Samuel Paty : 13 et 15 ans de prison pour haine contre le professeur décapité
Les deux amis du terroriste Abdoullakh Anzorov qui, le 16 octobre 2020 a décapité Samuel Paty, ont écopé des plus lourdes peines pour complicité d’assassinat terroriste (réclusion criminelle à perpétuité encourue), alors que l’accusation avait pourtant demandé une requalification des faits en association de malfaiteurs terroriste criminelle (trente ans de réclusion criminelle encourus).
Azim Epsirkhanov, réfugié tchétchène de 23 ans, a été condamné à 16 ans de réclusion criminelle et Naïm Boudaoud, né à Evreux le 18 janvier 2002, à la même peine de 16 ans. La Cour a jugé qu’ils connaissaient la dangerosité de leur ami et qu’ils lui ont fourni une aide logistique directe. Le 16 décembre, le parquet avait requis contre Epsirkhanov et Boudaoud à respectivement 16 ans et 14 ans de réclusion criminelle.
Minute de silence pour Samuel Paty et Dominique Bernard : 78 incidents
78 incidents ont été relevés à travers la France lors de la minute de silence en hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard, indique le ministère de l’Éducation nationale ce mardi 15 octobre. . L’an dernier, au lendemain de l’hommage rendu à Samuel Paty, 230 incidents avaient été signalés, mais le nombre de faits recensés s’était finalement élevé à 618. Ce chiffre de 78 incidents devrait donc encore augmenter ces prochains jours.
«Dans la quasi-totalité des cas, ce moment de recueillement s’est déroulé dans la dignité et le plus profond respect», insiste le ministère, qui précise que «des sanctions disciplinaires sont engagées dans 100% des cas» de perturbations et contestations. Dans les cas «les plus graves», une saisine du procureur sera effectuée.
Quatre ans après l’acte terroriste du 16 octobre 2020, la figure de Samuel Paty reste attachée à des émotions très vives chez les enseignants. Leur perception de cet assassinat et leur manière de le raconter disent beaucoup des déceptions et des souffrances de ce corps professionnel.L’assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020 est un événement sans précédent dans l’histoire éducative et politique de France : le meurtre prémédité d’un enseignant par un islamiste radical. Signe de l’ampleur du choc, cet acte terroriste a déjà suscité un grand nombre d’articles et de publications, centrés pour la plupart sur l’engrenage qui a conduit au drame, sur le travail policier et judiciaire qui a suivi. Paradoxalement, les réactions des enseignants et de la communauté éducative en général ont été beaucoup moins traitées. Pour comprendre ce que la mort de notre collègue a signifié pour les acteurs d’une école touchée en son cœur même – l’acte d’enseigner – nous avons mené une enquête pluridisciplinaire (croisant sciences de l’éducation, histoire, science politique, sociologie), à la fois qualitative et quantitative, publiée en octobre 2024 sous le titre Une école sous le choc ? (éd. Le bord de l’eau). Travailler sur cette question ne constitue pas qu’une simple étude. Cela renvoie aussi à nos propres vécus professionnels et à nos thématiques de recherches. Nous avons tous deux été enseignants d’histoire-géographie, appartenant à la même génération que Samuel Paty. En tant qu’universitaires, nous travaillions déjà, chacun de notre côté, sur différents sujets dits sensibles : les réactions du monde scolaire aux attentats de 2015, les rapports entre jeunes, religieux et système éducatif, ou les reconfigurations de la laïcité à l’école.
par Ferhat Ismaïl , Professeur des universités en sciences de l’éducation, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumière et Sébastien Ledoux, Maître de conférences, historien, Université de Picardie Jules Verne (UPJV) dans The Conversation
L’assassinat de Samuel Paty a fait l’objet d’une médiatisation extrême : nous avons recensé des centaines d’articles dans la presse nationale et régionale entre 2020 et 2023. Les réactions politiques se dénombrent par dizaines avec des prises de position et des controverses qui ont induit des effets de polarisation au sein des discours publics – en témoignent les polémiques sur l’influence d’un « islamogauchisme » dans les universités suite au meurtre.
Les champs lexicaux de la communauté éducative, des responsables politiques et des médias restent cependant significativement différents. Les personnels de l’école ont ressenti et traité l’événement selon des problématiques qui restent profondément attachées à leurs pratiques et éthique professionnelles, alors même que celui-ci a frappé, au sens propre, la société française dans l’un de ses piliers institutionnels, à savoir l’institution scolaire.
Par ailleurs, le monde enseignant a su, malgré la sidération et le choc ressentis, pédagogiser l’évènement – c’est un point récurrent des témoignages recueillis. Nous utilisons le mot « pédagogisation » tel qu’il est utilisé depuis les années 1980, à savoir le transfert au système éducatif du traitement de questions sociales de plus en plus diverses – ici, un acte terroriste. Mais cette pédagogisation s’est parfois faite en dehors de la demande institutionnelle proprement dite. Celle-ci, en effet, avait finalement limité sa réponse au drame à un temps de recueillement (minute de silence), après avoir initialement prévu deux heures d’échanges, d’abord au sein de la communauté éducative de chaque établissement puis avec les élèves.
C’est dans un grand sentiment de solitude que le monde enseignant a accompagné les élèves face à ce drame. Dans les données recueillies, ce sentiment peut se comprendre comme la résultante d’une double fracture avec la « hiérarchie » et avec une partie des élèves dont les réactions étaient parfois source d’inquiétudes, voire de désillusions. La manière de percevoir et d’exprimer l’assassinat de Samuel Paty raconte beaucoup des déceptions et souffrances de ce corps professionnel.
La sidération ressentie face à l’assassinat d’un collègue dans une violence extrême (la décapitation) s’est donc accentuée par la connaissance de son mobile : une pratique professionnelle ordinaire d’un enseignant qui faisait son métier en appliquant les programmes officiels, soit en invitant les élèves à débattre – et le mot est ici fondamental – d’une question sensible au sein de la société française, en prenant l’exemple des caricatures du prophète musulman publiées par le journal Charlie Hebdo.
Ce qui a profondément et durablement choqué les enseignants, c’est la confrontation avec ce réel particulièrement vertigineux : un enseignant a été décapité parce qu’il faisait son métier. C’est la prise en compte de ce premier choc dans tous ses paramètres qui permet de comprendre une autre émotion qui s’ajoute à la première : l’immense colère ressentie par certains d’entre eux face à la volte-face du ministère qui annule trois jours avant la rentrée le temps d’échanges initialement programmé.
Ce sont les plus touchés sur le plan émotionnel et souvent les plus investis sur les questions de laïcité et des valeurs de la République qui ont ressenti le plus de colère à l’égard de leur hiérarchie. Un certain nombre – petite minorité mais signifiante compte tenu du contexte (hommage à un collègue assassiné) – ont décidé de se mettre en grève et de ne pas venir le jour de la rentrée, à l’occasion de l’hommage national à Samuel Paty rendu au sein des établissements scolaires.
Les entretiens menés indiquent une situation institutionnelle qui heurte profondément leur éthique professionnelle mais dont l’émotion a sa part. À la sidération et à la colère se sont parfois ajoutés une autre émotion tristesse et désarroi, le jour de la rentrée, cette fois face à certains de leurs élèves qui ne partageaient pas la stupeur ressentie et l’indignation morale pour cet assassinat, ce qui a renforcé leur sentiment de solitude déjà évoqué. Notre enquête aboutit à la question d’un impossible deuil collectif pour le monde enseignant, toujours présente quatre ans après.
On ne peut parler des enseignants comme d’une catégorie homogène. Dans le second degré, les professeurs d’histoire-géographie ont été beaucoup sollicités, comme lors des attentats de 2015. Ils l’ont été soit par leurs collègues, soit par leur hiérarchie, pour donner des éléments de langage, des ressources ou pour être l’interlocuteur du dialogue avec les élèves sur cet événement dans leur salle de classe. On a donc régulièrement déchargé le dialogue avec les élèves sur les professeurs de cette discipline. Mais des collègues d’autres disciplines ont pris aussi leur part, en tant que professeurs principaux par exemple.
Les réponses pédagogiques ont beaucoup varié selon les âges des élèves. Dans le premier degré, des pratiques ordinaires ont été mobilisées comme mettre des mots au tableau sur les émotions ressenties par les élèves ou les faire dessiner sur cet événement. Les enseignants ont mis en avant les valeurs de la République, dont la laïcité, comme bien commun.
Dans le second degré, les enseignants mobilisés ont porté leur attention sur les faits vérifiables en les différenciant des rumeurs qui avaient été au cœur de l’engrenage dramatique. Dans les établissements situés en éducation prioritaire, des enseignants ont engagé le dialogue avec leurs élèves d’abord en les laissant parler.
Les questions des caricatures du prophète musulman par Charlie Hebdo, d’un traitement discriminant contre l’islam et les musulmans sont réapparues dans la bouche de certains élèves, accompagnées d’un malentendu sur l’acte pédagogique de Samuel Paty lors de son cours sur la liberté d’expression, interprété par certains comme une injonction à faire adhérer ses élèves, dont des élèves musulmans, à ces caricatures. Les enseignants ont ainsi été amenés à clarifier le statut d’objet scolaire de ces caricatures religieuses, le droit pour les élèves d’être choqués par elles, tout en mettant en avant la nécessité de condamner l’assassinat de Samuel Paty.
Samuel Paty était un enseignant expérimenté, ayant derrière lui des années de pratique professionnelle, dans un collège réputé calme. Un tel profil explique probablement, au moins en partie, l’homogénéité et l’unanimité des réponses que nous avons pu recueillir : au final, le terrorisme, ici islamiste, peut toucher n’importe qui, n’importe où. L’expérience et l’ancienneté n’y changent rien.
À ceci s’ajoute – point aussi récurrent des témoignages – le fait que le drame se noue initialement dans une situation a priori banale : une élève difficile, un parent accusateur, les réseaux sociaux, le contexte du « pas de vagues » (rappelé à de nombreuses reprises dans les sources recueillies)… Cet aspect constitue probablement ce qu’il y a de plus déstabilisant, car il conduit précisément à une déconcertante proximité avec l’assassinat de Samuel Paty. Nombre de facteurs qui y mènent sont, hélas, loin d’être exceptionnels pour les enseignants qui ont témoigné auprès de nous.
Samuel Paty fait l’objet de nombreux hommages publics depuis 2020 : commémoration chaque année en octobre, « Prix Samuel Paty » créé par l’APHG en 2021 récompensant des projets pédagogiques, inaugurations de salles de cours portant son nom dans des établissements scolaires ou des universités, mais aussi noms de rue ou de place dans certaines villes.
Si la figure de Samuel Paty dépasse ainsi largement le cadre scolaire, notre enquête montre que celle-ci reste rattachée pour une majorité d’enseignants à des émotions toujours vives, des difficultés, et plus largement des conditions professionnelles vécues comme des mises à l’épreuve personnelles.
École : une minute de silence pour Samuel Paty et Dominique Bernard
Une minute de silence sera organisée dans les collèges et les lycées le 14 octobre en mémoire de Samuel Paty et Dominique Bernard, enseignants assassinés lors de deux attaques djihadistes, a déclaré la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, Anne Genetet.
«Pour les hommages consacrés à Samuel Paty et Dominique Bernard, je demanderai aux enseignants dans les collèges et lycées de faire observer une minute de silence au moment où ils le souhaiteront dans la journée du 14 octobre», a détaillé la ministre dans un entretien paru dimanche dans le Parisien. «Ils pourront également organiser s’ils le souhaitent un temps d’échange et de réflexion avec leurs élèves», a-t-elle ajouté.
Samuel Paty et Dominique Bernard ont été assassinés en raison de leur enseignement
En se focalisant sur la question des signes d’appartenance religieuse, les débats et les lois successives concernant la laïcité à l’école passent à côté de l’essentiel, estime l’historien Claude Lelièvre dans une tribune au « Monde » : c’est-à-dire la contestation de certains enseignements et la multiplication des entraves à la liberté d’enseigner.
La loi du 15 mars 2004 ne se résume pas à la question des signes d’appartenance religieuse. La circulaire d’application qui l’a suivie a longuement insisté là-dessus ; et pourtant la focalisation dans la sphère politico-médiatique sur la seule question des signes d’appartenance domine presque sans partage. Ce centrage sur ce qui est le plus visible, sur les « apparences », voire l’apparence, devrait faire problème pour les esprits éclairés…
La circulaire d’application du 18 mai 2004 signée par François Fillon, ministre de l’éducation nationale de l’époque, comporte en effet un long passage au titre significatif : « Les obligations qui découlent, pour les élèves, du respect du principe de laïcité ne se résument pas à la question des signes d’appartenance religieuse. »
Il édicte : « Les convictions religieuses des élèves ne leur donnent pas le droit de s’opposer à un enseignement (…). Si certains sujets appellent de la prudence dans la manière de les aborder, il convient d’être ferme sur le principe selon lequel aucune question n’est exclue a priori du questionnement scientifique et pédagogique (…). Les élèves doivent assister à l’ensemble des cours inscrits à leur emploi du temps sans pouvoir refuser les matières qui leur paraîtraient contraires à leurs convictions. Les convictions religieuses ne peuvent justifier un absentéisme sélectif par exemple en éducation physique et sportive ou en sciences de la vie et de la Terre. »
Et pourtant on doit noter l’étrange comportement du même ministre de l’éducation nationale lors de la réception, en juin 2004, du rapport de l’inspection générale rédigé par Jean-Pierre Obin intitulé « Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires ». François Fillon ne le rend public qu’en mars 2005, sans qu’aucune autre initiative soit prise par le ministre. Et cela alors même que la question du « voile » est présentée dans ce rapport comme « l’arbre qui cache la forêt » des détériorations de la vie scolaire et des contestations de certains enseignements – notamment en éducation physique et sportive, en histoire, en sciences de la vie et de la Terre.
En revanche, François Fillon se met en avant quant à ce qui est le plus « apparent » : il revendique d’avoir été moteur dans l’interdiction du port du voile dans les établissements scolaires, puis se prononce pour l’extension de cette interdiction à l’université.
La sœur de Samuel Paty, l’enseignant assassiné, Mickaëlle Paty s’est montrée sceptique quant à l’efficacité du doublement des heures d’éducation morale et civique. «Je considère que cela ne sera pas suffisant pour avoir un contre-discours à apporter à nos enfants, qui eux, à l’extérieur, n’ont pas du tout un discours républicain, a-t-elle jugé. Il va sans doute falloir faire beaucoup plus pour essayer de faire comprendre l’intérêt de garder notre liberté d’expression, pleine et entière.»
Le président avait indiqué que l’instruction civique serait «refondée» en s’appuyant sur «les grands textes fondateurs de la nation». Il avait aussi annoncé un renforcement de l’éducation artistique et culturelle, avec des cours de théâtre à la rentrée prochaine et le retour de l’histoire de l’art. «Les mesures, il faut surtout les appliquer concrètement et avoir un suivi. On enchaîne tout un tas de réforme sans jamais les évaluer», a nuancé Mickaëlle Paty. Dans son discours, elle a aussi fustigé «les accommodements dits raisonnables servis à toutes les sauces et travestis sous des airs de pacifisme» qui pour elle, «accentuent la fracture et l’injustice».
Pour la sœur de Samuel Paty, réarmement civique insuffisant
La sœur de Samuel Paty, l’enseignant assassiné, Mickaëlle Paty s’est montrée sceptique quant à l’efficacité du doublement des heures d’éducation morale et civique. «Je considère que cela ne sera pas suffisant pour avoir un contre-discours à apporter à nos enfants, qui eux, à l’extérieur, n’ont pas du tout un discours républicain, a-t-elle jugé. Il va sans doute falloir faire beaucoup plus pour essayer de faire comprendre l’intérêt de garder notre liberté d’expression, pleine et entière.»
Le président avait indiqué que l’instruction civique serait «refondée» en s’appuyant sur «les grands textes fondateurs de la nation». Il avait aussi annoncé un renforcement de l’éducation artistique et culturelle, avec des cours de théâtre à la rentrée prochaine et le retour de l’histoire de l’art. «Les mesures, il faut surtout les appliquer concrètement et avoir un suivi. On enchaîne tout un tas de réforme sans jamais les évaluer», a nuancé Mickaëlle Paty. Dans son discours, elle a aussi fustigé «les accommodements dits raisonnables servis à toutes les sauces et travestis sous des airs de pacifisme» qui pour elle, «accentuent la fracture et l’injustice».
Société-L’assassin de Samuel Paty : un héros d’après son père !
On attend sans doute le sommet de la bêtise et de la haine humaine avec la glorification de l’assassin de Samuel Paty par son père et sa communauté. Ce que révèle une vidéo salafiste près d’une heure et demie avec le père d’Abdoullakh Anzorov, Abouyezid. Dans cette vidéo, cette déclaration : «Qu’Allah récompense ce héros tchétchène. Il nous a délivrés du péché (de l’inaction).» . À ce point de la bêtise humaine qui constitue un recul de civilisation d’au moins 1000 ans, on ne peut qu’être interloqué par ce soutien à une action criminelle complètement gratuite. En effet, en quoi assassiner un enseignant par ailleurs complètement innocent des faits qui lui sont reprochés peut-il justifier d’une action criminelle d’un héros ? Ces extrémistes sont de toute évidence trompés de millénaire, de civilisation et de toute conception humaniste. Ou la barbarie au service de l’aveuglement religieux. Bref un vrai retour en arrière de 1000 ans.
L’assassin de Samuel Paty : un héros d’après son père !
On attend sans doute le sommet de la bêtise et de la haine humaine avec la glorification de l’assassin de Samuel Paty par son père et sa communauté. Ce que révèle une vidéo salafiste près d’une heure et demie avec le père d’Abdoullakh Anzorov, Abouyezid. Dans cette vidéo, cette déclaration : «Qu’Allah récompense ce héros tchétchène. Il nous a délivrés du péché (de l’inaction).» . À ce point de la bêtise humaine qui constitue un recul de civilisation d’au moins 1000 ans, on ne peut qu’être interloqué par ce soutien à une action criminelle complètement gratuite. En effet, en quoi assassiner un enseignant par ailleurs complètement innocent des faits qui lui sont reprochés peut-il justifier d’une action criminelle d’un héros ? Ces extrémistes sont de toute évidence trompés de millénaire, de civilisation et de toute conception humaniste. Ou la barbarie au service de l’aveuglement religieux. Bref un vrai retour en arrière de 1000 ans.
Assassinat de Samuel Paty : La responsabilité d’une partie de la gauche
Enseignant dans un collège en région parisienne, Christophe Naudin est l’auteur de Journal d’un rescapé du Bataclan (Libertalia, 2020), un livre dans lequel il revient sur le drame et sur son parcours de reconstruction, avant de critiquer durement une partie de la gauche, qu’il juge complaisante avec les islamistes. En 2015, il avait aussi cosigné, avec William Blanc, chez le même éditeur, Charles Martel et la bataille de Poitiers. De l’histoire au mythe identitaire.(le Monde)
L’assassinat de Samuel Paty par un jeune djihadiste, à partir d’une accusation relayée par un parent islamiste et avec le concours d’élèves qui l’ont désigné, vous est-il apparu comme un basculement ?
Comme tout le monde, j’étais sidéré, bien sûr, quand c’est arrivé. Sidéré, mais pas étonné sur le fond, car j’avais, depuis la rentrée 2016, cette crainte – j’en parle dès le début de mon livre –que les djihadistes s’en prennent à l’école, comme ils l’avaient annoncé dans leur propagande. Je savais qu’ils pouvaient cibler des enseignants, pour tout ce qu’on représente à leurs yeux et qu’ils haïssent. La menace planait. Des enfants ont été, c’est vrai, dans une forme de complicité, même si, évidemment, ils ne savaient pas ce qui allait arriver, mais c’est avant tout un attentat djihadiste. J’en veux plus aux parents qui étaient derrière, dans un tourbillon de surenchère. Ce qui s’est passé reflète aussi les problèmes que nous, enseignants, pouvons rencontrer, avec la pression exercée par certains parents et les contestations de certains élèves. Mais je ne pense absolument pas que la motivation des élèves impliqués était « djihadiste ». Avec les réseaux sociaux, des affaires qui partent dans tous les sens, sans aller aussi loin, nous en avons régulièrement.
Professeur d’histoire et spécialiste de l’islam médiéval, vous avez été projeté au cœur de la violence extrême d’un événement historique. Cela a-t-il modifié votre perception d’historien ?
J’ai l’impression qu’au contraire cela a plutôt conforté cette perception. Le fait d’être historien, de travailler avec recul et méthode – et, en plus, sur ces sujets-là ! – m’a permis de mieux amortir le choc. Je me dis parfois que, si cela m’était arrivé quand j’étais très jeune, j’aurais pu me replier sur moi-même, peut-être même tomber dans la haine des musulmans. Mon état d’historien, en fait, fait partie des choses qui m’ont protégé.
Après l’Assassinat de Samuel Paty , reconstruire l’école
Pour les enseignants, le traumatisme de l’attentat de Conflans est profond et durable, mais ils ont repris leur mission de reconstruire cette maison commune qu’est l’école, rappelle, dans une tribune au « Monde », Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie.
Tribune.
Quand se diffusa, le 16 octobre 2020 en fin d’après-midi, au soir même des vacances scolaires, la nouvelle de l’assassinat de Samuel Paty à la sortie de son collège, le choc fut immense. La sidération, face à cet événement d’une violence extrême, s’empara des salles de professeurs. Le monde enseignant en fut abasourdi, et au-delà, tout le pays. Toutefois, il est des professeurs qui ont sans doute, davantage encore, ressenti ce drame. Ils l’ont reçu comme on prend un coup de poing en plein visage, comme on encaisse une onde de choc qui vous fait vaciller sur vos jambes. Ils ne sont plus aujourd’hui les professeurs d’histoire-géographie qu’ils étaient avant la mort atroce, par décapitation, de leur collègue.
Le traumatisme est là et il est inscrit pour longtemps dans les esprits de tant de ces enseignants dont beaucoup ont été dévastés. C’est leur alter ego qui a été assassiné, mais c’est évidemment plus que cela. C’est le sens même de leur mission, de leur métier dans toute sa profondeur et sa nécessité, qui ont été attaqués. Ce qui est advenu ce soir-là, c’est la négation même de leur raison d’être, de ce pourquoi ils enseignent au quotidien, c’est la volonté d’anéantir la République et son école, d’imposer l’obscurantisme le plus bête, l’ignorance la plus crasse, la violence la plus crue.(Le Monde)
Des professeurs d’histoire-géographie se sont sentis envahis par une forme de désespoir et ne cessent, depuis, de s’interroger sur le sens de leur engagement. Le sentiment d’impuissance face à ces forces mortifères a suscité nombre de questionnements chez ces éclaireurs du temps. Le professeur d’histoire est celui qui donne à comprendre la complexité du monde dans lequel nous vivons, qui donne du sens à ses évolutions et aux processus historiques par les mises en perspective qu’il propose à ses élèves.
Il est aussi celui vers lequel les collègues se sont massivement tournés après les assassinats perpétrés par des djihadistes à Toulouse en mars 2012, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) en octobre 2020, à Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher et le Bataclan en janvier et novembre 2015. C’est souvent le professeur d’histoire qui a œuvré quand l’école a dû expliquer aux enfants de France la portée de chacun des événements traversés, et ce d’autant plus que l’institution a été parfois bien en peine de faire saisir à tous les enseignants que la République c’est l’affaire de tous et de chacun, quelle que soit la discipline enseignée. C’est le professeur d’histoire qui s’est chargé des réflexions, des discours, des présentations, avec d’autres bien sûr, mais il s’est toujours trouvé en première ligne et plus encore en ce triste automne 2020.
Macron : la photo de YouTubeurs et l’hommage à Samuel Paty !
De la vraie bouillie médiatique de la part de Macron dans cette vidéo publiée sur les réseaux sociaux où il mélange l’hommage à Samuel Paty, l’enseignant décapité avec la photo des deux youtubeurs à la mode McFly et Carlito pour appeler les jeunes à se faire vacciner et à respecter les gestes barrières.
La présentation de cette photo était en fait la réponse à un pari lancé par les deux youtubeurs en mai dernier, à l’occasion d’un concours d’anecdotes pour une vidéo tournée à l’Élysée. Les deux humoristes avaient donné comme gage à Emmanuel Macron de montrer un portrait d’eux lors de son allocution du 14-Juillet .
« Je commente rarement la communication du Président de la République, mais nous souhaiter une bonne rentrée avec un hommage à Samuel Paty tout en tenant le portrait de McFly et Carlito dans ses mains, je trouve ça monstrueux », a par exemple réagi sur Twitter Jean-Rémi Girard, le président du syndicat national des lycées et collèges (SNALC).
ASSASSINAT SAMUEL PATY: L’ADOLESCENTE QUI A DÉNONCÉ L’INTÉRESSÉ A MENTI
L’adolescente en cause avait affirmé être présente lors de propos jugés racistes en classe. En réalité elle vient d’avouer, ce qu’on savait déjà, à savoir qu’elle n’était pas présente en classe au moment des faits. D’après son avocat ce sont ses camarades qui l’ont utilisé comme porte-parole. Des camarades ont déclaré qu’elle n’était pas présente, d’autres qu’elle était présente. Elle s’est sentie porter par une forme de représentation, par un mandat pour raconter ce que ses camarades ont vu et dénoncer d’après eux le comportement du professeur. »
Son mensonge a été le point de départ d’un engrenage, dans lequel une polémique a été amplifiée par les réseaux sociaux, ainsi que par son père Brahim Chnina et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, tous les deux mis en examen.
Hommage à Samuel Paty : près de 800 incidents dans les établissements scolaires
Près de 800 incidents, sur plus de 12 millions d’élèves, ont été signalés autour de la minute de silence en hommage à l’enseignant Samuel Paty, assassiné par un terroriste le 16 octobre, selon un nouveau bilan communiqué par le ministère de l’Education nationale jeudi 3 décembre. Dans un premier temps, 400 incidents avaient été remontés juste après, les 2 et 3 novembre. Du 4 à la fin novembre, 393 faits supplémentaires ont été signalés, « en partie en raison du délai de remontée des signalements », précise le ministère.
Selon ce bilan détaillé, établi dans le cadre du dispositif « faits établissement » qui recense, analyse et transmet au niveau national « les situations d’atteinte au principe de laïcité », 48% de ces incidents ont eu lieu au collège, 23% en primaire, 18% en lycée général et technologique et 11% en lycée professionnel. La majorité des faits (90%) ont été commis par des élèves, seule une soixantaine d’incidents impliquant des parents.
«On découpe Samuel Paty, sans empathie» : le RAP de l’ignominie
un clip de rap ignoble clamant «On découpe comme Samuel Paty, sans empathie» sur fond de machettes et de scies. Interpellé mardi à Lagny-sur-Marne, l’auteur, connu des services de police, était toujours en garde à vue mercredi après-midi pour apologie du terrorisme, recel de vol et destruction par moyen dangereux pour les personnes, a indiqué la procureure de la République de Meaux, Laureline Peyrefitte. Il sera jugé jeudi en comparution immédiate, selon une source proche de l’enquête. Évidemment cette production lamentable ne renforce pas la crédibilité artistique du rap dont une grande partie touche le caniveau autant que la vulgarité et la provocation même s’il faut reconnaître que le rap comporte aussi des productions d’excellence.
Deux jours plus tard, un adolescent de 14 ans avait repris les paroles de ce morceau en classe pour menacer une enseignante d’un collège de Savigny-le-Temple pendant un cours consacré à la liberté d’expression. Une enquête avait été ouverte pour menaces de mort sur une personne chargée d’une mission de service public par le parquet de Melun. L’adolescent, en classe de troisième, qui portait par ailleurs dans une de ses poches un pistolet à impulsion électrique Taser, a été présenté à un juge pour enfants.