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Tourisme : pour davantage de coordination et un pilotage partagé

Tourisme : pour davantage de coordination et un pilotage partagé

L’attractivité d’un territoire dépend de toute une mosaïque d’acteurs privés qu’il leur est bien difficile de coordonner. Par Marie-Laure Baron, Université Le Havre Normandie; Samuel Grandval, Université Le Havre Normandie et Xiao Liu, Université Le Havre Normandie

 

 

Le tourisme a particulièrement souffert de la pandémie. En France, 38 % des acteurs du secteur ont dû contracter un prêt garanti par l’État, et le pays s’en sort pourtant mieux que ses voisins.

La saison estivale 2022 s’annonce cependant bonne, avec une météo clémente et des consommateurs qui ont pu mettre une épargne de côté durant la pandémie. De quoi pousser les pouvoirs publics à miser sur le secteur pour développer un territoire ? Ceux-ci souhaitent souvent occuper une place centrale dans l’organisation et l’animation du tourisme local.

Reste que les impulsions qu’ils proposent ne sont cependant pas toujours reprises par le tissu des entreprises du secteur, souvent de petites tailles. Or, les zones touristiques constituent des territoires identifiés par les voyageurs comme une offre globale. Ils ne choisiront bien souvent pas de se rendre à un endroit pour une ou deux particularités mais pour tout un ensemble de lieux et de services.

Notre recherche montre en fait, que les pouvoirs publics ne peuvent que difficilement piloter l’ensemble du système. Leur action, paradoxalement, ne peut fonctionner que sur des segments particuliers.

La valeur d’un site dépend, du point de vue du visiteur, de deux facteurs. Deux facteurs qui reposent eux-mêmes sur deux types d’acteurs différents.

Il y a d’une part ce que l’on nomme le « paysage ». Ce sont les sites en eux-mêmes, les plages, musées, ou monuments. Le touriste vient à Richelieu (Indre) pour ses fortifications, à Honfleur (Calvados) pour son grenier à sel, son église Sainte-Catherine dont la particularité est d’être construite en bois ou son port, et au Havre (Seine-Maritime), pour la plage, son architecture Perret ou son musée d’art moderne. Promouvoir, entretenir et mettre en valeur ce paysage est le rôle des collectivités territoriales.

D’autre part se trouve l’ensemble de services complémentaires entre eux qui composent le séjour du client : l’hébergement, les lieux de restauration ou de loisirs sportifs par exemple. Leur production échoit, elle, à une mosaïque de petites entreprises.

En ce qui les concerne, nos recherches montrent que la propension à dépenser des touristes dépend en fait de deux éléments. Ils s’avèrent, d’une part, sensibles à la diversité des offres individuelles des entreprises : plus les activités sont variées, plus l’offre est large et le site attractif. Autrement dit, une interaction semble nécessaire entre les différents éléments de l’offre pour un bon fonctionnement de l’ensemble. D’autre part, nous soulignons l’importance de l’originalité des offres individuelles. Elles permettent de distinguer la destination touristique parmi ses concurrentes.

Ce peuvent être, par exemple, les galeries d’art réputées pour la destination touristique honfleuraise, dont le « paysage » est pourtant d’abord maritime. Se pose alors la question de la possibilité d’améliorer l’attractivité du territoire sans pour autant noyer le trait distinctif de la destination. Pari réussi à Honfleur, qui renvoie aussi l’image de « creuset des impressionnistes ».

Puisqu’une coordination de l’ensemble semble ainsi nécessaire, faut-il s’en remettre aux pouvoirs publics ? Certains experts évoquent la nécessité d’une gouvernance partagée entre les acteurs. Il ne semble cependant pas exister de cas de stratégies collectives réussies.

Prenons le cas de Venise. La ressource touristique y est abondante et la tendance que l’on y observe paraît être à la maximisation des intérêts individuels au détriment du collectif. C’est en fait une conséquence d’une densité de touristes élevée : le besoin de coordination est plus faible car il n’y a pas nécessité de développer davantage l’attractivité de l’endroit.

C’est donc la densité de la ressource touristique qui va déterminer la légitimité de l’action publique. Elle ne sera reconnue, d’après nos résultats, que si la densité des touristes est faible. C’est pour cette raison que, souvent, les entreprises n’expriment pas de volonté d’intervention des pouvoirs publics.

L’action publique (par exemple au travers d’un office du tourisme) ne peut donc porter que sur la mise en valeur et la promotion des sites touristiques et de l’offre globale de la destination touristique. C’est d’ailleurs là une attente des acteurs du secteur. Il s’agit d’attirer les touristes et moins de coordonner l’écosystème.

Les pouvoirs publics ne joueront ce second rôle qu’indirectement puisque les entrepreneurs individuels s’adaptent à l’évolution des profils des touristes drainés. Éventuellement peuvent-ils utiliser les plans d’urbanisme comme à Barcelone, réglementer les locations saisonnières comme à Honfleur ou encore favoriser l’implantation d’activités dont la densité est faible afin de rééquilibrer l’écosystème. À eux de trouver une niche la plus adaptée pour agir.

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Par Marie-Laure Baron, Maître de conférences en sciences de gestion, Université Le Havre Normandie ; Samuel Grandval, Maître de conférences HDR en sciences de gestion, Université Le Havre Normandie et Xiao Liu, Docteur, Université Le Havre Normandie.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Contrôle des Big Tech : Objectif mondial partagé

Contrôle des Big Tech : Objectif mondial partagé

La juriste Anu Bradford constate, dans une tribune au « Monde », que, de Bruxelles à Pékin en passant par Washington, les Etats renforcent leur arsenal antitrust pour contrôler les géants du numérique.

 

Tribune. 

 

Dans l’environnement géopolitique d’aujourd’hui, les dirigeants mondiaux sont d’accord sur très peu de choses. Le contrôle des Big Tech est toutefois l’une des rares idées à laquelle tous semblent adhérer. De l’Union européenne (UE) aux Etats-Unis et jusqu’en Chine, les autorités se tournent vers les lois antitrust pour réguler le pouvoir de marché des grandes sociétés technologiques afin de promouvoir des économies plus équitables et plus concurrentielles. Dans les années à venir, nous connaîtrons probablement une dynamique encore plus forte, redéfinissant le fonctionnement des relations entre les marchés et les Etats.

Les Big Tech sont accusés de favoriser leurs propres produits sur leurs places de marché en ligne, d’abuser de leur accès privilégié aux données des consommateurs à des fins d’avantage compétitif et d’annihiler la concurrence en rachetant toute entreprise susceptible de menacer leur position de marché. Ces pratiques rendent les consommateurs dépendants des produits et services proposés par une poignée de grandes sociétés.

C’est l’UE qui a ouvert la voie, en se fondant sur le droit de la concurrence. Ces dix dernières années, la Commission européenne a mené jusqu’à leur terme trois enquêtes antitrust contre Google, qui ont abouti à plus de 8 milliards d’euros d’amendes. Elle enquête actuellement sur les technologies publicitaires et les modes de collecte de données de Google et Facebook, sur l’App Store et les systèmes de paiement mobile d’Apple, ainsi que sur le fonctionnement de la place de marché d’Amazon.

Constatant que ces actions judiciaires antitrust ne suffisent pas, la Commission a proposé, en 2020, une directive sur les marchés numérique (Digital Markets Act, DMA), qui lui conférerait de nouveaux pouvoirs contre les géants technologiques et les sociétés dites « gatekeepers », qui connectent les entreprises aux utilisateurs finaux. Cette législation permettrait d’interdire purement et simplement un certain nombre de pratiques, telles que l’autoréférencement préférentiel ou l’utilisation des données des concurrents. Le DMA devrait avoir un impact mondial, les grandes multinationales ayant tendance à calquer tôt ou tard leurs opérations mondiales sur les règles de l’UE (ce qu’on appelle « l’effet Bruxelles »).

Jusqu’à récemment, les Etats-Unis se contentaient de regarder l’UE mettre en place des lois contre les grandes sociétés technologiques américaines. Mais, tandis que les technolibertaires continuent d’attribuer ces actions européennes à un protectionnisme envieux, les régulateurs et législateurs américains se demandent de plus en plus si le marché sans entrave produit ou non des résultats souhaitables.

Mélenchon-Zemmour: Un nationalisme partagé

Mélenchon-Zemmour: Un nationalisme partagé

 par Gilles Savary, Ancien député, dans l’Opinion (extrait)

«​ Quelque prévention ou préjugé que l’on nourrisse à l’égard de ces deux personnalités, elles ont incontestablement nourri un débat politique de haute volée »

 A s’en tenir à la réputation où les confinent leurs frasques et leurs outrances, rien n’inclinait à passer la soirée avec Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour. Pourtant, un zapping intempestif sur leur débat de jeudi dernier sur BFMTV a dû en piéger plus d’un, tellement il détonnait avec les codes politiques habituels. Quelque prévention ou préjugé que l’on nourrisse à l’égard de ces deux personnalités, elles ont incontestablement nourri un débat politique de haute volée.

D’abord, parce qu’il a fendu l’armure du politiquement correct et de ses postures convenues. Ensuite, parce qu’il s’est affranchi des inhibitions idéologiques qui coupent la classe politique des ressentiments populaires. Enfin, parce qu’il a opposé deux visions d’une France déboussolée, départies des fatalismes gestionnaires pragmatiques.

L’un et l’autre se sont inscrits dans la filiation de vieux héritages politiques qui sommeillent dans le cerveau reptilien national.
D’un côté, un nationalisme messianique, nostalgique de la Révolution française, de l’autre un nationalisme ethno-culturel, habité par l’héritage chrétien. Les deux passéistes, l’un croyant encore à la mission civilisatrice universelle d’une France « créolisée » matinée de marxisme, mais largement démythifiée par son passif colonial, l’autre à celle d’une France pétainiste et illibérale, claquemurée dans une nostalgie ethnique. Les deux abhorrant les influences libérales anglo-saxonnes et européennes, sans tout à fait réaliser que nous n’avons plus ni les moyens d’un empire, ni l’autorité morale des conventionnels.

. Il ne manquait à ce débat d’idéologues, nourri de références littéraires profuses, que le regard du monde qui nous entoure, qui aurait sans doute trouvé confirmation des doutes profonds qui taraudent la France d’aujourd’hui. Mais incontestablement, il a donné à réfléchir sur les angoisses françaises, comme rarement un débat politique depuis bien longtemps. On en retiendra, en creux, qu’entre ces deux visions théologiques, il manque cruellement à nos partis de gouvernement un récit sur l’avenir de la France justifiant leurs options. Car Mélenchon comme Zemmour entonnent un petit refrain de repli et de souveraineté nationale qui est dans l’air du temps et fait peu de cas de notre incapacité à assurer seuls, dans un monde irrémédiablement compétitif, la pérennité de notre niveau de vie, de notre modèle social et de notre sécurité.

Ce n’est pas la planification, chère à Mélenchon, qui assure la résistance américaine face à la Chine et aux bouleversements de la hiérarchie mondiale, mais les Gafa issus de son libéralisme économique. Quant à Orban, modèle de Zemmour, que serait-il sans les fonds européens et la corruption dont il pourrit son pays au prix d’un musellement des contre-pouvoirs ?

L’un et l’autre épousent les illusions de la démocratie référendaire que l’Allemagne a rayée de sa Constitution pour se prémunir d’un nouveau cauchemar nazi. L’un et l’autre sont conformes à leurs caricatures : Mélenchon en romantique d’une dictature populaire et Zemmour, plus grave et plus dangereux, en anti-musulman obsessionnel, digne de l’antisémitisme d’avant-guerre. Du pain bénit pour Macron, tellement ils parasitent et fracturent à gauche et à droite, mais qui ne doit pas l’exonérer d’éclairer les Français d’un sens collectif, d’une vision d’avenir pour la France.

Gilles Savary est ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès.

« Pour un progrès durable et partagé» – par Dominique Villemot, Jacky Bontems et Aude de Castet

 « Pour un progrès durable et partagé» – par Dominique Villemot, Jacky Bontems et Aude de Castet

 

Dominique Villemot, Jacky Bontems et Aude de Castet propose dans l’Opinion une stratégie de progrès durable et partagé.

 

 

Dominique Villemot est président de Démocratie vivante, think tank de gauche. Jacky Bontems et Aude de Castet sont vice-présidents.

 

Aude de Castet et Jacky Bontems.

Chronique

 

En 2020, nous avons beaucoup souffert et nous avons dû nous remettre en question, apprendre l’humilité. Nous avons compris que l’humanité ne maîtrisait pas tout, en particulier la nature. Le coronavirus nous a tous désemparés. Nous avons dû nous confiner et ralentir l’activité économique. Or depuis le XVIIIe siècle, du moins en Occident, nous sommes entrés dans la civilisation du travail, avec la foi dans le progrès scientifique et économique. L’être humain est devenu un homo economicus.

Avec le réchauffement climatique et la pollution des océans, nous avons compris que notre civilisation pouvait mettre en danger la planète. Mais, plus ou moins consciemment, nous espérions qu’en adaptant à la marge notre modèle de société nous arriverions à limiter les dégâts causés à notre environnement. Aujourd’hui, nous comprenons qu’il faut changer de paradigme.

Et si nous ne connaissons pas exactement l’origine de cette pandémie, nous pressentons qu’elle peut être la conséquence d’un dérèglement de la nature par l’activité humaine.

Notre foi dans le progrès a été ébranlée et l’espoir s’est envolé.

Terre abîmée. La pauvreté a augmenté de manière significative, touchant en priorité les plus précaires, les jeunes, les femmes seules. C’est terrible pour notre jeunesse, qui a dû renoncer à la convivialité, qui se trouve confrontée au chômage et à la pauvreté. Cette jeunesse percutée de plein fouet par la crise pense que nous lui léguons une Terre abîmée…

Pire, notre démocratie a été mise en cause. En attente du vaccin, la seule arme contre la pandémie a été l’isolement, le confinement, ce qui a impliqué une restriction de nos libertés. La liberté, notre valeur fondamentale républicaine, a été mise à mal, attaquée sur un autre flanc par les attentats terroristes subis cette année encore.

Mais 2 020 a aussi eu des côtés positifs : notre modèle social a montré son efficacité. Grâce notamment à la prise en charge par l’Etat du chômage partiel la plus généreuse de l’OCDE, l’impact social de la crise, même s’il est loin d’être négligeable, a pu être contenu.

Nous n’avons pas hésité à nous porter au chevet de notre économie en ouvrant les vannes de la dépense publique. C’est le « Quoiqu’il en coûte » d’Emmanuel Macron.

Nous avons aussi pris du recul et remis l’échelle des valeurs à l’endroit. Nous avons pris conscience de l’importance des métiers indispensables : infirmières, caissières, éboueurs… Le recours massif au télétravail nous a aussi amenés à repenser notre rapport au travail.

2020 a aussi montré combien l’Europe nous est utile, voire indispensable, avec la politique de soutien des Etats de la zone euro par la BCE et un plan de relance historique mutualisé entre les Etats. Et si la crise sanitaire nous alerte plus encore sur notre dépendance envers la Chine, l’Europe doit également nous aider à nous réarmer sur le plan commercial et industriel pour contrer la menace chinoise.

Seule la croissance permettra de rembourser la dette et de financer nos retraites

Nous souhaitons qu’en 2021 nous renouions avec le progrès car c’est le seul moyen pour retrouver espoir en l’avenir, avec la perspective que demain sera meilleur qu’aujourd’hui, que nos enfants vivront mieux que nous.

Mais nous souhaitons que le progrès futur soit différent de celui des dernières années. Il ne faudra pas reprendre une politique d’austérité comme celle de 2011 à 2016 pour réduire le déficit public, ce qui s’est fait au détriment de nos hôpitaux et, plus généralement, de la croissance.

Seule en effet la croissance permettra de rembourser la dette et de financer nos retraites. Nous souhaitons que cette croissance soit une croissance véritablement verte, que l’environnement soit érigé en priorité comme le plan de relance s’y est engagé. Mais il faut aller plus loin.

Nouvel humanisme. Au nom de la justice sociale, nous souhaitons que la lutte contre la pauvreté devienne l’autre priorité absolue. Nous comptons près de 12 millions de pauvres dans notre pays, dont beaucoup d’enfants ; c’est inacceptable !

Redonnons aussi aux Françaises et Français confiance en notre démocratie en la rendant réellement vivante, en développant la démocratie participative, sur le modèle du Grand débat et de la Convention citoyenne sur le climat. Renforçons notre démocratie sociale en reconnaissant le rôle fondamental des partenaires sociaux dans l’élaboration de notre droit social.

Mais pour autant, il ne s’agit pas de faire preuve d’angélisme. Ainsi nous devons être fermes face aux menaces contre notre pays. Nous devons combattre sans hésitation l’islamisme radical.

En 2021, nous appelons de nos vœux un nouvel humanisme avec, comme socle, la primauté de la solidarité entre les générations. Prenons soin de nous, prenons soin les uns des autres.

Seul un autre progrès peut nous redonner espoir en l’avenir, un progrès durable et un progrès partagé. C’est notre souhait pour 2021.

Dominique Villemot est président de Démocratie vivante, think tank de gauche. Jacky Bontems et Aude de Castet sont vice-présidents.

Pour une autre philosophie du partage de l’espace

Pour  une autre philosophie du partage de l’espace 

Les politiques en faveur du deux-roues renforcent l’attractivité des villes, notamment en ce qui concerne les jeunes, à condition d’en faire un levier d’accès pour tous, explique l’anthropologue suisse Sonia Lavadinho, dans un entretien au « Monde ».

Anthropologue et géographe suisse, Sonia Lavadinho travaille depuis quinze ans sur les enjeux de mobilité durable, et notamment sur la façon dont l’aménagement des villes peut renforcer la place du corps en mouvement, favorisant ainsi une plus grande cohésion sociale et intergénérationnelle.

En période de crise sanitaire, le vélo ouvre des marges de manœuvre et de liberté à un moment où des limites s’imposent. C’est un mode « porte-à-porte » qui permet de maîtriser sa vitesse et son amplitude horaire, ce qui n’est pas le cas des modes collectifs, ni même de la voiture, régulée par des contraintes extérieures. On peut décider de partir quand on veut pour éviter la cohue, et de choisir sa route pour privilégier les trajets calmes. L’absence d’habitacle facilite les interactions et, dans le même temps, le fait d’être perché sur une selle, à l’air libre, met à bonne distance des autres de façon naturelle.

Pour toutes ces raisons, le vélo est un formidable outil exploratoire de la ville par temps de Covid, à condition de ne pas le réserver à une catégorie de citoyens mais d’en faire un levier d’accès à la ville pour tous. Or ouvrir des pistes, lorsqu’elles sont étroites, encourage les 5 % de cyclistes hyperrapides – ceux qui font les trajets domicile-travail et les livraisons –, des publics en général assez lestes, plutôt jeunes, seuls et masculins. C’est mieux que rien mais cela ne suffit pas. Car la vitesse peut décourager les autres, cyclistes occasionnels, familles ou seniors, ou bien le différentiel de vitesses est susceptible de générer des conflits. On l’a vu lors de la grève à Paris, ou à certains moments de la crise sanitaire, lorsque les flux ont triplé tout à coup.

Les collectivités doivent veiller à ce que la pratique reste hybride avec des cyclistes réguliers et d’autres occasionnels. La logique de couloir garde du sens pour des connexions longues de dix ou quinze kilomètres, ou bien pour traverser les carrefours complexes, à condition de pouvoir s’y doubler et de ne pas grignoter sur l’espace public existant réservé aux piétons. Il n’est plus question de faire des petites pistes d’un mètre de chaque côté de la rue.

Crise économique: un optimisme de façade non partagé

Crise économique: un optimisme de façade non partagé

Ce qui caractérise actuellement la posture économique des autorités, gouvernement, institution et grands médias, c’est un optimisme de façade non partagée par l’opinion. Ainsi par exemple concernant le plan de relance si une majorité l’approuve, la même majorité doute de son efficacité. En outre dans une étude menée fin août  80 % environ de la population est aussi inquiète de l’état sanitaire que de l’avenir économique du pays. Plus de la moitié ne croit pas à l’effet bénéfique du plan de relance.

Selon ce sondage réalisé par Odoxa-Dentsu Consulting pour, 8 Français sur 10 sont inquiets de la situation sanitaire du pays. Un niveau presque aussi élevé que ceux relevés au plus fort de l’épidémie, en plein confinement (90% d’inquiétude mi-avril). Selon Odoxa, 7 Français sur 10 se disent inquiets pour la santé de leurs proches et 55% pour leur propre santé. Un sentiment corrélé à l’âge des sondés: alors que les 18-24 ans ne sont que 39% à l’exprimer, ils sont 58% chez les 35-49 ans et 61% chez les 65 ans et plus. «Il y a un contexte angoissant, lié à la reprise de l’épidémie, confirme Gaël Sliman, président d’Odoxa. La séquence est très compliquée pour l’exécutif, qui se retrouve dans une position ambivalente: expliquer que la situation est grave, qu’il faut être vigilant sur le plan sanitaire, sans démoraliser l’opinion.». Par compte le port du masque semble assez peu contesté : 76 % des sondés se disent favorables à la généralisation de l’obligation dans toutes les villes.

 

L’angoisse des Français en cette rentrée est aussi économique. Plus de 8 sondés sur 10 sont pessimistes sur l’évolution de la croissance et du pouvoir d’achat, une inquiétude accrue par rapport au début de l’été. Ils sont un peu plus optimistes au sujet de leur propre situation: 55% se disent inquiets sur leur avenir et près d’un actif sur trois (32%) a peur pour son propre emploi. Un sentiment qui touche principalement les travailleurs indépendants (40%), les ouvriers (41%) et les actifs aux revenus les plus modestes (39%).

« Gilets jaunes » : avis partagé sur le grand débat

« Gilets jaunes » : avis partagé sur le  grand débat

Selon un sondage Harris interactive pour RTL et M6, publié mercredi 2 janvier, un Français sur deux seulement pense que le gouvernement tiendra compte du grand débat.  Pour 47% en revanche, il n’en tiendra  »pas du tout «compte.

Près d’un Français sur deux également (47%) serait favorable à ce que les « gilets jaunes » présentent une liste aux élections européennes de mai 2019. Un souhait nettement majoritaire chez les sympathisants de La France insoumise et du PCF (64%), du Rassemblement national (58%) et du PS (56%).Par ailleurs, les Français interrogés se disent très majoritairement favorables à des Référendums d’initiative citoyenne (RIC) pour proposer une loi (80%), en abroger une (72%) ou mettre fin au mandat d’un élu (63%). Le RIC est réclamé par de nombreux « gilets jaunes ».

 

Excuses pour la colonisation : les Français partagés

Excuses pour la colonisation : les Français partagés

 

 

De toute évidence la France n’a encore fait  son deuil de certaines circonstances tragiques de la colonisation. D’ailleurs contrairement à d’autres pays cette question est encore largement taboue dans le pays qui hésite à reconnaître une lourde responsabilité. Notons aussi que contrairement aux États-Unis par exemple le cinéma français s’est très rarement emparé de ce pan de l’histoire relativement sombre. Les historiens eux-mêmes comme les Français sont assez partagés. On ne peut cependant nier que la France est responsable d’exactions très condamnables même si cette te colonisation a pu présenter certains  effets bénéfiques pour les pays considérés. Un seul exemple le recrutement souvent contre leur gré ou avec de fausses promesses de 700 000 soldats africains pendant la guerre de 14 18 avec 150 000 morts ( dont beaucoup sont morts du froid). Des soldats supposés défendre leur patrie !  Des soldats auquel d’ailleurs on n’a pas reconnu les mêmes droits que ceux des Français pendant très longtemps. Des soldats qui furent aussi engagés dans les différents conflits suivants : guerre de 39 45, Indochine ou encore Algérie. «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes», avait déclaré Macon lors de son déplacement en Algérie. Selon un sondage réalisé par l’IFOP pour le site algérien francophone Tout sur l’Algérie, une légère majorité de Français (51%) est d’accord avec ces propos. Cependant cette approbation est très contrastée: si 66% des jeunes de moins de 35 ans approuvent la qualification de «crime contre l’humanité», seul 32% des 65 ans et plus l’acceptent. L’opinion diverge fortement selon l’appartenance politique des sondés. «Ainsi, 85% des sympathisants d’En Marche! sont d’accord avec cette partie de la déclaration d’Emmanuel Macron, contre seulement 26% des proches du Front national.», note l’institut. Au total, 27% en moyenne des sondés de droite apprécient la remarque, pour 70% des sondés de gauche. La disparité est aussi géographique: dans le sud-est de la France, où vivent la majorité des pieds-noirs, ils sont moins de la moitié des sondés (48%) à approuver ces propos.

L’économie collaborative : partage ou business ?

L’économie collaborative : partage ou  business ?

 

Interviewé dans le journal minute Marc-Arthur Gauthey, membre du collectif  OuiShare revient sur les désavantages et les dérives de l’économie. – OuiShare avait

contribué à définir et populariser le concept «d’économie collaborative». De ce point de vue il est clair que l’économie collaborative a permis de nouvelles formes de partage mais qu’elle a rendu aussi possible une nouvelle intermédiation marchande qui a détourné à son profit une partie de la valeur ajoutée sans parler des contournement des règles fiscales et sociales.

 

Pour la quatrième édition du OuiShare Fest, quel message voulez-vous faire passer?

Le message est dans le thème: «after the Gold Rush» [la ruée vers l’or et après?]. Depuis 5 ans, on a vu pas mal de monde sur la ligne de départ de l’économie collaborative. Il y a eu beaucoup d’espoirs, notamment pour remettre du sens dans nos pratiques de consommation. Dans tout ça, on observe deux orientations. Ceux qui sont partis à la conquête de nouveaux marchés avec un objectif de rentabilité, qui ont levé des fonds. Dans les start-up qui ont survécu, certaines ont tiré leur épingle du jeu comme Airbnb, Blablacar, Guest to Guest, etc. Et puis il y a un deuxième courant qui se rapproche plus de l’économie sociale et solidaire, avec une vision sociale et humaniste. Le problème c’est qu’on a mis ces deux mouvements dans le même sac et que la deuxième tendance est nécessairement moins visible et un peu plus laissée pour compte.

Qu’est-ce qu’il y a justement «après la ruée vers l’or»?

Le grand sujet cette année au OuiShare Fest, c’est la «blockchain». On commence à découvrir qu’on est capables de créer des échanges sans intermédiaires, qui peuvent concurrencer les plateformes traditionnelles. A terme, ça ouvre des opportunités immenses. Dans un autre registre, on questionne les méthodes managériales. Les entreprises traditionnelles ont aujourd’hui du mal à attirer et à conserver les talents, il y a une hiérarchie très forte et un espace de créativité restreint. Il faut impulser une transformation culturelle et digitale et faire évoluer les entreprises. Et puis l’avenir c’est aussi se concentrer sur la transformation personnelle: être bien dans sa vie, dans son job. Jusqu’aux années 2000, la valeur carrière était au centre de tout. Aujourd’hui on se recentre sur l’accomplissement personnel, la créativité.

 

Quel est le rapport avec l’économie collaborative?

Il n’y en a pas tellement! On essaye de sortir de cette expression qu’on a contribué à créer et qui englobe des choses très différentes. On a vécu un glissement de la consommation collaborative à l’économie collaborative. Maintenant, on compte passer à une société collaborative. Autrement dit, un endroit dans lequel on ferait passer la coopération devant la compétition. L’économie collaborative est un prétexte marketing pour amener le grand public vers toutes ces questions.

Quelle est le rôle du citoyen dans cette société collaborative?

La place du citoyen c’est de se dire qu’on peut tous être acteurs de nouveaux usages, de façons d’être et de faire, de communautés émergentes. C’est pour ça qu’on a organisé une journée portes ouvertes samedi 21 mai avec 5 parcours et des ateliers concrets. L’idée, c’est que les gens se rendent compte qu’ils peuvent contribuer à un avenir commun et être, à leur petite échelle, acteurs de changement. On a tous les moyens de faire avancer les choses.

 

 




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