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«Loi Élan : pas de choc d’offre » (Nordie Hachemi)

«Loi Élan : pas de choc d’offre » (Nordie Hachemi)

 

Le PDG de Kaufman&Broad, Nordine Hachemi, regrette que le projet de loi dit Elan  sur l’Évolution du logement n’encourage pas suffisamment la densification urbaine et une hauteur plus grande des bâtiments. ! Normal pour un lobbyiste de l’hyper métropolisation qui devrait pourtant trouver des vertus à la loi Elan depuis que l’avis de l’architecte des bâtiments de France n’est plus déterminant  pour transformer certains immeubles  anciens. Bref la défense d’un aménagement du territoire réduit à la hauteur du béton ! (interview la Tribune)

 

-La loi Élan vous satisfait-elle ?

NORDINE HACHEMI - La loi traite un certain nombre de blocages liés à des dysfonctionnements administratifs et urbains. Sur les recours contre les permis de construire par exemple, l’approche adoptée accélère leur traitement sans pour autant remettre en question le droit des requérants. C’est une amélioration dans la lutte contre les recours plus ou moins frauduleux. Notamment, la loi impose la cristallisation des moyens en début de procédure. Par ailleurs, la création de la catégorie « immeubles de moyenne hauteur » pour les bâtiments supérieurs à 50 mètres, va permettre de densifier certains territoires. On retiendra également le fait que les logements neufs de demain devront être accessibles à 20% aux personnes handicapées, et évolutifs à 100%, ce qui, de mon point de vue, ne remet pas en cause le droit de ces dernières.

Le « choc d’offre » promis par le gouvernement sera-t-il au rendez-vous selon vous ?

Non. Contrairement à l’objectif initial, le projet de loi ne créera pas de choc d’offre. La recette pour l’obtenir est connue : cela nécessite que davantage de permis de construire soient accordés et que nous soyons plus ambitieux sur la densité. Arrêtons de penser que la densification est synonyme de logements de mauvaise qualité ! Aujourd’hui, en Île-de-France, nous construisons en moyenne des immeubles R+3 ou R+4 (un rez-de-chaussée plus trois ou quatre étages). Si nous passions à R+5 ou R+7, cela permettrait de créer plus de mètres carrés habitables. C’est tout de même aberrant qu’actuellement, nous construisions moins haut qu’à l’époque du baron Haussmann ! Commençons par densifier, et ainsi nous créerons le choc d’offre.

Dès mars dernier, vous avez signé avec le secrétaire d’État Julien Denormandie et neuf autres promoteurs une charte visant à trouver 500.000 m² de bureaux d’ici à 2020 pour réaliser 5.000 à 10.000 logements d’ici à 2022. Où en êtes-vous de cette transformation ?

Souvent, nous trouvons des bureaux vides dans des zones d’activité éloignées de tout. C’est pourquoi ce n’est pas toujours propice de les transformer en logements. Lorsqu’il en existe dans des quartiers d’affaires, il faut les accompagner par des grands projets d’ensemble qui ne se limitent pas aux simples logements. Nous soutenons donc la démarche, mais nous estimons actuellement que cela ne va pas révolutionner la production de logements.

Le projet de loi réintroduit également le carnet numérique d’entretien et de suivi du logement, déjà prévu dans la loi Royal mais dont le décret d’application n’a jamais été publié. Comment anticipez-vous la mise en place de cet outil avant son déploiement à horizon 2020 ?

 

Nous nous appuyons beaucoup sur le BIM (Building Information Modeling). Nous commençons, en effet, à concevoir nos bâtiments de manière totalement numérique. En collaboration avec un architecte qui construit une « enveloppe », nous concevons l’intérieur, y plaçons des appartements et, au fur et à mesure, la maquette numérique prend forme. Le résultat obtenu est très bien pour la suite, du fait de l’excellent niveau de précision.

Actuellement, nous réservons l’utilisation de la maquette numérique à nos opérations d’envergure, dont les temps de gestation sont suffisamment longs pour que nous puissions systématiser la démarche. Il faut, en effet, que nous ayons en face de nous des entreprises, cabinets d’architectes et bureaux d’études suffisamment solides, comme les majors du BTP, ayant les moyens de s’équiper d’un tel outil de travail, le BIM restant pour l’instant encore peu accessible aux petites structures. C’est donc principalement en Île-de-France que nous utilisons ce matériel.

Dans le même temps, les pouvoirs publics incitent à toujours plus de bâtiments zéro carbone ou à énergie positive. Comment y travaillez-vous ?

L’impact carbone est une préoccupation tant lors de la phase des travaux que pendant la phase d’utilisation. La tendance actuelle est à la baisse des consommations d’énergie. À l’échelle de notre parc, les immeubles neufs consomment parfois cinq fois moins d’énergie que les bâtiments existants, avec des résultats allant de -20% à -30 %. La tendance est bien enclenchée et va se poursuivre. En termes de construction, nous favorisons l’usage des matériaux bio-sourcés, notamment dans la structuration béton avec l’utilisation de matières recyclables et recyclées. En outre, nous sommes déjà leader au plan national dans la construction en bois. Nous concevons ainsi l’un des deux projets les plus emblématiques de France, le futur siège régional d’EDF à Bordeaux, qui comprendra 30% de bois. Cette matière permet en effet de construire plus vite et de retenir le carbone. Certes, cela prendra encore du temps de tout construire ainsi, mais nous avons déjà plusieurs projets en ce sens. Nous allons ainsi livrer dans les prochaines semaines une réalisation de 10.000 m² d’immobilier d’entreprise à Arcueil, dont la façade, la structure et le plancher sont en bois. Dans ce cas précis, cela répond à notre souci prioritaire : réaliser un bon investissement, tant dans sa durée que dans sa qualité.




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