Politique-Ukraine et la tentation munichoise
Etre un « munichois », une marque de faiblesse face à l’adversaire
Utilisée en référence aux accords de Munich de 1938 qui se sont soldés par l’annexion de la Tchécoslovaquie, cette notion a resurgi dans le débat sur la poursuite de la guerre en Ukraine, pour qualifier la naïveté des partisans de l’apaisement face à la Russie.
Par Jérôme Gautheret et Thomas Wieder dans Le Monde
Histoire d’une notion. Unité de lieu, concordance des temps. Le 14 février, alors que s’ouvrait la 61e Conférence de Munich sur la sécurité, l’historien américain Timothy Snyder, professeur à Yale, publiait une longue note de blog en forme de piqûre de rappel. Sous le titre « Apaisement à Munich », l’auteur de Terres de sang (Gallimard, 2012) – livre monument consacré à cette partie orientale de l’Europe que se disputèrent Hitler et Staline entre 1941 et 1945 – mettait en garde contre le risque de voir l’Ukraine de 2025 subir le même sort que la Tchécoslovaquie de 1938, dans la capitale bavaroise.
Pour rappel, la conférence organisée les 29 et 30 septembre 1938 à Munich, qui réunissait l’Allemagne, représentée par Adolf Hitler, l’Italie, par Benito Mussolini, le Royaume-Uni, par Neville Chamberlain, et la France, par Edouard Daladier, avait débouché sur le dépeçage de la Tchécoslovaquie pour « sauver » la paix en Europe – ou gagner un peu de temps –, laissant dans les mémoires un bien sombre souvenir.
Il faut dire que les résultats de ces accords ont été proprement désastreux. Moins de six mois après la conférence, qui avait permis au IIIe Reich d’annexer de fait la région germanophone des Sudètes, la jeune république tchécoslovaque – qui n’avait même pas été conviée à la conférence – disparaissait après vingt années d’existence. Et le 1er septembre 1939, avec l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht, l’ensemble du continent européen basculait dans la guerre. Comme le résume l’historien Pierre Grosser, la référence à Munich n’est rien de moins que le « cri de ralliement de tous ceux qui jugent immoral, inutile et contre-productif de traiter avec le diable ».
Un agresseur nommé Poutine
Pour Timothy Snyder, « les événements de 1938 en Tchécoslovaquie contribuent à clarifier les enjeux de la guerre en Ukraine » car, « dans le premier cas, la chronologie a conduit à une guerre mondiale, dans la mesure où des concessions inutiles à Hitler lui ont ouvert des opportunités qu’il n’aurait pas eues autrement ». Quatre-vingt-sept ans plus tard, les acteurs ont changé, mais le schéma reste le même..