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Inflation :Une politique monétaire trop restrictive peut tuer la croissance

Inflation :Une politique monétaire trop restrictive peut tuer la croissance

 

La hausse des prix actuelle n’est pas un phénomène monétaire mais structurel, elle dicte donc des choix politiques inédits, estiment les économistes Jean-Luc Gaffard et Francesco Saraceno, dans une tribune au « Monde ».

 

L’inflation a resurgi, alors qu’on la croyait éradiquée grâce à la seule action des banques centrales, éclairée par une théorie qui en faisait un phénomène purement monétaire. La tentation de la juger temporaire a dû céder devant une réalité faite de chocs, certes imprévisibles, mais rapidement générateurs de déséquilibres sectoriels aux conséquences durables.

Qu’elle provienne des coûts de production ou de la hausse de la demande, l’inflation révèle l’existence de déséquilibres sectoriels, qui naissent d’innovations incluant nouveaux produits, nouvelles technologies, nouvelles sources de matières premières. Il suffit d’une asymétrie des mouvements de prix et de salaires, plus flexibles à la hausse qu’à la baisse, pour que des tensions inflationnistes persistent, voire s’aggravent, quand la désarticulation sectorielle est accrue.

La situation actuelle en est une illustration. La crise sanitaire, la crise écologique puis l’agression militaire de l’Ukraine par la Russie ont suscité des pénuries dans différents secteurs – matières premières, productions agricoles, composants industriels – qui ont fait exploser les prix. Ce qui semble temporaire peut devenir persistant dans les secteurs où, en dépit d’une demande qui restera forte assez longtemps, les investissements sont appelés à stagner voire à diminuer, soit parce que l’activité est condamnée à terme du fait de la pollution (typiquement l’activité gazière), soit parce que l’incertitude est grande sur la configuration future du marché. Dans ce contexte, les hausses des prix en cascade portent atteinte au pouvoir d’achat des ménages avec pour conséquence possible des excédents d’offre et des pertes d’emploi dans certains secteurs. Le spectre de la stagflation – comme pendant les années 1970 – revient sur le devant de la scène. Les distorsions de prix relatifs non anticipées et non désirées ne peuvent que conduire à des transferts de richesse et à une mauvaise allocation des ressources.

Face à ces phénomènes de nature structurelle, la tentation existe toujours de les réduire à des causes monétaires. Si l’on suit cette théorie, il appartiendrait alors à la Banque centrale de l’endiguer en augmentant ses taux d’intérêt, avec comme seul souci de casser les anticipations inflationnistes, afin d’éviter que ne se déclenche une spirale prix-salaires.

Pourtant, dans la situation actuelle, avec une dette publique et privée élevée, une forte incertitude et, au moins dans la zone euro, une demande globale peu dynamique, une politique monétaire restrictive comprimerait la consommation et l’investissement, et créerait des problèmes de gestion de la dette, publique comme privée, sans s’attaquer à aucune des causes réelles de l’inflation. Les tensions inflationnistes seraient contenues, mais au prix d’une pénalisation des investissements productifs, d’une hausse du taux de chômage et de retards apportés aux nécessaires mutations structurelles de la transition énergétique et industrielle.

Politique monétaire et inflation : la fausse lutte des banquiers centraux !

Politique monétaire et inflation : la fausse lutte des banquiers centraux !

Les banquiers centraux multiplient les effets de manche afin de justifier la lutte contre l’inflation. Sauf que les taux d’intérêt proposés ne collent pas au danger annoncé. Par Karl Eychenne, stratégiste et économiste.

En clair, les banquiers centraux communiquent beaucoup sur les perspectives de relèvement des taux d’intérêt pour réguler l’inflation mais en vérité utilise cette inflation pour amortir les dettes et les énormes générosités monétaires pendant la crise sanitaire. Ils ne souhaitent pas non plus casser la fragile croissance avec un arrêt brutal de la politique monétaire accommodante Finalement la manière classique qui consiste à utiliser l’inflation pour amortir les excès de la planche à billets. NDLR 

« L’inflation risque de tout raser sur son passage, il faut agir vite et fort. »

Voilà un condensé de ce qui a pu être dit par les membres des banques centrales américaine (Fed) et européenne (BCE) au cours des dernières semaines. Agir vite et fort, mais pas trop vite quand même, précise Christine Lagarde dans son dernier discours. Globalement, on a quand même bien compris le message. Les banquiers centraux ourdissent des politiques monétaires plus restrictives.

Pourtant, quelque chose ne colle pas. Il y a un décalage étonnant entre les mots et les taux. Les mots employés pour parler du danger inflationniste ne se retrouvent pas dans les taux qui sont proposés pour juguler ce risque. En vérité, on est bien loin d’une politique monétaire qui deviendrait restrictive. Il conviendrait plutôt de parler de politique monétaire moins accommodante.

Le cas américain en est la plus parfaite illustration. Aujourd’hui, le taux d’intérêt directeur de la Fed s’établit dans une fourchette allant de 0,25 à 0,5%, alors que l’inflation est en orbite à 8,5%. Le coût de l’argent (taux) est donc bien inférieur au coût de la vie (inflation). On pourrait anticiper alors que la volonté de la Fed de lutter contre l’inflation se traduise par une remontée des taux significative. Oui, la hausse sera significative, de 0,5 à près de 2% fin 2022 si l’on en croit les anticipations. Mais ce coût de l’argent restera bien inférieur au coût de la vie qui devrait décélérer de 8,5% à près de 5%. Même à son acmé en 2023, le coût de l’argent ne parviendrait qu’à revenir au même niveau que l’inflation : 3%. Pas vraiment l’impression d’une politique qui se donne les moyens de lutter contre l’inflation galopante.

En vérité, la lecture devient plus troublante encore si l’on adopte une approche plus fine. En effet, les initiés ont pour habitude de consulter un éventail de règles de politiques monétaires proposées par la recherche académique. Ces règles leur permettent de calibrer un niveau adéquat de taux d’intérêt directeur en fonction des fondamentaux économiques, un niveau qu’ils confrontent alors au taux d’intérêt directeur en vigueur. Si le taux requis par la règle est supérieur au taux en vigueur, on dira alors que la politique monétaire est trop accommodante : la Fed devrait donc remonter ses taux. On peut même se projeter en comparant le taux prévu au taux requis en fonction de différents scénario économiques.

Le constat est sans appel. Sur 21 cas retenus (7 règles et 3 scénarios), 19 justifieraient un taux d’intérêt directeur supérieur aux niveaux actuels de 0,5% aujourd’hui même. A horizon 1 an, 17 cas sur 18 justifieraient un taux directeur supérieur au 2% qui sont prévus. Enfin à horizon 2 ans, 13 cas sur 14 justifieraient un taux directeur supérieur à 3%. Clairement, la politique monétaire n’est pas, ne deviendrait pas restrictive, si les taux prévus par les membres de la Fed ou les marchés sont ceux qui seront appliqués. La Fed restera très accommodante, certes un peu moins.

La BCE n’est pas en reste. Certes son niveau d’inflation est un peu en dessous de celui des Etats-Unis à 7,4%. Mais la BCE ne prévoit pas de remonter ses taux aussi fort et aussi vite que la Fed. Seule une hausse des taux de 0 à 0,25% serait envisagée par la majorité des membres d’ici la fin de l’année. On est bien loin des 2% de la Fed. On peut alors procéder au même type d’analyse que pour la Fed ci-dessus. Le résultat sera du même acabit : la BCE ne pratiquera pas de politique monétaire restrictive ni en 2022 ni en 2023, mais une politique légèrement moins accommodante.

Mais alors pourquoi une telle agressivité verbale des banquiers centraux, pour une politique monétaire tout juste moins accommodante ? La première explication qui vient à l’esprit, c’est qu’ils ne croient pas à ce qu’ils disent. Le risque inflationniste est survendu. Personne ne croit vraiment que cette inflation galopante, dopée par les confinements à répétition et le conflit Ukrainien, ne tisonne un jour les salaires. Personne ne croit vraiment aux effets de second tour sur l’ensemble des prix des biens et services. D’ailleurs, même les marchés obligataires n’y croient pas. Franchement, avec des taux d’intérêt à 10 ans à près de 3% aux Etats-Unis et 1% en Allemagne, alors que l’inflation est à 8,5 et 7,4%, peut – on parler de Krach obligataire ? La hausse des taux depuis le début de l’année est impressionnante, vive et rapide, sans nul doute. Mais on est plus proche de l’allegretto que de l’allegro. Certes, l’histoire n’est pas terminée.

Plus vraisemblablement, les banquiers centraux ne reconnaissent toujours pas le risque inflationniste. En leur for intérieur, ils restent convaincus que l’inflation va retomber comme un soufflet, et qu’il faut éviter à tout prix de pratiquer une politique monétaire restrictive. L’activité économique n’y résisterait pas, et les marchés n’y survivraient pas. Depuis 15 ans les crises successives (Subprime, dette souveraine, Covid) ont rendu la performance économique et financière bien trop dépendante d’une politique monétaire qui devint ultra – accommodante sans jamais motiver de tensions indésirables sur les prix. Un constat que l’on peut faire dans toutes les économies dites développées.

Convaincus que cette période fut marquée par le sceau de l’excellence en matière de politique monétaire, les banquier centraux se refusent de croire qu’elle peut se terminer aussi bêtement. Ils tentent alors de donner le change avec des mots plutôt qu’avec des taux. Ils exagèrent le verbe plutôt que le geste. En art aussi on connût ce genre de pratique au XVIe siècle: on appela cela le maniérisme. L’expression d’un courant qui cherchait sa voix après que les artistes phares de l’époque (XVIe siècle) eurent tutoyé la perfection. Plutôt que de se risquer à quitter l’ivresse du génie, on préféra seulement s’en éloigner un peu, en exagérant les traits, les figures, les motifs. Bref, de l’exubérance plutôt que de l’errance diagnostique.

Comment réguler l’instabilité monétaire ?

Comment réguler l’instabilité monétaire ?

 

 

L’économiste Laurent Berrebi attire l’attention, dans une tribune au « Monde », sur la nécessité de réguler la monnaie de transaction, qui se retrouve dans l’économie réelle sous forme d’inflation, et la monnaie patrimoniale, une monnaie de bulles hautement inéquitable.

La régulation de l’instabilité monétaire par le moyen classique de l’inflation ou par le phénomène des bulles ? Les seuls moyens de réguler ? NDLR

Tribune.

 

 La crise sociale, politique, voire identitaire qui ne cesse de s’aggraver au fil des ans depuis plus d’une décennie n’est-elle pas finalement le résultat d’une science économique en pleine tourmente ?

Cette crise du savoir et de la connaissance économiques ne porte-t-elle pas en elle ce schisme au sein des communautés nationales entre, d’un côté, l’élite, les sachants ou ceux qui sont censés savoir, et, de l’autre, le peuple, les non-sachants ou ceux qui sont censés ne pas savoir ?

Le mal-être grandissant de la classe moyenne est hautement compréhensible. La création de richesse est en berne. Elle est pénalisée par la spéculation et par une politique monétaire inéquitable. Est-ce un hasard si le progrès technique n’a jamais été aussi faible depuis la seconde guerre mondiale que durant cette dernière décennie, qui a vu dans les économies développées s’installer une politique monétaire d’assouplissement quantitatif (« quantitative easing ») créant une quantité de monnaie sans précédent, et ce avant même le Covid ?

La distribution de cette « richesse » est restée toujours anormalement inéquitable au détriment du travail : elle entretient l’illusion d’une croissance impressionnante des profits des entreprises, alors même qu’elle n’est que la conséquence d’une diminution de la part de la main-d’œuvre dans un régime de croissance en réalité toujours plus faible.

Mais les sachants ne veulent ni voir ni entendre ces tendances lourdes, parce qu’ils ne les comprennent tout simplement pas. Elles n’appartiennent en effet à aucune théorie économique. C’est uniquement lorsque le retour du terrain est mauvais et que le peuple gronde qu’ils prennent conscience de la réalité d’un système malade. Malheureusement, souvent à titre provisoire, parce qu’ils sont tout simplement dépourvus de boussole et de guide économique.

 

La science économique n’arrivant plus à expliquer ce qui se passe aujourd’hui, elle ne peut pas leur proposer la régulation capable de préserver la stabilité de la communauté.

Nous avons besoin d’un cadre théorique nouveau qui élargisse celui que nous connaissons aujourd’hui et qui complète la théorie existante. Nous avons besoin d’une nouvelle vision de la stabilité économique et sociale et des crises, qui comprenne l’instabilité monétaire fondamentale de nos économies libérales, instabilité qu’il faut absolument contrôler afin de ne pas connaître « la grande crise », celle qui pourrait emporter tout le système.

Ce nouveau cadre théorique, que l’on peut nommer « nouvelle économie patrimoniale », met en évidence l’existence de deux régimes monétaires. L’un classique, inflationniste, est celui que l’on connaissait dans les années 1970 à 1990. L’autre non classique, de bulles, est celui que l’on connaît depuis plus de vingt ans, hautement inéquitable : la révolution des nouvelles technologies de l’information bénéficie essentiellement à ceux qui détiennent du capital.

Zone euro-Politique monétaire: La BCE en plein potage !

 

 

Zone euro-Politique monétaire: La BCE en plein potage !

Pour cacher sans doute les grandes incertitudes de sa politique monétaire, la BCE choisit l’immobilisme.
Certe, s on comprend que la BCE ne veuille procéder une évolution brutale  de sa politique monétaire ultra-accomodante . « Nous pouvons maintenant ajuster – calmement, étape par étape – nos instruments de politique monétaire. Et quand les données économiques le permettront, nous le ferons », a déclaré Christine Lagarde. Mais on ne comprend pas du tout les propos du vice-président de la BCE qui affirme, lui,  que la baisse des taux d’intérêt n’interviendra que lorsqu’on aura constaté la diminution de l’inflation !

Luis de Guindos, le vice-président de la BCE, a en effet affirmé jeudi que l’institution monétaire ne relèvera son principal taux d’intérêt que « si et quand » l’inflation se stabilisera à son objectif de 2% et indépendamment de ce que font les autres institutions d’émissions.

Première observation, dans une politique monétaire on attend pas la baisse de l’inflation pour réajuster les taux d’intérêt ; c’est exactement le contraire. Deuxième observation, le fait que la BCE ne tiendrait pas compte des autres politiques monétaires dans le monde !

Des propos particulièrement incohérents qui sans doute justifient l’immobilisme qui se nourrit des contradictions internes sur le plan monétaire dans la zone euro

L’exécutif européen a relevé jeudi sa prévision de hausse de l’inflation à 3,5%, un chiffre bien plus élevé que sa précédente estimation, à 2,2%.:

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, le 16 décembre dernier durant une conférence de presse au siège de la BCE, à Francfort, en Allemagne.

Choisir le bon moment. Relever maintenant le taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) ne permettrait pas d’enrayer la hausse record de l’inflation dans la zone euro et aurait pour seul effet de nuire à l’économie, a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, dans un entretien publié vendredi 11 février.

Alors qu’elle avait secoué les marchés la semaine dernière en n’écartant pas l’hypothèse d’une hausse des taux de la BCE cette année – ce qui serait une première en plus d’une décennie – du fait des pressions inflationnistes persistantes, Christine Lagarde a prévenu qu’un relèvement des taux ne répondrait pas à la hausse des prix du pétrole et aux problèmes dans les chaînes d’approvisionnement, qui ont favorisé l’inflation.

« Cela ne résoudrait aucun des problèmes actuels. Au contraire : si nous agissons de manière trop précipitée maintenant, le rebond de nos économies pourrait être considérablement affaibli, et des emplois seraient menacés », a-t-elle expliqué au groupe de presse allemand Redaktionsnetzwerk Deutschland (RND).

Elle a par ailleurs souligné que la BCE modifierait sa politique monétaire ultra-accomodante de manière graduelle et quand les conditions le permettront. « Nous pouvons maintenant ajuster – calmement, étape par étape – nos instruments de politique monétaire. Et quand les données économiques le permettront, nous le ferons », a déclaré Christine Lagarde.

L’exécutif européen a relevé jeudi sa prévision de hausse de l’inflation à 3,5%, un chiffre bien plus élevé que sa précédente estimation, à 2,2%.:

Des risques de politique monétaire ?

Des risques de politique monétaire ?

Un papier de Marie Charrel du Monde évoque les risques liés à la politique monétaire surtout pour les pays émergents.

Le problème c’est que l’Europe n’est pas forcément à l’abri dans la mesure où le relèvement des taux pourrait être imposé par le marché du fait de l’importance de l’inflation . En outre, la  BCE sera sans doute conduit à suivre la politique de relèvement des taux d’intérêt de la banque centrale américaine ou britannique. En creux l’article du « monde » suppose que la crise financière résultant de l’envolée de l’inflation pourrait être amortie par les seuls salariés; pas forcément une bonne nouvelle pour eux ni même pour l’économie NDLR

 

 

Chronique

 

En politique comme en économie, l’histoire ne se répète jamais à l’identique. Ainsi, la bouffée inflationniste que traversent nos pays n’a pas grand-chose à voir avec celles des années 1970. A l’époque, les salaires et prestations étaient encore largement indexés sur l’indice des prix dans les pays industrialisés, alors épargnés par la révolution numérique, et qui ne tremblaient pas encore face à la puissance économique chinoise.

De même, la séquence s’ouvrant aujourd’hui avec le resserrement monétaire entamé par la Réserve fédérale (Fed), qui pourrait relever ses taux directeurs d’un demi-point dès mars, sera inédite à plus d’un titre. Provoquera-t-elle une tempête sur les pays émergents, comme le craint le Fonds monétaire international (FMI) ?

En mai 2013, il avait suffi que la Fed évoque une réduction de ses rachats de bons du Trésor pour déclencher une terrible réaction en chaîne. Anticipant de meilleurs rendements aux Etats-Unis, les investisseurs avaient rapatrié en masse leurs capitaux placés au Brésil, en Afrique du Sud ou en Turquie vers New York. Ces sorties firent chuter les monnaies des pays concernés, tout en accroissant le prix des produits importés. Les banques centrales locales furent alors contraintes de relever leurs taux pour stabiliser leur devise, ce qui renchérit le coût du crédit et déclencha des récessions.

Cet épisode, baptisé taper tantrum par les observateurs des marchés, ébrécha sérieusement plusieurs théories financières en vigueur. A commencer par le triangle d’incompatibilité de Mundell, selon lequel une économie ne peut pas poursuivre simultanément trois objectifs : politique monétaire autonome, libre circulation des capitaux et taux de change fixe. Seules deux sur trois de ces cibles sont compatibles.

Las, le taper tantrum a démontré que, pour séduisant qu’il soit, le triangle de Mundell est un peu trop simpliste pour appréhender la réalité financière de l’économie mondialisée. Les travaux d’Hélène Rey, économiste à la London Business School, l’ont confirmé depuis : en 2013, des pays émergents ouverts aux flux de capitaux et laissant flotter leur taux de change ont malgré tout perdu l’autonomie de leur politique monétaire – ils ont été contraints de s’aligner sur la Fed et de relever leurs taux. Motif : il existe de grands cycles financiers mondiaux, où la politique monétaire des économies avancées, en particulier celle des Etats-Unis, influence le reste du monde par le canal du crédit, de l’endettement des banques et des mouvements de capitaux internationaux.

Le problème c’est que cela vaut aussi pour l’Europe ! NDLR 

 

Fed : un premier resserrement monétaire

 

Fed : un premier resserrement monétaire

L ‘annonce d’un premier resserrement monétaire n’est  pas une surprise puisqu’il a déjà été annoncé par la banque fédérale américaine.

 

En décembre, l’institution monétaire avait déjà déclaré qu’elle prévoyait plusieurs hausses de taux pour cette année – la première probablement à partir de mars -, l’arrêt de son programme de rachats d’actifs et une réduction de son bilan. L’objectif fixé initialement été d’augmenter de trois quarts : en trois fois dans l’année, soit un quart : à chaque fois. Le problème est de gérer de manière progressive la transition car les États-Unis sont maintenant surtout menacés d’une maladie profonde d’inflation.

Une inflation à 7%, au plus haut depuis 40 ans, un faible taux de chômage, qui à 3,9% revient pratiquement à ses niveaux de pré-pandémie, mais un marché du travail tendu notamment en raison de la pénurie de main-d’oeuvre, alors même que les salaires sont en forte progression. Ce mouvement d’inflation est quasi général, il a une incidence sur le pouvoir d’achat des ménages et des les entreprises. Du coup le FMI a été contraint hier de revoir à la baisse les prévisions de croissance dans le monde entier.

La problématique n’est pas simple pour la banque centrale américaine, comme pour les autres banques centrales. Il faut en effet opérer un réajustement du taux de l’argent mais sans pour autant trop affaiblir une croissance qui se montre moins dynamique que prévu.

On voit mal comment on pourrait peser de manière significative sur cette inflation caractérisée notamment par la hausse de l’énergie des composants divers et des matières premières. Contrairement aux affirmations initiales, cette inflation n’est nullement conjoncturelle elle va s’installer durablement dans l’économie; même si elle devait être un peu atténuée en 2022, l’inflation de 2021 se fera sentir en 2022 et même au-delà. Le réajustement des taux d’intérêt des banques centrales notamment de la banque central américain devra éviter de traumatiser les acteurs économiques qui sinon pourrait bien anticiper et participer ainsi à l’alimentation de la dynamique inflationniste.

Politique monétaire et dette publique : la Banque…. de France ou d’Allemagne ?

Politique monétaire et dette publique : la Banque…. de France ou d’Allemagne ?  

 

Assez régulièrement les responsables de la Banque de France sont plus proches de la pensée financière allemande que de celle de la France. Ainsi l’actuel gouverneur milite-t-il pour un relèvement des taux d’intérêt comme on le souhaite chez les orthodoxes allemands . 

Si, en Europe, la banque centrale assure qu’une hausse des taux est « très improbable en 2022″, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, n’écarte pas cette possibilité. Et d’aligner les évidences sur les conséquences d’un relèvement des taux d’intérêt.

Une hausse de 1 point pourrait coûter  »au bout de dix ans 39 milliards d’euros par an » aux finances publiques françaises, a mis en garde mardi le gouverneur de la Banque de France, rappelant que ce montant correspond au budget annuel du ministère de la Défense. Ce relèvement du coût de l’argent « n’a rien d’un scénario extrême, au contraire », selon le gouverneur qui n’a pas fixé d’horizon temporel pour un relèvement du loyer de l’argent.

Si la Banque centrale européenne estime toujours que l’inflation est transitoire, et qu’elle devrait se stabiliser autour de 2% pour la France, la poursuite de la flambée des prix n’est pas totalement exclue. Dans ce cas,  »n’ayez aucun doute que nous, Eurosystème et conseil des gouverneurs de la BCE, aurons la volonté et la capacité d’adapter plus vite notre politique monétaire », a déclaré M. Villeroy de Galhau devant les étudiants de l’université de Paris-Dauphine. Bref le gouverneur de la Banque de France milite pour un le relèvement des taux d’intérêt sans doute aussi dans l’espoir de plaire aux Allemands.

En effet position du gouvernement français s’oppose à celle – plus rigide – de l’Allemagne. Berlin a plaidé lundi pour le retour de la rigueur budgétaire dans l’UE face aux appels à la souplesse de la France. « Maintenant il est temps de reconstruire des marges de manœuvre budgétaires, c’est pourquoi je défends fortement une réduction de la dette souveraine », a déclaré le ministre allemand des Finances, Christian Lindner.

Politique monétaire chinoise. Pédale douce en 2022

Politique monétaire chinoise. Pédale douce en 2022

 

Pour schématiser pas d’accroissement inconsidéré de la masse monétaire, contrôle des taux d’intérêt, soutien à la croissance et au désendettement des entreprises.

 

Compte tenu d’une croissance relativement molle pour le pays et de graves questions d’endettement notamment dans l’immobilier, la banque centrale chinoise a décidé de se montrer relativement flexible en 2022. Plus clairement elle n’envisage pas une remontée significative des taux d’intérêt. Une politique qui d’ailleurs sera suivie par les autres banques centrales qui sont peu décidées à opérer des relèvements importants de taux d’intérêt en 2022

La  banque centrale entend gérer les taux d’intérêt afin de réduire les coûts de financement des entreprises. La banque centrale mettra également en œuvre une gestion prudente et régulière de la politique de financement du secteur immobilier, réaffirmant une position adoptée lors de la Conférence centrale sur le travail économique au début du mois.

Fed : la continuité monétaire avec le renouvellement de Jérôme Powel

Fed : la continuité monétaire avec le renouvellement de Jérôme Powel

 

Le renouvellement de Jérôme powel envisagée par le président américain à la tête de la Fed ne provoquera pas de remous significatifs dans les milieux financiers. C’est en effet un gage de continuité même si vraisemblablement la politique accommodante doit d’abord se réduire avec d’abord un moindre rachat d’actifs st sans doute courant 2022 à un relèvement progressif des taux d’intérêt.

Une politique moins accommodante mais qu’il faut mettre en face du phénomène inflationniste qui menace et est en passe d’être pris en compte par les marchés. Pour l’instant les taux d’intérêt voisin de zéro tiennent encore. Et la Fed donne le ton à toutes les banques centrales. Une attitude qui devrait rassurer face à la nouvelle menace du covidqui pourrait bien plomber la croissance en 2022.

Sur les marchés financiers, le dollar et les rendements obligataires américains ont progressé après l’annonce de la désignation de Jerome Powell pour un nouveau mandat.

L’indice dollar, mesurant l’évolution du billet vert face à un panier de devises de référence, progressait de 0,39% à 14h30 GMT, au plus haut depuis juillet 2020.

Le rendement des emprunts d’Etat américains à deux ans gagnait plus de six points de base, à 0,5659%, à son plus haut niveau depuis mars 2020.

A Wall Street, les principaux indices actions ont ouvert en hausse de 0,3% à 0,5%.

« La nomination par Biden de Powell pour un second mandat à la présidence de la Fed est une nouvelle qui favorise les acteurs du marché car ils aiment l’idée de continuité », commente Naeem Aslam, responsable de l’analyse marchés chez Avatrade.

Politique monétaire banques centrales : la baisse du rachat d’actifs avant la baisse des taux

Politique monétaire banques centrales  : la baisse du rachat d’actifs avant la baisse des taux

 

 

La banque centrale américaine donne le ton des orientation des institutions monétaires. Il n’est pas question pour l’instant de rompre brutalement avec la politique accommodante. On commencera par réduire le programme de rachat d’actifs et ce n’est sans doute que vers le milieu ou la fin de 2022 que la question de l’augmentation des taux sera clairement posée. Une politique qui devrait être suivie par les autres banques centrales y comprit la banque centrale européenne. Cela d’autant plus que la croissance–réelle– en Europe est beaucoup moins dynamique qu’outre-Atlantique .

 Concernant la banque centrale européenne en outre la diminution des rachats d’actifs sera d’autant plus aisée que les critères budgétaires européens en vigueur jusque-là sont mis entre parenthèses. Une augmentation des taux prématurés aurait des effets très négatifs sur l’inflation et surtout la croissance :

 «Alors que le moment est proche de réduire nos achats d’actifs, il serait prématuré de resserrer la politique en augmentant les taux maintenant», car cela aurait pour effet «de ralentir la croissance de l’emploi», a déclaré Powell, lors d’une conférence virtuelle. «Nous sommes sur la bonne voie pour commencer à réduire progressivement nos achats d’actifs qui, si l’économie évolue globalement comme prévu, seront achevés d’ici le milieu de l’année prochaine», a-t-il de nouveau indiqué.

Les achats d’actifs, l’un des outils anti-crise de la Fed, s’élèvent à 120 milliards de dollars par mois. L’institution veut, maintenant que la reprise économique est lancée, les ramener progressivement à zéro.

Finances–Politique monétaire : la baisse du rachat d’actifs avant la baisse des taux

Finances–Politique monétaire  : la baisse du rachat d’actifs avant la baisse des taux

 

 

La banque centrale américaine donne le ton des orientation des institutions monétaires. Il n’est pas question pour l’instant de rompre brutalement avec la politique accommodante. On commencera par réduire le programme de rachat d’actifs et ce n’est sans doute que vers le milieu ou la fin de 2022 que la question de l’augmentation des taux sera clairement posée. Une politique qui devrait être suivie par les autres banques centrales y comprit la banque centrale européenne. Cela d’autant plus que la croissance–réelle– en Europe est beaucoup moins dynamique qu’outre-Atlantique .

 Concernant la banque centrale européenne en outre la diminution des rachats d’actifs sera d’autant plus aisée que les critères budgétaires européens en vigueur jusque-là sont mis entre parenthèses. Une augmentation des taux prématurés aurait des effets très négatifs sur l’inflation et surtout la croissance :

 «Alors que le moment est proche de réduire nos achats d’actifs, il serait prématuré de resserrer la politique en augmentant les taux maintenant», car cela aurait pour effet «de ralentir la croissance de l’emploi», a déclaré Powell, lors d’une conférence virtuelle. «Nous sommes sur la bonne voie pour commencer à réduire progressivement nos achats d’actifs qui, si l’économie évolue globalement comme prévu, seront achevés d’ici le milieu de l’année prochaine», a-t-il de nouveau indiqué.

Les achats d’actifs, l’un des outils anti-crise de la Fed, s’élèvent à 120 milliards de dollars par mois. L’institution veut, maintenant que la reprise économique est lancée, les ramener progressivement à zéro.

Politique monétaire Etats-Unis : la baisse du rachat d’actifs avant la baisse des taux

Politique monétaire Etats-Unis : la baisse du rachat d’actifs avant la baisse des taux

 

 

La banque centrale américaine donne le ton des orientation des institutions monétaires. Il n’est pas question pour l’instant de rompre brutalement avec la politique accommodante. On commencera par réduire le programme de rachat d’actifs et ce n’est sans doute que vers le milieu ou la fin de 2022 que la question de l’augmentation des taux sera clairement posée. Une politique qui devrait être suivie par les autres banques centrales y comprit la banque centrale européenne. Cela d’autant plus que la croissance–réelle– en Europe est beaucoup moins dynamique qu’outre-Atlantique .

 Concernant la banque centrale européenne en outre la diminution des rachats d’actifs sera d’autant plus aisée que les critères budgétaires européens en vigueur jusque-là sont mis entre parenthèses. Une augmentation des taux prématurés aurait des effets très négatifs sur l’inflation et surtout la croissance :

 «Alors que le moment est proche de réduire nos achats d’actifs, il serait prématuré de resserrer la politique en augmentant les taux maintenant», car cela aurait pour effet «de ralentir la croissance de l’emploi», a déclaré Powell, lors d’une conférence virtuelle. «Nous sommes sur la bonne voie pour commencer à réduire progressivement nos achats d’actifs qui, si l’économie évolue globalement comme prévu, seront achevés d’ici le milieu de l’année prochaine», a-t-il de nouveau indiqué.

Les achats d’actifs, l’un des outils anti-crise de la Fed, s’élèvent à 120 milliards de dollars par mois. L’institution veut, maintenant que la reprise économique est lancée, les ramener progressivement à zéro.

Euro numérique : une révolution monétaire

Euro numérique : une révolution monétaire

Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière explique que l’euro numérique constituerait une révolution monétaire pour l’Europe ( la Tribune, extrait)

 

C’est quoi un euro numérique ?

« Le but de nos travaux est de veiller à ce qu’à l’ère numérique, les ménages et les entreprises aient toujours accès à la forme de monnaie la plus sûre : la monnaie de Banque centrale »Christine Lagarde, présidente de la BCE. L’euro numérique devrait être disponible entre 2023 et 2026. D’après la BCE, il serait le bienvenu dans les situations où les ménages et les entreprises ne souhaitent plus payer en espèces. Il éviterait aux européens d’utiliser des instruments de paiement numériques non émis et contrôlés par l’Europe.

Ce que l’euro numérique pourrait changer au quotidien

Cet euro digital serait une forme électronique de monnaie de la BCE. Il est envisagé que chaque européen puisse déposer directement cette monnaie auprès de la Banque centrale dont l’accès est jusqu’ici réservé aux banques commerciales. Les transactions seraient instantanées.

Ne nécessitant pas de règlement interbancaire l’euro digital sera disponible 24h/24 et 7j/7. Pour éviter la fuite des épargnants vers cette monnaie électronique, et échapper aux frais excessifs d’un compte de dépôt classique (2,4% par an), la BCE prévoit de limiter le nombre d’euros numériques que chacun pourrait placer chez elle. Reste que le risque pour la création d’une monnaie entièrement numérique est la traçabilité des transactions et l’anonymat.

La fuite en avant de la BCE depuis 2008

En 2008 face à la crise financière, la BCE a injecté 4.000 milliards d’euros de 2011 à 2017 qui représentent un tiers du PIB de la zone euro. Elle a abaissé son taux directeur à zéro et elle a acheté de la dette publique et privée. Pour la France il n’y a pas eu de ruissellement et plusieurs milliards d’euros se sont établis dans les pays d’Europe du Nord. En 10 ansla crise financière a coûté approximativement 1.541 milliards d’euros en termes de produit intérieur brut (PIB) selon les calculs d’Éric Dor, directeur des études économiques à IESEG School of Management.

Avec la propagation de la pandémie de la Covid en Europe, les Banques centrales ont abaissé leurs taux d’intérêts comme premier choc. Malheureusement pour l’Europe, le taux directeur de la BCE était déjà à zéro, pas moyen d’une nouvelle baisse. En 2020 pour contrer les effets de la Covid, la BCE a préféré lancer un nouveau programme de rachats de dette souveraine de 750 milliards d’euros baptisé Programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP). Le 4 juin 2020, le Conseil des gouverneurs de la BCE a de nouveau décidé d’augmenter l’enveloppe consacrée au programme PEPP, la portant à un total de 1.850 milliards d’euros.

Avec un rebond de l’inflation en zone euro et les taux d’emprunt des États en forte hausse, il y a une grande pression sur la BCE pour réduire son programme de rachat des dettes. Les politiques d’endettement de plusieurs pays européens, dont la France, sont tragiquement élevés. La BCE n’a plus beaucoup de moyens pour créer des liquidités. C’est le moment d’introduire l’euro digital et de recourir aux économies des ménages européens. Dans le cas contraire, les politiques d’austérité en Europe deviendraient inévitables au vu de la diminution des facilités.

Issu du traité de Rome de 1957, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit le financement monétaire des États par la BCE et limite le recours aux instruments de politique monétaire (article 123). La BCE ne peut pas financer directement les dettes publiques des États membres de la zone euro. D’après le traité de Rome il ne serait pas possible de forcer l’épargne privée à financer directement la croissance des dettes publiques. Mais voilà avec la pandémie, la France a déjà dévié ces règles

« L’ensemble constitué des banques commerciales et de la Banque centrale a donc recyclé l’épargne des ménages pour prêter à l’État« , explique Agnès Bénassy-Quéré, Chef économiste de la DG trésor

 La question qui se pose au vu de la situation actuelle : la BCE imagine-t-elle une nouvelle révolution monétaire qui sera proche du « Plan de Chicago » de 1936 ?

Il est peut-être déflationniste :

« En période d’expansion économique, la croissance est généralement accompagnée d’une augmentation de la masse monétaire, elle-même corrélée à l’inflation. En revanche, en période de contraction, telle que celle que nous avons traversée après 2008, la masse monétaire se resserre. Elle conduit, selon l’économiste américain Irving Fisher (1867-1947) à la déflation par la dette ».

Bruno Colmant, Membre de l’Académie Royale de Belgique. Les économistes à cette époque avaient imaginé un système de réserves obligatoires à 100% : tout ce qu’une banque commerciale peut récolter comme dépôts doit être intégralement entreposé à la Banque centrale.

Avec l’euro digital, il suffit que la BCE demande aux banques commerciales de déposer une fraction des épargnes des ménages en euro numérique sur leurs comptes à la BCE. Son passif va automatiquement augmenter. Ce passif pourra compenser de nouvelles dettes publiques qu’elle détiendrait à son actif. L’épargne des ménages européens financerait alors partiellement et directement l’endettement des États.

La France ne peut pas emprunter directement à la BCE, elle ne peut emprunter qu’aux banques commerciales. C’est la conséquence de la loi du 3 janvier 1973 ou celle de1993 après la loi sur l’indépendance de la Banque de France, votée dans le cadre de la transposition du traité de Maastricht dans la loi française. Le périmètre d’intervention de la BCE doit être clarifié. Avec le traité de Maastricht la BCE a un mandat principal : « maintenir la stabilité des prix » interprété par la BCE comme maîtriser l’inflation proche de, mais inférieure à 2%La BCE change son objectif après 18 ans et porte la cible de l’inflation à 2%. Il est très probable qu’en 2021 ce mandat ne puisse plus être assuré.

L’Europe doit répondre à la question : faut-il changer le mandat de la BCE ? L’euro numérique peut-il voir le jour sans remettre en question les traités de Rome et de Maastricht ?

Gabriel Gaspard

BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

Un article intéressant de André Grjebine, ancien directeur de recherche à Sciences Po mais qui n’éclaire guère les perspectives de politique monétaire européenne

L’économiste André Grjebine s’interroge dans une tribune au « Monde » sur les risques d’éclatement de l’actuel système monétaire et plaide pour un renforcement de la démocratisation des règles en vigueur au niveau européen.

Tribune.

 

Contrairement à d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, qui ont préservé leur souveraineté monétaire, les pays de la zone euro l’ont perdue au profit de la Banque centrale européenne (BCE), dont l’indépendance tant vantée s’oppose à une gestion démocratique et transparente des économies.

Alors que le rôle des banques centrales ne cesse de croître, aucun de ces pays ne dispose désormais d’une banque centrale émettrice de sa monnaie. Par crainte de voir des Etats membres se livrer à des créations monétaires inflationnistes, les fondateurs de la zone euro ont privilégié l’indépendance de la BCE au détriment de toute autre considération. Ce faisant, ils ne paraissent pas avoir compris la signification de l’indépendance d’une banque centrale.

En général, les lois définissent les règles de fonctionnement d’une banque centrale. La Réserve fédérale des Etats-Unis (FED) et la Banque d’Angleterre sont indépendantes en ce sens que leurs dirigeants déterminent les instruments qu’ils appliquent au service d’une politique monétaire décidée par le gouvernement et le parlement.

Dans l’Union européenne (UE), l’introduction de règles de gestion dans les traités fondateurs a enfermé le système monétaire européen dans un corset juridique s’inspirant d’une orthodoxie éminemment discutable. De plus, alors que les autres banques centrales participent à l’action des pouvoirs publics d’un Etat unique, qu’il soit fédéral ou unitaire, la BCE, elle, est la banque centrale de 19 Etats, qui connaissent des situations foncièrement différentes et n’ont pas les mêmes objectifs.

Dans ce contexte, trois stratégies étaient envisageables. La première consistait à suivre les normes établies par les traités européens. La deuxième, à contourner ces normes sans les modifier dans les textes. La troisième passerait par l’institution d’un gouvernement économique européen qui définirait de nouvelles normes.

Politique monétaire : pas d’urgence pour diminuer les rachats d’actifs (BANQUE DE FRANCE)

Politique monétaire : pas d’urgence pour diminuer  les rachats d’actifs (BANQUE DE FRANCE)

Contrairement aux intentions de la Fed, la Banque centrale européenne n’envisagerait pas, elle, de baisse du programme de rachat d’actifs d’après le gouverneur de la Banque de France. Cette question était clairement évoquée par la banque fédérale américaine alors qu’il n’est pas du tout à l’ordre du jour en Europe et qu’elle ne devrait pas se poser avant 2023.

Notons cependant que le gouverneur de la banque centrale américaine n’a pas fixé de calendrier pour cette baisse éventuelle mais qu’il a évoqué la possibilité en fonction des résultats économiques et sociaux. Parmi les préoccupations des banquiers centraux figurent la montée de l’inflation. Mais comme beaucoup d’autres experts proches du pouvoir, le gouverneur de la Banque de France estime que cette inflation pour une grande part est temporaire. Ce qui par parenthèse demandera à être vérifié évidemment.

Pour l’instant concernant la zone euro, « c’est 2,2% en juillet sur l’ensemble de l’inflation et 0,7% pour l’inflation cœur » souligne le gouverneur de la Banque de France.

« Il va y avoir des poussées temporaires de l’inflation » tempère-t-il néanmoins. « Mais nous pensons que ce sont des poussées temporaires, associées à cette forte reprise économique et à ces difficultés d’approvisionnement, et qu’il n’y a pas, pour la zone euro, de risques de dérapage durable de l’inflation. »

Facebook : bientôt un service d’échange monétaire international

Facebook : bientôt un service d’échange monétaire international

 

On comprend évidemment que Facebook et d’autres envisagent de se placer sur le marché très rentable des transferts monétaires entre particuliers. En effet les transferts passant par exemple par western union sont d’un coût prohibitif.

Facebook envisage donc de  proposer un service de transfert de monnaie à l’international de façon instantanée, sécurisée et sans frais.

Ce dernier vise à faciliter le paiement entre particuliers, au travers de sa propre monnaie d’échange, le diem (anciennement appelée libra). Cette cryptomonnaie, dont le cours est stable (une stablecoin), sera adossée à une seule monnaie fiduciaire, le dollar.

Cinquante ans d’anarchie monétaire

 Cinquante ans d’anarchie monétaire

Le 15 août 1971, les Etats-Unis ont suspendu la convertibilité en or du dollar. Une décision qui a façonné toute l’histoire monétaire depuis cinquante ans, et dont le bilan est jugé calamiteux par Jean-Marc Daniel.

Par Jean-Marc Daniel (professeur émérite à l’ESCP Business School, chroniqueur aux « Echos ») Extrait

 

Il y a cinquante ans, le monde a amorcé un changement radical dans son organisation monétaire. Le 15 août 1971, le président Nixon annonçait la suspension de la convertibilité en or du dollar. Son objectif officiel était de se donner du temps pour établir une nouvelle parité du dollar par rapport à l’or.

En décembre 1971, le prix de l’once d’or passe de 35 dollars, le cours fixé en janvier 1934, à 38 dollars. Ce cours se révélant intenable, en mars 1973, le dollar est de nouveau dévalué, le prix de l’once d’or étant porté à 42,20 dollars.

Le lundi 19 mars 1973,  l’ouverture des places financières se fait dans la fébrilité, les opérateurs vendant massivement la devise américaine. Les autorités américaines décident alors de s’en remettre au marché et instaurent des changes flottants.

L’épilogue a lieu à l’assemblée générale du Fonds monétaire international (FMI) de janvier 1976, à Kingston en Jamaïque. Celle-ci entérine, d’une part, la pérennisation des changes flottants et, d’autre part, l’abandon de l’or comme étalon monétaire au profit du dollar. Cinquante ans après, le bilan de cette rupture paraît plus que mitigé…

Politique monétaire BCE : toujours très accommodante

Politique monétaire BCE  : toujours très accommodante

 

 Jusqu’en juin au moins la politique monétaire de la BCE va demeurer accommodante concernant à la fois les rachats d’actifs et le maintien de taux très bas. La question pourra se poser ultérieurement à partir de l’été pour étudier la question de la diminution progressive du soutien socio-économique. Tout dépendra évidemment de la conjoncture internationale et de l’évolution de la crise sanitaire. Il se pourrait en effet que cette crise sanitaire s’améliore, la pandémie ne sera pas pour autant complètement éliminée. Par ailleurs au plan économique, le redémarrage pourrait être assez significatif autant aux États-Unis qu’en Chine tandis que l’Europe pourrait être empêtrée dans une économie presque stagnante. Du coup, le désengagement brutal pour aide encore un peu plus mettre en cause les perspectives de reprise.

Le montant de l’enveloppe de 1.850 milliards d’euros allouée aux  achats de titres dans le cadre du « programme d’achats d’urgence face à la pandémie » (PEPP) n’est pas modifié, lit-on dans le communiqué publié à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de l’institution.Le taux de refinancement reste quant à lui fixé à zéro et le taux de la facilité de dépôt à -0,5%.

« Le Conseil des gouverneurs prévoit que les taux d’intérêt directeurs de la BCE resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas jusqu’à ce qu’il ait constaté que les perspectives d’inflation convergent durablement vers un niveau suffisamment proche de, mais inférieur à 2% sur son horizon de projection », lit-on dans le communiqué, selon une formulation désormais habituelle.

La BCE ajoute qu’elle poursuivra ses achats d’actifs dans le cadre du PEPP jusqu’à ce qu’elle juge que la crise du coronavirus est terminée.

Les achats au titre du PEPP se poursuivront durant le trimestre en cours à un rythme nettement plus élevé que pendant les premiers mois de l’année, lit-on dans le communiqué publié après la réunion de jeudi.

La BCE a mis en place un soutien massif pour soutenir l’économie de l’union monétaire, frappée de plein fouet par la pandémie de coronavirus, et éviter un assèchement des conditions financières par une injection abondante de liquidité.

Crise monétaire : un débat récurrent

Crise monétaire : un débat récurrent

L’économiste , Pierre Dockès,  retrace, dans une tribune au « Monde », la récurrence historique des débats entre économistes sur les origines, le comportement et les effets de la monnaie.

 

Une approche historique intéressante mais dont les termes contemporains sont largement bouleversés avec la mondialisation puisque le taux d’internationalisation de l’économie ( et donc des transactions financières) tourne aujourd’hui autour de 25 à 30 % selon qu’on comprend le volume ou la valeur des marchandises échangées NDLR ( si on prend en compte les exports et les imports, le taux est de 50% mais le montant du PIB est faussé; on compte en effet deux fois le commerce intrenational)

 

 

Tribune

 

.En 1842, l’homme politique britannique William Gladstone (1809-1898), alors député, observait que « l’amour lui-même n’a pas fait perdre la tête à plus de gens que les ruminations sur l’essence de la monnaie ». Au cours des siècles, les théories de la monnaie sont certes devenues de plus en plus sophistiquées, mais il n’en reste pas moins que les mêmes débats autour de la « bonne » et de la « mauvaise » monnaie, des rôles respectifs de l’Etat ou du marché, de son influence « active », ou au contraire de sa neutralité, sur les prix ou sur l’emploi, reviennent sans cesse.

Dès le XIVe siècle, le philosophe Nicole Oresme (vers 1320-1382) s’élève contre les manipulations des monnaies et affirme la nécessité de la stabilité et de la confiance dans leur valeur. Une thèse reprise au XVIe siècle par Jean Malestroit (1566), qui impute la hausse des prix à ces manipulations, alors que Jean Bodin (vers 1529-1596) lui répond en 1568, dans ce qu’on appellera (déjà !) « la controverse des monnaies », que c’est l’afflux de métaux précieux qui en est responsable, jetant les bases de ce qu’on appellera plus tard la théorie quantitative de la monnaie.

Au siècle suivant triomphent les thèses des mercantilistes, pour lesquels une balance commerciale excédentaire d’un pays, en y accumulant de la monnaie, a des conséquences positives sur l’emploi et sur le faible niveau des taux d’intérêt, qui encourage l’activité. La monnaie aurait donc un rôle « actif », mais il ne le devient que si elle est investie, y compris en étant réexportée pour, par exemple, acquérir des matières premières, et non thésaurisée dans les caisses de l’Etat.

Au XVIIIe siècle, des auteurs comme Richard Cantillon (1680-1734) et David Hume (1711-1776) sont encore partagés entre quantitativisme, expliquant qu’à long terme le doublement de la quantité de monnaie fait doubler les prix, et une vision active de la monnaie encourageant à court terme la croissance et l’emploi.

Mais pour Adam Smith (1723-1790), la monnaie sert avant tout aux échanges, elle est « la grande roue de la circulation » et ne saurait donc être trop abondante : il est favorable à l’essor modéré des billets de banque (banknotes), qui épargnent les monnaies métalliques et favorisent l’expansion, mais craint l’excès d’émission, cause de crises bancaires.

Pendant les guerres de la Révolution française, la suspension de la convertibilité des billets est l’occasion d’une controverse entre les partisans, quantitativistes, du « currency principle » comme David Ricardo (1772-1823) ou Henry Thornton (1760-1815), et ceux du « banking principle » (Thomas Tooke, 1774-1858) pour qui, à la suite d’Adam Smith, il ne saurait y avoir ni inflation ni déflation durables si on laisse le système bancaire s’adapter librement aux « besoins du commerce ».

Transformation de l’écosystème monétaire ?

Transformation de l’écosystème monétaire ?

 

L’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran, observe dans sa chronique, que l’essor du bitcoin et des monnaies complémentaires est le signe tâtonnant d’une sortie de la « monoculture monétaire ».

Chronique. 

 

Certes, c’est pour le moment le bitcoin qui défraie la chronique et, pourtant, les « monnaies » alternatives se sont développées par milliers à travers le monde depuis la crise financière de 2007-2008. Au-delà du bitcoin, qui est un peu dans ce domaine ce que le Minitel a été à l’Internet dans les technologies de l’information, la percée de ces innovations monétaires très diverses exprime les failles du système auquel nous sommes habitués, avec une monnaie, une seule, encastrée dans le crédit bancaire, garantie par la Banque centrale, et à cours légal imposé par l’Etat. Notre écosystème monétaire est en train de se transformer.

On dénombre aujourd’hui, au niveau mondial, près de 1 600 « cryptomonnaies » – et plus de 4 000 monnaies complémentaires. Les cryptomonnaies sont des instruments monétaires numériques, sans autorité centrale, sans intermédiaire financier, reposant sur un protocole informatique d’enregistrement et de validation décentralisée des transactions ; les monnaies complémentaires sont des instruments de paiement utilisables localement sans cours légal.

Les communautés qui les portent sont très diverses : il n’y a pour le moment guère de trait d’union entre les geeks anarcho-libertaires, dont se réclame parfois la communauté bitcoin, et les associations d’économie sociale et solidaire, plus souvent « low tech », qui portent des monnaies locales dans l’espoir de revitaliser un territoire. Mais chacune à sa manière exprime une défiance à l’égard des institutions représentatives de la monnaie (banques, banques centrales, Etats) et une volonté de « réimprimer » ses valeurs en émettant une monnaie dans laquelle elle se reconnaît mieux.

 

 « La monnaie est un symbole, celui de ce je-ne-sais-quoi consubstantiel à l’homme qui fait appartenance à un collectif », écrivent Michel Aglietta et Natacha Valla dans Le Futur de la monnaie (Odile Jacob, 320 pages, 24,90 euros). Peut-être faut-il donc voir dans ces initiatives monétaires le symbole d’un collectif, ou plutôt de collectifs, qui cherche(nt) à se réinventer. 

Ce n’est pas comme substituts à la monnaie officielle – celle qui fait autorité et qu’on appelle la monnaie « fiat » – qu’il faut chercher à en comprendre l’essor, mais plutôt comme des compléments pouvant apporter de la diversité à notre « monoculture monétaire ». C’est ainsi que l’économiste Ariane Tichit présente les monnaies locales complémentaires (« Nos fausses idées sur la monnaie », TEDxClermont, 2014), ou que Bernard Lietaer relève dans Au cœur de la monnaie (Yves Michel, 2013) que la monoculture monétaire – le fait de n’utiliser qu’un seul type de monnaie, aujourd’hui la norme – l’a en fait rarement été au regard de l’histoire longue de la monnaie.

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