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Electricité: premières baisses de consommation


Electricité: premières baisses de consommation


La hausse considérable des prix constitue une contrainte majeure qui favorise les premières baisses de consommation constatée en France.

Une baisse de la consommation d’électricité et de gaz est constatée par rapport aux années qui ont précédé la pandémie. Cette diminution serait principalement due au secteur industriel qui est plus économe en énergie depuis quelques années. « 4576 GigaWatt consommés en octobre 2014, 3 654 cette année. C’est une baisse de 15 % par rapport à la moyenne des années avant Covid. Elles ont aussi consommé 13 % de gaz de moins que l’an dernier », révèle la journaliste Sandrine Feydel.
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Cependant, cette baisse ne serait pas la conséquence d’un effort dû à la sobriété énergétique, mais elle s’expliquerait simplement par des prix plus élevés qui poussent les entreprises à faire des économies. « Certaines entreprises, comme Arc ou encore Duralex, ont dû arrêter leur production, voire mis des salariés au chômage partiel », illustre Sandrine Feydel. En ce qui concerne les particuliers, il est encore trop tôt pour établir un constat. La journaliste explique : « Les Français ont certes consommé peu d’électricité et beaucoup moins de gaz, mais d’abord à cause des températures élevées. (…) Octobre 2022 a été le mois d’octobre le plus chaud jamais enregistré en France. » Les premiers bilans pourront être dressés dans les prochains mois.

Climat de guerre : l’enjeu des matières premières

Climat de guerre : l’enjeu des matières premières

Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources Évoque l’enjeu économique et politique des matières premières dans un climat de guerre *

En général, avant la guerre, les dirigeants des nations s’y préparent. Ils ont réfléchi l’impensable lorsqu’ils ont construit leur Doctrine Ressources Naturelles. Ils ont sécurisé des accès soutenables sur le long terme à des matières premières, des ressources locales ou bien émanant de pays proches et amis. C’est-à-dire qu’ils auront remplacé la logique financière de la gestion de stocks du « juste à temps » par une logistique de sécurité du « en cas de ». C’est ce que fit la Russie, alors que, hélas, l’Europe n’a pas entendu ce message. C’est pourquoi, parce que cette rationalité sécuritaire semble un fruit politique facile à atteindre, elle fascine les extrêmes dans nos démocraties, alors que son chemin est au contraire complexe.

Cette étape franchie, c’est pendant la guerre qu’apparaissent les ressources naturelles de guerre. La transformation d’une ressource naturelle en commodities de guerre est à rapprocher de la psychologie des dirigeants. La guerre en Ukraine voyait le gaz naturel russe pris en otage par le conflit et devenir une commodities de guerre parce qu’il finance la Russie. Le gaz est abondant, ce choix est donc politique et non pas géologique. De fait, dans un conflit, toutes les ressources deviennent stratégiques, car politiques. La criticité géologique passe au second plan.
Inversement, d’autres matières remarquables n’ont pas été choisies. Pulvérisant une nouvelle fois l’infox des « métaux rares », aucun métal n’est « de guerre ». Bien au contraire, au plus fort de l’offensive russe, sans sanctions ni embargo, les importations de nickel et d’aluminium d’origine russe ont continué de croître de mars à juin 2022 par rapport à 2021 de respectivement 22 % et 13 % en Europe et de 21 % et 70 % aux États-Unis.

Plus précisément, ces choix politiques sont également liés à la valeur d’encombrement physique (VEP) de la matière première. C’est-à-dire que plus les coûts d’extraction, de logistique et de cession sont minimes et aisés, plus la VEP de la ressource est basse et meilleure sera son rendement pour financer le conflit. Pour la Russie, la VEP du gaz est très basse. C’est pourquoi les sabotages des gazoducs North Stream 1 & 2 n’étaient pas dans l’intérêt de Moscou. Sinon il fallait également saboter les gazoducs terrestres qui traversent toujours l’Ukraine et la Biélorussie. Toutefois, ces sabotages sont une réponse aux bombardements et occupations des centrales nucléaires ukrainiennes.

Plus généralement, les meilleures commodities de guerre sont les titres de propriété de l’immobilier que le vainqueur s’accapare lorsqu’il prend une cité. Cette VEP est quasi nulle, car ce n’est qu’un papier qui peut être créé, annulé et recréé à l’infini sans aucun coût. Le vainqueur de la guerre peut l’utiliser pour vendre ou louer ces propriétés alors que ces dernières peuvent être occupées par le propriétaire historique ; il peut aussi les donner pour récompenser ou payer ses soldats. Le nord de l’Irak et l’est de la Syrie ont été les récents témoins de ces pratiques.
Le financement de conflits en Afrique de l’Ouest par les diamants de sang s’expliquait également par des VEP très faibles, tant ils se transportaient et s’échangeaient avec facilité.
Les biens archéologiques du Moyen-Orient, les minéraux de l’est de la République Démocratique du Congo, le pétrole, le gaz naturel ou certaines cultures (opium, coca) ont un VEP plus élevé. Leurs trafics peuvent rapidement s’encombrer.

Enfin, les espèces animales aussi bien que végétales (bois précieux, blé) ont le degré de VEP encore plus élevé, comme l’ont démontré les exportations de blé ukrainiens.
Pour se financer et s’auto-récompenser, la milice Wagner aura largement utilisé ce concept de commodities de guerre sous toutes ses palettes.
L’existence de plusieurs traités internationaux

Afin de contrer ces trafics, la communauté internationale a forgé des traités internationaux, notamment le processus de Kimberley pour les diamants ; l’Unidroit pour l’archéologie ; IETI, l’Ocde, Dodd-Franck act, TinSCi pour les minéraux et l’énergie ; le Cites et le Flegt pour les espèces animales et végétales. L’exception reste le trafic des titres de propriété immobiliers. Aucun traité international n’a été avancé pour l’enrayer et l’on en comprend la difficulté d’application face à l’exemple d’une reconstruction de Marioupol par la Russie. Quid de la continuité des droits de propriété entre des habitations ukrainiennes détruites et de nouvelles habitations russophiles reconstruites sur leurs anciennes fondations ? Question plus épineuse entre propriétés privées et publiques, quid de la continuité des droits de propriété si les fondations d’immeubles ukrainiens détruits deviennent des rues et de nouveaux immeubles russophiles sont édifiés en lieu et place d’anciennes rues ? Sur quelle base légale les occupants deviendraient-ils propriétaires ou locataires de ces lieux ?
Concluons par une rapide vision des prix des matières premières pendant la guerre.

L’impact des conflits est maximal sur les prix lorsque l’affrontement est global et qu’il n’avait pas été prévu. Il sera plus modéré si le combat était imprévu, mais local et quasiment nul s’il était prévu et régional.

Pendant la guerre 14-18, qui, selon notre classification, était imprévue et mondiale, les prix agricoles (grains, viande, autres) et des métaux flambaient. En moyenne, les prix de l’aluminium et du blé étaient multipliés par 3, la viande ou le sucre par 2,5, mais le pétrole n’augmentait que de 50 %. Pendant la Seconde Guerre mondiale, globale, mais anticipée, l’impact inflationniste était moindre . Les prix du blé et de la viande connaissaient une hausse supérieure à 100 %, les prix de l’énergie et des métaux étaient sous contrôle. Pendant la guerre de Corée, l’inflation était inférieure à 50 % pour les matières les plus impactées. Les guerres et tensions régionales du Vietnam ou du Moyen-Orient avaient un effet prix encore moins important. Pour mémoire, le choc pétrolier de 1973 avait provoqué une hausse des prix du brut de 3 à 18 dollars, les crises économiques ou climatiques ont des impacts inflationnistes supérieurs à ceux des guerres.
Le conflit en Ukraine est régional et non pas global, il était prévu, selon la CIA, mais imprévu en Europe. Son effet sur les prix devait donc être modéré.

En effet, après trois mois de spéculation inflationniste au printemps, au maximum de la crise, seuls les prix du gaz ont connu un pic supérieur à 150 %. L’inflation du blé a très brièvement dépassé les 40 % et le pétrole les 30 %. C’est peu de chose par rapport aux guerres passées. En outre, les autres ressources naturelles ont au pire été cantonnées entre 2 % et 15 %. Depuis l’été et jusqu’à l’écriture de ces lignes, 9 mois après l’invasion russe, les marchés des matières premières ont totalement digéré la guerre.

Le prix du cuivre est 17 % en dessous de ceux du 24 février 2022, l’aluminium à -35 %, l’or à -13 %, le pétrole -8 %. Les prix des deux commodities de guerre, blé et gaz, sont désormais respectivement -10 % et -13 % sous les prix du 24 février.

Tous ces éléments militent pour une inflation revenant vers des niveaux d’avant-guerre. Logiquement, tant que les prix du gaz seront bas, cette direction déflationniste sera confortée si, au lieu de consommer ses stocks, l’Europe répond à ses besoins gaziers par des achats au fil de l’eau, préservant ainsi le plus possible ses réserves de gaz pour l’hiver 2023-2024.
Au final, au fur et à mesure des guerres depuis le premier conflit mondial de 14-18, les prix des matières premières ont appris à vivre avec les conflits et les effets inflationnistes de ces derniers n’ont cessé de s’amenuiser depuis un siècle. La cause ? Sans aucun doute la fluidité des flux déflationnistes des ressources naturelles apportée par la mondialisation.

Justement, puisque le conflit russo-ukrainien pourrait être le dernier de la mondialisation si celle-ci continue d’être remise en cause par la recherche de souveraineté, il est utile de se préparer aux conflits de souveraineté économique de demain.

C’est-à-dire envisager des embargos de matières premières en retour d’actions belliqueuses. Des sanctions sur telles ou telles matières entraîneront d’autres sanctions sur d’autres éléments. Les exemples les plus évidents sont entre minéraux et circuits intégrés et entre énergie et agriculture. C’est pourquoi, c’est avant la guerre que les dirigeants des nations doivent élaborer des Doctrines Ressources Naturelles dominées par quelque chose qu’ils n’aiment pas : la surprise et l’impensable.
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(*) Ce texte est issu d’une lecture prononcée à la conférence 2022 de l’Association Internationale de Développement du Chrome.

Réindustrialisation : Faire de l’inflation des matières premières une opportunité

Réindustrialisation : Faire de l’inflation des matières premières une opportunité

Le contexte inflationniste repose l’équation de la rentabilité. Surtout, ses incidences sur le coût de l’énergie et des approvisionnements ouvrent de nouvelles opportunités pour les PME et ETI : en révisant leurs plans directeurs, elles ont une carte gagnante à jouer à condition de miser sur l’investissement de leurs outils de production. Par Jacques Schaffnit, operating partner chez I&S Adviser.(dans la Tribune)

Indubitablement, les matières premières et l’énergie sont les deux préoccupations centrales des PME et ETI du secteur industriel en ce début d’automne. Et les prévisionnistes s’accordent sur un point : aucun de ces coûts ne reviendra à son niveau d’avant crise à court terme, lié à un phénomène non de pic, mais de plateau qui se ré-élève mois après mois. Par conséquent, les dirigeants d’entreprises industrielles n’ont pas d’autre choix que de retravailler leur plan directeur d’usine à 5 ans. Avec comme objectif de se réinventer.
Les nouveaux paramètres des plans directeurs à 5 ans.

Face à la nouvelle donne de 2022, et, quel que soit le type d’activité industrielle, le plInflation des matières premières, unean directeur doit revoir l’ensemble des coûts et intégrer de nouveaux paramètres : en premier lieu l’inflation qui va peser sur les dépenses à court et à moyen terme ; ainsi que les démarches concourant à faire des économies d’énergie et à décarboner les activités.
Pour cela, un seul mot d’ordre : relancer les investissements. Non seulement ces investissements sont indispensables, mais surtout ils sont devenus inévitables et ne peuvent plus être reportés. Trop d’équipements de production dans les PME sont en effet énergivores et à l’origine de gaspillages. Les industriels doivent profiter de ce momentum pour réaliser les investissements qu’ils n’ont pas faits jusque-là.

La première difficulté pour passer à l’action est de changer la façon dont les dirigeants de PME-PMI préparent et gèrent le développement de leurs activités.
Beaucoup vont notamment devoir accepter de consentir à des dépenses supérieures à celles qu’ils ont l’habitude de s’autoriser en temps de tension économique. Ce qu’ils doivent avant tout percevoir, c’est que c’est non seulement possible, mais aussi qu’ils en sortiront gagnants.
Tout d’abord, investir dans ses usines et ses équipements de production permet des gains et qui plus est, des gains immédiats : baisse de la consommation d’énergie, donc de la facture d’électricité et/ou de gaz ; maintien, voire augmentation de la productivité ; diminution des rebuts grâce aux performances améliorées des machines – ce qui permet de consommer (et donc d’acheter) moins de matières. Par exemple, le dirigeant peut changer ou effectuer des travaux sur ses systèmes de chauffage et d’isolation de ses bâtiments, ajuster sa flotte automobile ou encore remplacer les machines

De plus, il faut distinguer rentabilité industrielle et rentabilité financière. En investissant maintenant, le dirigeant se donne les moyens d’absorber le risque et les hausses prévisibles qui vont peser sur le résultat opérationnel de son entreprise à moyen terme. En effet, l’inflation et les économies permises par les investissements changent le calcul de rentabilité. Si jusque-là, le payback était relativement long à obtenir, ce n’est plus le cas depuis mi-2022 – il est parfois même obtenu en 2 fois moins de temps dans certains cas observés (en passant de 5 ans à 2 ans et demi). Au bout du compte, l’investissement s’avère rentable à court terme et à moyen terme.

La seconde difficulté pour les dirigeants de PME-PMI est celle du cash disponible – et donc l’épineuse question de la capacité financière de l’entreprise à investir. Soit l’entreprise a la trésorerie suffisante et dans ce cas, son défi est avant tout d’oser avancer. Soit elle ne l’a pas et s’offre alors à elle différentes options à étudier.
Elle peut par exemple trouver un équilibre intéressant dans les offres de leasing d’équipements de production et matériels d’entreprise proposées par les établissements financiers. Dans ce cas, il y a fort à parier que le gain productif généré avec les nouveaux équipements sera supérieur aux économies réalisées (en premier lieu sur la facture d’énergie), ce qui rend pertinent le modèle de financement des investissements inscrits dans le plan directeur. La PME-PMI aura de surcroît le choix de garder ou non en fin de période les équipements acquis en leasing en se basant sur les bénéfices constatés.
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La crise énergétique et les tensions sur les matières premières peuvent au bout du compte devenir des vecteurs de réindustrialisation et de modernisation de l’outil productif de la France.
Ce qui a manqué dans beaucoup de nombreuses situations et pendant de trop nombreuses années, c’est l’investissement structure

Jusque récemment encore, rien n’y incitait ni n’y contraignait. Les nouveaux paramètres nés des tensions inflationnistes sur les énergies et les matières premières, en modifiant les logiques de calcul de rentabilité, rendent l’investissement non seulement pertinent d’un point de vue « ROI », mais aussi indispensable pour créer de la valeur et assurer sa pérennité à long terme. Restera alors à faire les bons choix pour projeter son entreprise dans le futur et attirer et fidéliser les compétences clés de demain, sujet sur lequel il est important que le dirigeant ne travaille pas et se fasse épauler idéalement par ceux qui l’ont déjà fait comme les operating partners.
Jacques Schaffnit

Climat : « Les Africains premières victimes

Climat : « Les Africains premières victimes

 

Les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient sur le continent sans que les pays industrialisés honorent toutes leurs promesses de financements pour le climat, alerte Marie de Vergès, journaliste au « Monde Afrique », dans sa chronique.

 

Des avions qui « ensemencent » les nuages. Ou comment provoquer les pluies en introduisant des produits chimiques (argent, sodium, acétone) dans les cumulus. Telle est l’étrange technique dévoilée fin août par les services de météorologie du Niger pour lutter contre la sécheresse. La fin justifierait les moyens : dans ce pays enclavé du Sahel, l’aridité prolongée met en péril les cultures et l’élevage, aggrave l’insécurité alimentaire et accroît la pauvreté. Ironie tragique, certaines régions du Niger sont, elles, soumises depuis début juin à des précipitations torrentielles qui ont déjà fait plus de 100 morts et près de 150 000 sinistrés.

Comme partout à travers le monde, le continent africain subit des aléas climatiques de plus en plus sévères et rapprochés. Avec un bilan particulièrement catastrophique. Depuis des mois, dans la Corne de l’Afrique, une sécheresse historique affame les hommes et les bêtes. Au Soudan du Sud, au Tchad, et dans toute l’Afrique de l’Ouest, des pluies diluviennes font des morts et ruinent des vies.

On le sait, un fléau climatique touche d’autant plus durement une population que son niveau de revenu est faible. Or, l’Afrique subsaharienne concentre plus de la moitié (55 %) des personnes vivant à la fois dans l’extrême pauvreté et dans des zones à haut risque d’inondations, selon un rapport publié fin 2020 par la Banque mondiale. A l’indice ND-GAIN, qui mesure la résilience face au dérèglement climatique, neuf des dix pays classés comme les plus vulnérables sont africains. Un constat amer pour un continent qui émet moins de 4 % des émissions mondiales de CO2 tout en abritant presque 17 % de la population du globe.

Les dirigeants africains arriveront-ils enfin à capter pleinement l’attention des pays industrialisés ? « Puisque ce sont les principaux pollueurs de cette planète, ce sont eux qui doivent financer l’adaptation », a insisté le président sénégalais, Macky Sall, lundi 5 septembre, à l’occasion d’un sommet, à Rotterdam (Pays-Bas), consacré aux défis de l’Afrique face au changement climatique. Président en exercice de l’Union africaine, il n’a pas manqué de noter avec aigreur l’absence de ses homologues des pays riches à cette conférence pourtant organisée sur le sol européen et à laquelle ils étaient conviés. De quoi nourrir le procès en injustice climatique instruit par les Africains, qui disposent déjà de solides arguments.

De fait, les économies avancées ne prennent toujours pas le taureau par les cornes en matière de baisse des émissions. Pis, les Etats-Unis ou l’Allemagne ont beau accroître chez eux leur production de pétrole ou de charbon, ils ont décrété – avec une quarantaine d’autres grands donateurs dont la France –, en 2021, qu’ils ne soutiendraient plus de projets d’investissement dans les énergies fossiles à l’étranger. Un coup de massue pour les Africains, avides de développer leurs importants gisements de gaz et de fournir de l’électricité aux 600 millions d’habitants du continent qui en sont toujours privés.

De plus, les promesses faites aux pays en développement tardent à être honorées. Fin juillet, l’OCDE indiquait que les financements climatiques mobilisés par les pays riches avaient atteint 83,3 milliards de dollars (73 milliards d’euros cette année-là) en 2020. En deçà, donc, des 100 milliards par an qu’ils se sont pourtant engagés à fournir aux nations vulnérables. Un montant qui, de surcroît, semble déjà insuffisant face à l’ampleur de la tâche.

Rendez-vous est pris pour la conférence des Nations unies sur le climat (COP27) qui doit se tenir en novembre à Charm El-Cheikh (Egypte). En Afrique, justement. L’occasion de faire valoir que le continent ne demande pas la charité alors même qu’il détient certaines des clés du problème. Ses gigantesques réserves de minéraux (cobalt, bauxite, lithium, uranium…) sont un maillon essentiel dans la mise au point des technologies bas carbone. Mais qu’il s’agisse de développer ce potentiel ou de forger des stratégies d’adaptation, rien ne pourra se faire sans un cap clair et des financements appropriés.

Matières premières : Une guerre surtout spéculative

Matières premières : Une guerre surtout spéculative

 

L’expert Didier Julienne dénonce, dans une tribune au « Monde », l’incapacité des pouvoirs publics à concevoir une politique de souveraineté minière et métallurgique, au-delà des risques actuels, plus spéculatifs que réels.

 

Tribune.

 

 Pas un jour ne se passe sans que, en boomerang des sanctions contre la Russie, des déclarations anxiogènes pointent une future « guerre des métaux », une disette de « métaux rares » qui frapperaient nos industries. Les stocks mondiaux sont déjà bas en raison de la reprise postpandémie et alors que l’Ukraine, qui représente environ 9 % des importations européennes d’acier (en 2021) et exporte du fer et des ferroalliages, voit son infrastructure logistique et certaines de ses capacités métallurgiques et minières pulvérisées par les bombes. Cette chorale « pro-pénurie », véritable cinquième colonne minant notre volonté de combattre, espère que ce qu’une sanction a fait, une annulation de la sanction le défasse. Mais il faudrait au préalable que de grands changements interviennent à la tête de la Russie…

En réalité, en temps de guerre ou pas, les producteurs de matières premières ont toujours autant besoin de leurs clients que l’inverse. L’Occident sanctionne donc en fonction de ses intérêts : la production électrique des Etats-Unis dépend à hauteur de 20 % de l’uranium russe, le gaz russe est indispensable à l’Europe, le nickel et le palladium russe sont essentiels aux deux. Jusqu’à présent, aucune de ces matières premières n’est concernée par les sanctions. La logistique, les usines et les mines russes sont intactes, peu de livraisons physiques de métaux russes manquent à l’appel, à l’exception d’un peu d’alumine et d’acier et de celles liées aux effets indirects des sanctions sur les prix du fret maritime et des assurances de transport.

Dans une vraie guerre, il n’y a plus de « grands métaux » abondants ou de « petits métaux » critiques, puisque tous sont stratégiques. Et il existe plusieurs outils pour pallier d’éventuelles pénuries, si tant est qu’existe une volonté politique de les activer.

Premièrement, les prix peuvent être réglementés. Le chinois Tsingshan, premier producteur mondial de nickel, avait utilisé des produits dérivés pour vendre à terme la future augmentation de sa production sur le marché des métaux de Londres, le London Metal Exchange (LME). Des investisseurs avaient acheté ses positions, assurant ainsi la liquidité du marché. Mais entre le 24 février et le 8 mars, le cygne noir de l’invasion russe, la spéculation et la panique ont quadruplé les prix du nickel, sans guère de liens avec les fondamentaux du marché – offre, demande, coût de production. Les vendeurs faisaient face à des pertes abyssales, les fonds d’investissement à des profits colossaux. Le risque d’une crise financière systémique s’ajoutant à la guerre en Ukraine, le LME a tout simplement annulé les prix du 8 mars. Le contrôle d’un prix excessif par élimination de l’obstacle – ici l’investisseur – est courant en économie de guerre.

Ukraine : risque d « emballement des prix » des matières premières

Ukraine : risque d « emballement des prix » des matières premières

 

 

Samuel Vandaele, président des Jeunes Agriculteurs, craint ce vendredi soir sur franceinfo un « emballement des prix » des matières premières avec la guerre en Ukraine, notamment pour l’approvisionnement en blé.

Quelles sont les craintes des agriculteurs aujourd’hui ?

Samuel Vandaele : Il y a deux phénomènes en ce moment. Premièrement, on arrive au bout des négociations commerciales, qui ont lieu tous les ans et doivent se conclure au 1er mars. C’est là que va se définir pour l’ensemble des marques nationales, le prix payé aux agriculteurs de l’ensemble de nos produits. Deuxièmemement, il y a le conflit entre l’Ukraine et la Russie qui met beaucoup de doutes, parce que l’ensemble de nos charges, entre autres sur les matières premières, mais aussi sur les produits liés au gaz et au pétrole, risquent d’augmenter. Ces deux phénomènes se conjuguent et créent beaucoup de tensions, de craintes dans le milieu agricole. C’est cet ensemble de matières premières qui augmente énormément et donc qui pourrait fragiliser l’ensemble de notre élevage français.

Les prix du gaz vous inquiètent aussi : pourquoi ?

Il nous inquiète pour plusieurs raisons, pour le chauffage d’un certain nombre de bâtiments d’élevage, mais aussi parce que le gaz est utilisé dans la confection de beaucoup d’intrants comme les engrais et autres, qui ont déjà été multiplié [ndlr : en terme de prix] par trois en six mois. Il n’y a pas de craintes directement pour l’instant sur la pénurie de matières premières. C’est plutôt l’emballement des prix d’achat qui font craindre une forte crise.

Que peut faire Macron pour calmer l’inquiétude du monde agricole ?

C’est difficile de répondre, ce n’est pas seulement lié à la France. On pourrait voir un certain nombre de mesures bloquant un certain nombre de prix, mais c’est très compliqué à mettre en place. D’ailleurs, ça ne concerne pas que les agriculteurs : le gaz et le pétrole, ça concerne l’ensemble de nos concitoyens et de notre industrie française. Ce qu’on attend, c’est une position plutôt de l’Europe pour essayer de calmer, apaiser les tensions. Mais c’est très compliqué, on voit aussi la force de la Russie via Poutine. On espère que ça puisse se calmer. Le président de la République doit inaugurer le Salon de l’Agriculture samedi matin. Il a dit qu’il viendrait que sa visite serait certainement très écourtée, et que le Premier ministre prendrait le relais parce qu’en en état de guerre, il ne pouvait pas rester disponible sur le Salon de l’agriculture toute la journée.

La grande distribution doit-elle faire des efforts pour les prix payés aux agriculteurs, face aux risques de la guerre en Ukraine ?

La loi Egalim2 met en place des contrats pour fixer le prix des matières premières via nos coûts de production. Ceux-ci peuvent varier dans le temps suivant la hausse des matières premières. On attend que ces prix soient clairement fixés, que ces contrats soient correctement établis. On parle de la grande distribution, mais il y a aussi l’échelon intermédiaire, les industriels qui doivent aussi jouer le jeu de remettre la valeur sur produits et payer correctement les producteurs. Il y a de fortes inquiétudes. On a des endroits où on sent que ça se passe plutôt bien, d’autres un peu moins. Tout est très confidentiel parce que ça se passe dans des box de négociations à huis clos. On voit bien que c’est très compliqué parce que la grande distribution veut préserver le pouvoir d’achat des français, les industriels ont aussi un certain nombre de hausses avec les coûts de l’énergie.
On a encore peur que l’agriculture et les agriculteurs soient la variable d’ajustement. Il en va quand même de notre souveraineté alimentaire. On en a beaucoup parlé pendant le Covid. Nous, l’objectif, c’est de garder un maximum d’agriculteurs sur le territoire pour éviter d’avoir des fermes usines.

Industrie : plombée par les approvisionnements et le prix des matières premières

 

 

L’activité industrielle se tasse un peu au regard des objectifs du faite en particulier des difficultés d’approvisionnement et de la hausse des matières premières. Les approvisionnements sont affectés par des causes conjoncturelles liées à une augmentation de la demande mais aussi par des causes structurelles liées à la  restructuration de l’appareil de production. S’ajoute à cela l’envoler du prix des matières premières et de l’énergie. Pour les matières premières et l’énergie, il y a évidemment aussi des raisons conjoncturelles du fait de la reprise de croissance mondiale mais aussi des raisons plus structurelles qui découlent de contraintes environnementales et du manque d’investissement dans le secteur énergétique depuis au moins deux ans. Selon le dernier point de conjoncture de la Banque de France portant sur le mois de septembre, le niveau d’activité de l’industrie hexagonale demeure cinq points inférieur à son niveau d’avant crise (95%). La part des chefs d’entreprise connaissant des obstacles d’approvisionnement continue de grimper passant de 44% en mai à 56% en septembre.

A l’opposé, l’activité dans les services et la construction continuent de progresser après un été favorable. A ces freins sur l’approvisionnement, s’ajoutent également les problèmes de recrutement. Au final, le produit intérieur brut (PIB) de l’économie française devrait progresser de 2,3% au troisième trimestre, selon la dernière prévision des économistes, conformément aux dernières projections. Sur l’ensemble de l’année 2021, la Banque de France prévoit une croissance de la valeur ajoutée de 6,3%, très proche de celle de l’Insee (6,25%). « L’économie française est quasiment revenue au niveau d’activité d’avant crise. L’activité a progressé au mois de septembre et en octobre », a déclaré l’économiste de la Banque centrale Olivier Garnier lors d’un point presse.

«Plasturgie: crise des matières premières».

«Plasturgie:  crise des matières premières».

Emmanuelle Perdrix, présidente de Polyvia explique les raisons de la crise des matières premières en plasturgie ( dans l’Opinion)

 

Tribune

Automobile, électroménager, informatique, acier, béton, coton ou pâte à papier : cette liste — nullement exhaustive — ne reflète pas le talent de Prévert, mais la réalité d’une crise mondiale sans précédent, celle des matières premières.

Dans la vie quotidienne, c’est le marchand de vélos qui ne dispose plus de dérailleurs, le constructeur automobile contraint de stopper une ligne d’assemblage faute de semi-conducteurs, ou encore le fabricant de seringues ou d’appareillage médical, privé des matières premières polymères nécessaires à leur production.

Car le secteur de la plasturgie n’échappe pas à ce terrible constat. Les pétrochimistes, qui fabriquent les polymères, ont une stratégie clairement planétaire. Mais faute d’investissements suffisants dans leurs unités de production depuis environ deux décennies, l’Europe se retrouve en situation de dépendance, condamnée à des importations continues.

Cette vulnérabilité a éclaté au grand jour, dans un contexte où s’agrégeaient plusieurs contraintes très dommageables : une baisse de production des produits raffinés liée à la crise du secteur des transports internationaux, une mauvaise anticipation de la reprise par les créateurs de matières premières, mais également le froid polaire qui, régnant sur le Texas, a provoqué la paralysie de sites pétrochimiques décisifs pour le secteur.

Résultat : l’Europe ne profite pas du rebond perceptible ailleurs. Au contraire : le marché domestique chinois, de plus en plus consommateur en plastiques, préempte une bonne partie des volumes, quitte à les payer plus cher. Résultat : c’est bien d’une crise de l’offre dont nous pâtissons aujourd’hui.

« Dans tous les cas, on le voit, la situation appelle à une indispensable intervention du pouvoir politique »

A ce titre, le cas des transformateurs de polymères est emblématique puisqu’ils se trouvent placés au centre d’une chaîne qui réduit à peu de choses leurs marges de manœuvre : en amont, des fournisseurs de matières premières dont on a vu qu’en situation de pénurie, ils donnent priorité à un marché asiatique plus dynamique et synonyme de contrats plus rémunérateurs. Conséquence : des plasturgistes français — majoritairement des PME — confrontés à une hausse exponentielle des prix, approvisionnés de façon aléatoire et soumis à des délais de livraison exagérément rallongés.

Et en aval, des engagements contractuels devenus inapplicables mais qui génèrent des pénalités de retard de la part des « donneurs d’ordre », clients de la plasturgie. En résumé, la « double peine » pour des chefs d’entreprise, freinés par un déficit de matières premières, mais néanmoins sanctionnés puisqu’ils ne peuvent délivrer les quantités prévues dans les délais impartis…

« Force majeure ». A l’heure où l’Etat souligne — à juste titre — l’impératif d’une « reconquête de notre souveraineté industrielle », reconnaissons qu’une telle situation semble, à tout le moins, paradoxale. Cette incongruité n’a d’ailleurs pas échappé à la ministre déléguée chargée de l’Industrie, Madame Pannier-Runacher. Celle-ci a récemment appelé à ne pas appliquer « à la lettre » les clauses de pénalité, « mais à tenir compte d’une situation dans laquelle le fournisseur est confronté à une problématique qui le dépasse complètement ». Et d’inviter les filières à « travailler là-dessus ».

Propos fondé qui invite, d’évidence, à revoir certaines pratiques. Dans cette perspective, dessinons ici une piste concrète : la « force majeure » que les producteurs de matières premières ont le droit d’invoquer pour échapper à d’éventuelles pénalités quand ils ne parviennent pas à honorer strictement leurs engagements, devrait pouvoir s’appliquer à l’ensemble de la filière. Dans les faits, la crise de la Covid a (parfois) conduit des cocontractants à « adapter » le contrat plutôt que d’opter pour la solution plus radicale que représente la « force majeure ». Une réponse souple et pragmatique, plutôt qu’une attitude rigoriste et déconnectée du contexte : c’est cette approche qu’il conviendrait sans doute d’étendre.

Dans tous les cas, on le voit, la situation appelle à une indispensable intervention du pouvoir politique. C’est vrai à l’échelle européenne, si l’objectif est bien de relocaliser à terme la production de matières premières plastiques. A défaut, le Vieux Continent subira systématiquement l’impact des fluctuations de l’offre mondiale, avec des crises récurrentes à la clé. C’est vrai aussi au niveau national, où la restauration d’une authentique indépendance économique passe par une évolution de certaines règles, au bénéfice de ceux qui, quotidiennement, ancrés dans la trame de nos territoires, recrutent, innovent, produisent et préparent la société durable de demain.

Emmanuelle Perdrix est présidente de Polyvia.

Prix des matières premières : l’envolée

Prix des matières premières : l’envolée

 

Une envolée spectaculaire du prix des matières premières qui pourraient correspondre un phénomène de reprise notamment en Chine et aux États-Unis. Un mouvement qui pourrait aussi préfigurer à terme une envolée aussi de l’inflation. L’indice Bloomberg des matières premières, tombé au plus bas depuis 1976 au printemps dernier, gagne 11 % depuis janvier, revenant à son plus haut niveau depuis 2018. Il profite du pétrole remonté à 60 dollars contre 20 dollars en avril , mais il est avant tout porté par la hausse des métaux.

A titre d’exemple, l’indice du London Metal Exchange cote à près de 4.000 points, du jamais vu depuis 2011. Le cuivre progresse de 20 % depuis le début de l’année à 9.350 dollars la tonne au plus haut depuis 10 ans. L’aluminium gagne 17 % depuis janvier à 2.325 dollars la tonne. Sur le marché à terme de Singapour, le minerai de fer n’a jamais été aussi cher depuis que la cotation a commencé en 2013. Il faut débourser 180 dollars pour obtenir une tonne ! Le palladium teste un nouveau record historique à près de 3.000 dollars l’once. Dans ce paysage il n’y a guère que l’or qui a perdu de son éclat. Après avoir atteint un nouveau record historique à plus de 2.000

La hausse des matières premières prélude à une plus large inflation ?

La hausse des matières premières prélude à une plus large inflation ?

 

 

La hausse des coûts de production découle surtout de l’augmentation du prix des matières premières. Les matières premières dont  la hausse évolue entre plus 10 et 40 %. Le cuivre, lui s’envole et voit son prix doubler. Nécessairement,  cette hausse des coûts de production devra se faire sentir sur les prix industriels et les prix des biens manufacturiers.

L’indice FIM Mecastar de la fédération a ainsi enregistré des augmentations de 10% à 40% sur la période septembre-décembre 2020 pour plusieurs matières premières comme l’aluminium, le bronze en lingot, le fil de cuivre, le laiton en lingot…

Cela s’explique entre autres par la forte reprise économique au cours du second semestre, notamment dans l’industrie et le bâtiment, ainsi que par la demande asiatique et en particulier chinoise très soutenue, alors que les producteurs avaient réduit leur production pour s’adapter à une demande en berne au moment des confinements.

Les utilisateurs de plastiques sont dans la même situation avec un « phénomène de raréfaction, de pénurie [qui] provoque une forte hausse des prix », constate Jean Martin, délégué général de Polyvia, la fédération professionnelle du secteur plasturgie et composites. En janvier, les augmentations de prix se sont établies entre 5% et 25%.  »On voit apparaître, et c’est encore plus inquiétant, des ruptures », souligne-t-il.

 

Les prix des matières premières pourraient faire repartir l’inflation

Les prix des matières premières  pourraient faire repartir l’inflation

Le retour de l’inflation est pourrait être favorisé par la hausse des cours des matières premières, notamment celle des métaux estime Didier Julienne, Président de Commodities & Resources » (*). (Chronique dans la Tribune)

 

 

Les bruits d’inflation surgissent de partout. Espérée ici, crainte là, des spécialistes garantissent qu’elle arrive en grand, d’autres qu’elle sera à 2 % et les derniers qu’elle sera bien inférieure, négligeable, voire négative. Une chose est certaine l’un de ces avis pourrait être le bon, bien que les prévisions sur l’inflation de la part des économistes sont le plus souvent erronées depuis 50 ans.

Leurs modèles de pensées sont-ils encore marqués par les chocs des crises pétrolières passés, par les dévaluations liées à la fin de Bretton Woods, par le chômage, les relances fiscales et Keynes… ; ou bien comptabilisent-ils l’automatisation, la digitalisation, la disparition de petits commerces, le chômage de longue durée et le travail en plate-forme numérique pauvrement rémunéré, mais également l’inflation qui diminue la charge de la dette et la rémunération de l’épargne d’une population vieillissante, alors qu’elle sera appelé aux urnes en 2021 et 2022, lorsque la croissance sera en mode rattrapage de la Covid-19 à des niveaux espérés supérieurs à 5 % ?

Un fait ne demande cependant pas de prévision. Le blé, le maïs, le soja, le riz, le marché de la viande, le cuivre, l’aluminium, le zinc, le nickel, l’étain, le fer, l’acier, le molybdène, le lithium, le cobalt, les platinoïdes, l’argent métal, le pétrole, le gaz naturel… connaissent tous une inflation de leurs les prix. À l’exception des hydrocarbures, ils sont supérieurs aux niveaux d’avant crise de 2008, et parfois plus élevés que les récents pics de 2011. C’est l’œuvre du supercycle des matières premières qui dure depuis déjà 50 ans et correspond au rééquilibrage industriel en faveur de la Chine.

Celui-ci a connu plusieurs à-coups avec des accélérations et décélérations des prix des métaux, des énergies et des denrées agricoles. Ces mouvements sont plus apparents depuis le début du siècle, depuis que Pékin domine ces marchés. De 2000 à l’été 2008, les courbes de prix s’envolèrent jusqu’à s’effondrer au deuxième semestre 2008, avant de reprendre de plus belle leurs trajectoires initiales pour culminer début 2011. Puis, durant dix ans, les prix de chaque ressource naturelle évoluèrent en fonction de l’idiosyncrasie de leurs fondamentaux — offre, demande, stocks, coûts de production — et parfois aussi sous l’influence d’épiphénomènes, tels que les relations politico-économiques entre la Chine et les États-Unis. Mais, depuis mars 2020, date de la fin officielle de la crise sanitaire en Chine, le premier consommateur mondial de produits de base, ils connaissent une nouvelle hausse anticipant l’accélération de la digitalisation et de la décarbonation de l’économie chinoise. Ces variations amorties par les filières industrielles n’ont toutefois pas engendré une croissance notable des prix à la consommation.

Sur le temps long, les périodes d’hyperinflation sont le résultat de guerres. Elles détruisent de gigantesques moyens de production, mais la demande ne diminuant pas, les déséquilibres sont inflationnistes. La paix retrouvée connait parfois une inflation hors de contrôle si la reconstruction d’infrastructures, de villes et des vies s’opèrent avec les mêmes instabilités.

La crise de 2008 n’a pas eu les effets d’une guerre car depuis plus de dix ans l’inflation est restée cantonnée au capital, alors qu’une déflation frappait le travail. De même, en 2020, la crise de la Covid n’a pas non plus l’effet d’une guerre. Nul n’a noté de hausse de prix à la consommation démesurée. Au contraire, malgré le fort soutien fiscal, loin d’être en déséquilibre, l’offre et la demande se sont contractées simultanément et les prix sont restés stables. Il n’est envisagé qu’une hausse de de 2% au maximum, et pour quelques mois. À croire que la relation entre croissance de la monnaie et inflation, si chère à Milton Friedman, s’est évanouie.

Toutefois, puisque la gestion de la crise de la Covid-19 en Europe nous impose des confinements plus longs, elle accélère la digitalisation de nos vies connectées, la construction de villes intelligentes, l’ascendance de l’électrique dans nos voitures et nos transports. Mais elle ne provoque pas une « déglobalisation » massive de nos sociétés si l’on juge l’avance de l’Asie dans les batteries ou l’électronique, ni une réelle accélération de la transition énergétique qui est déjà bien lancée.

 

L’ensemble – le rattrapage chinois et la digitalisation occidentale – accélère cependant nos nouvelles dépendances électriques envers les métaux, ceux-là mêmes qui s’emparent de l’ancien rôle joué par les hydrocarbures. Quelle meilleure illustration de cette évolution que la pétrolière Total qui devient Total Énergies, avec un regret toutefois : ne pas avoir remplacé ses champs de pétrole et de gaz par des mines.

Les métaux sont en effet indispensables à la digitalisation et la décarbonation de l’économie et un métal est emblématique de cette nécessité. Sa consommation par habitant ne cesse d’augmenter, il est partout essentiel à la production, la transmission, le stockage et la consommation de l’électricité à partir des énergies renouvelables et de l’hydrogène jusqu’aux voitures électriques, les maisons connectées, l’électronique nomade… Plus que d’autres, l’augmentation de son offre annuelle est critique, car ric-rac par rapport à l’augmentation continue de sa demande. Plus que d’autres, l’équilibre entre sa production et sa consommation est à la merci du moindre incident.

Ce métal, l’un des meilleurs baromètres de la santé industrielle mondiale, est le cuivre. Avant même que le plan de relance étatsunien ne prenne la suite du supercycle chinois, son prix à déjà rejoint ses plus hauts historiques de 10 .000 dollar/tonne, c’est-à-dire presque deux fois plus que ses points bas de 2016.

Si l’on souhaite se faire peur, ce facteur 2 sur le prix du cuivre est à mettre en perspective avec la multiplication des cours du rhodium par 10 qui accélère la transition de la voiture thermique vers la voiture électrique. C’est pourquoi, si la dépendance vis-à-vis des métaux n’est pas mieux gérée avec des outils de souveraineté, il devient possible de craindre l’effet que pourraient provoquer les futurs prix de ces métaux sur les prix à la consommation.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. Il est aussi auteur sur LaTribune.fr.

 

Chicago: matières premières agricoles en hausse

Chicago: matières premières agricoles en hausse

Les cours des céréales à Chicago ont terminé en solide hausse ce lundi, soutenus par le temps sec en Amérique du sud qui handicape le soja et le maïs tandis que le blé a suivi.

Le cours du principal contrat de soja, qui avait atteint le seuil des 12 dollars le boisseau dans la nuit, a conclu à moins de 9 cents sous ce sommet, en hausse néanmoins de 0,88%. «Le temps en Amérique du sud a poussé le cours à la hausse. Il fait trop sec dans le centre et nord du Brésil et il faudra attendre la semaine prochaine avant de la pluie», a indiqué Dan Cekander, de DC Analysis. Il a souligné qu’il était «inhabituel pour la région du Mato Grosso», grosse productrice mondiale de soja, «de connaître presque dix jours secs d’affilée» à cette époque de l’année. Ces conditions ont aidé les cours du soja mais aussi du maïs.

Le boisseau de blé (environ 27 kg) pour livraison en décembre, le plus actif, a terminé à 5,9875 dollars contre 5,9325 dollars vendredi, en hausse de 0,92%. Le boisseau de maïs (environ 25 kg) pour livraison en décembre, le plus échangé, a fini à 4,2650 dollars contre 4,2325 vendredi, avançant de 0,76%. Le boisseau de soja (environ 27 kg) pour livraison en janvier, le plus échangé, a terminé à 11,9150 dollars contre 11,8100, en progrès de 0,88%.

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance 

(Sylvain Félix Semilinko)

Soixante ans après les indépendances, le journaliste Sylvain Félix Semilinko constate dans une tribune du Monde que l’Etat de droit reste un vœu pieux dans de nombreux pays du continent.

 

Tribune. 

Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance ? Alors qu’en Afrique de l’Ouest se profilent une série d’élections présidentielles, ces périodes porteuses de violences, d’arrestations, de musellement des médias, voire de meurtres et de massacres, sont propices à nous poser cette question.

Une grande partie du continent avait poussé des cris d’orfraie pour dénoncer le défunt président français, Jacques Chirac, grand connaisseur de la politique en Afrique, qui laissait entendre que celle-ci n’était pas encore prête pour la démocratie à l’occidentale. Paternalisme et condescendance, hurlait-on alors. Et pourtant, trente ans de pratiques démocratiques sur le continent tendent à prouver qu’il n’était pas loin de la vérité.

Les tares congénitales des démocraties africaines sont multiples. Partout où elle s’est ancrée, la démocratie a pour socle l’Etat de droit, fondé sur une Constitution qui, pour être pérenne, doit être intemporelle, impersonnelle et non taillée sur mesure. Difficile en Afrique de compter sur des textes consacrant ces principes – sauf de rares cas en Afrique australe –, d’où les perpétuels changements constitutionnels contextualisés selon les intérêts du moment.

Ensuite, la plupart des Constitutions d’Afrique sont des copiés-collés de celles des pays développés, avec parfois – quand la fainéantise intellectuelle ne l’emporte pas – une toute petite couche de vernis local. Or il est évident que les paramètres socio-culturels, anthropologiques et politico-économiques ne sont ni semblables ni comparables. Comment faire comprendre une Constitution ou des lois électorales à une population en majorité analphabète ? Sans compter qu’organiser des élections à cycles réguliers, deux ou trois années consécutives, sur un budget de l’Etat plutôt dérisoire est une gageure.

Démocratie ethnique

Les Constitutions africaines sont issues pour la plupart des mouvements politiques des années 1990, sur les ruines et les échecs des partis uniques. Ces derniers, héritiers de la décolonisation, n’ont pu construire des Etats modernes, mais des Etats semi-féodaux et patrimoniaux. L’Etat, c’était le chef, agissant tel un suzerain disposant à sa guise des ressources publiques et ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. C’était aussi l’ère des coups d’Etat, commandités ou internes, pour qui veut prendre sa part du maigre gâteau national. Le chef, une fois le coup réussi, pouvait s’octroyer tous les pouvoirs, se faire nommer maréchal (Mobutu dans l’ex-Zaïre) ou changer la forme de l’Etat, qui devenait son empire (Bokassa en Centrafrique).

Les démocraties naissantes des années 1990 n’ont pas tiré les leçons de ces pratiques. Pis encore, elles ont alimenté et aggravé les divisions ethno-régionalistes dans des Etats qui n’étaient déjà pas des nations consolidées, leurs frontières étant un héritage de la conférence de Berlin de 1885. Et la démocratie ethnique s’est substituée à de véritables démocraties nationales. Le chanteur ivoirien Alpha Blondy n’a-t-il pas consacré un titre à la pratique démocratique ? « Démocratie ce n’est pas tribalisme », chantait-il au début des années 1990. Ces pays se sont retrouvés avec des dizaines, voire des centaines de partis politiques du jour au lendemain, et cela a été la naissance du business démocratique, car créer et enregistrer un parti vous ouvre des droits au titre des chartes de partis, même si le nombre d’adhérents déclarés relève de la fiction.

Dès lors, des dissensions et palabres à n’en plus finir sont apparus. Alors pour élargir l’assiette du gâteau, l’inventivité politique a donné naissance aux fameuses commissions électorales dites « indépendantes » ou « autonomes ». Ces mastodontes chargés d’organiser des élections justes et transparentes sont à l’origine de bien des crises pré- et post-électorales : République démocratique du Congo (RDC), Côte d’Ivoire, Bénin… Les budgets alloués à ces structures pour l’organisation des élections dépassent de 10, 20 ou 30 fois les budgets de développement d’une commune moyenne : plusieurs dizaines de milliards de francs CFA (des dizaines de millions d’euros) en Côte d’Ivoire en 2010, une dizaine de milliards pour des législatives en 2015 dans un pays aux ressources modestes comme le Bénin. Toute la classe politique, opposition ou pouvoir, cherche à prendre le contrôle de ces structures, surtout pour en toucher les indemnités de commission et autres oboles.

« Devoir d’ingratitude »

Puis viennent les cours et les conseils constitutionnels. Parfois, ces institutions judiciaires font doublon avec les commissions électorales. Nous n’avons jamais compris pourquoi les élections dans ces pays ne sont pas confiées à des institutions judiciaires crédibles et spécialisées, composées de magistrats expérimentés et d’auxiliaires de justice assermentés. Pourquoi recourt-on aux cours et tribunaux pour les contentieux électoraux, alors qu’ils ne sont pas impliqués en amont dans les opérations électorales ? En Côte d’Ivoire, c’est bien le ministère de la justice qui a piloté les audiences foraines dont est issue la liste électorale en 2010. C’est d’ailleurs l’un des acteurs clés de cette opération qui dirige aujourd’hui la commission électorale. Les élections devraient être l’affaire de la justice et des structures chargées de la décentralisation, alors que les commissions électorales ont fait leur temps et ont montré leurs limites. Quelle crédibilité peut-on accorder à un procès-verbal de vote signé par des commissaires locaux ne sachant ni lire ni écrire ?

Quant aux structures judiciaires spécialisées, sans être un praticien du droit mais au regard des expériences et pratiques courantes, il n’apparaît plus sain que les dirigeants des cours et tribunaux chargés des processus électoraux soient nommés par les pouvoirs en place. En Afrique plus qu’ailleurs, il paraît si difficile d’exercer son « devoir d’ingratitude » vis-à-vis du prince, comme le disait l’ancien président du Conseil constitutionnel français Robert Badinter. Des magistrats ou praticiens du droit expérimentés devraient être majoritaires dans ces juridictions et élire en leur sein les présidents desdites institutions sans voix prépondérante, pour leur garantir un minimum de professionnalisme, d’indépendance et de crédibilité. Les cas de la Côte d’Ivoire, de la RDC ou plus récemment du Mali peuvent aider à repenser les mécanismes de désignation pour ne pas confiner l’Afrique dans des crises électorales à répétition.

Certes, il revient au premier chef aux Africains de s’approprier les réformes du corpus institutionnel de leurs systèmes démocratiques, afin de les revisiter dans le sens d’une plus grande stabilité politique. Cependant, les partenaires et la communauté internationale peuvent les y encourager et y contribuer pour prévenir d’éventuelles crises, plutôt que d’intervenir en pompiers pendant les périodes électorales en Afrique. Aider à mieux articuler le binôme démocratie/développement, comme le plaidait François Mitterrand au sommet de La Baule en juin 1990. Cette articulation participerait à optimiser les ressources au service du plus grand nombre, des jeunes, des femmes et des populations vulnérables, dans cette Afrique qui a chanté et dansé Indépendance Cha Cha depuis soixante ans, sans que cette indépendance soit porteuse de beaucoup de progrès ni d’espérance pour sa jeunesse.

Sylvain Félix Semilinko est journaliste et consultant, ancien directeur d’Onuci-FM, la radio de l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire.

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance

Afrique : Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance 

(Sylvain Félix Semilinko)

Soixante ans après les indépendances, le journaliste Sylvain Félix Semilinko constate dans une tribune du Monde que l’Etat de droit reste un vœu pieux dans de nombreux pays du continent.

 

Tribune. 

Qu’avons-nous fait de nos 60 premières années d’indépendance ? Alors qu’en Afrique de l’Ouest se profilent une série d’élections présidentielles, ces périodes porteuses de violences, d’arrestations, de musellement des médias, voire de meurtres et de massacres, sont propices à nous poser cette question.

Une grande partie du continent avait poussé des cris d’orfraie pour dénoncer le défunt président français, Jacques Chirac, grand connaisseur de la politique en Afrique, qui laissait entendre que celle-ci n’était pas encore prête pour la démocratie à l’occidentale. Paternalisme et condescendance, hurlait-on alors. Et pourtant, trente ans de pratiques démocratiques sur le continent tendent à prouver qu’il n’était pas loin de la vérité.

Les tares congénitales des démocraties africaines sont multiples. Partout où elle s’est ancrée, la démocratie a pour socle l’Etat de droit, fondé sur une Constitution qui, pour être pérenne, doit être intemporelle, impersonnelle et non taillée sur mesure. Difficile en Afrique de compter sur des textes consacrant ces principes – sauf de rares cas en Afrique australe –, d’où les perpétuels changements constitutionnels contextualisés selon les intérêts du moment.

Ensuite, la plupart des Constitutions d’Afrique sont des copiés-collés de celles des pays développés, avec parfois – quand la fainéantise intellectuelle ne l’emporte pas – une toute petite couche de vernis local. Or il est évident que les paramètres socio-culturels, anthropologiques et politico-économiques ne sont ni semblables ni comparables. Comment faire comprendre une Constitution ou des lois électorales à une population en majorité analphabète ? Sans compter qu’organiser des élections à cycles réguliers, deux ou trois années consécutives, sur un budget de l’Etat plutôt dérisoire est une gageure.

Démocratie ethnique

Les Constitutions africaines sont issues pour la plupart des mouvements politiques des années 1990, sur les ruines et les échecs des partis uniques. Ces derniers, héritiers de la décolonisation, n’ont pu construire des Etats modernes, mais des Etats semi-féodaux et patrimoniaux. L’Etat, c’était le chef, agissant tel un suzerain disposant à sa guise des ressources publiques et ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. C’était aussi l’ère des coups d’Etat, commandités ou internes, pour qui veut prendre sa part du maigre gâteau national. Le chef, une fois le coup réussi, pouvait s’octroyer tous les pouvoirs, se faire nommer maréchal (Mobutu dans l’ex-Zaïre) ou changer la forme de l’Etat, qui devenait son empire (Bokassa en Centrafrique).

Les démocraties naissantes des années 1990 n’ont pas tiré les leçons de ces pratiques. Pis encore, elles ont alimenté et aggravé les divisions ethno-régionalistes dans des Etats qui n’étaient déjà pas des nations consolidées, leurs frontières étant un héritage de la conférence de Berlin de 1885. Et la démocratie ethnique s’est substituée à de véritables démocraties nationales. Le chanteur ivoirien Alpha Blondy n’a-t-il pas consacré un titre à la pratique démocratique ? « Démocratie ce n’est pas tribalisme », chantait-il au début des années 1990. Ces pays se sont retrouvés avec des dizaines, voire des centaines de partis politiques du jour au lendemain, et cela a été la naissance du business démocratique, car créer et enregistrer un parti vous ouvre des droits au titre des chartes de partis, même si le nombre d’adhérents déclarés relève de la fiction.

Dès lors, des dissensions et palabres à n’en plus finir sont apparus. Alors pour élargir l’assiette du gâteau, l’inventivité politique a donné naissance aux fameuses commissions électorales dites « indépendantes » ou « autonomes ». Ces mastodontes chargés d’organiser des élections justes et transparentes sont à l’origine de bien des crises pré- et post-électorales : République démocratique du Congo (RDC), Côte d’Ivoire, Bénin… Les budgets alloués à ces structures pour l’organisation des élections dépassent de 10, 20 ou 30 fois les budgets de développement d’une commune moyenne : plusieurs dizaines de milliards de francs CFA (des dizaines de millions d’euros) en Côte d’Ivoire en 2010, une dizaine de milliards pour des législatives en 2015 dans un pays aux ressources modestes comme le Bénin. Toute la classe politique, opposition ou pouvoir, cherche à prendre le contrôle de ces structures, surtout pour en toucher les indemnités de commission et autres oboles.

« Devoir d’ingratitude »

Puis viennent les cours et les conseils constitutionnels. Parfois, ces institutions judiciaires font doublon avec les commissions électorales. Nous n’avons jamais compris pourquoi les élections dans ces pays ne sont pas confiées à des institutions judiciaires crédibles et spécialisées, composées de magistrats expérimentés et d’auxiliaires de justice assermentés. Pourquoi recourt-on aux cours et tribunaux pour les contentieux électoraux, alors qu’ils ne sont pas impliqués en amont dans les opérations électorales ? En Côte d’Ivoire, c’est bien le ministère de la justice qui a piloté les audiences foraines dont est issue la liste électorale en 2010. C’est d’ailleurs l’un des acteurs clés de cette opération qui dirige aujourd’hui la commission électorale. Les élections devraient être l’affaire de la justice et des structures chargées de la décentralisation, alors que les commissions électorales ont fait leur temps et ont montré leurs limites. Quelle crédibilité peut-on accorder à un procès-verbal de vote signé par des commissaires locaux ne sachant ni lire ni écrire ?

Quant aux structures judiciaires spécialisées, sans être un praticien du droit mais au regard des expériences et pratiques courantes, il n’apparaît plus sain que les dirigeants des cours et tribunaux chargés des processus électoraux soient nommés par les pouvoirs en place. En Afrique plus qu’ailleurs, il paraît si difficile d’exercer son « devoir d’ingratitude » vis-à-vis du prince, comme le disait l’ancien président du Conseil constitutionnel français Robert Badinter. Des magistrats ou praticiens du droit expérimentés devraient être majoritaires dans ces juridictions et élire en leur sein les présidents desdites institutions sans voix prépondérante, pour leur garantir un minimum de professionnalisme, d’indépendance et de crédibilité. Les cas de la Côte d’Ivoire, de la RDC ou plus récemment du Mali peuvent aider à repenser les mécanismes de désignation pour ne pas confiner l’Afrique dans des crises électorales à répétition.

Certes, il revient au premier chef aux Africains de s’approprier les réformes du corpus institutionnel de leurs systèmes démocratiques, afin de les revisiter dans le sens d’une plus grande stabilité politique. Cependant, les partenaires et la communauté internationale peuvent les y encourager et y contribuer pour prévenir d’éventuelles crises, plutôt que d’intervenir en pompiers pendant les périodes électorales en Afrique. Aider à mieux articuler le binôme démocratie/développement, comme le plaidait François Mitterrand au sommet de La Baule en juin 1990. Cette articulation participerait à optimiser les ressources au service du plus grand nombre, des jeunes, des femmes et des populations vulnérables, dans cette Afrique qui a chanté et dansé Indépendance Cha Cha depuis soixante ans, sans que cette indépendance soit porteuse de beaucoup de progrès ni d’espérance pour sa jeunesse.

Sylvain Félix Semilinko est journaliste et consultant, ancien directeur d’Onuci-FM, la radio de l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire.

 

Hausse du prix du gaz : en cause les matières premières …..Et les taxes

 Hausse du prix du gaz : en cause les matières premières …..Et les taxes

 

Les tarifs réglementés de vente du gaz, fourni par Engie, vont progresser de 7,45 % au 1er juillet. François Carlier, le délégué général de l’association Consommation logement et cadre de vie (CLCV) dénonce la hausse brutale du gaz (7,45 % au 1er juillet) d’Engie ; une hausse du fait de la montée des prix de l’énergie en général, aussi des taxes.  (Interview France info).  Franceinfo.

 

Pourquoi cette hausse si importante du prix du gaz ?

François Carlier : La matière première gaz ainsi que la matière première pétrole avaient beaucoup baissé en 2013-2014, donc il y a eu des baisses du prix du gaz assez importantes. Là maintenant, les matières premières repartent à la hausse. On est dans un nouveau cycle, et donc cela fait recroître de manière très importante cette année le prix du gaz. On est quand même à un niveau qui reste inférieur à ce que c’était en 2013. Mais là, l’accélération est puissante. D’ailleurs, on peut signaler aussi qu’il y a une forte augmentation des taxes, tant sur le carburant, sur le fioul ou sur le gaz, qui accélère en plus les décisions qu’il y a au niveau des matières premières.

La Commission de régulation de l’énergie recommandait une hausse moins importante de ces tarifs réglementés, mais le gouvernement a accepté plus. Pourquoi ?

C’est un peu curieux. Je pense que la Commission de régulation de l’énergie a fait valoir qu’Engie pouvait faire quelques gains de productivité, quelques efforts en interne, parce que le prix du gaz, ce n’est pas seulement les matières premières, c’est aussi le coût de l’opérateur, donc Engie pouvait faire des efforts. Mais l’État n’a pas retenu cette option. C’est peut-être aussi l’État actionnaire qui avait envie de faire un petit cadeau à Engie, sachant que l’État s’apprêterait à vendre des actions d’Engie. Je pense que là, l’État a peut-être privilégié le fait qu’il était actionnaire, plutôt que le consommateur. Ça, effectivement, c’est regrettable parce qu’on aurait pu un peu quand même tasser cette hausse, comme le disait bien la commission.

Est-il encore rentable de se chauffer au gaz ?

Comme il y a eu quand même de fortes baisses parce que la matière première avait beaucoup baissé, le chauffage au gaz reste globalement compétitif. C’est plus compétitif que l’électricité, et comme système de chauffage, ça reste globalement assez peu cher. Les autres énergies sont plus chères. Surtout que les chauffages de type au fioul subissent aussi les hausses du prix du baril. De la même façon, l’électricité est de toute façon plus chère que le gaz, historiquement. Donc le gaz reste une solution compétitive. Mais ce n’est pas une raison pour faire trop croître le prix. Et là, c’est vrai que la décision de l’État est quand même assez lourde, surtout si on rajoute le fait qu’il augmente beaucoup les taxes. J’insiste sur ce fait parce que c’est ce qui est très problématique, en ce moment, sur le pouvoir d’achat et l’énergie.

Il y a eu des hausses en mai, en juin, en juillet. Faut-il s’attendre à d’autres hausses ?

Cela va dépendre du coût des matières premières. Généralement, il y a des hausses qui interviennent au début de l’hiver sur le gaz parce que le prix de la matière première gaz, de façon mécanique, remonte l’hiver puisqu’il y a plus de consommation. Et donc, malheureusement, je pense qu’il faut s’attendre à de nouvelles hausses. C’est d’ailleurs bien pour cette raison qu’avec toutes ces hausses du gaz et du pétrole avec le carburant, nous estimons que l’État devrait arrêter d’augmenter les taxes sur l’énergie, comme il le fait beaucoup ces dernières années.

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