Archive pour le Tag 'Nation'

Après le coronavirus, une nouvelle nation ? (Azouz Begag)

Après le  coronavirus, une nouvelle nation ?  (Azouz Begag)

Azouz Begag est sociologue au CNRS, ancien ministre sociologue et ancien ministre de la Promotion à l’égalité des chances imagine dans la Tribune les changements après le Coronavirus.

« Nous y sommes : la France est en guerre. Le Président de la République a lancé un appel à la mobilisation générale contre l’ennemi, le coronavirus ou Covid-19, qui a déjà contaminé chez nous des milliers de personnes et tué des centaines d’autres. Le pire est à venir, annoncent les experts. La stupéfaction nous a frappés. Jamais personne n’a assisté à pareille situation. Le moment est inédit. Nos perceptions de l’espace et du temps sont bouleversées.

La conviction est partagée que désormais plus rien ne sera comme avant, que ce qui existait avant a été noyé, dévasté par ce qui surgit aujourd’hui. Et le passé nous semble englouti dans un trou noir, avec sa réforme des retraites, le 49.3, ses élections municipales, sa politique politicienne…

Tout cela est devenu dérisoire. La terre s’est arrêtée de tourner. C’est quand, demain ? Ce sera quoi, demain ? On ne sait plus. Jusque-là, on pensait que quoiqu’il en soit, la nuit tombe et le jour se relève, mais si ce n’était plus vrai ? Si le jour ne se remettait pas de ce qui arrivé à la nuit ? Dans le discours du Président de la République, demain n’a-t-il pas été remplacé par « Jusqu’à nouvel ordre ! ». Le temps s’est arrêté. Il n’y a plus d’horloge. On ne sait plus quel jour ni quelle heure il est.

Le chant des oiseaux

Ce matin, dans le quartier cosmopolite de la Guillotière, à Lyon, où j’habite, la majorité des passants que je vois sont des gens d’ailleurs : Africains, Subsahariens ou Maghrébins, de tous âges. Ils viennent s’agglutiner en urgence devant deux agences Western Union pour transférer de l’argent vers leur pays d’origine. Je ne sais pas pourquoi.

Aucun ne porte de masque. Personne ne parle. Partout, le silence. On ne l’a jamais entendu autant. Sur les routes, dans les immeubles, les maisons, les bus, il a colonisé les lieux. La ville est close. La ville est mutique. Les ronflements des moteurs, les klaxons ont disparu, à l’exception des sirènes de pompiers, ambulances et policiers, de plus en plus fréquentes.

Dans le ciel bleu, on voit peu d’avions. Les animaux se demandent ce qui se passe chez les humains. Jamais on n’a entendu aussi clairement le chant des oiseaux qui célèbrent l’arrivée du printemps.

La fin (momentanée) des boucs-émissaires

Soudain, notre esprit fait le tri. On sent que le temps des grandes mascarades de la vie sociale fait long feu, comme l’organisation précipitée des élections municipales, par exemple, la spéculation en bourse, la stigmatisation des migrants, la peur du « grand remplacement » de « nous » par « eux »… Depuis l’entrée en guerre, il n’y a plus « eux » et « nous ». Il y a les Français et c’est tout. Nous tous.

On nous reproche d’avoir été indisciplinés durant les premières alertes de l’épidémie. Nous sommes désormais ensemble dans la même angoisse, gens d’ici et gens d’ailleurs, celle d’être contagieux et de risquer sa vie et celle des autres, les proches et les lointains. Nous savons que la propagation sera freinée si chacun devient responsable de lui-même et des autres.

Chacun compte. C’est la guerre.

Nous réalisons dans notre intimité que nous sommes tous à égalité des chances devant la mort, davantage encore, maintenant que nous savons qu’il y a des contagieux « asymptomatiques ». Sans stigmates. Ce facteur est hautement anxiogène dans le corps social. En effet, « les Autres », les boucs-émissaires, n’existent plus dans la gestion de la peur collective qui nous terrasse. Ils étaient faciles à repérer dans le bon temps d’avant : ils avaient un faciès reconnaissable, des stigmates, des origines connues, des appellations, des stéréotypes… Le slogan « Etrangers retournez chez vous ! » a fait place à une nouvelle injonction : « Restons tous chez nous ».

Tueur nomade

Cet enseignement n’est pas anodin. Le coronavirus nous plonge dans un nouveau paradigme où l’homme de la rue se plie à un constat : nous ne savons rien de ce qui nous accable. Ni quand cela va cesser. Nous sommes piégés par la nuit possible sans lendemain. La guerre est déclarée, mais l’ennemi invisible. C’est un tueur nomade et sournois qui sait se dissimuler pour nous surprendre là où on ne l’attendait pas. Ils tuent des jeunes, à présent ! Il n’est pas raciste, il ne fait pas de différence, il a même l’air de se nourrir de la diversité de l’espèce humaine, filant d’un pays à l’autre, franchissant les barrières des religions, des âges, des sexes, des classes sociales…

Il a choisi sa cible : l’humain.

Il a créé des paniques. A tel point que beaucoup de nos concitoyens urbains ont cherché à quitter la zone de guerre en prenant la fuite. Ils ont dû sentir la charge du mot « exil ». Très vite, ceux qui le pouvaient, ont commencé à fuir à la campagne, dans leur résidence secondaire, chez des proches, en location… au risque d’emporter avec eux l’épidémie dans des zones rurales jusque-là épargnées, au grand dam des paysans inquiétés par ces envahisseurs contagieux venus profiter des avantages de leur sécurité rurale…

Nous sommes tous des sans-abris

La situation est inédite. Un virus nous contraint aujourd’hui à réfléchir à notre propre condition humaine. Il veut nous ouvrir les yeux, pour comprendre l’exil forcé des Autres qui ont fui ces dernières années leur pays en guerre et demandé asile aux Européens, au risque de se noyer en Méditerranée.

Le Covid-19 exhibe le spectre de la mort devant chacun de nous. Nous sommes ainsi sans-abris face à lui, démunis, disposés à accepter qu’au fond, « nous » et les « autres » ne font qu’un ; dans les hôpitaux déjà saturés de malades, les valeureux personnels de santé le savent mieux que quiconque. Le cœur brisé, ils instaurent déjà « la priorisation ». Nous devons nous faire une raison.

En France et en Europe, le drame du Coronavirus marquera l’avènement d’une nouvelle nation. Et sur la planète, celui d’un nouveau monde. Plus solidaire, plus fraternel devant la vie. Plus humble devant la mort.

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Azouz Begag est sociologue au CNRS, ancien ministre (de la Promotion à l’égalité des chances, de 2005 à 2007). Derniers ouvrages parus : Mémoires au soleil (Seuil, 2018) et One, two, free, Viva l’Algérie (éditions Eric Bonnier, 2019).

 

Brexit- Grande Bretagne : déclin d’une nation

Brexit- Grande Bretagne  : déclin d’une nation

Michel Santi, économiste(*) explique le déclin de la Grande Bretagne et lui prédit un destin de nain face aux grandes puissances ( article la Tribune)

 

 

« Ce 31 janvier 2020 sera synonyme de rétrécissement des libertés, car le Brexit raconte d’abord l’histoire d’une fermeture, d’une victoire – non par KO mais aux points – des partisans d’une Grande Bretagne révisant considérablement à la baisse ses ambitions. Sans elle, l’Union Européenne comptera toujours 450 millions de citoyens, représentera toujours environ 20% du PIB mondial, et pourrait négliger ce partenaire faisant moins de 10% de sa balance commerciale.

La sortie de ce membre sera certes une perte, mais relativement limitée après tout et comparable à celle du Texas quittant les États-Unis d’Amérique. Hors de l’Union, le Royaume-Uni sera toujours tenu de s’aligner sur les réglementations européennes en dépit des fanfaronnades de son gouvernement actuel qui prétend que l’abandon des directives de Bruxelles sur la finance, sur l’environnement, sur les produits de consommation et autres permettra à son pays de prospérer. Sans l’Europe, le Royaume sera toujours confronté à ses grands échecs n’ayant rien à avoir avec l’Union, à savoir ses infrastructures déficientes, sa faible productivité, le niveau anémique de ses investissements, ses inégalités régionales qui sont autant de maux typiquement britanniques.

Sans ce pays, l’Union ne sera pas non plus pareille car ce départ diminuera (heureusement) l’influence des ultra libéraux ayant rêvé et construit une Europe mercantile au détriment d’une Europe politique. Le rôle et l’activisme de la Grande Bretagne ayant été fondamental dans une Europe sculptée à la mode néolibérale, nous pourrons désormais nous recentrer, enfin devenir solidaire.

 

Ce Royaume sera un nain comparé aux grands blocs définissant aujourd’hui notre monde – Europe, USA, Chine, Afrique – et qui ont conduit immanquablement à accentuer la guerre économique et commerciale qu’ils se livrent d’ores et déjà dans un contexte où les institutions préservant le multilatéralisme sont en faillite.

Ballottée par des mouvements tectoniques qui la dépassent, la Grande Bretagne aura-t-elle son mot à dire face à ce Gulliver européen capable de lutter à armes égales contre les GAFA, de peser sur les compagnies d’aviation pour réduire les prix de leurs tickets, d’imposer aux opérateurs téléphoniques la fin de l’itinérance (roaming), de casser les cartels…?

En réalité, vu de l’autre côté, le Brexit n’est – de loin – pas tant une question commerciale ou économique qu’une affaire de souveraineté, voire d’identité, de cette île au passé et à l’histoire prestigieux et soucieuse avant tout de conserver le contrôle sur sa propre destinée.

Mais surtout, le Brexit est un phénomène anglais : l’Écosse et l’Irlande du Nord ayant voté «non», qui ne l’a emporté que de justesse dans le Pays de Galles. À l’instar de l’Invincible Armada, de Trafalgar et de la victoire de 1945, le Brexit se veut donc un de ces moments épiques ardemment désirés par la nation anglaise nostalgique de gloire, amoureuse de son identité et de sa culture. Pourtant, aujourd’hui, elle n’a plus que le choix entre un drame à la Shakespeare ou une farce à la Benny Hill. »

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

État d’urgence : les politiques font payer à la nation quarante ans de démission

État d’urgence  : les politiques font payer à la nation quarante ans de démission

 

Dans une interview au Figaro Guillaume Drago professeur de Droit public à l’Université Panthéon-Assas (Paris II) et directeur du Centre d’études constitutionnelles et politiques considère que l’état d’urgence est inefficace et que la France disposait d’un outil juridique suffisant mais non appliqué  suite à 40 ans de démission politique.


L’état d’urgence est en vigueur depuis novembre 2015. Ce mardi, les parlementaires pourraient voter sa prorogation pour trois mois supplémentaires. Quel bilan tirer de ce dispositif mis en place après les attaques au Bataclan?

 

 

Guillaume DRAGO. – Le bilan de l’état d’urgence est assez maigre. Il suffit pour s’en convaincre de lire le rapport parlementaire qui vient d’être publié par la Commission d’enquête relative aux moyens mis en place par l’Etat pour lutter contre le terrorisme depuis janvier 2015, présidée par Georges Fenech. J’observais ainsi les résultats des perquisitions: sur plus de 3000 perquisitions, seules 197 ont conduit à des poursuites judiciaires et 67 ont conduit à des peines prononcées par des juridictions. Et sur l’ensemble de ces poursuites et de ces peines, il y a eu seulement 31 qualifications d’actes de terrorisme et seules 6 de celles-ci ont donné lieu à des procédures judiciaires du chef d’accusation d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Les perquisitions ont néanmoins permis de recueillir des renseignements, parfois plus ou moins utiles. Elles ont aussi permis de constater que ceux qui pouvaient avoir des liens avec des entreprises terroristes étaient de leur côté extrêmement bien renseignés et utilisaient des moyens cryptés de communication très perfectionnés. L’état d’urgence a donc été utile du point de vue du renseignement, mais très peu efficace du point de vue de la répression et de la poursuite des personnes en matière de terrorisme.

Observons un point supplémentaire concernant le dispositif actuel: la troisième prolongation de l’état d’urgence par la loi du 20 mai 2016 ne prévoyait pas de perquisitions administratives. On peut vraiment s’interroger sur l’utilité de ce dispositif s’il ne permet même pas de perquisitionner.

 

A l’inverse, ces mois d’état d’urgence ont-ils porté une limite sérieuse à l’exercice des libertés individuelles?

 

Dans la mesure où l’état d’urgence permet des procédures de perquisitions administratives, d’assignation à résidence, voire d’interdiction de manifestations – comme on en a eu pendant la loi Travail – il faut pouvoir s’interroger sur les possibles atteintes aux libertés. Ceci doit rester dans l’esprit du public car on vit dans un pays libéral et non policier. Il y a surtout la question centrale du rôle du juge. Toute la problématique de l’état d’urgence, c’est de transférer des compétences exercées jusque-là par un juge ou par un procureur à des autorités administratives, en particulier préfectorales. Dans ce cadre administratif et non plus judiciaire, notamment pour les perquisitions, le contrôle est assuré par le juge administratif, qui tente de faire respecter un certain nombre de libertés et de principes. Mais sur les questions de liberté individuelle, c’est davantage le juge judiciaire qui est normalement compétent. Encore faut-il que des procédures judiciaires soient ouvertes, ce qui n’est pas toujours le cas dans le cadre de l’état d’urgence. Va-t-on indéfiniment prolonger les mesures de rétention administrative? Créer des camps de personnes retenues rappellerait une époque heureusement révolue. Ce n’est pas une façon de mener une action dans un Etat de droit. En tout état de cause, le bilan de cet état d’urgence n’est pas du tout positif et il l’est encore moins quand on observe que les procédures judiciaires sont souvent davantage efficaces que les procédures administratives permises pendant l’état d’urgence. Dans le rapport parlementaire Fenech, les parlementaires disent expressément cette vérité dérangeante. Dans un autre rapport parlementaire, les députés Raimbourg et Poisson invitent à rapprocher les six procédures mises en œuvre à l’occasion de l’état d’urgence des 96 procédures ouvertes depuis le 14 novembre 2015 par la même section antiterroriste sur la base de procédures exclusivement judiciaires. Ces dernières sont parfaitement efficaces pour lutter contre le terrorisme.

Quelques heures avant l’attentat de Nice, François Hollande souhaitait suspendre l’état d’urgence eu égard à la nouvelle loi sur la procédure pénale. Comment analyser le soudain revirement du président de la République?

 

Je dois dire que cette attitude du président de la République laisse vraiment songeur. Plus exactement, elle souligne de façon éclatante son manque d’anticipation. On sait bien qu’il y a des éléments d’imprévisibilité dans le terrorisme, mais le président de la République devrait être la personne la mieux renseignée de France! Il devrait à cet égard disposer des éléments généraux permettant d’établir une analyse globale des menaces pesant sur le pays. Or, il nous a annoncé le 14 juillet à midi qu’il allait lever l’état d’urgence et alléger le dispositif Sentinelle. Le soir même, l’attentat de Nice était commis. Le président de la République navigue à

courte vue sans anticiper les besoins nécessaires à la sécurité des Français. C’est un second échec très grave après le premier débat constitutionnel tout à fait inutile sur la déchéance de nationalité et sur l’état d’urgence qui, pendant trois mois, a occupé le Parlement. François Hollande donne l’impression d’une personnalité qui n’est pas à la hauteur de la fonction présidentielle. C’est un jugement dur, mais partagé par une très large majorité des Français.

Pendant ce temps-là, le président de la République est entré dans une frénésie des commémorations, et des cérémonies compassionnelles. C’est le signe éclatant de la faiblesse de la réponse conceptuelle de l’exécutif à la menace terroriste. Il faut évidemment savoir se rassembler, savoir créer à cet endroit-là précisément de l’unité nationale, mais après, que fait-on? La commémoration est devenue un mode de gouvernement. Ce n’est évidemment pas cela que l’on attend de l’exécutif.

 

Il y a un paradoxe à étendre dans le temps une législation prévue pour durer le temps d’une urgence. Face au terrorisme islamiste, qui pourrait durer, comment imaginer un état juridique qui ne soit ni un état d’urgence, ni un état d’exception permanent?

 

C’est en effet un vrai paradoxe car l’état d’urgence, historiquement et conceptuellement, est un dispositif juridique destiné à être limité dans le temps et dans l’espace. Il s’agit, par lui, de répondre à une menace spécifique dans une partie du territoire et à un moment déterminé de l’histoire du pays. En réalité, il suffit de lire le droit français, particulièrement le code pénal, pour comprendre que les mesures répressives nécessaires existent déjà. C’est ce que j’appellerais la doctrine «Fillon»: il faudrait davantage écouter le discours de raison de l’ancien Premier ministre sur ce point. Deux livres dans le code pénal permettent de répondre à la situation que la France connaît aujourd’hui. Le livre IV est consacré aux crimes et

aux délits contre la nation, l’Etat et la paix publique, avec un titre spécifique consacré au terrorisme (articles 421-1 et suivants). Le livre V est quant à lui consacré aux crimes et aux délits de guerre. Il s’agit certes d’un dispositif adapté spécifiquement aux conditions de la guerre, mais François Hollande et Manuel Valls ne cessent de nous dire que l’on est en guerre.

Ces dispositifs ont été mis en place depuis une loi de 1996 et sont tout à fait utilisables dans un cadre légal. Pourquoi le pouvoir ne les utilise-t-il pas de façon plus développée? Les six procédures de la section antiterroriste engagées dans le cadre de l’état d’urgence témoignent d’une certaine utilisation de ces dispositifs, mais il faut l’étendre avec beaucoup plus de volonté. Derrière le paradoxe de l’état d’urgence, se pose la question de la volonté politique. Les politiques font payer à la nation quarante ans de démission, à la fois éducative et sociale à l’échelle nationale. Ils font également payer à la nation une diplomatie hésitante, qui a conduit la France à des actions erratiques, notamment au Moyen-Orient, et qui a produit les effets en chaîne que nous subissons aujourd’hui. Cet ensemble d’abandons et d’égarements dépasse complètement le paradoxe de l’état d’urgence, qui n’est somme toute qu’une méthodologie primaire. La réponse concrète doit passer par une réponse pénale, qui existe déjà. Appliquons-la comme le propose François Fillon et nous aurons gagné beaucoup de temps sans perdre d’énergie dans des débats parlementaires stériles.

 

N’y-t-il pas un risque que le droit devienne un outil de communication politique et que, pour justifier leurs actions, les dirigeants politiques empilent les dispositifs juridiques de sorte à montrer qu’ils réagissent aux événements?

Nous courrons ce risque depuis très longtemps! Les responsables politiques croient toujours qu’une nouvelle loi va être la bonne réponse à la question qu’on leur pose. La réponse, ce n’est pas la loi, mais l’action, la détermination et la définition d’une doctrine d’action. Disons-le clairement: tout existe déjà dans le dispositif législatif, comme on l’a vu d’ailleurs avec le dispositif sur la déchéance de nationalité ou l’état d’urgence. Ceux-ci n’avaient pas besoin d’être constitutionnalisés. Mais aujourd’hui, la volonté politique est manifestement faible, elle l’est même intrinsèquement parce qu’elle n’est pas soutenue par une doctrine et qu’elle est affaiblie par un certain nombre de dogmes idéologiques.

Notre pays doit conserver un équilibre entre la liberté et la sécurité, mais la loi comme la constitutionnalisation ne sont pas une réponse pour pallier l’inaction politique. Il faut que nous sachions comment nous voulons lutter idéologiquement contre le terrorisme, comment nous souhaitons reconstituer la communauté nationale. De ce point de vue-là, j’invite tous vos lecteurs à lire l’essai Situation de la France du philosophe Pierre Manent, écrit entre Charlie Hebdo et le Bataclan. Il y défend la manière dont nous pourrions recréer une communauté nationale et décrit avec beaucoup de justesse la situation de notre pays à l’égard de ses différentes composantes. Le problème est à ce niveau-là de l’action politique, certainement pas dans l’empilement de dispositifs juridiques supplémentaires. Si le droit français était appliqué avec détermination, ceci suffirait largement.

 

Euro foot 2016 : « Nation retrouvée » ? (Patrick Kanner)

Euro foot  2016 : « Nation retrouvée » ? (Patrick Kanner)

 

Il est clair que le parcours de l’équipe de France de foot lors  de l’euro 2016 a suscité un engouement exceptionnel, -par exemple le nombre jamais atteint de téléspectateurs pour le dernier match France Portugal : 21 millions. Le nombre de spectateurs et surtout de supporter dans les fans zones ont  témoigné du soutien populaire. De là à dire que la nation est retrouvée il y a un pas que franchit le ministre des sports Patrick Kanner.-Le ministre des Sports Patrick Kanner a livré ses impressions sur la finale de l’Euro 2016 et sur l’organisation globale de cette compétition marquée par la réussite de l’équipe de France :  »Après la génération « black-blanc-beur » des champions du monde de 1998, la génération Knysna de l’échec de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, Patrick Kanner a tenté de qualifier la génération des Bleus de l’Euro 2016, C’est peut être la génération Nation, Nation retrouvée, un patriotisme qui n’est pas du nationalisme, une France retrouvée ». Un enthousiasme sans doute démesuré dans la mesure où la crise spécifique à la France ne peut être résolue par le résultat d’un match de foot. Certes. Les Français ont en effet un impératif besoin de victoire sportive comme celle de l’euro pour oublier le climat délétère qui règne dans le pays tant sur le plan économique, que social, politique ou sociétale. Pour une fois François Hollande qui se positionne en commentateur avait  sans doute raison : Une victoire des Bleus aurait eu une « bonne incidence » sur le moral des Français. Dommage que François Hollande ne soit pas davantage acteur dans le redressement du moral des Français. On sait que les Français sont sans doute le peuple le plus pessimiste du monde actuellement, ils ont des raisons objectives tellement le décalage est grand entre le potentiel de la France et les piètres résultats dans le domaine socio économique en particulier. Le récent débat sur la loi à confirmer l’incapacité du pays à réunir la dynamique de toutes les forces sociales pour engager les réformes structurelles qui s’imposent. Une illustration de cet immobilisme qui caractérise le pays. Un immobilisme largement entretenu par la radicalité de certaines forces sociales incapables de se concerter et d’accepter le moindre compromis. Témoin encore la posture de la CGT et du Medef qui rejettent  la loi pour des motifs complètement opposés. Bref une vraie caricature de la démocratie sociale. Caricature dont la responsabilité incombe aussi en grande partie à Manuel Valls qui a voulu faire un coup politique en voulant démontrer par sa posture intransigeante qu’il était l’opposé de François Hollande et qui aussi à profiter de l’occasion pour écarter Macron afin de tenter d’apparaître, lui,  comme le seul  de la réforme. Bref un spectacle lamentable tant  pour l’étranger que pour la plupart des Français. Alors une victoire des Français à l’euro pour tout résoudre ? Sans doute non mais enfin un moment de bonheur pour nous sortir de la médiocrité économique, sociale et politique.

 




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