Archive pour le Tag 'Piketty'

Une monarchie britannique cosmétique (Piketty)

Une monarchie britannique cosmétique  (Piketty)

 

 

 

Avec la crise du « People’s Budget », la Chambre des lords a perdu tout pouvoir législatif véritable, rendant la trajectoire politique et institutionnelle du Royaume-Uni proche de celle de la France, rappelle l’économiste dans Le Monde.

 

On pourrait facilement objecter que c’est plutôt la France qui s’est rapprochée du modèle britannique en instituant une sorte de monarchie républicaine de plus en plus impotente  et qui cumule les défauts d’une fausse démocratie et d’une monarchie dissimulée NDLR

 

 

 

Avec la disparition d’Elizabeth II, il est tentant d’évoquer l’immuabilité des institutions britanniques, à l’opposé de la France et de ses multiples révolutions et Constitutions. Les choses sont, en réalité, plus complexes, et les deux pays sont plus proches que ce qu’ils s’imaginent parfois, y compris dans leurs trajectoires politiques et institutionnelles.

Le Royaume-Uni a connu son lot de révolutions et de bouleversements constitutionnels, avec notamment la chute de la Chambre des lords, sans réel pouvoir depuis la crise du People’s Budget en 1909-1911. Privée de ses Lords, qui constituaient jusqu’alors l’ossature de ses gouvernements et des pouvoirs exécutif et législatif (la plupart des premiers ministres en étaient issus), la monarchie britannique n’est plus, depuis cette date, qu’une monarchie cosmétique, entièrement gouvernée par la Chambre des communes, du moins jusqu’au choc référendaire du Brexit, en 2016.

Commençons par le commencement. Le pays fait sa « Révolution française » une première fois en 1530, quand Henri VIII exproprie les monastères. De la même façon qu’en France après 1789, mais avec plus de deux siècles d’avance, les terres de l’Eglise sont vendues aux nobles et aux bourgeois qui ont les moyens de les acheter. Cela permet, dans les deux cas, de renflouer l’Etat, tout en contribuant au développement d’une nouvelle classe de propriétaires privés, puissante et unifiée, prête à se lancer sans entrave dans le capitalisme agraire puis industriel.

Après la décapitation de Charles Ier, en 1649, puis un bref épisode républicain, la Couronne n’a d’autre choix, lors de la « Glorious Revolution » de 1688, que de se soumettre au pouvoir du Parlement, nettement dominé par la Chambre des lords. Au XIXe siècle, la mobilisation sociale et ouvrière et la montée en puissance du suffrage universel renforcent la légitimité de la Chambre des communes.

Démocratie : : « Les pays occidentaux doivent montrer l’exemple (Thomas Piketty)

Démocratie : : « Les pays occidentaux doivent montrer l’exemple (Thomas Piketty)

 

L’Europe n’a jamais été aussi riche et a le devoir de faire évoluer ses institutions afin de se diriger vers un modèle de développement plus démocratique, plus égalitaire et plus durable, explique l’économiste Thomas Piketty  dans sa chronique au « Monde ».

Un papier utile pour la réflexion mais un peu court   qui sous-estime quand même les graves lacunes de cette démocratie virtuelle occidentale. NDLR

L’Europe va-t-elle parvenir à redéfinir sa place dans l’ordre géopolitique mondial ? Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la montée des tensions avec la Chine, les circonstances l’y obligent mais les hésitations affleurent.

Disons-le d’emblée : il faut maintenir le lien avec les Etats-Unis, mais à condition de gagner en autonomie et de sortir de l’égoïsme et de l’arrogance qui caractérisent trop souvent le discours atlantique et occidental face au reste du monde. L’Europe n’a jamais été aussi riche. Elle a plus que jamais les moyens et le devoir historique de promouvoir un autre modèle de développement et de partage des richesses, plus démocratique, plus égalitaire et plus durable. Faute de quoi, la nouvelle alliance occidentale ne convaincra personne dans sa croisade autoproclamée contre les autocraties et l’empire du mal.

Avec les Etats-Unis, l’Europe partage certes une expérience comparable de la démocratie parlementaire, du pluralisme électoral et d’une certaine forme d’Etat de droit, ce qui n’est pas rien. Cela peut justifier de rester dans l’OTAN, dans la mesure où cette alliance contribue à défendre ce modèle. En l’occurrence, le pluralisme électoral est beaucoup plus solidement établi en Ukraine qu’en Russie, et par ailleurs il est inacceptable de laisser sans réagir un pays plus puissant envahir son voisin et détruire son Etat.

La discussion sur les frontières ne doit pas être exclue a priori, mais elle doit se faire dans le cadre de l’Etat de droit et sur la base du double principe de l’autodétermination et du développement équitable et équilibré des régions concernées (ce qui peut exclure la sécession des plus riches ; ce n’est pas le cas ici).

A partir du moment où les membres de l’OTAN défendent des principes clairs, alors il est justifié de soutenir militairement les Ukrainiens contre l’invasion et les destructions, et même d’apporter un soutien plus important qu’actuellement.

Il est également essentiel de reconnaître explicitement les limites du modèle démocratique occidental et d’œuvrer à leur dépassement. Par exemple, il faut se battre pour une justice internationale permettant de mettre en cause les militaires russes et leurs dirigeants pour crimes de guerre, à la condition de rappeler constamment que les mêmes règles devraient aussi s’appliquer à tous les pays, y compris bien sûr aux militaires états-uniens et à leurs agissements en Irak et ailleurs. Les principes de la démocratie et de l’Etat de droit doivent prévaloir partout et tout le temps.

Gauche et retour de la justice sociale ? (Thomas Piketty)

Gauche et retour de la justice sociale ? (Thomas Piketty)

 

Dans sa chronique au Monde , l’économiste salue avec enthousiasme la naissance de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale et estime qu’en ces temps marqués par l’inflation, il sera « indispensable de mettre à contribution les plus aisés ».

 

 

Disons-le d’emblée : l’accord conclu par les partis de gauche est une excellente nouvelle pour la démocratie française et européenne. Ceux qui y voient le triomphe de la radicalité et de l’extrémisme n’ont visiblement rien compris aux évolutions du capitalisme et aux défis sociaux et environnementaux auxquels nous faisons face depuis plusieurs décennies.

En réalité, si l’on examine les choses sereinement, le programme de transformation proposé en 2022 est plutôt moins ambitieux que ceux de 1936 ou de 1981. Plutôt que de céder au conservatisme ambiant, mieux vaut le prendre pour ce qu’il est : une bonne base de départ sur laquelle il est possible de s’appuyer pour aller plus loin.

Le programme adopté marque d’abord le retour de la justice sociale et fiscale. Alors que l’inflation a déjà commencé à amputer les revenus et les économies des plus modestes, il est urgent de changer de cap. Ceux qui prétendent que le « quoi qu’il en coûte » ne sera payé par personne mentent aux citoyens. Pour protéger les plus fragiles des effets de l’inflation et pour financer les investissements dans la santé, l’éducation et l’environnement, il sera indispensable de mettre à contribution les plus aisés.

Entre 2010 et 2021, les 500 plus grandes fortunes françaises sont passées, d’après le magazine Challenges (peu suspect de gauchisme), de 200 milliards à près de 1 000 milliards, c’est-à-dire de 10 % du PIB à près de 50 % du PIB. La hausse est plus forte encore si l’on élargit la focale et que l’on examine les 500 000 plus grandes fortunes (1 % de la population adulte), qui dépassent aujourd’hui les 3 000 milliards d’euros (6 millions d’euros par personne, selon la World Inequality Database), contre à peine 500 milliards pour les 25 millions les plus pauvres (50 % de la population adulte, détenant chacun 20 000 euros en moyenne). Choisir au milieu d’une telle période de prospérité spectaculaire des plus hauts patrimoines et de stagnation des plus modestes de supprimer le maigre impôt sur la fortune, alors que, de toute évidence, il aurait fallu l’alourdir, témoigne d’un curieux sens des priorités. Les historiens qui se pencheront sur cette période ne seront pas tendres pour les gouvernements Macron et leurs soutiens.

Le premier mérite des partis de gauche est d’avoir su dépasser leurs conflits afin de s’opposer ensemble à cette dérive. Au-delà du rétablissement de l’impôt sur la fortune, il est proposé de transformer la taxe foncière en un impôt progressif sur le patrimoine net, ce qui permettrait de fortes réductions d’impôt pour des millions de Français surendettés des classes populaires et moyennes. Pour favoriser l’accès à la propriété, l’ensemble pourrait être complété, à terme, par un système d’héritage minimum pour tous.

Démocratie : ouvrir le système français (Thomas Piketty)

Démocratie : ouvrir le système français (Thomas Piketty)

 

 

 

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, il est urgent d’introduire de nouvelles formes de participation citoyenne, plaide l’économiste Thomas Piketty,

directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris.

 

 

moins de cinq mois du premier tour, que peut-on espérer de l’élection présidentielle prévue en avril prochain ? On peut poser la question à deux niveaux : celui du scrutin de 2022 et celui, plus large, de la place de la présidentielle dans le système politique français.

S’agissant de l’élection de 2022, force est de constater qu’elle est mal engagée. Face à la droitisation extrême du paysage politique, évolution à laquelle le macronisme au pouvoir n’est pas étranger, il est devenu presque impossible de débattre des grands enjeux sociaux et économiques qui vont structurer notre avenir commun.

 

Pour gagner la bataille de l’émancipation, de l’intelligence et du capital humain, l’enjeu central reste et demeure celui de l’investissement dans l’éducation et la formation. Malheureusement, les derniers chiffres issus de la loi de finances pour 2022 sont formels : la dépense publique par étudiant a chuté de 14 % en France entre 2008 et 2022 (– 7 % depuis 2017). Il s’agit d’un gâchis monumental pour le pays et pour sa jeunesse. Il est urgent que les candidats s’engagent sur des objectifs précis permettant aux universités de disposer enfin des mêmes moyens que les filières sélectives et de développer les cursus pluridisciplinaires et les niveaux d’encadrement dont les étudiants ont besoin.

 

Pour faire face au défi climatique, on sait qu’il faudra mieux répartir les efforts et mettre fortement à contribution les plus aisés. Exonérer les plus grandes fortunes de toute imposition alors même qu’elles ont triplé de volume en France depuis dix ans relève de la stupidité économique et de l’aveuglement idéologique. Cet abandon de toute ambition en matière de souveraineté fiscale et de justice sociale aggrave le séparatisme des plus riches et nourrit la fuite en avant vers le régalien et l’identitaire.

Mais quoi que l’on fasse pour ignorer le primat du social et des inégalités, la réalité reviendra au galop. En France, les 50 % les plus pauvres ont une empreinte carbone d’à peine 5 tonnes par habitant, contre 25 tonnes pour les 10 % les plus riches et 79 tonnes pour les 1 % les plus riches. Les solutions consistant à ratiboiser tout le monde au même taux, à l’image de la taxe carbone du début de quinquennat, n’ont pas beaucoup de sens et ne pourront jamais être acceptées.

On pourrait multiplier les sujets : la fiscalité locale doit être repensée pour permettre aux communes les plus pauvres et à leurs habitants de disposer des mêmes chances que les autres ; le système de pensions doit devenir universel et juste, en mettant l’accent sur les petites et moyennes retraites ; un nouveau partage du pouvoir doit s’appliquer entre salariés et actionnaires dans la gouvernance des entreprises ; la lutte contre les discriminations doit devenir une priorité assumée et mesurable.

Ouvrir le système démocratique français (Thomas Piketty)

Ouvrir le  système démocratique français (Thomas Piketty)

 

 

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, il est urgent d’introduire de nouvelles formes de participation citoyenne, plaide l’économiste Thomas Piketty,

directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris.

 

 

moins de cinq mois du premier tour, que peut-on espérer de l’élection présidentielle prévue en avril prochain ? On peut poser la question à deux niveaux : celui du scrutin de 2022 et celui, plus large, de la place de la présidentielle dans le système politique français.

S’agissant de l’élection de 2022, force est de constater qu’elle est mal engagée. Face à la droitisation extrême du paysage politique, évolution à laquelle le macronisme au pouvoir n’est pas étranger, il est devenu presque impossible de débattre des grands enjeux sociaux et économiques qui vont structurer notre avenir commun.

 

Pour gagner la bataille de l’émancipation, de l’intelligence et du capital humain, l’enjeu central reste et demeure celui de l’investissement dans l’éducation et la formation. Malheureusement, les derniers chiffres issus de la loi de finances pour 2022 sont formels : la dépense publique par étudiant a chuté de 14 % en France entre 2008 et 2022 (– 7 % depuis 2017). Il s’agit d’un gâchis monumental pour le pays et pour sa jeunesse. Il est urgent que les candidats s’engagent sur des objectifs précis permettant aux universités de disposer enfin des mêmes moyens que les filières sélectives et de développer les cursus pluridisciplinaires et les niveaux d’encadrement dont les étudiants ont besoin.

 

Pour faire face au défi climatique, on sait qu’il faudra mieux répartir les efforts et mettre fortement à contribution les plus aisés. Exonérer les plus grandes fortunes de toute imposition alors même qu’elles ont triplé de volume en France depuis dix ans relève de la stupidité économique et de l’aveuglement idéologique. Cet abandon de toute ambition en matière de souveraineté fiscale et de justice sociale aggrave le séparatisme des plus riches et nourrit la fuite en avant vers le régalien et l’identitaire.

Mais quoi que l’on fasse pour ignorer le primat du social et des inégalités, la réalité reviendra au galop. En France, les 50 % les plus pauvres ont une empreinte carbone d’à peine 5 tonnes par habitant, contre 25 tonnes pour les 10 % les plus riches et 79 tonnes pour les 1 % les plus riches. Les solutions consistant à ratiboiser tout le monde au même taux, à l’image de la taxe carbone du début de quinquennat, n’ont pas beaucoup de sens et ne pourront jamais être acceptées.

On pourrait multiplier les sujets : la fiscalité locale doit être repensée pour permettre aux communes les plus pauvres et à leurs habitants de disposer des mêmes chances que les autres ; le système de pensions doit devenir universel et juste, en mettant l’accent sur les petites et moyennes retraites ; un nouveau partage du pouvoir doit s’appliquer entre salariés et actionnaires dans la gouvernance des entreprises ; la lutte contre les discriminations doit devenir une priorité assumée et mesurable.

Après “Pandora Papers”, il faut une imposition de l’ensemble des patrimoines (Thomas Piketty )

Après  “Pandora Papers”, il faut une imposition de l’ensemble des patrimoines (Thomas Piketty ) 

L’économiste propose  la mise en place d’un cadastre financier public et d’une imposition minimale de l’ensemble des patrimoines.( Le Monde, extrait)

Tribune

 

Après « LuxLeaks » en 2014, les « Panama Papers » en 2016, les « Paradise Papers » en 2017, les révélations des « Pandora Papers », issues d’une nouvelle fuite de 12 millions de documents provenant de la finance offshore, montrent à quel point les plus fortunés continuent d’échapper à l’impôt. Contrairement à ce qui est parfois avancé, aucun indicateur fiable ne permet de dire que la situation se soit améliorée au cours des dix dernières années. Avant l’été, le site ProPublica avait révélé que les milliardaires américains ne payaient quasiment aucun impôt par comparaison à leur enrichissement et à ce que paie le reste de la population. D’après Challenges, les 500 premières fortunes françaises ont bondi de 210 milliards d’euros, à plus de 730 milliards, entre 2010 et 2020, et tout laisse à penser que les impôts acquittés par ces grandes fortunes (information somme toute assez simple mais que les pouvoirs publics se refusent toujours à publier) ont été extrêmement faibles. Doit-on se contenter d’attendre les prochaines fuites, ou bien n’est-il pas temps que les médias et les citoyens formulent une plate-forme d’action et mettent la pression sur les gouvernements pour résoudre la question de façon systémique ?

Le problème de fond est que l’on continue, en ce début de XXIe siècle, à enregistrer et à imposer les patrimoines sur la seule base des propriétés immobilières, en utilisant les méthodes et les cadastres mis en place au début du XIXe siècle. Si l’on ne se donne pas les moyens de changer cet état de fait, alors les scandales continueront, avec, à la clé, le risque d’un lent délitement de notre pacte social et fiscal et la montée inexorable du chacun pour soi.

Capacité contributive

Le point important est que l’enregistrement et l’imposition des patrimoines ont toujours été étroitement liés. D’abord parce que le fait d’enregistrer sa propriété procure au propriétaire un avantage (celui de bénéficier de la protection du système légal), et ensuite parce que seule une imposition minimale permet de rendre l’enregistrement véritablement obligatoire et systématique. Ajoutons que la détention d’un patrimoine est aussi un indicateur de la capacité contributive des personnes, ce qui explique pourquoi l’imposition du patrimoine a toujours joué un rôle central dans les systèmes fiscaux modernes, en complément de l’imposition pesant sur le flux de revenus (flux qui peut parfois être manipulé à la baisse, en particulier pour les patrimoines très élevés, comme l’a montré ProPublica).

Société–« Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

Société–« Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

Par Thomas Piketty, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire, plaide l’économiste dans sa chronique du Monde (extrait).

 

Tribune

 

 Il y a vingt ans, les tours du World Trade Center étaient abattues par des avions. Le pire attentat de l’histoire allait conduire les Etats-Unis et une partie de leurs alliés à se lancer dans la guerre mondiale contre le terrorisme et l’« axe du mal ». Pour les néoconservateurs états-uniens, l’attentat apportait la preuve des thèses avancées par Samuel Huntington en 1996 : le « clash des civilisations » devenait la nouvelle grille de lecture du monde. L’ouvrage fut leur livre de chevet, de même que les opus publiés par Milton Friedman dans les années 1960-1970 furent ceux des reaganiens des années 1980.

Malheureusement, on sait maintenant que le désir de vengeance des Etats-Unis n’a fait qu’exacerber les conflits identitaires. L’invasion de l’Irak en 2003, à grands coups de mensonges d’Etat sur les armes de destruction massive, ne fit que saper la crédibilité des « démocraties ». Avec les images des soldats états-uniens tenant en laisse les prisonniers d’Abou Ghraïb, plus besoin d’agents recruteurs pour les djihadistes. L’usage sans retenue de la force, l’arrogance de l’US Army et les énormes pertes civiles au sein de la population irakienne (au moins 100 000 morts reconnus) firent le reste et contribuèrent puissamment à la décomposition du territoire irako-syrien et à la montée de l’Etat islamique. Le terrible échec en Afghanistan, avec le retour des talibans au pouvoir en août 2021, au terme de vingt ans d’occupation occidentale, conclut symboliquement cette triste séquence.

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire : il est temps d’abandonner la notion de « guerre des civilisations » et de la remplacer par celles de codéveloppement et de justice globale. Cela passe par des objectifs explicites et vérifiables de prospérité partagée et par la définition d’un nouveau modèle économique, durable et équitable, dans lequel chaque région de la planète peut trouver sa place. Chacun en convient maintenant : l’occupation militaire d’un pays ne fait que renforcer les segments les plus radicaux et les plus réactionnaires et ne peut rien apporter de bon. Le risque est que la vision militaro-autoritaire soit remplacée par une forme de repli isolationniste et d’illusion économique : la libre circulation des biens et des capitaux suffira pour diffuser la richesse. Ce serait oublier le caractère hautement hiérarchique du système économique mondial et le fait que chaque pays ne lutte pas à armes égales.

« Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

 « Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

Par Thomas Piketty, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire, plaide l’économiste dans sa chronique du Monde (extrait).

 

Tribune

 

 Il y a vingt ans, les tours du World Trade Center étaient abattues par des avions. Le pire attentat de l’histoire allait conduire les Etats-Unis et une partie de leurs alliés à se lancer dans la guerre mondiale contre le terrorisme et l’« axe du mal ». Pour les néoconservateurs états-uniens, l’attentat apportait la preuve des thèses avancées par Samuel Huntington en 1996 : le « clash des civilisations » devenait la nouvelle grille de lecture du monde. L’ouvrage fut leur livre de chevet, de même que les opus publiés par Milton Friedman dans les années 1960-1970 furent ceux des reaganiens des années 1980.

Malheureusement, on sait maintenant que le désir de vengeance des Etats-Unis n’a fait qu’exacerber les conflits identitaires. L’invasion de l’Irak en 2003, à grands coups de mensonges d’Etat sur les armes de destruction massive, ne fit que saper la crédibilité des « démocraties ». Avec les images des soldats états-uniens tenant en laisse les prisonniers d’Abou Ghraïb, plus besoin d’agents recruteurs pour les djihadistes. L’usage sans retenue de la force, l’arrogance de l’US Army et les énormes pertes civiles au sein de la population irakienne (au moins 100 000 morts reconnus) firent le reste et contribuèrent puissamment à la décomposition du territoire irako-syrien et à la montée de l’Etat islamique. Le terrible échec en Afghanistan, avec le retour des talibans au pouvoir en août 2021, au terme de vingt ans d’occupation occidentale, conclut symboliquement cette triste séquence.

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire : il est temps d’abandonner la notion de « guerre des civilisations » et de la remplacer par celles de codéveloppement et de justice globale. Cela passe par des objectifs explicites et vérifiables de prospérité partagée et par la définition d’un nouveau modèle économique, durable et équitable, dans lequel chaque région de la planète peut trouver sa place. Chacun en convient maintenant : l’occupation militaire d’un pays ne fait que renforcer les segments les plus radicaux et les plus réactionnaires et ne peut rien apporter de bon. Le risque est que la vision militaro-autoritaire soit remplacée par une forme de repli isolationniste et d’illusion économique : la libre circulation des biens et des capitaux suffira pour diffuser la richesse. Ce serait oublier le caractère hautement hiérarchique du système économique mondial et le fait que chaque pays ne lutte pas à armes égales.

Taxe sur les multinationales à 15 %: Contre-productive (Thomas Piketty )

 

 

Par Thomas Piketty,Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris dans le Monde.

Les ministres du G7 ont annoncé, samedi 5 juin, leur intention d’appliquer un taux minimal d’imposition de 15 % sur les profits offshore des multinationales. Soyons clairs : si l’on en reste là, il s’agit ni plus ni moins de l’officialisation d’un véritable permis de frauder pour les acteurs les plus puissants.

Pour les petites et moyennes entreprises comme pour les classes populaires et moyennes, il est impossible de créer une filiale pour délocaliser ses profits ou ses revenus dans un paradis fiscal. Pour tous ces contribuables, il n’existe pas d’autre choix que de payer l’impôt de droit commun. Or, si l’on additionne l’impôt sur le revenu et les bénéfices et les prélèvements sociaux, les salariés comme les indépendants petits et moyens se retrouvent à payer dans tous les pays du G7 des taux nettement supérieurs à 15 % : au moins 20 %-30 %, et souvent 40-50 %, voire davantage.

L’annonce du G7 tombe d’autant plus mal que le site ProPublica vient de publier une vaste enquête confirmant ce que les chercheurs avaient déjà montré : les milliardaires américains ne paient quasiment aucun impôt sur le revenu par comparaison à l’ampleur de leur enrichissement et à ce que paie le reste de la population.

En pratique, l’impôt sur les bénéfices est souvent l’impôt final payé par les plus riches (quand ils le paient). Les profits s’accumulent dans des entreprises ou des structures ad hoc (trusts, holdings, etc.), qui financent l’essentiel du mode de vie des personnes en question (jets privés, cartes bancaires, etc.), quasiment sans aucun contrôle.

En actant le fait que les multinationales pourront continuer de localiser à loisir leurs profits dans les paradis fiscaux, avec comme seule imposition un taux de 15 %, le G7 officialise l’entrée dans un monde où les oligarques paient structurellement moins d’impôts que le reste de la population.


Comment sortir de cette impasse ? D’abord en fixant un taux minimal plus élevé que 15 %, ce que chaque pays peut faire dès maintenant. Comme l’a montré l’Observatoire européen de la fiscalité, la France pourrait appliquer un taux minimal de 25 % sur les multinationales, ce qui lui rapporterait 26 milliards d’euros par an, soit l’équivalent de près de 10 % des dépenses de santé. Avec un taux de 15 %, à peine plus élevé que le taux appliqué en Irlande (12,5 %), ce qui rend la mesure inoffensive, les recettes seraient d’à peine 4 milliards.

Une partie des 26 milliards pourrait être utilisée pour mieux financer l’hôpital, les écoles, la transition énergétique, une autre pour alléger la fiscalité sur les indépendants et les salariés moins prospères.

Une injustice fiscale en France (Thomas Piketty)

Une injustice fiscale en France (Thomas Piketty)

 

,L ‘économiste Thomas Piketty s’est exprimé sur France Info sur les inégalités en matière de fiscalité, critiquant notamment « la suppression de l’impôt sur la fortune« .

Le système fiscal français est-il juste ? A l’approche de l’élection présidentielle de 2022, Thomas Piketty a codirigé le livre Clivages politiques et inégalités sociales, qui revient notamment sur les questions économiques qui divisent la gauche et la droite ainsi que sur le choix des électeurs selon leur classe sociale.

Pour l’économiste, interrogé mardi 13 avril sur le plateau de  »Votre instant politique », « il y a vraiment un problème de justice fiscale »« Ce qui compte, ce n’est pas la taxation de la transmission mais la taxation de la détention. L’erreur cardinale, c’est la suppression de l’impôt sur la fortune », a-t-il notamment expliqué.

Au cours de l’entrevue, Thomas Piketty a également insisté sur l’importance de la redistribution des richesses. Selon lui, la gauche française rencontre aujourd’hui des difficultés à porter certaines valeurs économiques. L’économiste a signé une tribune le 10 octobre 2020 qui appelle à une candidature commune de la gauche en 2022 pour parer à une « double urgence : climatique et sociale ».

 

 

Crise : repenser la notion de solidarité internationale (Thomas Piketty)

Crise :  repenser la notion de solidarité internationale  (Thomas Piketty)

 

 En refusant de lever les brevets sur les vaccins contre le Covid-19, les Occidentaux ont montré leur incapacité à prendre en compte les besoins des pays du Sud, estime l’économiste Thomas PikettyDirecteur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

 

 

Chronique. 

 

La crise du Covid-19, la plus grave crise sanitaire mondiale depuis un siècle, oblige à repenser fondamentalement la notion de solidarité internationale. Au-delà du droit à produire des vaccins et du matériel médical, c’est toute la question du droit des pays pauvres à se développer et à percevoir une partie des recettes fiscales des multinationales et des milliardaires de la planète qui doit être posée. Il faut sortir de la notion néocoloniale d’aide internationale, versée au bon vouloir des pays riches, sous leur contrôle, et passer enfin à une logique de droits.

 

Commençons par les vaccins. Certains avancent (imprudemment) que cela ne servirait à rien de lever les droits de propriété sur les brevets, car les pays pauvres seraient incapables de produire les précieuses doses. C’est faux. L’Inde et l’Afrique du Sud ont des capacités importantes de production de vaccins, qui pourraient être étendues, et le matériel médical peut être produit un peu partout. Ce n’est pas pour passer le temps que ces deux pays ont pris la tête d’une coalition d’une centaine de pays pour réclamer à l’OMC [l’Organisation mondiale du commerce] la levée exceptionnelle de ces droits de propriété. En s’y opposant, les pays riches n’ont pas seulement laissé le champ libre à la Chine et à la Russie : ils ont raté une belle occasion de changer d’époque et de montrer que leur conception du multilatéralisme n’allait pas dans un seul sens. Espérons qu’ils fassent très vite machine arrière.

La France et l’Europe complètement dépassées

Mais au-delà de ce droit à produire, c’est l’ensemble du système économique international qui doit être repensé en termes de droits pour les pays pauvres à se développer et à ne plus se laisser piller par les plus riches. En particulier, le débat sur la réforme de la fiscalité internationale ne peut pas se réduire à une discussion entre pays riches visant à se partager les profits actuellement localisés dans les paradis fiscaux. C’est tout le problème des projets discutés à l’OCDE [l’Organisation de coopération et de développement économiques]. On envisage que les multinationales fassent une déclaration unique de leurs profits au niveau mondial, ce qui est en soi est une excellente chose. Mais au moment de répartir cette base fiscale entre pays, on prévoit d’utiliser un mélange de critères (masses salariales et ventes réalisées dans les différents territoires) qui en pratique aboutira à attribuer aux pays riches plus de 95 % des profits réalloués, et à ne laisser que des miettes aux pays pauvres. La seule façon d’éviter ce désastre annoncé est d’inclure enfin les pays pauvres autour de la table et de répartir les profits en question en fonction de la population (au moins en partie).

Rééquilibrage du système économique pour les pays pauvres (Thomas Piketty)

Rééquilibrage du  système économique pour les pays pauvres (Thomas Piketty)

 

Par Thomas Piketty, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris. Tribune dans le Monde.

 

En refusant de lever les brevets sur les vaccins contre le Covid-19, les Occidentaux ont montré leur incapacité à prendre en compte les besoins des pays du Sud. Les pays riches doivent sortir des mécanismes internationaux reposant sur un fonctionnement néocolonial et permettre aux autres de se développer par leurs propres moyens, estime l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

La crise du Covid-19, la plus grave crise sanitaire mondiale depuis un siècle, oblige à repenser fondamentalement la notion de solidarité internationale. Au-delà du droit à produire des vaccins et du matériel médical, c’est toute la question du droit des pays pauvres à se développer et à percevoir une partie des recettes fiscales des multinationales et des milliardaires de la planète qui doit être posée. Il faut sortir de la notion néocoloniale d’aide internationale, versée au bon vouloir des pays riches, sous leur contrôle, et passer enfin à une logique de droits.

 

Commençons par les vaccins. Certains avancent (imprudemment) que cela ne servirait à rien de lever les droits de propriété sur les brevets, car les pays pauvres seraient incapables de produire les précieuses doses. C’est faux. L’Inde et l’Afrique du Sud ont des capacités importantes de production de vaccins, qui pourraient être étendues, et le matériel médical peut être produit un peu partout. Ce n’est pas pour passer le temps que ces deux pays ont pris la tête d’une coalition d’une centaine de pays pour réclamer à l’OMC [l’Organisation mondiale du commerce] la levée exceptionnelle de ces droits de propriété. En s’y opposant, les pays riches n’ont pas seulement laissé le champ libre à la Chine et à la Russie : ils ont raté une belle occasion de changer d’époque et de montrer que leur conception du multilatéralisme n’allait pas dans un seul sens. Espérons qu’ils fassent très vite machine arrière.

La France et l’Europe complètement dépassées

Mais au-delà de ce droit à produire, c’est l’ensemble du système économique international qui doit être repensé en termes de droits pour les pays pauvres à se développer et à ne plus se laisser piller par les plus riches. En particulier, le débat sur la réforme de la fiscalité internationale ne peut pas se réduire à une discussion entre pays riches visant à se partager les profits actuellement localisés dans les paradis fiscaux. C’est tout le problème des projets discutés à l’OCDE [l’Organisation de coopération et de développement économiques]. On envisage que les multinationales fassent une déclaration unique de leurs profits au niveau mondial, ce qui est en soi est une excellente chose. Mais au moment de répartir cette base fiscale entre pays, on prévoit d’utiliser un mélange de critères (masses salariales et ventes réalisées dans les différents territoires) qui en pratique aboutira à attribuer aux pays riches plus de 95 % des profits réalloués, et à ne laisser que des miettes aux pays pauvres. La seule façon d’éviter ce désastre annoncé est d’inclure enfin les pays pauvres autour de la table et de répartir les profits en question en fonction de la population (au moins en partie).

Thomas Piketty : « pour un observatoire des discriminations « 

Thomas Piketty : « pour un observatoire des discriminations « 

 

Pour assumer la réalité du racisme et se donner les moyens de le corriger, nous manquons d’un véritable Observatoire des discriminations qui objective les faits et en assure le suivi annuel, estime l’économiste dans sa chronique au Monde .

Alors que le procès du meurtrier de George Floyd s’ouvre aux Etats-Unis, les conflits identitaires s’enveniment en Europe et en France. Au lieu de lutter contre les discriminations, le gouvernement s’est lancé dans la course-poursuite avec l’extrême droite et la chasse aux chercheurs en sciences sociales. C’est d’autant plus regrettable qu’il est urgent de mettre en place un véritable modèle français et européen de lutte contre les discriminations. Un modèle qui assume la réalité du racisme et se donne les moyens de le mesurer et de le corriger, tout en replaçant la lutte contre les discriminations dans le cadre plus général d’une politique sociale à visée universaliste.

Commençons par la question de la mesure du racisme. De multiples recherches en ont démontré la réalité, mais nous manquons d’un véritable Observatoire des discriminations objectivant les faits et en assurant le suivi annuel. Le Défenseur des droits, qui a remplacé la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) en 2011, rappelle dans ses rapports l’ampleur des discriminations face à l’emploi ou au logement, mais ne dispose toujours pas des moyens permettant d’en faire un suivi systématique.

Par exemple, dans une étude conduite en 2014 sous l’égide de l’Institut Montaigne, les chercheurs ont envoyé des faux CV à des employeurs en réponse à quelque 6 231 offres d’emploi et ont observé les taux de réponse sous forme de proposition d’entretien d’embauche. Dès lors que le nom est à consonance musulmane, le taux de réponse est divisé par quatre. Les noms à consonance juive sont également discriminés, quoique moins massivement. Le problème est que cette étude n’a pas été renouvelée, si bien que personne ne sait si la situation s’est améliorée ou dégradée depuis 2014.

Il est urgent de disposer d’un Observatoire officiel chargé de dire comment ces indicateurs évoluent annuellement. Cela exige des campagnes de tests de grande ampleur permettant de pouvoir faire des comparaisons fiables dans le temps et entre régions et secteurs d’activité. Il est également essentiel de mesurer dans quelle mesure la discrimination se concentre au sein d’une fraction des employeurs. Comme l’antisémitisme ou l’homophobie, l’islamophobie n’est pas une fatalité et peut être vaincue. Le débat sur le terme doit aussi avoir lieu : certains préfèrent parler d’antimusulmanisme ou de discrimination antimusulmans. Pourquoi pas, mais à condition que cela n’empêche pas d’avancer sur le fond.

Thomas Piketty pour une relance sociale et écologique

Thomas Piketty pour une relance sociale et écologique

 

Pour l’économiste Thomas Piketty,Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, la première priorité devrait être la relance sociale, salariale et écologique. Pour la financer, et réduire l’endettement public, il faudra mettre à contribution les plus hautes fortunes privées.’ Le Monde)

Alors que la crise pandémique nourrit plus que jamais la demande de justice sociale, une nouvelle enquête menée par un consortium de médias internationaux (dont Le Monde) vient de révéler les turpitudes financières du Luxembourg, un paradis fiscal niché au cœur de l’Europe. Il est urgent de sortir de ces contradictions et de lancer une transformation profonde du système économique dans le sens de la justice et de la redistribution.

Commençons par le plus immédiat. La première priorité devrait être la relance sociale, salariale et écologique. La crise du Covid a mis au grand jour les faibles rémunérations pratiquées dans nombre de secteurs essentiels. La CFDT, syndicat pourtant réputé centriste  (!), a demandé en janvier la hausse immédiate de 15 % de tous les bas et moyens salaires dans le secteur médico-social. Il faudrait faire de même dans l’éducation, la santé et l’ensemble des secteurs à bas salaire.

Un effort accru de transparence financière

C’est également le moment d’accélérer radicalement le rythme des rénovations thermiques des bâtiments, de créer massivement des emplois dans l’environnement et les énergies renouvelables, d’étendre les systèmes de revenu minimum aux jeunes et aux étudiants. Où faut-il s’arrêter dans la relance publique ? La réponse est simple : tant que l’inflation est quasi nulle et les taux d’intérêt à zéro, il faut continuer. Si et quand l’inflation retrouvera durablement un niveau significatif (mettons, 3 % à 4 % par an pendant deux années consécutives), alors il sera temps de lever le pied.

La seconde étape est qu’il faudra naturellement mettre à contribution les plus hautes fortunes privées, à un moment ou à un autre, afin de financer la relance sociale et de réduire l’endettement public. Cela exigera un effort accru de transparence financière. L’enquête OpenLux l’a démontré : le registre des bénéficiaires effectifs des entreprises (c’est-à-dire des propriétaires véritables, au-delà, en principe, des sociétés-écrans) rendu public par le Luxembourg à la suite d’une obligation européenne, et dont on attend d’ailleurs toujours qu’il soit mis en ligne par la France, comporte malheureusement de nombreuses failles. Il en va de même du système d’échange automatique d’informations bancaires mis en place par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

De façon générale, toutes ces nouvelles informations sont utiles, mais à la condition qu’elles soient réellement utilisées par les administrations fiscales pour mettre à contribution les personnes fortunées qui, jusqu’ici, échappaient à l’impôt. Surtout, il est essentiel que les gouvernements fournissent des indicateurs permettant à tout un chacun de vérifier dans quelle mesure tout cela permet d’avancer vers un système fiscal plus juste.

Le risque d’un conflit ethno racial (Thomas Piketty, Economiste)

   Le risque d’un conflit ethno racial (Thomas Piketty, Economiste)

 

 

Pour, Thomas Piketty,Economiste,les événements du 6 janvier à Washington montrent qu’un « conflit ethno-racial sans issue » menace les Etats-Unis.

 

Après l’invasion du Capitole, le monde éberlué se demande comment le pays qui s’est longtemps présenté comme le leader du monde « libre » a pu tomber aussi bas. Pour comprendre ce qui s’est passé, il est urgent de sortir des mythes et de l’idolâtrie, et de revenir à l’histoire. En réalité, la République étatsunienne est traversée depuis ses débuts par des fragilités, des violences et des inégalités considérables.

Emblème du Sud esclavagiste pendant la guerre civile de 1861-1865, le drapeau confédéré brandi il y a quelques jours par les émeutiers au cœur du Parlement fédéral n’était pas là par hasard. Il renvoie à des conflits très lourds qui doivent être regardés en face.

Le système esclavagiste a joué un rôle central dans le développement des Etats-Unis, comme d’ailleurs du capitalisme industriel occidental dans son ensemble. Sur les quinze présidents qui se sont succédé jusqu’à l’élection de Lincoln en 1860, pas moins de onze étaient propriétaires d’esclaves, dont Washington et Jefferson, tous deux natifs de Virginie, qui en 1790 compte 750 000 habitants (dont 40 % d’esclaves), soit l’équivalent de la population cumulée des deux Etats nordistes les plus peuplés (la Pennsylvanie et le Massachusetts).

Après la révolte de 1791 à Saint-Domingue (joyau colonial français et première concentration d’esclaves du monde atlantique de l’époque), le Sud états-unien devient le cœur mondial de l’économie de plantation et connaît une expansion accélérée. Le nombre d’esclaves quadruple entre 1800 et 1860 ; la production de coton décuple et alimente l’industrie textile européenne. Mais le Nord-Est et surtout le Midwest (dont est originaire Lincoln) se développent encore plus rapidement. Ces deux ensembles s’appuient sur un autre modèle économique, fondé sur la colonisation des terres de l’Ouest et le travail libre, et veulent bloquer l’expansion de l’esclavage dans les nouveaux territoires.

« La pandémie facteur d’aggravation des inégalités »( Thomas Piketty )

« La pandémie facteur d’aggravation des inégalités »( Thomas Piketty )

De nouveaux indicateurs permettent une compréhension à la fois plus fine et plus exhaustive des inégalités au niveau mondial, détaille l’économiste dans sa chronique au Monde.

Grâce aux efforts combinés de 150 chercheurs issus de tous les continents, la World Inequality Database vient de mettre en ligne des données inédites sur la répartition des revenus dans les différents pays du monde. Que nous apprennent-elles sur l’état des inégalités mondiales ?

La principale nouveauté est que ces données couvrent la quasi-totalité des pays. Grâce aux recherches menées en Amérique latine, en Afrique et en Asie, ce sont maintenant 173 pays, représentant 97 % de la population mondiale, qui sont traités. Les nouvelles données permettent, en outre, d’analyser pour chaque pays l’évolution détaillée de l’ensemble de la répartition, des plus pauvres aux plus riches.

Concrètement, on savait déjà que le creusement des inégalités s’est fait par le haut au cours des dernières décennies, avec l’explosion du fameux 1 %. La nouveauté est de proposer une comparaison systématique de la situation des classes populaires dans les différentes parties du monde. On constate ainsi que la part des 50 % les plus pauvres varie considérablement suivant les pays : elle oscille entre 5 % et 25 % du revenu total. Autrement dit, pour un même revenu national, le niveau de vie des 50 % les plus pauvres peut varier d’un facteur allant de 1 à 5. Cela montre à quel point il est urgent d’aller au-delà du PIB et des agrégats macroéconomiques pour privilégier l’étude des répartitions et des groupes sociaux concrets.

Patrimoine et revenu

On notera aussi que les inégalités sont fortes dans tous les pays. La part des 10 % les plus riches représente entre 30 % et 70 % du revenu total. Elle est toujours sensiblement plus élevée que celle des 50 % les plus pauvres. L’écart serait encore plus fort si l’on examinait la répartition du patrimoine (ce que l’on possède) et non du revenu (ce que l’on gagne au cours d’une année). Les 50 % les plus pauvres ne possèdent en effet presque rien (généralement moins de 5 % du total), y compris dans les pays les plus égalitaires (comme la Suède). Les données disponibles sur les patrimoines restent toutefois insuffisantes et feront l’objet d’une mise à jour en 2021.

S’agissant de la répartition des revenus, on constate de très fortes variations entre pays, y compris à l’intérieur d’une région donnée et pour un même niveau de développement. Cela montre que les politiques menées peuvent faire une différence. En Amérique latine, on observe ainsi que le Brésil, le Mexique ou le Chili sont historiquement plus inégalitaires que l’Argentine, l’Equateur ou l’Uruguay (où des politiques sociales plus ambitieuses ont été mises en place depuis plusieurs décennies), et que l’écart entre ces deux groupes de pays s’est accru au cours des vingt dernières années. En Afrique, les inégalités les plus extrêmes se situent dans le sud du continent, où aucune redistribution des terres et de la richesse n’a véritablement eu lieu depuis la fin de l’apartheid.

 

« La gauche peut-elle s’unir sur l’Europe ? » ( Thomas Piketty )

 « La gauche peut-elle s’unir sur l’Europe ? »( Thomas Piketty )

Dans sa chronique au « Monde », l’économiste regrette les divisions des partis de gauche européens sur la politique commune.

En France comme en Allemagne et dans la plupart des autres pays, la gauche est lourdement divisée sur la question européenne, et plus généralement sur la stratégie à adopter face à la mondialisation et à la régulation transnationale du capitalisme.

Alors que les échéances nationales s’approchent à grand pas (2021 outre-Rhin, 2022 en France), de nombreuses voix s’élèvent pour que ces forces politiques s’unissent. En Allemagne, les trois principaux partis (Die Linke, le SPD et les Grünen) risquent toutefois d’avoir du mal à s’entendre, en particulier sur l’Europe, et certains prédisent déjà que les Grünen finiront par gouverner avec la CDU. En France, les différentes forces ont recommencé à se parler, mais rien ne garantit pour l’instant qu’elles parviendront à s’unir, notamment sur la politique européenne.

Le problème est que chacun des camps en présence est persuadé d’avoir raison tout seul. Du côté de La France insoumise (LFI), on rappelle volontiers que le Parti socialiste (PS) et ses alliés écologistes avaient déjà promis, avant les élections de 2012, de renégocier les règles européennes. Or, sitôt élue, la majorité de l’époque s’était empressée de ratifier le nouveau traité budgétaire, sans rien modifier, faute de plan précis sur ce qu’elle souhaitait réellement obtenir. Les « insoumis » insistent aussi sur le fait que les socialistes n’ont toujours pas indiqué en quoi leur stratégie et leurs objectifs avaient changé et pourraient conduire à un résultat différent la prochaine fois. Force est de reconnaître que la critique est assez juste.

Mais du côté du PS, d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et des autres forces non rattachées à LFI (Génération.s, Parti communiste, etc.), on fait remarquer que le plan des « insoumis » pour changer l’Europe est loin d’être aussi précis et convaincant qu’ils ne le prétendent, et que Jean-Luc Mélenchon paraît parfois plus intéressé par la critique (voire la sortie pure et simple) de l’actuelle Union européenne que par sa reconstruction sur une ligne sociale-fédéraliste, démocratique et internationaliste. Malheureusement, cette critique n’est pas fausse non plus.

Une véritable Assemblée européenne

En théorie, la stratégie de LFI repose certes, depuis 2017, sur l’articulation « plan A/plan B ». Autrement dit, soit on convainc tous les autres pays de renégocier les traités européens (plan A), soit on sort des traités existants pour en construire de nouveaux avec un plus petit groupe de pays (plan B). L’idée n’est pas forcément mauvaise, sauf que les « insoumis » passent plus de temps à brandir la menace de la sortie qu’à décrire les nouveaux traités qu’ils souhaiteraient proposer aux autres pays, que ce soit dans le plan A ou le plan B.

« Contre l’idéologie du libre-échange absolu » (Thomas Piketty )

« Contre  l’idéologie du libre-échange absolu » (Thomas Piketty )

Dans sa chronique au « Monde », l’économiste propose un modèle de développement coopératif fondé sur la justice économique et climatique

 

 

Chronique. 

 

Peut-on redonner un sens positif à l’internationalisme ? Oui, mais à condition de tourner le dos à l’idéologie du libre-échange absolu qui a jusqu’ici guidé la mondialisation, et d’adopter un nouveau modèle de développement fondé sur des principes explicites de justice économique et climatique. Ce modèle doit être internationaliste dans ses objectifs ultimes mais souverainiste dans ses modalités pratiques, au sens où chaque pays, chaque communauté politique doit pouvoir fixer des conditions à la poursuite des échanges avec le reste du monde, sans attendre l’accord unanime de ses partenaires. La tâche ne sera pas simple, et ce souverainisme à vocation universaliste ne sera pas toujours facile à distinguer du souverainisme de type nationaliste. Il est d’autant plus urgent de préciser les différences.

Supposons qu’un pays, ou une majorité politique en son sein, juge souhaitable de mettre en place un impôt fortement progressif sur les hauts revenus et patrimoines afin d’opérer une redistribution importante en faveur des plus modestes, tout en finançant un programme d’investissement social, éducatif et écologique. Pour aller dans cette direction, ce pays envisage un prélèvement à la source sur les profits des entreprises, et surtout un système de cadastre financier permettant de connaître les détenteurs ultimes des actions et des dividendes et d’appliquer ainsi les taux souhaités au niveau individuel. Le tout pourrait être complété par une carte carbone individuelle permettant d’encourager les comportements responsables, tout en imposant lourdement les plus fortes émissions, ainsi que ceux qui bénéficient des profits des entreprises les plus polluantes, ce qui exige, là encore, de connaître leurs détenteurs.

Un tel cadastre financier n’a malheureusement pas été prévu par les traités de libre circulation des capitaux mis en place dans les années 1980-1990, en particulier en Europe dans le cadre de l’Acte unique (1986) et du traité de Maastricht (1992), textes qui ont fortement influencé ceux adoptés ensuite dans le reste du monde. Cette architecture légale ultrasophistiquée, toujours en vigueur aujourd’hui, a de facto créé un droit quasi sacré à s’enrichir en utilisant les infrastructures d’un pays, puis à cliquer sur un bouton afin de transférer ses actifs dans une autre juridiction, sans possibilité prévue pour la collectivité de retrouver leur trace. A la suite de la crise de 2008, à mesure que l’on constatait les excès de la dérégulation financière, des accords sur les échanges automatiques d’informations bancaires ont certes été développés au sein de l’OCDE. Mais ces mesures, établies sur une base purement volontaire, ne comportent aucune sanction pour les récalcitrants.

Un « plan d’investissement massif » pour l’université (Thomas Piketty)

Un « plan d’investissement massif » pour l’université (Thomas Piketty)

Thomas Piketty réclame un « plan d’investissement massif » pour l’enseignement supérieur français après les « six mois de blanc complet » dans les universités liés au confinement imposé par la crise du covid19.

Avec l’épidémie, « il y a eu six mois de blanc complet, qui viennent après un début d’année très chahuté par les grèves sur les retraites. Aujourd’hui, on a besoin d’un plan d’investissement massif » pour l’université déclare M. Piketty dans un entretien au Journal du Dimanche durant lequel il estime que la situation de la jeunesse représente le « plus grand gâchis depuis dix ans ».

« Le nombre d’étudiants a augmenté de 30% mais le budget de l’enseignement supérieur n’a absolument pas suivi. Les places disponibles, en particulier en IUT et BTS pour les bacheliers technologiques, sont insuffisantes. Elles sont prises par des bacheliers généraux qui eux-mêmes fuient un système mal financé. C’est un gâchis gigantesque », dénonce l’économiste, qui est directeur d’études à l’ Ecole des hautes études en sciences sociales et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.

Il fustige aussi un « double discours avec d’un côté la start-up nation et l’innovation, et de l’autre la paupérisation de l’enseignement supérieur »« Le budget total des universités, hors recherche, stagne autour de 12-13  milliards d’euros depuis dix ans. En récupérant les 5  milliards d’euros perdus » lors de la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF) et la flat tax, on augmenterait de 40 % leurs moyens, estime-t-il.

 

Monde d’après : les propositions fiscales de Piketty et Stiglitz pour le monde d’après

Monde d’après : les propositions fiscales de Piketty et Stiglitz pour le monde d’après

(Thomas Piketty et Joseph Stiglitz) ( chronique de la tribune)

 

Dans le cadre de ‘l’ ICRICT ( cercle de réflexion) , Thomas Piketty et Joseph Stiglitz recommandent  les gouvernements ne doivent pas accorder des allégements fiscaux et renflouer

Les entreprises à tout-va et les plus riches doivent être mis à contribution, plaident ce lundi des

économistes . Une idée qui rirait plutôt à l’inverse des tendances au repli des pays sur eux-mêmes, voire nationalistes avec des organisations internationales fragilisées ;l’ idée d’une refonte de la fiscalité internationale n’est pas nouvelle, elle pose cependant la question de l’identification de la résidence principale de ceux qui sont visés qui par définition pratique la mobilité internationale.

La pandémie de Covid-19 a entraîné une hausse « des dépenses publiques pour financer la santé, le maintien des revenus et l’emploi, mais ce fardeau économique ne doit pas peser de manière disproportionnée sur les groupes de personnes et les pays défavorisés », plaident ces économistes, qui participent à la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des sociétés. Des idées qui vont évidemment à l’encontre de la tendance à la fermeture des frontières voir au nationalisme. Notons qu’il s’agit d’une réflexion intéressante mais limitée au respect de répartition de la richesse et aux inégalités. Or la problématique est plus large que l’approche économique et financière classique elle pose notamment la question de la nature de la production, de son utilité, de son volume de son rapport à l’environnement et à la biodiversité. Bref du rapport entre les hommes eux-mêmes et pas seulement qu’en termes marchands ainsi entre les hommes et leur cadre.

.

Dans cette perspective, « les réductions de l’impôt sur les sociétés « pour stimuler les investissements de reconstruction » ne sont ni économiquement efficaces ni socialement souhaitables », estime l’Icrict, alors même  que les recettes fiscales mondiales vont déjà chuter avec la baisse de la consommation et le chômage. Il ne faut pas encourager « une « course au moins-disant » des taux d’imposition des sociétés visant à attirer les investissements étrangers » et au contraire renforcer « les efforts de coordination fiscale », avec « un taux d’imposition minimum effectif sur les bénéfices mondiaux des multinationales d’au moins 25 % », plaide encore l’Icrict.

Concernant les entreprises qui ont pu profiter de la crise, par exemple dans le secteur pharmaceutique ou celui du commerce électronique, il faudrait taxer leurs « bénéfices excessifs », en modulant le taux d’imposition en fonction de la taille des entreprises. Les que les économistes posent cependant d’une certaine manière la problématique environnementale en s’interrogeant sur l’opportunité de plan de sauvetage pourrait porter atteinte à l’égalité de traitement sur les mêmes marchés

La commission met donc en garde contre les « plans de sauvetage », qui « détruisent les conditions équitables du marché » et « sont particulièrement néfastes pour les pays en développement, qui n’ont pas les ressources nécessaires » pour en mettre en place. Le soutien de l’Etat devrait être interdit aux entreprises ayant leur siège ou des filiales dans des paradis fiscaux car elles ne financent pas « le contrat social ».

L’Icrict demande aussi à ce que les riches prennent « en charge une part proportionnelle du fardeau économique de la pandémie », avec « une imposition effective du patrimoine, et en particulier du patrimoine offshore ». Pour cela, les économistes réclament « des données sur la richesse offshore afin de permettre à toutes les juridictions d’adopter des impôts sur la fortune progressifs effectifs sur leurs résidents et de pouvoir mieux contrôler les taux d’imposition effectifs sur les contribuables aux revenus les plus élevés ».

 

 

Les États frappés par cette maladie infectieuse et dépourvus de stocks de masques et de tests suffisants ont souvent été obligés de prendre des mesures strictes de confinement pour contrôler la diffusion de l’épidémie et limiter le nombre de victimes.

Les gouvernements ont déjà annoncé des aides parfois jugées insuffisantes pour tenter d’enrayer les ravages de cette crise sur le système productif et le marché du travail. En outre, les États ont sérieusement accru leurs dépenses de santé pour affronter cette pandémie mondiale.

Face à ces montagnes de dépense et pour relancer l’économie, les gouvernements vont devoir faire des choix de politique économique dans les semaines à venir afin de relancer la machine.

En Europe, l’Allemagne a déjà annoncé un plan massif de relance de 130 milliards d’euros étalés sur deux ans. L’Italie a également commencé à plancher lors d’états généraux le week-end dernier sur des pistes de relance. Enfin, pour la France, le gouvernement a prévu de bâtir un plan cet été pour le présenter à la rentrée en septembre.

La baisse de l’impôt sur les sociétés, actuellement pratiquée dans un grand nombre de pays développés, dont les États-Unis et la France,  »‘pour stimuler les investissements de reconstruction’ ne sont ni économiquement efficaces ni socialement souhaitables » estiment les chercheurs. Face aux partisans d’une politique de l’offre stricte, les universitaires ont formulé cinq grandes propositions visant à réformer le système fiscal international. Ils préconisent notamment.

- l’introduction de « taxes progressives sur les services numériques, sur les rentes économiques captées par les entreprises… bref une sorte de taxe de médiation entre la production et la commercialisation. Pas vraiment une idée très nouvelle surtout de la part de ceux qui ont compris qu’il valait mieux vendre que produire surtout dans des pays qui subissent des distorsions de concurrence sur le plan environnemental, social, fiscal ou en matière de santé.

12



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol