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Aliénation et marchandisation de notre activité cérébrale

Aliénation et marchandisation de notre activité cérébrale 

 

Le chercheur Guilhem Fouetillou compare, dans une tribune au « Monde », la « raréfaction de l’attention » créée par le numérique tout-puissant à la raréfaction des ressources naturelles.

 

Tribune. 

 

La partie se corse pour Facebook et Mark Zuckerberg : après le scandale Cambridge Analytica, après la prise du Capitole par les trumpistes, c’est maintenant la lanceuse d’alerte Frances Haugen qui met au jour la nocivité de son ex-employeur. La prise de conscience va s’accélérant dans toutes les couches de la société, et particulièrement chez les politiques, trop longtemps portés par un sentiment d’indifférence, puis de fascination, envers une économie qu’ils ne comprenaient pas et dont ils ignoraient presque tout. Les dégâts causés par le modèle économique des plates-formes sociales gratuites s’affichent au grand jour : un modèle ne trouvant sa subsistance que dans la monétisation du temps passé sur ses contenus par le maximum d’utilisateurs, et cela sans prise en compte aucune de la nature de ce temps passé, de sa qualité et de ses impacts négatifs tant à l’échelle collective (incitation à la haine, réseaux criminels, désinformation) qu’individuelle (santé mentale).


Mais en se focalisant sur Facebook uniquement et en accusant l’entreprise de « faillite morale », risque de se répéter le schéma bien connu de la brebis galeuse et de sanctions et régulations qui manqueront de se confronter au problème majeur auquel l’humanité fait face, et dont Facebook n’est qu’un des innombrables vecteurs : l’épuisement de nos ressources attentionnelles.

Car si l’écologie pose la question de l’épuisement de nos ressources naturelles, il est incompréhensible de constater que ne s’y ajoute pas celle de nos ressources attentionnelles, attaquées de toute part par un design des vulnérabilités exploitant nos faiblesses psychologiques, sociales et cognitives pour construire des expériences toujours plus addictives.

Tout comme nous entrevoyons la fin des énergies fossiles, l’épuisement des terres et des océans, la raréfaction du vivant, le numérique et ses écrans poussent à leur limite nos attentions sollicitables, notre « temps de cerveau disponible ». En passant d’une société du travail à une société de loisirs et de divertissement, en transformant le capitalisme industriel en capitalisme cognitif, nous subissons une marchandisation permanente de notre activité cérébrale, qui, contrairement à l’activité physique, jamais ne s’épuise.


Par les messageries instantanées, nous gardons un lien permanent avec nos cercles les plus proches et pouvons entretenir une quantité inédite de liens faibles. Pour les professions intellectuelles, les réseaux sociaux d’entreprise et les outils de visioconférence permettent de passer d’un projet à l’autre, d’un interlocuteur à l’autre, d’un continent à l’autre, sans aucune friction, faisant entrer dans une journée de travail infiniment plus que ce qu’on y faisait tenir ne serait-ce qu’avant même le surgissement du Covid-19. Les fonctionnalités d’accélération des flux vidéo et audio sont aujourd’hui utilisées par le plus grand nombre et certaines séries sur Netflix ne voient qu’une minorité de leur audience les regarder à la vitesse « normale ». Même la musique qui, par nature, ne peut que difficilement supporter cette accélération, a changé ses règles de composition pour que la mélodie y soit exposée dans les premières secondes afin d’éviter le zapping.

Arrêtons le massacre de notre filière bois !

Arrêtons le massacre de notre filière bois !

Loïc Rousselle est enseignant et vice-président du parti Quatre Piliers, Patrick Gauthier est entrepreneur, et Sébastien Laye est entrepreneur et président du Parti Quatre Pilier lancent un cri d’alerte à propos du massacre de la filière française du bois.(Le Figaro)


Ces dernières semaines, l’exportation de grumes (tronc brut non transformé) vers les États-Unis et la Chine est en forte accélération, pour plusieurs raisons : une très forte reprise économique et dans la construction aux États-Unis (avec une demande intense de bois d’œuvre), un conflit commercial avec le Canada, des incendies et conditions climatiques problématiques dans l’ouest des États-Unis cet été, et coté chinois, des mesures d’interdiction des exportations de bois russe qui poussent les Chinois à se montrer agressifs dans leurs achats de grume en Europe. Alors que les Américains protègent depuis plusieurs années leurs immenses réserves naturelles de bois, largement interdites à l’exportation, Russes et Chinois font désormais de même. Seule la zone européenne continue à être libre échangiste en la matière et à exporter son bois non transformé.

Les exportations de grumes vers la Chine ont doublé depuis octobre. Nous sommes dans une situation paradoxale avec des coupes d’arbre au plus haut alors que la filière française ne parvient plus à se fournir localement : l’approvisionnement des scieries françaises est à un niveau critique alors que la demande est de retour dans la construction et que cette industrie emploie 440 000 personnes. Les organismes représentatifs des professionnels du bâtiment estiment au vu de la situation actuelle que 30% des chantiers seront bloqués en septembre si la situation perdure.

Ce désastre industriel ne peut être décorrélé de l’enjeu écologique sous-jacent réel : les nouvelles normes environnementales obligent à une utilisation massive du bois dans les nouvelles constructions car il s’agit d’un moyen très efficace de piéger du carbone dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. La France, en sacrifiant sa filière de bois, prend aussi le risque d’échouer dans le segment le plus important de la transition énergétique, celui de la décarbonation des logements.

La situation actuelle met en péril deux filières (bois et bâtiment) représentant des centaines de milliers d’emplois et une part significative de la croissance nationale.

Les chênes que nous exportons en Chine actuellement ont été plantés il y a plusieurs siècles, par Colbert et Louis XIV. Il s’agit d’une ressource stratégique de notre patrimoine national qu’il convient de ne pas brader…Exporter des grumes de chêne ayant une faible valeur ajoutée en mettant en péril l’activité de nos scieries et de nos TPE du bâtiment est un mauvais calcul de (très) court terme, car il faut au contraire fournir prioritairement cette ressource aux industries nationales et exporter ensuite les produits transformés à forte valeur ajoutée en préservant ainsi nos marges et nos emplois.

Cette fourniture prioritaire aux scieries françaises doit se faire aux prix des marchés internationaux afin de ne pas spolier les propriétaires de forêt et afin de maintenir une incitation à la plantation d’arbres. Car il ne s’agit pas ici de remettre en cause la liberté économique d’une filière, mais bien d’« arraisonner » le cadre libre échangiste dans le sens de la défense de nos intérêts bien compris. Remarquons d’abord que certains pays n’hésitent pas quand le marché intérieur est trop tendu, à restreindre les exportations : pourquoi l’Union Européenne devrait être ici plus royaliste que le roi et si idéologue au point de sacrifier cette filière ? Le libre-échangisme bien compris n’est pas un dogme aveugle antithèse de l’intérêt national. Nous renverrons ici à l’un des quatre cas énoncés par Adam Smith où la concurrence justifie des entorses au libre-échangisme : la quatrième exception est conçue pour «protéger les travailleurs des industries protégées contre les perturbations économiques soudaines et inattendues». Elle s’applique bien évidemment dans le cas actuel. Par ailleurs, certains ont montré y compris dans ces colonnes qu’indépendance économique et libéralisme ne s’opposaient pas, bien au contraire.

Face à l’impératif écologique, les besoins en bois de construction ne feront que croître au cours des prochaines années, alors que pour avoir une filière forte, une gestion mesurée de la ressource est ici primordiale pour ne pas céder à la tentation de bénéfices de court terme avec des coupes inconsidérées. Une bonne idée serait ici, en plus d’un réveil des politiques sur le libre-échangisme de la filière (principe de préférence nationale), de permettre aux professionnels du bâtiment d’établir des devis indexés sur les cours futurs du bois de construction, afin de garantir des marges décentes et de leur permettre de se couvrir contre les fluctuations des prix du bois. Enfin, il faut réfléchir à des incitations à la plantation d’arbres pour les propriétaires privés : son bénéfice économique étant multigénérationnel, une telle plantation devrait être exonérée de droits de succession afin de reconstituer sur le long terme notre patrimoine naturel.

Quel est notre attachement aux libertés ?

Quel est notre attachement aux libertés ?

 

Le sociologue Jean-Claude Kaufmann s’interroge dans le Monde  sur notre véritable attachement aux libertés .

Tribune

Beaucoup s’inquiètent de la montée de la délation dans notre pays, terme qui évoque les heures sombres du régime de Vichy. Le garde des sceaux lui-même s’en émeut. Il est pourtant le garant de l’autorité judiciaire. La délation aurait-elle changé de sens ? S’exercerait-elle désormais, non pour renforcer un régime autoritaire, mais du bas vers le haut, du peuple colérique des réseaux sociaux contre les « élites-caviar » − tendance truffe pour les repas de Christophe Leroy [soupçonné d’avoir organisé, à Paris, de luxueux repas clandestins?

 

Face à la crise, le jeu des alliances et des oppositions d’idées s’est fortement recomposé dans la population. Autour d’un large marais indécis et quelque peu anesthésié, attendant la suite des événements et l’hypothétique sortie du tunnel, deux groupes fourbissent leurs armes de façon contradictoire.

A un extrême, les impatients, qui refoulent leur colère ou qui n’en peuvent plus du désir de se retrouver et de faire la fête, les artisans ruinés, les jeunes interdits de vivre leur jeunesse. Un gigantesque réservoir de passions tristes qui alimente la rage antisystème et les dérives complotistes, attendant leur heure pour s’exprimer. La seule image de repas réservés à la haute société, en période de confinement pour le bon peuple, a un effet ravageur, sonnant l’hallali contre le fantomatique « ministre aux cheveux gris » (évoqué de manière incertaine dans une émission de télévision par un serveur censé avoir travaillé lors d’un repas clandestin).

Mais n’en déplaise à Éric Dupond-Moretti, on ne peut qualifier cette traque et ces dénonciations de délation. Il s’agit bien davantage d’une reprise et d’un développement de ce que nous avions déjà connu dans la période des « gilets jaunes ». La délation n’est pas seulement une dénonciation. Elle s’inscrit dans une soumission à l’autorité et se donne pour objectif de renforcer cette autorité.

Nous trouvons là le deuxième groupe d’opinion, à l’extrême opposé. Celui qui, face à la crise, face au risque de la maladie et de la mort, rêve de rien d’autre que de mettre la démocratie entre parenthèses pour un temps. De s’en remettre à un pouvoir centralisé et efficace pour combattre le virus, notre seul et unique ennemi dans la période actuelle. Cette structuration de type militaire exige que nous appliquions les consignes et que tous marchent au même pas. Que les déviants, les irresponsables, les provocateurs et les simples insouciants soient sanctionnés. En particulier les fêtes clandestines de la jeunesse, qui sont donc dénoncées par le voisinage. Ces délateurs sont plutôt âgés, craignant pour leur santé, nantis, de droite, mais pas seulement.

«Déconstruire notre propre histoire»: quand Emmanuel Macron déraille

«Déconstruire notre propre histoire»: quand Emmanuel Macron déraille

 

 

Le problème avec Macron, c’est qu’il a la prétention de se considérer comme un intellectuel alors qu’il n’est qu’un produit très classique de l’ENA. Faut-il rappeler pour mémoire qu’il  n’a pas réussi son entrée à normale Sup justement pour insuffisance littéraire. La presse très complaisante lui attribue cependant quelques vertus intellectuelles séduites par le bagout classique de l’énarque qui peut tout dire et le contraire de manière tellement alambiquée et confuse qu’on en perd même l’objet du questionnement. Sur le plan de l’histoire, Emmanuel Macron affiche encore une ambition complètement démesurée au regard ses compétences .

 

Il reprend les formules éculées qui se veulent disruptives comme celle de la nécessité de la déconstruction de notre histoire. Précisément pour permettre une meilleure appropriation par  l’ensemble des sensibilités de ce qui constitue le cœur de la mémoire française. Pour parler crûment Macron veut surtout faire plaisir aux couches sociales d’origine étrangère pour en récupérer les voix. Du coup, la justification de cette réécriture de l’histoire paraîtrait approximative et  floue. Elle utilise surtout une sorte de rhétorique de représentant de commerce à la recherche de clientèle.

 

Le fait de débaptiser les rues par exemple avec des noms de personnages célèbres d’origine étrangère participe de cette manipulation des fondements historiques qui menacent les valeurs de la société française. Macron se fait une spécialité de l’ambiguïté conceptuelle permanente en usant du fameux en même temps qui permet toutes les contradictions, toutes les approximations et toutes les simplifications.

Macron veut se faire historien, il ferait mieux de se consacrer aux problèmes très concrets de la crise sanitaire par exemple et des crises plus structurelles concernant ou encore l’écroulement du système scolaire.

Société-La remise en cause totale de notre système de santé

Société-La remise en cause totale de notre système de santé

 

La pandémie du coronavirus a causé déjà des milliers de morts en France, et son pic est encore loin d’être atteint. On s’aperçoit soudain que notre système de santé recèle de graves faiblesses. Constat de Claude Sicard, économiste et consultant international.

Nos hôpitaux manquent gravement de respirateurs, nous n’avons que très peu de masques pour satisfaire les besoins des personnels exposés, et les personnels hospitaliers sont totalement débordés. Par ailleurs, notre industrie est incapable de produire ne serait ce que les tests de dépistage du virus, et nous n’avons pas de fabricant de respirateurs alors que les Allemands en ont deux et les Suisses un, qui est le plus réputé mondialement. Aussi, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique et des hôpitaux de Paris s’est-il vu obligé de lancer, le 25 mars dernier, un appel angoissé à l’aide, indiquant que la situation était alarmante : « Je n’ai plus qu’une visibilité de 3 jours seulement », a-t-il averti.

Jusqu’ici, les Français s’étaient laissés bercer par l’idée que notre système de santé était l’un des meilleurs du monde, et les enquêtes d’opinion montraient, effectivement, que le public était tout à fait satisfait de la qualité des soins dans notre pays.

Un sondage Odexa effectué en mai 2019,par exemple, indiquait que parmi les personnes ayant eu à fréquenter ces deux dernières années un hôpital, le taux de satisfaction atteignait 86 %. Et, dans la population, en général, le service de santé français, dans cette même enquête, se révélait jouir d’une très bonne image, le taux de satisfaction étant de 71 % pour le secteur public, et de 77 % pour le secteur privé.

Face donc à la crise actuelle, les faiblesses de notre système de santé apparaissent soudain au grand jour. Déjà, d’ailleurs, depuis le mois de mai 2019, avons-nous pu assister à de nombreuses grèves des personnels soignants dans les hôpitaux, et tout particulièrement dans les services d’urgence de nombreux établissements publics. Et l’on a vu, récemment, mille chefs de service ont démissionné de leur fonction d’encadrement pour protester contre l’absence de réponse à leurs revendications. La Cour des comptes, elle même, dans un rapport de février 2019, n’avait pas manqué de lancer, de son côté, un cri d’alarme disant que notre système de santé est « à bout de souffle ». Ainsi donc, Emmanuel Macron, à l’occasion de sa visite, le 25 mars à Mulhouse à l’hôpital de campagne installé en urgence par l’armée dans le parking de l’hôpital Emile Muller, s’est il vu obligé d’annoncer, pour calmer les inquiétudes, le lancement prochain d’« un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières ». Marcel Gauchet, dans un excellent article dans Le Figaro du 26 mars, nous dit : « Toute les crises ont un effet de loupe », et il s’interroge : « Sommes nous, réellement, parmi les meilleurs du monde ? Nous l’avons été, mais nous ne le sommes probablement plus ».

Il nous faut donc voir par où pèche notre système de santé, un système qui se trouve complètement débordé aujourd’hui par l’épidémie du coronavirus. Et il nous faut, pour cela, effectuer quelques comparaisons avec des pays voisins, car on ne peut pas raisonner d’une manière abstraite : nous retiendrons, pour cela, quatre pays proches de nous, deux ayant un PIB/tête sensiblement inférieur au nôtre, et deux qui se trouvent soit au même niveau, cas de la Grande-Bretagne, soit légèrement au-dessus, cas de l’ Allemagne.

Les dépenses de santé en France

Généralement, les économistes, pour caractériser les dépenses de santé des pays, retiennent le ratio « Dépenses santé/PIB », et l’on a, alors, les chiffres suivants :

Dépenses de santé/PIB

Espagne : 9,1 %

Italie : 9,0 %

France : 11,1 %

Grande-Bretagne : 9,9 %

Allemagne : 11,0 %

Il nous parait plus judicieux de corréler les dépenses de santé des pays avec les PIB/tête, et c’est ce que montre le graphique ci-dessous où les dépenses par habitant sont celles données par l’OCDE pour 2018 :

Corrélation PIB/capita-dépenses de santé/tête (US$)

 

 

Cette approche présente le mérite de pouvoir définir une norme, celle-ci étant donnée par l’équation de la droite de corrélation. On voit sur ce graphique que nos dépenses de santé par personne se trouvent nettement au dessus de la droite de régression, et son équation indique que nous avons un excès dépenses qui se monte à 8,9 % , ce qui représente au niveau national la somme de 23 milliards d’euros.

Le nombre de lits

De nombreuses statistiques existent sur le nombre de lits d’hôpitaux par pays :nous retiendrons les données de l’OCDE :

Nombre de lits/1.000 habitants

Espagne : 2,5

Italie : 3,0

France : 6,5

Grande-Bretagne : 2,3

Allemagne : 8,0

La France n’est donc pas en sous équipement à cet égard. Dans les pays pauvres, on en est à seulement 2 lits pout mille habitants. Mais dans les pays plus riches que nous les chiffres ne sont guère différents : la Suisse qui est le pays le plus riche d’Europe, en est à 4,2 seulement.

La France et l’Allemagne constituent des cas à part : ce sont des pays où les soins hospitaliers tiennent une place très importante dans leur système de soins.

La consommation de médicaments

Nous nous en référerons, ici aussi, aux données de l’OCDE :

Consommation de médicaments /personne (2017)

(En US $ )

Espagne : 403,8

Italie : 527,7

France  : 502,0

Grande-Bretagne : 403,8

Allemagne : 596,6

L’Allemagne qui est le pays le plus riche de ceux figurant sur ce tableau est à un niveau supérieur au nôtre. La France se situe, elle, sensiblement à sa place, dans cette comparaison. Dans les pays pauvres comme la Turquie ou le Chili on en est à une consommation de 200 à 230 euros par habitant, mais dans les pays plus riches que nous les consommations ne sont pas supérieures à la nôtre : la Suède en est à 484,9 dollars, et la Norvège à 501,5 dollars.

Toutefois, dans le cas de la France, il existe une particularité : la consommation d’antibiotiques est anormalement élevée, avec 30,3 g pour 1 000 habitants, contre 14,1 g pour l’Allemagne, et 19,6 g pour la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas, quant à eux, en sont à 10,4 g seulement pour 1 000 habitants.

Les personnels de santé

Les données, en ce qui concerne les personnels de santé, sont suivies régulièrement par l’OCDE. Elles sont les suivantes :

Personnel pour 10 000 habitants

Médecins                       Infirmiers                   Dentistes

Espagne                         33                                    76                                    5

Italie                               37                                     72                                    6

France                            34                                     80                                    7

Grande-Bretagne           23                                    128                                  10

Allemagne                      34                                      80                                    8

 

La France parait être tout à fait dans la norme ; en Grande-Bretagne, il y aurait donc pénurie de médecins, et cela expliquerait le ratio élevé d’infirmiers ou autres assistants médicaux. Quant aux pays pauvres, ils en sont à 12 à 15 médecins pour 10 000 habitants, et à 25 personnels infirmiers pour 10 000 habitants.

Les équipements de pointe

On dispose de peu de données dans ce domaine, et nous avons relevé les suivantes :

IRM                                    Capacité d’accueil en soins intensifs

(Année 2015)                                   (Nb de lits/100.000 hab)

Espagne                     737                                                          10,0

Italie                        1 715                                                           12,5

France                        836                                                          12,0

Grande-Bretagne       467                                                           7,0

Allemagne              2 747                                                           30,0

 

En 2018, en France, le nombre d’équipements en IRM avait certes progressé, et l’on en était arrivé à 960 appareils ; en scanners, selon les dernières statistiques connues, on en était à 1.103 appareils en France, contre 2.023 en Italie, et 2.866 en Allemagne. La France, et davantage encore la Grande-Bretagne, apparaissent donc comme des pays fortement sous-équipés ; l’Allemagne, par contre, est remarquablement dotée.

Les hôpitaux

Les statistiques en cette matière, sont très diverses, et seulement une comparaison avec l’ Allemagne parait possible :

Nombre d’hôpitaux         Nombre de lits         Nombre de lits/hôpital

France                         3 044                        450 000                        148

Allemagne                  1 400                        640 000                          457

 

Dans le cas de la France, il faut faire une séparation entre le secteur privé et le secteur public :

Capacité hospitalière

Secteur Public                                                     60 %

Secteur privé lucratif                                           20 %

Secteur privé non lucratif                                    15 %

Autres                                                                   5 %

______

Total                                   100

Dans le secteur privé la taille des hôpitaux est généralement plus faible que dans le secteur public, et en introduisant cette distinction on aboutit pour le secteur public à une moyenne de 247 lits par hôpital. Mais cette moyenne n’est pas très significative car elle est la résultante de tailles très diverses dans les hôpitaux publics : il existe, en effet, 320 petits hôpitaux publics locaux qui auraient en moyenne 70 à 80 lits seulement, avec une structure comportant, par exemple, 14 lits médicaux,23 lits en SSR (soins de suite de réadaptation) et 36 lits en ULSD (Unité de soins de longue durée).

Par comparaison avec l’Allemagne, la France se caractérise donc par un plus grand nombre d’hôpitaux, mais des hôpitaux beaucoup plus petits, avec les inconvénients que cela entraîne en matière d’équipements de pointe à multiplier, et de frais de gestion. La proximité se paye par un sous équipement, et, au plan des personnels, par des effectifs globalement excédentaires mais mal répartis, plus, pour couronner le tout, des frais de gestion élevés (23 % supérieurs à la moyenne européenne).

La difficile situation financière des hôpitaux publics

La situation financière des hôpitaux publics en France est préoccupante, mais les personnels médicaux paraissent l’ignorer. Ils réclament toujours plus de moyens et dénoncent une « gestion comptable » de la santé en France : il est vrai que les 35 heures de Martine Aubry ont causé dans les hôpitaux publics beaucoup de dégâts. Depuis 2006, les comptes d’exploitation des hôpitaux publics présentent régulièrement des résultats négatifs, et, ces dernières années, il s’est agi de pertes considérables qui ont oscillé entre 600 et 800 millions d’euros chaque année.

Déficit annuel des hôpitaux publics (millions €)

2016 : 529

2017 : 850

2018 : 650

2019 : 900

 

Aussi la dette des hôpitaux publics s’élève-t-elle maintenant à 30 milliards d’euros, et elle coûte en frais financiers 850 millions d’euros chaque année.

Les investissements ont ainsi dangereusement chuté : ils ne sont plus à présent que de 2,5 à 3 milliards par an, alors que les charges d’amortissement s’élèvent à 6 milliards d’euros. Le flux d’investissement annuel est donc totalement insuffisant pour maintenir l’ensemble du dispositif en état correct de fonctionnement, et les directeurs d’hôpitaux s’en inquiètent, à juste titre. Ils ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, estimant qu’il leur faudrait investir environ 8 % du chiffre d’affaires, soit 7 à 7,5 milliards d ’euros chaque année.

A propos de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, où il était demandé au secteur hospitalier une économie de 800 millions d’euros, Fréderic Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) a déclaré : « Dans les faits, on va vers une mort lente de l’hôpital ».

L’Etat s’est donc finalement engagé à alléger la dette colossale des hôpitaux publics en en prenant à sa charge un tiers, soit 10 milliards d’euros, ce qui va quelque peu soulager les comptes d’exploitation de ces établissements.

Un besoin urgent de remise en cause du système hospitalier français

Le président de la fédération hospitalière française a déclaré dans une interview récente sur une radio : « On est à l’os ». Il est demandé, sans cesse, aux directeurs d’hôpitaux de faire des économies, mais sans que l’on s’attaque aux problèmes de fond qui sont de trois ordres : la structure du parc des hôpitaux en France, le statut des personnels, et le système de facturation des activités. Aussi, les quelques économies qui ont été faites (7 milliards d’euros en dix ans) n’y ont rien changé.

Au plan de la structure, tout d’abord : il y a beaucoup trop d’hôpitaux, et donc bon nombre d’entre eux sont de trop petits hôpitaux. Ils seraient à fermer, mais c’est extrêmement difficile, politiquement, car la population réagit vivement dès que l’on annonce la fermeture d’un hôpital de proximité. En Allemagne, on est passé de 2 258 hôpitaux en 1997 à 1 400 actuellement, et la fondation Bertelsmann considère qu’il faudrait en fermer 600, ce qui amènerait la moyenne à 800 lits/hôpital. Et certains spécialistes voudraient aller encore plus loin. Ainsi, en Belgique, Paul Otreppe, président de la Fédération belge des directeurs d’hôpitaux, a déclaré : « Pour être efficace, un hôpital doit avoir 2 000 lits ». L’hôpital Pompidou, à Paris, en a 1 452.

Le problème de la structure du réseau est donc fondamental, mais, au niveau du gouvernement, on n’ose pas l’aborder.

Au plan du statut des personnels, on sait qu’il s’agit du statut de la « Fonction publique hospitalière », un statut donc de fonctionnaire, avec les rigidités que cela représente pour les directeurs d’hôpitaux qui sont contraints de respecter les règles très strictes qui régissent ces personnels : mutation d’un poste à un autre très difficile, interdiction de licencier, progression des salaires à l’ancienneté, etc….

Au plan de la facturation des soins, enfin : le système en vigueur est, depuis 2004, celui de la tarification à l’acte (T2A), et il s’y rajoute chaque année des dotations forfaitaires (DAC) pour tenir compte de services particuliers rendus par ces types d’hôpitaux : recherche, enseignement…. Certains professionnels proposent d’abandonner ce système pour passer à un système qu’ils appellent le « système de parcours de soins ».

La tâche est donc immense, et vouloir s’attaquer à la reforme de notre système hospitalier sera aussi difficile et perturbant que l’est, actuellement, le chantier de la reforme du système des retraites. Peut être la crise du coronavirus pourrait-elle être l’occasion à saisir pour s’attaquer aux problèmes de fond qui sont à régler pour faire fonctionner correctement notre système hospitalier public. Il s’agit de 52 % des soins dans notre pays.

On sait que les Allemands, de leur côté, sont parvenus à régler sereinement leur problème : ils ont privatisé les hôpitaux déficitaires et laissé les Länder gérer les hôpitaux, c’est à dire réalisé en douceur une réelle décentralisation. Il y eut même un CHU qui fut privatisé, en 2005, racheté par le groupe Rhön Klinikum AG. Le secteur public a été ramené ainsi de 40,7 % du marché en 1997 à 23,8 % actuellement.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

La remise en cause totale de notre système de santé

La remise en cause totale de notre système de santé

 

La pandémie du coronavirus a causé déjà des milliers de morts en France, et son pic est encore loin d’être atteint. On s’aperçoit soudain que notre système de santé recèle de graves faiblesses. Constat de Claude Sicard, économiste et consultant international.

Nos hôpitaux manquent gravement de respirateurs, nous n’avons que très peu de masques pour satisfaire les besoins des personnels exposés, et les personnels hospitaliers sont totalement débordés. Par ailleurs, notre industrie est incapable de produire ne serait ce que les tests de dépistage du virus, et nous n’avons pas de fabricant de respirateurs alors que les Allemands en ont deux et les Suisses un, qui est le plus réputé mondialement. Aussi, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique et des hôpitaux de Paris s’est-il vu obligé de lancer, le 25 mars dernier, un appel angoissé à l’aide, indiquant que la situation était alarmante : « Je n’ai plus qu’une visibilité de 3 jours seulement », a-t-il averti.

Jusqu’ici, les Français s’étaient laissés bercer par l’idée que notre système de santé était l’un des meilleurs du monde, et les enquêtes d’opinion montraient, effectivement, que le public était tout à fait satisfait de la qualité des soins dans notre pays.

Un sondage Odexa effectué en mai 2019,par exemple, indiquait que parmi les personnes ayant eu à fréquenter ces deux dernières années un hôpital, le taux de satisfaction atteignait 86 %. Et, dans la population, en général, le service de santé français, dans cette même enquête, se révélait jouir d’une très bonne image, le taux de satisfaction étant de 71 % pour le secteur public, et de 77 % pour le secteur privé.

Face donc à la crise actuelle, les faiblesses de notre système de santé apparaissent soudain au grand jour. Déjà, d’ailleurs, depuis le mois de mai 2019, avons-nous pu assister à de nombreuses grèves des personnels soignants dans les hôpitaux, et tout particulièrement dans les services d’urgence de nombreux établissements publics. Et l’on a vu, récemment, mille chefs de service ont démissionné de leur fonction d’encadrement pour protester contre l’absence de réponse à leurs revendications. La Cour des comptes, elle même, dans un rapport de février 2019, n’avait pas manqué de lancer, de son côté, un cri d’alarme disant que notre système de santé est « à bout de souffle ». Ainsi donc, Emmanuel Macron, à l’occasion de sa visite, le 25 mars à Mulhouse à l’hôpital de campagne installé en urgence par l’armée dans le parking de l’hôpital Emile Muller, s’est il vu obligé d’annoncer, pour calmer les inquiétudes, le lancement prochain d’« un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières ». Marcel Gauchet, dans un excellent article dans Le Figaro du 26 mars, nous dit : « Toute les crises ont un effet de loupe », et il s’interroge : « Sommes nous, réellement, parmi les meilleurs du monde ? Nous l’avons été, mais nous ne le sommes probablement plus ».

Il nous faut donc voir par où pèche notre système de santé, un système qui se trouve complètement débordé aujourd’hui par l’épidémie du coronavirus. Et il nous faut, pour cela, effectuer quelques comparaisons avec des pays voisins, car on ne peut pas raisonner d’une manière abstraite : nous retiendrons, pour cela, quatre pays proches de nous, deux ayant un PIB/tête sensiblement inférieur au nôtre, et deux qui se trouvent soit au même niveau, cas de la Grande-Bretagne, soit légèrement au-dessus, cas de l’ Allemagne.

Les dépenses de santé en France

Généralement, les économistes, pour caractériser les dépenses de santé des pays, retiennent le ratio « Dépenses santé/PIB », et l’on a, alors, les chiffres suivants :

Dépenses de santé/PIB

Espagne : 9,1 %

Italie : 9,0 %

France : 11,1 %

Grande-Bretagne : 9,9 %

Allemagne : 11,0 %

Il nous parait plus judicieux de corréler les dépenses de santé des pays avec les PIB/tête, et c’est ce que montre le graphique ci-dessous où les dépenses par habitant sont celles données par l’OCDE pour 2018 :

Corrélation PIB/capita-dépenses de santé/tête (US$)

 

 

Cette approche présente le mérite de pouvoir définir une norme, celle-ci étant donnée par l’équation de la droite de corrélation. On voit sur ce graphique que nos dépenses de santé par personne se trouvent nettement au dessus de la droite de régression, et son équation indique que nous avons un excès dépenses qui se monte à 8,9 % , ce qui représente au niveau national la somme de 23 milliards d’euros.

Le nombre de lits

De nombreuses statistiques existent sur le nombre de lits d’hôpitaux par pays :nous retiendrons les données de l’OCDE :

Nombre de lits/1.000 habitants

Espagne : 2,5

Italie : 3,0

France : 6,5

Grande-Bretagne : 2,3

Allemagne : 8,0

La France n’est donc pas en sous équipement à cet égard. Dans les pays pauvres, on en est à seulement 2 lits pout mille habitants. Mais dans les pays plus riches que nous les chiffres ne sont guère différents : la Suisse qui est le pays le plus riche d’Europe, en est à 4,2 seulement.

La France et l’Allemagne constituent des cas à part : ce sont des pays où les soins hospitaliers tiennent une place très importante dans leur système de soins.

La consommation de médicaments

Nous nous en référerons, ici aussi, aux données de l’OCDE :

Consommation de médicaments /personne (2017)

(En US $ )

Espagne : 403,8

Italie : 527,7

France  : 502,0

Grande-Bretagne : 403,8

Allemagne : 596,6

L’Allemagne qui est le pays le plus riche de ceux figurant sur ce tableau est à un niveau supérieur au nôtre. La France se situe, elle, sensiblement à sa place, dans cette comparaison. Dans les pays pauvres comme la Turquie ou le Chili on en est à une consommation de 200 à 230 euros par habitant, mais dans les pays plus riches que nous les consommations ne sont pas supérieures à la nôtre : la Suède en est à 484,9 dollars, et la Norvège à 501,5 dollars.

Toutefois, dans le cas de la France, il existe une particularité : la consommation d’antibiotiques est anormalement élevée, avec 30,3 g pour 1 000 habitants, contre 14,1 g pour l’Allemagne, et 19,6 g pour la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas, quant à eux, en sont à 10,4 g seulement pour 1 000 habitants.

Les personnels de santé

Les données, en ce qui concerne les personnels de santé, sont suivies régulièrement par l’OCDE. Elles sont les suivantes :

Personnel pour 10 000 habitants

Médecins                       Infirmiers                   Dentistes

Espagne                         33                                    76                                    5

Italie                               37                                     72                                    6

France                            34                                     80                                    7

Grande-Bretagne           23                                    128                                  10

Allemagne                      34                                      80                                    8

 

La France parait être tout à fait dans la norme ; en Grande-Bretagne, il y aurait donc pénurie de médecins, et cela expliquerait le ratio élevé d’infirmiers ou autres assistants médicaux. Quant aux pays pauvres, ils en sont à 12 à 15 médecins pour 10 000 habitants, et à 25 personnels infirmiers pour 10 000 habitants.

Les équipements de pointe

On dispose de peu de données dans ce domaine, et nous avons relevé les suivantes :

IRM                                    Capacité d’accueil en soins intensifs

(Année 2015)                                   (Nb de lits/100.000 hab)

Espagne                     737                                                          10,0

Italie                        1 715                                                           12,5

France                        836                                                          12,0

Grande-Bretagne       467                                                           7,0

Allemagne              2 747                                                           30,0

 

En 2018, en France, le nombre d’équipements en IRM avait certes progressé, et l’on en était arrivé à 960 appareils ; en scanners, selon les dernières statistiques connues, on en était à 1.103 appareils en France, contre 2.023 en Italie, et 2.866 en Allemagne. La France, et davantage encore la Grande-Bretagne, apparaissent donc comme des pays fortement sous-équipés ; l’Allemagne, par contre, est remarquablement dotée.

Les hôpitaux

Les statistiques en cette matière, sont très diverses, et seulement une comparaison avec l’ Allemagne parait possible :

Nombre d’hôpitaux         Nombre de lits         Nombre de lits/hôpital

France                         3 044                        450 000                        148

Allemagne                  1 400                        640 000                          457

 

Dans le cas de la France, il faut faire une séparation entre le secteur privé et le secteur public :

Capacité hospitalière

Secteur Public                                                     60 %

Secteur privé lucratif                                           20 %

Secteur privé non lucratif                                    15 %

Autres                                                                   5 %

______

Total                                   100

Dans le secteur privé la taille des hôpitaux est généralement plus faible que dans le secteur public, et en introduisant cette distinction on aboutit pour le secteur public à une moyenne de 247 lits par hôpital. Mais cette moyenne n’est pas très significative car elle est la résultante de tailles très diverses dans les hôpitaux publics : il existe, en effet, 320 petits hôpitaux publics locaux qui auraient en moyenne 70 à 80 lits seulement, avec une structure comportant, par exemple, 14 lits médicaux,23 lits en SSR (soins de suite de réadaptation) et 36 lits en ULSD (Unité de soins de longue durée).

Par comparaison avec l’Allemagne, la France se caractérise donc par un plus grand nombre d’hôpitaux, mais des hôpitaux beaucoup plus petits, avec les inconvénients que cela entraîne en matière d’équipements de pointe à multiplier, et de frais de gestion. La proximité se paye par un sous équipement, et, au plan des personnels, par des effectifs globalement excédentaires mais mal répartis, plus, pour couronner le tout, des frais de gestion élevés (23 % supérieurs à la moyenne européenne).

La difficile situation financière des hôpitaux publics

La situation financière des hôpitaux publics en France est préoccupante, mais les personnels médicaux paraissent l’ignorer. Ils réclament toujours plus de moyens et dénoncent une « gestion comptable » de la santé en France : il est vrai que les 35 heures de Martine Aubry ont causé dans les hôpitaux publics beaucoup de dégâts. Depuis 2006, les comptes d’exploitation des hôpitaux publics présentent régulièrement des résultats négatifs, et, ces dernières années, il s’est agi de pertes considérables qui ont oscillé entre 600 et 800 millions d’euros chaque année.

Déficit annuel des hôpitaux publics (millions €)

2016 : 529

2017 : 850

2018 : 650

2019 : 900

 

Aussi la dette des hôpitaux publics s’élève-t-elle maintenant à 30 milliards d’euros, et elle coûte en frais financiers 850 millions d’euros chaque année.

Les investissements ont ainsi dangereusement chuté : ils ne sont plus à présent que de 2,5 à 3 milliards par an, alors que les charges d’amortissement s’élèvent à 6 milliards d’euros. Le flux d’investissement annuel est donc totalement insuffisant pour maintenir l’ensemble du dispositif en état correct de fonctionnement, et les directeurs d’hôpitaux s’en inquiètent, à juste titre. Ils ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, estimant qu’il leur faudrait investir environ 8 % du chiffre d’affaires, soit 7 à 7,5 milliards d ’euros chaque année.

A propos de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, où il était demandé au secteur hospitalier une économie de 800 millions d’euros, Fréderic Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) a déclaré : « Dans les faits, on va vers une mort lente de l’hôpital ».

L’Etat s’est donc finalement engagé à alléger la dette colossale des hôpitaux publics en en prenant à sa charge un tiers, soit 10 milliards d’euros, ce qui va quelque peu soulager les comptes d’exploitation de ces établissements.

Un besoin urgent de remise en cause du système hospitalier français

Le président de la fédération hospitalière française a déclaré dans une interview récente sur une radio : « On est à l’os ». Il est demandé, sans cesse, aux directeurs d’hôpitaux de faire des économies, mais sans que l’on s’attaque aux problèmes de fond qui sont de trois ordres : la structure du parc des hôpitaux en France, le statut des personnels, et le système de facturation des activités. Aussi, les quelques économies qui ont été faites (7 milliards d’euros en dix ans) n’y ont rien changé.

Au plan de la structure, tout d’abord : il y a beaucoup trop d’hôpitaux, et donc bon nombre d’entre eux sont de trop petits hôpitaux. Ils seraient à fermer, mais c’est extrêmement difficile, politiquement, car la population réagit vivement dès que l’on annonce la fermeture d’un hôpital de proximité. En Allemagne, on est passé de 2 258 hôpitaux en 1997 à 1 400 actuellement, et la fondation Bertelsmann considère qu’il faudrait en fermer 600, ce qui amènerait la moyenne à 800 lits/hôpital. Et certains spécialistes voudraient aller encore plus loin. Ainsi, en Belgique, Paul Otreppe, président de la Fédération belge des directeurs d’hôpitaux, a déclaré : « Pour être efficace, un hôpital doit avoir 2 000 lits ». L’hôpital Pompidou, à Paris, en a 1 452.

Le problème de la structure du réseau est donc fondamental, mais, au niveau du gouvernement, on n’ose pas l’aborder.

Au plan du statut des personnels, on sait qu’il s’agit du statut de la « Fonction publique hospitalière », un statut donc de fonctionnaire, avec les rigidités que cela représente pour les directeurs d’hôpitaux qui sont contraints de respecter les règles très strictes qui régissent ces personnels : mutation d’un poste à un autre très difficile, interdiction de licencier, progression des salaires à l’ancienneté, etc….

Au plan de la facturation des soins, enfin : le système en vigueur est, depuis 2004, celui de la tarification à l’acte (T2A), et il s’y rajoute chaque année des dotations forfaitaires (DAC) pour tenir compte de services particuliers rendus par ces types d’hôpitaux : recherche, enseignement…. Certains professionnels proposent d’abandonner ce système pour passer à un système qu’ils appellent le « système de parcours de soins ».

La tâche est donc immense, et vouloir s’attaquer à la reforme de notre système hospitalier sera aussi difficile et perturbant que l’est, actuellement, le chantier de la reforme du système des retraites. Peut être la crise du coronavirus pourrait-elle être l’occasion à saisir pour s’attaquer aux problèmes de fond qui sont à régler pour faire fonctionner correctement notre système hospitalier public. Il s’agit de 52 % des soins dans notre pays.

On sait que les Allemands, de leur côté, sont parvenus à régler sereinement leur problème : ils ont privatisé les hôpitaux déficitaires et laissé les Länder gérer les hôpitaux, c’est à dire réalisé en douceur une réelle décentralisation. Il y eut même un CHU qui fut privatisé, en 2005, racheté par le groupe Rhön Klinikum AG. Le secteur public a été ramené ainsi de 40,7 % du marché en 1997 à 23,8 % actuellement.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

La bureaucratie : pathologie de notre administration

La bureaucratie : pathologie de notre administration

Notre administration est historiquement une instance de surveillance des agents économiques, écrit Pascal Perri dans l’Opinion. Cela explique les ratés successifs en matière de gestion sanitaire. Il est prioritaire de retrouver notre capacité opérationnelle.

Les Français sont nombreux à s’interroger sur les causes profondes de nos échecs successifs en matière de gestion de la crise sanitaire. A la guerre comme à la guerre, dirait le président de la République ! Hélas, l’Etat et l’administration se sont révélés défaillants sur le champ de bataille. Comment l’expliquer ? Nous avons en France une administration de contrôle qui n’a que très rarement été une administration d’exécution. Au XXe siècle, à l’exception de la période que de Gaulle qualifie lui-même d’épisode du « salut », entre 1945 et 1947, au cours de laquelle l’Etat réalise des miracles, l’administration est historiquement et même pathologiquement une instance de surveillance des agents économiques. Elle régule, elle sanctionne. L’administration française est d’abord une administration de circulaires, à la différence d’autres modèles de gouvernance tournés vers la coproduction. La distinction en dit long. Le contrôle naît d’une présomption de culpabilité. A l’inverse, la coproduction postule la confiance. L’une s’exerce a posteriori, l’autre a priori. La suspicion renforce la verticalité et stimule l’inflation normative. Ses coûts indirects, rarement mesurés, sont payés par toute la société.

En matière de politique vaccinatoire, nous avons sous les yeux les conséquences d’un Etat inadapté aux courses de vitesse et aux environnements instables de notre temps. A défaut du sens opérationnel des choses, le pouvoir politique est contraint de mener des politiques de contournement du réel et d’imaginer des artifices démagogiques, voire fâcheux. Pris en défaut sur le terrain de l’action, les politiques et la haute administration donnent le change en multipliant les prises de parole confuses, en imposant des comités de citoyens, des états généraux, des symposiums en tout genre. Bref, le contraire de l’action. On prête à Albert Einstein la formule selon laquelle la folie, c’est de faire toujours la même chose en espérant à chaque fois un résultat différent !

 

Défendre notre civilisation

Défendre notre civilisation

Olivier Babeau, chroniqueur et essayiste balaye les grandes questions qui ont marqué 2020 et préconisent une défense de notre civilisation dans le Figaro

Chaque semaine, Olivier Babeau décrypte l’air du temps pour FigaroVox. Il est président de l’Institut Sapiens et, par ailleurs, professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux. Il a récemment publié Le nouveau désordre numérique: Comment le digital fait exploser les inégalités(Buchet Chastel, 2020).


L’année 2020 a bien sûr été marquée par la crise sanitaire, nous y reviendrons, mais à l’exception de cette épidémie hors-normes, quel fait d’actualité marquant retiendrez-vous de cette année, et pourquoi?

Olivier BABEAU. – Comme les mouvements tectoniques, les événements les plus importants se font souvent à bas bruit, jusqu’à ce qu’éclate l’évidence des ruptures qu’ils produisent. Ce sont deux avancées technologiques récentes qui méritent ainsi d’être signalés: tout d’abord l’annonce par des chercheurs de Shanghai d’un progrès vers l’informatique quantique, qui permet une vitesse de calcul 100 000 milliards de fois plus rapide qu’avec les meilleurs ordinateurs actuels. Ensuite, le record battu en matière de fusion nucléaire, avec le maintien d’un plasma de 100 millions de degrés durant 20 secondes par un réacteur sud-coréen. Les deux technologies, quand elles seront au point, sont porteuses de révolutions inouïes.

Il est significatif que ces dernières avancées viennent d’Asie. Car c’est au fond le grand événement de cette année: le basculement indiscutable de l’équilibre du monde vers l’Orient, et l’évidence d’une forme de déclin économique et politique de puissances occidentales marginalisées sur la scène de l’Histoire. Nous ne comprenons pas la tragédie que cela nous prépare: on ne peut pas plus avoir le système social d’un pays développé avec les avantages concurrentiels de pays du tiers-monde qu’il n’est possible de payer une suite de palace avec le budget d’une chambre d’hôtel une étoile.

Comme chroniqueur, vous avez traité de nombreux sujets d’actualité, tous très variés, mais y a-t-il parmi vos chroniques une en particulier qui vous paraît essentielle, au sujet d’un débat qui vous semble déterminant pour les années à venir?

Je vois chacune de mes tribunes comme autant de petites touches qui, ensemble, proposent un tableau de notre époque. J’essaye d’interpréter l’actualité immédiate comme autant de signes de mouvements souterrains dont l’unité n’apparaît pas immédiatement, mais dont il importe de prendre conscience.

Il faut absolument distinguer le parti EELV, avec ses options idéologiques et ses contradictions (…) et la question écologique elle-même

À long terme, les deux grands chocs conjugués des déséquilibres démographiques et des changements climatiques seront bien sûr les problèmes centraux auxquels l’humanité sera confrontée. À moyen terme, les grands enjeux sont ceux que j’ai formulés dans mon interview concernant mon dernier ouvrage.

Nous devrons répondre à une question essentielle au cours de cette décennie: comment empêcher la triple polarisation social, économique et politique dont le résultat serait violences, misère et chaos?

En France, un événement politique majeur a été la montée du parti EELV, dans les médias et dans les urnes. Le débat politique sur l’écologie vous paraît-il mal posé? Comment peut-on parler intelligemment des enjeux climatiques qui préoccupent de plus en plus les Français?

Cette montée du vote vert aux municipales est en réalité l’effet d’une montée de l’abstention, elle demandera à être éventuellement confirmée lors des prochaines échéances électorales. Mais en ce qui concerne la «part de voix» dans les médias, le succès est indéniable, ce qui montre surtout une capacité à les utiliser adroitement. C’est bien le vrai phénomène à lire: comme toujours dans l’histoire, l’affaiblissement des institutions politiques favorise la montée en puissance de minorités actives au programme révolutionnaire plus ou moins assumé.

Les affamés de pouvoir sont attirés et excités par la déliquescence du système en place. Il faut absolument distinguer le parti EELV, avec ses options idéologiques et ses contradictions (notamment en matière de rapport au nucléaire, aux OGM ou à l’agriculture intensive, qui sont des outils objectifs de lutte contre les émissions de CO2), et la question écologique elle-même. Toute la ruse d’EELV est précisément de postuler la confusion entre les deux, suggérant que la seconde ne devrait être envisagée qu’à travers le clergé autoproclamé qu’il incarne. Tout comme la gauche n’avait pas le monopole du cœur, le parti écologiste ne saurait avoir le monopole du vert.

L’écologie est au confluent de nombreuses disciplines complexes. Il faudrait être capable de donner aux discours scientifiquement fondés leur vraie place pour qu’un débat de qualité soit possible et que l’information des citoyens ne soit pas biaisée.

À l’heure actuelle, il est possible de dire à peu près n’importe quoi sur le sujet dans les médias sans être contredit. La science souffre toujours quand elle est mise au service d’un projet politique qui trie, dans ses résultats, les bonnes et les mauvaises nouvelles idéologiques.

Aux États-Unis puis en France, la question de la mémoire de l’esclavage ou de la colonisation a suscité d’importants mouvements sociaux, qui aboutissent à une remise en cause du modèle universaliste des Lumières. Continuerez-vous à le défendre? Pourquoi?

Je continuerai à défendre l’universalisme car il est le seul modèle acceptable à mes yeux, tout simplement. Les nouveaux puritanismes qui cherchent à s’imposer sont de prodigieuses forces d’exclusion et de balkanisation de la société. Ils sont porteurs de tout ce qu’ils dénoncent: essentialisation, classement des gens en groupes sociaux imperméables, spirales d’injustices sociales, promotion de la haine au rang de principe politique fondamental.

La plupart des Français regardent avec hébétude les surenchères des zélotes du progressisme : écriture inclusive, statues déboulonnées…

Il n’y a rien de plus affligeant que de voir avec quel succès ces fantasmagories malfaisantes parviennent à gagner du terrain, grâce essentiellement à des médias qui leur ouvrent leurs portes, par faiblesse, incompétence, peur ou complicité. La réalité est que les spéculations néopuritaines dont il est question sont le fait de tout petits groupes de fanatiques et que l’écrasante majorité en est très éloigné.

La plupart des Français regardent avec hébétude les surenchères des zélotes du progressisme: écriture inclusive, statues déboulonnées, noms hier vénérés et désormais victimes damnatio memoriae, etc. Ce n’est jamais la force des ennemis de la liberté qu’il faut craindre, mais la faiblesse de ses défenseurs.

Venons-en à la crise sanitaire à présent: sans verser dans des supputations chimériques au sujet du monde d’après, retenez-vous malgré tout des leçons positives de cette épidémie?

La crise aura été une apocalypse, au sens étymologique de «dévoilement». Les programmes cachés, les obsessions de maints groupuscules se sont révélés au grand jour. Les masques sont tombés et le jeu est clair: il faudra choisir entre ceux qui croient que l’innovation, comme elle l’a permis depuis des millénaires, va continuer à apporter aux hommes les solutions de leur survie, et ceux qui, d’autre part, plaident pour au retour à un (illusoire) âge d’or de frugalité et de travail non mécanisé.

La pandémie aura vu le triomphe de la mondialisation (pour la première fois, nous avons collectivement affronté le même problème en même temps) et de la recherche scientifique. Elle aura accéléré la détermination des régimes jeunes, sûrs d’eux-mêmes et dominateurs.

Et fait cruellement apparaître la fragilité de démocraties se concevant comme des sortes d’immenses maisons de repos. Nos vieilles sociétés développées ont un rapport problématique au risque: assumé partout ailleurs comme le tremplin du progrès, il est chez nous devenu un scandale, une anomalie que des lois doivent éradiquer.

La question des libertés vous passionne. Pour une fois, les Français se sont intéressés au rôle et au fonctionnement du Conseil d’État, se sont mobilisés pour défendre des libertés constitutionnelles, et ont débattu à table de l’arbitrage entre sécurité et liberté, de la juste place de l’État… Vous vous en réjouissez sûrement?

C’est un autre dévoilement notable qui s’est opéré: si l’on pouvait encore en douter, on a clairement pu voir les manquements de notre appareil bureaucratique, l’incapacité à anticiper, la lourdeur de notre organisation, les incohérences des décisions. Nous aurons raté les trois grandes épreuves de cette pandémie: celle des masques, celle des tests et celle des vaccins.

L’élection d’Emmanuel Macron représentait fondamentalement la prise de pouvoir de la haute administration sur la politique

Les Français ont compris qu’ils n’en avaient pas pour leurs impôts. Je ne suis pas certain pourtant que cela suffise à mettre un terme à ce cercle vicieux par lequel nous réclamons plus d’intervention de l’État à mesure qu’il révèle son incapacité à poursuivre les innombrables tâches dont il prétend se charger. «Si l’État est fort il nous écrase, s’il est faible nous périssons», disait Paul Valéry: nous parvenons à avoir les deux à la fois, cumulant les inconvénients de son absence et de son omniprésence.

L’État, justement, que vous avez plusieurs fois étrillé dans vos chroniques, doit-il être repensé différemment à la lumière des enseignements de cette crise?

L’élection d’Emmanuel Macron représentait fondamentalement la prise de pouvoir de la haute administration sur la politique, discréditée et privée de personnel de valeur. L’administration a donc fait ce qu’elle est programmée pour faire: colmater les brèches, protéger et surtout se protéger elle-même. Elle a entouré les Français de l’ouate confortable qu’ils réclament, et fait fonctionner à plein la machine à produire des normes et des interdits.

Le mandat n’aura vu, c’est significatif, aucune réforme réelle de la machine étatique, toutes les tentatives ayant fait long feu (y compris la pseudo-réforme de l’ENA). C’est toute la différence entre l’opérationnel et la stratégie: le premier gère l’existant, la seconde ouvre les chemins du futur. Nous avons l’un, mais pas l’autre.

 

En l’absence de politiques capables d’affirmer courageusement une vision non contradictoire du projet France (le «en même temps» s’étant révélé, comme on pouvait le craindre, «tout et son contraire»), reste un secteur public métastasé essentiellement concentré sur la façon d’obtenir les moyens de sa pérennité. Dans la pratique, le pouvoir a déserté la rue du Faubourg Saint-Honoré pour s’exercer dans la forteresse des rives de Seine, à Bercy.

Pour finir, que souhaiteriez-vous en priorité à vos lecteurs pour 2021?

Après cette annus horribilis, je souhaite (et espère) malgré tout une annus mirabilis, une année miraculeuse. Si nous vainquons le virus, profitons de ses leçons pour nous moderniser et avons le courage de réaffirmer notre projet de civilisation, nous pouvons être revenus dans quelques mois sur les chemins de la prospérité.

Reconnecter notre économie aux réalités de la nature

 Reconnecter notre économie aux réalités de la nature

 

 Tribune d’un collectif dans le monde

Alors que la crise sanitaire a démontré la fragilité de notre modèle agricole, un collectif de personnalités engagées pour une transition écologique et solidaire plaide pour un nouveau pacte entre villes et campagne et invite à repenser notre relation à la terre.

Tribune. Le Covid-19 aura eu au moins un mérite : révéler au plus grand nombre la vulnérabilité de notre système et rendre manifeste l’urgence de proposer de nouveaux modèles de production et de vivre-ensemble, plus résilients, porteurs de sens, créateurs de richesses et de solidarités. Face aux crises écologiques, économiques et sociales s’impose une évidence : la nécessité de (re)toucher terre. Un retour à la terre que nous entendons au sens large, c’est-à-dire repenser les relations ville-campagne, reconnecter notre société hors-sol au vivant et redonner une place centrale à l’agriculture et aux paysans.

Le modèle urbain consumériste arrive en bout de course. Cette impasse invite à changer de regard sur la ruralité. Loin des congestions automobiles et du stress, agriculteurs, entrepreneurs, associations, artistes et collectivités inventent chaque jour d’autres façons de produire, de travailler, d’habiter. Ils refont battre le cœur des villages, mettent de la poésie dans nos vies, permettent la résilience alimentaire et économique, mettent les gens en relation et ouvrent à de nouvelles solidarités.

Ce foisonnement d’expériences offre une occasion pour les campagnes de jouer un rôle politique fort dans la construction du monde de demain et invite à penser de nouveaux équilibres territoriaux. Oui, les campagnes qualifient les villes aujourd’hui ! Nous plaidons pour un nouveau pacte ville-campagne qui favoriserait les complémentarités et les mises en cohérence plutôt que l’irresponsable « laisser-faire » libéral.

Miser sur l’intelligence collective

Les nouveaux modes de travail et les technologies rendent aujourd’hui possible un exode urbain. Le confinement loin des villes aura permis à de nombreux citadins de l’expérimenter temporairement, et pour certains de sauter le pas définitivement. Mais pour que ce phénomène soit une véritable opportunité, il doit faire l’objet de « politiques d’accueil ». Et inversement, les projets des néoruraux doivent s’inscrire dans le respect des spécificités et des besoins locaux. Seul un projet politique qui s’inscrit dans des processus de rencontres entre les différents acteurs fera sens, et permettra à chacun de s’approprier le territoire et de travailler ensemble.

La diversité et le lien sont les seules réponses à la complexité. Les crises actuelles ont pris racine dans un mal invisible : celui de l’uniformisation des êtres et des territoires. Face à l’ineptie d’un monde cloisonné, nous devons concentrer nos efforts sur le lien à l’autre : entre citadins et ruraux, entre les mondes agricoles, économiques, politiques et artistiques. La résilience ne peut se créer qu’en misant sur nos complémentarités. L’innovation naît de l’intelligence collective.

 

« Notre campagne s’endort, comme un vieillard qu’on oublie »

« Notre campagne s’endort, comme un vieillard qu’on oublie »

Les territoires ruraux doivent exister autrement que comme un idéal pour les citadins, souligne, dans une tribune au « Monde », Anne-Cécile Suzanne, agricultrice dans l’Orne.

Tribune. 

 

L’hiver tombe sur notre campagne. Doucement, la brume se fait plus dense et semble coller aux collines, aux montagnes, aux plaines effeuillées. Les forêts se marbrent de gris, les animaux sauvages se rapprochent des fermes pour voler quelques grains de maïs, quelques fruits laissés aux pieds des pommiers. Tranquillement, notre campagne s’endort, comme un vieillard qu’on oublie.

 

Au village, la boulangerie est à vendre, tandis que le café n’a, depuis des années, jamais été repris. Les vaches, qu’on voyait souvent pâturer dans les prairies, sont maintenant difficiles à trouver depuis que leurs éleveurs ont déclaré forfait. Les prés d’ailleurs ne fleurissent plus et sont progressivement labourés, ou abandonnés. Les animaux sauvages se voient ainsi délogés, mais ça, on ne le voit pas au rayon végan du supermarché. Beaucoup d’usines ont fermé, et les emplois avec elles, parce qu’elles n’ont pas su s’adapter au « tout globalisé ». Les maisons se vident la semaine, pour ne devenir que des résidences de week-end. Le train est en panne, l’avion ne passera jamais, alors la voiture sort du garage pour aller au supermarché parce que dix kilomètres, c’est long à pédaler. Doucement, notre campagne s’endort, sans faire grand bruit.

Pourtant, à côté d’elle, la métropole s’éveille. Elle s’élance, avec ses grandes écoles renommées, ses multinationales dorées, ses quartiers décorés, vers la compétition planétaire, le « tout vert », l’économie digitalisée, la finance de marché. Elle accélère sa course, vers toujours plus de PIB, de lignes de métro, d’immeubles gris acier. La métropole grandit, et de son ombre ternit la ruralité, cette ruralité si lente, qui n’a pourtant qu’à suivre le rythme imposé. Une ruralité qui ne sait même pas préserver sa nature si fragile, alors qu’avec un compost, une cabane à insectes et trois arbres plantés, on a évidemment moyen de sauver l’écosystème en danger.

« Pourquoi ne préserve-t-elle pas ses paysages en l’état ? », lui demande-t-on, affolé, depuis le macadam desséché des petits espaces urbano-développés. « Pourquoi ces agriculteurs si bêtes n’arrêtent-ils pas les pesticides ? », se demande-t-on, en polluant chaque jour les eaux de nos produits ménagers, en rendant les poissons stériles à cause de nos pilules hormonées. « Pourquoi la ruralité ne se mue-t-elle pas en musée ? », se demande-t-on, pour permettre à la ville d’encore plus vite avancer, urbaniser, polluer ?

(La suite dans le Monde)

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Revoir notre politique vis-à-vis de Poutine

Revoir notre politique vis-à-vis de Poutine

Enseignant à Science Po, ancien ministre de l’intégration européenne de la Géorgie, Thorniké Gordadzé suggère de durcir la position européenne vis-à-vis de petites

 

Les Européens doivent d’autant plus soutenir le peuple biélorusse que les pays du voisinage oriental de l’Union sont ceux où elle garde encore toute son attractivité et que Poutine y est loin d’avoir gagné la partie relève, dans une tribune au « Monde », le chercheur.

Tribune. 

Peu de grands dossiers internationaux suscitent autant de persévérance des leaders occidentaux que la volonté d’établir un « reset »  redémarrage à zéro – des relations avec la Russie de Vladimir Poutine. Celui qui y réussira est convaincu de marquer l’Histoire. C’est bien en bon hégélien qui songe au « sens de l’Histoire », qu’Emmanuel Macron se lançait dans cette course après les échecs de George W Bush, Barack Obama et Angela Merkel.

Mais ce énième « reset », déjà éprouvé depuis plusieurs mois, semble être irrémédiablement atteint par l’empoissonnement au Novichok du principal opposant russe Alexeï Navalny. Cependant est-il possible de trouver un terrain d’entente avec Vladimir Poutine qui considère les relations internationales comme un jeu à somme nulle et une succession des opérations spéciales ? Dans la relation Russie-Occident que le Kremlin considère d’emblée comme un affrontement, chaque concession, chaque tentative de dialogue sont vues par lui comme un aveu de faiblesse.

 

La première réaction à la crise biélorusse de l’Union européenne (UE) tétanisée par l’expérience ukrainienne était d’appeler la Russie et de chercher d’obtenir d’elle une approche constructive, reconnaissant de facto son influence sur Minsk. S’en sont suivis la menace de Poutine d’envoi d’une « force de réserve » en Biélorussie, et l’empoisonnement de Navalny. 

Il est difficile de dialoguer avec celui qui à la main tendue répond par le mépris. Penser le contraire signifierait qu’au mieux nous n’avons toujours rien compris à la nature du régime en place. La Russie de Poutine n’est pas un simple régime autoritaire. Nous avons une longue tradition de coopération avec des régimes autoritaires, parfois même avec quelques (maigres) résultats.

Mais la Russie d’aujourd’hui est une dictature révisionniste fondée sur la recherche d’ennemis extérieurs pour se maintenir au pouvoir et nous sommes l’ennemi désigné. En outre, Poutine n’est pas Gorbatchev, ni même Eltsine. Plus qu’un homme d’Etat, c’est un chef de clan, aussi doué que sans pitié, parvenu au sommet. De ce fait, la perte du pouvoir pour lui signifie la mort, peut-être même la mort physique et cette perspective le différencie fondamentalement des leaders occidentaux.

 

Il est illusoire de penser que la montée de la Chine poussera Moscou dans les bras de l’Europe. La tendance est plutôt celle d’un véritable rapprochement entre les deux régimes autoritaires. La Russie s’inspire du modèle de la dictature numérique chinoise, des techniques de surveillance, et leurs doctrines politiques anti-occidentales se rejoignent. Il ne faut donc pas prendre pour argent comptant ce que les « libéraux » russes liés au pouvoir nous racontent lors de leurs visites. 

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Éoliennes: «contre des projets qui détruisent notre patrimoine» (Dominique Bussereau)

Éoliennes: «contre des projets qui détruisent notre patrimoine» (Dominique Bussereau)

Président du conseil départemental de Charente-Maritime et président de l’Assemblée des départements de France, Dominique Bussereau alerte sur des installations excessives tous azimuts.

«L’excès d’éolien nuit à l’éolien», affirme Dominique Bussereau dans le Figaro:

LE FIGARO. – 165 associations qui dénoncent l’invasion éolienne en Nouvelle-Aquitaine ont déposé un recours pour y faire barrage. Qu’en pensez-vous?

Dominique BUSSEREAU. – Je les comprends. Les douze présidents de département de ce territoire, dont je fais partie pour la Charente-Maritime, ont fait savoir au président de région que le Sraddet (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, qui fixe divers objectifs notamment dans le domaine de maîtrise et de valorisation de l’énergie, NDLR) prévoit trop d’éoliennes, par ailleurs toutes concentrées au nord de ce secteur. Dans la Vienne, les Deux-Sèvres et une partie de la Charente-Maritime, on trouve une accumulation de mâts installés, de projets en cours et de projets à l’étude. À l’inverse, au sud de Bordeaux, il n’existe pas d’installations. Pourtant dans les Landes, les Pyrénées-Atlantiques ou encore dans le Lot-et-Garonne, il y a aussi du vent. .. »

Parallèlement une action plus groupée des associations anti éoliennes

Des associations ont décidé de s’unir pour attaquer. Cette première démonstration de force est survenue le mois dernier. À la place de quelques bénévoles saisissant habituellement la justice, ce sont cette fois 165 associations qui ont ensemble déposé un recours. Toutes s’en sont prises à un document de portée régionale visant la Nouvelle-Aquitaine et qui renferme d’inquiétants objectifs.

Le Sraddet – car c’est son nom – indique qu’il faudra d’ici à 2030 multiplier par 2,5 la puissance éolienne terrestre dans cette région, laquelle compte déjà 600 mâts. «Et on n’en veut pas davantage», indique Jean-Louis Butré, le président de la Fédération environnement durable (FED), qui annonce la couleur. «Comme chaque région va avoir un Sraddet, on attaquera dès qu’on le pourra ce document en nous rassemblant.» Les associations de la Bourgogne-Franche-Comté.

 

«l’hydrogène : le carburant d’avenir le carburant de notre industrie» –Jean-Michel Pinto

«l’hydrogène : le carburant d’avenir le carburant de notre industrie» –Jean-Michel Pinto

Jean-Michel Pinto, Director | Strategy, Monitor Deloitte souligne le caractère stratégique de l’hydrogène comme carburant d’avenir (chronique dans l’Opinion)

 

 

« La présentation par la commission européenne du plan Hydrogène de l’Union semble accélérer la réaction de la France, comme en témoigne le discours du 14 juillet du président de la république. Mais le 4 juin, lorsque le gouvernement fédéral allemand a fait part de son intention d’investir 9 milliards d’euros – dans le cadre de son plan de relance – pour faire de l’Allemagne « le fournisseur et producteur numéro 1 » de l’Hydrogène, l’information est passée presque inaperçue de ce côté-ci du Rhin.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que l’Allemagne, grande puissance industrielle, se positionne sur cette technologie d’avenir amenée à jouer un rôle central dans la transition énergétique. Le relatif manque de réaction de la France jusqu’à présent est lui beaucoup plus surprenant. Avec une dotation de 100 millions d’euros, le plan français est aujourd’hui environ cent fois plus petit que le programme allemand.

L’industrie française fait pourtant figure de pionnière sur cette technologie. Parmi les treize membres fondateurs de l’Hydrogen Council, l’alliance industrielle mondiale pour la promotion de la technologie hydrogène, quatre – Air Liquide, Alstom, Engie et Total – sont des industriels français. Alstom est à l’origine des premiers trains à hydrogène – trains qui circulent aujourd’hui essentiellement sur les chemins de fer allemands – alors qu’Engie développe avec l’allemand Siemens, le premier démonstrateur de stockage et de production d’électricité à partir d’hydrogène pour les sites industriels, dans la Vienne.

Pour Air Liquide, précurseur dans le domaine, l’hydrogène est une longue histoire. Présent dans la production d’hydrogène depuis plus de 50 ans, Air Liquide est un des leaders mondiaux – avec l’allemand Linde et l’ingénieriste TechnipFMC allié à l’américain Air Products – dans les technologies de production d’hydrogène gris, c’est-à-dire à partir d’hydrocarbures. Mais le groupe français a aussi été le premier à se lancer en 2019 dans la construction d’une unité de production à grande échelle d’hydrogène vert, c’est-à-dire à partir d’énergies renouvelables, aux Etats Unis.

La France a bâti un écosystème complet soutenu par de nombreuses collectivités locales et intégrant de grands groupes industriels, dont les quatre membres fondateurs de l’Hydrogen Council auxquels s’ajoutent aujourd’hui, Michelin, Faurecia, Plastic Omnium ou Airbus, des PMEs telles qu’hydrogène de France ou McPhy mais aussi des organismes de recherche.

Pour de nombreuses applications, les performances énergétiques et les niveaux de coût des solutions développées ne sont pas encore satisfaisants et l’absence de solution de séquestration du dioxyde de carbone à grande échelle constitue aujourd’hui un frein important à leur développement

Cet intérêt précoce des industriels français pour la technologie hydrogène n’est pas étonnant. La France a beaucoup à gagner au développement de cette technologie dont le principal domaine d’application est le transport et tout particulièrement le transport collectif et de marchandises. Une étude conduite conjointement par Deloitte et Ballard en 2019 montre le potentiel considérable de l’hydrogène dans le transport routier à la fois pour les marchandises et le transport collectif de personne. Or d’Alstom aux Chantiers de l’Atlantique, en passant par Airbus et Naval Group, l’industrie française est en pointe dans le secteur du transport collectif comme elle l’est d’ailleurs dans le transport routier de marchandises à travers Volvo Trucks (ex-Renault Trucks) très présent en France et les constructeurs automobiles français qui ont une compétence reconnue dans les véhicules utilitaires dont une grande partie est produite en France sur les sites d’Hourdain pour PSA et de Maubeuge pour Renault, notamment.

Il ne s’agit pas de masquer les défis importants qui restent à relever pour cette technologie. Pour de nombreuses applications, les performances énergétiques et les niveaux de coût des solutions développées ne sont pas encore satisfaisants et l’absence de solution de séquestration du dioxyde de carbone à grande échelle constitue aujourd’hui un frein important à leur développement. Mais c’est justement parce que la technologie n’est pas encore stabilisée qu’il existe une véritable opportunité pour la France de construire une position centrale dans cette industrie. Lorsque les performances énergétiques, économiques et environnementales seront au rendez-vous, il sera trop tard.

La France peut et doit probablement s’allier à l’Allemagne car les compétences et les priorités des deux pays sont complémentairesL’Allemagne voit d’abord dans l’hydrogène un moyen de répondre au problème d’intermittence des énergies renouvelables qui représentent près de 45 % de sa production d’électricité. Elle est aussi évidemment intéressée en priorité par les applications pour le secteur industriel. De son côté, la France souhaite développer les technologies liées au transport. Elle peut aussi s’appuyer sur le nucléaire pour produire de l’hydrogène décarboné. Les industriels des deux pays travaillent d’ailleurs déjà ensemble comme le montre le partenariat entre Siemens et Engie. Il est probablement aussi nécessaire de s’allier à d’autres compétiteurs européens, en particulier l’Italie, pour faire de l’Europe, le continent leader sur cette technologie, dans le cadre du plan européen qui vient d’être lancé.

Mais à l’heure où la France se passionne pour les relocalisations et la transition énergétique, il est temps de passer des paroles aux actes. Concentrer notre attention et nos efforts sur les différentes applications de la technologie hydrogène semble être un choix judicieux si notre pays souhaite véritablement améliorer son empreinte environnementale et accélérer le retour des usines sur le sol national. Les innovations de rupture induites par le passage à l’hydrogène de nombreux secteurs constituent une opportunité historique. Alors que la partie est en train de se jouer et que la France a des atouts à faire valoir, il ne faudrait pas rester sur le bord du terrain.

Jean-Michel Pinto, Director | Strategy, Monitor Deloitte.

 

Coronavirus :  » repenser notre relation au monde vivant »

Coronavirus :  » repenser notre relation au monde vivant »

Du fait des bouleversements des écosystèmes l’homme est obligatoirement exposé à de nouveaux germes », explique Jean-François Guéga sur  France Info.  Jean-François Guéga  est directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae)

 

L’origine du nouveau coronavirus semble être animale. Est-ce que l’action de l’homme, est-ce que notre relation au monde vivant, à la Nature, est en cause dans cette pandémie ?

La plupart des agents infectieux ou parasitaires circulant chez l’humain sont aujourd’hui d’origine animale. Depuis 50 ans, on voit une augmentation de la proportion des organismes infectieux et parasitaires humains. C’est environ aujourd’hui 75%. Et donc au fur et à mesure que nous allons exploiter les grands biomes naturels [communautés animales et végétales, classées en fonction de la végétation dominante et caractérisées par les adaptations des organismes à leur environnement spécifique] nous allons être exposés en tant que civilisation. Les premières personnes qui vont contracter ces infections, ce sont les gens qui vont exploiter les forêts, les forestiers, et aussi les chasseurs de viande de brousse. Et les éleveurs, qui vont être au contact de ce qu’on appelle les cas primaires. Le monde regorge d’agents microbiens. Et au travers de notre exploitation des écosystèmes naturels, je pense au sujet de la déforestation dans les grands biomes forestiers intertropicaux, l’homme est obligatoirement exposé à de nouveaux germes. Pas obligatoirement pathogènes (…) mais qui vont pouvoir passer sur les individus humains, et pouvoir se développer et provoquer des épidémies ou des pandémies telle que celle-ci.

Cette épidémie doit-elle nous obliger à repenser notre relation au monde vivant ?

Absolument. C’est un coup de semonce qui nous est donné.

Il y a des agents pathogènes beaucoup plus sévères, beaucoup plus violents, qui ont un taux de létalité supérieur à celui qui passe actuellement et qui produit la pandémie à Covid-19. Jean-François Guégan, directeur de recherche à l’Inrae à franceinfo

 

Nous devons, au sortir de cette pandémie, vraiment réfléchir à nos relations aux environnements naturels, penser à la protection, à l’organisation de grands sanctuaires, de diversité biologique, notamment dans les grands biomes intertropicaux.

Il faut aussi éviter l’exposition aux agents pathogènes ?

Oui je pense à la chasse de brousse. La chasse de brousse est toujours associée aux populations les plus pauvres du monde. Vous ne pouvez pas l’interdire mais il faut réguler cette chasse illégale de viande de brousse. Et dans le même temps fournir les moyens de subsistance et de bien-être à ces populations les plus malheureuses du monde.

Sondage fin de notre civilisation: 60% la craignent

Sondage fin de notre civilisation: 60% la craignent

 

Environ six Français sur dix redoutent en effet un effondrement de notre civilisation selon un sondage YouGov pour le « Huffington Post et seuls 27% estiment que la COP25 est une solution efficace pour lutter contre le réchauffement climatique.

 

Sur les causes possibles d’un effondrement, le réchauffement climatique arrive en tête (36%), devant la surpopulation (17%) et la montée des inégalités (14%). Seuls 29% des 55 ans et plus ont peur d’un effondrement lié au réchauffement climatique.

 

* L’enquête a été réalisée sur 1 004 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus.

Effondrement de notre civilisation

Effondrement de notre civilisation

 

.Environ six Français sur dix redoutent en effet un effondrement de notre civilisation selon un sondage YouGov pour le « Huffington Post et seuls 27% estiment que la COP25 est une solution efficace pour lutter contre le réchauffement climatique.

 

Sur les causes possibles d’un effondrement, le réchauffement climatique arrive en tête (36%), devant la surpopulation (17%) et la montée des inégalités (14%). Seuls 29% des 55 ans et plus ont peur d’un effondrement lié au réchauffement climatique.

 

* L’enquête a été réalisée sur 1 004 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus.

 

Générosité pour Notre Dame mais pas pour la pauvreté (Emmaüs)

Générosité pour Notre Dame mais pas pour  la pauvreté (Emmaüs)

 

« Aujourd’hui c’est Notre-Dame de Paris qui brûle mais c’est notre maison commune qui brûle. Pour le coup, qu’est-ce qu’on fait pour reconstruire notre pays ? », s’interroge Thierry Khun, directeur d’Emmaüs Mundo sur franceinfo (interview):

 

 Les dons pour Notre-Dame s’envolent alors que les dons aux associations diminuent. Comment réagissez-vous ?

Thierry Kuhn : D’abord, on est tous sous le choc. Cet incendie à Notre-Dame est terrible pour nous tous parce que c’est un symbole fort, et cette mobilisation, c’est une bonne chose. Évidemment, elle ne va pas sans poser de questions. On a besoin aujourd’hui de la mobilisation de tous autour des questions de solidarité, des questions d’écologie. Un milliard d’euros en 24 heures, c’est du jamais vu et surtout c’est du jamais vu pour les questions de solidarité et la question aux personnes les plus en difficulté. Finalement, le ruissellement fonctionne mais il est un peu sélectif et laissé à la libre appréciation de ceux qui détiennent aujourd’hui une grande partie de la richesse. On a besoin aussi de cette richesse pour la lutte contre l’exclusion, pour les autres, ceux qui n’ont pas les moyens.

Après plusieurs mois passés à entendre que les moyens financiers manquent, vous voyez aujourd’hui l’argent sortir des caisses. Cela vous choque-t-il un peu ?

Oui, parce qu’on est très nombreux à dire que l’argent existe pour lutter contre l’exclusion, or les dons baissent pour les associations. La question de la solidarité, des inégalités c’est un trésor national qu’il faut sauver aussi, c’est une grande cause qui peut tous nous rassembler. Les dons aux associations, cela représente trois milliards d’euros par an, et là, on vient d’attribuer en 24 heures un tiers de ce qui est donné à la solidarité. C’est une baisse de 200 millions d’euros en 2018. Moi, je proposerais qu’en même temps que la reconstruction de Notre-Dame, on reconstruise notre pays. « La maison brûle » comme disait Jacques Chirac. Aujourd’hui c’est Notre-Dame de Paris qui brûle mais c’est notre maison commune qui brûle. Pour le coup, qu’est-ce qu’on fait pour reconstruire notre pays ? Ma proposition, ce serait de dire « un nouveau toit pour Notre-Dame mais également et surtout un toit pour tous ». Et ça, on pourrait très bien le réaliser : 1 euro qui est donné pour Notre-Dame, c’est 1 euro qui est donné pour la solidarité et pour la question de l’écologie.

Vous y voyez une forme de fracture sociale inversée ? Il est « plus gratifiant » de donner pour Notre-Dame que pour des fonds de solidarité ?

Oui, parce que notre vivre ensemble, notre capacité à lutter contre les exclusions, c’est aussi un trésor national et une cause qui doit mobiliser les plus riches comme les plus pauvres. On a des gens qui n’ont pas les moyens, qui donnent aux associations, qui donnent à la lutte contre les inégalités, qui donnent également pour l’écologie qui sont des causes importantes. Or, on voit bien que, avec la baisse des impôts pour les plus riches, avec la disparition de l’ISF, les plus riches font d’autres choix et qu’ils n’ont plus cette conscience de la solidarité nationale. Cela interroge parce qu’on parle des plus riches, on parle des grandes entreprises, des grandes fondations mais ce sont également les grandes collectivités. On n’arrête pas de dire « On n’a plus d’argent ». C’est ce que les plus pauvres entendent et il y a une forme de résignation parmi les plus exclus, et je peux vous dire que la colère gronde. Ça ne présage pas de bons augures pour l’avenir. Il y a urgence. On est en état d’urgence sociale et économique.

 

 

Urgence : sauver notre industrie (Franck Gayraud)

Urgence : sauver notre industrie, (Franck Gayraud)

Il y a une urgence d’action pour le sauvetage de l’industrie française pour  Franck Gayraud, co-fondateur et président d’Arcure (interview la Tribune)

 

« La séduction semble être au cœur de la politique industrielle française : Usine Extraordinaire, French Fab Tour, Semaine de l’Industrie… En quelques mois, la France a fait feu de tout bois « pour renforcer l’attractivité du secteur, précisément auprès des jeunes, et promouvoir aussi la mixité des métiers et la place des femmes dans les différentes filières ». A coup sûr, ces initiatives au croisement du symbole et de la communication vont contribuer à redorer l’image de l’industrie en la débarrassant de ses lieux communs. Une demi-victoire en somme – voire une facilité – car la priorité est ailleurs.

De Ford Blanquefort aux Fonderies du Poitou, en passant par Ascoval, les nuages n’ont cessé de s’amonceler au-dessus de nos fabriques, donnant du crédit au dernier rapport de la Direction Générale des Entreprises sur le poids économique de l’industrie nationale. Entre 2000 et 2016, la part de l’industrie dans le PIB domestique est passé de 16,5% à 12,5%. Des chiffres corroborés par la Banque Mondiale : l’an dernier l’institution financière internationale révélait qu’entre 1960 et 2017, la valeur ajoutée de l’industrie dans l’économie française est passée de 29,8% à 17,3%. Certes, l’Insee a indiqué en début d’année, que la production industrielle française a augmenté de 1,3% en janvier. Toutefois, cette bonne nouvelle conjoncturelle ne saurait cacher l’état profond du secteur.

Ces chiffres ne seraient pas aussi inquiétants si les principaux concurrents de la France n’affichaient pas, eux, une forme enviable. Par exemple, toujours selon la Banque mondiale, la valeur ajoutée de l’industrie dans l’économie atteint 27,6 % en Allemagne et culmine à 40,4% en Chine ! Evidemment, dans chacun de ces pays, l’industrie a connu des périodes de reflux. Mais ils sont parvenus à un taux d’industrialisation conséquent grâce à une approche méthodique : identifier un objectif et offrir une perspective au pays, mettre en place des initiatives précises pour atteindre ledit objectif et médiatiser les résultats obtenus, y compris au-delà de ses frontières. C’est notamment la démarche suivie par l’Allemagne avec l’Industrie 4.0, un projet national initialement élaboré en réponse à la chute de production du pays au lendemain de la crise de 2009. Profondément universel, ce dessein a, par la suite, été embrassé à l’étranger. Et la France dans tout ça ?

En 2013, François Hollande lança « La Nouvelle France Industrielle », un projet sensé « porter la France au premier rang de la compétition mondiale en écrivant une nouvelle page de son récit industriel ». Six ans plus tard, ce projet apparaît comme un slogan sans lendemain. A son arrivée à Matignon, au-delà de la continuation des dispositifs symboliques évoqués plus haut, le gouvernement d’Edouard Philippe a imaginé les « Territoires d’Industrie », une initiative dont « l’ambition est d’accélérer le développement des territoires à forts enjeux industriels ». Mais comme l’expliquait récemment Benjamin Coriat, économiste membre de l’organisation Initiative for Policy Dialogue de New York, dirigée par le prix Nobel Joseph Stiglitz, « 1,34 milliard d’euros, c’est dérisoire pour 124 territoires (…) Redonner la main aux territoires, c’est bien, à condition que les dotations soient suffisantes. Cette initiative s’inscrit dans une vision d’avenir extrêmement faible ».

En mandarin, le mot « crise » est composé de deux caractères. Le premier signifie danger, le second est traduit par opportunité ou chance. C’est ce regard que nous devons porter sur notre industrie. Cette crise industrielle, souvent évoqué par euphémismes, est l’occasion d’un nouveau départ fiscal et éducatif, les deux maux profonds de notre industrie. Pour être dynamique, le secteur a besoin d’investissements. Evidemment, l’Etat ne peut pas tout financer. Mais il peut libérer l’investissement en adaptant la fiscalité. Concrètement : déduire l’investissement dans les PME et relever le plafond du PEA-PME afin que les baby-boomers qui ont massivement investi dans l’immobilier puissent le faire, dans les actions privées, avec la même facilité et le même élan.

Récemment, Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, rappelait que 50.000 offres d’emploi dans ce secteur sont à pourvoir. Or, la plupart des industriels pourront en témoigner, ce ne sont pas les candidatures qui manquent mais les compétences : trop souvent les candidats reçus en entretien font état de lacunes sérieuses dans les savoirs fondamentaux. En réponse à ces limites, renforçons les relations entre l’entreprise et les élèves. Pourquoi attendre la classe de troisième pour que celui-ci la découvre ? La relation avec l’entreprise doit jalonner la scolarité de l’élève dans l’enseignement secondaire. Une relation protéiforme matérialisée par un stage annuel dont la durée croitrait progressivement, des moments éducatifs dédiés, sous la forme de cours ressemblant à ceux d’éducation civique voire des ateliers dirigés par des professionnels de l’industrie. Ces dispositifs ne viseraient pas à transformer les élèves en mini-salariés, mais plutôt à les aider à identifier et acquérir, le plus tôt possible, les compétences nécessaires à l’exercice de ces métiers.

La Chine n’est pas devenue une nation industrielle en organisant l’Usine Extraordinaire mais plutôt en levant les barrières aux IDE et en donnant à son peuple les outils pédagogiques adaptés. Ne nous trompons pas d’objectifs : levons le pied sur la communication et agissons concrètement car il n’y a pas de leadership économique sans industrie puissante. »

 

Edouard Philippe: « Notre modèle social ne fonctionne pas bien » (E. Philippe)… ah bon !

Edouard Philippe: « Notre modèle social ne fonctionne pas bien » (E. Philippe)… ah bon !

Le Premier ministre découvre un peu la lune en affirmant que notre modèle social ne fonctionne pas bien et qu’il ne suffit pas d’indemniser pour insérer. Le premier ministère prend la thématique de Bruno Lemaire qui avait souhaité qu’on revoit le niveau des aides sociales. . En gros, le gouvernement aimerait bien diminuer les aides sociales. Bref,  le coup de rabot habituel. Globalement le fonctionnement du modèle social n’est pas satisfaisant  surtout parce qu’on applique à la moyenne des mesures générales qui devraient être affinées de manière individuelle. C’est-à-dire de manière très fine en fonction des situations très concrètes. Ceci vaut pour le chômage, les aides aux handicapés et nombre d’autres mesures. Il faudrait aussi faire le lien avec la fiscalité car certaines personnes n’ont aucun intérêt à travailler à mi –temps pour 600 ou 700 euros par mois. Le Premier ministre en exemple les allocataires du revenu de solidarité active (RSA) qui, pour beaucoup, “attendent plus de six mois un rendez-vous pour pouvoir être accompagnés vers le retour à une activité”. “C’est absurde”, dit-il. En fait des allocataires qui attendent plutôt plusieurs années ! Le Premier ministre sort des lapalissades quand il affirme “On a trop longtemps cru qu’il suffisait d’indemniser des personnes sans ressources pour les réinsérer. On raisonne trop souvent en termes de distribution d’argent, pas assez en termes d’accompagnement”, ajoute-t-il. “C’est vrai pour les aides sociales comme pour les aides aux entreprises.” Le problème c’est qu’un responsable politique n’est pas élu pour commenter des évidences mais pour changer le système.

 

Le héros, essentiel à notre identité nationale (Peschanski)

Le héros, essentiel  à notre identité nationale (Peschanski)

L’historien Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS et membre du conseil scientifique de l’observatoire B2V des mémoires a déclaré mercredi 28 mars sur franceinfo que l’hommage national à Arnaud Beltrame est l’illustration que « la mémoire est dans l’Histoire. »  Le gendarme, qui a donné sa vie pour sauver celle d’un otage du terroriste à Trèbes (Aude) vendredi dernier, a été salué par ses pairs, par le président de la République, par ses proches et par des anonymes. Emmanuel Macron a honoré « l’esprit de résistance » du gendarme Arnaud Beltrame en invoquant les noms du général de Gaulle et de Jeanne d’Arc. Le chercheur souligne que derrière Arnaud Beltrame,  »on a l’image de la Résistance » et que la figure du héros, soulignée par Emmanuel Macron, « est une figure essentielle dans la construction de notre identité nationale. »

Franceinfo : Que signifie le fait qu’Emmanuel Macron ait invoqué les noms du général de Gaulle ou de Jeanne d’Arc ?

 

Denis Peschanski : On a une nouvelle illustration que la mémoire est dans l’Histoire. La mémoire évolue avec l’Histoire et elle agit dans l’Histoire. Au moment des épreuves ultimes, on en appelle à cette Histoire. On en appelle à la Résistance. C’est une référence récurrente. Il parle du Vercors, de Jean Moulin, de Pierre Brossolette. Là, la référence est évidente, puisque derrière ce héros, derrière Arnaud Beltrame, on a l’image de cette résistance-là. La continuité est immédiate. Il renvoie au-delà de Gaulle. C’est très gaullien, il renvoie à Jeanne d’Arc. Il s’inscrit dans l’Histoire longue, et d’une certaine façon, dans la continuité du génie français, la singularité, la spécificité française.

 

Est-ce que cela se décrète un héros de l’Histoire ? Est-ce qu’on fabrique nos héros collectifs ?

La mémoire collective est toujours une construction. C’est une représentation sélective du passé. On va chercher dans le passé ce qui participe à notre construction identitaire comme nation, comme société. Là, il est évident que la figure du héros est une figure essentielle dans la construction de notre identité nationale.

Il y a des municipalités qui veulent donner le nom d’une rue à Arnaud Beltrame. C’est par ces symboles que se fabrique des personnages de l’Histoire ?

Ce sont des vecteurs de la mémoire collective. Nous participons à la construction de cette mémoire-là. Quand les enseignants vont en parler dans les établissements scolaires, ils parlent de cette construction. Jean Moulin n’existait pas avant décembre 1964. C’est André Malraux, qui fait entrer Jean Moulin, non seulement, au Panthéon, mais dans la mémoire collective. Regardez les rues Jean Moulin, les collèges Jean Moulin, et regardez les dates d’inauguration. À la marge, elles sont situées avant 1964, pratiquement toutes après 1964. Il y a une sorte d’invention sociale de Jean Moulin. Jean Moulin entre dans la mémoire collective comme ce qu’il a toujours été, un des grands chefs de la Résistance.

Le nom d’Arnaud Beltrame est salué cinq jours après l’attaque terroriste. Est-ce que c’est un nom qui dans 10 ou 20 ans résonnera comme un symbole de cette période ?

 

Il a un sens. On ne retient pas tout. On retient ce qui fait sens, ce qui a une utilité sociale. Le geste héroïque a un sens dans cet affrontement avec le terrorisme. Il y a trois figures, le héros, la victime, le terroriste. La figure du terroriste a disparu. La figure de la victime est toujours centrale en France. Et là émerge une nouvelle figure portée très fortement par le président de la République, qui est celle du héros. Il a voulu la mettre en avant aujourd’hui.

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