Archive pour le Tag 'Nation'

Société- La France : nation sportive ?

Société- La France : nation sportive ?

 

Décrétée « Grande cause nationale » en France, la promotion de l’activité physique et sportive s’inscrit plus largement dans l’idée de « faire Nation par le sport ». Selon le site britannique « Greatest Sporting Nation », en prenant en compte les résultats lors de grandes compétitions internationales dans 75 disciplines, la France se classait en 2023 en deuxième position des « nations sportives ». Cependant, si l’Hexagone se distingue dans le sport de haut niveau, qu’en est-il de l’accessibilité à tous et à toutes des différentes disciplines ? Certains champions olympiques, tels que Teddy Riner ou encore Florent Manaudou, ont déclaré que « la France n’est pas un pays de sport ». Ils pointent notamment le manque de reconnaissance dont bénéficie la culture sportive et jugent insuffisant le nombre d’heures de cours d’Éducation physique et sportive (EPS).

 

par 

Enseignant en STAPS, Agrégé d’EPS, UFR SESS-STAPS, Université Paris-Est Créteil, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC) dans The Conversation

 

Comment définir alors une Nation sportive ? Évaluer la culture du sport d’un pays par ses résultats dans les compétitions de haut niveau semble réducteur. La notion de culture est bien plus large et renvoie à un ensemble de normes et de valeurs partagées par une population – dans tous les secteurs de la vie sociale, et notamment à l’école.

Historiquement, la France figure à la cinquième place des nations les plus médaillées aux Jeux olympiques. Comparativement à sa population totale, elle a un ratio très élevé en termes de résultats sportifs et de médailles au niveau international.

Les politiques sportives en France se sont construites en référence au modèle de la pyramide coubertinienne, consistant à élargir la masse de pratiquants dans le but de favoriser l’émergence d’une élite sportive.

Les disciplines sportives présentées aux Jeux olympiques et paralympiques reflètent-elles la réalité de la place du sport dans la société française ?

Actuellement, le modèle de la compétition ne correspond plus aux attentes des jeunes. Selon les chiffres de l’INJEP, seulement 10 % des 15-29 ans déclarent pratiquer une activité sportive pour des motifs liés à la compétition et à la performance. Leur engouement pour des pratiques plus ludiques, plus conviviales, autour du bien-être et de la santé, est un marqueur d’une société aspirant à un autre modèle.

L’âge d’or du sport fédéral qui reposait majoritairement sur une seule discipline, tournée vers la compétition et la performance, est désormais révolu. Depuis le début du XXIe siècle, les jeunes préfèrent la multipratique et le zapping sportif. L’idée d’une activité désintéressée centrée sur le plaisir de pratiquer ensemble plutôt que de s’affronter – sans gagnant ni perdant – bouscule le modèle sportif traditionnel. La définition d’un « pays de sport » est alors liée à l’évolution de la société et des modes de vie.

La lutte contre la sédentarité est aujourd’hui un objet de santé publique et les savoirs médicaux sont convoqués pour appuyer des discours hygiénistes – « Bouger chaque jour » – autour des bénéfices d’une pratique physique régulière.

À l’occasion des Jeux de Paris 2024, les politiques souhaitent mobiliser la jeunesse à travers le développement de la pratique sportive. Un décrochage significatif et une désaffiliation au sein des structures fédérales s’observent à l’adolescence. Malgré une augmentation du nombre de sportifs en France, la pratique sportive reste très marquée socialement et en fonction du genre.

L’organisation d’un grand évènement sportif n’est pas une condition suffisante pour favoriser l’engagement à long terme d’une population dans une activité physique et sportive. Aussi, les effets positifs sur l’activité physique à long terme se poseront comme un indicateur de réussite des Jeux de Paris et de son héritage pour la population.

Les fédérations sportives se saisissent aujourd’hui des enjeux du « sport-santé », en développant de nouvelles activités. Elles peuvent être assimilées à des prestataires privilégiés dans la lutte contre la sédentarité, s’éloignant alors de leur rôle de passeurs culturels à destination des sportifs licenciés.

Le sport est reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) comme un élément de culture et sa promotion relève d’un argument de démocratisation. La Charte de l’Unesco déclare que l’accès à l’éducation physique et au sport (EPS) est un droit fondamental pour tous. Elle se positionne ainsi en faveur d’une éducation physique de qualité et de son inclusion dans les politiques publiques.

Avec trois heures d’EPS, la France fait partie des pays européens accordant le plus d’heures à cette matière à l’école élémentaire. Dans la réalité, le temps effectif qui lui est consacré est moindre – environ 1h50 – pour partie lié au trajet des élèves vers les installations sportives. D’autres raisons peuvent être évoquées : le poids des « fondamentaux » (français, mathématiques) dans les programmes, ou encore la baisse des heures d’EPS en formation initiale pour les futurs professeurs des écoles.

Le système éducatif français semble encore effectuer une forme de hiérarchisation entre la culture intellectuelle et la culture corporelle, un dualisme cartésien entre le corps et l’esprit.

D’un point de vue culturel, les apprentissages en EPS peinent à être considérés comme fondamentaux pour l’épanouissement de l’enfant et le développement de compétences psychosociales (être solidaire en sport collectif, gérer ses émotions en escalade, etc.).

Or, il a été démontré que les contextes émotionnels associés à l’engagement corporel en EPS permettent de développer des compétences psychosociales chez l’élève.

L’accès à une culture sportive et corporelle commune passe par le renforcement de l’EPS à l’école, permettant l’émancipation de tous les élèves. Pour l’historien de l’EPS et du corps Georges Vigarello, « l’objectif de l’école, ce n’est pas tellement de faire que des performances soient réalisées par les élèves mais de faire en sorte qu’une éducation soit dispensée ».

Cette ambition rejoint l’idée de « littératie physique », considérée comme la fondation d’une vie physique active, saine, durable et solidaire. Pour rendre ce projet réalisable, l’EPS à l’école pourrait en être le pilier de la maternelle à l’université.

La France : nation sportive ?

La France : nation sportive ?

 

Décrétée « Grande cause nationale » en France, la promotion de l’activité physique et sportive s’inscrit plus largement dans l’idée de « faire Nation par le sport ». Selon le site britannique « Greatest Sporting Nation », en prenant en compte les résultats lors de grandes compétitions internationales dans 75 disciplines, la France se classait en 2023 en deuxième position des « nations sportives ». Cependant, si l’Hexagone se distingue dans le sport de haut niveau, qu’en est-il de l’accessibilité à tous et à toutes des différentes disciplines ? Certains champions olympiques, tels que Teddy Riner ou encore Florent Manaudou, ont déclaré que « la France n’est pas un pays de sport ». Ils pointent notamment le manque de reconnaissance dont bénéficie la culture sportive et jugent insuffisant le nombre d’heures de cours d’Éducation physique et sportive (EPS).

 

par 

Enseignant en STAPS, Agrégé d’EPS, UFR SESS-STAPS, Université Paris-Est Créteil, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC) dans The Conversation

 

Comment définir alors une Nation sportive ? Évaluer la culture du sport d’un pays par ses résultats dans les compétitions de haut niveau semble réducteur. La notion de culture est bien plus large et renvoie à un ensemble de normes et de valeurs partagées par une population – dans tous les secteurs de la vie sociale, et notamment à l’école.

Historiquement, la France figure à la cinquième place des nations les plus médaillées aux Jeux olympiques. Comparativement à sa population totale, elle a un ratio très élevé en termes de résultats sportifs et de médailles au niveau international.

Les politiques sportives en France se sont construites en référence au modèle de la pyramide coubertinienne, consistant à élargir la masse de pratiquants dans le but de favoriser l’émergence d’une élite sportive.

Les disciplines sportives présentées aux Jeux olympiques et paralympiques reflètent-elles la réalité de la place du sport dans la société française ?

Actuellement, le modèle de la compétition ne correspond plus aux attentes des jeunes. Selon les chiffres de l’INJEP, seulement 10 % des 15-29 ans déclarent pratiquer une activité sportive pour des motifs liés à la compétition et à la performance. Leur engouement pour des pratiques plus ludiques, plus conviviales, autour du bien-être et de la santé, est un marqueur d’une société aspirant à un autre modèle.

L’âge d’or du sport fédéral qui reposait majoritairement sur une seule discipline, tournée vers la compétition et la performance, est désormais révolu. Depuis le début du XXIe siècle, les jeunes préfèrent la multipratique et le zapping sportif. L’idée d’une activité désintéressée centrée sur le plaisir de pratiquer ensemble plutôt que de s’affronter – sans gagnant ni perdant – bouscule le modèle sportif traditionnel. La définition d’un « pays de sport » est alors liée à l’évolution de la société et des modes de vie.

La lutte contre la sédentarité est aujourd’hui un objet de santé publique et les savoirs médicaux sont convoqués pour appuyer des discours hygiénistes – « Bouger chaque jour » – autour des bénéfices d’une pratique physique régulière.

À l’occasion des Jeux de Paris 2024, les politiques souhaitent mobiliser la jeunesse à travers le développement de la pratique sportive. Un décrochage significatif et une désaffiliation au sein des structures fédérales s’observent à l’adolescence. Malgré une augmentation du nombre de sportifs en France, la pratique sportive reste très marquée socialement et en fonction du genre.

L’organisation d’un grand évènement sportif n’est pas une condition suffisante pour favoriser l’engagement à long terme d’une population dans une activité physique et sportive. Aussi, les effets positifs sur l’activité physique à long terme se poseront comme un indicateur de réussite des Jeux de Paris et de son héritage pour la population.

Les fédérations sportives se saisissent aujourd’hui des enjeux du « sport-santé », en développant de nouvelles activités. Elles peuvent être assimilées à des prestataires privilégiés dans la lutte contre la sédentarité, s’éloignant alors de leur rôle de passeurs culturels à destination des sportifs licenciés.

Le sport est reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) comme un élément de culture et sa promotion relève d’un argument de démocratisation. La Charte de l’Unesco déclare que l’accès à l’éducation physique et au sport (EPS) est un droit fondamental pour tous. Elle se positionne ainsi en faveur d’une éducation physique de qualité et de son inclusion dans les politiques publiques.

Avec trois heures d’EPS, la France fait partie des pays européens accordant le plus d’heures à cette matière à l’école élémentaire. Dans la réalité, le temps effectif qui lui est consacré est moindre – environ 1h50 – pour partie lié au trajet des élèves vers les installations sportives. D’autres raisons peuvent être évoquées : le poids des « fondamentaux » (français, mathématiques) dans les programmes, ou encore la baisse des heures d’EPS en formation initiale pour les futurs professeurs des écoles.

Le système éducatif français semble encore effectuer une forme de hiérarchisation entre la culture intellectuelle et la culture corporelle, un dualisme cartésien entre le corps et l’esprit.

D’un point de vue culturel, les apprentissages en EPS peinent à être considérés comme fondamentaux pour l’épanouissement de l’enfant et le développement de compétences psychosociales (être solidaire en sport collectif, gérer ses émotions en escalade, etc.).

Or, il a été démontré que les contextes émotionnels associés à l’engagement corporel en EPS permettent de développer des compétences psychosociales chez l’élève.

L’accès à une culture sportive et corporelle commune passe par le renforcement de l’EPS à l’école, permettant l’émancipation de tous les élèves. Pour l’historien de l’EPS et du corps Georges Vigarello, « l’objectif de l’école, ce n’est pas tellement de faire que des performances soient réalisées par les élèves mais de faire en sorte qu’une éducation soit dispensée ».

Cette ambition rejoint l’idée de « littératie physique », considérée comme la fondation d’une vie physique active, saine, durable et solidaire. Pour rendre ce projet réalisable, l’EPS à l’école pourrait en être le pilier de la maternelle à l’université.

Politique: Sans projet commun, pas de nation possible !

Politique: Sans projet commun, pas de nation possible !

Alors que l’exécutif a appelé à l’unité républicaine en réponse aux tensions observées en France depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre, Julie Martinez, avocate et rapporteure générale de la Commission France Positive, fait valoir qu’il n’y aura pas d’unité nationale sans définition d’un grand projet national français pour les prochaines années.

« Le passage d’une conscience historique commune à une conscience sociale et culturelle de soi se retrouve aujourd’hui dans les fractures entre nos concitoyens dès que l’on aborde les questions identitaires ou d’immigration ainsi que les conflits internationaux faisant appel à des mémoires sur notre territoire. »

« Le passage d’une conscience historique commune à une conscience sociale et culturelle de soi se retrouve aujourd’hui dans les fractures entre nos concitoyens dès que l’on aborde les questions identitaires ou d’immigration ainsi que les conflits internationaux faisant appel à des mémoires sur notre territoire. »

Depuis le début des années 2000, chaque crise au Proche-Orient a une résonance extrêmement forte sur le territoire français. En réponse à la montée vive des tensions dans notre pays suite à l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre et à la riposte israélienne, Emmanuel Macron a appelé à l’unité républicaine[1].

Il n’y aura pas d’unité nationale sans définition d’un grand projet national français pour les prochaines années. Les fractures nationales sur fond d’enjeux internationaux qui déchirent nos compatriotes sont symptomatiques d’un pays enlisé dans l’actualité et le présent, qui ne maitrise plus son histoire ni ne sait quel projet ambitieux guidera notre avenir collectif. Elles indiquent la disparition progressive de la prédominance de nos valeurs universelles et l’absence d’idéaux pour demain. Elles démontrent encore l’oubli de la place de la France dans le monde d’hier et ses difficultés à penser son rang international dans les prochaines années.

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de notre histoire pour l’unité nationale. Pourtant, ce besoin d’histoire unitaire va à contre-courant d’une réalité sociologique et politique actuelle. Le passage d’un récit national à l’avènement des identités sociales dans les années 70 a fait changer d’échelle les tensions de notre pays entre histoire et politique. Depuis, l’émiettement progressif de l’identité nationale en de multiples récits identitaires fragilise ce récit commun nécessaire. Chacun se reconnaît dans son histoire, plutôt que dans celle de la France – dans toutes ses acceptations, ses nuances et ses défis.

En cherchant à ce que chaque régime identitaire puisse constituer sa propre mémoire vécue dans le privé, chaque mémoire s’affirme en isolement à l’égard des autres et s’intègre difficilement dans une histoire nationale collective – brouillant un peu plus un récit unitaire nécessaire. Si la reconnaissance de ces diverses mémoires est importante, leur intégration au sein du récit national français n’est pas efficacement actée, fragilisant l’unité nationale plus qu’elle ne peut aujourd’hui la renforcer. Ce passage d’une conscience historique commune à une conscience sociale et culturelle de soi se retrouve aujourd’hui dans les fractures entre nos concitoyens dès que l’on aborde les questions identitaires ou d’immigration ainsi que les conflits internationaux faisant appel à des mémoires sur notre territoire.

Aux difficultés historiques, s’ajoute l’obscurcissement de l’avenir. Disloquée, l’unité nationale française devrait pouvoir se reconstituer autour d’un grand projet national optimiste et enthousiaste. Nous savons tous que la France doit se projeter dans le futur, mais peut-on vraiment affirmer que les Français y voient clair quant à notre avenir collectif ? Sait-on ce que nos dirigeants envisagent pour la France pour les cinquante prochaines années ? Quelle place devra avoir notre pays dans le monde ? Comment, malgré les différences, réunir l’ensemble des Français autour d’un projet commun ambitieux ? Quel doit être ce projet ? Ces questions sont occultées au profit d’une actualité dévorante, le cap ne semble pas être fixé – ou s’il l’est, n’est pas suffisamment communiqué comme tel auprès des Français, ne permettant pas cette adhésion et unité nationale sur le temps long, au-delà des divergences. C’est sûrement la raison du mal Français, son pessimisme augmente à mesure que disparaît le sentiment national. Sans grand projet commun, l’unité des Français est difficilement imaginable sur le temps long, et sans unité, la France pourrait bien disparaître de l’histoire.

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[1] Adresse du Président de la République aux Français, le jeudi 12 octobre 2023

« Réhabiliter la nation pour sauver l’Europe »

 « Réhabiliter la nation pour sauver l’Europe »

Conseiller politique de François Hollande à l’Elysée, Aquilino Morelle publie un essai dans lequel il revient sur l’histoire de la construction européenne. Dans un entretien au « Monde », il affirme que pour sauver l’Europe, il faut réhabiliter la nation.(extrait ).

 

Docteur en médecine et ancien élève de l’ENA, Aquilino Morelle a été conseiller de Lionel Jospin pendant cinq ans (1997-2002). En 2011, il dirige la campagne d’Arnaud Montebourg pendant la primaire de la gauche, avant de devenir conseiller politique de François Hollande à l’Elysée (2012-2014). Il vient de faire publier L’Opium des élites. Comment on a défait la France sans faire l’Europe (Grasset, 592 p., 25 euros).

Dans votre livre, vous revenez sur plusieurs décennies de construction européenne. Votre sous-titre : « Comment on a défait la France sans faire l’Europe ». La situation est-elle si grave ?

C’est avant tout un livre sur la France, son malaise et une des origines principales de celui-ci : l’Europe. La France et l’Europe sont désormais si intriquées que je parle de « Franceurope ». Nous sommes parvenus à un moment-clé pde la construction européenne. Après s’être attaqué à notre souveraineté économique, budgétaire, monétaire, sociale, le système maastrichien cherche désormais à atteindre notre souveraineté politique. Je pense à la décision du 15 juillet de la Cour de justice de l’Union européenne, indiquant que la directive communautaire de 2003 sur la durée du temps de travail devrait s’appliquer à nos forces armées. Peut-on imaginer qu’un sous-marinier, par exemple, soit un travailleur comme un autre ? Au-delà du caractère grotesque de cet arrêt, si les autorités françaises n’y réagissaient pas, ce serait d’une extrême gravité pour notre sécurité nationale.

Vous affirmez que, dès son origine, la construction européenne a pris la mauvaise direction. Que reprochez-vous aux pères fondateurs ?

Leur projet, en 1950, était ouvertement fédéraliste ; il s’agissait de bâtir les « Etats-Unis d’Europe ». Après les échecs de la Communauté européenne de défense et de la Communauté politique européenne, en 1954, les fédéralistes ont compris que leur « grand soir » était illusoire ; ils ont donc choisi d’avancer masqués et de passer par l’économie : ce fut le traité de Rome de 1957.

 

Mais, dès 1965, le président de la Commission européenne, Walter Hallstein, a voulu relancer le fédéralisme et transformer la Commission en un exécutif européen. Ce projet s’est heurté au refus de De Gaulle et a entraîné la « crise de la chaise vide », résolue avec le compromis de Luxembourg (1966). Se sont ensuivies vingt-cinq années de statu quo ante. Avec l’arrivée d’un vrai fédéraliste, François Mitterrand, l’offensive a repris, via le « tournant » de mars 1983.

Économie– «La France restera une grande nation automobiles» mais fabriquées à l’étranger

Économie– «La France restera une grande nation automobiles» mais fabriquées à l’étranger

 

Dans un entretien au Figaro, le patron de Renault et le ministre de l’économie affirment  en chœur que la France restera une grande nation automobile. Sans doute, mais ils oublient de préciser que la plupart de ces automobiles seront fabriqués à l’étranger soit dans les ex pays de l’Est, soit en Chine soit au Maghreb. Exemple la nouvelle berline de luxe de Renault à moteur à essence ou  hybride qui sera entièrement fabriquée en Chine.

 

Certes ils restera quelques unités de fabrication en France et en particulier de montage mais pour l’essentiel la production viendra de l’étranger. C’est un peu la particularité française que de disposer de grandes sociétés internationales très puissantes mais dans les productions sont de plus en plus effectuée à l’extérieur des frontières. C’est le cas aussi par exemple dans la confection de haute gamme et les produits de luxe. Ainsi un T-shirt acheté autour d’un euro en Chine au Pakistan est-il revendu 50 € voire davantage en France.

 

Témoin de cette dégradation de la production industrielle en France, celle-ci ne représente plus que de leur de 11 % dans le PIB  pour le double en Allemagne. Au motif de l’accélération des échanges internationaux et de la libéralisation des marchés, la France s’est précipitée dans le gouffre de la fuite en avant de la désindustrialisation en abandonnant une grande partie de ce qui constitué un de ses atouts et qui au passage permettait aussi de structurer le territoire grâce à un fort tissu de PME en sous-traitance. Une sous-traitance complètement externalisée au-delà des frontières aujourd’hui.

 

Pour ré- industrialiser le pays, c’est un véritable plan volontariste filière par filière qui est à repenser, et à soutenir à la fois financièrement mais aussi en terme de formation car le pire c’est qu’avec une industrie en déliquescence nous manquons quand même de plus en plus de compétences.

 

Certes on ne reviendra sont certainement pas un système autarcique en termes d’économie et des échanges vont continuer d’exister mais il est important que le pays dispose d’un potentiel industriel minimum pour assurer son indépendance économique sans parler de la nécessité d’emplois qui nourrisse le pouvoir d’achat des consommateurs, à moins de soutenir que ce pouvoir d’achat dépende essentiellement une sorte de revenu social généralisé payé par l’État. Mais avec quelles ressources si l’emploi disparaît ?

«La France restera une grande nation automobiles» mais fabriquées à l’étranger

 «La France restera une grande nation automobiles» mais fabriquées à l’étranger

 

Dans un entretien au Figaro, le patron de Renault et le ministre de l’économie affirment  en chœur que la France restera une grande nation automobile. Sans doute, mais ils oublient de préciser que la plupart de ces automobiles seront fabriqués à l’étranger soit dans les ex pays de l’Est, soit en Chine soit au Maghreb. Exemple la nouvelle berline de luxe de Renault à moteur à essence ou  hybride qui sera entièrement fabriquée en Chine.

 

Certes ils restera quelques unités de fabrication en France et en particulier de montage mais pour l’essentiel la production viendra de l’étranger. C’est un peu la particularité française que de disposer de grandes sociétés internationales très puissantes mais dans les productions sont de plus en plus effectuée à l’extérieur des frontières. C’est le cas aussi par exemple dans la confection de haute gamme et les produits de luxe. Ainsi un T-shirt acheté autour d’un euro en Chine au Pakistan est-il revendu 50 € voire davantage en France.

 

Témoin de cette dégradation de la production industrielle en France, celle-ci ne représente plus que de leur de 11 % dans le PIB  pour le double en Allemagne. Au motif de l’accélération des échanges internationaux et de la libéralisation des marchés, la France s’est précipitée dans le gouffre de la fuite en avant de la désindustrialisation en abandonnant une grande partie de ce qui constitué un de ses atouts et qui au passage permettait aussi de structurer le territoire grâce à un fort tissu de PME en sous-traitance. Une sous-traitance complètement externalisée au-delà des frontières aujourd’hui.

 

Pour ré- industrialiser le pays, c’est un véritable plan volontariste filière par filière qui est à repenser, et à soutenir à la fois financièrement mais aussi en terme de formation car le pire c’est qu’avec une industrie en déliquescence nous manquons quand même de plus en plus de compétences.

 

Certes on ne reviendra sont certainement pas un système autarcique en termes d’économie et des échanges vont continuer d’exister mais il est important que le pays dispose d’un potentiel industriel minimum pour assurer son indépendance économique sans parler de la nécessité d’emplois qui nourrisse le pouvoir d’achat des consommateurs, à moins de soutenir que ce pouvoir d’achat dépende essentiellement une sorte de revenu social généralisé payé par l’État. Mais avec quelles ressources si l’emploi disparaît ?

Nouvelle carte d’identité français-anglais: Start-up Nation ou république française ?

Nouvelle carte d’identité français-anglais: Start-up Nation ou république française ?

 

Un collectif d’écrivains et d’artistes, parmi lesquels Jean Rouaud, Florence Delay, Jean-Marie Rouart ou Ernest Pignon-Ernest, critique, dans une tribune au « Monde », la nouvelle carte d’identité bilingue français-anglais. Ils préconisent plutôt que chaque région française choisisse, afin de les célébrer, l’une des vingt-six langues officielles de l’Union.

 

Tribune.

 

 La langue française a été littéralement laminée par cinquante ans de présence anglaise dans les instances européennes, en dépit de la promesse qu’Edward Heath avait faite à Georges Pompidou de respecter les langues fondatrices du marché commun, quand le premier ministre anglais, en 1973, en sollicitait l’entrée pour son pays.

Avec le Brexit, et dans la perspective de la présidence française de l’Union, en 2022, et alors que les fonctionnaires francophones de Bruxelles en sont réduits à signer une pétition pour « réclamer le droit de travailler en français », une opportunité de la dernière chance se présente : celle d’en finir avec les conduites vassales, par une immédiate et vigoureuse offensive du type pont d’Arcole…


A l’instant où l’Elysée annonçait, le 20 mars, des mesures « novatrices » en faveur de la langue française, survient une nouvelle carte nationale d’identité « bilingue » français-anglais, diffusée déjà dans trois départements ; or, à la différence de tout autre document administratif, y compris le passeport déjà rédigé en anglais, ou encore le passeport sanitaire, la « carte nationale d’identité » reste le seul document commun aux 65 millions de citoyens sans exception et qui, sous ces mots tellement chargés (nationale, identité), rapporte la caution de toutes les informations qu’elle contient aux données personnelles de chaque citoyen : un tel document constitue une ligne rouge symbolique.

La France, une variante locale du Commonwealth

Que l’on le veuille ou non, la traduction de l’intitulé et de ces données en anglais, totalement inutile sur le plan pratique, objective cinq messages dans l’ordre du symbolique : la France est un pays bilingue, comme le Canada ou le Cameroun (alors que la France est le seul pays francophone à déployer la langue française sur tout le territoire) ; le français n’est pas une langue internationale, quand la langue française est parlée sur les cinq continents.

Les 45 pays qui ont notre langue en partage apprécieront ; nous sommes une variante locale du Commonwealth, plutôt qu’un pays d’Europe (où l’anglais n’est plus la seule langue unique d’aucun des 26 Etats membres) ; la France est figurée en start-up nation, information que l’on pourrait substituer à République française, d’autant que la nouvelle carte se présente sur le modèle d’une carte de crédit, ou de carte de fidélité pour la boutique France…

Mais davantage encore, c’est l’Etat français lui-même, et non plus ces innombrables autocolonisés, unfrench et fiers de l’être, que Michel Serres appelait les « collabos de la pub et du fric », c’est l’Etat qui méprise la Constitution de la République (article II) et qui enfreint la loi Toubon (article 4) : est-il nécessaire de « traduire » carte nationale d’identité par « national identity card », trois mots français passés à l’anglais depuis Hastings ?

Politique-Francophonie: Macron, le patron de la start-up nation reçoit les vrais pratiquants de la langue

Politique-Francophonie: Macron, le patron de la start-up nation  reçoit les vrais pratiquants de la langue

 

S’il y en a bien un qui a introduit dans la sémantique française nombre d’expressions étrangères pour faire  moderne, c’est bien le président de la république actuel. L’expression la plus emblématique et la plus ridicule aussi étant de substituer au concept de pays la notion de start-up dont il serait le grand chairman  manager.

Le modèle culturel et politique de Macron est complètement influencé par le langage et les tendances anglo-saxonnes. Depuis longtemps déjà la France n’est plus dépositaire de cette langue française d’ailleurs de moins en moins maîtrisée par les élèves français à l’enseignement en pleine décadence.

De ce point de vue,  la langue est bien mieux conservée à l’étranger et en particulier en Afrique francophone. Elle est d’ailleurs étudiée selon les méthodes en vigueur en France dans les années 50.

En raison du pédagogisme fumeux, il y a longtemps qu’on a abandonné en France l’idée d’une appropriation à peu près correcte de la langue. Du coup,  on se retrouve avec 70 % au moins des élèves au bac qui ne maîtrisent  pas le français et auxquels  il faut donner des cours d’orthographe à l’université.

Notons le caractère complètement désuet  du projet phare d’Emmanuel Macron pour la francophonie qui est la restauration du château de François Ier à Villers-Cotterêts, qui doit devenir en 2022-2023 un lieu d’expositions et de spectacles, un centre de formation et une résidence d’artistes et d’entreprises spécialisées en linguistique.

Bref la langue française presque cantonnée dans un musée !

De la nation au clanisme et aux sectes

De la nation au clanisme et aux sectes

 

Traditionnellement , le modèle culturel et politique français suit  l’exemple américain avec retard. Alors que jusque-là la France était toujours caractérisée  par la cohérence de ses valeurs républicaines portées et vécues par la Nation ; mais petit à petit se mettent  en place des organisations claniques et sectaires, sortes de nouvelles religions.

 

Un processus en outre encouragé par le président de la république lui-même qui a incité à développer partout des groupes d’intérêts et de revendications spécifiques pour alimenter sa campagne de 2022. Évidemment pas de quoi construire un programme électoral avec une telle auberge espagnole sorte d’attrape-tout pour mobiliser sur les motifs y compris les plus anecdotiques et les plus contradictoires.

 

En tout cas, un processus qui risque de faire éclater encore un peu plus une société en grande décomposition sur les valeurs notamment républicaines. On aura par exemple les partisans de la chasse, ceux qui sont contre, les végétariens, les producteurs de viande, les coloniaux, les décoloniaux, les islamo gauchistes etc .  Sans parler de ceux qui soutiennent les approches genrées et dans tous les domaines y compris l’orthographe, aussi les écolos bobos, les héritiers des gilets jaunes etc.

 

Parallèlement on pourrait assister à une montée de l’adhésion des sectes à caractère plus ou moins religieux comme aux États-Unis qui brassent des concepts spirituels autant que des principes matériels tordus.

 

Les animateurs de ces différents courants sont souvent d’anciens marxistes et communistes déçus d’une part de l’expérience des pays qui les ont mis en œuvre ces idéologies et qui ont déserté les partis classiques de gauche. En réalité , des militants d’extrême gauche qui ont abandonné le projet marxiste mais qui ont conservé les pratiques d’agitation, de noyautage et d’intoxication .

 

Devant la décomposition Idéologique , le besoin de réassurance identitaire est tellement fort que nombre de gogos vont se laisser attirer comme des mouches dans le piège du maelstrom qui brasse toutes les revendications, toutes les frustrations.

 

Bref un mouvement largement encouragé par Macron qui évidemment veut favoriser les divisions agissantes pour mieux régner seul et sans inter médiation démocratique

Après le coronavirus, une nouvelle nation ? (Azouz Begag)

Après le  coronavirus, une nouvelle nation ?  (Azouz Begag)

Azouz Begag est sociologue au CNRS, ancien ministre sociologue et ancien ministre de la Promotion à l’égalité des chances imagine dans la Tribune les changements après le Coronavirus.

« Nous y sommes : la France est en guerre. Le Président de la République a lancé un appel à la mobilisation générale contre l’ennemi, le coronavirus ou Covid-19, qui a déjà contaminé chez nous des milliers de personnes et tué des centaines d’autres. Le pire est à venir, annoncent les experts. La stupéfaction nous a frappés. Jamais personne n’a assisté à pareille situation. Le moment est inédit. Nos perceptions de l’espace et du temps sont bouleversées.

La conviction est partagée que désormais plus rien ne sera comme avant, que ce qui existait avant a été noyé, dévasté par ce qui surgit aujourd’hui. Et le passé nous semble englouti dans un trou noir, avec sa réforme des retraites, le 49.3, ses élections municipales, sa politique politicienne…

Tout cela est devenu dérisoire. La terre s’est arrêtée de tourner. C’est quand, demain ? Ce sera quoi, demain ? On ne sait plus. Jusque-là, on pensait que quoiqu’il en soit, la nuit tombe et le jour se relève, mais si ce n’était plus vrai ? Si le jour ne se remettait pas de ce qui arrivé à la nuit ? Dans le discours du Président de la République, demain n’a-t-il pas été remplacé par « Jusqu’à nouvel ordre ! ». Le temps s’est arrêté. Il n’y a plus d’horloge. On ne sait plus quel jour ni quelle heure il est.

Le chant des oiseaux

Ce matin, dans le quartier cosmopolite de la Guillotière, à Lyon, où j’habite, la majorité des passants que je vois sont des gens d’ailleurs : Africains, Subsahariens ou Maghrébins, de tous âges. Ils viennent s’agglutiner en urgence devant deux agences Western Union pour transférer de l’argent vers leur pays d’origine. Je ne sais pas pourquoi.

Aucun ne porte de masque. Personne ne parle. Partout, le silence. On ne l’a jamais entendu autant. Sur les routes, dans les immeubles, les maisons, les bus, il a colonisé les lieux. La ville est close. La ville est mutique. Les ronflements des moteurs, les klaxons ont disparu, à l’exception des sirènes de pompiers, ambulances et policiers, de plus en plus fréquentes.

Dans le ciel bleu, on voit peu d’avions. Les animaux se demandent ce qui se passe chez les humains. Jamais on n’a entendu aussi clairement le chant des oiseaux qui célèbrent l’arrivée du printemps.

La fin (momentanée) des boucs-émissaires

Soudain, notre esprit fait le tri. On sent que le temps des grandes mascarades de la vie sociale fait long feu, comme l’organisation précipitée des élections municipales, par exemple, la spéculation en bourse, la stigmatisation des migrants, la peur du « grand remplacement » de « nous » par « eux »… Depuis l’entrée en guerre, il n’y a plus « eux » et « nous ». Il y a les Français et c’est tout. Nous tous.

On nous reproche d’avoir été indisciplinés durant les premières alertes de l’épidémie. Nous sommes désormais ensemble dans la même angoisse, gens d’ici et gens d’ailleurs, celle d’être contagieux et de risquer sa vie et celle des autres, les proches et les lointains. Nous savons que la propagation sera freinée si chacun devient responsable de lui-même et des autres.

Chacun compte. C’est la guerre.

Nous réalisons dans notre intimité que nous sommes tous à égalité des chances devant la mort, davantage encore, maintenant que nous savons qu’il y a des contagieux « asymptomatiques ». Sans stigmates. Ce facteur est hautement anxiogène dans le corps social. En effet, « les Autres », les boucs-émissaires, n’existent plus dans la gestion de la peur collective qui nous terrasse. Ils étaient faciles à repérer dans le bon temps d’avant : ils avaient un faciès reconnaissable, des stigmates, des origines connues, des appellations, des stéréotypes… Le slogan « Etrangers retournez chez vous ! » a fait place à une nouvelle injonction : « Restons tous chez nous ».

Tueur nomade

Cet enseignement n’est pas anodin. Le coronavirus nous plonge dans un nouveau paradigme où l’homme de la rue se plie à un constat : nous ne savons rien de ce qui nous accable. Ni quand cela va cesser. Nous sommes piégés par la nuit possible sans lendemain. La guerre est déclarée, mais l’ennemi invisible. C’est un tueur nomade et sournois qui sait se dissimuler pour nous surprendre là où on ne l’attendait pas. Ils tuent des jeunes, à présent ! Il n’est pas raciste, il ne fait pas de différence, il a même l’air de se nourrir de la diversité de l’espèce humaine, filant d’un pays à l’autre, franchissant les barrières des religions, des âges, des sexes, des classes sociales…

Il a choisi sa cible : l’humain.

Il a créé des paniques. A tel point que beaucoup de nos concitoyens urbains ont cherché à quitter la zone de guerre en prenant la fuite. Ils ont dû sentir la charge du mot « exil ». Très vite, ceux qui le pouvaient, ont commencé à fuir à la campagne, dans leur résidence secondaire, chez des proches, en location… au risque d’emporter avec eux l’épidémie dans des zones rurales jusque-là épargnées, au grand dam des paysans inquiétés par ces envahisseurs contagieux venus profiter des avantages de leur sécurité rurale…

Nous sommes tous des sans-abris

La situation est inédite. Un virus nous contraint aujourd’hui à réfléchir à notre propre condition humaine. Il veut nous ouvrir les yeux, pour comprendre l’exil forcé des Autres qui ont fui ces dernières années leur pays en guerre et demandé asile aux Européens, au risque de se noyer en Méditerranée.

Le Covid-19 exhibe le spectre de la mort devant chacun de nous. Nous sommes ainsi sans-abris face à lui, démunis, disposés à accepter qu’au fond, « nous » et les « autres » ne font qu’un ; dans les hôpitaux déjà saturés de malades, les valeureux personnels de santé le savent mieux que quiconque. Le cœur brisé, ils instaurent déjà « la priorisation ». Nous devons nous faire une raison.

En France et en Europe, le drame du Coronavirus marquera l’avènement d’une nouvelle nation. Et sur la planète, celui d’un nouveau monde. Plus solidaire, plus fraternel devant la vie. Plus humble devant la mort.

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Azouz Begag est sociologue au CNRS, ancien ministre (de la Promotion à l’égalité des chances, de 2005 à 2007). Derniers ouvrages parus : Mémoires au soleil (Seuil, 2018) et One, two, free, Viva l’Algérie (éditions Eric Bonnier, 2019).

 

Brexit- Grande Bretagne : déclin d’une nation

Brexit- Grande Bretagne  : déclin d’une nation

Michel Santi, économiste(*) explique le déclin de la Grande Bretagne et lui prédit un destin de nain face aux grandes puissances ( article la Tribune)

 

 

« Ce 31 janvier 2020 sera synonyme de rétrécissement des libertés, car le Brexit raconte d’abord l’histoire d’une fermeture, d’une victoire – non par KO mais aux points – des partisans d’une Grande Bretagne révisant considérablement à la baisse ses ambitions. Sans elle, l’Union Européenne comptera toujours 450 millions de citoyens, représentera toujours environ 20% du PIB mondial, et pourrait négliger ce partenaire faisant moins de 10% de sa balance commerciale.

La sortie de ce membre sera certes une perte, mais relativement limitée après tout et comparable à celle du Texas quittant les États-Unis d’Amérique. Hors de l’Union, le Royaume-Uni sera toujours tenu de s’aligner sur les réglementations européennes en dépit des fanfaronnades de son gouvernement actuel qui prétend que l’abandon des directives de Bruxelles sur la finance, sur l’environnement, sur les produits de consommation et autres permettra à son pays de prospérer. Sans l’Europe, le Royaume sera toujours confronté à ses grands échecs n’ayant rien à avoir avec l’Union, à savoir ses infrastructures déficientes, sa faible productivité, le niveau anémique de ses investissements, ses inégalités régionales qui sont autant de maux typiquement britanniques.

Sans ce pays, l’Union ne sera pas non plus pareille car ce départ diminuera (heureusement) l’influence des ultra libéraux ayant rêvé et construit une Europe mercantile au détriment d’une Europe politique. Le rôle et l’activisme de la Grande Bretagne ayant été fondamental dans une Europe sculptée à la mode néolibérale, nous pourrons désormais nous recentrer, enfin devenir solidaire.

 

Ce Royaume sera un nain comparé aux grands blocs définissant aujourd’hui notre monde – Europe, USA, Chine, Afrique – et qui ont conduit immanquablement à accentuer la guerre économique et commerciale qu’ils se livrent d’ores et déjà dans un contexte où les institutions préservant le multilatéralisme sont en faillite.

Ballottée par des mouvements tectoniques qui la dépassent, la Grande Bretagne aura-t-elle son mot à dire face à ce Gulliver européen capable de lutter à armes égales contre les GAFA, de peser sur les compagnies d’aviation pour réduire les prix de leurs tickets, d’imposer aux opérateurs téléphoniques la fin de l’itinérance (roaming), de casser les cartels…?

En réalité, vu de l’autre côté, le Brexit n’est – de loin – pas tant une question commerciale ou économique qu’une affaire de souveraineté, voire d’identité, de cette île au passé et à l’histoire prestigieux et soucieuse avant tout de conserver le contrôle sur sa propre destinée.

Mais surtout, le Brexit est un phénomène anglais : l’Écosse et l’Irlande du Nord ayant voté «non», qui ne l’a emporté que de justesse dans le Pays de Galles. À l’instar de l’Invincible Armada, de Trafalgar et de la victoire de 1945, le Brexit se veut donc un de ces moments épiques ardemment désirés par la nation anglaise nostalgique de gloire, amoureuse de son identité et de sa culture. Pourtant, aujourd’hui, elle n’a plus que le choix entre un drame à la Shakespeare ou une farce à la Benny Hill. »

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

État d’urgence : les politiques font payer à la nation quarante ans de démission

État d’urgence  : les politiques font payer à la nation quarante ans de démission

 

Dans une interview au Figaro Guillaume Drago professeur de Droit public à l’Université Panthéon-Assas (Paris II) et directeur du Centre d’études constitutionnelles et politiques considère que l’état d’urgence est inefficace et que la France disposait d’un outil juridique suffisant mais non appliqué  suite à 40 ans de démission politique.


L’état d’urgence est en vigueur depuis novembre 2015. Ce mardi, les parlementaires pourraient voter sa prorogation pour trois mois supplémentaires. Quel bilan tirer de ce dispositif mis en place après les attaques au Bataclan?

 

 

Guillaume DRAGO. – Le bilan de l’état d’urgence est assez maigre. Il suffit pour s’en convaincre de lire le rapport parlementaire qui vient d’être publié par la Commission d’enquête relative aux moyens mis en place par l’Etat pour lutter contre le terrorisme depuis janvier 2015, présidée par Georges Fenech. J’observais ainsi les résultats des perquisitions: sur plus de 3000 perquisitions, seules 197 ont conduit à des poursuites judiciaires et 67 ont conduit à des peines prononcées par des juridictions. Et sur l’ensemble de ces poursuites et de ces peines, il y a eu seulement 31 qualifications d’actes de terrorisme et seules 6 de celles-ci ont donné lieu à des procédures judiciaires du chef d’accusation d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Les perquisitions ont néanmoins permis de recueillir des renseignements, parfois plus ou moins utiles. Elles ont aussi permis de constater que ceux qui pouvaient avoir des liens avec des entreprises terroristes étaient de leur côté extrêmement bien renseignés et utilisaient des moyens cryptés de communication très perfectionnés. L’état d’urgence a donc été utile du point de vue du renseignement, mais très peu efficace du point de vue de la répression et de la poursuite des personnes en matière de terrorisme.

Observons un point supplémentaire concernant le dispositif actuel: la troisième prolongation de l’état d’urgence par la loi du 20 mai 2016 ne prévoyait pas de perquisitions administratives. On peut vraiment s’interroger sur l’utilité de ce dispositif s’il ne permet même pas de perquisitionner.

 

A l’inverse, ces mois d’état d’urgence ont-ils porté une limite sérieuse à l’exercice des libertés individuelles?

 

Dans la mesure où l’état d’urgence permet des procédures de perquisitions administratives, d’assignation à résidence, voire d’interdiction de manifestations – comme on en a eu pendant la loi Travail – il faut pouvoir s’interroger sur les possibles atteintes aux libertés. Ceci doit rester dans l’esprit du public car on vit dans un pays libéral et non policier. Il y a surtout la question centrale du rôle du juge. Toute la problématique de l’état d’urgence, c’est de transférer des compétences exercées jusque-là par un juge ou par un procureur à des autorités administratives, en particulier préfectorales. Dans ce cadre administratif et non plus judiciaire, notamment pour les perquisitions, le contrôle est assuré par le juge administratif, qui tente de faire respecter un certain nombre de libertés et de principes. Mais sur les questions de liberté individuelle, c’est davantage le juge judiciaire qui est normalement compétent. Encore faut-il que des procédures judiciaires soient ouvertes, ce qui n’est pas toujours le cas dans le cadre de l’état d’urgence. Va-t-on indéfiniment prolonger les mesures de rétention administrative? Créer des camps de personnes retenues rappellerait une époque heureusement révolue. Ce n’est pas une façon de mener une action dans un Etat de droit. En tout état de cause, le bilan de cet état d’urgence n’est pas du tout positif et il l’est encore moins quand on observe que les procédures judiciaires sont souvent davantage efficaces que les procédures administratives permises pendant l’état d’urgence. Dans le rapport parlementaire Fenech, les parlementaires disent expressément cette vérité dérangeante. Dans un autre rapport parlementaire, les députés Raimbourg et Poisson invitent à rapprocher les six procédures mises en œuvre à l’occasion de l’état d’urgence des 96 procédures ouvertes depuis le 14 novembre 2015 par la même section antiterroriste sur la base de procédures exclusivement judiciaires. Ces dernières sont parfaitement efficaces pour lutter contre le terrorisme.

Quelques heures avant l’attentat de Nice, François Hollande souhaitait suspendre l’état d’urgence eu égard à la nouvelle loi sur la procédure pénale. Comment analyser le soudain revirement du président de la République?

 

Je dois dire que cette attitude du président de la République laisse vraiment songeur. Plus exactement, elle souligne de façon éclatante son manque d’anticipation. On sait bien qu’il y a des éléments d’imprévisibilité dans le terrorisme, mais le président de la République devrait être la personne la mieux renseignée de France! Il devrait à cet égard disposer des éléments généraux permettant d’établir une analyse globale des menaces pesant sur le pays. Or, il nous a annoncé le 14 juillet à midi qu’il allait lever l’état d’urgence et alléger le dispositif Sentinelle. Le soir même, l’attentat de Nice était commis. Le président de la République navigue à

courte vue sans anticiper les besoins nécessaires à la sécurité des Français. C’est un second échec très grave après le premier débat constitutionnel tout à fait inutile sur la déchéance de nationalité et sur l’état d’urgence qui, pendant trois mois, a occupé le Parlement. François Hollande donne l’impression d’une personnalité qui n’est pas à la hauteur de la fonction présidentielle. C’est un jugement dur, mais partagé par une très large majorité des Français.

Pendant ce temps-là, le président de la République est entré dans une frénésie des commémorations, et des cérémonies compassionnelles. C’est le signe éclatant de la faiblesse de la réponse conceptuelle de l’exécutif à la menace terroriste. Il faut évidemment savoir se rassembler, savoir créer à cet endroit-là précisément de l’unité nationale, mais après, que fait-on? La commémoration est devenue un mode de gouvernement. Ce n’est évidemment pas cela que l’on attend de l’exécutif.

 

Il y a un paradoxe à étendre dans le temps une législation prévue pour durer le temps d’une urgence. Face au terrorisme islamiste, qui pourrait durer, comment imaginer un état juridique qui ne soit ni un état d’urgence, ni un état d’exception permanent?

 

C’est en effet un vrai paradoxe car l’état d’urgence, historiquement et conceptuellement, est un dispositif juridique destiné à être limité dans le temps et dans l’espace. Il s’agit, par lui, de répondre à une menace spécifique dans une partie du territoire et à un moment déterminé de l’histoire du pays. En réalité, il suffit de lire le droit français, particulièrement le code pénal, pour comprendre que les mesures répressives nécessaires existent déjà. C’est ce que j’appellerais la doctrine «Fillon»: il faudrait davantage écouter le discours de raison de l’ancien Premier ministre sur ce point. Deux livres dans le code pénal permettent de répondre à la situation que la France connaît aujourd’hui. Le livre IV est consacré aux crimes et

aux délits contre la nation, l’Etat et la paix publique, avec un titre spécifique consacré au terrorisme (articles 421-1 et suivants). Le livre V est quant à lui consacré aux crimes et aux délits de guerre. Il s’agit certes d’un dispositif adapté spécifiquement aux conditions de la guerre, mais François Hollande et Manuel Valls ne cessent de nous dire que l’on est en guerre.

Ces dispositifs ont été mis en place depuis une loi de 1996 et sont tout à fait utilisables dans un cadre légal. Pourquoi le pouvoir ne les utilise-t-il pas de façon plus développée? Les six procédures de la section antiterroriste engagées dans le cadre de l’état d’urgence témoignent d’une certaine utilisation de ces dispositifs, mais il faut l’étendre avec beaucoup plus de volonté. Derrière le paradoxe de l’état d’urgence, se pose la question de la volonté politique. Les politiques font payer à la nation quarante ans de démission, à la fois éducative et sociale à l’échelle nationale. Ils font également payer à la nation une diplomatie hésitante, qui a conduit la France à des actions erratiques, notamment au Moyen-Orient, et qui a produit les effets en chaîne que nous subissons aujourd’hui. Cet ensemble d’abandons et d’égarements dépasse complètement le paradoxe de l’état d’urgence, qui n’est somme toute qu’une méthodologie primaire. La réponse concrète doit passer par une réponse pénale, qui existe déjà. Appliquons-la comme le propose François Fillon et nous aurons gagné beaucoup de temps sans perdre d’énergie dans des débats parlementaires stériles.

 

N’y-t-il pas un risque que le droit devienne un outil de communication politique et que, pour justifier leurs actions, les dirigeants politiques empilent les dispositifs juridiques de sorte à montrer qu’ils réagissent aux événements?

Nous courrons ce risque depuis très longtemps! Les responsables politiques croient toujours qu’une nouvelle loi va être la bonne réponse à la question qu’on leur pose. La réponse, ce n’est pas la loi, mais l’action, la détermination et la définition d’une doctrine d’action. Disons-le clairement: tout existe déjà dans le dispositif législatif, comme on l’a vu d’ailleurs avec le dispositif sur la déchéance de nationalité ou l’état d’urgence. Ceux-ci n’avaient pas besoin d’être constitutionnalisés. Mais aujourd’hui, la volonté politique est manifestement faible, elle l’est même intrinsèquement parce qu’elle n’est pas soutenue par une doctrine et qu’elle est affaiblie par un certain nombre de dogmes idéologiques.

Notre pays doit conserver un équilibre entre la liberté et la sécurité, mais la loi comme la constitutionnalisation ne sont pas une réponse pour pallier l’inaction politique. Il faut que nous sachions comment nous voulons lutter idéologiquement contre le terrorisme, comment nous souhaitons reconstituer la communauté nationale. De ce point de vue-là, j’invite tous vos lecteurs à lire l’essai Situation de la France du philosophe Pierre Manent, écrit entre Charlie Hebdo et le Bataclan. Il y défend la manière dont nous pourrions recréer une communauté nationale et décrit avec beaucoup de justesse la situation de notre pays à l’égard de ses différentes composantes. Le problème est à ce niveau-là de l’action politique, certainement pas dans l’empilement de dispositifs juridiques supplémentaires. Si le droit français était appliqué avec détermination, ceci suffirait largement.

 

Euro foot 2016 : « Nation retrouvée » ? (Patrick Kanner)

Euro foot  2016 : « Nation retrouvée » ? (Patrick Kanner)

 

Il est clair que le parcours de l’équipe de France de foot lors  de l’euro 2016 a suscité un engouement exceptionnel, -par exemple le nombre jamais atteint de téléspectateurs pour le dernier match France Portugal : 21 millions. Le nombre de spectateurs et surtout de supporter dans les fans zones ont  témoigné du soutien populaire. De là à dire que la nation est retrouvée il y a un pas que franchit le ministre des sports Patrick Kanner.-Le ministre des Sports Patrick Kanner a livré ses impressions sur la finale de l’Euro 2016 et sur l’organisation globale de cette compétition marquée par la réussite de l’équipe de France :  »Après la génération « black-blanc-beur » des champions du monde de 1998, la génération Knysna de l’échec de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, Patrick Kanner a tenté de qualifier la génération des Bleus de l’Euro 2016, C’est peut être la génération Nation, Nation retrouvée, un patriotisme qui n’est pas du nationalisme, une France retrouvée ». Un enthousiasme sans doute démesuré dans la mesure où la crise spécifique à la France ne peut être résolue par le résultat d’un match de foot. Certes. Les Français ont en effet un impératif besoin de victoire sportive comme celle de l’euro pour oublier le climat délétère qui règne dans le pays tant sur le plan économique, que social, politique ou sociétale. Pour une fois François Hollande qui se positionne en commentateur avait  sans doute raison : Une victoire des Bleus aurait eu une « bonne incidence » sur le moral des Français. Dommage que François Hollande ne soit pas davantage acteur dans le redressement du moral des Français. On sait que les Français sont sans doute le peuple le plus pessimiste du monde actuellement, ils ont des raisons objectives tellement le décalage est grand entre le potentiel de la France et les piètres résultats dans le domaine socio économique en particulier. Le récent débat sur la loi à confirmer l’incapacité du pays à réunir la dynamique de toutes les forces sociales pour engager les réformes structurelles qui s’imposent. Une illustration de cet immobilisme qui caractérise le pays. Un immobilisme largement entretenu par la radicalité de certaines forces sociales incapables de se concerter et d’accepter le moindre compromis. Témoin encore la posture de la CGT et du Medef qui rejettent  la loi pour des motifs complètement opposés. Bref une vraie caricature de la démocratie sociale. Caricature dont la responsabilité incombe aussi en grande partie à Manuel Valls qui a voulu faire un coup politique en voulant démontrer par sa posture intransigeante qu’il était l’opposé de François Hollande et qui aussi à profiter de l’occasion pour écarter Macron afin de tenter d’apparaître, lui,  comme le seul  de la réforme. Bref un spectacle lamentable tant  pour l’étranger que pour la plupart des Français. Alors une victoire des Français à l’euro pour tout résoudre ? Sans doute non mais enfin un moment de bonheur pour nous sortir de la médiocrité économique, sociale et politique.

 




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