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 » Espace numérique : une zone de non-droit »

 » Espace numérique : une zone de non-droit »

Le commissaire européen au marché intérieur expose les grandes lignes du projet de Bruxelles de régulation des contenus sur les réseaux sociaux.

Alors qu’après la tragédie de Conflans-Sainte-Honorine, le rôle des réseaux sociaux pose une nouvelle fois question, Thierry Breton explique, dans un entretien au Monde, comment l’Europe envisage de les réguler. Il aura l’occasion d’en parler avec Jean Castex, le premier ministre français, qui se rend à Bruxelles vendredi 23 octobre, pour évoquer la législation du numérique. Le commissaire européen au marché intérieur rappelle que les législations qui pourront être prises en la matière en France ou ailleurs devront s’inscrire dans le droit européen. Contenus illégaux, haineux, désinformation… l’ancien ministre de l’économie fait le tour des sujets, à moins de deux mois de la présentation par la Commission, le 2 décembre, de son Digital Services Act (DSA). Il évoque aussi le Digital Markets Act, qui sera présenté le même jour, et dont l’objectif est d’imposer de nouvelles obligations aux plates-formes les plus importantes.

Les conditions dans lesquelles Samuel Paty a été assassiné ont relancé le débat, en France, sur la manière dont il faut réprimer les contenus haineux sur les réseaux sociaux. Comment s’articulent ces réflexions avec celles que vous menez ici à la Commission européenne ?

Cette tragédie suscite une émotion immense qui déborde le cadre français. Je m’y associe pleinement. Elle incite une nouvelle fois à s’interroger sur le rôle joué par les réseaux sociaux. Il y a, ici ou là, sur le plan national, des pressions qui s’exercent pour les réguler. Mais cette question a vocation à être traitée au niveau européen et les Vingt-Sept devront l’inscrire dans la future législation européenne – le Digital Services Act –, en voie de finalisation.

Aujourd’hui, il n’existe pas de législation européenne à même de traiter ces sujets ?

Pas de texte global, non. On vit encore sous le régime de la directive e-commerce qui remonte à 2000. A l’époque, seuls existaient Microsoft et Apple. Google était encore dans un garage, Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok, Twitter n’étaient pas entrés dans nos vies. La directive avait pour objectif de réguler une économie numérique structurée autour d’hébergeurs, qui se contentaient d’abriter des prestataires et les services qu’ils offraient en ligne.

Le monde a changé depuis…

Oui, au point qu’il est devenu crucial de s’organiser pour réguler l’espace numérique, ce que j’appelle l’espace informationnel. De le doter de règles pour les vingt prochaines années. On a l’impression aujourd’hui que cet espace est une zone de non-droit. Et dans bien des cas, c’est vrai. Les lois s’appliquent à notre espace économique, social, territorial, elles doivent aussi s’appliquer à l’espace informationnel. Quand vous laissez vos enfants dans la rue, vous exigez qu’ils bénéficient d’un certain niveau de sécurité. Quand vous les laissez naviguer sur Internet, vous voulez de la même manière qu’ils soient protégés.

Numérique: apprendre à maîtriser la technologie

Numérique: apprendre à maîtriser la technologie

Fondateur de l’Institut Sapiens, Olivier Babeau vient de publier Le nouveau désordre numérique, sous-titré : comment le digital fait exploser les inégalités. Son point de départ est cruel : si la crise de la Covid-19 a consacré le triomphe du numérique, les nouvelles technologies portant l’espoir d’un monde plus égalitaire, « l’espoir est cruellement déçu. ». Il propose d’apprendre à maîtriser les nouvelles technologies dans une interview à l’Opinion.

Vous soutenez que le numérique a accéléré la polarisation du monde. De quelle manière ?

Le XXe siècle a vu un prodigieux mouvement d’égalisation des conditions et l’émergence d’une grande classe moyenne aux Etats-Unis et en Europe. On a pensé que le développement économique créait inévitablement cette égalisation des conditions. C’était un effet d’optique. Cette société où s’épanouissait une grande classe moyenne unificatrice n’était pas une nouvelle ère, mais qu’une courte parenthèse. Les nouvelles technologies dopent la valeur ajoutée du travail très qualifié, mais font baisser la valeur des autres. La classe moyenne disparaît au profit d’une polarisation sociale. Le numérique accélère les différences entre ce que David Goodhart appelle les Anywheres, cosmopolites et mobiles, et les Somewheres, attachés à leur communauté et à leur espace géographique. C’est l’effet Matthieu, connu des économistes par référence à la phrase de l’apôtre : « On donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. »

Le numérique devait pourtant aplanir les inégalités économiques et sociales et renforcer la démocratie. Nous sommes au final dans ce que vous décrivez comme le « siècle des excès ». Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Quand les technologies arrivent, on a toujours une idée floue de leur usage et de leurs effets sociaux. Quand on a inventé le téléphone, on a d’abord pensé qu’il servirait à écouter des pièces de théâtre à distance ! Le plus dur quand on veut faire de la prospective, c’est d’imaginer la façon dont les technologies sont assimilées et dont elles transforment la société. Il y a un double mouvement : la technologie est transformée par les usages en même temps que la société est changée par les technologies. Jusque dans les années 2010, les conséquences des réseaux sociaux sur la démocratie — l’invasion des imbéciles, l’hystérisation des expressions, la violence des attaques en meute, la prime à l’excès et l’abolition de la nuance — étaient impossibles à imaginer. Dans le monde d’avant ce désordre informationnel, l’information était rare. Et quand on la trouvait, elle était certifiée. Rien ne nous avait préparés à un monde où cette information pouvait être créée par tout le monde. Ce déluge informationnel noie le débat politique.

L’homme s’est bâti sur le dépassement des limites naturelles à notre hubris, notre désir d’excès. Le numérique a donné des moyens nouveaux d’abolir ces barrières

Le numérique portait-il en lui-même les germes de ces biais ?

Le numérique a permis l’accélération et l’intensification de beaucoup de choses, comme la concentration des fortunes : Jacob Fuger, grand banquier Allemand de la fin du XVe siècle, avait amassé un capital équivalent à 177 millénaires de travail pour un ouvrier. C’était impressionnant, mais limité à côté de la fortune de Jeff Bezos qui correspond à plus de 10 millions d’années de travail d’un salarié au smic. L’homme s’est bâti sur le dépassement des limites naturelles à notre hubris, notre désir d’excès. Le numérique a donné des moyens nouveaux d’abolir ces barrières. Jusqu’au XVIIIe siècle, il fallait 15 jours depuis Marseille pour rejoindre Paris, ou deux ans pour faire l’aller-retour vers la Chine. Aujourd’hui, 15 jours est le temps que mettent les trains venant de Chine pour rallier la France. Mais le marché n’est réellement devenu global que le jour où il est devenu numérique. Avec pour conséquence des effets de concentration qui n’existaient pas dans les anciens marchés segmentés, plus petits et dépendants de l’espace.

Le confinement a révélé les écarts en matière d’accès et de maîtrise des technologies. La nouvelle inégalité du XXIe siècle oppose-t-elle les élites technophiles aux populations déconnectées ?

On se rend compte que l’accessibilité de l’information ne profite qu’à une certaine partie de la population. Celle qui a les clés. Après avoir été fondée sur la seule naissance, l’appartenance à l’élite a théoriquement été ouverte aux talents. Mais les codes de la réussite dans le monde numérique sont plus complexes et difficiles à obtenir quand on est issu d’un milieu qui en est éloigné. Les chiffres sont terribles sur l’illectronisme. En 2018, 23 % des Français n’étaient pas à l’aise avec le numérique. La mobilité sociale devient plus difficile à mesure que la fracture cognitive s’aggrave.

Vous soulignez tout de même un paradoxe : dans un monde où l’élite est connectée, la richesse se traduira par un temps d’esprit non connecté…

Dans notre siècle numérique, le vrai luxe sera l’autonomie. La technologie est un formidable serviteur, mais un très mauvais maître. Les entreprises du numérique ont la volonté délibérée de prendre en otage notre attention tout en nous rendant de précieux services. Nous sommes devenus dépendants du shoot de dopamine suscité par les « likes » et les notifications de nos réseaux sociaux. Notre cerveau de chasseur-cueilleur n’a pas été calibré pour cet afflux permanent de sollicitations et de calories. Ses failles sont exploitées avec adresse par les entreprises qui manipulent nos pulsions. La maîtrise de son alimentation est déjà un marqueur social fort : l’épidémie d’obésité que nous connaissons dans tous les pays développés est cruellement liée au niveau social. Désormais, c’est la maîtrise cognitive de soi qui devient cruciale. Les classes sociales supérieures développent une culture d’apprivoisement du numérique à travers le contrôle des écrans qui est paradoxalement la condition d’une utilisation saine.

Avons-nous encore la possibilité d’être libres dans un monde numérique qui a colonisé nos cerveaux ?

Le numérique a aboli la rareté de biens et services autrefois difficiles à obtenir et onéreux. La vidéo et la musique sont disponibles à l’infini et sans effort, comme l’eau ou l’électricité. Dès lors, c’est à nous de fixer une limite à notre consommation. Ce que notre cerveau n’était pas vraiment préparé à faire. Le fondateur de Netflix a dit un jour que son seul concurrent était le sommeil. Où mettre la limite ? Le système lui-même n’en posera jamais : il est réglé pour suivre la plus grande pente de nos désirs. On pensait qu’il suffisait de laisser les gens libres et responsables pour qu’ils prennent des décisions raisonnables. On se rend compte qu’il va surtout falloir beaucoup aider les gens. La Chine a opté pour une solution radicale en interdisant aux mineurs de jouer aux jeux vidéo entre certaines heures et en infligeant de fortes amendes aux jeunes joueurs dépassant les 90 minutes maximum quotidiennes. C’est la solution illibérale par excellence : pour votre bien, l’Etat limite et interdit. Si nous voulons éviter cela, nous devons miser sur la prise de conscience et l’éducation.

Notre cerveau est bien fait. Il élimine ce dont il n’a plus besoin : la mémoire se vide. Nous devons réagir et devenir des spartiates de l’intelligence en plaçant le développement de nos capacités cognitives au cœur de toute notre société

De quelle manière ?

On a besoin que l’école enseigne un nouveau savoir-vivre, au sens plein du terme. Comment maîtriser la technologie pour profiter de ses avantages tout en évitant les dérives cognitives potentielles ? Aujourd’hui, le réflexe, c’est de tout demander à Google. Mais dans ce cas, pourquoi continuer à apprendre ? Notre cerveau est bien fait. Il élimine ce dont il n’a plus besoin : la mémoire se vide. Nous devons réagir et devenir des spartiates de l’intelligence en plaçant le développement de nos capacités cognitives au cœur de toute notre société. La maîtrise de soi doit être complétée par des régulations adaptées. L’Etat doit vous laisser libre, mais aussi vous empêcher de tomber librement dans la servitude. Comme il le fait en interdisant la drogue par exemple. L’action de l’Etat ne doit pas se limiter à essayer de récupérer des miettes fiscales du festin financier des géants du net, ou à ériger d’illusoires remparts censés protéger des acteurs traditionnels. Aguerrir les populations au monde de l’information infinie et affronter les innovations avec courage sont les deux tâches essentielles de l’Etat moderne.

Votre livre dresse un constat assez noir sur l’état actuel du monde et ses perspectives. Etes-vous optimiste concernant l’avenir ?

Je suis optimiste sur la capacité de sursaut et de résilience de nos sociétés à long terme. Mon inquiétude vient plutôt du temps que nous risquons de perdre. Une civilisation mourante finit toujours par accoucher d’une nouvelle civilisation. Mais la traversée des âges obscurs entre les deux peut être plus ou moins longue. Je pense hélas que nous sommes au début d’une de ces phases de métamorphose qui peuvent être très douloureuses, en particulier pour les plus faibles.

Numérique. Un plan européen de 150 milliards

Numérique. Un plan européen de 150 milliards

20 % de l’enveloppe du plan de relance européen devraient être consacrés au développement du numérique d’après la présidente de l’union. Soit environ 150 milliards.

Pour sortir de la crise provoquée par le coronavirus, la relance sera écologique et numérique estime la présidente de la Commission européenne,lors de son premier discours annuel sur l’état de l’Union. Ursula von der Leyen a détaillé la mise en oeuvre du plan de relance européen « Next Generation EU », adopté en juillet et doté d’une enveloppe de 750 milliards d’euros.

 

Trois piliers pour soutenir la stratégie

La stratégie européenne reposera sur trois grands piliers, visant à garantir que l’Europe saisisse l’occasion qui lui est offerte et donne à ses citoyens, à ses entreprises et aux pouvoirs publics la maîtrise de la transformation numérique.

La stratégie numérique de l’UE

  • investira dans les compétences numériques pour tous les Européens
  • protégera les citoyens contre les menaces informatiques (piratage, rançongiciel, usurpation d’identité)
  • veillera à ce que les modes de développement de l’intelligence artificielle respectent les droits des citoyens et soient de nature à gagner leur confiance
  • accélérera le déploiement du haut débit ultrarapide pour les logements, les écoles et les hôpitaux dans l’ensemble de l’UE
  • développera les capacités européennes de calcul intensif afin de mettre au point des solutions innovantes pour la médecine, les transports et l’environnement

« Imaginons un instant cette pandémie sans le numérique. Nous serions en tous en quarantaine, coupés de notre famille, de la société et de notre travail, subissant d’énormes problèmes d’approvisionnement. C’est ce qu’il s’est passé il y a 100 ans lors de la dernière pandémie. »

Numérique : attention à la création de deux mondes

Numérique : attention à la création de deux mondes

Pour éviter l’aggravation de la fracture sociale, il faut créer de nouveaux emplois, l’automatisation devenant non pas le prétexte de la réduction des coûts, mais le moteur d’une qualité de service inédite, affirme dans une tribune au « Monde » François-Xavier Petit, spécialiste de l’innovation numérique.

Tribune.

 

Je suis un acteur du numérique, totalement convaincu des progrès que permet la technologie. Mais souvent, j’ai l’impression d’être dans une bulle, où les start-up, les technologies et l’innovation ne rencontrent pas la réalité sociale de notre pays.

Dans le monde numérique, ce qui saute au visage est « l’automatisation généralisée », pour reprendre l’expression du philosophe Bernard Stiegler décédé le 6 août. Chacun pensera au receveur de péage qui a disparu ou à l’hôte de caisse (150 000 emplois en équivalents temps plein) sur la sellette, malgré le Covid-19.

Mais au-delà des robots-machines, l’automatisation, ce sont aussi les robots-logiciels, à travers les algorithmes, les objets communicants, les capteurs, les réseaux sociaux et l’ensemble de l’appareil de calcul intensif sur données massives (« big data »). Ainsi, l’agent de change qui criait ses ordres boursiers jusqu’en 1998 n’a pas été remplacé par des machines physiques mais par des algorithmes et des serveurs.

On pourrait dire que ce mouvement est normal, que des métiers deviennent obsolètes avec le progrès technique depuis toujours. L’industrie financière n’a-t-elle d’ailleurs pas créé 70 000 emplois entre 2009 et 2015, selon les statistiques du ministère du travail ?

Mais ce qui est propre au moment que nous vivons est que les emplois créés et les emplois détruits n’ont rien à voir en termes de qualification. L’ouvrier agricole qui quittait sa campagne pour rejoindre les usines Renault de Billancourt au début du XXe siècle était formé rapidement à une tâche simple et répétée. Or, dans notre cas, le besoin de qualification explose et fait que ceux dont l’emploi est en trop et ceux dont on aura besoin ne sont pas du tout les mêmes. Ou, pour le dire autrement, transformer une caissière en datascientist ne se fera pas.

Au contraire, ce qui se joue est une réalité plus fracturée, la création de deux mondes du travail très opposés : les surmenés et les surnuméraires.

Les surmenés ont pris le train de l’automatisation, des opportunités qu’elle crée et du mouvement permanent qu’ils apprécient. Mais ils croulent face à l’immensité (passionnante) de la tâche.

Les surnuméraires, eux, ont compris que le processus productif n’a plus besoin d’eux. Pris dans l’accélération, ils vont résister avec l’énergie du désespoir pour conserver ce qui peut l’être. Ils savent que le combat est perdu, mais que faire d’autre que mourir les armes à la main ?

Pour une souveraineté numérique contre les Gafam

Pour une souveraineté numérique contre les Gafam

 

Un article intéressant de Thomas Fauré dans l’Opinion qui réhabilite le concept de souveraineté et la nécessité d’un instrument de prospective.

« Il y a un mois, Emmanuel Macron commémorait les quatre-vingts ans de l’appel du 18 juin 1940. Ce jour-là, le général de Gaulle était seul : sans homme, sans arme, sans argent. Cinq ans plus tard, la France siégeait à la table des vainqueurs.

Aujourd’hui, colonisés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), nous sommes abasourdis. Confortablement installés au cœur de nos sociétés, de nos économies et de nos Etats, ils s’apparentent plus à de soft-occupants, non-violents, pacifiques, bienveillants. En un mot, désarmants. Cependant, nous n’avons pas le choix. Si nous voulons assurer notre souveraineté numérique, nous devons nous battre. Car il n’y a de batailles perdues que celles qui ne sont pas livrées.

Regardons, froidement, c’est-à-dire avec lucidité, qui sont les GAFAM : des empires d’un nouveau genre, concurrents des Etats. Quoi que sans terre, ils sont présents dans le monde entier où ils possèdent les mines d’« or blanc » des données numériques, richesses du XXIsiècle ; ils disposent d’un statut de puissance politique (Facebook se revendique comme le troisième pays de la planète et le Danemark a accrédité un ambassadeur auprès des GAFAM) ; ils font la police sur leurs réseaux et leurs services après en avoir, plus ou moins, codéfini les règles d’usage avec les Etats ; ils n’ont pas besoin d’armée parce que leurs clients sont autant d’alliés ; ils ne sont pas endettés et ils battront bientôt monnaie (le Libra de Facebook ayant été une première tentative). Cerise sur le gâteau : la pandémie de la Covid-19 et le confinement ont renforcé leur domination par le télétravail et la numérisation des économies.

Situation quasi-monopolistique. Dans les faits, les GAFAM, surpuissants, sont devenus hégémoniques et autocratiques. Ils n’ont pas à se soumettre au suffrage des électeurs. Jouissant de situation quasi-monopolistique, ils étendent leurs services à tous les secteurs économiques, notamment la santé, en fonction de leurs seuls intérêts, sans avoir besoin d’en référer à quiconque (parfois aux actionnaires). Et plus ils se diversifient, plus ils se développent, plus ils sont dominants et moins il est facile de les contrôler. Prédateurs, ils rachètent la plupart des applications les menaçant. Dotés de trésoreries pléthoriques, Ils ont intégré dans leur business model de violer les lois territoriales sans crainte de payer des amendes astronomiques. Optimisant les législations fiscales, ils s’exemptent de payer les impôts dus localement, affaiblissant les Etats. Jouant avec les règles, ils proposent souvent la « gratuité » de leurs services, tant aux Etats qu’aux entreprises et aux particuliers. La libre concurrence ainsi faussée, leurs concurrents, notamment européens, ne peuvent plus se battre à armes légales. Enfin, bras « séculier » des Etats-Unis, ils respecteront le Cloud Act permettant à la justice américaine d’accéder aux données stockées sur les serveurs de toutes les sociétés américaines, quel que soit le lieu où elles sont stockées.

Ainsi, les GAFAM sont désormais souverains chez eux, dans le monde entier, c’est-à-dire chez nous. Il est donc urgent de réagir. Parce que notre souveraineté ne peut pas être partielle ; elle est ou elle n’est pas.

La crise de la Covid nous a montré les risques à dépendre de la Chine pour les masques et les médicaments. Qu’en sera-t-il demain de nos données numériques ? Nous n’osons pas l’imaginer. Comment s’assurer que l’administration américaine ne bloquera pas un jour les échanges numériques ? Cela est impossible. Nous n’avons donc pas le choix : si nous voulons rester un peuple libre, nous devons nous donner les moyens de rester indépendant. Nous devons bâtir notre souveraineté numérique, au même titre que nos souverainetés industrielles et militaires. C’est ce que fit le général de Gaulle avec la bombe nucléaire en revenant au pouvoir en 1958. Clé de voûte de la stratégie de défense de la France, « aujourd’hui comme hier, elle garantit notre indépendance, notre liberté d’appréciation, de décision et d’action », a déclaré Emmanuel Macron le 20 février.

A cet égard, soupçonner de « moindre efficacité sanitaire » les performances des entreprises françaises ou européennes, c’est leur faire un procès d’intention. La déclaration de la directrice du Health Data Hub, Stéphanie Combes, est à cet égard maladroite : « Aujourd’hui, on considère que l’on n’a pas d’expert français qui sache répondre à nos problématiques. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sauront pas le faire dans six mois, un an ». Même si, malheureusement, c’est faire injure aux qualités de nos entreprises, au pire, qu’est-ce qu’attendre une année compte tenu de l’enjeu de souveraineté ? Rien.

Aussi, nous comprenons Octave Klaba, président d’OVHcloud, qui a twitté : « C’est la peur de faire confiance aux acteurs français de l’écosystème qui motive ce type de décision. La solution existe toujours. Le lobbying de la religion Microsoft arrive à faire croire le contraire. »

Ce qu’il faut faire : construire notre indépendance avec un nouvel Etat stratège

Le retard pris sur les GAFAM est-il irrattrapable ? Sommes-nous condamnés à être colonisés ? Nous ne le pensons pas. Il n’existe pas de fatalité en politique.

Souvenons-nous que le jour de l’appel du 18 juin, le général de Gaulle ne disposait pas d’un territoire. Pourtant, avec le temps, il fit resurgir une « France libre ». Ne baissons donc pas les bras et ne nous laissons pas endormir

Autorités obsolètes. Longtemps, l’Etat français a eu un outil au service des intérêts des Français : le Commissariat général au plan. Créé par le général de Gaulle en 1946, c’est, notamment, grâce à lui que notre économie a été irriguée d’investissements publics féconds dans tous les secteurs, agriculture, industrie et services. Nos industries des télécoms et du numérique en sont les héritiers directs : ce fut le plan calcul (1966) et le plan télécoms (1975). Depuis, jugé obsolète, le commissariat a disparu pour laisser la place à France Stratégie dont dépend la Commission nationale numérique. Malheureusement, ni l’un ni l’autre, n’ont les moyens et l’autorité pour être une véritable force de frappe.

Par ailleurs, au niveau européen, la France et ses partenaires ont de puissants atouts pour réussir à reconquérir leur souveraineté numérique, à commencer par leurs 512 millions de citoyens-internautes, vitaux pour les GAFAM. A l’aune du changement de paradigme, conséquence de la pandémie de la Covid, les gouvernements ne sont pas démunis et peuvent agir immédiatement en consacrant une partie du plan de relance européen de 1000 milliards d’euros aux entreprises numériques. Parallèlement, ils peuvent voter une fiscalité favorable aux investissements dans le numérique souverain et modifier le Code des marchés publics au profit des entreprises européennes – une règle que les Etats appliquent presque partout dans le monde. Pourquoi pas nous ?

Souvenons-nous que le jour de l’appel du 18 juin, le général de Gaulle ne disposait pas d’un territoire. Pourtant, avec le temps, il fit resurgir une « France libre ». Ne baissons donc pas les bras et ne nous laissons pas endormir. Nous savons que le loup est dans la bergerie, alors mettons tout en œuvre pour l’empêcher de nous dévorer. Pour ça, nous avons des armes, des savoir-faire et de la volonté. C’est ce qu’a fait Cédric O avec l’application StopCovid. A cet égard, il a montré que le développement « made in France » est possible, que quand l’Etat veut, il peut. C’est également ce que le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, déclarait le 31 mars : « Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant. Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne ». Les entrepreneurs du numérique sont prêts à les prendre au mot. C’est ce qu’Octave Klaba écrivait à la fin de son tweet déplorant la décision du Health Data Hub : « C’est un combat. On va continuer et un jour on gagnera». Ce jour, c’est maintenant. Pour une souveraineté numérique pleine et entière.

Vers le tout-numérique?

 Vers le tout-numérique?

Dans une tribune au « Monde », le spécialiste du management Jean-Philippe Bootz estime que la crise sanitaire n’a été qu’un accélérateur de tendances vers le tout numérique

Tribune.

 

Au moment où Airbus supprime quelque 15 000 postes, où l’automobile est à la peine, où la pharmacie et les télécoms annoncent des plans sociaux, quel avenir en France pour les emplois industriels ?

Notre étude, lancée avant la crise sanitaire, dans le cadre du nouvel Observatoire des futurs de Strasbourg, a permis de construire plusieurs scénarios possibles à l’horizon 2030, tenant compte tout à la fois des progrès technologiques, des risques associés, mais aussi des choix politiques effectués. Une étude prospective éclairante dans les temps d’incertitude actuels.

Premier constat : la pandémie a bon dos et ne constitue qu’un accélérateur de tendances.

En l’absence d’intervention politique volontariste, le scénario qui apparaît comme le plus probable est celui d’une désindustrialisation continue, avec à la clé un chômage de masse. Seules des usines hyperrobotisées demeurent sur le territoire français en 2030, avec un petit nombre de salariés de haut niveau assurant la maintenance et la recherche et développement… en attendant que l’intelligence artificielle (IA) prenne le relais.

Les plates-formes sont les maîtres du jeu économique. Elles s’approvisionnent partout dans le monde et monopolisent les ventes de services (qui se sont substituées à la vente de biens), avec des techniques de tracking des consommateurs de plus en plus efficaces et des livraisons toujours plus rapides. Les consommateurs hyperconnectés, autant que précarisés, louent et échangent en continu les dernières nouveautés en s’appuyant sur les recommandations de leurs communautés de marque.

Cette perspective d’un passage au « tout-numérique » s’est très probablement rapprochée avec le confinement que nous venons de vivre. Achats en ligne, téléchargements de films, télétravail et téléenseignement… les consommateurs et les entreprises sont plus connectés qu’ils ne l’ont jamais été.

Ce qui augmente aussi le risque que survienne notre second scénario, celui d’un monde en proie à une cybercriminalité de grande envergure, avec une multiplication des piratages informatiques, des vols de données personnelles et stratégiques, un écroulement de la valeur des cryptomonnaies.

Dans ce scénario noir, beaucoup d’épargnants qui en 2030 utilisaient ces nouvelles monnaies au quotidien se retrouvent ruinés. La pauvreté augmente en flèche. Dans un contexte de crise économique majeure et de repli identitaire, l’Union européenne se désagrège et les Etats prennent le relais en tentant de sauver les emplois.

 

L’enjeu de la dépendance numérique

L’enjeu de la dépendance numérique

 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, université de Louvain insiste sur l’enjeu de la dépendance numérique dans la directive européenne

 

« C’est une directive qui avait fait parler d’elle à l’époque et qui est remise sur le métier : la directive NIS (Network Information Security). C’était la première directive de cybersécurité à l’échelle de l’Union européenne. Elle s’appliquait aux industries critiques des Etats membres : énergie, transport, banques, marché, santé, distribution d’eau mais aussi, sur internet, les places de marché, les outils de recherche sur le net et les clouds. Cette directive oblige les entités qui lui sont soumises à rapporter les incidents de sécurité majeurs (mais n’est-ce pas déjà alors trop tard ?) aux autorités de chaque pays. Bien avant l’échéance prévue, la Commission a décidé d’ouvrir une consultation, visiblement, lit-on entre les lignes, pour renforcer sa portée et ses effets : le Covid-19 est passé par là et a montré encore plus notre dépendance numérique extrême face à un évènement qui n’a rien de digital.

Cette consultation vise, c’est clair, les problèmes rencontrés par la mise en pratique de cette directive. Le principal est la manière dont chaque Etat membre a décidé d’identifier ses opérateurs de services essentiels, ceux qui, au sein de chaque industrie, tombent sous les obligations de cette directive. Autre problème : ces opérateurs sont obligés, Etat membre par Etat membre, de suivre des obligations parfois divergentes en termes de sécurité et de rapportage des incidents. Pour les entreprises actives sur un ou plusieurs Etats, cela vire au cauchemar. Trop de liberté sur les critères de désignation n’a-t-elle pas été laissée aux Etats nationaux?

La Commission a trois options en tête, dans sa consultation :

-  Harmoniser l’identification des opérateurs de services essentiels mais sous forme légère, de lignes directrices et recommandations, sans plus.

-  Imposer cette harmonisation et les règles à appliquer tout en étendant la portée de la directive à d’autres acteurs et ce, en clarifiant par endroits la directive (en espérant que cela donne moins de marges de manœuvre aux Etats membres).

-  Remplacer cette directive par un autre régime plus contraignant avec des règles précises, détaillées, toujours en élargissant les secteurs soumis à la directive.

Parcourons la consultation. La première question vise les objectifs de la directive : améliorer les cyber-capacités des Etats membres, augmenter la coopération et promouvoir une culture de sécurité à travers tous les secteurs vitaux pour l’économie et la société et ce, au niveau européen. La directive a-t-elle bien eu comme valeur ajoutée d’apporter des règles plus efficaces à un niveau européen sachant que les cyberattaques ne connaissent pas de frontières ? Plus intéressant sont les secteurs additionnels auquel la Commission pense pour étendre cette directive : les administrations publiques (jusqu’à quel niveau, local, préfecture, national ?), l’alimentation (distribution : on a vu son importance pendant le Covid-19), le secteur manufacturier, la chimie, le traitement des eaux, les réseaux sociaux (en quoi est-il essentiel, entre nous ?) et les data centers (dont beaucoup d’entreprises en attente d’une migration vers le cloud dépendent encore).

La question est aussi posée pour rapporter plus que les incidents sérieux de sécurité (ceux qui ont eu un impact sur la sécurité). Faut-il aller plus loin, faut-il rapporter aussi les tentatives chez l’un mais qui pourraient réussir chez un autre ? Il suffit de voir comme un rançongiciel peut frapper plusieurs entreprises en même temps, comme la vague qui a atteint MMA entre autres. La Commission se demande aussi si le partage des informations sur des incidents qui ont un impact sur la continuité des services essentiels fonctionne bien entre Etats membres via les CSIRT (Computer Security Incident Response Team). Et si les CSIRT remplissent leur autre rôle d’apporter un support technique lors d’un incident, comme le fait si bien l’ANSSI. Vu l’importance grandissante de l’ICT et de l’internet, faut-il inclure d’autres secteurs et sous-secteurs et faut-il diminuer le seuil de notification des incidents ?

Les PME et TPE

La Commission est aussi préoccupée que les petites et moyennes entreprises sont laissées en dehors du champ de la directive. On le comprend : ce sont les talons d’Achille. Les attaques peuvent commencer par ces entités et se propager vers les plus grandes entreprises qu’elles fournissent et auxquelles elles sont interconnectées. Un effort énorme de sensibilisation et de formations est ici nécessaire.

 

Les opérateurs de services essentiels purement IT (place de marché, moteurs de recherche, clouds) ne sont pas soumis à une régulation ex-ante mais ex-post de la part des Etats membres. Ces derniers ne peuvent vérifier que ces fournisseurs de services numériques essentiels ne remplissent leurs obligations qu’après coup. N’est-ce pas un traitement trop favorable ? La justification est que ces fournisseurs sont forcément actifs sur plusieurs pays et il y aurait cacophonie si chaque Etat membre voulait imposer ses propres règles.

Quand notifier ?

La notification des incidents est-elle efficace se demande ensuite la Commission : les entreprises ont -elles une bonne compréhension de ce qu’est un incident et quand il doit être rapporté ? Est-ce que les critères et les seuils ne diffèrent-ils pas trop par Etat membre? Les Etats membres arrivent-ils à imposer la directive dans les faits ?

Les forums d’échange d’information entre Etats membres sont-ils suffisants via le réseau des CSIRT et le groupe de coopération ? Enfin, la cohérence entre la directive NIS et les autres instruments de l’Union européenne en la matière ne se contredisent-ils pas ? Il y a aussi des forums tels que les PPP et les Sectorial Information Sharing and Analysis Centres (ISACs) qui remplissent déjà ce rôle.

Plus subtil est le partage des vulnérabilités qu’un fabricant de produits ou de services ICT pourrait s’engager à faire et le fait déjà souvent : cela ne serait-il pas plus efficace car ce serait avant même qu’un hacker ne pense à en faire un vecteur d’attaque ? Certains Etats membres ont mis en place, note la Commission, une politique de partage de telles vulnérabilités. Elle songe à l’inclure dans la directive ?

La consultation est ouverte jusqu’au 2 octobre 2020. Elle n’aborde bizarrement pas l’IoT. On sait que la Commission vise aussi à mesurer l’efficacité de chaque Etat membre sur les ressources dédicacées en cyber sécurité et la capacité de mitiger la croissance des menaces de sécurité. La directive devait être transposée pour le 9 mai 2018. Le manque de transposition avait compliqué les tentatives d’harmonisation et la supervision des fournisseurs de services essentiels numériques. Ils étaient notifiés dans le pays où se trouvait le quartier général. Si ce pays trainait dans la transposition, cet opérateur n’avait aucune obligation.

On comprend fort bien que la Commission a décidé de rattraper le retard. Mais ne faut-il dès maintenant imaginer une autre nouvelle version ? C’est l’option 3.

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Pour répondre à la consultation : https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/network-and-information-security-nis-directive

Pour une régulation du numérique

Pour une régulation du numérique 

L’action concertée d’autorités européennes indépendantes doit permettre de tenir l’équilibre entre respect des lois et liberté d’expression, affirment Roch-Olivier Maistre, président du CSA, et son homologue allemand, Tobias Schmid, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune. Nous sommes des Européens. L’un est français, l’autre allemand, et nous œuvrons ensemble pour le respect des valeurs fondamentales européennes dans les médias audiovisuels. Ces valeurs démocratiques qui seront au cœur – rien de moins – de la négociation à venir du Digital Services Act (DSA).

De quoi s’agit-il ? D’un véritable défi. Avec le DSA, la Commission européenne va devoir organiser et actualiser les diverses réglementations européennes liées au numérique, avec la question centrale du degré de régulation nécessaire des plates-formes de partage de contenus pour garantir nos libertés et nos droits dans une société démocratique.

 

Une régulation durable revient à rechercher le juste équilibre entre, d’un côté, le principe cardinal de liberté et, de l’autre, les limitations susceptibles de lui être apportées pour garantir l’intérêt général. Souhaitons-nous une liberté d’expression absolue ? Ou acceptons-nous de lui fixer des limites ? Ce débat est au centre des discussions réglementaires sur les enjeux transnationaux, la lutte contre les contenus haineux et la désinformation. Il a également été au fondement de diverses initiatives législatives nationales, telles que la loi française contre la manipulation de l’information (« loi fake news » ou « loi infox » de décembre 2018), ou la loi allemande sur la haine en ligne (NetzDG) de janvier 2018. 

Il revient aujourd’hui à l’Europe de résoudre cette tension et de proposer une réponse. Pourquoi ? Parce que nous le pouvons, forts de l’héritage de notre histoire mouvementée et de notre attachement profond à cette valeur fondamentale qu’est la liberté. Ce que l’Europe peut apporter à la numérisation de la société, c’est l’idée d’une liberté fondée sur l’Etat de droit. Nous avons besoin de règles pour être libres.

S’agissant du futur cadre réglementaire, la priorité est d’avoir un objectif clair. Pour nous, régulateurs, il s’agit avant tout de garantir la liberté d’expression, tout en protégeant la population contre les violations de la loi en ligne, telles que les atteintes à la dignité humaine, les menaces pesant sur les jeunes et les campagnes de désinformation.

« Souveraineté numérique , enjeu de liberté »

« Souveraineté numérique , enjeu de liberté  »

Face aux géants américains et chinois, la France et l’Europe doivent à la fois innover dans les technologies critiques et protéger les consommateurs et les citoyens, explique le haut fonctionnaire, Thomas Courbe, Directeur général des entreprises ( qui dépend du ministère de l’économie)  dans une tribune au « Monde ».U article intéressant mais qui fait un peu l’impasse qui relève de la souveraineté nationale et ce qui dépend de la souveraineté européenne. De ce point de vue, la récente décision du tribunal et 14 milliards de fiscalités que doit Apple ( avec la complicité de l’Irlande ) permet de s’interroger sur le champ géographique des enjeux de liberté.

 

Tribune.

 

«  La position dominante des géants américains du Web et de leurs concurrents chinois représente un véritable défi pour la France et l’Union européenne. La bataille pour la maîtrise des « technologies clés », illustrée par les tensions sino-américaines, est également décisive. Face à ces enjeux, la souveraineté numérique sera la condition essentielle de notre liberté et de la transformation réussie de notre économie.

Il ne s’agit pas de remettre en cause les liens d’interdépendance nés de la mondialisation, mais bien d’en infléchir les modalités. Les pouvoirs publics agissent en ce sens, guidés par une doctrine simple : maîtriser à la fois les technologies critiques et les règles applicables à l’environnement numérique pour préserver notre indépendance. Par exemple, la nouvelle génération de réseaux de téléphonie mobile (5G) permettra des usages nouveaux, à forte valeur économique, tels que le véhicule autonome ou l’usine connectée, mais engendrera également des risques nouveaux : la loi sur la sécurité des réseaux mobiles, promulguée le 1er août, va ainsi assurer que l’ensemble des équipementiers de téléphonie mobile pour la 5G réponde à nos préoccupations en matière de sécurité.

Maîtriser les technologies critiques, c’est assurer la robustesse de notre environnement numérique, en France et en Europe.

De manière offensive, la France soutient la croissance des secteurs innovants, spécialement à travers ses stratégies pour l’intelligence artificielle et la Blockchain. La mise en place récente d’un « projet important d’intérêt européen commun » dans le domaine de la microélectronique illustre aussi cette ambition. Ce projet crucial pour le développement industriel du futur mobilisera près de 2 milliards d’euros de soutien public et devrait générer 6 milliards d’euros supplémentaires d’investissements privés. Une coopération renforcée avec nos partenaires européens et des investissements publics et privés importants doivent nous permettre, à terme, de concevoir et produire nous-mêmes des technologies sûres et performantes.

Sur un plan défensif, les enjeux liés à notre autonomie stratégique en matière technologique et à la cybersécurité doivent être au cœur de nos réflexions. Les effets du Cloud Act américain de 2018, qui clarifie – et facilite – l’accès des autorités américaines aux données hébergées en dehors des Etats-Unis, sont particulièrement surveillés par les services de l’Etat. Des travaux sont en cours avec le secteur industriel afin d’ajuster les leviers technologiques et juridiques nécessaires à la protection de nos informations stratégiques, notamment en encourageant le développement d’offres de cloud de confiance.«

« Souveraineté numérique et liberté »

« Souveraineté numérique et liberté »

Face aux géants américains et chinois, la France et l’Europe doivent à la fois innover dans les technologies critiques et protéger les consommateurs et les citoyens, explique le haut fonctionnaire, Thomas Courbe, Directeur général des entreprises ( qui dépend du ministère de l’économie)  dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

«  La position dominante des géants américains du Web et de leurs concurrents chinois représente un véritable défi pour la France et l’Union européenne. La bataille pour la maîtrise des « technologies clés », illustrée par les tensions sino-américaines, est également décisive. Face à ces enjeux, la souveraineté numérique sera la condition essentielle de notre liberté et de la transformation réussie de notre économie.

Il ne s’agit pas de remettre en cause les liens d’interdépendance nés de la mondialisation, mais bien d’en infléchir les modalités. Les pouvoirs publics agissent en ce sens, guidés par une doctrine simple : maîtriser à la fois les technologies critiques et les règles applicables à l’environnement numérique pour préserver notre indépendance. Par exemple, la nouvelle génération de réseaux de téléphonie mobile (5G) permettra des usages nouveaux, à forte valeur économique, tels que le véhicule autonome ou l’usine connectée, mais engendrera également des risques nouveaux : la loi sur la sécurité des réseaux mobiles, promulguée le 1er août, va ainsi assurer que l’ensemble des équipementiers de téléphonie mobile pour la 5G réponde à nos préoccupations en matière de sécurité.

Maîtriser les technologies critiques, c’est assurer la robustesse de notre environnement numérique, en France et en Europe.

De manière offensive, la France soutient la croissance des secteurs innovants, spécialement à travers ses stratégies pour l’intelligence artificielle et la blockchain. La mise en place récente d’un « projet important d’intérêt européen commun » dans le domaine de la microélectronique illustre aussi cette ambition. Ce projet crucial pour le développement industriel du futur mobilisera près de 2 milliards d’euros de soutien public et devrait générer 6 milliards d’euros supplémentaires d’investissements privés. Une coopération renforcée avec nos partenaires européens et des investissements publics et privés importants doivent nous permettre, à terme, de concevoir et produire nous-mêmes des technologies sûres et performantes.

Sur un plan défensif, les enjeux liés à notre autonomie stratégique en matière technologique et à la cybersécurité doivent être au cœur de nos réflexions. Les effets du Cloud Act américain de 2018, qui clarifie – et facilite – l’accès des autorités américaines aux données hébergées en dehors des Etats-Unis, sont particulièrement surveillés par les services de l’Etat. Des travaux sont en cours avec le secteur industriel afin d’ajuster les leviers technologiques et juridiques nécessaires à la protection de nos informations stratégiques, notamment en encourageant le développement d’offres de cloud de confiance.« 

« Régulation numérique, quelle éthique de responsabilité »

« Régulation numérique, quelle  éthique de responsabilité »

A une approche technique de la standardisation, les institutions européennes doivent intégrer une forte dimension juridique reposant sur un suivi des technologies dans leur évolution, estime Valérie Hernandez, spécialiste des questions d’économie du numérique, dans une tribune au « Monde ».

Tribune.

 

« Le 8 juin, l’entreprise IBM annonçait qu’elle ne vendrait, ni ne développerait plus de technologies de reconnaissance faciale. Dans la foulée, ce sont deux autres grands industriels du numérique, Amazon et Microsoft, qui lui ont emboîté le pas, annonçant désormais ne plus commercialiser ce type de technologies auprès des forces de police tant que cet usage ne serait pas encadré.

Au-delà du coup d’éclat dans un contexte politique particulièrement vif aux Etats-Unis et avec des forts échos dans le monde entier, ces annonces nous interrogent sur le rapport du secteur de la technologie à l’éthique. Si ces entreprises possédaient déjà des standards éthiques sur les technologies de reconnaissance faciale bien établis, auraient-elles en effet vendu ces technologies aux forces de l’ordre ?

Ce débat nous ramène aux deux formes d’éthique telles que définies par [le sociologue allemand] Max Weber (1864-1920) : une éthique de conviction et une éthique de responsabilité.

La première revient à agir en fonction d’une conviction supérieure qui rend certain de son action.

La seconde revient à agir en fonction des conséquences de ses actes et peut être nourrie également de conviction. L’actualité témoigne d’une incapacité à faire avancer une éthique de responsabilité dans le champ numérique.

Pourtant, les controverses n’ont souvent pas beaucoup d’utilité sociale. Elles tendent à imposer des croyances – positives ou négatives ou mal fondées – qui favorisent peu l’« empowerment » [le pouvoir d’agir] du citoyen. Elles ne permettent pas de remettre en cause des routines d’usage qu’il faudrait questionner : par exemple, des usages de loisirs – à l’instar du « face swapping » [procédé de photomontage] – qui participent de la banalisation de la reconnaissance faciale. Les acteurs sont enfermés dans des convictions et n’avancent pas dans leur responsabilité.

Dans la même veine, les discours sur la souveraineté numérique européenne qui lient l’éthique à une troisième voie européenne demeurent incantatoires. Alors que les droits et libertés fondamentaux, au plus haut niveau de la hiérarchie des normes et promus par le cadre juridique européen, notamment la Charte des droits fondamentaux, doivent être le ferment de cette approche éthique, en pratique, l’application de ce cadre juridique est marquée de profondes faiblesses.

L’Union européenne doit sortir de cette incantation et passer à une éthique de responsabilité. Pour rendre ce cadre efficient et ces principes opérants, notre continent doit se saisir politiquement des enjeux de la standardisation et ne pas la réduire à une discussion technique. Les Etats-Unis et la Chine l’ont bien compris et ont historiquement fait de la normalisation un terrain de bataille entre puissances dans le champ des technologies. »

Plates-formes numérique : quelle régulation du DSA

Plates-formes numérique : quelle régulation du DSA

L’action concertée d’autorités européennes indépendantes doit permettre de tenir l’équilibre entre respect des lois et liberté d’expression, affirment Roch-Olivier Maistre, président du CSA, et son homologue allemand, Tobias Schmid, dans une tribune au monde

Tribune. 

 

« Nous sommes des Européens. L’un est français, l’autre allemand, et nous œuvrons ensemble pour le respect des valeurs fondamentales européennes dans les médias audiovisuels. Ces valeurs démocratiques qui seront au cœur – rien de moins – de la négociation à venir du Digital Services Act (DSA).

De quoi s’agit-il ? D’un véritable défi. Avec le DSA, la Commission européenne va devoir organiser et actualiser les diverses réglementations européennes liées au numérique, avec la question centrale du degré de régulation nécessaire des plates-formes de partage de contenus pour garantir nos libertés et nos droits dans une société démocratique.

Une régulation durable revient à rechercher le juste équilibre entre, d’un côté, le principe cardinal de liberté et, de l’autre, les limitations susceptibles de lui être apportées pour garantir l’intérêt général. Souhaitons-nous une liberté d’expression absolue ? Ou acceptons-nous de lui fixer des limites ? Ce débat est au centre des discussions réglementaires sur les enjeux transnationaux, la lutte contre les contenus haineux et la désinformation. Il a également été au fondement de diverses initiatives législatives nationales, telles que la loi française contre la manipulation de l’information (« loi fake news » ou « loi infox » de décembre 2018), ou la loi allemande sur la haine en ligne (NetzDG) de janvier 2018.

Il revient aujourd’hui à l’Europe de résoudre cette tension et de proposer une réponse. Pourquoi ? Parce que nous le pouvons, forts de l’héritage de notre histoire mouvementée et de notre attachement profond à cette valeur fondamentale qu’est la liberté. Ce que l’Europe peut apporter à la numérisation de la société, c’est l’idée d’une liberté fondée sur l’Etat de droit. Nous avons besoin de règles pour être libres.

S’agissant du futur cadre réglementaire, la priorité est d’avoir un objectif clair. Pour nous, régulateurs, il s’agit avant tout de garantir la liberté d’expression, tout en protégeant la population contre les violations de la loi en ligne, telles que les atteintes à la dignité humaine, les menaces pesant sur les jeunes et les campagnes de désinformation.

Nous appuyant sur notre expérience, nous observons que l’indépendance des autorités de régulation des médias par rapport à l’Etat est bien plus importante que la structure, centrale ou fédérale, des autorités, et que la collaboration étroite et constructive des régulateurs au-delà des frontières nationales est d’une importance capitale. »

 

Taxe numérique: fin des discussions pour l’Amérique

Taxe numérique: fin des discussions pour l’Amérique

Pour les États-Unis la taxe numérique est enterrée LES USA savaient  que cela concernait surtout les grands du numérique, ils évitent ainsi de se soumettre à une disposition fiscale internationale qui leur aurait été défavorable. Nouvelle entourloupe de Trump doute dans le cadre de sa campagne électorale.  il  a en en effet décidé de retirer les États-Unis de la discussion en cours sur le projet d’harmonisation fiscale concernant l’imposition des GAFA. Des groupes informatiques mondiaux qui peuvent choisir en toute liberté le lieu de déclaration et donc de paiement des impôts sans tenir compte de la localisation des clients réels.

Une manière supplémentaire pour Trump d’affirmer son souverainisme fiscal qui tourne maintenant à l’obsession nationaliste dans beaucoup de domaines. Dernier exemple en date, les menaces de trump vis-à-vis des membres de la commission pénale internationale cela pour éviter aux États-Unis d’avoir un jour éventuellement à être jugés des crimes contre l’humanité. Le problème politique actuellement pour Trump  c’est qu’il est en mauvaise posture sur le plan économique mais aussi sur le plan sanitaire et même sécuritaire. Il lui faut donc désigner des boucs émissaires pour masquer les propres insuffisances et désigner ainsi un ennemi virtuel des États-Unis .

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a décidé mercredi de quitter les négociations que mènent près de 140 Etats depuis plusieurs mois pour réformer la fiscalité transfrontalière et l’adapter à l’ère numérique, en dénonçant le manque d’avancées sur le sujet.

Ces discussions, organisées sous l’égide de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), devaient aboutir d’ici à la fin de l’année.

“C’est une provocation vis-à-vis de l’ensemble des partenaires de l’OCDE. On était à quelques centimètres d’un accord sur la taxation des géants du numérique”, a déclaré le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire sur l’antenne de France Inter.

“Qu’est-ce que c’est que cette manière de traiter les alliés des Etats-Unis, de nous menacer systématiquement de sanctions ?”, a-t-il poursuivi.

Le ministre français a précisé avoir adressé une réponse commune avec ses homologues italien, espagnol et britannique au courrier par lequel Steven Mnuchin les avait informés de cette décision, en réaffirmant leur volonté de parvenir à un accord le plus rapidement possible.

De son côté, le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria a appelé dans un communiqué l’ensemble des Etats représentés à poursuivre les discussions en vue de la conclusion d’un accord d’ici la fin de l’année, indispensable pour éviter une “guerre commerciale” particulièrement malvenue alors que l’économie mondiale est déjà lourdement pénalisée par les répercussions de la pandémie liée au nouveau coronavirus.

Faisant écho aux déclarations de Bruno Le Maire, le Trésor britannique et le ministère allemand des Finances ont fait part jeudi de leur détermination à parvenir à une solution internationale.

La porte-parole du gouvernement espagnol, Maria Jesus Montero, a quant à elle affirmé sur les ondes de la radio Cadena SER que les Européens n’accepteraient aucune menace de représailles et que les discussions en cours visaient seulement à définir “un système fiscal ordonné, équitable et adapté à l’époque actuelle”.

Le ministre italien de l’Economie Roberto Gualtieri a assuré sur Twitter être “déterminé à trouver une solution d’ici la fin de l’année avec la France, l’Espagne et le Royaume-Uni, comme décidé dans le cadre du G20”.

A Bruxelles, le commissaire européen aux Affaires économiques et financières Paolo Gentiloni a également réaffirmé sa volonté de parvenir à une solution internationale négociée d’ici la fin de l’année et prévenu que l’Union européenne proposerait sa propre taxe si un accord dans le cadre de l’OCDE s’avérait impossible.

“Nous appliquerons quoi qu’il arrive une taxation aux géants du digital en 2020 parce c’est une question de justice”, a également prévenu Bruno Le Maire.

La France, pionnière sur ce sujet, a instauré sa propre taxe numérique l’an dernier, ce qui lui a déjà valu des menaces de représailles commerciales de la part des Etats-Unis. Les échéances de paiement ont été suspendues jusqu’à la fin de l’année, dans l’attente d’un accord international, mais elles s’appliqueront si les Etats-Unis ne reviennent pas sur leur position et déclenchent un blocage à l’OCDE, a assuré le ministre français.

Les Etats-Unis, ont déjà lancé des enquêtes sur la taxe française visant les entreprises numériques et les projets comparables de plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne, l’Italie et le Brésil. Les résultats de ces investigations pourraient conduire à l’adoption de mesures de rétorsion commerciales à l’encontre des pays concernés.

Dans sa configuration actuelle, le système fiscal international permet entre autres aux géants du numérique comme Google, Amazon, Facebook, Apple ou Microsoft – souvent désignés par l’acronyme “Gafam” – la possibilité de déclarer leurs bénéfices dans des pays à faible taux d’imposition des sociétés comme l’Irlande, indépendamment du pays dans lequel se trouvent leurs utilisateurs.

Taxe numérique: les États-Unis se retirent de la discussion

Taxe numérique: les États-Unis se retirent de la discussion

Nouvelle entourloupe de Trump doute dans le cadre de sa campagne électorale.  il  a en en effet décidé de retirer les États-Unis de la discussion en cours sur le projet d’harmonisation fiscale concernant l’imposition des GAFA. Des groupes informatiques mondiaux qui peuvent choisir en toute liberté le lieu de déclaration et donc de paiement des impôts sans tenir compte de la localisation des clients réels.

Une manière supplémentaire pour Trump d’affirmer son souverainisme fiscal qui tourne maintenant à l’obsession nationaliste dans beaucoup de domaines. Dernier exemple en date, les menaces de trump vis-à-vis des membres de la commission pénale internationale cela pour éviter aux États-Unis d’avoir un jour éventuellement à être jugés des crimes contre l’humanité. Le problème politique actuellement pour Trump  c’est qu’il est en mauvaise posture sur le plan économique mais aussi sur le plan sanitaire et même sécuritaire. Il lui faut donc désigner des boucs émissaires pour masquer les propres insuffisances et désigner ainsi un ennemi virtuel des États-Unis .

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a décidé mercredi de quitter les négociations que mènent près de 140 Etats depuis plusieurs mois pour réformer la fiscalité transfrontalière et l’adapter à l’ère numérique, en dénonçant le manque d’avancées sur le sujet.

Ces discussions, organisées sous l’égide de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), devaient aboutir d’ici à la fin de l’année.

“C’est une provocation vis-à-vis de l’ensemble des partenaires de l’OCDE. On était à quelques centimètres d’un accord sur la taxation des géants du numérique”, a déclaré le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire sur l’antenne de France Inter.

“Qu’est-ce que c’est que cette manière de traiter les alliés des Etats-Unis, de nous menacer systématiquement de sanctions ?”, a-t-il poursuivi.

Le ministre français a précisé avoir adressé une réponse commune avec ses homologues italien, espagnol et britannique au courrier par lequel Steven Mnuchin les avait informés de cette décision, en réaffirmant leur volonté de parvenir à un accord le plus rapidement possible.

De son côté, le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria a appelé dans un communiqué l’ensemble des Etats représentés à poursuivre les discussions en vue de la conclusion d’un accord d’ici la fin de l’année, indispensable pour éviter une “guerre commerciale” particulièrement malvenue alors que l’économie mondiale est déjà lourdement pénalisée par les répercussions de la pandémie liée au nouveau coronavirus.

Faisant écho aux déclarations de Bruno Le Maire, le Trésor britannique et le ministère allemand des Finances ont fait part jeudi de leur détermination à parvenir à une solution internationale.

La porte-parole du gouvernement espagnol, Maria Jesus Montero, a quant à elle affirmé sur les ondes de la radio Cadena SER que les Européens n’accepteraient aucune menace de représailles et que les discussions en cours visaient seulement à définir “un système fiscal ordonné, équitable et adapté à l’époque actuelle”.

Le ministre italien de l’Economie Roberto Gualtieri a assuré sur Twitter être “déterminé à trouver une solution d’ici la fin de l’année avec la France, l’Espagne et le Royaume-Uni, comme décidé dans le cadre du G20”.

A Bruxelles, le commissaire européen aux Affaires économiques et financières Paolo Gentiloni a également réaffirmé sa volonté de parvenir à une solution internationale négociée d’ici la fin de l’année et prévenu que l’Union européenne proposerait sa propre taxe si un accord dans le cadre de l’OCDE s’avérait impossible.

“Nous appliquerons quoi qu’il arrive une taxation aux géants du digital en 2020 parce c’est une question de justice”, a également prévenu Bruno Le Maire.

La France, pionnière sur ce sujet, a instauré sa propre taxe numérique l’an dernier, ce qui lui a déjà valu des menaces de représailles commerciales de la part des Etats-Unis. Les échéances de paiement ont été suspendues jusqu’à la fin de l’année, dans l’attente d’un accord international, mais elles s’appliqueront si les Etats-Unis ne reviennent pas sur leur position et déclenchent un blocage à l’OCDE, a assuré le ministre français.

Les Etats-Unis, ont déjà lancé des enquêtes sur la taxe française visant les entreprises numériques et les projets comparables de plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne, l’Italie et le Brésil. Les résultats de ces investigations pourraient conduire à l’adoption de mesures de rétorsion commerciales à l’encontre des pays concernés.

Dans sa configuration actuelle, le système fiscal international permet entre autres aux géants du numérique comme Google, Amazon, Facebook, Apple ou Microsoft – souvent désignés par l’acronyme “Gafam” – la possibilité de déclarer leurs bénéfices dans des pays à faible taux d’imposition des sociétés comme l’Irlande, indépendamment du pays dans lequel se trouvent leurs utilisateurs.

Almodovar, Lelouch, Dardenne… en guerre contre les géants du numérique

Almodovar, Lelouch, Dardenne… en guerre contre les géants du numérique

Treize réalisateurs du Vieux Continent demandent à la Commission européenne d’imposer une régulation à Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix ou à leurs équivalents chinois.

 

«Exigence des régulations, sanction à la hauteur des enjeux, rapport de force diplomatique, vous avez fait entrevoir, écrivent-ils, que vous étiez prêt à assumer ces démarches vitales afin que les peuples puissent continuer à se raconter, à eux-mêmes et aux autres nations: des histoires originales, inattendues, des dramaturgies particulières, des prototypes loin des sentiers battus et loin des fourches caudines du big data des plates-formes», rappellent les cinéastes qui craignent la banalisation et la marchandisation du divertissement de consommation.

La lettre est signée par Pedro Almodovar, Cristina Comencini, Luc Dardenne, Costa Gavras, Hugo Gelin, Jeanne Herry, Pierre Jolivet, Kamen Kalev, Claude Lelouch, Radu Mihaileanu, Cristian Mungiu, Olivier Nakache et Éric Toledano. Tout en exprimant leur «appréciation» du message de «vigueur» que le commissaire «a adressé au dirigeant de Facebook», ils demandent à Thierry Breton de le rencontrer «pour inventer ensemble les solutions innovantes, audacieuses et concrètes».

 «Nous croyons davantage à l’union des forces qu’à la verticalité, fusse-t-elle vertueuse», notent-ils. «L’Amérique avait bien compris ces enjeux culturels et industriels en imposant son cinéma à travers le plan Marshall (…) Aujourd’hui, ses industriels s’appellent les GAFAN (NDLR: Google, Apple, Facebook, Amazon et Netflix) et ils sont mille fois plus puissants. Et le confinement leur a permis de s’enrichir toujours plus», argumentent les réalisateurs. «Les peuples européens (…) ont bien compris aussi qu’en échappant à l’impôt, les GAFAN contribuaient si peu au financement des hôpitaux, de l’éducation et à tous les mécanismes vitaux des démocraties européennes».

«Abandonner ce combat, insistent les cinéastes, c’est ouvrir la voie aux Big Brothers, c’est accepter qu’insidieusement notre culture européenne disparaisse dans une distraction permanente, réduisant définitivement les citoyens en consommateurs. Les champions numériques, qu’ils soient chinois ou américains, pourront alors (…) dérouler dans les autres domaines car ils auront colonisé les esprits européens».

À lire aussi : Désinformation : l’UE appelle les géants du net à en faire plus et soutient Twitter face à Trump

US:  proposent une loi contre les grandes plateformes internet

 

«Pendant trop longtemps, les géants de la tech comme Twitter, Google et Facebook ont utilisé leur pouvoir pour museler la parole politique des conservateurs», accuse le sénateur républicain Josh Hawley dans un communiqué. Avec trois autres sénateurs du même camp, il a présenté une loi qui permettrait aux utilisateurs des plateformes de les poursuivre en justice «si elles appliquent leurs règles de façon injuste ou inéquitable».

Cette proposition intervient quelques semaines après une confrontation sans précédent entre Donald Trump et Twitter, qui a épinglé des messages du président américain comme «trompeurs» et faisant «l’apologie de la violence». Excédé, le locataire de la Maison Blanche, suivi par 82 millions d’utilisateurs sur son réseau de prédilection, avait réagi en signant un décret s’attaquant à la Section 230 du «Communications Decency Act». Pierre angulaire de l’internet américain, elle offre aux réseaux sociaux une immunité contre toute poursuite judiciaire liée aux contenus publiés par des tiers et leur donne la liberté de fixer leurs propres règles d’intervention vis-à-vis des contenus problématiques.

Le décret cherche à modifier le champ d’application de cette loi de 1996 et affirme que l’immunité ne peut s’étendre à ceux qui pratiquent la «censure de certains points de vue». La proposition de Josh Hawley veut retirer cette protection aux services qui «restreignent l’accès ou la disponibilité d’un contenu (…) à l’aide d’un algorithme qui applique de façon sélective» leur règlement. Josh Hawley appelle ainsi les plateformes à faire preuve de «bonne foi», sous peine de perdre leur immunité et de payer des amendes.

Technologie «Un risque de corona numérique»

Technologie «Un risque de  corona numérique»

Pierre Bessé , expert en cyberséurité, spécialisé dans le pilotage des risques pour les ETI et les grands groupes notamment du domaine de l’énergie, de l’agroalimentaire ou de l’automobile attire l’attention dans l’Opinion sur les risque d’une cyberattaques d’envergure

Nous sortons à peine d’une période de confinement causée par une pandémie. Et selon vous, nous devons déjà être en alerte sur d’autres risques.

 

Le contexte de la pandémie a amplifié le risque de cyberattaques préexistant. Ce risque n’est pas né avec le Covid-19 et le confinement, il est présent depuis des années, mais il s’est accru avec le travail à distance et sa mise en œuvre dans la précipitation. Les entreprises se sont organisées dans l’urgence. Cela a fonctionné, mais a aussi fragilisé leurs infrastructures tech. Avec la pandémie, le monde a découvert et affronté un péril nouveau. On a dû arrêter l’économie planétaire, créer des pertes financières colossales dont on maîtrise mal encore le chiffrage. Et pourtant, des alertes existaient, que personne n’a vraiment écoutées et prises en compte. Pour les cyberattaques, on est exactement dans le même schéma. Les experts alertent, mais personne n’écoute.

 

Quelle est la réalité de la cybermenace sur nos économies ?

Le risque numérique, cela fait une dizaine d’années qu’il plane. Il s’est accéléré depuis 2017 et le surgissement de Wanna Cry et Petya, des malware qui ont infecté des régions entières. Ils ont, par exemple, causé 240 millions de pertes chez Saint-Gobain, paralysé Renault pendant plusieurs jours et bloqué le système informatique d’hôpitaux en Angleterre. Puis, la vie est revenue à la normale, le temps est passé. Et d’autres attaques ont eu lieu : depuis janvier 2019, on en a dénombré des dizaines, de tous ordres. L’attaque du réseau hydraulique en Israël. Celle de la société de services informatiques Altran qui a été arrêté 28 jours dans 34 pays, son système d’information bloqué, verrouillé de l’extérieur. La société Eurofins a enregistré 70 millions d’euros de pertes après une attaque ciblée par malware. Fleury Michon a vu son cloud pris d’assaut. Bouygues construction a subi une attaque en janvier dernier, elle a laissé 3 200 collaborateurs sans accès aux ressources numériques de l’entreprise. En avril, c’est la chaîne hôtelière Mariott qui a été piratée : 5,2 millions de données clients ont été volées, c’était la deuxième vague d’attaque sur le groupe. La semaine passée, chez Easyjet, des hackers ont siphonné les données de 9 millions de clients, ce qui va probablement valoir au groupe une class action à 20 milliards de dollars aux Etats Unis. Tous ces événements, qui se répètent, s’accélèrent, restent traités par les entreprises comme l’équivalent de la grippe saisonnière chez les humains, avec fatalisme. Pas plus que les gens qui en ont été malades ne se vaccinent préventivement l’année suivante en France contre la grippe qui fait pourtant des morts chaque année, les entreprises ne changent leurs pratiques après une attaque. Elles s’en sortent en dépensant beaucoup mais ne réagissent pas. Le quotidien reprend ses droits. En 2018, nous avons sondé les ETI : 70 % des entreprises reconnaissaient avoir été attaquées, mais seules 30 % en ont tiré des conséquences en investissant pour renforcer la robustesse de leur système ou la formation des équipes. Elles sont à la merci de la menace, bien plus sévère, d’une pandémie numérique.

« Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée »

De quelle nature est la menace ?

Elle pourrait être globale, ou locale, cibler par exemple les réseaux d’eau ou d’électricité, ce sont des scénarios envisagés par les autorités. Elle pourrait venir d’un groupe terroriste, d’un Etat malfaisant. Une cyberattaque ne durerait sans doute pas deux mois et demi, comme le Covid-19, mais dix jours. On s’en sortirait sans doute… Mais les conséquences économiques et sociales pourraient être bien plus violentes que le Covid. Nous n’échapperons pas à un équivalent numérique du Covid-19 et nous devons vite nous servir de ce que nous avons appris pour y faire face. La 5G va accélérer sa survenue. Il y aura 25 milliards objets connectés en 2021 et, en 2029, probablement 150 milliards. Ce sont autant de portes d’entrées et de failles pour la propagation d’un virus.

Face à ce risque cyber, que faut-il faire ? Comment se préparer ?

 

Beaucoup de choses se font déjà, au niveau des Etats, mais il faut faire plus, accélérer la mise en place des procédures de réponse et de réaction. Il faut travailler sur des scénarios pour ne pas être démunis lorsque l’attaque surviendra. L’Etat doit vite construire des systèmes de protection et de résilience, comme c’est le cas pour les pandémies, les attentats terroristes. Des process à déployer en cas d’attaque. En France, l’Ansii, l’agence de sécurité informatique, mobilise de cercles de travail et de réflexion au niveau européen. L’écosystème maritime a créé des cellules, des initiatives multiples face à ce risque émergent. Mais les entreprises et les particuliers ne sont pas du tout dans le coup. Ils ignorent jusqu’à l’existence de la menace. Ils doivent apprendre à se protéger, à protéger leur écosystème numérique. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée. On a implanté dans notre culture, rapidement, la nécessité du port des masques et l’usage du gel hydroalcoolique ! La cybermenace doit être traitée de la même façon, d’autant que les failles sont, pour beaucoup identifiables (phishing, malware, ransomware). On pourrait mieux prévenir si on formait les populations à la prophylaxie numérique. Il faut ancrer des habitudes sanitaires face aux ordinateurs et aux objets connectés. Même les jeunes générations les ignorent.

 

 

Virus Technologie «Un risque de corona numérique»

Virus Technologie «Un risque de  corona numérique»

Pierre Bessé , expert en cyberséurité, spécialisé dans le pilotage des risques pour les ETI et les grands groupes notamment du domaine de l’énergie, de l’agroalimentaire ou de l’automobile attire l’attention dans l’Opinion sur les risque d’une cyberattaques d’envergure

Nous sortons à peine d’une période de confinement causée par une pandémie. Et selon vous, nous devons déjà être en alerte sur d’autres risques.

Le contexte de la pandémie a amplifié le risque de cyberattaques préexistant. Ce risque n’est pas né avec le Covid-19 et le confinement, il est présent depuis des années, mais il s’est accru avec le travail à distance et sa mise en œuvre dans la précipitation. Les entreprises se sont organisées dans l’urgence. Cela a fonctionné, mais a aussi fragilisé leurs infrastructures tech. Avec la pandémie, le monde a découvert et affronté un péril nouveau. On a dû arrêter l’économie planétaire, créer des pertes financières colossales dont on maîtrise mal encore le chiffrage. Et pourtant, des alertes existaient, que personne n’a vraiment écoutées et prises en compte. Pour les cyberattaques, on est exactement dans le même schéma. Les experts alertent, mais personne n’écoute.

Quelle est la réalité de la cybermenace sur nos économies ?

Le risque numérique, cela fait une dizaine d’années qu’il plane. Il s’est accéléré depuis 2017 et le surgissement de Wanna Cry et Petya, des malware qui ont infecté des régions entières. Ils ont, par exemple, causé 240 millions de pertes chez Saint-Gobain, paralysé Renault pendant plusieurs jours et bloqué le système informatique d’hôpitaux en Angleterre. Puis, la vie est revenue à la normale, le temps est passé. Et d’autres attaques ont eu lieu : depuis janvier 2019, on en a dénombré des dizaines, de tous ordres. L’attaque du réseau hydraulique en Israël. Celle de la société de services informatiques Altran qui a été arrêté 28 jours dans 34 pays, son système d’information bloqué, verrouillé de l’extérieur. La société Eurofins a enregistré 70 millions d’euros de pertes après une attaque ciblée par malware. Fleury Michon a vu son cloud pris d’assaut. Bouygues construction a subi une attaque en janvier dernier, elle a laissé 3 200 collaborateurs sans accès aux ressources numériques de l’entreprise. En avril, c’est la chaîne hôtelière Mariott qui a été piratée : 5,2 millions de données clients ont été volées, c’était la deuxième vague d’attaque sur le groupe. La semaine passée, chez Easyjet, des hackers ont siphonné les données de 9 millions de clients, ce qui va probablement valoir au groupe une class action à 20 milliards de dollars aux Etats Unis. Tous ces événements, qui se répètent, s’accélèrent, restent traités par les entreprises comme l’équivalent de la grippe saisonnière chez les humains, avec fatalisme. Pas plus que les gens qui en ont été malades ne se vaccinent préventivement l’année suivante en France contre la grippe qui fait pourtant des morts chaque année, les entreprises ne changent leurs pratiques après une attaque. Elles s’en sortent en dépensant beaucoup mais ne réagissent pas. Le quotidien reprend ses droits. En 2018, nous avons sondé les ETI : 70 % des entreprises reconnaissaient avoir été attaquées, mais seules 30 % en ont tiré des conséquences en investissant pour renforcer la robustesse de leur système ou la formation des équipes. Elles sont à la merci de la menace, bien plus sévère, d’une pandémie numérique.

« Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée »

De quelle nature est la menace ?

Elle pourrait être globale, ou locale, cibler par exemple les réseaux d’eau ou d’électricité, ce sont des scénarios envisagés par les autorités. Elle pourrait venir d’un groupe terroriste, d’un Etat malfaisant. Une cyberattaque ne durerait sans doute pas deux mois et demi, comme le Covid-19, mais dix jours. On s’en sortirait sans doute… Mais les conséquences économiques et sociales pourraient être bien plus violentes que le Covid. Nous n’échapperons pas à un équivalent numérique du Covid-19 et nous devons vite nous servir de ce que nous avons appris pour y faire face. La 5G va accélérer sa survenue. Il y aura 25 milliards objets connectés en 2021 et, en 2029, probablement 150 milliards. Ce sont autant de portes d’entrées et de failles pour la propagation d’un virus.

Face à ce risque cyber, que faut-il faire ? Comment se préparer ?

Beaucoup de choses se font déjà, au niveau des Etats, mais il faut faire plus, accélérer la mise en place des procédures de réponse et de réaction. Il faut travailler sur des scénarios pour ne pas être démunis lorsque l’attaque surviendra. L’Etat doit vite construire des systèmes de protection et de résilience, comme c’est le cas pour les pandémies, les attentats terroristes. Des process à déployer en cas d’attaque. En France, l’Ansii, l’agence de sécurité informatique, mobilise de cercles de travail et de réflexion au niveau européen. L’écosystème maritime a créé des cellules, des initiatives multiples face à ce risque émergent. Mais les entreprises et les particuliers ne sont pas du tout dans le coup. Ils ignorent jusqu’à l’existence de la menace. Ils doivent apprendre à se protéger, à protéger leur écosystème numérique. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée. On a implanté dans notre culture, rapidement, la nécessité du port des masques et l’usage du gel hydroalcoolique ! La cybermenace doit être traitée de la même façon, d’autant que les failles sont, pour beaucoup identifiables (phishing, malware, ransomware). On pourrait mieux prévenir si on formait les populations à la prophylaxie numérique. Il faut ancrer des habitudes sanitaires face aux ordinateurs et aux objets connectés. Même les jeunes générations les ignorent.

 

Technologie «Un risque de corona numérique»

Technologie «Un risque de  corona numérique»

Pierre Bessé , expert en cyberséurité, spécialisé dans le pilotage des risques pour les ETI et les grands groupes notamment du domaine de l’énergie, de l’agroalimentaire ou de l’automobile attire l’attention dans l’Opinion sur les risque d’une cyberattaques d’envergure

Nous sortons à peine d’une période de confinement causée par une pandémie. Et selon vous, nous devons déjà être en alerte sur d’autres risques.

Le contexte de la pandémie a amplifié le risque de cyberattaques préexistant. Ce risque n’est pas né avec le Covid-19 et le confinement, il est présent depuis des années, mais il s’est accru avec le travail à distance et sa mise en œuvre dans la précipitation. Les entreprises se sont organisées dans l’urgence. Cela a fonctionné, mais a aussi fragilisé leurs infrastructures tech. Avec la pandémie, le monde a découvert et affronté un péril nouveau. On a dû arrêter l’économie planétaire, créer des pertes financières colossales dont on maîtrise mal encore le chiffrage. Et pourtant, des alertes existaient, que personne n’a vraiment écoutées et prises en compte. Pour les cyberattaques, on est exactement dans le même schéma. Les experts alertent, mais personne n’écoute.

Quelle est la réalité de la cybermenace sur nos économies ?

Le risque numérique, cela fait une dizaine d’années qu’il plane. Il s’est accéléré depuis 2017 et le surgissement de Wanna Cry et Petya, des malware qui ont infecté des régions entières. Ils ont, par exemple, causé 240 millions de pertes chez Saint-Gobain, paralysé Renault pendant plusieurs jours et bloqué le système informatique d’hôpitaux en Angleterre. Puis, la vie est revenue à la normale, le temps est passé. Et d’autres attaques ont eu lieu : depuis janvier 2019, on en a dénombré des dizaines, de tous ordres. L’attaque du réseau hydraulique en Israël. Celle de la société de services informatiques Altran qui a été arrêté 28 jours dans 34 pays, son système d’information bloqué, verrouillé de l’extérieur. La société Eurofins a enregistré 70 millions d’euros de pertes après une attaque ciblée par malware. Fleury Michon a vu son cloud pris d’assaut. Bouygues construction a subi une attaque en janvier dernier, elle a laissé 3 200 collaborateurs sans accès aux ressources numériques de l’entreprise. En avril, c’est la chaîne hôtelière Mariott qui a été piratée : 5,2 millions de données clients ont été volées, c’était la deuxième vague d’attaque sur le groupe. La semaine passée, chez Easyjet, des hackers ont siphonné les données de 9 millions de clients, ce qui va probablement valoir au groupe une class action à 20 milliards de dollars aux Etats Unis. Tous ces événements, qui se répètent, s’accélèrent, restent traités par les entreprises comme l’équivalent de la grippe saisonnière chez les humains, avec fatalisme. Pas plus que les gens qui en ont été malades ne se vaccinent préventivement l’année suivante en France contre la grippe qui fait pourtant des morts chaque année, les entreprises ne changent leurs pratiques après une attaque. Elles s’en sortent en dépensant beaucoup mais ne réagissent pas. Le quotidien reprend ses droits. En 2018, nous avons sondé les ETI : 70 % des entreprises reconnaissaient avoir été attaquées, mais seules 30 % en ont tiré des conséquences en investissant pour renforcer la robustesse de leur système ou la formation des équipes. Elles sont à la merci de la menace, bien plus sévère, d’une pandémie numérique.

« Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée »

De quelle nature est la menace ?

Elle pourrait être globale, ou locale, cibler par exemple les réseaux d’eau ou d’électricité, ce sont des scénarios envisagés par les autorités. Elle pourrait venir d’un groupe terroriste, d’un Etat malfaisant. Une cyberattaque ne durerait sans doute pas deux mois et demi, comme le Covid-19, mais dix jours. On s’en sortirait sans doute… Mais les conséquences économiques et sociales pourraient être bien plus violentes que le Covid. Nous n’échapperons pas à un équivalent numérique du Covid-19 et nous devons vite nous servir de ce que nous avons appris pour y faire face. La 5G va accélérer sa survenue. Il y aura 25 milliards objets connectés en 2021 et, en 2029, probablement 150 milliards. Ce sont autant de portes d’entrées et de failles pour la propagation d’un virus.

Face à ce risque cyber, que faut-il faire ? Comment se préparer ?

Beaucoup de choses se font déjà, au niveau des Etats, mais il faut faire plus, accélérer la mise en place des procédures de réponse et de réaction. Il faut travailler sur des scénarios pour ne pas être démunis lorsque l’attaque surviendra. L’Etat doit vite construire des systèmes de protection et de résilience, comme c’est le cas pour les pandémies, les attentats terroristes. Des process à déployer en cas d’attaque. En France, l’Ansii, l’agence de sécurité informatique, mobilise de cercles de travail et de réflexion au niveau européen. L’écosystème maritime a créé des cellules, des initiatives multiples face à ce risque émergent. Mais les entreprises et les particuliers ne sont pas du tout dans le coup. Ils ignorent jusqu’à l’existence de la menace. Ils doivent apprendre à se protéger, à protéger leur écosystème numérique. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée. On a implanté dans notre culture, rapidement, la nécessité du port des masques et l’usage du gel hydroalcoolique ! La cybermenace doit être traitée de la même façon, d’autant que les failles sont, pour beaucoup identifiables (phishing, malware, ransomware). On pourrait mieux prévenir si on formait les populations à la prophylaxie numérique. Il faut ancrer des habitudes sanitaires face aux ordinateurs et aux objets connectés. Même les jeunes générations les ignorent.

 

 

Thierry Breton peut-il imposer la censure aux géants du numérique

Thierry Breton peut-il imposer la censure aux géants du numérique

L’éternel problème des fake  news, des nouvelles approximatives voire de l’ intoxication pure et simple refait surface avec la promesse du commissaire européen Thierry Breton d’imposer aux géants du numérique le nettoyage des informations sur Internet.  On peut sans doute se féliciter d’une certaine régulation de l’information sur Internet ; le pire côtoie le meilleur, la vérité côtoie le mensonge voir l’infâme. C’est une chose de vouloir réguler les excès, c’est évidemment autre chose que d’envisager une régulation qui rétablirait en quelque sorte une forme de censure. Il n’est en effet pas évident trouver des critères pertinents pour juger de la fiabilité d’une information. Ce ne sont pas en tout cas les algorithmes de Facebook destiné à remplacer les journalistes qui pourront effectuer ce travail de manière lucide, indépendante et démocratique. On n’en a la démonstration actuellement avec la volonté du président des États-Unis d’établir un contrôle systématique des informations des réseaux Internet. Une tâche évidemment impossible et surtout particulièrement anti démocratique. On  voit mal quel autorité- supposée indépendante- pourrait juger de  la pertinence ou non d’une information par ailleurs parfois complexe et qui peut justifier la controverse.  Le mois dernier, le commissaire européen avait prévenu Mark Zuckerberg, le directeur général de Facebook, qu’avec lui les “fakes news” n’auraient plus de tribune sur internet.

Mardi, il a salué la volonté de Jack Dorsey, le directeur général de Twitter, d’endosser la responsabilité des décisions incombant à son groupe.“Je me suis également entretenu hier avec le directeur général de Twitter, Jack Dorsey, à ce sujet et j’ai salué son engagement lorsqu’il a publiquement tweeté: ‘Il y a quelqu’un qui est responsable à la fin de nos actions en tant qu’entreprise, et c’est moi’”, dira également Thierry Breton sur son blog. Le tweet de Jack Dorsey répondait à une polémique entre Twitter et Donald Trump, le réseau social ayant décidé de placer un avertissement sur les messages du président américain pour inciter les internautes à vérifier la véracité de ses affirmations.

«Un risque de corona numérique»

«Un risque de  corona numérique»

Pierre Bessé , expert en cyberséurité, spécialisé dans le pilotage des risques pour les ETI et les grands groupes notamment du domaine de l’énergie, de l’agroalimentaire ou de l’automobile attire l’attention dans l’Opinion sur les risque d’une cyberattaques d’envergure

Nous sortons à peine d’une période de confinement causée par une pandémie. Et selon vous, nous devons déjà être en alerte sur d’autres risques.

Le contexte de la pandémie a amplifié le risque de cyberattaques préexistant. Ce risque n’est pas né avec le Covid-19 et le confinement, il est présent depuis des années, mais il s’est accru avec le travail à distance et sa mise en œuvre dans la précipitation. Les entreprises se sont organisées dans l’urgence. Cela a fonctionné, mais a aussi fragilisé leurs infrastructures tech. Avec la pandémie, le monde a découvert et affronté un péril nouveau. On a dû arrêter l’économie planétaire, créer des pertes financières colossales dont on maîtrise mal encore le chiffrage. Et pourtant, des alertes existaient, que personne n’a vraiment écoutées et prises en compte. Pour les cyberattaques, on est exactement dans le même schéma. Les experts alertent, mais personne n’écoute.

Quelle est la réalité de la cybermenace sur nos économies ?

Le risque numérique, cela fait une dizaine d’années qu’il plane. Il s’est accéléré depuis 2017 et le surgissement de Wanna Cry et Petya, des malware qui ont infecté des régions entières. Ils ont, par exemple, causé 240 millions de pertes chez Saint-Gobain, paralysé Renault pendant plusieurs jours et bloqué le système informatique d’hôpitaux en Angleterre. Puis, la vie est revenue à la normale, le temps est passé. Et d’autres attaques ont eu lieu : depuis janvier 2019, on en a dénombré des dizaines, de tous ordres. L’attaque du réseau hydraulique en Israël. Celle de la société de services informatiques Altran qui a été arrêté 28 jours dans 34 pays, son système d’information bloqué, verrouillé de l’extérieur. La société Eurofins a enregistré 70 millions d’euros de pertes après une attaque ciblée par malware. Fleury Michon a vu son cloud pris d’assaut. Bouygues construction a subi une attaque en janvier dernier, elle a laissé 3 200 collaborateurs sans accès aux ressources numériques de l’entreprise. En avril, c’est la chaîne hôtelière Mariott qui a été piratée : 5,2 millions de données clients ont été volées, c’était la deuxième vague d’attaque sur le groupe. La semaine passée, chez Easyjet, des hackers ont siphonné les données de 9 millions de clients, ce qui va probablement valoir au groupe une class action à 20 milliards de dollars aux Etats Unis. Tous ces événements, qui se répètent, s’accélèrent, restent traités par les entreprises comme l’équivalent de la grippe saisonnière chez les humains, avec fatalisme. Pas plus que les gens qui en ont été malades ne se vaccinent préventivement l’année suivante en France contre la grippe qui fait pourtant des morts chaque année, les entreprises ne changent leurs pratiques après une attaque. Elles s’en sortent en dépensant beaucoup mais ne réagissent pas. Le quotidien reprend ses droits. En 2018, nous avons sondé les ETI : 70 % des entreprises reconnaissaient avoir été attaquées, mais seules 30 % en ont tiré des conséquences en investissant pour renforcer la robustesse de leur système ou la formation des équipes. Elles sont à la merci de la menace, bien plus sévère, d’une pandémie numérique.

« Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée »

De quelle nature est la menace ?

Elle pourrait être globale, ou locale, cibler par exemple les réseaux d’eau ou d’électricité, ce sont des scénarios envisagés par les autorités. Elle pourrait venir d’un groupe terroriste, d’un Etat malfaisant. Une cyberattaque ne durerait sans doute pas deux mois et demi, comme le Covid-19, mais dix jours. On s’en sortirait sans doute… Mais les conséquences économiques et sociales pourraient être bien plus violentes que le Covid. Nous n’échapperons pas à un équivalent numérique du Covid-19 et nous devons vite nous servir de ce que nous avons appris pour y faire face. La 5G va accélérer sa survenue. Il y aura 25 milliards objets connectés en 2021 et, en 2029, probablement 150 milliards. Ce sont autant de portes d’entrées et de failles pour la propagation d’un virus.

Face à ce risque cyber, que faut-il faire ? Comment se préparer ?

Beaucoup de choses se font déjà, au niveau des Etats, mais il faut faire plus, accélérer la mise en place des procédures de réponse et de réaction. Il faut travailler sur des scénarios pour ne pas être démunis lorsque l’attaque surviendra. L’Etat doit vite construire des systèmes de protection et de résilience, comme c’est le cas pour les pandémies, les attentats terroristes. Des process à déployer en cas d’attaque. En France, l’Ansii, l’agence de sécurité informatique, mobilise de cercles de travail et de réflexion au niveau européen. L’écosystème maritime a créé des cellules, des initiatives multiples face à ce risque émergent. Mais les entreprises et les particuliers ne sont pas du tout dans le coup. Ils ignorent jusqu’à l’existence de la menace. Ils doivent apprendre à se protéger, à protéger leur écosystème numérique. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent acculturer tous les collaborateurs, et globalement toute la population, afin qu’ils adoptent la posture adaptée. On a implanté dans notre culture, rapidement, la nécessité du port des masques et l’usage du gel hydroalcoolique ! La cybermenace doit être traitée de la même façon, d’autant que les failles sont, pour beaucoup identifiables (phishing, malware, ransomware). On pourrait mieux prévenir si on formait les populations à la prophylaxie numérique. Il faut ancrer des habitudes sanitaires face aux ordinateurs et aux objets connectés. Même les jeunes générations les ignorent.

 

 

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