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Transition énergétique : la responsabilité de chaque territoire (Patrice Vergriete)

Transition énergétique : la responsabilité de chaque territoire  (Patrice Vergriete)

 

Patrice Vergriete, maire de Dunkerque (ville récompensée pour ses innovations en matière de transition énergétique). s’explique sur la politique de sa ville dans la Tribune.

 

 

PATRICE VERGRIETE -  la problématique environnementale a toujours été au cœur de notre politique. La forte présence industrielle sur notre territoire n’est pas neutre en termes de risque industriel ou de santé publique. Par ailleurs, le territoire est fragile, sujet au risque de subversion marine et d’inondation. Par ailleurs, dès le milieu des années 1980 et la fermeture des Chantiers de France, nous avons été au cœur des grandes mutations de notre économie. Cette politique de développement durable, nous la menons à la fois par conviction, et en raison des éléments de sensibilité que présente notre territoire. Dès la fin des années 1990, nous avons été attentifs à ces sujets visant à réconcilier l’économique, le social, la santé et le bien-être des habitants. Le lancement des Assises de la transition énergétique, qui cristallise aujourd’hui ces enjeux, illustre cette préoccupation. Dans les années 2000 nous avons cherché à étendre le concept au Sud de la France, et depuis quelques années, nous organisons cet événement en alternance avec Bordeaux. Grâce à l’intérêt du Grand Genève nous avons pu nous internationaliser dès cette année et nous étendre vers le Grand Est et la région Rhône-Alpes.

En quoi avoir été l’instigateur de cet événement influence-t-il votre politique au jour le jour ?

Je m’inscris dans une lignée, avec la responsabilité et les valeurs partagées que cela implique. Cela permet d’ancrer dans la durée cette culture visionnaire et d’entretenir une structure de coopération à l’échelle de la communauté urbaine. Lors des événements eux-mêmes, nous profitons de cette opportunité pour nous confronter à d’autres villes, pour avoir des échanges privilégiés avec des structures telles que l’Ademe ou l’Institut de la Ville durable (dont Patrice Vergriete est le président, Ndlr) et pour mettre en valeur le travail réalisé par les équipes. Ainsi, avec l’Ademe, nous travaillons à la création d’un référentiel sur l’économie circulaire et les déchets, en cours d’expérimentation sur plusieurs sites.

 Que signifie le renouvellement de votre label Cit’ergie Gold, déclinaison française des European Energy Award, créée par Ademe ?

Nous sommes aujourd’hui deux collectivités locales (avec la ville de Besançon, Ndlr), à avoir obtenu ce label au niveau Gold en France. Mais seule Dunkerque le reçoit à ce niveau pour la deuxième fois. Notre challenge se situe désormais au niveau européen, puisque nous sommes entrés dans le top 50. Cela nous permet d’identifier nos points forts et nos points faibles, dont certains que nous nous efforçons d’ores et déjà d’améliorer, comme les transports publics. (Tous les bus seront gratuits 7 jours sur 7 à compter de septembre prochain, Ndlr)

Qu’est-ce que la toile industrielle développée par l’agence d’urbanisme de Dunkerque (AGUR)?

Ce projet, que j’ai moi-même lancé lorsque je dirigeais l’AGUR, a vocation à comprendre les interactions entre les industries locales, et en particulier les impacts que peut avoir la fermeture d’une usine, quelles sont les entreprises les plus touchées et avec lesquelles il faut travailler en priorité. Nous avons notamment utilisé la toile industrielle au moment de la fermeture de l’usine Sollac (ex. Usinor) ou de la raffinerie SRD (Société de raffinerie de Dunkerque). Le port s’appuie toujours aujourd’hui sur cette cartographie virtuelle.

Dans le contexte d’un écosystème industriel où les acteurs sont très dépendants les uns des autres, cela permet également d’identifier où nous avons des creux, quel industriel pourrait produire un « input » utile à un autre, et lequel pourrait utiliser celui produit par un voisin, etc.  Autant d’arguments qui facilitent le travail de prospection pour attirer de nouveaux acteurs sur notre territoire. C’est ainsi qu’Ecocem, qui est venu s’installer ici, utiliser les laitiers (co-produits de la sidérurgie, Ndlr) de l’usine ArcelorMittal. Mais surtout, la toile industrielle aide à anticiper les conséquences lorsqu’une entreprise tousse. Nous avons ainsi identifié que les deux grands secteurs dont nous sommes dépendants sont l’énergie (avec le terminal méthanier, la centrale nucléaire de Gravelines…) et, moins évident, l’automobile, via le poids de la sidérurgie, dont c’est le principal client. Or ce sont deux secteurs en profonde mutation.

Vous êtes candidat à l’appel à projets TIGA, de quoi s’agit-il ?

Cet appel à manifestation d’intérêt (AMI) bénéficiant d’une enveloppe de 450 millions d’euros sur dix ans, a été lancé par la CDC dans le cadre du programme des investissements d’avenir (PIA). Le cahier des charges doit être précisé en avril 2018, et le dépôt des candidatures clôturé en fin d’année. Dunkerque fait partie des 24 territoires qui ont été présélectionnés le 4 janvier sur un total de 117 candidats. A ce titre, nous allons recevoir une enveloppe de 50.000 euros pour mener les études de reconnaissance. Les 10 lauréats définitivement choisis  bénéficieront chacun d’une subvention de 50 millions.

En quoi consiste votre projet ?

Il s’agit de faire passer notre bassin industriel, marqué par les mutations de l’industrie lourde, du XXe au XXIe siècle. Parmi les projets liés à la transition énergétique figurent l’extension de notre réseau de chaleur, la sensibilisation des citoyens ou encore l’incubateur Eura Energie – plateforme dédiée aux startups de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables lancées lors des Assises de 2016. Nous menons par ailleurs déjà un travail sur la pollution de l’air avec Suez, ainsi qu’un projet autour du stockage hydrogène avec Engie dans le cadre de GRHYD. Même si nous n’avons plus de raffineries, les entreprises implantées sur notre territoire ont un impact significatif. ArcelorMittal à Dunkerque, c’est 2% des émissions de gaz à effet de serre françaises ! Mais nous misons sur le projet éolien offshore de 500 MW (dont l’opérateur doit être désigné en 2018, Ndlr) pour utiliser le CO2 capté à la sortie de l’usine ArcelorMittal et produire de l’hydrogène.

L’éolien offshore suscite parfois l’opposition des riverains, qu’en est-il à Dunkerque ?

P.V. De façon générale, peu de territoires montrent une telle culture et une telle acceptation de l’industrie. La population est réceptive à ce projet, à condition bien sûr de bénéficier de certaines retombées. On ne demande pas de subventions, mais il serait par exemple souhaitable de réserver une partie des emplois de maintenance à des locaux. Il y a 30 ans, l’industrie laissait une grande partie de la valeur ajoutée sur place. Aujourd’hui, la part captée par le territoire s’est réduite comme peau de chagrin : moins d’employés, donc moins de masse salariale et moins de participation à la vie locale en général. Si on y ajoute le désengagement de l’Etat, il en résulte pour la population locale  un sentiment d’abandon et une opposition à la mondialisation, voire à l’Europe.

La démarche que vous menez à Dunkerque est-elle reproductible dans d’autres territoires ?

Tout à fait. Ce qui est reproductible, c’est la question de fond : sur quoi repose mon bassin ? Comment va-t-il évoluer au cours des 15 à 20 prochaines années ? Quelles sont les mutations en cours ? Comment pouvons-nous les accompagner ? Au risque de disparaître, tous les territoires doivent se poser la question de leur transformation. L’erreur de l’Etat, depuis quinze à vingt ans, consiste à prendre de l’argent aux bassins industriels au profit des métropoles, ce qui les empêche d’opérer leur mutation dans de bonnes conditions. Pourtant, il serait tout à fait envisageable de nous accorder des subventions sous conditions.

 

 

 » Police : arrêter la culture du chiffre (Patrice Bergougnoux) »

 » Police : arrêter la culture du chiffre (Patrice Bergougnoux) »

Dans une tribune   au JDD, l’ancien patron de la police conteste la politique de la sécurité.

 

« Combat contre le terrorisme, l’insécurité quotidienne et la criminalité organisée : la sécurité est un thème central de la campagne présidentielle. Les principaux candidats annoncent tous des créations d’emplois de policiers et de gendarmes, le renforcement du matériel et des équipements et le développement du renseignement territorial. Certains prônent le retour à une police de proximité (ou du quotidien) ; d’autres, tels François Fillon et Marine Le Pen, penchent pour un durcissement de la législation pénale. Quelles que soient ces mesures, en l’état, je doute qu’elles soient suffisantes. Les policiers « en colère » qui contestent aujourd’hui l’institution – à l’image des comités de soldats contre le service militaire dans les années 1970 – réclament une police au quotidien plus sécure, plus efficace, mais aussi plus proche des citoyens. Une dimension qui n’a pas été prise en compte au cours du quinquennat. Le raffermissement du lien de confiance entre les citoyens et l’institution policière est la clé de tout. Il implique que police et gendarmerie incarnent dans leurs missions les valeurs du service public, mais aussi appliquent une doctrine d’emploi au service de la population. La question des modalités des contrôles d’identité, laissée à tort de côté, doit ainsi être revue en priorité. Cette confiance passe également par la possibilité, offerte au citoyen, d’être acteur de sa propre sécurité et de celle de la collectivité. Ce que rendrait possible la montée en puissance de la Garde nationale en cours de constitution à partir des réserves de la police, de la gendarmerie et de l’armée. Elle repose aussi, cette confiance, sur trois éléments indissociables dont je ne vois trace – ou si peu – dans aucun programme : la formation, d’autant plus importante que la police – qui exerce au nom de l’Etat le monopole de l’usage de la force –, si elle protège les droits, peut aussi les menacer ; l’encadrement, dont les effectifs ont chuté depuis la funeste réforme de Nicolas Sarkozy (le corps des officiers réduit de 20.000 à 9.000, celui des commissaires de 2.500 à 1.600) ; l’évaluation partenariale avec les instances représentatives des habitants, ainsi qu’avec le monde de la recherche. Il est également urgent de remettre en cause deux axes stratégiques fondamentaux des dix dernières années : d’une part la culture du chiffre, qui formate le travail journalier du policier et dont la chaîne hiérarchique est profondément imprégnée ; d’autre part une organisation de la police héritée des années 1950, notoirement inadaptée aux menaces et à la criminalité mondialisées d’aujourd’hui, et qui doit être révisée. Notre pays a là encore manqué de volonté. C’est pourtant d’un véritable big bang dont la « grande maison » a besoin : une réorganisation profonde, seule à même d’améliorer sa capacité opérationnelle.

Auteur de Sécurité : ce qu’on vous cache (Flammarion).

 

Taxis-VTC : le précédent du transport routier de marchandises (Patrice Salini)

Taxis-VTC : le précédent du transport routier de marchandises (Patrice Salini)

 

Patrice Salini, (économiste ancien directeur de cabinet au ministère des transports), l’un des meilleurs experts du transport, rappelle fort à propos la manière dont ont été réglé les questions de licences du transport routier de marchandises et la question du contingentement. (Article paru dans les Échos)

« Il nous semble cependant que la question de la régulation du marché des taxis, et corrélativement du transport de voyageurs à la demande en véhicules de tourisme (les VTC) a de grandes similitudes avec la situation qui prévalait en matières de transports de marchandises dans de très nombreux pays d’Europe il y a 20 à 30 ans.

Quelles sont-elles ?

1. Les activités concernées sont le fait de professions réglementées. Autrement dit on doit se soumettre à des contraintes dites qualitatives qui permettent – s’agissant d’une activité sur la voie publique pouvant être – qui plus est  – le fait d’entreprises individuelles, de « filtrer » l’accès à la profession.
2. Certaines activités sont soumises à une tarification d’ordre public, mais pas leurs concurrents directs.  C’était le cas, par exemple, en France, à l’époque de la tarification obligatoire du transport routier de marchandises, où la location avec chauffeur n’était pas soumise à cette contrainte tarifaire.
3. La capacité de certains transports est contingentée. On sait que c’est le cas des taxis, comme c’était jadis celui des transports de marchandises à longue distance, mais pas de la location de longue durée, ni d’ailleurs, du transport à courte distance et d’une foultitude de produits.

Une situation de ce type débouche inéluctablement à plusieurs conséquences :

1. Le marché « contingenté » et « tarifé » est à la fois sous productif et peu rémunérateur, tout en étant sur-tarifé.
2. Le contingent génère des pratiques de cession ou de location-gérance de fonds de commerce, en réalité d’autorisations de transport  – ou de « plaques » comme on dit chez les taxis, dont les prix sont excessifs(2), et uniquement dus au contingentement lui-même (on paie la rareté). Cette « rente » servie au « propriétaire » qui « loue » au locataire-gérant une « autorisation de stationnement » accompagnée d’un véhicule taxi, ne reflète nullement un fonds de commerce réel, mais bien – essentiellement – un droit d’accès au marché.
3. Ce système pèse à la fois sur les coûts de production et sur les prix de vente (tarifs), et donc d’une part sur la rentabilité des taxis, leurs conditions de travail, et d’autre part leur compétitivité.
4. Le secteur le plus contraint peut être tenté de le contourner (frauder) pour en limiter l’incidence (recettes « au noir », tarification non appliquée…)
5. Le secteur « exempté » de contingent et de contrainte tarifaire se trouve donc mécaniquement plus facile à rentabiliser, un avantage renforcé grâce au téléphone et à internet.

C’est cette situation qui nous avait amenés(3)  – dans le cadre d’un gouvernement de gauche en 1986 – à estimer qu’un tel système était inefficace, inégalitaire et générateur de difficultés sociales : finalement on paie pour pouvoir travailler. Le gouvernement – de droite – qui succéda supprima de son côté la tarification obligatoire.

Outre les conséquences d’une telle double modification – plus radicale que prévue – l’expérience d’alors nous montra que la réforme, loin de spolier les transporteurs leur permis un développement significatif, et autorisa la croissance interne qui était techniquement impossible.

Nous fîmes disparaître la fiction de la patrimonialité d’autorisations administratives, sans conflit.

Cependant, on constata alors que tout laxisme dans les conditions qualitatives d’accès à la profession avait des conséquences lourdes sur le nombre de transporteurs et donc sur leur chance de survie, singulièrement en cas de retournement de conjoncture.  Ce qui fut rectifié.

Parallèlement, le détournement des règles de concurrence par certain a perdu sa raison d’être, ce qui conduisit à faire régresser la location avec chauffeur de courte durée, et remis la location de longue durée à sa juste place. Au final, les prix ont baissé, la productivité augmenté, et au final, les entreprises de transport se sont plutôt concentrées et renforcées.

L’expérience montre que plus encore que la réforme radicale du système (qui s’est plutôt bien passée dans plusieurs pays), ce qui pose problème et ce qui est conflictuel réside dans la contradiction – au sein d’un même marché – de deux systèmes régis par des règles très disparates.

La sortie du conflit à moyen terme ne peut donc passer que par une approche cohérente et juste du marché en ayant à l’esprit ceux qui vivent – taxis et VTC – de leur métier et offrent un service utile à la société. Mais il faudra du temps pour en débattre, et de la détermination.

NOTES : (1) Par exemple : « la (dé)réglementation du secteur
des taxis », OCDE-CEMT, 2007 (2) On parle de prix de cession pouvant atteindre plus de 230 000 € à Paris, 400 000 € à Nice. (3) Je fais référence ici à la période où, en tant que Directeur de Cabinet du Secrétaire d’Etat aux Transports, nous avons présidé  in fine, à la suppression des licences de transports et instauré des autorisations non contingentées. Le système s’est généralisé plus tard en Europe sous forme de licences communautaires. «

Patrice de Maistre: 8 millions de Bettencourt …et la légion d’honneur

Patrice de Maistre 8 millions de Bettencourt …et la légion d’honneur

Des petits arrangements entre amis,  pas de quoi fouetter un chat. De Maistre bénéficiaires de « libéralités » de madame Bettencourt pour 8 millions d’euros méritait bien sa légion d’honneur. Avec un petit coup de main d’Eric Woerth  qui ne rappelle de rien ! le bas peuple ne comprend sûrement rien ;  quand on le pouvoir financier et/ou politique c’est quand même  bien pour en profiter sinon où est l’intérêt ? Patrice de Maistre, prévenu pour trafic d’influence actif, est soupçonné d’avoir embauché en 2007 Florence Woerth, épouse de l’ex-ministre du Budget alors en fonction, dans sa société Clymène chargée des avoirs de Liliane Bettencourt, en échange de son élévation au grade de Chevalier de la Légion d’honneur. Eric Woerth, prévenu de trafic d’influence passive, lui avait personnellement remis la médaille le 23 janvier 2008. Le parquet avait requis un non-lieu pour les deux hommes au terme de l’instruction, estimant que « le lien de corrélation entre les deux faits, condition nécessaire à la caractérisation du délit, n’est pas formellement démontré ». Lundi, les deux prévenus ont suivi cette ligne de défense. Devant le tribunal, Eric Woerth a affirmé que son intervention en faveur de Patrice de Maistre relevait d’une « procédure extrêmement classique » et qu’il « n’y (avait) pas de passe-droit dans cette affaire ». « Si la Légion d’honneur passe tous les barrages, c’est qu’il a le bon profil pour être décoré. Je n’ai pas négocié cette Légion d’honneur. La décoration de Patrice de Maistre et le recrutement de mon épouse, ce sont deux droites parallèles », a-t-il lancé. Alors député de l’Oise trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, il avait envoyé le 12 mars 2007 le dossier de Patrice de Maistre avec une lettre de recommandation au ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy.   »Je ne me souviens pas de ce courrier pour tout vous dire. Mais je suis alors dans la logique du moment. J’envoie ça à Nicolas Sarkozy. Patrice de Maistre a le profil pour avoir la Légion d’honneur. Je suis dans une démarche politique », a plaidé Eric Woerth. Patrice de Maistre avait été fait Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur dans la promotion du 14 juillet 2007, quelques semaines après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. L’ancien gestionnaire de fortune a pour sa part expliqué au tribunal que l’idée de se voir attribuer la Légion d’honneur venait d’un ami, ancien banquier qui, en 2006, lui avait proposé d’intervenir en sa faveur. Le curriculum vitae qu’il lui avait envoyé avait ensuite cheminé jusqu’à Eric Woerth, a-t-il dit. « Je n’ai jamais évoqué ce sujet avec monsieur Woerth et je n’aurais jamais demandé cela au ministre », a affirmé Patrice de Maistre. Deux mois après avoir reçu sa médaille, Patrice de Maistre avait embauché Florence Woerth. Il a dit lundi l’avoir choisie en raison de ses compétences dans la gestion d’actifs. « Madame Woerth était quelqu’un de reconnu dans son métier », a-t-il dit, ajoutant n’avoir eu « que des recommandations positives. » « Pour moi il, n’y avait pas de problèmes déontologiques à embaucher la femme du ministre du Budget. » L’enquête a débuté après la révélation des enregistrements effectués clandestinement au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome Pascal Bonnefoy en 2009 et 2010. L’un concerne un entretien entre la milliardaire et Patrice de Maistre durant duquel le recrutement de Florence Woerth est évoqué. « J’avoue que quand je l’ai fait, son mari était ministre des Finances, il m’a demandé de le faire. Je l’ai fait pour lui faire plaisir », y dit le gestionnaire de fortune. Sous le feu des questions, il a précisé avoir tenu de tels propos pour se protéger vis-à-vis de la milliardaire avec laquelle il a dit avoir eu à l’époque des relations difficiles. Florence Woerth doit être entendue mardi par le tribunal. Eric Woerth et Patrice de Maistre encourent chacun une peine maximale de dix ans de prison et jusqu’à 150.000 euros d’amende. Dans le premier procès pour abus de faiblesse, le parquet a requis la relaxe d’Eric Woerth, estimant que rien ne prouvait que Patrice de Maistre lui avait remis de l’argent liquide venant de comptes en Suisse de Liliane Bettencourt pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy. Il a en revanche requis une peine de trois ans de prison dont 18 mois avec sursis et une amende de 375.000 euros à l’encontre de Patrice de Maistre, qu’il juge coupable d’avoir bénéficié de « libéralités » à hauteur de huit millions d’euros de la part de l’héritière de L’Oréal.

 




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