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Santé:Pour une vraie sécurité mondiale ( Sandro Gozi)

Santé:Pour une vraie  sécuritémondiale ( Sandro Gozi)

 

 

Sandro Gozi, député européen Renew et secrétaire général du Parti Démocrate européen se prononce pour une vraie sécurité sanitaire mondiale.(Dans l’Opinion, extrait)

Tribune

 

 

Le G20 Santé s’est ouvert dimanche 5 septembre à Rome. Les enjeux sont grands : sortir de la crise de la Covid-19 par le haut, éviter qu’elle ne se reproduise et prévenir les risques sanitaires futurs. Le coût humain et économique de la pandémie doit entraîner des mesures urgentes, pensées sur le long terme, pour que demain nous puissions collectivement faire face à d’éventuelles autres crises sanitaires.

Pour ce faire, nous avons élaboré différentes propositions au sein du G20 Health and Development Partnership (G20HDP). Nous proposons ainsi à l’UE d’insérer l’évaluation et le contrôle parlementaire dans le cadre du semestre européen pour déterminer les performances sanitaires et le degré de préparation de chaque Etat membre face à une éventuelle pandémie, pour anticiper et nous préparer au mieux aux risques de l’avenir.

Nous souhaitons par ailleurs améliorer la résilience et augmenter les financements de nos systèmes de santé. Il est en effet impossible aujourd’hui de réfléchir à un renforcement de ces derniers sans réfléchir en parallèle à de nouveaux mécanismes de financements. Pour cela, nous demandons de renforcer les mécanismes existants de gouvernance de la Santé et de créer un nouveau mécanisme de financement de la santé : le Fonds mondial pour la Santé.

La présidence italienne du G20 doit être l’occasion de garantir cette nouvelle feuille de route et ce nouveau calendrier afin de construire une réponse solide et correctement financée. L’an prochain, l’Allemagne sera à la tête du G7 et la France aura la présidence du Conseil de l’UE : ce sont là des opportunités uniques pour renforcer cette nouvelle architecture de la santé.

Dans cette optique, nous sommes plusieurs parlementaires des États du G20 à avoir fait parvenir une lettre commune au Président du Conseil italien, Mario Draghi, aujourd’hui à la tête du G20. Nous lui demandons de :

- soutenir le concept d’un cadre commun d’indicateurs pour promouvoir la responsabilité et le contrôle indépendants de la gouvernance, du financement durable et de la gestion des risques ;

- appeler le G20 à créer un nouveau mécanisme de financement de la santé, le Conseil mondial de financement de la santé indépendant de la direction et du contrôle de l’OMS, à l’instar de l’indépendance de la Cour des comptes de l’UE ;

- soutenir la recommandation du rapport du G20 sur le HLIP (High Level Independant Panel) selon laquelle les pays doivent s’engager à une nouvelle base de financement multilatéral pour la sécurité sanitaire mondiale, basée sur des critères préétablis ;

- soutenir les activités visant à garantir un financement important pour faire face aux futures menaces pour la sécurité sanitaire mondiale, conformément à la récente déclaration du G8 ;

- s’engager à intensifier rapidement la mise au point de vaccins, de produits thérapeutiques et de services de santé, et à garantir un accès équitable à ces produits, ainsi qu’à renforcer les capacités de fabrication durables par le biais de stratégies coordonnées entre les secteurs public et privé ;

- exhorter le G20, sous la prochaine présidence indonésienne (2022), à convoquer une réunion des banques multilatérales de développement (BMD), d’institutions universitaires et du secteur des sciences de la vie et de la pharmaceutique afin d’établir des projets pilotes régionaux pour promouvoir les sciences et technologies de la santé et l’innovation ;

- renforcer une infrastructure durable de recherche et développement afin d’améliorer la préparation et la réponse rapide aux épidémies futures et aux épidémies émergentes, en s’appuyant sur le partage immédiat et en temps utile des pathogènes à potentiel pandémique et d’informations connexes afin de garantir des délais de livraison efficaces pour les nouveaux vaccins, les nouvelles thérapies et les nouvelles technologies ;

- reconnaître que la résistance aux antimicrobiens et les maladies non transmissibles, telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires, constituent une menace pour la sécurité sanitaire mondiale ;

- promouvoir et renforcer les capacités nationales à conduire la transformation des systèmes et services de santé à l’ère numérique : il est en effet indispensable de soutenir la transformation numérique mondiale et le partage des données dans les domaines ayant le plus d’impact sur les résultats sanitaires et la sécurité sanitaire mondiale, en soutenant des initiatives mondiales telles que l’Académie de l’OMS et l’Académie de la santé ;

- investir en priorité dans la gouvernance, les politiques et les capacités qui favorisent les transformations numériques, car les investissements échouent en raison d’une insuffisance de ressources.

Les pandémies constituent une menace réelle pour nos sociétés et pour l’économie mondiale. Il est temps de changer de paradigme. Le prix économique et humain de cette crise nous exhorte à prendre nos responsabilités et doit nous pousser à bâtir un système de santé ambitieux au niveau international. Une feuille de route claire et précise est plus que nécessaire.

Sandro Gozi est député européen Renew et secrétaire général du Parti Démocrate européen

Sont cosignataires de cette tribune :

- Alan Donnelly (Animateur – Partenariat du G20 pour la santé et le développement)

- Dame Angela Eagle (Labour – Membre de la Chambre des Communes – Ambassadrice mondiale G20HDP)

- Donatella Conzatti (Italia Viva – Membre du Parlement italien)

Pour une vraie sécurité sanitaire mondiale ( Sandro Gozi)

Pour une vraie  sécurité sanitaire mondiale ( Sandro Gozi)

 

 

Sandro Gozi, député européen Renew et secrétaire général du Parti Démocrate européen se prononce pour une vraie sécurité sanitaire mondiale.(Dans l’Opinion, extrait)

Tribune

 

 

Le G20 Santé s’est ouvert dimanche 5 septembre à Rome. Les enjeux sont grands : sortir de la crise de la Covid-19 par le haut, éviter qu’elle ne se reproduise et prévenir les risques sanitaires futurs. Le coût humain et économique de la pandémie doit entraîner des mesures urgentes, pensées sur le long terme, pour que demain nous puissions collectivement faire face à d’éventuelles autres crises sanitaires.

Pour ce faire, nous avons élaboré différentes propositions au sein du G20 Health and Development Partnership (G20HDP). Nous proposons ainsi à l’UE d’insérer l’évaluation et le contrôle parlementaire dans le cadre du semestre européen pour déterminer les performances sanitaires et le degré de préparation de chaque Etat membre face à une éventuelle pandémie, pour anticiper et nous préparer au mieux aux risques de l’avenir.

Nous souhaitons par ailleurs améliorer la résilience et augmenter les financements de nos systèmes de santé. Il est en effet impossible aujourd’hui de réfléchir à un renforcement de ces derniers sans réfléchir en parallèle à de nouveaux mécanismes de financements. Pour cela, nous demandons de renforcer les mécanismes existants de gouvernance de la Santé et de créer un nouveau mécanisme de financement de la santé : le Fonds mondial pour la Santé.

La présidence italienne du G20 doit être l’occasion de garantir cette nouvelle feuille de route et ce nouveau calendrier afin de construire une réponse solide et correctement financée. L’an prochain, l’Allemagne sera à la tête du G7 et la France aura la présidence du Conseil de l’UE : ce sont là des opportunités uniques pour renforcer cette nouvelle architecture de la santé.

Dans cette optique, nous sommes plusieurs parlementaires des États du G20 à avoir fait parvenir une lettre commune au Président du Conseil italien, Mario Draghi, aujourd’hui à la tête du G20. Nous lui demandons de :

- soutenir le concept d’un cadre commun d’indicateurs pour promouvoir la responsabilité et le contrôle indépendants de la gouvernance, du financement durable et de la gestion des risques ;

- appeler le G20 à créer un nouveau mécanisme de financement de la santé, le Conseil mondial de financement de la santé indépendant de la direction et du contrôle de l’OMS, à l’instar de l’indépendance de la Cour des comptes de l’UE ;

- soutenir la recommandation du rapport du G20 sur le HLIP (High Level Independant Panel) selon laquelle les pays doivent s’engager à une nouvelle base de financement multilatéral pour la sécurité sanitaire mondiale, basée sur des critères préétablis ;

- soutenir les activités visant à garantir un financement important pour faire face aux futures menaces pour la sécurité sanitaire mondiale, conformément à la récente déclaration du G8 ;

- s’engager à intensifier rapidement la mise au point de vaccins, de produits thérapeutiques et de services de santé, et à garantir un accès équitable à ces produits, ainsi qu’à renforcer les capacités de fabrication durables par le biais de stratégies coordonnées entre les secteurs public et privé ;

- exhorter le G20, sous la prochaine présidence indonésienne (2022), à convoquer une réunion des banques multilatérales de développement (BMD), d’institutions universitaires et du secteur des sciences de la vie et de la pharmaceutique afin d’établir des projets pilotes régionaux pour promouvoir les sciences et technologies de la santé et l’innovation ;

- renforcer une infrastructure durable de recherche et développement afin d’améliorer la préparation et la réponse rapide aux épidémies futures et aux épidémies émergentes, en s’appuyant sur le partage immédiat et en temps utile des pathogènes à potentiel pandémique et d’informations connexes afin de garantir des délais de livraison efficaces pour les nouveaux vaccins, les nouvelles thérapies et les nouvelles technologies ;

- reconnaître que la résistance aux antimicrobiens et les maladies non transmissibles, telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires, constituent une menace pour la sécurité sanitaire mondiale ;

- promouvoir et renforcer les capacités nationales à conduire la transformation des systèmes et services de santé à l’ère numérique : il est en effet indispensable de soutenir la transformation numérique mondiale et le partage des données dans les domaines ayant le plus d’impact sur les résultats sanitaires et la sécurité sanitaire mondiale, en soutenant des initiatives mondiales telles que l’Académie de l’OMS et l’Académie de la santé ;

- investir en priorité dans la gouvernance, les politiques et les capacités qui favorisent les transformations numériques, car les investissements échouent en raison d’une insuffisance de ressources.

Les pandémies constituent une menace réelle pour nos sociétés et pour l’économie mondiale. Il est temps de changer de paradigme. Le prix économique et humain de cette crise nous exhorte à prendre nos responsabilités et doit nous pousser à bâtir un système de santé ambitieux au niveau international. Une feuille de route claire et précise est plus que nécessaire.

Sandro Gozi est député européen Renew et secrétaire général du Parti Démocrate européen

Sont cosignataires de cette tribune :

- Alan Donnelly (Animateur – Partenariat du G20 pour la santé et le développement)

- Dame Angela Eagle (Labour – Membre de la Chambre des Communes – Ambassadrice mondiale G20HDP)

- Donatella Conzatti (Italia Viva – Membre du Parlement italien)

- Didier Baichère (LREM – Député français)

- Elmar Brok (CDU – Ambassadeur mondial G20HDP)

- Lord Cunningham of Felling (Labour – Membre de la Chambre des Lords – Ambassadeur mondial G20HDP)

- Véronique Trillet-Lenoir (Renew – Députée européenne).

Pour une régulation mondiale des minerais et métaux

Pour une régulation mondiale des minerais et métaux 

 

Le spécialiste de l’énergie Marc-Antoine Eyl-Mazzega plaide, dans une tribune au « Monde », pour la création d’une agence internationale des minerais chargée de réguler cet enjeu stratégique mondial et d’organiser un dialogue entre producteurs et consommateurs, associant Etats, industriels, organisations multilatérales et non gouvernementales.(Le Monde, extraits)

 

Tribune. A l’image d’Internet qui s’est déployé partout dans le monde au tournant des années 2000, un grand nombre de technologies bas carbone et numériques comme les véhicules électriques, les éoliennes marines ou la 5G, vont être déployées de manière accélérée et massive durant la décennie 2020.

Une mobilisation planétaire grandissante pour la préservation du climat, les mesures de relance post-pandémie et les progrès technologiques vont nourrir ces bouleversements. Ceci à condition que les minerais et les métaux indispensables à ces technologies – comme le cobalt, le nickel, le cuivre, le manganèse, le graphite et des terres rares – n’y forment pas un obstacle irrémédiable.

Menaces

Trois éléments participent à leur caractère stratégique et représentent autant de vulnérabilités, voire de menaces.

 

Tout d’abord, l’état des réserves et les limites économiques et techniques à la production qui risquent d’empêcher de répondre à l’essor de la demande. Les prix de certains produits pourraient s’envoler, comme c’est en partie déjà le cas actuellement, renchérissant les coûts des technologies et ralentissant la massification de leur déploiement indispensable à la décarbonation de l’économie mondiale.

Les entreprises chinoises contrôlent une grande partie de la production de lithium et de cobalt dans le monde, ce qui représente un atout stratégique pour les groupes technologiques chinois

Ensuite, les industries qui les consomment sont exposées à des risques géopolitiques liés à la localisation des réserves et des sites de production, ainsi qu’à l’organisation des chaînes de valeur. Par exemple, la République démocratique du Congo, très instable, représente 60 % de la production mondiale de cobalt. Les entreprises chinoises contrôlent une grande partie de la production de lithium et de cobalt dans le monde, ce qui représente un atout stratégique pour les groupes technologiques chinois.

Si la production de nickel est diversifiée, son raffinage, indispensable pour créer les produits incorporés aux batteries, est concentré entre les mains d’industriels chinois. Il est parfaitement envisageable que de grands groupes industriels européens soient à l’avenir contraints de céder une partie de leur capital ou de leurs technologies, pour garantir leur approvisionnement en minerais.

 

Enfin, ces processus miniers sont généralement très consommateurs d’énergie, d’eau et de produits chimiques, et soulèvent souvent des questions sur les conditions de travail et la bonne gouvernance des entreprises du secteur. Produire les technologies dont nous avons besoin pour décarboner sans investir dans l’amélioration des processus en amont pourrait provoquer des dommages environnementaux et humains qui annuleraient en partie les gains escomptés et affaibliraient également le consensus autour de la transition énergétique.

L’électricité mondiale produite au charbon en hausse !

L’électricité mondiale produite au charbon en hausse !

 

Il y a d’un côté les rapports et les déclarations alarmantes à propos des émissions polluantes provenant notamment de la production d’électricité et de l’autre une production mondiale produite au charbon en hausse.

 Le dernier rapport du think tank allemand Ember montre que la croissance des énergies renouvelables (le solaire et l’éolien représentent désormais plus de 10% du mix électrique mondial) n’est pas parvenue à compenser la hausse de la demande mondiale d’électricité au premier semestre 2021. Résultat : le recours au charbon, un combustible fortement émetteur, a été plus important, ce qui a conduit mécaniquement à une hausse des émissions de CO2 du secteur.

Selon l’étude, qui s’est penchée sur les données de production électrique de 63 pays à travers le monde, les émissions de carbone ont augmenté de 5% au premier semestre 2021, par rapport au premier semestre 2019. Dopée par la reprise économique, la demande mondiale d’électricité a, elle aussi, augmenté de 5% au cours des six premiers mois de l’année par rapport au premier semestre 2021. Mais, 43% de cette hausse a été couverte par de l’électricité produite à partir de charbon, ce qui explique la poussée des émissions de gaz à effet de serre.

Selon le dernier décompte réalisé par Carbon Tracker, quelque 368 centrales à charbon sont actuellement en cours de construction en Chine pour une capacité totale de 187 gigawatts.

Par ailleurs, environ 230 centrales devraient prochainement voir le jour en Inde, en Indonésie, au Japon et au Vietnam. Ces cinq pays asiatiques concentrent ainsi 80% des nouvelles centrales au charbon prévues dans le monde.

La concurrence mondiale est vecteur de progrès pour l’OCDE

 La concurrence mondiale est vecteur de progrès pour l’OCDE

Mathias Cormann, nouveau secrétaire général de l’OCDE, évoque les ambitions pour l’organisation internationale dont il a pris la tête le 1er juin dernier.

On connaît mal votre parcours en France, qui est pourtant franchement atypique. Vous êtes le seul Belge à avoir été (temporairement) Premier ministre de l’Australie !

J’ai effectivement grandi dans la partie germanophone de la Belgique. J’ai ensuite effectué mon lycée et mes deux premières années de droits en français puis j’ai passé mon diplôme en flamand, à la KU Leuven. Au cours de ma dernière année, j’ai participé à un programme d’échange Erasmus au Royaume-Uni pour apprendre l’anglais, ce qui m’a conduit en Australie. Mon diplôme n’y étant pas immédiatement transférable, j’ai d’abord été jardinier deux mois dans une école. Mon premier vrai job a été chargé de recherche auprès d’un membre du Parlement australien. C’est comme cela que j’ai commencé à m’intéresser à la politique australienne. L’Australie est une nation de migrants qui offre de nombreuses opportunités.

Pourquoi avoir brigué l’OCDE ?

Parce que l’OCDE est une organisation importante, à un moment important de l’histoire. Et parce qu’il y a beaucoup à faire. J’ai été ministre des Finances d’une économie du G20 pendant plus de sept ans, j’ai participé à de nombreux forums internationaux, j’ai acquis une grande expérience en matière de pilotage économique, fiscal et politique. Je pense que ma formation européenne combinée à mon expérience et à mes réseaux en Asie-Pacifique pourront être bénéfiques aux membres de l’OCDE. Je suis très heureux que la majorité des membres ait accepté ma nomination.

Au-delà de la crise de la Covid, quels sont les principaux challenges de l’organisation pour les années à venir ?

La coopération internationale et un multilatéralisme efficace seront plus importants que jamais à l’avenir. Pour soutenir la reprise économique, mais aussi pour mener une action ambitieuse et efficace contre le changement climatique et parvenir à une neutralité carbone qui soit économiquement responsable, qui soit soutenue par les pouvoirs publics et qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Nous devons également finaliser la réforme de la fiscalité internationale pour s’assurer que les accords internationaux soient efficaces et équitables dans un monde globalisé et de plus en plus numérisé. Par ailleurs, il nous faut mieux gérer les risques et les défis liés à la transformation numérique de nos économies, mais aussi savoir en saisir les opportunités. Enfin, je souhaite renforcer l’engagement de l’OCDE en Asie et dans la région Indo-Pacifique, ainsi qu’en Afrique.

« On peut se protéger de la concurrence et de l’innovation, mais on n’empêchera jamais ces innovations de se produire ailleurs. Ceux qui se retranchent derrière le protectionnisme prendront de plus en plus de retard »

Vous êtes un libéral convaincu. Comment faire vivre le libéralisme face au grand retour des Etats depuis la crise de 2008 et encore plus aujourd’hui après la crise de la Covid ?

Je crois que les principes économiques basés sur le marché fonctionnent. Je crois au pouvoir positif des marchés ouverts et du libre-échange. Comme je l’ai dit dans mon premier discours à l’OCDE, l’optimisation de la concurrence mondiale est un puissant moteur de progrès, d’innovation et d’amélioration du niveau de vie. Mais en tant que décideurs politiques, nous devons également veiller à ce que les marchés et les échanges fonctionnent pour les gens partout dans le monde. Car la concurrence mondiale, en particulier maintenant combinée à la transformation numérique rapide de nos économies, provoque également des perturbations sociales que nous devons mieux gérer.

Comment ?

Nous avons besoin de règles efficaces pour protéger nos valeurs et de garantir les conditions d’une concurrence équitable. Nous devons par exemple garantir l’accès à une éducation de haute qualité, à la formation supérieure et à la requalification pour que chacun puisse participer et bénéficier des opportunités économiques créées par la mondialisation et la numérisation. Les aides sociales sont nécessaires pour ceux qui éprouvent des difficultés. Nous devons veiller à ce que les marchés fonctionnent durablement sur le plan environnemental. Mais en fin de compte, même si c’est parfois inconfortable, la concurrence mondiale est – et doit rester – incontournable. On peut se protéger de la concurrence et de l’innovation, mais on n’empêchera jamais ces innovations de se produire ailleurs. Au fil du temps, ceux qui se retranchent derrière le protectionnisme prendront de plus en plus de retard. C’est une leçon essentielle de l’histoire. Et ce n’est pas ce que nous souhaitons pour les populations de l’OCDE et d’ailleurs.

Le multilatéralisme se porte-t-il mieux depuis le départ de Donald Trump ?

Il ne fait aucun doute qu’avec l’administration Biden, les Etats-Unis se sont réengagés dans un multilatéralisme axé sur des solutions positives. Le fait d’être parvenu à un consensus sur la réforme fiscale internationale au G7 puis au G20 et avec 132 des 139 pays du Cadre inclusif de l’OCDE est une première démonstration de ce qui peut être réalisé lorsque les Etats-Unis s’engagent de manière positive. J’espère que nous pourrons conserver cette dynamique sur les questions de changement climatique ou de commerce par exemple.

Sur le changement climatique, justement. Plus d’une vingtaine d’ONG ont dénoncé votre candidature à la tête de l’OCDE après que vous avez fait part de votre scepticisme sur l’objectif de neutralité carbone en 2050. Que leur répondez-vous ?

Il est inexact de me qualifier de sceptique. Je n’ai jamais été un climatosceptique. Ce que j’ai dit il y a quelque temps, c’est que poursuivre des mesures au niveau national qui, au lieu de réduire les émissions mondiales, ne font que déplacer l’activité économique, les emplois et les émissions vers d’autres parties du monde où, pour le même niveau de production économique, les émissions seraient plus élevées, n’a aucun sens. Prendre des mesures au niveau national qui nuisent à la fois à l’économie locale et à l’environnement mondial n’a aucun sens. Je soutiens depuis longtemps que, pour être vraiment efficace, l’action contre le changement climatique doit être à la fois ambitieuse, mais aussi, et c’est important, correctement coordonnée au niveau mondial. Et qu’en fin de compte, ce sont les résultats vérifiables qui comptent, davantage que les promesses.

Vous soutenez donc l’objectif de neutralité carbone en 2050 ?

Bien sûr. De plus en plus de pays s’engagent dans cette mission et c’est formidable. Le défi consiste maintenant à transformer ces engagements en résultats et à gérer la transition vers la neutralité carbone d’une manière efficace sur le plan environnemental, responsable sur le plan économique, et que cette transition soit soutenue par les pouvoirs publics et soit inclusive. Nous devons tous poursuivre ce même objectif. Pour cela, nous avons besoin d’une véritable coopération mondiale, qui soit ouverte d’esprit. Nous devons intégrer le fait que différents pays, différentes régions du monde, peuvent avoir des positions de départ et des circonstances différentes. Des pays ou des régions qui ont aussi des opportunités différentes d’apporter leur meilleure contribution possible à notre mission de réduction des émissions mondiales. L’essentiel est que chacun apporte une contribution proportionnée, authentique et vérifiable à l’objectif global. Pour cela, il est essentiel de mieux suivre les résultats, et pas seulement les engagements. C’est pourquoi l’OCDE vient de créer le Programme international pour l’action sur le climat, un outil permettant de suivre les performances des politiques climatiques, avec des données objectives et comparables dans différentes juridictions, y compris sur la tarification implicite du carbone.

Une tarification qui ne fait pas consensus pour l’instant…

En l’absence d’un accord mondial complet et approprié sur le prix des émissions, les pays peuvent et doivent utiliser tous les autres outils politiques disponibles pour maximiser les résultats de la réduction des émissions : incitations à l’investissement, à la production et à la consommation. Qu’il s’agisse d’investissements publics directs par le biais de programmes de subventions concurrentiels, de subventions, de soutien direct à l’innovation technologique ou de normes réglementaires ; tous doivent continuer à jouer leur rôle pour accélérer la transition vers la neutralité carbone. L’OCDE peut également jouer un rôle dans l’établissement de normes et de standards internationaux pour ses membres et au-delà – comme nous l’avons fait pour BEPS [érosion de la base d’imposition et transfert de bénéfices, N.D.L.R.].

Que change l’accord signé en juillet par le G20 prévoyant la mise en place d’une taxation exceptionnelle des 100 plus grandes entreprises du monde ?

C’est une réalisation multilatérale majeure, la plus importante mise à jour des règles fiscales internationales depuis très longtemps. Cette réforme rendra nos accords fiscaux internationaux plus sûrs, plus stables, plus efficaces et plus équitables. Elle se traduira également par une augmentation des recettes pour les gouvernements en France et dans le monde entier, les multinationales payant leur juste part d’impôt dans les pays où elles génèrent des bénéfices pertinents. Cent trente-trois pays et juridictions représentant plus de 90 % du PIB mondial soutiennent cette réforme. Elle doit maintenant être traduite en législation nationale dans les pays du monde entier pour entrer en vigueur. Je suis raisonnablement optimiste. Nous finirons par y arriver.

« Toutes les juridictions des Caraïbes ont adhéré à notre accord. Cela montre qu’elles comprennent parfaitement que l’environnement international a changé et qu’elles doivent s’adapter »

Que va changer l’introduction d’un impôt minimum mondial sur les sociétés ? Est-ce la fin des paradis fiscaux ?

L’accord fiscal mondial garantira que les entreprises paient au moins 15 % d’impôt effectif sur les sociétés. En d’autres termes, toute entreprise cherchant à minimiser ou à réduire à zéro sa dette fiscale en dehors de sa juridiction d’origine sera tenue de payer au moins 15 % d’impôt effectif sur les sociétés dans sa juridiction d’origine. Il est donc clair que cette mesure aura un impact sur les entreprises qui utilisent les paradis fiscaux pour minimiser l’impôt. Par contre, elle n’aura pas d’impact sur les entreprises motivées par des raisons non fiscales pour se baser dans ces juridictions. Toutes les juridictions des Caraïbes ont adhéré à notre accord. Cela montre qu’elles comprennent parfaitement que l’environnement international a changé et qu’elles doivent s’adapter.

La fin de la concurrence fiscale entre les Etats est-elle une bonne nouvelle ?

Ce n’est pas la fin de la concurrence fiscale. Le but de l’accord n’est pas d’éliminer la concurrence mais de la limiter sur la base d’un accord multilatéral qui tient compte des divers intérêts en présence, y compris ceux des petites économies et des juridictions en développement. L’objectif, c’est de faire en sorte que les multinationales paient des impôts là où elles opèrent et réalisent des bénéfices, dans un cadre juridique stable et sécurisé, ce dont le système fiscal international a tant besoin. Les juridictions ont encore la possibilité de se concurrencer sur le plan fiscal en s’appuyant sur une meilleure discipline fiscale ou sur des choix différents en matière de combinaison d’impôts directs et indirects.

Après BEPS, quel sera le prochain sujet « chaud » pour l’OCDE ?

Le prochain domaine dans lequel l’OCDE pourrait jouer un rôle important sera le rapprochement des pays du monde entier en vue d’une approche plus cohérente de la tarification du carbone. Cela pourra commencer par mesurer et déclarer correctement la tarification explicite et implicite du carbone. C’est un domaine auquel nous réfléchissons beaucoup en ce moment.

Covid: la 3e dose dénoncée par l’organisation mondiale de la santé (OMS)

  • Covid: la 3e dose dénoncée par l’organisation mondiale de la santé (OMS)
  • Après  l’agence européenne de santé, l ‘Organisation mondiale de la santé (OMS) dénonce ce mercredi la ruée des pays riches vers la 3e dose de vaccin contre le Covid et pointe que les données scientifiques ne démontrent pas la nécessité d’un rappel maintenant. L’organisation avait déjà appelé à instaurer un moratoire  »au minimum jusqu’à fin septembre » sur les doses de rappel pour donner la priorité à la vaccination dans les pays pauvres.
  • Et de rappeler que 1,5% seulement de la population des pays pauvres a été vaccinée, et que la plupart de leurs travailleurs ne peuvent pas se payer le luxe de rester confinés à la maison. Un avis qui tranche avec celui des autorités sanitaires américaines, qui ont donné ce 18 août leur feu vert pour une dose de rappel « pour tous les Américains dès la semaine du 20 septembre, à partir de huit mois après la deuxième dose ».
  • En réalité il n’y a aucun consensus scientifique actuellement sur la nécessité ou non d’un rappel vaccinal. Les laboratoires évidemment militent en faveur du rappel afin de multiplier encore leurs chiffres d’affaires. Les gouvernements le plus souvent imprévoyant essayent  de rattraper leur manque d’anticipation par une démagogie à matière de rappel de vaccination. Dans le même temps, il faut souligner  que  les pays pauvres notamment en Afrique ont vacciné moins de 2 % de la population. Un terrain favorable une nouvelle évolution du virus qui atteindra alors  aussi les pays développés. Bref voudrait une stratégie pour faire durer la pandémie qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Vaccins: 0,3% pour 9 % de la population mondiale pauvre

Vaccins: 0,3%  pour 9 % de la population mondiale pauvre

Plus de 3,93 milliards de doses de vaccins anti-Covid ont d’ores et déjà été injectées dans le monde, selon un décompte de l’AFP. Mais seulement 0,3% de ce total a été administré dans les 29 pays les plus pauvres du monde, où se trouve pourtant 9% de la population mondiale. «Augmenter la production dans les pays en voie de développement pour que davantage de doses de vaccins soient injectées en Afrique, en Amérique latine et en Asie est d’une importance critique» pour tous les membres de l’OMC, a souligné le porte-parole de l’organisation.

Chine : se préparer à une troisième guerre mondiale ?

Chine : se préparer à une troisième guerre mondiale ? 

Comment faire face à l’irrédentisme chinois ? Si la nouvelle administration américaine assume le défi, Paris et Berlin veulent éviter la confrontation et restent dans le déni, s’inquiète, dans une tribune au « Monde », le sinologue Jean-Yves Heurtebise.

 

Le premier dirigeant étranger invité par Joe Biden à la Maison Blanche après son élection fut le premier ministre japonais, Yoshihide Suga ; le second fut le président sud-coréen, Moon Jae-in. En juin, Joe Biden rencontra les dirigeants du G7 mais aussi ceux du D10 (G7 plus Australie, Corée du Sud, Inde), puis ceux des 30 pays membres de l’OTAN. Toute cette activité diplomatique tourna autour d’une question centrale : « Comment faire face à la Chine ? ».

Plus exactement, comment faire face à cette Chine dirigée par ce Parti communiste qui vient de fêter en grande pompe ses 100 ans d’existence en promettant de « fracasser la tête et répandre le sang » (selon les termes fleuris de Xi Jinping) de tous ceux qui voudraient « l’intimider » ? Comment faire face à cette puissance économique, premier émetteur de COau monde (27 % des émissions pour 18 % de la population), dont les pressions irrédentistes, sur terre ou en mer, inquiètent les pays riverains (Inde, Vietnam, Indonésie, etc.) et dont le modèle sociopolitique se dit seul aller dans le sens de l’histoire face à un « Occident en déclin » ?


Quand les Etats-Unis et le Japon d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre conduisent des exercices militaires communs dans l’Indo-Pacifique, l’Europe de la chancelière Angela Merkel veut, fin décembre 2020, ratifier un accord d’investissement avec la Chine, sans inviter ni l’Italie ni l’Espagne, et envisage, fin juin 2021, une rencontre avec Poutine, irritant pays baltes, Suède et Pays-Bas. On pourrait se demander si l’Allemagne, avec sa dépendance au gaz russe renforcée par la fermeture de ses centrales nucléaires et l’inféodation de son industrie automobile au marché chinois, n’est pas l’homme diplomatique malade de l’Europe.

La Chine, une menace pour l’OTAN ?

Quant à la France, elle reçoit les félicitations de Pékin pour sa quête d’une « indépendance stratégique » et répond à l’appel de Biden par le mantra : « Surtout pas de confrontation. » A la volonté de l’OTAN de qualifier la Chine de menace pour l’Organisation, le président Emmanuel Macron rétorque en soulignant que celle-ci est loin de l’Atlantique Nord. Cette position interroge : Vladivostok est bien plus à l’est que Shanghaï ; quant à la cyberguerre, elle ne connaît pas de frontières. De fait, la participation de sous-marins français à des exercices de liberté de navigation loin des côtes nationales, en mer de Chine du Sud, souligne la projection stratégique nécessaire.

Covid-Pour une stratégie vaccinale mondiale (Esther Duflo , Prix Nobel)

Covid-Pour une stratégie vaccinale mondiale (Esther Duflo , Prix Nobel)

 

La prix Nobel d’économie , Esther Duflo, estime que seule une stratégie vaccinale mondiale peut être efficace en même temps qu’équitable. (Interview dans le JDD, extrait)

 

 

 

Pourquoi faut-il immuniser la planète?
Il y a d’abord une raison morale. C’est une opportunité de sauver des vies. Ne pas vacciner, ne pas donner ces doses à ceux qui en ont besoin, et qui affrontent de fortes vagues épidémiques comme l’Afrique avec le variant Delta, c’est avoir du sang sur les mains. Je sais combien le développement est complexe. Mais cela ne s’applique pas au vaccin!

L’OMS réclame pour septembre 250 millions de doses aux pays qui ont un excédent. Pourquoi y a-t-il urgence?
Pour l’instant, aucun variant n’a passé la barrière du vaccin, mais ça pourrait venir. Ils surgissent lors de fortes recrudescences épidémiques. On l’a vu au Brésil, en Grande-Bretagne, en Inde… Laisser se propager ce virus si contagieux, qui mute si souvent, ce n’est pas rationnel du point de vue de notre santé ou de nos économies. En France, sauf à aller vers une obligation générale, 60 à 70% de la population éligible sera protégée. Or 30% de non-vaccinés, cela suffit pour avoir une grosse épidémie. Si le virus continue à circuler et si on veut vivre sans restriction, il faut vacciner au moins 60% de la population mondiale… Ou 100% des Français. La stratégie vaccinale de la France, comme des autres pays riches, doit être mondiale. Sauf à décider de ne jamais rouvrir les frontières.

 

Quelles occasions d’agir ont raté les pays riches?
Au tout début de la pandémie, une décision assez révolutionnaire a été prise, celle d’investir dans des capacités de production, de construire des usines pour la fabrication de vaccins même pas encore testés. Ce pari risqué s’est révélé gagnant. Mais les investissements – largement soutenus par des fonds publics – étaient juste dimensionnés pour la production des pays riches. C’est comme si on construisait une ville avec des tuyaux d’égouts trop étroits dès le départ ! Cette première erreur en a engendré beaucoup d’autres.

Pourquoi cet égoïsme est-il un mauvais calcul?
En mai, le FMI notait que vacciner 40% de la population mondiale en 2021 et 60% en 2022 coûterait 50 milliards de dollars, et estimait les bénéfices d’une telle vaccination pour les économies mondiales à 9.000 milliards de dollars ! Les présidents de toutes les organisations internationales -OMC, OMS, FMI, Banque mondiale…- se sont ralliés derrière ce plan. Mais les Etats-Unis ne se sont pas alignés, l’Europe non plus. C’est la deuxième opportunité manquée : 50 milliards de dollars, c’est une goutte d’eau par rapport aux trilliards investis dans les plans de relance américain ou européen.

 

Le dernier G7 n’a-t-il pas permis une avancée?
Non, c’est une très grande déception. La pression venait de toute part pour enfin accélérer et financer la production. Mais le G7 s’est contenté de la promesse, à la limite de la malhonnêteté, de donner 1 milliard de doses tout de suite aux pays en voie de développement. En réalité, il s’agit juste d’un « objectif » de livrer 870 millions de doses, dont 435 millions « d’ici 2022″… Largement insuffisant. Il en faudrait 7 à 10 milliards pour vacciner tout ceux qui en ont besoin. Par ailleurs, pendant qu’on se pose des questions, les Russes et les Chinois ont fait de la diplomatie vaccinale. D’un point de vue géostratégique, pourquoi leur laisser ce terrain? Contre une pandémie comme pour le climat, on doit agir pour un objectif commun. Cela ne rend pas optimiste pour la Cop26.

Parce que la tentation du repli national s’impose toujours?
Au début, les Etats-Unis ne voulaient pas partager leurs doses d’AstraZeneca. C’était une posture politique, leur population n’étant pas encore protégée. Ils ont désormais la capacité de produire 4,7 milliards de doses d’ici fin 2021. Ils auront des surplus. Mais ils les conservent pour les enfants de 2 à 12 ans et une éventuelle troisième dose. A l’heure où les campagnes patinent là-bas comme en Europe, nous avons une nouvelle occasion d’agir! Je le répète : la stratégie vaccinale du monde est celle de la France.

 

Le dispositif Covax devait fournir 2 milliards de doses aux pays en développement avant la fin de l’année. Il en a expédié moins de 100 millions. Est-ce un échec?
Oui, puisqu’elles n’ont pas été livrées. On a créé une coquille vide, et les dirigeants de Covax se sentent abandonnés à raison. Ils ne gardent pas les vaccins au frigo : ils ne les ont pas, parce qu’on ne leur a pas donné les sous! Les responsables des pays du G7, de Joe Biden à Emmanuel Macron, tiennent les bons discours mais n’ont jamais investi ni dans Covax ni dans une alternative.

La crise a révélé la vulnérabilité du système de production. Comment y remédier?
En 18 mois, l’Inde aurait eu le temps de se mettre en ordre de bataille pour fabriquer des vaccins à ARN. Mais ils n’ont pas eu les brevets, ont subi des restrictions des Etats-Unis sur les importations de composants et ont dû cesser la production. Ensuite, l’épidémie s’est abattue chez eux et priorité a été donnée aux livraisons nationales… La production, qui se concentre aux Etats-Unis, en Europe et en Inde, doit être mieux distribuée. Il pourrait y avoir un pays producteur par continent : Indonésie, Corée, Afrique du Sud. L’état de leur industrie pharmaceutique n’est pas inférieur à celle des Etats-Unis.

 

La levée des brevets serait-elle une solution?
Oui, à terme, ou les suspendre comme cela a été fait avec succès pour les trithérapies contre le Sida avec l’accord donné par Bill Clinton, entre l’industrie pharmaceutique et les pays africains, pour l’exportation et la production de génériques. Des centaines de milliers de vies ont été sauvées, et cela n’a pas découragé ces entreprises d’investir dans la recherche. Joe Biden n’y était pas opposé. L’Europe n’a pas suivi. Les fabricants, eux, ont en ligne de mire le marché de la troisième dose et des enfants. Ils préfèrent vendre 20 euros l’injection aux pays riches. Les pays pauvres, via Covax ou l’Union africaine, négocient des prix réduits, mais cela ne permet pas de décentraliser la fabrication. Et ils ne seront jamais prioritaires.

Les gouvernements ont-ils échoué à instaurer un rapport de force avec l’industrie?
Oui. Moderna n’existerait pas sans le gouvernement fédéral américain. La société avait le véhicule, mais pas la potion magique. C’est le gouvernement qui leur a donné la technologie, développée par les National Institute of Health ; qui a payé et réalisé les essais à grande échelle, et investi en capital risque. Le rapport de force devrait être du côté de l’administration! Ce n’est pas le cas. A l’inverse, pour le vaccin développé par Oxford, c’est Bill Gates qui a financé ces recherches avec AstraZeneca, en contrepartie de quoi il a exigé un prix réduit.

L’Inde, grand pays producteur, n’a vacciné que 5% de sa population. Comment améliorer aussi l’accès au niveau local?
L’Inde a d’abord tout exporté avant de vacciner sa population. Puis l’épidémie a semé le chaos dans les processus de production. Mais aujourd’hui, elle fabrique des doses et les achemine. Au niveau logistique, ce pays est capable de mener cette campagne avec son vaccin local et celui d’AstraZeneca. Comme dans presque tous les pays, il y a eu au départ des problèmes d’organisation, de tranches d’âge prioritaires etc. Mais la question se pose plus avec les vaccins à ARNm qui doivent être conservés au très grand froid. En Afrique, le frein essentiel reste l’absence de doses. Mais comme l’Inde, le continent ne sera pas exempt du problème de l’hésitation vaccinale.

 

Vous avez travaillé sur les réticences à la vaccination en Inde et en avez conclu que la solution la plus efficace est le recours à des « ambassadeurs » intégrés dans les communautés.
Ce travail portait sur la vaccination infantile, pour laquelle il n’y a aucune peur ou hésitation, plutôt une indifférence, une mauvaise perception de l’urgence. Avec le Covid, notre laboratoire a étudié l’hésitation vaccinale auprès de populations âgées d’Inde du sud que nous suivons depuis des années. Ils sont prioritaires mais moins de la moitié ont eu des injections. Beaucoup hésitent ou ont des craintes, peut-être car ils n’ont pas l’habitude de la vaccination des adultes. En Inde et en Afrique, une fois que les vaccins seront là, il restera à convaincre. Mais quand ce sera le seul problème, on aura déjà beaucoup avancé.

Faut-il proposer des incitations matérielles à la vaccination, comme le font les Etats-Unis?
Notre expérience en Inde a montré que cela fonctionne. Pour le Covid, tout dépend de la raison de la non-vaccination. S’il s’agit d’un problème logistique ou d’un manque de conscience de l’urgence, je n’ai rien contre de petites incitations. Si les jeunes sont rationnels, ils se disent que leur bénéfice individuel est insuffisant. Soyons pragmatiques : si ça marche, pourquoi ne pas leur proposer? Soit en rendant la vaccination plus ou moins obligatoire, avec un Covid pass donnant accès à des concerts ou des lieux qu’ils aiment, soit par des incitations plus rigolotes comme des bières ou une loterie. Face à des antivax, ça ne convaincra pas, voire cela aura un effet pervers menant tout droit à la théorie du complot.

Dans ce contexte, comment jugez-vous le débat sur l’obligation vaccinale en France?
Je le comprends. C’est logique : si on ne veut pas faire l’effort pour vacciner le reste du monde, avec des variants comme le Delta, il sera d’autant plus indispensable de vacciner toute la population en France.

Covid :pour une véritable politique mondiale de la santé (Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies)

Covid :pour une véritable politique mondiale de la santé (Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies)

 

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies dans une tribune au JDD  (extrait) constate que le monde court à la catastrophe sans politique mondiale de la santé. En effet si dans certains pays développés le taux de vaccination atteint 70 %, ce taux est seulement de 1 % dans les pays pauvres. D’où risque de multiplication des variants dans le monde entier.

 

 

« Depuis le début de la pandémie de Covid-19, nous entendons beaucoup parler de solidarité mondiale. Les mots en soi, hélas, ne suffiront pas à mettre fin à la pandémie, ni à limiter l’impact de la crise climatique. Le moment est venu de montrer ce que signifie concrètement la solidarité. Alors que les ministres des finances du G20 se réunissent à Venise, ils font face à trois épreuves cruciales, sur le plan de la solidarité : les vaccins, l’octroi d’une aide économique vitale au monde en développement et les changements climatiques.

Tout d’abord, les vaccins. Une fracture mondiale sur le plan de la vaccination nous menace tous. Alors que la Covid-19 circule parmi les personnes non vaccinées, elle continue de muter en variantes qui pourraient être plus transmissibles ou plus mortelles, voire les deux. Nous faisons la course entre les vaccins et les variants ; si les variants l’emportent, la pandémie pourrait entraîner le décès de millions de personnes supplémentaires et retarder de plusieurs années la reprise mondiale.

Tandis que 70% des habitants sont vaccinés dans certains pays développés, ce chiffre est inférieur à 1% dans les pays à faible revenu. La solidarité signifie garantir rapidement l’accès de toute personne aux vaccins. Les promesses de doses et de fonds sont les bienvenues. Mais soyons réalistes. Il nous faut non pas un milliard, mais au moins onze milliards de doses pour vacciner 70% de la population mondiale et enrayer cette pandémie. Ce n’est pas par des dons et de bonnes intentions que nous y parviendrons. Il nous faut mener la plus grande action de santé publique de l’histoire.

Le G20, épaulé par les principaux pays producteurs et les institutions financières internationales, doit mettre en place, au plus vite, un plan de vaccination mondial à l’intention de toutes les personnes, partout dans le monde.

La deuxième épreuve, sur le plan de la solidarité, consiste à apporter une aide économique vitale aux pays qui sont au bord du défaut de paiement. Les pays riches ont consacré l’équivalent de 28% de leur PIB pour faire front à la crise de la Covid-19. Dans les pays à revenu intermédiaire, ce chiffre tombe à 6,5% et, dans les pays les moins avancés, à moins de 2%.

De nombreux pays en développement subissent désormais des coûts du service de la dette écrasants, à un moment où leurs budgets nationaux sont mis à rude épreuve et où leur capacité de lever des impôts est réduite. La pandémie devrait augmenter de quelque 120 millions le nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté dans le monde ; plus des trois quarts de ces « nouveaux pauvres » se trouvent dans des pays à revenu intermédiaire. Ces pays ont besoin d’un coup de pouce pour éviter une catastrophe financière et pour investir dans une reprise solide.

Le Fonds monétaire international est intervenu afin d’allouer 650 milliards de dollars en droits de tirage spéciaux, qui est le meilleur moyen d’augmenter les fonds disponibles pour les économies à court de liquidités. Les pays les plus riches devraient acheminer les parts inutilisées de ces fonds vers les pays à revenu faible ou intermédiaire. C’est une mesure de solidarité importante.

Je me félicite des mesures que le G20 a déjà prises, notamment l’Initiative de suspension du service de la dette et le Cadre commun pour le traitement de la dette. Elles demeurent cependant insuffisantes. L’allégement de la dette doit être étendu à tous les pays à revenu intermédiaire qui en ont besoin. Les prêteurs privés doivent également figurer dans l’équation.

La troisième épreuve, sur le plan de la solidarité, concerne les changements climatiques. La plupart des grandes économies se sont attachées à réduire à zéro les émissions nettes, d’ici à 2050, conformément à l’objectif de 1,5 degré de l’Accord de Paris. Pour que la Cop26 qui se déroulera à Glasgow soit un moment charnière, tous les pays du G20 et les pays en développement doivent faire la même promesse.

Les pays en développement ont néanmoins besoin d’être confortés dans leurs ambitions, par l’octroi d’un soutien financier et technique, notamment les 100 milliards de dollars de financement annuel de l’action climatique, qui leur avaient été promis par les pays développés il y a plus de dix ans. Cette demande est tout à fait raisonnable. Des Caraïbes au Pacifique, les économies en développement se sont vu infliger d’énormes factures d’infrastructures en raison d’un siècle d’émissions de gaz à effet de serre auxquelles elles n’ont pas participé.

La solidarité commence par le versement des 100 milliards de dollars. Elle devrait s’étendre à l’affectation de 50% de l’ensemble du financement de l’action climatique visant l’adaptation, notamment la construction de logements résistants, de routes surélevées et de systèmes efficaces d’alerte rapide permettant de résister aux tempêtes, aux sécheresses et autres phénomènes météorologiques extrêmes.

Tous les pays ont pâti de la pandémie. Les démarches nationalistes à l’égard des biens publics mondiaux comme les vaccins, la durabilité et l’action climatique ne peuvent cependant mener qu’à la ruine.

Le G20 peut nous mettre sur la voie de la reprise. Les six prochains mois montreront si la solidarité mondiale va au-delà des mots et se traduit par des mesures véritables. Face à ces trois épreuves fondamentales, en faisant montre de volonté politique et d’un pouvoir mobilisateur guidé par des principes, les dirigeants du G20 peuvent mettre fin à la pandémie, renforcer les fondements de l’économie mondiale et prévenir une catastrophe climatique. »

Reprise Économique mondiale : impulsée par la consommation des États-Unis

Reprise Économique mondiale : impulsée par la consommation des États-Unis

 

La relance fédérale et l’épargne accumulée durant la pandémie stimulent la consommation aux Etats-Unis et la croissance dans le reste du monde d’après Tom Fairless et Stella Yifan Xie  du Wall Street Journal (Extrait)

 

 

 

Stimulée par une relance de près de 6 000 milliards de dollars et avide de produits fabriqués dans le monde entier, l’économie américaine endosse aujourd’hui le rôle qu’avait joué la Chine au lendemain de la crise financière de 2008, observent les économistes.

Si le reste du monde se félicite largement de l’explosion de la demande dans la première économie mondiale, l’ampleur de l’expansion américaine produit un effet ricochet sur les marchés financiers et entraîne des perturbations à travers la planète – goulots d’étranglement dans le transport maritime en Asie orientale, impacts sur les devises et envolée des prix des matières premières.

« Nous nous attendons à voir déferler une vague d’inflation, déclare Angelo Trocchia, directeur général du lunetier italien Safilo, dont l’usine chinoise tourne à plein régime et fait face à l’augmentation des prix de matériaux comme le plastique. Nous avons besoin de savoir comment les banques centrales vont réagir. »

Jusqu’au milieu des années 2000, la croissance mondiale avait été tirée principalement par les Etats-Unis, jusqu’à ce que l’expansion spectaculaire de l’économie chinoise lui fournisse un second moteur, qui s’est souvent révélé plus puissant. A présent, la croissance chinoise, bien qu’encore vigoureuse, devrait décélérer dans le courant de l’année après s’être rapidement remise de la pandémie de Covid-19, le gouvernement cherchant à juguler l’activité de crédit. L’économie européenne, dont la reprise est plus lente et pâtit de la faiblesse des dépenses de consommation, contribue aussi à atténuer l’inflation et la demande mondiales.

A lui seul, le dernier plan de dépenses des Etats-Unis devrait accroître la production dans des proportions pouvant atteindre 0,5 point de pourcentage au Japon, en Chine et dans la zone euro au cours des douze prochains mois

Rapporté au PIB mondial, le plan de relance budgétaire américain est environ sept fois plus important que ne l’était celui de la Chine au lendemain de la crise financière de 2008.

A lui seul, le dernier plan de dépenses des Etats-Unis devrait accroître la production dans des proportions pouvant atteindre 0,5 point de pourcentage au Japon, en Chine et dans la zone euro au cours des douze prochains mois, et un point de pourcentage au Canada et au Mexique, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En mai, l’OCDE a relevé sa prévision de croissance de l’économie mondiale à 5,8 % pour 2021, ce qui en ferait l’expansion la plus rapide depuis 1973.

« Ce sont des chiffres considérables, souligne Adam Posen, ancien membre du comité monétaire de la Banque d’Angleterre. La politique budgétaire américaine atteint des proportions inédites en temps de paix. » Le Japon et l’Europe ne peuvent probablement pas dépasser un taux de croissance d’environ 1 % par an, au mieux, dans la durée, estime-t-il. « Dans une certaine mesure, l’Europe, la Chine et le Japon profiteront à bon compte des largesses de la relance budgétaire américaine. »

L’effet ricochet de la vigoureuse croissance américaine sur le système financier mondial dépasse de loin celui de la Chine après 2008 ou aujourd’hui, car les marchés financiers chinois demeurent relativement isolés, tandis que le dollar domine les marchés internationaux de la dette ainsi que les réserves de change.

Mais ce que l’économie américaine florissante donne d’une main, elle le reprend d’une autre. Le reste du monde peut profiter de la forte augmentation des échanges commerciaux mais de nombreux pays risquent de pâtir d’une accélération de l’inflation, d’une appréciation du dollar et de la hausse des rendements obligataires, autant de facteurs susceptibles de limiter leur reprise.

Le billet vert s’est renchéri face aux autres monnaies depuis que les banquiers centraux de la Réserve fédérale ont indiqué mi-juin qu’ils comptaient relever les taux d’intérêt d’ici à la fin 2023. Pour contrecarrer la dépréciation de leurs propres monnaies et contrôler l’inflation, les banques centrales russe, brésilienne et turque ont augmenté leurs propres taux d’intérêt à plusieurs reprises ces dernières semaines.

La politique monétaire ultra-accommodante de la Fed a permis jusqu’ici de contrôler les flux financiers à destination des Etats-Unis, mais tout changement créerait un risque pour de nombreux marchés émergents

La dernière chose dont ont besoin les marchés émergents en ce moment est une hausse des coûts d’emprunt, note Tamara Basic Vasiljev, économiste chez Oxford Economics à Londres. « Mais si votre économie est dollarisée, vous êtes contraint de relever vos taux même si vous pensez que cela ne résoudra aucun problème », ajoute-t-elle.

La politique monétaire ultra-accommodante de la Fed a permis jusqu’ici de contrôler les flux financiers à destination des Etats-Unis, mais tout changement créerait un risque pour de nombreux marchés émergents, notamment ceux qui accusent d’importants déficits des comptes courants.

Un mouvement mondial de hausse des taux d’intérêt, avec la Fed à sa tête, pourrait freiner la reprise dans certaines régions, au moment même où la dette des pays émergents atteint un niveau record de plus de 86 000 milliards de dollars, selon l’Institut de la finance internationale.

Si la Fed maintient ses taux bas, néanmoins, elle risque de favoriser la création de bulles sur les marchés mondiaux d’actifs. Les banques centrales des pays scandinaves ainsi que celle de la Corée du Sud ont annoncé leur intention de resserrer leur politique monétaire en partie pour contrer le développement potentiel de bulles, notamment dans l’immobilier.

Le boom de la demande américaine pourrait aider les Etats-Unis à renforcer leurs relations économiques avec leurs alliés à l’heure où la Chine se replie de plus en plus sur son marché intérieur et où ses autorités suscitent une méfiance croissante dans le monde.

Si les Etats-Unis restent la première économie mondiale, leur influence économique et politique en Asie a souffert de l’essor chinois durant la décennie passée. Des pays comme l’Australie ou Taïwan sont plus vulnérables aux pressions économiques chinoises lorsque Pékin décide de limiter ou de suspendre les échanges de certains biens en vue d’atteindre ses objectifs politiques.

L’économie chinoise devrait croître de 8,5 % cette année, selon l’OCDE, et son expansion jusqu’en 2026 devrait représenter l’équivalent du PIB de l’Australie chaque année.

L’économie américaine de son côté devrait connaître sa plus forte reprise depuis le début des années 1980, forte d’un taux de croissance de 6,9 % cette année, d’après l’OCDE. Ce dynamisme est crucial pour l’économie mondiale car les consommateurs américains sont la pierre angulaire du commerce mondial. Les Etats-Unis représentent environ 27 % des dépenses mondiales de consommation finale, contre seulement 11 % pour la Chine, selon des chiffres de 2017 de Deloitte.

Une grande partie de la production économique des autres pays est tributaire des dépenses des consommateurs américains, lesquelles sont attendues en hausse d’environ 10 % en 2021 par rapport à 2020, une fois corrigées de l’inflation – soit leur plus forte augmentation depuis 1946, selon Oxford Economics.

Les revenus des Américains ont continué de progresser durant la pandémie. Les ménages américains ont accumulé 2 600 milliards de dollars d’« épargne excédentaire », selon les calculs de Moody’s, qui a comparé leur comportement en 2020 à celui de 2019, et leurs dépenses sont très fortement orientées vers des biens fabriqués à l’étranger.

Les Etats-Unis devraient enregistrer environ 170 milliards de dollars d’importations supplémentaires chaque année jusqu’en 2026, contre 140 milliards pour la Chine, selon HSBC.

Ils dépenseront cette année en importations 876 milliards de dollars de plus que ce qu’ils tirent de leurs exportations – soit un déficit record des comptes courants – tandis que la Chine verra ses exportations dépasser de 274 milliards de dollars ses importations, selon le Fonds monétaire international. La Chine, qui affichait déjà l’année dernière l’excédent des comptes courant le plus élevé du monde, a enregistré une augmentation de près de 40 % de ses exportations au premier trimestre 2021 en glissement annuel.

L’ampleur de la demande américaine d’importations contraste nettement avec la situation observée au lendemain de la crise financière de 2008, lorsque de nombreux ménages cherchaient avant tout à rembourser leurs dettes.

La perspective de plusieurs années d’expansion aux Etats-Unis incite de nombreuses entreprises dans le monde à investir dans de nouvelles capacités de production. Morgan Stanley anticipe une hausse des investissements mondiaux, en données corrigées de l’inflation, de plus d’un cinquième d’ici à la fin 2022 par rapport aux niveaux de l’avant-pandémie, après plusieurs années de croissance médiocre.

Cette évolution est particulièrement importante pour la Chine, où l’augmentation des investissements et la vigueur de la demande d’exportations permettront de contrebalancer une reprise beaucoup plus lente de la consommation intérieure, selon l’OCDE.

 

Les entreprises allemandes de construction mécanique observent une envolée de la demande d’équipements à destination des usines asiatiques exportant leurs produits aux Etats-Unis. Taiwan Semiconductor Manufacturing a annoncé de vastes projets d’investissement visant à augmenter la production de semi-conducteurs, destinés pour l’essentiel aux Etats-Unis. Les exploitants agricoles de pays comme le Brésil commandent des machines pour pouvoir satisfaire la demande américaine croissante en huiles, entre autres.

« Les entreprises procèdent actuellement aux investissements qu’elles avaient reportés », explique Ayumi Hayashida, responsable des relations publiques et des relations avec les investisseurs du fabricant de robots industriels Yaskawa Electric. Celui-ci a vu ses commandes à destination de l’Amérique du Nord bondir de 26 % entre décembre et février par rapport au trimestre précédent.

L’expansion du marché immobilier américain a conduit Uponor Oyj, spécialiste finlandais de la tuyauterie dont les produits équipent environ un tiers des nouveaux logements aux Etats-Unis, à accroître le nombre de ses lignes de production « aussi rapidement que nos ingénieurs pouvaient les commander » sur un site de fabrication récemment acheté dans le Minnesota, explique le directeur général de l’entreprise, Jyri Luomakoski. Les ventes d’Uponor Oyj en Amérique du Nord ont progressé de 22 % au premier trimestre en glissement annuel, contre 8 % environ en Europe.

L’ampleur des bénéfices réalisés par des spécialistes du transport maritime comme A.P. Moller-Maersk, CMA CGM et Hapag-Lloyd incite ces entreprises à étoffer leurs flottes. Sur les cinq premiers mois de 2021, les commandes de nouveaux porte-conteneurs ont été presque deux fois plus importantes que le total de celles de 2019 et 2020, selon le fournisseur de données spécialisé VesselsValue.

 

La politique d’argent facile de la Fed a servi de couverture aux gouvernements et banques centrales dans le monde entier – y compris dans des pays émergents déjà très endettés comme le Brésil – pour ouvrir eux aussi généreusement les vannes du crédit bon marché et des dépenses publiques.

« Le fait que la Réserve fédérale ait l’intention de laisser ses taux d’intérêt inchangés pendant deux ans nous permet de respirer, a déclaré Jonathan Heath, gouverneur adjoint de la banque centrale mexicaine, lors d’un entretien le 31 mai. En temps normal, nous serions clairement en train de relever nos taux. »

L’ampleur du rebond américain n’est pas sans causer des tensions à travers le monde, cependant. Là où le boom tiré par la Chine avait entraîné une hausse des prix des matières premières, la reprise américaine provoque le renchérissement d’un très grand nombre de biens de consommation.

La forte demande d’appareils électroniques comme les ordinateurs portables, les téléphones mobiles et les téléviseurs durant la pandémie s’est traduite par une pénurie d’étain, dont les cours se sont approchés de niveaux record. La demande mondiale a toutefois été freinée par la faiblesse de la consommation des ménages dans l’Union européenne et dans les grands pays d’Amérique latine comme le Mexique et le Brésil.

Certains constructeurs navals demandent à leurs clients de payer un supplément pour la livraison de nouveaux navires parce que les prix de l’acier ont augmenté. Wildlife World, entreprise britannique qui fournit de la nourriture et des équipements pour animaux ainsi que des caméras pour observer la vie sauvage, a vu les coûts d’envoi de ses produits quasiment sextupler, indique Vanessa McDonald, directrice des ventes.

Une partie de cette hausse est répercutée sur la clientèle. « Tout le monde accepte des hausses de prix importantes, observe Mme McDonald. Je n’ai jamais vu une telle demande. » L’entreprise a enregistré une augmentation de 90 % de ses ventes aux Etats-Unis durant l’exercice financier qui vient de s’achever.

Les centaines de milliers d’usines chinoises subissent la hausse rapide des coûts des matières premières. Pétrole, minerai de fer et métaux sont à l’origine d’une augmentation de 9 % des prix de sortie d’usine en mai en glissement annuel, soit la plus forte en près de 13 ans.

La hausse des prix constitue un casse-tête pour les banquiers centraux d’économies émergentes comme le Brésil et la Russie, où l’inflation atteint ses niveaux les plus élevés depuis des années. Ces deux pays ont déjà relevé leur taux directeur trois fois cette année afin de soutenir leur monnaie, entraînant un renchérissement des coûts d’emprunt alors même qu’ils continuent de lutter contre la pandémie. La moindre poussée d’inflation peut déstabiliser les investisseurs et causer une dépréciation des monnaies, réduisant la capacité des entreprises et des ménages à assurer le service de leur dette, laquelle est souvent libellée en dollars ou en euros.

 

Au Canada, la vigueur de la croissance américaine stimule les exportations, tirant à la hausse les prix du pétrole et soutenant le dollar canadien, dont la valeur atteint son niveau le plus élevé en six ans face au billet vert. L’inflation canadienne a grimpé à 3,6 %, un plus-haut en dix ans, poussant la banque centrale à relâcher ses mesures extraordinaires de relance malgré une troisième vague de Covid-19 qui devrait peser sur la croissance. La banque centrale a ralenti son programme d’achats d’actifs en avril, devenant la première du G7 à prendre une telle décision.

De son côté, la Banque centrale européenne a renforcé ses achats d’obligations en mars, dans le but de faire baisser les rendements des emprunts d’Etat, invoquant une hausse mondiale des coûts d’emprunt en partie imputable « aux anticipations d’inflation et aux prévisions de croissance du PIB aux Etats-Unis ». La relance monétaire de la BCE permet de contenir les coûts d’emprunt tout en maintenant le taux de change de l’euro face au dollar à un niveau bas, paramètre essentiel pour une région très dépendante des exportations.

Deux mois plus tard, la BCE a lancé une mise en garde contre les risques accrus de correction sur le marché immobilier résidentiel de la zone euro, sur fond de signes de surévaluation

Anthony Harrup, Juan Carlos Rivera et Megumi Fujikawa ont contribué à cet article

Politique–dictature chinoise une menace pour la paix mondiale

Politique–dictature chinoise  une menace pour la paix mondiale

 

A l’occasion du 100e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois, le député européen bulgare Ilhan Kyuchyuk, interdit de séjour en Chine depuis ses prises de position contre la répression des Ouïgours, retrace, dans une tribune au « Monde », l’histoire du régime totalitaire et les erreurs des pays occidentaux à son égard.

 

Tribune. 

 

La Chine fête en grande pompe le 100anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois, créé à Shanghaï le 1er juillet 1921. Pour le peuple chinois, il y a de quoi se sentir fier : une montée en puissance habilement conçue et couronnée de succès le 1er octobre 1949, puis une continuité sans faille. A aucun moment la Chine n’aura connu d’alternance à la tête de la Cité interdite, ni même vu émerger un parti d’opposition.

Nous voyons à un bout de ce siècle le futur président Mao Zedong, simple bibliothécaire à l’origine, s’imposer d’abord comme un chef politique, puis comme un stratège militaire sans états d’âme, et enfin comme un dictateur illuminé. Il a mené son pays en alternant campagnes idéologiques forcenées et périodes de répit indispensables au redémarrage économique.


A l’autre bout de cette longue histoire, l’héritier direct de Mao, Xi Jinping, qui reprend les méthodes bien rodées du culte de la personnalité, et remet à l’honneur les méthodes honnies de la Révolution culturelle (1966-1976)telles que l’arrestation des opposants, penseurs, patrons d’entreprises trop ambitieux, au nom de la sacro-sainte stabilité sociale. Entre ces deux extrémités, combien de Chinois sacrifiés sur l’autel du parti unique ? Combien d’options divergentes qui auraient pu garantir à la Chine un développement pacifique et bienveillant à l’égard de son peuple ?

Qui se souvient de Chen Duxiu, le premier secrétaire du tout nouveau Parti communiste chinois ? Un homme qui, dès les années 1910, prônait l’adaptation à la Chine de certaines idées nouvelles venues de l’Occident, telles que le communisme, il est vrai, mais aussi le rejet du conservatisme confucéen qui avait fossilisé la Chine, et l’égalité des sexes. Il mourut dans la solitude en 1942, marginalisé et persécuté par son grand rival Mao. Suivirent tous les autres : Peng Dehuai, qui aurait voulu tempérer les ardeurs de Mao durant la réforme du Grand Bond en avant, initiative brutale qui provoqua la famine de 30 ou 40 millions de Chinois, puis le fidèle bras droit, Lin Biao, dont l’avion s’écrasa au sol alors qu’il tentait de rejoindre la Russie.

 

Xi Jinping a renoué avec cette glorieuse tradition en éliminant d’abord les proches de ses prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, sous prétexte de « corruption », puis les avocats défenseurs des droits civiques, qu’il fit enfermer par centaines en 2015.

N’oublions pas Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix 2010, mort en détention en 2017, pour avoir refusé d’oublier les victimes du massacre de la place Tiananmen en 1989. Liu nous avait rappelé dans une série d’articles les grands aveuglements de l’Occident face à la montée des dictatures du XXsiècle. Il disait dans un article posté sur Internet en 2005, et intitulé « Les quatre grandes erreurs des pays libres au XXsiècle » qu’il ne comprenait pas comment les intellectuels occidentaux avaient pu s’enticher d’un dictateur comme Staline. Pourquoi la France et la Grande-Bretagne avaient-elles si aisément accepté de faire des compromis avec l’Allemagne et l’Italie ? Après la seconde guerre mondiale, pourquoi les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient-ils fait de telles concessions à l’URSS ? Dans les années 1960 et 1970, pourquoi les intellectuels européens les plus brillants se sont-ils entichés de la « pensée Mao Zedong » ?

Économie–Reprise mondiale : impulsée par la consommation des États-Unis

Économie–Reprise mondiale : impulsée par la consommation des États-Unis

 

La relance fédérale et l’épargne accumulée durant la pandémie stimulent la consommation aux Etats-Unis et la croissance dans le reste du monde d’après Tom Fairless et Stella Yifan Xie  du Wall Street Journal (Extrait)

 

 

Stimulée par une relance de près de 6 000 milliards de dollars et avide de produits fabriqués dans le monde entier, l’économie américaine endosse aujourd’hui le rôle qu’avait joué la Chine au lendemain de la crise financière de 2008, observent les économistes.

Si le reste du monde se félicite largement de l’explosion de la demande dans la première économie mondiale, l’ampleur de l’expansion américaine produit un effet ricochet sur les marchés financiers et entraîne des perturbations à travers la planète – goulots d’étranglement dans le transport maritime en Asie orientale, impacts sur les devises et envolée des prix des matières premières.

«

Rapporté au PIB mondial, le plan de relance budgétaire américain est environ sept fois plus important que ne l’était celui de la Chine au lendemain de la crise financière de 2008.

A lui seul, le dernier plan de dépenses des Etats-Unis devrait accroître la production dans des proportions pouvant atteindre 0,5 point de pourcentage au Japon, en Chine et dans la zone euro au cours des douze prochains mois, et un point de pourcentage au Canada et au Mexique, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En mai, l’OCDE a relevé sa prévision de croissance de l’économie mondiale à 5,8 % pour 2021, ce qui en ferait l’expansion la plus rapide depuis 1973.

 

L’effet ricochet de la vigoureuse croissance américaine sur le système financier mondial dépasse de loin celui de la Chine après 2008 ou aujourd’hui, car les marchés financiers chinois demeurent relativement isolés, tandis que le dollar domine les marchés internationaux de la dette ainsi que les réserves de change.

Mais ce que l’économie américaine florissante donne d’une main, elle le reprend d’une autre. Le reste du monde peut profiter de la forte augmentation des échanges commerciaux mais de nombreux pays risquent de pâtir d’une accélération de l’inflation, d’une appréciation du dollar et de la hausse des rendements obligataires, autant de facteurs susceptibles de limiter leur reprise.

Le billet vert s’est renchéri face aux autres monnaies depuis que les banquiers centraux de la Réserve fédérale ont indiqué mi-juin qu’ils comptaient relever les taux d’intérêt d’ici à la fin 2023. Pour contrecarrer la dépréciation de leurs propres monnaies et contrôler l’inflation, les banques centrales russe, brésilienne et turque ont augmenté leurs propres taux d’intérêt à plusieurs reprises ces dernières semaines.

La politique monétaire ultra-accommodante de la Fed a permis jusqu’ici de contrôler les flux financiers à destination des Etats-Unis, mais tout changement créerait un risque pour de nombreux marchés émergents

La dernière chose dont ont besoin les marchés émergents en ce moment est une hausse des coûts d’emprunt, note Tamara Basic Vasiljev, économiste chez Oxford Economics à Londres. « Mais si votre économie est dollarisée, vous êtes contraint de relever vos taux même si vous pensez que cela ne résoudra aucun problème », ajoute-t-elle.

La politique monétaire ultra-accommodante de la Fed a permis jusqu’ici de contrôler les flux financiers à destination des Etats-Unis, mais tout changement créerait un risque pour de nombreux marchés émergents, notamment ceux qui accusent d’importants déficits des comptes courants.

Un mouvement mondial de hausse des taux d’intérêt, avec la Fed à sa tête, pourrait freiner la reprise dans certaines régions, au moment même où la dette des pays émergents atteint un niveau record de plus de 86 000 milliards de dollars, selon l’Institut de la finance internationale.

Si la Fed maintient ses taux bas, néanmoins, elle risque de favoriser la création de bulles sur les marchés mondiaux d’actifs. Les banques centrales des pays scandinaves ainsi que celle de la Corée du Sud ont annoncé leur intention de resserrer leur politique monétaire en partie pour contrer le développement potentiel de bulles, notamment dans l’immobilier.

Le boom de la demande américaine pourrait aider les Etats-Unis à renforcer leurs relations économiques avec leurs alliés à l’heure où la Chine se replie de plus en plus sur son marché intérieur et où ses autorités suscitent une méfiance croissante dans le monde.

Si les Etats-Unis restent la première économie mondiale, leur influence économique et politique en Asie a souffert de l’essor chinois durant la décennie passée. Des pays comme l’Australie ou Taïwan sont plus vulnérables aux pressions économiques chinoises lorsque Pékin décide de limiter ou de suspendre les échanges de certains biens en vue d’atteindre ses objectifs politiques.

L’économie chinoise devrait croître de 8,5 % cette année, selon l’OCDE, et son expansion jusqu’en 2026 devrait représenter l’équivalent du PIB de l’Australie chaque année.

L’économie américaine de son côté devrait connaître sa plus forte reprise depuis le début des années 1980, forte d’un taux de croissance de 6,9 % cette année, d’après l’OCDE. Ce dynamisme est crucial pour l’économie mondiale car les consommateurs américains sont la pierre angulaire du commerce mondial. Les Etats-Unis représentent environ 27 % des dépenses mondiales de consommation finale, contre seulement 11 % pour la Chine, selon des chiffres de 2017 de Deloitte.

Une grande partie de la production économique des autres pays est tributaire des dépenses des consommateurs américains, lesquelles sont attendues en hausse d’environ 10 % en 2021 par rapport à 2020, une fois corrigées de l’inflation – soit leur plus forte augmentation depuis 1946, selon Oxford Economics.

Les revenus des Américains ont continué de progresser durant la pandémie. Les ménages américains ont accumulé 2 600 milliards de dollars d’« épargne excédentaire », selon les calculs de Moody’s, qui a comparé leur comportement en 2020 à celui de 2019, et leurs dépenses sont très fortement orientées vers des biens fabriqués à l’étranger.

Les Etats-Unis devraient enregistrer environ 170 milliards de dollars d’importations supplémentaires chaque année jusqu’en 2026, contre 140 milliards pour la Chine, selon HSBC.

Ils dépenseront cette année en importations 876 milliards de dollars de plus que ce qu’ils tirent de leurs exportations – soit un déficit record des comptes courants – tandis que la Chine verra ses exportations dépasser de 274 milliards de dollars ses importations, selon le Fonds monétaire international. La Chine, qui affichait déjà l’année dernière l’excédent des comptes courant le plus élevé du monde, a enregistré une augmentation de près de 40 % de ses exportations au premier trimestre 2021 en glissement annuel.

L’ampleur de la demande américaine d’importations contraste nettement avec la situation observée au lendemain de la crise financière de 2008, lorsque de nombreux ménages cherchaient avant tout à rembourser leurs dettes.

La perspective de plusieurs années d’expansion aux Etats-Unis incite de nombreuses entreprises dans le monde à investir dans de nouvelles capacités de production. Morgan Stanley anticipe une hausse des investissements mondiaux, en données corrigées de l’inflation, de plus d’un cinquième d’ici à la fin 2022 par rapport aux niveaux de l’avant-pandémie, après plusieurs années de croissance médiocre.

Cette évolution est particulièrement importante pour la Chine, où l’augmentation des investissements et la vigueur de la demande d’exportations permettront de contrebalancer une reprise beaucoup plus lente de la consommation intérieure, selon l’OCDE.

 

 

L’ampleur du rebond américain n’est pas sans causer des tensions à travers le monde, cependant. Là où le boom tiré par la Chine avait entraîné une hausse des prix des matières premières, la reprise américaine provoque le renchérissement d’un très grand nombre de biens de consommation.

La forte demande d’appareils électroniques comme les ordinateurs portables, les téléphones mobiles et les téléviseurs durant la pandémie s’est traduite par une pénurie d’étain, dont les cours se sont approchés de niveaux record. La demande mondiale a toutefois été freinée par la faiblesse de la consommation des ménages dans l’Union européenne et dans les grands pays d’Amérique latine comme le Mexique et le Brésil.

Certains constructeurs navals demandent à leurs clients de payer un supplément pour la livraison de nouveaux navires parce que les prix de l’acier ont augmenté. Wildlife World, entreprise britannique qui fournit de la nourriture et des équipements pour animaux ainsi que des caméras pour observer la vie sauvage, a vu les coûts d’envoi de ses produits quasiment sextupler, indique Vanessa McDonald, directrice des ventes.

Une partie de cette hausse est répercutée sur la clientèle. « Tout le monde accepte des hausses de prix importantes, observe Mme McDonald. Je n’ai jamais vu une telle demande. » L’entreprise a enregistré une augmentation de 90 % de ses ventes aux Etats-Unis durant l’exercice financier qui vient de s’achever.

Les centaines de milliers d’usines chinoises subissent la hausse rapide des coûts des matières premières. Pétrole, minerai de fer et métaux sont à l’origine d’une augmentation de 9 % des prix de sortie d’usine en mai en glissement annuel, soit la plus forte en près de 13 ans.

La hausse des prix constitue un casse-tête pour les banquiers centraux d’économies émergentes comme le Brésil et la Russie, où l’inflation atteint ses niveaux les plus élevés depuis des années. Ces deux pays ont déjà relevé leur taux directeur trois fois cette année afin de soutenir leur monnaie, entraînant un renchérissement des coûts d’emprunt alors même qu’ils continuent de lutter contre la pandémie. La moindre poussée d’inflation peut déstabiliser les investisseurs et causer une dépréciation des monnaies, réduisant la capacité des entreprises et des ménages à assurer le service de leur dette, laquelle est souvent libellée en dollars ou en euros.

 

Au Canada, la vigueur de la croissance américaine stimule les exportations, tirant à la hausse les prix du pétrole et soutenant le dollar canadien, dont la valeur atteint son niveau le plus élevé en six ans face au billet vert. L’inflation canadienne a grimpé à 3,6 %, un plus-haut en dix ans, poussant la banque centrale à relâcher ses mesures extraordinaires de relance malgré une troisième vague de Covid-19 qui devrait peser sur la croissance. La banque centrale a ralenti son programme d’achats d’actifs en avril, devenant la première du G7 à prendre une telle décision.

De son côté, la Banque centrale européenne a renforcé ses achats d’obligations en mars, dans le but de faire baisser les rendements des emprunts d’Etat, invoquant une hausse mondiale des coûts d’emprunt en partie imputable « aux anticipations d’inflation et aux prévisions de croissance du PIB aux Etats-Unis ». La relance monétaire de la BCE permet de contenir les coûts d’emprunt tout en maintenant le taux de change de l’euro face au dollar à un niveau bas, paramètre essentiel pour une région très dépendante des exportations.

Deux mois plus tard, la BCE a lancé une mise en garde contre les risques accrus de correction sur le marché immobilier résidentiel de la zone euro, sur fond de signes de surévaluation

Finances-Fiscalité mondiale: pas pour les banques ?

Finances-Fiscalité mondiale:  pas pour les banques ?

 

Boris Johnson n’est pas une contradiction près. Il est très content de recevoir le G7 qui va notamment officialiser la nouvelle fiscalité mondiale d’au moins 15 % concernant les multinationales aux sièges sociaux nomades.

Boris Johnson comme d’ailleurs la plupart des autres responsables mondiaux se sont félicité de ce progrès. Reste évidemment à mettre en œuvre le nouvelle impôt et surtout à vérifier que l’ingénierie fiscale dans rendra pas possible des évitements fiscaux comme ceux qui consistent à internaliser dans les pays à forte fiscalité les coûts et par contre à externaliser les bénéfices dans les pays à faible fiscalité. Tout cela par le jeu des filiales.

Mais les banques britanniques n’approuvent guère cette fiscalité internationale nouvelle et voudrait bien que les services financiers – activité centrale au Royaume-Uni–soit épargnée par la nouvelle taxation.

Ainsi, Rishi Sunak, le ministre britannique des Finances, hôte de la réunion du G7 samedi dernier, défend, selon le Financial Times et Bloomberg une exemption de cette taxe mondiale pour les services financiers et les banques. Un soutien bien compris aux intérêts de la City.

Reprise mondiale : impulsée par la consommation des États-Unis

Reprise mondiale : impulsée par la consommation des États-Unis

 

La relance fédérale et l’épargne accumulée durant la pandémie stimulent la consommation aux Etats-Unis et la croissance dans le reste du monde d’après Tom Fairless et Stella Yifan Xie  du Wall Street Journal (Extrait)

 

 

 

Stimulée par une relance de près de 6 000 milliards de dollars et avide de produits fabriqués dans le monde entier, l’économie américaine endosse aujourd’hui le rôle qu’avait joué la Chine au lendemain de la crise financière de 2008, observent les économistes.

Si le reste du monde se félicite largement de l’explosion de la demande dans la première économie mondiale, l’ampleur de l’expansion américaine produit un effet ricochet sur les marchés financiers et entraîne des perturbations à travers la planète – goulots d’étranglement dans le transport maritime en Asie orientale, impacts sur les devises et envolée des prix des matières premières.

« Nous nous attendons à voir déferler une vague d’inflation, déclare Angelo Trocchia, directeur général du lunetier italien Safilo, dont l’usine chinoise tourne à plein régime et fait face à l’augmentation des prix de matériaux comme le plastique. Nous avons besoin de savoir comment les banques centrales vont réagir. »

Jusqu’au milieu des années 2000, la croissance mondiale avait été tirée principalement par les Etats-Unis, jusqu’à ce que l’expansion spectaculaire de l’économie chinoise lui fournisse un second moteur, qui s’est souvent révélé plus puissant. A présent, la croissance chinoise, bien qu’encore vigoureuse, devrait décélérer dans le courant de l’année après s’être rapidement remise de la pandémie de Covid-19, le gouvernement cherchant à juguler l’activité de crédit. L’économie européenne, dont la reprise est plus lente et pâtit de la faiblesse des dépenses de consommation, contribue aussi à atténuer l’inflation et la demande mondiales.

A lui seul, le dernier plan de dépenses des Etats-Unis devrait accroître la production dans des proportions pouvant atteindre 0,5 point de pourcentage au Japon, en Chine et dans la zone euro au cours des douze prochains mois

Rapporté au PIB mondial, le plan de relance budgétaire américain est environ sept fois plus important que ne l’était celui de la Chine au lendemain de la crise financière de 2008.

A lui seul, le dernier plan de dépenses des Etats-Unis devrait accroître la production dans des proportions pouvant atteindre 0,5 point de pourcentage au Japon, en Chine et dans la zone euro au cours des douze prochains mois, et un point de pourcentage au Canada et au Mexique, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En mai, l’OCDE a relevé sa prévision de croissance de l’économie mondiale à 5,8 % pour 2021, ce qui en ferait l’expansion la plus rapide depuis 1973.

« Ce sont des chiffres considérables, souligne Adam Posen, ancien membre du comité monétaire de la Banque d’Angleterre. La politique budgétaire américaine atteint des proportions inédites en temps de paix. » Le Japon et l’Europe ne peuvent probablement pas dépasser un taux de croissance d’environ 1 % par an, au mieux, dans la durée, estime-t-il. « Dans une certaine mesure, l’Europe, la Chine et le Japon profiteront à bon compte des largesses de la relance budgétaire américaine. »

L’effet ricochet de la vigoureuse croissance américaine sur le système financier mondial dépasse de loin celui de la Chine après 2008 ou aujourd’hui, car les marchés financiers chinois demeurent relativement isolés, tandis que le dollar domine les marchés internationaux de la dette ainsi que les réserves de change.

Mais ce que l’économie américaine florissante donne d’une main, elle le reprend d’une autre. Le reste du monde peut profiter de la forte augmentation des échanges commerciaux mais de nombreux pays risquent de pâtir d’une accélération de l’inflation, d’une appréciation du dollar et de la hausse des rendements obligataires, autant de facteurs susceptibles de limiter leur reprise.

Le billet vert s’est renchéri face aux autres monnaies depuis que les banquiers centraux de la Réserve fédérale ont indiqué mi-juin qu’ils comptaient relever les taux d’intérêt d’ici à la fin 2023. Pour contrecarrer la dépréciation de leurs propres monnaies et contrôler l’inflation, les banques centrales russe, brésilienne et turque ont augmenté leurs propres taux d’intérêt à plusieurs reprises ces dernières semaines.

La politique monétaire ultra-accommodante de la Fed a permis jusqu’ici de contrôler les flux financiers à destination des Etats-Unis, mais tout changement créerait un risque pour de nombreux marchés émergents

La dernière chose dont ont besoin les marchés émergents en ce moment est une hausse des coûts d’emprunt, note Tamara Basic Vasiljev, économiste chez Oxford Economics à Londres. « Mais si votre économie est dollarisée, vous êtes contraint de relever vos taux même si vous pensez que cela ne résoudra aucun problème », ajoute-t-elle.

La politique monétaire ultra-accommodante de la Fed a permis jusqu’ici de contrôler les flux financiers à destination des Etats-Unis, mais tout changement créerait un risque pour de nombreux marchés émergents, notamment ceux qui accusent d’importants déficits des comptes courants.

Un mouvement mondial de hausse des taux d’intérêt, avec la Fed à sa tête, pourrait freiner la reprise dans certaines régions, au moment même où la dette des pays émergents atteint un niveau record de plus de 86 000 milliards de dollars, selon l’Institut de la finance internationale.

Si la Fed maintient ses taux bas, néanmoins, elle risque de favoriser la création de bulles sur les marchés mondiaux d’actifs. Les banques centrales des pays scandinaves ainsi que celle de la Corée du Sud ont annoncé leur intention de resserrer leur politique monétaire en partie pour contrer le développement potentiel de bulles, notamment dans l’immobilier.

Le boom de la demande américaine pourrait aider les Etats-Unis à renforcer leurs relations économiques avec leurs alliés à l’heure où la Chine se replie de plus en plus sur son marché intérieur et où ses autorités suscitent une méfiance croissante dans le monde.

Si les Etats-Unis restent la première économie mondiale, leur influence économique et politique en Asie a souffert de l’essor chinois durant la décennie passée. Des pays comme l’Australie ou Taïwan sont plus vulnérables aux pressions économiques chinoises lorsque Pékin décide de limiter ou de suspendre les échanges de certains biens en vue d’atteindre ses objectifs politiques.

L’économie chinoise devrait croître de 8,5 % cette année, selon l’OCDE, et son expansion jusqu’en 2026 devrait représenter l’équivalent du PIB de l’Australie chaque année.

L’économie américaine de son côté devrait connaître sa plus forte reprise depuis le début des années 1980, forte d’un taux de croissance de 6,9 % cette année, d’après l’OCDE. Ce dynamisme est crucial pour l’économie mondiale car les consommateurs américains sont la pierre angulaire du commerce mondial. Les Etats-Unis représentent environ 27 % des dépenses mondiales de consommation finale, contre seulement 11 % pour la Chine, selon des chiffres de 2017 de Deloitte.

Une grande partie de la production économique des autres pays est tributaire des dépenses des consommateurs américains, lesquelles sont attendues en hausse d’environ 10 % en 2021 par rapport à 2020, une fois corrigées de l’inflation – soit leur plus forte augmentation depuis 1946, selon Oxford Economics.

Les revenus des Américains ont continué de progresser durant la pandémie. Les ménages américains ont accumulé 2 600 milliards de dollars d’« épargne excédentaire », selon les calculs de Moody’s, qui a comparé leur comportement en 2020 à celui de 2019, et leurs dépenses sont très fortement orientées vers des biens fabriqués à l’étranger.

Les Etats-Unis devraient enregistrer environ 170 milliards de dollars d’importations supplémentaires chaque année jusqu’en 2026, contre 140 milliards pour la Chine, selon HSBC.

Ils dépenseront cette année en importations 876 milliards de dollars de plus que ce qu’ils tirent de leurs exportations – soit un déficit record des comptes courants – tandis que la Chine verra ses exportations dépasser de 274 milliards de dollars ses importations, selon le Fonds monétaire international. La Chine, qui affichait déjà l’année dernière l’excédent des comptes courant le plus élevé du monde, a enregistré une augmentation de près de 40 % de ses exportations au premier trimestre 2021 en glissement annuel.

L’ampleur de la demande américaine d’importations contraste nettement avec la situation observée au lendemain de la crise financière de 2008, lorsque de nombreux ménages cherchaient avant tout à rembourser leurs dettes.

La perspective de plusieurs années d’expansion aux Etats-Unis incite de nombreuses entreprises dans le monde à investir dans de nouvelles capacités de production. Morgan Stanley anticipe une hausse des investissements mondiaux, en données corrigées de l’inflation, de plus d’un cinquième d’ici à la fin 2022 par rapport aux niveaux de l’avant-pandémie, après plusieurs années de croissance médiocre.

Cette évolution est particulièrement importante pour la Chine, où l’augmentation des investissements et la vigueur de la demande d’exportations permettront de contrebalancer une reprise beaucoup plus lente de la consommation intérieure, selon l’OCDE.

 

Les entreprises allemandes de construction mécanique observent une envolée de la demande d’équipements à destination des usines asiatiques exportant leurs produits aux Etats-Unis. Taiwan Semiconductor Manufacturing a annoncé de vastes projets d’investissement visant à augmenter la production de semi-conducteurs, destinés pour l’essentiel aux Etats-Unis. Les exploitants agricoles de pays comme le Brésil commandent des machines pour pouvoir satisfaire la demande américaine croissante en huiles, entre autres.

« Les entreprises procèdent actuellement aux investissements qu’elles avaient reportés », explique Ayumi Hayashida, responsable des relations publiques et des relations avec les investisseurs du fabricant de robots industriels Yaskawa Electric. Celui-ci a vu ses commandes à destination de l’Amérique du Nord bondir de 26 % entre décembre et février par rapport au trimestre précédent.

L’expansion du marché immobilier américain a conduit Uponor Oyj, spécialiste finlandais de la tuyauterie dont les produits équipent environ un tiers des nouveaux logements aux Etats-Unis, à accroître le nombre de ses lignes de production « aussi rapidement que nos ingénieurs pouvaient les commander » sur un site de fabrication récemment acheté dans le Minnesota, explique le directeur général de l’entreprise, Jyri Luomakoski. Les ventes d’Uponor Oyj en Amérique du Nord ont progressé de 22 % au premier trimestre en glissement annuel, contre 8 % environ en Europe.

L’ampleur des bénéfices réalisés par des spécialistes du transport maritime comme A.P. Moller-Maersk, CMA CGM et Hapag-Lloyd incite ces entreprises à étoffer leurs flottes. Sur les cinq premiers mois de 2021, les commandes de nouveaux porte-conteneurs ont été presque deux fois plus importantes que le total de celles de 2019 et 2020, selon le fournisseur de données spécialisé VesselsValue.

 

La politique d’argent facile de la Fed a servi de couverture aux gouvernements et banques centrales dans le monde entier – y compris dans des pays émergents déjà très endettés comme le Brésil – pour ouvrir eux aussi généreusement les vannes du crédit bon marché et des dépenses publiques.

« Le fait que la Réserve fédérale ait l’intention de laisser ses taux d’intérêt inchangés pendant deux ans nous permet de respirer, a déclaré Jonathan Heath, gouverneur adjoint de la banque centrale mexicaine, lors d’un entretien le 31 mai. En temps normal, nous serions clairement en train de relever nos taux. »

L’ampleur du rebond américain n’est pas sans causer des tensions à travers le monde, cependant. Là où le boom tiré par la Chine avait entraîné une hausse des prix des matières premières, la reprise américaine provoque le renchérissement d’un très grand nombre de biens de consommation.

La forte demande d’appareils électroniques comme les ordinateurs portables, les téléphones mobiles et les téléviseurs durant la pandémie s’est traduite par une pénurie d’étain, dont les cours se sont approchés de niveaux record. La demande mondiale a toutefois été freinée par la faiblesse de la consommation des ménages dans l’Union européenne et dans les grands pays d’Amérique latine comme le Mexique et le Brésil.

Certains constructeurs navals demandent à leurs clients de payer un supplément pour la livraison de nouveaux navires parce que les prix de l’acier ont augmenté. Wildlife World, entreprise britannique qui fournit de la nourriture et des équipements pour animaux ainsi que des caméras pour observer la vie sauvage, a vu les coûts d’envoi de ses produits quasiment sextupler, indique Vanessa McDonald, directrice des ventes.

Une partie de cette hausse est répercutée sur la clientèle. « Tout le monde accepte des hausses de prix importantes, observe Mme McDonald. Je n’ai jamais vu une telle demande. » L’entreprise a enregistré une augmentation de 90 % de ses ventes aux Etats-Unis durant l’exercice financier qui vient de s’achever.

Les centaines de milliers d’usines chinoises subissent la hausse rapide des coûts des matières premières. Pétrole, minerai de fer et métaux sont à l’origine d’une augmentation de 9 % des prix de sortie d’usine en mai en glissement annuel, soit la plus forte en près de 13 ans.

La hausse des prix constitue un casse-tête pour les banquiers centraux d’économies émergentes comme le Brésil et la Russie, où l’inflation atteint ses niveaux les plus élevés depuis des années. Ces deux pays ont déjà relevé leur taux directeur trois fois cette année afin de soutenir leur monnaie, entraînant un renchérissement des coûts d’emprunt alors même qu’ils continuent de lutter contre la pandémie. La moindre poussée d’inflation peut déstabiliser les investisseurs et causer une dépréciation des monnaies, réduisant la capacité des entreprises et des ménages à assurer le service de leur dette, laquelle est souvent libellée en dollars ou en euros.

 

Au Canada, la vigueur de la croissance américaine stimule les exportations, tirant à la hausse les prix du pétrole et soutenant le dollar canadien, dont la valeur atteint son niveau le plus élevé en six ans face au billet vert. L’inflation canadienne a grimpé à 3,6 %, un plus-haut en dix ans, poussant la banque centrale à relâcher ses mesures extraordinaires de relance malgré une troisième vague de Covid-19 qui devrait peser sur la croissance. La banque centrale a ralenti son programme d’achats d’actifs en avril, devenant la première du G7 à prendre une telle décision.

De son côté, la Banque centrale européenne a renforcé ses achats d’obligations en mars, dans le but de faire baisser les rendements des emprunts d’Etat, invoquant une hausse mondiale des coûts d’emprunt en partie imputable « aux anticipations d’inflation et aux prévisions de croissance du PIB aux Etats-Unis ». La relance monétaire de la BCE permet de contenir les coûts d’emprunt tout en maintenant le taux de change de l’euro face au dollar à un niveau bas, paramètre essentiel pour une région très dépendante des exportations.

Deux mois plus tard, la BCE a lancé une mise en garde contre les risques accrus de correction sur le marché immobilier résidentiel de la zone euro, sur fond de signes de surévaluation

Anthony Harrup, Juan Carlos Rivera et Megumi Fujikawa ont contribué à cet article

Une nouvelle menace financière mondiale

Une nouvelle menace financière mondiale

Depuis la crise de 2008, les gouvernements et les banques centrales ont réussi à réduire les risques systémiques venant du système bancaire. Mais faute d’une réglementation suffisante, le secteur financier non bancaire, lui, a pu continuer à se développer substantiellement, écrit Mohamed El-Erian. Il faut agir vite pour stopper ses dérives.

Par Mohamed A. El-Erian (économiste, chroniqueur aux « Echos »)Extrait

 

Après la crise financière mondiale de 2008 , les gouvernements et les banques centrales des pays avancés ont promis qu’ils ne laisseraient jamais plus le système bancaire prendre la politique en otage, et encore moins menacer la prospérité économique et sociale. Treize ans plus tard, ils n’ont que partiellement tenu cet engagement. C’est le secteur financier non bancaire qui risque désormais de gâcher ce qui pourrait être, qui doit être, une reprise durable après le terrible choc du Covid-19.

La crise de 2008 a été racontée maintes et maintes fois. Ebloui par la façon dont l’innovation financière, notamment la titrisation, a permis de découper le risque et de le jouer aux dés, le secteur public s’est mis en retrait au profit de la finance et de sa magie. Certains pays ne se sont pas contentés d’adopter une réglementation et une supervision bancaires des plus légères, ils se sont livrés à une concurrence acharnée pour devenir de grands centres bancaires mondiaux sans prendre en compte la taille de leur économie réelle.

Semi-conducteurs : Toute l’économie mondiale dépendante de Taiwan

Semi-conducteurs : Toute l’économie mondiale dépendante de Taiwan

Un article de Yang Jie, Stephanie Yang et Asa Fitch dans le Wall Street Journal

La plupart des consommateurs n’en ont pas conscience, mais les semi-conducteurs du taïwanais Taiwan Semiconductor Manufacturing (TSMC) sont présents partout.

L’entreprise fabrique la quasi-totalité des puces électroniques les plus sophistiquées, ainsi qu’une bonne partie des semi-conducteurs les plus simples. Ces composants se trouvent dans des milliards de produits faisant appel à l’électronique intégrée, des iPhones aux ordinateurs personnels en passant par les voitures, sans signaler de manière évidente l’identité de leur fabricant. TSMC fournit pourtant les marques qui conçoivent ces produits et jouissent, elles, d’une notoriété mondiale – Apple ou encore Qualcomm.

Ces dernières années, le groupe taïwanais est apparu comme le producteur de semi-conducteurs le plus important au monde, et son influence sur l’économie mondiale est considérable. Fort d’une capitalisation boursière d’environ 550 milliards de dollars, il occupe le onzième rang du classement international des entreprises cotées.

La position dominante de TSMC constitue cependant un facteur de fragilité pour le reste du monde. De plus en plus de technologies nécessitant l’utilisation de puces extrêmement complexes, les semi-conducteurs sont toujours plus nombreux à sortir des usines TSMC et ce, à l’heure où Taïwan cristallise les tensions entre les Etats-Unis et la Chine, Pékin revendiquant la propriété de l’île.

Selon les analystes, il sera difficile pour d’autres fabricants de rattraper le taïwanais dans une activité qui requiert des investissements massifs. Or TMSC ne peut pas produire assez pour satisfaire toute la demande – cette réalité a été mise en lumière par l’actuelle pénurie mondiale de semi-conducteurs, laquelle a ajouté au chaos des goulots d’étranglement, de la hausse des prix finaux et des dispositifs de chômage partiel qui ont notamment affecté le secteur automobile.

Sa technologie est tellement avancée que le groupe fabrique désormais 92 % environ des semi-conducteurs les plus sophistiqués au monde, munis de transistors dont la taille équivaut à moins d’un millième de l’épaisseur d’un cheveu humain

Cette situation n’est pas sans rappeler la dépendance passée de l’ensemble de la planète au pétrole du Moyen-Orient, toute instabilité locale menaçant d’ébranler l’ensemble des secteurs. Les entreprises taïwanaises, petits fabricants compris, ont représenté quelque 65 % des recettes mondiales issues de la production externalisée de semi-conducteurs au premier trimestre 2021, selon la société de recherche spécialisée TrendForce, basée à Taïwan. TMSC a généré 56 % des recettes mondiales.

Dépendre des puces taïwanaises « constitue une menace pour l’économie mondiale », affirmait de son côté récemment la société de recherche Capital Economics.

Cotée à la Bourse de New York, TSMC a annoncé un bénéfice de 17,6 milliards de dollars l’an dernier, pour un chiffre d’affaires d’environ 45,5 milliards.

Sa technologie est tellement avancée, explique Capital Economics, que le groupe fabrique désormais 92 % environ des semi-conducteurs les plus sophistiqués au monde, munis de transistors dont la taille équivaut à moins d’un millième de l’épaisseur d’un cheveu humain. Le reste de la production est assuré par Samsung Electronics. La plupart des quelque 1,4 milliard de processeurs de smartphones au monde sont fabriqués par TSMC.

Le groupe taïwanais produit jusqu’à 60 % des microcontrôleurs nécessaires à l’automatisation des véhicules, selon la société de conseil IHS Markit.

Dans ces composants moins avancés, TSMC évalue sa part de marché à 35 % environ. La porte-parole de l’entreprise Nina Kao a écarté l’idée selon laquelle le monde était trop dépendant de TSMC, compte tenu des nombreux domaines de spécialisation que compte la chaîne d’approvisionnement mondiale des semi-conducteurs.

Les Etats-Unis, l’Europe et la Chine s’efforcent de réduire leur dépendance vis-à-vis des semi-conducteurs taïwanais. Si les Etats-Unis continuent de dominer le monde dans la conception et la propriété intellectuelle des semi-conducteurs grâce à des géants comme Intel, Nvidia ou Qualcomm, ils ne représentent plus désormais que 12 % de la production mondiale de puces, contre 37 % dans les années 1990, selon le Boston Consulting Group.

Le plan d’infrastructures du président Biden prévoit de consacrer 50 milliards de dollars au renforcement de la production locale de semi-conducteurs. La Chine, de son côté, a fait de son indépendance en la matière l’un des piliers de sa stratégie nationale. L’Union européenne quant à elle vise à produire au moins 20 % des puces mondiales de nouvelle génération en 2030, dans le cadre d’un plan de 150 milliards de dollars dédié aux industries numériques.

En mars, Intel a annoncé l’investissement de 20 milliards de dollars dans la construction de deux nouveaux sites de production aux Etats-Unis. Trois mois auparavant, Bob Swan, qui dirigeait alors le groupe américain, était parti en jet privé à Taïwan pour voir si TMSC pourrait assurer une partie de la fabrication de ses puces les plus récentes, selon des sources proches du dossier – un contrat d’une valeur potentielle de plusieurs milliards de dollars.

Les dirigeants de TSMC étaient prêts à aider Intel, mais pas selon ses termes, et ils n’étaient pas d’accord sur le prix, a précisé l’une des sources. Les négociations n’ont toujours pas abouti, selon celle-ci.

Intel a remercié M. Swan en janvier, le groupe cherchant à réparer des erreurs qui l’ont laissé potentiellement dépendant de TSMC. La capitalisation boursière d’Intel s’élève à 225 milliards de dollars environ, soit la moitié de celle du groupe taïwanais.

Ce dernier se voit également pressé par les Etats-Unis et l’Allemagne d’augmenter ses approvisionnements, dans un contexte de fermetures de sites de production et de pertes de recettes dans l’automobile, le secteur ayant été le premier à souffrir de la pénurie actuelle de semi-conducteurs.

Une rencontre entre fabricants de semi-conducteurs et constructeurs automobiles organisée en mai par l’administration Biden a permis certains progrès, mais l’insatisfaction demeure, les constructeurs automobiles américains estimant ne pas avoir encore obtenu de précisions de la part de TSMC sur la manière dont il compte augmenter sa production, ont indiqué des sources proches du dossier.

TSMC a affirmé qu’il avait pris des mesures sans précédent et accru sa production de microcontrôleurs de 60 % par rapport à 2020.

Une avance difficile à rattraper

Selon les analystes, les grandes tendances du secteur, de même que la culture d’entreprise de TSMC, axée sur la performance, et ses moyens considérables, compliqueront la création à court terme d’une chaîne d’approvisionnement plus diversifiée dans les semi-conducteurs.

Les semi-conducteurs se caractérisent aujourd’hui par une complexité et une intensité en capital telles qu’un producteur qui se laisse distancer peut difficilement rattraper son retard. Des entreprises peuvent consacrer des milliards de dollars et de nombreuses années à tenter de se mettre à niveau, et voir l’horizon s’éloigner toujours davantage.

Une seule usine de fabrication de semi-conducteurs peut coûter jusqu’à 20 milliards de dollars. Un outil essentiel à la production de puces avancées, servant à l’impression de circuits complexes sur silicium, vaut plus de 100 millions de dollars, et sa livraison nécessite plusieurs avions.

Nombre d’analystes estiment que la Chine ne tentera pas de mettre la main sur Taïwan dans un avenir proche dans la mesure où une telle initiative risquerait de perturber ses propres approvisionnements en semi-conducteurs

Les propres projets d’expansion de TSMC coûteront 100 milliards de dollars sur les trois prochaines années, soit près du quart des investissements du secteur dans son ensemble, selon la société de recherche spécialisée VLSI Research.

Les autres pays devraient dépenser au minimum 30 milliards de dollars par an pendant au moins cinq ans pour « avoir des chances raisonnables » de rattraper TSMC et Samsung, selon un récent rapport d’IC Insight, une autre société de recherche.

Les autorités américaines estiment que les risques de conflit ont augmenté après le renforcement par la Chine de ses activités militaires à proximité de Taïwan, un sujet qui a inspiré les remontrances publiques formulées dernièrement par les pays du G7 à l’encontre de Pékin. Cependant, nombre d’analystes estiment que la Chine ne tentera pas de mettre la main sur Taïwan dans un avenir proche dans la mesure où une telle initiative risquerait de perturber ses propres approvisionnements en semi-conducteurs.

Les dirigeants taïwanais voient dans le secteur local des semi-conducteurs un « bouclier de silicium », protégeant l’île contre un conflit ouvert avec la Chine. Le gouvernement taïwanais a multiplié les subventions au secteur ces dernières années, soulignent les analystes.

La porte-parole de TSMC, Mme Kao, a affirmé que la réussite de l’entreprise tenait au fait qu’elle s’était trouvée au bon endroit au bon moment, forte du modèle stratégique adéquat. Si le gouvernement taïwanais a joué un rôle essentiel dans ses investissements initiaux, l’entreprise ne reçoit pas de subventions pour construire des usines, a-t-elle assuré.

Un goût pour le risque

Lorsque Morris Chang a fondé TSMC en 1987 dans l’idée que de nombreuses entreprises décideraient d’externaliser leur production de semi-conducteurs en Asie, le succès était loin d’être garanti.

M. Chang, qui est aujourd’hui âgé de 89 ans et aime jouer au bridge et lire Shakespeare, a passé son enfance en Chine continentale et à Hong Kong avant de rejoindre les Etats-Unis en 1949, où il a étudié à Harvard puis au Massachusetts Institute of Technology. Il a travaillé près de trois décennies aux Etats-Unis, pour l’essentiel chez Texas Instruments.

A la création de TSMC, les géants comme Intel ou Texas Instruments s’enorgueillissaient de concevoir et fabriquer des semi-conducteurs sous leurs propres marques. Le fondateur d’Advanced Micro Devices (AMD), W.J. « Jerry » Sanders III, est connu pour avoir déclaré que pour être pris au sérieux dans le secteur, il fallait avoir ses propres usines de fabrication.

Le gouvernement taïwanais lui ayant apporté la moitié environ de ses financements initiaux, TSMC a ensuite gagné du terrain en se positionnant comme la Suisse des semi-conducteurs. Des entreprises comme Nvidia et Qualcomm ont compris qu’en s’associant à TSMC, elles pouvaient se concentrer davantage sur les activités de conception sans avoir à gérer les difficultés propres à la production, ou s’inquiéter de devoir transférer leurs droits de propriété intellectuelle à un concurrent. AMD a vendu ses sites de fabrication et est devenu le premier client de TSMC, et d’autres grands acteurs du secteur ont suivi son exemple, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une poignée de fabricants.

Chaque nouveau client gagné par TSMC renforçait son trésor de guerre, lui permettant d’investir des montants considérables dans ses capacités de production. « La puissance de ce modèle n’est apparue clairement qu’une fois qu’il a atteint une taille énorme, note David Yoffie, professeur à la Harvard Business School et ancien administrateur d’Intel. A ce moment-là, la donne a changé. »

TSMC a doublé la mise sur la recherche et le développement, même pendant la crise financière mondiale. A l’heure où d’autres réduisaient la voilure, M. Chang a augmenté les investissements du groupe de 42 % en 2009, à 2,7 milliards de dollars, mettant à niveau ses capacités de production à temps pour profiter du boom des smartphones.

Pour honorer la première commande d’Apple, TSMC a dépensé 9 milliards de dollars et mobilisé 6 000 personnes vingt-quatre heures sur vingt-quatre afin de construire un site de fabrication à Taïwan dans un délai record de onze mois. TSMC est aujourd’hui le fournisseur exclusif des principaux processeurs d’iPhones

Le groupe a connu un tournant en 2013, lorsqu’il a commencé à travailler à la production de masse de semi-conducteurs pour les téléphones portables d’Apple, qui est aujourd’hui son client le plus important. Auparavant, Samsung (qui fabrique ses propres smartphones) était le fournisseur exclusif de microprocesseurs pour les iPhones.

Pour honorer la première commande d’Apple, TSMC a dépensé 9 milliards de dollars et mobilisé 6 000 personnes vingt-quatre heures sur vingt-quatre afin de construire un site de fabrication à Taïwan dans un délai record de onze mois. TSMC est aujourd’hui le fournisseur exclusif des principaux processeurs d’iPhones.

En 2014, alors qu’il s’efforçait de concevoir des semi-conducteurs de pointe, le groupe taïwanais a réorganisé son équipe de recherche et développement, 400 ingénieurs répartis en trois équipes se relayant nuit et jour, racontent d’anciens et nouveaux employés. Certains d’entre eux parlent à ce sujet du projet de la « crise de foie » parce qu’ils pensent que le fait d’avoir dû travailler à des heures tardives a endommagé leur foie.

TSMC a beaucoup parié également sur la lithographie extrême ultraviolet (EUV), une technologie qui fait appel à un certain type de laser pour graver des circuits dans des microprocesseurs d’épaisseur inférieure à ce qui était possible auparavant, permettant aux puces de fonctionner plus rapidement.

Intel a été le premier grand investisseur dans cette technologie, y ayant consacré plus de 4 milliards de dollars en 2012. Toutefois, il avait été plus lent que son rival à adopter la lithographie EUV et se montrait sceptique quant à ses capacités. Intel a fini par décider qu’il serait plus sûr de tenter d’améliorer les techniques de lithographie existantes.

De son côté, TSMC a collaboré avec le néerlandais ASML, la seule entreprise aujourd’hui capable de fabriquer des machines qui gravent des semi-conducteurs à l’aide de la lithographie EUV, et a ainsi mis ses concurrents à distance. Peter Wenninck, le directeur général d’ASML, affirme que M. Chang s’est lancé dans ce partenariat il y a cinq ans environ après une conversation de quelques minutes seulement, autour d’un thé, dans son bureau à Taïwan. M. Chang a pris sa retraite en 2018.

En adoptant la technologie EUV, TSMC est devenue l’une des deux seules entreprises, avec Samsung, à produire les semi-conducteurs les plus avancés intégrant les plus petits transistors possibles pour la fabrication des meilleurs smartphones au monde.

Intel a accéléré sa transition vers la lithographie EUV sous la houlette de son nouveau patron, Pat Gelsinger.

Entre deux feux

TSMC dominant de plus en plus le secteur des semi-conducteurs, il est devenu plus difficile pour l’entreprise de rester neutre, notamment lorsque les tensions se sont accrues entre les Etats-Unis et la Chine, deux de ses marchés les plus importants.

Face aux pressions croissantes de Washington sur Pékin, TSMC a suspendu l’an dernier les commandes de Huawei, qui était auparavant son premier client chinois, et s’est engagé à construire une usine de 12 milliards de dollars dans l’Arizona. L’administration Trump a promis 3 milliards de dollars de mesures incitatives, selon deux personnes proches du dossier, mais les financements n’ont pas encore été alloués.

Si l’usine en Arizona contribuera à augmenter la production américaine de semi-conducteurs, elle ne conférera pas d’avance technologique aux Etats-Unis. A son entrée en service en 2024, le site devrait produire des puces de technologie 5 nanomètres. Celles-ci devraient alors se voir dépasser par des puces de technologie 3 nanomètres, qui seront fabriquées par TSMC à Taïwan.

Concernant les microcontrôleurs pour le secteur automobile, TSMC s’est montré contrarié en privé que les constructeurs le pressent de leur accorder la priorité, selon des sources proches du dossier. Au début de la pandémie l’année dernière, les constructeurs automobiles avaient réduit leurs commandes. Lorsque la demande s’est redressée, TSMC avait alloué ses capacités de production à d’autres produits.

Selon les analystes, le groupe n’est guère porté à faire machine arrière. Les semi-conducteurs pour l’automobile, moins lucratifs, ne représentent que 4 % environ de ses recettes.

Devant recourir au chômage partiel et réduire leur production fin 2020 face la pénurie de semi-conducteurs, les constructeurs automobiles allemands ont exhorté le gouvernement à faire pression sur Taïwan. Le ministre allemand de l’Economie, Peter Altmaier, a adressé une lettre aux autorités taïwanaises, les priant de s’assurer que TSMC augmente ses approvisionnements en soulignant que la pénurie de semi-conducteurs risquait de compromettre la reprise économique mondiale.

M. Altmaier a récemment déclaré devant des correspondants étrangers réunis à Berlin que les négociations se poursuivaient, sans toutefois fournir davantage de précisions.

En mai, Audi a mis quelque 10 000 employés au chômage partiel, suspendant la production de certains de ses modèles les plus vendus dans deux usines.

Dimitri Dotis, spécialiste de la marque Audi chez Audi Tysons Corner, un concessionnaire en Virginie, a ainsi résumé la situation dans une note à ses clients : « La quasi-totalité des semi-conducteurs utilisés dans toutes les nouvelles voitures, y compris celles d’Audi, sont fabriqués par TSMC à Taïwan. Ils s’attendent à ce que les goulots d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement durent tout au long de 2022. »

William Boston, Bojan Pancevski et Ben Foldy ont contribué à cet article

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Traduit à partir de la version originale en anglais

Bitcoin: FMI et Banque mondiale contre

Bitcoin:  FMI et  Banque mondiale contre 

Banque mondiale, FMI… les autorités mondiales ont ouvertement désapprouvé la récente initiative du Salvador de faire du bitcoin une monnaie légale. Ces nouvelles formes d’échanges, permis par la cryptomonnaie développée sur la technologie de la blockchain, permettra ainsi à cet Etat d’Amérique centrale de prendre, dès le mois de septembre, un début d’indépendance vis-à-vis de son ancienne monnaie de référence, le dollar sur des transactions et des transferts entre individus. Ce qui n’est pas du goût de la Banque mondiale, dont les financements proviennent notamment des quotes-parts de ses Etats membres, au premier rang desquels les Etats-Unis.

« Bien que le gouvernement nous ait approché pour obtenir de l’aide sur le bitcoin, ce n’est pas quelque chose que la Banque mondiale peut soutenir étant donné les lacunes en matière d’environnement et de transparence », a déclaré à l’AFP un responsable de la Banque mondiale par courrier électronique. La Banque a rejeté une demande d’assistance du Salvador.

Même son de cloche du côté du FMI : « l’adoption du bitcoin comme devise légale soulève un certain nombre de problèmes macroéconomiques, financiers et juridiques, qui requièrent une analyse très détaillée », a affirmé le porte-parole Gerry Rice à la presse jeudi.

« Ce que nous avons dit par le passé, en général, c’est que les actifs crypto peuvent poser des risques importants. Des mesures de régulation efficaces sont cruciales pour les traiter », a-t-il déclaré.

Le bitcoin est régulièrement critiqué par les régulateurs pour ses usages illégaux, notamment le blanchiment d’argent provenant d’activités criminelles, le financement du terrorisme et le manque de protection de ses utilisateurs.

 

 

Une contestation de la fiscalité mondiale

Une contestation de la fiscalité mondiale

Pascal Salin , économiste très libéral, explique à propos de l’imposition mondiale que cette proposition d’instauration d’une taxe mondiale est absurde.Un article qui mérite d’être lu cependant qui propose une imposition des revenus et non une imposition sur les sociétés. Le seul problème qui n’est pas évoqué c’est  la possibilités pour les entreprises grâce à l’ingénierie fiscale d’externaliser les profits dans les pays à faible taxation, inversement d’ internaliser les couts dans les pays à forte taxation par le biais des filiales.

Tribune dans l’Opinion

Comme on le sait, de nombreux pays dans le monde sont d’accord pour qu’on oblige tous les pays à décider un même montant minimum pour le taux des impôts sur les sociétés. Joe Biden avait proposé un taux minimum de 21 % dans tous les pays et l’OCDE avait proposé un taux minimum de 12,5 %, égal à celui de l’Irlande (qui n’est pas favorable à cet égalitarisme entre tous les pays du monde et qui souhaite probablement conserver un avantage par rapport aux autres pays grâce à son taux d’impôt plus faible). Actuellement le taux préconisé est en général égal à 15 % et c’est peut-être le taux qui sera décidé par le G20 à Venise en juillet prochain.

Or on doit considérer cette proposition d’instauration d’une taxe mondiale comme étant absurde à plusieurs points de vue. Tout d’abord on doit admettre que la concurrence a d’importantes conséquences positives. Ceci est vrai évidemment pour la concurrence entre les entreprises en ce qui concerne leurs productions, mais c’est aussi le cas pour la politique fiscale. En effet, si l’on se rend compte que la fiscalité d’un pays a de meilleures conséquences que la fiscalité d’autres pays, cela peut inciter à adopter cette fiscalité dans les autres pays. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on doit considérer que l’intégration économique concernant les pays de l’Union européenne implique que l’on doit éviter les politiques d’harmonisation – par exemple d’harmonisation fiscale – mais au contraire respecter la concurrence aussi largement que possible.

Mais en ce qui concerne la taxe mondiale il y a un aspect particulier qui est particulièrement contestable. Il s’agit en effet d’harmoniser l’impôt sur les sociétés entre un nombre aussi grand que possible de pays dans le monde. Lorsqu’on parle d’impôt sur les sociétés, on peut éventuellement en avoir plusieurs définitions. Ainsi il pourrait s’agir d’un impôt dont l’assiette fiscale est constituée par la valeur de toute la production d’une entreprise pendant une période.

Assiette fiscale. Mais on peut aussi considérer, par exemple, que la TVA constitue un impôt sur l’entreprise puisqu’elle est payée par l’entreprise et que l’assiette fiscale est constituée par la création de valeur d’une entreprise. Enfin, comme on le sait, lorsqu’on parle d’impôt sur les sociétés, on entend généralement par là qu’il s’agit en fait d’un impôt sur les bénéfices des entreprises.

Or dans tous ces cas, on devrait considérer que la notion d’impôt d’entreprise (ou d’impôt sur les sociétés) est dénuée de sens. En effet, une entreprise se définit comme un ensemble de contrats, en particulier les contrats entre les salariés et les entrepreneurs (mais aussi les contrats avec les fournisseurs et les acheteurs). Ce n’est pas un contrat qui paie un impôt, mais les signataires d’un contrat. On doit donc admettre qu’un impôt censé être payé par une entreprise est en fait payé par les signataires des contrats constitutifs de cette entreprise, en particulier les salariés et les entrepreneurs.

Lorsque l’impôt sur les sociétés a pour assiette fiscale les bénéfices des sociétés, il conviendrait de parler non pas d’impôt sur les sociétés, mais d’impôts sur les bénéfices des sociétés. Or cette assiette fiscale doit être considérée comme absurde

Il est d’ailleurs caractéristique de ce point de vue que l’on puisse démontrer que la TVA est en fait payée par les salariés et les entrepreneurs dans des proportions qui ne peuvent malheureusement pas être bien connues (1). Il en résulte que l’on ne peut pas connaître la véritable répartition de la fiscalité d’un pays entre tous ses habitants et que beaucoup d’entre eux supportent le poids d’un impôt sans en être conscients (par exemple à cause du fait que les salaires sont rendus plus faibles à cause du paiement de la TVA par les entreprises).

Enfin, lorsque l’impôt sur les sociétés a pour assiette fiscale les bénéfices des sociétés, il conviendrait de parler non pas d’impôt sur les sociétés, mais d’impôts sur les bénéfices des sociétés. Or cette assiette fiscale doit être considérée comme absurde. En effet pourquoi imposer un impôt spécifique sur les revenus des entrepreneurs, alors qu’ils devront ensuite très probablement payer un impôt sur le revenu. Ainsi les salariés ou les travailleurs indépendants sont soumis uniquement à l’impôt sur le revenu, alors que les entrepreneurs sont soumis à deux impôts (impôts sur les sociétés et impôts sur le revenu). Cette dualité fiscale est injuste et elle risque de diminuer les incitations à entreprendre, ce qui est nuisible pour tout le monde.

Dépenses publiques. Par ailleurs on peut considérer qu’il est justifié que la fiscalité d’un Etat soit plutôt payée par les résidents du pays de cet Etat parce que ce sont eux qui bénéficient éventuellement des dépenses publiques. Or le projet d’instauration d’un impôt mondial suppose que l’impôt sur les sociétés soit payé par une entreprise pas seulement dans son pays d’origine, mais éventuellement dans d’autres pays où elle a certaines activités. Mais pourquoi vouloir imposer un impôt de sociétés mondialisé à un entrepreneur qui réside dans un certain pays, mais qui possède une entreprise ayant certaines activités dans d’autres pays où il n’est pas bénéficiaire de dépenses publiques (ou seulement de manière extrêmement limitée) ?

Ce qui serait justifié ne consisterait pas à imposer un impôt de sociétés dans un pays où une société obtient certains profits, mais de se contenter des impôts sur le revenu. Ainsi, si un entrepreneur habitant dans le pays A possède une entreprise qui fait, entre autres, un profit dans un pays B, il convient seulement que l’administration fiscale du pays A puisse être informée de l’existence d’un profit dans le pays B. Pour cela, il peut être justifié que l’Etat du pays B fasse connaître à l’Etat du pays A l’existence de ce bénéfice dans son pays. Ainsi tous les Etats qui s’entendent actuellement pour décider de l’existence d’un taux minimum de l’impôt sur les sociétés devraient tout simplement s’entendre pour que les impôts sur les sociétés n’existent pas, mais qu’il existe des impôts sur le revenu dans tous ces pays, mais avec des taux différents, comme on peut le souhaiter pour qu’il y ait concurrence.

Pascal Salin est professeur d’économie honoraire de l’Université Paris-Dauphine, président de l’Association pour la liberté économique et le progrès social et ancien président de la Société du Mont Pèlerin.

(1) Nous démontrons que la TVA n’est pas payée par les consommateurs – contrairement à ce que l’on croit en général – mais essentiellement par les salariés et entrepreneurs dans notre ouvrage, La tyrannie fiscale, éditions Odile Jacob, 2014

Pour une gouvernance mondiale de la justice fiscale

Pour une gouvernance mondiale de la justice fiscale

 

Patrick d’Humières, Enseignant à Sciences-Po, expert en développement durableconsidère, dans une tribune au « Monde » que les entreprises doivent désormais faire leur le principe d’équité fiscale.

 

Tribune.

 

Il aura fallu une conjonction de circonstances exceptionnelles pour pouvoir imposer le respect d’une fiscalité générale aux entreprises internationales ; premières gagnantes de la mondialisation, les grandes firmes se sont efforcées pour beaucoup de tirer vers le bas leur contribution aux Etats et n’ont cessé d’aménager des mécanismes échappatoires depuis des décennies, sur lesquelles tout est connu, documenté et dénoncé, sans toutefois que la communauté économique bouge et réponde d’elle-même aux demandes de la société d’en finir avec cette injustice inacceptable au regard de nos valeurs démocratiques.

Le premier effet de ce basculement historique est de rendre désormais irrecevable l’affirmation d’engagements sociétaux des entreprises au travers d’une Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) affichée si elle n’anticipe pas l’accord et ne met pas clairement en tête des pré-requis légaux cette redevabilité fiscale.

 

Le temps est fini où on s’accommodait de la légalité des mécanismes d’optimisation en renvoyant à l’impuissance d’acteurs publics incapables de réguler les échanges, ou alors il faut acter qu’une entreprise est une aventure sans foi ni loi, si ce n’est celle du « pas vu pas pris » et que le cheminement vers la responsabilité reste pour de bon l’installation de contraintes obligatoires.

L’économie du bien commun

Le mouvement en faveur d’une « économie du bien commun », soutenu par quelques entreprises pionnières qui se donnent une mission de durabilité, c’est-à-dire de compatibilité, positive entre leur modèle et la durabilité sociale, environnementale et de bonne gouvernance (ESG) de la planète, appelle trois accélérations dans la suite de l’accord de Londres et dans l’attente d’une adhésion du G20 à cette étape majeure de rupture avec le dumping érigé en système.

En premier, les entreprises qui se sont donné une raison d’être, mission, stratégie RSE et autres engagements sociétaux doivent appliquer l’accord sans attendre, le porter collectivement et se mobiliser pour mettre enfin l’équité fiscale au premier niveau de leur gouvernance durable, en encourageant la régulation collective, partout où elles exercent leur activité. Il faut mettre le principe d’équité fiscale en tête des principes du pacte mondial auquel adhèrent près de 10 000 entreprises qui défendent une solidarité mondiale. Nous en appelons à une coalition d’acteurs qui vont soutenir la dynamique, en mettant ce critère dans le reporting des investisseurs et des régulateurs.

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