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Géopolitique : Quels risques de guerre nucléaire ?

Géopolitique : Quels risques de guerre nucléaire  ?

Les menaces proférées par Vladimir Poutine, ce 21 septembre, ne doivent pas être balayées d’un revers de la main. Aux yeux du Kremlin, l’emploi de l’arme nucléaire en premier n’est pas tabou. Par Cyrille Bret, Sciences Po

 

Ce 21 septembre, Vladimir Poutine a réitéré une menace qu’il avait déjà exprimée fin février, au tout début de l’invasion de l’Ukraine, quand il avait mis en état d’alerte les unités des forces armées russes en charge des armements nucléaires : si l’intégrité territoriale de la Russie est menacée, a-t-il assuré, il n’exclut pas le recours aux armes nucléaires.

Au moment même où, à New York, les chefs d’État du monde entier se succèdent à la tribune de la 77ᵉ Assemblée générale des Nations unies, appelant à la cessation des hostilités, il choisit, lui, de reprendre l’offensive en franchissant un nouveau cran dans la rhétorique très codée de l’arme nucléaire.

Face à ce qu’ils considèrent comme une récidive ou une rechute, les Occidentaux se partagent à nouveau entre incrédulité horrifiée et le scepticisme inquiet. Le sérieux des déclarations du président russe est, comme en février, mis en doute. « Bluff », « dérapage », « outrance », « exagération », etc. : les interprétations visant à minimiser le risque nucléaire vont bon train.

Les sceptiques ont raison de souligner qu’un usage – même circonscrit – de l’arme nucléaire aurait des conséquences dévastatrices pour Vladimir Poutine : il serait immédiatement privé de ses soutiens – déjà réticents – en Chine et en Inde ; il s’exposerait à une très large réprobation interne, à l’heure où l’opposition à la guerre se manifeste dans les rues (quelque 1 300 personnes ont été interpellées au soir du 21 septembre) ; et, surtout, il risquerait une réplique directe de la part des puissances nucléaires qui soutiennent l’Ukraine : États-Unis, Royaume-Uni et France.

Faut-il pour autant congédier comme irréel le spectre d’une attaque nucléaire russe ? Ou bien serait-il plus avisé de considérer ce qui, aujourd’hui, rend la perspective de l’emploi de l’arme nucléaire moins taboue qu’avant le début de la guerre en Ukraine ?

Trois éléments se conjuguent aujourd’hui pour abaisser le seuil nucléaire aux yeux du Kremlin : premièrement, cette menace prend corps dans un contexte où la Russie est largement en échec dans son « opération militaire spéciale » ; deuxièmement, Moscou n’a cessé depuis des années, et plus encore depuis février dernier, de rompre avec les méthodes conventionnelles de la conduite de la guerre ; enfin, à titre personnel, Vladimir Poutine se montre, en brandissant la menace nucléaire, fidèle à l’image qu’il cherche à imposer depuis des années – celle d’un homme qui, au nom de sa vision du monde et de la place que son pays doit selon lui y occuper, est prêt à absolument tout.

Envisagée depuis le Kremlin, la situation militaire oriente le pouvoir russe vers des moyens d’extrême urgence. En effet, la Russie s’est montrée incapable, en plusieurs mois, d’atteindre ses objectifs stratégiques par le moyen d’une campagne militaire conventionnelle.

Malgré la modernisation de ses forces armées depuis une décennie, malgré l’aguerrissement de ses officiers sur le théâtre syrien, malgré la combinaison de cyberattaques et de campagnes de désinformation en complément des opérations militaires classiques, la Russie n’a ni pris Kiev, ni brisé la résistance nationale ukrainienne, ni même conservé ses gains territoriaux face aux contre-offensives déclenchées depuis un mois.

La tentation de recourir à des moyens non conventionnels s’accroît quand la victoire militaire conventionnelle se dérobe et le spectre d’une défaite se profile. De fait, les opérations ukrainiennes menées dans les zones de Kharkiv (au nord-est) et de Kherson (dans le sud) visent explicitement à remporter la « victoire » contre la Russie.

Pour les Ukrainiens, « victoire » signifie une reconquête intégrale du territoire national issu de l’indépendance de 1991, y compris la Crimée annexée par la Russie en 2014 et les régions de Donetsk, de Lougansk, de Kherson et de Zaporojié qui pourraient tout prochainement être annexées à leur tour, des « référendums de rattachement à la Fédération de Russie » y ayant été annoncés pour la fin du mois de septembre, alors même que Moscou ne contrôle pas la totalité de leurs territoires respectifs.

Mais pour certains soutiens de Kiev – avant tout en Pologne, dans les États baltes et aux États-Unis -, la notion de « victoire » implique une déroute militaire de la Russie, suivie d’un bouleversement politique et d’un affaiblissement stratégique durable de ce pays. Ce que redoute le Kremlin désormais, c’est de revenir à l’état d’abaissement international qui fut le sien dans les années 1990.

En somme, la Russie de Poutine considère qu’elle est à présent explicitement passée d’une guerre d’invasion contre l’Ukraine à une guerre de défense contre l’OTAN. Le niveau de menace étant dès lors drastiquement plus élevé, il pourrait être justifié, du point de vue du Kremlin, de recourir à un type d’arme qualitativement différent. En matière d’armes nucléaires, les échelons à franchir sont nombreux et il y a loin des premières annonces à l’usage effectif. Toutefois, à mesure que la crise militaire se précise pour la Russie et à mesure que le risque de défaite se matérialise, la tentation de mettre en œuvre un moyen militaire extrême se renforce.

Aujourd’hui plus que jamais, les fondements de la doctrine nucléaire russe doivent être rappelés. Ils sont en rupture complète avec la doctrine française, par exemple : la vision russe ne repose pas sur le principe de « frappe nucléaire en second », qui consiste à n’employer l’arme nucléaire qu’une fois que le territoire national aura lui-même été soumis à une attaque nucléaire.

Un usage « en premier », dans un cadre « tactique » et pour atteindre des buts militaires, est au contraire régulièrement envisagé par les différents documents stratégiques russes.

En l’occurrence, une attaque contre la Crimée (ou contre tout autre territoire considéré par le Kremlin comme étant « russe ») de la part des troupes ukrainiennes, tout particulièrement à l’aide d’armements de l’OTAN, pourrait justifier, aux yeux du pouvoir russe, le lancement de missiles opérant des frappes nucléaires soit sur le champ de bataille pour briser une avancée, soit contre des infrastructures critiques pour l’organisation des forces armées ukrainiennes.

C’est ce qui avait été déjà mentionné par le président russe, de façon plus indirecte, en février 2022. C’est ce qui est répété aujourd’hui. Il ne s’agit là ni d’une gesticulation militaire ni d’un coup de menton politique. C’est le rappel strict d’une doctrine depuis longtemps connue et diffusée.

Récemment, cette doctrine nucléaire a été influencée par de nombreuses ruptures avec les méthodes conventionnelles de guerre : soupçonnée d’être impliquée dans l’usage d’armes chimiques et bactériologiques en Syrie, coopérant avec des supplétifs mercenaires comme le groupe Wagner ou « ethniques » comme les milices du président tchétchène Kadyrov, conduisant à l’occasion des opérations militaires clandestines, voilà déjà au moins une décennie que l’armée russe ne se contente pas des moyens conventionnels pour remplir ses objectifs.

La Russie de Poutine a franchi bien des Rubicons dans les guerres qu’elle a menées, que ce soit au sein de la Fédération (en Tchétchénie), à ses frontières (en Géorgie) ou dans ses zones d’influence (Moyen-Orient, Afrique centrale). L’invasion de l’Ukraine constitue en elle-même une rupture profonde avec le principe d’intangibilité des frontières issues de la dissolution de l’URSS. À mesure que les tabous militaires et stratégiques sont brisés, les uns après les autres, la possibilité de rompre le dernier d’entre eux, l’usage de l’arme nucléaire, devient moins fantasmagorique.

L’usage de l’arme nucléaire correspondrait également à la posture politique que le président russe a choisie en déclenchant l’invasion de l’Ukraine.

En effet, le choix de l’invasion, en février 2022, répond à deux grandes lignes politiques explicites chez Vladimir Poutine. La première, bien identifiée et depuis longtemps analysée, correspond à sa volonté d’annuler, en partie du moins, la réduction du poids international de Moscou suite à la désintégration de l’URSS. La seconde répond à la conception du pouvoir politique qu’il a imposée à l’intérieur comme à l’extérieur : il souhaite se poser comme celui qui ose ce que personne d’autre n’ose. L’usage extrême de la force et l’usage de la force extrême sont la marque de cette conception hyperbolique du pouvoir. Oser franchir le seuil nucléaire serait, en somme, dans la lignée de ce rapport sans complexe à la force.

Enfin, la posture politique de la Russie de 2022 se précise désormais, avec les autres mesures annoncées le 21 septembre. D’une part, une mobilisation des réservistes a été décrétée : cela souligne que la Russie, sanctionnée de toutes parts, se transforme rapidement, à l’intérieur, en citadelle assiégée et en caserne généralisée. D’autre part, nous l’avons évoqué, des référendums seront organisés dans plusieurs régions d’Ukraine pour élargir le territoire de la Fédération de Russie et consacrer ainsi une nouvelle mutilation du territoire ukrainien.

Ainsi, la Russie se prépare à une longue guerre d’usure pour conserver ce qu’elle considère désormais comme son glacis défensif contre l’OTAN, à savoir la Crimée et une partie du sud et de l’est de l’Ukraine. Brandir une menace nucléaire crédible vise à renforcer encore davantage cette idée que la Russie, assiégée, ne se laissera jamais vaincre.

Lorsqu’il a répété, ce 21 septembre, ses menaces nucléaires, Vladimir Poutine avait assurément à l’esprit les répercussions terribles auxquelles il exposerait la Russie si elle frappe en premier. Nul ne doit en douter. Mais nul ne doit négliger non plus les facteurs qui érodent peu à peu l’impossibilité d’utiliser ces armes.

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Par Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Un risque de guerre nucléaire en Europe ?

Un  risque de guerre nucléaire en Europe  ?

 

 Vladimir Poutine choisit donc l’escalade militaire alors que, sur le front ukrainien, les forces russes ont bien été obligées de reculer ces derniers jours. Le maître du Kremlin a décidé de frapper fort en organisant des référendums d’annexion dans le Donbass et en déclenchant la mobilisation des réservistes russes, voire de plus jeunes inexpérimentés à la chose militaire… Soit, entre 300.000 et 1 million d’hommes selon les sources ! ( un papier de la Tribune)

 

Lors de son allocution télévisée, Poutine explique ensuite qu’il pourrait utiliser toutes les armes à sa disposition (et donc l’arme atomique) pour défendre la sécurité de la Russie et son intégrité territoriale, précisant qu’il ne bluffe pas. Face à ces menaces, le président Macron a préféré temporiser. « Nous sommes une puissance dotée et responsable, et je pense qu’il faut, sur ce sujet, être à la fois clair et rigoureux », a-t-il déclaré, ajoutant : « Et nous resterons, comme les États-Unis d’Amérique, les Britanniques et les grandes puissances de ce monde, dans une conception, une doctrine que j’ai eu l’occasion de clarifier il y a plusieurs mois qui est de ne pas aller et de ne pas participer à quelque escalade que ce soit sur ce sujet. »

Cette fois-ci, le président français n’a pas souhaité répondre aux déclarations de son homologue russe. En février dernier pourtant, la France n’avait pas mâché ses mots face aux premières menaces russes dans ce domaine. Le ministre des Affaires étrangères d’alors, Jean-Yves Le Drian, avait rappelé très fortement que la France disposait aussi de l’arme atomique, et le président avait décidé de mettre en alerte pas moins de trois sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), pierre angulaire des forces de dissuasion française. À cette époque, alors que les troupes russes venaient d’attaquer l’Ukraine, les tensions étaient donc déjà montées d’un cran sur le front nucléaire.

Incontestablement, la guerre en Ukraine comporte une réelle composante nucléaire. Si cette thématique est peu relayée par les commentateurs et les responsables politiques afin de ne pas apeurer les opinions publiques, elle n’en demeure pas moins un enjeu central du conflit. Cet été, l’attention s’est portée sur la centrale nucléaire de Zaporijia, occupée par les forces russes et subissant de multiples bombardements. Le spectre d’un nouveau Tchernobyl planait alors que la Français avaient pris la route des vacances. Qui se souvient en cette rentrée que le 1er août dernier, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, tira la sonnette d’alarme lors de l’ouverture de la conférence d’examen du Traité de Non Prolifération (TNP) en déclarant : « L’Humanité n’est qu’à un malentendu, à une erreur de calcul de l’anéantissement nucléaire » ?

Ils sont nombreux à préférer détourner le regard et à parier sur un grand bluff russe. Ceux-là n’évoquent jamais l’élément suivant : depuis l’annexion par les Russes de la Crimée en 2014, de nombreuses voix en Ukraine se sont élevées pour rétablir le statut d’État nucléaire (militaire) de leur pays, une ligne rouge pour Vladimir Poutine, la seule peut-être, au-delà même de la question de l’OTAN. Ce dernier n’ignore pas que les Ukrainiens ont, à  de multiples occasions ces dernières années, regretté publiquement d’avoir renvoyé à Moscou, au milieu des années 1990, les milliers d’ogives nucléaires soviétiques qui se situaient alors sur leur territoire.

À l’époque, cet engagement avait été formalisé à travers le Mémorandum de Budapest signé en 1994, entre l’Ukraine et la Russie, mais également avec les autres puissances nucléaires que sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, auxquelles se sont jointes par la suite la Chine et la France. En contrepartie du transfert de ces armes à Moscou et de la signature du Traité sur la non-prolifération des Armes nucléaires (TNP), les puissances nucléaires s’engageaient à respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Mais aucune disposition n’obligeait chacune des parties à venir en aide à l’Ukraine en cas d’attaque, d’où les regrets et la rancœur des Ukrainiens aujourd’hui, y compris vis-à-vis des puissances occidentales. Lors de la conférence de sécurité de Munich, le 18 février, six jours avant l’invasion russe, Volodymyr Zelensky expliquait ainsi dans son discours : « Nous n’avons pas cette arme, nous n’avons pas la sécurité ».

D’ailleurs, que Vladimir Poutine mette en alerte ses forces nucléaires dès le début du conflit, ou que la Biélorussie abandonne dans sa Constitution son statut « d’État non nucléaire » entre novembre 2021 et février 2022, montre que la situation de la sécurité collective en Europe n’est plus assurée. Une situation en réalité ancienne, peu reconnue par nos responsables politiques face aux opinions publiques. En annexant la Crimée en 2014, Vladimir Poutine a ouvert la boîte de Pandore en bafouant le Mémorandum de Budapest. Cette année-là, Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations Unies, avait lancé une première alerte : « Les implications sont profondes tant pour la sécurité que pour l’intégrité du régime de non-prolifération nucléaire ». Récemment, l’ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski a déclaré que la Russie avait violé le mémorandum de Budapest et que, par conséquent, l’Occident pouvait « offrir » des ogives nucléaires à l’Ukraine afin « qu’elle puisse défendre son indépendance ». Quand Poutine souhaite imposer une « démilitarisation » de l’Ukraine, il a en tête le maintien de son statut d’État non nucléaire militaire. Une question s’impose : le président russe a-t-il décidé de mener une guerre préventive, comme les Américains en Irak ou les Occidentaux en Libye ?

Une chose est sûre : ses déclarations publiques au sujet de l’Ukraine manquent singulièrement de clarté. C’est bien parce que la diplomatie française, et l’Elysée en particulier, s’est concentrée en priorité sur les accords de Minsk  (et leur non-application) dans les semaines qui ont précédé le 24 février fatidique que la France n’a pas réussi à éviter la guerre. Si la France était garante de ces accords, elle l’était pourtant tout autant du Mémorandum de Budapest. On pouvait se demander en début d’année si notre pays avait réellement les moyens de maintenir la paix, mais on voit bien que nos dirigeants n’avaient pas forcément les bons arguments (ni les bonnes analyses) pour convaincre Poutine de ne pas engager une invasion massive de l’Ukraine.

De fait, par plusieurs aspects, la situation pour l’Europe est même plus dangereuse aujourd’hui que du temps de la guerre froide historique. Ces dernières années, on a bien assisté à une fragilisation des mécanismes internationaux de non-prolifération et de l’efficacité de la dissuasion entre puissances nucléaires. Sous Donald Trump, les États-Unis sont ainsi sortis de trois traités dans ce domaine. À bas bruit, tant les Russes que les Américains ont relancé un réarmement nucléaire notamment en construisant des ogives de « faible puissance », dites « tactiques », que certains experts ou généraux, aux États-Unis comme en Russie, souhaitent désormais utiliser sur les champs de bataille, une doctrine ouvrant pourtant la voie à une éventuelle escalade. En février 2020, lors d’un discours à l’École de guerre, Emmanuel Macron s’était fermement opposé à une telle évolution.

Dès 1993, le spécialiste américain de stratégie, John Mearsheimer, chef de file de l’école réaliste dans les relations internationales, avait averti qu’un conflit entre l’Ukraine et la Russie était possible. Dans la revue Foreign Affairs, il avait publié un article retentissant dans lequel il estimait que des « armes nucléaires ukrainiennes sont la seule dissuasion fiable contre une agression russe ». Un an plus tard, le Mémorandum de Budapest était signé, et le désarmement ukrainien était enclenché.

Aujourd’hui, John Mearsheimer estime que les risques d’une « escalade catastrophique » de la guerre en Ukraine sont très sous-estimés, comme il l’écrit dans son dernier article publié fin août dans Foreign Affairs. D’autant plus que, selon lui, les gouvernements russe, ukrainien et américain ont des objectifs contradictoires, mais de plus en plus maximalistes : entre une Russie désespérée, la volonté de revanche ukrainienne, un Joe Biden pressé par son opinion publique à quelques mois des midterms, et un éventuel accident à la centrale de Zaporijia… Le professeur à l’université de Chicago imagine alors dans son article différents scénarios qui pourraient conduire à « une guerre majeure en Europe, et peut-être même une annihilation nucléaire ». Nous n’avons plus qu’à espérer que cette nouvelle prophétie ne se réalise pas. En attendant, aucun camp n’est aujourd’hui prêt à faire des compromis.

Quels risques de guerre nucléaire ?

 Quels risques de guerre nucléaire  ?

Les menaces proférées par Vladimir Poutine, ce 21 septembre, ne doivent pas être balayées d’un revers de la main. Aux yeux du Kremlin, l’emploi de l’arme nucléaire en premier n’est pas tabou. Par Cyrille Bret, Sciences Po

 

Ce 21 septembre, Vladimir Poutine a réitéré une menace qu’il avait déjà exprimée fin février, au tout début de l’invasion de l’Ukraine, quand il avait mis en état d’alerte les unités des forces armées russes en charge des armements nucléaires : si l’intégrité territoriale de la Russie est menacée, a-t-il assuré, il n’exclut pas le recours aux armes nucléaires.

Au moment même où, à New York, les chefs d’État du monde entier se succèdent à la tribune de la 77ᵉ Assemblée générale des Nations unies, appelant à la cessation des hostilités, il choisit, lui, de reprendre l’offensive en franchissant un nouveau cran dans la rhétorique très codée de l’arme nucléaire.

Face à ce qu’ils considèrent comme une récidive ou une rechute, les Occidentaux se partagent à nouveau entre incrédulité horrifiée et le scepticisme inquiet. Le sérieux des déclarations du président russe est, comme en février, mis en doute. « Bluff », « dérapage », « outrance », « exagération », etc. : les interprétations visant à minimiser le risque nucléaire vont bon train.

Les sceptiques ont raison de souligner qu’un usage – même circonscrit – de l’arme nucléaire aurait des conséquences dévastatrices pour Vladimir Poutine : il serait immédiatement privé de ses soutiens – déjà réticents – en Chine et en Inde ; il s’exposerait à une très large réprobation interne, à l’heure où l’opposition à la guerre se manifeste dans les rues (quelque 1 300 personnes ont été interpellées au soir du 21 septembre) ; et, surtout, il risquerait une réplique directe de la part des puissances nucléaires qui soutiennent l’Ukraine : États-Unis, Royaume-Uni et France.

Faut-il pour autant congédier comme irréel le spectre d’une attaque nucléaire russe ? Ou bien serait-il plus avisé de considérer ce qui, aujourd’hui, rend la perspective de l’emploi de l’arme nucléaire moins taboue qu’avant le début de la guerre en Ukraine ?

Trois éléments se conjuguent aujourd’hui pour abaisser le seuil nucléaire aux yeux du Kremlin : premièrement, cette menace prend corps dans un contexte où la Russie est largement en échec dans son « opération militaire spéciale » ; deuxièmement, Moscou n’a cessé depuis des années, et plus encore depuis février dernier, de rompre avec les méthodes conventionnelles de la conduite de la guerre ; enfin, à titre personnel, Vladimir Poutine se montre, en brandissant la menace nucléaire, fidèle à l’image qu’il cherche à imposer depuis des années – celle d’un homme qui, au nom de sa vision du monde et de la place que son pays doit selon lui y occuper, est prêt à absolument tout.

Envisagée depuis le Kremlin, la situation militaire oriente le pouvoir russe vers des moyens d’extrême urgence. En effet, la Russie s’est montrée incapable, en plusieurs mois, d’atteindre ses objectifs stratégiques par le moyen d’une campagne militaire conventionnelle.

Malgré la modernisation de ses forces armées depuis une décennie, malgré l’aguerrissement de ses officiers sur le théâtre syrien, malgré la combinaison de cyberattaques et de campagnes de désinformation en complément des opérations militaires classiques, la Russie n’a ni pris Kiev, ni brisé la résistance nationale ukrainienne, ni même conservé ses gains territoriaux face aux contre-offensives déclenchées depuis un mois.

La tentation de recourir à des moyens non conventionnels s’accroît quand la victoire militaire conventionnelle se dérobe et le spectre d’une défaite se profile. De fait, les opérations ukrainiennes menées dans les zones de Kharkiv (au nord-est) et de Kherson (dans le sud) visent explicitement à remporter la « victoire » contre la Russie.

Pour les Ukrainiens, « victoire » signifie une reconquête intégrale du territoire national issu de l’indépendance de 1991, y compris la Crimée annexée par la Russie en 2014 et les régions de Donetsk, de Lougansk, de Kherson et de Zaporojié qui pourraient tout prochainement être annexées à leur tour, des « référendums de rattachement à la Fédération de Russie » y ayant été annoncés pour la fin du mois de septembre, alors même que Moscou ne contrôle pas la totalité de leurs territoires respectifs.

Mais pour certains soutiens de Kiev – avant tout en Pologne, dans les États baltes et aux États-Unis -, la notion de « victoire » implique une déroute militaire de la Russie, suivie d’un bouleversement politique et d’un affaiblissement stratégique durable de ce pays. Ce que redoute le Kremlin désormais, c’est de revenir à l’état d’abaissement international qui fut le sien dans les années 1990.

En somme, la Russie de Poutine considère qu’elle est à présent explicitement passée d’une guerre d’invasion contre l’Ukraine à une guerre de défense contre l’OTAN. Le niveau de menace étant dès lors drastiquement plus élevé, il pourrait être justifié, du point de vue du Kremlin, de recourir à un type d’arme qualitativement différent. En matière d’armes nucléaires, les échelons à franchir sont nombreux et il y a loin des premières annonces à l’usage effectif. Toutefois, à mesure que la crise militaire se précise pour la Russie et à mesure que le risque de défaite se matérialise, la tentation de mettre en œuvre un moyen militaire extrême se renforce.

Aujourd’hui plus que jamais, les fondements de la doctrine nucléaire russe doivent être rappelés. Ils sont en rupture complète avec la doctrine française, par exemple : la vision russe ne repose pas sur le principe de « frappe nucléaire en second », qui consiste à n’employer l’arme nucléaire qu’une fois que le territoire national aura lui-même été soumis à une attaque nucléaire.

Un usage « en premier », dans un cadre « tactique » et pour atteindre des buts militaires, est au contraire régulièrement envisagé par les différents documents stratégiques russes.

En l’occurrence, une attaque contre la Crimée (ou contre tout autre territoire considéré par le Kremlin comme étant « russe ») de la part des troupes ukrainiennes, tout particulièrement à l’aide d’armements de l’OTAN, pourrait justifier, aux yeux du pouvoir russe, le lancement de missiles opérant des frappes nucléaires soit sur le champ de bataille pour briser une avancée, soit contre des infrastructures critiques pour l’organisation des forces armées ukrainiennes.

C’est ce qui avait été déjà mentionné par le président russe, de façon plus indirecte, en février 2022. C’est ce qui est répété aujourd’hui. Il ne s’agit là ni d’une gesticulation militaire ni d’un coup de menton politique. C’est le rappel strict d’une doctrine depuis longtemps connue et diffusée.

Récemment, cette doctrine nucléaire a été influencée par de nombreuses ruptures avec les méthodes conventionnelles de guerre : soupçonnée d’être impliquée dans l’usage d’armes chimiques et bactériologiques en Syrie, coopérant avec des supplétifs mercenaires comme le groupe Wagner ou « ethniques » comme les milices du président tchétchène Kadyrov, conduisant à l’occasion des opérations militaires clandestines, voilà déjà au moins une décennie que l’armée russe ne se contente pas des moyens conventionnels pour remplir ses objectifs.

La Russie de Poutine a franchi bien des Rubicons dans les guerres qu’elle a menées, que ce soit au sein de la Fédération (en Tchétchénie), à ses frontières (en Géorgie) ou dans ses zones d’influence (Moyen-Orient, Afrique centrale). L’invasion de l’Ukraine constitue en elle-même une rupture profonde avec le principe d’intangibilité des frontières issues de la dissolution de l’URSS. À mesure que les tabous militaires et stratégiques sont brisés, les uns après les autres, la possibilité de rompre le dernier d’entre eux, l’usage de l’arme nucléaire, devient moins fantasmagorique.

L’usage de l’arme nucléaire correspondrait également à la posture politique que le président russe a choisie en déclenchant l’invasion de l’Ukraine.

En effet, le choix de l’invasion, en février 2022, répond à deux grandes lignes politiques explicites chez Vladimir Poutine. La première, bien identifiée et depuis longtemps analysée, correspond à sa volonté d’annuler, en partie du moins, la réduction du poids international de Moscou suite à la désintégration de l’URSS. La seconde répond à la conception du pouvoir politique qu’il a imposée à l’intérieur comme à l’extérieur : il souhaite se poser comme celui qui ose ce que personne d’autre n’ose. L’usage extrême de la force et l’usage de la force extrême sont la marque de cette conception hyperbolique du pouvoir. Oser franchir le seuil nucléaire serait, en somme, dans la lignée de ce rapport sans complexe à la force.

Enfin, la posture politique de la Russie de 2022 se précise désormais, avec les autres mesures annoncées le 21 septembre. D’une part, une mobilisation des réservistes a été décrétée : cela souligne que la Russie, sanctionnée de toutes parts, se transforme rapidement, à l’intérieur, en citadelle assiégée et en caserne généralisée. D’autre part, nous l’avons évoqué, des référendums seront organisés dans plusieurs régions d’Ukraine pour élargir le territoire de la Fédération de Russie et consacrer ainsi une nouvelle mutilation du territoire ukrainien.

Ainsi, la Russie se prépare à une longue guerre d’usure pour conserver ce qu’elle considère désormais comme son glacis défensif contre l’OTAN, à savoir la Crimée et une partie du sud et de l’est de l’Ukraine. Brandir une menace nucléaire crédible vise à renforcer encore davantage cette idée que la Russie, assiégée, ne se laissera jamais vaincre.

Lorsqu’il a répété, ce 21 septembre, ses menaces nucléaires, Vladimir Poutine avait assurément à l’esprit les répercussions terribles auxquelles il exposerait la Russie si elle frappe en premier. Nul ne doit en douter. Mais nul ne doit négliger non plus les facteurs qui érodent peu à peu l’impossibilité d’utiliser ces armes.

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Par Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Arme nucléaire tactique ou stratégique ?

Arme nucléaire tactique ou stratégique ?

 

D’après les experts patentés, en général des retraités, il y aurait deux types d’armes nucléaires. L’arme nucléaire tactique destinée à détruire une zone géographique très limitée et l’arme stratégique qui pourrait détruire un pays entier voire la planète.

Un distinguo très théorique en fait dans la mesure où le premier qui utilisera l’arme tactique nucléaire pourrait provoquer une réplique du même type de l’adversaire avec des risques évidemment de fuite en avant pour viser des zones de plus en plus grandes.

En réalité ,l’arme nucléaire a surtout un caractère dissuasif. Son emploi lors d’un conflit entraînerait des conséquences aujourd’hui complètement imprévisibles dans une perspective de destruction d’affrontement, de terreur de plus en plus irréversibles

L’arme nucléaire tactique, plus petite en charge explosive que l’arme nucléaire stratégique, est en théorie destinée au champ de bataille et transportée par un vecteur ayant une portée inférieure à 5 500 kilomètres. L’arme tactique peut être utilisée à partir de chars, de batteries lance-missiles ou depuis des bâtiments de guerre navale.

 La Russie dispose de nombreuses armes nucléaires tactiques conformément à sa doctrine traditionnelle « escalade-désescalade » qui consisterait à faire usage en premier d’une arme nucléaire de faible puissance pour reprendre l’avantage en cas de conflit conventionnel avec les Occidentaux. Selon certains experts, la doctrine militaire russe également prévoit la possibilité de recourir à des frappes nucléaires si des territoires considérés comme russes par Moscou sont attaqués. Ce qui pourrait être le cas après l’annexion des territoires de Donetsk et de Lougansk dans le Donbass, ainsi que les zones occupées de Kherson et de Zaporijjia, dans le sud.

La Russie disposerait de 2 000 ogives nucléaires tactiques. Sa puissance peut varier de 1 à 100 kilotonnes. Par comparaison, la bombe lancée à Hiroshima était de 15 kilotonnes. Une utilisation d’une telle arme serait évidemment un événement qui changerait la face du monde alors que l’utilisation d’armes nucléaires dans les conflits armées est taboue depuis 1945 et le bombardement de Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis afin de faire capituler le Japon.

Débat nucléaire : une discussion de bistrot !

Débat nucléaire : Trop souvent une discussion de bistrot !

 

 Par Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».

 

Qui imagine un seul instant le général de Gaulle polémiquer sur l’avenir de la filière nucléaire avec Marcel Boiteux (nommé patron d’EDF en septembre 1967) ? La question est anachronique, mais elle a le mérite de mettre en perspective la dispute surréaliste à laquelle viennent de se livrer Emmanuel Macron et Jean-Bernard Lévy.

Juste avant de céder les rênes de l’électricien national, ce dernier a accusé à mots à peine couverts le chef de l’Etat d’avoir participé au déclin de la filière nucléaire. Celle-ci traverse une passe difficile avec près de la moitié du parc de réacteurs à l’arrêt pour cause de maintenance, de corrosion et de malfaçons. Au cœur de la passe d’armes, la fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) en 2020, décidée huit ans plus tôt par François Hollande, mais mise en œuvre par Emmanuel Macron.

L’épisode est symptomatique du malaise qui hante le nucléaire français et de l’incapacité à débattre objectivement de la place qu’il doit occuper dans notre bouquet énergétique. Face à l’inconstance du pouvoir politique, la filière est déboussolée et impréparée à prendre les bonnes décisions.

Quant au débat public, il tient tantôt du café du commerce, tantôt du combat idéologique, sans jamais pouvoir faire émerger un diagnostic qui permettrait aux Français de se forger une opinion raisonnable sur un sujet crucial, au moment où la lutte contre le réchauffement climatique se double d’une crise énergétique sans précédent. « Il est très compliqué d’obtenir la photographie complète du sujet, puisque, suivant son point de vue, chacun n’utilise que les arguments allant dans un sens en fonction de ses propres a priori », résume Christian de Perthuis, directeur de la chaire Economie du climat à l’université Paris-Dauphine.

L’exemple vient d’en haut, dit-on. Voire. Fessenheim n’est que la triste illustration de l’absence de vision du politique. La fermeture d’une centrale est une décision lourde et de long terme, qui doit être prise sur des critères scientifiques et économiques, pas à l’aune d’un accord politicien que l’élection suivante ou la démission soudaine d’un ministre rendra caduc quelques mois plus tard.

Aujourd’hui, personne n’assume et chacun se renvoie la balle. Après les atermoiements sur la relance de la filière s’impose désormais le fait du prince, avec un chef de l’Etat qui annonce la construction de nouveaux réacteurs sans avoir débattu du sort du parc existant, du choix de la technologie et de l’intégration du projet dans une vision européenne de l’énergie. Le président doit fixer le cap, mais est-ce son rôle de déterminer ex abrupto de combien de réacteurs le pays a besoin avant une large consultation ? La méthode n’aide pas à apaiser un dialogue déjà passablement sous tension.

Sondage : 75 % pour le nucléaire

Sondage : 75 % pour le nucléaire

 

 

 

Selon un sondage de l’institut réalisé pour le JDD*, 75 % des personnes interrogées se disent en effet favorables au nucléaire ; et ce pourcentage est majoritaire quels que soient la classe d’âge ou le parti politique. Les clivages demeurent mais se réduisent : 84 % des plus de 65 ans défendent cette énergie, contre 69 % seulement chez les moins de 35 ans ; 88 % la soutiennent à droite contre 66 % à gauche. « Même chez les Insoumis (56 %) et chez Europe Écologie-Les Verts (53 %), le soutien est majoritaire, observe Frédéric Dabi. Les leaders de ces deux partis qui disent stop au nucléaire sont en porte-à-faux avec leurs électeurs. »

La raison de cette opinion majoritaire ? La crise, qui a remis le débat de l’indépendance énergétique de la France sur la table mais aussi ses répercussions sur le coût de l’électricité, et donc sur le pouvoir d’achat. Ce sont deux éléments qui ressortent de l’enquête Ifop : 81 % des sondés jugent le nucléaire indispensable à l’indépendance de la France, 67 % l’estiment bon marché.

Enfin, sur l’avenir de la filière en France – alors que le Président a annoncé vouloir six EPR à l’horizon 2030 – , 65 % des Français sont favorables à la construction de nouveaux réacteurs (seulement 45 % pour LFI et 41 % pour EELV ; 85 % pour LREM et Les Républicains. Un chiffre en augmentation par rapport à la dernière enquête de l’Ifop réalisée en octobre 2021 : 51 % des Français seulement soutenaient la construction de nouveaux réacteurs.

*Étude Ifop réalisée en ligne du 8 au 9 septembre 2022 auprès d’un échantillon de 1 003 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas. Pour les résultats observés, la marge d’erreur est comprise entre plus ou moins 1,4 % et plus ou moins 3,1 %.

Un « plan Marshall » pour relancer le nucléaire

Un  « plan Marshall » pour relancer le nucléaire 

C’est en tout cas la proposition du patron d’EDF Jean-Bernard Lévy pour à se donner les moyens financiers et législatifs de relancer la filière. Et à ne pas reproduire les errements politiques de la dernière décennie qui expliquent en partie l’état du nucléaire français selon lui.Une manière aussi de critiquer les contradictions du pouvoir qui après avoir été  anti nucléaire redécouvre l’intérêt stratégique de cette électricité. Une manière aussi de mettre un voile pudique  sur les insuffisances de l’entreprise nationale qui a perdu en dynamisme et en compétences

 

 

« Le discours de Belfort (fait par Emmanuel Macron) en février 2022 a clairement posé le cadre du développement du nucléaire à moyen et long-terme. Nous sommes en mesure de poursuivre la montée en charge de la filière, avec l’université des métiers du nucléaire, le plan Excel fin 2019. Nous avons lancé une école de soudage dans le Cotentin », a reconnu Jean-Bernard Lévy, défenseur infatigable de l’électronucléaire. Cet été, l’exécutif a acté la renationalisation totale d’EDF pour avoir les mains libres dans la gestion du programme nucléaire.

S’il se félicite du projet de relance du nucléaire dévoilé par Emmanuel Macron en février, après avoir critiqué la volte-face de l’Elysée qui a longtemps exigé une baisse de régime du nucléaire, Jean-Bernard Lévy exhorte maintenant le gouvernement et les pouvoirs à aller plus loin que des simples « débats ». C’est-à-dire lancer concrètement les six EPR de deuxième génération promis par le président de la République au terme de son premier mandat.

« Nous avons besoin des textes, des autorisations pour lancer les chantiers. Nous avons besoin d’un « plan Marshall » pour relancer la construction d’EPR. Le terme me paraît justifié pour avoir des moyens » à la hauteur de l’ambition de l’Elysée, a réclamé le PDG d’EDF dans son adresse finale aux parlementaires. Une manière de les inciter à voter des lois facilitant l’établissement de nouveaux réacteurs sur tout le territoire.

Relance du programme nucléaire: Hypothéquée par les contradictions du pouvoir et la question financière

 Relance du programme nucléaire: Hypothéquée par les contradictions du pouvoir et la question financière

 

Face à l’embargo russe sur le gaz, l’entreprise doit retrouver son excellence perdue pour construire les nouveaux réacteurs EPR, estime dans sa chronique Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».

 

On souhaite bien du courage – sinon du plaisir – au futur directeur général d’Electricité de France (EDF), qui sera sans doute Luc Rémont. Le responsable des activités internationales de Schneider Electric devrait prendre les rênes d’un groupe stratégique dont l’Etat actionnaire à 84 % va reprendre le contrôle total pour lancer la construction de six à quatorze réacteurs EPR. Du courage, oui, car il lui faudra composer avec une tutelle exigeant de lui, entre autres défis, d’exécuter ce programme nucléaire en évitant la ruineuse dérive du calendrier et des coûts constatée à Flamanville (Manche). Et sans regimber, comme son prédécesseur Jean-Bernard Lévy, pour ne pas s’exposer aux foudres jupitériennes d’Emmanuel Macron.

Le nouveau patron l’apprendra vite, s’il ne le sait déjà : EDF n’est pas une entreprise comme les autres. Quelle autre société publique cotée en Bourse le gouvernement aurait-il pu priver de 10 milliards d’euros de résultat d’exploitation pour fiancer le plafonnement à 4 % de la hausse des factures d’électricité des Français, alors qu’elle supporte une dette nette de 43 milliards d’euros et prévoit des dizaines de milliards d’investissements dans un proche avenir ?

M. Lévy a dû s’exécuter. Non sans adresser à l’Etat un recours gracieux pour qu’il revienne sur sa décision ; puis, faute de réponse, de saisir le Conseil d’Etat et réclamer 8,3 milliards d’indemnisation. Sans plus de succès. Sa récente passe d’armes avec M. Macron instruira le nouveau PDG. Un dirigeant d’entreprise publique, c’est comme un ministre, « ça ferme sa gueule ou ça démissionne », selon la formule de Jean-Pierre Chevènement.

Le gouvernement ayant décidé d’avancer son départ de six mois, M. Lévy s’est lâché, fin août, imputant notamment l’arrêt de 30 réacteurs sur 56 au projet de l’Etat de fermer douze « tranches », après les deux de Fessenheim. « On n’a pas embauché des gens pour en construire douze, on en a embauchés pour en fermer douze », a-t-il déploré.

« Absolument inacceptable », a cinglé M. Macron, persuadé d’avoir « redonné de la visibilité à la filière » dès 2018 en repoussant l’arrêt progressif de 2025 à 2035, puis en supprimant cette date butoir. L’exploitation et la maintenance sont du ressort d’EDF, et leur défaillance est à mettre au débit du patron sortant.

Mais la visibilité – et donc la planification de nouvelles centrales nécessaires à une industrie du temps long – est de la responsabilité de l’Etat. Et au plus haut niveau, tant les enjeux de financement, de sécurité d’approvisionnement et de sûreté des réacteurs sont lourds. L’annonce des nouveaux EPR s’est fait attendre jusqu’en février 2022, à la veille du scrutin présidentiel.

Nucléaire–Les énormes contradictions de Macron

Nucléaire–Les  énormes contradictions de Macron

 

 

Face aux critiques du patron d’EDF concernant la politique nucléaire de la France, Macron tente vainement de se défendre. Et pour cela,  il impute la responsabilité du manque d’électricité ( la France importe actuellement d’Allemagne de l’énergie produite par des centrales à charbon !) à EDF. Il y a sans doute des responsabilités propres à l’entreprise nationale concernant autant l’entretien du parc actuel que le maintien de compétence pour le développement des nouvelles centrales.

De ce point de vue,  il y a sans doute nécessité de secouer sérieusement le management. Il faut cependant souligner pour la défense d’EDF que la France depuis Macron et Hollande se sont complètement trompés sur le plan énergétique. Pour son premier mandat Macron avait en effet confirmé la fermeture de Fessenheim mais aussi celle prévue de 14 réacteuNucléairers. Changement total de stratégie avec la crise puisque Macron ne parle plus du tout de fermeture des réacteurs et prévoit de construire six EPR, puis huit plus tard.

La semaine dernière, le patron d’EDF avait remis en cause la stratégie du gouvernement et pointé du doigt les erreurs en matière de nucléaire. Invité à s’exprimer lors des Rencontres des Entrepreneurs de France du Medef, Jean-Bernard Lévy avait regretté le « manque de bras ». « On n’a pas assez d’équipes formées… Un soudeur, un tuyauteur, il faut deux-trois ans pour le former », avait-il expliqué, avant de se montrer offensif devant la ministre de la transition énergétique, Agnès Panier-Runacher.

Il avait alors indiqué que sa stratégie avait été basée sur la loi réduisant la part du nucléaire dans le mix électrique à 50 %. « Pourquoi on n’a pas assez d’équipes formées ? Parce que l’on nous a dit que le parc nucléaire va décliner, « préparez-vous à fermer des centrales ». On a déjà fermé les deux premières. Ce sont d’ailleurs les textes en vigueur au moment où l’on se parle. On nous a dit : « Préparez-vous à fermer les douze suivantes ». Nous, avec la filière, nous n’avons pas embauché de gens pour construire douze centrales, nous avons embauché pour en fermer douze », avait-il poursuivi, alors que 32 réacteurs sont actuellement à l’arrêt et qu’EDF affiche une disponibilité de son parc historiquement faible, aggravant la crise énergétique qui frappe le vieux Continent.

 

Nucléaire: l’avantage compétitif

Nucléaire: l’avantage compétitif

Pour Olivier Lluansi, associé chez Pwc Strategy et Senior Fellow ESCP Business School, l’impact de la crise énergétique risque d’être sévère à court terme pour l’industrie tricolore. Mais «sur le long terme, les fondamentaux qui portent la demande et doivent soutenir la réindustrialisation sont toujours là», assure-t-il.Dans une interview aux Echos ?

Il est trop tôt pour savoir comment l’industrie française va passer cette crise. Les industriels sont eux rentrés en mode crise . Leur préoccupation c’est la survie. Pour vous donner un exemple, j’ai rencontré récemment le patron d’une PME industrielle de taille moyenne qui en temps normal fait 1 million d’euros de résultat avec 1 million de facture d’énergie. Avec la hausse des prix du gaz et de l’électricité, sa facture d’énergie va doubler ou tripler. Ce qui signifie que l’entreprise va basculer dans le rouge. C’est représentatif de ce qui se passe dans beaucoup de PME. Avec la flambée des cours, elles voient leurs marges fondre, voire devenir en perte. Et celles qui avaient déjà utilisé leur PGE n’arrivent pas à se refinancer. Devant la crise énergétique qui touche la France et l’Europe, certains grands groupes dans les secteurs de la métallurgie ou de l’acier par exemple ont aussi commencé à procéder à des réallocations de productions vers l’Asie et les Etats-Unis.

Cela va-t-il entrainer une recomposition du paysage ?

Le risque, si aucune mesure majeure de régulation du marché de l’électricité n’est prise, est que la production française, et européenne, se concentre sur la production à haute valeur ajoutée qui peut mieux absorber la flambée des prix de l’énergie. En revanche, les productions de base seront de plus en plus importées.

Si on veut apporter une réponse à la hauteur de la crise, il faut découpler le marché de l’énergie du prix du gaz. C’est une urgence. Le plafonnement du prix du gaz est une modalité évoquée lors de la réunion ce vendredi à Bruxelles : à quel plafond ? Pour quel volume ou quelles origines ? Cela relève d’une décision politique. Et la Commission européenne et Bercy ont du mal à assumer un choix qui représente un revirement profond par rapport à la logique de marché en vigueur depuis quarante ans.

La crise de l’énergie ne percute-t-elle pas les objectifs de réindustrialisation et de souveraineté en France ?

Il faut dissocier le court terme et le moyen terme. A court terme, l’impact de la crise énergétique risque d’être sévère. Le tissu industriel va être fragilisé , sa rentabilité va diminuer. Mais cette situation n’est pas forcément irréversible. La crise ne change pas fondamentalement la trajectoire de l’industrie française. Sans l’arrêt d’une partie du parc nucléaire, la France serait la « reine » de l’Europe. Dans six mois selon EDF , douze mois si on veut être plus prudent, lorsque les réacteurs nucléaires seront remis en route, son industrie retrouvera des avantages compétitifs réels. Elle aura de nouveau accès à une énergie décarbonnée et à faible coût. Cela permettra une accélération de l’électrification des processus industriels qui peuvent l’être et donc leur décarbonation. Enfin sur le long terme, les fondamentaux qui portent la demande et doivent soutenir la réindustrialisation sont toujours là.

Quels sont-ils ?

La France a besoin de regagner une souveraineté sur les biens stratégiques, même si deux ans et demi après la crise du Covid, aucune liste officielle de biens et services stratégiques n’est encore disponible. Par ailleurs, la demande du marché et des consommateurs pour une production de proximité, éco-responsable dont les approvisionnements sont sécurisés, sera toujours là. Ce sont ces facteurs structurants qui tireront la renaissance de l’industrie, française et sans doute européenne sur le long terme, si nous recouvrons une compétitivité raisonnable.

Vous attendez-vous néanmoins à une pause dans le mouvement de rapatriement d’activités ?

Oui, à court terme, il va y avoir un coup de frein. Les entreprises ne relocalisent que s’il y a un avantage compétitif à rapprocher la production. Et la hausse des coûts actuels ne va pas dans ce sens. Mais cela devrait seulement retarder le mouvement, du moins c’est ma conviction et mon espoir.

Avec le retour de l’inflation et la crise énergétique, la mise en oeuvre du plan France 2030 lancé pour développer des filières d’avenir reste-t-elle une priorité ?

La philosophie de ce plan garde tout son sens. Mais dans le contexte actuel où les signaux faibles annoncent un ralentissement de l’investissement industriel, il serait peut-être préférable de revenir à l’esprit qui prévalait avec France Relance, à savoir des investissements plus transversaux qui profitent davantage à l’ensemble de l’économie, et pas uniquement à des filières d’excellence, et qui se mettent en oeuvre très rapidement sur quelques mois. C’est ce qui a soutenu l’investissement des entreprises pendant la crise sanitaire et qui pourrait le maintenir pendant cette nouvelle crise.

L’Allemagne relance son nucléaire ?

L’Allemagne relance son nucléaire ?

Paradoxe, alors que la France a fermé Fessenheim et qu’elle est contrainte d’importer de l’électricité d’Allemagne produite le plus souvent dans des centrales à charbon, le ministre allemand de l’économie décide de réactiver le moment venu de centrales nucléaires qui devaient être fermées.. Ce lundi, le ministre de l’Economie et du Climat, Robert Habeck, a annoncé que le pays va finalement laisser deux centrales nucléaires en veille jusqu’à mi-avril 2023 pour faire face à d’éventuelles pénuries d’électricité. À la suite d’un nouveau test de résistance du réseau, deux des trois centrales restantes « resteront disponibles jusqu’à la mi-avril 2023 en cas de besoin », a-t-il déclaré à Berlin.

Cette éventualité était connue. Fin juillet, le gouvernement allemand avait, en effet, indiqué qu’il réfléchissait à une prolongation des dernières centrales nucléaires, censées s’arrêter en fin d’année. Quelques jours plus tard, le chancelier Olaf Scholz, avait estimé que cela « peut faire sens » de prolonger la durée d’exploitation des trois dernières centrales nucléaires en activité en Allemagne même si elles « ne sont pertinentes que pour la production d’électricité et seulement pour une petite partie de celle-ci ». Il avait, en outre, justifié les réflexions en cours par le fait que le développement des énergies renouvelables, censées remplacer l’énergie nucléaire et le charbon, est plus lent que prévu !

 

 

L’arme nucléaire russe : qu’en cas d’ »urgence »!

L’arme nucléaire russe : qu’en cas d’ »urgence » !

 

 

Une déclaration dont on ne sait pas si elle se veut rassurante quand  la Russie affirme que l’arme nucléaire ne serait utilisée qu’en cas d’urgence. Encore faut-il définir cette notion d’urgence et savoir  s’il s’agit de frappes stratégiques ou tactiques. Mardi, le ministre russe de la Défense avait assuré que Moscou n’avait « pas besoin » d’utiliser l’arme nucléaire dans le cadre de ses opérations militaires en Ukraine, qualifiant de « mensonges absolus » les informations de presse selon lesquelles son pays pourrait déployer des armes nucléaires ou chimiques dans le conflit en cours. Un papier de géo.fr  fait le point sur la question.

L’hypothèse avait été évoquée peu après le déclenchement des hostilités, lorsque Vladimir Poutine avait indiqué avoir ordonné à ses généraux de « mettre les forces de dissuasion de l’armée russe en régime spécial d’alerte au combat ». Et le chef de la CIA, William Burns, vient de la brandir à nouveau, jeudi 14 avril, en évoquant le recours potentiel pour Moscou à des armes nucléaires tactiques ou de faible puissance.

« Il est possible que le président Poutine et les dirigeants russes sombrent dans le désespoir, compte tenu des revers qu’ils ont subis jusqu’ici d’un point de vue militaire », a-t-il fait valoir, tout en admettant n’avoir  »pas vraiment constaté de signes concrets (…) qui pourraient aggraver » les inquiétudes occidentales sur ce dossier.

Une arme nucléaire tactique, plus petite en charge explosive que l’arme nucléaire stratégique, est en théorie destinée au champ de bataille et transportée par un vecteur ayant une portée inférieure à 5 500 km.

« Au niveau vertical, il y a un vrai risque. Ils ont désespérément besoin de remporter des victoires militaires pour les transformer en levier politique », expliquait fin mars à l’AFP Mathieu Boulègue, du centre de réflexion britannique Chatham House.  »L’arme chimique ne changerait pas la face de la guerre. Une arme tactique nucléaire qui raserait une ville ukrainienne, oui. C’est improbable mais pas impossible. Et là ce serait 70 ans de théorie de dissuasion nucléaire qui s’effondrent ».

Du risque à la réalité, le pas reste immense. La doctrine russe est sujette à débat. Certains experts et responsables militaires, en particulier à Washington, affirment que Moscou a abandonné la doctrine soviétique de ne pas utiliser l’arme suprême en premier. Moscou aurait désormais dans ses options la théorie de « l’escalade pour désescalader » : utiliser l’arme dans des proportions limitées pour forcer l’OTAN à reculer.

Les récentes déclaration russes n’ont pas vraiment levé le doute sur cette interprétation. Moscou n’utilisera l’arme nucléaire en Ukraine qu’en cas de « menace existentielle » contre la Russie, a ainsi déclaré récemment le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur CNN, citant un des points de la doctrine officielle russe, sans autre précision.

Techniquement, Moscou est équipée. Selon le très respecté Bulletin of the Atomic Scientists« 1 588 têtes nucléaires russes sont déployées », dont 812 sur des missiles installés à terre, 576 sur des sous-marins et 200 sur des bombardiers.

Pour Pavel Luzin, analyste du groupe de réflexion Riddle basé à Moscou, la Russie pourrait utiliser une arme nucléaire tactique « pour démoraliser un adversaire, pour empêcher l’ennemi de continuer à se battre ». L’objectif est d’abord « démonstratif », ajoute-t-il à l’AFP. « Mais si l’adversaire veut toujours se battre ensuite, elle peut être employée de manière plus directe ».

De fait, les menaces font leur effet : le risque ne peut être totalement écarté. « En cas d’enlisement ou d’humiliation, on peut imaginer une escalade verticale. Cela fait partie de la culture stratégique russe d’aller dans l’intimidation et l’escalade pour obtenir la désescalade », rappelle un haut gradé français sous couvert de l’anonymat. « Poutine n’est pas entré dans cette guerre pour la perdre ».Mais d’autres veulent croire que le tabou absolu demeure. Si Vladimir Poutine décide d’anéantir ne serait-ce qu’un village ukrainien pour montrer sa détermination, la zone serait potentiellement exclue de toute vie humaine pour des décennies. « Le coût politique serait monstrueux. Il perdrait le peu de soutien qui lui reste. Les Indiens reculeraient, les Chinois aussi », assure à l’AFP William Alberque, de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). « Je ne pense pas que Poutine le fera ».

Reste que la Russie ne jouirait pas aujourd’hui d’une telle stature sans l’arme suprême. Elle ne constituerait pas une menace d’une telle ampleur avec ses seules forces conventionnelles, qui témoignent en Ukraine d’une immense capacité de destruction mais aussi de réelles faiblesses tactiques, opérationnelles et logistiques.

Dans les chancelleries occidentales, les certitudes n’ont plus cours. « Le Rubicon initial a été franchi » lors de l’invasion de l’Ukraine,  »il n’y a plus vraiment de limites », admet un diplomate occidental. Mais il espère que tienne ce « tabou qui dure depuis le 9 août 1945″ et la bombe sur Nagasaki.

Menace de catastrophe nucléaire à Zaporijia?

Menace  de  catastrophe nucléaire à Zaporijia?

Emmanuelle Galichet, spécialiste du nucléaire, passe en revue les risques qui pèsent sur la plus grande centrale européenne qui a subi plusieurs bombardements ( dans l’Opinion)

 

 

Selon l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), il y aurait de nombreuses failles. La situation à la centrale de Zaporijia est-elle inquiétante ?

Emmanuelle Galichet, chercheure en physique nucléaire au conservatoire national des arts et métiers : « Depuis très longtemps, les pays qui ont du nucléaire ont signé des protocoles et notamment la Convention de Genève avec des obligations comme, par exemple, de ne pas tirer avec des armes sur des installations industrielles et notamment sur les installations nucléaires.

Et lorsque la guerre en Ukraine a commencé au mois de mars, l’AIEA a rajouté sept piliers pour préserver la sécurité et la sûreté des installations nucléaires parce qu’effectivement, l’Ukraine est un pays très nucléarisé. On ne sait pas trop ce qui s’est passé mais il y a des bâtiments annexes qui ont été touchés, donc déjà, l’intégrité physique de la centrale n’est plus sûre.

D’un autre côté, là où il y a eu des problématiques de tirs, ce n’est pas le cœur du réacteur. Là où il y aura une problématique de catastrophe, on va dire, c’est vraiment le moment où l’intégrité du cœur du réacteur sera touché. Aujourd’hui, ça n’est pas le cas du tout.

Le deuxième, c’est que tous les équipements doivent pouvoir fonctionner à tout moment. Donc là, comme vous l’avez entendu, un réacteur a été arrêté parce qu’il n’avait plus d’alimentation électrique. Il faut y faire attention mais vous voyez que le réacteur a bien réagi puisqu’il s’est mis en arrêt d’urgence automatique.

Le troisième pilier qui n’est plus respecté c’est le stress des opérateurs. Les opérateurs qui sont Ukrainiens – c’est toujours l’exploitant ukrainien qui est là bas – ont des Russes avec eux, ça les met sous stress et on sait très bien qu’une erreur humaine peut amener vers une possible catastrophe. Je dirais que c’est un des piliers qu’il faut surveiller.

Le quatrième pilier, c’est les alimentations d’électricité en plus. Dans une centrale nucléaire, on fait ce qu’on appelle de la sûreté en profondeur. Ça veut dire qu’on va mettre plusieurs barrières pour protéger l’environnement et les hommes du risque radiologique.

Vous avez plusieurs alimentations électriques qui peuvent être utilisées si vous avez une coupure sur l’alimentation normale de tous les jours. C’est ce qui s’est passé à Zaporijia. Vous avez des diesels de secours, des groupes électrogènes… Il y a eu une seule des sources électriques qui a été coupée, on est très loin, encore une fois, du scénario catastrophe.

Enfin, le dernier pilier, c’est le système de monitorage de la radioactivité ambiante. Autour des centrales nucléaires, quelles qu’elles soient et où qu’elles se trouvent, l’exploitant doit surveiller la radioactivité autour de son site. Certains de ces capteurs ont été endommagés mais ça n’a rien à voir avec la production électrique et le fonctionnement du réacteur nucléaire. »

Dans quel(s) cas risquerait-on une catastrophe nucléaire ?

Emmanuelle Galichet : « Le dôme, c’est plus d’un mètre de béton armé autour du cœur du réacteur et donc il a été dimensionné pour résister à des chutes d’avions, de missiles ou autres. Si vous y mettez vraiment plein d’armes, plein d’avions, etc, à un moment donné, ça ne va pas tenir. Mais on ne pense pas que ce soit ça qui soit le plus important.

Si, évidemment, vous avez toutes vos sources électriques qui sont endommagées les unes après les autres, ça c’est un petit peu le scénario de Fukushima où on a eu ce qu’on appelle des problématiques de réchauffement du cœur du réacteur. On n’a plus réussi à refroidir le cœur du réacteur. Et donc vous avez notamment le circuit primaire, qui est celui qui permet d’évacuer la chaleur, aussi bien en exploitation qu’en arrêt de la centrale, vers l’extérieur, et donc éviter que l’eau bouille et que vous ayez ce qu’on appelle un dénoyage du cœur qui va, à la fin, vers le scénario de fusion du cœur du réacteur. Donc c’est là-dessus qu’il faut être très attentif. »

L’approvisionnement électrique des Ukrainiens peut-il en pâtir ?

Emmanuelle Galichet : « Zaporijia est la centrale la plus importante d’Ukraine. Elle a six réacteurs de 1000 mégawatts donc c’est quand même très important. Donc si vous l’arrêtez, ça peut effectivement provoquer un manque assez important d’électricité pour les Ukrainiens. Et d’ailleurs c’est pour ça que l’exploitant ukrainien continue malgré tout à produire de l’électricité. »

Ukraine: Risque de catastrophe nucléaire à Zaporijia?

Ukraine: Risque de catastrophe nucléaire à Zaporijia?

Après la prise de contrôle de la centrale nucléaire Ukrainienne de Zaporijia, le risque de catastrophe nucléaire n’est pas à écarter dans la mesure où les Russes servent de cette centrale comme bouclier pour protéger leur dispositif d’artillerie orientée vers l’Ukraine.

 

 

Selon l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), il y aurait de nombreuses failles. La situation à la centrale de Zaporijia est-elle inquiétante ?

Emmanuelle Galichet, chercheure en physique nucléaire au conservatoire national des arts et métiers : « Depuis très longtemps, les pays qui ont du nucléaire ont signé des protocoles et notamment la Convention de Genève avec des obligations comme, par exemple, de ne pas tirer avec des armes sur des installations industrielles et notamment sur les installations nucléaires.

Et lorsque la guerre en Ukraine a commencé au mois de mars, l’AIEA a rajouté sept piliers pour préserver la sécurité et la sûreté des installations nucléaires parce qu’effectivement, l’Ukraine est un pays très nucléarisé. On ne sait pas trop ce qui s’est passé mais il y a des bâtiments annexes qui ont été touchés, donc déjà, l’intégrité physique de la centrale n’est plus sûre.

D’un autre côté, là où il y a eu des problématiques de tirs, ce n’est pas le cœur du réacteur. Là où il y aura une problématique de catastrophe, on va dire, c’est vraiment le moment où l’intégrité du cœur du réacteur sera touché. Aujourd’hui, ça n’est pas le cas du tout.

Le deuxième, c’est que tous les équipements doivent pouvoir fonctionner à tout moment. Donc là, comme vous l’avez entendu, un réacteur a été arrêté parce qu’il n’avait plus d’alimentation électrique. Il faut y faire attention mais vous voyez que le réacteur a bien réagi puisqu’il s’est mis en arrêt d’urgence automatique.

Le troisième pilier qui n’est plus respecté c’est le stress des opérateurs. Les opérateurs qui sont Ukrainiens – c’est toujours l’exploitant ukrainien qui est là bas – ont des Russes avec eux, ça les met sous stress et on sait très bien qu’une erreur humaine peut amener vers une possible catastrophe. Je dirais que c’est un des piliers qu’il faut surveiller.

Le quatrième pilier, c’est les alimentations d’électricité en plus. Dans une centrale nucléaire, on fait ce qu’on appelle de la sûreté en profondeur. Ça veut dire qu’on va mettre plusieurs barrières pour protéger l’environnement et les hommes du risque radiologique.

Vous avez plusieurs alimentations électriques qui peuvent être utilisées si vous avez une coupure sur l’alimentation normale de tous les jours. C’est ce qui s’est passé à Zaporijia. Vous avez des diesels de secours, des groupes électrogènes… Il y a eu une seule des sources électriques qui a été coupée, on est très loin, encore une fois, du scénario catastrophe.

Enfin, le dernier pilier, c’est le système de monitorage de la radioactivité ambiante. Autour des centrales nucléaires, quelles qu’elles soient et où qu’elles se trouvent, l’exploitant doit surveiller la radioactivité autour de son site. Certains de ces capteurs ont été endommagés mais ça n’a rien à voir avec la production électrique et le fonctionnement du réacteur nucléaire. »

Dans quel(s) cas risquerait-on une catastrophe nucléaire ?

Emmanuelle Galichet : « Le dôme, c’est plus d’un mètre de béton armé autour du cœur du réacteur et donc il a été dimensionné pour résister à des chutes d’avions, de missiles ou autres. Si vous y mettez vraiment plein d’armes, plein d’avions, etc, à un moment donné, ça ne va pas tenir. Mais on ne pense pas que ce soit ça qui soit le plus important.

Si, évidemment, vous avez toutes vos sources électriques qui sont endommagées les unes après les autres, ça c’est un petit peu le scénario de Fukushima où on a eu ce qu’on appelle des problématiques de réchauffement du cœur du réacteur. On n’a plus réussi à refroidir le cœur du réacteur. Et donc vous avez notamment le circuit primaire, qui est celui qui permet d’évacuer la chaleur, aussi bien en exploitation qu’en arrêt de la centrale, vers l’extérieur, et donc éviter que l’eau bouille et que vous ayez ce qu’on appelle un dénoyage du cœur qui va, à la fin, vers le scénario de fusion du cœur du réacteur. Donc c’est là-dessus qu’il faut être très attentif. »

L’approvisionnement électrique des Ukrainiens peut-il en pâtir ?

Emmanuelle Galichet : « Zaporijia est la centrale la plus importante d’Ukraine. Elle a six réacteurs de 1000 mégawatts donc c’est quand même très important. Donc si vous l’arrêtez, ça peut effectivement provoquer un manque assez important d’électricité pour les Ukrainiens. Et d’ailleurs c’est pour ça que l’exploitant ukrainien continue malgré tout à produire de l’électricité. »

Nucléaire iranien : L’impossible accord ?

Nucléaire iranien : L’impossible accord ?

 

Une relance de l’accord de 2015 semble impossible alors que le régime iranien se radicalise et accélère son programme nucléaire, estiment, dans une tribune au « Monde », l’eurodéputée Nicola Beer et l’universitaire Peter Neumann, spécialiste des questions de sécurité.

Alors que la guerre en Ukraine continue à faire la « une », un autre conflit a atteint un point critique. Après dix mois de négociations, la tentative de réactiver l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien – aussi connu sous le nom de Plan d’action global commun – est au point mort. Il pourrait bien se solder par un échec retentissant. Même l’envoyé spécial du président Biden, Robert Malley, a décrit la dernière tentative de négociation au Qatar comme une « perte de temps ».

Au cours de ces derniers mois, le programme nucléaire iranien a accéléré. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Iran aurait accumulé 43 kg d’uranium hautement enrichi. C’est plus que suffisant pour produire au moins une bombe nucléaire. En juin, le pays des mollahs a éteint plusieurs caméras de sites nucléaires. Et il y a seulement quelques jours, l’Iran a commencé à enrichir de l’uranium dans l’usine souterraine de Fordo, alors qu’il avait promis qu’elle ne serait utilisée qu’à des fins civiles.

Il semblait naturel d’essayer de relancer l’accord que le président Trump avait unilatéralement et imprudemment déchiré. Sans succès, l’Europe doit maintenant envisager des alternatives. Si l’on s’accroche par dogmatisme à l’idée que poursuivre des négociations conduira d’une manière ou d’une autre au succès, nous courons droit vers une situation faisant écho à celle de la Russie, dans laquelle une puissance profite du temps diplomatique pour préparer ou intensifier ses agressions.

En effet, il ne fait aucun doute que, sous la nouvelle présidence de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, l’Iran s’est radicalisé. Sur place, des milliers de personnes ont été emprisonnées et torturées pour opposition au régime, pendant qu’une centaine de personnes se trouve dans le couloir de la mort pour des crimes tels qu’« insulte au Prophète ». Selon Amnesty International, les femmes continuent d’être confrontées à une « discrimination enracinée » dans la loi et en pratique. Des minorités religieuses, telles que les Bahais, sont brutalement réprimées.

Depuis que Raïssi est au pouvoir, le rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur l’Iran s’est vu refuser l’entrée dans le pays. Et alors que des proches du pouvoir utilisent librement Twitter, le gouvernement a fait de l’accès aux réseaux sociaux occidentaux un crime pour les Iraniens.

L’Iran reste une source majeure d’instabilité au Moyen-Orient. En essayant d’étendre sa zone d’influence, le gouvernement a parrainé des milices comme le Hezbollah libanais et les houthis au Yémen, qui ont conduit ces dernières années des opérations « hors zone » ciblant des civils en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis.

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