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Planification urbaine : « des maires aux visions dangereuses

Planification urbaine : « des maires aux visions dangereuses

 

Alain Bertaud a dirigé la planification urbaine à la Banque mondiale, où il a accompagné pendant vingt ans le développement des nouvelles métropoles asiatiques et russes. Il est convaincu que les urbanistes doivent être modestes et laisser aux villes leur spontanéité.

La France est connue pour le poids des normes. Mais en vivant Etats-Unis, constatez-vous que c’est aussi un problème là-bas ?

Dans l’habitat et l’urbanisme, les Etats-Unis ont des normes beaucoup plus sévères que la France, sauf dans des Etats du Sud. J’habite dans la banlieue ouest de New York, à 30 minutes de Manhattan. Pour refaire trois marches devant notre maison, nous avons dû demander un permis de construire, la ville est ensuite venue inspecter les fondations et le travail de l’artisan. Cela coûte cher, c’est long. Tout est complètement décentralisé, donc chaque ville a ses propres normes, ses commissions avec des volontaires qui aiment se mêler des affaires des autres. S’ils peuvent empêcher une maison de se construire, ils sont ravis !

On pourrait pourtant penser que les Etats-Unis sont plus libéraux…

Non, les règlements sont universels, et il y en a eu pléthore ces dernières années. Les urbanistes se disent qu’on pourrait redessiner les villes de façon plus efficace, et essayent de prendre un contrôle plus important sur elles. Ils sont soutenus par les politiques pour des raisons électorales. Les habitants sont habitués à la ville telle qu’elle est, donc la plupart des règlements sont faits pour rendre le changement difficile. Or, on a besoin de changements, par exemple pour permettre à un nouvel instituteur de trouver un logement abordable près de son école. On est en train de bâtir un immobilisme général dans le monde entier, sauf en Asie de l’Est. Je pense que l’on se trompe complètement.

« Si on avait laissé le secteur privé faire des parkings, le prix aurait été élevé et l’on n’aurait pas subventionné la voiture dans le centre-ville »

Que préconisez-vous ?

Une ville est très complexe et spontanée, car elle est composée d’individus et d’entreprises qui veulent changer. Les urbanistes et les maires doivent permettre, soutenir et filtrer ces changements venus de la base, pas en imposer. Ceux qui ont une « vision » pour la ville, une idée de ce que la ville doit être — je pense par exemple à la maire de Paris Anne Hidalgo — ont un côté dangereux, et en général, malgré le soutien qu’ils peuvent trouver, ils butent sur des difficultés. Or, lorsqu’un acteur privé se trompe, ce n’est pas grave : une boulangerie ouverte à des horaires qui n’intéressent pas les clients fait faillite. Mais si le maire décide de créer des règlements stricts sur les boulangeries, cela peut être dramatique.

Les urbanistes devraient uniquement s’occuper des grandes infrastructures de transport, de traitement des eaux usées, de raccordement des immeubles aux réseaux, des normes incendie. Un utilisateur ne peut pas décider à l’avance si une tour va brûler en dix minutes, c’est une question d’experts. Mais pour savoir si un séjour fait 10 ou 30 m2, l’utilisateur peut décider ce qui lui plaît et le promoteur s’ajustera à la demande.

Vous êtes dur avec la maire de Paris, mais un piéton peut trouver que l’espace que l’on a concédé à la voiture est trop important, comparé aux trottoirs parfois très étroits…

Justement ! La largeur des trottoirs et l’espace donné aux voitures viennent de dessins d’urbanistes ! C’est un des reproches que je leur fais : trop interférer sur ce qui se fait dans le privé. Mettre des minimums de taille de salle de bains et de cuisine et délaisser l’espace public dont ils sont responsables. Un acteur privé ne peut pas changer la largeur des trottoirs. Beaucoup de municipalités ont créé des parkings municipaux gratuits ou très subventionnés, c’est une erreur énorme, cela n’a rien de spontané. Si on avait laissé le secteur privé faire des parkings, le prix aurait été élevé et l’on n’aurait pas subventionné la voiture dans le centre-ville.

D’ailleurs, on ne devrait pas parler de « supprimer les voitures » mais « les automobilistes ». Pourquoi quelqu’un conduit-il dans Paris ? Pas pour le plaisir. Une grande partie des véhicules abritent des plombiers, électriciens, livreurs. Des villes comme Paris, Londres ou New York sont constamment en train d’être rénovées, il faut des flots de véhicules pour alimenter cette vie. Le transport est un problème d’immobilier. La voiture consomme trop d’espace et ne paye pas assez pour cet espace. Quand quelqu’un ne paye pas pour quelque chose, il en consomme plus qu’il ne devrait. On pourrait sans doute résoudre le problème avec des petites voitures et des scooters électriques.

Paris a-t-il tout de même des avantages ?

Oui, les règlements sont transparents : à Paris, ils font exactement ce qu’ils disent qu’ils font, c’est-à-dire conserver le patrimoine, maintenir la ville comme elle était au temps des Impressionnistes. A contrario, un règlement qui interdit de construire plus haut que quatre étages parce que ce ne serait pas bon pour l’environnement, c’est inventé sur le moment, parce qu’on ne veut pas un voisin qui a deux étages de plus que soi, ou parce que le maire se dit : “Bon sang, si l’on construit plus, je devrai ajouter une classe ou une école, mais je n’ai pas le budget.”

Les raisons pour lesquelles on interdit des choses ne sont jamais celles qu’on dit, c’est souvent pour se donner bonne conscience. Lorsque j’ai fait les Beaux-Arts dans les années 1960, on avait découvert que lorsque les rats étaient trop nombreux dans une cage, ils se mordaient entre eux et faisaient moins de petits. Les urbanistes avaient utilisé cette étude pour limiter la densité, alors qu’il y a des villes comme Tokyo ou Hong Kong très vivables à haute densité. La densité n’a rien à voir avec la qualité de vie, c’est le design qui fait la qualité de vie.

Un autre avantage de Paris par rapport aux villes américaines est que l’on peut changer un habitat en commerce ou en bureau et inversement sans difficulté. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de restaurants et de bars. Aux Etats-Unis, en revanche, il y a un « zonage » très important. A New York, pour ouvrir un café à la place d’un magasin de chaussures, il faut faire venir un administrateur public qui peut refuser. Il existe une ancienne zone industrielle de Greenwich Village où la ville a décidé que les habitants doivent être des artistes. Ils doivent envoyer un portfolio à la municipalité et une commission décide s’ils sont artistes. Du délire complet !

Mais sans planification, ne risque-t-on pas de poursuivre l’étalement urbain ?

A Paris en 1910, il y avait 1,5 million de personnes de plus qu’aujourd’hui à l’intérieur du périphérique, avec des infrastructures moins sophistiquées. Le problème ce n’est pas la densité, mais sa viabilité, la surutilisation du plancher avec trois personnes par pièce dans les quartiers pauvres. Il faut répondre à la demande plutôt que de planifier et d’avoir des idées très rigides. Que les gens décident s’ils préfèrent vivre en banlieue avec une faible densité et un jardin, ou dans une tour.

Aux Etats-Unis, New York et San Francisco bloquent la construction nouvelle et les individus vont vers les villes du sud, où la voiture règne. A Houston (Texas), chaque promoteur fixe ses règles. Au bout d’un moment on voit que les habitants voudraient construire un logement pour leur grand-mère dans la cour, et le règlement permet cela. Autour des universités, des studios se créent spontanément. Les densités montent à Houston non pas parce que cela a été décidé par un urbaniste, mais parce que c’est permis. Si un gouvernement doit subventionner quelque chose, ce sont les familles modestes plutôt que le logement en lui-même. Si la subvention est liée au logement, il y a tout de suite des groupes d’intérêt qui y voient un pactole et cela crée de la corruption.

Faut-il retirer des pouvoirs aux maires ?

Les résultats positifs d’un changement de la densité se voient au bout d’une dizaine d’années, or le maire est élu pour une période courte. C’est bien de décentraliser certaines décisions, mais il y a un intérêt à utiliser l’échelon métropolitain pour d’autres choses comme les transports ou la densité.

Retour à la planification à la Française

 

 Retour à la planification à la Française ?

 

L’historien Philippe Mioche rappelle, dans une tribune au « Monde », que la planification mise en œuvre par Jean Monnet est un outil qui a bien fonctionné pour relancer l’économie après la seconde guerre mondiale.

Tribune.

 Des nationalisations sont envisagées par les pouvoirs publics. Afin de préparer l’après-crise, pourquoi ne pas penser aussi à la planification à la française ?

C’est dans une situation de grande urgence que Jean Monnet (1888-1979) a proposé au général de Gaulle, en décembre 1945, de créer ce qui va devenir le Commissariat général du Plan. Le général signe le décret quelques jours avant de quitter le gouvernement. Jean Monnet et sa petite équipe veulent établir des priorités en matière d’approvisionnements de matières premières, de biens alimentaires et d’importations d’équipements, essentiellement des Etats-Unis.

Dans un second temps, il s’agit de hiérarchiser les investissements à venir. L’ambition du plan de modernisation et de reconstruction de la France (1946-1952) est venue progressivement.

Le vocabulaire utilisé, Commissariat général du Plan, est une concession à l’ambiance de l’époque où le système soviétique est encore auréolé de la victoire. Mais le plan qui deviendra le « plan Monnet », n’est pas coercitif, il est indicatif. Il propose des directions pour engager la reconstruction et en même temps la modernisation du pays. Le plan n’a pas de bâton.

Mieux encore, l’adoption par les acteurs professionnels des mesures préconisées par le plan les abrite de la vague de nationalisations en cours. Le cas le plus flagrant est la sidérurgie qui, en adoptant le plan, n’est pas alors nationalisée. Sans bâton, le plan dispose d’une carotte avec les dollars du plan Marshall qui viendront financer les objectifs du plan.

« Le retour de la planification à la française ? « 

« Le retour de la planification à la française ? « 

L’historien Philippe Mioche rappelle, dans une tribune au « Monde », que la planification mise en œuvre par Jean Monnet est un outil qui a bien fonctionné pour relancer l’économie après la seconde guerre mondiale.

Tribune. Des nationalisations sont envisagées par les pouvoirs publics. Afin de préparer l’après-crise, pourquoi ne pas penser aussi à la planification à la française ?

C’est dans une situation de grande urgence que Jean Monnet (1888-1979) a proposé au général de Gaulle, en décembre 1945, de créer ce qui va devenir le Commissariat général du Plan. Le général signe le décret quelques jours avant de quitter le gouvernement. Jean Monnet et sa petite équipe veulent établir des priorités en matière d’approvisionnements de matières premières, de biens alimentaires et d’importations d’équipements, essentiellement des Etats-Unis.

Dans un second temps, il s’agit de hiérarchiser les investissements à venir. L’ambition du plan de modernisation et de reconstruction de la France (1946-1952) est venue progressivement.

Le vocabulaire utilisé, Commissariat général du Plan, est une concession à l’ambiance de l’époque où le système soviétique est encore auréolé de la victoire. Mais le plan qui deviendra le « plan Monnet », n’est pas coercitif, il est indicatif. Il propose des directions pour engager la reconstruction et en même temps la modernisation du pays. Le plan n’a pas de bâton.

Mieux encore, l’adoption par les acteurs professionnels des mesures préconisées par le plan les abrite de la vague de nationalisations en cours. Le cas le plus flagrant est la sidérurgie qui, en adoptant le plan, n’est pas alors nationalisée. Sans bâton, le plan dispose d’une carotte avec les dollars du plan Marshall qui viendront financer les objectifs du plan.

En janvier 1946, avec le soutien de la majorité tripartite (Parti communiste, SFIO et Mouvement républicain populaire), Jean Monnet met en place les commissions de modernisation en s’inspirant d’expériences antérieures au Royaume-Uni et aux Etats-Unis du New Deal. Les commissions de modernisation regroupent des représentants des syndicats de salariés (la CGT est alors prépondérante), du patronat (le CNPF est en cours d’organisation) et de l’administration avec des hauts fonctionnaires.

En février-mars 1946, les huit premières commissions portent sur les secteurs suivant : houillères, électricité, productions végétale et animale, équipement rural, BTP, matériaux de construction et sidérurgie. D’autres viendront ensuite, soit vingt-quatre commissions au total.

Les différentes commissions n’ont pas exactement le même profil, mais la répartition générale des participants aux premières commissions est la suivante : syndicalistes 20 %, patronat 31 %, administration (représentants des ministères) 29 % et experts et divers 20 %. Elles réunissent ce que l’on appelait alors « les forces vives » du pays. … »




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