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Aide aux transports : « impossible » (Hervé Morin)

Aide aux transports : « impossible » (Hervé Morin)

 

Hervé Morin, Le président de l’association des Régions de France, a expliqué sur Europe 1 que « les collectivités sont incapables de financer » une aide suffisante pour compenser la hausse du prix du carburant.

«  Pour Hervé Morin, président de l’association et de la région Normandie, « cette équation financière est absolument impossible ». « Les collectivités sont incapables de financer une compensation suffisante représentant des volumes absolument gigantesques », estime-t-il. Un tel dispositif « est absolument hors de proportion dans des budgets régionaux où trouver un ou deux millions d’euros représente déjà une gageure », s’emporte Hervé Morin. Il préconise donc que les « recettes de TVA supplémentaires, liées à l’augmentation des taxes et du prix du baril » que le gouvernement va percevoir, « soient affectées à nos compatriotes les plus modestes ». Christian Estrosi, de son coté,  ne veut pas que l’Etat se décharge à chaque fois sur les collectivités ».  »Christian Estrosi, président de la Métropole Nice Côte d’Azur, estime de son côté que « cette idée de défiscaliser cette contribution est un constat d’échec par rapport à ce qu’Emmanuel Macron a initié avec le gouvernement, c’est-à-dire faire monter le coût du diesel et de l’essence ». « Je ne veux pas que l’Etat se décharge à chaque fois sur les collectivités », dénonce-t-il, également sur Europe 1. Le rôle des régions « n’est pas de compenser les mesures fiscales nationales », complète par ailleurs l’association de Régions de France dans son communiqué.

Mai 68:  » plus de liberté, plus de communauté » (Edgar Morin )

Mai 68:  » plus de liberté, plus de communauté » (Edgar Morin )

 

Aujourd’hui il est de bon ton d’ignorer le phénomène de mai 68 voire de le condamner. Une attitude un peu réactionnaire et sans doute due à la peur du mouvement gauchiste car nombre d’évolutions sociétales (davantage que de changements économiques et sociaux)   de cette époque ont été intégrées. Edgard Morin revient sur évolutions dans une interview de la Tribune

Aujourd’hui, en 2018, parler de Mai 68 c’est évoquer des temps fort éloignés. Ce qui reste pour vous de plus vivant est de quelle nature : n’est-ce pas le côté imaginaire, culturel, le côté subjectivité du mouvement ?

Edgar Morin : Ce qui reste vivant, ce sont d’abord des souvenirs très forts. Des présences dans cette Sorbonne occupée, transformée. La première semaine de Mai 68fut pour moi admirable. La tétanisation de l’État faisait que tout le monde se parlait dans la rue. Les cabinets de psychanalystes se vidaient brusquement, tous les gens qui souffraient de maux d’estomac allaient mieux, etc. Dès que tout est redevenu normal, tout cela est revenu.

Cette première semaine, c’est un peu comme dans mon adolescence en juin 1936, où tout le monde se parlait. J’ai des souvenirs merveilleux de cette Sorbonne en fête, de la réalisation d’un événement impossible. Des souvenirs de cette guerre civile sans mort, sauf à Flins (une manifestation d’étudiants venus soutenir les grévistes de l’usine Renault au cours de laquelle un adolescent de 17 ans est mort, noyé), de ce jeu sérieux où l’on jouait à la révolution mais sans risquer les morts en dépit de la violence des affrontements. Donc pas d’amertume [...]

Au début, c’est un mouvement étudiant, un mouvement de la jeunesse, ce n’est pas un mouvement ouvrier. Ensuite seulement, et plutôt à contrecœur, cela devient une mobilisation syndicale. Aviez-vous des discussions sur le prolétariat, la classe ouvrière, le mouvement ouvrier ?

E. M. : J’ai montré dans mes articles qu’à la différence d’autres pays où le mouvement est resté strictement étudiant, il a débordé sur une partie de la jeunesse ouvrière et lycéenne. Surtout, la durée et l’intensité du mouvement ont fini par déclencher les syndicats au début réticents et qui se sont finalement rués dans cette brèche pour arracher au gouvernement des concessions fondamentales. Une fois obtenues ces concessions, ils ont apaisé les choses. Ce qui m’a frappé aussi, c’était la volonté de Georges Pompidou de calmer le jeu en négociant et en accordant des concessions.

Il y a eu des défilés imposants, j’ai assisté à l’un d’eux rue Beaubourg en compagnie de Paul Thorez, le fils cadet des époux Thorez. Ce mouvement démontrait finalement le vide de cette civilisation qui se voulait triomphante, qui croyait aller vers une harmonie. Le Raymond Aron de l’époque, celui qui s’est trompé, voyait dans la société industrielle l’atténuation fondamentale de tous les grands problèmes, alors qu’avant même la crise économique de 1973, Mai 68 a révélé une crise spirituelle profonde de la jeunesse.

Les aspirations profondes de cette adolescence par rapport à ce monde d’adultes, c’était : plus d’autonomie, plus de liberté, plus de communauté. Les trotskistes et les maoïstes ont dit : « Nous pouvons réaliser ces aspirations. » Il y a eu un transfert de foi, au début c’était la révolte, le communisme libertaire, puis le mouvement a été capté par le trotskisme et le maoïsme sur la promesse de réaliser les aspirations juvéniles par la révolution [...]

Et ensuite ?

E. M. : Toute une série de tendances néolibertaires découlent de 68. Le féminisme n’était pas présent en Mai 68, mais il est sorti de là, le mouvement des homosexuels également. Roland Barthes était un homosexuel honteux avant 68, il est devenu un homosexuel assumé. Il y a eu des changements de mœurs bien que rien ne changeât dans la société. J’ai conduit avec Nicole Lapierre et quelques autres une enquête, publiée dans un livre qui s’appelait bêtement La Femme majeure : nouvelle féminité, nouveau féminisme. L’étude était intéressante. Avant Mai 68, la presse féminine disait : « Faites de la bonne cuisine à votre mari, soyez belle », etc. À partir de cette époque, la problématisation remplace l’euphorisation. Cette presse commence à parler des difficultés de la vie : le vieillissement, le mari qui a une maîtresse, les enfants qui s’en vont. Cette problématisation commence à gagner de nombreux secteurs de la société. [...]

L’image que vous proposez, finalement, est celle d’un mouvement qui a eu une courte préhistoire, Berkeley. Est arrivé 68, le souffle du moment fondateur qu’on trouve encore en 1978, et ensuite tout cela s’en va ou apparaît ailleurs.

E. M. : Il y a eu par la suite des grandes grèves, comme en 1995, des révoltes étudiantes, notamment contre la loi Devaquet (en 1986). Mais aucune n’a eu le caractère symbolique et mythologique de Mai 68. Il existe une tradition de révoltes étudiantes, mais jamais rien de comparable à 68.

L’événement pour moi s’est rétréci en 1988, c’est alors la fin du communisme, la Guerre froide se termine. Le Mai 68français m’apparaît comme un moment symbolique de crise de civilisation où jaillissent des aspirations profondes, quasi anthropologiques (plus d’autonomie, plus de communauté) qui sont retombées et renaîtront sous d’autres formes. Je maintiens que beaucoup de choses ont changé sans que rien ne change. Surtout sur le plan des mœurs, des sentiments, des idées. Et je rappelle que la classe adolescente s’était déjà formée avant Mai 68 et en a permis l’impulsion [...]

 En 2018, on est dans la commémoration, les cinquante ans, avec des tonnes de publications sur 68. Faut-il commémorer ? Parler de 68 comme d’un moment purement historique ? Ne faut-il pas redonner du sens à cette flamme ?

EM : Soixante-huit a incarné des aspirations très profondes qui étaient portées surtout par la jeunesse étudiante. Des aspirations que ressentent les jeunes et qu’ils oublient quand ils sont domestiqués dans la vie qui les intègre dans le monde. Des aspirations à plus de liberté, d’autonomie, et à de la fraternité, de la communauté. Totalement libertaire, mais toujours avec l’idée fraternelle omniprésente. Ils ont combiné cette double aspiration anthropologique qui a jailli à différents moments de l’histoire humaine. Je crois que l’importance historique de Mai 68est grande car elle a révélé cette aspiration ; et on a vu avec quelle facilité cette aspiration s’est fait domestiquer. C’est ce qui s’est passé aussi avec le communisme. Mai 68 est de l’ordre d’un renouveau de cette aspiration humaine qui revient de temps en temps et reviendra encore sous d’autres formes.

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Par Michel Wieviorka, Sociologue, Président de la FMSH, Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) – USPC

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Davantage d’autonomie pour toutes les régions (Morin)

Davantage d’autonomie pour toutes les régions (Morin)

 

D’une certaine façon, Hervé Morin, le président de l’association des régions de France (ARF), et exploite même le conflit corse pour poser la problématique d’autonomie de toutes les régions. Il remet en cause le contenu de l’organisation administrative et politique de nature très jacobine. En clair il propose davantage d’autonomie pour toutes les régions. Il ne faut pas être naïf Hervé Morin en profite pour régler des comptes politiques avec Macon voir avec ses alliés de la droite tout aussi étatiste que l’actuelle Dinan de la république. Le centriste Hervé Morin soutient la demande d’autonomie des corses mais pas des revendications des nationalistes  vues par certains comme les chevaux de Troie des ambitions indépendantistes, telles la co-officialité de la langue corse, l’amnistie pour les prisonniers «politiques» ou le statut de résident. En revanche, l’élu normand voit les élus corses comme des partenaires pour défendre l’idée de territoires à compétences variables, en fonction de leurs spécificités.  De ce point de vue ce concept de compétences variables onction des spécificités peut-être largement discutées car on risque d’aboutir à une France qui ressemble à une auberge espagnole. Dans une approche décentralisatrice républicaine, il serait sans doute souhaitable de donner la même autonomie à toutes les régions. Hervé Morin pose de bonnes questions mais apporte de fausses solutions quand il affirme qu’on pourrait accorder des pouvoirs jusqu’au ou un droit à l’urbanisme encore. La contestation du centralisme français est fortement teintée politiquement chez Morin qui ne précise pas la nature et l’ampleur des pouvoirs qui pourraient être concédés aux régions. Le flou artistique lui permet de développer un propos qui plaît aux régions mais entretient forcément l’ambiguïté. Par contre, il a raison quand il affirme. «La plupart du temps, l’Etat est complètement impuissant à régler nombre de questions. Il est incapable de porter les politiques régionales comme le montrent ses délais de réaction et de décision», blâme Morin, sur un ton très proche de la critique formulée par les autonomistes corses. Sur le fond, Hervé Morin estime que tous les pays en bonne santé sont «très largement décentralisés» avec des régions jouissant d’une «grande autonomie». Hervé Morin fait l’impasse sur la situation de l’Espagne voire de l’Italie ! Pas sûr malheureusement que cette question avance beaucoup coincer entre une culture fortement étatiste à droite comme à gauche et des régions qui veulent jouer de leur singularité obtenir des avantages spécifiques. Peut-être que la question corse aura ouvert un débat utile mais qui reste encore à problématiques et pour éviter justement comment corse une décentralisation à la carte ferait éclater l’unicité républicaine.

Le retour des barbares (Edgar Morin)

Le retour des barbares (Edgar Morin)

Dans son livre « penser global » Edgar Morin lance une invitation à tous les intellectuels à penser de manière plus complexe et plus globale Résistant à toutes les formes de barbaries et de bêtises, il se bat depuis des décennies pour éveiller les consciences à l’autre, autrui, cet être parfois si différent mais qui nous ressemble tant.(interview)

Vous évoquez l’homme 100 % individuel et 100 % social, la part de l’individuel n’écrase-t-elle pas l’autre ?

C’est vrai que dans notre civilisation occidentale, qui a permis un développement de l’individualisme pour le meilleur, c’est-à-dire au sens où on peut prendre des responsabilités personnelles, ou choisir son destin plus ou moins, et dans le mauvais sens, où l’individualisme peut se racornir en égoïsme, ce développement de l’individualisme a été en même temps la dégradation des solidarités. Il y avait des solidarités qui n’existent plus (famille, couple, travail, voisinage). Or dans la perte des solidarités, il y a une dégradation aussi du sentiment de la communauté nationale et une dégradation du citoyen.

Guerre, violence, cette semaine la photo terrible du petit Aylan comment peut-on faire face, en tant qu’être humain, à ce déferlement ?

C’est un processus long, difficile mais qui n’a pas commencé. Nous sommes dans une situation où les fanatismes se multiplient. Nous avons connu ça en Europe, avec des petits groupes fanatiques comme les Brigades rouges, qui étaient prêts à tout pour ce qu’ils croyaient être leur idéal révolutionnaire. Aujourd’hui vous avez des fanatismes qui s’expriment par l’extrémisme religieux islamique. C’est un cercle vicieux : par exemple après les attentats de New York, l’Amérique a réagi en venant en Afghanistan, ce qui a eu des effets positifs et négatifs : les interventions en Irak ou ailleurs ont accru les inimitiés de toute une population et ont accru la menace qu’on appelle aujourd’hui djihadiste.

Vous parlez dans votre livre du retour des barbares ?

Au Moyen Orient, Daesh est actuellement la forme la plus barbare qui existe dans le monde. Bien entendu, il y a d’autres barbaries multiples. La seule façon de lutter contre Daesh, c’est une vraie coalition de toutes les autres nations, chacune étant un peu barbare, mais moins que Daesh. Ce foyer de violence suscite l’immigration massive que nous voyons aujourd’hui et qui nous pose aussi un problème d’accueil, de fraternité. Vous avez un problème qui n’a pas de solution immédiate mais malheureusement il n’a pas non plus de pensée capable de l’affronter. Qu’est ce qui se passe ? On décide de continuer à envoyer des drones. C’est l’ONU qui devrait prendre en main le destin de ce cancer qui ravage la planète.

Vous vous décrivez comme un opti-pessimiste, vous l’avez toujours été ?

Je l’ai toujours été parce que j’ai vécu des situations ou les probabilités étaient très désastreuses et où arrivaient des événements qui ont permis que l’improbable arrive. Regardez le problème écologique mondial, c’est un problème énorme : eh bien, d’une façon inattendue, c’est un pape, le pape François, qui lance un message pour la sauvegarde de civilisation et de la vie humaine, alors qu’on s’attendrait que le message arrive d’ailleurs. Je pense que tout n’est jamais perdu et que même, comme disait Guillaume d’Orange, «il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre», il vaut mieux avoir un espoir, mais l’espoir n’est jamais la certitude. En même temps, sans espoir on ne peut pas vivre.

Qu’est ce qui vous met en colère ?

Je suis quelqu’un qui essaie de ne pas être en colère, parce que la colère aveugle, la fureur risquent de fausser le jugement. Mais les choses qui me font horreur m’indignent. Par exemple l’attitude que l’Europe a maintenu jusqu’à aujourd’hui. Malheureusement parce qu’un enfant est mort et que ça a été hypermédiatisé, ça commence à changer, mais cette fermeture égoïste de 350 millions d’Européens par rapport à quelques milliers de malheureux qui fuient la guerre et la faim, ça me fait horreur. Aujourd’hui ce règne absolu du profit et de l’argent, de la domination de la finance sans aucune préoccupation du sort de l’humanité, et qui elle-même est suicidaire, ça, ça me provoque l’horreur et mon indignation. Je ne me mets pas en colère parce c’est un sentiment qui brouille l’esprit. Au contraire, je crois que c’est en toute lucidité qu’il faut voir les périls. Quels sont les deux grands périls de l’humanité aujourd’hui ? Un, la domination incroyable et sans aucun frein de la finance internationale et une vision du monde où tout est quantifié, tout est chiffré. C’est-à-dire, au lieu de voir des êtres humains, leurs souffrances et leurs vies, on voit des chiffres, des PIB… La deuxième, ce sont les différentes formes de fanatisme. Voilà les deux choses contre lesquelles à mon avis nous devons résister, je ne le dis pas avec colère mais avec conscience et détermination.

Vous évoquez le pouvoir des livres ou du cinéma, comment faire partager ces émotions dans un temps ou tout est dominé par l’immédiateté ?

Ce qui m’a toujours frappé, c’est que toutes les grandes œuvres, films, théâtres, romans, ont un sens tel de la complexité humaine qu’ils vous rendent meilleurs. Seulement cette amélioration morale, nous la perdons quand nous quittons le livre. Notre enseignement ne nous apprend absolument pas à comprendre autrui. Depuis des années, j’essaie de promouvoir une réforme que je crois vitale. Je continue mon prêche dans le désert.

Votre dernier coup de cœur ?

J’ai lu le roman de Léonardo Padura, «L’homme qui aimait les chiens». Et j’ai lu avec beaucoup d’intérêt les deux livres de Virginie Despentes, Vernon Subutex1 et 2, deux documents sur toute une génération.

Le sociologue se souvient avec une grande tendresse de ses années Toulousaines. «C’était en 40-42, je m’étais réfugié à Toulouse, j’y ai poursuivi mes études. Et c’est à Toulouse que je suis entré dans la résistance». Résistant à toutes les formes de barbaries et de bêtises, il se bat depuis des décennies pour éveiller les consciences à l’autre, autrui, cet être parfois si différent mais qui nous ressemble tant.

 

Apprendre à penser global (Edgar Morin)

Apprendre à penser global (Edgar Morin)

 

Edgar Morin est sans doute l’un des rares intellectuels qui invite à comprendre la complexité de ce monde au lieu de se renfermer dans des analyses sectorielles ou simplistes. Comme l’indique Edgar Morin cette pensée globale reste construire. L’exercice est en effet difficile et plusieurs approximations de Morin dans plusieurs domaines le démontrent.  Il faut prendre en compte les effets systémiques des différentes interactions qui affectent les domaines économiques, sociaux, environnementaux, culturels et sociétaux. Mais  la science ne cesse de se parcelliser y compris les sciences sociales du coup l’analyse père en cohérence globale. Un reproche toutefois, la critique qu’il fait aux économistes trop technocratiques à son goût pourrait se retourner contre les sociologues (et autres philosophes) qui de leur côté ignare après pourrait tout de la problématique économique (que Morin réduit à l’intérêt, ce qui est un peu court). L’analyse du monde  est forcément plus complexe. Edgar Morin Entend par là non pas une pensée compliquée, mais plutôt une méthode pour se guérir de la tendance à la simplification que nous avons dans notre rapport au monde. « Pour pouvoir créer une voie nouvelle, il faut abandonner totalement la pensée binaire qui règne plus que jamais (…) Celle qui pense ou bien ou bien et non pas et et. », affirme-t-il. Surtout, il faut penser « global », c’est-à-dire articuler le tout et la partie, que nous avons tendance à fréquemment confondre. Au contraire, Edgar Morin veut relier  – c’est l’étymologie de « complexus » – les éléments entre eux en les contextualisant, en les distinguant, pour non pas « détruire l’incertitude, mais la repérer » afin « d’éviter la croyance en une vérité totale. » Une telle « pensée complexe » reste encore largement à développer. Réinscrivant le devenir de l’homme dans l’univers (physico-cosmologique), dans la nature et l’espèce (évolution biologique), et dans son humanité (histoire), l’auteur de cette cathédrale qu’est « La méthode » (6 tomes) souligne l’effet mutilant de l’organisation même du savoir dans nos sociétés modernes : « En règle générale, les sciences humaines sont compartimentées, (…) entraînant de fait une dissolution totale de l’idée d’homme ». Il va jusqu’à critiquer la rationalisation – expression qui peut donner lieu à une confusion, il vise plutôt la pensée statistique – qui, selon lui, peut être source de dogmatisation. A rebours, cette pensée se veut ouverte – elle devrait inspirer les entrepreneurs des startups -, permettant d’accueillir des déviances dans l’histoire des hommes et de la nature. « Il y a dans l’histoire humaine un processus qui est à peu près le même que dans l’histoire biologique. Une déviance apparaît qui, si elle se consolide et se développe, devient une tendance, et cette tendance devient une force historique, une force créative, une force décisive dans le processus évolutif. » Ainsi, le capitalisme se développe initialement en parasite de la société féodale. De même, la machine à vapeur, invention inattendue en 1784 par James Watt, va changer radicalement le sens de l’histoire. Le monde industriel va détruire la paysannerie traditionnelle aux XVIe et XVIIe siècles. L’histoire « avance de travers comme un crabe », procède par destruction. Selon Morin, « la formule de Schumpeter, la « destruction créatrice », est fausse : c’est la création qui est destructrice. » Tout ce travail d’érudition pluridisciplinaire permet au sociologue de pouvoir repenser le système social, notamment en évitant le débat créé par l’opposition individu/collectif. « Le développement personnel sans la communauté et sans l’amour est le développement de l’égocentrisme et de l’égoïsme. Si on a uniquement la communauté, on a l’étouffement de l’épanouissement personnel », rappelle-t-il. Pour autant la société n’est pas une entité fixe mais une création permanente. « A travers les interactions entre individus s’est constitué un tout social, lequel a produit un langage, formé une culture, puis après les premières sociétés archaïques qui avaient une organisation mais pas d’Etat, sont apparus des Etats, des lois, etc. » Cette dynamique produit en retour ses effets : « Ces qualités émergentes rétroagissent sur les individus parce qu’elles donnent la capacité de lire, d’écrire, de compter grâce à la lecture, au langage ; elles donnent par l’éducation l’ensemble des connaissances minimales nécessaires pour se mouvoir dans la société. »Cette histoire des sociétés a établi solidement le modèle des d’Etats-nations. Ce qui peut s’articuler sans problème avec le phénomène de la mondialisation, qui amplifie le processus d’intercommunications, d’interdépendances qui crée « une réalité de nature globale ». Par exemple, le global modifie le local mais un événement local, comme l’attaque terroriste des deux tours de Manhattan, se répercute sur la réalité globale. Tout ce long détour historique qui a visé, au sens propre, à remettre l’homme à sa place débouche sur une nécessaire interrogation sur l’avenir. Edgar Morin envisage une métamorphose, « pleine de dangers, qui est biologique, informatique et technique », notamment, celle de « transhumanité » que l’auteur ne voit d’ailleurs pas comme « une idéologie, une illusion » mais davantage comme « une possibilité concrète ». Mais à condition, rappelle-t-il, avec des accents d’un moderne Montaigne, de l’encadrer : « La connaissance sans régulation éthique peut conduire à des utilisations terrifiantes. » Ainsi, l’auteur s’invite dans le débat sur l’immortalité, ou, à tout le moins, d’une longue vie. Comme il le rappelle Morin, et l’interrogation est vieille comme l’humanité, nous ne sommes pas des Dieux : « On peut créer des êtres démortalisés mais non immortalisés par ces processus de rajeunissement. La mort ne cessera de menacer les démortalisés », soulignant que, sur le plan anthropologique, « nous savons que nous sommes mortels, qu’on ne peut pas y échapper, mais quand nous penserons que la mort, indéfiniment retardée, peut être toujours menaçante, la vie sera extrêmement angoissante. » Autre métamorphose qu’Edgar Morin anticipe, la montée de la robotique : « Sa contribution au confort humain, avec des appartements intelligents, des villes intelligentes permettent de transférer sur les robots beaucoup de tâches fastidieuses, pénibles, de contrôle, de surveillance que nous subissons. » Mais ces métamorphoses ont un envers : « Il est tragique que la métamorphose transhumaine ait commencé sous la poussée du triple moteur scientifique/technique/économique alors que la métamorphose éthique/culturelle/sociale, de plus en plus indispensable, soit encore dans les limbes. »Si l’on ne peut qu’être stimulé par la réflexion de l’auteur qui prône « une nouvelle politique civilisationnelle », on terminera sur une note critique. La « pensée complexe » réduit l’économie à un excès de rationalisme déshumanisant, et une hubris simplificatrice, là où on aurait pu attendre une réflexion plus profonde sur la signification des échanges, sur l’émergence historique du marché – le commerce -, qui est aussi une création humaine ayant été gage de progrès dans l’histoire. Edgar Morin réduit en effet la sphère économique à la pure expression de l’intérêt. :« Nous sommes actuellement dans une civilisation où l’intérêt privé, personnel, est devenu de plus en plus important avec notamment une politique entièrement dévorée par l’économie, inféodée à l’économie, et pas n’importe quelle économie : l’économie qui parle uniquement des intérêts ».Pourtant, le sociologue souligne dans son livre combien l’homme ne se réduit pas uniquement à cet aspect, il est aussi un homo ludens, un être qui aime le jeu. Mais il est vrai que l’économie mondiale semble aujourd’hui hors de contrôle. « Contrairement à ce que prédisait la majorité des économistes officiels avant 2008, l’économie peut être sujette à des crises graves dont on ne sait pas quelles suites elles pourront avoir. Une sorte de tumeur s’est développée sur cette économie : la domination du capital financier spéculatif, qui utilise les traders, qui utilise les informations sur les Bourses nationales pour pouvoir spéculer sur l’argent ou sur les matières premières », critique-t-il. Le terme de « tumeur » est hautement polémique pour une organisation, les marchés à terme, qui sont critiqués pour leurs effets, Edgar Morin oubliant que ces marchés qui existent depuis le Moyen Age sont également un outil de couverture pour réduire les risques liés aux incertitudes. Un sujet qu’avait bien analysé l’un des pères de la sociologie, Max Weber, au début du siècle dernier dans son ouvrage « la Bourse ». Au delà, cette crise économique inquiète Edgar Morin. Elle peut certes se terminer avec des politiques visant à rééquilibrer les budgets avec des politiques de rigueur, mais c’est peut-être aussi « une crise qui vient des profondeurs de l’évolution historique, pas seulement en Europe et en Occident, mais dans le monde entier. »  Plus que jamais, il faut penser global.

 

Suppression du service militaire : « une décision démagogique de Chirac »(Morin)

 

 

Suppression du  service militaire : « une décision démagogique de Chirac »(Morin)

Il a raison Hervé Morin qui considère que la suppression du service militaire a été une décision démagogique. Il a tort quand il prétend que la France ne serait plus en capacité d’incorporer 900 000 jeunes par an. Pourtant le rétablissement du service militaire serait bien utile pour restructurer socialement certaines populations marginalisées. Bien entendu tout cela a un coût direct mais à comparer au coût indirect de la désocialisation de certaines populations (coût de la délinquance, du chômage, des forces de police pour les surveiller, coût de la justice etc. sans parler du coût de l’insécurité). Avec bien du mal les politiques conviennent désormais qu’on pourrait éventuellement imposer un service civique obligatoire. Quelle évolution en quelques semaines ! Pour mémoire une extrait d’un rapport du sénat de 1995 qui s’opposait au rétablissement du service militaire obligatoire compte tenu  du « caractère relativement improbable de l’émergence, à court et moyen termes, de menaces militaires majeures susceptibles d’affecter nos intérêts vitaux. » !!! On peut s’interroger sur l’efficacité d’un service civique à la place d’un service militaire. Le service militaire, lui avait plusieurs objectifs, participer (ou se préparer)  à la défense du pays, permettre le brassage sociologique et culturel enfin imposer pendant un temps le concept de discipline et d’effort. Si le service civique doit se limiter au nettoyage des fossés (qui ont bien besoin par ailleurs) avec un petit discours sur les valeurs républicaines, autant ne rien faire. Surtout si ces discours sont le fait d’enseignants (ou équivalents) déjà bien incapables de maîtriser une classe de gamins de 12-14 ans.    « Comment voulez-vous incorporer 900.000 jeunes chaque année ? », a pourtant demandé Hervé Morin samedi sur RTL. Rétablir le service militaire, comme certains le proposent après la vague d’attentats en France, est « rigoureusement impossible », selon le député-maire d’Epaignes. « J’étais un des rares opposés à sa suppression », affirme le centriste, qui dénonce « une décision démagogique de Jacques Chirac« . « Ça permettait aux bourgeois de découvrir que Neuilly ne représente pas la France, des jeunes obéissaient à des ordres,  énumère Hervé Morin, cela permettait aussi d’améliorer sa qualification, notamment de passer le permis de conduire », se rappelle-t-il.  Lancien ministre en profite aussi pour remettre en cause l’organisation de l’armée. « On vit sur un mythe, qui veut que l’on reste l’un des quatre premières puissances militaires », estime Hervé Morin. « C’est faux », selon lui. « Malheureusement, nous ne pouvons plus nous offrir deux composantes pour notre dissuasion », analyse le centriste, qui veut conserver les sous-marins nucléaires et renforcer nos effectifs en blindés légers ou en hélicoptères.

 

Sarkozy :  » retour vers le futur » (Morin)

Sarkozy :  » retour vers le futur » (Morin)

Très en forme Morin interviewé sur France Info. Il a notamment mis en évidence les contradictions de Sarkozy. « Le sentiment que j’en ai eu c’est retour vers le futur ou faire croire que tout a changé pour que rien ne change. C’est l’un ou l’autre. Les thèmes de campagne, la mise en scène, rien n’a changé. Et il y a des contradictions extraordinaires. Quand on réfute la division droite-gauche, mais que le premier geste qu’on fait en politique, c’est de reprendre la main sur l’UMP, c’est reprendre la main sur un parti de droite… » Quant à la promesse de primaires : « Les primaires, c’est même pas sûr qu’on en ait besoin. » « Le monde est probablement plus dangereux aujourd’hui qu’il ne l’était il y a dix ans. Il y a des espèces de nuages noirs qui sont en train de s’accumuler à l’horizon. Il y a des vraies questions concernant notre sécurité. Je pense à la Libye qui va être demain notre deuxième souci majeur. Nos compatriotes doivent avoir en tête que ce qui se passe en Libye, en Irak, sont des questions qui concernent notre sécurité directe. Et notre engagement il doit être fort, il doit être résolu et on doit le faire sans mollesse. Et à ce titre là j’approuve François Hollande » a déclaré Hervé Morin. Sur la mobilisation ce vendredi des musulmans :  »Il y a quelque chose d’assez insupportable dans cette histoire, c’est l’obligation pour chaque musulman de se justifier de la barbarie de quelques dingues. Les musulmans de France dans leur immense majorité sont des humanistes, des hommes et des femmes qui ont les mêmes valeurs que nous. » Mais selon lui le rassemblement prévu aujourd’hui « permettra d’éviter  la montée en puissance  d’un sentiment antimusulman très fort qu’on ressent très bien dans le pays ». 

 

 

«Il faut passer à 39 heures payées 35 » (Morin)

«Il faut passer à  39 heures payées 35 » (Morin)

Morin n’a sans doute pas écrit «  Voyage au bout de la nuit » (comme dirait Lucchini) mais il dit sans doute tout bas ce que d’autres ne peuvent dire tout haut par électoralisme. En gros s’il prône davantage de compétitivité par un allégement des charges, il souhaite aussi des efforts de productivité. Un sujet que tous les partis politiques évitent et qui est aussi un des facteurs explicatifs du déclin de la France qui se caractérise non seulement par un faible temps de travail mais  tout autant par la perte de la valeur travail. Un tabou évidemment quand on sollicite les suffrages de se compatriotes. Et aussi les limites de a démocratie. Le « Pacte de responsabilité » de François Hollande n’est pas en mesure d’améliorer emploi et croissance, assure le président du Nouveau Centre Hervé Morin, qui n’hésite pas à prôner le passage aux 39 heures payées 35 dans une interview publiée dans Les Echos.  Interrogé sur la capacité du « Pacte de responsabilité » à améliorer l’emploi et la croissance, Morin déclare « je n’y crois pas. La question fondamentale est que la France souffre d’un vrai problème de compétitivité, qui n’est pas seulement lié à la question du coût du travail. » « La France n’est plus compétitive dans son espace économique : on le voit avec sa balance commerciale, une croissance des entreprises moins forte qu’ailleurs, des taux de marge inexistants, un sous-investissement », ajoute le président du conseil national de l’UDI.   »Je défends l’idée d’un vrai choc de compétitivité, autour d’une politique libérale, qui dit aux Français : c’est par l’amélioration des conditions de production que l’on fera la meilleure des politiques sociales, c’est-à-dire le retour au plein-emploi ! » « Les Français découvrent les vertus des entreprises qui marchent, ils sont prêts à voir leurs services publics réduits car ils ont compris que le système actuel ne marche plus », assure l’ex-ministre de la Défense. « D’abord, première mesure, il faut le passage à 39 heures payées 35 ! », s’exclame-t-il. « Est-ce que notre destin est de voir notre pouvoir d’achat se réduire, un chômage massif, des prélèvements obligatoires augmenter pour un déficit qu’on n’arrive plus à réduire car il n’y a pas assez de production ? Ou essaie-t-on de renverser la vapeur ? », s’interroge-t-il. Morin prône également « une réduction des charges sociales avec une baisse des cotisations patronales familiales » et la « mise en place d’un contrat de travail unique« . « Pour que les entreprises n’aient plus peur d’embaucher, il faut aussi qu’elles puissent licencier », affirme Hervé Morin.

 




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