Archive pour le Tag 'numérique'

Numérique : une stratégie à définir pour le logiciel libre

 Numérique : une stratégie à définir pour le logiciel libre

 

Tribune dans le Monde de:

 

 

Roberto Di Cosmo,Directeur de Software Heritage, professeur d’informatique à l’Inria et à l’université de Paris

Stefane Fermigier,Entrepreneur du logiciel libre et co-président du Conseil national du logiciel libre/CNLL

Cedric Thomas Economiste et directeur général de l’organisation Open source OW2.

 

 

Tribune.

 

Le 1er janvier 2022, pendant que la campagne électorale des présidentielles battra son plein, la France prendra la présidence tournante de l’Union européenne (UE) pour six mois, et aura à cœur de catalyser la collaboration entre les Etats membres. Il sera alors attendu de chaque ministre un programme ambitieux.

Pour aller dans le sens de l’histoire, la France devra promouvoir la collaboration entre Etats dans le domaine du numérique et se hisser à la hauteur des enjeux en plaçant les valeurs d’ouverture, de transparence, d’inclusivité et d’autonomie du logiciel libre au cœur de sa stratégie numérique.

Pour cela, nous appelons dès aujourd’hui à la création au sein de l’Etat d’une « mission logiciel libre » dépendant du premier ministre, avec les moyens nécessaires et la volonté de travailler avec les acteurs de l’écosystème du logiciel libre, ses communautés et ses entreprises. Nous rejoignons en cela une des recommandations fortes du rapport du député Eric Bothorel sur « la politique publique de la donnée, des algorithmes et des codes sources », remis au premier ministre le 23 décembre 2020.

L’ouverture comme moteur d’innovation

Le logiciel libre (aussi appelé logiciel open source, c’est-à-dire couvert par des licences qui garantissent le droit de l’utiliser, de l’étudier, de le modifier et de le redistribuer librement) et l’ouverture des données sont deux enjeux majeurs du numérique moderne dont les administrations publiques prennent de plus en plus conscience.

En novembre 2020, la Commission européenne a rendu publique sa stratégie pour le logiciel libre. Celle-ci met clairement l’accent sur l’ouverture comme moteur d’innovation, d’autonomie numérique et de respect des citoyens et des utilisateurs. La Commission constate que l’open source permet à des organisations entières de facilement « se connecter de manière transparente au-delà des silos organisationnels et des frontières » pour améliorer l’efficacité de leurs processus.

Pour la Commission, les effets du paradigme d’ouverture de l’open source vont au-delà du logiciel, au point de « définir une vision pour encourager et exploiter le pouvoir de transformation, d’innovation et de collaboration de l’open source, ses principes et ses pratiques de développement ».

Intérêt du logiciel libre pour les administrations publiques

Plus récemment, en décembre 2020, le Conseil européen appelait dans sa Déclaration de Berlin à « promouvoir le développement, le partage et la réutilisation des normes, solutions et spécifications open source par-delà les frontières ». Enfin, la nomination par le président américain Joe Biden de David Recordon, un spécialiste de l’open source, au poste de directeur de la technologie de la Maison Blanche est un autre signe de l’intérêt que représente le logiciel libre pour les administrations publiques.

 

Numérique : inquiétude par rapport à son empreinte carbone

Numérique : inquiétude par rapport à son empreinte carbone

 

La journaliste de l’opinion Muriel Motte considère qu’il convient de s’inquiéter de l’empreinte carbone du numérique

 

Le président du gendarme des télécoms s’alarme du poids croissant des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Le Sénat formule 25 propositions après six mois d’étude sur l’empreinte environnementale du numérique

Dans un rapport publié mercredi, le Sénat prévient que si rien n’est fait, le digital pourrait représenter 7 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) en France en 2040, contre 2 % actuellement. Cette perspective n’émeut pas seulement les auteurs de cette étude inédite. « Ce qui est inquiétant, c’est la croissance de l’empreinte carbone du numérique ​», a admis jeudi Sébastien Soriano, le patron de l’Arcep, qui commentait son rapport annuel sur l’état d’Internet en France.

Le gendarme des télécoms a lui-même publié une note sur ce sujet environnemental en octobre dernier. A l’échelle mondiale, le numérique compte déjà pour près de 4 % des émissions de GES, soit une empreinte équivalente à celle du transport aérien. La source majeure de cette pollution est le fait de la consommation électrique des réseaux. Outre les émissions de gaz, la production de smartphones et autres terminaux génère une forte consommation en ressources, terres rares et eau notamment.

Explosion des usages, compétition entre équipementiers pour draguer le consommateur ​: tout concourt à faire flamber la facture écologique. Et quand l’environnement sanitaire complète le tableau, le fardeau s’alourdit encore. Le basculement dans la « ​e-société ​» (télétravail, e-learning, streaming, jeux en ligne…) provoqué par le confinement a fait grimper le trafic numérique de 30 % en France, précise l’Arcep. Les réseaux ont globalement tenu le coup, mais les usagers ont pu découvrir toutes les ressources de leur smartphone.

Multiplication des usages. Là est le paradoxe ​: « ​Une évolution technologique qui s’avère permettre une réduction des émissions de GES à usages constants est susceptible de produire en fait un accroissement global des émissions en raison de la multiplication des usages qu’elle permet ​», souligne l’Autorité de régulation. En rappelant au passage que l’énergie monopolisée par le numérique est principalement utilisée par les consommateurs (20 %), la production et l’utilisation des data centers (19 %) et des réseaux (16 %).

Le rapport du Sénat formule une série de propositions, dont l’interdiction des forfaits mobiles illimités, du lancement automatique des vidéos ou du scroll infini, afin d’économiser l’énergie consommée…

Alors, que faire pour limiter l’empreinte du numérique ​? Le rapport du Sénat formule une série de propositions allant dans le sens de la sobriété et de l’économie circulaire ​: lutte contre l’obsolescence programmée des appareils et des logiciels, TVA réduite à 5,5 % sur la réparation des smartphones et l’achat de terminaux remis à neuf, taxe carbone aux frontières européennes pour décourager le renouvellement de terminaux neufs importés, interdiction des forfaits mobiles illimités et de certaines pratiques comme le lancement automatique des vidéos ou le scroll infini, afin d’économiser l’énergie consommée…

« ​Il faut promouvoir l’écoconception de manière à ce que le système fonctionne avec l’empreinte la plus basse possible, estime pour sa part Sébastien Soriano. L’Arcep rêve d’élaborer un « ​baromètre vert du numérique ​», permettant d’informer clairement l’utilisateur final. En revanche « ​sous l’angle environnemental, il n’y a aucune rationalité à repousser le lancement de la 5G, au contraire ​», a-t-il précisé, soulignant que la nouvelle norme va se déployer progressivement ce qui laissera le temps de « ​l’apprentissage ​» pour consommer une 5G plus écologique. Les enchères pour l’attribution des fréquences de la dernière génération mobile ont été reportées au mois de septembre, en vue d’un déploiement à partir de la fin 2020. Les opposants les plus modérés n’en démordent pas : la 5G va nous obliger à renouveler prématurément nos smartphones, et nous inciter à solliciter davantage le réseau mobile.

« Pour une sobriété numérique »

  »Pour une sobriété numérique »

Gilles Ferreboeuf, chef de projet numérique au Shift Project estime dans la tribune que si

le numérique est souvent présenté comme une solution pour la transition écologique, le compte n’y est pas encore : son impact carbone augmenterait de 9% par an. D’où la nécessité, d’une « sobriété numérique (interview la tribune)

LA TRIBUNE – Comment définir la sobriété numérique ? Est-ce simplement limiter nos usages ou est-ce une toute nouvelle philosophie de notre rapport au numérique ?

HUGUES FERREBOEUF - L’un ne va pas sans l’autre. La sobriété numérique, c’est faire évoluer nos habitudes pour consommer le numérique différemment, de manière plus responsable et raisonnable. La vidéo en 4K ou en 8K sur Netflix est-elle vraiment nécessaire ? Ai-je vraiment besoin de changer de smartphone tous les deux ans . (suite dans la tribune.

Sans parler évidemment des matières premières rares et de l’obsolescence programmée par les producteurs d’ordinateurs et de Smartphones qui exigent des capacités de plus en plus grande avec la complexification des logiciels. Les matériels informatiques deviennent vite obsolètes du fait des nouveaux programmes informatiques et les matériels augmentant leur puissance permettent l’accès à des programmes encore plus gourmands. Une sorte de course à la grandeur et à la technologie qui contraint de changer de matériel tous les deux à trois ans ou presque.

Education : « numérique : option d’avenir en Afrique » ?

Education : « numérique : option d’avenir en Afrique » ?

Pour Fabien Pagès, de l’association Res Publica, ces nouveaux moyens d’apprentissage représentent « le seul moyen de transmission de masse de contenus pédagogiques ».

 Pour les pays très pauvres et les populations éloignées, ce peut-être un outil intéressant. Par contre pour d’autres pays le numérique n’est pas plus souhaitable en Afrique qu’en France. À cet égard  le niveau scolaire de nombre de pays d’Afrique en primaire tout au moins est largement égal à celui de la France. Pour information, personnellement j’avais en tutelle une petite africaine pas spécialement douée qui une fois arrivée en France aurait dû à mon avis perdre une classe. Au lieu de cela, après évaluation, elle a gagné un niveau. Faut-il préciser que dans ces classes africaines il y a souvent au moins 60 élèves et que les programmes et la pédagogie des années 50 de la France y sont pour quelque chose. (Gaston Bessay)

 

Tribune.

 

 L’éducation et le numérique : un mariage gagnant. La crise du Covid-19 et le principe du confinement qui l’a accompagnée ont fortement perturbé les systèmes éducatifs dans tous les pays du monde. Le Burkina Faso n’a pas échappé à cette règle. Dès le mois de mars, en application du principe de précaution, tous les établissements scolaires ont été fermés, à l’exception des classes à examens (CM2, 3e et terminale). La déscolarisation des élèves durant quatre mois a entraîné une déperdition importante dans l’acquisition de connaissances.

Face à cette situation inédite, les plateformes numériques ont constitué un support utile, si ce n’est un secours bienvenu. Ce fut le cas tant pour les parents, devenus « enseignants à la maison », que pour le corps enseignant, soucieux de maintenir et de poursuivre les apprentissages dans une « école à distance » en construction… Au Burkina Faso, la plateforme pédagogique de l’éducation nationale, www.fasoeducation.net, a mis à disposition de nombreux contenus et supports pour les enseignants, élèves et parents, de la petite section de maternelle à la terminale. Une éducation de qualité pour un public toujours plus nombreux.

Si les outils numériques ont apporté une réponse immédiate – et parfois imparfaite – à une situation inédite, la réflexion sur leur utilisation doit désormais s’inscrire dans une approche plus large et structurée, notamment en Afrique. En effet, ces nouveaux moyens d’apprentissage peuvent apporter des réponses aux difficultés structurelles que connaissent de nombreux pays qui doivent combiner qualité de l’enseignement et évolution démographique. Aujourd’hui au Burkina Faso, il est fréquent de visiter des classes du secteur primaire et secondaire comptant jusqu’à 170 élèves. Au regard des projections démographiques, cette situation va perdurer. Le taux de fécondité est certes en baisse chaque année, mais reste d’un peu moins de 5 enfants par femme, alors qu’aujourd’hui déjà 44 % de la population a moins de 15 ans.

En somme, les besoins en infrastructures scolaires, enseignants et établissements sont et resteront considérables et, pour certains pays, impossibles à satisfaire dans le schéma éducatif actuel. Il est donc nécessaire de développer des solutions nouvelles pour sauvegarder l’éducation, ce pilier du développement, ce ciment de la construction d’un pays. Réduire le nombre d’élèves par classe, comme le fait l’association Res Publica dans sa zone d’intervention, où les classes comptent en moyenne 70 élèves, est une première approche. Elle doit s’accompagner d’un effort substantiel pour le déploiement de plateformes numériques. Partie intégrante de la « boîte à outils » éducative, celles-ci représentent à ce jour le seul moyen de transmission de masse et en tout lieu de contenus pédagogiques.

Au-delà de l’apport des plateformes numériques dans l’offre de formation des enseignants et des élèves, la question de la couverture géographique constitue à bien des égards un point déterminant à prendre en considération. C’est le cas dans le nord du pays, où le climat sécuritaire a entraîné depuis 2016 la fermeture de 2 500 établissements scolaires, privant 350 000 élèves d’accès à la scolarité. Mais c’est aussi le cas ailleurs, dans l’ensemble du Burkina Faso. Dans ce pays où l’activité économique est portée à plus de 80 % par l’agriculture, la grande majorité de la population vit en milieu rural, où les foyers sont rarement équipés de matériel informatique, de connexion de qualité, voire de réseau. Selon les chiffres de Burkina NTIC, seuls 21 % des habitants ont accès à Internet, quasi exclusivement dans les zones urbaines.

Dans ce contexte, difficile de parler d’égalité des chances. Opérateurs téléphoniques, fournisseurs d’accès à Internet, services de l’Etat et ONG ont tous la possibilité et la responsabilité de participer à l’évolution du système éducatif pour le rendre plus égalitaire et donc plus juste, avec l’ambition de former le mieux possible les citoyens de demain. Déploiement des réseaux numériques, baisse du coût des forfaits téléphoniques pour la consultation d’Internet via smartphone (97 % de l’accès actuel), création de médiathèques connectées en zones rurales sont autant d’options que tous les acteurs peuvent mettre en œuvre pour promouvoir et améliorer l’accès aux apprentissages.

Le numérique est une option d’avenir, à condition toutefois d’être partagé par tous et partout. Il peut répondre à la problématique des personnes déplacées et être un instrument pour offrir un enseignement de qualité à une population en croissance rapide.

Les géants chinois du numérique mis au pas par le parti communiste

Les géants chinois du numérique mis au pas par le parti communiste

 

Le parti communiste continue de reprendre la main sur l’économie chinoise et ses entreprises. L’action la plus symbolique a concerné le groupe qui détient Alibaba, elle a empêché deux jours avant son lancement Alibaba d’être côté en bourse à Shanghai.

La filiale de services financiers d’Alibaba devait lever plus de 34 milliards de dollars lors de son introduction sur les places de Shanghai, mais aussi de Hong-Kong.. Ant Group « risque d’échouer à respecter les conditions d’émission et d’enregistrement ou les exigences (des régulateurs) en matière d’information », avait précisé la Bourse de Shanghai dans un communiqué. Cette annonce était intervenue au lendemain d’une réunion inhabituelle entre le milliardaire chinois Jack Ma, fondateur d’Alibaba et principal actionnaire d’Ant Groupe, ainsi que d’autres dirigeants du groupe, avec les autorités de régulation financière.

La crainte du parti communiste est que les grands groupes technologiques deviennent trop puissants et influencent la politique économique chinoise. Une succession de projets de loi ainsi que le lancement accéléré du yuan virtuel qui remet en cause la suprématie d’Alipay et de Tencent sur le marché des paiements en ligne sont autant de signes que la tolérance de Pékin a atteint sa limite.

Pour une désintoxication numérique à l’école

Pour une désintoxication numérique à l’école

 

Si elle fut un recours pour les enseignants lors du confinement, la tablette numérique est « une trappe à inapprentissage » pour des collégiens déjà saturés d’écrans, estime, dans une tribune au « Monde », l’économiste Jean-Pascal Gayant.

Tribune

 

Depuis plusieurs années, des présidents de conseil départementaux s’achètent une image de modernité et une bonne conscience éducative en dotant les collégiens de tablettes numériques. Dans les cénacles des collectivités territoriales, comme dans les couloirs du ministère de l’éducation, il serait incongru de remettre en cause le bien-fondé de cette option éducative : les tablettes sont un outil ludique qui ne peut – c’est une évidence – qu’accroître l’efficacité des apprentissages.

Dans le même temps, la France s’effondre dans les classements internationaux de compétences en mathématiques à l’entrée et pendant les années collèges. A priori, il n’y a aucun lien entre ces deux faits : les cohortes de collégiens dotés des outils numériques ont fait leur entrée dans le système éducatif avant les réformes Blanquer-Macron, et il est trop tôt pour juger à la fois de l’introduction des outils numériques et de l’efficacité des réformes.

Une intuition confortée

En revanche, les praticiens de l’enseignement ont désormais un certain recul pour évaluer les conséquences du recours aux outils numériques pour les apprentissages. Depuis plus de vingt ans maintenant, il est possible d’utiliser le logiciel PowerPoint (ou d’autres logiciels faisant apparaître des « slides » sur un écran) comme support des enseignements.

Pour ceux qui ont expérimenté la pédagogie avant et après cette évolution, les enseignements à tirer sont très nuancés : certes la vidéo-projection est un outil formidable pour illustrer certains savoirs (à l’aide de cartes, de photographies, de dessins ou tableaux, de films ou même de musiques), mais elle n’est que d’un piètre secours pour l’enseignement des mathématiques ou de disciplines ayant recours à sa formalisation.

En d’autres termes, le recours à une projection d’informations et de données pré-écrites est plutôt moins bénéfique que l’usage de la craie (ou du feutre) pour écrire les hypothèses, résoudre les équations et illustrer graphiquement les formes fonctionnelles et les ensembles (et leurs interactions).

Les périodes de confinement et le recours massif à l’enseignement à distance ont conforté de façon éclatante cette intuition : même pour les enseignements formalisés, il a souvent fallu abandonner la craie pour des « diapositives » numériques prémâchées, rendant le travail des enseignants frustrant (et fastidieux), et la transmission des savoirs aux étudiants dégradée.

Ni conservatisme, ni technophobie

Ceux des enseignants qui pouvaient s’appuyer sur des tablettes numériques depuis le lieu où ils télétravaillaient l’ont spontanément fait puisqu’il s’agissait de la meilleure option pour se rapprocher du mode de transmission irremplaçable que permet l’usage de la craie sur le tableau noir.

5G : « Les risques de manipulation numérique »

5G : « Les risques de manipulation numérique »

Le chercheur en communication Christophe Alcantara appelle, dans une tribune au « Monde », à un débat éthique et politique sur les usages de la 5G.

Tribune.

 

 Depuis le 18 novembre, les opérateurs de téléphonie peuvent produire des contenus et des services sur le réseau 5G. Cette technologie disruptive annonce, par exemple, l’automobile autonome, de nouvelles pratiques médicales, les villes « intelligentes » et les objets connectés… La collecte et le partage des données par des objets communicants sont la clef de cette disruption.

Comme pour l’avènement de toute nouvelle technologie de communication depuis près de deux siècles, le discours promotionnel qui accompagne l’avènement de la 5G est ancré dans un déterminisme technologique – les analogies avec les discours assurant la promotion du chemin de fer à vapeur ou l’arrivée du Web sont frappantes. Séduisant en première lecture, il est cependant plus contestable lorsque l’on prend un peu de recul…

Nous savons depuis les travaux du philosophe Michel de Certeau (1925-1986) que ce n’est pas parce que, techniquement, nous pouvons réaliser une action prescrite par un discours promotionnel que, socialement, nous allons effectivement procéder conformément à cette prescription. Les détournements et autres « braconnages » d’usages ont fait émerger les SMS, ou, auparavant, le Minitel « rose ».

Religiosité

L’imaginaire social d’une technologie est porté par des utopies, avant que ne s’opère un glissement vers une idéologie prétendant bouleverser l’ordre social. La spécificité du numérique est qu’il repose sur un imaginaire qui porte les stigmates d’une forme de religiosité. L’un des premiers ouvrages de vulgarisation d’Internet s’intitulait Et Dieu créa Internet (de Christian Huitema, Eyrolles, 1995). L’adjectif « intelligent » associé aux dispositifs concernés par la 5G relève d’une même forme d’imaginaire transcendé qui, par définition, nous dépasse et se prête peu à la critique.

Le débat public autour de la 5G est de faible intensité, et principalement axé sur les questions écologiques et sanitaires. Il n’est certes pas dénué d’intérêt de s’interroger sur les conséquences de la 5G sur notre santé, et d’appréhender l’empreinte carbone de la collecte et du stockage à très grande échelle de la « data ».

Mais ces questions ne sauraient remplacer l’enjeu essentiel de l’arrivée de la 5G : la nature et le régime des traces numériques.

Nous glissons depuis quelques années déjà dans un monde où notre activité numérique quotidienne fait que « nous ne pouvons pas ne pas laisser de traces », pour reprendre l’expression de Louise Merzeau (1963-2017), figure importante du champ scientifique des humanités numériques en France. La plupart d’entre nous n’ont pas conscience de la quantité de traces numériques visibles et invisibles que nous produisons chaque jour. Cette ombre numérique, déjà gigantesque, va croître de façon exponentielle avec la 5G.

 

Vaste intox numérique russe et française en Afrique

Vaste intox numérique russe et française en Afrique

Une vaste opération d’intoxication par voie numérique a été observée par Facebook qui a supprimé de nombreux faux comptes français et russes qui s’impliquent dans les élections d’une douzaine de pays africains.

Un de ces réseaux d’influence était lié à des “individus associés à l’armée française”, indique Facebook; les deux autres étaient en lien avec des individus associés par le passé à des opérations de l’Agence russe de recherche sur internet (IRA) ainsi qu’à son chef, l’homme d’affaire russe Evguéni Prigojine.

Pour la justice américaine de même que les agences de renseignement, Evguéni Prigojine et l’IRA, une “usine à trolls” basée à Saint-Pétersbourg, ont joué un rôle central dans les ingérences russes lors de la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis.

Ben Nimmo, chargé d’enquête chez Graphika, une firme spécialisée dans l’analyse des réseaux sociaux, a précisé que les auteurs de ces campagnes de désinformation utilisaient de “faux vrais comptes”, se faisant passer pour des habitants des pays visés et diffusant des photographies falsifiées.

Outre la Centrafrique, qui vote le 27 décembre, 13 autres pays africains sont visés, notamment l’Algérie, le Cameroun, la Libye et le Soudan.

Une régulation de la publicité numérique ?

 

Une régulation de la publicité numérique ?

 

Une étude commandée conjointement par le ministère de la culture et le ministère du numérique détaille le fonctionnement complexe des différents secteurs de la publicité numérique : search (publicité dans les résultats des moteurs de recherche) et display (affichage de bannières et de vidéos). Elle dresse un constat connu, mais qui ne fait que se renforcer : la forte domination du duopole Google/Facebook, qui capte « 75 % du marché de la publicité digitale et 90 % de la croissance du secteur » et met en danger le modèle économique des médias traditionnels.

 

Pour les auteurs, les taxes et autres transferts de revenus comme les droits voisins ne peuvent être que des solutions « palliatives » insuffisantes pour résoudre le déséquilibre fondamental avec les grandes plateformes.Les auteurs font donc des propositions de renforcement de la régulation, afin de rétablir des règles du jeu équitables entre les différents acteurs de la publicité. Ils suggèrent d’aligner les contraintes pesant sur les géants du numérique et les autres acteurs.

« Ne pas craindre la révolution numérique »

 « Ne  pas craindre la révolution numérique »

À l’occasion de la révolution numérique, Bernard Abate , haut fonctionnaire honoraire au ministère de l’Economie et des finances évoque les révolutions qui ont transformé le travail. (Interview dans l’opinion)

A-t-on raison de s’inquiéter du possible remplacement des hommes par des machines intelligentes, et de la mise au chômage dune partie de la population ?

Dans le passé, chaque vague d’innovation technologique a suscité la même interrogation, sans que jamais les populations ne soient durablement mises au chômage. Quand, par exemple, les machines à filer et à tisser ont remplacé les tisserands, il a fallu des mécaniciens pour les actionner et surtout les gens se sont mieux vêtus, la demande d’habillement a explosé. La situation sera-t-elle la même avec les nouvelles technologies ? Pas forcément. D’une part, parce que nous sommes arrivés au bout d’un cycle historique où les innovations ouvraient de nouveaux marchés à mesure que la technique s’emparait de nouveaux domaines d’activité : l’industrie, les transports, l’agriculture, les services, les travaux de bureau… Il n’y a plus guère de domaines à conquérir. D’autre part, parce que ce modèle de croissance quantitative de la consommation est remis en question par la crise écologique. Cependant, la révolution numérique porte en elle un nouveau type de croissance, qualitative cette fois. Le progrès ne consistera plus à étendre la technique à de nouveaux domaines d’activité mais à accroître la valeur ajoutée de tous les travaux, en apportant plus de qualité, plus d’individualisation des services, ce qui suscitera plus de demande et donc plus d’emploi pour la satisfaire.

Qu’est-ce qui vous fait penser qu’à l’avenir le travail sera plus valorisant pour les travailleurs ?

Pour la première fois dans l’histoire du travail, le numérique offre aujourd’hui une possibilité de réconciliation entre concentration des connaissances et appel à l’intelligence individuelle. Deux choses qui avaient été séparées par l’arrivée de la technique et des machines dans notre travail. Derrière son ordinateur et grâce au réseau numérique planétaire, le travailleur a accès à une prodigieuse quantité d’informations et d’outils de travail. Il établit des collaborations directes en ayant moins besoin de l’organisation verticale de l’entreprise. Il gagne en autonomie, tout en bénéficiant du capital collectif logé dans les plateformes et les systèmes d’intelligence artificielle. Le numérique permettra à l’homme de retrouver l’intelligence de son travail. Evidemment, le potentiel de concentration plus forte apporté par le numérique pousse, en sens inverse, vers des systèmes fermés et vers la formation de monopoles. Cependant, nous observons déjà la réussite spectaculaire de formes d’organisations plus ouvertes, par exemple avec Wikipedia ou les logiciels libres. Les grandes organisations aussi se transforment, en faisant appel au travail indépendant, en essayant de faire fonctionner en leur sein des réseaux coopératifs et des unités qui imitent le style de travail des start-up. Il est difficile de prédire à quoi ressembleront les nouvelles formes d’organisation sociale du travail dans vingt-cinq ans. Nous ne sommes qu’au début d’une révolution numérique dont le déploiement prendra le temps d’une génération. Les indices montrent que nous pourrions aller vers des formes d’organisation qui hybrident le travail indépendant et l’entreprise, les coopérations et les grandes organisations verticales.

«La révolution numérique offre aux administrations les mêmes possibilités d’évoluer vers plus d’autonomie et d’initiative des agents. Mais la bureaucratie est un système qui remonte à l’Antiquité. Son ancrage culturel dans le droit rend très difficile son évolution»

Au fondement des nouvelles formes de travail, vous mettez en avant la formation de couples travailleur/machine. Mais ce modèle n’est-il pas valable seulement pour les professions les plus qualifiées ? Ne risque-t-on pas une société à deux vitesses ?

Il est vrai que, s’agissant des professions intellectuelles, nous commençons à bien percevoir comment les couples homme/machines intelligentes seront plus productifs. Un médecin, un juriste, un ingénieur vont pouvoir apporter leur savoir-faire à des systèmes numériques pour qu’ils réalisent la partie la plus laborieuse de leur travail. Ils pourront ainsi à la fois gagner en qualité de diagnostic ou de production, et gagner du temps qu’ils pourront consacrer aux relations humaines, à la recherche. Qu’en sera-t-il dans les usines ? Un scénario pessimiste voudrait que les opérateurs soient déqualifiés. Munis de lunettes de réalité augmentée, ils se verraient dicter leurs tâches, instant après instant. Je crois dans la force productive du scénario inverse. Les « jumeaux numériques » de l’usine du futur, qui auront servi à la concevoir, descendront du bureau d’études vers les ateliers. Les opérateurs y auront accès et y gagneront la possibilité de diriger souplement les opérations, de fabriquer à la demande. Ils ressembleront à de nouveaux artisans assistés de machines intelligents. Même pour les travaux de service, les changements commencent à être entrevus. Dans une municipalité, les véhicules seront dotés de capteurs et d’un système capable d’évaluer le degré de saleté des rues afin d’orienter le travail des équipes de nettoyage. Le temps gagné pourra être redéployé vers un travail de prévention.

Dans le scénario optimiste que vous envisagez, le revenu universel serait donc inutile ?

L’idée du revenu universel est liée à cette peur qu’une partie de la population soit mise au chômage à cause des nouvelles technologies. Or, de façon durable, je n’y crois pas. Derrière ce concept, il y a la vieille idée que le travail serait un labeur qui pourrait, à l’avenir, être assuré avec moins d’effort, de manière banalisée. Cette idée résonne avec le rêve communiste et sa promesse que le progrès technique réduirait le temps et la complexité du travail. Aujourd’hui, le rêve a changé : ce serait celui d’une société où tout le monde travaille de manière intelligente et efficace pour apporter plus de bien-être à ses semblables. La transition, en revanche, appelle un gros effort de formation, et les protections sociales nécessaires.

Vous parlez de travailleur augmenté et pourtant le concept de transhumanisme ou d’homme augmenté grâce à la technologie est absent de votre livre. C’est volontaire ?

Oui. Cette perspective que les capacités physiques et mentales de l’homme puissent être augmentées au moyen de dispositifs artificiels est, en un sens, plus large que mon sujet de l’homme au travail : elle touche à la médecine, à l’éducation… Mais elle est aussi moins large. Quand je parle de travailleur « augmenté », je vise des couples homme/machine qui, au-delà des moyens techniques, révolutionnent l’organisation sociale du travail.

Vous êtes issu de l’administration française et êtes assez critique à l’encontre de la bureaucratie. Par son manque d’initiative et d’intelligence, vous l’assimilez à une forme de taylorisme. Le numérique va-t-il assouplir le fonctionnement de l’Etat comme il assouplit déjà celui des entreprises ?

De la même façon que dans la production, la direction du travail a été concentrée dans le capital technique, le travail des administrations est très largement régi par des réglementations. La révolution numérique offre aux administrations les mêmes possibilités d’évoluer vers plus d’autonomie et d’initiative des agents. Mais la bureaucratie est un système qui remonte à l’Antiquité. Son ancrage culturel dans le droit rend très difficile son évolution, j’y ai moi-même été confronté. À la lumière de la gestion récente de la crise sanitaire, il devient évident que l’étage juridique ne devrait servir qu’à fixer les objectifs et les exigences essentielles. Les règlements dictant aux agents les processus à suivre devraient être remplacés par des référentiels comme ceux du monde des entreprises, qui n’étouffent pas l’initiative individuelle. La tâche reste entière.

Vous concluez votre livre avec un point étonnant : la révolution numérique pourrait nous reconnecter à la nature…

Oui, pour plusieurs raisons. D’abord parce que, avec la digitalisation de l’économie, les actions sur le monde sont précédées et soutenues par une réalité virtuelle qui permet d’économiser le travail, les déplacements, les matières et l’énergie. Ensuite parce que le numérique accompagne la mutation de la croissance vers les services aux personnes et donc vers une moindre pression sur les ressources naturelles. Enfin parce que, si le numérique parvient à remettre au premier plan l’intelligence humaine, celle de l’individu se forme une idée plus juste de la solidarité qui nous lie à la nature qu’une économie dirigée par un capital anonyme.

«Economie numérique: réservée aux très grands « 

«Economie numérique: réservée aux très grands « 

Emmanuel Combe ,professeur à Skema business school et vice-président de l’Autorité de la concurrence, explique dans le  l’Opinion qu’un  nouvel entrant qui voudra rivaliser demain avec les Gafam devra franchir plusieurs obstacles, des « barrières à l’entrée ». Une première barrière est constituée par l’ampleur des coûts fixes et irrécupérables, notamment pour mettre au point un algorithme performant.

Pour amortir ce coût fixe, le nouvel entrant devra disposer d’un grand nombre d’utilisateurs ou de clients, ce qui le met face à une seconde barrière à l’entrée : les effets de réseaux, directs comme indirects. Dans le cas par exemple d’une application de VTC, pour attirer les premiers clients, il devra disposer dès le départ d’un nombre suffisant de chauffeurs. Symétriquement, les chauffeurs ne s’inscriront sur cette nouvelle application que si le nombre de clients permet de leur apporter un flux suffisant d’affaires.

Une troisième barrière à l’entrée va se présenter à lui : les «économies d’expérience ». Il s’agit d’une barrière liée à un avantage temporel : produire depuis longtemps permet d’apprendre de ses erreurs, de s’améliorer et de devenir plus efficace. Dans le cas du numérique, cela signifie que l’avantage qu’une plateforme en place retire de la possession de données provient moins de leur grande quantités que de leur accumulation au cours du temps.

La qualité des prévisions de ventes hebdomadaires sur un produit augmente avec le nombre de périodes durant lesquelles ce produit est proposé à la vente

Historique. Prenons l’exemple d’un moteur de recherche : l’efficacité d’un algorithme – c’est-à-dire sa capacité à fournir une réponse pertinente à la requête d’un internaute – s’améliore au fil du temps, dans la mesure où il tient compte de l’historique des recherches passées. Il en va de même pour les plateformes de streaming : la capacité de Spotify à faire des recommandations pertinentes prend appui sur le comportement passé de l’utilisateur, ce qui permet de mieux connaître ses goûts et d’affiner toujours plus le ciblage des contenus.

De même, dans le commerce en ligne, l’historique des ventes permet d’améliorer la qualité des prévisions et d’avoir en permanence le « bon » niveau de stock. Ainsi, une étude du NBER sur le cas d’Amazon montre que la qualité des prévisions de ventes hebdomadaires sur un produit augmente avec le nombre de périodes durant lesquelles ce produit est proposé à la vente. A l’inverse, les auteurs de l’étude montrent que le nombre de produits proposés à la vente et qui appartiennent à la même catégorie que le produit vendu n’influe pas sur la qualité de la prévision. La profondeur historique des données jouerait ainsi un rôle plus déterminant que le volume des données.

Est-ce à dire que la barrière de l’expérience est infranchissable ? Pas si sûr. La hauteur d’une barrière est toujours relative à la puissance de celui qui la franchit. Lorsqu’un Gafam souhaite entrer sur un nouveau marché, il peut s’appuyer sur son expérience sur des marchés adjacents ainsi que sur sa communauté d’utilisateurs existante. Il pourra aussi faire le choix de procéder à l’acquisition d’un acteur présent sur un marché connexe qui dispose d’ores et déjà de cette expérience. De plus, un nouvel entrant n’est pas toujours obligé de « sauter » une barrière. Il peut aussi faire le choix de la contourner, en se lançant sur un nouveau marché avec un nouveau produit. Cela s’appelle l’innovation disruptive.

Emmanuel Combe est professeur à Skema business school et vice-président de l’Autorité de la concurrence.

Combler le déficit numérique, une urgence (OCDE)

Combler le déficit numérique,  une urgence (OCDE)

 

À juste titre, l’OCDE s’inquiète du déficit numérique. « le trafic Internet dans certains pays a augmenté jusqu’à 60% peu après l’épidémie », alors que 1,3 milliard de citoyens de pays de l’OCDE ont été amenés à se confiner à leur domicile. Cette accélération sans précédent du numérique a donc permis de créer de nombreuses opportunités : télétravail massif, école à distance, commerce en ligne… Mais elle a aussi souligné des préoccupations préexistantes – préserver sa vie privée en ligne, lutter contre les cybercriminels – et renforcé de nouvelles fractures importantes, notamment en terme d’accès à Internet.

Un excellente article de https://www.cairn.info/  rappelle les enjeux (extraits)

Alors que les communicateurs officiels continuent à glorifier l’avènement de la « société de l’information », de nombreuses interrogations apparaissent sur l’impact social réel d’Internet (le « réseau des réseaux ») et des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui y sont communément associées. C’est ainsi que la notion de « fracture » ou de « fossé numérique » est devenue d’actualité.

2Pour notre part, nous souhaitons mettre en évidence que les TIC sont à la fois et paradoxalement créatrices et destructrices de lien social, en présentant successivement :

  • les enjeux socio-économiques, technologiques et politiques désormais soulevés par l’information et la communication ;
  • le facteur humain dans une société en réseau, tel qu’il est mis en lumière par la fracture numérique.

À l’instar de Venezky (2000), nous proposons une approche de cette fracture selon les deux niveaux que constituent d’une part l’accès au TIC et à l’information circulant en réseau, et d’autre part les savoirs et savoir-faire nécessaires pour utiliser ces technologies et traiter cette information. Pour illustrer notre argumentation nous prendrons comme exemple référentiel la génération Internet.

La communication au cœur d’enjeux socio-économiques, culturels, technologiques et politiques

3Placées au cœur de la vie sociale, la communication et l’information sont au centre d’enjeux économiques, culturels, technologiques et politiques. Et, alors qu’Internet nous est présenté comme le vecteur d’une nouvelle économie dans laquelle le savoir constitue la première source de richesse, son « impact » et celui des TIC relèvent de la manipulation de la connaissance et des mécanismes de génération du savoir. C’est ainsi que « l’informatique et les télécommunications, en devenant accessibles au plus grand nombre, favorise[raient] la diffusion du savoir, les échanges et le partage des connaissances » (Ghernaouti-Hélie, Dufour, 1999, p. 97).

4D’une manière chronologique, Ghernaouti-Hélie et Dufour (1999) considèrent que cette société de l’information, qui se distingue par des médias industrialisés et interactifs tels qu’Internet, succède à la société industrielle caractérisée par des médias de masse tels que la radio et la télévision. Elle constitue une véritable révolution informationnelle qui « bouleverse le traitement et la conservation de l’information et modifie le mode de fonctionnement des organisations et de la société tout entière » (p. 96). Ainsi, ces médias individualisés et interactifs entraînent une rupture dans la communication et engendrent une « nouvelle » communication.

Société de la communication et économie centrée sur le savoir

5Cette nouvelle communication caractérisée par la mobilisation des TIC et le recours à des procédés de gestion du social (Miège, 1996) est à l’origine d’une restructuration de la société qui repose, d’une part, sur la mise en œuvre des TIC (que nous pouvons rapprocher de la « mise en réseau ») et, d’autre part, sur la mise en relation des individus et des groupes d’individus à travers la circulation de l’information.

6Nous préférons l’expression « société de la communication » (Wolton, 1999) à celle de société de l’information, car elle rappelle les théories communicationnelles et permet d’appréhender la question du changement social au moyen des TIC et d’Internet. Cette expression permet de relativiser l’importance de la mise en réseau (la « communication-information » des théories mécanistes) et de mettre l’accent sur la « communication-relation » (des théories organistes) qui doit en résulter.

7La place de la communication médiatisée (Miège, 1996) dans la vie de tous les jours témoigne de ce changement social qui s’opère : l’emploi des TIC et d’Internet dans les loisirs, le travail, la vie pratique, fait émerger de nouveaux comportements de communication (Jouët, 1993). Et, c’est précisément l’émergence de ces comportements et de ces nouveaux rapports qui amène à examiner la relation entre le changement social et ces technologies et permet de comprendre cette révolution informationnelle.

8Pour comprendre les mécanismes par lesquels cette révolution s’opère, Jouët (1993) a mis en évidence la convergence entre l’évolution technique et le changement social selon une double médiation à la fois technique et sociale (Jouët, 1993, p. 101) :

  • technique, car « l’outil utilisé structure la pratique » ;
  • sociale, car « les formes d’usages et le sens accordé à la pratique se ressourcent dans le corps social ».

D’une part, « la médiation technique n’est pas neutre dans l’élaboration des pratiques de communication » (p. 106), d’autre part, la médiation sociale « préside l’élaboration des pratiques de communication, autour des médias traditionnels ou des technologies informatisées, débouche (…) sur une production de lien social » (p. 112).

9Ainsi, cette nouvelle culture est avant tout celle de l’interaction et ses traits caractéristiques font une place prépondérante au savoir. En effet, pour beaucoup de ses utilisateurs, Internet est une technologie puissante qui permet aux individus, aux communautés et aux nations d’améliorer leurs conditions, qui offre un avantage stratégique dans l’économie du savoir et qui ouvre de nouvelles voies pour profiter d’une meilleure qualité de vie (Bowie, 2000).

 

Dans  la zone OCDE qui compte 37 pays, la part de la fibre dans les abonnements au haut débit fixe atteint 82% en Corée et 79% au Japon, contre 20% en France, et moins de 5% en Allemagne et au Royaume-Uni… Et le très haut débit reste souvent trop rare en zone rurale….

Comment faire de la France un grand du numérique

Comment faire de la France un grand du numérique

 

Par Laurent Gerin, Président des opérations de CGI pour l’Europe de l’Ouest et du Sud qui explique ses espoirs pour faire de la France un grand du numérique dans le journal la Tribune

Qui aurait pu par exemple imaginer avant cette crise que des millions de salariés – un sur cinq précisément en France et plus de deux sur cinq en Ile-de-France – puissent être mis en télétravail du jour au lendemain, permettant ainsi aux entreprises de maintenir leur activité et préserver des milliers d’emplois ? Comment aurions-nous pu permettre aux consommateurs de s’approvisionner pendant le confinement avec les contraintes sanitaires que nous connaissons, sans le e-commerce ? Et comment les administrations et les services de l’Etat auraient-ils pu continuer de fonctionner, assurant ainsi la continuité de leur mission de service public et d’éducation sans la technologie ? La France vient de vivre le plus grand moment de transformation numérique de son histoire et les usages numériques développés pendant la période de confinement viennent, hélas, confirmer la supériorité de solutions extra-européennes.

C’est un fait, le numérique va être un facteur déterminant pour assurer le rebond de notre économie et permettre, ensuite, sa reconstruction. Pourtant, notre pays n’a pas encore pris toute la mesure de cette nouvelle donne. Certes, le numérique est désormais enseigné – un peu – à l’école. Certes, le secteur a obtenu un plan de relance de sept milliards d’euros, et nous nous en réjouissons. Certes, le monde entier nous envie nos licornes, start-up, et nos talents – entrepreneurs, chercheurs, développeurs – sont recrutés par les géants du numérique mondial, GAFAM en tête. Même si les progrès sont réels, il va nous falloir faire beaucoup plus pour inciter, éduquer, former. Inciter nos entrepreneurs, nos collectivités et nos concitoyens à croire dans le potentiel du numérique et investir massivement dans ce secteur. Éduquer nos jeunes, filles et garçons, et les intéresser aux métiers de cette filière. Former les exclus du marché du travail, tels que les chômeurs ou encore les travailleurs en situation de handicap, en privilégiant la reconversion vers les métiers du digital.

Pour soutenir une politique ambitieuse en matière d’innovation et de digitalisation, il sera aussi indispensable de déployer une politique de démystification, pour en finir avec le vieux paradigme d’une « informatique destructrice d’emplois » et enfin envisager le numérique comme un moteur de l’évolution des métiers. L’histoire du 19ème siècle et sa révolution industrielle nous l’a déjà prouvé dans le secteur de l’agriculture. Des milliers d’emplois ont certes été détruits par l’industrialisation, mais cela ne nous a pas empêchés d’avoir aujourd’hui une des agricultures les plus performantes au monde. L’intelligence artificielle et les nouvelles technologies rendront probablement certains métiers obsolètes mais de nouveaux besoins en compétences émergeront rapidement. Charge à nous d’éduquer les jeunes générations et former aux emplois de demain.

 

En ce qui concerne l’éducation justement, le renforcement du programme d’éducation au numérique dès la maternelle ou la création d’un baccalauréat général « Humanités & Numérique » pourraient être des pistes intéressantes à explorer. En matière d’emploi, on pourrait imaginer le développement des filières de reconversion vers les métiers du numérique pour les demandeurs d’emploi ainsi que la création d’un bureau de prospective des métiers et des compétences du numérique avec pour mission de gérer cette tâche de reconversion et de réinsertion. Enfin, le développement d’outils numériques pour permettre aux personnes en situation de handicap d’accéder à l’emploi dans des conditions optimales, la défiscalisation des coûts liés à l’adaptation du poste de travail et la mise en place d’outils collaboratifs permettant le télétravail pourraient être des pistes pour améliorer l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

Il est temps que les entreprises, l’Etat, les collectivités territoriales et le monde éducatif s’unissent pour enfin changer de paradigme en lançant un véritable « Grenelle du Numérique » pour la France. Il est temps d’investir massivement pour doter notre économie des talents dont elle a besoin. Ils contribueront à faire de notre pays une grande Nation du numérique.

A l’heure où le monde s’interroge sur l’évolution du virus et sur l’hypothèse de futures vagues, il nous faut agir et vite. Nous avons l’immense chance d’avoir en France une économie solide et résiliente et de pouvoir compter sur les salariés et entrepreneurs parmi les plus engagés et talentueux au monde. L’innovation et notre capacité à nous adapter seront les clés qui nous permettront de trouver les alternatives, les solutions et les opportunités dont nous avons collectivement besoin pour surmonter les impacts de cette crise sans précédent. La France sait mobiliser ses forces vives pour atteindre les objectifs qu’elle se fixe. Elle l’a prouvé à de très nombreuses reprises dans sa longue histoire. Il nous faut retrouver non pas les mêmes méthodes – les temps ont changé – mais ces ingrédients indispensables à toute aventure humaine collective : l’ambition, la solidarité et l’enthousiasme. Nous pourrons alors aborder le monde d’après sereinement.

L’enjeu de la transition numérique

L’enjeu de la transition numérique

 

Thibault Lanxade et Alexandre Zapolsky dirigeants de Jouve et de Linagora, insiste sur le caractère stratégique de la transition numérique (chronique dans l’Opinion)

 

Formulée noir sur blanc, comme telle, dans son programme de campagne pour la présidentielle de 2017, la promesse du candidat Emmanuel Macron était belle : « Par-delà la dématérialisation des services publics, l’Etat doit devenir un “Etat plateforme”, qui s’appuie sur les contributions de la multitude des usagers pour améliorer les services existants ou en créer de nouveaux. Cela permettra de fournir de nouveaux services plus simples, plus performants et mieux adaptés aux besoins. Nous créerons un compte citoyen en ligne (site et application), qui rassemblera sur une même interface tous les droits, notamment ceux liés à la santé, à la trajectoire professionnelle, à la formation, à la situation fiscale, aux droits civiques. Ce point d’entrée unique facilitera les relations avec l’administration, et permettra d’avoir plus facilement l’information. Nous créerons une banque de données numériques réutilisables. »

Les acteurs du secteur étaient alors unanimes : ce projet était astucieux, moderne. Il témoignait d’une véritable connaissance des enjeux et d’une volonté de rupture par rapport aux habitudes et aux réflexes du monde d’avant.

Vive la métaplateforme! Il s’agissait, alors, de créer au niveau de l’Etat une métaplateforme numérique, une « plateforme des plateformes » qui transforme les principes d’organisation et les modes d’action de l’État et qui, à l’image des grandes entreprises du numérique – principalement les GAFAM –, mette en place des dispositifs d’interface et d’intermédiation permettant de faciliter les échanges d’informations ainsi que la production de biens et services.

A cette métaplateforme, d’autres plateformes satellites innovantes, issues du monde bouillonnant du numérique allaient pouvoir s’agréger pour servir l’intérêt général. Ce type d’organisation avait été décrit par Nicolas Colin et Henri Verdier, deux entrepreneurs du numérique français, dans leur livre L’Age de la multitude, publié en 2012. L’objectif était double : d’une part, accélérer la révolution numérique en partant du principe que les flux d’intelligence et de créativité se situent désormais dans la « multitude », c’est-à-dire davantage à l’extérieur qu’à l’intérieur des organisations. Et d’autre part, de stimuler l’engagement citoyen qui favorise et utilise l’innovation du plus grand nombre et qui garantisse des ressources accessibles à tous.

En appliquant ce concept, l’Etat proposait de faire son aggiornamento numérique. La logique de silos ? Balayée ! Avec cette proposition, Emmanuel Macron portait une vision ambitieuse et innovante d’une organisation numérique transversale des services publics pour plus d’efficacité et de réactivité face aux attentes des concitoyens. Dans le même temps, cette révolution permettait à la France de se protéger des appétits des géants du numérique extra-européens dont les solutions, parce qu’elles règlent et facilitent une partie de notre quotidien, se substituent progressivement à l’Etat, contribuant ainsi à sa fragilisation.

L’histoire se répète… Plus de trois ans après ces déclarations, il faut convenir que le chemin reste encore long pour matérialiser cette ambition. Certes, la French Tech a pris son envol. Nos start-up témoignent aux quatre coins du monde de l’ingéniosité de nos talents, attirant les investisseurs, suscitant les fiertés nationales. Mais le montant des levées de fonds ne peut en aucun cas être un critère suffisant pour évaluer la réussite de la révolution numérique que la France doit impérativement mener pour rester compétitive face à ses concurrentes.

Malgré le rôle majeur joué par les innovations numériques au cours de cette crise de la COVID19, et notamment pendant le confinement, ayant contribué « à la résilience de la Nation ​» pour le président de République, force est de constater que le monde d’aujourd’hui ressemble étrangement à celui d’hier. A la place de la métaplateforme promise, ouverte et accessible sont apparues des « ​mégaplateformes ​» cloisonnées, fonctionnant en silos, avec pour leader technique les acteurs majeurs du secteur.

Les 7 milliards d’euros du plan de relance seront-ils mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​?

Un tel outil, en proposant des solutions agiles, plug and play, aurait facilité une digitalisation massive des TPE, PME et commerçants en leur permettant d’utiliser les briques technologiques adaptées à leurs besoins. Cette métaplateforme les aurait probablement aidés à mieux anticiper cette seconde vague…

On peut, à juste titre s’interroger sur la structuration du plan de relance, et notamment sur la répartition proposée de ces 7 milliards d’euros. Seront-ils véritablement mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​? Il suffit de regarder les derniers résultats des appels d’offres lancés par les structures gouvernementales pour être convaincu que le changement de paradigme n’a pas encore eu lieu. Nous sommes manifestement au cœur du sujet, fortement porté par le Président de la République, de l’accomplissement des « ​derniers mètres ​», ceux de la concrétisation effective d’une ambition politique.

Que ce soit au ministère de l’Intérieur, à la Justice, à Bercy, à la Défense, au ministère du Travail ou en interministériel, les grands référencements AMOA, MOE, TMA sont captés en très grande majorité par les entreprises de services numériques (ESN) françaises et internationales. Bien entendu, elles promettent d’associer l’ensemble des acteurs de cet écosystème et jouent la carte du « ​collaboratif ​». Mais tiendront-elles leur promesse ​? En France, historiquement, les relations entre les grandes entreprises numériques et les autres n’ont pas jamais été équilibrées. Les rapports de force ont toujours joué en faveur des premières et au détriment des secondes. Pour quelles raisons le cours de l’histoire changerait-il ​?

Est-il trop tard ​? Nous ne le pensons pas.

Face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens

Revenons tout simplement à l’idée de départ ​: la révolution culturelle. Il s’agissait de structurer en profondeur l’armature numérique de l’Etat et des services publics en coconstruisant une plateforme ouverte, collaborative, réactive. Certains diront que cette révolution est trop ambitieuse. Mais, face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens. La demi-mesure serait même dangereuse.

Par ailleurs, il faut bien avoir conscience que la difficulté de passer d’une architecture verticale à une architecture horizontale n’est pas d’ordre technique. Nos entreprises, et nous le précisons, toutes nos entreprises quelle que soit leur taille, sont en mesure de répondre aux défis technologiques posés par cette révolution que nous appelons de nos vœux. Mais la difficulté s’avère être d’ordre culturel… Si l’on veut réellement changer de système pour créer un Etat moderne, efficace, réactif, économe qui défende pleinement les intérêts des citoyens et protège notre souveraineté, le plus simple, mais peut-être aussi le plus difficile, est de changer de mentalité.

Thibault Lanxade est PDG du groupe Jouve et Alexandre Zapolsky est président de Linagora.

Urgent : «Pour un ministre de la Transition numérique»

Urgent : «Pour  un ministre de la Transition numérique»

 

Ce que demande Godefroy de Bentzmann , co-PDG de Devoteam, une entreprise de services du numérique présente dans toute l’Europe. Il a pris la tête de Syntec Numérique en juin.

Cette organisation regroupe près de 2000 entreprises, soit 80 % du chiffre d’affaires d’un secteur qui pèse 52 milliards. Il alerte sur l’urgence d’entreprendre une transformation numérique profonde en Europe pour faire de la révolution qui se profile une opportunité. (Interview dans l’opinion)

Syntec Numérique a publié un cahier dédié à l’industrie du futur. Il insiste sur l’impératif de transformer les entreprises en France. Est-ce si urgent ?

La France a besoin d’un électrochoc. La révolution numérique modifie profondément nos usages personnels et professionnels. L’impact sera encore plus grand dans les process de production industrielle. Ce qui se profile est un tsunami. La vague du numérique va modifier et déplacer des millions d’emplois. Il faut se demander plus vite que les autres, comment recréer en France et en Europe les emplois pour compenser ceux qui seront détruits. Je ne crois pas en une société avec 80 % de chômeurs, comme certains Nostradamus alarmistes la prédisent mais nos modèles vont être bouleversés. Il y a 100 ans, 1 % des emplois touchaient à l’art et à la création, c’est 30 % aujourd’hui. 70 % des jobs de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui.

Le sujet est absent de la campagne présidentielle…

Il devrait être au cœur des débats ! Le personnel politique n’a, à de rares exceptions, pas pris conscience des changements qui nous attendent. Il est vrai qu’ils recèlent d’immenses possibilités, ils sont anxiogènes. Ce n’est pas un thème porteur. À l’exception d’une poignée de députés, et peut-être, parmi les candidats à la prochaine présidentielle, François Fillon et Emmanuel Macron, nos politiques ne comprennent pas les enjeux. Au mieux certains voient l’opportunité de faire mieux et moins cher les tâches de l’administration, mais ils sont loin de percevoir le pivot radical que va faire le marché de l’emploi. Cela serait dommage que nos voisins européens ou plus lointains s’approprient les bénéfices de cette révolution.

La France n’a-t-elle pas pris à l’envers le sujet numérique ?

L’obsession de la sauvegarde de l’ancienne économie et la gestion de la transition nuisent à l’émergence de la nouvelle économie. Les industries traditionnelles pensent, comme les politiques, qu’il faut leur laisser le temps de se transformer… Mais personne ne nous attend ! L’Allemagne a pris les devants en accueillant les data centers de Google. N’ayons pas peur de nous approprier les meilleures technologies du marché pour bâtir les prochaines évolutions. La France doit avoir un plan ambitieux pour ses entreprises, avec des « zones franches virtuelles », des dérogations sociales et fiscales dont bénéficieraient les sociétés qui s’engagent dans des plans de transformation en profondeur impliquant l’entreprise, ses salariés et pourquoi pas des financiers privés.

Pour vous, l’État doit aussi faire sa mue…

Il nous faut un ministre de la Transition numérique et dans chaque ministère un CDO (Chief Digital Officer), comme dans les grandes entreprises. Une « conscience numérique » pour aiguillonner les ministres et veiller à ce que chaque réforme intègre la thématique. Il y a des sujets sur lesquels la France pourrait tirer son épingle du jeu. Dans le domaine de la santé, nous avons la chance d’avoir un atout unique avec les immenses bases de données d’ordonnances de la CNAM. Même Google qui a lancé un programme ambitieux est loin d’avoir constitué une réserve de données aussi riche que celle que nous détenons. Avec une volonté politique, nous pourrions en tirer des services aux patients, des améliorations, des diagnostics, des économies, un enseignement pour la recherche.

Ces sujets numériques ne devraient-ils pas se traiter au niveau européen ?

Si la France se contente d’édicter seule, comme en ce moment, des lois pour contrer les GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon], la seule chose qu’elle obtiendra sera d’être contournée par eux. Ils iront s’installer ailleurs en Europe. La France doit plutôt tempêter à Bruxelles pour que des règles communes soient mises en place sur la fiscalité, comme sur la protection des données. Mais au-delà, elle doit prendre conscience qu’il faut élargir à un espace global de 500 millions d’Européens notre économie du futur. Il y a tant de sujets numériques encore inexploités dont le continent peut se saisir, comme l’identité numérique, la blockchain ou le paiement. Il faut créer des champions européens, des Airbus du numérique à l’ombre desquels nos entreprises européennes du web pourront se développer. Ne laissons pas ces batailles aux GAFA.

Il y a de très importants enjeux de formation. Comment le Syntec Numérique les aborde-t-il ?

La France est un bon terreau pour le numérique, avec des ingénieurs excellents que l’on s’arrache dans la Silicon Valley. Cela dit, nous avons du mal à attirer des informaticiens en nombre suffisant. Nos entreprises créent en moyenne 11 000 emplois nets par an et recrutent 40 000 cadres. Pourtant, il manque au moins 5 000 ingénieurs chaque année. Même si nous représentons 25 % de la croissance du PIB de la France et que nous proposons des salaires supérieurs à ceux des autres secteurs, nous devons travailler notre attractivité.

La stratégique transition numérique

La stratégique transition numérique

 

Thibault Lanxade et Alexandre Zapolsky dirigeants de Jouve et de Linagora, insiste sur le caractère stratégique de la transition numérique (chronique dans l’Opinion)

 

Formulée noir sur blanc, comme telle, dans son programme de campagne pour la présidentielle de 2017, la promesse du candidat Emmanuel Macron était belle : « Par-delà la dématérialisation des services publics, l’Etat doit devenir un “Etat plateforme”, qui s’appuie sur les contributions de la multitude des usagers pour améliorer les services existants ou en créer de nouveaux. Cela permettra de fournir de nouveaux services plus simples, plus performants et mieux adaptés aux besoins. Nous créerons un compte citoyen en ligne (site et application), qui rassemblera sur une même interface tous les droits, notamment ceux liés à la santé, à la trajectoire professionnelle, à la formation, à la situation fiscale, aux droits civiques. Ce point d’entrée unique facilitera les relations avec l’administration, et permettra d’avoir plus facilement l’information. Nous créerons une banque de données numériques réutilisables. »

Les acteurs du secteur étaient alors unanimes : ce projet était astucieux, moderne. Il témoignait d’une véritable connaissance des enjeux et d’une volonté de rupture par rapport aux habitudes et aux réflexes du monde d’avant.

Vive la métaplateforme! Il s’agissait, alors, de créer au niveau de l’Etat une métaplateforme numérique, une « plateforme des plateformes » qui transforme les principes d’organisation et les modes d’action de l’État et qui, à l’image des grandes entreprises du numérique – principalement les GAFAM –, mette en place des dispositifs d’interface et d’intermédiation permettant de faciliter les échanges d’informations ainsi que la production de biens et services.

A cette métaplateforme, d’autres plateformes satellites innovantes, issues du monde bouillonnant du numérique allaient pouvoir s’agréger pour servir l’intérêt général. Ce type d’organisation avait été décrit par Nicolas Colin et Henri Verdier, deux entrepreneurs du numérique français, dans leur livre L’Age de la multitude, publié en 2012. L’objectif était double : d’une part, accélérer la révolution numérique en partant du principe que les flux d’intelligence et de créativité se situent désormais dans la « multitude », c’est-à-dire davantage à l’extérieur qu’à l’intérieur des organisations. Et d’autre part, de stimuler l’engagement citoyen qui favorise et utilise l’innovation du plus grand nombre et qui garantisse des ressources accessibles à tous.

En appliquant ce concept, l’Etat proposait de faire son aggiornamento numérique. La logique de silos ? Balayée ! Avec cette proposition, Emmanuel Macron portait une vision ambitieuse et innovante d’une organisation numérique transversale des services publics pour plus d’efficacité et de réactivité face aux attentes des concitoyens. Dans le même temps, cette révolution permettait à la France de se protéger des appétits des géants du numérique extra-européens dont les solutions, parce qu’elles règlent et facilitent une partie de notre quotidien, se substituent progressivement à l’Etat, contribuant ainsi à sa fragilisation.

L’histoire se répète… Plus de trois ans après ces déclarations, il faut convenir que le chemin reste encore long pour matérialiser cette ambition. Certes, la French Tech a pris son envol. Nos start-up témoignent aux quatre coins du monde de l’ingéniosité de nos talents, attirant les investisseurs, suscitant les fiertés nationales. Mais le montant des levées de fonds ne peut en aucun cas être un critère suffisant pour évaluer la réussite de la révolution numérique que la France doit impérativement mener pour rester compétitive face à ses concurrentes.

Malgré le rôle majeur joué par les innovations numériques au cours de cette crise de la COVID19, et notamment pendant le confinement, ayant contribué « à la résilience de la Nation ​» pour le président de République, force est de constater que le monde d’aujourd’hui ressemble étrangement à celui d’hier. A la place de la métaplateforme promise, ouverte et accessible sont apparues des « ​mégaplateformes ​» cloisonnées, fonctionnant en silos, avec pour leader technique les acteurs majeurs du secteur.

Les 7 milliards d’euros du plan de relance seront-ils mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​?

Un tel outil, en proposant des solutions agiles, plug and play, aurait facilité une digitalisation massive des TPE, PME et commerçants en leur permettant d’utiliser les briques technologiques adaptées à leurs besoins. Cette métaplateforme les aurait probablement aidés à mieux anticiper cette seconde vague…

On peut, à juste titre s’interroger sur la structuration du plan de relance, et notamment sur la répartition proposée de ces 7 milliards d’euros. Seront-ils véritablement mis au service de cette nouvelle ambition affichée de « ​bâtir ensemble la souveraineté numérique de la France ​» ​? Il suffit de regarder les derniers résultats des appels d’offres lancés par les structures gouvernementales pour être convaincu que le changement de paradigme n’a pas encore eu lieu. Nous sommes manifestement au cœur du sujet, fortement porté par le Président de la République, de l’accomplissement des « ​derniers mètres ​», ceux de la concrétisation effective d’une ambition politique.

Que ce soit au ministère de l’Intérieur, à la Justice, à Bercy, à la Défense, au ministère du Travail ou en interministériel, les grands référencements AMOA, MOE, TMA sont captés en très grande majorité par les entreprises de services numériques (ESN) françaises et internationales. Bien entendu, elles promettent d’associer l’ensemble des acteurs de cet écosystème et jouent la carte du « ​collaboratif ​». Mais tiendront-elles leur promesse ​? En France, historiquement, les relations entre les grandes entreprises numériques et les autres n’ont pas jamais été équilibrées. Les rapports de force ont toujours joué en faveur des premières et au détriment des secondes. Pour quelles raisons le cours de l’histoire changerait-il ​?

Est-il trop tard ​? Nous ne le pensons pas.

Face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens

Revenons tout simplement à l’idée de départ ​: la révolution culturelle. Il s’agissait de structurer en profondeur l’armature numérique de l’Etat et des services publics en coconstruisant une plateforme ouverte, collaborative, réactive. Certains diront que cette révolution est trop ambitieuse. Mais, face au risque de voir l’Etat se faire ubériser par des géants numériques basés hors d’Europe, une ambition à la petite semaine n’a aucun de sens. La demi-mesure serait même dangereuse.

Par ailleurs, il faut bien avoir conscience que la difficulté de passer d’une architecture verticale à une architecture horizontale n’est pas d’ordre technique. Nos entreprises, et nous le précisons, toutes nos entreprises quelle que soit leur taille, sont en mesure de répondre aux défis technologiques posés par cette révolution que nous appelons de nos vœux. Mais la difficulté s’avère être d’ordre culturel… Si l’on veut réellement changer de système pour créer un Etat moderne, efficace, réactif, économe qui défende pleinement les intérêts des citoyens et protège notre souveraineté, le plus simple, mais peut-être aussi le plus difficile, est de changer de mentalité.

Thibault Lanxade est PDG du groupe Jouve et Alexandre Zapolsky est président de Linagora.

 » Espace numérique : une zone de non-droit »

 » Espace numérique : une zone de non-droit »

Le commissaire européen au marché intérieur expose les grandes lignes du projet de Bruxelles de régulation des contenus sur les réseaux sociaux.

Alors qu’après la tragédie de Conflans-Sainte-Honorine, le rôle des réseaux sociaux pose une nouvelle fois question, Thierry Breton explique, dans un entretien au Monde, comment l’Europe envisage de les réguler. Il aura l’occasion d’en parler avec Jean Castex, le premier ministre français, qui se rend à Bruxelles vendredi 23 octobre, pour évoquer la législation du numérique. Le commissaire européen au marché intérieur rappelle que les législations qui pourront être prises en la matière en France ou ailleurs devront s’inscrire dans le droit européen. Contenus illégaux, haineux, désinformation… l’ancien ministre de l’économie fait le tour des sujets, à moins de deux mois de la présentation par la Commission, le 2 décembre, de son Digital Services Act (DSA). Il évoque aussi le Digital Markets Act, qui sera présenté le même jour, et dont l’objectif est d’imposer de nouvelles obligations aux plates-formes les plus importantes.

Les conditions dans lesquelles Samuel Paty a été assassiné ont relancé le débat, en France, sur la manière dont il faut réprimer les contenus haineux sur les réseaux sociaux. Comment s’articulent ces réflexions avec celles que vous menez ici à la Commission européenne ?

Cette tragédie suscite une émotion immense qui déborde le cadre français. Je m’y associe pleinement. Elle incite une nouvelle fois à s’interroger sur le rôle joué par les réseaux sociaux. Il y a, ici ou là, sur le plan national, des pressions qui s’exercent pour les réguler. Mais cette question a vocation à être traitée au niveau européen et les Vingt-Sept devront l’inscrire dans la future législation européenne – le Digital Services Act –, en voie de finalisation.

Aujourd’hui, il n’existe pas de législation européenne à même de traiter ces sujets ?

Pas de texte global, non. On vit encore sous le régime de la directive e-commerce qui remonte à 2000. A l’époque, seuls existaient Microsoft et Apple. Google était encore dans un garage, Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok, Twitter n’étaient pas entrés dans nos vies. La directive avait pour objectif de réguler une économie numérique structurée autour d’hébergeurs, qui se contentaient d’abriter des prestataires et les services qu’ils offraient en ligne.

Le monde a changé depuis…

Oui, au point qu’il est devenu crucial de s’organiser pour réguler l’espace numérique, ce que j’appelle l’espace informationnel. De le doter de règles pour les vingt prochaines années. On a l’impression aujourd’hui que cet espace est une zone de non-droit. Et dans bien des cas, c’est vrai. Les lois s’appliquent à notre espace économique, social, territorial, elles doivent aussi s’appliquer à l’espace informationnel. Quand vous laissez vos enfants dans la rue, vous exigez qu’ils bénéficient d’un certain niveau de sécurité. Quand vous les laissez naviguer sur Internet, vous voulez de la même manière qu’ils soient protégés.

Numérique: apprendre à maîtriser la technologie

Numérique: apprendre à maîtriser la technologie

Fondateur de l’Institut Sapiens, Olivier Babeau vient de publier Le nouveau désordre numérique, sous-titré : comment le digital fait exploser les inégalités. Son point de départ est cruel : si la crise de la Covid-19 a consacré le triomphe du numérique, les nouvelles technologies portant l’espoir d’un monde plus égalitaire, « l’espoir est cruellement déçu. ». Il propose d’apprendre à maîtriser les nouvelles technologies dans une interview à l’Opinion.

Vous soutenez que le numérique a accéléré la polarisation du monde. De quelle manière ?

Le XXe siècle a vu un prodigieux mouvement d’égalisation des conditions et l’émergence d’une grande classe moyenne aux Etats-Unis et en Europe. On a pensé que le développement économique créait inévitablement cette égalisation des conditions. C’était un effet d’optique. Cette société où s’épanouissait une grande classe moyenne unificatrice n’était pas une nouvelle ère, mais qu’une courte parenthèse. Les nouvelles technologies dopent la valeur ajoutée du travail très qualifié, mais font baisser la valeur des autres. La classe moyenne disparaît au profit d’une polarisation sociale. Le numérique accélère les différences entre ce que David Goodhart appelle les Anywheres, cosmopolites et mobiles, et les Somewheres, attachés à leur communauté et à leur espace géographique. C’est l’effet Matthieu, connu des économistes par référence à la phrase de l’apôtre : « On donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. »

Le numérique devait pourtant aplanir les inégalités économiques et sociales et renforcer la démocratie. Nous sommes au final dans ce que vous décrivez comme le « siècle des excès ». Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Quand les technologies arrivent, on a toujours une idée floue de leur usage et de leurs effets sociaux. Quand on a inventé le téléphone, on a d’abord pensé qu’il servirait à écouter des pièces de théâtre à distance ! Le plus dur quand on veut faire de la prospective, c’est d’imaginer la façon dont les technologies sont assimilées et dont elles transforment la société. Il y a un double mouvement : la technologie est transformée par les usages en même temps que la société est changée par les technologies. Jusque dans les années 2010, les conséquences des réseaux sociaux sur la démocratie — l’invasion des imbéciles, l’hystérisation des expressions, la violence des attaques en meute, la prime à l’excès et l’abolition de la nuance — étaient impossibles à imaginer. Dans le monde d’avant ce désordre informationnel, l’information était rare. Et quand on la trouvait, elle était certifiée. Rien ne nous avait préparés à un monde où cette information pouvait être créée par tout le monde. Ce déluge informationnel noie le débat politique.

L’homme s’est bâti sur le dépassement des limites naturelles à notre hubris, notre désir d’excès. Le numérique a donné des moyens nouveaux d’abolir ces barrières

Le numérique portait-il en lui-même les germes de ces biais ?

Le numérique a permis l’accélération et l’intensification de beaucoup de choses, comme la concentration des fortunes : Jacob Fuger, grand banquier Allemand de la fin du XVe siècle, avait amassé un capital équivalent à 177 millénaires de travail pour un ouvrier. C’était impressionnant, mais limité à côté de la fortune de Jeff Bezos qui correspond à plus de 10 millions d’années de travail d’un salarié au smic. L’homme s’est bâti sur le dépassement des limites naturelles à notre hubris, notre désir d’excès. Le numérique a donné des moyens nouveaux d’abolir ces barrières. Jusqu’au XVIIIe siècle, il fallait 15 jours depuis Marseille pour rejoindre Paris, ou deux ans pour faire l’aller-retour vers la Chine. Aujourd’hui, 15 jours est le temps que mettent les trains venant de Chine pour rallier la France. Mais le marché n’est réellement devenu global que le jour où il est devenu numérique. Avec pour conséquence des effets de concentration qui n’existaient pas dans les anciens marchés segmentés, plus petits et dépendants de l’espace.

Le confinement a révélé les écarts en matière d’accès et de maîtrise des technologies. La nouvelle inégalité du XXIe siècle oppose-t-elle les élites technophiles aux populations déconnectées ?

On se rend compte que l’accessibilité de l’information ne profite qu’à une certaine partie de la population. Celle qui a les clés. Après avoir été fondée sur la seule naissance, l’appartenance à l’élite a théoriquement été ouverte aux talents. Mais les codes de la réussite dans le monde numérique sont plus complexes et difficiles à obtenir quand on est issu d’un milieu qui en est éloigné. Les chiffres sont terribles sur l’illectronisme. En 2018, 23 % des Français n’étaient pas à l’aise avec le numérique. La mobilité sociale devient plus difficile à mesure que la fracture cognitive s’aggrave.

Vous soulignez tout de même un paradoxe : dans un monde où l’élite est connectée, la richesse se traduira par un temps d’esprit non connecté…

Dans notre siècle numérique, le vrai luxe sera l’autonomie. La technologie est un formidable serviteur, mais un très mauvais maître. Les entreprises du numérique ont la volonté délibérée de prendre en otage notre attention tout en nous rendant de précieux services. Nous sommes devenus dépendants du shoot de dopamine suscité par les « likes » et les notifications de nos réseaux sociaux. Notre cerveau de chasseur-cueilleur n’a pas été calibré pour cet afflux permanent de sollicitations et de calories. Ses failles sont exploitées avec adresse par les entreprises qui manipulent nos pulsions. La maîtrise de son alimentation est déjà un marqueur social fort : l’épidémie d’obésité que nous connaissons dans tous les pays développés est cruellement liée au niveau social. Désormais, c’est la maîtrise cognitive de soi qui devient cruciale. Les classes sociales supérieures développent une culture d’apprivoisement du numérique à travers le contrôle des écrans qui est paradoxalement la condition d’une utilisation saine.

Avons-nous encore la possibilité d’être libres dans un monde numérique qui a colonisé nos cerveaux ?

Le numérique a aboli la rareté de biens et services autrefois difficiles à obtenir et onéreux. La vidéo et la musique sont disponibles à l’infini et sans effort, comme l’eau ou l’électricité. Dès lors, c’est à nous de fixer une limite à notre consommation. Ce que notre cerveau n’était pas vraiment préparé à faire. Le fondateur de Netflix a dit un jour que son seul concurrent était le sommeil. Où mettre la limite ? Le système lui-même n’en posera jamais : il est réglé pour suivre la plus grande pente de nos désirs. On pensait qu’il suffisait de laisser les gens libres et responsables pour qu’ils prennent des décisions raisonnables. On se rend compte qu’il va surtout falloir beaucoup aider les gens. La Chine a opté pour une solution radicale en interdisant aux mineurs de jouer aux jeux vidéo entre certaines heures et en infligeant de fortes amendes aux jeunes joueurs dépassant les 90 minutes maximum quotidiennes. C’est la solution illibérale par excellence : pour votre bien, l’Etat limite et interdit. Si nous voulons éviter cela, nous devons miser sur la prise de conscience et l’éducation.

Notre cerveau est bien fait. Il élimine ce dont il n’a plus besoin : la mémoire se vide. Nous devons réagir et devenir des spartiates de l’intelligence en plaçant le développement de nos capacités cognitives au cœur de toute notre société

De quelle manière ?

On a besoin que l’école enseigne un nouveau savoir-vivre, au sens plein du terme. Comment maîtriser la technologie pour profiter de ses avantages tout en évitant les dérives cognitives potentielles ? Aujourd’hui, le réflexe, c’est de tout demander à Google. Mais dans ce cas, pourquoi continuer à apprendre ? Notre cerveau est bien fait. Il élimine ce dont il n’a plus besoin : la mémoire se vide. Nous devons réagir et devenir des spartiates de l’intelligence en plaçant le développement de nos capacités cognitives au cœur de toute notre société. La maîtrise de soi doit être complétée par des régulations adaptées. L’Etat doit vous laisser libre, mais aussi vous empêcher de tomber librement dans la servitude. Comme il le fait en interdisant la drogue par exemple. L’action de l’Etat ne doit pas se limiter à essayer de récupérer des miettes fiscales du festin financier des géants du net, ou à ériger d’illusoires remparts censés protéger des acteurs traditionnels. Aguerrir les populations au monde de l’information infinie et affronter les innovations avec courage sont les deux tâches essentielles de l’Etat moderne.

Votre livre dresse un constat assez noir sur l’état actuel du monde et ses perspectives. Etes-vous optimiste concernant l’avenir ?

Je suis optimiste sur la capacité de sursaut et de résilience de nos sociétés à long terme. Mon inquiétude vient plutôt du temps que nous risquons de perdre. Une civilisation mourante finit toujours par accoucher d’une nouvelle civilisation. Mais la traversée des âges obscurs entre les deux peut être plus ou moins longue. Je pense hélas que nous sommes au début d’une de ces phases de métamorphose qui peuvent être très douloureuses, en particulier pour les plus faibles.

Numérique. Un plan européen de 150 milliards

Numérique. Un plan européen de 150 milliards

20 % de l’enveloppe du plan de relance européen devraient être consacrés au développement du numérique d’après la présidente de l’union. Soit environ 150 milliards.

Pour sortir de la crise provoquée par le coronavirus, la relance sera écologique et numérique estime la présidente de la Commission européenne,lors de son premier discours annuel sur l’état de l’Union. Ursula von der Leyen a détaillé la mise en oeuvre du plan de relance européen « Next Generation EU », adopté en juillet et doté d’une enveloppe de 750 milliards d’euros.

 

Trois piliers pour soutenir la stratégie

La stratégie européenne reposera sur trois grands piliers, visant à garantir que l’Europe saisisse l’occasion qui lui est offerte et donne à ses citoyens, à ses entreprises et aux pouvoirs publics la maîtrise de la transformation numérique.

La stratégie numérique de l’UE

  • investira dans les compétences numériques pour tous les Européens
  • protégera les citoyens contre les menaces informatiques (piratage, rançongiciel, usurpation d’identité)
  • veillera à ce que les modes de développement de l’intelligence artificielle respectent les droits des citoyens et soient de nature à gagner leur confiance
  • accélérera le déploiement du haut débit ultrarapide pour les logements, les écoles et les hôpitaux dans l’ensemble de l’UE
  • développera les capacités européennes de calcul intensif afin de mettre au point des solutions innovantes pour la médecine, les transports et l’environnement

« Imaginons un instant cette pandémie sans le numérique. Nous serions en tous en quarantaine, coupés de notre famille, de la société et de notre travail, subissant d’énormes problèmes d’approvisionnement. C’est ce qu’il s’est passé il y a 100 ans lors de la dernière pandémie. »

Numérique : attention à la création de deux mondes

Numérique : attention à la création de deux mondes

Pour éviter l’aggravation de la fracture sociale, il faut créer de nouveaux emplois, l’automatisation devenant non pas le prétexte de la réduction des coûts, mais le moteur d’une qualité de service inédite, affirme dans une tribune au « Monde » François-Xavier Petit, spécialiste de l’innovation numérique.

Tribune.

 

Je suis un acteur du numérique, totalement convaincu des progrès que permet la technologie. Mais souvent, j’ai l’impression d’être dans une bulle, où les start-up, les technologies et l’innovation ne rencontrent pas la réalité sociale de notre pays.

Dans le monde numérique, ce qui saute au visage est « l’automatisation généralisée », pour reprendre l’expression du philosophe Bernard Stiegler décédé le 6 août. Chacun pensera au receveur de péage qui a disparu ou à l’hôte de caisse (150 000 emplois en équivalents temps plein) sur la sellette, malgré le Covid-19.

Mais au-delà des robots-machines, l’automatisation, ce sont aussi les robots-logiciels, à travers les algorithmes, les objets communicants, les capteurs, les réseaux sociaux et l’ensemble de l’appareil de calcul intensif sur données massives (« big data »). Ainsi, l’agent de change qui criait ses ordres boursiers jusqu’en 1998 n’a pas été remplacé par des machines physiques mais par des algorithmes et des serveurs.

On pourrait dire que ce mouvement est normal, que des métiers deviennent obsolètes avec le progrès technique depuis toujours. L’industrie financière n’a-t-elle d’ailleurs pas créé 70 000 emplois entre 2009 et 2015, selon les statistiques du ministère du travail ?

Mais ce qui est propre au moment que nous vivons est que les emplois créés et les emplois détruits n’ont rien à voir en termes de qualification. L’ouvrier agricole qui quittait sa campagne pour rejoindre les usines Renault de Billancourt au début du XXe siècle était formé rapidement à une tâche simple et répétée. Or, dans notre cas, le besoin de qualification explose et fait que ceux dont l’emploi est en trop et ceux dont on aura besoin ne sont pas du tout les mêmes. Ou, pour le dire autrement, transformer une caissière en datascientist ne se fera pas.

Au contraire, ce qui se joue est une réalité plus fracturée, la création de deux mondes du travail très opposés : les surmenés et les surnuméraires.

Les surmenés ont pris le train de l’automatisation, des opportunités qu’elle crée et du mouvement permanent qu’ils apprécient. Mais ils croulent face à l’immensité (passionnante) de la tâche.

Les surnuméraires, eux, ont compris que le processus productif n’a plus besoin d’eux. Pris dans l’accélération, ils vont résister avec l’énergie du désespoir pour conserver ce qui peut l’être. Ils savent que le combat est perdu, mais que faire d’autre que mourir les armes à la main ?

12345



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol