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Reconnaissance Palestine: Cela ne changera rien

Reconnaissance Palestine: Cela ne changera rien

Emmanuel Macron vient d’en faire l’annonce officielle : en septembre, la France reconnaîtra l’État palestinien. Qu’implique cette décision, que changera-t-elle concrètement et au niveau symbolique, aussi bien pour les Palestiniens que pour l’image de la diplomatie française ? Entretien avec la politiste Myriam Benraad, spécialiste du Moyen-Orient. dans The Conversation.

L’annonce officielle d’une prochaine reconnaissance de la Palestine peut-elle avoir un effet sur l’image de la France dans le monde arabe ?

On ne dispose pas de suffisamment de sondages et d’enquêtes crédibles sur l’évolution de l’opinion dans les pays arabes vis-à-vis de la France pour en juger ; mais cette annonce pourrait constituer un tournant symbolique dans la manière dont la France est perçue par les populations locales. Car la question palestinienne, on le sait bien, demeure un point de fixation durable et central dans cette région. Or, ces dernières années, l’impression s’était propagée que la France se montrait beaucoup trop compréhensive à l’égard d’Israël dans sa confrontation avec les Palestiniens. Et aussi, au fond, que la France n’était plus qu’un acteur secondaire, voire impuissant, que le temps où elle pouvait infléchir certains conflits au Moyen-Orient et peser sur les négociations était révolu depuis longtemps.

Cette annonce est-elle de nature à peser d’une façon ou d’une autre sur la situation des Palestiniens ?

Dans l’immédiat, elle ne changera malheureusement pas grand-chose. La bande de Gaza est un champ de ruines, plongée dans une crise humanitaire de très long terme dont on peine à entrevoir la fin.

Il reste que depuis le début de cette crise, même si l’influence de la France est restreinte, Paris n’a cessé, à l’échelle de toutes les instances multilatérales, de rappeler les principes du droit international, notamment humanitaire, ainsi que la nécessité d’un cessez-le-feu et d’une solution politique. La France a pris ses distances avec le hard power américain et israélien pour tenter de jouer de son soft power et, ainsi, se présenter comme le pilier d’un multilatéralisme profondément ébranlé par la guerre à Gaza.

La France copréside avec l’Arabie saoudite la conférence sur la Palestine qui vient de s’ouvrir à l’ONU. C’est un duo plutôt inédit…

Le rapprochement avec Riyad s’explique assez simplement au niveau politique. L’Arabie saoudite est un poids lourd régional, partie prenante de toutes les discussions diplomatiques, sur toutes les crises.

Sur la question palestinienne, sa position est depuis le début très ambivalente. L’Arabie saoudite demeure en effet un allié stratégique des États-Unis, qui sont eux-mêmes le premier soutien d’Israël ; dans le même temps, elle s’est jointe à la Ligue arabe pour dénoncer la situation à Gaza. La France cherche à jouer de son influence auprès des Saoudiens pour les pousser à accroître la pression sur leurs alliés américains et, à travers eux, sur les Israéliens, dans le sens d’une désescalade du conflit.

En outre, l’Arabie saoudite aura certainement un rôle majeur à jouer dans la reconstruction de Gaza : on attend beaucoup d’elle, ne serait-ce qu’en raison de sa puissance financière. Cette reconstruction ne se fera pas uniquement par le biais de Riyad, mais avec l’appui d’autres pays de la région. Il me semble d’ailleurs que la notion de régionalisation du règlement des crises au Moyen-Orient n’est pas suffisamment mise en avant. La question palestinienne est une question internationale, certes, mais elle est avant tout une question régionale, voire une question arabe.

Au-delà du financement de la reconstruction, il y a dans la vision française une dimension politique. Dans l’interview que le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot a accordée dimanche dernier à La Tribune, il déclare : « J’espère que pour la première fois, les pays arabes condamneront le Hamas et appelleront à son désarmement. »

D’un point de vue diplomatique, affirmer que les pays arabes ne condamnent pas le Hamas me paraît maladroit. En réalité, beaucoup des États voisins d’Israël, que ce soit la Jordanie, l’Égypte ou un certain nombre de pays du Golfe, ont interdit la confrérie des Frères musulmans dont le Hamas est issu et, bien entendu, également le Hamas en tant que tel.

Tous les efforts de Paris et des autres pays qui s’impliquent dans une recherche de règlement de la crise actuelle ne seront-ils pas rendus vains si Israël, comme certains de ses ministres l’ont laissé entendre, décidait d’annexer officiellement Gaza et la Cisjordanie ?

Il faut rappeler qu’avant le 7 octobre 2023, Israël avait amorcé un processus de normalisation de ses relations avec un plusieurs États de la région. Je pense évidemment aux accords d’Abraham de 2020, mais aussi aux traités de paix plus anciens, et toujours en vigueur, avec Le Caire et Amman. En outre, des négociations sont très discrètement conduites avec le nouveau pouvoir de Damas pour essayer d’obtenir une décrue des hostilités en Syrie. Au Liban, Israël est engagé dans des discussions afin d’obtenir un apaisement dans le sud de ce pays.

Israël n’a pas investi toute cette énergie à remodeler le Moyen-Orient à son avantage pour perdre ces gains ; c’est pourquoi je ne crois pas que ses élites politiques et militaires procéderont à une annexion finale de Gaza et de la Cisjordanie. Qu’Israël mue en puissance occupante pour un temps à Gaza, cette optique me semble en revanche inévitable. Toutefois, l’État hébreu aura tout intérêt à transmettre rapidement le témoin.

Et ce témoin, à qui Israël pourrait-il le transmettre ?

Je songe à une force régionale.

Pas à l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ?

Il n’y a pratiquement plus d’Autorité palestinienne en place. Ce qui reste de cette entité n’est absolument pas en mesure de prendre en charge la bande de Gaza, que ce soit politiquement ou économiquement, au vu de l’étendue des destructions. En revanche, on pourrait imaginer, sous certaines conditions, des engagements et garanties de la part d’États arabes qui prendraient le relais et, in fine, participeraient de la recomposition d’une gouvernance palestinienne dont les contours seraient à esquisser plus précisément.

Mais la France reconnaît l’Autorité palestinienne comme étant l’unique entité à même de gérer la Palestine, donc y compris Gaza…

C’est la position officielle de Paris, en effet. Mais il suffit de se rendre en Cisjordanie pour constater que l’Autorité palestinienne n’y opère que par une gestion des affaires courantes. Si demain advient une explosion de violence, c’est l’armée israélienne qui s’y substituera, comme c’est déjà en large part le cas. On l’a encore constaté lors des affrontements des derniers mois.

Et puis, au-delà des annonces, Israël n’acceptera pas d’Autorité palestinienne forte car celle-ci, dans le passé, a aussi pris les armes contre lui. Avant l’émergence du terrorisme islamiste tel que revendiqué par le Hamas, l’OLP, des décennies durant, a recouru à l’action terroriste au nom de la cause palestinienne, dans un registre certes nationaliste. Les Israéliens n’ont donc aucune véritable confiance dans l’Autorité palestinienne.

Surtout, l’évolution récente de la société et de la classe politique israéliennes montre bien l’absence de tolérance à l’idée de vivre à la frontière un État palestinien de plein droit. Aux yeux d’une majorité d’Israéliens, ce serait courir le risque de subir un nouveau 7 Octobre. Une critique plus structurée de la guerre à Gaza émerge actuellement en Israël, y compris au sein de l’armée, mais le traumatisme est toujours trop présent. D’où les réactions violentes qui se sont exprimées contre la décision d’Emmanuel Macron, accusé par les plus radicaux d’être le promoteur d’une reconstitution de la menace terroriste palestinienne.

Autrement dit, tant qu’Israël et, derrière lui, les États-Unis, ne seront pas eux-mêmes réellement favorables à la solution à deux États, la Palestine peut bien être reconnue par plus des trois quarts des États de l’ONU, cela ne changera rien…

Effectivement. La déclaration d’Emmanuel Macron ne modifiera rien sur le terrain. Près de 150 nations ont d’ores et déjà reconnu l’État de Palestine. Cet État, du point de vue du droit international, existe par conséquent, et en réalité depuis le plan de partage de la Palestine mandataire en 1947. Cependant, sur le terrain, cet État est irréalisable pour des considérations territoriales, démographiques, politiques et sécuritaires.

Dès lors, quel avenir pour ces deux peuples ?

Après l’échec des accords d’Oslo au tournant du nouveau millénaire, on avait vu émerger une nouvelle génération, à la fois du côté palestinien et du côté israélien, qui considérait que la seule option viable était finalement celle d’un État unique, où les Palestiniens jouiraient de tous leurs droits en tant que citoyens.

Cette idée d’un État d’Israël cosmopolite, rassemblant Juifs, Arabes et autres minorités, renouait alors avec le projet initial d’une frange du sionisme historique, principalement laïque et déchirée entre son attachement à l’Europe, un nationalisme juif et ces idéaux cosmopolites. La déclaration d’indépendance de l’État d’Israël du 14 mai 1948 pose aussi que celui-ci « développera le pays au bénéfice de tous ses habitants », « sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix » et « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ».

Aujourd’hui, des logiques religieuses messianiques ont pris le dessus, une loi sur le caractère juif de l’État a été adoptée en 2018, et les relations entre Arabes et Juifs israéliens se sont terriblement dégradées depuis le 7 Octobre et le lancement de la guerre à Gaza. On n’a jamais été aussi loin d’une solution, à deux États ou sous d’autres formes.

Pourtant, des pistes existent, comme celle d’une confédération de deux nations souveraines qui vivraient en partenariat sur un même territoire. Un tel consociationalisme, théorie politique offrant de gérer de profondes divisions ethno-confessionnelles au sein de sociétés par des accords de partage du pouvoir, prendrait en l’occurrence le contre-pied à la fois de la solution à deux États, dont le cadre a amplement été entamé depuis l’échec des accords d’Oslo, et d’une solution à un État unique en laquelle une infime minorité continue de croire. Mais là encore, ce scénario est-il un jour susceptible de se matérialiser, tant les violences se sont partout multipliées et exacerbées entre Israéliens et Palestiniens ?

Dans l’absolu, pour qu’une option politique puisse voir le jour, il faudra que ces communautés acceptent de coexister. J’ai évoqué le durcissement de la société israélienne ; mais qu’en est-il de la société palestinienne ? Après les bombardements, des dizaines de milliers de morts et la famine générale, la population de Gaza pourra-t-elle accepter cette coexistence avec Israël ? Pourra-t-elle d’ailleurs rester au milieu des décombres ou s’achemine-t-on vers un exode inexorable, et par quels moyens ?

En effet, cet exode est-il possible aujourd’hui ?

Pratiquement pas, car la seule voie de sortie, vers l’Égypte, est fermée, Le Caire ne souhaitant surtout pas courir le risque de voir deux millions de Gazaouis s’installer sur son sol. Pour justifier le refus de les laisser entrer massivement, les régimes de la région affirment qu’Israël cherche à provoquer une nouvelle Nakba, et qu’une fois que les Palestiniens de Gaza se seront installés en Égypte, et ceux de Cisjordanie en Jordanie, le chemin du retour leur sera définitivement fermé.

Pour ces régimes, il est hors de question que les Palestiniens quittent leur terre d’origine. Ce discours suffit à justifier le maintien de la fermeture des frontières auprès d’opinions publiques certes ulcérées par le sort qu’Israël inflige aux Palestiniens, mais qui ne veulent en aucun cas que Nétanyahou ait gain de cause et que les Gazaouis soient contraints d’abandonner leurs terres. Et côté palestinien, domine le sentiment d’être assiégé par Israël, mais aussi abandonné par de supposés frères arabes qui n’ont guère mobilisé leurs armées contre Israël au-delà des déclarations souvent incendiaires.

En avril, Emmanuel Macron avait dit souhaiter qu’en contrepartie de sa propre reconnaissance de la Palestine, Israël soit reconnu par les États arabes. Ce calcul est-il voué à l’échec ?

À ce stade, il me semble que oui. Ces États peuvent en effet ignorer leurs opinions publiques, mais jusqu’à un certain point. Aucun régime arabe aujourd’hui ne veut courir le risque de provoquer une explosion de colère et un soulèvement comparable à ceux de 2011 ; or il n’est pas impossible que la reconnaissance d’Israël suscite des réactions brutales. La guerre de Gaza, depuis près de deux ans, sans même évoquer ce qui l’a précédée, a causé, pour des générations entières, en Israël comme dans le monde arabe, si ce n’est une haine insurmontable, au moins une défiance puissante et durable. Il faudra beaucoup plus que de simples mesures symboliques comme la reconnaissance de la Palestine pour surmonter l’ampleur des séquelles.

Israël-Palestine : la solution de l’État unique

Israël-Palestine : la solution de l’État unique


Si la communauté internationale dans son ensemble défend toujours, en paroles du moins, la solution dite « des deux États », il convient aussi d’examiner celle de l’État unique israélo-palestinien. Une possibilité crédible, à condition que des concessions importantes soient faites de part et d’autre.

par Monique Hirschhorn Professeur émérite de sociologie, Université Paris Cité dans The Conversation.

Une issue positive au conflit israélo-palestinien est-elle possible ? La réponse que Donald Trump vient d’apporter à cette question – transformer la Bande de Gaza en « Riviera » tout en relogeant les 2 millions de Gazaouis dans « de belles maisons » en Égypte et en Jordanie – a suscité une condamnation unanime du monde arabe et plongé la communauté internationale dans la perplexité. Aussi indécente et irréaliste qu’elle soit, cette idée met en évidence l’incapacité de la diplomatie internationale, comme si l’échec des accords d’Oslo (1993) et des tentatives qui ont suivi avait entravé définitivement l’imagination politique.

Or une autre solution existe qui, comme le rappelait Edward Saïd dans un article paru en 1999, avait déjà été proposée, avant même la création de l’État d’Israël, par des intellectuels juifs parmi lesquels Judah Magnes, Martin Buber ou encire Hannah Arendt… et que vient de reprendre à son compte, en 2024, l’historien israélien Shlomo Sand, dans Deux peuples pour un État. C’est celle de la création d’un seul État dans lequel vivraient ensemble Israéliens et Palestiniens. Une solution, qui, si l’on analyse la situation israélo-palestinienne actuelle d’un point de vue sociologique, est non seulement envisageable, mais réaliste.

L’État unique est viable
Il suffit en effet de regarder les cartes d’Israël et des territoires palestiniens pour se rendre compte que le développement ininterrompu de la colonisation en Cisjordanie a rendu quasiment impossible la solution à deux États, laquelle posait aussi le problème de l’absence de continuité géographique entre la Bande de Gaza et du partage de Jérusalem.

En revanche, en l’état actuel, le pays constitué par la réunion d’Israël et des territoires palestiniens, y compris Gaza, est viable. Avec environ 15 millions d’habitants, il aurait, sur un territoire dont la superficie (27 555 km2) est à peine inférieure à celle de la Belgique, une densité de population (544) légèrement supérieure à celle du Liban et bénéficierait d’une population jeune qui pourrait contribuer à son développement économique.

La société israélienne est déjà une société multiculturelle
Ce nouvel État serait bien évidemment multiculturel, mais au regard de ce qu’est déjà la société israélienne, c’est un bouleversement moins radical qu’on pourrait le penser, car la population israélienne est déjà une population multiculturelle.

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Elle comprend en effet, selon les statistiques officielles du Central Bureau of Statistics, plus de 21 % d’Arabes israéliens (dont une petite partie de chrétiens, de druzes et de bédouins), descendants des Palestiniens autochtones. Même si, le plus souvent, ils n’habitent pas les mêmes villes que les Israéliens – le cas de villes mixtes comme Haïfa est peu fréquent –, ni les mêmes quartiers, même si leur niveau de vie est très inférieur à celui du reste de la population israélienne et s’ils sont confrontés à de nombreuses discriminations, ils ont encore, comme l’ont voulu les fondateurs d’Israël en créant un État juif et démocratique, le droit de vote et sont représentés au Parlement (à eux deux, les partis arabes Hadash-Ta’al et Ra’am disposent actuellement de 10 des 120 sièges de la Knesset).

Quant à la population israélienne non arabe, elle est elle-même multiculturelle, car constituée par des vagues successives d’immigrants qui ne parlaient pas les mêmes langues, n’avaient pas la même culture, ne se sont pas insérés de la même manière. Pour mémoire, de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1948, sont arrivés des Juifs d’Europe fuyant les pogroms et les régimes fascistes ; après la création de l’État, des Juifs du Moyen-Orient et des rescapés de la Shoah ; dans les années 1950, des Juifs du Maghreb, venus en majorité du Maroc ; dans les années 1960, des Juifs d’Union soviétique, qui seront encore plus nombreux après la chute de celle-ci dans les années 1990, et auxquels s’ajouteront même, entre 1983 et 1991, un petit nombre de Juifs éthiopiens, les Falachas ; enfin, jusqu’à maintenant, des Juifs venant de Russie, d’Ukraine, de France, des États-Unis…

Bien que la société israélienne ait un fort pouvoir intégrateur porté par l’usage de l’hébreu, par la fabrication d’un narratif commun et les commémorations qui l’accompagnent ainsi que par l’obligation du service militaire, elle n’a pu effacer ces différences, d’autant que le rapport à la religion n’est pas un facteur d’unification. Dans chacune de ces populations se trouvent aussi bien des Juifs ultra-orthodoxes que des pratiquants par tradition ou des laïcs, et, dans le cas des immigrants russes les plus récents qui ont obtenu la nationalité alors qu’un seul de leur grand-parent était juif, aussi bien des laïcs que des chrétiens orthodoxes.

Loin donc d’être une société « juive », la société israélienne est, comme beaucoup d’autres sociétés nationales de notre époque, une société multiculturelle, comme le montrent les fortes mobilisations communautaires qui, dans le contexte d’un régime électoral fondé sur la proportionnelle intégrale, trouvent une expression politique. Mais, comme le soulignait le sociologue Baruch Kimmerling, Israël est un État multiculturel qui ne reconnaît pas son multiculturalisme.

Un État unique ne serait pas nécessairement plus exposé au terrorisme que ne l’est actuellement Israël.
Il y a un argument qui s’oppose radicalement à la possibilité de la constitution d’un seul État, c’est celui des extrémistes israéliens qui, par exemple le général de brigade et spécialiste du renseignement Yossi Kuperwasser, voient dans tout Palestinien un terroriste en puissance qui ne veut que la destruction d’Israël.

Il ne s’agit pas de nier les manifestations de violence, qu’il s’agisse des actions terroristes – celle du 7 octobre 2023 étant la plus effroyable – ou des soulèvements populaires, les intifada, auxquelles les Israéliens ont dû faire face depuis la création de l’État ; mais il ne faut pas oublier que cette violence est avant tout une violence réactive : d’abord à la Nakba, l’exode en 1948 de plus de 750 000 Palestiniens, puis à l’occupation des territoires, à la poursuite ininterrompue de la colonisation, aux multiples mesures de répression, aux emprisonnements, aux meurtres non condamnés, aux provocations comme celle qu’a constituée en 2000 la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées, au blocus de Gaza, aux opérations militaires…

Si la violence était aussi inscrite dans la culture palestinienne que veulent le croire une partie des Israéliens, jamais les accords d’Oslo n’auraient pu été signés. À l’inverse de ce que soutiennent les extrémistes israéliens, le souhait le plus cher d’une grande partie des Palestiniens, comme le montre une enquête socio-anthropologique menée dans la bande de Gaza de 2007 à 2019, est d’avoir la possibilité de travailler pour améliorer leurs conditions de vie. Le soutien apporté au Hamas n’est pour une grande part que l’expression du désespoir et de l’impuissance.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, en particulier dans le monde intellectuel et artistique, des relations ont existé et existent jusqu’à maintenant entre des Juifs israéliens, des Arabes israéliens et des Palestiniens de Jérusalem, de Cisjordanie et même de Gaza. Ces relations, dont un exemple a été la création par Daniel Barenboïm de l’orchestre israélo-arabe West-Eastern Divan Orchestra, ont toujours été soutenues par la gauche israélienne dont le journal Haaretz (Le Pays), créé en 1918, reste jusqu’à aujourd’hui le porte-parole ainsi que des mouvements comme La paix maintenant.

Une solution qui suppose un changement radical dans la conception de l’État
La première condition est évidente. Quelle que soit la forme que prendrait cet État, sa création demande d’abord d’abandonner la logique militaire dans laquelle, depuis la création de l’État, les gouvernements successifs, y compris ceux de gauche israélienne, se sont trouvés enfermés, et de faire ces gestes décisifs que seraient l’arrêt de la colonisation et de la répression systématique ainsi que la remise en liberté des quelques hommes politiques palestiniens dont l’objectif est de vivre en paix avec les Israéliens.

Mais ce changement radical de politique, qui suppose préalablement la défaite électorale de la coalition au pouvoir, n’est envisageable que si une majorité d’Israéliens prend conscience que, s’ils veulent vivre dans un pays qui n’est pas continuellement en guerre, ils doivent se rallier à une conception de l’État qui va exactement à l’inverse de celle qui a conduit en 2018 au vote de la loi « Israël État-nation Juif » et à la création par Benyamin Nétanyahou, le 28 mai 2023, de l’Agence gouvernementale de l’identité nationale juive – deux étapes clés qui signent, selon le titre de l’ouvrage de Charles Enderlin, L’agonie d’une démocratie.

Dans cette nouvelle optique, la légitimité de l’État ne repose plus sur le fait d’avoir une histoire et une identité commune, mais sur le choix de vivre ensemble et de partager un même destin. Ce n’est en effet qu’à cette condition que les Israéliens, qui célèbrent la naissance de l’État d’Israël quand les Palestiniens commémorent la Nakba, pourraient vivre avec les Palestiniens. Car cet État, dont le mode de fonctionnement pourrait être emprunté à la Belgique, au Canada… accorderait à tous les citoyens les mêmes droits, y compris la possibilité pour les individus et les groupes de vivre comme ils l’entendent, de préserver leurs particularités, pour autant que cette liberté ne remette pas en question la vie commune.

Ne nous y trompons pas. En ce début du XXIe siècle où nombre d’États sont multiculturels ou le deviennent, le défi auquel doivent faire face les Israéliens et les Palestiniens est aussi le nôtre.

Cet article a été co-écrit avec Elena Qleibo, anthropologue, spécialiste de la Palestine, autrice de Gaza, S’en sortir sans sortir, Ethnographie de la vie quotidienne sous blocus, Éditions du Croquant, 2020.

Politique- Israël-Palestine : la solution de l’État unique

Politique- Israël-Palestine : la solution de l’État unique

 

Si la communauté internationale dans son ensemble défend toujours, en paroles du moins, la solution dite « des deux États », il convient aussi d’examiner celle de l’État unique israélo-palestinien. Une possibilité crédible, à condition que des concessions importantes soient faites de part et d’autre. Une issue positive au conflit israélo-palestinien est-elle possible ? La réponse que Donald Trump vient d’apporter à cette question – transformer la Bande de Gaza en « Riviera » tout en relogeant les 2 millions de Gazaouis dans « de belles maisons » en Égypte et en Jordanie – a suscité une condamnation unanime du monde arabe et plongé la communauté internationale dans la perplexité. Aussi indécente et irréaliste qu’elle soit, cette idée met en évidence l’incapacité de la diplomatie internationale, comme si l’échec des accords d’Oslo (1993) et des tentatives qui ont suivi avait entravé définitivement l’imagination politique.Or une autre solution existe qui, comme le rappelait Edward Saïd dans un article paru en 1999, avait déjà été proposée, avant même la création de l’État d’Israël, par des intellectuels juifs parmi lesquels Judah Magnes, Martin Buber ou encire Hannah Arendt… et que vient de reprendre à son compte, en 2024, l’historien israélien Shlomo Sand, dans Deux peuples pour un État. C’est celle de la création d’un seul État dans lequel vivraient ensemble Israéliens et Palestiniens. Une solution, qui, si l’on analyse la situation israélo-palestinienne actuelle d’un point de vue sociologique, est non seulement envisageable, mais réaliste.

 

 

par  Professeur émérite de sociologie, Université Paris Cité dans The Conversation

 

 

Il suffit en effet de regarder les cartes d’Israël et des territoires palestiniens pour se rendre compte que le développement ininterrompu de la colonisation en Cisjordanie a rendu quasiment impossible la solution à deux États, laquelle posait aussi le problème de l’absence de continuité géographique entre la Bande de Gaza et du partage de Jérusalem.

En revanche, en l’état actuel, le pays constitué par la réunion d’Israël et des territoires palestiniens, y compris Gaza, est viable. Avec environ 15 millions d’habitants, il aurait, sur un territoire dont la superficie (27 555 km2) est à peine inférieure à celle de la Belgique, une densité de population (544) légèrement supérieure à celle du Liban et bénéficierait d’une population jeune qui pourrait contribuer à son développement économique.

Ce nouvel État serait bien évidemment multiculturel, mais au regard de ce qu’est déjà la société israélienne, c’est un bouleversement moins radical qu’on pourrait le penser, car la population israélienne est déjà une population multiculturelle.

Elle comprend en effet, selon les statistiques officielles du Central Bureau of Statistics, plus de 21 % d’Arabes israéliens (dont une petite partie de chrétiens, de druzes et de bédouins), descendants des Palestiniens autochtones. Même si, le plus souvent, ils n’habitent pas les mêmes villes que les Israéliens – le cas de villes mixtes comme Haïfa est peu fréquent –, ni les mêmes quartiers, même si leur niveau de vie est très inférieur à celui du reste de la population israélienne et s’ils sont confrontés à de nombreuses discriminations, ils ont encore, comme l’ont voulu les fondateurs d’Israël en créant un État juif et démocratique, le droit de vote et sont représentés au Parlement (à eux deux, les partis arabes Hadash-Ta’al et Ra’am disposent actuellement de 10 des 120 sièges de la Knesset).

Quant à la population israélienne non arabe, elle est elle-même multiculturelle, car constituée par des vagues successives d’immigrants qui ne parlaient pas les mêmes langues, n’avaient pas la même culture, ne se sont pas insérés de la même manière. Pour mémoire, de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1948, sont arrivés des Juifs d’Europe fuyant les pogroms et les régimes fascistes ; après la création de l’État, des Juifs du Moyen-Orient et des rescapés de la Shoah ; dans les années 1950, des Juifs du Maghreb, venus en majorité du Maroc ; dans les années 1960, des Juifs d’Union soviétique, qui seront encore plus nombreux après la chute de celle-ci dans les années 1990, et auxquels s’ajouteront même, entre 1983 et 1991, un petit nombre de Juifs éthiopiens, les Falachas ; enfin, jusqu’à maintenant, des Juifs venant de Russie, d’Ukraine, de France, des États-Unis…

Bien que la société israélienne ait un fort pouvoir intégrateur porté par l’usage de l’hébreu, par la fabrication d’un narratif commun et les commémorations qui l’accompagnent ainsi que par l’obligation du service militaire, elle n’a pu effacer ces différences, d’autant que le rapport à la religion n’est pas un facteur d’unification. Dans chacune de ces populations se trouvent aussi bien des Juifs ultra-orthodoxes que des pratiquants par tradition ou des laïcs, et, dans le cas des immigrants russes les plus récents qui ont obtenu la nationalité alors qu’un seul de leur grand-parent était juif, aussi bien des laïcs que des chrétiens orthodoxes.

Loin donc d’être une société « juive », la société israélienne est, comme beaucoup d’autres sociétés nationales de notre époque, une société multiculturelle, comme le montrent les fortes mobilisations communautaires qui, dans le contexte d’un régime électoral fondé sur la proportionnelle intégrale, trouvent une expression politique. Mais, comme le soulignait le sociologue Baruch Kimmerling, Israël est un État multiculturel qui ne reconnaît pas son multiculturalisme.

Il y a un argument qui s’oppose radicalement à la possibilité de la constitution d’un seul État, c’est celui des extrémistes israéliens qui, par exemple le général de brigade et spécialiste du renseignement Yossi Kuperwasser, voient dans tout Palestinien un terroriste en puissance qui ne veut que la destruction d’Israël.

Il ne s’agit pas de nier les manifestations de violence, qu’il s’agisse des actions terroristes – celle du 7 octobre 2023 étant la plus effroyable – ou des soulèvements populaires, les intifada, auxquelles les Israéliens ont dû faire face depuis la création de l’État ; mais il ne faut pas oublier que cette violence est avant tout une violence réactive : d’abord à la Nakba, l’exode en 1948 de plus de 750 000 Palestiniens, puis à l’occupation des territoires, à la poursuite ininterrompue de la colonisation, aux multiples mesures de répression, aux emprisonnements, aux meurtres non condamnés, aux provocations comme celle qu’a constituée en 2000 la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées, au blocus de Gaza, aux opérations militaires…

Si la violence était aussi inscrite dans la culture palestinienne que veulent le croire une partie des Israéliens, jamais les accords d’Oslo n’auraient pu été signés. À l’inverse de ce que soutiennent les extrémistes israéliens, le souhait le plus cher d’une grande partie des Palestiniens, comme le montre une enquête socio-anthropologique menée dans la bande de Gaza de 2007 à 2019, est d’avoir la possibilité de travailler pour améliorer leurs conditions de vie. Le soutien apporté au Hamas n’est pour une grande part que l’expression du désespoir et de l’impuissance.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, en particulier dans le monde intellectuel et artistique, des relations ont existé et existent jusqu’à maintenant entre des Juifs israéliens, des Arabes israéliens et des Palestiniens de Jérusalem, de Cisjordanie et même de Gaza. Ces relations, dont un exemple a été la création par Daniel Barenboïm de l’orchestre israélo-arabe West-Eastern Divan Orchestra, ont toujours été soutenues par la gauche israélienne dont le journal Haaretz (Le Pays), créé en 1918, reste jusqu’à aujourd’hui le porte-parole ainsi que des mouvements comme La paix maintenant.

La première condition est évidente. Quelle que soit la forme que prendrait cet État, sa création demande d’abord d’abandonner la logique militaire dans laquelle, depuis la création de l’État, les gouvernements successifs, y compris ceux de gauche israélienne, se sont trouvés enfermés, et de faire ces gestes décisifs que seraient l’arrêt de la colonisation et de la répression systématique ainsi que la remise en liberté des quelques hommes politiques palestiniens dont l’objectif est de vivre en paix avec les Israéliens.

Mais ce changement radical de politique, qui suppose préalablement la défaite électorale de la coalition au pouvoir, n’est envisageable que si une majorité d’Israéliens prend conscience que, s’ils veulent vivre dans un pays qui n’est pas continuellement en guerre, ils doivent se rallier à une conception de l’État qui va exactement à l’inverse de celle qui a conduit en 2018 au vote de la loi « Israël État-nation Juif » et à la création par Benyamin Nétanyahou, le 28 mai 2023, de l’Agence gouvernementale de l’identité nationale juive – deux étapes clés qui signent, selon le titre de l’ouvrage de Charles Enderlin, L’agonie d’une démocratie.

Dans cette nouvelle optique, la légitimité de l’État ne repose plus sur le fait d’avoir une histoire et une identité commune, mais sur le choix de vivre ensemble et de partager un même destin. Ce n’est en effet qu’à cette condition que les Israéliens, qui célèbrent la naissance de l’État d’Israël quand les Palestiniens commémorent la Nakba, pourraient vivre avec les Palestiniens. Car cet État, dont le mode de fonctionnement pourrait être emprunté à la Belgique, au Canada… accorderait à tous les citoyens les mêmes droits, y compris la possibilité pour les individus et les groupes de vivre comme ils l’entendent, de préserver leurs particularités, pour autant que cette liberté ne remette pas en question la vie commune.

Ne nous y trompons pas. En ce début du XXIe siècle où nombre d’États sont multiculturels ou le deviennent, le défi auquel doivent faire face les Israéliens et les Palestiniens est aussi le nôtre.


Cet article a été co-écrit avec Elena Qleibo, anthropologue, spécialiste de la Palestine, autrice de Gaza, S’en sortir sans sortir, Ethnographie de la vie quotidienne sous blocus, Éditions du Croquant, 2020.

Sondage Conflit Israël Palestine les Français perplexes et inquiets

Sondage Conflit Israël Palestine les Français perplexes et inquiets

 Selon un nouveau sondage réalisé par le think tank Destin commun, que « La Tribune Dimanche » publie en exclusivité, 7 Français sur 10 refusent de départager les camps israéliens et palestiniens depuis les récents éléments du conflit.

Ils préfèrent demeurer en lisière du conflit. En grande majorité (7 sur 10), les Français refusent de départager les camps israéliens et palestiniens. Soit ils les considèrent de manière égale (27 %), soit ils ne ressentent d’empathie pour aucun des deux (19 %), soit ils n’ont pas d’opinion (24 %). C’est l’une des conclusions de l’étude, réalisée par le think tank Destin commun dans le but de prendre le pouls de la société française, un an après le 7-Octobre. « Il n’y a pas de distance ni d’indifférence, plutôt une grande perplexité et une anxiété », analyse Laurence de Nervaux, sa directrice générale.

Reconnaissance de l’État de Palestine : Des critiques justifiées

Reconnaissance de l’État de Palestine : Des critiques justifiées

Plusieurs pays avaient déjà reconnu l’Etat. D’autres viennent de s’y ajouter mais toujours avec la même ambiguïté. Pour certains, il s’agit en réalité de viser des objectifs internes notamment de paix intérieure. Mais ce qui est en cause aussi c’est que ce soutien à un Etat de la Palestine est prématuré tant que précisément les contours de cet état, sa gouvernance et ses principes demeurent particulièrement flous. De quel état s’agit-il ? Avec ou sans Israël ? À côté d’Israël ?Avec deux pays palestiniens  séparés géographiquement ingouvernables ? Avec à la tête-le Hamas ? Avec une dictature religieuse ou pas ?

En fait, les palestiniens sont victimes eux-mêmes du flou qui caractérise le soutien aussi bien des pays arabes que des autres pays. Un soutien surtout tactique mais qui ne fait pas avancer l’hypothèse d’un État palestinien viable, durable et démocratique.

Palestine: Pour Nétanyahou la guerre va durer longtemps

Palestine: Pour Netanyahou la guerre va durer longtemps

La guerre «va se poursuivre pendant de longs mois», déclare Netanyahou
La guerre «va se poursuivre pendant de longs mois, jusqu’à ce que le Hamas soit éliminé et les otages libérés», a déclaré samedi le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il y a sans doute plusieurs raisons pour estimer que la guerre en Palestine va durer assez longtemps. Il s’agit pour l’essentiel après les tirs d’artillerie d’une guérilla urbaine complexe avec la difficulté de distinguer Israël population civile et armée du Hamas. La seconde raison est la posture politique délicate du premier ministre israélien c’est sans doute qu’il risque d’être poursuivi en justice si tôt après son mandat de premier ministre. La troisième raison est liée à l’absence totale de perspectives de débouchés hormis le slogan de deux états. Un slogan repris de manière un peu paresseuse par l’ensemble de la classe politique internationale qui sait parfaitement qu’on ne peut pour l’instant envisagé d’États économiquement, politiquement et démocratiquement durables. Dernier obstacle et non des moindres Israël refuse un Etat pour les palestiniens dont beaucoup souhaitent la disparition Israël.

«Nous garantissons que Gaza ne sera plus jamais une menace pour Israël», a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, affirmant que «pour remporter une victoire absolue et atteindre tous nos objectifs, il faudra plus de temps».

Le Premier ministre a fait état de «tirs nourris» essuyés par les troupes israéliennes dans la bande de Gaza: «c’est une bataille complexe mais nous avons le dessus; nous avons éliminé plus de 8000 terroristes», a-t-il affirmé. «Nous touchons de hauts responsables, et nous éliminerons aussi les dirigeants du Hamas. Le Hamas sera vaincu». Répondant à une question sur les négociations en cours au Caire, Benjamin Netanyahu a affirmé que «le Hamas avait posé toute une série d’ultimatums que nous avons rejetés». «Nous voyons un changement (mais) je ne veux pas créer d’attente», a-t-il ajouté.

Israël-Palestine : un affrontement apocalyptique

Israël-Palestine : un affrontement apocalyptique

Depuis le 7 octobre, l’opposition entre les partisans d’Israël et ceux de la Palestine prend parfois des allures « huntingtoniennes » – ou schmittiennes, selon le principe de la distinction basique ami/ennemi élaborée par Carl Schmitt. Cette opposition, souvent caricaturale, se manifeste sans discontinuer dans les rues, sur les campus et sur les plateaux de télévision des grands pays occidentaux comme des pays arabes et musulmans, donnant le vertige aux observateurs et, surtout, aux décideurs. La confrontation a de multiples dimensions – militaire, certes, mais aussi politique et hautement symbolique. Elle met en jeu deux représentations mémorielles profondément traumatisées : celle des Israéliens, hantés par la Shoah et les pogroms du début du XXe siècle, auxquels les massacres du 7 octobre ont souvent été assimilés ; et celle des Palestiniens, marqués par la Nakba, cette date originelle de 1948 qui a provoqué leur premier exode massif et à laquelle est comparable aujourd’hui la situation de la population de Gaza. Il est impératif de toujours tenir compte de ces visions quand on cherche à comprendre les motivations et les enjeux psychologiques des deux parties.

par Mohamad Moustafa Alabsi
Chercheur postdoctoral au Mellon Fellowship Program, Columbia Global Centers, Amman. Membre associé à l’Institut de philosophie de Grenoble, Université Grenoble Alpes (UGA) dans The Conversation

Le traumatisme de la mémoire juive n’a pas pris fin en 1948 : il venait seulement de commencer
Du côté palestinien, et du côté arabe et pro-palestinien en général, la perception de l’année 1948 demeure centrale. Cette année fut celle de la Nakba – littéralement la catastrophe, le premier grand exil, qui a jeté 700 000 Palestiniens sur les routes.

Pour les Juifs, 1948 fut seulement la date à partir de laquelle le peuple juif a pu se relever afin de comprendre ce qui lui est arrivé. En effet, la création d’Israël, le 14 mai de cette année, fut une petite victoire, un instant de joie avant des décennies de fouilles traumatiques dans la tragédie collective que représente l’entreprise de l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis.

Au niveau de la construction et de la reconstruction de la mémoire juive, le temps ne faisait que révéler et agrandir les reliefs et détails du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale.

Par conséquent, la seconde moitié du XXe siècle ne fut pas, pour la société israélienne, un temps de convalescence post-traumatique, mais plutôt le début d’une interminable exploration du traumatisme. La mémoire de la Shoah incarne un constituant commun et collectif au sein de la société et de l’espace public israéliens. Les deux minutes de sirènes qui retentissent dans tout Israël chaque année le jour de la commémoration de la Shoah en constituent un exemple.

Or, cette tragédie humaine fut souvent instrumentalisée par la démagogie politique arabo-musulmane et, aussi, par la démagogie politique israélienne. Côté arabo-musulmans, on se souvient par exemple de l’appel à « jeter les Israéliens dans la mer », propos volontairement génocidaire de l’ancien dictateur syrien Hafez Al-Assad dans les années 1960, et des déclarations négationnistes du président iranien Ahmadinejad en 2009. En Israël, l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah peut aller jusqu’à l’accusation de « nazisme » prononcée à l’encontre des Palestiniens lorsque ces derniers résistent aux arrêts de leur expulsion et de leur remplacement à Jérusalem-Est par des colons juifs.

Depuis 1948, la résistance culturelle et littéraire de la Palestine rayonne dans le monde par le biais de son traumatisme. Au niveau de la culture, de l’art et de la littérature, l’identité palestinienne peut être considérée comme la plus mondialisée, la plus libre et la plus remarquable par rapport aux autres identités arabes dotées d’États. Il suffit de comparer l’impact de l’œuvre du critique littéraire palestinien Edward Saïd et la naissance officielle des études post-coloniales avec son ouvrage L’Orientalisme, paru en 1978, aux dégâts sociaux et politiques provoqués par l’anti-impérialisme creux et idéologique des régimes arabes pendant plus de 50 ans.

Soulignons aussi, entre autres, l’influence de l’iconique artiste palestinien Naji al-Ali, assassiné à Londres en 1987, qui fut la cible de menaces à la fois de la part de l’occupation israélienne, des différents régimes arabes mais aussi de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine).

Entre-temps, la situation réelle des Palestiniens en Palestine et dans la diaspora n’a fait que se dégrader. Des guerres, des défaites, des massacres en Jordanie (1970), au Liban (1982), jusqu’à la destruction par le régime syrien du camps Yarmouk, le plus grand camp de réfugiés palestinien au monde entre 2012 et 2015. Avant que les bombardements actuels de Gaza ne tuent des milliers de Palestiniens et qu’un ministre israélien n’évoque la bombe nucléaire comme solution, plus de 200 Palestiniens avaient déjà été tués en 2023 par l’armée israélienne ou par des colons en Cisjordanie.

Un autre événement symbolique sur la voie de la liquidation de la mémoire et de l’existence de la Palestine fut la reconnaissance par les États-Unis de Donald Trump de Jérusalem comme capitale officielle de l’État hébreu (2017). Les États-Unis, en tant que première puissance mondiale, n’ont pas légalisé par cette décision la politique de colonisation israélienne, mais ils lui ont plutôt donné une force absolue, extra-légale et arbitraire.

Ces dernières années, les Palestiniens ont donc vécu une révision voire une abrogation des termes légaux de leur cause, la trahison des monarchies arabes qui accélèrent le processus de normalisation avec Israël, et surtout, l’agressivité sans précédent des colons en Cisjordanie sous la protection de l’armée et du gouvernement radical israéliens. Serait-il imaginable pour ce peuple-symbole de voir ensemble sa mémoire et son existence périr dans une défaite politique ennuyeuse et sans bruit ?

L’affrontement d’aujourd’hui est engagé sur plusieurs niveaux pour les belligérants : la violence, les symboles et les mémoires. Entre-temps, les élites des grandes puissances occidentales se trouvent envahies par la question de l’importation du conflit et par la basse politique qui en découle. Ainsi, les cycles de vengeance entre ces deux traumatismes semblent-ils se dérouler sans arbitre, au risque d’échapper à toute lecture normative, qu’elle soit légaliste ou humaniste.

Sur le plan formel, on peut admettre que le Hamas fut élu démocratiquement en 2006 à l’issue des législatives palestiniennes et immédiatement boycotté par les diplomaties occidentales car qualifié par ces dernières de terroriste. Or, et à la lumière de la philosophie politique, les élections démocratiques constituent moins un exercice procédural qu’une réactualisation du consensus sur le contrat social. Il s’agit d’une réaffirmation régulière et anticipée de la liberté politique et de la souveraineté dépersonnalisée du droit et des institutions. Rien de tout cela n’était apparu dans ce scrutin palestinien de 2006 car il s’agissait d’un moment négatif et révisionniste du processus de paix avec Israël par des électeurs palestiniens privés d’État. Les accords d’Oslo signé en 1993 entre Yasser Arafat, chef de l’OLP, et Yitzhak Rabin, premier ministre israélien, ont seulement permis à Israël d’arracher sa reconnaissance par les Palestiniens, sans jamais arrêter la colonisation ni donner lieu à un État palestinien.

De nos jours, même avant la guerre déclenchée le 7 octobre, très peu d’experts croyaient dans le réalisme et la faisabilité d’un État palestinien souverain en raison du morcellement qu’ont subi ses présumés territoires tels que les définissent les accords d’Oslo. Du côté israélien, retirer 700 000 colons des territoires occupés serait un suicide politique pour tout gouvernement. Au contraire, le discours nationaliste et extrémiste dominent désormais la vie politique israélienne, allant jusqu’à l’idée d’un « grand Israël », c’est-à-dire la continuation de la colonisation jusqu’au départ du dernier Palestinien.

Une lecture psychologique
Dans un récent article publié dans NewLinesMagazine, la journaliste Lydia Wilson expose la lecture psychologique de l’histoire de ce conflit et de la nature des émotions de ses deux belligérants.

Elle rappelle que Gerard Fromm, psychothérapeute ayant publié sur les traumatismes du 11 Septembre et sur la psychologie du conflit israélo-palestinien, oppose la mentalité « Never again » de la psyché juive à la mentalité « Never surrender » de la psyché palestinienne.

Le « Never again » israélien fut construit sur le souvenir de quelque deux mille ans de persécutions et d’exil, jusqu’à la tentative d’anéantissement. Tandis que le « Never surrender » des Palestiniens traduit un traumatisme continu de dépossession, d’humiliation et d’occupation. Les deux attitudes belligérantes sont d’abord portées par des émotions extrêmes de nature traumatique, et elles se construisent mutuellement de manière négative. Le plus dangereux et le plus imprévisible événement qui soit, de ce point de vue, serait un affrontement violent, existentiel et non arbitré entre ces deux parties.

Pour le psycho-historien Charles Strozier, co-auteur de The Fundamentalist Mindset, la « mentalité apocalyptique » est caractéristique du Hamas, mais aussi du conflit israélo-palestinien au sens large, en raison de la présence de l’apocalypse dans les deux récits, articulée à leur négation l’un de l’autre.

Commentant les événements récents, notamment les attaques du Hamas, Strozier affirme :

« [Le Hamas] veut la surréaction, il veut amener Israël à déchaîner la force entière d’une des meilleures armées du monde sur des combattants dotés de fusils et de drones bon marché. »

Pourquoi le Hamas mènerait-il une opération si suicidaire pour son avenir politique ? Qu’espéraient ses chefs lorsqu’ils planifiaient cette opération sinon l’embarras de leurs alliés et la brutalité de leurs ennemis ?

Deux possibles explications apparaissent chez les observateurs dans le monde arabe et au-delà. La première : le Hamas aurait décidé tout seul de déclencher la « dernière bataille » et d’entraîner ses alliés, le Hezbollah et l’Iran, dans un conflit régional engageant mêmes les États-Unis. Autrement dit, seule une guerre ouverte et illimitée pourrait remettre la question palestinienne au centre de la politique internationale et conduire à une solution finale de la cause palestinienne.

Seconde hypothèse : cette guerre fut couverte en coulisses par des capitales de la région comme l’Iran ou/et la Turquie. L’objectif est d’abord de nuire à la perspective de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite et, ensuite, de forcer les Américains, grâce à une crise majeure, à procéder à une redistribution égalitaire et durable des rôles dans la région au-delà de la place exceptionnelle d’Israël ou du rôle accru des monarchies arabes. Comme vient de le souligner un historien américain dans le New York Times, les États-Unis ont en tout cas perdu, avec ce conflit, le contrôle sur Israël et sur tout le Moyen-Orient.

David et Goliath, par Dan Craig. C’est ainsi que les Palestiniens se représentent volontiers leur affrontement avec Israël.
Pendant que les scènes globale et médiatique opposent pro-Palestiniens et pro-Israéliens dans des controverses terminologiques relevant de la sphère du droit (occupation, colonisation, terrorisme, etc.), l’affrontement armé entre ces deux belligérants se situe ailleurs : dans la vengeance. Selon la lecture psychologique, les émotions extrêmes provoquent un comportement extrême qui va jusqu’à la violence extrême.

Si certains Juifs et certains Palestiniens crient à la vengeance devant une caméra, et ces scènes font le tour du monde via les réseaux sociaux, rien ne les accompagne pour expliquer que ces personnes « haineuses » sont habitées par des mémoires traumatisées et exacerbées par un événement traumatisant récent. L’humanité a-t-elle déjà perdu la main sur le flux des réseaux sociaux et les impacts de ceux-ci sur le temps de la raison humaine et sur celui de la politique ?

Les enjeux d’amalgames entre Juifs et colonisation, entre Palestiniens et terrorisme, ne deviennent-ils pas toxiques pour les sociétés démocratiques ? Quels seront les dégâts de ce conflit sur le pluralisme apaisé et les libertés épanouies de nos sociétés ?

Ce n’est pas l’ONU, mais l’Occident politique qui se présente comme le protecteur inconditionnel de l’État d’Israël. La nature inconditionnelle de cette protection ne devrait-elle pas exiger, en contrepartie, des pouvoirs inconditionnels ? N’est-ce pas à ces protecteurs que revient la tâche d’imposer une paix absolue et finale au Moyen-Orient ? Les porte-avions et sous-marins nucléaires ne peuvent-ils pas, pour une fois, traduire une Décision et une volonté politique positives ?

Palestine et Israël: Manifestation des artistes qui se réveillent enfin

Palestine et Israël: Manifestation des artistes qui se réveillent enfin

Il faut sans doute se réjouir de la manifestation à l’initiative des 500 artistes qui ont signé une tribune dans Télérama. Ce dimanche 19 novembre à Paris, ils ont participé à une marche pour réclamer la paix au Moyen-Orient. Il faut dire que depuis le début du conflit déclenché par le Hamas en Israël, les artistes ont été particulièrement discrets et ils ont même été assez peu nombreux à soutenir l’immense manifestation du dimanche 12 novembre qui a rassemblé 180 000 personnes en France.

L’intérêt de cette dernière manifestation du 19 novembre, c’est qu’elle réclame simplement la paix sans soutenir un camp ou un autre. Justement l’objectif aussi de la grande manifestation du 12 novembre contre l’antisémitisme.

Certes, l’appartenance au monde desles artistes ne confère pas une autorité particulière pour éclairer la pertinence de l’analyse du conflit en cours. Dans le milieu artistique, on compte des intellectuels mais aussi simplement des produits du showbiz. De ce point de vue, comme en politique, la pensée intellectuelle s’est affaiblie dans le monde artistique.

La préfecture de police a recensé 3.600 personnes ce dimanche 19 novembre à Paris pour la « marche silencieuse » et « apolitique » pour la paix au Proche-Orient. Parmi eux, l’actrice Isabelle Adjani, Maxime Le Forestier, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang. Le cortège s’est élancé de l’Institut du monde arabe (IMA).

Cette manifestation se tient une semaine après la marche contre l’antisémitisme, suivie par 100.000 personnes à Paris. Samedi 18 novembre, des mobilisations pro-palestiniennes pour demander un cessez-le-feu immédiat à Gaza ont rassemblé des milliers de manifestants à travers la France.

Palestine et Ukraine: Des soutiens très clivés

Palestine et Ukraine: Des soutiens très clivés

Si les défenseurs des valeurs humanistes devraient soutenir les deux peuples, c’est au contraire une concurrence des causes qui semble s’installer, relève le politiste Jérôme Heurtaux dans une tribune au « Monde ».

Le retour soudain du conflit israélo-palestinien dans l’actualité a eu pour effet pervers une relégation brutale du conflit ukrainien aux marges du discours politique et de l’attention médiatique. Cet effacement est sans aucun doute provisoire, et il est d’ailleurs tout relatif, puisque celles et ceux qui sont directement concernés par la guerre en Ukraine (réfugiés, chercheurs, correspondants de guerre, diplomates, acteurs humanitaires, etc.) ne modifient pas leur attention en fonction des fluctuations de l’agenda politico-médiatique. Mais il contribue à l’empêchement d’une réflexion qui, partant de leur concomitance, s’efforcerait de penser ensemble ces deux conflits au lieu d’ignorer leur parenté, voire de les opposer, comme s’ils n’avaient rien à voir.

S’agissant du conflit en Ukraine, une position universaliste anticolonialiste, respectueuse de la souveraineté des Etats et de l’autodétermination des peuples, attachée au droit international humanitaire, vous rangerait naturellement du côté des Ukrainiens, victimes d’un crime d’agression punissable par le droit international. S’agissant du Proche-Orient, les mêmes prémisses humanistes feraient logiquement de vous un soutien au peuple palestinien, qui subit depuis plusieurs décennies une politique de colonisation et le mépris par Israël des résolutions successives des Nations unies.

Les voix propalestiniennes les plus fortes, en France comme ailleurs, ne disent mot de l’Ukraine, quand elles n’interrogent pas, suspicieuses, la légitimité de la résistance ukrainienne, inversant le rapport de la victime et du bourreau. D’un autre côté, parmi les Etats, responsables politiques et intellectuels qui défendent l’Ukraine, beaucoup ignorent la cause palestinienne, quand ils ne soutiennent pas le droit d’Israël à se défendre en bombardant et en intervenant à Gaza, donc à perpétrer de facto des massacres de civils, c’est-à-dire au minimum des crimes de guerre, comme le sont ceux commis par les Russes.

Palestine: le chemin de la paix ?

Palestine-« Le chemin de la paix » ?

Mohed Altrad, président du géant du BTP du même nom et du club de rugby de Montpellier, d’origine Bédouine, partage ses espoirs. Malgré la situation dramatique au Proche-Orient, il se projette dans l’issue du conflit en appelant notamment les Européens à accompagner Israël et la Palestine dans la voie de la résolution. ( chronique dans la Tribune)

Qui veut la paix prépare la guerre, dit l’adage romain. Aujourd’hui, il faut penser à la paix puisque l’on a la guerre. Et la paix, on peut la trouver dans l’histoire du Proche-Orient autant que l’on bute toujours sur la guerre. Je connais cette région, j’y suis né, dans l’est de la Syrie : je connais les passions des hommes, la terre toujours disputée, l’eau qui manque et qui crée des conflits. Je connais aussi l’âpreté de la vie dans une région faite de désert et de pierres où l’histoire a forgé les caractères, empêché souvent les compromis, érigé des barrières, ethniques, culturelles, religieuses, sécuritaires et politiques.

Faut-il pour autant s’arrêter là ? La guerre du 7 octobre, les attaques terroristes du Hamas, l’effroyable bombardement de Gaza et de sa population civile pour éliminer les responsables du Hamas, l’émotion mondiale qui entoure ce conflit… Faut-il considérer que ces événements vont obstruer définitivement le chemin de la paix ? Non, je ne le crois pas. On sait que ce chemin est le plus périlleux qu’il soit. On sait que les assassins d’Anouar el-Sadate ont voulu décourager tous ceux qui voulait l’emprunter. On sait que les assassins d’Itzhak Rabin ont tué, outre le grand Premier ministre israélien, l’espoir de paix. Aujourd’hui, c’est le parti de la guerre qui triomphe, le parti des assassins de la paix. Pour autant, il faut garder espoir.

Espoir dans la raison : qui peut croire, après ce qu’il s’est passé le 7 octobre et la réponse israélienne, que la solution, ce sera encore plus de guerre ? L’émotion domine aujourd’hui et c’est normal. Mais demain, la raison reprendra peut-être le dessus. Et le chemin de la paix sera à nouveau emprunté par des femmes et des hommes de bonne volonté.

Espoir aussi dans l’Histoire : les Français et les Allemands ont réussi à se réconcilier. C’est le rôle des Européens de raconter leur histoire aux Israéliens et aux Palestiniens. Ces derniers vivent une quasi-guerre civile. Et l’on sait que les guerres civiles sont toujours les plus atroces, les plus violentes, les plus cruelles. Quoi de pire que s’entretuer avec ses voisins ? Au Rwanda, en Algérie, dans l’ex-Yougoslavie, les pires exactions ont été commises. Mais, les guerres civiles doivent aussi trouver une fin, plus vite en général que les autres. Pour que la vie reprenne. Le conflit israélo-palestinien a plus de cent ans : il a commencé avec la déclaration Balfour de 1917. Il a besoin d’une solution : soit la réconciliation comme en Algérie, soit la séparation comme dans l’ex-Yougoslavie. Soit les deux avec un État binational.

La voie évoquée depuis longtemps est la séparation : encore faut-il que l’État palestinien soit viable. Et que l’on trouve des leaders des deux côtés pour le faire advenir. C’est le rôle des dirigeants israéliens et palestiniens. C’est le rôle aussi des Américains et des Européens, malgré leurs désaccords et leur effacement diplomatique, parce qu’ils ont l’expérience des réconciliations.

En France, l’urgence, c’est la concorde, la fraternité entre citoyens, quelques soient leurs confessions et leurs origines. Pour y arriver, une seule solution : passer par la souffrance de l’autre. C’est le seul moyen de le comprendre. Laissons les anathèmes loin, le plus loin possible. Mettons de côté la recherche des arguments faits pour détruire. Écoutons la partie que l’on croit adverse. Son histoire, ses souffrances. Ecoutons modestement. Fraternellement. Et laissons la place à la paix. Elle est plus féconde que la guerre.


Mohed Altrad, président du groupe Altrad et du Montpellier Hérault Rugby

Paix en Palestine: Indispensable mais sans les terroristes du Hamas

Paix en Palestine: Indispensable mais sans les terroristes du Hamas

Dire les horreurs commises par le Hamas doit être un préalable à tout débat et ne revient ni à ignorer le contexte historique et politique dans lequel se sont déroulées ces atrocités, ni à occulter les responsabilités du gouvernement Nétanyahou ou la colonisation en Cisjordanie, assure, dans une tribune au « Monde », le député européen Raphaël Glucksmann.

Il est des moments dans l’histoire où l’évidence n’est plus partagée et où savoir la dire est le premier devoir du politique, le préalable à tout débat et à toute action. Commençons donc par dire ce que certains n’arrivent pas à exprimer au sein de la gauche française : nous sommes dévastés par le sort de ces enfants israéliens massacrés, de ces femmes violées et de ces familles brûlées vives, le Hamas est une organisation terroriste et son idéologie fanatique, son antisémitisme frénétique, son culte de la violence et de la mort conduisent logiquement aux crimes contre l’humanité commis le 7 octobre, et rien – ni la lutte légitime contre la colonisation ni le combat nécessaire pour la reconnaissance d’un Etat palestinien – ne peut ni ne pourra jamais justifier les horreurs de Kfar Aza ou de Réim.

Par dire que décapiter un être humain ou kidnapper des enfants ne sera jamais un acte de résistance et par rappeler que ni la résistance française hier ni la résistance ukrainienne aujourd’hui n’ont jamais fait quoi que ce soit de semblable ou d’approchant. Il n’y a donc pas là un « deux poids, deux mesures », comme on le lit un peu partout, mais plutôt un gouffre, celui qui sépare la résistance à l’oppression du terrorisme visant à l’anéantissement de l’autre. Le résistant peut être amené à tuer, mais il le fait à contrecœur, alors que le terroriste jouit de son crime comme cet assassin du Hamas qui appelle son père hilare en plein massacre : « Tu serais fier de moi, j’ai tué dix juifs ! Dix ! »

Par dire aussi que les cocktails Molotov lancés contre une synagogue à Berlin ou les slogans entendus à Sydney (« Gas the Jews ! ») n’ont rien à voir avec la solidarité envers le peuple palestinien, mais tout à voir avec l’antique haine des juifs et que cette haine qui présida à la pire page de l’histoire européenne doit être combattue par tous. Sans exception ni hésitation.

Israël – Palestine : La négociation seule solution

Israël – Palestine : La négociation seule solution

 

La dernière confrontation entre Israël et le Hamas confirme l’impossibilité de résoudre ce conflit par la voie des armes. Soit les parties en cause parviennent à une solution à deux Etats, encore possible, soit l’embrasement devient permanent, soulignent, dans une tribune au « Monde », trois représentants des mouvements juifs pour la paix, David Chemla, Alain Rozenkier et Méïr Waintrater.

 

Tribune.

Après la signature des « accords d’Abraham » [traités de paix signés en 2020 entre Israël d’une part, les Emirats arabes unis et Bahreïn d’autre part], le gouvernement Netanyahou avait affirmé que la région était entrée dans une nouvelle dynamique de paix. Une telle approche reléguait le conflit avec les Palestiniens à une place secondaire où il ne mettrait pas en péril les nouveaux équilibres régionaux.

Cependant, l’actualité s’est imposée à tous ; la démonstration a été faite que le conflit israélo-palestinien demeure le nœud du problème, et qu’en l’absence d’une solution politique, ce conflit continuera de se manifester toutes les quelques années par une nouvelle éruption de violences. Après une dizaine de jours, on peut tirer un premier bilan de ce nouveau round de violences – alors que les pressions internationales, et américaines en premier lieu, viennent de pousser à l’instauration d’un fragile cessez-le-feu.


Sur le plan du bilan humain, après l’envoi de plus de 3 000 roquettes sur les villes israéliennes du Nord comme du Sud, on dénombre à la date du 21 mai, 12 morts civils en Israël, dont deux enfants, et des centaines de blessés. A Gaza, les bombardements israéliens auraient entraîné, selon le ministère palestinien de la santé, la mort de 230 Palestiniens, dont au moins [décompte au 19 mai] 61 enfants, et 1 442 blessés (les Israéliens affirment que 150 militants du Hamas et du Djihad islamique font partie des victimes palestiniennes).

Au-delà des décomptes macabres qui reflètent l’asymétrie des forces en présence – poussant certains à conclure que la responsabilité de ce nouveau conflit incombe toujours au plus fort –, il importe de bien comprendre les raisons de ce nouvel embrasement, afin de dégager une perspective de sortie de crise. Pourquoi un tel embrasement en ce moment ? Il y a, comme toujours au Moyen-Orient, plusieurs grilles de lecture des événements. Elles sont probablement toutes justes, mais certaines sont plus déterminantes que d’autres.

Premier niveau : il s’agit d’une réaction à des semaines de provocations effectuées par des groupes d’extrémistes juifs qui, sous la conduite du député kahaniste nouvellement élu à la Knesset, Itamar Ben Gvir, étaient venus soutenir le projet d’expulsion du quartier Cheikh Jarrah (situé à Jérusalem-Est) de treize familles palestiniennes, soit plus de 300 personnes.


Ces Palestiniens sont des descendants de réfugiés qui, ayant abandonné leurs biens situés à Jérusalem-Ouest (devenue israélienne lors de la guerre de 1948), furent en 1952 relogés par la Jordanie dans des maisons dont les propriétaires juifs avaient été expulsés en 1948 par les forces jordaniennes.

Palestine : une résolution de la France au Conseil de sécurité de l’ONU

Palestine : une résolution de la France au Conseil de sécurité de l’ONU

La France a proposé mardi à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l’ONU, bloqué depuis huit jours par les États-Unis sur une simple déclaration, d’adopter une résolution sur le conflit israélo-palestinien, ont indiqué des diplomates.

Lors d’une réunion à huis clos, «nous avons entendu la proposition faite par notre collègue français au Conseil et, pour la Chine, assurément, nous soutenons tous les efforts facilitant une fin de crise et un retour de la paix au Proche-Orient», a déclaré à quelques journalistes l’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, président en exercice en mai du Conseil.

Palestine : montée de la violence

Palestine : montée de la violence

 

Au moins 72 personnes ont été tuées à Gaza depuis l’escalade des violences lundi, selon le ministère de la Santé du territoire. Sept personnes ont été tuées en Israël, selon des sources hospitalières. Tsahal a commencé à masser des milliers de soldats à proximité de la clôture de sécurité qui sépare la bande de Gaza du territoire israélien, laissant entrevoir une intervention terrestre comme ce fut le cas en 2014 et en 2008-2009.

Les puissances mondiales ont appelé à la désescalade du conflit, le plus vif depuis celui de 2014, et Washington a prévu d’envoyer un émissaire américain en Israël. « Mon attente et mon espoir, c’est que cela se terminera assez rapidement, mais Israël a le droit de se défendre », a déclaré Joe Biden mercredi après s’être entretenu avec Benjamin Netanyahu. Le président américain n’a pas expliqué les raisons de son optimisme.

Cet espoir se heurte toutefois aux déclarations du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu qui s’accroche au pouvoir et a promis de continuer à frapper Gaza pour ébranler les capacités d’action du Hamas, qui a perdu mercredi le commandant en chef de son aile militaire, tué dans un bombardement israélien. Le mouvement palestinien, qui contrôle la bande de Gaza, demeure lui aussi dans une posture martiale, comme en témoigne les propos de son dirigeant, Ismaël Haniyeh, qui évoque une confrontation « sans limitation de temps ».

 

 




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