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Phénomène Zemmour: syndrome de nos faiblesses intellectuelles

Phénomène Zemmour: syndrome de nos  faiblesses intellectuelles

L’ancien Premier ministre Manuel Valls, estime que le polémiste Eric Zemmour « est le syndrome de nos faiblesses intellectuelles ». (Dans le JDD, extrait)

Éric Zemmour incarne-t-il un adversaire crédible?
Oui, parce qu’il est le nom d’un profond malaise démocratique. Sous l’apparence d’un retour de la croissance et des jours heureux avec la fin de la pandémie se cache une grande rupture civique. Les Français sont mécontents de l’offre politique, l’envie de sécession travaille en profondeur le pays. Un tiers des Français sont contre tout et s’avouent même favorables à un régime autoritaire. L’abstention massive ou une grande volatilité électorale en sont les marques. Zemmour se nourrit de cette crise démocratique, de la fragmentation à gauche, des divisions à droite, de la banalisation et de l’incompétence de Marine Le Pen. Utiliser un malaise et le tordre, c’est ça la force des populistes.

Est-il le porte-drapeau des « anti-tout »?
Zemmour est entré dans la compétition en occupant d’abord l’espace identitaire, xénophobe, ce que j’appelle le camp national populiste, dont il incarne la nouveauté. Il formule un récit historique et culturel cohérent qui rend fier cet électorat de droite réactionnaire. Il est en train de remplacer Jean-Marie Le Pen plus que sa fille, Marine. Il exploite le sentiment de déclassement civilisationnel et social, la hantise du métissage et du grand remplacement, le rejet des musulmans. Tout cela forme un courant puissant dans de nombreux pays et en France, et Zemmour l’a très bien compris. Est-il un feu de paille? Ce qui traverse la société ne l’est pas.

Comment le contrer?
Le danger de sa candidature dépend de la capacité des autres formations politiques à bâtir une offre sérieuse. Il faut débattre avec lui et nous ne sommes pas nombreux à l’avoir fait. Nous devons démonter sa vision des femmes, ses mensonges sur Pétain et de Gaulle et l’instrumentalisation de l’histoire de France aux seules fins de ses passions xénophobes, maurrassiennes… Nier l’appartenance à la France aux enfants assassinés par Mohamed Merah parce qu’enterrés en Israël, c’est insupportable! Cet homme nous présente une France qui n’existe pas, mais qu’une partie de nos compatriotes retrouve. Zemmour est le syndrome de nos faiblesses intellectuelles.

Que mettre en valeur?

La gauche doit être au clair sur la défense du modèle républicain et se battre contre la tenaille identitaire représentée par Éric Zemmour d’un côté, et Assa Traoré de l’autre. Les extrêmes identitaires se nourrissent. Ceux qui parlent d’une France racisée, on les retrouve autant chez les Indigénistes que chez Zemmour. La droite a une responsabilité historique : son implantation locale est forte, ses idées percent. Elle doit se mettre en ordre de marche et sortir de la stratégie de l’autruche ou pire, de l’adhésion. Les propos d’Éric Ciotti – qui a dit qu’il voterait Zemmour en cas de duel avec Macron – incarnent une rupture morale avec Chirac et Sarkozy. La force de Zemmour, c’est d’offrir un récit autour du « c’était mieux avant ». Bâtissons un projet sur la fierté d’être français, la défense acharnée de la laïcité, l’égalité femmes-hommes, le combat contre l’islamisme et l’antisémitisme, une autre politique de peuplement et d’immigration, la passion de la justice sociale, une vraie souveraineté européenne… Réfléchissons aussi à une manière de gouverner plus collective. Notre salut viendra de là.

 

Pour Zemmour, la gauche est responsable de tout…
La gauche porte une responsabilité importante. Je suis toujours de gauche, malgré elle et malgré moi comme disait Camus… Bien sûr, elle a été angélique. Quand j’ai dénoncé l’islamisme, l’antisémitisme, la dérive des quartiers, on m’a accusé d’être de droite ou d’extrême droite. Elle n’a pas su répondre au nouveau monde après la chute du mur de Berlin, traiter des conséquences de la globalisation économique, réfléchir au nouvel âge identitaire après les attentats du 11 septembre 2001. Pire, une partie d’entre elle a abandonné la République et la laïcité, elle a remplacé la classe ouvrière par les musulmans, les immigrés qui représenteraient un nouveau prolétariat à défendre. Partant de là, on peut tout excuser, y compris le pire. Cela explique en partie son état actuel. Zemmour est profondément anti-républicain. Seule l’intransigeance républicaine répondra à l’exploitation des peurs qu’il agite.

Phénomène Zemmour : « une conception mythique de l’histoire »

Phénomène Zemmour : « une conception mythique de l’histoire »

 

Dans son essai, Le Venin dans la plume. Edouard Drumont, Eric Zemmour et la face sombre de la république (La Découverte, 2019), l’historien Gérard Noiriel analyse les ressorts rhétoriques du discours d’Éric Zemmour. (Dans le JDD, extrait)

 

Pour quelles raisons dressez-vous un parallèle entre Éric Zemmour et le journaliste antisémite Edouard Drumont?
Je ne compare par leurs arguments, mais leur rhétorique, c’est-à-dire leur art de convaincre. Dans les deux cas, ces polémistes privilégient le registre émotionnel : la victimisation, la construction d’un ennemi que l’on fait remonter à des temps reculés. Les Juifs ont tué le Christ pour Drumont, la menace musulmane chez Zemmour, qu’il date de 732 avec la bataille de Poitiers. L’utilisation des faits-divers est aussi commune aux deux. Ils sont généralisés et toujours imputés à une même communauté. La théorie du grand remplacement, on la trouve déjà chez Drumont. Mais chez Drumont, c’est le grand remplacement par en haut. Il ne cesse d’affirmer que les juifs contrôlent tout : la politique, la finance, la presse, le monde intellectuel. Alors que Zemmour, c’est le grand remplacement par le bas, dans les banlieues, les cités… Bien sûr, il y a des différences, et évidemment le sort des juifs en 1940 n’est pas celui des musulmans aujourd’hui. Mais la structure qui sous-tend l’argumentation est la même. Elle oppose toujours le « nous » Français menacé de disparaître sous les coups d’un ennemi héréditaire. Tous les deux vivent également à des époques révolutionnaires de l’industrie de la communication. Drumont saisit les opportunités qui apparaissent avec le passage à la presse de masse. Désormais, le peuple lit le journal. La popularité de Zemmour vient des médias des années 2000, avec les réseaux sociaux et les chaînes d’infos en continu.

Un autre point commun de leur argumentation est celui d’une supposée tyrannie des minorités.

C’est ce que j’appelle la logique de l’inversion, qui consiste à inverser les rapports de force réels. C’est-à-dire à présenter les majoritaires comme dominés, et les minoritaires comme des dominants. Dans le discours de ces polémistes, ce ne sont pas les Français, les individus dans toute leur diversité, leur complexité, qu’elle soit sociale, de genre ou d’engagement politique, qui sont présentés, mais le Français ou la France, un personnage mis en scène dans une conception qui n’a rien à voir avec la recherche historique mais qui repose sur une conception mythique de l’histoire. Cela repose le plus souvent sur des faits, qui sont marginaux mais généralisés. Par exemple quand un rappeur l’insulte ou insulte « les Blancs », Zemmour y voit la preuve que toute notre civilisation est menacée par la tyrannie des minorités. Ces insultes sont évidemment condamnables car elles sont contraires aux principes de notre démocratie. De plus, elles permettent à Zemmour de se présenter comme une victime. Ce qui explique que ceux qui sont de vraies victimes de notre société puissent s’identifier à lui. La même logique populiste se retrouve dans la dénonciation des élites, alors qu’il en fait lui-même partie. Ça plait beaucoup à ceux qui s’estiment exclus de la société.

Dans son dernier livre, il prend à nouveau la défense de Maurice Papon ou exonère certaines responsabilités du régime de Vichy…
Jusqu’à présent, les seules mesures concrètes qu’a présentées Zemmour pour « redresser la France » sont des mesures répressives. Il a affirmé notamment que s’il était élu président de la République, il supprimerait la loi de 1972 relative à la lutte contre le racisme, loi qu’il qualifie de liberticide et au nom de laquelle il a été condamné. La première de ces lois a été adoptée en 1939, avec le décret-loi Marchandeau. Mais aussitôt arrivé au pouvoir, Pétain s’est empressé de la supprimer, pour permettre à tous les antisémites de l’époque de déverser leur flot de haine dans la presse. On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi Zemmour s’acharne à réhabiliter Pétain et le régime de Vichy.

Terrorisme djihadiste : un phénomène durable

 Terrorisme djihadisteun phénomène durable

Deux  chercheurs, Marc Hecker et Elie Tenenbaum,  dressent  dans Le Monde   le bilan de vingt ans de lutte contre le terrorisme djihadiste, menée notamment sur les théâtres extérieurs comme intérieurs.

Marc Hecker et Elie Tenenbaum sont chercheurs à l’Institut français des relations internationales. Dans La Guerre de vingt ans (Robert Laffont, 448 pages, 24,90 euros), ces deux spécialistes des questions de défense et de terrorisme font la rétrospective de deux décennies de lutte contre le terrorisme, en particulier sur les théâtres étrangers. Du début de la « guerre contre le terrorisme » américaine, après les attentats du 11 septembre 2001, à New York, à la fin du contre-terrorisme comme priorité stratégique revendiquée par les Etats-Unis.

Qu’est-ce que le 11 septembre 2001 a changé à la lutte contre le terrorisme ?

Elie Tenenbaum : La lutte contre le terrorisme existait avant le 11-Septembre. A l’époque contemporaine, elle s’est structurée, à partir des années 1970, avec la prise d’otages de Munich [le 5 septembre 1972], qui a joué un rôle central dans la mise à l’agenda de cette thématique. Il en a résulté, dans la période 1975-1990, la création un peu partout en Occident de pôles spéciaux au sein des services policiers, de renseignement et judiciaires. Le terrorisme demeurait toutefois un sujet parmi d’autres. Ce qui change de manière radicale en 2001, c’est le fait que la lutte antiterroriste se mue en guerre et devient la pierre angulaire de la politique de sécurité nationale et de la diplomatie américaines. Ce n’est alors pas seulement la CIA et le CTC [Counter-Terrorism Center] qui se renforcent et se dotent de moyens financiers, humains et juridiques, c’est toute la politique extérieure de la première puissance mondiale qui se transforme. Le département d’Etat est en guerre contre le terrorisme, le département du Trésor aussi. La relation que chaque Etat entretient avec les Etats-Unis sera jugée à l’aune de la lutte contre le terrorisme.

Marc Hecker : Si le djihad afghan, de 1979 à 1989, est le point de départ du djihadisme transnational, le 11-Septembre a créé une surprise stratégique et a ouvert un cycle. Pendant la guerre froide, lors des débats à l’ONU, il était très difficile d’obtenir une condamnation internationale du terrorisme. Or, en 2001, il y a un véritable consensus sur ce sujet. En parallèle se développe tout un mouvement pour inclure des causes locales dans ce prisme et justifier des répressions au nom de la guerre globale contre le terrorisme. On l’a vu, par exemple, en Russie contre les indépendantistes tchétchènes, en Israël contre les groupes armés palestiniens ou même en Colombie contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie [extrême gauche].

Finance : le phénomène des Spac

Finance : le phénomène des Spac

 

Les « blank-check companies », des entreprises sans activité dont l’objectif est d’acheter une société et de l’introduire en Bourse, également appelées Spac, ont levé plus de 70 milliards de dollars cette année. Leur co-créateur a longtemps pensé qu’elles ne gagneraient pas les faveurs de Wall Street (article du Wall Street Journal)

 

La tendance qui fait actuellement fureur dans le secteur de la finance est apparue il y a une trentaine d’années, lorsque deux vieux compères de faculté de droit ont commencé à travailler dessus. Aujourd’hui, ils en récoltent enfin les fruits.

Le banquier d’affaires David Nussbaum et l’avocat David Miller — respectivement surnommés « Nuss » et « Miller » — ont inventé la « special purpose acquisition company » (Spac) en 1993 pour fournir aux entreprises non cotées un autre moyen d’accéder aux investisseurs ordinaires. Pendant une grande partie de la carrière des deux hommes, les Spac ont peu été utilisées et sont restées méconnues. Mais aujourd’hui, elles connaissent leur heure de gloire et attirent les plus grands noms de la finance, de la tech et du divertissement. MM. Nussbaum et Miller n’ont jamais été aussi occupés.

« Il m’a fallu attendre vingt-sept ans pour connaître un succès foudroyant », déclare M. Nussbaum, 66 ans, originaire de Roslyn, un village situé sur Long Island (New York), qui a cofondé EarlyBirdCapital, une banque d’investissement spécialisée dans les Spac.

Même si les actions de nombreuses Spac et des sociétés qui ont fusionné avec elles ont connu leur lot de difficultés ces derniers temps, DraftKings et d’autres actions de sociétés connues — comme QuantumScape qui est spécialisée dans les batteries pour voitures électriques — ont gagné 55 % ou plus au cours des six derniers mois

Egalement appelées « blank-check companies », les Spac sont des coquilles vides cotées en Bourse dont le seul objectif est de s’associer à une société et de l’introduire sur le marché. Elles sont devenues un moyen apprécié par les start-up pour accéder aux investisseurs individuels et une poule aux œufs d’or pour les personnes fortunées qui les créent. Parmi les fondateurs de Spac, on trouve aujourd’hui des personnalités aussi diverses que le gestionnaire de fonds spéculatifs William Ackman ou l’ancien joueur de baseball Alex Rodriguez.

Les Spac ont levé près de 75 milliards de dollars cette année et représentent désormais plus de 70 % du total des introductions en Bourse, contre 20 % il y a deux ans et un pourcentage négligeable au cours de la majeure partie des vingt dernières années, selon Dealogic.

Leur soudaine omniprésence a fortement décontenancé MM. Nussbaum et Miller, qui ont vu ce type de sociétés connaître des difficultés pendant près de trois décennies. A Wall Street, beaucoup se méfiaient des Spac car leurs prédécesseurs, appelés « blind pools », avaient été associés à la fraude concernant les « penny stocks » (des actions cotées moins d’un dollar) dans les années 1980.

MM. Nussbaum et Miller se sont rencontrés à la faculté de droit de l’université de New York à la fin des années 1970 avant de travailler dans des cabinets d’avocats. M. Nussbaum a décidé d’ouvrir sa propre maison de courtage à la fin des années 1980, puis a participé à un deal impliquant un « blind pool », ce qui l’a incité à commencer à plancher sur les Spac.

Au début des années 1990, les deux David ont passé plus d’un an à travailler avec les organismes de réglementation afin d’instaurer des mécanismes de protection des investisseurs et d’autres mesures destinées à prévenir les fraudes avant de créer leur première « blank-check company ». Parmi ces dispositifs figurait le droit pour les investisseurs d’une Spac de récupérer leur argent avant qu’une fusion avec une société non cotée ne soit réalisée. Ils ont également renforcé les exigences de transparence en amont de ces opérations. Ces caractéristiques sont aujourd’hui mises en avant par les champions des « blank-check companies ».

Pourtant, les Spac ont longtemps eu du mal à concurrencer les introductions en Bourse traditionnelles et les autres méthodes de levée de fonds. Mais, ces dernières années, des entreprises en vogue comme la société de paris sportifs DraftKings ont commencé à y recourir pour rejoindre la cote et des start-up s’en servent pour établir des prévisions destinées aux investisseurs — ce qui n’est pas autorisé dans le cadre d’une introduction en Bourse classique.

« Personne n’imaginait un tel succès », reconnaît M. Miller, 66 ans, originaire du Queens (New York), qui est associé gérant du cabinet d’avocats Graubard Miller. Il possède encore des piles de documents réglementaires des premières Spac, créées avant la numérisation des dossiers de la Securities and Exchange Commission (SEC, gendarme américain de la Bourse).

Même si les actions de nombreuses Spac et des sociétés qui ont fusionné avec elles ont connu leur lot de difficultés ces derniers temps, DraftKings et d’autres actions de sociétés connues — comme QuantumScape qui est spécialisée dans les batteries pour voitures électriques — ont gagné 55 % ou plus au cours des six derniers mois. Un indice des sociétés récemment cotées affiche, lui, un gain de plus de 30 % sur cette période.

Graubard Miller dispose d’un service dédié au droit des sociétés composé de dix personnes et a participé à des transactions impliquant des Spac pour un montant de 6,3 milliards de dollars cette année, selon le fournisseur de données Spac Research. Ce total dépasse déjà celui de 2020 et l’installe comme l’un des dix plus gros consultants du secteur, en compagnie des cabinets d’avocats beaucoup plus importants à Wall Street.

Les détracteurs du boom des Spac avertissent que le volume élevé de transactions réalisées par de petites banques est le signe que cette vague est montée trop haut, car ces opérations sont souvent réalisées par des investisseurs et des sociétés peu réputés

Les banquiers et les avocats perçoivent des commissions lorsqu’ils créent des Spac et lorsqu’ils concluent des deals ayant pour objet d’introduire en Bourse des sociétés non cotées. Ils peuvent également gagner de l’argent en aidant des Spac à lever des fonds supplémentaires pour acquérir des start-up.

La banque d’investissement de M. Nussbaum, qui emploie 25 collaborateurs, profite également du rôle de son co-fondateur dans l’invention des Spac. La quasi-totalité des activités d’EarlyBird provient de « blank-check companies », et elle la valeur des entreprises qu’elle a participé à créer a atteint 2,3 milliards de dollars cette année, ce qui dépasse son total de l’année dernière et permet de maintenir la société parmi les quinze banques les plus importantes du secteur. Chaque fois qu’EarlyBird effectue une transaction impliquant une Spac, chaque employé perçoit une prime, précise M. Nussbaum.

Les détracteurs du boom des Spac avertissent que le volume élevé de transactions réalisées par de petites banques est le signe que cette vague est montée trop haut, car ces opérations sont souvent réalisées par des investisseurs et des sociétés peu réputés.

Parmi les entreprises qui ont récemment vu leur valorisation atteindre des milliards de dollars après avoir été associé à une Spac via MM. Nussbaum et Miller figurent la société de technologie agricole AppHarvest et le fabricant de batteries pour voitures électriques Microvast. Les deux hommes affirment que leur expérience les aide à conclure davantage de fusions.

« Je suis vraiment heureux pour eux », déclare Arthur Spector, un investisseur en capital-risque qui a dirigé la première Spac sur laquelle MM. Nussbaum et Miller ont travaillé en 1993. « Ils ont fourni un travail énorme et ont dû faire face à bien des problèmes. »

L’opération concernant un « blind pool » qui a incité M. Nussbaum à commencer à travailler sur les Spac dans les années 1990 avait permis la cotation du fabricant de jouets THQ. Les actions de ce dernier ont d’abord grimpé en flèche grâce à la popularité d’un jeu lié au film Maman j’ai raté l’avion, mais la société a finalement fait faillite plusieurs années plus tard — ce qui a incité M. Nussbaum à examiner de plus près la structuration des « blind-pools ».

Peu de temps après le deal sur THQ, il a contacté M. Miller pour mettre en place des mesures renforçant la protection des investisseurs. Ces ajustements ont, au bout du compte, donné naissance, en 1993, à SPAC-Information Systems Acquisition Corp. Cette société a levé 12 millions de dollars et s’est finalement associée à une entreprise de logiciels, par la suite rachetée par HP.

MM. Nussbaum et Miller avaient initialement apposé un « trademark » sur le nom « Spac », ce qui avait poussé certains à créer des véhicules d’investissement similaires sous des acronymes différents comme « Sparc » et « TAC ». Les deux hommes ont finalement laissé d’autres acteurs utiliser le terme « Spac », et de nouvelles sociétés de ce type ont été créées, mais le boom des valeurs technologiques de la fin des années 1990 a accru la popularité des introductions en Bourse traditionnelles et les « blank-check companies » ont perdu les faveurs de Wall Street.

A cette époque, M. Miller se demandait si les Spac n’étaient pas que des « fusils à un coup » susceptibles de finir aux oubliettes. Avec M. Nussbaum, ils ont continué à travailler sur les introductions en Bourse traditionnelles et d’autres opérations. En 2000, M. Nussbaum a cofondé EarlyBird Capital.

Après l’éclatement de la bulle Internet, M. Spector a demandé à MM. Nussbaum et Miller de créer la première Spac du nouveau millénaire.

Les « blank-check companies » ont connu une brève résurgence au milieu des années 2000, lorsque les grandes Bourses ont commencé à coter les Spac et que les investisseurs ayant pignon sur rue comme Nelson Peltz les ont utilisées comme outils de négociation, mais la crise financière a de nouveau interrompu la croissance de ce marché volatile.

Les rendements obtenus par les investisseurs dans les Spac étaient modestes jusqu’à ce que des entreprises à forte croissance, comme la société de tourisme spatial Virgin Galactic, commencent à fusionner avec elles en 2019. Ce virage décisif a permis aux « blank-check companies » de retrouver leur vocation d’origine, indiquent MM. Nussbaum et Miller

Les deux hommes expliquent prévoir, désormais, de travailler avec jusqu’à ce que ce ne soit plus intéressant. Comme d’autres à Wall Street, ils reconnaissent que le rythme actuel de création des Spac n’est pas viable. Mais pour le moment, ils se réjouissent d’avoir traversé ces années de difficultés.

« Le handicap des Spac en matière de réputation s’est dissipé de façon spectaculaire », conclut M. Nussbaum.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

GameStop : phénomène passager ou structurel

GameStop : phénomène passager ou structurel

L’agitation provoquée par les boursicoteurs particuliers a été traitée avec un certain dédain par les opérateurs traditionnels considérant qu’il s’agissait d’un mouvement d’humeur d’apprentis sorciers qui ne connaissent pas grand-chose à la valorisation boursière. En tout cas cet événement a secoué Wall Street et la profession. Au point d’ailleurs que la directrice du Trésor américain a décidé d’ouvrir une réflexion sur les problèmes de volatilité des marchés.

Ce qui est reproché en fête aussi qu’auteur particulier c’est d’avoir spéculé et donc porter préjudice aux intérêts des perdants. Ce qu’ils ont fait c’est de spéculer à la hausse tandis que les opérateurs de la vente à perte de spéculent, eux,  à la baisse mais au total le résultat est le même. D’autres actions de particuliers sont en cours notamment sur certaines matières premières comme l’argent ( métal précieux nécessaire dans les industries de nouvelle technologie).

La question se pose d’un point de vue de l’intérêt général de savoir s’il convient de mettre en œuvre de nouvelles mesures de régulation vis-à-vis de ses actions groupées de particuliers boursicoteur tout autant que vis-à-vis de la vente à perte et autres moyens de spéculer.

Yellen a donc convoqué les dirigeants de la SEC, de la CFTC, du Federal Reserve Board et de la Federal Reserve Bank de New York pour discuter du commerce de détail et « si les événements récents justifient ou non de nouvelles mesures », a-t-elle déclaré à ABC. «Nous devons comprendre profondément ce qui s’est passé avant de passer à l’action, mais nous examinons certainement attentivement ces événements.»

Elle n’a pas précisé quelles actions potentielles pourraient être prises par les régulateurs pour réagir à la situation.

Beaucoup de Wall Street ont été stupéfaits la semaine dernière par les fortes girations des actions du détaillant de jeux vidéo GameStop, du fabricant de casques Koss Corp, de la chaîne de cinéma AMC Entertainment et d’autres actions et produits privilégiés sur le forum Wall Street Bets du site de médias sociaux Reddit.

Les traders avaient offert les actions à des sommets vertigineux dans le but de punir les vendeurs à découvert – qui profitent lorsque les actions chutent – forçant certains hedge funds à fermer leurs positions avec de lourdes pertes. Mais le soi-disant «Reddit Rally» s’est effondré plus tard, exposant de nombreux commerçants individuels à d’énormes pertes.

L’action GameStop a clôturé jeudi en baisse de 42% à 53,50 $, loin de son sommet de 483 $ il y a une semaine. AMC Entertainment a perdu environ les deux tiers de sa valeur après deux semaines de fluctuations sauvages.

Les régulateurs ont probablement discuté des forums en ligne où l’achat de masse des actions de ces deux sociétés a été discuté la semaine dernière, et du rôle toujours plus grand joué par les hedge funds sur les marchés financiers.

«Toute forme de distorsion du marché par les investisseurs acceptant de provoquer la distorsion va à l’encontre du fonctionnement fluide et transparent des marchés», a déclaré Andrea Cicione, responsable de la stratégie chez TS Lombard, ajoutant que cette activité n’avait pas été précédemment examinée par les régulateurs.

La SEC examine les publications sur les réseaux sociaux à la recherche de signes de fraude potentielle, a rapporté Bloomberg News.

L’influence des sites marchands est en réalité un phénomène commun (Stéphane Laurens)

 L’influence des sites marchands  est en réalité un phénomène commun   (Stéphane Laurens)

Le professeur de psychologie Stéphane Laurens réfute, dans une tribune au « Monde », l’idée d’un « danger » de manipulation par les algorithmes des sites marchands, alors qu’il s’agit de pratiques aussi vieilles que le commerce. Elle considère que c’est un phénomène très ancien dans le commerce. La seule différence qu’oublie  Stéphane Laurens  c’est que les outils d’influence sont autrement plus puissants. Rien n’avoir entre les effets d’une politique commerciale d’une marque en 1920 par exemple et les effets marketing d’aujourd’hui. Avant quelques centaines voire  au mieux quelques milliers de clients potentiels étaient touchés maintenant ce sont des millions voire des milliards comme Facebook. Le phénomène de masse écrase tout, la puissance de distribution étouffe toute autre concurrence.

 

Tribune. Dans le compte rendu d’une étude américaine sur l’influence des moteurs de recommandation sur nos choix et nos goûts, le chercheur Charles Cuvelliez mettait en garde ses lecteurs : « Nos goûts et préférences pourraient être manipulables par des outils. Un site peu scrupuleux peut donc nous amener à payer pour des biens de consommation qui ne nous plaisent pas forcément ou qui ne nous correspondent pas. Pis, ces mêmes outils nous inciteront aussi à payer plus cher pour des biens parce qu’ils nous font croire qu’on les aime ». (« Les moteurs de recommandation font plus qu’influencer nos choix : ils modifient nos goûts ! »Le Monde du 11 mai 2019).

Dans trois expériences, ces chercheurs américains manipulaient la notation de morceaux de musique, les présentant accompagnés de 1 à 5 étoiles, précisant aux participants que cette notation était calculée à partir de leurs préférences passées. Les résultats montraient que plus il y avait d’étoiles, plus les participants étaient disposés à acheter le morceau (« The Hidden Side Effects of Recommendation Systems », Gediminas Adomavicius, Jesse Bockstedt, Shawn P. Curley, Jingjing Zhang et Sam Ransbotham, MIT Sloan Management Review, hiver 2019). Adomavicius et ses collègues mentionnaient bien dans cet article le « côté obscur » des moteurs de recommandation et leur capacité à manipuler nos préférences sans que nous en ayons conscience.

Mais ce texte est lui-même un compte rendu d’une étude que ces mêmes auteurs ont publié en 2017. Or, dans l’étude initiale, le propos est bien différent : alors que le texte est dix fois plus long, il n’est jamais fait mention du moindre danger et les auteurs se contentent très brièvement de parler de biais dans les prises de décision des consommateurs (« Effects of Online Recommendations on Consumers’ Willingness to Pay », Gediminas Adomavicius, Jesse Bockstedt, Shawn P. Curley, et Jingjing Zhang, Information Systems Research n° 29/1, 2018).

Passons sur cet étrange cheminement qui voit les résultats d’une étude scientifique simplifiés et exagérés par les auteurs de cette même étude, et où un compte rendu est effectué non à partir de l’étude elle-même, mais de sa version écourtée et « colorée ».

Gilets jaunes : un phénomène d’usure sur fond de contradictions

Gilets jaunes : un phénomène d’usure sur fond de contradictions

 

De toute évidence, le mouvement des gilets jaunes connaît un phénomène d’usure classique. Indiscutablement la mobilisation diminue cela d’autant plus qu’il n’y a pas actuellement de perspectives claires pour l’avenir de ce mouvement. Le mouvement est en effet très partagé entre ce qui veulent demeurer une force de contestation sociale citoyenne et ceux qui veulent se  transformer en mouvement politique en particulier à l’occasion des européennes. Deux visions finalement assez opposées ; dans un cas ; il s’agit de créer une sorte de syndicat de citoyens et dans l’autre de créer un parti politique avec tous les risques que cela suppose en termes de compromis voire de compromission. Selon un sondage OpinionWay, les Français eux mêmes restent partagés sur la suite du mouvement des « gilets jaunes ». Si 61% le soutiennent, 50% souhaitent qu’il cesse désormais et 49% veulent qu’il continue. L’hypothèse d’une initiative à venir divise également les sondés. Ainsi, 32% préconisent une dissolution de l’Assemblée nationale, 24% un « référendum sur la transition écologique », 7% un changement de Premier ministre, et 36% ne suggèrent aucune de ces mesures. Les sondés sont enfin un quart seulement (27%) à juger que l’attitude du président depuis le début du mouvement qui ébranle sa présidence a été « à la hauteur », contre 72% qui sont d’un avis contraire.

* Enquête réalisée en ligne les 31 décembre 2018 et 1er janvier 2019, après les vœux d’Emmanuel Macron, auprès de 1 005 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d’erreur de 1,5 à 3 points.

 

Sondage : le phénomène Macron

Sondage : le phénomène Macron

 

Doucement, relativement discrètement mais sûrement,  le phénomène Macron se confirme. Celui qui a été encore considéré il y a un mois ou deux comme un produit de bulle médiatique confirme son positionnement dans le paysage politique.  Un positionnement ni droite ni gauche qui lui réussit parce qu’il s’éloigne des problématiques des partis et traite essentiellement des réformes économiques et sociales nécessaires pour sortir de la crise. Certes ces propositions sont encore parfois marquées par un certain flou mais il a sans doute raison de ne pas s’engager dans des promesses trop quantifiées qui seraient susceptibles d’être contredites rapidement par les réalités du pouvoir. Avec 41% (+2) d’opinions positives, Emmanuel Macron profite du recul d’Alain Juppé (37%, -6) pour prendre la tête du classement des personnalités auxquelles les Français font le plus confiance, selon un sondage Harris Interactive diffusé ce vendredi. Macron prend désormais la tête des personnalités dans lesquels les Français ont le plus confiance avec 41 % d’opinions positives soit 10 points de plus que Fillon a 31 %. À l’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon dispose d’un socle non négligeable tandis que Marine Le Pen paraît stagner. De son côté  François Hollande continue de progresser (+3 points), un mois après sa décision de ne pas briguer un second mandat. Avec 25% d’opinions positives, le chef de l’État retrouve son niveau de décembre 2015, au lendemain des attentats de Paris et Saint-Denis, mais 74% (-4) des personnes interrogées continuent de ne pas lui faire confiance, selon cette enquête pour le site Délits d’opinion. François Hollande progresse notamment auprès des proches du PS (73%, +16) et du Front national (+4). François Fillon, qui avait gagné neuf points fin novembre dans l’euphorie de sa victoire à la primaire, en perd huit et retrouve son niveau du mois d’août à 31%. François Bayrou gagne un point à 31%, Jean-Luc Mélenchon un à 26%, Marine Le Pen en perd deux à 22%. Benoît Hamon, en hausse (+4), est au coude à coude avec Arnaud Montebourg (-1) à 24% et Manuel Valls, qui fait son entrée avec 23% d’opinions positives. Egalement candidat à la primaire socialiste, Vincent Peillon n’a pas été testé. Cette enquête a été  réalisée en ligne du 27 au 29 décembre.

 

2017 : Le phénomène Macron, pourquoi ?

2017 : Le phénomène Macron, pourquoi ?

 

Si l’on s’en tient au sondage Odoxa du  Parisien/Aujourd’hui en France, Emmanuel Macron pourrait bien provoquer une sorte de séisme dans la classe politique. En effet 45% des Français considèrent déjà qu’il ferait un bon président,  ce qui le place immédiatement derrière  Alain Juppé (56%). Cela alors qu’il n’a pas encore déclaré formellement sa candidature pour les présidentielles. Un sondage qui met très loin Manuel Valls (15%), Jean-Luc Mélenchon (12%) et François Hollande (6%). En outre sa démission du gouvernement est approuvée par les trois quarts des Français. Cette ascension relativement exceptionnelle pour un homme sans véritable organisation, sans passé politique significatif et même sans orientation très élaborée découle sans doute de plusieurs facteurs explicatifs. Le premier élément vient du phénomène d’usure de la classe politique traditionnelle organisée en partis dont les Français n’attendent plus grand-chose. La seconde raison tient vraisemblablement à la médiocrité de la plupart des personnalités qui ambitionnent d’accéder à  la magistrature suprême. Médiocrité sur le plan des connaissances socio économiques et sociétales mais aussi médiocrité intellectuelle. Or Macron comparé à la plupart des autres parvient à élever le débat même si on peut contester certaines orientations et surtout le flou programmatique notamment dans le domaine sociétal. L’atout principal de  Macron est peut-être aussi sa jeunesse comparée à l’âge des autres candidats de la génération des 50 à 70 ans usés par les travaux guerriers des luttes politiques intestines (de l’extrême gauche à l’extrême droite) et les discours démagos. D’une certaine manière, Macron ringardise.  On s’interroger sur la crédibilité qu’accordent certains candidats à leur propre propos tellement le manque de conviction est évident ou inversement tellement le trait  caricatural témoigne de la posture de comédien qui fait semblant de croire aux promesses de coiffeur faites  au bon peuple. Par ailleurs Macron s’aligne sur une évolution  sociétale et idéologique qui remet en cause les vieux clivages gauche droite usés  jusqu’à la corde. Usés par la gauche qui finalement se soumet maladroitement et avec retard aux impératifs des réalités économiques, usés par la droite également profondément trop marquée par l’étatisme. Une dernière caractéristique qui concerne tout autant l’extrême gauche et l’extrême droite. Il n’est pas certain évidemment que Macron  parvienne en 2017 à conquérir la magistrature suprême mais il est probable qu’il va provoquer une grande secousse sismique dans le paysage politique. Pourtant l’intéressé dans ses récentes et finalement courtes fonctions de ministre de l’économie n’a pas montré grand chose. La loi Macron 1 ressemblait davantage à une auberge espagnole qu’à un programme de réforme structurelle économique. Le plus intéressant chez Macron c’est ce qu’il n’a pas fait !  il faut dire qu’il a été en permanence empêché ou freiné par Valls qui a très vite décelé le danger de ce nouveau concurrent potentiel à la succession de François Hollande. Le passé politique d’Emmanuel Macron demeure assez inconsistant par contre certaines de ses analyses se sont montrées à la fois pertinentes et surtout compréhensibles car débarrassées de la langue de bois habituelle. Les autres responsables ont tendance à systématiquement dire tout et son contraire. Dernier exemple en date la réduction éventuelle de l’impôt sur le revenu à laquelle adhèrent presque tous les candidats mais conditionnée par une réforme fiscale globale qui inévitablement fera encore monter les prélèvements obligatoires. Un sujet un peu surréaliste puisqu’on fait croire qu’il y aurait deux catégories  de Français ceux qui payent l’impôt citoyen et ceux qui payent les autres impôts  non citoyens. La réforme est sans doute nécessaire encore faudrait-il en préciser l’objectif réel et les modalités. Emmanuel Macron, lui,  a le grand mérite d’être clair car son propos est débarrassé des oripeaux de la dialectique politicienne, sorte de charabia énarchique pour faire sérieux mais qui masque mal l’incompétence et l’immobilisme. Le tremblement provoqué par le jeune Macron  ne concernera pas seulement la gauche, une gauche par ailleurs condamné à la débâcle électorale et qui, extrême gauche comprise, ne représente plus que de l’ordre de 25 à 30 % dans le pays. Le séisme concernera aussi le centre et la droite classique car Macron va sans doute siphonner autant de voix à droite qu’à gauche compte tenu de son positionnement idéologique. Il est clair par exemple que nombre de sympathisants et même de responsables des républicains sont plus proches d’un du social libéral Macron  que du bonapartiste Sarkozy. L’extrême droite et l’extrême gauche vont également être affectées par les vagues de fond provoquées  par l’ancien ministre de l’économie dans la mesure où leurs propositions économiques (paradoxalement relativement proches) risquent  de montrer encore davantage leurs incohérences et leur démagogie. Reste que Macron  présente encore quelques faiblesses voire des handicaps sérieux ;  il risque notamment de traîner comme un boulet sont passé d’énarque mais aussi celui d’éphémère banquier. En outre il lui faudra faire bien des efforts pour persuader l’opinion qu’il est proche des vrais gens comme il dit lui-même ;  une formule d’ailleurs malheureuse et qui révèle la reconnaissance de son appartenance à une élite responsable d’une grande partie de la crise qui caractérise la France dans le domaine social, économique et sociétal. Pour parler clair, la question est de savoir si Macron propose de gouverner la France comme Hollande avec ses copains de l’ENA ou s’il est décidé d’ouvrir sa gouvernance éventuelle à des responsables de la société dite civile. Une dernière expression par ailleurs encore ridicule   pour distinguer ceux qui n’appartiennent pas à l’élite de la monarchie républicaine. La sémantique comme la politique sent la naphtaline !

 

 

Sondage : Macron : bon président pour 45%, pourquoi ? Phénomène de mode ou séisme ?

Sondage : Macron : bon président pour 45%,  pourquoi ? Phénomène de mode ou séisme ?

 

Si l’on s’en tient au sondage Odoxa du  Parisien/Aujourd’hui en France, Emmanuel Macron pourrait bien provoquer une sorte de séisme dans la classe politique. En effet 45% des Français considèrent déjà qu’il ferait un bon président,  ce qui le place immédiatement derrière  Alain Juppé (56%). Cela alors qu’il n’a pas encore déclaré formellement sa candidature pour les présidentielles. Un sondage qui met très loin Manuel Valls (15%), Jean-Luc Mélenchon (12%) et François Hollande (6%). En outre sa démission du gouvernement est approuvée par les trois quarts des Français. Cette ascension relativement exceptionnelle pour un homme sans véritable organisation, sans passé politique significatif et même sans orientation très élaborée découle sans doute de plusieurs facteurs explicatifs. Le premier élément vient du phénomène d’usure de la classe politique traditionnelle organisée en partis dont les Français n’attendent plus grand-chose. La seconde raison tient vraisemblablement à la médiocrité de la plupart des personnalités qui ambitionnent d’accéder à  la magistrature suprême. Médiocrité sur le plan des connaissances socio économiques et sociétales mais aussi médiocrité intellectuelle. Or Macron comparé à la plupart des autres parvient à élever le débat même si on peut contester certaines orientations et surtout le flou programmatique notamment dans le domaine sociétal. L’atout principal de  Macron est peut-être aussi sa jeunesse comparée à l’âge des autres candidats de la génération des 50 à 70 ans usés par les travaux guerriers des luttes politiques intestines (de l’extrême gauche à l’extrême droite) et les discours démagos. D’une certaine manière, Macron ringardise.  On s’interroger sur la crédibilité qu’accordent certains candidats à leur propre propos tellement le manque de conviction est évident ou inversement tellement le trait  caricatural témoigne de la posture de comédien qui fait semblant de croire aux promesses de coiffeur faites  au bon peuple. Par ailleurs Macron s’aligne sur une évolution  sociétale et idéologique qui remet en cause les vieux clivages gauche droite usés  jusqu’à la corde. Usés par la gauche qui finalement se soumet maladroitement et avec retard aux impératifs des réalités économiques, usés par la droite également profondément trop marquée par l’étatisme. Une dernière caractéristique qui concerne tout autant l’extrême gauche et l’extrême droite. Il n’est pas certain évidemment que Macron  parvienne en 2017 à conquérir la magistrature suprême mais il est probable qu’il va provoquer une grande secousse sismique dans le paysage politique. Pourtant l’intéressé dans ses récentes et finalement courtes fonctions de ministre de l’économie n’a pas montré grand chose. La loi Macron 1 ressemblait davantage à une auberge espagnole qu’à un programme de réforme structurelle économique. Le plus intéressant chez Macron c’est ce qu’il n’a pas fait !  il faut dire qu’il a été en permanence empêché ou freiné par Valls qui a très vite décelé le danger de ce nouveau concurrent potentiel à la succession de François Hollande. Le passé politique d’Emmanuel Macron demeure assez inconsistant par contre certaines de ses analyses se sont montrées à la fois pertinentes et surtout compréhensibles car débarrassées de la langue de bois habituelle. Les autres responsables ont tendance à systématiquement dire tout et son contraire. Dernier exemple en date la réduction éventuelle de l’impôt sur le revenu à laquelle adhèrent presque tous les candidats mais conditionnée par une réforme fiscale globale qui inévitablement fera encore monter les prélèvements obligatoires. Un sujet un peu surréaliste puisqu’on fait croire qu’il y aurait deux catégories  de Français ceux qui payent l’impôt citoyen et ceux qui payent les autres impôts  non citoyens. La réforme est sans doute nécessaire encore faudrait-il en préciser l’objectif réel et les modalités. Emmanuel Macron, lui,  a le grand mérite d’être clair car son propos est débarrassé des oripeaux de la dialectique politicienne, sorte de charabia énarchique pour faire sérieux mais qui masque mal l’incompétence et l’immobilisme. Le tremblement provoqué par le jeune Macron  ne concernera pas seulement la gauche, une gauche par ailleurs condamné à la débâcle électorale et qui, extrême gauche comprise, ne représente plus que de l’ordre de 25 à 30 % dans le pays. Le séisme concernera aussi le centre et la droite classique car Macron va sans doute siphonner autant de voix à droite qu’à gauche compte tenu de son positionnement idéologique. Il est clair par exemple que nombre de sympathisants et même de responsables des républicains sont plus proches d’un du social libéral Macron  que du bonapartiste Sarkozy. L’extrême droite et l’extrême gauche vont également être affectées par les vagues de fond provoquées  par l’ancien ministre de l’économie dans la mesure où leurs propositions économiques (paradoxalement relativement proches) risquent  de montrer encore davantage leurs incohérences et leur démagogie. Reste que Macron  présente encore quelques faiblesses voire des handicaps sérieux ;  il risque notamment de traîner comme un boulet sont passé d’énarque mais aussi celui d’éphémère banquier. En outre il lui faudra faire bien des efforts pour persuader l’opinion qu’il est proche des vrais gens comme il dit lui-même ;  une formule d’ailleurs malheureuse et qui révèle la reconnaissance de son appartenance à une élite responsable d’une grande partie de la crise qui caractérise la France dans le domaine social, économique et sociétal. Pour parler clair, la question est de savoir si Macron propose de gouverner la France comme Hollande avec ses copains de l’ENA ou s’il est décidé d’ouvrir sa gouvernance éventuelle à des responsables de la société dite civile. Une dernière expression par ailleurs encore ridicule   pour distinguer ceux qui n’appartiennent pas à l’élite de la monarchie républicaine. La sémantique comme la politique sent la naphtaline !

Tricherie sur les émissions polluantes : un phénomène global

Tricherie sur les émissions polluantes : un phénomène global

Stephan Silvestre, ingénieur en physique appliquée, revient dans Atlantico  sur la question des émissions polluantes en pleine actualité  avec  Volkswagen.

 

«  S’il fallait chiffrer la période à partir de laquelle les entreprises ont commencé à masquer l’impact de leurs activités sur l’environnement, il convient de revenir aux débuts de l’ère industrielle. C’est loin d’être un fait neuf : les entreprises ont toujours cherché à maquiller ce genre d’éléments. Aujourd’hui cela porte sur des questions environnementales, car l’environnement fait désormais partie de la stratégie de ces entreprises, mais auparavant cela portait sur d’autres aspects. Dans de nombreux secteurs d’activités, on a connu des drames comme à Bhopal en Inde (une usine filiale de l’entreprise américaine Union Carbide, qui produisait des pesticides a explosé, libérant plusieurs tonnes d’isocyanate de méthyle dans l’atmosphère de la ville). Dans la majorité des cas, les entreprises concernées ont cherché à masquer leurs responsabilités, fussent-elles sociétales, publiques ou environnementales. Pour ce qui est de ce dernier aspect, on peut citer le cas de TEPCO (Tokyo Electric Power Company) au Japon. Les procédures de contrôle, de validation des processus de sécurité étaient défaillantes. Certes, l’accident de la centrale de Fukushima n’a pas été la suite de ces manquements aux obligations de la compagnie : il est consécutif au tremblement de terre et au tsunami (inévitables) qui ont eu lieu. Cependant, cela a mis à jour des failles dans les procédures. Ces dernières ont fait l’objet de nombreuses polémiques et de plusieurs mesures correctives de la part du gouvernement japonais. Il existe également des cas plus anciens comme ceux concernant les huiles de vidanges frelatées en Espagne. Ces huiles étaient recyclées de façon opaque… De nombreux scandales ont également éclatés dans le domaine pétrolier, quand bien même il s’agissait le plus souvent d’accidents (marées noires, accident de pipe-line, de plateformes) qui ont causés de lourds dégâts environnementaux. La responsabilité des firmes a effectivement été mise en cause. On peut citer le cas de Total : le tanker Erika, dont la cargaison était véhiculée pour le compte de Total, faisait l’objet d’un montage étrange visant à diluer les responsabilités. Total, après le naufrage du navire, avait finalement décidé d’indemniser les victimes afin de renvoyer une image positive à l’opinion publique. Néanmoins, en amont, Total avait tout mis en œuvre pour éviter d’engager sa responsabilité sur ce type d’incidents dramatiques. Ces mensonges visent à préserver une image « saine » de l’entreprise. Pour répondre clairement à la question, pour dissimuler le côté polluant d’une activité (ou, du moins, diluer les responsabilités), on a le plus souvent recours à des filiales et à la sous-traitance. Il s’agit d’externaliser les activités les plus à risques et les plus néfastes, de sorte à dégager la responsabilité directe de l’exploitant. Par conséquent, on va transférer ces activités, les plus sujettes à caution (de la part des associations, notamment) vers un sous-traitant de petite taille et moins connu du grand-public. Quand les associations pointent du doigt des défaillances sur tel ou tel site, elles se retrouvent donc face à de petites sociétés intermédiaires et non devant la société finale. C’est la méthode employée par Total et qui vaut pour toutes les multinationales, tous les réseaux mondiaux, peu importe le secteur. »

Déserts médicaux : le phénomène d‘une société malade

Déserts médicaux : le  phénomène d‘une  société malade

La ministre de la santé va annoncer son plan qui ne changera rien car le phénomène est culturel ; En bref, les jeunes médecins veulent être salarié, travailler en ville et le moins de temps possible. Finalement comme les autres. C’est tout simplement le mal de la société française ; Les incitations financières ne changeront pas la tendance. Sur France Info, une femme de médecin résumait bien la situation «  on veut vivre ». Sans doute mais toute cela ne saurait durer très longtemps, le mal est profond dans toutes les professions. . Il est évidemment légitime de vouloir mieux vivre mais quand cela met en péril les équilibres financiers, une telle aspiration est économiquement suicidaire. Le départ à la retraite dans les cinq ans à venir d’environ 25% des médecins généralistes libéraux va accentuer le problème car la relève n’est plus là.  Les jeunes médecins, dont un nombre croissant de femmes (56% des nouveaux praticiens), ne veulent plus travailler comme leurs aînés.  De plus en plus urbains, ils veulent exercer en groupe, tiennent à leur vie de famille, refusent les longues journées et semaines de travail qu’acceptaient les anciens.  Au moins la moitié des jeunes médecins aspirent à travailler dans des structures de groupes en tant que salariés, que ce soit à l’hôpital, dans des centres de santé ou dans des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP).  Pour assurer les soins de proximité sans remettre en cause la liberté d’installation chère aux médecins libéraux, François Hollande a choisi la voie de l’incitation plutôt que la coercition. Une ligne qui ne fait pas l’unanimité à gauche, ni à droite d’ailleurs, comme le prouvent régulièrement des amendements parlementaires des deux côtés de l’Hémicycle pour davantage de dirigisme.  Mais dans un passé récent (loi Bachelot de 2009) la politique du bâton n’a pas fonctionné et des mesures contraignantes ont été abandonnées.  Les aides financières incitatives, pas toujours bien ciblées, ont échoué également.  Début décembre à l’Assemblée nationale, Mme Touraine a indiqué que son plan serait « global et cohérent ».  Elle n’en a révélé que quelques bribes, dont une garantie de salaire annuel de 55.000 euros (4.600 euros par mois) pour 200 « praticiens territoriaux de médecine générale » qui iront en 2013 s’installer dans ces « déserts ».  Mercredi l’Association des maires de France (AMF) a réclamé la « mise en oeuvre urgente de mesures assurant une couverture médicale de l’ensemble des territoires à des tarifs accessibles ».

 




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