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Revitaliser les territoires oubliés (Jean Viard)

Revitaliser les territoires oubliés (Jean Viard)

 

Une interview du  sociologue Jean Viard pour revitaliser les territoires oubliés (hors métropoles) parue dan la Tribune ;(extraits)

 

Quel diagnostic portez-vous sur la crise des « Gilets jaunes » et qu’attendez-vous du « Grand débat national »?

JEAN VIARD - La partie de la population en révolte est essentiellement constituée du monde rural en voie de désertification, et du grand périurbain, un monde pavillonnaire, haut lieu de la réussite des Trente Glorieuses. Territoires populaires, actifs et retraités confondus. Ce grand débat devrait mettre en valeur le fait que personne n’a de projet pour ces territoires où vit la majorité de la population dans nos grands pays développés.

Sur les ronds-points se trouvent les petits-enfants et les enfants de ceux qui ont quitté la campagne après-guerre, ou sont arrivés en France dans la première moitié du siècle dernier, et qui ont voulu continuer à maîtriser leurs destins en s’installant dans le monde pavillonnaire. La révolution numérique et la pression écologique ont marginalisé leurs projets qui se retrouvent à contretemps. Ils sont en manque d’espérance, de « désir d’avenir » comme le disait Ségolène Royal lors de sa campagne à l’élection présidentielle en 2007. Les politiques publiques n’ont jamais réfléchi à un projet pour ces urbains-là, je les appelle des « extras urbains ». Et cela est vrai en France comme aux États-Unis ou en Angleterre.

Dans les grandes métropoles, la politique est incarnée par de grands élus. Là, rien. Les millions d’habitants de ces territoires ont de trop nombreux élus mais qui ne sont pas à l’échelle de la société moderne de mobilité et de communication. D’ailleurs, les « gilets jaunes » les ignorent. Pourquoi n’a-t-on jamais créé de grandes surfaces de services publics avec La Poste, les impôts, des centres culturels… comme on a créé 12 000 grandes surfaces commerciales et 50 000 ronds-points ? Pourquoi la carte démocratique n’a-t-elle pas accompagné celle du commerce ? Pourquoi avoir tué les centres des petites villes avec un trop-plein de grandes surfaces et gardé toutes ces micro-communes et ces micro-écoles dans un empilement coûteux et illisible ?

Or, la révolution écologique sera d’abord locale, liée aux situations particulières des territoires et des régions. La révolution écologique doit être girondine pour être efficace et unifier par un haut débit généralisé pour être tous sur la Toile. Produire de l’énergie, taxer l’essence, fixer le Smic, réorganiser le territoire à l’échelle des bassins de vie… sont les enjeux prioritaires devant nous. Le jacobinisme ne sait pas porter la révolution écologique. La taxe carbone l’a démontré. Il faudrait que sorte de ce débat une révolution de la pensée du territoire non métropolitain. Là est la vraie crise de notre modèle démocratique.

Je crois à la densification du périurbain, à sa réorganisation démocratique, au choix à faire, territoire par territoire, de se réorganiser autour d’une grande surface ou d’une ville moyenne. Favorisons la création de valeur en densifiant les zones pavillonnaires. Il faut sacraliser les terres arables et au lieu de leur prendre 1100 hectares par semaine, mettre en vente 1 100 hectares des zones pavillonnaires existantes en enrichissant les petits propriétaires dont le terrain est trop grand… La densification du périurbain peut en effet être une solution en ce sens.

Dans le rural profond, que certains quittent, renforçons les résidences secondaires pour créer de la richesse par le foncier. Le coût exorbitant du foncier et des loyers en France est une des causes majeures de la paupérisation des milieux populaires. Si le grand débat arrive à casser les certitudes technocratiques et le carcan communal actuel, alors il peut être utile. Et une démocratie locale rénovée et participative pourra alors remonter vers le national. Sinon, la démocratie directe nationale ne pourra qu’être antidémocratique.

Comment définiriez-vous la réciprocité des territoires ?

Nous vivons un moment d’accélération fulgurante des mutations sociales et spatiales. Le territoire non-métropolitain a un sentiment profond d’abandon, et ce partout dans le monde. Là où il y avait une relation plus égale il y a encore dix ans, les métropoles ont pris une telle avance que les autres lieux ont l’impression d’être dans l’ombre. Rien qu’en termes de PIB, les dix métropoles françaises pèsent 61 %. Si la situation est plus équilibrée en termes de consommation et de démographie, le sentiment de déséquilibre, lui, se renforce. Là est sans doute la nouvelle frontière de l’affrontement politique dans nos sociétés.

Avant, disons avant 1789, nous étions dans une société d’ordres et de paroisses, puis nous sommes passés à une société de classes sociales et de quartiers. Chaque fois, il y avait des logiques congruentes de métiers, de lieux, de liens sociaux et de convictions. Aujourd’hui, les élites sont hypermobiles et souvent birésidentes, les ouvriers, les employés sont massivement devenus propriétaires dans le périurbain, et l’ancien « quartier ouvrier » est devenu « quartier » tout court de métissage et d’arrivants, tenu par la politique dite « de la ville ». Nos systèmes politiques de structuration par classes, et imaginaires de classes et conflits de classe, se sont alors profondément défaits. Le peuple avec ses règles et ses codes est redevenu foule - comme disait Victor Hugo - une foule mobile, individualisée.

Dix ans après la crise de 2008, les élites qui y ont conduit le monde sont disqualifiées, les peuples se vengent. Et cette foule rue dans les brancards, refuse les compétences reconnues, rejette les élites et cherche des leaders qui lui ressemblent ou, en tout cas, font semblant de lui ressembler. L’incompétence peut alors devenir un atout. Je pense à l’Italie ou à Trump. Cela vient de ce que nous nous trouvons face à une immense redistribution des systèmes d’appartenance sociétaux, culturels et politiques qui est la base des phénomènes « populistes » que nous observons partout. Mais cette redistribution est accélérée par la sortie de crise qui pousse à un « puissant dégagisme » et en même temps, en dix ans, la révolution numérique et collaborative a créé de nouveaux clivages, éloigné les métropoles du reste des sociétés et concentré la richesse à l’intérieur de celles-ci. La crise de 2008 ne peut être pensée sans la création de Twitter en 2007 qui marque vraiment la numérisation du monde. Quatre milliards d’humains y sont aujourd’hui connectés ! Partout on tente de casser « le vieux monde ». Dans une société où le travail ne représente plus que 10 % de la vie (au lieu de 40 % il y a un siècle) les liens « sociaux » sont devenus minoritaires face à toutes les autres appartenances (de quartiers, d’origines, de croyances, pratiques sociétales, sportives, sexuelles…). La fin du modèle de la ville sédentaire et industrielle a mis la société en mobilité, en discontinuité, bouleversant les lieux et les liens. Des systèmes « archaïques », comme ceux reposant sur une religion, ont même parfois repris le dessus. L’islam revendique sa juste place, les diversités sexuelles ou culturelles également.

Comment, dans ce cas, faire en sorte que les territoires se parlent ?

D’abord il faut faire le diagnostic de la fin de la société précédente, celle des classes et des quartiers par classe. Après, il faut comprendre les appartenances par familles-tribus, origines, croyances et mener des politiques pour redonner du sens politique aux lieux : penser un droit à la métropole pour chacun, multiplier les communes dans les grandes métropoles. Je plaide, ainsi, pour que Le Mirail, cité au cœur de Toulouse qui compte 60. 000 habitants, devienne une commune indépendante, et ce, afin qu’elle se structure par le politique et ses élus, obtienne un commissariat de police, une caserne de pompiers…

De même, tous les étudiants devraient travailler un à deux jours par semaine. C’est dépassé d’apprendre les codes du travail à la sortie des études. Dans la vraie vie, 92 % des premiers CDI se décrochent à 28 ans et le premier bébé arrive à 30 ans. D’autant qu’entre 1968 et 2018, nous sommes passés de 600 .000 à 3 millions d’étudiants. Je plaide donc pour que ce groupe central, âgé de 16 à 26 ans, bénéficie d’un revenu universel. Cela recrée une unité – le voyage étant intégré au projet – et, surtout, cela permet aux jeunes de rentrer dans le film.

Dans un monde fini, où il n’y a plus de terrains à conquérir, et en même temps,  une société très mobile et interconnectée, une égalité des territoires est-elle possible ?

La politique a toujours été l’art de gérer les frontières. Dorénavant, elle s’occupe du temps et du futur : l’écologie, l’espérance de vie… C’est pourquoi je suis contre l’égalité des territoires, car je ne sais pas ce que cela signifie. En revanche, il faut répondre à l’égalité des attentes. La ville de Metz, où je me trouvais dernièrement, est à proximité de l’Allemagne, de la Belgique et du Luxembourg, mais n’a pas de façade maritime. Cette ville doit donc accepter de créer un lien avec le Sud, par exemple avec des vols low-cost. Il faut penser la rencontre de Haussmann, du Club Med et de la culture Jack Lang. La culture doit en effet sortir des monuments et aller dans la rue. Dans le Var, Draguignan l’avait compris en demandant aux chauffeurs de transports scolaires de travailler un soir par semaine pour emmener les gamins au théâtre, en boîte de nuit ou au stade Vélodrome. Pensons Nuit blanche, Fête de la Musique  !

Les Trente Glorieuses avaient construit un modèle de stabilité mariage-CDI-propriété. Nous sommes entrés dans une société de mobilité fondée sur la discontinuité choisie. Car plus la vie s’allonge, plus nous pouvons à tout instant changer de vie, de convictions, de lieux, d’amour ou d’emploi. Il faut initier les plus fragiles à cette mobilité tout en gardant le « sac-à-dos social » afin qu’ils conservent leurs droits et avantages acquis. En parallèle, les retraités sont devenus le cœur du lien social, car ils tiennent les associations, les solidarités familiales et les communes. Sans eux, nos sociétés se déferaient.

Il y a de moins et moins de paysans, mais toujours plus d’agriculture 2.0 et de fermes urbaines, de même que la nature est réintroduite en ville avec la végétalisation des bâtiments. Le sursaut rural va-t-il trouver son salut en ville en lui apportant de la nourriture et de l’énergie ?

L’avenir de la planète n’est pas le jardin d’Eden où un couple se dispute la pomme d’Adam. L’agriculture urbaine c’est bien, mais au maximum cela représentera, d’après les spécialistes, 3% de nos besoins. La première chose à faire est de sanctuariser les terres arables et d’arrêter de les consommer comme terre à bâtir. Il faut  les sacraliser et les rendre inconstructibles, car elles nous nourrissent et produisent de l’énergie, de l’air comme de l’eau. L’agriculture.com, que j’appelle de mes vœux, est une agriculture hypertechnologique qui est capable de préserver les équilibres de la nature.

Et entre terres arables et métropoles, se situe la France à mettre en chantier et en projet, la France dite périphérique et les banlieues, construites suite à la décolonisation et en réponse à l’industrialisation. Il faut penser « le quartier » comme passage, et le renommer, comme dans le reste du monde, « faubourg » qui a vocation à devenir un quartier de ville ou à fabriquer les urbains de demain. Et il faut trouver un modèle écologique à la France périphérique qui est le cœur de la France du travail, avec la maison Phénix et les deux voitures qui roulent au diesel. Il faut densifier et inventer le pavillon à énergie positive pour faire rouler les voitures. Les rêves populaires doivent devenir nos rêves plutôt que de les rejeter, car nous avons changé de modèle. Si vous sanctuarisez légalement les territoires agricoles, le périurbain n’aura pas d’autre choix que de se densifier.

Mon modèle est : la maison indépendante en énergie avec une éolienne sur le toit qui recharge votre véhicule électrique. Les jardins domestiques produisent déjà près de 40 % des fruits et des légumes consommés. En effet, le week-end, cet habitant cultive son potager, se déplace moins car, en plus de ses activités culturelles, sportives ou spirituelles, il reçoit chez lui. C’est ce que j’appelle « la civilisation du barbecue », la civilisation du lien social.

Vous proposez d’ailleurs de créer des offices fonciers agricoles régionaux pour assurer une retraite décente à ces populations…

Il faut créer de la valeur en dehors des métropoles. Tout propriétaire de maison individuelle devrait pouvoir construire un studio au fond de son jardin sans permis à condition qu’il accueille un étudiant ou vende la moitié de son terrain. Et pareillement nous ne pourrons protéger les terres arables qu’en créant de la valeur.

Par conséquent, séparons la question de l’avenir du paysan de celle de la terre et s’il n’y a pas de repreneurs, prenons ces terres en viagers publics. Si un champ n’a pas de paysan, que soient menées des expériences ou des expérimentations. Il existe d’ailleurs déjà des endroits où des jeunes encadrés par un tuteur s’activent sur quelques hectares. La survie de l’humanité impose de sauver la terre arable. Ce serait formidable en termes de biodiversité et de bien commun. 50% de la terre française est une terre arable. C’est indispensable pour la survie alimentaire et énergétique de notre pays.

Jean Viard, né en 1949 à Metz, est sociologue et directeur de recherches au Centre de recherche politiques de Sciences-Po Paris (CEVIPOF). Spécialiste des temps sociaux (vacances, 35 heures), de l’aménagement du territoire (agriculture) et des comportements politiques, il dirige Les Editions de l’Aube, chez lui à La Tour-d’Aigues.

Thèmes Grand débat : des enjeux majeurs oubliés !

Thèmes Grand débat : des enjeux majeurs oubliés !

 

Il est évident que les thèmes proposés dans le grand débat ont un peu été rédigés dans la précipitation ; pour preuve ; la problématique posée est souvent parcellaire voir contradictoire avec d’autres thèmes. On a surtout oublié les enjeux majeurs que constituent la croissance, l’emploi, la politique industrielle et l’Europe. Pourtant des enjeux qui conditionnent le reste. La question de la croissance est en effet le problème majeur en cette fin d’année et va occuper l’actualité en 2019 voir en 2020. Cette croissance subit actuellement un atterrissage assez brutal puisqu’on va atteindre à peine 1,5 % en 2018 pour 2,3 % espérés par les experts au début de l’année. Pour 2019, on  prévoit au mieux 1,3 % mais tout dépendra de la dynamique de la consommation des ménages actuellement relativement atone. De nombreux facteurs nuisent à cette croissance, certains sont d’ordre quantitatifs mais d’autres qualitatifs. La seconde question qui est en grande partie liée est celle de l’emploi dont la situation devrait se dégrader mécaniquement en 2019 alors que nous avons déjà près de 6 millions de chômeurs. La dégradation de la situation économique française depuis des décennies tient beaucoup à l’écroulement de notre industrie. Malheureusement depuis des années toute réflexion sur un secteur industriel est absente au motif qu’il ne faut pas parler de stratégie et encore moins de plan.  Autre thème important celui de l’Europe, cadre pourtant déterminant sur le plan institutionnel bien sûr mais aussi économique, social et même sociétal. Ces thèmes devraient précéder presque tous les autres car ce sont eux qui vont conditionner les moyens, l’évolution du volume et de la nature de la fiscalité, une grande partie des services publics et même la transition écologique (exemple évolution des normes concernant l’automobile). En fait,  le grand débat a surtout repris les thématiques développées par les gilets jaunes, des thématiques limitées en oubliant sans doute les rapports systémiques entre les grands enjeux économiques et sociaux et environnementaux.

Grand débat : les thèmes majeurs oubliés !

Grand débat : les thèmes majeurs  oubliés !

 

Il est évident que les thèmes proposés dans le grand débat ont un peu été rédigés dans la précipitation ; pour preuve ; la problématique posée est souvent parcellaire voir contradictoire avec d’autres thèmes. On a surtout oublié les enjeux majeurs que constituent la croissance, l’emploi, la politique industrielle et l’Europe. Pourtant des enjeux qui conditionnent le reste. La question de la croissance est en effet le problème majeur en cette fin d’année et va occuper l’actualité en 2019 voir en 2020. Cette croissance subit actuellement un atterrissage assez brutal puisqu’on va atteindre à peine 1,5 % en 2018 pour 2,3 % espérés par les experts au début de l’année. Pour 2019, on  prévoit au mieux 1,3 % mais tout dépendra de la dynamique de la consommation des ménages actuellement relativement atone. De nombreux facteurs nuisent à cette croissance certains sont d’ordre quantitatifs mais d’autres qualitatifs. La seconde question qui est en grande partie liée est celle de l’emploi dont la situation devrait se dégrader mécaniquement en 2019 alors que nous avons déjà près de 6 millions de chômeurs. La dégradation de la situation économique française depuis des décennies tient beaucoup à l’écroulement de notre industrie. Malheureusement depuis des années toute réflexion sur un secteur industriel est absente au motif qu’il ne faut pas parler de stratégie et encore moins de plan.  Autre thème important celui de l’Europe, cadre pourtant déterminant sur le plan institutionnel bien sûr mais aussi économique, sociale et même sociétal. Ces thèmes devraient précéder presque tous les autres cars ce sont eux qui vont conditionner les moyens, l’évolution du volume et de la nature de la fiscalité, une grande partie des services publics et même la transition écologique (exemple évolution des normes concernant l’automobile). En fait,  le grand débat a surtout repris les thématiques développées par les gilets jaunes, des thématiques limitées en oubliant sans doute les rapports systémiques entre les grands enjeux économiques et sociaux et environnementaux.

 

Grand débat : les enjeux majeurs oubliés !

Grand débat : les enjeux majeurs oubliés !

Il est évident que les thèmes proposés dans le grand débat ont un peu été rédigés dans la précipitation ; pour preuve ; la problématique posée est souvent parcellaire voir contradictoire avec d’autres thèmes. On a surtout oublié les enjeux majeurs que constituent la croissance, l’emploi, la politique industrielle et l’Europe. Pourtant des enjeux qui conditionnent le reste. La question de la croissance est en effet le problème majeur en cette fin d’année et va occuper l’actualité en 2019 voir en 2020. Cette croissance subit actuellement un atterrissage assez brutal puisqu’on va atteindre à peine 1,5 % en 2018 pour 2,3 % espérés par les experts au début de l’année. Pour 2019, on  prévoit au mieux 1,3 % mais tout dépendra de la dynamique de la consommation des ménages actuellement relativement atone. De nombreux facteurs nuisent à cette croissance certains sont d’ordre quantitatifs mais d’autres qualitatifs. La seconde question qui est en grande partie liée est celle de l’emploi dont la situation devrait se dégrader mécaniquement en 2019 alors que nous avons déjà près de 6 millions de chômeurs. La dégradation de la situation économique française depuis des décennies tient beaucoup à l’écroulement de notre industrie. Malheureusement depuis des années toute réflexion sur un secteur industriel est absente au motif qu’il ne faut pas parler de stratégie et encore moins de plan.  Autre thème important celui de l’Europe, cadre pourtant déterminant sur le plan institutionnel bien sûr mais aussi économique, sociale et même sociétal. Ces thèmes devraient précéder presque tous les autres cars ce sont eux qui vont conditionner les moyens, l’évolution du volume et de la nature de la fiscalité, une grande partie des services publics et même la transition écologique (exemple évolution des normes concernant l’automobile). En fait,  le grand débat a surtout repris les thématiques développées par les gilets jaunes, des thématiques limitées en oubliant sans doute les rapports systémiques entre les grands enjeux économiques et sociaux et environnementaux.

« Gilets jaunes » : la colère des oubliés (Arnaud Mercier)

« Gilets jaunes » : la colère des oubliés (Arnaud Mercier)

Pour Arnaud Mercier, universitaire panthéon-Assas, les gilets jaunes expriment  la désespérance sociales des oubliés  face au président de riches. (Article de la Tribune) «

« Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement composite, instable et explosif que le Président Macron et son gouvernement semblent avoir bien du mal à comprendre.

Les témoignages s’accumulent dans les médias pour montrer des gens qui disent se mobiliser dans les rues pour la première fois de leur vie, qui disent être plutôt des abstentionnistes chroniques tant ils sont dégoûtés de la politique partisane. Ils peuvent néanmoins être politisés, tout comme leurs soutiens dans les enquêtes d’opinion. Mais ils se déclarent dans des proportions diverses proches du Rassemblement national, des Républicains ou encore de la France insoumise.

On voit que le cocktail est étonnant. Que se mêlent plusieurs colères : contre les taxes et le haut prix de l’essence, contre l’impôt plus largement, contre le Président Macron et ce qu’il incarne comme politique et comme image projetée de la France (celle des grandes villes, de l’énarchie, des start-up technologiques, du libéralisme culturel, de l’ouverture sur le monde…).

Le mouvement a trouvé à s’exprimer sur les réseaux socionumériques, à travers d’innombrables groupes Facebook, parce que ces réseaux sont des contre espaces publics ou des espaces publics alternatifs, en ce sens que ceux qui s’y expriment donnent à voir aux autres membres l’existence de sentiments partagés d’invisibilité, de mépris à leur égard et d’oubli par le personnel politique comme par les médias ou les syndicats. Pour beaucoup de ces mobilisés, les habituels entrepreneurs de cause les délaissent… et réciproquement. Les racines du mal sont donc profondes, il convient ici d’en restituer la genèse.

Une pure colère

C’est d’abord une colère qui s’exprime, au sens que le philosophe allemand Peter Sloterdijk donne à ce terme dans sa théorie du « thymos », à partir d’une libre interprétation de la notion inventée par Platon. Le thymos regroupe les notions ordinaires de fierté, d’orgueil, de sentiment de dignité et d’honneur avec, donc, pour envers psychologique le ressentiment.

Peter Sloterdijk se livre à une critique des travaux de Freud, estimant réducteur le parti pris du père fondateur de la psychanalyse de faire des dynamiques de l’eros et de la libido les moteurs de l’action humaine. Selon lui, un tel prisme passe sous silence la capacité des hommes à agir pour préserver leur dignité et faire prévaloir leur honneur. Car il existe, selon lui, une « autostimulation des acteurs par l’élévation de ressources « thymotiques » comme la fierté, l’ambition, la volonté de se faire valoir, la propension à s’indigner et le sens du droit. » (Colère et temps, 2007, p.35)

Et Sloterdijk théorise l’existence de forces politiques historiques (au premier rang desquelles il place le communisme) comme « des banques de colère » qui « font avec les placements de leurs clients, des profits relevant de la politique du pouvoir » (idem, p.87). Mais selon lui, « on ne voit pas de mouvements ni de partis auxquels pourraient de nouveau revenir les fonctions d’une banque mondiale chargée de l’exploitation utopique et prophétique des impulsions thymotiques » (idem, p.282). D’où l’émergence de forces populistes et de trublions comme Donald Trump qui ne sont pas là pour canaliser le thymos, mais au contraire pour l’entretenir, verbe haut, propos provocateurs à gogo, poudre jetée sur les braises des ressentiments économiques, sociaux et culturels.

D’où, aussi, l’émergence de mobilisations sporadiques comme celles des gilets jaunes, sans leaders ni idéologie, sans organisation institutionnelle préalable, sans rattachement proclamé et consensuel à un entrepreneur de cause existant. Et si le gilet jaune est un outil de mobilisation commode (il concerne l’automobile et la loi fait obligation à tous d’en avoir un dans son véhicule) il est aussi un magnifique symbole : le jaune fluorescent a vocation à rendre visible ceux qui le portent, même dans la nuit, même dans l’oubli !

La colère des oubliés

Cette colère, c’est celle de ceux qui se vivent comme des sans-grades, des oubliés, de tout et de tous :

  • des médias, qui ne les interrogent jamais ou presque ;
  • des villes, puisqu’ils vivent dans les campagnes périphériques, chassés qu’ils ont été des centres urbains par la spéculation immobilière et la gentrification des quartiers populaires ;
  • des services publics, puisque les uns après les autres, ils ont été fermés au nom de la sacro-sainte rentabilité ;
  • des forces politiques, puisque à l’ère du marketing politique qui optimise l’effort pour toucher les électeurs les plus rentables, à quoi bon se déployer dans les petites villes périphériques semi-rurales pour toucher un électorat désabusé qui a pris l’habitude de ne plus beaucoup voter.

Voilà des gens qui pour arriver à faire mieux que survivre ont choisi d’aller vivre ailleurs, plus loin, fuyant le bruit et la fureur des grands centres urbains, les loyers chers, les cohabitations socioculturelles qui leur pesaient. Par la force des choses, les gilets jaunes se sont mis au vert.

C’est la France périphérique que le géographe Christophe Guilluy dépeint livre après livre (non sans polémique à cause d’une opposition duale jugée excessive avec les métropoles). L’économiste Laurent Davezies parle, lui, de « nouvelle fracture territoriale », décrivant la France périphérique en voie de fragilisation :

« Il s’agit, en moyenne, de petites communes (moins de 800 habitants), où la part d’immigrés est plus faible qu’ailleurs, où les femmes travaillent moins, où les habitants cultivent encore ce que j’appellerais le rêve américain : une maison individuelle en propriété, un jardin, deux voitures… Le lieu de travail y est 25 % plus éloigné du lieu de vie par rapport à la moyenne nationale, les emplois y sont peu qualifiés. Les habitants sont massivement en CDI, autrement dit, leur statut n’est pas précaire, mais les secteurs dans lesquels ils travaillent le sont. Ils sont, finalement, vulnérables (ces ménages ont de très hauts taux de dépenses contraintes : prêts immobiliers, transports, chauffage…) aux changements actuels » (Esprit, mars-avril 2013, p.25).

Voilà donc des gens qui n’ont plus d’autre choix que de prendre leur automobile pour aller travailler – les petites lignes de car ou de train ayant fermé faute, dit-on, d’une rentabilité suffisante -, pour emmener leurs enfants à l’école qui n’est plus (loin s’en faut) dans chaque ville et village, pour poster une lettre, pour aller au supermarché car les commerces de proximité ont depuis longtemps périclité.

Et voilà qu’on leur dit que les taxes sur l’essence sont justifiées car elles sont un outil de pilotage efficace pour orienter les choix des agents vers une transition écologique désirable.

Le défaut de vision du Président Macron

C’est dans cette aussi navrante qu’incroyable erreur de raisonnement qu’émerge la part de responsabilité du Président Macron dans ce mouvement. Une partie de ceux qui se mobilisent n’ont pas voté pour lui, pas même au second tour, il ne faut donc pas s’étonner s’ils le désignent comme la cible de leur colère. Mais pour d’autres, sa politique a exacerbé leurs frustrations.

Le candidat Macron apparaissait comme presque vierge en politique, il avait réussi à incarner avec crédibilité un désir des Français de dégager les anciens professionnels de la politique. Mais n’ayant jamais été élu, le Président Macron reste un bleu en politique et commet à ce titre des erreurs. Ce n’est pas l’exercice de contrition auquel il s’est livré à bord du porte-avions Charles de Gaulle qui suffira à effacer l’image négative qu’ont désormais de lui une majorité de Français.

Par son choix initial d’alléger l’ISF, il a fourni le scénario idoine pour se faire affubler l’étiquette désormais indélébile de « président des riches », rendant inaudible tout appel à l’effort fiscal des classes populaires et moyennes. Par ses petites phrases assassines sur les Français « réfractaires au changement » ou qui « n’ont qu’à traverser la rue » pour trouver du travail, il a heurté une partie de ceux qui défilent en jaune.

Parce qu’ils savent justement qu’ils font des efforts, qu’ils ne se contentent pas de traverser la rue mais qu’ils avalent des dizaines de kilomètres chaque jour pour travailler. Parce qu’il a fini par se convaincre qu’il a été élu massivement, pour un programme de réforme social-libéral, alors que « le paradoxe du macronisme » est, qu’élu en bonne partie par défaut et ce dès le premier tour, les Français qui partagent son idéologie sont ultra minoritaire dans le pays comme le montre avec maestria Luc Rouban dans son dernier livre.

Par une réponse centrée exclusivement sur le pilotage fiscal, Emmanuel Macron exaspère la colère de ceux qui prennent pour une provocation l’offre de toucher 4 000 euros de prime à la conversion pour acheter une voiture électrique, qui va donc leur coûter encore 15 à 20 000 euros, alors qu’ils se plaignent de devoir compter pour trouver 150 euros de plus par mois d’essence.

Dans l’histoire de France, une telle erreur d’appréciation ne peut que rappeler l’anecdote racontée par Jean‑Jacques Rousseau d’une princesse qui aurait recommandé aux gueux qui demandaient du pain de manger de la brioche !

Rejets fiscal et politique entremêlés

Face à la profondeur du mal, c’est un raisonnement politique que le Président Macron et son équipe doivent adopter, et non un simple raisonnement fiscal. Et ce d’autant plus qu’une telle approche est inefficace puisque le consentement à l’impôt est devenu très problématique en France.

Le directeur général de l’institut de sondage Ipsos, Brice Teinturier, fait du « rejet fiscal » un des marqueurs de ceux qu’il nomme des « PRAF » (« plus rien à foutre »… de la politique) :

 

 « 74 % des Français considèrent qu’entre les impôts et les taxes qu’ils acquittent et les aides et les moyens apportés en contrepartie par l’État (écoles, infrastructures, Sécurité sociale…) ils contribuent davantage au système qu’ils n’en sont bénéficiaires. (..) Cette évolution ne peut que nourrir le sentiment que « l’argent est mal utilisé » ou que « le service rendu n’est pas à la hauteur ». » (p.94)

Et donc aviver un rejet des gouvernants et de toute nouvelle taxation et un rejet des professionnels de la politique en général.

Peur du déclassement : entre réalité objective,
sentiment subjectif et angoisse que cela arrive

Les réactions sur Twitter d’internautes soutiens déclarés au Président Macron, qualifiant les manifestants de « beaufs », traduisent ce qui apparaît de plus en plus comme une inquiétante fracture sociale, politique et axiologique entre deux catégories de Français.

D’un côté figurent les Français qui sont les gagnants (élite mondialisée) ou les « laissés tranquilles » de la mondialisation (travailleurs des secteurs protégés par le statut ou par l’absence de concurrence directe avec les bas salaires pratiqués ailleurs).

De l’autre, ceux qui en sont les victimes directes – que l’économiste Pierre-Noël Giraud appelle les « emplois exposés » - ou qui craignent pour leur avenir, qui ont peur de déchoir et ressentent leur situation comme de plus en plus difficile à vivre. Il s’agit des classes moyennes prises dans « la spirale du déclassement » selon l’heureuse formule du sociologue Louis Chauvel).

Ce dernier tire le signal d’alarme, nous prévenant qu’on « assiste à une démocratisation des difficultés » et à « une fragilisation des classes moyennes ». Une ligne de fracture se creuse entre les fractions supérieures des classes moyennes, qui sont sans cesse plus compétitives dans une économie globalisée (bénéficiaire de la mondialisation), et d’autres catégories en voie de paupérisation, en perte de statut et de reconnaissance sociale, qui seront objectivement déclassées ou qui se sentent menacées de chuter.

Philippe Guibert et Alain Mergier parlaient, dès 2006, du « descendeur social » pour les milieux populaires, pointant que « la désagrégation de la fameuse grande classe moyenne est désormais actée. » Le sociologue Camille Peugny a documenté ce « déclassement social » : « Les trajectoires descendantes sont de plus en plus fréquentes dans la France des années 2000 », expliquait-il (Le déclassement, 2009).

Les piliers de notre société de classe moyenne se sont effrités

Les piliers de la société salariale avaient conduit à l’émergence d’une société relativement stabilisée autour d’un noyau central majoritaire de gens se vivant comme membres d’une large classe moyenne. Ils connaissent un effritement inquiétant pour le maintien du consensus social et du soutien au régime démocratique qui ne semble plus tenir ses promesses protectrices et émancipatrices. En témoignent de multiples facteurs :

  • la montée en puissance des travailleurs précaires, des travailleuses à temps partiel subi et des travailleurs pauvres, ou encore des « périphérisés » ;
  • le fait que la possession d’un travail ne soit plus un signe assuré d’intégration dans la classe moyenne ;
  • la remise en cause d’un certain nombre de protections sociales, comme la santé, puisqu’on sait que des membres des classes populaires et petites classes moyennes renoncent à des soins parce qu’ils sont trop chers où qu’ils ont été conduits à vivre dans des déserts médicaux ;
  • la raréfaction des services publics qui assuraient à la fois une proximité de service, des emplois locaux et étaient gages d’une reconnaissance de la nation à l’égard des territoires ;
  • ou encore « l’inflation scolaire » qui démonétise la valeur du diplôme, l’investissement massif des parents dans l’éducation ne conduisant plus automatiquement à la certitude d’obtenir un emploi, qui plus est stable, dans un domaine et avec un statut désirés.

Il y a perception d’une rupture de l’idéal associant méritocratie à ascension sociale. Le tout se traduisant par une inquiétude grandissante pour l’avenir, surtout quand on éprouve la sensation qu’en dépit de ses efforts on n’arrive plus à s’en sortir correctement.

Le risque d’une jacquerie électorale

Le mouvement des gilets jaunes dans sa spontanéité et l’éclectisme de ses slogans nous dit cette exaspération qui grondait. Elle s’exprime dans la rue aujourd’hui, mais ne pas traiter politiquement ses causes pourra conduire à une jacquerie électorale dans les urnes autrement plus déstabilisatrice que quelques milliers de blocages sur les routes.

Les élections européennes, jugées sans enjeu réel, ont toutes les chances de devenir un excellent défouloir contre La République en Marche selon la logique des « élections intermédiaires », théorisée par Jean‑Luc Parodi.

Il pourrait en aller de même pour les élections municipales puisque le Président Macron a pris à rebrousse poil les élus locaux, leur imposant ses choix fiscaux et budgétaires sans concertation.

La cote de popularité du Président Macron est désormais largement dans le rouge, comme le montre l’évolution de la cote mensuelle IFOP pour le JDD.

S’il ne sait trouver comme mots, à l’instar du ministre de l’Environnement François de Rugy, qu’un « en même temps » devenu un intenable oxymore : « J’entends l’expression d’une impatience. Il y a une attente très forte de résultats » et « nous poursuivrons la trajectoire prévue », celle d’une « l’écologie punitive », taxant pour obtenir des changements de comportements des automobilistes qui n’ont pas d’alternatives, alors sa cote virera au rouge carmin.

D’autant plus que la promesse initiale de son engagement était d’aller, en marchant, à la rencontre des Français pour prendre leur avis, qu’il incarnait a priori une écoute bienveillante. Le sentiment de trahison de l’horizon d’attente qu’il avait su créer à son profit est déjà bien ancré chez nombre de Français. Il risque de s’exacerber encore sans réponse politique et concrète pour les territoires et pour les menacés par la mondialisation et la peur du déclassement.

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Par Arnaud Mercier, Professeur en Information-Communication à l’Institut Français de presse, Université Paris 2 Panthéon-Assas

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

 

L’Europe et le financement, les oubliés du débat télévisé

L’Europe et le financement, les  oubliés du débat télévisé

 

A l’issue du débat télévisé regroupant les cinq grands candidats à l’élection principale, la plupart des observateurs se félicitaient de la tenue de cet événement ;  il faut dire que cette évaluation est surtout le fait  de politologues dont la plupart n’entretiennent  que des relations approximatives avec l’économie. Avec un peu de retard, des observateurs un peu plus sérieux admettent qu’en fait le débat a évité de questions pourtant fondamentale à savoir : la question européenne et la question du financement des mesures annoncées. L’Europe  n’a souvent été abordée que de façon négative, comme une sorte de repoussoir, de cause de tous nos maux. Bien peu ont osé vraiment prendre la défense de l’Europe, de son intérêt, de ses enjeux et de ses évolutions nécessaires ;  non pas pour de moins en moins d’Europe mais au contraire pour davantage d’Europe, pour mieux Europe. La plupart ont montré des attitudes pour le moins méfiante et suspecte vis-à-vis de l’union européenne. Difficile pourtant d’évoquer la pertinence de la compétitivité et de la fiscalité sans prendre en compte le cadre privilégié de nos échanges à savoir le cadre européen. Même la question de la sortie de l’euro a été mise sous le tapis. Il a fallu que Fillon provoque Le Pen pour que cette question du souverainisme monétaire soit abordée par l’intéressée. C’est pourtant un des projets phares du Front National ;  mais sans doute préoccupée par les sondages des Français qui veulent conserver l’euro dans une proportion de 70 % des électeurs, marine Le Pen a failli faire l’impasse sur l’axe de majeur de sa campagne. Seconde question liée à la précédente : celle du financement des politiques avancées par les uns et les autres. Une problématique celle-là complètement absente. Si l’on devait additionner le coût de toutes les promesses faites au cours du débat, on aboutirait à une somme de leurs deux 200 milliards, le déficit budgétaire exploserait pour passer des 3 % théoriques à 12%,  les taux d’emprunt s’envoleraient et annuleraient immédiatement l’augmentation des revenus  avancée par les candidats.  Finalement un bon débat en France est sans doute un débat sans chiffrage économique. Pas étonnant,  les Français en matière de connaissances financières et économiques se situent en 19e position,  c’est-à-dire la dernière parmi les pays européens enquêtés.

 




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