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Le mythe du handicap de l’ euro fort ( Ken Fisher)

Le mythe du handicap de l’ euro fort  ( Ken Fisher)

Ken Fisher est président et directeur de Fisher Investments Europe, déconstruit dans l’Opinion le mythe du handicap de l’euro fort. Sans doute aussi pour s’opposer aux partisans du bon vieux temps qui permettait des dévaluations régulières du franc suivies  d’une forte inflation qui faisait payer au plus défavorisés la manœuvre monétaire.

 

Tribune

 

Tandis que le dollar baisse, l’euro augmente, et avec lui les craintes que sa vigueur ne pénalise les exportations françaises et européennes, mettant un coup d’arrêt à la reprise économique et faisant plonger les actions. Mais pas de quoi s’alarmer. En réalité, l’appréciation récente de la monnaie unique est modeste. Et, même si elle gagnait en importance, la force d’une devise n’a jamais sonné le glas des exportations et de la croissance. Voici pourquoi.

Les pessimistes soutiennent que la vigueur de l’euro rend les exportations européennes plus onéreuses pour les consommateurs à l’étranger. Si tel était le cas, la France et l’Europe seraient effectivement menacées. Avant la crise de la Covid-19, les exportations représentaient 31,8 % du PIB annuel de la France, devant la moyenne mondiale de 30,6 %. Les exportations occupent une place encore plus importante dans l’économie de la zone euro, avec 45,8 % du PIB.

De plus, ces dernières sont déjà à des niveaux relativement faibles. En dépit d’un rebond en mai, en juin et en juillet, les exportations de la France et de la zone euro ont clôturé le mois d’août en retrait de respectivement 16,6 % et 11 % par rapport aux niveaux de février, avant l’instauration des mesures de confinement. Les plus inquiets s’empresseront d’affirmer que cela accentue d’autant la menace constituée par l’euro fort.

Rattrapage. Mais ne surestimons pas la vigueur de la devise européenne. Elle s’est certes appréciée d’environ 11 % par rapport au dollar depuis le creux du 20 mars, ce qui peut sembler considérable. Mais en réalité, il s’agit essentiellement d’un rattrapage par rapport à la contraction brutale qui s’était opérée entre le 9 et le 20 mars (-6,4 %). Cette chute de l’euro est un épisode classique, mais de courte durée, de « fuite vers la qualité » qui soutient le dollar lors des replis des marchés. Affolés, les investisseurs en actions se ruent alors sur les bons du Trésor américains, réputés plus sûrs, et que certains acquièrent en vendant d’autres devises pour acheter des dollars.

Prenons l’exemple de la crise financière mondiale : entre avril 2008 et le point bas du marché baissier des actions observé en mars 2009, le dollar s’est apprécié de pas moins de 27 % face à la monnaie européenne. Le calme est ensuite revenu et l’euro a bondi de 13,5 % face au billet vert entre mars et fin 2009. Pourtant, la reprise économique avait débuté en juin de cette même année. Les actions françaises et celles de la zone euro ont bondi respectivement de 62,9 % et 66,9 % entre le plancher de mars et la fin de l’année, surpassant la moyenne mondiale qui était alors de 52,3 %.

Les « euro-pessimistes » semblent donc oublier cet épisode de l’histoire. Le taux de change actuel est presque au même niveau qu’en 2017, année au cours de laquelle la monnaie unique a progressé de 13,8 % vis-à-vis du dollar, alors que les exportations depuis la France et la zone euro ont bondi respectivement de 5,0 % et 7,1 %. La croissance du PIB français cette année-là s’est établie à 2,4 %, et celle de la zone euro à 2,6 %. De son côté, le CAC 40 s’est adjugé 12,7 % et les marchés de la zone euro 12,5 %, devançant le reste du monde.

En 2013, l’euro s’est maintenu au-dessus du taux de change actuel pendant toute l’année. Son plancher a été atteint le 27 mars 2013, puis la monnaie unique s’est appréciée de 7,2 % jusqu’à la fin de l’année. Comme aujourd’hui, ce parcours a été précédé d’une récession, le ralentissement causé par la crise de la dette de la zone euro ayant pris fin au 1er trimestre 2013. La vigueur de l’euro n’a alors pas entravé la reprise de l’économie française, ni ses exportations, en hausse de 2,1 % en 2013. Le CAC 40 a bondi de 22,2 % cette même année et les actions de la zone euro de 19,6 %, devant le reste des marchés mondiaux.

Cela ne signifie pas que les marchés français vont forcément surperformer à la faveur d’un euro fort en 2020. Cela montre en revanche que les craintes entourant la vigueur de l’euro sont infondées.

Les investisseurs qui ont raté le rebond entamé en mars se raccrochent désespérément à toute preuve permettant d’étayer leur pessimisme, à l’instar de l’appréciation de l’euro. C’est un cas typique de biais de confirmation

Certains redoutent toutefois une poursuite de la hausse de la monnaie unique, mais ce raisonnement occulte le fait qu’une devise forte ne pénalise pas les économies, et ce pour plusieurs raisons. De nos jours, peu de produits européens proviennent exclusivement du pays qui les produit. Les matières premières, machines et composants sont souvent importés par les fabricants.

Prenons le cas d’Airbus, fleuron de l’aéronautique européenne. Son activité s’appuie sur 26000 fournisseurs basés dans 100 pays différents. Trois de ses six usines d’assemblage sont situées en dehors de la zone euro. Un euro fort réduit le coût des produits importés et des activités basées à l’étranger.

Mourir dans l’euphorie. Nous ne disons pas là qu’un euro fort n’a que des aspects positifs ; plus de 60 % des revenus d’Airbus proviennent d’Asie et du continent américain. Simplement, l’impact de la devise est bien moins préjudiciable que ne l’annoncent les experts, surtout si l’on considère que les équipes dirigeantes n’ont aucun mal à se couvrir contre les fluctuations de change. Les craintes liées aux devises fortes sont des réflexions mercantilistes d’un autre temps.

Les experts affirment presque toujours que les devises sont trop fortes, pénalisant les exportations, ou trop faibles, alimentant l’inflation et d’autres inquiétudes. En ce moment, les observateurs américains ne se réjouissent pas de la faiblesse du dollar ; au contraire, ils la redoutent, estimant que les marchés des changes anticipent les problèmes à venir alors que les marchés actions, tirés par les États-Unis, en font fi. Ce qui est absurde.

Les craintes nourries de part et d’autre reflètent toujours l’humeur des investisseurs et non les réalités économiques ou du marché. Les investisseurs qui ont raté le rebond entamé en mars se raccrochent désespérément à toute preuve permettant d’étayer leur pessimisme, à l’instar de l’appréciation de l’euro. C’est un cas typique de biais de confirmation. Les gens sont à l’affût de toute information allant dans le sens de leurs convictions et ignorent tout ce qui les contredit.

Le scepticisme des « euro-pessimistes » face à la solidité de la monnaie unique est votre allié. Comme l’affirmait jadis le légendaire investisseur Sir John Templeton,« les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, grandissent dans le scepticisme, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie. » Les craintes actuelles entourant la monnaie unique font partie du pessimisme qui prévaut habituellement au début d’un marché haussier. Ce qui laisse supposer que ce dernier a encore de beaux jours devant lui.

Ken Fisher est président et directeur de Fisher Investments Europe, président exécutif et co-directeur des investissements de Fisher Investments.

Le mythe de l’éden vert africain

Le mythe de l’éden vert africain

 

Pas moins de 21 millions de personnes vivent dans les réserves de l’Unesco, rappelle dans le monde son sous-directeur, Ernesto Ottone Ramirez, faisant pièce au mythe de la perpétuation d’un « éden vert ».

 

Tribune. 

Dans son dernier ouvrage, L’Invention du colonialisme vert, l’historien Guillaume Blanc accuse plusieurs organisations internationales de perpétuer en Afrique une forme de néocolonialisme, en imposant la préservation d’une nature vierge et sauvage, vidée de ses populations pour le plaisir des touristes du Nord.

Il n’est pas dans les habitudes de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) de réagir à ce genre d’attaque. Celle-ci est néanmoins révélatrice d’un certain état du débat actuel sur la protection et la conservation de la nature et mérite qu’on s’y attarde.

Passons rapidement sur l’accusation fantaisiste faite aux organisations internationales de perpétuer le mythe d’un « éden vert ». Les communautés locales sont au cœur des pratiques de conservation modernes depuis plus d’un demi-siècle. Dès 1971, le programme de l’Unesco sur les biosphères s’est justement développé contre la tentation de « mettre la nature sous cloche » pour, au contraire, développer des activités économiques, agricoles et touristiques durables, en harmonie avec la nature.

Les sites de l’Unesco abritent plus de 250 millions d’habitants dans le monde. Uniquement en Afrique, 21 millions de personnes vivent dans près de 80 réserves de biosphères dans 29 pays.

La conscience d’une relation indivisible entre la diversité culturelle et la diversité biologique est un principe que l’Unesco a réussi à inscrire dans le droit international. Présenter le travail de l’Unesco comme visant à vider la nature de ses habitants a ainsi suscité l’étonnement et la consternation de la communauté scientifique concernée.

Résurgence significative

Cette accusation d’un prétendu « colonialisme vert » n’est d’ailleurs pas nouvelle, c’est plutôt sa résurgence qui est significative. Le livre Myth of Wild Africa présentait des points de vue similaires il y a vingt-cinq ans. Quiconque travaille dans ce domaine connaît parfaitement les erreurs, les violences et parfois les crimes qui ont accompagné la création de certaines des zones protégées au cours de l’histoire.

Quelques minutes dans un colloque de spécialistes de l’environnement suffisent d’ailleurs pour y apprécier la vigueur des débats et des interrogations des experts sur leurs propres pratiques. Faire l’impasse sur les évolutions et les réflexions de la communauté scientifique, c’est avoir un demi-siècle de retard. Aucun pays ne crée aujourd’hui de réserve naturelle sans impliquer sa population. Le processus de nomination établi par la Convention du patrimoine mondial de 1972 l’exige d’ailleurs explicitement.

Au-delà de fausses nouvelles et des approximations qui sont le lot quotidien du traitement de l’action de l’ONU, ces accusations sont préoccupantes pour l’état du débat public. D’abord, elles insinuent que les Africains ne sauraient pas ce qu’ils font, ce qui est une insulte. Pensons aux gardes forestiers qui se font régulièrement attaquer et parfois tuer par des braconniers, comme tout récemment dans le parc des Virunga, en République démocratique du Congo (RDC).

C’est aussi passer sous silence les programmes de développement les plus novateurs, comme par exemple celui du site iSimangaliso, en Afrique du Sud. Créé à l’origine comme une réserve par le gouvernement de l’apartheid par l’expulsion brutale des populations qui y vivaient, le site a été rendu aux communautés qui en assurent la conservation, au titre de patrimoine mondial de l’Unesco.

Ensuite, et surtout, ces attaques s’évertuent à discréditer la coopération internationale – tantôt pour son ingérence, tantôt pour ses lenteurs, sans pour autant être force de quelconque proposition pour les communautés et leur environnement.

La coopération internationale n’est pas monobloc : elle est faite de la rencontre de centaines d’acteurs qui travaillent, coopèrent, s’opposent et se corrigent en permanence. Prendre le millier de sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, sur les cinq continents et partout en Afrique, pour y dénoncer la mainmise d’un grand dessein colonial d’expulsion des populations n’est pas sérieux.

L’Unesco n’est pas une organisation européenne, mais une organisation internationale et, de ce fait, une organisation également africaine. L’ADN de l’Unesco se définit par la prise en compte des particularismes locaux, des cultures et des traditions.

La nature qui se défend

L’analyse de cette diversité des contextes est la base de toute démarche rigoureuse. C’est aussi l’essence de la coopération entre différents acteurs en réponse à des situations chaque fois uniques. Sur le site de Simien par exemple, en Ethiopie, qui fut l’un des premiers inscrits sur la liste du patrimoine mondial, et où le surpâturage était l’une des menaces pour l’intégrité du site et ses dernières populations endémiques de bouquetins d’Abyssinie.

Loin d’« expulser » les populations, ce sont les frontières du parc qui ont été redessinées, pour en exclure les villages les plus peuplés, tandis que les populations des villages situés au cœur du parc, comme le village de Gich, qui avaient déjà commencé à quitter le site pour s’installer en ville, du fait de la crise agricole, ont été accompagnées – au prix d’infinis débats entre conservateurs, autorités locales et sponsors des programmes (comme il arrive en Europe, et pas seulement en Afrique, dans des cas de constructions de routes ou de barrages).

Ailleurs, comme dans le Parc national du banc d’Arguin, en Mauritanie, les populations locales et notamment les Imraguen jouent un rôle essentiel dans la gestion durable des bancs de poissons et la protection des oiseaux migrateurs. Sans évoquer les centaines de programmes de soutien à l’agriculture et aux activités des populations des réserves de biosphère du mont Elgon au Kenya jusqu’aux rives fragiles du lac Tchad. Sur le site de Sahamalaza aux îles Radama (Madagascar), le programme de restauration des habitats dégradés a permis aux pépiniéristes d’améliorer leurs revenus jusqu’à 1 500 dollars par an, dans un pays où le salaire moyen annuel est de 400 dollars et où 90 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.

Loin de chercher le retour à « l’éden vert », des centaines de programmes témoignent de ces tentatives d’inventer une relation durable entre les humains et leur environnement. Masquer cette réalité sous des raccourcis trompeurs, c’est à la fois tromper le public sur le passé et saper les fondements d’une action possible dans le présent.

 

La protection de la biodiversité est une urgence absolue et les êtres humains en font partie intégrante. Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. Cette mission représente le plus haut niveau d’engagement scientifique, éthique et politique que l’humanité ait eu à consentir. Aucun pays n’y parviendra seul. La coopération internationale est la seule voie possible. Les centaines de rapports d’experts et de programmes sur le terrain le démontrent depuis des années. Les curieux y trouveront des solutions très concrètes, très locales, héritées de la sagesse de peuples pour habiter le monde de façon durable, et tenter d’y vivre en paix – et non pas seulement d’y survivre.

EELV réveille le mythe de l’union de la gauche pour les régionales

EELV réveille le mythe de l’union de la gauche pour les régionales

Le patron d’Europe écologie les Verts annonce la couleur, d’une part il affirme clairement son positionnement à gauche. On pourrait même dire à l’extrême gauche au vu des premières déclarations complètement ahurissantes de plusieurs maires écolos de grandes villes. Ils réveillent le mythe de l’union de la gauche. Une gauche pourtant complètement composite qui ne peut plus exister qu’en se regroupant mais complètement divergente quand au contenu programmatique aussi bien sur l’environnement, sur l’Europe, sur la sécurité et sur l’économie. Dans ce dernier domaine l’éventail des positions va de la renationalisation de l’économie au libéralisme. Même divergence sur l’Europe très soutenue par les écolos combattue par LFI, le PCF et certaines tendances au parti socialiste. On objectera qu’il s’agit d’élections régionales et que les divergences idéologiques ont moins d’importance qu’au plan national. Les plus critiques avanceront que de toute façon les régions françaises n’ont guère de pouvoir et qu’elles ne servent pas à grand-chose hormis mettre au point des schémas plus ou moins bidon et ésotériques dans nombre de domaines qui permettent surtout de nourrir les sociétés d’études qui rédigent et orientent les documents de A à  Z.

Les régionales sont surtout l’occasion de nourrir la caste politique. Même chose pour les départementales dont les compétences sont assez réduites. Le vrai pouvoir est désormais dans les mains des intercommunalités des grandes métropoles.

Nous ne gagnerons pas seuls les élections. Au second tour des régionales, il y aura des alliances» avec les autres forces de gauche (PS, PCF, LFI…), a déclaré le patron des Verts. «Mais dès le premier tour, le rassemblement sera possible, à condition que les conditions soient localement réunies», a-t-il déclaré à l’AFP en marge d’un conseil fédéral du parti écologiste à Paris. «C’est au niveau régional que ça s’organisera. Je pense qu’il y aura des accords ici ou là pour le 1e tour. A défaut, il faudra nous rassembler au second tour pour gagner», a affirmé le numéro un des Verts. «La seule directive au niveau national concerne la parité, six têtes de listes hommes, six femmes» (pour la métropole, non compris la Corse).

On attend évidemment les autres orientations ! En fait, les régionales vont surtout être utilisées par les écolos pour mesurer encore leur influence dans le pays. À dessein ils ont repoussé la désignation d’un éventuel candidat après les régionales. Une défaite pour Jadot face aux écolos gauchos.

L’expert « indépendant »: mythe ou réalité ?

L’expert « indépendant »: mythe ou réalité ?

 L e Monde évoque un livre d’experts qui traite de l’indépendance des experts.

On voit en effet un peu partout fleurir des institutions dites indépendantes sans qu’on ait vraiment bien analysé les conditions objectives de leur fonctionnement  et ce qui limite l’indépendance. Affirmer que les experts sont  indépendants parait en effet un peu excessif pour la seule raison que l’indépendance, c’est-à-dire l’affranchissement de toute considération extérieure autre que l’intérêt général, constitue en fait une sorte d’exception rare dont le prix à supporter et particulièrement lourd pour les intéressés. En clair, mieux vaut renoncer à une carrière brillante!  L’expert indépendant, dans une institution ou pas doit en effet être en capacité s’il le faut de contredire les points de vue du monde économique, social, technologique, environnemental et des autres institutions. Or la plupart de ces institutions  indépendantes sont composés par les pouvoirs publics et le choix des le départs sont faussés. La plupart de ces institutions fonctionne aussi sur des crédits publics et où des ressources fiscales d’entreprise. Pourtant la dépendance éthique est indissociablement liée à l’indépendance économique. Ceux  qui ont participé à ces différentes institutions commissions dites indépendantes savent bien que 80 % des participants, en réalité de façon conscient ou inconsciente, sont au service de ceux  qui les ont désignés. L’expert réellement indépendant est définir d’abord, à trouver ensuite ! le papier du Monde:

 

« C’est dans les années 1990 que l’on a vu fleurir, en France comme dans bien d’autres pays, à l’échelon national comme international, nombre d’agences, hautes autorités, cours de justice, commissions d’arbitrage, etc., pour, en vrac, réguler les marchés, gérer la dette publique ou la politique monétaire, surveiller l’éthique du personnel politique ou de la recherche biologique, évaluer la conformité aux lois ou à la Constitution, protéger la concurrence ou punir les fraudes dans l’industrie, la finance, l’alimentation, le médicament, combattre la prolifération nucléaire… Dotées, selon les cas, de fonctions de consultation, d’évaluation, d’arbitrage, de prescription, de certification, de contrôle, de sanction, ces institutions ne sont pas toutes nouvelles – comme les banques centrales, la Cour des comptes, le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne de justice –, mais toutes ont réaffirmé dans les trois décennies écoulées leur volonté d’autonomie sur le thème de « l’indépendance » vis-à-vis du pouvoir politique.

Il s’est ainsi développé un discours de promotion de « l’indépendance », passée du registre de la morale personnelle (du magistrat, du fonctionnaire, du scientifique) à celui d’une garantie d’efficacité, de justice, de transparence et de poursuite de l’intérêt commun que ne sauraient plus assumer des autorités politiques élues et des administrations bureaucratisées, minées par le clientélisme, la démagogie, le corporatisme et les lobbies.

Ce mouvement, conceptualisé par la « théorie de l’agence », développée par les économistes américains et promouvant l’idée d’un « agent » auquel un « principal » délègue pouvoir et autonomie en échange d’une rationalité accrue, a également reçu le soutien des médias, qui, eux aussi soucieux de leur « indépendance » vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques, usent volontiers pour désigner ces institutions des termes de « gendarme », « sages », « vigie », « avocat », comme pour souligner l’impartialité et l’expertise de leurs travaux – il n’est qu’à voir la transe qui s’empare des rédactions parisiennes à l’approche de la publication du rapport annuel de la Cour des comptes ou d’un avis du Conseil constitutionnel. « L’indépendance s’est imposée comme une catégorie politique centrale de nos démocraties », constatent les auteurs.

Il était donc temps que la recherche en science politique, en sociologie et en droit se penche sur le fonctionnement réel de ces « indépendantes », non pas pour en dénoncer les éventuelles compromissions et malfaçons – d’autres s’en chargent –, mais pour en décortiquer les discours, faire l’histoire de leur construction, identifier leurs règles de professionnalisation et d’appartenance socioculturelle, bref, décrire par le menu ce qui s’apparente de fait à un nouveau mode d’exercice du pouvoir politique.

 

Le mythe de la voiture autonome ?

Le mythe  de la voiture autonome ?

 

Elan Musk, le très médiatique patron de Tesla avait en quelque sorte inventé la mode : la généralisation de la voiture autonome et même du voyage dans la lune. Un exhibitionnisme médiatique surtout destiné à récolter des fonds mêmes si on ne peut contester certains succès techniques. Par contre la gestion financière a fait tomber Elan Musk  rétrogradé au rang de directeur mais toujours aussi contesté. Mais le mythe a été repris par nombre de constructeurs en mal d’images après les tricheries constatées concernant les émissions polluantes. Chacun promet la voiture autonome pour demain alors que vraisemblablement il ne faudra pas compter sur sa généralisation avant 30 ou 40 ans : c’est-à-dire le temps aussi équipé l’infrastructure afin que l’automobile circule dans les meilleurs conditions de sécurité, c’est-à-dire en quasi site propre. Pourtant pas de quoi refroidir les ardeurs des autres constructeurs en mal d’innovations réelles comme la voiture électrique à prix abordable. Cette prédiction de la voiture autonome pour demain ressemble un peu à celle du règne de l’intelligence artificielle qui va supprimer toute intervention humaine dans les processus de production et de distribution. Bien sûr on ne saurait refuser les progrès que permet la technologie mais il faut mesurer leurs conséquences une fois insérée dans des systèmes complexes. Il y a longtemps que des transports fonctionnent de manière presque autonome comme les métros, les tramways ou encore les trains entre parenthèses pour le TGV par exemple le conducteur n’a pas été supprimé pour des raisons techniques mais pour des questions psychologiques vis-à-vis des voyageurs.

Le mythe « traverser la rue » soutenu par Alain Minc

Le mythe « traverser la rue » soutenu par Alain Minc

 

 

Pour défendre Macron, Alain Minc, reprend et soutient le mythe « Traverser la rue » pour résoudre la crise de l’emploi. Homme de salon par excellence et très influent dans les milieux politico-financiers Alain Minc caricature le débat.

 

«Evidemment, cela donne le sentiment d’un côté d’un peu de dureté à l’égard de ce garçon (à qui Emmanuel Macron s’adressait, NDLR) mais de l’autre, maintenant les Français savent qu’il y a un nombre très élevé d’emplois non pourvus. Il a fait plus pour diffuser cette vérité avec cette phrase malencontreuse qu’en expliquant de manière sagace qu’il y a des centaines de milliers d’emplois non satisfaits».Alain n’a pas peur de signaler qu’il existe des emplois non pourvus. Mais ces emplois de l’ordre de 300 000 ne sauraient résoudre la crise du chômage.  Des emplois non pourvus temporairement  liés à des départs en retraite, à des restructurations, à des développements de marché. Conjoncturelle ment il existera toujours certains emplois n’en immédiatement pourvu. Il y a aussi des emplois qui structurellement ne trouvent pas preneur du fait de l’inadéquation de la formation aux besoins de l’économie aussi à la réticence de certaines familles vis-à-vis de certains métiers notamment Manuel. Non il ne suffit pas de traverser la rue, la problématique du chômage est plus complexe que ne l’indique Macon à la main. . Comment peut-on se permettre de dire un jeune chômeur horticulteur qu’il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi dans l’hôtellerie ou la restauration voire le bâtiment. Comme si du jour au lendemain un horticulteur pouvait se transformer en maçon, en cuisinier ou en garçon de restaurant. Encore une fois la réalité est plus complexe. Il y a plus de 5 millions de chômeurs pour autour de 200 à 300 000  vacants. Le compte n’est pas équilibré. Ensuite il y a les facteurs explicatifs plus qualitatifs, on ne passe pas d’une formation d’horticulteur à une formation à un emploi de restauration sans une formation. Il convient aussi de prendre en compte les conditions de travail qui expliquent largement les difficultés de recrutement. Parfois les conditions salariales également insuffisamment incitatives pour une réinsertion. Exemple quand on propose des CDD de 25 heures à des mères de famille seule pour des salaires de 700 à 800 € et qu’on doit forcément amputer des frais de déplacement et d la réduction des autres prestations familiales. Autant dans ces conditions rester au RSA et bénéficier de toutes les prestations sociales.  Malheureusement Macron est coutumier de ces sortes de sorties condescendantes. Pas étonnant dans son entourage de bourgeois-ou celui d’Alain Minc-, on doit compter peu de personnes qui gagnent autour de 1000 € nets même après formation et reconversion.

Macron, le danger du mythe de l’homme providentiel (CFDT)

Macron, le danger du mythe de  l’homme providentiel (CFDT)

 

La CFDT, par la voix de son secrétaire général interpelle Macron sur l’impérative nécessité du dialogue social. L’organisation syndicale prend aussi le contre-pied du front des gauchistes de la CGT, de FO et de l’UNEF qui dès lundi manifestaient à Paris contre les orientations de Macron. Devenue  la première organisation syndicale dans le privé, la CFDT se sent investie désormais d’une responsabilité particulière pour représenter les salariés. Elle rappelle au nouveau président de la république l’impérative nécessité de la concertation avec sans doute à l’esprit l’évolution du droit social qu’envisage de réaliser Macron par  ordonnance. La CFDT redoute vraisemblablement que se constitue un front anti Macron  à l’occasion d’ordonnances qui n’auraient pas fait l’objet d’une consultation suffisante. Le danger est réel car si les gauchistes ne sont pas majoritaires dans le pays,  ils disposent  cependant d’un pouvoir de nuisance certain pour démolir petit à petit la crédibilité gouvernementale. Le dialogue social approfondi peut empêcher cet affrontement  estime  la CFDT qui  invite Macron à prendre en compte les réalités sociales mais aussi politiques. En effet le score réalisé par Macron au deuxième tour ne saurait être interprété comme une adhésion totale de tous les électeurs aux orientations du nouveau président de la république. Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a donc adressé mardi une mise en garde au président élu, Emmanuel Macron, contre la tentation de présider seul et de réformer sans concertation, notamment sur le marché du travail. « Je n’ai pas envie de condamner avant même qu’il ait commencé à agir », a dit Laurent Berger. « Je ne vais pas donner ni des bons points ni des mauvais points à ce stade, juste dire qu’il faut prendre en compte la réalité du pays ». Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde, il rappelle à l’ex-ministre de l’Economie de François Hollande les « conditions particulières » de son élection, avec deux fois plus de voix que son adversaire du Front national, Marine Le Pen. Ces conditions « vous obligent certes à tenir compte de ceux qui vous ont soutenu mais aussi de ceux qui ont voté pour vous, non par adhésion à votre programme, mais par rejet du Front national », écrit Laurent Berger. « Dans les cinq ans à venir, vous serez à la tête d’un pays qui devra faire face à d’immenses défis. Et, vous le savez bien, vous ne pourrez pas les affronter seul », poursuit-il. « Le mythe de l’homme providentiel, qui décide tout d’en haut, est un mythe dangereux pour notre démocratie. » « Partagez le pouvoir ! Donnez de l’air à notre société ! Laissez de l’espace aux organisations dont la mission est de faire entendre la voix de ceux qui n’en ont pas. Faites confiance aux organisations qui permettent aux individus de s’organiser ensemble pour peser sur leur avenir ! » Le leader du premier syndicat français avertit Emmanuel Macron qu’il ne disposera d’aucun état de grâce et rappelle que l’urgence est d’abord de créer des « emplois de qualité ».

 

La domination par les algorithmes. Mythe ou réalité?

La domination par les algorithmes. Mythe ou réalité?

Dans un article paru dans Mediapart,  Jean Paul Baquiast, écrivain scientifique, faiat une apparoche critique de la mainmise de grands de l’ linternet sur la société. Il danger évident d’autant que ces grandes sociétés sont exclusivement américaines. Reste à savoir cependant si l’algorithmique n’est pas encore plus anxiogène  vis-à-vis du  futur mode de production avec la substitution de la robotique à l’intervention humaine sur nombre d’opérations. (Mais ce n’est pas le sujet traité par Baquiast qui réduit le champ de l’analyse aux GAFA).

 

« Depuis quelques temps, de nombreux articles ou exposés dénoncent le poids politique pris par ce qu’ils appellent les algorithmes. Le terme est compris généralement comme désignant des programmes informatiques incompréhensibles, ayant pris possession du monde des Big Data. Celles-ci sont des informations concernant principalement les humains et leurs activités et recueillies en grand nombre auprès de nous par les grands de l’internet américain, dits GAFA (ou Géants du Web, Google, Apple, Facebook, Amazon). Nous sommes tous demandeurs des facilités diverses qu’ils offrent à l’internaute, ceci apparemment quasi gratuitement. Mais les Big Data ne sont rien sans les algorithmes programmés pour en tirer des informations d’un grand intérêt politique et économique, informations que bien évidemment les GAFA gardent pour eux afin de s’en servir pour conquérir le monde de demain, comme Google on le sait ne se cache absolument pas de rechercher. Il est évident que les algorithmes n’ont pas de pouvoir de décision propre. Ils sont mis en oeuvre et alimentés par les GAFA et homologues qui s’en servent pour construire une société numérique globale – on parle aussi de cerveau global – leur permettant d’analyser, prévoir et exploiter à leur profit toutes les activités résultant des activités numériques des internautes. Ces GAFA ne sont pas désintéressés. Ils servent la petite poignée de dirigeants qui en ont fait des prestataires de service conçus pour répondre au mieux à leur objectif de domination. Ils servent aussi d’intermédiaires au gouvernement américain qui les a encouragés voir financés initialement pour espionner massivement les entreprises, administrations et citoyens obligés en l’absence d’autres solutions de faire appel aux services des GAFA. Il est certain cependant que dans le monde hyper-complexe de l’algorithmique moderne se nourrissant de Big Data, certains algorithmes semblent occasionnellement échapper à leurs concepteurs et opérateurs pour se comporter de façon autonome. Ceci avait été signalé à propos des algorithmes responsables de la spéculation financière à haute fréquence (high frequency trading) qui peuvent en quelques secondes et de leur propre chef prendre des décisions de vente et d’achat se traduisant par des bénéfices ou des pertes que personne ne cherchait. Mais si les algorithmes permettant de telles décisions existent, ce n’est pas parce qu’ils sont nés spontanément. Leur existence et leurs activités sont prévues et encouragées par les spéculateurs humains et les gouvernements dont ils dépendent, afin d’accroître globalement les pouvoirs de ces derniers. Dénoncer une quelconque prise de pouvoir ou domination par les algorithmes relève donc du mensonge pur et simple. En bonne démocratie, ce devrait être les forces politiques et économiques qui les utilisent qu’il conviendrait de dénoncer. Plus concrètement, il faudrait accuser les GAFA et le gouvernement américain qui se servent des algorithmes pour mettre à leur service les acteurs de la nouvelle société numérique s’étendant aujourd’hui à l’échelle du monde. Nous avons précédemment montré comment la NSA, National Security Agency, la CIA et le FBI aux Etats-Unis, utilisent et souvent financent les GAFA. Les algorithmes se présentent sous la forme de modèles mathématiques – une fois encore difficilement compréhensibles, même par des mathématiciens. Ils prennent désormais en permanence toutes les décisions relatives à la vie de chacun dans la société numérique, quoi acheter, où habiter, où voyager, comment et à quels tarifs s’assurer. Leur caractère apparemment objectif, du fait de leur formulation mathématique, rassure. Chacun devrait être traité selon les mêmes règles. Ce n’est pas le cas. C’est ce que vient de montrer dans un livre important « Weapons of Math Destruction: How Big Data Increases Inequality and Threatens Democracy ». Cathy O’Neil est elle-même mathématicienne et ancienne trader à Wall Street. Inutile de préciser que le terme de Math Destruction, destruction d’ordre mathématique, fait allusion au terme de « destruction massive ». Pour elle, les algorithmes sont opaques, non régulés démocratiquement et non contestables, même lorsqu’ils s’avèrent faux. Cathy O’Neil en appelle à la responsabilité des mathématiciens qui conçoivent ces modèles et aux décideurs qui les utilisent. Ils doivent travailler pour que les algorithmes soient transparents, discutables en termes politiques, facilement modifiables afin de les rendre plus conformes aux réalités et besoins de la société dans son ensemble. L’objectif qu’elle propose est certes très souhaitable. Mais Cathy O’Neil, involontairement ou sciemment, ne fait pas assez remarquer que les concepteurs des algorithmes dont elle constate les effets destructifs ne sont pas animés par l’objectif d’améliorer le fonctionnement de la société dans son ensemble. Moins encore par celui de redonner de l’influence et du pouvoir au 95% des populations qui les subissent. Ils sont au service des 5% de dominants, afin d’accroître encore leurs profits et leur pouvoir. Il en est de même des GAFA de toutes sortes qui se multiplient. A travers les données que leur confient innocemment leurs utilisateurs et les algorithmes qu’ils emploient pour les interpréter, ils prennent des décisions visant à servir les intérêts des super-dominants. Les exemples de ceci sont nombreux, encore qu’il faille un oeil particulièrement informé techniquement pour s’en rendre compte en détail. On peut mentionner ainsi la façon dont Facebook censure ou promeut les messages et les images selon les intérêts des dominants. Les prétextes annoncés sont généralement tout à fait honorables, mais en y regardant mieux on peut entrevoir les liaisons étroites des GAFA avec la volonté de conquête de l’Empire américain. On dira que les GAFA ont délocalisé leurs fonctions d’évaluation au profit de milliers de « modérateurs » travaillant généralement pour des entreprises du Moyen Orient ou d’Asie du sud-est. Ceci devrait garantir une certaine impartialité de la part de ces modérateurs, du fait notamment qu’ils ne peuvent pas tous être obligés d’appliquer en détail d’éventuels mots d’ordre de censure. Mais il faut savoir que les propositions de décision émanant de ces modérateurs sont soumises à un algorithme central adéquat qui commande la décision finale. Ces algorithmes sont par nature incapables de percevoir les nuances ironiques, sarcastiques ou culturelles d’une expression. Par contre, ils sont très capables de prendre avec la plus grande brutalité des décisions répondant à des objectifs simples fixés par les pouvoirs. Comme nous l’avons indiqué cependant, en citant notamment Alain Cardon, la complexité et l’intrication des algorithmes permettront de plus en plus à beaucoup d’entre eux de prendre seuls des décisions politiquement importantes, de censure ou de promotion. La décision une fois prise, il s’avère pratiquement impossible de l’annuler, ceci notamment pour des administrations de régulation ou des tribunaux. Par contre, ce que ne peuvent pas faire ces gardiens de l’ordre public et de la démocratie, les pouvoirs économiques et politiques de ceux qui ont mis en place ou toléré les algorithmes restent pratiquement inchangés. Il est toujours possible pour eux de « débrancher » l’algorithme, aussi autonome qu’il soit. La même constatation devra être faite dans l’avenir à propos des robots autonomes. Si les résultats de leur autonomie déplaisent aux maîtres du monde, ils seront rapidement débranchés. Cathy O’Neil a fait un travail très important, en montrant sans faire appel à des concepts mathématiques la façon dont les algorithmes régentent dorénavant nos vies. De même, elle montre bien comment dans l’ensemble ils sont au service du profit financier maximum des entreprises qui y ont recours ou des GAFA qui fournissent les données des informations dont ils se nourrissent. Mais ni elle ni les bons esprits qui dénoncent de plus en plus le pouvoir des algorithmes ne proposent la véritable révolution politique qui serait nécessaire pour redonner à la majorité des citoyens la possibilité de reprendre le pouvoir dans la société numérique. Certains fondent des espoirs dans la conception de nouveaux logiciels et de nouveaux processus informationnels qui seraient plus transparents et plus contrôlables. Mais on ne voit pas clairement comment ceux-ci pourront échapper à la prise en main par de nouveaux pouvoirs, ou plus simplement à la récupération par les pouvoirs actuels. Beaucoup en concluront que démocratiser les algorithmes sera définitivement impossible, et qu’il faudra se résigner.

Jean Paul Baquiast 

Source Mediapart

La domination par les algorithmes. Mythe ou réalité?

La domination par les algorithmes. Mythe ou réalité?

Dans un article paru dans Mediapart,  Jean Paul Baquiast, écrivain scientifique, faiat une apparoche critique de la mainmise de grands de l’ linternet sur la société. Il danger évident d’autant que ces grandes sociétés sont exclusivement américaines. Reste à savoir cependant si l’algorithmique n’est pas encore plus anxiogène  vis-à-vis du  futur mode de production avec la substitution de la robotique à l’intervention humaine sur nombre d’opérations. (Mais ce n’est pas le sujet traité par Baquiast qui réduit le champ de l’analyse aux GAFA).

 

« Depuis quelques temps, de nombreux articles ou exposés dénoncent le poids politique pris par ce qu’ils appellent les algorithmes. Le terme est compris généralement comme désignant des programmes informatiques incompréhensibles, ayant pris possession du monde des Big Data. Celles-ci sont des informations concernant principalement les humains et leurs activités et recueillies en grand nombre auprès de nous par les grands de l’internet américain, dits GAFA (ou Géants du Web, Google, Apple, Facebook, Amazon). Nous sommes tous demandeurs des facilités diverses qu’ils offrent à l’internaute, ceci apparemment quasi gratuitement. Mais les Big Data ne sont rien sans les algorithmes programmés pour en tirer des informations d’un grand intérêt politique et économique, informations que bien évidemment les GAFA gardent pour eux afin de s’en servir pour conquérir le monde de demain, comme Google on le sait ne se cache absolument pas de rechercher. Il est évident que les algorithmes n’ont pas de pouvoir de décision propre. Ils sont mis en oeuvre et alimentés par les GAFA et homologues qui s’en servent pour construire une société numérique globale – on parle aussi de cerveau global – leur permettant d’analyser, prévoir et exploiter à leur profit toutes les activités résultant des activités numériques des internautes. Ces GAFA ne sont pas désintéressés. Ils servent la petite poignée de dirigeants qui en ont fait des prestataires de service conçus pour répondre au mieux à leur objectif de domination. Ils servent aussi d’intermédiaires au gouvernement américain qui les a encouragés voir financés initialement pour espionner massivement les entreprises, administrations et citoyens obligés en l’absence d’autres solutions de faire appel aux services des GAFA. Il est certain cependant que dans le monde hyper-complexe de l’algorithmique moderne se nourrissant de Big Data, certains algorithmes semblent occasionnellement échapper à leurs concepteurs et opérateurs pour se comporter de façon autonome. Ceci avait été signalé à propos des algorithmes responsables de la spéculation financière à haute fréquence (high frequency trading) qui peuvent en quelques secondes et de leur propre chef prendre des décisions de vente et d’achat se traduisant par des bénéfices ou des pertes que personne ne cherchait. Mais si les algorithmes permettant de telles décisions existent, ce n’est pas parce qu’ils sont nés spontanément. Leur existence et leurs activités sont prévues et encouragées par les spéculateurs humains et les gouvernements dont ils dépendent, afin d’accroître globalement les pouvoirs de ces derniers. Dénoncer une quelconque prise de pouvoir ou domination par les algorithmes relève donc du mensonge pur et simple. En bonne démocratie, ce devrait être les forces politiques et économiques qui les utilisent qu’il conviendrait de dénoncer. Plus concrètement, il faudrait accuser les GAFA et le gouvernement américain qui se servent des algorithmes pour mettre à leur service les acteurs de la nouvelle société numérique s’étendant aujourd’hui à l’échelle du monde. Nous avons précédemment montré comment la NSA, National Security Agency, la CIA et le FBI aux Etats-Unis, utilisent et souvent financent les GAFA. Les algorithmes se présentent sous la forme de modèles mathématiques – une fois encore difficilement compréhensibles, même par des mathématiciens. Ils prennent désormais en permanence toutes les décisions relatives à la vie de chacun dans la société numérique, quoi acheter, où habiter, où voyager, comment et à quels tarifs s’assurer. Leur caractère apparemment objectif, du fait de leur formulation mathématique, rassure. Chacun devrait être traité selon les mêmes règles. Ce n’est pas le cas. C’est ce que vient de montrer dans un livre important « Weapons of Math Destruction: How Big Data Increases Inequality and Threatens Democracy ». Cathy O’Neil est elle-même mathématicienne et ancienne trader à Wall Street. Inutile de préciser que le terme de Math Destruction, destruction d’ordre mathématique, fait allusion au terme de « destruction massive ». Pour elle, les algorithmes sont opaques, non régulés démocratiquement et non contestables, même lorsqu’ils s’avèrent faux. Cathy O’Neil en appelle à la responsabilité des mathématiciens qui conçoivent ces modèles et aux décideurs qui les utilisent. Ils doivent travailler pour que les algorithmes soient transparents, discutables en termes politiques, facilement modifiables afin de les rendre plus conformes aux réalités et besoins de la société dans son ensemble. L’objectif qu’elle propose est certes très souhaitable. Mais Cathy O’Neil, involontairement ou sciemment, ne fait pas assez remarquer que les concepteurs des algorithmes dont elle constate les effets destructifs ne sont pas animés par l’objectif d’améliorer le fonctionnement de la société dans son ensemble. Moins encore par celui de redonner de l’influence et du pouvoir au 95% des populations qui les subissent. Ils sont au service des 5% de dominants, afin d’accroître encore leurs profits et leur pouvoir. Il en est de même des GAFA de toutes sortes qui se multiplient. A travers les données que leur confient innocemment leurs utilisateurs et les algorithmes qu’ils emploient pour les interpréter, ils prennent des décisions visant à servir les intérêts des super-dominants. Les exemples de ceci sont nombreux, encore qu’il faille un oeil particulièrement informé techniquement pour s’en rendre compte en détail. On peut mentionner ainsi la façon dont Facebook censure ou promeut les messages et les images selon les intérêts des dominants. Les prétextes annoncés sont généralement tout à fait honorables, mais en y regardant mieux on peut entrevoir les liaisons étroites des GAFA avec la volonté de conquête de l’Empire américain. On dira que les GAFA ont délocalisé leurs fonctions d’évaluation au profit de milliers de « modérateurs » travaillant généralement pour des entreprises du Moyen Orient ou d’Asie du sud-est. Ceci devrait garantir une certaine impartialité de la part de ces modérateurs, du fait notamment qu’ils ne peuvent pas tous être obligés d’appliquer en détail d’éventuels mots d’ordre de censure. Mais il faut savoir que les propositions de décision émanant de ces modérateurs sont soumises à un algorithme central adéquat qui commande la décision finale. Ces algorithmes sont par nature incapables de percevoir les nuances ironiques, sarcastiques ou culturelles d’une expression. Par contre, ils sont très capables de prendre avec la plus grande brutalité des décisions répondant à des objectifs simples fixés par les pouvoirs. Comme nous l’avons indiqué cependant, en citant notamment Alain Cardon, la complexité et l’intrication des algorithmes permettront de plus en plus à beaucoup d’entre eux de prendre seuls des décisions politiquement importantes, de censure ou de promotion. La décision une fois prise, il s’avère pratiquement impossible de l’annuler, ceci notamment pour des administrations de régulation ou des tribunaux. Par contre, ce que ne peuvent pas faire ces gardiens de l’ordre public et de la démocratie, les pouvoirs économiques et politiques de ceux qui ont mis en place ou toléré les algorithmes restent pratiquement inchangés. Il est toujours possible pour eux de « débrancher » l’algorithme, aussi autonome qu’il soit. La même constatation devra être faite dans l’avenir à propos des robots autonomes. Si les résultats de leur autonomie déplaisent aux maîtres du monde, ils seront rapidement débranchés. Cathy O’Neil a fait un travail très important, en montrant sans faire appel à des concepts mathématiques la façon dont les algorithmes régentent dorénavant nos vies. De même, elle montre bien comment dans l’ensemble ils sont au service du profit financier maximum des entreprises qui y ont recours ou des GAFA qui fournissent les données des informations dont ils se nourrissent. Mais ni elle ni les bons esprits qui dénoncent de plus en plus le pouvoir des algorithmes ne proposent la véritable révolution politique qui serait nécessaire pour redonner à la majorité des citoyens la possibilité de reprendre le pouvoir dans la société numérique. Certains fondent des espoirs dans la conception de nouveaux logiciels et de nouveaux processus informationnels qui seraient plus transparents et plus contrôlables. Mais on ne voit pas clairement comment ceux-ci pourront échapper à la prise en main par de nouveaux pouvoirs, ou plus simplement à la récupération par les pouvoirs actuels. Beaucoup en concluront que démocratiser les algorithmes sera définitivement impossible, et qu’il faudra se résigner.

Jean Paul Baquiast 

Source Mediapart

Baisse de l’inflation : mythe ou réalité ?

B aisse de l’inflation : mythe ou réalité ?

 

Officiellement, l’inflation ne cesse de baisser pour atteindre seulement  en 2014 entre 0.3 et 0.4%. Mais il s’agit de l’inflation mesurée par l’INSEE. Un indice qui arrange d’un coté le gouvernement qui peut ainsi justifier le blocage du pouvoir d’achat (salaires et  pensions par exemple) mais qui d’un autre coté présente des inconvénients car cela affaiblit les rentrées fiscales. D’après l’INSEE,  l’inflation en France a de nouveau ralenti en septembre, à 0,3% sur un an, après 0,4% en août, du fait de la diminution saisonnière des prix de certains services et d’un nouveau repli des prix de l’énergie, a annoncé l’Insee mardi.  Sur un mois, les prix à la consommation sont repartis à la baisse, reculant de 0,4% après une hausse ponctuelle de 0,4% en août. « La baisse des prix à la consommation en septembre 2014 provient, pour l’essentiel, du recul saisonnier des prix de certains services à la fin de la période estivale ainsi que d’un nouveau repli des prix de l’énergie », a expliqué l’Institut national de la statistique et des études économiques dans un communiqué.  À l’inverse, les prix des produits manufacturés, notamment ceux de l’habillement et des chaussures, continuent de se redresser après les soldes d’été. Les prix de l’alimentation augmentent globalement, du fait d’une hausse des prix des produits frais. ( mais sur un an les prix  auraient baissé). En fait rien n’est sûr en matière d’évaluation des prix car la structure de la consommation de Français se modifie. Or l’inflation ne tient mal compte de cette évolution. L’évolution des prix est en effet calculée sur des produits de même nature et  de même marque. Or pour la consommation n observe un phénomène contradictoire, d’une part une montée en puissance de nouveaux produits plus chers qui se substituent à d’anciens, d’autre part un glissement vers le bas dans la gamme vers des produits moins chers. De  sorte que l’indice actuel n’est plus pertinent et que les Français ont du mal à percevoir réellement la baisse constatée à travers la mesure officielle de l’inflation. Effet pervers de cette faiblesse affichée de l’inflation, la crainte de la déflation, baisse des prix durable qui entraîne un cercle vicieux d’anticipations de recul des prix, qui minent l’activité économique en suscitant des reports de dépenses de consommation et d’investissement. Exemple dans l’immobilier, où chacun attend de nouvelles baisses des prix. Notons enfin que les impôts ne sont pas pas en compte dans l’inflation.




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