Archive pour le Tag 'pandémies »'

Un dispositif international pour les prochaines pandémies ?

Un dispositif international pour les prochaines pandémies ?.

 

La « déclaration de Carbis Bay » proposée par le G7 afin indique que les membres s’engagent à favoriser un dispositif international pour faire face aux prochaines pandémies.

Reste que les modalités de ce dispositif paraissent particulièrement vagues. En outre n’est pas tranchée la question stratégique du partage des traitements médicaux préventifs ou curatifs en cas de crise grave

« Avec cet accord, les principales démocraties dans le monde vont s’engager à empêcher une pandémie mondiale de se produire une nouvelle fois, pour que les ravages causés par le Covid-19 ne se répètent jamais », a déclaré Boris Johnson.

 

Le document comprend une série d’engagements pour empêcher une nouvelle pandémie. Il s’agira de réduire le délai pour développer des vaccins, des traitements et des diagnostics, avec l’espoir que le monde soit prêt en moins de 100 jours pour faire face à une maladie soudaine.

Cette déclaration ne tranche pas donc  l’épineuse question de la suspension des brevets sur les vaccins, afin d’accélérer leur production. Les Etats-Unis et la France sont pour, mais l’Allemagne s’y oppose.

Pour Oxfam, le G7 est trop tendre avec l’industrie pharmaceutique. « Cette déclaration ne résout pas les problèmes fondamentaux qui empêchent les vaccins d’être accessibles à la majorité de l’humanité », quitte à renoncer à la propriété privée sur le brevets, selon l’ONG.

L’histoire des pandémies

L’histoire des pandémies

 

Patrick Berche, ancien directeur général de l’Institut Pasteur de Lille, était l’invité d’Europe 1. Il publie un ouvrage qui revient sur l’histoire des pandémies et qui montre que l’on retrouve certaines caractéristiques à travers les âges.

 

 

INTERVIEW

Patrick Berche, ancien directeur général de l’Institut Pasteur de Lille, publie avec Stanis Perez un imposant ouvrage, Pandémies – Des origines à la Covid-19 aux éditions Perrin. Ils reviennent sur l’Histoire des pandémies et montrent comment l’Homme a à la fois appris de ses erreurs, et en a répété d’autres. Une chronologie de la lèpre au Covid-19 rendue possible notamment grâce à « une science nouvelle qui émerge depuis vingt ans, qui est l’archéobiologie », rappelle Patrick Berche. « On peut maintenant, à partir de l’ADN ou des acides nucléiques, retrouver les traces de peste ou de variole à partir d’ossements humains. »

Recherche de boucs émissaires

On retrouve donc des traces très anciennes de maladies telles que la tuberculose, la peste ou la variole, également appelée peste antonine et qui a frappé l’Empire romain au IIe siècle. « L’Empire romain, c’est le début de la mondialisation, quand les pays sont gérés administrativement comme une seule entité. Les maladies circulent à toute allure et c’est ce qui s’est passé pour la peste antonine », explique l’ancien directeur de l’Institut Pasteur. Viennent ensuite au Moyen-Âge deux grands fléaux, la peste noire et la lèpre, qui suscitent une terreur collective et contribuent à désigner des boucs émissaires, que ce soient les juifs, les lépreux et les mendiants. Une « recherche de boucs émissaires qui existe dans toutes les pandémies, y compris aujourd’hui », souligne Patrick Berche.

L’impact des voyages et la tentation de la fermeture des frontières

A partir du 16e siècle a lieu la première mondialisation des virus et des bactéries, qui passent d’un continent à l’autre au gré des voyages et des découvertes. « La découverte de l’Amérique a été une catastrophe pour les Amérindiens. Les Européens, soit directement, soit par l’intermédiaire de la traite des esclaves noirs, ont amené la variole, que ne connaissaient pas les Amérindiens, la rougeole et toute une série de maladies. Et Christophe Colomb, dès son premier voyage, a ramené la syphilis en Europe », détaille l’ancien directeur.

Dès lors et comme actuellement, la tentation est grande de fermer les frontières pour se protéger. Pour contenir la peste, Voltaire préconise ainsi le contrôle ou la fermeture des frontières. « C’est un réflexe pour toutes les maladies contagieuses. On ne savait pas exactement quelle était l’origine. Les germes n’ont été trouvés que beaucoup plus tard avec Pasteur, et donc la seule façon de se garantir de ne pas attraper la maladie était de fuir ou de se barricader. Alors on a construit des murs, comme en Provence avec un mur de la peste en 1720, lors de la peste de Marseille, qui a été la dernière grande épidémie en Europe et en France. Mais on ne connaissait pas le fait qu’il existait des porteurs sains qui peuvent, sans bruit, franchir les frontières alors qu’ils sont en bonne santé. »

En 1867, Jules Lemaire découvre que les maladies sont liées à la présence de micro-organismes, ensuite étudiées par Pasteur. « A partir de 1878, c’est la révolution Pastorienne, où il déclare à l’Académie de médecine que les maladies sont dues à des germes spécifiques. C’est un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité », relate Patrick Berche.

L’origine animale

À l’origine de toutes ces maladies, les auteurs de l’ouvrage rappellent qu’il y a la plupart du temps des animaux. Ce n’est pas le cas de la tuberculose ou du choléra, « les deux exceptions », mais « presque toujours les animaux sauvages ou domestiques sont à l’origine de nos maladies. La coqueluche, par exemple, vient bien des bovins, la lèpre vient probablement des primates et des écureuils roux qui sont contaminés. On a pu le montrer par des méthodes de biologie moléculaire. La syphilis vient des primates également et elle a été transmise tout en évoluant avec les espèces vivantes », détaille l’ancien directeur de l’institut Pasteur de Lille au micro d’Europe 1.

Se préparer à la prochaine pandémie

Finalement, il faut « se préparer » à avoir « d’autres pandémies », conclut Patrick Berche. « Nous sommes à peu près 7,2 milliards d’individus très urbanisés, avec des voyages aériens à 4,6 milliards de personnes en 2019, en contact avec des réservoirs animaux, donc nous sommes très vulnérables. »

Un traité international sur les pandémies

Un traité international sur les pandémies

 

 

 

Les dirigeants d’une vingtaine de pays, le président du Conseil européen et le patron de l’OMS appellent à élaborer un « traité international sur les pandémies » dans une tribune publiée lundi 29 mars au soir dans Le Monde, et qui devait l’être dans de nombreux quotidiens étrangers mardi.

Les signataires sont les dirigeants de pays répartis sur les cinq continents, dont le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique Boris Johnson, ou encore les présidents sud-coréen Moon Jae-in, sud-africain Cyril Ramaphosa, indonésien Joko Widodo et chilien Sebastián Pinera.

Alors que le Covid-19 « tire parti de nos faiblesses et de nos divisions »« un tel engagement collectif renouvelé serait une étape importante pour consolider la préparation aux pandémies au plus haut niveau politique », écrivent-ils dans cette tribune. « Il y aura d’autres pandémies et d’autres situations d’urgence sanitaire de grande ampleur. Aucun gouvernement ni aucun organisme multilatéral ne peut, seul, faire face à cette menace », insiste le texte.

Egalement signataires, le président du Conseil européen Charles Michel et le patron de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus présenteront mardi devant la presse ce projet de traité – qui pourrait se fonder sur le « Règlement sanitaire international », un instrument juridique adopté en 2005.

Renforcer « la résilience » face aux pandémies suppose de« consolider fortement la coopération internationale pour améliorer, par exemple, les systèmes d’alerte, la mise en commun des informations, la recherche, ainsi que la production et la distribution » des vaccins, médicaments, produits de diagnostic et équipements de protection, poursuit la tribune.

 

A cet égard, « nous nous engageons à garantir un accès universel et équitable à des vaccins, à des médicaments et à des produits de diagnostic sûrs, efficaces et abordables pour cette pandémie et celles qui suivront. La vaccination est un bien public mondial », affirment les 25 dirigeants signataires. Un traité « devrait conduire à une plus grande responsabilisation mutuelle et à un partage des responsabilités » et « favoriser la transparence et la coopération au sein du système international », ajoutent-ils, appelant à « tirer les enseignements » du Covid-19 et à travailler avec la société civile et le secteur privé.

Une tâche qui « prendra du temps et exigera un engagement soutenu pendant de nombreuses années » et nécessitera « un leadership mondial », reconnaissent les signataires.

S’inspirer de la modélisation des pandémies animales

S’inspirer de la modélisation des pandémies animales

 

 

Le président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires plaide pour une prise en compte des savoirs pluridisciplinaires pour endiguer la pandémie de Covid( interview dans l’Opinion

Un vétérinaire devrait bientôt intégrer le conseil scientifique pour éclairer de son point de vue de spécialiste de la santé animale la gestion de la crise de la Covid-19. Une nomination qui va dans le sens de la démarche « one health », qui consiste à considérer la santé des hommes, des animaux et des plantes comme un tout interdépendant.

Jacques Guérin, ex-praticien rural devenu expert, est président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires depuis 2016.

Le monde vétérinaire a l’habitude de gérer les épizooties, équivalent des épidémies pour les animaux. Que peut-il apporter dans la compréhension de la crise sanitaire actuelle ?

Nous avons une certaine habitude de la modélisation des crises sanitaires animales qui peut nous permettre d’alerter. Par exemple, lorsque la Suède a décidé de laisser circuler le virus sur son territoire pour atteindre une immunité collective, des vétérinaires se doutaient que cela ne fonctionnerait pas. Sur la base des modèles animaux, il faut qu’environ 70 % à 80 % d’une population aient acquis une immunité pour obtenir une protection collective. Avec un gros risque, celui de favoriser les mutations du virus si l’immunité collective n’est pas atteinte. Le monde vétérinaire est revenu de cette approche il y a plus de vingt ans, dans le cadre du traitement de la diarrhée virale bovine. Même chose pour la maladie d’Aujeszky qui touche les porcs. Les éleveurs ont eu du mal à accepter que la vaccination soit le seul moyen de s’en débarrasser. Son obligation a permis d’assainir le cheptel en France puis, dans une deuxième phase, d’arrêter la vaccination pour lui substituer une surveillance épidémiologique. Il y a parfois des résurgences dues au contact d’animaux domestiques avec les sangliers, mais elles sont contenues.

Un vétérinaire devrait, bientôt, intégrer le conseil scientifique qui aide le gouvernement à envisager la pandémie. C’est une bonne nouvelle ?

Nous ne sommes pas des donneurs de leçons. Le problème de la médecine humaine est qu’elle parle de ce qu’elle connaît de façon de plus en plus spécialisée. C’est la même chose pour les spécialistes des animaux. Cela nous fait perdre de vue une culture médicale généralisée. L’approche « one health » de la santé, à l’inverse, considère que la santé des hommes, des animaux, des plantes participe d’un grand tout et doit être envisagé d’une façon pluridisciplinaire. La durée de vie des humains a considérablement augmenté parce qu’on sait bien soigner les pathologies. Mais l’approche reste autocentrée sur l’homme malade. L’élément limitant, désormais, c’est le socio-écosystème — l’environnement au sens large, ce qui inclut les interactions sociales — dans lequel il évolue. C’est pour cela qu’il faut bâtir des ponts entre disciplines, pour avoir une vue générale de la situation. Une sorte de dézoom. Cela ne se limite pas aux apports vétérinaires, d’ailleurs. Quand on utilise les analyses des eaux usées pour déceler le virus, ce qui donne un temps d’avance pour observer sa prévalence, c’est une approche « one health ». Nombre de compétences, y compris en sciences humaines, peuvent concourir à créer un environnement défavorable à l’émergence des pathogènes.

« L’approche globale “one health” n’a pas encore irrigué notre culture administrative. On n’envisage pas, par exemple, l’apprentissage de l’hygiène, du lavage des mains, comme une cause globale »

Mais cette approche n’est pas nouvelle… On semble la redécouvrir !

Effectivement, à chaque crise sanitaire, on en parle, puis on passe à autre chose. L’OMS, l’OIE (son équivalent pour les animaux), le Programme des Nations unies pour l’environnement, tous en sont convaincus. Mais l’approche globale « one health » n’a pas encore irrigué notre culture administrative. On n’envisage pas, par exemple, l’apprentissage de l’hygiène, du lavage des mains, comme une cause globale. Et pourtant, on le voit : les gestes barrière font chuter les cas de grippes, de gastro, de bronchiolites. Cela va se traduire sur les comptes de la Sécurité sociale. C’est une problématique collective et non de santé individuelle. Exactement comme le vaccin : il faut l’envisager dans une démarche de santé collective.

L’élevage, pendant cette pandémie, fait l’objet d’attaques. Des ONG comme L214, qui mène une campagne médiatique, pensent que le moment est venu d’en finir, car il favoriserait les pandémies. Quel est votre regard de vétérinaire ?

Les lanceurs d’alerte sont supposés être crus, parce qu’ils sont des lanceurs d’alerte, mais ils ne sont jamais responsabilisés sur ce qu’ils disent. C’est conceptuel, dogmatique. Nous, vétérinaires, sommes là pour avoir un regard neutre, scientifique sur le débat, être des tiers de confiance entre l’éleveur et la société. Un éleveur, s’il veut produire, doit avoir un animal en bonne santé et un environnement propice. Et le niveau des élevages a considérablement progressé en France. Le problème se situe non dans l’élevage, mais dans le raccourcissement des chaînes de contamination, notamment en Asie ou règne une grande promiscuité entre la faune sauvage, la faune domestique et les humains.

Santé et vivant: « Evolution, écologie et pandémies « 

 Santé et vivant: « Evolution, écologie et pandémies « 

 

Le biologiste Samuel Alizon déploie ses talents de pédagogue dans son  livre pour mettre en lumière l’apport de l’évolution des populations, des hôtes comme des virus ou bactéries, dans la compréhension des épidémies.

 

Analyse du Monde (extrait)

 

Le Seuil a eu la bonne idée de ressortir en poche un livre paru en 2016, précieux en ces temps de pandémie. La parution s’accompagne d’un nouveau chapitre et surtout d’une postface incisive où l’auteur, Samuel Alizon, biologiste très impliqué dans l’analyse des génomes viraux et la modélisation de l’épidémie, livre ses pensées à chaud sur la crise en cours. Il y est notamment question des faiblesses françaises de la politique sanitaire, qui privilégierait le soin plutôt que la prévention, et de la politique de recherche, qualifiée d’« utilitariste ». A l’appui de ces critiques, l’auteur rappelle que le Covid-19 est arrivé alors qu’il y avait des protestations des personnels à l’hôpital et des manifestations de chercheurs opposés à une loi de programmation budgétaire.

Surtout, il déploie dans le cœur du livre ses talents de pédagogue sur le fonctionnement des parasites avec une approche très darwinienne, qui revendique la prise en compte de l’évolution des populations, des hôtes comme des virus ou bactéries. Le biologiste commence par rappeler les trois concepts-clé de l’évolution – la variabilité, l’héritabilité et la sélectivité –, pour expliquer les mécanismes des épidémies, l’apparition de résistance, l’origine des pandémies, leur modélisation… On saute de bactéries en virus, du sida à Ebola en passant par le cancer, la drépanocytose ou la myxomatose.

Faire dialoguer les biologies

Le premier chapitre justifie ce regard particulier car le spécialiste considère que la médecine actuelle est assez hémiplégique, tournée vers les mécanismes de biologie moléculaire individuels plutôt que vers l’étude des effets de l’évolution sur les populations. Ce serait la victoire de Pasteur sur Darwin. Mais pour l’auteur il est urgent de faire dialoguer ces deux biologies.

Les chapitres suivants apportent des preuves nombreuses de l’apport de l’évolution dans la compréhension des épidémies. Les surprises et les conclusions contre-intuitives n’y sont pas rares. Beaucoup de questions restent sans réponse, dont la principale, « pourquoi les parasites nous tuent-ils ? ». Ou plongent dans la perplexité : « Les mâles sont-ils les parasites des femelles ? »

Le chapitre sur les traitements, alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 débute lentement en France, souligne la complexité du sujet. La phagothérapie, les peptides antimicrobiens, les moustiques transgéniques ont des avantages et des inconvénients. Sur les vaccins, qui font pression sur l’environnement du virus, le biologiste prévoit que de futures souches plus virulentes émergent – le variant britannique est, lui, plus contagieux –, au risque de menacer les personnes non vaccinées.

« Evolution, écologie et pandémies »

« Evolution, écologie et pandémies »

 

Le biologiste Samuel Alizon déploie ses talents de pédagogue dans son  livre pour mettre en lumière l’apport de l’évolution des populations, des hôtes comme des virus ou bactéries, dans la compréhension des épidémies.

 

Analyse du Monde (extrait)

 

Le Seuil a eu la bonne idée de ressortir en poche un livre paru en 2016, précieux en ces temps de pandémie. La parution s’accompagne d’un nouveau chapitre et surtout d’une postface incisive où l’auteur, Samuel Alizon, biologiste très impliqué dans l’analyse des génomes viraux et la modélisation de l’épidémie, livre ses pensées à chaud sur la crise en cours. Il y est notamment question des faiblesses françaises de la politique sanitaire, qui privilégierait le soin plutôt que la prévention, et de la politique de recherche, qualifiée d’« utilitariste ». A l’appui de ces critiques, l’auteur rappelle que le Covid-19 est arrivé alors qu’il y avait des protestations des personnels à l’hôpital et des manifestations de chercheurs opposés à une loi de programmation budgétaire.

Surtout, il déploie dans le cœur du livre ses talents de pédagogue sur le fonctionnement des parasites avec une approche très darwinienne, qui revendique la prise en compte de l’évolution des populations, des hôtes comme des virus ou bactéries. Le biologiste commence par rappeler les trois concepts-clé de l’évolution – la variabilité, l’héritabilité et la sélectivité –, pour expliquer les mécanismes des épidémies, l’apparition de résistance, l’origine des pandémies, leur modélisation… On saute de bactéries en virus, du sida à Ebola en passant par le cancer, la drépanocytose ou la myxomatose.

Faire dialoguer les biologies

Le premier chapitre justifie ce regard particulier car le spécialiste considère que la médecine actuelle est assez hémiplégique, tournée vers les mécanismes de biologie moléculaire individuels plutôt que vers l’étude des effets de l’évolution sur les populations. Ce serait la victoire de Pasteur sur Darwin. Mais pour l’auteur il est urgent de faire dialoguer ces deux biologies.

Les chapitres suivants apportent des preuves nombreuses de l’apport de l’évolution dans la compréhension des épidémies. Les surprises et les conclusions contre-intuitives n’y sont pas rares. Beaucoup de questions restent sans réponse, dont la principale, « pourquoi les parasites nous tuent-ils ? ». Ou plongent dans la perplexité : « Les mâles sont-ils les parasites des femelles ? »

Le chapitre sur les traitements, alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 débute lentement en France, souligne la complexité du sujet. La phagothérapie, les peptides antimicrobiens, les moustiques transgéniques ont des avantages et des inconvénients. Sur les vaccins, qui font pression sur l’environnement du virus, le biologiste prévoit que de futures souches plus virulentes émergent – le variant britannique est, lui, plus contagieux –, au risque de menacer les personnes non vaccinées.

« S’attendre à d’autres pandémies » (OMS)

« S’attendre à d’autres pandémies » (OMS)

 

 

«L’histoire nous dit que ce ne sera pas la dernière pandémie et les épidémies sont une réalité de la vie», a déclaré Ghebreyesus le directeur général de l’OMS.. «La pandémie a mis en évidence les liens intimes entre la santé des humains, des animaux et de la planète», a-t-il ajouté.

 

Le directeur général de l’OMS a déclaré qu’il était temps de tirer les leçons de la pandémie de Covid-19. «Pendant trop longtemps, le monde a fonctionné selon un cycle de panique et de négligences», a-t-il déclaré. «Nous jetons de l’argent sur une épidémie et quand elle est terminée, nous l’oublions et ne faisons rien pour empêcher la suivante».

 

Un appel aussi au renforcement des moyens pour la prévention sanitaire dont les investissements sont encore très insuffisants.

Croissance des pandémies possibles d’après l’ONU

 

De plus en plus de pandémies et demeure sont à prévoir d’après l’ONU.

22 scientifiques mandatés par l’ONU( l’IPBES), ont passé en revue des centaines d’études récentes sur les liens entre l’Homme et la nature, notamment sur les conséquences de la destruction de la nature par les activités humaines.

Selon des estimations publiées dans la revue Science en 2018 et reprises dans le rapport, il existerait 1,7 million de virus inconnus chez les mammifères et les oiseaux, dont entre 540.000 et 850.000 d’entre eux « auraient la capacité d’infecter les humains ».

 

Mais les risques de contamination des êtres humains par ces virus dont on ne sait rien sont multipliés par les contacts de plus en plus serrés entre les animaux sauvages, les animaux d’élevage et la population humaine. D’ailleurs, 70% des nouvelles maladies (Ebola, Zika) et « presque toutes les pandémies connues » (grippe, sida, Covid-19) sont des zoonoses, c’est-à-dire qu’elles viennent de pathogènes animaux.

Les experts plaident pour la réduction de l’empreinte humaine sur la nature: réduire la déforestation et la destruction des habitats, réduire le commerce d’espèces sauvages, réinventer le modèle agricole et économique en général pour réduire les activités connues pour leur impact environnemental négatif (production d’huile de palme, bois exotiques, infrastructures de transport, élevage pour la viande…).

Ces recommandations recoupent celles largement prônées par les spécialistes en matière de lutte contre le changement climatique, qui peinent à trouver un écho, de nombreux acteurs mettant en avant les coûts et l’acceptabilité de telles transformations. Mais comme en matière climatique où les spécialistes pointent du doigt les futurs coûts faramineux liés aux catastrophes qui vont se multiplier, les experts de l’IPBES assurent qu’investir aujourd’hui permettrait d’économiser sur les futurs impacts économiques des pandémies.

Face aux pandémies associer les experts santé aux autres scientifiques

Face aux pandémies associer les experts santé aux autres scientifiques

Dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels de la santé et de scientifiques prône le développement au niveau mondial d’une approche transdisciplinaire associant, selon le concept « One Health », la santé humaine, celle des élevages et des cultures et celle des écosystèmes.

Tribune. « Moi qui suis si peu médecin, si peu vétérinaire… », déclarait Louis Pasteur, le 12 février 1880, s’étonnant d’être à la fois membre de l’Académie nationale de médecine et désormais de la Société centrale de médecine vétérinaire, ancêtre de l’Académie vétérinaire de France, qui l’accueillait pour donner une communication. Mais « la science est une », ajoutait-il, et « c’est l’homme seulement qui en raison de la faiblesse de son intelligence, y établit des catégories ».

Outre celui de Louis Pasteur (1822-1895), la France est le pays de René Descartes (1596-1650), de Claude Bernard (1813-1878), fondateur de la médecine expérimentale, ainsi que de Claude Bourgelat (1712-1779), fondateur des premières écoles vétérinaires. Autant de personnalités qui, à leur façon, ont récusé les trop rigides cloisonnements du savoir et dont l’attitude devrait nous inspirer face à l’actuel défi sanitaire.

« Louis Pasteur, René Descartes, Claude Bernard, Claude Bourgelat. Autant de personnalités qui, à leur façon, ont récusé les trop rigides cloisonnements du savoir et dont l’attitude devrait nous inspirer face à l’actuel défi sanitaire » (Timbre paru en 2011 dessiné par Sophie Beaujard, gravé par Yves Beaujard et imprimé en taille-douce). DR/La Poste

Même si la situation sanitaire due au coronavirus n’est pas inédite au vu de la pandémie de 1969 (grippe de Hongkong, 40 000 décès en France, un million dans le monde), la pandémie actuelle démontre la nécessité de tirer des enseignements de cette crise pour construire une approche globale basée sur le concept « One Health » (« une seule santé ») associant santé humaine, santé des élevages et des cultures et santé des écosystèmes.

La pandémie de Covid-19 a remis au premier plan les liens étroits qui existent entre ces différentes santés et le continuum entre animaux et êtres humains. Plus de 75 % des agents pathogènes de l’homme sont issus des animaux. Les coronaviroses, répandues dans le règne animal, font partie de ces maladies des animaux transmissibles à l’homme (zoonoses). Pour les vétérinaires, les coronavirus sont des ennemis de tous les jours et leur expertise dans ce domaine et dans la fabrication de vaccins anticoronavirus aurait mérité d’être plus exploitée.

Certes, des vétérinaires et des écologues ont été présents dans des équipes de recherche de médecine humaine, une importante mobilisation de vétérinaires praticiens s’est traduite par la fourniture de matériels à des unités de réanimation et de consommables pour les hôpitaux et les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), et l’autorisation a été finalement donnée aux industriels et laboratoires vétérinaires de produire des tests PCR et effectuer des analyses à grande échelle. Mais les sciences vétérinaires auraient dû être davantage sollicitées dans l’esprit du concept de santé globale multidisciplinaire.

 

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Se préparer à d’autres pandémies »

Se préparer à d’autres pandémies » : Rony Brauman, (ex-président de Médecins sans frontières),

L’inquiétude de Rony Brauman à propos des pandémies (interview France Info)

 

Comment avez-vous traversé cette crise sanitaire inédite ? Comment avez-vous vécu ce confinement ?

Rony Brauman : J’ai la chance d’être correctement logé, en proche banlieue parisienne. Sur le plan matériel, j’ai vécu cette épidémie d’une manière confortable, sans stress. Mais en tant que membre de Médecins sans Frontières, en tant que médecin et citoyen frappé par cette pandémie, j’ai été mobilisé en permanence par cette question. J’ai passé beaucoup de temps à répondre à des questions, à m’en poser, à suivre l’évolution constante de l’épidémie – une évolution qui n’est toujours pas terminée. De ce point de vue-là, cela a été une période très pressante, très intense.

Je l’ai également vécue dans l’inquiétude, une inquiétude qui ne s’est pas levée, liée aux répercussions non-médicales de cette épidémie. Dès que le confinement a été prononcé, nous avons vu que les conséquences économiques seraient très lourdes sur le travail des gens, sur leurs revenus et leur mobilité. Nous les constatons évidemment de façon très forte aujourd’hui. Avec le sort des gens qui étaient frappés, pour certains durement frappés, c’est cela qui en quelque sorte me réveillait la nuit. Cela me rendait très inquiet. Cette période était donc d’un côté confortable, et de l’autre très préoccupante.

Nous avons le sentiment, étant dans cette phase de déconfinement en France, que les choses vont mieux. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a même déclaré la semaine dernière : « La situation s’améliore en Europe ». Et pourtant, parallèlement, « l’épidémie s’aggrave dans le monde ». A quel moment de cette pandémie sommes-nous, selon vous ? Et quelle sera la suite ? 

Je manque de certitudes concernant l’épidémie, sa cinétique et les conditions de son évolution. Cela est lié aux constatations changeantes, aux vérités d’un moment qui, la semaine suivante, sont périmées. Nous avions l’impression d’un déclin global de l’épidémie il y a encore une semaine. Cette impression est aujourd’hui mise en question par des évolutions préoccupantes dans plusieurs pays africains, en Amérique latine, en Amérique du Nord et tout récemment en Asie, en particulier en Chine.

La question de savoir si cette épidémie est saisonnière, si elle va céder avec l’arrivée des beaux jours ; la question de savoir si la masse critique d’immunité collective va être atteinte, et donc permettre d’atteindre un niveau de protection complété par le vaccin… Tout cela reste très incertain.

 

Je vois une progression préoccupante en Afrique en particulier, du fait du voisinage de notre pays avec le continent africain. Cette progression est hétérogène, comme c’était le cas en Europe et comme c’est le cas partout dans le monde. Certains pays sont plus touchés que d’autres, et certaines régions sont plus touchées que d’autres dans un même pays. En Afrique, un quart des cas se situent en Afrique du Sud, et dix pays seulement concentrent l’immense majorité – 80% – des cas recensés. Que va-t-il en être ? Personne ne le sait. Les conditions démographiques et immunologiques, mais aussi les conditions de l’habitat, de l’âge moyen de la population, ou encore de la part de personnes âgées dans la population globale… Tout cela est différent en Afrique. L’accélération que l’on connaît actuellement ne débouchera pas forcément sur une situation épidémique globale. Pour l’instant, cela reste des chiffres, mais qui supposent une surveillance.

Un point important est que cette épidémie peut être jugulée. Plusieurs pays l’ont montré : la Nouvelle-Zélande, Taïwan, la Corée du Sud… Cette épidémie peut être jugulée dans sa phase précoce, quand les premiers cas commencent à se développer. On peut alors diagnostiquer cliniquement ou biologiquement ces cas, tracer des contacts, procéder à l’isolement et imposer – ou proposer plutôt – des mesures barrières, de distance physique et de protection individuelle. Nous ne sommes donc pas totalement démunis. Nous avons des moyens de diagnostic, de surveillance et une stratégie de réaction qui a montré une certaine efficacité, mais dans des circonstances particulières. Quand l’épidémie flambe, nous sommes alors réduits à une position défensive – soigner le mieux possible les malades les plus graves – et, grâce aux mesures de distanciation, espérer un déclin aussi rapide que possible de l’épidémie. Or, le soin aux malades n’est pas toujours possible. Dans de nombreux pays, les systèmes de santé sont insuffisants et le soin ne peut être garanti. Dans ces cas-là, nous pouvons nous attendre à une surmortalité relativement importante.

J’insiste sur le fait que nous savons peu de choses. Prenons l’exemple des porteurs asymptomatiques, vecteurs du virus sans être malades eux-mêmes. Nous avons découvert dans cette maladie l’importance du nombre de porteurs asymptomatiques. Ce n’était pas une révolution : de très nombreuses maladies virales, comme la polio ou la grippe, évoluent de cette manière. Ce qui est surprenant, c’est qu’à certains moments, les porteurs asymptomatiques sont des vecteurs importants puisqu’ils crachent du virus sans en être conscients. Ils peuvent donc contaminer leurs voisins, dans le métro ou chez eux. Et aujourd’hui, nous semblons au contraire reculer là-dessus. Les porteurs asymptomatiques ne seraient pas un danger particulier et ne diffuseraient pas le virus. Cela forge évidemment la façon dont on perçoit le risque global.

De la même manière, on pensait qu’il fallait que 60% de la population soit porteuse d’anticorps, que ce soit par la vaccination ou par la réaction spontanée au contact avec le virus. Aujourd’hui, ce pourcentage pourrait en réalité être beaucoup plus bas. C’est une bonne nouvelle : cela voudrait dire qu’on atteindrait un stade de protection collective plus rapidement. Là encore, les évolutions contradictoires du savoir sont très perturbantes, très déstabilisantes.

Beaucoup de gens résument leurs impressions [sur cette épidémie] en ces quelques mots : on n’y comprend rien.

« Le rôle de la viande dans les pandémies »

« Le rôle de la viande dans les pandémies »

Romain Espinosa,Chercheur en économie au CNRS, CREM, Nicolas Gaidet, Chercheur en écologie animale au Cirad, UPR Green Nicolas Treich, Toulouse School of Economics et Inrae

La lutte contre les zoonoses, ces maladies transmissibles entre humains et animaux, impose de combiner santé humaine et santé animale, soulignent, dans une tribune au « Monde », trois chercheurs en économie et en écologie animale.

Tribune.

 

« L’émergence rapide et brutale du Covid-19 devra nous conduire à redéfinir nos politiques de santé publique. Si l’heure est à soigner et réparer les dégâts causés par ce nouveau virus, il sera primordial à terme de diminuer les risques d’émergence de telles maladies et de chercher à prévenir plutôt que guérir.

Ces politiques de prévention devront tirer les leçons de l’apparition et de la gestion des épidémies récentes, à commencer par le Covid-19, mais également des grippes aviaires et porcines, qui sévissent très régulièrement. Ces actions devront s’appuyer sur un discours de vérité scientifique, détaché des intérêts économiques de court terme, et prendre en considération le rôle de la consommation de viande et de l’élevage intensif dans ces nouvelles épidémies.

Les zoonoses, ces maladies transmissibles entre humains et animaux, représentent à l’échelle mondiale 60 % des maladies infectieuses et sont responsables de 2,5 milliards de cas de maladie chez les humains tous les ans dans le monde. Trois quarts des nouveaux agents pathogènes détectés ces dernières décennies sont d’origine animale.

Le phénomène n’est pas nouveau : la grippe espagnole de 1918, une des maladies les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité, trouvait déjà ses origines chez les oiseaux. D’autres maladies infectieuses bien connues, comme la variole, la rougeole, la coqueluche ou les oreillons, proviendraient probablement des animaux domestiques.

Parmi les grandes épidémies qui nous ont frappés depuis la fin du XXe siècle, plusieurs proviennent de l’exploitation d’animaux dans les élevages : la maladie de Creutzfeldt-Jakob liée à la consommation de viande bovine (« vache folle », 1986), le virus Nipah originellement transmis par les chauves-souris et démultiplié par les élevages de porcs (1998), les multiples épisodes de grippe d’origine aviaire (H5N1, 1997 et 2004 ; H7N9, 2016), ou encore la grippe d’origine porcine (H1N1, 2009). Plusieurs épidémies ont également pour origine probable la consommation d’animaux sauvages, à l’instar du Covid-19 (pangolin ou chauve-souris), Ebola (viande de brousse ou chauve-souris) et le sida (viande de singes).

Notre consommation élevée de produits d’origine animale joue également un rôle indirect dans l’émergence de zoonoses. En effet, l’alimentation carnée nécessite davantage de surfaces agricoles qu’une alimentation végétale, si bien qu’elle contribue à la déforestation et réduit ainsi la surface disponible pour les espèces sauvages. Par la chasse et la transformation des habitats naturels, les humains et leur cheptel viennent au contact des animaux sauvages et de leur cortège d’agents pathogènes.

 

 




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