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La problématique de la raréfaction et de la répartition de la ressource eau

La problématique de la raréfaction et de la répartition de la ressource eau

Par
Luc Aquilina
Professeur en sciences de l’environnement, Université de Rennes 1 – Université de Rennes

Clément Roques
Chercheur en hydrologie, Université de Neuchâtel

Jean-Raynald de Dreuzy
Directeur de recherche au CNRS, hydrologie, École normale supérieure de Rennes

Laurent Longuevergne
Directeur de recherche, référent scientifique “Hydrologie de terrain, imagerie géophysique”, Université de Rennes

Ronan Abhervé
Chercheur postdoctoral en hydrologie, Université de Rennes dans the Conversation

Interrogé sur France Inter au matin de la manifestation contre les mégabassines de Sainte-Soline, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau rappelait, le 25 mars 2023, les chiffres de la consommation d’eau en France. Il indiquait que 3 milliards de m3 sont prélevés annuellement par l’agriculture sur les 200 milliards globalement disponibles. Quelques jours plus tard, le président Emmanuel Macron déclarait lors de sa présentation du plan « eau » que l’eau renouvelable disponible devrait diminuer de 30 à 40 % d’ici à 2050. Si ces chiffres généraux des usages et la trajectoire climatique future sont tout à fait exacts, ils ne nous sont pas d’une grande utilité et induisent même un risque, celui de rester indifférent à ce qu’ils annoncent. Leur globalité masque en effet des situations très variables dans l’espace et le temps. Ils ne disent rien des crises à venir ni des difficultés auxquelles les femmes, les hommes et les écosystèmes vont devoir faire face. Chacun affronte une situation locale à un moment donné, jamais la moyenne de tout le territoire durant toute une année.

En moyenne, il pleut 500 milliards de m³ d’eau en France chaque année. La partie non consommée par les plantes et renvoyée vers l’atmosphère (non évapotranspirée) qui peut alimenter les lacs, les rivières et les nappes – et que le ministre considère comme « disponible » – est d’environ 200 milliards. Les prélèvements pour les activités humaines représentent de leur côté 32 milliards, dont 3,2 pour l’agriculture, un chiffre qui peut paraître faible à première vue.

Les 200 milliards ne sont pourtant ni inutiles ni disponibles pour nos activités. Ils nourrissent les nappes, les rivières et l’ensemble des écosystèmes dont certains sont fragiles, primordiaux pour la biodiversité et critiques dans la régulation des cycles du carbone et autres gaz à effets de serre.

Si l’eau globalement disponible est importante, il n’empêche qu’elle se raréfie durant la période estivale. La majorité de l’eau consommée est utilisée en été où l’agriculture devient le premier usage et consomme jusqu’à 80 % de la ressource. Ces chiffres illustrent qu’au-delà de valeurs globales, les tensions prennent une réalité critique sur les territoires durant l’été.

Si les mégabassines visent justement à prélever en hiver les besoins de l’été, la concurrence de cette utilisation avec les autres besoins des rivières et zones humides demeure à évaluer. Surtout, l’impact du changement climatique questionne le fonctionnement de ces retenues, sans aborder les questions relatives au type d’agriculture généralement intensive qu’elles soutiennent.

Les chiffres avancés concernant l’évolution future de débit des cours d’eau sont des moyennes qui cachent des disparités temporelles et spatiales. Examinons d’abord les premières. Ces moyennes peuvent être calculées à l’échelle de l’année : elles incluent à la fois les faibles débits de l’été et les forts débits de l’hiver.

Elles masquent donc les périodes de fort stress hydrique qui peuvent être compensées par un hiver suivant pluvieux. Il existe aussi des moyennes par période, par exemple sur l’horizon 2050-2070. Là encore, elles ne rendent pas compte de la fréquence et de la durée des conditions extrêmes de débits critiques, qui devraient s’intensifier dans les périodes estivales à venir.

On mesure déjà en métropole l’élévation des températures depuis les années 1950, soit plus d’un degré en moyenne annuelle et une diminution des précipitations estivales.

Évolution du climat sur le bassin rennais depuis 1960, chaque rond représente la valeur moyenne d’avril à septembre pour chaque année sur le bassin rennais. Les données historiques montrent deux trajectoires : de 1960 aux années 2000, les hausses de température étaient accompagnées de précipitations estivales plus importantes. Depuis 2000, la progression se poursuit, avec une baisse des précipitations estivales. Auteurs à partir des données SAFRAN-Météo France, CC BY-NC-ND
La hausse des températures et l’élargissement de la saison estivale provoquent une augmentation de l’évapotranspiration et une diminution de l’infiltration et de la recharge vers les nappes phréatiques. Celles-ci, qui constituent le stock principal des bassins versants, voient en retour leur rôle du soutien à l’étiage des rivières dégradé : le débit des rivières baisse.

Les moyennes cachent aussi une variabilité spatiale. Selon les scénarios et modèles, les climats futurs montrent une variation faible du volume de précipitations dans le nord et l’ouest de la France, sans pouvoir déterminer si le volume annuel sera plus ou moins élevé que les moyennes annuelles actuelles.

Pour expliquer ces prévisions d’un bilan hydrique équivalent à ce qu’on mesure aujourd’hui, il faut donc envisager des hivers plus humides avec des précipitations plus intenses.

C’est un paradoxe difficile à admettre : le « réchauffement climatique » pourrait se matérialiser par des inondations et des précipitations majeures sur une partie nord du territoire. À l’inverse, dans le sud de la France, tous les modèles convergent vers de fortes diminutions globales des volumes précipités.

Pour prendre conscience de l’impact du changement climatique et se rendre compte des tensions qui nous attendent, mais aussi évaluer à quelle échéance elles apparaîtront, il est primordial d’examiner les valeurs extrêmes, à savoir de débit estival.

La sécheresse de 1976 est restée dans les mémoires comme un événement tragique qui avait conduit à la levée d’un impôt sécheresse pour soutenir les agriculteurs français. L’année 2022 a montré des températures nettement supérieures à celles de 1976, avec un déficit en précipitations du même ordre.

Afin de répondre aux inquiétudes des gestionnaires de la ressource en eau dans le secteur, l’Université de Rennes (via la fondation Rennes 1) a lancé dès 2019, avec Eau du Bassin Rennais et Rennes Métropole, un programme de recherche sur l’impact du changement climatique sur la ressource en eau à l’échelle du bassin rennais.

Nous avons développé dans ce cadre des modèles numériques capables de prédire l’évolution à venir des stocks d’eau souterraine et des débits des rivières en fonction des scénarios du GIEC. La tendance future émerge clairement de cette variabilité et met en évidence l’impact majeur du changement climatique.

Nous avons analysé la probabilité de trouver dans le futur des débits au moins aussi faibles que ceux de 1976 ou 2022. Dès la période 2020-2040, les débits typiques de ces années de sécheresse record pourraient se retrouver près d’une année sur deux et se succéder deux voire trois années de suite ! Les débits « 1976 ou 2022 » deviendront nos étés systématiques à partir de 2050. C’est donc à très court terme qu’il faut s’alarmer.

Si l’on utilise le même type de calcul reporté par le gouvernement, c’est-à-dire la comparaison des moyennes annuelles futures avec les moyennes annuelles actuelles, on obtient pourtant des baisses annuelles du même ordre (environ 30 % selon les projections) pour le cas de ce bassin versant étudié entre 2050 et 2070. Ce chiffre, pour exact qu’il soit, apparaît bien trop lisse au regard des prévisions estivales.

Nombre de jours chaque année, de 1975 à 2100, où le débit en amont du barrage de la Chèze (Ille-et-Vilaine) est inférieur au 10ᵉ quantile historique (1980-2010). En rouge au-dessus du graphique, probabilité de retrouver des années de type 1976 (au moins 60 jours : conditions historiques observées), et en vert, le nombre d’années consécutives. Ronan Abhervé à partir des données de projections climatiques multi-modèles utilisées pour la simulation des débits futurs (EXPLORE2-2021-SIM2 », scénario RCP8.5), CC BY-NC-ND
Un futur alarmant

On comprend donc l’importance de ne pas se contenter des valeurs globales et moyennées pour avoir une idée des conditions extrêmes estivales qui nous attendent dans le futur.

Ces prédictions sont de toute façon incertaines, notamment en ce qui concerne les précipitations futures, et les modèles climatiques ont tendance à sous-estimer l’intensité et la fréquence de ces conditions extrêmes. Pour cette étude locale, nous avons utilisé le scénario du GIEC (RCP 8.5), considéré comme pessimiste (mais pas le plus pessimiste) à l’échelle de la fin du siècle – c’est en fait le scénario que nous suivons (voire dépassons) depuis plus de 20 ans ; et peu d’indices laissent présager une évolution positive majeure dans les prochains 10 ou 20 ans.

Ce schéma n’est pas une prévision exacte du futur, mais il donne une vision des tendances à venir en insistant sur l’un des points les plus fragiles des systèmes hydrologiques. Les évolutions ressortent clairement et dessinent un futur extrêmement alarmant pour la ressource en eau.

Des crises climatiques et sociales
À ce titre, le plan « eau » annoncé par le gouvernement – qui retarde les engagements déjà pris en matière d’économie d’eau et épargne l’agriculture – ne prend pas la mesure des tensions estivales extrêmes à venir.

L’intérêt de notre démarche est de décrire les crises climatiques à venir ou déjà en cours dans de nombreux pays. Il ne s’agit pas de l’effondrement généralisé prédit par certains, mais de crises extrêmement sévères, localisées dans l’espace et le temps. Ces crises toucheront en premier lieu certains services primordiaux (eau potable, agriculture, industries…) et surtout une partie de la population, accentuant les clivages entre les classes sociales.

Pour surmonter les crises sociales que seront aussi les crises climatiques, nous ne pouvons faire l’impasse ni sur la raréfaction, ni sur la répartition de la ressource en eau.

La problématique de l’endettement au sein de l’union européenne

La problématique de l’endettement au sein de l’union européenne ?

Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.( dans la Tribune)


Une contribution intéressante pour faire l’analyse de la situation actuelle concernant l’endettement au sein de l’union européenne mais un peu courte sur Le concept de la « technologie verte  » NDLR

L’économie de l’UE devrait échapper à la récession en 2023, mais elle reste exposée à une croissance faible pour 2023 à 0,8% pour l’UE et à 0,9% pour la zone euro. Avec une inflation prévue à 8,5%, l’Europe évitera peut-être une récession mais la stagflation (faible croissance avec une forte inflation) guette l’économie européenne. Avec une explosion des dettes européennes et la frénésie de dépenses de la Commission européenne, « ceci expose les finances de l’UE à des risques et des défis colossaux »… »Entre la guerre d’agression menée contre l’Ukraine, la pénurie d’énergie, la pandémie de coronavirus et le changement climatique, l’UE est contrainte de jouer sur plusieurs tableaux en même temps pour amortir les effets d’une série de crises sans précédent », a déclaré Tony Murphy, Président de la Cour des comptes européenne.

L’accord entre les 27 pays européens a permis à la Commission européenne, dans le cadre du programme NGEU, d’emprunter 750 milliards d’euros pour construire une Europe plus verte, plus numérique et plus sociale. Cette dette commune sera remboursée sur 30 ans entre 2028 et 2058. La Commission européenne va émettre plusieurs obligations à long terme avec des taux qui peuvent s’envoler avec l’inflation et les décisions de politiques monétaires. L’Europe va-t-elle financer ce plan de relance ou les citoyens vont-ils le rembourser ? Rien n’est sûr encore. La Commission va proposer d’ici fin 2023 aux États membres, de nouvelles ressources propres en plus des 25% des recettes provenant du système d’échange de quotas d’émissions de l’UE, des 75% des recettes du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et une partie du futur impôt mondial sur les multinationales.

Avec l’adoption du plan IRA américain, un programme de soutien à l’économie américaine promulgué le 16 août 2022 d’un montant de 360 milliards de dollar, l’UE craint que les États-Unis captent les nouvelles usines d’énergie propre (panneaux solaires, etc.). La Commission européenne prévoit de concurrencer cette loi par un pacte vert industriel. Bien que le nouveau plan n’implique peut-être pas encore de nouveaux emprunts, il propose un nouveau « fonds de souveraineté européenne » pour investir dans les technologies vertes. La commission ne détaille pour le moment ni son montant ni son financement. En attendant le pacte vert reposera sur les enveloppes et instruments existants : InvestEU, REPowerEU, etc. Comme le NGEU le problème majeur reste le manque de clarté : qui supportera le coût de cette nouvelle dette ?

La dette totale des pays de l’UE s’élève à 12 987 214 milliards d’euros, soit environ 29 000 euros par citoyen. L’endettement de la France est à 112,80% de son PIB. La France vient après la Grèce à 194,50%, l’Italie à 150,30%, le Portugal à 125,50% et l’Espagne à 118,30%. Les dettes publiques sont aujourd’hui nettement plus élevées qu’avant la pandémie. La hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne BCE, pour limiter l’inflation, va encore renchérir les taux des obligations des États, limitant leurs potentiels d’endettement. Avec la flambée des prix, les nécessaires dépenses pour la transition écologique et la guerre en Ukraine, tous les membres de l’UE seront obligés d’augmenter leurs dépenses. Ils devront recourir à de nouveaux emprunts à défaut d’augmenter de manière significative le poids des impôts. En matière de finances publiques, le plus sage et le plus juste est de s’abstenir d’augmenter les dépenses et les dettes afin d’éviter, comme la Grande-Bretagne, d’effrayer les investisseurs. Dans la situation où plusieurs pays européens se sont placés, avec des dettes colossales et une fiscalité très forte, la Commission européenne ne devrait plus lever d’autres milliards en mettant à contribution les États membres. Il faut noter que l’article 311 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne stipule clairement que l’UE doit se financer « entièrement sur ses ressources propres ».

Depuis la pandémie, la BCE contrôle de plus en plus les marchés avec les rachats d’énormes volumes d’obligations. Son bilan gonfle et devient brûlant : son dernier bilan consolidé est d’environ 8 800 milliards d’euros, avec 5 000 milliards d’obligations d’États et d’entreprises et un stock de 2 000 milliards de prêts à long terme aux banques. Pour la première fois depuis 2004, la Banque centrale européenne a affiché un profit nul et évite une perte potentielle. Derrière cette situation nous avons les profits du système financier.
La politique monétaire ultra-accommodante, menée depuis plusieurs années et pendant la pandémie, a créé un volume énorme de liquidités. Une grande partie de ces liquidités est encore placée à la BCE par les Banques et les établissements financiers et rémunérée par les Banques centrales nationales. Le taux de rémunération des dépôts est aujourd’hui à 2,50%. Plus le taux de rémunération augmente et plus les Banques sont assurées de profits garantis et ne soutiennent plus le financement des économies européennes.

Relance européenne et risque de faillites due à des prêts « non performant » :
« 1.400 milliards d’euros de prêts ne sera probablement pas remboursé d’après la BCE ». La commissaire européenne des Finances était auditionnée le 05 mars 2021 au Sénat par les commissions des Finances et des Affaires européennes. Elle a précisé la ligne de conduite de la Commission et de la BCE : « le secteur financier a aidé à minimiser la crise et nous avons besoin de maintenir ce flot de crédits aux entreprises et aux ménages. 1.400 milliards d’euros de prêts seraient non performants d’après la BCE et le ratio reste stable et nous devons éviter une croissance de prêts non performants dans le bilan des banques, c’est pourquoi nous avons adopté un plan d’action sur les prêts non performants en décembre 2020″.

Les États apprécient l’inflation car les emprunts à long terme seront remboursés à un coût réel inférieur. Pour les consommateurs, l’inflation érode le pouvoir d’achat. Selon la BCE elle-même, les salaires devraient augmenter de 4,5% en 2022 et de 5,2% en 2023. Pendant ce temps l’inflation prévue en 2023 sera de 8,5%. Pour la France selon l’OFCE : « le pouvoir d’achat par unité de consommation (UC) se réduirait entre -1,2 % et -2,0 % entre la fin 2021 et la fin 2023 selon les scénarios d’emploi et de dynamique salariale retenus pour 2023″.

L’endettement de l’Europe nuit à la croissance. Avec les risques monétaires et énergétiques les entreprises préfèrent baisser leur coûts (salaires, embauches, etc.) et décaler leurs investissements plutôt qu’amputer leurs profits ou relever leurs prix de vente. Pour les ménages, elles vont anticiper une augmentation future de leurs impôts et épargner plus. Pour l’État les recettes fiscales perçues diminuent. C’est le déficit conjoncturel qui se creuse et certaines dépenses publiques auraient plutôt tendance à augmenter notamment en raison de la hausse du chômage et des prestations sociales. Comme en France, pour réduire leurs endettements, les gouvernements se lancent dans des réformes structurelles : réforme de l’assurance chômage, des retraites, etc. Toutes ces réformes seront faites pour améliorer les comptes de l’État aux dépens des avantages sociaux.

La zone euro s’est installée après la crise financière de 2009 dans un marasme prolongé. Avec une inflation faible et une croissance lente, la part de l’investissement au sens de la comptabilité nationale a reculé dans l’ensemble des pays européens. L’investissement public a connu une baisse importante jusqu’en 2016. De 2019 à 2021, rapporté au PIB, il a augmenté de 0,5 point en moyenne. Pour les investissements verts, l’Europe de demain vient juste de prendre la route.

L’Europe peut maitriser l’inflation grâce à la technologie verte. La technologie verte permettra à de plus nombreuses entreprises et industries de franchir un point de résilience. La production de biens et de services pourrait ainsi évoluer plus rapidement que la demande des consommateurs. Le prix de ces biens ne devrait pas augmenter même si la demande augmente. Il devient plus facile de satisfaire la demande du marché pour des produits novateurs et écologiques. Autrement dit, si l’offre du bien peut toujours répondre à la demande, il n’ y aura pas de place pour l’inflation. En ce qui concerne les endettements publiques, il est préférable d’utiliser immédiatement l’épargne des ménages européens pour investir au lieu d’emprunts bancaires pour une relance durable écologique et sociale.

Gabriel Gaspard

Problématique environnementale : un sujet très ancien sans réponse

Problématique environnementale : un sujet très ancien sans réponse

 

L’historien Christophe Bonneuil rappelle, dans une tribune au « Monde », que la réduction du poids des combustibles fossiles et de leurs effets néfastes sur le climat a été inscrite à l’agenda politique international dès 1972.

 

Il y a cinquante ans, le 16 juin 1972, se clôturait à Stockholm la Conférence des Nations unies sur l’environnement humain, premier sommet onusien de la Terre, avant celui de Rio, en 1992. Alors que les questions environnementales n’étaient guère mentionnées dans la Charte des Nations unies de 1945, l’« environnement » et la possibilité que les modèles de développement humain altèrent l’habitabilité de la planète se voyaient érigés en enjeu global.

Que se passe-t-il à l’approche de la conférence de Stockholm pour que « l’environnement global » soit dans toutes les bouches et que l’écologie mette des millions de personnes dans les rues (20 millions en avril 1970 lors du premier « Jour de la Terre ») ? Avec un PIB mondial multiplié par 2,5 et des échanges mondiaux quadruplant entre 1950 et 1970, la transformation massive des armements et des modes de production, d’échange et de consommation malmène déjà l’habitat terrestre. La guerre froide a déjà généré des dizaines de milliers de mètres cubes de déchets nucléaires. Le basculement vers un système énergétique à dominante pétrolière a multiplié la consommation d’énergie par 16 au XXe siècle et favorisé l’urbanisation, le règne de l’automobile, une agriculture motorisée et chimiquement perfusée. Les polluants menacent les équilibres des forêts, des océans, des zones humides et altèrent le cadre de vie et la santé des urbains. Surtout, dans un contexte de détente Est-Ouest, d’anti-impérialisme (guerre du Vietnam, luttes postcoloniales, mouvement des droits civiques) et de radicalisation de la jeunesse, les aspirations des sociétés et les horizons des diplomates ont changé.

 

Quatre synthèses majeures participent à la visibilité croissante des enjeux écologiques : le livre Printemps silencieux (1962), de la biologiste américaine Rachel Carson (1907-1964) ; le rapport « Restaurer la qualité de notre environnement » remis en 1965 à la Maison Blanche ; le rapport Meadows sur les « limites à la croissance » de 1972 ; le livre Only One Earth (« une seule Terre »), commandé par l’ONU à Barbara Ward et René Dubos, pour poser les bases du sommet de Stockholm.

Deux des 109 recommandations finales du sommet de Stockholm prônent une vigilance sur les « activités pour lesquelles il existe un risque appréciable d’effets sur le climat ». Si le réchauffement climatique n’est encore qu’un des nombreux problèmes, avec les pollutions, les marées noires, l’urbanisation incontrôlée, les déchets, les limites des ressources, les dégâts des pesticides, qui s’agrègent pour former le concept d’« environnement global », il n’en est pas moins présent. Le rôle des produits de combustion dans l’effet de serre est connu depuis le début du XXe siècle, mais il faut attendre le milieu des années 1950 pour que la teneur croissante de l’atmosphère en CO2 soit surveillée. Les services géologiques des Etats-Unis annoncent, à la fin des années 1950, une montée des océans déjà en cours. En 1967, les premiers modèles 3D du climat prévoient un net réchauffement planétaire : + 0,5 °C entre 1970 et l’an 2000, puis entre + 2 et + 4 °C au cours du XXIe siècle.

Problématique environnementale : un questionnement déjà très ancien

Problématique environnementale : un questionnement déjà très ancien

 

L’historien Christophe Bonneuil rappelle, dans une tribune au « Monde », que la réduction du poids des combustibles fossiles et de leurs effets néfastes sur le climat a été inscrite à l’agenda politique international dès 1972.

 

Il y a cinquante ans, le 16 juin 1972, se clôturait à Stockholm la Conférence des Nations unies sur l’environnement humain, premier sommet onusien de la Terre, avant celui de Rio, en 1992. Alors que les questions environnementales n’étaient guère mentionnées dans la Charte des Nations unies de 1945, l’« environnement » et la possibilité que les modèles de développement humain altèrent l’habitabilité de la planète se voyaient érigés en enjeu global.

Que se passe-t-il à l’approche de la conférence de Stockholm pour que « l’environnement global » soit dans toutes les bouches et que l’écologie mette des millions de personnes dans les rues (20 millions en avril 1970 lors du premier « Jour de la Terre ») ? Avec un PIB mondial multiplié par 2,5 et des échanges mondiaux quadruplant entre 1950 et 1970, la transformation massive des armements et des modes de production, d’échange et de consommation malmène déjà l’habitat terrestre. La guerre froide a déjà généré des dizaines de milliers de mètres cubes de déchets nucléaires. Le basculement vers un système énergétique à dominante pétrolière a multiplié la consommation d’énergie par 16 au XXe siècle et favorisé l’urbanisation, le règne de l’automobile, une agriculture motorisée et chimiquement perfusée. Les polluants menacent les équilibres des forêts, des océans, des zones humides et altèrent le cadre de vie et la santé des urbains. Surtout, dans un contexte de détente Est-Ouest, d’anti-impérialisme (guerre du Vietnam, luttes postcoloniales, mouvement des droits civiques) et de radicalisation de la jeunesse, les aspirations des sociétés et les horizons des diplomates ont changé.

 

Quatre synthèses majeures participent à la visibilité croissante des enjeux écologiques : le livre Printemps silencieux (1962), de la biologiste américaine Rachel Carson (1907-1964) ; le rapport « Restaurer la qualité de notre environnement » remis en 1965 à la Maison Blanche ; le rapport Meadows sur les « limites à la croissance » de 1972 ; le livre Only One Earth (« une seule Terre »), commandé par l’ONU à Barbara Ward et René Dubos, pour poser les bases du sommet de Stockholm.

Deux des 109 recommandations finales du sommet de Stockholm prônent une vigilance sur les « activités pour lesquelles il existe un risque appréciable d’effets sur le climat ». Si le réchauffement climatique n’est encore qu’un des nombreux problèmes, avec les pollutions, les marées noires, l’urbanisation incontrôlée, les déchets, les limites des ressources, les dégâts des pesticides, qui s’agrègent pour former le concept d’« environnement global », il n’en est pas moins présent. Le rôle des produits de combustion dans l’effet de serre est connu depuis le début du XXe siècle, mais il faut attendre le milieu des années 1950 pour que la teneur croissante de l’atmosphère en CO2 soit surveillée. Les services géologiques des Etats-Unis annoncent, à la fin des années 1950, une montée des océans déjà en cours. En 1967, les premiers modèles 3D du climat prévoient un net réchauffement planétaire : + 0,5 °C entre 1970 et l’an 2000, puis entre + 2 et + 4 °C au cours du XXIe siècle.

Intégrer davantage la problématique environnementale dans la formation

Intégrer davantage la problématique environnementale dans la formation

 

Nos formations sont « figées dans le monde d’avant », déplore, dans une tribune au « Monde », la politiste et maîtresse de conférences, pour qui la convention étudiante lancée par l’université Paris-Est-Créteil en 2021 est cruciale pour permettre aux jeunes de construire une société « moins destructrice ».

 

La vidéo de l’appel à la désertion lancé le 30 avril par un groupe de jeunes étudiantes et étudiants de l’école AgroParisTech a été abondamment partagée et commentée. Ce qui est nouveau, ce n’est pas que la permaculture, l’agroforesterie, et des modes de vie plus respectueux de la biodiversité attirent davantage une partie des agronomes que des emplois copieusement rémunérés chez Bayer, Monsanto et consorts, mais que ce choix échauffe autant les réseaux sociaux. On peut interpréter cela comme une nouvelle preuve de l’exaspération et de la détermination d’une partie des jeunes concernant l’urgence écologique, s’il en fallait une.

Ce qui marque dans ce discours, rejoint par des normaliens et polytechniciens, c’est la dénonciation sans équivoque de l’inacceptabilité de formations universitaires « qui poussent globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours ».

Nos formations sont restées figées dans le monde d’avant, cet avant où l’on délocalisait la responsabilité du changement climatique en Chine, en Inde et au Brésil, où l’on présentait un recrutement dans une entreprise du CAC 40 comme le meilleur avenir possible tout en conseillant aux étudiants de couper l’eau pendant le brossage de dents.

Les élèves des grandes écoles sont dans de meilleures conditions socio-économiques pour crier leur révolte et leur désir de bifurcation sur les toits, et pour se faire entendre, que les étudiants d’universités exsangues, contraints de multiplier stages et diplômes, et bien conscients de la difficulté à accéder à des emplois rémunérateurs et épanouissants. Lorsqu’on les forme, qu’on leur donne des espaces de parole et qu’on prend la peine de les écouter, on peut néanmoins entendre ces jeunes exprimer leur anxiété et leur désarroi face à l’ampleur du désastre. Face, aussi, à l’impact modeste de toute action individuelle si les décideurs économiques et politiques se cantonnent aux beaux discours, prononcés pendant les conférences internationales sur le climat ou les campagnes électorales, sans jamais passer réellement à l’action.

L’éco-anxiété se révèle d’autant plus grande que leur vie étudiante est en décalage complet avec l’urgence écologique, encore rappelée par le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Puisqu’on traîne des pieds à l’échelle nationale et internationale, il est de notre responsabilité, à l’université, de nous engager immédiatement dans une refonte radicale de nos pratiques, tant sur le plan de leur soutenabilité environnementale que de nos enseignements disciplinaires et transversaux, nos méthodes et objectifs de recherche. Nous devons engager l’ensemble de la communauté universitaire, les étudiants en tête, dans cette (r)évolution, et avoir l’ambition d’entraîner les territoires, les entreprises et les organisations environnant nos campus.

Problématique et enjeux de l’inflation

Problématique et enjeux de l’inflation

Faut-il s’inquiéter de l’inflation ? C’est un sujet médiatique récurrent qui suscite beaucoup de commentaires à la fois des analystes et des pouvoirs publics mais aussi une certaine inquiétude de la part de nos concitoyens. Pour cause, ces derniers s’interrogent sur leur pouvoir d’achat. Par Didier Kling, Président de la CNCEF ( la « Tribune »)

 

Pourquoi vivons-nous actuellement avec cette hausse générale des prix ? Tout d’abord, notre économie de marché voit la valeur des biens et services fluctuer. Selon les périodes, ils connaissent des hausses ou des baisses. On ne parle pas forcément d’inflation lorsque ce phénomène mécanique, résultant de l’offre et de la demande, n’est que passager. En revanche, lorsque tous les prix connaissent une revalorisation permanente, globale et durable, la situation est inflationniste.

Pour mesurer l’inflation, les économistes se basent principalement sur ce que représentent les produits les plus couramment achetés ou les biens et services prioritaires à la vie quotidienne. Par exemple, le carburant, l’électricité, l’alimentation… pour ne citer que ceux-ci. Dès lors, chaque euro gagné et réinjecté dans l’économie ne permet pas d’acheter autant de produits ou de services que dans un contexte de stabilité, car l’inflation influence la valeur de notre monnaie européenne. Autre exemple concret : les valeurs placées sur des livrets réglementés. Plus l’inflation est forte, moins il est intéressant de conserver – autrement que par sécurité – de l’argent qui ne produit pas d’intérêts. Si bien que les analystes estiment que les actions et l’immobilier sont actuellement les placements les plus intéressants pour protéger l’épargne de l’inflation.

 

Bien entendu, l’euro est dans le viseur de bon nombre de détracteurs, qui depuis 20 ans, considèrent qu’il est responsable de la vie chère. Or,  rappelons qu’après le choc pétrolier des années 70, l’inflation avait atteint un niveau bien plus élevé en France et en Europe. Aussi, la création du système monétaire européen puis l’introduction de la monnaie unique ont permis de contenir les soubresauts économiques. La Banque Centrale Européenne veille particulièrement à ce sujet.

Bien sûr, il faut expliquer pourquoi nous vivons une période aussi complexe. De 2002 à 2021, l’inflation n’a dépassé le seuil de 2,0 %, en moyenne sur une année, qu’à cinq reprises (2003, 2004, 2008 et 2011), avec des causes identifiées :  les variations des conditions climatiques (produits alimentaires frais, en 2003, 2004 et 2008), l’environnement géopolitique (produits pétroliers, en 2008 et 2011), des décisions de santé publique (tabac). C’est d’ailleurs ce qu’indique l’INSEE dans son enquête de février dernier. Ajoutons que l’inflation a quasiment stagné en 2009, 2015 et 2016, sous l’effet des cours internationaux des matières premières, notamment du pétrole.

Depuis, la crise sanitaire a bousculé en de nombreux domaines, les prix, la disponibilité et la valeur des biens et services. De même que la guerre russo-ukrainienne a créé des tensions internationales amplifiées par les sanctions économiques cependant indispensables à la préservation de la paix mondiale.

 

Bien entendu, la lutte contre l’inflation peut être menée. Le premier instrument consisterait en une politique budgétaire de l’Etat plus rigoureuse, en réduisant la dépense publique ou en intervenant face à l’insuffisance de l’offre. Mais l’Union européenne nous donne des standards à respecter car l’Etat ne peut pas tout. Il n’a surtout pas la possibilité d’intervenir dans tous les domaines. Ensuite, une hausse de la TVA n’est pas envisageable car elle entraînerait une baisse de la consommation, alors que nous cherchons à relancer.

De plus, puisque l’inflation touche tous les pays membres, la solution serait donc plutôt européenne. D’ailleurs, les autorités peuvent moduler le taux d’intérêt de sorte à réduire la masse monétaire en circulation. Certes, emprunter sera moins aisé du moins beaucoup plus cher mais l’épargne COVID étant si volumineuse, nous comprenons pourquoi dans certains cas, les établissements financiers demandent un apport personnel pour contracter un crédit. Enfin, la réponse à cette hausse généralisée de la vie peut être l’augmentation des salaires malgré le risque de créer une boucle inflationniste.

Voici donc un dossier qui va occuper le Président de la République et la future majorité à l’Assemblée Nationale. On entend déjà qu’il faudra des prix bloqués ou à défaut, une stabilité. Il sera complexe cependant de transiger avec la politique monétaire. Même en étant moins regardant, nous ne serions pas responsables :  le problème resurgirait sur les générations futures par la fuite en avant des déficits.

Il est venu l’heure en France où l’Etat doit faire des choix. Ce qui relève du régalien et ce qui n’en fait pas partie. De revoir l’organisation de nos collectivités en leur laissant plus d’autonomie à la condition de ne pas chevaucher les compétences ou les dédoubler. Et encore moins d’additionner les taxes locales en tout genre. La porte est étroite, surtout au moment où nos dirigeants ne souhaitent pas être à la fois irresponsables et impopulaires.

Problématique de la remontée des taux

Problématique de la  remontée des taux

 

Le resserrement monétaire à marche forcée annoncé par Jerome Powell, présidente de la Réserve fédérale, a fortement alimenté la flambée des taux américains estime un article des Échos.

 

 

Les investisseurs ont probablement sous estimé l’ampleur de la remontée des taux d’intérêt. Le rendement des Bons du Trésor américains à 10 ans, repère central pour les marchés mondiaux, s’est envolé ces derniers jours. A 1,50 % en début d’année, il a dépassé 2,80 % lundi soir, avant de refluer vers 2,70 % après des chiffres d’inflation élevés mais conformes aux attentes. Ils sont ainsi déjà au niveau auquel les voyaient les économistes à la fin de 2022. Tour d’horizon des principales questions posées par une telle remontée des taux.

1- Est-ce un changement d’ère sur les marchés ?

Cette remontée abrupte est au centre des préoccupations des investisseurs. Pour cause, la valorisation des actifs financiers correspond bien souvent à une actualisation des revenus futurs. Ainsi, lorsque les taux montent, les Bourses mondiales, la dette des pays émergents ou encore les obligations émises par les entreprises sont sous pression. « Le marché obligataire américain n’avait jamais subi une correction trimestrielle aussi forte. Entre janvier et mars, il a perdu 5,4 % », commente ainsi Franck Dixmier, responsable mondial de la gestion obligataire chez Allianz GI. Pour les professionnels de la finance, c’est un véritable changement de paradigme. Ils sont davantage habitués à évoluer dans un environnement de baisse des taux que de hausse. Surtout, ils naviguent dans le brouillard. L’inflation a des causes multiples. A l’excès de demande sur l’offre lié à la sortie de la crise sanitaire se sont ajoutés d’autres chocs inflationnistes difficiles à quantifier. « L’inflation des prix de l’énergie et des prix alimentaires devrait durer. Quant au passage de la mondialisation extrême à la régionalisation, il alimentera la hausse des prix », poursuit Franck Dixmier. De quoi expliquer le virage sur l’aile opéré par les banques centrales depuis la fin de l’année dernière.

2- Les banques centrales sont-elles condamnées à accélérer le mouvement face à la hausse de l’inflation ?

Le chiffre d’inflation aux Etats-Unis pour mars a de nouveau franchi un record , 8,5 % sur 12 mois. En Europe, il a également touché un plus haut historique, à 7,5 %. Les banques centrales n’ont donc guère le choix. En retard dans le combat contre la hausse des prix - en novembre dernier encore, elles présentaient l’inflation comme un phénomène transitoire - elles doivent frapper fort . La Réserve fédérale, notamment, affiche un ambitieux programme de hausse de ses taux directeurs. Ils devraient évoluer en fin d’année dans une fourchette de 1,75 %-2 % contre 0,25 %-0,50 % actuellement. Une vitesse quasiment jamais vue. Pourtant, souligne Stéphane Déo, directeur de la stratégie de marchés chez Ostrum, ce ne sera pas suffisant pour véritablement faire baisser l’inflation. Il faudrait pour cela que les taux de la Fed atteignent 9,8 %, ce qui aurait des conséquences lourdes pour l’économie. En zone euro, le mouvement est également engagé , mais il sera plus lent.

 

3- Quelle stratégie va adopter la Fed ?

Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, la Fed a montré sa volonté d’aller plus vite dans le resserrement de sa politique monétaire, déclenchant la récente flambée des taux américains. Pour les marchés, les jeux semblent faits. « Nous nous attendons à un relèvement de 50 points de base [au lieu de 25 pb habituellement, NDLR] lors de la réunion de mai, et d’autres hausses de la même ampleur en juin et éventuellement en juillet », anticipe Franck Dixmier. En parallèle elle devrait commencer à réduire son bilan , c’est-à-dire arrêter de réinvestir les montants issus des obligations de son portefeuille arrivées à échéance. Voire, si cela ne suffit pas, vendre des titres sur le marché. L’objectif est de retirer 1.100 milliards de dollars par an à un bilan qui a tutoyé les 9.000 milliards de dollars après la crise du Covid. Ce qui pourrait, à moyen terme, faire bondir le taux américain à 10 ans de 100 à 150 pb.

4- La Fed peut-elle durcir sa politique monétaire à un tel rythme sans faire dérailler la croissance ?

Pour tenter d’apaiser les tensions inflationnistes, la Réserve fédérale dispose de peu d’outils. Elle joue principalement sur le niveau des taux d’intérêt : plus ils sont élevés, plus il est difficile pour les entreprises et les ménages de se financer, ce qui pèse sur la demande finale. L’effet est indirect et prend du temps pour se refléter dans l’économie réelle. Pour la Fed, le chemin est étroit. Si elle va trop vite, elle pourrait causer une récession . Mais si elle n’en fait pas assez, l’inflation pourrait s’ancrer à un niveau durablement élevé alors que la croissance ralentirait fortement, avec le risque de se retrouver dans un contexte de « stagflation ». La Fed est bien consciente de ces dangers, mais sa priorité est aujourd’hui de combattre l’inflation. Les taux d’intérêt sont un « outil brutal » qui causera forcément des « dommages collatéraux », a ainsi reconnu Christopher Waller, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale américaine. S’il y a peu de doute que le resserrement de la politique monétaire américaine pèsera sur la croissance, le marché hésite encore entre anticiper un atterrissage en douceur ou une véritable récession.

5- Pourquoi les Bourses mondiales pourraient souffrir ?

Les marchés actions ont profité ces dernières années de la faiblesse des taux d’intérêt et de l’abondance des liquidités déversées dans le système financier via les programmes d’achat d’actifs des grandes banques centrales. Lorsque les taux sont faibles, les investisseurs ont tout intérêt à se reporter sur les actions. Les stratèges de marché parlent d’effet « TINA » : il n’y a pas d’alternative (There Is No Alternative). Avec la remontée des taux de rendement obligataires, les investisseurs pourraient revenir sur les obligations au détriment des actions. Un autre danger vient de la valorisation élevée des actions. Plus les taux sont bas, plus la valeur actuelle des profits futurs augmente. La baisse continue des taux ces dernières années a donc soutenu les cours des actions, en particulier des valeurs de croissance comme la tech.

6- Pourquoi la tech et le luxe souffrent plus que d’autres de la remontée des taux ?

A Wall Street, l’indice Nasdaq à forte coloration technologique a déjà chuté de 10 % cette année, ce qui correspond à plus de 1.000 milliards de dollars de capitalisation effacés. Si la remontée des taux se poursuit, cette correction pourrait s’accélérer. L’Europe boursière a un profil moins tourné vers la tech, mais elle n’est pas pour autant immunisée. Certains secteurs chèrement valorisés peuvent aussi souffrir de la hausse des taux, à commencer par le luxe, principal moteur de la Bourse de Paris.

7- Quelle contagion sur les taux européens ?

Depuis le début de l’année, les taux américains ont entraîné les taux européens dans leur sillage haussier. Pourtant, la situation de l’économie des deux côtés de l’Atlantique n’est pas la même. Notamment en ce qui concerne la nature de l’inflation, issue d’une surchauffe de l’économie domestique aux Etats-Unis, alors qu’elle est beaucoup plus « importée » en zone euro, car très liée à la flambée des prix de l’énergie. Mais c’est la conséquence du rôle central joué par le marché des Treasuries dans l’univers obligataire global. Par effet de contagion, les taux américains donnent le « la » aux autres taux. C’est le cas en Europe. « Dans le même temps, le rendement des Treasuries à 10 ans a progressé de 150 points de base, et celui des Bunds allemands de même maturité a grimpé de 90 points de base, soit une corrélation de 70 % », souligne Franck Dixmier.

8- Dans quelle mesure cela renchérit-il le financement des entreprises ?

Jugés sans risque, les taux d’emprunts des Etats constituent un plancher en dessous duquel les prêts aux sociétés ou les rendements des émissions obligataires « corporate » ne peuvent pas descendre. La flambée des rendements d’Etat va donc s’accompagner d’un renchérissement mécanique du financement pour les sociétés. En outre, un certain nombre d’investisseurs qui étaient allés chercher le rendement offert par les obligations d’entreprises dans un univers de taux souverains faibles vont à terme se détourner de ce marché pour revenir vers la dette d’Etat. Néanmoins, le péril n’est pas imminent. Les entreprises sont globalement saines et ont réussi à dégager de fortes marges. De plus, elles ont profité des conditions de financement exceptionnelles d’avant la hausse des taux pour renforcer leur trésorerie. Elles peuvent donc attendre plusieurs mois avant de se refinancer.

9- Quelle trajectoire pour le dollar en cas de remontée des taux ?

Le consensus des économistes et stratèges établi par l’agence Bloomberg anticipe un recul global du dollar cette année de 2,5 % à horizon de septembre et près de 4 % en fin d’année. L’euro, sous 1,09 dollar, grimperait à 1,12 dollar dans 5 mois et 1,13 fin 2022. La Réserve fédérale va certes remonter ses taux mais elle va courir derrière une inflation bien plus élevée, à 8,5 % en mars, qui va pénaliser la valeur du billet vert. Les marchés anticipent un relèvement des taux de la Fed de 225 points de base d’ici à la fin de l’année. « Aux Etats-Unis, la nouvelle génération, citoyens et décideurs, n’est pas prête à accepter un nouveau Paul Volcker [NDLR : le gouverneur de la Fed qui releva fortement les taux au début des années quatre-vingt pour lutter contre l'inflation]. Pour la Fed, une inflation de 8 % semble se décomposer en une composante structurelle à 3 % et une composante transitoire de 5 % », estime Stephen Jen, stratège chez Eurizon SLJ Capital. En 1994, le doublement des taux d’intérêt en 12 mois avait provoqué un krach obligataire retentissant et un plongeon du dollar. Une crise qui est restée dans toutes les mémoires et qui pourrait inciter la Fed à une certaine retenue.

La promotion de la problématique environnementale à l’école

 

La campagne présidentielle est passée à côté de la jeunesse et du défi climatique, dont l’urgence exige de revoir complètement la manière dont l’école l’aborde, estime, dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités, parmi lesquelles Jean Jouzel, Jean-Louis Etienne, Tristane Banon et Tony Parker, qui proposent un « décloisonnement radical » de l’approche des questions environnementales.

 

Tribune.

 

La campagne présidentielle ne mobilise pas les jeunes, qu’ils soient en âge de voter ou non. Mais a-t-elle vraiment cherché à le faire ? Et comment aurait-elle pu, le cas échéant, y parvenir ? La tâche est complexe, face à une multiplicité de défis interdépendants qu’il incombe à la jeunesse de relever.

L’urgence climatique et environnementale rebat toutes les cartes : les repères de la vie économique et sociale, nationale et internationale, les migrations, les modes de consommation, la citoyenneté, l’alimentation. Elle remet en question la perception du corps, la mobilité, la sexualité, les identités, les relations intergénérationnelles – d’une façon générale, les rapports à soi-même, aux autres, êtres humains comme êtres vivants.

Le défi est, à bien des égards, vertigineux, ce que confirme le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 4 avril. Sur une planète Terre, devenue comme menaçante à force de lancer des signaux de détresse, la jeunesse exprime, comme jamais elle ne l’avait fait jusqu’à présent, des inquiétudes collectives profondes, mais aussi une attention renouvelée à l’environnement.

Par où fallait-il commencer ? Comment redonner à notre jeunesse quelques étoiles dans les yeux ? Par l’école. Parce que sans elle on s’épuisera en vain à réguler des secteurs en transition, à la façon de Charlot dans Les Temps modernes, embringué dans une mécanique incontrôlable ; parce que le savoir et la pensée critiques sont les meilleurs guides face à des choix difficiles, pour éviter les fausses routes, les fantasmes, les peurs « collapsistes », les ostracismes et les violences ; parce que, comme la graphie le suggère, « écologie » commence par le mot « école ».

Le changement sera matriciel ou ne sera pas. Il doit être éveillé et naître dans les cerveaux des bâtisseurs de l’avenir, non pas comme une série de données abstraites ou d’actes automatiques, mais comme un mode d’appréhension sensible du monde. Ce n’est là ni plus ni moins que la vocation première de l’école : apporter les bons matériaux pour l’exercice de l’esprit critique et pour l’esprit tout court. Mais appliquée à la construction d’une citoyenneté du XXIe siècle, c’est une révolution copernicienne, parce que l’école ne relie pas spontanément les acquis fondamentaux au défi fondamental.

Nous faisons partie du vivant et, en ce sens, l’école doit enseigner la réalité et la richesse de ses relations symbiotiques. Elle doit permettre à chacun de trouver à s’insérer dans une société ouverte au monde, en dialogue avec lui. Elle doit viser à créer et à stimuler ces liens. Elle est une éducation politique en ce qu’elle est ouverte aux autres êtres vivants : elle doit enseigner et cultiver une politique du vivant !

 

Problématique climatique : l’incompréhension des politiques

Problématique climatique : l’incompréhension des politiques

 

Un papier de la Tribune fait le constat de l’incompréhension des politiques vis-à-vis de la problématique climatique. Reste que certaines analyses d’experts demeurent elles aussi assez partisanes et trop partielles.

 

Très peu abordée dans les médias pendant la campagne électorale, la question climatique est largement sous estimée par la plupart des candidats. Elle semble aussi être mal comprise. Les rares débats sur la transition écologique et énergétique se sont focalisés sur la place du nucléaire dans notre mix électrique, alors que la marge de manœuvre pour décarboner davantage notre économie se situe ailleurs. 

Alors que l’urgence climatique n’a jamais été aussi prégnante, la thématique demeure parfaitement invisible à seulement quatre jours du premier tour de l’élection présidentielle. Début février, pourtant, quelque 1.400 chercheurs de différentes disciplines tiraient déjà la sonnette d’alarme. Dans une tribune, ils s’inquiétaient de l’absence de débats démocratiques portant sur le climat, la biodiversité ou encore les pollutions et pressaient les candidats à s’exprimer sur ces sujets cruciaux.

Efforts vains. Le message n’a pas été entendu. Au plus fort de la campagne, le climat n’a représenté que 5% du temps médiatique, selon le baromètre de l’institut Onclusive (ex-Kantar), publié à la demande des quatre ONG de l’Affaire du Siècle.

Cette absence flagrante de débat autour de la transition écologique pendant la campagne électorale est d’autant plus déconcertante que le dernier rapport des experts du climat de l’ONU (GIEC), publié lundi 4 avril, exhorte justement à agir immédiatement. Le message est très clair : l’humanité dispose de moins de trois années pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre (GES), principales responsables du changement climatique, si elle veut conserver un monde vivable.

Ce texte, le troisième opus d’une publication initiée l’été dernier, est sans doute le plus politique car il se penche sur les stratégies et mesures concrètes à mettre en place pour transformer la société et l’économie. Il porte ainsi sur la transformation de nos modes de consommation, de production et de nos infrastructures.

Des programmes pas à la hauteur

Cet enjeu crucial, très peu de candidats à l’élection présidentielle s’en sont emparés.

« Seuls deux candidats, Yannick Jadot [Les écologistes, ndlr] et Jean-Luc Mélenchon [La France insoumise, ndlr], présentent des plans d’action détaillés et complets permettant une lutte efficace sur le changement climatique », estime Anne Bringault, coordinatrice en France des programmes de l’ONG environnementale Réseau Action Climat (RAC), qui a épluché les programmes des différents candidats à l’aune du climat.

« Dans le programme de Marine Le Pen, le mot climat n’apparaît qu’une seule fois. La candidate d’extrême droite propose même des mesures qui contribueront à augmenter les émissions de GES, comme rehausser la limitation de vitesse sur les routes », ajoute Anne Bringault.

Le groupe de réflexion The Shift Project est encore plus sévère que l’ONG. Selon son analyse (basée cette fois-ci sur la description, en quelques pages, par les candidats de leurs principales propositions pour décarboner la France), aucun d’entre eux ne propose une stratégie à la hauteur du danger de la crise climatique. Le think tank, présidé par le consultant pro-nucléaire Jean-Marc Jancovici, est catégorique : aucun aspirant n’expose une approche systémique, articulée, précise et chiffrée nécessaire à la transition écologique et énergétique. Transition encore plus cruciale à l’heure où la guerre en Ukraine souligne notre grande dépendance aux énergies fossiles, qui financent le régime de Vladimir Poutine.

Seuls Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Pécresse (LR) présentent une approche assez précise de certains enjeux majeurs, reconnaît néanmoins le centre de réflexion. La présentation d’Emmanuel Macron, envoyée hors délai, n’a pas été prise en compte dans le décryptage du Shift Project. Quant à son programme, l’association RAC dénonce sa pauvreté en la matière. « Il n’y a que quelques mesures très symboliques, mais qui ne sont pas du tout suffisantes pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre », estime Anne Bringault. Dans son programme, le président-candidat explique vouloir « planifier la transition écologique » et propose notamment la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires« une offre abordable de voitures électriques pour tous grâce à une filière 100% française » ou encore de rénover 700.000 logements par an.

De rares débats monopolisés par le nucléaire

Non seulement le climat est le grand oublié de cette campagne, mais c’est aussi un sujet mal compris de la plupart des candidats. En effet, les rares fois où les aspirants débattent de la question climatique, ces derniers se concentrent quasi exclusivement sur le nucléaire et la place qu’il pourrait occuper. Or, le nucléaire représente moins de 20% de l’énergie finale utilisée par les Français. Dans sa dernière publication, RTE (le gestionnaire du réseau de transport électrique) rappelle aussi que « maintenir durablement un grand parc nucléaire permet de décarboner massivement, mais est loin de suffire pour atteindre la neutralité carbone ».

« Philippe Poutou, par exemple, propose de sortir du nucléaire dans dix ans, mais pas des énergies fossiles. Cela montre bien le fort prisme du nucléaire », pointe Nicolas Goldberg, expert énergie chez Columbus Consulting.

Au-delà du clivage idéologique autour de l’atome, de nombreux professionnels regrettent que les discussions se focalisent sur la production électrique alors qu’elle est déjà très décarbonée (92% de la production électrique dans l’Hexagone est bas carbone, grâce au nucléaire, en grande partie, aux barrages hydrauliques et, dans une moindre mesure, aux parcs éoliens et solaires).

En revanche, la chaleur, utilisée dans le résidentiel et les process industriels, est très carbonée. 70% de sa production est réalisée à partir d’énergies fossiles. Elle représente 45% de notre consommation d’énergie finale, contre seulement 25% pour l’électricité

« Aujourd’hui, dans les débats, les candidats n’ont pas perçu l’importance de la chaleur ou encore celle des transports, qui fonctionnent à 90% à partir d’énergies fossiles. Ce sont des secteurs que l’on va pouvoir électrifier mais il y aura besoin de toutes les solutions », observe Alexandre Roesch, directeur général du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Les énergies renouvelables instrumentalisées

Et Anne Bringault, du Réseau action climat, de renchérir :

« Il y a une grande méconnaissance des [personnalités, ndlr] politiques sur l’origine des gaz à effet de serre et des actions à mener ».

Autre illustration de cette méconnaissance : les énergies renouvelables.  »Elles sont évoquées par les candidats dans leurs discours, mais souvent en mal », soulève Nicolas Goldberg. Or, le dernier rapport du Giec est sans équivoque : les technologies solaires et éoliennes seront efficaces et peu chères pour décarboner, leur coût ayant chuté de 85% depuis 2010.

« Le moratoire sur l’éolien était réservé à Marine Le Pen en 2017. Désormais, l’extrême droite souhaite carrément démanteler les éoliennes existantes et Marine Le Pen franchit un cap en proposant un moratoire sur le solaire. On voit très bien à quel point l’énergie peut correspondre à un positionnement plus politique que climatique », observe le consultant.

La sobriété encore trop taboue

Dernière lacune dans les rares discours sur le climat : la question de la sobriété énergétique. « Certains politiques ont commencé à prononcer ce mot alors qu’il était complètement tabou il y a encore peu de temps », note la militante écologiste.

Selon Nicolas Goldberg, historiquement, l’énergie a toujours été pensée sous le prisme de la sécurité de l’approvisionnement énergétique, avec pour principal objectif la diversification des sources d’approvisionnement. Désormais,  »la meilleure sécurité d’approvisionnement du système énergétique, c’est d’en avoir moins besoin, explique-t-il. La sobriété est un mot très amish, mais nous ne pouvons pas résumer la sobriété à des actes moraux et individuels. Il faut une offre publique de sobriété », poursuit-il.

Cette politique publique de sobriété correspond au développement des transports en commun, à l’aménagement du territoire, au plan vélo, à l’obligation d’utiliser des thermostats ou encore à l’interdiction des terrasses chauffées. Elle est au cœur du troisième volet du rapport du Giec.

« Sur la question des véhicules, par exemple, il est extrêmement frappant lorsqu’on entre chez un concessionnaire automobile de constater qu’il est impossible de trouver une voiture neuve légère. Les rendements des moteurs thermiques s’améliorent, mais le poids des véhicules augmente. Il y a un manque de régulation pour diminuer leur poids », regrette Nicolas Goldberg.

« Jusqu’à présent, les politiques se sont concentrées sur des incitations, parfois peu lisibles, mais utilisent très peu la contrainte. À un moment donné, il faut avoir la carotte et le bâton », abonde l’expert en énergie. Selon lui, il est urgent « de jouer sur la demande », comme le recommande le dernier rapport du Giec,  »tout en préservant des cadres de vie souhaitables ». Un défi complexe auquel les politiques n’ont plus le choix que de s’y confronter.

Juliette Raynal

Problématique environnementale : un double enterrement

Problématique environnementale : un double enterrement

 

Paradoxalement la cause environnementale aura presque disparu de la campagne électorale présidentielle française. En cause, sans doute d’abord la crise en Ukraine qui va remettre au centre des préoccupations la compétitivité souvent au détriment de la qualité de l’environnement. En outre, une crise qui va durer peut-être des mois et même des années avec des effets négatifs sur l’inflation et plus généralement sur l’environnement. Non seulement la croissance sera remise en question au plan mondial mais son contenu productiviste et gaspilleur sera encouragé pour  compenser la hausse des coûts.

Mais il s’agit d’un double enterrement, celui évoqué par la guerre menée par la Russie mais tout autant sans doute par l’incohérence totale du parti Europe écologie les Verts qui a démontré toutes ses limites et ses contradictions et d’une certaine manière a largement discrédité la cause environnementale. La plupart des dirigeants d’Europe écologie les Verts sont d’ailleurs plus proches politiquement des communistes ou  de Mélenchon que d’un parti réellement écolo. Et ne parlons pas des délires des gauchistes de culture woke; Sandrine Rousseau illustrant jusqu’à la caricature l’extrémisme d’Europe écologie les Verts dans tous les domaines : économique, écologique, social et sociétal. On objectera que chaque partie assez folle ( ou ses) exemples Morano pour les républicains, Ségolène Royal pour le parti socialiste ou encore Taubira pour la gauche bobo. N’empêche qu’avec un score d’environ 5 % le représentant politique des écolos renvoie la cause environnementale à beaucoup plus tard : au moins cinq ans sinon plus! Heureusement cette cause est sans doute mieux servie par des écologistes indépendants des doctrines extrémistes gauchistes

La problématique du pouvoir d’achat

La problématique du pouvoir d’achat

 

L’économiste Jérôme Mathis observe, dans une tribune au « Monde », que l’escalade des mesures pour « sauver » le pouvoir d’achat dissimule la nécessité d’un débat de fond sur notre façon de produire et de consommer.

 

 

Tribune. 
Les sondages indiquent que le pouvoir d’achat est devenu la première préoccupation des Français. Parmi les personnes qui expriment cette inquiétude, on trouve tout type de profil, du cadre qui renonce à offrir des vacances de ski à ses enfants au chômeur de longue durée qui éprouve des fins de mois difficile, au point de procéder à des arbitrages sur des biens de consommation courante.En réponse, nombre de candidats à la présidentielle se lancent dans un festival de surenchère électorale (doublement de la rémunération des enseignants pour Anne Hidalgo ; hausse de tous les salaires net inférieurs à 3 000 euros pour Valérie Pécresse ; revalorisation du smic à 1 500 euros net pour Yannick Jadot ; allocation de 1 000 euros pour les étudiants et les jeunes et relèvement des retraites à 1 400 euros minimum pour Jean-Luc Mélenchon ; baisse de la TVA sur les carburants, le fuel et l’électricité et remboursement des péages pour Marine Le Pen ; bourse de 10 000 euros aux nouveau-nés de la France rurale pour Eric Zemmour…).

La problématique du pouvoir d’achat est particulièrement complexe parce qu’elle lie plusieurs variables macroéconomiques. A commencer par l’inflation, qui, selon les prévisions de la Banque de France, sera de 2,5 % cette année et de 1,5 % les deux années suivantes. Promettre une hausse du pouvoir d’achat équivaut donc à s’engager au cours des trois prochaines années à hisser le revenu des Français d’au moins 5,5 %, ne serait-ce que pour contrer les effets de l’inflation.

L’impôt et les cotisations sociales jouent aussi un rôle. Certains candidats appellent à un allégement fiscal en vue d’augmenter le revenu disponible des ménages. Cela occulte la trajectoire récente de notre économie. A présent que la crise de la Covid-19 s’éloigne, nous sommes censés renflouer les caisses de l’Etat, qui ont largement financé le filet de protection sociale déployé pour amortir la chute de l’économie. Y renoncer pourrait menacer notre capacité à absorber un choc futur et, en tout état de cause, ne ferait qu’alourdir la dette publique qui pèse sur les épaules des jeunes générations.

Les salaires sont également au centre de l’attention. Le réflexe naturel est de vouloir les augmenter, en particulier les plus modestes. Il convient toutefois de ne pas renchérir le coût du travail. Car, selon l’Observatoire des inégalités, la première cause de pauvreté dans notre pays est le manque d’emploi. Revaloriser le smic améliore le quotidien des personnes peu qualifiées qui occupent actuellement un emploi, mais pénalise celles qui sont au chômage.

Former les élites à la problématique de la recherche

Former les élites à la problématique de la recherche

 

 

A l’occasion de l’ouverture du nouvel Institut national du service public, le 1er janvier, l’universitaire Elyès Jouini plaide, dans une tribune au « Monde », pour la formation des hauts fonctionnaires par la recherche.

 

Tribune. 

 

En Allemagne, une grande partie des élites est formée par la recherche : 40 % des titulaires de doctorat œuvrent notamment dans l’administration publique (hors enseignement et recherche). Ils ont consacré plusieurs années à des recherches approfondies, apportant modestement leur pierre à l’édifice des connaissances, avant de s’engager dans l’action publique et, pour certains, d’y accéder aux plus hautes responsabilités. Ainsi, Angela Merkel et Helmut Kohl étaient tous deux titulaires d’un doctorat : la première, scientifique, en chimie ; le second, littéraire, en histoire.

La situation est toute différente en France, où seulement 10 % des docteurs formés s’orientent vers la fonction publique, avec, au total, dans la haute administration, sept fois moins de titulaires d’un doctorat qu’en Allemagne.

Les conséquences sont importantes. On ne s’étonnera pas que les décideurs publics français, plus éloignés du monde de la recherche, accordent moins de valeur à la démarche scientifique au sens large que leurs homologues allemands. L’investissement public dans la recherche est, de fait, d’un montant de 20 % plus élevé en Allemagne qu’en France.

La formation par la recherche modifie par ailleurs l’approche des problèmes. Après trois à cinq ans de travaux à la pointe des connaissances, le docteur sait que les savoirs ne sont jamais définitifs. Il sait qu’il doit veiller à recueillir les meilleures expertises, les confronter entre elles et à la réalité. Il sait qu’à un problème donné il peut y avoir plusieurs solutions, et qu’une solution peut être la source de nouveaux questionnements.

L’administration gagnerait beaucoup à accueillir en son sein des hauts fonctionnaires formés à cette école de l’humilité, aux côtés des profils classiques, sélectionnés via les filières traditionnelles pour leur vélocité à résoudre des problèmes pourvus d’une solution déjà connue, et le plus souvent unique.

La haute fonction publique française trouverait également, ainsi, des personnels capables de jouer un rôle de passeur entre le monde de la recherche scientifique et celui des décideurs, rôle crucial dans une période où les politiques sont sommés de prendre des décisions dans des domaines complexes et mouvants : gestion de pandémie, choix énergétiques, régulation des réseaux, etc.

Le faible nombre de hauts fonctionnaires capables aujourd’hui de décrypter et de synthétiser les recherches les plus récentes dans l’entourage immédiat des politiques peut conduire ces derniers à s’appuyer sur des informations dépassées, ou parcellaires, voire à en tirer de fausses certitudes. Et en période de fortes turbulences, le grand public, ballotté de décision en décision, parfois contradictoires en apparence, en arrive à rejeter l’ensemble des mesures proposées.

Trop d’ignorance dans l’opinion de la problématique scientifique

Trop d’ignorance dans l’opinion de la problématique scientifique

 

La formation à la méthode scientifique reste largement élitaire et l’école n’est pas assez formatée en ce sens aujourd’hui, déplore, dans une tribune au « Monde », Yves Charpak, médecin spécialiste en santé publique et président de la Fondation Charpak, l’esprit des sciences.

 

Tribune.

 

 Il y a trois ans, le directeur de l’institut italien équivalent de notre Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) démissionnait, en raison « du rejet de la connaissance scientifique » par son gouvernement : des ministres s’étaient permis, face à des résultats scientifiques, de dire « je n’y crois pas » en se dispensant d’argumenter. Cela concernait l’efficacité des vaccins, avant même notre actuelle pandémie de Covid-19. Cette histoire révélait déjà une crise de l’autorité scientifique, aggravée aujourd’hui ! Si un esprit des sciences existe, force est de constater qu’il est loin d’être partagé.

Il y a un esprit des lois, un esprit des Lumières… mais qu’est-ce que l’esprit des sciences ? Peut-on dire que c’est ce qui est propre à la science, ce qui la constitue dans sa singularité ?

L’esprit des sciences, c’est un rapport concret au monde, fait d’enthousiasme et de vigilance attentive, de rigueur et de curiosité, de défiance à l’égard des formes trop académiques de la pensée, de liberté, de tâtonnements et d’incertitudes partagées. L’esprit des sciences, enfin, procède de la volonté de comprendre et de faire comprendre.

Avant la pandémie, déjà, la valeur accordée au temps de la réflexion baissait à mesure qu’était valorisée la performance. D’où l’affrontement de deux temporalités : le héros était rapide, c’était l’homme du coup d’éclat. Repoussé dans l’ombre, celui qui choisissait le temps long et la voie patiente et prudente de la science. La situation sanitaire a ajouté du trouble. Les spécialistes et les scientifiques sont omniprésents dans les médias. Mais l’un des effets indésirables, sans être le seul, de cette visibilité pourrait bien être que le non-initié croie pouvoir se dispenser de chercher à comprendre. Le savant détient la vérité, suivons-le, ne perdons pas notre temps à reconstituer les raisonnements qui l’ont conduit.

Mythe du génie

Le paradoxe est le suivant : jamais les scientifiques ne se sont autant exposés – à travers livres, journaux, émissions de vulgarisation scientifique – et, pourtant, la distance entre leur savoir et la population, jusqu’aux décideurs, demeure toujours incommensurable. Le mythe du génie, la confiance dans « ceux qui savent », tout cela conduit à la même attitude du non-initié que celle qui prévaut dans un régime de croyance aveugle : à la suspension volontaire du jugement.

Du coup, le fossé existe toujours aujourd’hui entre, d’un côté, la science et les chercheurs et, de l’autre, la société. Car on a fait de la science une activité distincte du reste de la société, avec des citoyens dotés d’un cerveau particulier et chargés de produire la science dont on a besoin. Pour faire image, c’est un peu comme si ne pas être un sportif professionnel justifiait de ne pas apprendre à marcher, à courir, à nager, à faire du vélo.

Présidentielle 2022: L’ignorance de la problématique économique !

Présidentielle 2022: L’ignorance de la problématique économique !

 

Les économistes Hippolyte d’Albis, Françoise Benhamou et André Cartapanis expliquent, dans une tribune au « Monde », pourquoi les propositions des candidats à l’Elysée négligent la substance économique.

 

Tribune.  

 

La campagne électorale pour la présidentielle de 2022, à peine amorcée, devrait aborder les nombreux défis qui attendent l’économie française, avec des propositions alternatives, de droite, du centre ou de gauche, soumises au jeu démocratique. Les premières mesures annoncées ne sont pas toutes dénuées de sens économique, mais leur efficacité éventuelle n’est guère argumentée ou se trouve simplement sous-entendue.

Surtout, on ne saurait voir dans ces premières propositions l’amorce de véritables stratégies de transition et d’adaptation de l’économie française, tout à la fois hiérarchisées sous l’angle des cibles visées, affichant clairement les critères normatifs qui les fondent, déclinant les politiques publiques de nature à assurer leur réussite, et précisant leur calendrier de mise en œuvre, leur efficacité escomptée, les obstacles à surmonter… Non, ce sont le plus souvent des marqueurs politiques faciles à mémoriser pour les électeurs. Ce sont des mesures hétéroclites de nature à séduire les pans les plus hésitants de l’électorat, mais dont la cohérence d’ensemble est douteuse, faisant assez peu appel aux raisonnements économiques, aux enseignements des expériences passées ou observées à l’étranger. D’où le risque d’un nouveau rendez-vous manqué entre les économistes et les politiques.

Cette préoccupation ne concerne pas seulement la France. Tout récemment, Alan Blinder, professeur d’économie à Princeton et ancien conseiller économique du président Bill Clinton, proposait à ce sujet sa « théorie du réverbère » de la politique économique : les professionnels de la politique utiliseraient les économistes comme un homme aviné face à un réverbère ; pour disposer d’un soutien ou d’un appui, et non pas pour bénéficier de l’éclairage et pour se diriger (« The Lamppost Theory of Economic Policy », Alan Blinder, Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 163, n° 3, septembre 2019). Et Dani Rodrik a démontré empiriquement, en s’appuyant sur le cas américain, que les idéologies, les discours identitaires et l’affirmation d’une vision du monde se substituent aux promesses économiques dans l’offre politique (« Economic Interests, Worldviews, and Identities : Theory and Evidence on Ideational Politics »Elliott Ash, Sharun Mukand, Dani Rodrik, NBER Working Papers Series, n° 29474, novembre 2021). La France n’y échappe pas.

Court et long terme

Les limites des programmes économiques des politiques au regard de l’expertise des économistes s’expliquent aisément. Les économistes et les politiques ne raisonnent pas de la même manière. Au calcul abstrait, déductif, innervé de données statistiques, de l’économiste, sous des formes complexes et souvent ennuyeuses, se substitue chez le politique un discours qui doit emporter l’adhésion, souvent en s’éloignant de la rigueur formelle ou en jouant avec les faits. Les économistes s’intéressent aux effets d’une mesure fiscale, d’un accord commercial, d’une hausse du salaire minimal sur la croissance et le bien-être collectif, certes en négligeant les inégalités induites. Les politiques privilégient leurs clientèles électorales et les intérêts particuliers qui en découlent. C’est un lieu commun que d’affirmer que les politiques ont un horizon temporel court, jusqu’à la prochaine élection.

 

A la présidentielle 2022: L’ignorance de la problématique économique !

A la présidentielle 2022: L’ignorance de la problématique économique !

 

Les économistes Hippolyte d’Albis, Françoise Benhamou et André Cartapanis expliquent, dans une tribune au « Monde », pourquoi les propositions des candidats à l’Elysée négligent la substance économique.

 

Tribune. 

 

La campagne électorale pour la présidentielle de 2022, à peine amorcée, devrait aborder les nombreux défis qui attendent l’économie française, avec des propositions alternatives, de droite, du centre ou de gauche, soumises au jeu démocratique. Les premières mesures annoncées ne sont pas toutes dénuées de sens économique, mais leur efficacité éventuelle n’est guère argumentée ou se trouve simplement sous-entendue.

Surtout, on ne saurait voir dans ces premières propositions l’amorce de véritables stratégies de transition et d’adaptation de l’économie française, tout à la fois hiérarchisées sous l’angle des cibles visées, affichant clairement les critères normatifs qui les fondent, déclinant les politiques publiques de nature à assurer leur réussite, et précisant leur calendrier de mise en œuvre, leur efficacité escomptée, les obstacles à surmonter… Non, ce sont le plus souvent des marqueurs politiques faciles à mémoriser pour les électeurs. Ce sont des mesures hétéroclites de nature à séduire les pans les plus hésitants de l’électorat, mais dont la cohérence d’ensemble est douteuse, faisant assez peu appel aux raisonnements économiques, aux enseignements des expériences passées ou observées à l’étranger. D’où le risque d’un nouveau rendez-vous manqué entre les économistes et les politiques.

Cette préoccupation ne concerne pas seulement la France. Tout récemment, Alan Blinder, professeur d’économie à Princeton et ancien conseiller économique du président Bill Clinton, proposait à ce sujet sa « théorie du réverbère » de la politique économique : les professionnels de la politique utiliseraient les économistes comme un homme aviné face à un réverbère ; pour disposer d’un soutien ou d’un appui, et non pas pour bénéficier de l’éclairage et pour se diriger (« The Lamppost Theory of Economic Policy », Alan Blinder, Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 163, n° 3, septembre 2019). Et Dani Rodrik a démontré empiriquement, en s’appuyant sur le cas américain, que les idéologies, les discours identitaires et l’affirmation d’une vision du monde se substituent aux promesses économiques dans l’offre politique (« Economic Interests, Worldviews, and Identities : Theory and Evidence on Ideational Politics »Elliott Ash, Sharun Mukand, Dani Rodrik, NBER Working Papers Series, n° 29474, novembre 2021). La France n’y échappe pas.

Court et long terme

Les limites des programmes économiques des politiques au regard de l’expertise des économistes s’expliquent aisément. Les économistes et les politiques ne raisonnent pas de la même manière. Au calcul abstrait, déductif, innervé de données statistiques, de l’économiste, sous des formes complexes et souvent ennuyeuses, se substitue chez le politique un discours qui doit emporter l’adhésion, souvent en s’éloignant de la rigueur formelle ou en jouant avec les faits. Les économistes s’intéressent aux effets d’une mesure fiscale, d’un accord commercial, d’une hausse du salaire minimal sur la croissance et le bien-être collectif, certes en négligeant les inégalités induites. Les politiques privilégient leurs clientèles électorales et les intérêts particuliers qui en découlent. C’est un lieu commun que d’affirmer que les politiques ont un horizon temporel court, jusqu’à la prochaine élection.

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