Archive pour le Tag 'politique'

Italie : vers une majorité politique introuvable

 

Italie : vers une majorité politique introuvable

 

Il est clair que le départ de Renzi va ouvrir une nouvelle crise politique en Italie où le gouvernement d’entente était déjà très fragile. L’affaire a éclaté à l’occasion du lancement d’un énorme plan de soutien qui va encore accroître la dette record de l’Italie en Europe.

 

Renzi a laissé la porte ouverte au retour dans le bercail tant qu’un nouveau pacte politique pourrait être élaboré, mais ses partenaires ponctuels ont déclaré qu’ils ne voulaient plus rien avoir à faire avec lui.

«Nous ne pouvons pas retourner à la table des négociations avec lui», a déclaré Vito Crimi, chef du Mouvement 5 étoiles codirigé.

Les ructions politiques ont poussé jeudi l’écart entre les rendements des emprunts publics italiens et allemands à son plus grand niveau depuis plus d’un mois, tandis que les coûts d’emprunt ont légèrement augmenté par rapport aux récents creux records lors d’une vente aux enchères.

«Ouvrir une crise gouvernementale était un acte d’irresponsabilité sans précédent», a déclaré le ministre de l’Économie, Roberto Gualtieri, à la chaîne publique RAI, exprimant la colère généralisée de son parti PD face aux manœuvres de Renzi.

 

Au lieu de cela, Conte a signalé qu’il voulait porter son combat pour la survie au parlement, avec ses principaux partenaires de la coalition soutenant les plans pour essayer de trouver des législateurs soi-disant «responsables» parmi les rangs de l’opposition pour soutenir l’administration.

Si Conte ne peut pas trouver un moyen de rester au pouvoir, le président Sergio Mattarella pourrait chercher à mettre sur pied un gouvernement d’unité nationale à large assise pour sortir de l’impasse, qui a été accueillie avec consternation par de nombreux Italiens ordinaires.

«Nous sommes inquiets parce que la politique ne fonctionne jamais en Italie. Je ne sais pas pourquoi… il faut juste un peu de bon sens, surtout à un moment comme celui-ci », a déclaré Benito Gaetano, un habitant de la ville sud de Lamezia Terme.

 

Les principales annonces de Castex en matière de politique sanitaire :

Les principales annonces de Castex en matière de politique sanitaire :

  • Les lieux culturels, établissements sportifs et stations de ski resteront fermés jusqu’à fin janvier au moins
  • Les bars et restaurants ne pourront rouvrir avant au moins la mi-février
  • 10 départements supplémentaires pourraient passer au couvre-feu à 18h
  • 45.000 personnes vaccinées au cours des cinq derniers jours, les plus de 75 ans pourront se faire vacciner à partir du 18 janvier
  • Plus de 21.000 nouveaux cas en 24h, les hospitalisations et réanimations en baisse
  • « Deux clusters à risque » du variant britannique ont été détectés en France, la frontière avec le Royaume-Uni fermée jusqu’à nouvel ordre

En 2021, Joe Biden pour une politique internationale apaisée

En 2021, Joe Biden pour une politique internationale apaisée

Après la fureur et la folie médiatique de Trump, le nouveau président américain Joe Biden promet une politique américaine apaisée tant à l’intérieur qu’au plan mondial. Certes il ne faut pas croire que les États-Unis vont abandonner la défense de leurs intérêts. Sur le fond il n’y aura peut-être pas d’immenses changements.

Par contre dans la forme,  les relations avec les autres pays redeviendront plus traditionnelles. Biden va tenter de renouer des relations normalisées avec la plupart des grands pays. Il s’efforcera chaque fois que possible de privilégier la négociation et le compromis. Reste cependant des questions complexes à résoudre notamment les relations économiques avec la Chine de plus en plus envahissante partout.

De ce point de vue l’Amérique n’a guère apprécié que l’Europe se précipite vers un accord sur les investissements entre la Chine et l’union européenne. Un accord surtout poussé par l’Allemagne qui veut gagner des parts de marché en Asie mais qui risque d’en perdre aux États-Unis. Parmi les questions difficiles à régler,  il y a aussi les relations avec l’Iran. L’Iran qui a manifesté des signes positifs vis-à-vis de l’élection de Joe Biden et espère un compromis compte tenu de la situation économique dramatique dans laquelle elle se situe.

Politique vaccinale en France: l’éloge de la lenteur

Politique vaccinale en France:  l’éloge de la lenteur

 Anne Bayle-Iniguez , journaliste dans l’Opinion dénonce la lenteur de la campagne de vaccination

 

Confronté à la défiance des Français, l’exécutif tient à s’assurer explicitement du consentement des patients. Mais la procédure tatillonne retenue pour cela nous met en retard sur nos voisins

 

 

750 000 résidents de 7000 Ehpad doivent être vaccinés d’ici au mois de février.

 

Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé mardi qu’un couvre-feu pourrait entrer en application à 18 heures à partir du 2 janvier dans une vingtaine de départements de quatre régions (Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur). La décision finale sera tranchée le 1er janvier. La rentrée des classes le 4 janvier est maintenue.

A peine entamée, déjà critiquée. Depuis le lancement de la campagne nationale de vaccination contre le coronavirus, dimanche, l’exécutif doit composer avec des critiques qui montent dans la sphère politique et sur les réseaux sociaux à propos du retard à l’allumage de l’opération, au final très symbolique. En soixante-douze heures, une centaine de résidents et soignants d’Ehpad ont reçu une injection du vaccin Pfizer-BioNTech en France. Selon les données du site Our World in Data, plus de deux millions d’Américains, 800 000 Britanniques, 490 000 Israéliens et 21 500 Allemands ont déjà été piqués.

Cette semaine, seuls 23 établissements pour personnes âgées de la région parisienne, autour de Lyon, Lille et Tours, vont sauter le pas. Suivront quelques centaines d’autres Ehpad au cours des deux premières semaines de janvier. Ce n’est qu’ensuite que les choses sérieuses commenceront. Or, le calendrier concocté par le gouvernement sur les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) prévoit la vaccination de 750 000 résidents dans 7000 Ehpad d’ici au mois de février.

Avons-nous vraiment le temps d’attendre ? Une étude Ipsos pour le Forum économique mondial a confirmé ce mardi que la France était le pays où les intentions de vaccination sont les plus faibles (40%, en chute de 14 points depuis octobre). Dans ce contexte défavorable, le gouvernement peut-il se permettre de manquer d’allant quand nos voisins européens ont actionné le train de la vaccination en marche rapide ?

Toute la semaine dernière, le ministère de la Santé l’a répété : attention à ne pas confondre vitesse et précipitation. Lors d’une visite à Chanteloup-en-Brie (Seine-et-Marne) d’une des six plateformes logistiques chargées de stocker les doses de vaccins, Olivier Véran a vanté le choix « assumé, revendiqué, de prendre le consentement de personnes qui seront vaccinées » avant d’envoyer la grosse cavalerie. « C’est bien que l’on n’aille pas plus vite », a confirmé le professeur Alain Fischer, le « M. Vaccin » du gouvernement, lundi sur Europe 1 – non sans s’attirer des moqueries.

« Depuis le top départ de la HAS le 24 décembre, nous sommes dans une phase de montée en charge, enchérit Matignon. Nous avons prévu une phase de recueillement de consentement que les autres pays n’ont pas forcément. La vaccination est une course de fond, c’est très important pour nous de ne pas griller les étapes. » Le gouvernement fait donc du consentement du patient la pierre angulaire de sa stratégie de vaccination, laissée au bon vouloir de la population.

Dans les faits, les 15 jours prévus pour cette phase d’amorçage ne seront pas de trop tant la procédure à la française est lourde. Les Ehpad, les unités de soins longue durée et les médecins coordonnateurs (généralistes ou gériatres en charge du suivi médical des résidents) ont reçu il y a tout juste une semaine un guide qui explique en 45 pages extrêmement détaillées comment procéder.

Le recueil du consentement doit se faire dans le cadre d’une consultation de pré-vaccination obligatoire, réalisée « au sein de l’établissement ou par téléconsultation par le médecin traitant ou à défaut, en priorité par le médecin coordonnateur ou par un autre médecin, de sorte que le résident n’a pas à se déplacer en dehors de l’établissement ». Cette consultation doit avoir lieu au minimum cinq jours avant la livraison des vaccins à l’établissement, lui-même prévenu à J-15 de la date décidée par l’agence régionale de santé.

Voilà pour le cadre. Cela se complique si le résident est hors d’état d’exprimer son consentement, c’est-à-dire en « état végétatif » ou en « état de conscience minimale », mais pas uniquement : à voir « au cas par cas », stipule le guide. Dans cette situation, « la décision est prise après consultation du représentant légal, de la personne de confiance désignée, ou d’une personne de sa famille ou à défaut un de ses proches (…). Le témoignage de la personne de confiance l’emporte sur tout autre témoignage (famille, proche, tuteur, mandataire). Le cas échéant, si la personne n’a pas de personne de confiance, ni de famille ou de proche, cette décision peut associer un ou plusieurs membres de l’équipe soignante de l’établissement. »

Tout et rien à la fois est inscrit dans les 45 pages du guide de vaccination adressé aux Ehpad. Cette souplesse est louable, mais elle provoque des céphalées dignes de la Covid

Deux pages dépeignent par le menu qui peut être la personne de confiance, sa mission, le temps et les moyens de sa désignation, qui peut le désigner, etc. Aucune décision n’est définitive, le patient favorable à la vaccination peut revenir sur sa parole jusqu’au moment où la seringue se présente à lui, il peut même demander un temps de réflexion supplémentaire. Tout et rien à la fois est inscrit dans le marbre. Cette souplesse est louable, mais elle provoque des céphalées dignes de la Covid.

Ce n’est pas tout. Il est « indispensable », surligne le guide, d’assurer la traçabilité du recueil du consentement. L’ensemble de la procédure doit être inscrit dans le dossier médical du résident et retracé dans un nouveau système d’information de suivi de la vaccination… qui ne sera pas ouvert avant le 4 janvier. Au-delà de ces formalités, le recueil du consentement se matérialise par une case à cocher par le médecin « oui » ou « non ». Simple comme bonjour !

Cette avalanche de règles et d’exceptions fait craindre le pire sur la capacité des établissements, eux-mêmes engoncés dans leurs propres normes administratives, à se mettre en ordre de marche. « Sur le terrain, les Ehpad ont un peu de mal à digérer les informations », confirme le Dr Jacques Battistoni, généraliste à Ifs (Calvados) et président du syndicat MG France, pour sa part satisfait de la « bonne organisation » d’une campagne qui octroie à chaque généraliste 40 euros par consultation de pré-vaccination ou, selon le nombre de patients à piquer en Ehpad, 105 euros de l’heure ou 420 euros la demi-journée de travail.

En cette période de fêtes de fin d’année, le manque de bras médicaux risque aussi de fragiliser toute cette belle mécanique. Mais là encore, Matignon et le ministère de la Santé sont confiants. Faute de médecin coordonnateur (un établissement sur trois en manque), un « médecin de l’entourage » du patient peut être désigné « médecin référent Covid ». Et pour ce qui est de la vaccination en Ehpad, des infirmières peuvent s’en charger sous la supervision d’un praticien salarié de l’établissement (qui risque de manquer à l’appel) ou libéral (qui risque d’être en congés ou débordé). Et si, malgré toutes ces solutions, les Ehpad sont toujours en déshérence, ils pourront « demander un médecin désigné par l’agence régionale de santé ». Reste à savoir où le trouver

Verdir la politique monétaire de la BCE ?

Verdir la politique monétaire de la BCE ?

Un article intéressant dans la Tribune de Jézabel Couppey-Soubeyran, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne  sur la problématique environnementale de la banque centrale européenne. Mais pour l’instant, force est de constater que l’action de la banque centrale européenne a consisté à racheter des actifs (dettes des pays notamment) et à assurer des liquidités aux banques sans tenir compte de la préoccupation écologique. Il existe des réticences idéologiques mais aussi techniques

Tribune.

 

 

D’ici juin 2021, la Banque centrale européenne (BCE) rendra les décisions de sa révision stratégique. Elle devrait alors annoncer des mesures de réorientation de son cadre de politique monétaire. La soutenabilité environnementale en fera partie. L’heure des décisions approche ; la BCE saura-t-elle, pour aider à parer à la crise climatique, se montrer aussi réactive et flexible que face à la crise sanitaire actuelle ? Au-delà des discours prononcés ces derniers mois, notamment par la directrice générale Christine Lagarde, qui laissent entendre que la BCE va verdir son action, les décisions iront-elles au-delà de tout petits pas ?

Le risque climatique est depuis quelques années dans le viseur des banques centrales, sous l’angle des risques financiers qu’il induit. Depuis 2015, banques centrales et superviseurs ont constitué un réseau (NGFS) dans lequel sont réalisés des travaux pour en guider l’estimation. Si l’approche est louable, elle comporte cependant un risque d’enlisement dans des travaux débouchant au mieux sur des instruments d’alerte tels que les stress tests climatiques.

Dans deux notes publiées le 2 décembre dernier dans un dossier intitulé « La BCE à l’heure des décisions », le think tank Institut Veblen pointe les sources du blocage et appelle la BCE à affirmer un « quoi qu’il en coûte » climatique, en montrant toute une panoplie de mesures monétaires qui pourraient être adoptées dans ce sens. Certaines exigent une modification des statuts de la BCE, mais d’autres peuvent être adoptées dès aujourd’hui.

Il faut d’abord noter que le mandat de la BCE ne lui interdit pas d’orienter sa politique monétaire vers l’atténuation du risque climatique, bien au contraire. L’article 127 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne fait attendre du Système européen de banques centrales (le SEBC, composé de la BCE et des 27 banques centrales nationales) qu’il « apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, dès lors que cela ne porte pas préjudice à l’objectif de stabilité des prix ».

Or, l’objectif de l’UE est d’atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050. En vertu de son mandat, la BCE devrait donc contribuer à cet objectif. Le fait-elle ? Pour le moment, elle n’a pas adopté de démarche active de contribution à la transition écologique. Les représentants de la BCE ont souvent invoqué leur doctrine de « neutralité monétaire » pour justifier de ne pas privilégier certains actifs (en l’occurrence, les plus « verts ») ou de ne pas en exclure dans les programmes d’achats d’actifs ou encore dans les collatéraux acceptés en garanties dans les opérations de refinancement des banques.

Cette justification sonne de plus en plus comme un mauvais prétexte, dans la mesure où, depuis la gestion de crise financière, et plus encore depuis la crise sanitaire, les actifs souverains sont bel et bien privilégiés dans les programmes d’achats d’actifs, ce qui ne permet plus de parler d’approche non sélective.

De plus, l’ampleur des programmes d’achats d’actifs que la BCE a commencé à mener en 2015, dans le cadre de sa politique monétaire non conventionnelle, pour gérer les conséquences de la crise financière de 2007-2008, puis à intensifier, à l’instar des autres grandes banques centrales, pour faire face à la crise sanitaire à partir de mars 2020, l’ont transformé en une véritable teneur du marché, voire même en faiseur de marché (« market maker »).

À fin novembre 2020, les 3 800 milliards d’euros de titres détenus dans le cadre de ces programmes de la BCE en faisaient un très gros investisseur, avec un portefeuille plus de deux fois supérieur à celui du GPIF japonais qui est le plus gros fonds de pension au monde ! Avec un tel poids, la BCE ne va plus pouvoir très longtemps ignorer les principes de la responsabilité environnementale.

Comment s’inquiéter d’un côté que les banques européennes continuent de financer les secteurs et projets les plus intensifs en émission des gaz à effets de serre par les banques européennes, et continuer de présenter elle-même un portefeuille trop carboné ? Sa conversion en la matière aurait une importante valeur de signal et contribuerait à l’alignement des flux financiers sur une trajectoire plus compatible avec les objectifs climatiques et environnementaux de l’Union.

À l’inverse, quand la BCE effectue ses achats d’actifs publics et privés sur les marchés obligataires en restant totalement aveugle à leur empreinte carbone, ses achats bénéficient fatalement plus à des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre, ou du secteur des énergies fossiles, qu’à celles qui le sont moins. En ne rectifiant pas le tir, la BCE retardera l’objectif de neutralité climatique de l’Union.

C’est donc en ne s’engageant pas plus avant dans une action d’atténuation du risque climatique que la BCE enfreindrait son mandat. Sans compter qu’une crise climatique produirait inévitablement une instabilité monétaire, économique, et financière potentiellement irrémédiable.

Sous un angle ou sous un autre, la soutenabilité environnementale constitue donc bien un objectif pour la BCE. L’existence implicite de cet objectif dans l’article 127 n’ayant toutefois pas suffi pour que l’institution contribue activement à la transition écologique, sans doute faudra-t-il l’expliciter. Confier un rôle à la BCE dans le pacte vert de l’Union européenne (Green deal) ou inscrire formellement la notion de soutenabilité environnementale dans l’article 127 favoriserait l’orientation de la politique monétaire vers la transition écologique. Cela n’amenderait que très à la marge son cadre institutionnel.

Quoi qu’il en soit, il existe un assez large nuancier d’options opérationnelles possibles pour « verdir » la politique monétaire :

  • Tout un ensemble d’options « vert clair », consistant, par exemple, à verdir les refinancements en y intégrant un surcoût climatique (MRO vert), en faisant en sorte que les collatéraux acceptés soient alignés sur des trajectoires suffisamment bas carbone (collatéraux verts), en conditionnant les refinancement des banques à l’encours de financements verts qu’elles octroient (TLTRO verts), ou à verdir les achats de titres privés (QE vert responsable). Toutes ces options sont réalisables dans le cadre institutionnel actuel ou restent fidèles à son esprit. Elles ont en commun de ne pas impliquer directement la banque centrale dans le financement de la transition écologique et, de ce fait, lui feraient exercer un rôle certes plus actif qu’actuellement mais limité.
  • La plus vive des options « vert clair » serait un programme d’achats d’actifs publics émis pour financer des investissements climats, la seule dans ce premier ensemble à « faciliter » l’investissement public dans la transition, sans cependant le financer directement.
  • Une autre option, celle « vert vif », consisterait à monétiser des dépenses publiques nécessaires à la transition écologique. La banque centrale participerait alors directement au financement de la transition écologique. Son pouvoir de création monétaire serait mis au service de la collectivité et permettrait de réaliser les investissements dont le rendement insuffisant ou à trop long terme rend inenvisageable un financement privé. C’est l’option qui combinerait le mieux politique monétaire, politique budgétaire et politique prudentielle dans un policy-mix vert. Seule cette option assurerait, en effet, un financement qui préserverait les finances publiques et, parce qu’il n’alimenterait pas la dette, préserverait aussi la stabilité financière, dans le même sens que la politique prudentielle. Mais c’est aussi l’option exigeant le plus de changements sur le plan institutionnel, donc forcément celle qui suscitera le plus d’oppositions.

Pour avancer vers le « vert vif », il faudra probablement passer d’abord par les nuances du « vert clair », moins pour des raisons de fond qu’au vu des blocages institutionnels et politiques qui ne sont pas aisés à lever. Toutes ces options ne sont en tout cas pas exclusives les unes des autres. Même si face à l’urgence écologique, les petits pas ne suffiront pas.

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Par Jézabel Couppey-Soubeyran, Maître de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Wojtek Kalinowski, sociologue et directeur de l’Institut Veblen, a co-rédigé cet article.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 » Pour une puissance politique et militaire européenne « 

«  Pour une puissance politique et militaire européenne « 

Pour sauver la démocratie, partout menacée, l’heure n’est plus aux batailles fratricides mais à resserrer les rangs entre les Etats-Unis et l’Union européenne, qui doit enfin se doter d’une défense commune, plaident, dans une tribune au « Monde », l’eurodéputé Bernard Guetta et vingt-six autres membres du groupe Renew du Parlement européen.

 

Tribune.

 

 Le temps presse. Les défis que nous avons à relever, nous, démocrates européens et américains, sont immenses car le respect des droits de l’homme et la concertation entre les nations, les valeurs et principes sur lesquels l’ordre international avait été refondé aux lendemains de la défaite nazie sont maintenant contestés par des puissances politiques et des courants intellectuels toujours plus nombreux.

Il y a la Chine, la Turquie, les Philippines ou la Russie, mais les Etats-Unis connaissent, eux, la montée du complotisme, tandis que l’Union européenne doit compter avec des « démocraties illibérales » et l’enracinement d’extrêmes droites nationalistes séduites par les régimes les plus autoritaires. Partout menacée, la démocratie peut perdre la bataille, et cette seule possibilité nous interdit le luxe des querelles secondaires et de la division.

Parce que nous sommes dans la même tranchée, nous ne pouvons plus, nous, démocrates américains et européens, laisser les différends commerciaux des Etats-Unis et de l’Union européenne dégénérer en empoignades fratricides. Entre nous, la règle ne doit plus être la rétorsion mais le compromis. Loin de nous autoriser tous les coups, la compétition entre nos industries doit nous conduire, au contraire, à nous imposer des règles communes en matière d’aides publiques, d’environnement et de fiscalité, afin de pouvoir resserrer nos rangs sur la scène internationale.

Les Etats-Unis n’ont plus d’intérêts à défendre en Europe

C’est la première des révolutions culturelles que nous avons à opérer et, parallèlement, nous ne pouvons plus faire, nous, les Européens, comme si l’élection de Joe Biden nous garantissait la même protection militaire qu’au temps de la guerre froide. Ce ne serait qu’illusion car les Etats-Unis n’ont plus d’intérêts vitaux à défendre en Europe. Ils n’ont même plus d’approvisionnements pétroliers à s’assurer au Proche-Orient, et leurs priorités d’aujourd’hui – ils le disent, nous le savons – sont le Pacifique et l’Asie, la zone où ils doivent relever le défi chinois.

Sauf à nous retrouver nus face aux nostalgies des empires défaits, aux chaos des mondes musulmans, au terrorisme djihadiste et à la poussée de la Chine, nous devons donc nous doter d’une défense commune. Dans aucune des capitales de l’Union, cette perspective n’est plus l’absolu tabou qu’elle avait constitué. Pourtant, nous ne nous hâtons guère de passer aux actes.

Certains d’entre nous craignent de renouer avec la puissance militaire. D’autres ne veulent pas risquer de précipiter un désengagement américain. D’autres encore, souvent les mêmes, ne se résolvent pas à accroître leurs difficultés budgétaires en augmentant leurs dépenses militaires et, sans même se l’avouer, beaucoup des Etats membres persistent à croire que, la parenthèse Trump refermée, le parapluie américain se rouvrira, comme au bon vieux temps.

Politique– Macron : pensée complexe ou pensée confuse ?

Politique– Macron : pensée complexe ou pensée confuse ?

 

Il ne manque pas de journalistes complaisants pour vanter la pensée complexe de Macron. Une très longue interview dans l’Express donne encore à des admirateurs zélés d’en faire la démonstration. La vérité sans doute ce qu’ils confondent pensée complexe et pensée confuse. Exemple ce fumeux concept de privilèges de l’homme  blanc sur tous les autres mettant dans le même panier toutes les origines étrangères, comme si on pouvait confondre les conditions d’intégration et d’assimilation des populations asiatiques par exemple avec d’autres.

Essentialiser ainsi relève de la caricature pour faire plaisir à certaines minorités agissantes. Pour appuyer sa démonstration, Macron prend son propre exemple comme s’il était représentatif de la population moyenne française. Il doit sans doute ignorer ce que vivent certains Français dont le ménage doit se contenter d’un revenu au SMIC avec deux ou trois enfants dans un HLM de banlieue. Il y a un monde socio économique entre cette population et le jupitérien Macron dont le seul mérite a été de profiter d’amitiés proches du pouvoir.

Notons que s’il a réussi à l’école normale d’administration ( l’école du bla-bla) il  a par contre échoué à l’école normale supérieure en raison de son insuffisance en lettres !

Autre exemple de la pensée confuse de Macron quand il condamne la société de l’émotion permanente. Lui qui au moindre fait économique, social,  sociétal ou tout simplement divers se précipite sur l’événement pour en rajouter une couche et surtout paraître renforçant ainsi précisément le caractère émotionnel du fait en cause.

Jamais un président de la république n’a été aussi présent dans la sphère médiatique, jamais un président n’a confondu autant sa fonction, avec celle de premier ministre, de ministre et de directeur d’administration. Si Macon a apporté une contribution au domaine intellectuel, c’est avec son fameux en même temps. Une formule qui permet de tout dire et l’inverse. Et qui justifie tout autant son immobilisme politique que sa pensée fumeuse et contradictoire.

 

« Politique sanitaire : changer de paradigme »

« Politique sanitaire : changer de paradigme »

 

L’analyse des données collectées durant le premier déconfinement, au printemps, indique que le système de dépistage mis en place en France à l’époque n’avait été capable de détecter qu’une fraction des cas symptomatiques en circulation. Les scientifiques Vittoria Colizza, Giulia Pullano et Laura Di Domenico expliquent les tenants et aboutissants de ces travaux publiés fin décembre dans la revue Nature, et font le point sur les améliorations à envisager pour éviter de devoir passer l’hiver en confinement. Entre parenthèse( article the conversation)

 

The Conversation : Vos travaux portant sur le dépistage des cas de Covid-19 lors du premier déconfinement viennent d’être publiés dans la très estimée revue Nature. Pourriez-vous nous les présenter?
Laura Di Domenico : L’objectif de ces travaux était d’évaluer les performances du système de dépistage mis en place en France au cours des premières semaines qui ont suivi le déconfinement du printemps. Nous avons pour cela évalué le taux de détection, c’est-à-dire la fraction des cas détectés par le système de dépistage en regard du nombre total de cas d’infections existant dans le pays, que nous avons estimé grâce à un modèle mathématique.

Nous nous sommes basés sur les résultats d’analyses biologiques recensés par la base de données appelée SI-DEP (Système d’Informations de DEPistage). Nous avons aussi utilisé les données d’admission à l’hôpital et celles concernant la sévérité des symptômes.

Notre modèle mathématique tenait compte à la fois des risques de transmission durant la phase présymptomatique, du rôle des individus asymptomatiques, et de celui joué par les individus présentant divers degrés de sévérité des symptômes – y compris ceux qui n’ont pas forcément consulté leur médecin. Il a été calibré sur le nombre d’admissions à l’hôpital au sein de chaque région. Ce modèle a aussi été paramétré grâce à des données empiriques pour tenir compte de la circulation de la population lors du déconfinement, en particulier les données de scolarisation et la présence sur le lieu de travail. Le respect des mesures barrières a aussi été pris en compte : nos travaux ont montré que celui-ci varie en fonction de l’âge des individus.

Ce modèle nous a permis d’obtenir une estimation du nombre de cas réels, incluant à la fois les cas symptomatiques détectés et ceux qui ne l’ont pas été. Sur cette base, nous avons pu évaluer le taux de détection.

Vittoria Colizza : Une des difficultés rencontrées par les modélisateurs au cours de cette épidémie a été de décrire la propagation du virus, sa circulation dans la population. Celle-ci change en fonction des restrictions mises en place, de la façon dont on les lève. Pendant le déconfinement, lesdites restrictions ont été levées progressivement, et la proportion de la population qui a repris le travail a changé fortement au fil des semaines. La réouverture des écoles s’est aussi faite de façon différenciée selon les régions et les degrés scolaires, sans aucune obligation : le pourcentage de présence a donc beaucoup varié.

Autre point important pour comprendre la trajectoire de l’épidémie : le délai de collecte des données. Si une personne infectée se fait tester trois jours après les premiers symptômes, cela signifie qu’elle a pu transmettre la maladie durant plusieurs jours. Pour tenir compte de ce délai et de son impact sur le nombre d’infections potentielles, nous avons utilisé des approches statistiques, sur la base des données SI-DEP et des informations que les personnes qui se sont fait dépister ont donné au moment du test : ont-ils eu des symptômes, et surtout, combien de temps avant leur démarche de dépistage.

The Conversation : La sensibilité et la spécificité des tests influent aussi sur la détection…
Oui. Cela rajoute une difficulté, mais dans le cas de ces travaux, les données provenaient uniquement de tests PCR, qui ont une spécificité et une sensibilité très élevée. Selon le moment du dépistage, cependant, il peut aussi y avoir des faux négatifs, ce qui signifie que le taux de sous-détection pourrait encore être un peu sous-estimé.

Les tests antigéniques compliquent un peu les choses aujourd’hui, essentiellement parce que leur niveau de sensibilité n’est pas encore très clair, en particulier pour les personnes peu symptomatiques, voire asymptomatiques (des études sont en cours, nous devrions avoir une vision plus claire dans les semaines à venir, maintenant que leur utilisation s’est généralisée).

The Conversation : Quels résultats avez-vous obtenus?
Giulia Pullano : Nos travaux montrent qu’en mai et juin, 90% des cas symptomatiques n’ont pas été détectés par le système de surveillance. Autrement dit, on ne détectait à cette époque en moyenne qu’un cas symptomatique sur 10 dans le pays.

Cependant, ce taux de détection a augmenté au fil du temps, grâce à l’amélioration du système de détection. Le délai moyen entre l’apparition des symptômes et le test a notamment diminué de 78% entre mai et juin. À la fin du mois de juin, le taux de détection avait grimpé à 38%.

Nos travaux soulignent aussi un point important : plus l’incidence de la maladie est élevée, plus le taux de détection chute. De nombreux cas ne sont plus détectés lorsque le virus circule fortement. En mai et juin, de grandes disparités existaient entre les régions les plus touchées et les autres.

VC : Ce résultat est à souligner, car quand on parle de tests de dépistage on parle toujours du nombre de tests qu’on fait, ainsi que du taux de positivité des tests (ndlr : Le taux de positivité des tests virologiques correspond au nombre de personnes testées positives par RT-PCR et test antigénique pour la première fois depuis plus de 60 jours, rapporté au nombre total de personnes testées positives ou négatives sur une période donnée – et qui n’ont jamais été testées positives dans les 60 jours précédents). Mais ces deux indicateurs ne permettent pas de se faire une idée de la performance du système de détection. Ils ne nous disent pas combien nous sommes capables de détecter de cas par rapport à l’ensemble des cas réels.

En mai et juin, le taux de positivité était inférieur à celui recommandé par l’OMS, et pourtant nous avons raté 9 cas sur 10. C’est parce qu’on oublie que les recommandations de l’OMS se basent sur une situation dans laquelle la surveillance des cas symptomatiques est systématique. Concrètement, cela veut dire qu’une grande majorité des personnes présentant des symptômes se font tester. On peut donc retracer leurs contacts et trouver les cas asymptomatiques correspondants. Or pendant le premier déconfinement, nous n’avons pas été capables de mettre en place une surveillance des cas symptomatiques aussi performante.

La clé du succès est vraiment d’avoir une stratégie de dépistage ciblée sur les cas symptomatiques. Aujourd’hui l’incidence hebdomadaire est d’environ 100 cas sur 100.000 personnes, soit 1 cas sur 1.000. Cela signifie que si l’on teste 10.000 personnes, on va trouver en moyenne 10 cas, ce qui est peu. Cette situation est liée au fait que nous veillons à protéger le système hospitalier en gardant une faible circulation du virus en population. Dans ce contexte, on constate que tester aléatoirement n’est pas adapté (car on détecte ainsi seulement très peu de cas). Il faut plutôt de cibler les tests.

TC : Concrètement, comment cela se traduirait-il?
VC : Il faut réussir à tester le plus grand nombre de cas symptomatiques possibles. Mais c’est là toute la difficulté, car dans cette maladie le spectre des symptômes est large. Le virus ne donne pas à chaque fois lieu à une maladie sévère, il n’oblige pas systématiquement les gens à consulter. Si c’était le cas, comme cela l’avait été durant l’épidémie de SARS de 2002-2003, l’épidémie actuelle aurait été plus facile à maîtriser (en outre, dans le cas du SARS il n’y avait pas de phase présymptomatique durant laquelle les personnes infectées auraient pu transmettre la maladie, contrairement au SARS-CoV-2).

Le problème est celui des formes légères : la personne atteinte ne comprend pas forcément qu’elle a le Covid. Qui plus est, elle n’a pas forcément besoin de soin. Mais elle risque de propager la maladie malgré tout, qui peut alors toucher des personnes vulnérables. Un parcours de santé public, plutôt qu’un parcours de soin, est nécessaire pour ces personnes : les individus peu symptomatiques doivent être pris en charge pour que l’on puisse identifier leurs contacts, leur procurer des recommandations pour s’isoler au mieux, ainsi qu’une aide et un suivi pour la mise en place de l’isolement, etc.

TC : A-t-on progressé sur cette question?
VC : L’accès aux tests a été simplifié, c’est un premier pas très important. Il n’y a plus besoin d’ordonnance pour se faire dépister, ce qui peut lever certaines réticences en cas de symptômes légers. Les gens n’ont pas forcément envie d’aller chez le médecin pour se faire prescrire un test s’ils ont juste un léger mal de tête. Par ailleurs, le délai engendré par cette étape supplémentaire, qui fait que l’on prenait du retard sur l’épidémie, n’existe plus. En outre, les délais se sont aussi améliorés grâce à la disponibilité des tests antigéniques.

Il faut cependant insister sur les recommandations : les gens doivent comprendre qu’il faut aller se faire dépister au moindre symptôme qui pourrait être compatible avec le Covid. Idéalement, tout symptôme d’infection respiratoire devrait encourager à se faire tester. Les symptômes spécifiques de la Covid (fatigue, perte de goût, d’odorat…) ne sont en effet pas présents systématiquement en cas d’infection.

TC : Dans ces conditions, évidemment, il faut que le système de traitement suive derrière, car beaucoup plus de gens vont se faire tester. Est-ce la raison pour laquelle une des conditions du second déconfinement était de ne pas dépasser 5.000 cas par jour?
VC : Effectivement. Ce système de dépistage-isolement fonctionne très bien dans les cas où l’incidence de la maladie est très faible. Comme nous le précisions, nos résultats montrent que le taux de détection qu’on est capable d’atteindre dépend de l’incidence : il est meilleur lorsque l’incidence est faible.

Cette loi qui met en relation le taux de détection qu’on est capable d’atteindre en fonction de l’incidence de la maladie est un bon indicateur pour dire à quel moment on peut sortir du confinement : on sait qu’à telle incidence correspond en fait tel taux de détection.

Dans une autre étude que nous avions mené lors du premier confinement, nous avions montré qu’il faut trouver au moins une infection sur deux (ce qui permet de mettre la personne à l’isolement, de trouver ses contacts) pour éviter d’avoir une résurgence de cas et pour éviter d’être obligé de mettre en place des mesures de distanciation sociale très strictes, comme le confinement.

C’est pourquoi il faut vraiment que les tests deviennent une habitude. On peut imaginer que, dans les semaines ou les mois à venir, d’autres technologies permettront d’améliorer encore la situation, comme le prélèvement salivaire, actuellement à l’étude. Au début cette approche a été mise de côté, car trop peu sensible, mais les protocoles ont été améliorés. On peut imaginer que dans quelques temps, les gens pourront se tester eux-mêmes.

Si nous voulons éviter de passer les quatre prochains mois confinés, il faut changer de paradigme.

TC : Pourquoi certains pays, comme la Corée du Sud, ont mieux réussi que la France?
VC : Ils ont utilisé des méthodologies plus invasives, qui n’auraient pas été acceptées en France ou en Europe. La Corée du Sud croise par exemple énormément de bases de données contenant des informations sur les individus : achats par carte bancaire, caméras de vidéosurveillance, applications de traçage… La question de la vie privée y est abordée différemment qu’en France et, plus largement, en Europe. Mais ce n’est pas la seule raison du succès de ce pays. La Corée était notamment bien préparée à ce type d’épidémie car elle avait déjà vécu non seulement l’épidémie de SARS, mais aussi celle de MERS.

L’exemple de Singapour est également intéressant : tous les travailleurs de secteurs considérés comme essentiels sont testés chaque semaine. En outre, pour chaque cas symptomatique testé, 10 cas contacts sont suivis et placés en isolement préventif avant d’être testés. En France et en Europe, ce chiffre est plutôt de 3 à 4.

Mettre en place ce type de mesure requiert non seulement une logistique et des stocks, mais aussi un changement de paradigme. Nous n’avons pas cette culture qui consiste à utiliser l’isolement individuel comme arme pour combattre l’épidémie, alors que c’est un moyen de lutte traditionnel en épidémiologie. Nous avons plutôt tendance à confiner tout le monde ou presque, plutôt que les personnes à cibler.

À cela s’ajoute aussi certainement une composante culturelle : la campagne de dépistage menée au Havre n’a par exemple pas été autant suivie qu’on l’espérait.

TC : Que va-t-il se passer en janvier, après les fêtes de fin d’année?
VC : La réponse à cette question est difficile à donner, car ce qui va se passer en janvier dépend des mesures qu’on va mettre en place : a-t-on l’intention de continuer à casser la courbe? Va-t-on tolérer une certaine augmentation, jusqu’au moment où la tension va devenir trop importante sur les hôpitaux? Une chose est sûre, si on ne fait rien, nous allons sans doute assister à une augmentation des cas. Nous sommes en hiver, et les conditions sont favorables à la propagation de l’épidémie.

Il faut être bien conscient que si les gestes barrières et le port du masque sont importants, ils ne suffisent pas à endiguer à eux seuls la pandémie, sinon elle serait aujourd’hui de l’histoire ancienne : en Asie du Sud-Est, ces mesures sont en place depuis le début de l’année.

C’est ici que le dépistage intervient, de façon complémentaire. Plutôt que de se focaliser sur les vacances et les semaines à venir, il faut se placer dans une perspective de long terme. Cet hiver, nous devrons continuer à combattre cette épidémie avec les outils dont nous disposons aujourd’hui. En effet, la vaccination ne freinera probablement pas l’épidémie avant l’hiver prochain. Il ne s’agit pas d’être pessimiste, mais de réaliser qu’on ne va pas sortir de cette épidémie dans les 15 prochains jours…

TC : Le taux de détection a-t-il un impact sur la détection de nouveaux variants, tels que celui qui a entraîné l’isolement du Royaume-Uni récemment?
VC : Sans doute, mais nous n’avons pas étudié cet aspect. Il faut savoir que seule une sous-partie des cas positifs est séquencée, et que ce nombre de séquençages varie énormément d’un pays à l’autre. Pour ce qui est de répondre à la question que tout le monde se pose, à savoir si ce nouveau variant britannique a pu diffuser ailleurs en Europe, on peut répondre que c’est très probable, étant donné qu’il circule en Angleterre depuis septembre. Il a d’ailleurs été identifié à Rome ces derniers jours, à partir d’échantillons provenant de ressortissants qui revenaient du Royaume-Uni.

Vittoria Colizza, Directrice de recherche – Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université), InsermGiulia Pullano, Doctorante en santé publique, Inserm et Laura Di Domenico, Doctorante en santé publique, Inserm

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Macron : Fin de l’isolement sanitaire, début de l’isolement politique

Macron : Fin de l’isolement sanitaire, début de l’isolement politique

 

 

Macron sort  de l’isolement sanitaire mais va s’engager pour le temps qui lui reste dans une période particulièrement complexe et dangereuse. Il aura en effet à justifier un bilan économique assez catastrophique puisque par exemple la baisse de la croissance en France 2020 aura été à peu près le double de celle de l’Allemagne. Mécaniquement le chômage a suivi. Surtout ce chômage va s’amplifier de manière considérable en 2021. En 2020,  on a déjà perdu 700 à 800 000 emplois et en 2021 on atteindra sans doute 1 million supplémentaire.

 

Politiquement Macron va voir se décomposer progressivement sa majorité. Les alliés vont se montrer de plus en plus critiques et au sein même d’EN MARCHE les défections vont s’ajouter aux déceptions chez les députés dont la plupart vont hésiter à se présenter avec l’image du parti présidentiel.

 

On reprochera aussi à Macron sa gestion très contradictoire de la crise sanitaire alternant laxisme et étatisme. Pour parler clair, le temps n’est plus aux réformes mais à la justification du passé. Sur ce terrain, Macron sera de plus en plus isolé.

 

“Durant la maladie, il a pu rester mobilisé sur les principaux dossiers d’actualité de notre pays et tenir conseils et réunions prévus. Il poursuivra de la même manière son action dans les heures et jours à venir”, a précisé l’Elysée dans un communiqué très neutre qui traduit sans doute un peu l’expectative de l’Élysée.

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La soutenabilité environnementale de la politique monétaire

La soutenabilité environnementale de la politique monétaire

Jézabel Couppey-Soubeyran, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (*) explique comment la BCE pourrait verdir sa politique monétaire. (Chronique dans the conversation))

 

D’ici juin 2021, la Banque centrale européenne (BCE) prendra les décisions de sa révision stratégique. Elle devrait alors annoncer des mesures de réorientation de son cadre de politique monétaire. La soutenabilité environnementale en fera partie. L’heure des décisions approche ; la BCE saura-t-elle, pour aider à parer à la crise climatique, se montrer aussi réactive et flexible que face à la crise sanitaire actuelle ? Au-delà des discours prononcés ces derniers mois, notamment par la directrice générale Christine Lagarde, qui laissent entendre que la BCE va verdir son action, les décisions iront-elles au-delà de tout petits pas ?

Le risque climatique est depuis quelques années dans le viseur des banques centrales, sous l’angle des risques financiers qu’il induit. Depuis 2015, banques centrales et superviseurs ont constitué un réseau (NGFS) dans lequel sont réalisés des travaux pour en guider l’estimation. Si l’approche est louable, elle comporte cependant un risque d’enlisement dans des travaux débouchant au mieux sur des instruments d’alerte tels que les stress tests climatiques.

Dans deux notes publiées le 2 décembre dernier dans un dossier intitulé « La BCE à l’heure des décisions », le think tank Institut Veblen pointe les sources du blocage et appelle la BCE à affirmer un « quoi qu’il en coûte » climatique, en montrant toute une panoplie de mesures monétaires qui pourraient être adoptées dans ce sens. Certaines exigent une modification des statuts de la BCE, mais d’autres peuvent être adoptées dès aujourd’hui.

Les traités ne sont pas un obstacle

Il faut d’abord noter que le mandat de la BCE ne lui interdit pas d’orienter sa politique monétaire vers l’atténuation du risque climatique, bien au contraire. L’article 127 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne fait attendre du Système européen de banques centrales (le SEBC, composé de la BCE et des 27 banques centrales nationales) qu’il « apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, dès lors que cela ne porte pas préjudice à l’objectif de stabilité des prix ».

Or, l’objectif de l’UE est d’atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050. En vertu de son mandat, la BCE devrait donc contribuer à cet objectif. Le fait-elle ? Pour le moment, elle n’a pas adopté de démarche active de contribution à la transition écologique. Les représentants de la BCE ont souvent invoqué leur doctrine de « neutralité monétaire » pour justifier de ne pas privilégier certains actifs (en l’occurrence, les plus « verts ») ou de ne pas en exclure dans les programmes d’achats d’actifs ou encore dans les collatéraux acceptés en garanties dans les opérations de refinancement des banques.

Cette justification sonne de plus en plus comme un mauvais prétexte, dans la mesure où, depuis la gestion de crise financière, et plus encore depuis la crise sanitaire, les actifs souverains sont bel et bien privilégiés dans les programmes d’achats d’actifs, ce qui ne permet plus de parler d’approche non sélective.

De plus, l’ampleur des programmes d’achats d’actifs que la BCE a commencé à mener en 2015, dans le cadre de sa politique monétaire non conventionnelle, pour gérer les conséquences de la crise financière de 2007-2008, puis à intensifier, à l’instar des autres grandes banques centrales, pour faire face à la crise sanitaire à partir de mars 2020, l’ont transformé en une véritable teneur du marché, voire même en faiseur de marché (« market maker »).

À fin novembre 2020, les 3 800 milliards d’euros de titres détenus dans le cadre de ces programmes de la BCE en faisaient un très gros investisseur, avec un portefeuille plus de deux fois supérieur à celui du GPIF japonais qui est le plus gros fonds de pension au monde ! Avec un tel poids, la BCE ne va plus pouvoir très longtemps ignorer les principes de la responsabilité environnementale.

Comment s’inquiéter d’un côté que les banques européennes continuent de financer les secteurs et projets les plus intensifs en émission des gaz à effets de serre par les banques européennes, et continuer de présenter elle-même un portefeuille trop carboné ? Sa conversion en la matière aurait une importante valeur de signal et contribuerait à l’alignement des flux financiers sur une trajectoire plus compatible avec les objectifs climatiques et environnementaux de l’Union.

À l’inverse, quand la BCE effectue ses achats d’actifs publics et privés sur les marchés obligataires en restant totalement aveugle à leur empreinte carbone, ses achats bénéficient fatalement plus à des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre, ou du secteur des énergies fossiles, qu’à celles qui le sont moins. En ne rectifiant pas le tir, la BCE retardera l’objectif de neutralité climatique de l’Union.

C’est donc en ne s’engageant pas plus avant dans une action d’atténuation du risque climatique que la BCE enfreindrait son mandat. Sans compter qu’une crise climatique produirait inévitablement une instabilité monétaire, économique, et financière potentiellement irrémédiable.

Un nuancier de mesure

 

Sous un angle ou sous un autre, la soutenabilité environnementale constitue donc bien un objectif pour la BCE. L’existence implicite de cet objectif dans l’article 127 n’ayant toutefois pas suffi pour que l’institution contribue activement à la transition écologique, sans doute faudra-t-il l’expliciter. Confier un rôle à la BCE dans le pacte vert de l’Union européenne (Green deal) ou inscrire formellement la notion de soutenabilité environnementale dans l’article 127 favoriserait l’orientation de la politique monétaire vers la transition écologique. Cela n’amenderait que très à la marge son cadre institutionnel.

Quoi qu’il en soit, il existe un assez large nuancier d’options opérationnelles possibles pour « verdir » la politique monétaire :

  • Tout un ensemble d’options « vert clair », consistant, par exemple, à verdir les refinancements en y intégrant un surcoût climatique (MRO vert), en faisant en sorte que les collatéraux acceptés soient alignés sur des trajectoires suffisamment bas carbone (collatéraux verts), en conditionnant les refinancement des banques à l’encours de financements verts qu’elles octroient (TLTRO verts), ou à verdir les achats de titres privés (QE vert responsable). Toutes ces options sont réalisables dans le cadre institutionnel actuel ou restent fidèles à son esprit. Elles ont en commun de ne pas impliquer directement la banque centrale dans le financement de la transition écologique et, de ce fait, lui feraient exercer un rôle certes plus actif qu’actuellement mais limité.
  • La plus vive des options « vert clair » serait un programme d’achats d’actifs publics émis pour financer des investissements climats, la seule dans ce premier ensemble à « faciliter » l’investissement public dans la transition, sans cependant le financer directement.
  • Une autre option, celle « vert vif », consisterait à monétiser des dépenses publiques nécessaires à la transition écologique. La banque centrale participerait alors directement au financement de la transition écologique. Son pouvoir de création monétaire serait mis au service de la collectivité et permettrait de réaliser les investissements dont le rendement insuffisant ou à trop long terme rend inenvisageable un financement privé. C’est l’option qui combinerait le mieux politique monétaire, politique budgétaire et politique prudentielle dans un policy-mix vert. Seule cette option assurerait, en effet, un financement qui préserverait les finances publiques et, parce qu’il n’alimenterait pas la dette, préserverait aussi la stabilité financière, dans le même sens que la politique prudentielle. Mais c’est aussi l’option exigeant le plus de changements sur le plan institutionnel, donc forcément celle qui suscitera le plus d’oppositions.

Pour avancer vers le « vert vif », il faudra probablement passer d’abord par les nuances du « vert clair », moins pour des raisons de fond qu’au vu des blocages institutionnels et politiques qui ne sont pas aisés à lever. Toutes ces options ne sont en tout cas pas exclusives les unes des autres. Même si face à l’urgence écologique, les petits pas ne suffiront pas.

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Par Jézabel Couppey-Soubeyran, Maître de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Wojtek Kalinowski, sociologue et directeur de l’Institut Veblen, a co-rédigé cet article.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

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