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Opérations extérieures: «Afghanistan, Mali: fin d’un paradigme ?»

Opérations extérieures: «Afghanistan, Mali: fin d’un paradigme ?»

Pour  Frédéric Charillon , ’heure est venue pour les puissances occidentales de repenser leur action extérieure  ( papier de l’OPINION, extrait)

 

 

La double annonce d’un retrait américain d’Afghanistan et d’une suspension par la France de sa coopération militaire avec le Mali, témoigne d’une page qui se tourne. Pendant la Guerre froide, l’intervention militaire était pratiquée par les superpuissances au sein de leurs sphères d’influence respectives. Les tentatives pour en sortir étaient difficiles (Afghanistan, Vietnam). La France avait ses interventions africaines dans son ancien « pré carré », avec la bénédiction américaine. La Grande-Bretagne restait active (à Aden, dans la région du Dhofar ou en Malaisie dans les années 1960).

Puis la disparition de l’Union soviétique laissa les Etats-Unis seuls en piste pour gérer les affaires du monde, et fut suivie d’une globalisation géographique des interventions occidentales  : Koweït, Balkans, Irak, Libye, Syrie… L’ambition d’une paix hégémonique assurée par Washington au nom de la stabilité internationale autorisait l’action militaire, supposait la reconstruction d’Etats, imposait le maintien d’une présence militaire sur place. C’est ce schéma qui arrive à son terme désormais.

Il impliquait de rebâtir des sociétés, mais les adversaires de cette reconstruction sont en passe de gagner la partie : en Afghanistan comme au Mali, ceux dont la réduction justifiait l’intervention militaire sont aux portes du pouvoir. Plus profondément, la logique expéditionnaire a montré ses limites dans un XXIe siècle où les paramètres sont trop nombreux, et les moyens, insuffisants. L’heure est venue pour les puissances occidentales de repenser leur action extérieure et de substituer de nouveaux instruments d’influence à la vieille logique de puissance.

La guerre du Koweït (1991) avait pour but de restaurer la souveraineté d’un Etat et le droit international. Mais les interventions balkaniques des années 1990 visaient un changement de régime à Belgrade, la mise en place de nouvelles cartes (avec en 1993 le plan Vance-Owen de répartition des populations en Bosnie en dix régions), la création de nouveaux Etats (au Kosovo en 1999). L’intervention afghane de 2001, lancée pour chasser les talibans du pouvoir, promit ensuite un Afghanistan démocratique, où les droits humains se rapprocheraient des normes occidentales. En 2011, la volonté de sauver les habitants de la ville de Benghazi se transforma en destitution et mort de Kadhafi : au plus fort des printemps arabes, le rêve de transformer d’anciennes dictatures en sociétés ouvertes n’avait pas quitté les esprits. Ce même esprit qui conduisit la France à souhaiter des frappes sur le régime syrien en 2013. L’échec néoconservateur, en 2003, à transformer l’Irak puis le Moyen-Orient en un nouvel eldorado libéral, prospère et pro-occidental, avait pourtant été patent.

On ne remodèle pas une société contre son gré, par la seule grâce de la force. De Gaulle en avait averti Washington à propos du Vietnam, depuis Phnom Penh en 1966 : « S’il est invraisemblable que l’appareil guerrier américain puisse jamais être anéanti sur place, d’autre part, il n’y a aucune chance pour que les peuples de l’Asie se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions, et quelle que soit la puissance de ses armes. » Tout était dit.

« Les puissances opposées à ces déploiements occidentaux (Chine, Russie, Turquie) ont fait leur grand retour, galvanisées par l’échec libyen »

Cette hypothèse s’impose d’autant plus aujourd’hui que les moyens alignés s’amenuisent, et que le terrain est de plus en plus complexe. Les Etats-Unis ont déployé jusqu’à 536 000 hommes au Vietnam (en 1968), autant dans le Golfe en 1991 (dans une coalition de 940 000 soldats), un maximum de 100 000 en Afghanistan (il en restait 2 500 en 2021), et de 166 000 en Irak (en 2007), ramenés à 128 000 en 2009 et 2 500 en 2021. La France projettera rarement plus de 5 000 hommes dans les années 2000 (5 000 en Côte d’Ivoire en 2005 ; 4 500 dans l’opération Serval au Mali après 2013 ; 5 100 pour Barkhane aujourd’hui). Si l’on en croit (ce qui n’est pas obligatoire…) l’adage stratégique qui veut qu’une opération de contre-insurrection ou de contrôle du terrain exige un déploiement de soldats équivalent à 4 % de la population locale, nous sommes loin du compte. Le double danger, pour les troupes ainsi projetées, est résumé par les titres de deux ouvrages de François Cailleteau : celui de Guerres inutiles (2011), et celui de Décider et perdre la guerre (2021).

Les obstacles s’accumulent. Arrivée en sauveur, la puissance extérieure prend vite les traits d’un occupant dont on réclame le départ, exigence martelée et orchestrée sur les réseaux sociaux. Les puissances opposées à ces déploiements occidentaux (Chine, Russie, Turquie) ont fait leur grand retour, galvanisées par l’échec libyen, contrecarrant les initiatives lointaines, et interdisant qu’on en imagine d’autres dans leur sphère d’influence à nouveau revendiquée (Europe orientale, Asie…). Fin de la politique de la canonnière.

CNews et opérations africaines de Bolloré (Le monde)

CNews et opérations africaines de Bolloré (Le monde)

Au Togo, Vincent Bolloré prospère en finançant le maintien au pouvoir du satrape local, héritier de la présence coloniale française. A Paris, il entretient une chaîne de télévision engagée dans une guerre idéologique contre ceux qui s’intéressent au « postcolonial », explique, dans sa chronique, Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ».

 « Oui Mme la présidente. » Quatre mots prononcés par Vincent Bolloré, vendredi 26 février, ont suffi pour que le piège se referme. Le magnat de la logistique et de la communication venait de reconnaître sa culpabilité devant le tribunal judiciaire de Paris.

Oui, il savait qu’Euro RSCG (aujourd’hui Havas), une des pépites de son groupe, avait aidé l’indéboulonnable président du Togo, Faure Gnassingbé, à se faire réélire en 2010. Oui, 300 000 euros de prestations de « communication » ont été offerts à ce potentat africain, l’une des figures les plus caricaturales de la « Françafrique », par une autre société du groupe Bolloré afin d’obtenir l’attribution d’une concession de trente-cinq ans du port de Lomé. Oui, quelques mois après la présidentielle, le même Bolloré a fourni un emploi fictif à 8 500 euros mensuels à Patrick Bolouvi, demi-frère du président togolais.

 

Mais ces aveux, qui devaient éviter un procès retentissant grâce à la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), le « plaider coupable » à la française, se sont retournés contre le milliardaire. Contre toute attente, Isabelle Prévost-Desprez, ancienne juge d’instruction spécialisée dans les affaires politico-financières qui présidait l’audience, n’a pas « homologué » les peines requises par le parquet, 375 000 euros d’amende. 

A la consternation de Vincent Bolloré et des dirigeants d’Havas présents à l’audience, la juge a estimé que les faits reprochés avaient « gravement porté atteinte à l’ordre public économique » et « porté atteinte à la souveraineté du Togo ». Ironie supplémentaire, une amende de 12 millions d’euros a été infligée en parallèle à la société Bolloré SE au titre de personne morale.

 

Surtout, le procès correctionnel redouté par l’homme d’affaires devrait avoir lieu et étaler publiquement la façon dont un groupe français assoit ses positions en Afrique en « faisant » des chefs d’Etat. Des représentants de la société civile togolaise espèrent pouvoir s’y exprimer. « On nous dit que nous sommes des pays pauvres alors que nous avons des potentialités qui pourraient permettre aux populations de vivre heureuses, estime David Dosseh, président du collectif Togo deboutBeaucoup d’argent malheureusement disparaît dans la corruption. » 

 » Des opérations » de reconquête républicaine » (Marlène Schiappa)

 » Des opérations » de reconquête républicaine » (Marlène Schiappa)

 

 

Une timidité très surprenante de la part de Marlène Schiappa d’habitude très prolixe dans les médias pour parler de tout et de rien. Pourtant deux événements dramatiques qui bafouent les principes républicains viennent de se produire avec d’une part cette policière écrasée par un délinquant et ce chauffeur de bus à Bayonne assassiné pour avoir voulu notamment faire respecter la loi. On ce demande à quoi correspond ce titre un peu flambant de déléguée chargée de la citoyenneté. En effet, les deux événements déjà cités révèlent le piétinement des valeurs qui font la citoyenneté. La ministre aurait pu s’appuyer sur ces deux drames prendre des initiatives qui sont dans le champ d’action de son ministère. Au lieu de cela, elle se livre à du bavardage dans le JDD et qui en matière d’action se réduisent comme à des « opérations de reconquête des territoires ». En fait quelques opérations de communication quand il faudrait une politique courageuse de reconquête globale de tous les territoires perdus. Elle indique d’ailleurs, qu’elle se contentera de mettre en application les décisions gouvernementales, sans porter de nouvelles loi ou mesure. À commencer par le plan de lutte contre le communautarisme et les séparatismes annoncé en février par Emmanuel Macron entre parenthèses et pour l’instant complètement enterré ). Une interview d’une platitude confondante surtout au regard des enjeux.

En quoi consiste votre poste? 
Je pilote tout ce qui touche à la citoyenneté au sens des politiques d’intégration, de cohésion ; je défends les valeurs de la République, notamment la laïcité, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Celui-ci m’a demandé de prendre en charge l’engagement des forces de l’ordre dans la protection des femmes face aux violences. Et en tant que ministre déléguée, je le seconde Place Beauvau.

Quelle est votre vision de la laïcité? 
J’ai publié en 2017 Laïcité, point ! Trop souvent, on accole un adjectif : il y aurait une laïcité ouverte, une autre stricte… Retrouvons l’esprit de la loi de 1905. Liberté de conscience fondamentale, de croire ou ne pas croire, et les lois de la République au-dessus de toute autre. Il faut le marteler sans quoi le communautarisme et le séparatisme prospèrent.

C’est le premier des ministères sociaux! 

Un rapport sénatorial a alerté cette semaine sur l’urgence à agir contre l’islam radical. Partagez-vous ce constat?
Nous sommes dans une situation d’urgence face à ce que [le politologue] Jérôme Fourquet appelle « le puzzle français ». La République fait face à des attaques contre son unité. Je ne veux pas d’un pays composé de simili-communautés ne se parlant plus : il n’existe que la communauté nationale, indivisible. Au ministère de l’Intérieur, 290.000 femmes et hommes défendent tous les jours ces valeurs et protègent les plus faibles. Comme le dit [le ministre de l'Intérieur] Gérald Darmanin, c’est le premier des ministères sociaux!

Le calendrier du plan de lutte contre le communautarisme présenté mercredi

Emmanuel Macron a annoncé en février un plan contre le communautarisme et les séparatismes. Où en est-on?
Le calendrier sera précisé par le Premier ministre lors de son discours de politique générale [mercredi].

Que proposez-vous pour lutter contre ces phénomènes?
D’abord, l’affirmation du principe de laïcité lors des parcours de naturalisation – je souhaite mettre en lumière ces cérémonies, moments solennels, émouvants pour ceux qui deviennent citoyens français! Ensuite, des opérations de reconquête républicaine de terrain comme lorsque Gérald Darmanin et moi allons, de nuit, Porte de la Chapelle à Paris, aux côtés des forces de l’ordre. Sans prévenir, parce que la République est chez elle partout.

Si la maison de votre voisin s’effondre, vous l’accueillez. Mais s’il se met à tabasser votre sœur, vous le virez!

Faut-il prendre de nouvelles mesures?
Nous sommes dans la deuxième partie du quinquennat, je vais m’attacher à mettre les lois et décisions du Gouvernement en application, par exemple en matière d’asile et d’immigration.

La politique migratoire macroniste, c’est aussi revendiquer la fermeté dans les expulsions. Etes-vous à l’aise avec cette idée? 
C’est deux piliers : humanité et fermeté. L’an dernier, j’ai obtenu que soit actée l’expulsion des étrangers coupables de violences sexuelles et sexistes. C’est du bon sens : si la maison de votre voisin s’effondre, vous l’accueillez. Mais s’il se met à tabasser votre sœur, vous le virez!

 

Vous êtes une fidèle de Macron. Etes-vous là pour surveiller Gérald Darmanin, venu de la droite ?
Pas du tout. Bon courage à celui qui voudrait surveiller ce ministre en perpétuelle action! Le Président a choisi un ministre de l’Intérieur en qui il a confiance, point. Ceux qui relaient d’autres rumeurs se trompent.

Faut-il des secrétaires d’Etat à l’Intérieur?
Cette décision appartient au Président, au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur. Grand professionnel unanimement reconnu, il est légitime et efficace que Laurent Nuñez soit reconduit.

 

 

Trump et Kim Jong-un : des opérations de communication (Marie-Cécile Naves)

Trump et Kim Jong-un :   des opérations de communication (Marie-Cécile Naves)

Pour Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis, l’annulation du sommet constitue  une « opération de communication de part et d’autre »,  Interview France info

 

Franceinfo : Doit-on parler de coup de théâtre ou d’un scénario prévisible ?

Marie-Cécile Naves : On commençait à s’en douter ces derniers jours, ça sentait le roussi, en particulier parce que le ton était monté entre certains responsables nord-coréens et la Maison Blanche, notamment après que le vice-président américain Mike Pence avait prédit un destin « à la Kadhafi» pour le dirigeant nord-coréen. En retour, Mike Pence a été qualifié d’« ignorant » et de « stupide » par la diplomatie nord-coréenne.

 

Comment est-on passé, en quelques semaines, d’une quasi-réconciliation, de la promesse d’une rencontre, à cette rhétorique beaucoup plus belliqueuse ?

 

C’est une opération de communication de part et d’autre. Du côté nord-coréen, il y a le désir d’être enfin reconnu sur la scène internationale. Et du côté de Donald Trump, on est beaucoup dans une communication incantatoire, vouloir montrer que l’on peut dominer les dictateurs, imposer sa vision unilatérale au monde. Peut-être que Donald Trump a fait une erreur au départ en acceptant ce sommet sans négocier un minimum au début. Il pensait qu’il pouvait appliquer sa stratégie de l’art du « deal » à la diplomatie. Ça a marché pour l’Iran, il est un peu galvanisé par la situation au Moyen-Orient, il s’est aussi un peu laissé emporter par le président sud-coréen Moon qui lui avait parlé de prix Nobel. C’est aussi l’échec du président Moon ce soir.

 

Donald Trump manie quand même encore l’incertitude… Dans son courrier au leader nord-coréen, il laisse une porte ouverte à une éventuelle rencontre plus tard tout en disant : « Attention, notre puissance nucléaire est plus forte ». C’est à la fois l’invitation et la menace ?

 

Oui, il souffle le chaud et le froid. Il parle de l’hostilité, de la confiance rompue, on revient à des termes que l’on avait connus avant la décision de tenir ce sommet. Ce qu’il se passe aussi dans l’entourage de Trump, c’est la nomination d’un nouveau secrétaire d’État, Mike Pompeo, qui est beaucoup plus dur que le précédent. Rex Tillerson [l'ex secrétaire d'État américain] avait beaucoup œuvré au rapprochement avec la Corée du Nord. Et puis surtout, il y a le conseiller à la sécurité intérieure, John Bolton, qui est un idéologue jusqu’au-boutiste sur la question des relations internationales. On a l’impression d’avoir vraiment perdu plusieurs mois.




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