceux dont la flotte compte des centaines ou des milliers de véhicules.
Au niveau macro, la double dynamique de l’inflation et de la crise de l’énergie entraîne une réorientation de l’aide gouvernementale vers le diesel. Cela répond à un besoin immédiat, mais ne tient pas compte de la nécessité de signaux forts de la part du gouvernement concernant les énergies alternatives. En l’état actuel des choses, les objectifs ambitieux qu’il se fixe pour les immatriculations des poids lourds à faibles émissions semblent inatteignables.

Les progrès sont plus marqués dans le domaine de la formation, où les récentes initiatives du gouvernement apportent plus de lisibilité sur l’électrique, le gaz naturel liquéfié (GNL), le biogaz, l’huile végétale hydrogénée (HVO) et le B100. Chaque énergie correspond à des usages différents et nécessite une connaissance spécifique. Le gaz, par exemple, est adapté à la circulation en centre-ville, car il limite la pollution aux particules fines, particulièrement nocives pour l’homme. En revanche, le gaz ne réduit pas les émissions de CO2, contrairement aux véhicules électriques.

Les options se multipliant pour les chargeurs, les équipes commerciales des transporteurs désormais être capables de conseiller leurs clients sur le choix d’énergies optimum, adaptées selon le trajet, les éventuelles restrictions réglementaires, et les possibilités d’approvisionnement qui varient selon les régions. Quelques entreprises de transport sont pionnières dans cette approche de conseil et on peut s’attendre à ce que la demande augmente avec le développement de solutions multimodales et multi-énergies. Le secteur du transport routier joue en effet un rôle majeur en offrant aux clients de nouvelles options de transport utilisant plusieurs énergies pour déplacer leurs produits – comme les combinaisons route, rail, mer et fleuve – afin d’optimiser chaque étape du voyage.

Ce qui se joue est essentiel pour le transport routier : le secteur doit accélérer sa transition d’un système mono-énergétique – le diesel – à un système multi-énergies. Ce changement de paradigme devrait encourager les transporteurs à revoir l’ensemble de leur stratégie en adaptant leur flotte mais aussi l’ensemble de leurs opérations, de la logistique à la formation en passant par la technologie et la facturation. C’est la seule façon de relever avec succès les défis de la décarbonation à long terme.

À court terme, cette transformation émergente peut être amplifiée par des changements de process. Par exemple, les émissions de carbone peuvent être considérablement réduites en améliorant la façon dont les camions sont chargés – trop de camions partent avec une charge partielle pour répondre aux demandes des consommateurs qui souhaitent des délais de livraison plus courts. Un camion plein, empruntant un itinéraire optimisé est plus économe en énergie, quel que soit le type de carburant. De grands progrès ont été réalisés par les spécialistes du secteur pour optimiser le chargement et l’acheminement et digitaliser le tracking.

Le secteur du transport routier participe volontiers aux profonds changements – stratégiques, structurels et réglementaires – qui contribueront à définir les actions en faveur du climat en France dans les années à venir. Les entreprises de transport savent qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. En pensant « multi » plutôt que « mono », en privilégiant le temps long, le secteur aura un rôle clé à jouer pour permettre à la planète de se régénérer.
__________
(1) SDES – Données sur le parc automobile français au 1er janvier 2022.
(2) Ministère de la transition écologique – objectif de réduction par rapport à 2015

Quelle éthique face à l’intelligence artificielle

Quelle éthique face à l’intelligence artificielle

Intreview d’Irene Solaiman ex experte d’ OpenAI, chercheuse sur l’impact social de l’IA dans la Tribune

LA TRIBUNE – ChatGPT a-t-il révolutionné la façon dont les chercheurs voient les modèles de langage ?

IRENE SOLAIMAN – ChatGPT relève du jamais vu par sa viralité. Mais je ne dirais pas que la technologie elle-même est sans précédent. Plus généralement, même si les modèles de langage deviennent plus puissants, c’est surtout la façon dont les utilisateurs interagissent avec qui a changé. Quand j’ai commencé à travailler sur les modèles de langage il y a quelques années, il fallait avoir un certain niveau de compétence informatique pour envoyer des requêtes, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’IA s’est démocratisée, il faut donc des interfaces qui améliorent l’accessibilité. Le problème, c’est que donner plus d’accessibilité mène à plus de potentiels usages malveillants et c’est pourquoi il nous faut intégrer des protections pour garantir que l’usage de la technologie reste éthique.

Dans votre article, vous écrivez : « puisqu’un système ne peut pas être entièrement sans danger et dépourvu de biais pour tous les groupes de personnes, et qu’il n’existe aucun standard clair pour déterminer si un système est suffisamment sûr pour une diffusion publique, des discussions supplémentaires doivent être menées avec toutes les parties prenantes ». Ce constat signifie-t-il que les modèles de langages sont condamnés à être défaillants ?

Je demande toujours pour qui nous construisons ces modèles, et à qui y donne-t-on accès. Un dicton dans le milieu est « garbage in, garbage out » [si on nourrit l'IA avec du déchet, il en sortira du déchet, ndlr]. Ce principe est à l’origine de la plupart des problèmes des modèles de langage, car les données sur lesquelles ils sont entraînés ont été récupérées sur Internet, le plus souvent sur des contenus écrits en alphabet latin. Si on ajoute à cela la question de la connectivité, on réalise que les biais des nations occidentales sont surreprésentés.

Or quand on publie un modèle, encore plus sous la forme d’un produit comme ChatGPT, on veut qu’il soit sans danger pour tout le monde. Mais ce qui est considéré comme sûr pour un groupe de personnes ne l’est pas pour un autre. C’est ici qu’entrent en compte les différences culturelles sur les questions de la beauté, de la sexualité ou encore de la violence, qui rendent l’équation très compliquée pour les chercheurs.

Comment les chercheurs font-ils pour prendre en compte et diminuer ces risques ?

C’est une des questions les plus compliquées actuellement, et la solution ne viendra pas forcément d’une méthode ou d’un outil en particulier. Il faut faire attention au solutionnisme technologique. La solution relève la fois du politique, d’un travail avec la société civile, et de beaucoup de retours d’utilisateurs. Or, les organisations qui mettent en avant des systèmes fermés n’ont pas toutes les perspectives nécessaires en interne pour répondre à ces enjeux. C’est pourquoi je défends une ouverture éthique des systèmes.

Lors des sorties successives de ChatGPT et celles de BingChat, plusieurs utilisateurs se sont empressés d’en tester les limites, et de pousser les outils à la faute. Résultat : les IA finissent par mentir, et BingChat a même pris un ton agressif avec certains utilisateurs. Les concepteurs des modèles doivent-ils prendre en compte ce genre de pratiques extrêmes avant de publier leur outil ?

En fonction de ce qui est demandé, ces comportements peuvent mener à une amélioration du système, et avoir les mêmes effets bénéfiques que le passage d’une red team [une équipe chargée de trouver les failles d'un système pour mieux les réparer, ndlr]. Quand un nouveau système est publié et qu’il attire beaucoup d’attention, il va recevoir un flot permanents de tests, encore plus que ne l’aurait fait n’importe quelle organisation dont ce serait la charge. Le problème sous-jacent, c’est qu’aucun des développeurs ne peut identifier à l’avance tous les cas d’usages possibles de ces systèmes, car ils ne sont pas construits pour une application particulière.

Pour une partie des experts, ce talon d’Achille des IA génératives comme ChatGPT, Stable Diffusion ou Midjourney, justifie un accès assez rapide au modèle, afin de mettre en place le mécanisme de feedback [retour des utilisateurs, ndlr] qui va leur permettre d’améliorer le modèle. C’est aujourd’hui la norme dans la tech : on participe par exemple à ce type de mécanisme lorsque l’on utilise le moteur de recherche de Google. C’est ensuite aux décideurs politiques de trancher si ces comportement sont bons ou mauvais.

Vous vous interrogez dans votre article sur la responsabilité en cas d’erreur ou de débordement. Qui doit prendre en charge cette responsabilité ?

J’essaie de distinguer les personnes impliquées en plusieurs catégories : les développeurs, les « déployeurs » c’est-à-dire ceux qui sont chargés de mettre en place les cas d’usage du modèle, et les utilisateurs. Un des enjeux au niveau politique est de définir qui porte le fardeau et de s’assurer que le modèle est sans danger. Mais tous les acteurs impliqués partagent la responsabilité à différents niveaux. Les développeurs vont être ceux qui ont la meilleure compréhension du modèle. En revanche, ils n’ont pas toujours les compétences, notamment celles liées aux sciences sociales, pour examiner les effets du modèle sur la société.

En conséquence, pour l’instant, la majeure partie de la pression des régulateurs est portée sur les déployeurs. Ils n’ont peut-être pas autant accès au modèle que les développeurs, mais ils peuvent avoir une bien meilleure compréhension de ses implications. En bout de chaîne, il y a l’utilisateur, qui ne devrait pas avoir à porter cette responsabilité, car il est difficile d’avoir le niveau de connaissance nécessaire pour bien comprendre les limites de ces modèles.

Vous avez mené le déploiement de GPT-2, que OpenAI définissait dans un premier temps comme « trop dangereux pour être publié dans son intégralité », avant de finalement revenir sur cette précaution. Pensez-vous que cet épisode a changé la façon d’envisager le déploiement des IA au niveau de l’industrie ?

Je pense que l’approche que nous avons pris pour GPT-2 s’avère rétrospectivement être un tournant dans la façon dont nous pensons les modèles de langage et leur publication. C’était un test, dont je suis encore aujourd’hui heureuse de l’issue. J’ai travaillé avec des juristes, avec les développeurs du modèle ou encore avec des chercheurs extérieurs et tous ont été absolument essentiels pour comprendre les complexités de la publication du modèle. Nous avons fait un déploiement graduel, qui a été possible parce que nous étions extrêmement impliqués dans la recherche et que vous surveillions attentivement ce que les gens faisaient avec GPT-2. Je pense que c’était un bon exemple de publication graduelle, mais qu’encore aujourd’hui d’autres méthodes peuvent être tout aussi pertinentes.

Satya Nadella, le CEO Microsoft, a clairement évoqué le début d’une course à l’IA. Ses concurrents, à commencer par Google et Meta, ont dit qu’ils pouvaient créer des équivalents de ChatGPT mais qu’ils voulaient prendre plus de précautions. Avez-vous peur que la course économique sacrifie l’éthique ?

C’est quelque chose que nous craignons depuis des années. Nous avons toujours mis en garde contre ce genre de concurrence précipitée, et contre la possibilité qu’il fasse émerger des standards basés sur la puissance et les capacités, aux dépens de l’éthique. Car aujourd’hui, il n’y a pas d’organisme de régulation qui détermine clairement quels sont les modèles les plus puissants, encore une fois parce qu’ils ne sont pas destinés à des tâches précises.

En parallèle, nous sommes plusieurs chercheurs à travailler sur la création de standards d’évaluation qui mettraient en avant l’impact sociétal des IA, notamment sur des sujets de divergence culturelle comme la beauté, la sexualité ou la violence, en plus de critères plus classiques comme les discriminations de genre et ethnique. Après tout, si un modèle ne fonctionne pas correctement pour tout le monde, on peut considérer qu’il ne fonctionne pas du tout. Le problème, c’est qu’en se livrant une concurrence sur la performance, il est possible que les entreprises investissent moins dans les mécanismes de sûreté et d’éthique. C’est une éventualité effrayante, qu’on ne peut pas se permettre.

Le problème, c’est que même en étant attentif à la qualité de la production du modèle d’IA et en ayant bien fait attention aux éventuels débordements, il n’est jamais facile d’empêcher les mauvais usages d’un modèle. Début 2021, des internautes ont utilisé GPT-3 pour créer un jeu vidéo avec des textes pédopornographiques. Beaucoup de personnes ont oublié cet épisode car il est très dérangeant. Mais il illustre un problème : une fois le modèle publié, Internet va l’utiliser pour faire ce qu’il fait de mieux… et ce qu’il fait de pire.

Projet retraites : quelle légitimité démocratique ?

Projet retraites : quelle légitimité démocratique ?

L’affrontement social de ce début d’année 2023 déborde largement la seule question de réforme des retraites : il interroge la place d’un président pris en étau entre l’opposition et la rue. Par Claude Patriat, Université de Bourgogne – UBFC

Retraite, retraite, le mot est partout, il vole de tweet en tweet, de manifestation en émission, de motion en émotion. Jamais son usage n’a autant joué de son ambivalence : retraiter, en effet signifie soit mettre à la retraite, soit traiter de nouveau.

L’affrontement semble se résumer à d’une part un président qui, soucieux en même temps d’affirmer sa capacité réformatrice et de prouver la crédibilité de la France à réduire son endettement, défie opinion publique, partis et syndicats ; d’autre part, une opposition disparate dans sa coalition, sans convergence possible entre RN, LR et Nupes mais hostile par principe à Emmanuel Macron.
En fait, par le moment où il se joue, par le cadre politique où il se déroule, par le système communicationnel qui le met en branle, l’affrontement social déborde largement cette seule question de réforme du temps de vie au travail : il met en face à face l’État et la société, et interroge le rapport des citoyens au pouvoir politique.

La matière même de la retraite détient un potentiel aussi diversifié qu’explosif : placé à la charnière de la vie privée, dont elle couvre une part du projet individuel de vie, et de la vie publique, dont elle exprime le sens solidaire, elle mobilise la question de l’être ensemble et de l’acceptation des contraintes collectives, en même temps qu’elle interroge sur le sens du travail. Qu’on ne s’étonne pas, dès lors, de la dimension totémique que prend le débat.

L’été dernier, en préambule de son Conseil des ministres après sa réélection, Emmanuel Macron avait entendu placer la barre à un niveau élevé : il avait proclamé la fin de l’insouciance et de l’abondance, tout en annonçant l’appel à un effort collectif.

Or, c’est précisément là que la volonté présidentielle entre en percussion avec le climat social dominant : s’appuyant sur un constat des inégalités, et un rappel des efforts déjà fournis, il y a un sentiment largement partagé de refus d’une demande estimée injuste : ce serait aux riches, et à eux seuls, qu’il faut demander de fournir un effort.
Cet égalitarisme de principe reçoit le renfort de toute l’opposition de gauche : la Nupes conteste le droit du président à demander un effort coûteux, au motif qu’il n’aurait pas été élu pour cela. On fait circuler l’argument de la non-légitimité : si Emmanuel Macron rassemble effectivement 58,55 % au second tour, c’est en raison d’un vote de refus de Marine Le Pen mélangeant partisans et adversaires du président, et non par adhésion à son programme. Son véritable score serait ainsi composé des 27,8 % obtenus au premier tour. Il ne disposerait donc pas de la légitimité nécessaire pour imposer des décisions rejetées par une large part de ses électeurs. Et voici l’élection-reine transformée en plébiscite négatif…

Cette manière de sophisme se redéploie en plus caricaturale au niveau du Parlement : là, le scrutin est pourtant sans aucune ambiguïté, car il ne s’agit plus d’un vote de refus, chacun pouvant défendre ses couleurs propres. De plus, les élections législatives se sont déroulées deux mois après la présidentielle, laissant un espace de dédit éventuel.

Or, la majorité des électeurs a plutôt choisi de confirmer son choix d’avril en se portant sur Renaissance et les mouvements qui soutenaient le président. Certes, le soutien est nuancé, la majorité n’étant que relative et, dans le cadre d’un scrutin marqué par une très forte abstention, le vote exprime un ersatz de proportionnelle. Voilà qui résonne comme une invitation à l’ouverture. Encore faudrait-il que les minorités acceptent le jeu du compromis. Ce qui, à l’exception des Républicains qui jouent une participation stratégique délicate, n’est pas à l’ordre du jour. Pour l’heure, sauf à envisager une improbable symbiose Nupes, RN, LR, il n’existe pas de majorité alternative à la majorité présidentielle.

Pareille insistance à opposer majorité légale et majorité légitime entretient un procès en illégitimité contre Emmanuel Macron et affaiblit d’autant son autorité. Décidément,son second baptême élyséen n’aura pas permis d’effacer son péché originel.

Les vieux partis de gouvernement qu’il a balayés de la compétition présidentielle trouvent refuge dans leurs bastions locaux, créant ainsi l’image d’une France à deux vitesses.
La création de la Nupes, emmenée par la France insoumise en position de force, est venue rigidifier encore plus le système, qui évolue désormais en trois blocs : l’un à cheval entre l’extrême droite et la droite, l’autre entre l’extrême-gauche et la gauche, encadrant toutes deux un bloc central à qui on refuse toute ouverture. Voilà la majorité présidentielle encerclée et contrainte de se retourner vers la droite, nourrissant l’image d’un président « des riches et des favorisés ».

Ce qui rend crucial ce jeu de rôles, c’est qu’il s’opère au sein d’une société désenchantée, où domine un sentiment de perte de confiance des citoyens dans les représentants élus, et particulièrement dans l’exécutif. Le mythe du président démiurge a fait long feu et l’autorité de celui-ci se noie dans un brouillard de refus et de méfiance.
Ses appels à la solidarité et à l’effort se perdent dans les sables de la protestation. L’augmentation spectaculaire des nouveaux médias et leur accélération ajoutent à la confusion : elles brouillent la communication et accentuent le sentiment de coupure avec les élus. Cette horizontalisation des échanges contribue certes à saper la verticalité du pouvoir central, mais parfois au prix de la clarté et de la sincérité du débat comme l’a montré par exemple la tentation complotiste lors de la pandémie de Covid.

Là encore, la question des retraites fournit un excellent champ d’observation : il s’agit en effet d’une matière engageant l’avenir où toute décision suppose une expertise et une prospective. Les termes du choix doivent être clairement et préalablement établis, et soustraits aux réactions émotives immédiates. La démocratie représentative, parce qu’elle distingue le temps du débat et celui de la décision, offre le cadre adapté à une démarche apaisée.

Le débat actuel ne saurait donc être circonscrit à la seule question des retraites. C’est toute la mécanique subtile des démocraties libérales qui est éprouvée dans cet affrontement menaçant le système représentatif et son corollaire de délégation d’autorité.

Le gouvernement n’a plus le choix : engagé dans les Thermopiles d’un débat sociétal biaisé, il ne peut plus guère qu’avancer. Qu’il parvienne, aux forceps de l’article 47-1, à faire passer sa réforme au Parlement risque de ne lui assurer qu’une victoire à la Pyrrhus. Quelle que soit l’issue, il ne fera pas l’économie d’une profonde réforme d’institutions décalées des attentes sociétales. C’est
Prosper de Barante qui, dans sa Préface à l’histoire des Ducs de Bourgogne, écrivait en 1826 :
« Nous vivons un temps de doute, les opinions absolues ont été ébranlées ; elles s’agitent encore par souvenir ; mais au fond personne ne les croit plus assez pour leur faire des sacrifices. »
_______
Par Claude Patriat, Professeur émérite de Science politique Université de Bourgogne, Université de Bourgogne – UBFC.

Projet de réforme des retraites : quelle légitimité démocratique ?

Projet de réforme des retraites : quelle légitimité démocratique ?

L’affrontement social de ce début d’année 2023 déborde largement la seule question de réforme des retraites : il interroge la place d’un président pris en étau entre l’opposition et la rue. Par Claude Patriat, Université de Bourgogne – UBFC

Retraite, retraite, le mot est partout, il vole de tweet en tweet, de manifestation en émission, de motion en émotion. Jamais son usage n’a autant joué de son ambivalence : retraiter, en effet signifie soit mettre à la retraite, soit traiter de nouveau.

L’affrontement semble se résumer à d’une part un président qui, soucieux en même temps d’affirmer sa capacité réformatrice et de prouver la crédibilité de la France à réduire son endettement, défie opinion publique, partis et syndicats ; d’autre part, une opposition disparate dans sa coalition, sans convergence possible entre RN, LR et Nupes mais hostile par principe à Emmanuel Macron.
En fait, par le moment où il se joue, par le cadre politique où il se déroule, par le système communicationnel qui le met en branle, l’affrontement social déborde largement cette seule question de réforme du temps de vie au travail : il met en face à face l’État et la société, et interroge le rapport des citoyens au pouvoir politique.

La matière même de la retraite détient un potentiel aussi diversifié qu’explosif : placé à la charnière de la vie privée, dont elle couvre une part du projet individuel de vie, et de la vie publique, dont elle exprime le sens solidaire, elle mobilise la question de l’être ensemble et de l’acceptation des contraintes collectives, en même temps qu’elle interroge sur le sens du travail. Qu’on ne s’étonne pas, dès lors, de la dimension totémique que prend le débat.

L’été dernier, en préambule de son Conseil des ministres après sa réélection, Emmanuel Macron avait entendu placer la barre à un niveau élevé : il avait proclamé la fin de l’insouciance et de l’abondance, tout en annonçant l’appel à un effort collectif.

Or, c’est précisément là que la volonté présidentielle entre en percussion avec le climat social dominant : s’appuyant sur un constat des inégalités, et un rappel des efforts déjà fournis, il y a un sentiment largement partagé de refus d’une demande estimée injuste : ce serait aux riches, et à eux seuls, qu’il faut demander de fournir un effort.
Cet égalitarisme de principe reçoit le renfort de toute l’opposition de gauche : la Nupes conteste le droit du président à demander un effort coûteux, au motif qu’il n’aurait pas été élu pour cela. On fait circuler l’argument de la non-légitimité : si Emmanuel Macron rassemble effectivement 58,55 % au second tour, c’est en raison d’un vote de refus de Marine Le Pen mélangeant partisans et adversaires du président, et non par adhésion à son programme. Son véritable score serait ainsi composé des 27,8 % obtenus au premier tour. Il ne disposerait donc pas de la légitimité nécessaire pour imposer des décisions rejetées par une large part de ses électeurs. Et voici l’élection-reine transformée en plébiscite négatif…

Cette manière de sophisme se redéploie en plus caricaturale au niveau du Parlement : là, le scrutin est pourtant sans aucune ambiguïté, car il ne s’agit plus d’un vote de refus, chacun pouvant défendre ses couleurs propres. De plus, les élections législatives se sont déroulées deux mois après la présidentielle, laissant un espace de dédit éventuel.

Or, la majorité des électeurs a plutôt choisi de confirmer son choix d’avril en se portant sur Renaissance et les mouvements qui soutenaient le président. Certes, le soutien est nuancé, la majorité n’étant que relative et, dans le cadre d’un scrutin marqué par une très forte abstention, le vote exprime un ersatz de proportionnelle. Voilà qui résonne comme une invitation à l’ouverture. Encore faudrait-il que les minorités acceptent le jeu du compromis. Ce qui, à l’exception des Républicains qui jouent une participation stratégique délicate, n’est pas à l’ordre du jour. Pour l’heure, sauf à envisager une improbable symbiose Nupes, RN, LR, il n’existe pas de majorité alternative à la majorité présidentielle.

Pareille insistance à opposer majorité légale et majorité légitime entretient un procès en illégitimité contre Emmanuel Macron et affaiblit d’autant son autorité. Décidément,son second baptême élyséen n’aura pas permis d’effacer son péché originel.

Les vieux partis de gouvernement qu’il a balayés de la compétition présidentielle trouvent refuge dans leurs bastions locaux, créant ainsi l’image d’une France à deux vitesses.
La création de la Nupes, emmenée par la France insoumise en position de force, est venue rigidifier encore plus le système, qui évolue désormais en trois blocs : l’un à cheval entre l’extrême droite et la droite, l’autre entre l’extrême-gauche et la gauche, encadrant toutes deux un bloc central à qui on refuse toute ouverture. Voilà la majorité présidentielle encerclée et contrainte de se retourner vers la droite, nourrissant l’image d’un président « des riches et des favorisés ».

Ce qui rend crucial ce jeu de rôles, c’est qu’il s’opère au sein d’une société désenchantée, où domine un sentiment de perte de confiance des citoyens dans les représentants élus, et particulièrement dans l’exécutif. Le mythe du président démiurge a fait long feu et l’autorité de celui-ci se noie dans un brouillard de refus et de méfiance.
Ses appels à la solidarité et à l’effort se perdent dans les sables de la protestation. L’augmentation spectaculaire des nouveaux médias et leur accélération ajoutent à la confusion : elles brouillent la communication et accentuent le sentiment de coupure avec les élus. Cette horizontalisation des échanges contribue certes à saper la verticalité du pouvoir central, mais parfois au prix de la clarté et de la sincérité du débat comme l’a montré par exemple la tentation complotiste lors de la pandémie de Covid.

Là encore, la question des retraites fournit un excellent champ d’observation : il s’agit en effet d’une matière engageant l’avenir où toute décision suppose une expertise et une prospective. Les termes du choix doivent être clairement et préalablement établis, et soustraits aux réactions émotives immédiates. La démocratie représentative, parce qu’elle distingue le temps du débat et celui de la décision, offre le cadre adapté à une démarche apaisée.

Le débat actuel ne saurait donc être circonscrit à la seule question des retraites. C’est toute la mécanique subtile des démocraties libérales qui est éprouvée dans cet affrontement menaçant le système représentatif et son corollaire de délégation d’autorité.

Le gouvernement n’a plus le choix : engagé dans les Thermopiles d’un débat sociétal biaisé, il ne peut plus guère qu’avancer. Qu’il parvienne, aux forceps de l’article 47-1, à faire passer sa réforme au Parlement risque de ne lui assurer qu’une victoire à la Pyrrhus. Quelle que soit l’issue, il ne fera pas l’économie d’une profonde réforme d’institutions décalées des attentes sociétales. C’est
Prosper de Barante qui, dans sa Préface à l’histoire des Ducs de Bourgogne, écrivait en 1826 :
« Nous vivons un temps de doute, les opinions absolues ont été ébranlées ; elles s’agitent encore par souvenir ; mais au fond personne ne les croit plus assez pour leur faire des sacrifices. »
_______
Par Claude Patriat, Professeur émérite de Science politique Université de Bourgogne, Université de Bourgogne – UBFC.

Réforme des retraites : quelle légitimité démocratique

Réforme des retraites : quelle légitimité démocratique ?

L’affrontement social de ce début d’année 2023 déborde largement la seule question de réforme des retraites : il interroge la place d’un président pris en étau entre l’opposition et la rue. Par Claude Patriat, Université de Bourgogne – UBFC

Retraite, retraite, le mot est partout, il vole de tweet en tweet, de manifestation en émission, de motion en émotion. Jamais son usage n’a autant joué de son ambivalence : retraiter, en effet signifie soit mettre à la retraite, soit traiter de nouveau.

L’affrontement semble se résumer à d’une part un président qui, soucieux en même temps d’affirmer sa capacité réformatrice et de prouver la crédibilité de la France à réduire son endettement, défie opinion publique, partis et syndicats ; d’autre part, une opposition disparate dans sa coalition, sans convergence possible entre RN, LR et Nupes mais hostile par principe à Emmanuel Macron.
En fait, par le moment où il se joue, par le cadre politique où il se déroule, par le système communicationnel qui le met en branle, l’affrontement social déborde largement cette seule question de réforme du temps de vie au travail : il met en face à face l’État et la société, et interroge le rapport des citoyens au pouvoir politique.

La matière même de la retraite détient un potentiel aussi diversifié qu’explosif : placé à la charnière de la vie privée, dont elle couvre une part du projet individuel de vie, et de la vie publique, dont elle exprime le sens solidaire, elle mobilise la question de l’être ensemble et de l’acceptation des contraintes collectives, en même temps qu’elle interroge sur le sens du travail. Qu’on ne s’étonne pas, dès lors, de la dimension totémique que prend le débat.

L’été dernier, en préambule de son Conseil des ministres après sa réélection, Emmanuel Macron avait entendu placer la barre à un niveau élevé : il avait proclamé la fin de l’insouciance et de l’abondance, tout en annonçant l’appel à un effort collectif.

Or, c’est précisément là que la volonté présidentielle entre en percussion avec le climat social dominant : s’appuyant sur un constat des inégalités, et un rappel des efforts déjà fournis, il y a un sentiment largement partagé de refus d’une demande estimée injuste : ce serait aux riches, et à eux seuls, qu’il faut demander de fournir un effort.
Cet égalitarisme de principe reçoit le renfort de toute l’opposition de gauche : la Nupes conteste le droit du président à demander un effort coûteux, au motif qu’il n’aurait pas été élu pour cela. On fait circuler l’argument de la non-légitimité : si Emmanuel Macron rassemble effectivement 58,55 % au second tour, c’est en raison d’un vote de refus de Marine Le Pen mélangeant partisans et adversaires du président, et non par adhésion à son programme. Son véritable score serait ainsi composé des 27,8 % obtenus au premier tour. Il ne disposerait donc pas de la légitimité nécessaire pour imposer des décisions rejetées par une large part de ses électeurs. Et voici l’élection-reine transformée en plébiscite négatif…

Cette manière de sophisme se redéploie en plus caricaturale au niveau du Parlement : là, le scrutin est pourtant sans aucune ambiguïté, car il ne s’agit plus d’un vote de refus, chacun pouvant défendre ses couleurs propres. De plus, les élections législatives se sont déroulées deux mois après la présidentielle, laissant un espace de dédit éventuel.

Or, la majorité des électeurs a plutôt choisi de confirmer son choix d’avril en se portant sur Renaissance et les mouvements qui soutenaient le président. Certes, le soutien est nuancé, la majorité n’étant que relative et, dans le cadre d’un scrutin marqué par une très forte abstention, le vote exprime un ersatz de proportionnelle. Voilà qui résonne comme une invitation à l’ouverture. Encore faudrait-il que les minorités acceptent le jeu du compromis. Ce qui, à l’exception des Républicains qui jouent une participation stratégique délicate, n’est pas à l’ordre du jour. Pour l’heure, sauf à envisager une improbable symbiose Nupes, RN, LR, il n’existe pas de majorité alternative à la majorité présidentielle.

Pareille insistance à opposer majorité légale et majorité légitime entretient un procès en illégitimité contre Emmanuel Macron et affaiblit d’autant son autorité. Décidément,son second baptême élyséen n’aura pas permis d’effacer son péché originel.

Les vieux partis de gouvernement qu’il a balayés de la compétition présidentielle trouvent refuge dans leurs bastions locaux, créant ainsi l’image d’une France à deux vitesses.
La création de la Nupes, emmenée par la France insoumise en position de force, est venue rigidifier encore plus le système, qui évolue désormais en trois blocs : l’un à cheval entre l’extrême droite et la droite, l’autre entre l’extrême-gauche et la gauche, encadrant toutes deux un bloc central à qui on refuse toute ouverture. Voilà la majorité présidentielle encerclée et contrainte de se retourner vers la droite, nourrissant l’image d’un président « des riches et des favorisés ».

Ce qui rend crucial ce jeu de rôles, c’est qu’il s’opère au sein d’une société désenchantée, où domine un sentiment de perte de confiance des citoyens dans les représentants élus, et particulièrement dans l’exécutif. Le mythe du président démiurge a fait long feu et l’autorité de celui-ci se noie dans un brouillard de refus et de méfiance.
Ses appels à la solidarité et à l’effort se perdent dans les sables de la protestation. L’augmentation spectaculaire des nouveaux médias et leur accélération ajoutent à la confusion : elles brouillent la communication et accentuent le sentiment de coupure avec les élus. Cette horizontalisation des échanges contribue certes à saper la verticalité du pouvoir central, mais parfois au prix de la clarté et de la sincérité du débat comme l’a montré par exemple la tentation complotiste lors de la pandémie de Covid.

Là encore, la question des retraites fournit un excellent champ d’observation : il s’agit en effet d’une matière engageant l’avenir où toute décision suppose une expertise et une prospective. Les termes du choix doivent être clairement et préalablement établis, et soustraits aux réactions émotives immédiates. La démocratie représentative, parce qu’elle distingue le temps du débat et celui de la décision, offre le cadre adapté à une démarche apaisée.

Le débat actuel ne saurait donc être circonscrit à la seule question des retraites. C’est toute la mécanique subtile des démocraties libérales qui est éprouvée dans cet affrontement menaçant le système représentatif et son corollaire de délégation d’autorité.

Le gouvernement n’a plus le choix : engagé dans les Thermopiles d’un débat sociétal biaisé, il ne peut plus guère qu’avancer. Qu’il parvienne, aux forceps de l’article 47-1, à faire passer sa réforme au Parlement risque de ne lui assurer qu’une victoire à la Pyrrhus. Quelle que soit l’issue, il ne fera pas l’économie d’une profonde réforme d’institutions décalées des attentes sociétales. C’est
Prosper de Barante qui, dans sa Préface à l’histoire des Ducs de Bourgogne, écrivait en 1826 :
« Nous vivons un temps de doute, les opinions absolues ont été ébranlées ; elles s’agitent encore par souvenir ; mais au fond personne ne les croit plus assez pour leur faire des sacrifices. »
_______
Par Claude Patriat, Professeur émérite de Science politique Université de Bourgogne, Université de Bourgogne – UBFC.

Social-La réforme des retraites « va coûter beaucoup plus cher qu’elle ne rapporte », François Hommeril (CFE-CGC)

Social-La réforme des retraites « va coûter beaucoup plus cher qu’elle ne rapporte », François Hommeril (CFE-CGC)

Le patron du syndicat des cadres, François Hommeril tire à boulets rouges sur la réforme des retraites du gouvernement à la veille d’un mouvement de grève.( dans la Tribune, extraits)

Quelle est votre stratégie à la CFE-CGC pour faire reculer l’exécutif alors que le texte arrive au Parlement ?
FRANÇOIS HOMMERIL – Notre stratégie est de construire un argumentaire et une position syndicale, de la défendre et de la faire connaître. Sur certains sujets, nous avons contribué à faire voler en éclats la position gouvernementale. Notre stratégie est aussi de poursuivre cette intersyndicale avec les organisations.
Cette intersyndicale, qui réunit les huit principaux syndicats, est le fruit d’un travail en profondeur depuis des années. Sur le sujet des retraites, nous travaillons ensemble depuis six mois. Le gouvernement a déjà reculé. L’objectif est qu’il retire le décalage de l’âge légal à 64 ans. Pour les autres sujets, nous sommes prêts à discuter.


Selon vous, le système de retraites est-il en « danger » comme l’affirme le gouvernement ?

Après les législatives de juin 2022, le gouvernement a beaucoup insisté sur « le déficit et la faillite du système de retraite ». Dans les syndicats, nous connaissons très bien la situation financière des caisses complémentaires des retraites en tant qu’administrateur, nous participons au conseil d’orientation des retraites (COR). En ne donnant pas les indicateurs en juin dernier, le gouvernement a empêché la publication du rapport du COR au début de l’été pour le rendre public à l’automne. Nous contestons les indicateurs retenus par le gouvernement.
Le président du Conseil d’orientation des retraites (COR) Pierre Louis Bras a affirmé récemment que « le système n’était pas en danger dans sa trajectoire ». Aujourd’hui, les réserves des régimes complémentaires augmentent. Les déficits prévus de la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) seraient très faibles. Sur les régimes du privé, tout est à l’équilibre. Tout le déficit vient du régime des fonctionnaires.

C’est à ce moment que le gouvernement affirme qu’il va faire une réforme des retraites « juste ». Or, on s’est aperçus que les grandes perdantes sont les femmes mères de famille. Aujourd’hui, elles peuvent faire valoir des retraites à taux plein avant 62 ans. Le décalage à 64 ans va les obliger à travailler deux ans de plus. Dans l’étude d’impact, il est écrit que les femmes seront plus affectées que les hommes. Le gouvernement est dans une attitude de dénégation.


Une réforme justifiée ?

Non, C’est une réforme injustifiée et injuste. La seule motivation du gouvernement est que pour son budget le gouvernement a besoin de récupérer de l’argent donné aux entreprises. Il va chercher de l’argent dans les poches des salariés et des agents de la fonction publique. Ce qui lui permettra de diminuer son engagement à verser des pensions aux fonctionnaires. La seule raison est de faire monter les réserves dans les régimes complémentaires. Or, la mesure qui fait monter rapidement les réserves est le décalage de l’âge de départ à la retraite. Dans l’Agirc-Arrco, il est prévisible que les réserves vont monter en flèche. Le scénario a changé au moment des élections législatives. Le décalage de l’âge de départ à la retraite sélectionne des catégories d’individus qui vont tout payer. C’est une réforme qui ne touche pas tout le monde dans son équilibre.

En quoi la réforme des retraites est-elle défavorable aux cadres selon vous ?
Les gens qui ne sont pas touchés par la réforme correspondent aux cadres masculins, diplômés et qui entrent sur le marché du travail à 23 ans. Ce profil particulier dans la population cadre ne correspond pas à la majorité des salariés. Je représente en majorité des gens qui ont plus de 50 ans et sont entrés techniciens dans la banque à 20 ans, des techniciens dans la métallurgie qui sont entrés comme ouvriers à 18 ans. Cette image d’Epinal du cadre en cravate qui partira en retraite à 66 ans ne représente qu’une minorité. La réforme sera plus défavorable pour les générations nées à partir des années 70. Le décalage va se faire progressivement avec la montée en charge de la réforme.

La pénibilité chez les cadres est moins évoquée dans les débats. Est-elle prise en compte par l’exécutif ?
La pénibilité du travail chez les cadres n’est absolument pas prise en compte par l’exécutif. La première ministre Elisabeth Borne m’a dit que l’on ne pouvait rien faire. Elle a une vision des années 80 sur le sujet qui consiste à dire qu’il y a des individus plus fragiles que d’autres.
Cette vision est très grave. Les entreprises ont compris aujourd’hui que si elles ne prenaient pas en compte la question des risques psychosociaux, elles allaient dans le mur. La question des risques psychosociaux est liée aux conditions de travail et à l’environnement de travail. Le gouvernement n’a pas envie de traiter cette problématique.

Le gouvernement a annoncé la mise en place d’un index de l’emploi des seniors dans les entreprises
.
Le gouvernement n’a pas de maîtrise du dossier sur l’emploi des seniors. Leur seul argument est de dire que si on décale l’âge de deux ans, le taux d’emploi des 60-62 ans va augmenter.
Ce décalage va générer une population entre 62 et 64 ans qui ne sera pas en retraite mais va se retrouver au chômage. Dès qu’une personne dépasse l’âge de 60 ans, chaque année coûte beaucoup plus à la sécurité sociale car le risque de maladie augmente beaucoup. Sur le plan économique, c’est une réforme catastrophique qui va probablement coûter beaucoup plus cher qu’elle ne rapporte.

Réforme des retraites : quelle mobilisation ?

Réforme des retraites : quelle mobilisation ?

L’analyse du sociologue Jean Viard. ( franceinfo)

 

 Est-ce que vous pensez que la rue va suivre ? 

Jean Viard : Je ne suis pas pronostiqueur de tiercé. C’est vrai que c’est un front uni, ce n’était pas arrivé depuis longtemps. C’est plus compliqué parce qu’il y a deux sujets. En fait, il y a l’âge. À 64 ans, les gens qui ont fait des études avec 43 ans de cotisation, 64 ans, ça veut dire : avoir commencé à travailler à 21 ans. Donc, en réalité, ceux qui ont été à la fac ne sont pas vraiment concernés. Et les carrières longues, 40%, ne le sont pas non plus. Mais derrière, il y a autre chose, il y a la fin des régimes spéciaux, et ces régimes-là (SNCF, policiers, etc.) sont très organisés. Donc il y a les deux sujets, et l’un des enjeux, c’est comment l’un va marcher par rapport à l’autre, parce que les gens sont contre les régimes spéciaux. Donc comment les deux vont s’articuler ?

Est-ce que des Français qui ne sont pas concernés directement par cette réforme des retraites, peuvent quand même se mobiliser, manifester au nom de leurs idées, et par solidarité ? 

Le fond du débat, pour moi, c’est que la France a construit le mythe de 1936, le mythe de 1981, comme étant le pays qui a chanté le non-travail. Et j’ai toujours participé à ce chant. Je ne vais pas le dénoncer aujourd’hui, et ça fait partie du fond, non seulement de la gauche bien sûr, mais de la société. Et d’ailleurs, si vous demandez aux gens : à quel âge tu penses que tu seras inapte à travailler, les Français, c’est avant 60 ans. Dans d’autres pays, c’est presque 70 ans.

Donc on a un imaginaire du travail comme lieu de souffrance, qu’on ne retrouve pas dans tous les pays. Peut-être aussi qu’on est nuls en médecine préventive, peut-être aussi que dans les entreprises, on est trop inattentif au soin des gens, à la question du bruit, à la question du comment on est assis, aux outils, etc. Plus que les autres pays. Mais n’empêche que derrière, au fond, il y a une espèce de refus du travail qui s’est développé dans la société française, et ça peut amener des gens – même des gens qui vont bénéficier de la réforme, par exemple des petits retraités qui vont passer à 1200 euros bruts avec une carrière complète – qui peuvent effectivement se mobiliser par solidarité avec les grands mythes qui ont fait la gauche, et que l’extrême droite essaye aussi de récupérer. Donc comment tout cela va fonctionner ?

On peut dire une chose simple : il n’y aura pas énormément de jours de grève, parce que quand vous avez une inflation et un problème de fin de mois, vous perdez une, deux ou trois journées de salaire. C’est pour ça qu’il y a beaucoup plus souvent de luttes en décembre, parce qu’il y a le 13ᵉ mois. Si maintenant, je dois prendre mon risque d’analyseur, je dirais que ça va être un mouvement fort le 19 janvier, qu’il y ait plusieurs grandes journées, mais qu’à côté des grandes journées, il y ait des blocages, les raffineries, les trains, ça, c’est tout à fait possible. Et qu’on aille vers une société de ce style, et vers un mouvement de grève par délégation qu’on a connu, où certains métiers bloquent, et en gros, la plupart des Français soutiennent en disant : allez-y les gars, je suis derrière vous, ça, c’est possible.

On parle aussi d’une possible « giletjaunisation » de la mobilisation, la comparaison est faite parfois avec l’automne 2018, qui a vu naître le mouvement, alors que les Gilets jaunes n’ont jamais vraiment repris le chemin des ronds-points et des rues. Comment est-ce que vous expliquez cela ? C’est un fantasme ? 

On ne va pas avoir une « giletjaunisation », parce que les Gilets jaunes, c’était le monde de la périurbanité ou des petites villes ou des gens des lotissements, les 60% des Français qui ont un jardin, qui partent travailler en voiture, qui se sont sentis agressés par un pouvoir un peu « bobo urbain », qui a dit : vous faites du 80 kilomètres/heure, on augmente le prix du diesel, on modifie les normes sur les véhicules, et ces gens se sont sentis agressés. Les Gilets jaunes, c’est un montage avec des ouvriers bien sûr, des salariés. Il y avait des petits patrons, il y avait beaucoup de chauffeurs, beaucoup de femmes seules aussi, d’infirmières, de gens divorcés, etc. Donc, c’est une sociologie particulière, ce n’est pas la même sociologie.

Le dernier livre de Jean Viard, Un juste regard, se souvenir pour changer le monde, est paru aux éditions de l’Aube.

Réforme des retraites : quelle mobilisation ?

Réforme des retraites : quelle mobilisation ?

L’analyse du sociologue Jean Viard. ( franceinfo)

 

 Est-ce que vous pensez que la rue va suivre ? 

Jean Viard : Je ne suis pas pronostiqueur de tiercé. C’est vrai que c’est un front uni, ce n’était pas arrivé depuis longtemps. C’est plus compliqué parce qu’il y a deux sujets. En fait, il y a l’âge. À 64 ans, les gens qui ont fait des études avec 43 ans de cotisation, 64 ans, ça veut dire : avoir commencé à travailler à 21 ans. Donc, en réalité, ceux qui ont été à la fac ne sont pas vraiment concernés. Et les carrières longues, 40%, ne le sont pas non plus. Mais derrière, il y a autre chose, il y a la fin des régimes spéciaux, et ces régimes-là (SNCF, policiers, etc.) sont très organisés. Donc il y a les deux sujets, et l’un des enjeux, c’est comment l’un va marcher par rapport à l’autre, parce que les gens sont contre les régimes spéciaux. Donc comment les deux vont s’articuler ?

Est-ce que des Français qui ne sont pas concernés directement par cette réforme des retraites, peuvent quand même se mobiliser, manifester au nom de leurs idées, et par solidarité ? 

Le fond du débat, pour moi, c’est que la France a construit le mythe de 1936, le mythe de 1981, comme étant le pays qui a chanté le non-travail. Et j’ai toujours participé à ce chant. Je ne vais pas le dénoncer aujourd’hui, et ça fait partie du fond, non seulement de la gauche bien sûr, mais de la société. Et d’ailleurs, si vous demandez aux gens : à quel âge tu penses que tu seras inapte à travailler, les Français, c’est avant 60 ans. Dans d’autres pays, c’est presque 70 ans.

Donc on a un imaginaire du travail comme lieu de souffrance, qu’on ne retrouve pas dans tous les pays. Peut-être aussi qu’on est nuls en médecine préventive, peut-être aussi que dans les entreprises, on est trop inattentif au soin des gens, à la question du bruit, à la question du comment on est assis, aux outils, etc. Plus que les autres pays. Mais n’empêche que derrière, au fond, il y a une espèce de refus du travail qui s’est développé dans la société française, et ça peut amener des gens – même des gens qui vont bénéficier de la réforme, par exemple des petits retraités qui vont passer à 1200 euros bruts avec une carrière complète – qui peuvent effectivement se mobiliser par solidarité avec les grands mythes qui ont fait la gauche, et que l’extrême droite essaye aussi de récupérer. Donc comment tout cela va fonctionner ?

On peut dire une chose simple : il n’y aura pas énormément de jours de grève, parce que quand vous avez une inflation et un problème de fin de mois, vous perdez une, deux ou trois journées de salaire. C’est pour ça qu’il y a beaucoup plus souvent de luttes en décembre, parce qu’il y a le 13ᵉ mois. Si maintenant, je dois prendre mon risque d’analyseur, je dirais que ça va être un mouvement fort le 19 janvier, qu’il y ait plusieurs grandes journées, mais qu’à côté des grandes journées, il y ait des blocages, les raffineries, les trains, ça, c’est tout à fait possible. Et qu’on aille vers une société de ce style, et vers un mouvement de grève par délégation qu’on a connu, où certains métiers bloquent, et en gros, la plupart des Français soutiennent en disant : allez-y les gars, je suis derrière vous, ça, c’est possible.

On parle aussi d’une possible « giletjaunisation » de la mobilisation, la comparaison est faite parfois avec l’automne 2018, qui a vu naître le mouvement, alors que les Gilets jaunes n’ont jamais vraiment repris le chemin des ronds-points et des rues. Comment est-ce que vous expliquez cela ? C’est un fantasme ? 

On ne va pas avoir une « giletjaunisation », parce que les Gilets jaunes, c’était le monde de la périurbanité ou des petites villes ou des gens des lotissements, les 60% des Français qui ont un jardin, qui partent travailler en voiture, qui se sont sentis agressés par un pouvoir un peu « bobo urbain », qui a dit : vous faites du 80 kilomètres/heure, on augmente le prix du diesel, on modifie les normes sur les véhicules, et ces gens se sont sentis agressés. Les Gilets jaunes, c’est un montage avec des ouvriers bien sûr, des salariés. Il y avait des petits patrons, il y avait beaucoup de chauffeurs, beaucoup de femmes seules aussi, d’infirmières, de gens divorcés, etc. Donc, c’est une sociologie particulière, ce n’est pas la même sociologie.

Le dernier livre de Jean Viard, Un juste regard, se souvenir pour changer le monde, est paru aux éditions de l’Aube.

Quelle politique énergétique ?

Quelle politique énergétique ?

Le gouvernement vient de lancer une concertation nationale sur le devenir du modèle énergétique de la France à l’horizon 2050 alors que la facture de l’électricité pour nos concitoyens augmente chaque jour obérant significativement leur pouvoir d’achat. Comment y apporter réponse lorsqu’il faut dans le même temps assurer la transition énergétique et le développement des ENR ? Par William Azan, Avocat à la Cour ( dans l’Opinion).

Notons que le pseudo débat sur la politique énergétique lancé par le gouvernement ne recueille en fait aucun écho d’autant plus que les lois « énergies » sont sur le point d’être adoptées par le Parlement NDLR

En substance, nous disposons de fabuleux moyens pour construire un modèle énergétique de qualité à la condition d’utiliser le plein potentiel du mix énergétique actuel et sans gaspiller le bénéfice des contributions publiques au financement du service public de l’énergie que nous payons à chaque échéance de nos factures d’électricité.

Il faut également que nous ayons le courage de dire que le développement des ENR ne peut se faire à couts socialement acceptables qu’en s’appuyant encore sur le parc nucléaire existant que nous devons non seulement entretenir, mais aussi développer.

Longtemps marqué par la stabilité de prix bas ; notre système né de la loi d’avril 1946 favorisait l’usager, mais aussi notre production industrielle française , disposant là d’un atout concurrentiel. Cet avantage considérable a disparu avec la dérégulation du marché de l’énergie et l’alignement des tarifs de l’électricité produite sur celle que gênèrent les centrales fonctionnant au gaz.

D’exportateurs d’électricité, nous sommes devenus importateurs ce qui accroit nos déficits commerciaux et fragilise notre tissu industriel. Notre indépendance est remise en question. La question première à trancher est donc celle de la consistance même de notre outil de production, car il constitue la matrice du système énergétique .

Pouvons-nous sérieusement renoncer au nucléaire en tout ou partie ? Ou devons-nous comme nos partenaires allemands prétendre au 0 carbone et ouvrir à nouveau nos mines de charbon ?
Poser la question c’est y répondre. Le parc nucléaire permet encore à la France d’être en pointe sur le terrain du développement des ENR.

En effet, il est le seul à offrir à bas cout une énergie constante alors que l’éolien ou le solaire ne fournissent qu’une énergie intermittente. Si l’on souhaite développer les filières du renouvelable, il faudra s’appuyer sur le nucléaire dont l’enjeu principal actuel est la modernisation.
Toute refonte de notre système global ne pourra s’envisager également qu’au travers d’un découplage du prix du gaz et de l’électricité dont on sait qu’il est à l’origine de l’inflation de la facture d’électricité pour chacun d’entre nous.

Si l’on souhaite atteindre des objectifs raisonnables sur le terrain du climat tout en conservant notre indépendance énergétique, nous devons nous appuyer sur nos points forts.

En effet, la France dispose d’une aptitude inégalée au niveau mondial au mix énergétique. Nous pouvons utiliser au-delà de l’atome, l’ensemble des filières des énergies renouvelables et pas seulement l’éolien ou le photovoltaïque. La géothermie, l’hydroélectricité, la biomasse, les pompes à chaleur, les réseaux de chaleur urbains constituent des leviers efficaces.
De même, nos infrastructures de transport et de distribution sont robustes, en bon état pour l’essentiel. Les collectivités territoriales peuvent enfin constituer des relais efficaces pour une meilleure maitrise de la demande d’énergie.

En priorité, le gouvernement doit abandonner la solution du bouclier tarifaire pour régler la crise énergétique actuelle.

Dans la panoplie des outils juridiques et politiques dont nous disposons, il y a mieux et plus efficace que ce propose la Commission européenne. Il est tout à fait possible de suspendre les dispositions de la loi NOME de 2010 afin de réguler, non par le haut, mais par le bas les prix de l’électricité et ce en vertu des pouvoirs de police économique dont l’Etat dispose lors de circonstances exceptionnelles. Cette solution est en pratique bien plus efficace pour la protection des consommateurs que celle d’une nationalisation dont nous n’avons pas les moyens tout simplement.
De même, les subventions européennes tout comme les tarifs de rachat particulièrement attractifs fixés par voie réglementaire (grâce à la contribution supportée par les usagers) doivent-ils être réorientés vers des ENR dont le bilan carbone est véritablement positif, ce qui n’est pas le cas pour l’éolien.

En réalité, le pilotage de nos politiques publiques et le développement des ENR doivent être beaucoup plus intégrés afin de s’assurer que l’intérêt général soit pris en compte en toute transparence sur l’ensemble des champs couverts par notre mix énergétique.

La loi SAPIN I permettrait aux collectivités locales de lancer des appels d’offres de puissance électrique selon des cahiers des charges précis. Ce mode de gestion qui permet d’assurer la transparence de la filière, autoriserait, au niveau départemental, le choix les ENR les plus adaptées au plan local et l’éolien ne serait utilisé que là où il est socialement accepté. Ce dispositif permettrait également aux collectivités de percevoir des redevances de la part des délégataires dans des proportions bien plus importantes que celles perçues aujourd’hui.

Au total , la garantie du pouvoir d’achat des usagers passe désormais autant par la maitrise des technologies innovantes que par la mise en œuvre d’outils juridiques plus anciens, mais qui ont fait leurs preuves.

Quelle révolution industrielle en France?

Quelle révolution industrielle en France?

Les faits sont têtus et les chiffres mentent rarement. Depuis 1970, la part de l’industrie manufacturière par exemple, a été divisé par 2, passant 22,3 à 11,2%(1), soit deux fois moins que l’industrie allemande qui pèse aujourd’hui plus de 20 % de son PIB. La France peut cependant compter sur ses TPE et PME qui représentent plus de 99%(2) des entreprises présentes sur le territoire, mais également sur ses ETI qui assurent plus d’un tiers des exportations nationales(3).Par Alexandre Revol, Directeur général France IFS dans dans La Tribune

Un article pertinent sur l’obsolescence progressive du secteur de l’industrie manufacturière mais guère éclairant sur les perspectives de robotisation. NDLR

Seul bémol, les entreprises de taille intermédiaire sont trop peu nombreuses, comparativement à nos voisins européens(4). Nous avons donc une industrie qui a perdu de sa superbe ajouté à une trop grande proportion de TPE/PME, deux problématiques auxquelles tente de répondre l’État français avec son plan de 30 milliards d’euros sur les cinq prochaines années.

Pour beaucoup, la robotique était synonyme de perte d’emplois, mais les craintes soulevées par une usine ou industrie intégralement robotisée n’ont pas résisté aux nouvelles exigences clients, qui demandent toujours plus de personnalisation. L’avenir est désormais à la complémentarité entre l’homme et le robot collaboratif. Dans ce cas bien précis, les cobots(5) ne sont aucunement une menace pour l’emploi, mais plutôt l’assurance vie de ce dernier, en mêlant productivité accrue au savoir-faire humain.

Cette perspective a de quoi donner envie, mais y arriver à court ou moyen terme, il faudra, non seulement être efficace d’un point de vue législatif, mais avant tout régler les problèmes actuels de l’industrie 4.0. L’un des plus gros défis étant de ne pas perdre de vue le principal objectif qui est de fournir et de mettre à disposition des industriels, des solutions adéquates et à valeurs ajoutées pour les accompagner dans leur mutation.

Et qui dit révolution industrielle, implique également un changement de paradigme dans la façon de penser l’industrie. Un changement, qui, combiné à l’émergence d’un nouveau modèle de production oblige les industries à s’adapter aux évolutions du monde, et pas seulement au moment même de leur révolution. En d’autres termes, il serait dommageable d’entamer à marche forcée cette 5e révolution industrielle alors que les enjeux de la précédente n’ont pas encore été relevés. En effet, elle n’aura de sens que si notre révolution industrielle actuelle est réussie, les deux étant intrinsèquement liées.

On connaît désormais l’importance d’une approche durable et circulaire et la nécessité pour les entreprises d’être en constante évolution. Et tandis que l’industrie 4.0 n’a pas encore livré la quintessence de son nectar, l’industrie 5.0 sonne déjà à nos portes. Certes, l’industrie de demain, se construit et s’invente dès maintenant, mais il faut, pour avancer, une feuille de route claire et précise et surtout avec des objectifs communs. Et si l’une vise à remplacer l’autre, le processus est loin d’être instantané et prend donc du temps. Un temps pendant lequel les deux entités s’entremêlent pour, en l’occurrence, former un ensemble à la limite de l’abscons.

En effet, il n’existe à l’heure actuelle, aucun consensus ou définition exacte de l’industrie 5.0. Synonyme de durabilité et de résilience pour la Commission européenne, Gartner, dans son rapport de 2021(6), parle plutôt d’hyper automation, d’autonomie des objets connectés et de symbiose entre l’homme et la machine. Compliqué d’avancer dans ce brouillard ambiant. Dans cette course à l’innovation, il est important de prendre le temps. Le temps de la réflexion, de l’identification des objectifs et de surtout bien consolider les bases et les préceptes de l’industrie 4.0 tout en préparant sereinement la prochaine.
_______
(1) Denis Woronof, Histoire de l’industrie en France – du XVIe siècle à nos jours.
(2) Chiffre de l’INSEE 2021
(3) Rapport de la DGDDI de 2020 : « Les opérateurs du commerce extérieur »
(4) Rapport de l’institut Montaigne « ETI : taille intermédiaire, gros potentiel »
(5) Robots collaboratifs
(6) Gartner, Top 5 Strategic Technology Trends in Manufacturing Industries for 2021

France : Quelle révolution industrielle ?

France : Quelle révolution industrielle ?

Les faits sont têtus et les chiffres mentent rarement. Depuis 1970, la part de l’industrie manufacturière par exemple, a été divisé par 2, passant 22,3 à 11,2%(1), soit deux fois moins que l’industrie allemande qui pèse aujourd’hui plus de 20 % de son PIB. La France peut cependant compter sur ses TPE et PME qui représentent plus de 99%(2) des entreprises présentes sur le territoire, mais également sur ses ETI qui assurent plus d’un tiers des exportations nationales(3).Par Alexandre Revol, Directeur général France IFS dans la Tribune

Un article pertinent sur l’obsolescence progressive du secteur de l’industrie manufacturière mais guère éclairant sur les perspectives de robotisation. NDLR

Seul bémol, les entreprises de taille intermédiaire sont trop peu nombreuses, comparativement à nos voisins européens(4). Nous avons donc une industrie qui a perdu de sa superbe ajouté à une trop grande proportion de TPE/PME, deux problématiques auxquelles tente de répondre l’État français avec son plan de 30 milliards d’euros sur les cinq prochaines années.

Pour beaucoup, la robotique était synonyme de perte d’emplois, mais les craintes soulevées par une usine ou industrie intégralement robotisée n’ont pas résisté aux nouvelles exigences clients, qui demandent toujours plus de personnalisation. L’avenir est désormais à la complémentarité entre l’homme et le robot collaboratif. Dans ce cas bien précis, les cobots(5) ne sont aucunement une menace pour l’emploi, mais plutôt l’assurance vie de ce dernier, en mêlant productivité accrue au savoir-faire humain.

Cette perspective a de quoi donner envie, mais y arriver à court ou moyen terme, il faudra, non seulement être efficace d’un point de vue législatif, mais avant tout régler les problèmes actuels de l’industrie 4.0. L’un des plus gros défis étant de ne pas perdre de vue le principal objectif qui est de fournir et de mettre à disposition des industriels, des solutions adéquates et à valeurs ajoutées pour les accompagner dans leur mutation.

Et qui dit révolution industrielle, implique également un changement de paradigme dans la façon de penser l’industrie. Un changement, qui, combiné à l’émergence d’un nouveau modèle de production oblige les industries à s’adapter aux évolutions du monde, et pas seulement au moment même de leur révolution. En d’autres termes, il serait dommageable d’entamer à marche forcée cette 5e révolution industrielle alors que les enjeux de la précédente n’ont pas encore été relevés. En effet, elle n’aura de sens que si notre révolution industrielle actuelle est réussie, les deux étant intrinsèquement liées.

On connaît désormais l’importance d’une approche durable et circulaire et la nécessité pour les entreprises d’être en constante évolution. Et tandis que l’industrie 4.0 n’a pas encore livré la quintessence de son nectar, l’industrie 5.0 sonne déjà à nos portes. Certes, l’industrie de demain, se construit et s’invente dès maintenant, mais il faut, pour avancer, une feuille de route claire et précise et surtout avec des objectifs communs. Et si l’une vise à remplacer l’autre, le processus est loin d’être instantané et prend donc du temps. Un temps pendant lequel les deux entités s’entremêlent pour, en l’occurrence, former un ensemble à la limite de l’abscons.

En effet, il n’existe à l’heure actuelle, aucun consensus ou définition exacte de l’industrie 5.0. Synonyme de durabilité et de résilience pour la Commission européenne, Gartner, dans son rapport de 2021(6), parle plutôt d’hyper automation, d’autonomie des objets connectés et de symbiose entre l’homme et la machine. Compliqué d’avancer dans ce brouillard ambiant. Dans cette course à l’innovation, il est important de prendre le temps. Le temps de la réflexion, de l’identification des objectifs et de surtout bien consolider les bases et les préceptes de l’industrie 4.0 tout en préparant sereinement la prochaine.
_______
(1) Denis Woronof, Histoire de l’industrie en France – du XVIe siècle à nos jours.
(2) Chiffre de l’INSEE 2021
(3) Rapport de la DGDDI de 2020 : « Les opérateurs du commerce extérieur »
(4) Rapport de l’institut Montaigne « ETI : taille intermédiaire, gros potentiel »
(5) Robots collaboratifs
(6) Gartner, Top 5 Strategic Technology Trends in Manufacturing Industries for 2021

Quelle révolution industrielle ?

Quelle révolution industrielle ?

Les faits sont têtus et les chiffres mentent rarement. Depuis 1970, la part de l’industrie manufacturière par exemple, a été divisé par 2, passant 22,3 à 11,2%(1), soit deux fois moins que l’industrie allemande qui pèse aujourd’hui plus de 20 % de son PIB. La France peut cependant compter sur ses TPE et PME qui représentent plus de 99%(2) des entreprises présentes sur le territoire, mais également sur ses ETI qui assurent plus d’un tiers des exportations nationales(3).Par Alexandre Revol, Directeur général France IFS dans la Tribune

Un article pertinent sur l’obsolescence progressive du secteur de l’industrie manufacturière mais guère éclairant sur les perspectives de robotisation. NDLR

Seul bémol, les entreprises de taille intermédiaire sont trop peu nombreuses, comparativement à nos voisins européens(4). Nous avons donc une industrie qui a perdu de sa superbe ajouté à une trop grande proportion de TPE/PME, deux problématiques auxquelles tente de répondre l’État français avec son plan de 30 milliards d’euros sur les cinq prochaines années.

Pour beaucoup, la robotique était synonyme de perte d’emplois, mais les craintes soulevées par une usine ou industrie intégralement robotisée n’ont pas résisté aux nouvelles exigences clients, qui demandent toujours plus de personnalisation. L’avenir est désormais à la complémentarité entre l’homme et le robot collaboratif. Dans ce cas bien précis, les cobots(5) ne sont aucunement une menace pour l’emploi, mais plutôt l’assurance vie de ce dernier, en mêlant productivité accrue au savoir-faire humain.

Cette perspective a de quoi donner envie, mais y arriver à court ou moyen terme, il faudra, non seulement être efficace d’un point de vue législatif, mais avant tout régler les problèmes actuels de l’industrie 4.0. L’un des plus gros défis étant de ne pas perdre de vue le principal objectif qui est de fournir et de mettre à disposition des industriels, des solutions adéquates et à valeurs ajoutées pour les accompagner dans leur mutation.

Et qui dit révolution industrielle, implique également un changement de paradigme dans la façon de penser l’industrie. Un changement, qui, combiné à l’émergence d’un nouveau modèle de production oblige les industries à s’adapter aux évolutions du monde, et pas seulement au moment même de leur révolution. En d’autres termes, il serait dommageable d’entamer à marche forcée cette 5e révolution industrielle alors que les enjeux de la précédente n’ont pas encore été relevés. En effet, elle n’aura de sens que si notre révolution industrielle actuelle est réussie, les deux étant intrinsèquement liées.

On connaît désormais l’importance d’une approche durable et circulaire et la nécessité pour les entreprises d’être en constante évolution. Et tandis que l’industrie 4.0 n’a pas encore livré la quintessence de son nectar, l’industrie 5.0 sonne déjà à nos portes. Certes, l’industrie de demain, se construit et s’invente dès maintenant, mais il faut, pour avancer, une feuille de route claire et précise et surtout avec des objectifs communs. Et si l’une vise à remplacer l’autre, le processus est loin d’être instantané et prend donc du temps. Un temps pendant lequel les deux entités s’entremêlent pour, en l’occurrence, former un ensemble à la limite de l’abscons.

En effet, il n’existe à l’heure actuelle, aucun consensus ou définition exacte de l’industrie 5.0. Synonyme de durabilité et de résilience pour la Commission européenne, Gartner, dans son rapport de 2021(6), parle plutôt d’hyper automation, d’autonomie des objets connectés et de symbiose entre l’homme et la machine. Compliqué d’avancer dans ce brouillard ambiant. Dans cette course à l’innovation, il est important de prendre le temps. Le temps de la réflexion, de l’identification des objectifs et de surtout bien consolider les bases et les préceptes de l’industrie 4.0 tout en préparant sereinement la prochaine.
_______
(1) Denis Woronof, Histoire de l’industrie en France – du XVIe siècle à nos jours.
(2) Chiffre de l’INSEE 2021
(3) Rapport de la DGDDI de 2020 : « Les opérateurs du commerce extérieur »
(4) Rapport de l’institut Montaigne « ETI : taille intermédiaire, gros potentiel »
(5) Robots collaboratifs
(6) Gartner, Top 5 Strategic Technology Trends in Manufacturing Industries for 2021

Quelle adaptation au nouveau monde du travail ? ( directeur général de l’OIT)

Quelle adaptation au nouveau monde du travail ( directeur général de l’OIT)

«Il est dans l’intérêt de tous que les parties prenantes de l’Organisation internationale du travail (gouvernements, employeurs et travailleurs) s’engagent dans le processus de refonte du cadre juridique et réglementaire des relations de travail»
par Gilbert Houngbo, directeur général élu de l’OIT.

Une tribune intéressante mais un peu générale et sans grand originalité. NDLR

Fondée en 1919, l’Organisation internationale du travail (OIT) s’efforce, depuis lors, de promouvoir la justice sociale et économique, en fixant des normes internationales. Elle est l’une des plus anciennes agences spécialisées des Nations unies et compte 187 Etats membres. L’OIT est une structure tripartite unique, qui associe des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, à toutes ses discussions et politiques.
Au cours des dernières décennies, le monde du travail étant devenu plus complexe, l’organisation a dû s’adapter pour assumer de nouvelles réalités et responsabilités. Ces dix dernières années, Guy Ryder, le directeur général, a lancé une série d’initiatives importantes afin de maintenir l’institution sur les rails, en dépit des bouleversements dont beaucoup ont été provoqués par les progrès des technologies de l’information. Les dernières années ont été marquées par une série de crises mondiales : la récession économique et la « baisse des revenus » de 2016-2017 ; la pandémie de Covid-19 ; le conflit en Ukraine et l’impact inflationniste sur les approvisionnements énergétiques et alimentaires.

L’inflation, qui a suivi la réouverture des économies après le blocage de la pandémie, a affecté les capacités de rebond. En réponse à la hausse des prix, les banques centrales ont augmenté les taux d’intérêt, ce qui a eu pour effet de refroidir la demande. En fait, selon les prévisions triennales (2021-2023) du FMI, la meilleure période de croissance mondiale depuis le déclenchement de la pandémie pourrait déjà être derrière nous, à la fin de 2021.

On imagine encore mal le stress auquel les travailleurs ont dû faire face pour maintenir les économies locales et les chaînes d’approvisionnement mondiales lors de la pandémie, et les faire redémarrer par la suite. La crise du coût de la vie qui s’est ensuivie est effrayante. Heureusement, les travailleurs font preuve de résilience. Ces véritables héros sont prêts à soutenir la prise de risque des employeurs et des investisseurs ainsi que la persistance des décideurs politiques à rétablir la normalité.
« On ne saurait trop insister sur les avantages de la numérisation, notamment la décentralisation, une plus grande flexibilité, une transparence accrue et la responsabilisation »
Tensions. Néanmoins, le stress et les tensions sur le marché du travail peuvent persister. En effet, les problèmes actuels, dont on espère qu’ils sont de nature transitoire, détournent l’attention de la transition plus permanente du marché du travail. Avant le déclenchement de la pandémie, l’impact de l’hyperconnectivité et de la numérisation retenait déjà l’attention des décideurs politiques. La probabilité d’un déplacement à grande échelle de la main-d’œuvre par des machines et des ordinateurs avait suscité, d’une part, des craintes fondées de pertes d’emploi, et, d’autre part, amené les gouvernements à s’interroger sur la manière de taxer les robots effectuant le travail autrefois effectué par les humains.

Si ces craintes sont fondées, on ne saurait trop insister sur les avantages de la numérisation, notamment la décentralisation, une plus grande flexibilité, une transparence accrue et la responsabilisation. Ces avantages seraient encore plus équitables si des investissements ciblés étaient consacrés à la construction d’infrastructures, à l’extension de la connectivité et à l’amélioration de l’accès aux technologies. Cela permettrait d’accélérer la réduction de la fracture numérique pour les entreprises et les travailleurs et, surtout, de faire progresser la justice sociale.
Ces questions sont du ressort de l’OIT. L’institution jouera un rôle central dans la résolution de ces problèmes. Il faut une vision qui unifiera les intérêts divergents des parties prenantes. Il s’agit essentiellement de restructurer et de remanier les règles et pratiques existantes pour les adapter à l’avenir émergent du travail.

La justice sociale doit continuer à sous-tendre les pratiques du travail, et les progrès réalisés par de nombreux pays doivent continuer à gagner du terrain. Beaucoup plus de femmes participent au marché du travail formel qu’il y a vingt ans. De même, l’idée d’un salaire égal pour un travail égal est de plus en plus acceptée comme socialement équitable. Les progrès réalisés dans la lutte contre le travail forcé ou « esclavage moderne », le travail des enfants et la traite des êtres humains ou encore la sécurisation des lieux de travail sont tout aussi encourageants.
Toutefois, les progrès ne sont pas uniformes et trop lents dans le monde.

Selon le Gender Gap Report 2021 du Forum économique mondial, il faudra encore 267,6 ans pour combler l’écart mondial entre les sexes en matière de participation et d’opportunités économiques. Nous devons tous travailler pour accélérer le rythme des progrès.

« Notre compréhension de la justice sociale doit également s’élargir. Les risques environnementaux et sociaux se renforcent mutuellement »

Cohésion sociale. Notre compréhension de la justice sociale doit également s’élargir. Les risques environnementaux et sociaux se renforcent mutuellement. Comme nous l’avons vu lors des inondations massives au Pakistan ou la sécheresse dans la Corne de l’Afrique, ces catastrophes d’origine climatique ont entraîné une rupture de la cohésion sociale. Et si les fortes émissions de carbone des pays industrialisés sont principalement responsables du réchauffement de la planète, ce sont les pauvres, concentrés dans les pays en développement, qui subissent le plus durement les chocs climatiques, en raison du manque de capacité d’adaptation.

L’interdépendance entre les risques sociaux et environnementaux nécessite la mise en œuvre d’une participation plus large pour affronter les menaces et atténuer leur impact négatif sur le bien-être des travailleurs. Il est tout aussi évident qu’une coopération mondiale accrue est nécessaire pour relever ces défis.

Il est temps de réécrire les règles qui sous-tendent le nouveau monde du travail, notamment pour que les travailleurs soient équipés d’outils et de savoir-faire numériques. Pendant les confinements, la plupart des lieux de travail sont passés des bureaux et des magasins aux domiciles. Si le travail hors site existait déjà, son adoption généralisée durant cette période constitue un fait nouveau. Pourtant, de nombreux travailleurs — ne possédant pas de compétences numériques — ont perdu leur emploi.

Une autre question requiert l’attention urgente, celle de la discrimination non fondée sur le sexe en matière de revenu du travail. Les disparités de rémunération entre les travailleurs « en col blanc » et en « col bleu » ne sont plus acceptables. La valeur réelle de la main-d’œuvre a récemment été mise en évidence lorsque celle-ci s’est lancée dans des actions syndicales ou a menacé de le faire. De nombreux pays ont réagi sous la contrainte. Mais un nouveau régime de compensation doit être mis en place de manière ordonnée, par la négociation collective ou l’institution d’un revenu de base universel.

Il est dans l’intérêt de tous que les parties prenantes de l’OIT (gouvernements, employeurs et travailleurs) s’engagent dans le processus de refonte du cadre juridique et réglementaire des relations de travail et des pratiques sur le lieu de travail. Faciliter ce processus sera une priorité lors de mon mandat qui débute en octobre. Nous devons libérer le travail pour qu’il puisse libérer tout son potentiel afin de parvenir à une prospérité inclusive pour toutes les personnes dans tous les pays.
Gilbert Houngbo est le directeur général élu de l’OIT.

Quelle confidentialité concernant les monnaies numériques des banques centrales ?

Quelle confidentialité concernant les monnaies numériques des banques centrales ?

 

Les chercheurs Andrea Baronchelli, Hanna Halaburda et Alexander Teytelboym mettent en garde, dans une tribune au « Monde », contre les usages que les Etats qui développent des monnaies numériques de banque centrale pourraient faire des données de transaction.

 

Les monnaies numériques des banques centrales (central bank digital currency - CBDC) sont un phénomène récent, qui a fait son apparition dans des pays des Caraïbes. Les Bahamas ont, en octobre 2020, lancé la première CBDC au monde, le Sand Dollar. Depuis lors, sept pays des Caraïbes orientales et le Nigeria ont créé leur propre CBDC, 14 pays pilotent actuellement de tels projets et plus de 50 pays en sont au stade de la recherche développement.

Cette vague d’intérêt pour les CBDC s’explique tout d’abord par le fait qu’elles sont présentées comme un outil d’inclusion financière, permettant à un plus grand nombre de personnes d’accéder aux services bancaires, alors qu’elles en seraient autrement exclues. Deuxièmement, elles promettent de réduire les coûts de transaction et de diminuer les frais et frictions liés aux paiements numériques.

Troisièmement, à la suite de l’échec du lancement de la monnaie de Facebook, le Libra/Diem, les banques centrales se sont inquiétées de voir des acteurs privés émettre une monnaie mondiale sans contrôle politique (Andrea Baronchlli, Hanna Halaburda et Alexander Teytelboym, « Central bank digital currencies risk becoming a digital Leviathan », Nature Human Behaviour, n°6, 2022).

Cependant, l’adoption généralisée des CBDC comme substitut de l’argent liquide pourrait entraîner une explosion gigantesque du volume de données générées par les transactions quotidiennes. Et cela pose des risques fondamentaux pour les libertés civiles et la vie privée des individus. Étant donné la facilité avec laquelle un individu peut ouvrir un compte de paiement numérique et réduire les frais de transaction, il est concevable que 1,7 milliard de personnes opérant en dehors du système bancaire normal puissent être amenées à ce nouveau régime monétaire.

L’e-Naira nigérian propose un compte de niveau zéro pour les clients qui ne disposent pas d’un numéro d’assurance nationale vérifiable. Cependant, lorsque nous avons tenté d’ouvrir un compte e-Naira en février 2022, nous avons dû fournir des informations sur notre compte bancaire et nos données biométriques, au-delà de ce qui est exigé, et manifestement de façon moins sécurisée, pour un compte bancaire standard.

Ceux qui opèrent déjà dans le système bancaire seront séduits par les CBDC en raison des frais de transaction réduits. L’adoption pourrait être généralisée dans certains pays si une masse critique est atteinte. Les banques centrales amasseraient alors plus de données qu’elles n’en ont jamais recueillies. Cela créerait un processus sans friction permettant à l’État de surveiller systématiquement toutes les transactions, et d’accroître considérablement ses pouvoirs de surveillance.

12345...11



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol